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  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine à partir, notamment, des idées de Jean-Pierre Chevènement, l'un de ses fondateurs (celui-ci a souhaité s'éloigner du MRC en 2015). Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens (MDC) après les élections de 2002. En février 2019, le MRC a co-fondé la Gauche Républicaine et Socialiste (GRS), en continuant d'exister, au moins jusqu'à son prochain congrès, en décembre 2020.
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8 mars 2009 7 08 /03 /mars /2009 22:30

Un évènement : la présence d’une femme au 2ème tour

 

Ma collègue au secrétariat national du MRC, Aimée Gourdol, chargée du droit des femmes, a eu la bonne idée de publier un document relatant l’évolution des droits des femmes, depuis que l’élection du président de la République a lieu au suffrage universel. Le voici.

 

Présidentielle au suffrage universel

Une chance pour les droits des femmes

 

Depuis la réforme constitutionnelle de 1962, le Président de la République est élu au suffrage universel ce qui tendrait à faire de lui un élu de la Nation tout entière. En pratique, du moins jusqu'à une période récente, les seuls prétendants sérieux à la fonction Suprême étaient ceux qui disposaient de la logistique d'un grand parti. On peut se demander si les conflits internes (et malheureusement chroniques…) au PS ne sont pas en train de changer la donne ?

 

Pour les femmes, ce changement constitutionnel majeur aura des répercussions, peut-être insoupçonnées tant de l'initiateur de la réforme, le Général de Gaulle, que de la majeure partie des acteurs politiques de l'époque et de ce ceux qui suivirent.

D'une part, le dialogue “ direct ” entre le prétendant à l'Elysée et l'ensemble du peuple, permettra aux femmes de populariser leurs revendications (à cet égard, la télévision sera une immense caisse de résonance) ; d'autre part, l'élection elle-même sera l'opportunité pour certaines femmes de se tracer un destin national, cela en dépit d'un score négligeable.

 

Pour la première fois dans l'histoire de France, la présence en 2007 d'une femme au deuxième tour de l'élection présidentielle aura été le fruit d'une longue et quasi fortuite maturation de l'opinion publique, qui bousculera les habitudes des personnels politiques établis.

 

Des électrices invisibles et peu considérées

 

Electrices et éligibles dans les même conditions que les hommes ” depuis l'ordonnance du 21 avril 1944(1), les femmes n'en restaient pas moins quasi invisibles dans la sphère politique et leurs droits de citoyennes se déclinaient sur le mode inférieur.

 

Qu'on en juge, aux débuts de la Cinquième République : l'adultère était inscrit dans la loi pénale et plus fortement sanctionné chez la femme, la gestion des biens relevait de la seule responsabilité du mari, l'autorité parentale était celle du père qui était seul “ chef de famille ”, il n'y avait pas de liberté de procréation et l'accès même à la contraception était interdit, les femmes n'avaient pas de possibilité de suivre des études, de travailler, d'ouvrir un compte en banque sans l'autorisation de leur mari…

 

Sous la Quatrième République et aux débuts de la Cinquième, les élus politiques étaient, quasi exclusivement des hommes et des notables bien peu intéressés par les questions féminines. En 1965, l'élection présidentielle au suffrage universel, va bousculer cet entre soi, popularisant et nationalisant les revendications (légitimes !) des femmes.

 

Première constatation, les électrices sont plus nombreuses que les électeurs (52 % de femmes lors de l'élection présidentielle de 2007). On imagine mal un candidat se désintéresser de la majorité du corps électoral, d'autant que, progrès des études statistiques et des sondages aidant, il est devenu possible de différencier les intentions de vote des femmes de celles des hommes !

 

Des revendications féministes plus audibles

 

Election présidentielle de 1965 : déjà le candidat François Mitterrand affirmait que désormais les femmes pourraient “ prendre en main leur avenir ”. Lors de cette campagne, il s'est également déclaré favorable à la régulation des naissances, ce qui, pour l'époque, représentait une position avant-gardiste et courageuse : n'oublions pas que, jusque là, le PC s'était opposé à cette revendication des femmes.

Le Général de Gaulle, sur un registre beaucoup plus traditionaliste (mais certainement audible des femmes de l'époque !) compara la France à “ la ménagère (qui) veut avoir un aspirateur, elle veut avoir un frigidaire, elle veut une machine à laver ”2).

 

1969 : le Général de Gaulle a démissionné suite à l'échec du referendum sur la réforme du Sénat. Candidat, Georges Pompidou va s'employer à fédérer les voix gaullistes qui ne lui sont pas acquises d'emblée. Le second tour se jouera exclusivement à droite entre Georges Pompidou et Alain Poher. A gauche, notamment au PC on appelle à l'abstention.

 

Election prématurée, dominée par des luttes de personnes pour une présidence qui se terminera prématurément par le décès d'un Président qui n'aura pas entrepris d'action significative à l'égard des femmes.

 

1974 : l'élection se déroule alors que la bataille pour la légalisation de l'avortement fait rage. Les deux principaux candidats, François Mitterrand et Valéry Giscard d'Estaing, se montrent prudents (bons pères de famille) afin de ne pas effrayer l'électorat conservateur des deux camps. Il n'empêche, c'est sous la présidence Giscard que les femmes obtiennent un Secrétariat d'Etat, le divorce par consentement mutuel, l'autorité parentale, l'interruption volontaire de grossesse.

 

1981 : le candidat Mitterrand, devra mener une campagne tout en finesse pour ne pas laisser l'avantage à son concurrent, Président sortant au bilan somme toute honorable vis-à-vis des femmes. Mitterrand présentera six mesures en faveur des femmes : égalité des chances devant l'emploi, égalité de rémunération, reconnaissance d'un statut aux conjointes de travailleurs indépendants (agriculteurs, commerçants, artisans), information sur la contraception, révision des conditions de l'obtention de l'IVG, respect de la dignité de la femme dans les images et représentations, aide aux femmes divorcées, chargées de familles et aux veuves. Surtout, François Mitterrand a su s'attirer l'adhésion de militantes connues qui ont pris ouvertement position en sa faveur : Simone de Beauvoir (pour la promesse d’un Ministère des Droits des femmes), Antoinette Fouque, Gisèle Halimi. Le 28 avril 1981 François Mitterrand s'exprime seul (Giscard a refusé l'invitation) devant un parterre de quelque 2000 femmes lors d'un meeting intitulé “ Quel président pour les femmes ? ”, organisé par l'association Choisir.

 

1988 : après l'ouverture de la parenthèse libérale de 1983, la campagne présidentielle se jouera, bilan contre bilan entre le Président sortant, François Mitterrand, et son Premier ministre de cohabitation, Jacques Chirac. Les féministes semblent avoir déserté le terrain de la lutte politique et les droits des femmes sont à peine évoqués par les deux protagonistes. Preuve s'il en fallait que la prise en main de leur sort par les intéressées elles-mêmes et la bataille politique dans ce qu'elle a de plus noble – la lutte pour les idées - sont indissociables de la progression des droits des femmes.

 

1995 : Les deux septennats Mitterrand n'ont pas vu, loin s'en faut, l'aboutissement de toutes les promesses du candidat mais cette année là, c'est la parité qui est, pour les femmes, à l'ordre du jour de la campagne. Lionel Jospin veut “ faire avancer cette grande idée de parité ”, et conditionner le financement des partis politiques à la place que chacun réserve aux femmes, notamment dans les assemblées élues. Edouard

Balladur (qui sera défait au premier tour) s'en tient à l'instauration de quotas féminins.

Quant à Jacques Chirac, il abandonne son conservatisme passé pour s'en prendre au “ machisme ” du monde politique et à “ l'exception française ” qui tient les femmes éloignées des cercles élus et décisionnels. Président de la République, il mettra en place l'Observatoire de la Parité mais ne saura pas éviter la calamiteuse affaire des “ Jupettes ” qui vit disparaître huit femmes entre le premier et le deuxième gouvernement Juppé.

 

Arrivé inopinément aux affaires en 1997, Lionel Jospin fera voter par le Congrès la loi constitutionnelle du 8 juin 2000 (“ La loi favorise l'égal accès des femmes et des hommes aux mandats électoraux et fonctions électives ”) mise en oeuvre par la loi du 6 juin 2000.

La loi sur la parité a fait couler beaucoup d'encre, certains craignant une mise à mal de l'universalisme républicain. En fait, huit ans après la promulgation de la loi, l'Assemblé nationale ne compte que 18,5 % de femmes et le Sénat 22 %. Force est de constater que ce qui est mis à mal, par les partis parlementaires, autrement dit par ceux-là même qui l'ont votée, c'est la loi elle-même ! Il y a fort à parier que sans l'élection présidentielle au suffrage universel, la parité aurait conservé son statut de simple revendication féministe.

 

2002 : selon les sondages, c'est la revendication d'égalité salariale qui demeure la préoccupation numéro un des Françaises mais il s'agit là d'une revendication touchant aux choix économiques. Pressés par des contraintes européennes qui hypothèquent toute velléité en matière d'égalité professionnelle, les candidats optent pour des attitudes de séduction (mise en avant des épouses…) plutôt que de répondre aux préoccupations des électrices. Le résultat sera sans appel : Le Pen au deuxième tour !

Les femmes des milieux populaires ne sont pas en reste dans l'élimination du candidat socialiste : 14 % des employées ont voté Jospin, 21 % Chirac et… 18 % Le Pen.

