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  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine à partir, notamment, des idées de Jean-Pierre Chevènement, l'un de ses fondateurs, qui n'est plus membre du MRC depuis 2015. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens (MDC) après les élections de 2002. En 2022, le MRC est devenu membre de la Fédération de la Gauche Républicaine avec quatre autres organisations politiques.
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18 septembre 2008 4 18 /09 /septembre /2008 22:09

Le pouvoir recule devant l’ampleur des oppositions

 

C’est un feuilleton de l’été (voir Le fichier de police EDVIGE provoque l'inquiétude des associations - 26 juillet 2008). Le pouvoir a fait la sourde oreille, ne voulant pas entendre les critiques venant de tous horizons.

 

Il faut lire Comment Internet a mis Edvige au cœur de l'actualité et Edvige : les associations dénoncent une "fausse concertation" .

 

Même la Commission européenne s’en est mêlée : Edvige : les mises en garde de Bruxelles.


Puis, le Premier ministre intervient ce 18 septembre Le fichier Edvige remodelé par Matignon

Extraits : « Le fichier de police Edvige, objet de vives critiques à droite comme à gauche, va être profondément modifié dans un nouveau projet de décret qui sera soumis ce vendredi pour avis à la Commission nationale de l'informatique et des libertés (CNIL), annonce Matignon.

Le nouveau décret ne permettra plus le recensement de personnalités politiques, syndicales ou religieuses. Il exclut toute mention relative à la sexualité ou à la santé et se limite aux problèmes de sécurité, avec toujours la possibilité de ficher à ce titre des mineurs à partir de 13 ans.

Les syndicats CFDT, CGT, FSU et Solidaires disent dans un communiqué commun regretter "l'absence d'informations précises sur le contenu et les garanties liées aux trois nouveaux fichiers en passe d'être créés".  Ils déplorent le maintien du fichage des mineurs, s'interrogent sur la possibilité d'un droit d'accès au fichier et répètent leur voeu d'un débat parlementaire. Les opposants à Edvige ont promis une journée d'action le 16 octobre, jour de la Sainte-Edwige » (…).

Le nouveau texte renonce à recenser les informations relatives aux personnalités "exerçant un mandat ou jouant un rôle institutionnel, économique, social ou religieux significatif", ce qui était prévu par le décret du 1er juillet.

Des "répertoires administratifs" recensant ces personnalités pourront être tenus à des fins pratiques dans les préfectures de région, avec les seules mentions des identités, des fonctions et les coordonnées personnelles, a précisé Michèle Alliot-Marie à l'Assemblée.

"Le décret devra prévoir explicitement qu'aucune donnée touchant à l'orientation sexuelle ou à la santé des personnes intéressées ne peut être collectée, même à titre exceptionnel", ajoute Matignon.

Est en revanche maintenue la possibilité de ficher à partir de 13 ans les mineurs susceptibles de "porter atteinte à la sécurité publique", mais avec une possibilité de radiation du fichier à leur majorité si aucun élément nouveau ne survient. La formulation semble par ailleurs plus restrictive que celle du décret de juillet qui parlait de personnes susceptibles de porter atteinte "à l'ordre public".

Dans sa nouvelle définition, le fichier pourra recenser "des personnes dont l'activité individuelle ou collective indique qu'elles peuvent porter atteinte à la sécurité publique ainsi que les personnes entretenant ou ayant entretenu des relations non fortuites avec elles".

Est en outre prévu le recensement de "personnes travaillant dans des secteurs ou des domaines sensibles et faisant à ce titre l'objet d'enquêtes administratives", ce qui semble renvoyer par exemple aux employés des secteurs relatifs à la défense nationale.


Pour sa part, le Mouvement Républicain et Citoyen (MRC) a pris position, le 12 septembre, par ce communiqué de presse.

EDVIGE : un débat doit avoir lieu au Parlement

 

Le MRC s'inquiète des menaces que fait peser le fichier EDVIGE sur les valeurs et les libertés fondamentales de notre République.

Le fichage des données relatives à la santé et à l'orientation sexuelle, ainsi que l'enregistrement des déplacements et fréquentations des personnes est inacceptable.

De même étendre les données sensibles à l'ensemble des personnes « fichables » parce qu'elles ont sollicité ou exercé un mandat civique est une atteinte grave à la démocratie et à l'Etat de droit.

Le MRC constate et regrette que cette extension du fichage résulte d'une directive européenne de 1995, transposée dans le droit français en 2004, qui autorise également le fichage des mineurs de 13 à 18 ans, que nous refusons.

Nous demandons qu'un débat s'ouvre rapidement au parlement pour examiner non seulement le contenu du fichier Edvige, mais aussi l'ensemble des problèmes engendrés par la multiplication des fichiers centralisés et automatisés aussi bien publics que privés.
Ce débat doit permettre de trouver un équilibre entre les valeurs d'un Etat de droit républicain et les nécessités de l'information du gouvernement. Il doit aussi déboucher sur le renforcement des moyens de la CNIL, autorité indépendante et respectée qui n'a pas aujourd'hui les moyens d'exercer ses missions de contrôle.

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17 septembre 2008 3 17 /09 /septembre /2008 17:09

Une commission pour faire accepter la privatisation

 

J’ai déjà évoqué sur ce blog cette question très importante (voir La Poste, service public, se prépare à servir des capitaux privés - 26 juillet 2008 et Comité de liaison de la gauche : nouvelles décisions communes - 3 septembre 2008).

 

Voici le projet de texte qui sera proposé à la signature des organisations syndicales, associatives et politiques (voir liste, plus loin), dans le but de mettre sur pied un comité appelant à un débat public et à un referendum contre la privatisation de la Poste. Quelques modifications sont encore possibles, lors d’une réunion ce soir à la Bourse du travail, avant sa présentation à la presse demain.

 

Note concernant le MRC : les amendements proposés par Jean-Claude Chailley, au nom du MRC, n’ont pas été adoptés. Ils visaient à souligner les responsabilités des institutions européennes dans le processus de privatisation de La Poste, la directive européenne et l’ouverture du capital étant liés, la première étant à l’origine d’une grande partie de la seconde.

 

Appel à la mobilisation :

· contre la privatisation de La Poste,

· pour un débat public et un référendum sur le service public postal.

 

Les organisations syndicales, politiques et associatives signataires affirment que le service public postal appartient à tous les citoyens, c'est pourquoi elles demandent l'organisation d'un vrai débat public permettant l'implication des citoyens. Ils doivent pouvoir décider de l'avenir de La Poste par un référendum.

 

Sacrifiant l'intérêt général à l'aventure spéculative, le Gouvernement soutient le projet, annoncé brutalement début juillet, de transformation de La Poste en société anonyme et d'ouverture de son capital.

 

Quand on regarde ce qui s’est déjà passé en France, notamment avec France Télécom, EDF et GDF, ainsi qu'à l’étranger, cela s’appelle une privatisation. Nous la refusons !

 

Il s’agit d’une offensive sans précédent contre « le noyau dur du service public ». C’est une attaque contre un symbole cher à l'ensemble de la population. C'est une attaque contre une réalité vécue, celle d’un service ouvert à tous, efficace, garant de proximité et jouant un rôle social essentiel. Que deviendraient les plus fragiles ou les plus isolés de nos concitoyens en cas de banalisation de La Banque Postale, de réduction de tournées de facteurs, de fermeture massive de bureaux de poste ?

 

L'ensemble des organisations syndicales, politiques et associatives signataires :

· entendent s'opposer résolument à la privatisation de La Poste. La mobilisation de toutes et de tous doit contraindre le Gouvernement à y renoncer.

· exigent que le service public soit maintenu, modernisé et rénové afin de répondre aux besoins de la population sur l'ensemble du territoire.

 

La Poste ne doit pas être une entreprise comme les autres. Sa vocation première, sa raison d’être c’est le service public. La Poste est un « service public national » qui est « la propriété de la collectivité », selon le préambule de la Constitution. Ce même texte définit l'égalité des droits et des devoirs, sans distinction d'origine ni de religion. Pour tous et partout, le droit à la communication, le droit à l'adresse, le droit au compte et l'accessibilité bancaire doivent figurer au premier rang des missions de La Poste.

 

Il est impensable que l'on puisse décider de son avenir, de la transformer radicalement sans consulter ses véritables propriétaires, les citoyens ! Sur ce sujet vital, la réflexion et la décision ne peuvent être réservées à tel ou tel cercle, aussi avisé qu’il se prétende.

