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  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine à partir, notamment, des idées de Jean-Pierre Chevènement, l'un de ses fondateurs, qui n'est plus membre du MRC depuis 2015. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens (MDC) après les élections de 2002. En 2022, le MRC est devenu membre de la Fédération de la Gauche Républicaine avec quatre autres organisations politiques.
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12 novembre 2007 1 12 /11 /novembre /2007 15:38

Des bonnes intentions parfois, mais aussi des dérives

 

Christine Tasin, professeur agrégée de lettres classiques, exerce actuellement son métier dans un collège de Saintes (Charente-Maritime). Elle est aussi rédactrice du nouveau journal en ligne, à parution quasi hebdomadaire, Riposte Laïque.

Le 5 novembre, dans le numéro 12, elle évoquait la question laïque (voir l’article paru hier sur ce blog). Le 10 novembre, elle exprimait son point de vue sur les politiques de l’Education nationale et leur mise en œuvre dans les établissements d’enseignement.

 

Voici ce texte (2ème partie) qui s’appuie sur son expérience. Christine m’a donné son accord pour participer à une rencontre CIVIQ sur le thème de l’école, dans le courant de l’année 2008 (voir aussi son blog http://christinetasin.over-blog.fr ).

 

On peut lire aussi sur le site du MRC 17 un dossier sur l’éducation (voir http://mrc-17.site.voila.fr ). J’ajoute que les analyses et propositions du MRC sur l’école sont à lire sur ce blog, catégorie « L’école », ou sur le site du MRC http://www.mrc-france.org , onglet « Positions », puis « Education ».

 

ECOLE PUBLIQUE, ECOLE LAIQUE (2ème partie)

« Ecole française : deux poids, deux mesures »

Il est pour le moins paradoxal que notre bonne vieille école républicaine, qui a formé pendant plus d’un siècle nos élites (et celles d’une partie du monde) se voie critiquée, conspuée et que nombre de familles ne trouvent de solutions que dans l’enseignement privé.

Il est pour le moins paradoxal que cette école ne parvienne plus à produire les scientifiques et informaticiens dont nous avons besoin, à tel point que nous allons en Inde débaucher des étudiants, à grands renforts de bourses ! Comme si l’on savait que même l’attrait d’une bourse ne donnera pas aux jeunes Français l’appétit et le niveau des Indiens. Deux poids et deux mesures. Comment en est-on arrivés là ???

Certes, on pourra hurler avec les loups, crier à la décadence, à la disparition de l’effort, dénoncer la société de consommation (liée au libéralisme), la société de divertissement, la démission parentale … et on aura mille fois raison. Mais cela suffit-il ? Quand on constate que, dans les écoles privées, des milliers de petits Français respectent les règles, acceptent les efforts et appellent de leurs vœux les connaissances et diplômes nécessaires pour devenir un citoyen actif et éclairé et un homme épanoui, on ne voit pas pourquoi cela n’est pas généralisé … sauf à renvoyer à leurs responsabilités les croque-morts de l’école républicaine : Meirieu, Jospin, Allègre, l’OCDE, les lobbies d’entreprises… et les différents gouvernements qui les ont écoutés !

Pour les Meirieu et consorts, l’enseignant doit à la fois instruire et éduquer, et utiliser sa pédagogie pour convaincre l’élève, être libre et particulier, que ce qu’on lui propose est intéressant et bon pour lui. A lui de s’adapter à l’hétérogénéité des classes et de mettre en œuvre une pédagogie différenciée et des "groupes de besoin". L’Enfer est pavé de bonnes intentions. Quel parent ne serait pas séduit par l’idée que son enfant va être pris en compte tout particulièrement, avec son niveau, ses difficultés et sa personnalité ? Tout cela est intéressant si … vous enseignez dans des classes à faible effectif et à des élèves acceptant leur sort d’élève.

Dans notre enseignement de masse, avec des classes de trente élèves dont un tiers en difficulté intellectuelle, sociale et/ou comportementale c’est l’Utopie. Peut-être plus grave encore, cette conception de l’enseignement a complètement perverti le système : c’est à l’enseignant de faire des efforts, d"intéresser ses élèves, de faire le clown pour les amuser … Les élèves, débarrassés de la contrainte républicaine de jouer le jeu d’une instruction qu’on leur offre, débarrassés de la contrainte de l’effort, reportent sur le professeur leurs échecs avec l’appui véhément des parents. Faire porter la responsabilité des difficultés ou des échecs sur les enseignants des années précédentes, en laissant de côté l’immense fainéantise ou le manque d’intérêt de l’élève, est d’ailleurs devenu la norme lors des rencontres parents-professeurs…

Deuxième dérive orchestrée par les pédagos fous, relayant/utilisant les techniques de management : il faut travailler par "objectifs". Comme si apprendre, savoir, construire, se construire … n’était pas un objectif suffisant ! En fait, non seulement apprendre n’est pas un objectif suffisant mais c’est un objectif à éviter ! Le but c’est de "savoir faire et savoir être", c’est, comme le recommandait la loi d’orientation de Jospin de 1989, de permettre à l’élève "d’acquérir un savoir par sa propre activité ", autrement dit, chaque élève doit se poser un problème et chercher comment le résoudre ; ce faisant, il doit être amené à découvrir/comprendre/connaître les raisons des choses … Utopie bis.

La technique est coûteuse et génératrice d’échec : il faut, avec cette méthode, trois fois plus de temps pour faire découvrir à chaque élève les règles d’accord du participe passé ou les bases de l’électricité qu’en amenant l’ensemble de la classe à suivre un raisonnement et une démarche communs, et, sur une classe de trente élèves, même partagée en groupes, une petite moitié jouera le jeu tandis que l’autre attendra que ça se passe, se contentant, dans le meilleur des cas, de recopier ce qu’ont fait les autres.

Bref, les élèves motivés perdent leur temps dans les méandres des interrogations existentielles du type "mais comment marche donc une chasse d’eau ?" parce que les réponses qu’ils obtiennent, forcément, sont incomplètes, elles ne peuvent utiliser les mathématiques ou les notions scientifiques qu’ils ignorent. On les amuse, on les occupe. Quant aux autres, ils ne prennent pas au sérieux ces "activités" parce que la vraie vie (copains, jeux vidéos, films d’horreur …) est ailleurs.

Encore plus grave, pendant ce temps, les élèves ne rédigent pas, n’écrivent pas et vocabulaire et orthographe s’étiolent de plus en plus.

A contrario, quand on fait travailler toute une classe à l’ancienne, par exemple, sur un tableau de Goya et un autre de Bruegel et qu’on les amène à construire ensemble, sous la houlette du professeur, un faisceau d’indices pour comprendre le sens des tableaux, pour réfléchir à la condition humaine, quel bonheur d’entendre le moins scolaire, le plus "rebelle" à l’enseignement demander "on peut en faire un troisième ?" Et nul besoin de passer dix minutes à présenter un objectif, de chercher à justifier l’activité, de quasiment s’excuser d’importuner les élèves … L’heure réussie, le sentiment d’avoir grandi, d’avoir rencontré quelque chose de différent du quotidien, suffit. Etonnant, non ? Et même révolutionnaire ! Mais dépassé. Comprenne qui pourra.