 

Ségolène Royal, première présidentiable

 

Bénéficiant d'une crise de la démocratie représentative, d'une absence de leadership au sein du PS et aussi d'un défaut de programme rassembleur, Ségolène Royal a gagné l'investiture socialiste pour la présidentielle de 2007. Coup de tonnerre dans le landernau politique : l'outsider a distancé deux sérieux “ éléphants ” : Dominique trauss-Kahn et Laurent Fabius ! La suite prouvera combien la pilule fut amère pour certains au PS qui ne soutiendront la candidate que du bout des lèvres ! Cette campagne a servi de révélateur : si l'électorat est prêt, par delà les choix politiques, pour une candidature féminine à la présidentielle ce n'est pas le cas d'une partie du personnel politique.

 

Quant aux féministes, si certaines soutiennent la candidature Royal (Antoinette Fouque, Yvette Roudy ou encore Maïté Albagly, secrétaire générale du Planning familial, qui dénonce dans Le Monde du 13 avril 2007 “ la boîte de Pandore du mépris misogyne ”), Gisèle Halimi, pour sa part, s'interroge sur la faiblesse du programme et les conséquences pour les droits des femmes, elle écrit dans le numéro 98 du journal Choisir : « Une femme à l'Elysée ? Oui. Mais pas n'importe laquelle, sur n'importe quel programme. Nous ne voterons pas les yeux (féministes) fermés ». Pensez au risque. En cas d'échec, quel terrible recul pour la cause des femmes… ” Marie-Victoire Louis ou Clémentine Autain font également partie de celles qui doutent… En fait, à l'image des partis de gauche, le mouvement féministe est profondément divisé.

 

Alors, soucieux des femmes ou non, le programme présidentiel de Ségolène Royal ?

Parmi les 100 propositions du pacte présidentiel, deux seulement concernent nommément les femmes: la proposition 39 sur la contraception gratuite pour les jeunes femmes de moins de 25 ans et la proposition 85 sur le respect l'égalité hommes femmes, notamment au travail. C'est peu évidemment ! Surtout, cela ne révèle ni une grande originalité ni un souci de cohérence à l'égard l'engagement féministe qui selon ses propres dires a conduit Ségolène Royal au socialisme.

En revanche, si on y regarde de plus près, certaines mesures, parce qu'elles touchent essentiellement les femmes, sont de nature à faire progresser l'égalité. Citons la revalorisation immédiate des petites retraites la mise en place d'un revenu de solidarité active (RSA) pour les bénéficiaires de minima sociaux reprenant le travail, la mise en place d'un service public de la petite enfance et la scolarisation obligatoire dès 3 ans.

 

Globalement, le programme de la candidate à l'égard des femmes est peu ambitieux, alors qu'il porte une grande attention à la famille ou aux jeunes, il ne se réclame, par exemple, pas du congé parental rémunéré et alterné entre la mère et le père, il est peu disert sur la manière d'atteindre l'égalité salariale… Or, les revendications des femmes aujourd'hui portent essentiellement sur le pouvoir d'achat et l'exigence de dignité (reconnaissance des savoirs et refus de la violence). Résultat, Ségolène Royal n'a pas bénéficié d'un surcroît de votes féminins comme on aurait pu l'espérer.

 

Présidentielle : l’élection majeure

 

Candidate défaite à la présidentielle, il n'en demeure pas moins que Ségolène Royal a mené une bataille dont certains diront qu'elle représentait une “révolution culturelle”. Cela lui vaut aujourd'hui, malgré ses nombreux détracteurs, une place inédite, incontournable, au sein de l'échiquier politique. Place qu'aucune autre campagne électorale, même victorieuse, ne lui aurait apportée.

 

D'autres avant elle, se sont essayé à l'exercice et y ont gagné un destin national alors même que représentantes de partis très minoritaires la notoriété leur semblait interdite.

 

Quoi que l'on pense de son extrémisme politique, qui se souviendrait aujourd'hui d'Arlette Laguiller si elle n'avait pas été immanquablement présente à chaque campagne présidentielle depuis 1974 ?

Ces quarante dernières années ont vu les droits des femmes progresser, en France, de manière considérable. L'élection présidentielle au suffrage universel a compté pour beaucoup dans cette avancée sociale et démocratique. A chaque étape, les féministes ont su profiter de cette opportunité pour interpeller les candidats sur les questions féminines qui, de “ problèmes de femmes ”, sont devenus des thèmes et des enjeux politiques nationaux.

 

Mise en place pour donner “ un homme fort ” au régime, l'élection du Président de la République au suffrage universel n'accorde pas seulement une légitimité populaire au vainqueur, elle apporte la notoriété aux concurrents et, de manière inattendue, fait des sujets qu'elle traite une “cause nationale”. Les femmes y ont beaucoup gagné.

 

 

(1) Article 17 de l'ordonnance du 21 avril 1944 signée du Général de Gaulle et portant organisation des pouvoirs publics en France après la Libération.

 

(2) Alexandre Borrell : “1965 : les candidats à la présidentielle crèvent le petit écran ”, Parlements, no

4, 2005 - Cité par Mariette Sineau “ La force du nombre, Femmes et démocratie présidentielle”, Editions de l'aube - Diffusion Seuil.

 

Cet article est le 3ème sur ce blog dans la catégorie Femmes.

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6 mars 2009 5 06 /03 /mars /2009 22:59

La société guadeloupéenne doit se prendre en mains

 

L’accord signé en Guadeloupe après un mois et demi de grève générale est un bon point pour les 49 organisations coalisées sous l’enseigne LKP. Il reste à voir de quelle façon il va s’appliquer, sous le contrôle vigilant du porte-parole du mouvement, Elie Domota.

 

Tout commence avec cette lutte sociale victorieuse. Il faut déverrouiller l’économie, la mettre au service de la société. Les Guadeloupéens sont très attachés à la France (80% sont favorables à un statut en lien direct avec la République). Mais la réciproque n’est pas vraie. Les gouvernements successifs de la Vème République se sont peu impliqués dans le développement volontariste de l’île.

 

Certes, depuis une vingtaine d’années, le paysage guadeloupéen a beaucoup changé. L’habitat est en gros progrès, mais c’est l’emploi privé qui fait défaut. Le département vit grâce aux emplois publics et aux aides de l’Etat. Et la hausse des prix des produits de première nécessité a fait baisser le pouvoir d’achat des revenus les plus faibles à un niveau insupportable. La population est entrée dans une vraie colère, qui explique le succès de LKP.

 

Il ne suffit pas d’évoquer le poids historique, bien réel, de la colonisation. Il faut entamer un processus de développement économique endogène, à partir des atouts de ces îles antillaises françaises, la Martinique ayant des caractéristiques proches. Peut-être faudra-t-il nationaliser le commerce de gros pour éviter les profits excessifs des familles qui contrôlent ces activités ? En tout cas, la France a le devoir de prendre des initiatives afin de débloquer une situation devenue, au fil du temps, insupportable.

 

Je renvoie aux articles parus précédemment sur ce blog (voir A Laval, 26 février, manifestation de soutien aux Antillais en lutte - 27 février 2009).

 

Des amis m’ont signalé le témoignage d’un étudiant, Sadi Sainton, qui était présent en France métropolitaine pendant les manifestations contre le CPE, en 1996, et qui est actuellement  à l’université Antilles Guyane en Guadeloupe (voir HNS-info Témoignage de Sadi Sainton, étudiant à l'Université ... reprenant son courriel daté de fin février).

 

Voici un extrait de son message, qui a eu un grand succès sur la Toile.

 

Une grève contre la vie chère ?

Non. Pas vraiment. Le collectif qui mène la grève est un ensemble de 49 associations syndicales, politiques, associations de consommateurs et associations culturelles. Elle a déposé (un mois avant le début de la grève générale, et personne n'a jugé bon de s'en préoccuper) un cahier de 146 revendications réparties sur 10 chapitres. Parmi ces chapitres, un (un seul !) concerne la vie chère.

Mais alors qu'est-ce que cette grève?

Le collectif à l'initiative de cette grève s'appelle "LKP" : Lyannaj kont pwofitasyon (C'est du créole). Traduction "alliance contre le vol et les profits abusifs". C'est une mobilisation sans précédant. Le LKP parle de 100 000 personnes dans les rues (sur une population de 460 000, soit près du quart de la population). Au delà de la bataille des chiffres, une chose est sure: c'est historique. C'est la plus grande mobilisation de l'histoire de
la Guadeloupe et chaque sortie du LKP crée un nouveau record. Depuis une semaine, la Martinique emboîte le pas, la réunion depuis deux jours, et la Guyane s'y prépare.

Qu'est-ce que la "pwofitasyon"?

Surtout, ne pas traduire par "profit" (c'est un faux ami). La "pwofitasyon", ici peut se traduire comme je viens de dire par "profits abusifs". Dans le langage courant, "pwofitasyon" désigne l'abus de pouvoir qu'un puissant exerce sur quelqu'un dont il sait déjà qu'il est plus faible que lui, pour le rendre encore plus subordonné (…).
 