 

Il est légitime que la population, élargissant ainsi les nécessaires mobilisations des postières et des postiers, puisse débattre largement et s’exprimer directement. Si la démocratie c’est la liberté de choisir, encore faut-il que le choix soit possible. Il est juste que les citoyens, propriétaires et usagers de La Poste, les élus locaux et le monde associatif et bien sûr les postières et les postiers et leurs syndicats puissent défendre leur conception du service public. Ils sont, au-delà de la critique, à même de proposer une voie alternative à celle qu’on cherche à leur imposer au nom d’une prétendue fatalité.

 

D’autant que, partout en Europe et dans le monde, les privatisations postales ont engendré baisse de qualité de service, augmentation des tarifs et destructions d’emplois.

L’article 11 de la Constitution révisée ouvre le droit d’initiative citoyenne. Les citoyens doivent pouvoir décider de l'avenir de La Poste par référendum.

 

C’est pourquoi nous créons le Comité national de mobilisation contre la privatisation de La Poste, pour l'ouverture d'un débat public et un référendum sur le service public postal.

Ce Comité est constitué des représentants des organisations syndicales, politiques et associatives déjà signataires et à venir. Il appelle à créer dans tout le pays des comités locaux, ayant pour but de rassembler toutes celles et tous ceux qui souhaitent atteindre ces objectifs.

 

*  SUD PTT, FO, CFTC, CGT, FSU, SOLIDAIRES, Marches Européennes, Fondation Copernic, PS, PC, Les VERTS, LCR, MRC, Alternative Libertaire, Mouvement Pour l’Education Populaire, Comité de Défense des Services Publics 75, Convergence pour les Services Publics, AITEC – IPAM (Initiative pour un autre monde), ATTAC, MARS Gauche Républicaine, Coordination des Collectifs Unitaires Anti Liberaux, AFOC, UFAL, Mouvement des Jeunes Socialistes, Droit Au Logement.

 

Ayant senti venir le vent de la mobilisation, le président de la République a fait savoir, ce jour, par un communiqué, sa décision de créer une commission, qui devra rendre un rapport pour «évaluer l’impact sur La Poste» de l’ouverture complète à la concurrence au 1er janvier 2011, et les «différentes options envisageables pour le développement de l’entreprise».

 

Voici la dépêche de l’AFP, reprise par Libération.

 

Statut de La Poste: Sarkozy met en place une commission

Un communiqué de la CGT-FAPT a immédiatement suivi l’annonce du président de la République (extraits).

 

Agir plus fort le 23 septembre contre la privatisation et pour un service postal public moderne et rénové

 

L’annonce par le président de la République de la mise en place d’une commission sur La Poste, composée de parlementaires, d’élus locaux, de personnalités qualifiées, de représentants des organisations syndicales, de La Poste et de l’Etat. La mission de cette commission serait d’examiner « les différentes options pour le développement de l’entreprise et les moyens qu’elles exigent ». Tout cela nous conforte dans l’idée que le gouvernement est tenu à une grande prudence sur ce dossier particulièrement sensible.

 

C’est aujourd’hui la réponse apportée par l’Elysée au large rassemblement contre la privatisation et à l’exigence d’un vrai débat public pour le service public de La Poste. En annonçant la création de cette commission, le gouvernement n’annonce pas pour autant son renoncement à la privatisation de La Poste (…).

        

La CGT appelle à poursuivre et à amplifier la mobilisation des postiers, des usagers et des élus au travers de leurs exigences (…). Dans ce contexte, le 23 septembre est plus que jamais une étape importante, chaque gréviste, chaque manifestant va compter.

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16 septembre 2008 2 16 /09 /septembre /2008 18:28

La déroute de la finance mondiale, qui voulait s’autogérer

 

Hier, j’ai évoqué par revue de presse Le capitalisme financier à l'origine d'une crise de grande ampleur. Je prolonge aujourd’hui, vu l’ampleur des dégâts occasionnés par la folie de la finance américaine.

 

Les informations et analyses sont indispensables, mais il faut aussi passer aux propositions, lesquelles sont de deux sortes : celles qui visent à remettre le système financier en place sans rien changer et celles qui tirent les conséquences politiques de la dérive qui s’est produite, sous les yeux consentants des conservateurs néolibéraux au pouvoir aux USA.

 

La Fed injecte 50 milliards de dollars (Le Monde, 16 septembre) et la BCE fait de même « La Banque centrale européenne a injecté 70 milliards d'euros de liquidités supplémentaires sur le marché monétaire, après les 30 milliards d'euros investis lundi ».

 

Pour comprendre, on lira ce jour sur le même site Michel Aglietta : "La crise étouffe progressivement les économies occidentales".

 

Les questions, auxquelles Pierre-Antoine Delhommais, Claire GatinoiS et Anne Michel répondent dans La crise financière en questions sont les suivantes :

 

1)       Comment est née la crise financière ?  

2)      
Pourquoi la crise n'en finit-elle pas ?

3)       Faut-il craindre un effet dominos sur les banques ?

4)       Faut-il redouter un krach boursier mondial ?

5)       Pourquoi le reste du monde est-il touché ?

6)       Comment la crise financière affecte-t-elle l'économie réelle ?

7)       Les pays émergents peuvent-ils résister ?

8)       Quelles solutions à la crise ?



Sur Rue89, ce 16 septembre, un spécialiste des marchés financiers s’exprime sur « les ressorts et les limites de la crise »

 

Crise des marchés financiers : la sortie, c'est par où ?

 

 

Pour Christian de Boissieu (Le Monde, 16 septembre), "Il faut refonder le système financier international"

 

Sur le même site, ce jour, on lira les réflexions et propositions d’ATTAC* :

 

Il est urgent de rompre avec l'emprise de la finance, par Jacques Cossart, Jean-Marie Harribey et Dominique Plihon.

 

Depuis que la crise immobilière des subprimes a éclaté aux Etats-Unis il y a plus d'un an, pour atteindre les principales banques et autres fonds de placement, beaucoup se sont demandé comment la contenir. Aujourd'hui, les nouvelles faillites de Lehman Brothers et de Merril Lynch montrent, s'il était besoin, que cette question est doublement dépassée.

Deux digues, en effet, ont été rompues. D'abord, en raison de la globalisation du capital, ce ne sont pas seulement les institutions financières américaines qui ont été touchées, mais une bonne partie de celles du monde entier, tellement la circulation des titres hypothécaires avait été grande. Ensuite, déjouant les pronostics de nombreux experts qui se voulaient rassurants, la crise bancaire et financière a franchi la barrière de l'économie réelle puisque l'économie américaine et celle de l'Europe sont au bord de la récession (- 0,3 % pour le PIB français au deuxième trimestre, - 0,5 % en Allemagne et - 0,2 % dans la zone euro) et que, au niveau mondial, le ralentissement de la croissance est désormais certain.

La raréfaction du crédit consécutive à la fragilisation de nombreuses banques a conduit les banques centrales, notamment la Réserve fédérale et la Banque centrale européenne (BCE), à injecter des centaines de milliards de dollars et d'euros et, pour la première à réduire son taux directeur, mais cela n'a suffi ni à sauver la mise de certaines institutions financières ni surtout à éviter que l'économie productive soit gangrenée.

Deux questions méritent d'être posées. Pourquoi la crise s'est-elle globalisée, au point qu'aux dires des voix les plus officielles, nous sommes en présence de la crise la plus importante depuis la fin de la seconde guerre mondiale, c'est-à-dire depuis 1929 ? Comment empêcher le retour des crises, et non pas comment contenir une crise qui a déjà répandu ses méfaits ?

La généralisation de la crise financière, ses répercussions sur la pratique spéculative des fonds qui ont réorienté leurs placements vers de nouvelles valeurs refuges comme les matières premières et les céréales, faisant exploser les prix de ces dernières, et la fragilisation du système productif sont imputables au capitalisme néolibéral qui a imposé sa logique implacable et ses normes à toutes les sphères de la société.

La libre circulation des capitaux, les procédures de titrisation, le développement des marchés à terme portant sur les produits dérivés, les politiques de dérégulation menées par les Etats sur leur territoire national ou bien dans un cadre communautaire comme en Europe et les facilités de crédit accordées au système financier pour participer aux restructurations gigantesques de l'appareil productif mondial, notamment par la technique du leveraged buy out (LBO, effet de levier), ont multiplié les secousses financières. Crises mexicaine (1995), asiatique (1997), russe (1998), argentine (2001), crise de la nouvelle économie (2000), crise des subprimes (2007) se sont succédé, une bulle chassant l'autre.