Comme on produit des incultes et qu’on ne peut ni ne veut le reconnaître, on introduit des méthodes d’évaluation "indiscutables" : des tests en 6° d’une facilité déconcertante, un brevet constitué pour partie du contrôle continu et pour l’autre d’épreuves elles aussi d’une facilité déconcertante, un baccalauréat au rabais …

On culpabilise les professeurs en comparant les résultats des tests de 6° avec ceux du brevet, avec les taux de redoublement en seconde, avec les taux d’échec au baccalauréat. Ils doivent travailler toujours plus pour bâtir des grilles d’observation, de correction, construire des PPRE (programmes personnalisés de réussite éducative, dernière lubie de nos gouvernants), rencontrer l’assistante sociale, le médecin scolaire, le psychologue… pour "comprendre" les difficultés des élèves mais, pendant ce temps, l’élève, conscient des excuses qu’on lui donne ne joue pas le jeu, il n’en a pas envie et il a acquis le droit de ne pas en avoir envie…

On ajoutera pour la bonne bouche que la calamiteuse loi d’orientation de Jospin en 1989 ajoutait aux droits des élèves la "liberté d’expression" … et Dieu sait qu’elle a été appliquée à la lettre !

D’ailleurs, revenons un peu sur Allègre, un des pires (avec Jospin) ministres de l’Education Nationale qu’on ait eus. Ce conseiller de Jospin entre 1988 et 1992, (favorable lui aussi au voile à l’école) et ministre de l’Education Nationale de 1997 à 2000 a tout fichu en l’air. Non seulement il avait un compte à régler avec les professeurs (une psychanalyse serait sans doute nécessaire), souhaitant "les remettre au travail" (sic !) ce qu’il a fait notamment en pervertissant/compliquant les mutations des professeurs qui sont devenues difficiles, aléatoires et ont contraint des milliers d’enseignants à l’instabilité, condamnés à boucher les trous sur tout un département, voire deux … (notre ministre de l’économie qui incite les Français à faire du vélo pour économiser du pétrole devrait se pencher sur les difficultés de pédaler matin et soir pour effectuer les 60 à 150 km que font nombre de collègues …) tout en demeurant, cela va de soi, en forme, pleins d’allant pour tenir et intéresser leurs classes !

Mais encore a-t-il souhaité "moderniser" l’école, c’est-à-dire nous proposer une école à l’américaine avec l’individualisation (voir plus haut ) de la prise en charge de l’élève, le rapprochement école/entreprise, les efforts pour contrecarrer la prééminence des mathématiques dans l’enseignement ("désormais on a des machines pour faire les calculs" !!!!), préférant l’expression libre à la dissertation, critiquant les langues anciennes auxquelles il préfère la technologie ….Bref, allant dans le sens du vent, de la facilité et de l’adaptation d’une main d’œuvre docile car inculte aux lois du marché.

En effet, dans la perspective du libéralisme contemporain, on assiste à la commercialisation de l’Education, voulue par Jospin, Allègre et Raffarin pour appliquer les directives de la Commission de Bruxelles et les recommandations de l’OCDE (Organisation de Coopération et de Développement Economique ) : réduction des matières enseignées qui doivent quasiment disparaître en tant que disciplines pour se fondre dans l’interdisciplinarité et adaptation à la loi du marché, comme le recommande le dernier rapport de l’OCDE : "Le taux élevé de chômage des jeunes résulte peut-être de leur mauvaise préparation au marché du travail, mais il est dû aussi au salaire minimum trop élevé et à la législation de protection de l’emploi.

Il se peut en outre qu’il tienne à la réticence des jeunes à prendre un emploi subalterne de peur d’être piégé au bas de l’échelle sur le plan professionnel. Ce dernier facteur est peut-être lié à son tour à l’importance excessive que les employeurs accordent aux diplômes officiels, tant dans leurs décisions de recrutement que dans celles concernant la progression des carrières, au détriment des mesures des performances et des résultats obtenus dans l’emploi".

On comprend bien que l’école n’a d’autre but, aux yeux de nos élites mondialisées, que de produire des automates/esclaves performants et corvéables à merci. Alors les critiques et conseils, nombreux, que contient ce rapport, revisités à l’aune de ce constat, nous amènent à penser qu’un gouvernement républicain devrait bien se garder de faire ce que l’on lui demande : "supprimer le redoublement, alléger horaires et programmes pour donner la priorité au socle commun minimum, supprimer les parcours d’excellence, mettre l’accent sur la formation pédagogique des enseignants aux dépens de la formation initiale, recourir à la bivalence des enseignants, obliger ceux-ci à être davantage présents dans les établissements…", tous ces éléments étant demandés à la fois par l’OCDE, l’ERT (Table Ronde Européenne, cartel fondé en 1983 qui regroupe 47 des plus importants industriels européens) et la Commission Européenne, comme nous le verrons dans la troisième partie de cet article.

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11 novembre 2007 7 11 /11 /novembre /2007 22:46

De meilleures conditions de réussite dans le privé 

 

Depuis quelques mois, l’équipe de « ReSPUBLICA « a donné naissance par scissiparité à « Riposte laïque », qui publie un journal en ligne sur des thèmes spécifiquement laïques (Riposte Laïque). La rédaction est animée par Pierre Cassen. L’une des rédactrices est Christine Tasin, que l’on retrouve par ailleurs sur son blog http://christinetasin.over-blog.fr.

 

Enseignante dans un collège de Saintes (Charente-Maritime), passionnée par son métier, participant à toutes les innovations pédagogiques depuis plus de 25 ans, Christine ne partage pas les points de vue optimistes développés dans la presse sur le système scolaire français (voir dans Ouest-France, 13 septembre 2007, l’entretien de Bernard Le Solleu avec Eric Maurin, auteur de « La nouvelle question scolaire. Les bénéfices de la démocratisation »).

Elle a découpé son texte en trois parties, réparties entre les numéros 12, 13 et 14 de « Riposte laïque ».

Voici la première partie, qui porte sur le thème de la laïcité et de la façon dont elle est appliquée dans les écoles, publiques et privées.

« Ecole française : deux poids, deux mesures »

D’un côté des professeurs payés par l’Etat, des locaux et des dépenses de fonctionnement pris en charge par les collectivités locales, des élèves qui dépendent d’un établissement et y ont droit, motivés ou pas, travailleurs ou pas ; des effectifs surchargés ; l’interdiction/impossibilité de faire des classes à profil ; l’obligation de faire des économies de chauffage pour pouvoir faire des photocopies ou financer une sortie scolaire ; des heures de soutien ou d’étude surveillée vécus comme des contraintes insupportables par de nombreux collégiens, qui cherchent à les éviter quand ils ne les sabordent pas en chahutant ; la difficulté, voire l’impossibilité de gérer les éléments violents, indisciplinés et/ou en refus d’école.

C’est l’école publique. On y trouve, de fait, de moins en moins de mixité sociale ; politique de la ville, ghettos sociaux, techniques dérogatoires et existence du privé obligent.

- De l’autre, des professeurs payés par l’Etat, des locaux et des dépenses de fonctionnement pris en charge par les collectivités locales, des élèves triés sur le volet, un peu plus motivés que la moyenne, puisque leurs parents font la démarche de chercher une école et sont prêts à payer une certaine somme, fût-elle modique, pour cela ; des classes souvent peu chargées, les moyens financiers et la liberté pédagogique pour créer des classes à profil, à projets, de remédiation ; des élèves qui acceptent ou demandent les heures de soutien, d’étude surveillée ; des élèves motivés pour réussir, donc pour travailler ; le droit de se débarrasser des élèves indisciplinés ou de ceux qui refusent de travailler …

C’est l’enseignement privé, catholique, juif ou laïque en France. Même si l’on peut nuancer les propos ci-dessus en disant que le privé accueille/recueille certains élèves en perdition dans le public, il n’empêche que, globalement, les conditions de réussite des élèves sont meilleures que dans le public, avec la bénédiction des pouvoirs publics et l’argent des contribuables. Elle est belle, l’égalité républicaine !