Les domaines de "pwofitasyon" sont multiples chez nous. Le constat est le suivant. En Guadeloupe, les prix sont beaucoup plus élevés qu'en France et donc parmi les plus élevés d'Europe et du monde. On constate (pour les mêmes enseignes et les mêmes produits) des écarts de plus de 100% que l'éloignement (il faut bien payer le transport) n'explique pas (exemple : 84% sur les pâtes alimentaires). Selon tous les experts, après analyse de la chaîne, de la production au caddie du consommateur, en passant par le transport, le surcoût par rapport à l'hexagone ne devrait pas dépasser 10%. Les différences de prix constatées ressemblent donc fortement à.... du vol organisé.

Quelques exemples de "pwofitasyon" dénoncés par le LKP :

- L'essence que payaient les guadeloupéens était l'une des plus chères au monde. Il y a une crise internationale qui a fait exploser le cours du pétrole, certes, mais cela n'explique absolument pas le cours des prix en Guadeloupe (dans les DOM de manière générale). Aujourd'hui qu'un début lumière commence à être fait sur la question, plus personne ne le conteste.

- Le LKP a présenté à l'état son expertise des méthodes de fixation des prix, résultat : tout le monde est d'accord sur le constat qui consiste à dire que les prix sont anormaux (même ceux qui sont contre la grève générale comme forme choisie pour le dénoncer) .

 

Le secrétaire d'état aux DOM, monsieur Yves Jego envisage même une action en justice de l'Etat contre la SARA (Société Anonyme de Raffinage Antillaise) dont l'actionnaire principal (70%) est TOTAL. Vous m'accorderez sans doute que ce ne sont pas des nécessiteux. Et Jego (lui même), a dit que si, après enquête, il est démontré que la SARA a perçu des sommes indues (ce sera probablement le cas), cette somme devra être remise aux guadeloupéens sous la forme d'un fond pour la formation professionnelle.


N.B:
La SARA est en situation de monopole en Guadeloupe, pas de concurrence. C'est elle qui distribue l'essence.


- Quant aux prix de la grande distribution... une des pistes est de créer "un panier de la ménagère" constitué d'environ 100 produits sur lesquels la grande distributions n'aurait plus le droit de dépasser les prix de l'hexagone de plus de 10%, avec la création d'un organe bi-mensuel de contrôle des prix pour éviter de nouvelles dérives.



N.B: Les géants de la distribution sont en situation de quasi monopole. Il s'agit principalement du groupe Hayot (Bernard Hayot est dans le top 120 des fortunes françaises). En plus ils détiennent l'importation et ont le monopole de la distribution sur plusieurs grandes marques.

Pour accentuer le problème, les quelques concurrents existants sont des groupes amis (cousins, alliancés...) puisque ce circuit est aux mains d'une ethno-classe compacte et réduite (voir reportage assez édifiant de canal + "Les derniers maîtres de la Martinique" voici un lien ou on peut voir l'émission :
http://www.megavideo.com/?v=1Q1M01NV).

Les guadeloupéens sont asphyxiés et meurent de faim alors ?

Mais pas du tout !! C'est cette question qui m'a poussé à écrire ce mail. Un ami métropolitain m'a appelé aujourd'hui pour me demander si on tenait le coup. Au début j'ai commencé à répondre que malgré la durée du conflit, la mobilisation était toujours de mise. Il me coupe : "Non, je voulais dire...Arrivez vous à remplir le réfrigérateur" !

La Guadeloupe
est en grève générale depuis bientôt 4 semaines. Les hyper marchés et super marchés sont fermés. En revanche les petits commerces de proximités sont ouverts, mais les rayons des magasins sont de plus en plus vides...

MAIS : La Guadeloupe s'organise
. L'UPG (Union des Producteurs Guadeloupéens) ainsi que les pêcheurs font parti du LKP. Les poissons ne sont pas en grève : les pécheurs continuent à pêcher et à vendre leur poisson. Les animaux ne sont pas en grève : les éleveurs continuent à s'en occuper et à vendre leur viande. La terre n'est pas en grève : les cultivateurs continuent à travailler leurs exploitations et vendent leur denrées. Notre réfrigérateur n'a jamais été aussi plein.

Les hyper marchés sont fermés, mais les marchés sont ouverts. Il y a mieux : des marchés populaires sont organisés devant les piquets de grève et un peu partout. Les producteurs y vendent leurs denrées aux prix auxquels ils ont l'habitude de vendre aux super marchés. Conséquence : ils ne perdent pas leur récolte ni leur revenus, et le porte feuille du consommateur apprécie puisque les marges exorbitantes de la grande distribution ne sont plus là.

Nous mangeons à notre faim et -fait intéressant- nous n'avons jamais autant consommé local !!
Je n'ai pas de purée mousseline, je n'ai plus de pâtes panzani... et alors ? J'ai des tubercules, des légumes, de la viande, du poisson, des fruits frais, des fruits secs, des fruits de mer... Et ça coûte moins cher que d'habitude. En fait, je crois que je n'avais jamais mangé aussi équilibré de ma vie (…).

 

Revue de presse :

 

Békés : Une affaire d'héritage (Le Monde, 1er mars)

Le surprenant succès du LKP, objet politique non identifié (Libération, 4 mars)

Fin de la grève en Guadeloupe, les négociations continuent en Martinique (L’Humanité, 5 mars)

La Réunion prend le relais de la contestation (Libération, 6 mars)

 

 

Cet article est le 46ème sur ce blog dans la catégorie Travail Economie

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5 mars 2009 4 05 /03 /mars /2009 23:44

Un front de gauche et des républicains, en gestation

 

Nous étions réunis hier soir (secrétariat national) dans de nouveaux locaux, 3 avenue de Corbéra, une rue large mais courte, dans le 12ème arrondissement de Paris, près de la gare de Lyon. Sans Jean-Pierre Chevènement et sans Sami Naïr, mais avec Jean-Luc Laurent, de retour de vacances en Guadeloupe.

 

A ma demande, Jean-Luc a fait part de ce qu’il a vu et entendu sur place, introduisant un échange intéressant à propos de la situation aux Antilles, dans lequel sont intervenus, notamment, Georges Sarre, Marie-Françoise Bechtel et Julien Landfried.

 

Après cet agréable hors-d’œuvre, le plat principal (les élections européennes) manquait de matière à se mettre sous la dent, puisque le nouveau texte en préparation n’était pas disponible.

 

Francis Parny (PCF), François Delapierre (PG) et Sami Naïr (MRC) ont travaillé sur ce texte, mais n’ont pas abouti à une mouture satisfaisante pour les dirigeants des trois partis.

 

En fait, dès la première rencontre, Jean-Pierre Chevènement avait tenu à mettre sur la table les questions les plus délicates, susceptibles de nuire à un accord (selon les termes de Georges Sarre, qui était présent à ce moment des discussions). Le président du MRC est très exigeant sur le contenu du texte, lequel conditionne l’accord électoral.

 

Que retenir de nos débats ?

 

D’abord, le fait que le PCF et le PG souhaitent la participation du MRC aux listes qu’ils ont prévu de constituer ensemble. C’est important, puisque le PS, de son côté, n’a pas donné suite à notre demande de travailler sur un texte commun.

 

Ensuite, la qualité des interventions qui se sont succédées, hier soir, à la demande de Jean-Luc Laurent, afin de connaître la position des militants du MRC vis-à-vis de ce projet d’accord avec le PCF et le PG.

 

Georges Sarre, Marie-Françoise Bechtel, Pierre Dubreuil, Catherine Coutard, Julien Landfried, Michel Vignal, Ladislas Polski, Maurice Schwartz, Denis Durand, Jean-Claude Chailley, Serge Lezement, Gérard Pierre, Eléonore Perrier, Guillaume Vuilletet, Josette Robert et moi-même, avons exprimé notre point de vue et celui des militants que nous représentons.

 

J’ai insisté sur l’idée qu’il faut amorcer une dynamique de rassemblement de la gauche sur de nouvelles bases, face à la crise, pour commencer à refonder la position de la gauche sur la question européenne, en partant du non au TCE et au traité de Lisbonne.

 

C’est dans l’action politique, au côté de nos partenaires (PCF et PG), que nous existerons, en tant que gauche républicaine. C’est ainsi que nous obligerons le PS, par la suite, à préciser et à améliorer son projet pour 2012.

 

Une nouvelle discussion est prévue mercredi 11 mars, avant le conseil national, le 15 mars, qui aura la responsabilité de décider du choix du MRC pour ces élections européennes.

 

 

Cet article est le 12ème paru sur ce blog dans la catégorie Européennes 2009.

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4 mars 2009 3 04 /03 /mars /2009 14:29

Barack Obama élu pour sauver le néolibéralisme ?

 

On entend beaucoup parler de diversité depuis l’élection de Barack Obama. Un professeur de littérature à l’université de l’Illinois, à Chicago, dans un livre « La diversité contre l’égalité » (Raisons d’agir, février 2009) met en garde contre cette notion derrière laquelle, selon lui, se dissimule l’idéologie néolibérale.

 

Plus les sociétés deviennent inégalitaires, plus elles sont ... attachées à la diversité : c’est le titre de l’article paru sur le site www.communautarisme.net  dirigé par Julien Landfried.

 

Il reprend l’entretien paru sur le site de Marianne le 21 février 2009.