Comment pouvait-il en être autrement puisque la promesse d'enrichissement perpétuel des détenteurs de patrimoine financier était fondée en dernière analyse sur la détérioration de la condition salariale : chômage, précarité, déconnexion des salaires par rapport à la productivité du travail, augmentation de la durée du travail, laminage de l'assurance-maladie et des retraites vouées à être confiées à la Bourse.

La pérennisation d'un rapport salarial injuste n'est sans doute pas étrangère à la frénésie financière et à l'incapacité du capitalisme néolibéral de se construire une trajectoire stable : 100 000 personnes seulement, selon Merill Lynch, disposent d'avoirs financiers équivalents au quart du PIB mondial, soit près de 15 000 milliards de dollars (10 601 milliards d'euros).

L'instabilité chronique est renforcée par la stérilisation des instruments traditionnels de régulation. Les banques centrales alimentent les bulles financières en période de surchauffe et, plus tard, volent au secours des institutions ayant pris trop de risques : Northern Rock au Royaume-Uni, Bear Stearns, Fannie Mae et Freddie Mac aux Etats-Unis. En Europe, la BCE augmente son taux directeur, contribuant ainsi à la surévaluation de l'euro par rapport au dollar et aux variations erratiques du prix du pétrole, au risque de l'inflation qu'elle prétend combattre et malgré la récession imminente.

L'"échec des négociations" de l'Organisation mondiale du commerce est l'aboutissement de l'incapacité de cette instance, dont le seul critère est la concurrence exacerbée, à réguler sur une base coopérative les rapports entre les Etats. L'aggravation des tensions géopolitiques (Moyen-Orient, Balkans et Caucase) et des politiques sécuritaires doit être vue comme la conséquence du fait que le monde est livré à une logique mortifère.

Un nouveau Bretton Woods est donc indispensable. Mais pas n'importe lequel. N'oublions pas que la principale proposition formulée en 1944 fut rejetée : la monnaie mondiale et l'Union de compensation envisagées par Keynes ne virent jamais le jour pour laisser le champ libre au dollar et à l'hégémonie américaine. La taxation des transactions financières et des revenus financiers est devenue une nécessité impérieuse, non seulement pour rétablir un contrôle des mouvements de capitaux, mais aussi pour financer les biens publics mondiaux.

En outre, une nouvelle architecture monétaire et financière internationale n'aurait aucune chance d'améliorer la situation si, dans le même temps, les "réformes structurelles" des marchés du travail étaient poursuivies, Au contraire, elles auraient pour conséquence de renforcer la financiarisation des économies française et européenne puisqu'elles signifieraient une reprise de la détérioration de la part salariale dans la valeur ajoutée, aujourd'hui ramenée à un niveau très bas, comme le reconnaissent bien tardivement l'UE et le Fonds monétaire international (FMI).

Décidément, le capitalisme est indécrottable. Plus il se rapproche de sa "pureté" théorique analysée par Marx (le surplus de valeur pour l'actionnaire et rien que pour lui), plus il accroît le risque de délitement des sociétés et éloigne la perspective de régulation de la planète. Jamais nous n'avons été aussi proches du franchissement de limites, au-delà desquelles le saut dans l'inconnu pourrait être catastrophique. Contenir la crise financière, non, c'est trop tard. Faire reculer l'emprise de la finance qui en est la source, il est plus que temps.

* Jacques Cossart, Jean-Marie Harribey et Dominique Plihon sont économistes et membres du conseil scientifique d'Attac.

Voir aussi, sur ce blog, les articles parus concernant le Capitalisme.

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15 septembre 2008 1 15 /09 /septembre /2008 14:55

Différente mais plus grave que la crise de 1929 ?

 

L’actualité du jour vient illustrer l’article paru hier sur ce blog Le MRC et l'économie : il faut s'affronter au capitalisme financier. Les errements du libéralisme vont se payer très cher. Voici quelques titres de presse, montrant la gravité de la situation économique.

La plus grave crise financière depuis un siècle, selon Greenspan

L'ex-patron de la banque centrale américaine évalue à plus de 50% le risque que les Etats-Unis plongent dans la récession (Libération, 15 septembre).

 

Marc Touati: «Aujourd’hui, il y a le feu et il faut l’éteindre»

Alors que les marchés dévissent, Marc Touati, économiste et directeur général délégué de Global Equities, estime qu’« il y a un risque de récession en Europe » (propos recueillis par François Vignal, Libération, 15 septembre).

 

Pour mieux comprendre, se reporter à l’article paru sur ce blog Un an après le début de la crise financière, l'économie est en panne - 10 août 2008.

 

Le système bancaire est le premier touché.

 

Extrait : « Les banques les plus durement touchées sont celles qui, pour gagner beaucoup d'argent en peu de temps, ont acheté des produits financiers adossés aux "subprimes", ces fameux crédits immobiliers américains à risques qui ont contaminé toute la planète financière.

Que les mutualistes soient très représentés n'est pas un hasard, car ceux-ci étaient moins bien outillés que les banques capitalistes pour apprécier les risques liés aux activités de marchés. Champions de la banque de détail, ces groupes décentralisés n'avaient qu'une expérience limitée en la matière et ne disposaient pas des systèmes de contrôle appropriés. Ils ont pris la crise financière de plein fouet.

Les difficultés du secteur bancaire français – aujourd'hui l'un des premiers recruteurs de France, avec 400 000 salariés représentant 1,6 % de la population active – vont se traduire par d'importantes suppressions d'emplois. Des réductions d'effectifs sont annoncées aux Caisses d'épargne (5 300 sur un total de 51 200 salariés), chez Natixis, filiale commune aux Caisses d'épargne et aux Banques populaires (850, hors sous-traitants, sur 22 000) et chez Calyon, la filiale du Crédit agricole (500 sur 13 000).

Certes, ces départs s'effectueront la plupart du temps sans licenciement, sur la base du volontariat, et à la faveur d'une pyramide des âges accommodante dans le secteur bancaire. Mais les syndicats s'inquiètent. La CGT des Caisses d'épargne dénonce "l'utilisation des salariés comme principale variable d'ajustement, afin de redresser les résultats et rassurer les marchés". Au Crédit agricole, le syndicat FO critique "un projet [de restructuration] fait à la hache" ».

Voir, à ce sujet, Les dirigeants du Crédit agricole n'avaient plus les pieds sur terre - 3 août 2008

 

Lire aussi Les déboires des banques US, ce sont aussi les nôtres (Rue89, Pascal Riché, 15 septembre).

La Chronique Agora, que l’on peut recevoir gratuitement, se distingue par la qualité de ses analyses (voir Bill Bonner, co-fondateur de La Chronique Agora, à Londres et 12/09/2008 – Avec la nationalisation de Fannie et Freddie, le gouvernement US signe la crise économique mondiale).

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14 septembre 2008 7 14 /09 /septembre /2008 16:16

Proposer une alternative économique et sociale

 

Lors de son intervention en clôture de l’université d’été du MRC à Belfort, le 7 septembre, Jean-Pierre Chevènement avait décrit le ralliement de la gauche au capitalisme financier (voir Université d'été du MRC à Belfort : le discours de JP Chevènement (4) - 11 septembre 2008 et Aider le peuple français à renouer avec son Histoire pour construire une Europe des peuples dans le monde multipolaire de demain).

 

Le 12 septembre, sur proposition de son secrétaire national, Yves Le Hénaff, le MRC adoptait un texte relatif à la situation économique, incluant les mesures que la gauche devrait prendre pour affronter le capitalisme financier et s’orienter vers une véritable alternative économique et sociale.

 

La situation économique : l'épuisement du capitalisme financier

 

La crise financière fait sentir ses effets sur l’économie réelle en Europe, de façon brutale depuis six mois. Validant l’effet de contagion depuis les Etats-Unis pronostiqué par le FMI mais longtemps dénié par les responsables de la BCE et de l’Eurogroupe, les conditions du crédit se sont rapidement tendues, l’immobilier a été brutalement touché, les exportations se sont déprimées, l’investissement a fortement ralenti.

 

Dans le même temps, l’explosion de la demande des nouveaux pays industrialisés mais surtout la spéculation alimentée par les liquidités abondamment injectées depuis des années par les banques centrales mais fuyant maintenant les marchés financiers, ont provoqué la flambée des prix des matières premières puis une augmentation de l’inflation. Les politiques publiques européennes et, notamment françaises, étant en permanence défavorables aux salariés, le travail a été dévalué et le pouvoir d’achat atteint. Les différentes réformes des retraites aboutissent à en réduire les montants. A la paupérisation relative des classes moyennes a succédé, depuis 18 mois, une baisse du pouvoir d’achat. Malgré une évolution démographique très favorable, le chômage recommence sa croissance.