On peut donc comprendre, dans ces conditions, les efforts de la communauté musulmane pour obtenir un contrat d’association avec l’Etat afin de bénéficier des avantages de l’enseignement privé. Certes, la loi de 2004 interdisant le port de signes religieux à l’école n’a pas amené la multiplication annoncée des écoles musulmanes : quatre actuellement sur le territoire français, qui obtiendront sans doute, un jour ou l’autre, leur contrat d’association, à la Réunion, Lille, Décines et Aubervilliers (plus deux autres en pourparlers à Vitry sur Seine et à Marseille). Certes, la prière et l’enseignement religieux y sont en théorie facultatifs ; certes on affirme y respecter les programmes officiels (même Voltaire ?) … Hélas, ces écoles bafouent allègrement l’égalité républicaine : élèves, surveillants et professeurs du sexe féminin affublées d’un foulard dans le meilleur des cas, d’un tchador noir enveloppant trop souvent ; cantine séparée, cours de sport non mixtes …

Est-ce un hasard si c’est l’UOIF (Union des Organisations Islamiques de France), proche des Frères Musulmans, qui militent contre l’interdiction du voile à l’école publique, qui se bat pour la création d’établissements privés musulmans ? Il y a même une sorte de chantage, "si vous acceptez voile, viande halal et non mixité à l’école publique, nous ne créerons pas d’établissement musulman"… D’autres musulmans, au contraire, craignent que ces établissements ne créent "un ghetto dans le ghetto", sans parler du poids financier que représente la création d’une école de ce type, avant qu’elle ne soit sous contrat …

Effectivement, l’on peut craindre que ces écoles ne soient un premier (deuxième, après la maison ?) lieu d’enfermement des filles, obligées de se conformer à un code vestimentaire et à des pratiques sociales discriminants. Qu’ils puissent exister est déjà une aberration, que l’on puisse envisager, sereinement, de les financer avec l’argent du contribuable est une hérésie. Comme est une hérésie le financement des autres écoles confessionnelles. Il est scandaleux que chacun paye pour ce qui est un choix individuel. Il est scandaleux que l’on permette - et favorise - le repli communautariste dès l’école. Il est, tout bonnement, scandaleux que l’on applaudisse des deux mains l’individualisme forcené qui aboutit à l’éclatement de la société.

Ils sont en train de nous fabriquer des enfants qui ne connaîtront que la loi non écrite, celle du groupe, celle de la famille, celle de la religion ; aux dépens, forcément, de la loi républicaine, choisie et votée par le plus grand nombre, pour le plus grand nombre.

Il y a donc urgence en la demeure, l’école publique ne doit plus être ce lieu où l’on apprend à vivre ensemble et rien d’autre (et ce n’est même pas toujours le cas, il semble qu’un enfant juif sur trois intègre le privé pour fuir les lazzis et les violences dont d’autres élèves l’abreuveraient dans le public).

 Elle doit redevenir le lieu où l’on apprend, tout simplement. Elle doit aussi redevenir ce lieu où chacun s’épanouit, apprend à devenir un citoyen et est protégé. Protégé des coutumes tribales, religieuses ou familiales, protégé des haines d’adultes, protégé des ignorances et de l’obscurantisme. C’est, pour lui, la seule façon d’être libre, libre de découvrir, libre de choisir, à l’âge adulte, sa religion, ses valeurs, sa vie. De cette façon, on n’aurait plus besoin de fuir dans l’enseignement privé et le financement public des écoles privées, aux dépens de l’école républicaine, ne serait plus justifié.

En effet, derrière la volonté affichée – et louable- de certains établissements de proposer aux élèves à la dérive dans certaines communes des "établissements de la réussite", on retrouve l’idée que l’école publique n’est pas (plus, hélas !) capable d’imposer travail, discipline et réussite ni de favoriser l’émergence des élites comme le souhaitait Jules Ferry. C’est grave. Les causes en sont multiples, c’est ce que nous tenterons d’analyser dans la seconde partie de cet article.

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10 novembre 2007 6 10 /11 /novembre /2007 19:36

Réfléchir à l’avenir alimentaire et à celui des paysans

 

Louis Malassis a eu un parcours peu banal, à partir d’une famille d’agriculteurs du pays de Fougères, près de Rennes, où il est né en 1918. Après avoir travaillé lui-même à la ferme, il s’est lancé tardivement dans les études (il a passé le baccalauréat à l’âge de 28 ans). Il a rejoint l’Ecole nationale supérieure agronomique de Rennes (ENSAR) par la voie de la promotion sociale, où il est devenu professeur d’économie, puis directeur de la chaire d’économie et de sociologie rurale, ainsi que responsable de la station d’économie rurale de l’INRA, tout en conservant des liens étroits avec son milieu d’origine.

 

Comme le dit Yves Arnaud (Ouest-France, 29 août 2007), « il voulait essaimer le savoir et les connaissances jusqu’aux plus modestes hameaux ruraux ». Il avait été à l’origine de la télé-promotion rurale, qui était une université populaire avant l’heure.

 

Excellent pédagogue (je puis en témoigner, ayant été son élève en 1967-69 à l’ENSAR), économiste avant tout, il a contribué à la mise en place du réseau des coopératives de l’ouest, puis sa carrière s’est orientée vers le ministère de l’agriculture à Paris (il a été directeur général de l’agriculture) avant qu’il ne prenne la direction de l’Agrocampus de Montpellier.

 

Ce qui caractérise le mieux Louis Malassis est son humanisme. Auteur de nombreux ouvrages  sur l’économie agro-alimentaire (il a été consultant de l’OCDE, de l’UNESCO et de la FAO), il a tenu à mener à terme la trilogie paysanne, qui comprend trois livres :

« La longue marche des paysans français » (Fayard, 2001),

« L’épopée inachevée des paysans du monde » (Fayard, 2004),

« Ils vous nourriront tous, les paysans du monde, si… » (CIRAD-INRA, 2006).

 

Dans l’introduction de ce dernier livre, Louis Malassis écrit :

 

« Ils vous nourriront tous, les paysans du monde, si … nous luttons victorieusement en faveur de cinq orientations : la formation de nouveaux paysans ; un développement humain généralisé, équitable et durable ; une croissance agricole nourricière, productive et durable ; une mondialisation humanisée ; un monde civilisé.

 

Ce livre a l’ambition d’aborder tous les grands problèmes de notre temps, susceptibles d’avoir des effets sur le statut social des paysans et sur leur capacité à nous nourrir.

Il a été écrit en pensant aux militants paysans et à tous ceux qui ont besoin de connaître, de comprendre  et de contribuer à mettre en œuvre l’adaptation des paysans et des techniques à de nouvelles conditions de travail et de vie ».

Les ouvrages de Louis Malassis sont consultables à la bibliothèque du CIRAD à Montpellier et à la Bibliothèque virtuelle : Fonds Louis Malassis. Sa trilogie paysanne est présentée par l’auteur dans cette vidéo.