Plus les sociétés deviennent inégalitaires, plus elles sont attachées à la diversité

Marianne2.fr : Pour vous, le débat sur la diversité masque l'accroissement des inégalités économiques?
Walter Benn Michaels :
Oui. Au cours des 30 dernières années, les pays comme la France, les Etats-Unis, le Royaume-Uni et le Canada sont devenus de plus en plus inégalitaires, économiquement parlant. Et plus ils sont devenus inégalitaires, plus ils se sont attachés à la diversité. C'est comme si tout le monde avait senti que le fossé grandissant entre les riches et les pauvres était acceptable du moment qu'une partie des riches sont issus des minorités.

Vous considérez qu'il s'agit d'un écran de fumée et qu'il est délibérément mis en place. Pourquoi et par qui?
Non, il n'y a pas de complot ici. Je pense que les gens se sont de plus en plus attachés à un modèle libéral de justice, dans lequel la discrimination — racisme, sexisme, homophobie, etc. — est le pire de tous les maux. Si ça marche, c'est à la fois parce que c'est vrai — la discrimination est évidemment une mauvaise chose — et parce que ça ne mange pas de pain— le capitalisme n'a pas besoin de la discrimination. Ce dont le capitalisme a besoin, c'est de l'exploitation.

Vous expliquez que la diversité ne réduit pas les inégalités, mais permet seulement de les gérer. Que voulez-vous dire?
Eh bien, il est évident que la diversité ne réduit pas les inégalités économiques. Si vous prenez les 10% de gens les plus riches (ceux qui ont en fait tiré le plus de bénéfices de l'explosion néolibérale des inégalités) et que vous vous assurez qu'une proportion correcte d'entre eux sont noirs, musulmans, femmes ou gays, vous n'avez pas généré plus d'égalité sociale. Vous avez juste créé une société dans laquelle ceux qui tirent avantage des inégalités ne sont pas tous de la même couleur ou du même sexe.

Les avantages en termes de gouvernance sont assez évidents, eux aussi. L'objectif du néolibéralisme, c'est un monde où les riches peuvent regarder les pauvres et leur affirmer (à raison) que personne n'est victime de discrimination, leur affirmer (tout autant à raison) que leurs identités sont respectées. Il ne s'agit pas, bien sûr, de les rendre moins pauvres, mais de leur faire sentir que leur pauvreté n'est pas injuste.

Vous allez même plus loin puisque vous expliquez que le combat pour la diversité a partie liée avec une logique néolibérale. Pourtant il a existé des convergences, que vous évoquez dans le livre, entre luttes économiques et revendications portées par des minorités. Pourquoi ces convergences ont-elles disparu aujourd'hui?
La convergence que vous évoquez entre la lutte contre la discrimination et le combat contre l'exploitation n'était qu'une convergence temporaire. Ainsi, par exemple, aux Etats-Unis, les Noirs radicaux se sont battus à la fois contre le racisme et le capitalisme. Des gens comme le Black Panther Bobby Seale ont toujours estimé qu'on ne peut pas combattre le capitalisme par le capitalisme noir, mais par le socialisme. Mais avec l'ère du marché triomphant débutée sous Reagan et Thatcher, l'antiracisme s'est déconnecté de l'anticapitalisme et la célébration de la diversité a commencé. Bien entendu, il n'y a rien d'anticapitaliste dans la diversité. Au contraire, tous les PDG américains ont déjà eu l'occasion de vérifier ce que le patron de Pepsi a déclaré dans le New York Times il y a peu: « La diversité permet à notre entreprise d'enrichir les actionnaires ».

De fait, l'antiracisme est devenu essentiel au capitalisme contemporain. Imaginez que vous cherchiez quelqu'un pour prendre la tête du service des ventes de votre entreprise et que vous deviez choisir entre un hétéro blanc et une lesbienne noire. Imaginez aussi que la lesbienne noire est plus compétente que l'hétéro blanc. Eh bien le racisme, le sexisme et l'homophobie vous souffleront de choisir l'hétéro blanc tandis que le capitalisme vous dictera de prendre la femme noire. Tout cela pour vous dire que même si certains capitalistes peuvent être racistes, sexistes et homophobes, le capitalisme lui-même ne l'est pas. Si dans les années 60 les Black Panthers pensaient qu'on ne pouvait pas combattre le capitalisme par le capitalisme noir, aujourd'hui, dans la crise économique actuelle, des gens comme Yazid Sabeg espèrent qu'on peut sauver le capitalisme grâce au capitalisme « black-blanc-beur ».

Vous ne semblez pas être un fervent partisan de la politique de discrimination positive telle qu'elle est menée actuellement aux Etats-Unis. Que préconiseriez-vous afin de rendre moins inégalitaire le système éducatif américain ?
Ces quarante dernières années, les étudiants des universités américaines ont changé, et de deux façons. Premièrement, ils se sont beaucoup diversifiés. Deuxièmement, ils sont toujours plus riches. Cela signifie qu'alors que les universités américaines se sont autoproclamées de plus en plus ouvertes (à la diversité), elles se sont en réalité de plus en plus fermées. Ça ne veut pas seulement dire que les jeunes issus de milieux modestes ont du mal à payer leur scolarité, ça signifie aussi qu'ils ont reçu un enseignement si bas de gamme dans le primaire et le secondaire qu'ils n'arrivent pas à passer les examens d'entrée à l'université.

Donc, la première chose à faire lorsqu'on décide de mettre en place une politique de discrimination positive, c'est de le faire par classes et non par races. La seconde — mais de loin la plus importante — chose à faire serait de commencer à réduire les inégalités du système éducatif américain dès le primaire. Tant que ça ne sera pas fait, les meilleurs universités américaines continueront à être réservées aux enfants de l'élite comme le sont, pour l'essentiel, les meilleures grandes écoles françaises. Même si, bien sûr, vos grandes écoles ainsi que vos universités les plus sélectives, puisqu'elles sont gratuites ou bien moins chères que leurs homologues américaines, apportent un avantage supplémentaire aux riches — c'est une redistribution des richesses, mais à l’envers.

Barack Obama est présenté, en France, comme un produit de la discrimination positive. Comment interprétez-vous sa victoire électorale et l'engouement qu'elle a pu susciter ?
Sa victoire, c'est le triomphe totale de l'idéologie néolibérale aux Etats-Unis, le triomphe de la diversité et en même temps celui des marchés. Ce n'est pas un hasard si des économistes démocrates conservateurs comme Larry Summers ou Tim Geithner sont ses conseillers les plus proches. Si ce que vous voulez, c'est sauver le système économique néolibéral de la crise, c'est une bonne chose. Nous savons tous que l'administration Bush était trop distraite par ses lubies impérialistes du XXe siècle pour s'apercevoir que Wall Street avait plus besoin d'aide que l'Irak. Obama ne fera pas cette erreur. Mais si vous voulez que le système change fondamentalement, ne comptez pas sur les Démocrates. Du point de vue de la justice économique, Obama, c'est juste un Sarkozy noir. Bien sûr, ce n'est pas un problème pour Sarkozy, mais c'est un problème pour tous les gens qui se disent de gauche, qui aiment Obama et pensent que l'engagement dans la diversité dont il est le produit va également produire une société plus égalitaire.

Le thème central de La diversité contre l'égalité, c'est qu'ils se trompent ; la diversité est au service du néolibéralisme, et non son ennemie. Ce n'est pas une adresse à Sarkozy — il sait déjà qu'une élite diversifiée est une élite plus heureuse, plus autosatisfaite. Cela s'adresse à la gauche, à ceux qui préfèrent s'opposer au néolibéralisme, plutôt que l'améliorer.

 
Cet article est le 12ème paru sur ce blog dans la catégorie Laïcité et communautarismes.

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3 mars 2009 2 03 /03 /mars /2009 23:32

Mettre un coup d’arrêt à la marchandisation de la santé

 

L’Assemblée nationale a repris, hier, le débat sur le projet de loi « Hôpital, patients, santé, territoires », présenté par la ministre de la santé et des sports, Roselyne Bachelot (voir l’article paru ce 3 mars sur le site de Libération  Les députés prêchent sur les déserts médicaux).


Ce soir, à la télévision, sur France 2, des éléments importants du débat ont été abordés, en présence de la ministre. C’était une bonne émission du service public. Elle m’avait été recommandée par Gérard Beillard, en même temps qu’il me proposait sa réflexion sur ce thème de l’organisation de la santé, dans le prolongement des précédentes (voir Gérard Beillard (MRC 53) : la santé, vers un système à l'américaine - 9 février 2009).

 

Voici son texte, que j’ai légèrement modifié dans sa présentation, avec son assentiment.

 

La protection sociale solidaire au lieu du libéralisme marchand

 

La grande dérive libérale du gouvernement sur la Sécurité Sociale, la santé, les hôpitaux, la dépendance, la retraite, les complémentaires retraite, le travail, etc., amènera inexorablement de plus grandes inégalités.

 

Avec la crise, la mondialisation libérale se trouve dans une situation désastreuse. A la destruction écologique et au clivage grandissant entre riches et pauvres, nous répondons par une solution républicaine de gauche. Au modèle ethnique de la république, nous opposons justice, égalité, fraternité. Et, pour protéger notre couverture sociale, nous disons partage plus équitable des richesses produites par le travail de tous.

 

Cela signifie rien de moins qu’une révolution sociale et écologique, orientée par le désir de conditions de vie plus justes, et avec une politique économique orientée en ce sens.