 

Le gouvernement est incapable de répondre aux nécessités de la situation de la France. Les marges budgétaires ont été gagées par le paquet fiscal du Président Sarkozy. Les cadeaux aux plus riches et les partis pris idéologiques ont eu raison de la sauvegarde par notre pays de ses capacités de rebonds.

 

La politique monétaire se heurte au fondamentalisme libéral de la Banque Centrale Européenne. Sous prétexte de contrer l’inflation et la hausse des salaires qui suivrait celle des matières premières, elle refuse de mener la politique de soutien qui s’imposerait mais échoue à contrôler la hausse des prix. Pour contrer l’inflation, la BCE n’envisage qu’un recul du pouvoir d’achat des Européens.

 

Les pays européens font face à des déficits extérieurs préoccupants. L’exception allemande est un leurre. L’Allemagne a renoué avec sa politique non coopérative et une croissance reposant prioritairement sur les exportations vers ses partenaires européens. Ce faisant, elle y exporte aussi son chômage et masque sa perte de compétitivité mondiale.

 

Les Etats-Unis arrivent au bout d’un cycle. Leur puissance reposait, depuis les années Reagan, sur un endettement croissant beaucoup plus vite que l’économie et alimentant la spéculation des marchés financiers. De crise financière en crise financière, ce système vacille. Aujourd’hui, ce sont des millions de ménages américains qui doivent en payer les conséquences.

 

Les institutions économiques multilatérales sont atteintes dans leur crédibilité. Le FMI est devenu financièrement inutile. Ses prescriptions économiques sont unanimement rejetées. Elles ont fait la preuve, partout dans le Monde, de leurs effets catastrophiques. Sa gouvernance, malgré la réforme envisagée, reste en décalage avec la réalité : les pays occidentaux sont devenus débiteurs au niveau mondial.

 

L’implication politique de l’OMC en faveur du libre-échange est maintenant rejetée. L’Inde et les Etats‑Unis ont sifflé la fin de la partie de la nième tentative de relance du cycle de Doha.

 

Le capitalisme financier, qui a été l’horizon de toutes les politiques économiques depuis 25 ans, est épuisé. La négligence des questions sociales, environnementales, et industrielles aussi bien que des enjeux à très long terme, que seuls des Etats peuvent assumer, ne peut plus durer.

 

L’OMC doit se cantonner à son rôle d’arbitre. Les zones régionales d’intégration commerciale doivent être réhabilitées pour permettre une évolution économique et sociale maîtrisée. L’Union européenne doit rétablir la préférence communautaire. Les déséquilibres sociaux, environnementaux et monétaires doivent être pris en considération dans les règles régissant le commerce mondial. A défaut, les pays de l’Union européenne doivent les appliquer dans le cadre de la préférence communautaire.

 

Le FMI n’a plus de raison d’être. Il doit être absorbé par la Banque mondiale pour l’édification d’une institution réellement multilatérale, plus puissante, au service du financement des infrastructures dans les pays les plus pauvres, notamment d’Afrique.

 

La BCE doit voir ses statuts modifiés. Ses objectifs doivent intégrer la croissance et l’emploi. Sa transparence doit être améliorée. Ses débats doivent être publics. Ses responsables doivent rendre compte aux parlements nationaux. Ses objectifs en matière d’inflation doivent être élargis aux prix des actifs financiers ou immobiliers pour prévenir le renouvellement de crise spéculative. Ses instruments d’intervention doivent être élargis (encadrement du crédit, réescompte…) pour lui permettre d’atteindre plusieurs objectifs (inflation, taux de change, croissance, emploi).

 

L’Eurogroupe doit être transformé en véritable gouvernement économique. Il doit veiller à la cohérence des politiques nationales en fonction d’un objectif de croissance et de plein emploi, notamment en dissuadant ses membres de mener des politiques non coopératives. Il doit prendre le relais des politiques malthusiennes découlant du pacte de stabilité qui doit être fondamentalement rénové. Les mouvements de capitaux doivent être encadrés par des mécanismes de sauvegarde des intérêts stratégiques de chaque pays européens.

 

Le paquet fiscal doit être abrogé. Son montant doit être consacré au soutien des ménages les plus en difficulté et aux investissements de la connaissance (recherche, formation, infrastructures technologiques). L’encadrement législatif des relations sociales doit veiller au rôle des représentants des salariés et à celui des branches pour permettre des évolutions favorables au travail, en particulier en termes de pouvoir d’achat. Les exonérations patronales doivent être systématiquement conditionnées à l’évolution des relations sociales.

 

La gauche doit affronter le capitalisme financier. Le libre-échange, la mise en concurrence mondiale des mains d’œuvre, les marchés financiers, la spéculation, le creusement des inégalités ne sont pas son horizon. Elle doit prendre des risques politiques et devenir force de proposition d’une véritable alternative économique et sociale.

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13 septembre 2008 6 13 /09 /septembre /2008 16:58

 

La dimension régionale est source de dynamisme

 

 

L‘université d’été est l’occasion de créer des liens entre militants d’une même région ou de régions différentes. A Belfort, la soirée du 6 septembre à la Citadelle a permis de nombreux échanges.
Ce 13 septembre, à la suite d’une communication téléphonique avec les amis du Morbihan, je puis annoncer que Luc Foucault, maire de Séné (au sud de Vannes), propose de mettre une salle de réunion à notre disposition le 25 octobre 2008 pour une rencontre interrégionale de tous les militants MRC du grand ouest (Bretagne, Pays de la Loire, Poitou-Charentes). Ce sera notre université d’automne…


« Sur la côte sud de la Bretagne, au coeur du Golfe du Morbihan, Séné jouit d'un climat exceptionnellement doux et ensoleillé tout au long de l'année. Ses 47 kilomètres de côtes offrent des panoramas superbes sur le Golfe » (…) lire la suite sur le
site officiel de la commune de Séné. 

 

Je termine par un clin d’œil à Béatrice Négrier et à ses amis de l’Hérault, qui étaient nos voisins dans cette magnifique salle du centre de congrès ATRIA à Belfort, où Jean-Pierre Chevènement a clos notre université d’été le 7 septembre.

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12 septembre 2008 5 12 /09 /septembre /2008 22:18

Le lion Chevènement continue de résister

 

L’université d’été du MRC est l’occasion de découvrir la ville d’accueil. Le maire de Belfort, Etienne Butzbach, dont la liste a été élue au second tour de scrutin le 16 mars 2008 (48%), à l’issue d’une triangulaire (voir Municipales à Belfort : le successeur de Jean-Pierre Chevènement tient le bon bout - 11 mars 2008), avait concocté, en relation avec Maurice Schwartz, responsable du MRC 90, un programme attractif pour la soirée du 6 septembre.

 

D’abord, une magnifique réception en mairie*, en présence des intervenants lors des tables rondes de l’université d’été (voir sur ce blog Université d'été MRC (Belfort, 6 et 7 sept) : faire bouger la gauche - 2 septembre 2008).

 

Puis la montée de l’Hôtel de ville à la Citadelle est effectuée agréablement par le petit train touristique.

Ensuite, c’est la visite du Grand Souterrain de la Citadelle de Belfort, avec lumières, projections vidéo, musiques et commentaires audio. L’audioguide permet de faire connaissance avec quelques grands noms de l’histoire de Belfort, défenseurs de la patrie et de la liberté (Vauban, Kléber, Denfert-Rochereau, Bartholdi).

Des histoires racontées par des personnages ayant vécu à Belfort, anonymes ou célèbres, réels ou fictifs, font de cette demi-heure de visite guidée un très bon moment. On en sort avec la certitude que cette ville, en raison de son histoire (nous lirons le livre « Belfort, 7 siècles de courage et de liberté, 1307-2007 », éditions Coprur, pour en savoir plus) est dotée d’un caractère particulièrement bien trempé. Ayant appartenu au monde rhénan puis romain, elle a toujours été un lieu de passage entre les deux et, souvent, contrainte de se battre pour préserver ses libertés.

Situé au pied du rocher de la Citadelle, l’immense (22 m de long, 11 m de haut) Lion de Bartholdi, du nom du sculpteur de Colmar qui fut aussi l’auteur de la statue de la Liberté à New York, symbolise la résistance héroïque des Belfortains lors du siège de la ville par l’armée prussienne en 1870-71 (« L’Europe entière a entendu l’écho du canon de Belfort », selon le préfet de l’époque).