Voir aussi l’article de l’Avenir agricole (http://www.aveniragricole.net) paru le 12 octobre 2007. Les responsables de l’association des amis de Louis Malassis (Jo Guenanten, Médard Lebot, Jean Mahé, notamment) ont présenté le colloque qui aura lieu à l’Agrocampus de Rennes le 27 novembre 2007.

En voici le programme, réalisé en partant des thèmes développés dans les trois ouvrages de Louis Malassis. L’objectif des organisateurs de ce colloque est de « réfléchir aux scénarios possibles d’évolution des paysanneries du monde ».

« Demain, quels paysans pour les sociétés du nord et du sud ? »

Matinée 

Ils vous nourriront tous, les paysans du monde, si…

 9h30 - Accueil et ouverture du colloque par Grégoire Thomas, directeur Agrocampus Rennes et Joseph Guenanten, président de l’association des amis de Louis Malassis.

10h Bruno Parmentier, directeur du groupe Ecole supérieure d’agriculture Angers et auteur du livre « Nourrir l’humanité, les grands problèmes de l’agriculture mondiale au XXIème siècle », (préface d’Edgard Pisani) interviendra sur le thème

« Demain, nourrir 9 milliards d’individus : à quelles conditions, avec quels paysans ? ».

10h45 Table ronde - le point de vue des acteurs : Manadi Koumaré, économiste malien ; Daniel Rey, économiste agraire chilien ; René Billaz, président d’Agronomes et vétérinaires sans frontières ; Colette Balland, Conseillère régionale Poitou-Charentes.

Débat entre les participants et avec la salle, animé par Guy Durand, professeur d’économie à Agrocampus Rennes.

Déjeuner sur place.

Après-midi

Une gouvernance mondiale : utopie ou réalité ?

15h Michel Petit, professeur honoraire à l’INA Paris Grignon, ancien directeur de l’agriculture et du développement rural à la Banque mondiale, interviendra sur le thème

« Gérer une organisation agricole mondiale, est-ce possible, sous quelles formes, à quelles conditions ? »

15h45 Table ronde – le point de vue d’acteurs et de décideurs : Jean-Marie Gabillaud, président de Coop de France Ouest ; Véronique Lucas, ancienne responsable nationale du MRJC ; Laurent Van De Poele, ancien directeur du développement rural à la Commission européenne, Bruxelles.

Débat entre les participants et avec la salle, animé par Patrice Moyon, chef de la rédaction agricole de Ouest-France.

Conclusion du colloque par le président de l’association des amis de Louis Malassis.

 

Informations et renseignements sur le colloque (inscriptions avant le 20 novembre) :

- Jo Guenanten  joguenanten@orange.fr ; Médard Lebot medardlebot@wanadoo.fr

- Régis Hovelaque regishove@numericable.fr

Lieu du colloque : Agrocampus Rennes 65 rue de St-Brieuc CS 84215 35042 Rennes cedex

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9 novembre 2007 5 09 /11 /novembre /2007 20:41

Des propositions concrètes pour sauver la sécu

 

Dans le cadre de notre groupe CIVIQ (Citoyenneté et Vie Quotidienne) de St-Berthevin, nous avons décidé de travailler sur des thèmes concrets nous concernant en tant que citoyens, dans la vie quotidienne.

 

Gérard Beillard a été affecté par des problèmes de santé, à l’origine d’un long arrêt de travail. C’est ce qui l’a amené à consulter diverses sources d’information, à commencer par ce blog (catégorie « santé et sécurité sociale »), concernant le thème de la sécurité sociale, puis à retenir plusieurs propositions de mesures pour une solution durable au problème de l’assurance maladie et de son financement.

 

Le texte, ci-après, est important parce qu’il est rédigé par un ouvrier peu habitué à ce genre d’exercice. Je n’y ai apporté que quelques modifications de forme. Cela correspond bien à la démarche citoyenne et participative de CIVIQ (voir, sur ce blog, les articles parus, catégorie « CIVIQ » et « Rencontres CIVIQ »).

 

La suite, ce serait qu’il permette une discussion dans les groupes CIVIQ (ne pas hésiter à en créer). A bon entendeur, salut !...

 

Voici ce qu’a écrit Gérard Beillard

 

         « Par l’intermédiaire de la presse écrite et d’Internet*, j’ai pu me faire ma propre idée sur la sécu. Doucement mais sûrement, on veut supprimer le système de la protection sociale, tel que le législateur l’avait conçu au lendemain de la Libération (voir ATTAC 53, l’histoire de la sécurité sociale).

Aujourd’hui, on prône les franchises médicales, demain peut-être le déconventionnement des médecins, soit disant pour sauver la Sécu. Arrêtons de faire prendre des « vessies pour des lanternes » à nos concitoyens. Trop, c’est trop ! Depuis 1960, quand furent créées les « conventions médicales », d’autres mesures se sont ajoutées, notamment la dernière, la franchise médicale. On se demande à quoi cela a servi, étant donné que le trou s’est agrandi, soit disant.

A qui profite cette mascarade, sinon aux producteurs de soins, labos, entreprises pharmaceutiques, certains médecins libéraux peu scrupuleux… ?

J’entends dire de ci de là qu’il n’est pas normal que certaine branche dans le secteur public, ou même privé, reste sur des idées corporatistes, mais que font ceux qui sont dans le secteur médical pour être corporatistes ? Si la santé, et son pendant (la sécurité sociale), fonctionnaient dans le cadre d’un marché, les assurances privées et mutuelles prendraient le relais et seraient censées être plus efficaces que la tutelle de l’Etat organisant jusqu’alors la gestion du capital sanitaire de la nation.

           Quel serait le coût pour chaque citoyen ? A court terme, il ne pourrait plus suivre. On irait tout droit vers une médecine à deux vitesses, voire trois. C’est cela que l’on propose en ce début du 21ème siècle. Quel progrès !

 

La protection sociale est une assurance collective qui s’oppose radicalement à l’assistance et à la charité. Cette dernière a pour objet de soulager la misère et non de la combattre. L’assistance se développe lorsque la protection sociale recule.

La sécurité sociale a été construite sur le principe de la solidarité : chacun cotise en fonction de ses revenus et est soigné en fonction de son état de sa santé. Ne laissons pas ceux qui veulent inscrire définitivement la société dans le mouvement de la financiarisation générale du monde détruire la protection sociale.

           Sans critiquer les amis américains, nous allons vers leur système où les petites classes moyennes n’auront plus accès à la totalité de la couverture obligatoire sans parler d’une complémentaire.

 

Les propositions qui pourraient être suggérées sont les suivantes :

                 

- améliorer la prévention des malades, transformer les conditions de travail, de l’environnement et de l’alimentation.

- soumettre les stocks options des entreprises aux prélèvements pour la Sécu.

- revoir de manière juste le paquet fiscal, qui est trop en faveur des plus aisés.

- réintégrer les spécialistes médicaux peu scrupuleux du secteur 2 des honoraires libres dans le système conventionnel avec les avantages et les contraintes. L’assuré social devra, comme c’était le cas auparavant et c’est toujours le cas dans tous les pays développés, être remboursé des sommes réellement payées.

- faire face à l’évolution de la démographie médicale (répartition inégalitaire sur le territoire). L’Etat et les collectivités devraient, dans les zones rurales, prendre des mesures pour remédier à la pénurie médicale : présence des écoles, bureaux de postes, petits commerces… N’oublions pas que la formation des jeunes médecins est assurée en partie par l’impôt, la ressource collective. Celle-ci pourrait leur demander, en contre partie, de commencer leur carrière dans les zones moins favorisées.