 

Ce délabrement social n’est pas un évènement naturel. C’est la politique menée depuis une vingtaine d’années qui en est essentiellement responsable : soutien à l’économie libérale, baisses d’impôts pour les plus fortunés, marché de l’emploi libre et non faussé, privatisation de nombreux services de l’Etat, et un gouvernement qui s’attaque à notre système de sécurité sociale, ciment de l’égalité.

 

Les hôpitaux sont mis au principe de la marchandisation (« malades qui rapportent en chirurgie » et «cancers ou autres pathologies » qui ne rapportent rien) :

 

-          Ce n’est plus sur une vision de solidarité où chacun paie selon ses revenus, c’est maintenant un objectif de rentabilité. Le gouvernement veut faire converger le public et le privé pour rapprocher les plateaux techniques. C’est pourquoi il ferme les uns après les autres les hôpitaux de proximité sans se préoccuper des conséquences pour nos concitoyens dans les zones rurales.

 

-          Cette voie conduit à l’appauvrissement des hôpitaux. L’Etat se désengagera doucement des investissements en laissant la place aux cliniques à but lucratif dont les investisseurs demanderont de la rentabilité. Leur but est de réaliser des bénéfices le plus vite possible, même si les cliniques en question ne sont pas au mieux « budgétairement », ce qui provoquera une dégringolade sanitaire.

 

-          Les assurances privées, mutuelles, banques, prévoyance, s’engouffreront aussi dans cette politique de rentabilité, visant à constituer des monopoles. Des fissures profondes d’égalité se feront. Les profits des propriétaires de capitaux et les hauts salaires pourront faire face mais les classes moyennes, et surtout les millions de salariés à bas salaires, ne pourront pas suivre. Des revenus à la baisse mettront sous pression beaucoup de familles qui sont obligées de quémander à des associations pour manger, se loger, se soigner.

 

-          Bref, la promesse de l’économie sociale de marché d’atteindre l’aisance pour tous est rompue, laissant la place à une politique libérale. La valeur du travail passe alors après les profits des actionnaires. Cela ne peut pas durer ainsi, car chacun doit avoir sa part dans le fruit de l’effort.

 

Le gouvernement fait apparaître une crise d’efficacité de notre système de santé mais il aborde très peu l’insuffisance du financement car il veut nous cacher la réalité. Il a le choix de jouer sur deux tableaux, celui des dépenses ou celui des recettes. Il peut aussi (promesse déjà oubliée ?) remettre de l’ordre dans les comptes de la Sécu, car l’Etat en est l’un des plus gros débiteurs.

 

L’industrie pharmaceutique pratique l’inflation des prix (à l’échelle mondiale, les prix peuvent être de 35 à 100 fois supérieurs pour un médicament légèrement différent). L’Etat pourrait lui demander un effort de participation pour renflouer la Sécu.

 

Il y aurait aussi à affecter à la Sécu l’ensemble des droits sur le tabac et l’alcool. Il y a aussi les entreprises qui ferment ou qui délocalisent et qui ne payent pas leur dû à la Sécu. Le chômage est un manque considérable pour les recettes. Il faudra aussi modifier le mode de calcul des cotisations patronales, etc.

 

On peut avec de la bonne volonté, sans démagogie, arriver à remédier au trou de la Sécu à condition que l’Etat prenne ses responsabilités dans l’optique de solidarité nationale. Les syndicats font des propositions mais seront-ils écoutés ? L’Etat ne choisira-t-il pas de faire toujours plaisir au Medef et aux spéculateurs ?

 

Pourtant, il y a des inégalités sociales de santé inacceptables. Par exemple, l’espérance de vie : l’écart est de 7 ans environ entre celle d’un ouvrier et celle d’un cadre ou une professions libérale. Paradoxalement, les salariés les plus modestes, les plus précaires et les plus pauvres, ont le moins recours à la prévention !

 

L’impact de l’environnement et des conditions de travail (la pénibilité) sur la santé, n’est pas suffisamment pris en compte, de même la prévention de la dégradation de la santé au travail est gravement insuffisante, tandis que la médecine du travail subit une grave crise.

 

On relève aussi d’insupportables inégalités régionales de santé. Par exemple, il y a moitié moins de spécialistes dans le nord que dans le sud (région PACA). En outre, depuis 2002 (gouvernements de droite), les dépenses de santé sont de moins en moins bien remboursées. Où va notre système de solidarité, construit après la 2ème guerre mondiale ? Pas étonnant de constater des phénomènes de renoncement aux soins par les plus modestes.

 

Une étude sur les sources de financement de la Sécurité sociale parue en Août 2008, souligne que la protection sociale est financée à 40% par les salariés contre 36% par les entreprises.

 

Cette étude de la Direction de la Recherche, des Etudes, de l’Evaluation et des Statistiques (DREES), qui reste valable, a ainsi détaillé branche par branche les sources de financement de l’assurance maladie. Elle constate que « la baisse relative mais réelle de la contribution des entreprises s’explique par le  développement à la même période des exonérations de charges patronales, appliquées au bas salaires, compensées par un transfert de recettes fiscales, et donc un surcroît d’efforts demandés aux ménages ».

 

Autrement dit, le cadeau que les gouvernements successifs, et plus particulièrement l’actuel, ont fait au patronat sous forme d’exonérations, a été directement compensé par une augmentation des prélèvements aux dépens des contribuables, comme toujours.

 

Ce n’est pas tout, car les recettes fiscales dont parle le rapport ne sont autres que celles de la CSG. Cet impôt créé en 1990 par le gouvernement Rocard, dont le taux a été présenté comme équitable parce qu’il est calculé sur l’ensemble des revenus, est tout de même supporté à 75% par les salariés et le chômage perdure.

 

En conclusion, il faut que les forces de gauche républicaines et les républicains de progrès réaffirment que la protection sociale est un droit humain. Pour nos concitoyens, après presque soixante quatre ans, cela reste un rêve pour 80% d’entre eux.

 

Voir aussi, sur le même sujet, deux autres articles parus sur ce blog, en février :

 

Projet de loi HPST : les propositions des syndicats et de la Mutualité - 10 février 2009

 

Le MRC craint une privatisation du système de santé (Sécu, loi HPST)  - 12 février 2009

 

 

Cet article est le 36ème paru sur ce blog dans la catégorie Santé et sécu sociale.

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2 mars 2009 1 02 /03 /mars /2009 18:19

Ce projet ne peut que heurter élus et démocrates

 

La lecture de la lettre du Courrier des maires.fr m’incite à revenir sur l’article paru hier sur ce blog, concernant le rapport adopté le 25 février par le comité Balladur (voir Le rapport Balladur dévoilé avant sa présentation à l'Elysée le 5 mars – 1er mars 2009).

Ce rapport, dont les mesures ont été décidées en étroite coordination avec l’Elysée, débouche sur un énorme déséquilibre des territoires et conduit à la décrépitude de la démocratie locale. C’est conforme aux idées du président de la République, qui privilégie la ville au détriment des territoires ruraux et veut mettre au pas les régions et départements, qui sont beaucoup trop à gauche à son goût.

C’est un sujet important, qui mérite un grand débat citoyen. Les précisions apportées dans cette lettre du Courrier des maires sont à prendre en considération (cliquer sur le titre pour lire l’original).

 

 Métropoles et nouvelles circonscriptions d'élections au menu du rapport « Balladur »


Alors que la polémique a enflé ces derniers jours dans une partie de la « presse grand public », à coup de raccourcis, retour sur les principales propositions contenues dans le rapport que le comité Balladur présentera à Nicolas Sarkozy le 5 mars.


Votées le 25 février 2009, les 20 propositions du rapport du comité Balladur ont été dévoilées dans le détail sur le site internet de « La Gazette des communes ». La suppression ou la fusion généralisée d'échelons ne figurent pas dans cette mouture du rapport. Une telle réforme exigerait une révision constitutionnelle. Or, pour atteindre ce but, l'UMP et ses alliés ne disposent pas d'une majorité des trois cinquièmes au Parlement.


Selon le Comité pour la réforme des collectivités locales, les propositions peuvent toutes être concrétisées en 2014, sans changer la loi fondamentale. Elles n'en ont pas moins provoqué de vifs débats en son sein. Les parlementaires socialistes, André Vallini et, surtout, Pierre Mauroy (l'un des pères de l'acte I de la décentralisation), s'opposent à tout rapprochement des mandats de conseiller général et de conseiller régional. Pierre Mauroy s'est même désolidarisé des propositions du comité, dans un entretien au Monde le 26 février.


Elections : de nouvelles circonscriptions


C'est sans doute là l'un des revirements du comité « Balladur ». Alors que pour le mode d'élection commun aux départements et aux régions, il semblait se diriger vers deux régimes (le canton pour les territoires ruraux, le scrutin de liste pour les espaces urbains), le voilà qui opte pour une solution unique. Le comité prône partout « le scrutin de liste proportionnel à deux tours, assorti d'une prime majoritaire ». Les « mieux » élus, selon cette procédure, siègent « au conseil régional et au conseil départemental », leurs suivants « exclusivement dans le conseil départemental ». Les circonscriptions choisies sont infradépartementales. Elles ne reposent ni sur le cadre intercommunal ni sur des regroupements de cantons, mais sur de nouveaux périmètres.