Après la visite, le moment des conciliabules. Jean-Pierre Chevènement met à profit ses connaissances en langue allemande pour s’entretenir avec André Brie** qui, comme son nom ne l’indique pas, est allemand et ne parle pas français. Député au Parlement européen, membre du nouveau parti Die Linke***, il est intervenu, avec l’aide d’un interprète, lors de la table ronde de l’après-midi, manifestant son accord avec les idées de l’ancien président d’ATTAC, Jacques Nikonoff, sur la question européenne.



Le
Banquet républicain était servi ensuite dans une salle voisine, au sous-sol de la Citadelle. Une partie des militants du grand ouest se sont retrouvés à une même table dans une excellente ambiance.

En terminant cette sympathique soirée, nous ne pouvions manquer de faire le rapprochement entre le caractère de la ville et celui de son ancien maire (1983-2007), des résistants qui ne lâchent jamais le combat.

Jean-Pierre Chevènement n’a plus de mandat électif depuis les élections municipales de mars 2008. Mais il est candidat au Sénat pour représenter le Territoire de Belfort et il estime avoir de bonnes chances d’être élu le 21 septembre. A 69 ans, ce serait un nouveau départ, une aubaine pour Belfort et le département, mais aussi pour le MRC et (qui sait ?) pour la gauche et … pour la France !

* Photo en-tête
** Photo ci-dessous

*** Allemagne : le SPD n'exclut plus de s'allier avec Die Linke en Hesse

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11 septembre 2008 4 11 /09 /septembre /2008 16:46

La gauche doit s’affranchir du capital financier

 

Le programme de l’université d’été du MRC avait été préparé par Patrick Quinqueton (voir sur ce blog Université d'été MRC (Belfort, 6 et 7 sept) : faire bouger la gauche - 2 septembre 2008). Il a tenu ses promesses, les tables rondes et débats ayant été fructueux (voir sur le site du MRC Tout sur l'université d'été du Mouvement Républicain et Citoyen des 6 et 7 sept. 2008).

 

Le discours de clôture prononcé par Jean-Pierre Chevènement le 7 septembre, en fin de matinée, est du plus grand intérêt, comme chacun peut le constater en lisant le texte Aider le peuple français à renouer avec son Histoire pour construire une Europe des peuples dans le monde multipolaire de demain, qui est présenté en quatre parties sur ce blog, dont les trois premières, parues les jours précédents, sous les titres suivants :

 

I – Le ralliement à contretemps de la gauche au libéralisme.

II – Une méconnaissance de la nature même de la globalisation.

III – Démonisation des nations et régression démocratique.

IV – Caractère central de la question européenne dans la refondation de la gauche
V – La tentation de l'occidentalocentrisme
 

Voir Université d'été du MRC à Belfort : le discours de JP Chevènement (1) 8 septembre 2008

Université d'été du MRC à Belfort : le discours de JP Chevènement (2) - 9 septembre 2008

Université d'été du MRC à Belfort : le discours de JP Chevènement (3) - 10 septembre 2008

 

Dans cette quatrième partie (points VI, VII, VIII et IX), le président du MRC aborde les questions de l’intérêt national et de la refondation républicaine de la gauche.

 

VI – La gauche et la nation.

La question de l'intérêt national est évidemment au cœur des débats de la gauche. Il y a ceux pour lesquels cette question existe et ceux qui, par légèreté et inconséquence, selon moi, font comme si elle n'existait pas. Je propose donc que la question de la nation républicaine soit mise au cœur du débat sur la refondation de la gauche. Elle sera ainsi fidèle à la pensée de Jaurès. Elle transcendera des clivages dépassés. Clémenceau a été l'homme de la France, mais il était aussi un homme de gauche, et on ne peut plus le démoniser aujourd'hui qu'au nom d'un révolutionnarisme dépassé, comme l'a très bien montré Michel Winnock dans la biographie qu'il lui a consacré. Et De Gaulle, qui se voulait « l'homme de la nation », qui peut contester que la France lui doit, en 1944-45, les avancées sociales les plus décisives qu'elle ait jamais connues ? La gauche, si elle veut devenir hégémonique en France, au plan des idées, doit rompre avec le sectarisme de vues étriquées.

Elle doit à la fois rassembler et renouer avec les couches populaires dont le patriotisme n'est pas éteint. Ringardise ? Non ! Le patriotisme défini comme l'amour des siens, à la différence du nationalisme qui est la haine des autres, est nécessaire à la renaissance du civisme ! Le sentiment d'appartenance à une identité collective forte est indispensable à l'acceptation de règles définies en commun.

Notre pays vit une grave crise de société et d'identité. Il doit réapprendre à s'aimer et il ne pourra s'aimer qu'en parlant librement aux autres. La France d'aujourd'hui ne tient plus par grand-chose, sinon par ce qui reste du service public et par l'exceptionnel maillage démocratique de ses communes. Mais combien cela est fragile !

VII – Une gauche de projet

C'est donc d'un sursaut civique et démocratique que peut procéder le redressement. Ce redressement est la tâche qui incombe à une gauche refondée.

Si la gauche n'est pas capable de concevoir ce sursaut salvateur, elle ne reviendra pas au pouvoir en 2012, car il ne faut pas sous-estimer Nicolas Sarkozy ou tomber dans un antisarkozysme primaire ; la gauche a besoin d'un projet solide s'inscrivant dans une vision d'avenir et non d'une opposition systématique et quasi pavlovienne qui ferait seulement voir l'inconsistance de ses positions de fond.

 

Je ne prendrai qu'un exemple qui paraîtra mineur : je suggère que nous réfléchissions objectivement sur le RSA (revenu social d'activité). Il est évident que les titulaires du RMI doivent trouver un avantage financier substantiel pour travailler à nouveau. Sinon que répondre à ceux qui vous disent : « Je perdrais de l'argent en reprenant une activité » ? Il ne m'échappe pas que le RSA peut encourager le travail à temps partiel mais le travail à temps partiel a un effet de socialisation et vaut mieux en définitive que l'inactivité.

Enfin, le mode de financement, c'est-à-dire la taxation des revenus du capital, va dans le sens que nous avons toujours souhaité, même s'il ne remet pas en cause un « paquet fiscal » que nous avons critiqué en son temps. A ma connaissance il n'a jamais été envisagé à ce jour de faire passer à la caisse les collectivités locales et nous y serions évidemment opposés. Il me semble que dans notre manière de nous opposer, il doit y avoir une préfiguration de ce que sera notre action future. Si nous disons non à tout, c'est qu'en fait nous ne proposons rien. Soyons donc capables de dire oui à ce que nous réclamons nous-mêmes et mettons quelquefois en œuvre dans certains départements.

Refusons la démagogie et travaillons dès maintenant à construire une opposition responsable. La responsabilité n'est nullement exclusive d'une grande ambition.

VIII – Une refondation à la fois nationale, européenne et mondiale.

J'en viens aux perspectives de la refondation de la gauche. Le débat sur ce sujet ne fait que commencer. Je n'ignore rien des rivalités de boutique et des objections que suscite la création d'un grand parti de toute la gauche. Il faut un évènement qui fasse électrochoc. Nous avons des divergences ? La belle affaire ! Elles peuvent, je le crois, se régler par le débat dès lors que les questions de fond auront été abordées.

Permettez-moi d'abord une observation : Le parti socialiste est certes la formation la plus nombreuse à gauche, mais elle est loin d'être majoritaire dans le pays. Et il ne lui sert à rien de dominer à gauche, si la gauche est durablement confinée dans l'opposition. Il faut un électrochoc ! Peu importe, à la limite, la structure : nouvelle formation, fédération, confédération. Ce qui est important c'est d'affirmer un dessein pour la France, c'est d'organiser le retour de la France en Europe et dans le monde. C'est ce débat-là qu'il faut lancer, sur le fond des choses ! La crise de la globalisation libérale nous offre la chance de proposer ce nouveau dessein :

- Refondation des institutions internationales pour un monde multipolaire et pacifique, régi par le droit.
- Organisation d'un nouveau « New-Deal » à l'échelle mondiale pour concilier le progrès social dans les anciens pays industriels, l'émergence des grands pays du Sud et la construction d'Etats dignes de ce nom, dans les pays qu'on dit « les moins avancés ».
- Réorientation de la construction européenne au plan monétaire, industriel et social, ce qui implique un changement de cap politique en Allemagne, auquel la gauche française devrait s'intéresser davantage. Nous avons une occasion historique de refonder la gauche à la fois au niveau français, européen et mondial.