- limiter le marketing de l’industrie pharmaceutique (il est de plus en plus pesant).

- clarifier les responsabilités :

Actuellement, la Sécu paie les hospitalisations, l’Etat les gère ; la Sécu contrôle la prescription des médicaments, l’Etat fixe leurs prix et leurs taux de remboursement ; les recettes relèvent de l’Etat (cotisations sociales + CSG), les dépenses de la Sécu.

Or gérer, c’est avoir à la fois la responsabilité des dépenses, des recettes et de la politique choisie. Ce discours ne plaît pas toujours mais il faut choisir : ou bien les choix sur l’utilisation de l’argent public se feront selon des critères d’utilité et d’efficacité médicales et on pourra sauvegarder une assurance maladie solidaire, sinon, ce sera fait par le marché, chacun pour soi, selon ses moyens, bonjour l’égalité !

Il est curieux que les hommes politiques de droite comme de gauche hésitent à en parler et laissent justifier la régularisation médicale par l’offre et la demande, sans contrainte.

- mettre une taxe fiscale sur les marchandises produites par des salariés sous payés.

- revenir au médecin référent, comme c’était précédemment, il avait un certain nombre d’obligations, la formation permanente par exemple. Les médecins traitants n’en ont aucune.

Je l’ai constaté moi même pour mon épaule (soi disant une tendinite). Le kiné pourtant, dès la première séance, avait diagnostiqué une rupture de la coiffe des rotateurs. J’ai passé un an avant d’être opéré. Je veux bien croire que l’on peut se tromper dans un diagnostic mais pas si longtemps. D’ailleurs lorsque j’ai rencontré un spécialiste, il a fait tout de suite le bon diagnostic. Sans la solidarité par le biais de la Sécu, je serais mal.

C’est pour cela qu’il faut rester vigilant sur notre système de santé à la française.

Stop aux attaques tous azimuts sur la Sécu ! »

 

* Auteurs d’articles et de blogs consultés : Raymond MARI , Serge MAUPOUET , Bernard TEPER, Gaby BONNARD, Elie ARIE , Liêm Hoang NGOC, André GRIMALDI , Ladislas POLSKI, Xavier DUMOULIN, Christine TASIN, Patrick TRANNOY, Marinette BACHE, ATTAC…

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8 novembre 2007 4 08 /11 /novembre /2007 16:06

La mobilisation citoyenne pour imposer un référendum 

 

C’est fait : la direction du PS est tombée dans le piège de la division sur la question du traité de Lisbonne. Avant les élections municipales et au grand plaisir du président de la République, qui n’en demandait pas tant. Pour celui-ci, l’ouverture à la gauche et la question européenne (les deux sont liées) doivent lui permettre de gagner les élections des 9 et 16 mars 2008.

Lobjectif : diviser le PS et la gauche. C’est réussi. Pourquoi ? Parce que la majorité du PS s’est lâchée sous l’impulsion des plus européistes et libéraux de ses dirigeants, les proches de Jean-Pierre Jouyet et Dominique Strauss-Kahn notamment, qui n’acceptent plus les compromis avec les autres composantes de la gauche.

 

C’est un fait : les partis de gauche, paralysés par leurs divisions et leur attentisme avant les élections dans quatre mois, ne s’opposeront pas dans l’unité à la ratification par la voie parlementaire.

 

Il ne reste que la voie citoyenne pour obliger le pouvoir à organiser un référendum de ratification du traité de Lisbonne.

 

Ce traité n’est pas une question mineure. Le texte reprend effectivement la « substance », c’est-à-dire l’essentiel du projet de constitution européenne, comme l’a si bien rappelé Giscard, mais le fait d’avoir été passé à la moulinette des eurocrates bruxellois le rend beaucoup plus opérationnel que le traité constitutionnel.

Cette fois-ci, les moyens ont été pris pour que l’Union européenne devienne une véritable puissance publique, disposant des moyens d’un Etat sans en avoir les apparences formelles. Il ne sera plus possible de revenir en arrière. Nous serons discrètement empêchés de décider de notre avenir, car liés par des textes qui auront été adoptés (ratifiés) en notre nom par les parlementaires, réunis en congrès dans quelques mois.

 

C’est notre modèle social et républicain qui est menacé par ce traité.

 

A nous, citoyens, de prendre nos responsabilités. Nous accepterons le verdict démocratique, à condition que ce traité soit présenté pour ce qu’il est réellement et qu’il soit adopté par référendum après un débat honnête.

 

Les députés et sénateurs qui participeraient à un simulacre de ratification à Versailles feraient bien de se souvenir qu’ils sont les représentants du peuple français et que celui-ci s’est opposé majoritairement le 29 mai 2005 à la ratification du traité constitutionnel.

C’est plus qu’un problème de démocratie. C’est une mise en cause du principe républicain le plus fondamental, la souveraineté du peuple.

 

Pour info

 

« Michel Sorin demande un référendum pour la ratification du traité de Lisbonne »

 

Sous ce titre, l’hebdomadaire local, le Courrier de la Mayenne, a publié ce jour l’information suivante.

 

Président de l’association Civiq, ancien responsable départemental du Parti socialiste, Michel Sorin demande que le traité de Lisbonne sur l’Europe signé le 19 octobre par les chefs d’Etat soit ratifié par référendum. Il écrit notamment :

« Ce qui a été rejeté par le peuple français, le 29 mai 2005, par référendum ne peut être réexaminé que dans les mêmes conditions, c’est-à-dire par référendum. C’est cela qu’il faut obtenir et se battre pour l’obtenir…

Dans le cas, probable, où le pouvoir confirmerait son intention d’organiser une ratification par la voie parlementaire, il faut l’en dissuader en annonçant l’opposition massive des parlementaires de gauche, rendant ainsi l’opération plus incertaine pour le pouvoir.

S’il se faisait complice de la stratégie du pouvoir, le PS (et avec lui la gauche) anéantirait ses chances de présenter un projet alternatif, crédible, aux Français lors de la prochaine échéance électorale nationale. La gauche doit affirmer son unité en exigeant la ratification du traité par référendum ».

 

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7 novembre 2007 3 07 /11 /novembre /2007 23:06

Non à un maxi traité complexifié et mystificateur

 

L’offensive des partisans du oui au sein du PS n’est pas passée inaperçue au Bureau national, hier soir. Cette fois-ci, plus question de tergiverser. Ils veulent en finir avec les compromis  et les synthèses paralysantes. Résultat : le clivage entre le oui et le non a de l’avenir devant lui. L’accord MRC-PS du 10 décembre 2006 est mort et enterré. Les engagements électoraux pris par le PS et François Hollande sont passés en pertes et profits par les mêmes.

 

Il suffit de lire le blog de Jean-Pierre Chevènement pour constater à quel point les relations se sont tendues entre les deux formations. On peut supposer qu’elles ne sont guère meilleures entre le PS et le PCF. La perspective d’alliances privilégiées entre le PS et le Mouvement démocrate, en vue des prochaines élections locales, impose le choix européen en faveur du oui et la prise de distance avec les partis ayant pris position pour le non.

 

Dans Le Monde, daté du 1er novembre dernier, Elisabeth Guigou, députée PS de Seine-Saint-Denis et ancienne ministre des affaires européennes, affirmait fièrement « Oui au traité de Lisbonne » et ajoutait finement « Dire non, c’est refuser toute idée de compromis et en finir avec l’UE ».