Région : des regroupements basés sur le volontariat


Les auteurs du document évoquent simplement des « regroupements volontaires » destinés à passer à « une quinzaine de régions ». « Les cartes parues dans la presse sont des affabulations complètes, s'insurge un membre du comité de réforme. Nous ne préconisons pas tel ou tel regroupement car il n'est pas question de forcer les gens à se marier. »


11 métropoles


Les intercommunalités de Bordeaux, Lille, Lyon, Marseille, Nantes, Nice, Rennes, Rouen, Strasbourg, Toulon et Toulouse sont explicitement citées dans le rapport. « Pierre Mauroy était favorable à un système très ouvert. J'étais plutôt sur les huit plus grosses communautés urbaines, relate Dominique Perben. Nous avons finalement ajouté les communautés d'agglomération de Rennes, Rouen et Toulon. »

Les onze métropoles deviennent, selon le schéma choisi, des collectivités de plein exercice, pourvues de la clause générale de compétence. Elles bénéficient de l'ensemble des compétences des intercommunalités, des conseils généraux et d'une partie des attributions des communes. Les municipalités membres deviennent « des villes, personnes morales de droit public ». Un statut à mi-chemin entre celui des communes de plein exercice et des mairies d'arrondissement de Paris, Lyon et Marseille.

Mais quid, à court terme, des parties « non métropolitaines » des départements concernés ? « Si elles représentent un territoire résiduel, elles seront intégrées aux départements limitrophes. Si leur place est relativement importante, les conseils généraux concernés continueront d'exercer là leurs prérogatives », précise Jean-Ludovic Silicani, membre du comité et rapporteur du Livre blanc sur l'avenir de la fonction publique.


Départements et régions : des échelons encadrés


Ces deux types de collectivités perdent leur clause générale de compétence, que seules, dans le rapport, possèdent la commune et la métropole.


Fiscalité locale : une taxe sur la valeur ajoutée


Trois propositions concernent la fiscalité locale
. Tout d'abord, il convient de « réviser les bases foncières des impôts directs locaux et de prévoir leur actualisation tous les six ans ». Cette révision se fonderait sur « des valeurs locatives administrées qui tiennent compte du marché immobilier » et non sur la valeur vénale, au fil des mutations.

Ensuite, il est proposé de « compenser la suppression de la taxe professionnelle (TP) par un autre mode de taxation de l'activité économique, fondée sur les valeurs locatives foncières réévaluées et la valeur ajoutée des entreprises ». 22,2 milliards d'euros doivent être compensés en faveur des collectivités. Pour y parvenir, « il pourrait être envisagé » de leur transférer la cotisation minimale de TP (7,2 milliards), le solde de la taxe spéciale sur les contrats d'assurance (TSCA, 2,8 milliards) et d'accroître les dotations de compensation pour parvenir à 6,1 milliards. Resterait alors à trouver une ressource fiscale de 6,1 milliards. Le comité exclut la piste de la taxe carbone pour retenir celle de la valeur ajoutée.
Enfin, il est suggéré de « limiter les cumuls d'impôts sur une même assiette d'imposition ».


Une norme pour les dépenses des collectivités


Le comité « Balladur » propose que soit défini, « dans le cadre d'un débat annuel au Parlement, un objectif annuel d'évolution de la dépense publique locale ». L'idée d'une norme de dépenses des collectivités, l'une des mesures phare du rapport « Lambert », ressurgit donc. Toutefois, afin de contrer les critiques des collectivités, les rapporteurs précisent que le dispositif n'a pas vocation à être « contraignant », mais fournira un « point de repère ».


Cet article est le 5ème sur ce blog dans la catégorie Collectivités territoriales

.

 

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1 mars 2009 7 01 /03 /mars /2009 15:04

Effets de la crise du capitalisme, PAC et agriculture française, Europe

 

Depuis 18 mois, au début de chaque mois, je reprends les titres des articles parus le mois précédent sur http://mrc53.over-blog.com. C’est l’occasion d’adresser un courriel aux amis inscrits sur mes listes de distribution, afin de les informer des thèmes abordés sur ce blog. Ceux-ci évoluent dans le temps, selon l’actualité et mes priorités.  

 

Les titres en février se répartissent ainsi :

 

- Crise du capitalisme et conséquences sociales (7 articles),

- La PAC et l’agriculture française (6 articles),

- L’Europe et les élections européennes (5 articles),

- Les revendications des Antillais (3 articles)

- La Sécurité sociale et la santé (3 articles),

- La réforme territoriale - propositions Balladur (2 articles),

- L’université en crise (1 article),

- Le rôle de Chevènement (1 article),

- L’affaire Eon au tribunal (1 article).

 

Depuis deux ans et demi, 1068 articles - classés en 50 catégories - sont parus sur ce blog.

 

 

Titres des articles parus en février 2009 sur http://mrc53.over-blog.com

 

27 février 2009 - A Laval, 26 février, manifestation de soutien aux Antillais en lutte

 

25 février 2009 - Elections européennes : Michel Sorin pour un accord MRC - PCF - PG

 

24 février 2009 - Michel Sorin : Jean-Pierre Chevènement est l'homme de la situation

 

24 février 2009 - Le soutien aux populations d'Outre-mer en lutte s'organise à Laval

 

23 février 2009 - Elections européennes : rencontre MRC-PCF-PG pour un Front de gauche

 

23 février 2009 - PAC : en retard, la France s'engage dans une réorientation des aides

 

21 février 2009 - Lamassoure, serviteur des institutions européennes, mal récompensé

 

20 février 2009 - Sommet social : le président Sarkozy est peu crédible face à la crise

 

19 février 2009 - Sarkozy : une loi pour l'agriculture avant le démantèlement de la PAC

 

18 février 2009 - Organisation territoriale : le projet de rapport Balladur prend forme

 

17 février 2009 - La crise du capitalisme met à nu les injustices sociales aux Antilles

 

16 février 2009 - Paradis fiscaux : France et Allemagne veulent que le G20 en parle

 

15 février 2009 – Le débat sur le protectionnisme se nourrit de l'échec du libéralisme

 

14 février 2009 - JM Quatrepoint au colloque ResPublica : l'Etat face à la crise globale

 

13 février 2009 - La ratification du traité de Lisbonne par l'Allemagne dépend des juges

 

12 février 2009 – Le MRC craint une privatisation du système de santé (Sécu, loi HPST)

 

11 février 2009 - Les paysans, en intersyndicale, défendent quotas laitiers et prix

 

10 février 2009 - Projet de loi HPST : les propositions des syndicats et de la Mutualité

 

9 février 2009 - Gérard Beillard (MRC 53) : la santé, vers un système à l'américaine

 

8 février 2009 - Ratification du traité de Lisbonne : six Etats membres de l'UE en rade

 

8 février 2009 - L'université française s'oppose aux projets de la ministre Pécresse

 

7 février 2009 - Procès en appel d'Hervé Eon, à Angers, pour offense au chef de l'Etat

 

7 février 2009 - Taxe professionnelle supprimée : la compensation ne va pas de soi

 

6 février 2009 - Crise du siècle : Sarkozy n'est plus très sûr de ses choix politiques

 

5 février 2009 - JC Kroll et A Trouvé proposent de changer profondément la PAC

 

4 février 2009 - Les enseignants chercheurs JC Kroll et A Trouvé décortiquent la PAC

 

3 février 2009 - Diagnostic alarmant de la PAC par les chercheurs JC Kroll et A Trouvé

 

2 février 2009 - Le mouvement du 29 janvier s'attaque à la posture libérale de Sarkozy

 

1 février 2009 - 29 janvier : Sarkozy hésite sur la réponse à donner aux syndicats

 

 

Cet article est le 18ème paru sur ce blog dans la catégorie Titres des articles du mois précédent 

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1 mars 2009 7 01 /03 /mars /2009 11:38

Derrière Balladur, les arrière-pensées de Sarkozy

 

Le président de la République veut réorganiser les collectivités territoriales. Il a chargé l’ancien premier ministre, Edouard Balladur, dont il est proche - il l’avait soutenu, en 1995, dans sa campagne présidentielle, face à Jacques Chirac - de présider un comité composé de quatre élus (Pierre Mauroy et Gérard Longuet, sénateurs, Dominique Perben et André Vallini, députés), du préfet de Paris et de cinq professeurs ou experts.

 

Le président Sarkozy est pressé, le président Balladur aussi… La mise en scène, à n’en pas douter, est réglée à l’Elysée. Dominique Perben avait commencé à lever le voile (voir Organisation territoriale : le projet de rapport Balladur prend forme - 18 février 2009).

 

Edouard Balladur a lâché des confidences avant de mettre son rapport sur la place publique : Les principales propositions du comité Balladur (Courrier des maires.fr, 25 février - téléchargez le rapport - consulter le dossier de la Gazette des communes : Réforme des collectivités : 4 scénarios pour une révolution).

 

Le quotidien Ouest-France, le 26 février, a d’abord présenté les propositions du comité :

 

Balladur lance la réforme des collectivités locales (Renforcer les Régions et les regroupements intercommunaux, éviter les doublons Régions-départements... De quoi susciter les débats.)