 

Prenons pleinement conscience de l'épuisement du capitalisme financier qui a été l'horizon de toutes les politiques économiques depuis vingt-cinq ans. La négligence des questions industrielles, sociales, environnementales aussi bien que des enjeux de long terme que seuls les Etats peuvent maîtriser, ne peut plus durer !

L'OMC doit être cantonnée à un rôle d'arbitre entre plusieurs zones régionales d'intégration commerciale. Les déséquilibres sociaux, environnementaux et monétaires doivent être pris en compte dans les règles du commerce international. A défaut, l'Union européenne doit rétablir une préférence communautaire.

Le FMI doit être absorbé dans la Banque Mondiale qui doit financer les infrastructures des pays les plus pauvres, à commencer par l'Afrique.

Les statuts de la BCE doivent être modifiés, un gouvernement économique de la zone euro institué.

Le paquet fiscal doit être abrogé. Les ressources dégagées iront aux investissements nécessaires dans l'économie de la connaissance.

L'encadrement législatif des relations sociales doit veiller au rôle des représentants des salariés.
Bref, la gauche doit changer d'horizon, et s'affranchir du capital financier.

 

- Enfin en France même elle doit susciter une renaissance républicaine, comme celles que notre pays a connues à la fin du XIXe siècle ou après la deuxième guerre mondiale.


IX – Des primaires à gauche


Faisons d'abord lever ce débat ! La Fédération ou la Confédération de toute la gauche n'organiserait-elle pas de vastes primaires à gauche en 2011, largement ouvertes à tous les militants et sympathisants ? J'entends dire que cette ouverture qui réussit assez bien aux Etats-Unis ferait perdre au parti socialiste son rôle directeur. Mais c'est une vue étroite des choses. Il faut sortir de l'esprit de boutique et parler au pays. Je crois que celui-ci est prêt à entendre un langage audacieux qui lui apprendrait à penser à nouveau collectivement et à comprendre ce que le mot « peuple » veut dire.

Ce que le regard collectif a défait, comme l'a montré Patrick Quinqueton, la « classe ouvrière », le « citoyen », le regard collectif doit le retrouver : le « peuple en corps », c'est-à-dire l'ensemble des citoyens, à nouveau convoqués à l'existence politique.

C'est cela que nous avons à réinventer : « le peuple français » d'abord mais aussi le peuple français s'adressant à une Europe des peuples, capable d'exister par elle-même et de parler au monde entier ; c'est cette ambition et le regard qui manquent aujourd'hui à la gauche. Il est temps de les lui redonner. Nous n'y parviendrons pas seuls, mais au moins nous pouvons, seuls s'il le faut, témoigner de cette exigence !

Nous aiderons ainsi le peuple français à se retrouver et à poursuivre son Histoire, dans une Europe renouvelée, une Europe des peuples, qui pourra, elle, être aussi un pôle dans le monde de demain, un pôle nécessaire, indispensable au dialogue des nations et des cultures. Voilà un projet exaltant et réaliste à la fois. Il faudra l'incarner car nous ne pouvons pas laisser plus longtemps la gauche en déshérence.

Courage donc camarades, imagination et détermination ! Croyons en la France, croyons en notre capacité d'action collective, croyons en l'avenir du peuple français !
  

 

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10 septembre 2008 3 10 /09 /septembre /2008 17:16

France, Europe et universalisme républicain

 

Le programme de l’université d’été du MRC avait été préparé par Patrick Quinqueton (voir sur ce blog Université d'été MRC (Belfort, 6 et 7 sept) : faire bouger la gauche - 2 septembre 2008). Il a tenu ses promesses, les tables rondes et débats ayant été fructueux (voir sur le site du MRC Tout sur l'université d'été du Mouvement Républicain et Citoyen des 6 et 7 sept. 2008).

 

Le discours de clôture prononcé par Jean-Pierre Chevènement le 7 septembre, en fin de matinée, est du plus grand intérêt, comme chacun peut le constater en lisant le texte Aider le peuple français à renouer avec son Histoire pour construire une Europe des peuples dans le monde multipolaire de demain, qui est présenté en quatre parties sur ce blog, dont les deux premières, parues hier et avant-hier, sous les titres suivants :

 

I – Le ralliement à contretemps de la gauche au libéralisme.

II – Une méconnaissance de la nature même de la globalisation.

III – Démonisation des nations et régression démocratique.

 

Voir Université d'été du MRC à Belfort : le discours de JP Chevènement (1) 8 septembre 2008

Université d'été du MRC à Belfort : le discours de JP Chevènement (2) - 9 septembre 2008

 

Dans cette troisième partie (points IV et V), le président du MRC aborde les questions de l’Europe et de la politique internationale.

 

IV – Caractère central de la question européenne dans la refondation de la gauche

La politique mise en œuvre par M. Sarkozy est une facette redoublée de cette politique néfaste que poursuit dans toute l'Europe la Commission européenne. C'est pourquoi il n'est pas possible d'ouvrir une alternative véritable sans remettre en cause l'orientation libérale imposée d'en haut par les instances européennes.

 

Cette constatation de bon sens rencontre fréquemment l'objection que les politiques européennes sont celles qu'ont acceptées au Conseil des ministres les gouvernements nationaux. Cette objection fréquemment avancée par beaucoup de dirigeants socialistes ne tient pas la route, car le poids de la bienpensance européenne est tel que les gouvernements nationaux sont d'avance tétanisés à l'idée de vouloir s'en affranchir tant soit peu : ils seraient aussitôt taxés de régression « nationaliste », et mis au ban de l'Europe bien pensante, c'est-à-dire libérale.

C'est pourquoi la tâche de la gauche n'est pas seulement de réhabiliter le concept de nation républicaine comme communauté de citoyens mais d'en faire le vecteur d'une autre idée de l'Europe. Car l'Europe de MM. Barroso et Solana est une Europe anémiée, invertébrée, réduite à une bien-pensance libérale qui l'empêche d'être un acteur de son destin.

L'Europe a besoin de l'entente de ses nations et d'abord de ses grandes nations : l'Allemagne, la France, l'Italie, l'Espagne, la Grande-Bretagne, la Pologne délivrée des cauchemars du passé et j'ajoute même la Russie.

Comment oublier qu'en 2003 c'est l'entente du Président de la République française, du Chancelier de l'Allemagne fédérale et du Président russe qui ont privé l'invasion américaine de l'Irak du sceau de la légalité et par conséquent de la respectabilité internationale ? Immense service rendu à la cause de ce qu'on appelle le dialogue des civilisations ou, plus justement, dialogue des cultures.

 

L'Europe a besoin de nations vivantes et démocratiques capables de s'inscrire ensemble dans une vision partagée de l'avenir. Une vision de progrès social mais aussi d'identité politique par rapport aux autres aires géographiques de la planète. L'Europe ne peut pas être une filiale ou plutôt un ensemble de filiales de la holding américaine.

Il faut avoir le courage d'affronter la question européenne. Nous ne sommes évidemment pas contre l'idée européenne. Au contraire, nous sommes favorables à l'organisation d'une Europe à géométrie variable, car fondée sur la démocratie qui vit dans ses nations. Nous militons pour un gouvernement économique de la zone euro afin de contrebalancer l'omnipotence actuelle de la Banque Centrale européenne et de mieux protéger nos industries.

 

Nous ne croyons pas non plus que la France soit vouée à s'effacer pour s'aligner sur la politique décidée à Washington. C'est pourquoi nous avons toujours refusé et nous refuserons toujours de donner congé à la souveraineté populaire. Nous savons que l'idée même du peuple français est aujourd'hui en danger parce qu'elle est combattue de droite par les élites ralliées à la domination du capital financier et souvent aussi, hélas, de gauche, par des courants libéraux ou même anarchistes qui n'ont jamais compris ce qu'est la République.

La République porte des idéaux universels mais elle s'enracine dans une identité collective, celle de la France. Oublier notre histoire, ignorer une géopolitique élémentaire, ne plus savoir même quelle place nous occupons sur la carte du monde, c'est évidemment méconnaître les intérêts fondamentaux de notre peuple, s'exposer à de terribles régressions, laisser la France et sa riche histoire à la droite et à l'extrême droite. Cette vue myope des choses serait suicidaire pour la gauche en France mais aussi en Europe.