 

Voici la réponse de Jean-Pierre Chevènement, à lire ce soir sur www.lemonde.fr (rubrique « toutes les opinions ») et sur son blog www.chevenement.fr.

                                                                                                                

Non à une Constitution « bis »

 

Ecrasée par son "surmoi" européiste, Elisabeth Guigou n'envisage pas d'autres solutions pour les socialistes que de voter oui au traité de Lisbonne (Le Monde du 1er novembre) et de faire ainsi la courte échelle à M. Sarkozy pour imposer par la voie parlementaire une Constitution bis.

Elisabeth Guigou n'oublie qu'une chose : le 29 mai 2005, le peuple français a rejeté à 55 % des voix un projet de Constitution dont le traité de Lisbonne reprend toute la substance. M. Sarkozy a certes annoncé pendant la campagne présidentielle qu'il ferait ratifier par la voie parlementaire un "mini-traité" ou un "traité simplifié". Mais ce n'est absolument pas de cela qu'il s'agit !

Avec 256 pages empilant les articles qui modifient les traités existants, le traité de Lisbonne n'est nullement un "mini-traité", encore moins un "traité simplifié". C'est d'abord une mystification. On comprend la frustration de M. Giscard d'Estaing, qui, certes, retrouve intégralement son oeuvre dans le traité de Lisbonne, mais brisée en mille morceaux que seuls des juristes besogneux pourront laborieusement recoller. Ce n'est pas ainsi qu'on comblera le déficit démocratique de l'Europe !

Sur le fond, le traité de Lisbonne est surtout un "maxi-traité" qui ne mérite aucune des circonstances atténuantes que lui trouve Elisabeth Guigou. Celle-ci a-t-elle lu l'article 17 bis : "Avant d'entreprendre toute action sur la scène internationale... chaque Etat membre consulte les autres au sein du Conseil européen ou du Conseil" ? Et l'article 19 : "Lorsque l'Union a défini une position sur un thème à l'ordre du jour du Conseil de sécurité des Nations unies, les Etats-membres qui y siègent (la France et la Grande-Bretagne) demandent que le Haut Représentant de l'Union pour la politique extérieure soit invité à présenter la position de l'Union" ?

Chacun peut comprendre que si de telles dispositions avaient été en vigueur en 2003, la France, ne pouvant s'opposer à la fois aux Etats-Unis et à l'Union européenne, dont la majorité des Etats membres sont alignés sur eux, n'aurait pu se dissocier de l'invasion de l'Irak, pas plus que demain elle ne pourra éviter de cautionner des frappes militaires sur l'Iran, si les Etats-Unis, déjà engagés dans la campagne présidentielle de 2008, venaient à les décider !

L'article 27 réitère que l'OTAN reste pour les Etats qui en sont membres (la quasi-totalité) le cadre de leur défense. Exit la défense européenne ! Cela est tout à fait conforme à la politique d'alignement de M. Sarkozy, mais Elizabeth Guigou, qui se déclare "internationaliste" et prétend lutter pour une Europe capable de "peser" en faveur de la paix et de "tirer la rive Sud de la Méditerranée", peut-elle approuver ce texte que seule l'unanimité des Vingt-Sept permettra de modifier ?

Elisabeth Guigou prétend "maîtriser les effets pervers de la mondialisation". Peut-elle ignorer que le protocole no 6 réintroduit par la fenêtre le principe de la "concurrence libre et non faussée" que M. Sarkozy se vante d'avoir fait supprimer de la liste des objectifs de l'Union ? Les statuts de la Banque centrale européenne demeurent inchangés : avec un euro à 1,50 voire 1,60 dollar, Don Trichet continuera à batailler contre les moulins de l'inflation ! Pendant ce temps-là, aux termes du protocole n° 3, l'Eurogroupe "se réunira de manière informelle". Bonjour les dégâts !

Les socialistes pourront-ils assumer les délocalisations qui se poursuivent et le saccage de notre tissu industriel ? Pensent-ils qu'après avoir approuvé le traité de Lisbonne, ils pourront se défausser sur le gouvernement de choix qui résulteront des "contraintes européennes" qu'ils auront eux-mêmes acceptées ?

La vérité est que le Parti socialiste, s'il pouvait compter sur ses dirigeants, aurait un boulevard devant lui : ce qui avait été rejeté par référendum ne peut être adopté que par la même voie. Tel était l'engagement du "projet socialiste" adopté à l'unanimité en 2006, et celui de la candidate socialiste en 2007.

En refusant au moins de prendre part au vote, à défaut de dire non (compte tenu de ses antécédents), le Parti socialiste resterait fidèle à ses engagements. Il éviterait de cautionner l'immense reculade dont M. Sarkozy se targue comme d'un succès diplomatique. Il pourrait alors s'appuyer sur la volonté démocratiquement exprimée du peuple français pour exiger demain une réorientation économique, sociale et politique de la construction européenne. Le Parti socialiste ne pourrait sans doute pas empêcher M. Sarkozy de faire voter son "maxi-traité complexifié". Au moins ne servirait-il pas de marchepied !

Le PS s'isolerait-il à l'égard de la gauche européenne ? Il suffit de voir les difficultés des gauches allemande et italienne pour comprendre qu'un rôle historique incomberait au Parti socialiste français : celui de tracer le chemin pour sortir l'Europe de l'ornière où elle s'enfonce, inféodée qu'elle est aux orientations monétaires ou diplomatiques des Etats-Unis. Dire non à la Constitution bis serait le choix de l'intelligence historique, celui du courage et de l'inventivité. Il n'est en tout cas pas trop tard pour sauver l'honneur, car c'est sur cette base-là seulement qu'on pourra demain reconstruire !

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7 novembre 2007 3 07 /11 /novembre /2007 17:18

La fracture entre le oui et le non est devant nous

 

Cette décision « porte en elle le ferment de la division », a affirmé Benoît Hamon, député européen, commentant sa démission de son poste au PS de secrétaire national à l’Europe.

Il était celui qui voulait rapprocher les tenants du oui et du non, au sein de la direction du PS. Le vote du Bureau national, hier, en faveur du traité de Lisbonne (61% de oui), sans se préoccuper des conditions de sa ratification, marque l’échec de sa stratégie, comme il le reconnaît lui-même.

 

Le résultat est conforme au vote des adhérents en décembre 2004 à propos du traité constitutionnel. Pas de surprise. François Hollande navigue sur des eaux qu’il connaît bien.

Le PS, à hauteur de 60% de ses cadres et de ses militants, approuve tout traité européen par principe, considérant qu’il permet d’avancer sur la voie de l’intégration communautaire, cette terre promise du progrès humain (où un pouvoir européen fabrique des normes sociales et environnementales soumises à la prééminence de la concurrence libre et non faussée...).

 

La réalité est tout autre, ce qui conduit d’autres dirigeants du PS à prendre en considération les signaux émis par l’électorat populaire vis-à-vis des décisions européennes, quand le peuple français est consulté, comme ce fut le cas le 29 mai 2005.

Le plus connu est Laurent Fabius, qui a exercé toutes les responsabilités au sein du PS et de l’Etat, sauf une, celle de président de la République. D’autres anciens ministres, notamment Henri Emmanuelli, Paul Quilès, Marie-Noëlle Lienemann, Jean-Luc Mélenchon, ont adopté diverses positions qui convergent dans le refus de la ratification par la voie parlementaire, alors que le PS et sa candidate à l’élection présidentielle avaient pris position en faveur d’un nouveau référendum.