 

Les 20 propositions votées par le comité Balladur :

- favoriser les regroupements volontaires et les modifications des limites territoriales des régions pour en réduire le nombre à une quinzaine,
- favoriser les regroupements volontaires de départements,
- désigner par une même élection conseillers généraux et conseillers régionaux à partir de 2014,
- supprimer les cantons et définir des circonscriptions infra-départementales pour l'élection simultanée des conseillers régionaux et départementaux au scrutin de liste,
- achever d'ici 2014 la carte de l'intercommunalité et rationaliser le paysage des syndicats de communes,
- supprimer les "pays" au sens de la loi du 4 février 1995,
- instaurer l'élection des organes délibérants des EPCI (établissement public de coopération intercommunale) à fiscalité propre au suffrage universel direct en même temps et sur la même liste que les conseillers municipaux,
- créer par la loi 11 métropoles à compter de 2014 (Lyon, Lille, Bordeaux, Marseille, Toulouse, Nantes, Nice, Strasbourg, Rouen, Toulon, Rennes),
- créer des "communes nouvelles" se substituant sur une base volontaire aux intercommunalités,
- confirmer la clause de compétence générale au secteur communal et spécialiser les compétences des départements et régions,

- engager la clarification des compétences et des collectivités locales,
- objectif annuel d'évolution de la dépense publique locale avec débat parlementaire,
- réviser les valeurs locatives foncières tous les six ans,
- compenser la suppression de la taxe professionnelle par une taxation fondée sur la valeur ajoutée et le foncier de l'entreprise,
- limiter les cumuls d'impôts locaux sur une même assiette d'imposition,
- créer en 2014, après consultation, le Grand Paris correspondant au territoire de Paris et des trois départements de la petite couronne,
- modifier le mode de scrutin de l'Assemblée de Corse,
- instaurer dans les régions et DOM une collectivité unique après consultation,
- supprimer les services intervenant dans le champ de compétences des collectivités locales,
- réduire d'un tiers les effectifs des exécutifs locaux.


Puis le journaliste Didier Eugène, du grand quotidien régional, remet tout cela en perspective avec les lois de décentralisation et en vient à se demander si c’est bien réaliste.

 

Faut-il chambouler la décentralisation ?

La décentralisation a tout juste 25 ans. Elle permet aux citoyens d'élire ceux qui dirigent départements et Régions, comme les maires les communes. Faut-il, un quart de siècle plus tard, alors que l'on s'y habitue tout juste, la chambouler ?

Le débat dure en fait depuis que les lois Mitterrand-Mauroy-Defferre ont été votées. Entre régionalistes et départementalistes. Entre historiens, partisans d'en revenir aux vieilles provinces d'avant la Révolution, et géographes de l'aménagement du territoire. Entre citadins, portés par l'urbanisation du dernier demi-siècle, et ruraux, partagés entre une population agricole réduite et des rurbains de plus en plus nombreux. Entre partisans des regroupements et fusions de communes et nostalgiques de la France des clochers. Ces débats-là ne seront jamais finis et mobiliseront l'imagination et l'esprit partisan au-delà de toute réforme.

Un bilan positif

C'est du bilan des lois de décentralisation qu'il est question. Il est largement positif. Le développement économique, l'écologie, les infrastructures, la solidarité, l'équipement des établissements scolaires et universitaires... L'État boulimique et centraliste a heureusement passé la main aux collectivités locales pour faire face à tous ces défis de la modernisation du pays.

Mais la France et les Français ont laissé se développer tellement de niveaux d'administration que l'on s'y perd. 75 % des investissements sont aujourd'hui réalisés par les collectivités locales. À la différence de l'État, elles ne peuvent voter des budgets déficitaires. Mais c'est au prix d'une augmentation globale et permanente des impôts locaux souvent encouragés par l'État dont le transfert de responsabilités est couvert au départ par des transferts de recettes, mais ceux-ci restent insuffisants par la suite. Eh bien, en vingt ans d'analyses, rapports, commissions... cet état de chose n'a pu être remis à plat. La réforme des finances locales est restée un voeu pieux. Il ne manque pourtant pas de compétences pour en parler.

Le couperet de la taxe professionnelle

Aujourd'hui, la suppression partielle, dès 2010, de la taxe professionnelle, principale recette fiscale des collectivités, annoncée par Nicolas Sarkozy, oblige le chef de l'État à faire bouger les choses. Le rapport Balladur vient à point pour donner l'occasion d'un big bang institutionnel. À peine installés dans une certaine routine, les élus de tous bords sont appelés soit à se réformer, soit à se saborder, en tout cas à se restreindre. Au moins cela les obligera à décider qui fait quoi, à renoncer à vouloir tout faire.

Et les contribuables locaux peuvent espérer y voir un intérêt.Sauf si les entreprises en sont les seules gagnantes. Sauf si une nouvelle usine à gaz éloigne les électeurs. Sauf si un État paradoxalement plus dépouillé et un chef d'État omnipotent reconcentrent le pouvoir à Paris. Sauf si Bercy met la main sur les ressources locales. Sauf si... la grenouille de la réforme finit comme celle de la fable.

Pour sa part, L’Humanité, le 27 février, tranche dans le vif (voir Collectivités, élections : le charcutage Balladur est en route).          

 

Et, le Nouvel Observateur cite François Hollande (27 février) : Comité Balladur : du "mille feuilles" au "pudding".    

 

Voir aussi le point de vue de Jean-Pierre Chevènement sur la réorganisation territoriale Chevènement devant la mission du Sénat sur l'organisation territoriale - 18 janvier 2009.

 

 

Cet article est le 4ème sur ce blog dans la catégorie Collectivités territoriales

.

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27 février 2009 5 27 /02 /février /2009 19:10

Le combat des populations des DOM est aussi le nôtre

 

Hier, en fin d’après-midi, quelques dizaines de militants de diverses organisations politiques, syndicales et associatives, ont succédé aux étudiants qui achevaient leur manifestation, près du Jet d’eau au centre ville de Laval.

 

Au nom du collectif d’organisation* (voir sur ce blog Le soutien aux populations d'Outre-mer en lutte s'organise à Laval - 24 février 2009), Jacques Omnes a expliqué les raisons de notre présence à cette manifestation publique (voir, plus loin, le texte - et l’image - de son intervention) et Jean-Yves Griot a indiqué ce qui s’était passé, une heure plus tôt, lorsqu’une délégation avait été reçue à la préfecture. Le MEDEF 53 n’avait pas donné suite à une demande d’entrevue.

 

 


Intervention de Jacques OMNES, au nom du collectif d’organisation

 

Il aura fallu plus de cinq semaines de grève générale et de mobilisation à la Guadeloupe pour que se dessine enfin une possibilité de sortie du conflit par la prise en compte des revendications salariales du LKP : augmentation des bas salaires de 200 € mensuels.

 

La durée et l'ampleur exceptionnelles du mouvement témoignent de l'exaspération de la population et de sa détermination à mettre un terme à une situation inacceptable marquée, plus encore que dans l'hexagone, par la vie chère, les bas salaires et le chômage. Une situation d'autant plus insupportable, que se perpétuent dans les Antilles des inégalités sociales énormes et l'exploitation de la masse de la population par une poignée de descendants des anciens esclavagistes, qui concentrent dans leurs mains l'essentiel de la richesse, l'essentiel du pouvoir économique.

Comment, dans ces conditions, ne pas comprendre la colère des Guadeloupéens ? Une colère encore attisée par le comportement de Sarkozy, de son gouvernement et du Medef.

 

Aux revendications légitimes des Antillais, Sarkozy a répondu d'abord par le silence. Puis par le mépris, en envoyant à Pointe-à-Pître un secrétaire d'Etat, Yves Jégo, incapable de tenir les engagements pris, puis des "médiateurs", qui ont essayé d'amuser la galerie avec des propositions qui ne répondaient pas aux demandes du mouvement populaire.

 

Et que dire de la surdité, de la brutalité, de la mauvaise foi du Medef ? Selon lui, les patrons n'auraient pas les 108 millions nécessaires à la satisfaction des revendications salariales en Guadeloupe au moment où les patrons du CAC 40 viennent de déclarer 89 milliards de bénéfices et de distribuer 53 milliards de dividendes à leurs actionnaires.

 

La vérité, c'est que pour maintenir les profits d'une minorité, le Medef et Sarkozy n'ont pas hésité à miser sur le pourrissement du mouvement aux Antilles. Un pari très dangereux, qui ne pouvait que faire monter la tension, et qui a, malheureusement, coûté la vie à un militant syndical. Ce drame n'a manifestement pas ému le président de la République, d'habitude plus prompt à s'apitoyer sur les victimes. Il n'a pas eu un mot pour Jacques Bino dans son allocution du 18 février.

 

Le combat des populations des DOM (Guadeloupe, Martinique, Guyane, Réunion), c'est aussi notre combat. Nous sommes tous victimes d'une politique qui tire prétexte de la crise du système pour mieux exploiter la masse de la population et enrichir plus encore une minorité. Nous sommes tous victimes, aussi, d'une même politique du mépris. Notre combat commun est un combat pour le mieux-être, pour l'égalité et pour la dignité.

 

Le 16 et le 21 février, des manifestations massives de solidarité ont eu lieu à Paris et dans de nombreuses villes de France. Nous devons maintenir la pression tant que les revendications des populations des DOM ne seront pas satisfaites. Nous devons être vigilants et prêts à réagir vigoureusement à toute tentative de répression violente de la part du pouvoir. La situation est particulièrement préoccupante en Martinique, où l'intransigeance du patronat fait monter dangereusement la tension.