Elle le serait d'autant plus que l'Empire américain, tel qu'il s'est établi depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, touche à sa fin. Il est clair que les Etats-Unis n'ont plus aujourd'hui la capacité de dominer seuls le monde. Ils cherchent partout en Europe, au Japon, et même en Inde, des supplétifs. Ils n'ont évidemment pas renoncé à exercer partout leur hégémonie, se concevant eux-mêmes, comme l'a rappelé utilement Hubert Védrine dans le Monde Diplomatique, comme le moyeu d'une roue de bicyclette dont chaque pays serait un rayon, s'instituant ainsi comme une sorte de « hub », de « passage obligé », pour les autres nations, en fonction du principe que chaque pays préfère l'hégémonie américaine à celle de son voisin plus puissant.

 

Cette vision est cependant trop sommaire. Nous entrons dans une ère nouvelle où plusieurs pôles existeront dans l'ordre international : Chine, Inde, Russie, etc. La question qui se pose est celle de savoir quelle place l'Europe et la France tiendront dans cette nouvelle organisation du monde. La réponse apportée par la politique de M. Sarkozy est simple, c'est : aucune. Ni la France ni l'Europe, avec la politique de Nicolas Sarkozy, ne seront jamais un pôle dans le monde de demain.


V – La tentation de l'occidentalocentrisme

Dans un livre récent, trop peu lu, « Pour une Union occidentale », M. Balladur à l'école duquel Nicolas Sarkozy s'est formé, a théorisé ce que j'appelle « l'occidentalocentrisme » : les pays de souche européenne ne sont plus aujourd'hui à l'échelle du monde qu'une minorité déclinante.

Pour préserver les avantages acquis de l'Occident, en fait ceux du capital financier, il est essentiel, selon cette théorie, de resserrer les rangs autour des Etats-Unis pour faire face à la montée des pays émergents. Je résume bien entendu la thèse développée par M. Balladur, observant qu'elle est, en fait, mise en œuvre par M. Sarkozy qui inscrit la politique française dans le sillage de la politique américaine, que ce soit en Afghanistan, ou face à l'Iran, ou en Géorgie face à la Russie, ou encore en annonçant son intention de rejoindre l'organisation militaire intégrée de l'OTAN, au prétexte illusoire de construire par ailleurs une « défense européenne ».

De Gaulle avait soustrait nos états-majors au commandement d'officiers généraux américains pour affirmer le principe d'une France indépendante, capable de faire valoir ses vues, raisonnablement s'entend, partout dans le monde. Qui peut contester que les vues du général de Gaulle étaient prémonitoires, vis-à-vis de la Chine, sur la guerre du Vietnam, ou encore sur les conséquences désastreuses de l'occupation des territoires palestiniens pour Israël ?

C'est à près d'un demi-siècle de politique étrangère indépendante, ou en tout cas relativement indépendante, que M. Sarkozy va mettre fin, et il le fera au plus mauvais moment, au nom de cette théorie erronée et dangereuse que j'ai appelée « l'occidentalocentrisme ».

Il est bien vrai que les pays du Sud ont généralement en commun le fait d'avoir été à un moment ou à un autre colonisés par tel ou tel pays européen. Mais faut-il figer et perpétuer cette opposition Nord-Sud qui fait l'impasse sur la diversité des civilisations et des nations au Sud comme au Nord ? Qui ne voit le danger d'un tel manichéisme qui coaliserait le Nord contre le Sud et réciproquement, les pays du Sud contre un Occident blanc replié sur lui-même ou théorisant la guerre-préventive, ou pourquoi pas la possibilité de l'emploi en premier de l'arme nucléaire, comme on l'a vu faire récemment par cinq anciens chefs d'Etat-Major, dont l'Amiral Lanxade pour la France ?

Cette idéologie occidentalocentriste est dangereuse pour la paix. Elle est dangereuse pour l'Europe au sein de laquelle la France affirmait traditionnellement une certaine volonté d'autonomie, pour le bien des autres autant que pour le sien propre. Elle est dangereuse enfin pour la France qui ne peut méconnaître sans graves conséquences à la fois le centre de gravité de ses intérêts et sa vocation universelle. Cette idéologie occidentalocentriste n'épargne malheureusement pas des secteurs importants de la gauche.

L'idéologie des droits de l'homme, déconnectés des droits des citoyens, constitue une couverture commode pour toutes les dérives expéditionnaires et nous devrions davantage prêter l'oreille à ceux qui, au Sud, voient dans le « devoir d'ingérence » professé par Bernard Kouchner la résurgence d'un état d'esprit colonial ou néocolonial.

Je vais prendre quatre exemples qui ne m'éloigneront qu'en apparence du sujet de notre Université d'été qui est – je le rappelle – la refondation républicaine de la gauche. Celle-ci en effet ne sera possible que si la gauche rompt avec l'occidentalocentrisme et renoue avec l'universalisme républicain.

1. Premier exemple : Etait-il bien judicieux, en septembre 2007, à la Conférence des Ambassadeurs, d'évoquer, comme l'ont fait Nicolas Sarkozy et Bernard Kouchner, l'imminence d'une guerre avec l'Iran, alors que Barak Obama, s'il est élu en novembre prochain, évoque publiquement l'idée d'une négociation entre les Etats-Unis et ce pays ? Les expéditions militaires desservent la cause de la non-prolifération nucléaire parce qu'elles donnent un argument de poids aux pays qui veulent se doter d'une arme atomique. L'alignement français sur les positions de M. Bush a évidemment nui à nos intérêts et à notre image dans le monde.

2. Deuxième exemple : L'Afghanistan. Le Président de la République a renforcé notre contingent militaire et étendu ses missions, contre la meilleure intuition du candidat Sarkozy qui ne jugeait pas la contribution de nos forces « décisive » pour la solution du problème afghan.

Nous voilà aujourd'hui embarqués dans une croisade pour les valeurs démocratiques, au nom d'une « guerre contre la terreur » proclamée par le Président Bush, concept extrêmement flou qui n'opère pas la distinction nécessaire entre Al Quaïda et les tribus pachtounes qui représentent plus de la moitié des Afghans.

L'idée qu'on puisse faire passer l'Afghanistan du Moyen Age au XXIe siècle à coup de bombes plus ou moins téléguidées est évidemment absurde. Les guérillas auxquelles les forces de l'OTAN sont affrontées n'ont pour la plupart rien à voir avec Ben Laden. On ne fera rien en Afghanistan sans s'appuyer d'abord sur le peuple afghan. En attendant, voici nos forces enlisées derrière celles des Etats-Unis dans une zone géographique qui n'a jamais correspondu à nos intérêts géopolitiques, et associées à l'idée pernicieuse d'une « guerre des civilisations ».

3. Troisième théâtre : La Géorgie et le Caucase. On ne peut traiter de cette question complexe en faisant comme si la politique américaine dans cette région n'avait pas pesé lourdement dans le contentieux entre la Géorgie et la Russie et comme si l'Europe n'avait pas des intérêts propres distincts de ceux des Etats-Unis.

Le partenariat stratégique avec la Russie est évidemment un enjeu décisif pour l'autonomie de notre continent et pas seulement sur le plan énergétique. Ce qui est en jeu c'est l'autonomie politique de l'Europe et sa capacité à s'affirmer comme un pôle autonome dans le monde de demain.

Certes la reconnaissance par la Russie de l'Ossétie du Sud et de l'Abkhazie est contraire au droit international mais celle du Kosovo par les Etats-Unis et la plupart des pays de l'Union européenne, ce printemps, ne l'était pas moins. La crise géorgienne démontre la folie que serait une extension de l'OTAN à la Géorgie et à l'Ukraine et l'inconséquence d'un retour de la France dans les structures militaires intégrées de l'OTAN.

4. Ce retour dans l'organisation militaire intégrée de l'OTAN serait une quatrième erreur. Une nouvelle guerre froide diviserait notre continent. Elle peut arranger les Etats-Unis : Samuel Huntington dans « Le clash des civilisations », en 1994, n'avait pas dessiné par hasard une frontière entre une soi-disant « civilisation occidentale » et une soi-disant « civilisation orthodoxe ». « Diviser pour mieux régner » a toujours été l'adage des puissances dominantes. Mais les intérêts prioritaires de la France ne sont pas en Mer Noire et encore moins en Caspienne ou en Asie Centrale. Ils sont d'abord là où nous sommes, c'est-à-dire en Europe.

Il est dangereux de se laisser entraîner trop loin du centre de gravité de ses intérêts. Il faut accepter que les valeurs universelles de la République puissent être défendues de manière différente selon qu'elles engagent ou non les intérêts fondamentaux du pays.