En fait, hier, s’est reconstituée la ligne de fracture entre les tenants du oui et du non en 2005. Ce qui prouve l’importance des choix qui sous-tendaient le vote du 29 mai 2005.

 

Et maintenant ? Jean-Luc Mélenchon et son mouvement « Pour une République Sociale » (PRS), Marie-Noëlle Lienemann et Paul Quilès, avec « Gauche Avenir », ont anticipé ce clivage et noué des contacts avec des militants en dehors du PS. Par contre, Benoît Hamon et Henri Emmanuelli (NPS), d’un côté, Laurent Fabius d’un autre, ont conduit une stratégie interne au PS. Ils pèsent l’essentiel du tiers des militants et des cadres socialistes qui penchent en faveur du non.

 

Contrairement à ce qu’a dit François Hollande ce matin sur France Inter, la question du traité de Lisbonne n’est pas derrière nous. Il est vrai que la majorité de la direction du PS a pris position clairement sur le traité, confirmant ainsi qu’elle ne se distingue pas de l’UMP sur la question européenne, ce que l’on savait depuis longtemps. Elle pense que la proximité des élections municipales et cantonales (4 mois) va contraindre les uns (à l’intérieur du PS) et les autres (alliés locaux du PS) à mettre en sourdine les désaccords sur l’Europe.

En tout cas, le sénateur Mélenchon ne se taira pas. Sur www.marianne2.fr on peut voir, depuis hier soir, une vidéo dans laquelle il met en évidence la volonté de la majorité du PS d’enterrer le débat. Mélenchon : « Les socialistes ont peur d'un référendum sur l'Europe »

 

En réalité, il s’agit d’un débat fondamental concernant toute la gauche, et qui aura des implications dans les alliances futures, au-delà des prochaines élections des 9 et 16 mars 2008.

 

- Accepter le traité de Lisbonne, comme le fait la direction du PS, c’est s’orienter vers un parti démocrate, social et européen, comme le souhaitent François Bayrou, Dominique Strauss-Kahn et Michel Rocard.

- Refuser ce traité, c’est s’inscrire dans une démarche stratégique de rassemblement de la gauche dans sa diversité, pour un projet alternatif aux politiques néolibérales relayées actuellement par les institutions européennes.

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5 novembre 2007 1 05 /11 /novembre /2007 20:28

Bruxelles, capitale de la Flandre et de la Belgique

 

Philippe Dutilleul est le journaliste, auteur de l’émission diffusée le 13 décembre 2006 sur la RTBF (chaîne publique belge francophone), qui a annoncé la fin de l’Etat belge par sécession de la Flandre. C’était une fiction, le but étant de susciter la réflexion sur une question bien réelle. Mais beaucoup ont cru que c’était vrai, les réactions suscitées par ce faux journal télévisé dépassant largement ce qui était prévu.

 

Ce 5 novembre, Jean Quatremer*, correspondant de Libération à Bruxelles, très bon connaisseur de la Belgique, titre son article « La Belgique connaît la crise la plus longue de son histoire ».

* A noter que son blog http://bruxelles.blogs.liberation.fr/coulisses est un des plus réputés sur les institutions européennes (il est bien informé, car très proche des dirigeants européens à Bruxelles, et provoque de nombreux commentaires d’internautes).

 

Voici des extraits  (l’introduction et la conclusion) de son texte paru sur www.liberation.fr.

 

« Cela fait 148 jours depuis les élections législatives du 10 juin que la Belgique est à la recherche d’une majorité de gouvernement. Presque cinq mois ! Cette crise va donc dépasser celle de 1987, jusque-là la plus longue de l’histoire du royaume. A l’époque, il avait fallu 148 jours aux partis belges pour surmonter la violente crise provoquée par la question des Fourons, une enclave flamande en terre wallonne (...). 

La Belgique va-t-elle disparaître ? 

Un compromis de dernière minute ne peut pas être exclu, même s’il semble douteux. D’autant que les Flamands, toutes tendances confondues, veulent scinder rapidement la circonscription électorale de Bruxelles-Halle-Vilvorde, pour parachever l’unité territoriale de la Flandre, ce que les francophones refusent afin de défendre les droits de leur minorité. Un passage en force pourrait avoir lieu le 7 novembre à la Chambre des députés, ce qui signerait la fin des négociations gouvernementales en cours, voire des élections anticipées (…).

Autant dire que le fossé n’a jamais été aussi profond entre le nord et le sud : pour les Flamands, le passage de la fédération à la confédération est une exigence minimale, ce que refusent les francophones. Si ces derniers ne cèdent pas, cela achèvera de convaincre les Flamands que seule la séparation leur permettra de prendre leur destin en main. Sauf à imaginer un sursaut unitaire en Flandre, sursaut que rien n’annonce ».

Afin de mieux comprendre la situation actuelle de la Belgique, je propose la lecture de l’article, ci-après, de Jean-Pierre Stroobants paru dans Le Monde daté du 15 septembre 2007.  
 
Belgique : les origines d'une fracture 

 

« L’hypothèse d'une séparation de la Flandre néerlandophone et de la Wallonie francophone, assortie d'une incertitude concernant le sort de Bruxelles, capitale bilingue, n'est plus taboue dans le royaume belge. Même les plus farouches partisans d'une Belgique unie considèrent que la crise politique née du scrutin législatif du 10 juin, si elle s'éternise, pourrait mener le pays à la rupture.

Au fil de son histoire, le royaume a vécu sur diverses lignes de fractures : philosophique, sociale, politique. C'est toutefois la fracture linguistique qui a toujours semblé la plus déterminante. La revendication pour le respect de la langue flamande a servi de carburant au mouvement nationaliste qui, aujourd'hui encore, s'en prend fréquemment à "l'arrogance francophone" pour justifier son appel à l'autonomie.

L'origine de cette opposition remonte à 1815, quinze ans avant la naissance de l'Etat belge. Au Congrès de Vienne, les vainqueurs de Napoléon décident de remodeler l'Europe. Les anciens Pays-Bas autrichiens, la principauté de Liège et les Provinces-Unies sont réunis pour former les Pays-Bas, sous l'autorité de Guillaume Ier d'Orange. Le nouvel ensemble, cohérent sur le plan économique, l'est beaucoup moins sur le plan politique, religieux et linguistique. Guillaume Ier s'en prend aux libertés, désavantage les catholiques - majoritaires dans les régions belges - et impose le néerlandais comme langue officielle, pénalisant une population qui parle soit le français, soit un dialecte flamand éloigné de la langue pratiquée en Hollande.

En France, la révolution de Juillet encourage les deux grands courants politiques de l'époque, catholique et libéral, à s'unir pour chasser les Hollandais. La révolution belge de 1830 s'appuie sur des citoyens de toutes les régions ; le monde politique, qui dotera le pays d'une Constitution très libérale, est composé de 40 000 notables parlant exclusivement le français, langue quasi officielle en novembre 1830. La traduction flamande du Bulletin des lois n'aura pas de caractère officiel. Certes, les justiciables pourront parler le flamand - ou l'allemand - devant leur juge si celui-ci comprend cette langue (ce qui est rare). Charles Rogier, héros de l'indépendance, souligne que, dans toutes les fonctions civiles et militaires, il faudra parler le français pour "détruire peu à peu l'élément germanique".