 

Restons mobilisés et proclamons bien haut notre conviction : "Travailleurs des DOM, travailleurs de métropole, solidarité, même combat !", "DOM, métropole, doubout !"

 

* Collectif d’organisation : Lutte Ouvrière, Mouvement républicain et citoyen, Nouveau parti anticapitaliste, Parti communiste français, Parti de gauche, Parti des radicaux de gauche, Parti ouvrier indépendant, Les Verts, UD-CGT, FSU, Mouvement de la Paix ; avec le soutien des 3 Mondes, de l'UD-FO, de la Fédération de l'enseignement FO (FNEC-FP.FO).

 

Revue de presse :

 

-          Sur le site Le Monde.fr, ce 27 février, le leader du collectif à l'origine du mouvement en Guadeloupe assure que "le LKP a vocation à durer" : Elie Domota : "Le mouvement n'est pas près de s'arrêter".

 

-          Sur le site de L’Humanité, ce 27 février, « LE LKP SAVOURE UNE PREMIÈRE VICTOIRE »

Depuis la conclusion d’un accord salarial, la pression est maximale sur le MEDEF et la CGPME, qui renâclait toujours à opposer leur signature bien que l’effort financier repose sur l’État et les collectivités. « On peut déboucher ce week-end », estime Jean-Marie Nomertin, secrétaire général de la CGTG. À lire dès à présent sur humanite.fr

 

J’y ajoute le point de vue d’un haut fonctionnaire, Alex Céleste. L’un de mes anciens camarades de l’Agro de Rennes, qui vit en Martinique, me l’a conseillé en ces termes : « une analyse particulièrement intéressante et qui donne à mon sens la vision la plus juste de ce qui se passe aujourd'hui aux Antilles ».

 

 Ce haut fonctionnaire exprime ce que pensent beaucoup de gens sur place. A ce titre, il est bon d’en prendre connaissance. On trouve ce texte sur le site de Terra Nova, une Fondation indépendante, proche du PS.

Lire La crise guadeloupéenne entre dans sa cinquième semaine (note du 19 février)

En voici un extrait significatif.


Les véritables enjeux de la crise ne résident pas simplement dans une lutte contre la vie chère
– par ailleurs justifiée. Les objectifs du collectif LKP sont ambigus. Il faut placer ses revendications réelles dans la perspective de la consultation du 7 décembre 2003, qui a vu 75% des Guadeloupéens rejeter une modification du statut de l’île. Emmené par des responsables politiques de tendance régionaliste, ce mouvement contient des éléments dont le réel motif pourrait être de prendre dans la rue une revanche sur les urnes.

Il faut cependant saluer certains aspects de ce mouvement populaire, à savoir qu’il accélère la prise de conscience de la population, des élus et de l’Etat sur l’urgence de lutter contre les abus de sociétés métropolitaines. Il a également dénoncé les inégalités de la société antillaise, et mis en lumière la nécessité de moderniser les rapports interraciaux.

Contrairement aux autres acteurs dans l’île, le LKP affiche une grande cohérence dans son attitude et ses méthodes : La division du travail opérée entre la couverture « idéologique » des plus anciens et un leader charismatique rompu aux techniques de communication semble fonctionner parfaitement. Cependant, les méthodes utilisées, de plus en plus radicales, sont éminemment contestables en pays démocratique.

L’Etat a commis de nombreuses approximations dans la gestion de la crise. Les négociations-spectacle organisées au début de la crise, les promesses intenables du secrétaire d’Etat puis son départ à la dérobée de l’île ont illustré les dysfonctionnements dans la gestion interministérielle de l’outre-mer et, pour tout dire, le désintérêt du Gouvernement pour les questions ultramarines.

Le paysage politique guadeloupéen a été durablement affecté par cette crise. Les élus locaux, divisés par l’appel d’air du mouvement, avec les effets d’aubaine qu’il comporte, sont mal à l'aise. Les lignes tracées par le mouvement rendent difficile leur position.

Les chefs d’entreprises peinent à trouver la voie du dialogue social. Il est à regretter que les grandes entreprises métropolitaines ne fasse pas preuve de plus de bonne volonté, tant dans leur communication que dans les efforts qu’elles réalisent effectivement.

Quant à l’opinion publique, dans laquelle réside tout l’enjeu de la crise, elle est partagée. Le système démocratique ouvert depuis la départementalisation, s’il présente des avantages incontestables, n’est pas parvenu à effacer les blessures du passé. La situation sociale de l’île, marquée par le chômage et les inégalités, contribue à rendre attractif le mouvement qui semble s’intéresser aux difficultés quotidiennes de la population. Dans une situation aussi incertaine, il reste à faire confiance aux différents acteurs pour éviter une aggravation violente de la crise.

   

Cet article est le 45ème sur ce blog dans la catégorie Travail Economie

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25 février 2009 3 25 /02 /février /2009 22:33

Amorcer le rassemblement de la gauche

 

Les élections européennes auront lieu le 7 juin 2009. Le moment est venu, au niveau du Mouvement Républicain et Citoyen, de se déterminer sur les conditions de sa présence à ce scrutin.

 

Ce 25 février, lors de la réunion du secrétariat national, à laquelle je ne participais pas, Jean-Pierre Chevènement et Georges Sarre ont rendu compte des discussions qui ont eu lieu le 23 février avec Marie-George Buffet (PCF) et Jean-Luc Mélenchon (Parti de Gauche).

 

Voici le texte que j’ai adressé, cet après-midi, à Jean-Pierre Chevènement et à mes collègues de la direction du MRC.

 

Contribution de Michel Sorin aux réflexions du secrétariat national MRC -  25 02 2009

 

Dans ma lettre à Jean-Pierre Chevènement, le 2 février, je souhaitais que soient respectées trois conditions dans le mode de décision de notre Mouvement concernant les élections européennes. La première ayant été satisfaite lors de notre bureau national le 4 février, il en reste deux, que je rappelle :

 

-          Nous avions adopté, le 7 janvier, en secrétariat national, un très bon texte qui a servi de base de discussion lors des rencontres avec les partis de gauche. Un projet d’accord avec l’un ou plusieurs de ces partis sera jugé selon sa proximité avec les principaux points de notre texte.

 

-          La question éventuelle des candidatures MRC sur des listes de gauche devrait concerner toutes les circonscriptions électorales et ne pas se limiter à une ou deux places éligibles dans une ou deux circonscriptions (le but étant d’associer l’ensemble du MRC à la décision et à la future campagne électorale).

 

J’ajoutais :

 

Ayant participé, le 24 janvier, à la rencontre organisée par le MRC Bretagne, à Guingamp, je puis témoigner de l’intérêt des militants pour débattre de la stratégie d’alliance aux élections européennes. Il me semble important qu’ils soient associés à la décision qui sera prise par nos instances nationales.

La tendance, à Guingamp, était en faveur d’une alliance avec le PCF et le PG, dans le cadre d’un front de gauche respectant notre opposition au traité de Lisbonne.

 

Les informations en provenance de l’AFP, concernant la rencontre MRC-PCF-PG le 23 février (voir l’article paru sur le blog du MRC 53 Elections européennes : rencontre MRC-PCF-PG pour un Front de gauche - 23 février 2009), sont à compléter par le rapport qu’en feront Jean-Pierre Chevènement et Georges Sarre au secrétariat national, ce soir.

 

Une éventuelle liste commune avec le PCF et le PG (auxquels s’ajoutent les groupes qui les ont rejoints, notamment le M’PEP) nous permettrait de respecter au mieux les deux conditions que j’ai rappelées, ci-dessus (notamment le non au TCE et au traité de Lisbonne).

 

De plus, ce serait conforme à notre stratégie de rassemblement de l’ensemble de la gauche en vue des prochaines élections nationales. On pourrait admettre qu’il s’agit d’un premier pas, sachant qu’il n’est pas possible, sur la question européenne, d’amener le PS à faire des listes communes avec le PCF et le PG (et réciproquement).

 

D’ailleurs, notre Mouvement, dans ses profondeurs, n’accepterait pas une alliance avec le PS, dans la mesure où ce parti reste fondamentalement sur des positions favorables au traité de Lisbonne.

 

A cet égard, l’initiative de Gauche Avenir est intéressante, mais elle traduit l’impuissance de ses promoteurs face à l’inertie du PS, plus préoccupé par ses problèmes internes que par la discussion d’un texte de fond sur la question européenne.

 

Je me permets d’insister sur l’importance de notre présence, partout où nous le pouvons, à l’occasion de ces élections européennes, afin de faire connaître la gauche républicaine sur le terrain.

C’est la première condition pour recruter de nouveaux adhérents. La seconde est d’améliorer notre rapport au peuple (voir, à ce sujet, l’article que j’ai mis en ligne, hier soir, sur le blog du MRC 53 Michel Sorin : Jean-Pierre Chevènement est l'homme de la situation - 24 février 2009).

 

Je reste sur la conviction que « le NON républicain du 29 mai 2005 était un vote fondateur d’une large alliance, allant des gaullistes républicains et sociaux aux républicains d’extrême gauche, en passant par toutes les sensibilités politiques de gauche, à l’image de ce qu’était le Conseil de la Résistance en 1945 » (voir Européennes : Michel Sorin pour l'alliance républicaine anti-libérale - 24 septembre 2008).

 

Cet article est le 10ème paru sur ce blog dans la catégorie Européennes 2009.

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