La première mondialisation a sombré dans la première guerre mondiale que la mécanique d'alliances trop rigides a rendue inévitable. Evitons qu'il en aille ainsi de l'actuelle mondialisation américaine et que la France par le biais de l'OTAN ne soit de plus en plus entraînée selon l'expression du Général de Gaulle « dans des guerres qui ne sont pas les siennes ».

 

- Pour lire la suite de l’intervention de Jean-Pierre Chevènement, voir sur son blog  ou sur celui du MRC www.mrc-france.org le texte complet : Aider le peuple français à renouer avec son Histoire pour construire une Europe des peuples dans le monde multipolaire de demain

 

- A noter, sur le blog du MRC, le texte de l’intervention de Jacques Nikonoff (table ronde)

Les défis à relever. Les valeurs sur lesquelles reconstruire la gauche, par Jacques Nikonoff

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9 septembre 2008 2 09 /09 /septembre /2008 13:16

Démobilisation des nations et Europe libérale

 

La première partie, parue hier sur ce blog sous le titre Université d'été du MRC à Belfort : le discours de JP Chevènement (1), de l’intervention de Jean-Pierre Chevènement dimanche 7 septembre, en clôture de l’université d’été du MRC à Belfort, traitait des points suivants :

 

I – Le ralliement à contretemps de la gauche au libéralisme.

II – Une méconnaissance de la nature même de la globalisation.

 

Dans la seconde partie, présentée ci-après, le président du MRC aborde la crise civique, liée à la volonté d’effacer les nations au profit d’une conception technocratique de l’Europe, et la crise sociale, liée au glissement vers le chacun pour soi libéral, source d’inégalités croissantes.

III – Démonisation des nations et régression démocratique.

1. La construction européenne telle qu'elle s'est faite après les deux guerres mondiales a reposé sur l'illusion d'une démocratie post-nationale.

 

Or, la démonisation et la démobilisation des nations comme cadre politique opératoire au profit d'une Europe dominée par des instances technocratiques - Commission, Banque Centrale, Cour de Justice européenne – dont la prépotence ne peut être dissimulée par les oripeaux d'un Parlement fantôme, a livré nos pays d'Europe à des politiques libérales menées au nom du « principe de la concurrence », relayant sur notre continent la globalisation libérale impulsée par les Etats-Unis.

Ce sont les peuples qui ont été frappés d'impuissance par cette démonisation de la nation. Quand on prive les peuples de leur passé, on les prive également de leur avenir.

La France serait le pays de l'affaire Dreyfus, le pays de la collaboration et de Vichy, le pays du « Code noir » et de l'esclavagisme, un pays indécrottablement colonialiste.

 

Il faut donc rappeler que la France c'est le pays de la Révolution française dont les adversaires animés par une féroce idéologie antiégalitaire et antisémite ont réussi, en 1894, à faire condamner le capitaine Dreyfus. Mais on oublie de rappeler que dans cette affaire ce sont les républicain, à la fin, qui ont gagné : le capitaine Dreyfus a été solennellement réhabilité en 1906 et la République est sortie victorieuse par la voie du suffrage universel de sa confrontation avec les courants nationalistes et antisémites de la fin du XIXe siècle.

Les contempteurs de la nation nous expliquent que la France a été irréparablement souillée par la collaboration. Ils oublient de dire que la France n'a pas mis au pouvoir un gouvernement fasciste par la voie des urnes. En 1936 elle a élu une Chambre de Front Populaire. La défaite de 1940 a été préparée et utilisée par les adversaires de la République. Mais a-t-on le droit d'oublier le général de Gaulle, la France Libre, Jean Moulin, la Résistance et l'hostilité de l'immense majorité du peuple français à l'occupant nazi ?

Les mêmes contempteurs de la nation française veulent faire de celle-ci la complice du « Code Noir » et de l'esclavagisme. C'est oublier le combat des philosophes, la Révolution, l'abolition de l'esclavage en 1794 par Robespierre et en 1848 par la Seconde République et Victor Schoelcher.

La France serait un pays indécrottablement colonialiste. On retient Voulet-Chanoine mais on oublie Savorgnan de Brazza. On oublie que le peuple français consulté par référendum s'est prononcé massivement pour l'autodétermination de l'Algérie en 1962 et par conséquent pour son indépendance dans la coopération avec la France. Il faut renouer avec notre histoire, avec ses ombres certes, mais aussi avec ses lumières ; C'est la seule manière pour notre peuple de retrouver la raisonnable confiance en lui-même dont il a besoin pour construire à nouveau son avenir.

Et de la même manière, les autres peuples d'Europe doivent renouer avec le fil de leur Histoire pour qu'ensemble nous puissions nous tourner vers l'avenir.

2. En même temps que la mise en congé de la nation républicaine débouchait sur la crise du civisme, l'avènement du « tout marché » entraînait le creusement des inégalités, la mise à l'encan des services publics, et le repli sur soi.

 

C'est ainsi que le Président de la Poste, M. Jean-Paul Bailly, déclarait, selon Le Figaro du 29 août, que la mise en Bourse de la Poste aurait deux avantages : « elle aurait l'assentiment de la Commission européenne et pourrait créer un choc culturel au sein de l'entreprise ».

 

Nous sommes bien placés dans nos départements pour observer, avant l'heure, les conséquences de cette privatisation du service public : fermetures de bureaux de postes dans les zones rurales, et les quartiers périphériques, allongement des délais d'acheminement du courrier ordinaire, au prétexte d'affronter la concurrence. C'est à juste titre que le Comité de liaison de la gauche a décidé de lancer une pétition contre la privatisation de la poste.

Mais cette libéralisation à outrance n'est pas tombée du ciel : elle a été voulue ou acceptée par tous nos gouvernements successifs – faut-il rappeler les sommets de Lisbonne et de Barcelone ? M. Jouyet officiait déjà au cabinet du Premier ministre … C'est au nom de la concurrence qu'on a libéralisé les prix de l'énergie, au bénéfice, paraît-il, du consommateur. Curieusement, la facture de l'électricité et du gaz a explosé ! Demain la concurrence prévaudra aussi dans le domaine ferroviaire.

La politique de M. Sarkozy donne ainsi une cohérence d'ensemble à un choix d'alignement sur le tout-marché : le pouvoir d'achat est rogné par l'inflation. Le gouvernement prétend le sauvegarder en supprimant les protections dont bénéficiaient les petits commerces de centre-ville.

 

En fait, « travailler plus et gagner moins », tel est le programme réel que des économistes soutenant le gouvernement, tel M. Nicolas Baverez, revendiquent ouvertement.

Sous le nom de « révision générale des politiques publiques », c'est un repli systématique de l'Etat qui se met en œuvre autour des chefs-lieux de régions, laissant les autres départements en quasi déshérence du point de vue de l'administration de l'Etat.

 

Le département lui-même, en tant que collectivité décentralisée, est menacé au prétexte de la suppression d'un échelon administratif, sans qu'on réponde à la question de savoir à quel niveau ses compétences, notamment en matière sociale, seraient mieux exercées. Chacun sent bien que c'est le service public de proximité qui en souffrira en premier lieu. Tout cela se passe en silence, en l'absence de tout débat public.

En réalité, la politique de M. Sarkozy est télescopée de plein fouet par la crise de la globalisation libérale.

Le « fondamentalisme de marché » qui a soutenu le thatchérisme, le reaganisme, le consensus de Washington et, en France, la politique de rigueur, a creusé partout les inégalités, nourri la spéculation et engendré une crise systémique sans précédent.

Joseph Stieglitz, prix Nobel d'Economie, a dénoncé l'illusion selon laquelle « les marchés sont auto correcteurs, distribuent efficacement les ressources et servent l'intérêt général. »

Or c'est cette illusion-là qui soutient partout les politiques libérales au niveau national, européen et mondial.

Pour lire la suite de l’intervention de Jean-Pierre Chevènement, voir sur son blog  ou sur celui du MRC www.mrc-france.org le texte complet : Aider le peuple français à renouer avec son Histoire pour construire une Europe des peuples dans le monde multipolaire de demain

 

A noter, sur le blog du MRC, les textes des interventions des tables rondes

Ouverture de l'université d'été du Mouvement Républicain et Citoyen – Jean-Luc Laurent (MRC)

L'état de la gauche : les forces sociales, les idées, les organisations – Patrick Quinqueton (MRC)

La gauche dans la décomposition sociale – Anicet Le Pors

Introduction de la table-ronde «Les défis à relever. Les valeurs sur lesquelles reconstruire la gauche» - Marie-Françoise Bechtel (MRC)

Les défis à relever. Les valeurs sur lesquelles reconstruire la gauche - Louis Gautier

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