La suite de l'histoire sera longtemps marquée par le dédain des francophones et la lente montée des revendications des Flamands. Majoritaires lors d'un premier recensement (en 1846, ils sont 2,4 millions pour 1,8 million de francophones), ils devront pourtant attendre 1873 pour que le flamand devienne la langue normale de la procédure judiciaire dans leurs provinces et 1898 pour que les lois du pays soient publiées dans les deux langues !

Des histoires de condamnés à mort ne comprenant pas leur jugement ou de soldats incapables, en 1914-1918, de saisir les ordres vont alimenter un discours qui, déjà, conteste l'existence d'une nation belge homogène. En écho, le Wallon Jules Destrée écrit, en 1912, une vibrante Lettre au roi dans laquelle il proclame : "Sire, laissez-moi vous dire la vérité, la grande et horrifiante vérité : il n'y a pas de Belges." La même année, une Assemblée wallonne, suspectant les Flamands de vouloir constituer "un pays distinct", réclame "une union basée sur une indépendance réciproque".

"AVEC S'IL LE FAUT, SANS SI L'ON PEUT"

Durant la première guerre mondiale, l'occupant allemand va mener une politique de réformes internes sollicitée par des "activistes", adeptes d'une collaboration susceptible de réaliser les buts du mouvement flamand. L'épisode se reproduira en 1940-1945 et l'appel flamand à l'autonomie en sera temporairement décrédibilisé. Tant entre les deux guerres qu'après, des réformes viseront cependant à reconnaître la langue néerlandaise dans sa dignité et à aplanir les conflits, à l'aide d'un processus de réformes institutionnelles.

Le schéma actuel, avec ses trois régions et ses trois communautés est basé sur un "double fédéralisme" et se révèle d'une infinie complexité. Parce qu'il a progressivement créé ou transformé des institutions sans jamais faire disparaître les précédentes. Parce qu'il a mêlé la revendication initiale des Flamands - l'autonomie culturelle - et celle des Wallons - le fédéralisme économique - tout en semblant contester, jusqu'en 1993, le principe même du fédéralisme...

La question, désormais, au coeur du débat belge - et européen - est celle de la pertinence d'un "modèle" de ce type. Il était probablement le seul remède possible, mais fédère de plus en plus mal des populations qui connaissent, depuis quelques décennies, des évolutions économiques, politiques et culturelles très divergentes. La Flandre majoritaire, de droite, entrepreneuriale et en pleine prospérité, taraudée par une forte interrogation identitaire, s'accommode mal d'une Wallonie de centre-gauche qui tarde à se moderniser, fait d'abord confiance aux pouvoirs publics et à un parti, le PS, marqué par des scandales.

L'historien Marc Reynebeau, dans son Histoire belge (éd. Racines), cite les autres facteurs ayant favorisé l'éloignement : "Une communication mutuelle presque inexistante, la traditionnelle méconnaissance du néerlandais de la part des francophones, le fameux plurilinguisme des Flamands en net recul, l'absence de moyens de communication communs. D'où cette tendance à prêter plus attention aux différences mutuelles qu'aux affinités."

Marc Platel, autre auteur flamand, préfère citer un ancien homme politique francophone, Lucien Outers, pour résumer la situation belge : "Les compromis ne constituent plus le commun dénominateur des satisfactions, mais la somme des mécontentements." Longtemps adepte de la formule flamande "Avec la Belgique s'il le faut, sans si l'on peut", il a, comme d'autres, changé de cap et est devenu séparatiste. Un juriste francophone, Michel Leroy, faisait un autre pari dès 1996 : une évolution pouvant conduire à une désagrégation de l'Etat. Et "un avenir fait d'une course de lenteur entre cette désagrégation et la construction européenne" ».

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4 novembre 2007 7 04 /11 /novembre /2007 15:18

Aux hommes et femmes de gauche et de progrès

 

Notre société régresse (voir l’article paru le 21 octobre sur ce blog). La gauche, à bout de souffle, a besoin d’être refondée sur des bases républicaines. Le PS ne parvient pas à s’extraire de sa vision libérale de l’Europe, qui ne diffère pas de celle de la droite. Dans ces conditions, la solution passe par la création d’un grand parti républicain et citoyen, rassemblant les hommes et femmes de gauche et de progrès, afin de conduire une politique novatrice articulant la critique sociale du néolibéralisme avec l’exigence démocratique de la souveraineté populaire.

 

Je viens de résumer, à ma façon, la « tribune » publiée hier par l’hebdomadaire Marianne, que l’on retrouve sur le site de Jean-Pierre Chevènement www.chevenement.fr. Voici ce texte.

« Lisbonne, un test pour la refondation de la gauche » 

Le PS aurait dû prendre appui sur le non de 2005 pour exiger une réorientation de la construction européenne.

« L'adoption par la voie parlementaire du traité de Lisbonne, qui reprend l'essentiel d'un projet de Constitution européenne, rejeté à 55 % par le suffrage universel, le 29 mai 2005, sera bien évidemment un déni de démocratie.

L'incapacité du Parti socialiste à s'y opposer montre que le travail de refondation de la gauche sera difficile. Il est donc temps que, par delà des clivages périmés, tous les hommes et femmes de gauche et de progrès se rassemblent pour offrir à la France une autre perspective que celle d'une Europe inféodée, offerte aux concurrences les plus déloyales.

Toutes les critiques qu'on pouvait adresser à la « Constitution européenne » peuvent être faites au traité de Lisbonne :

- Les compétences transférées à l'Union (articles 3 à 6) sont innombrables (une quarantaine au moins). D'immenses domaines passent à la majorité qualifiée.
- Or, l'égalité fondatrice entre la France et l'Allemagne dans les votes au Conseil sera rompue par la prise en compte de la démographie : la France sera très vite l'otage de minorités de blocage et contrainte par des majorités qualifiées.
- A partir de 2014, la France pourra se trouver sans représentant à la Commission, en vertu du « principe de rotation strictement égale entre les Etats : la France égale Malte.
- Des pouvoirs très étendus seront transférés du Parlement français à la Cour de Justice de l'Union européenne, à qui est confiée l'interprétation des principes énoncés par la Charte des Droits fondamentaux.

- L'Europe par ailleurs restera un grand marché ouvert, offert à tous les coups, sans réelle capacité à se protéger. Le protocole n° 6 fait rentrer par la fenêtre « le principe de la concurrence libre et non faussée ». Les statuts de la Banque Centrale demeureront inchangés. L'Eurogroupe (protocole n° 3) n'est habilité qu'à « discuter » des responsabilités évanescentes qui lui sont conférées par les traités en matière de monnaie unique. Avec demain un euro à 1,5 voire 1,6 dollar, nous serons complètement désarmés.

 

L'inféodation de notre politique étrangère est désormais inscrite dans les textes :

- Avant toute action sur la scène internationale, la France devra consulter le Conseil européen (article 17 bis). Comme membre permanent du Conseil de Sécurité de l'ONU, elle devra demander l'audition devant celui-ci du Haut Représentant de l'Union pour la politique extérieure (article 19). Autant dire que la politique française refusant l'invasion de l'Irak en 2003 ne sera plus possible ! Demain, nous devrons acquiescer aux frappes militaires des Etats-Unis sur l'Iran, si ceux-ci le décident.
- L'OTAN deviendra le cadre de la défense européenne (article 27). C'en sera fini de l'indépendance de notre politique extérieure !

En parlant de « mini-traité » ou de « traité simplifié » pendant sa campagne présidentielle, Nicolas Sarkozy a sciemment trompé les Français. Car le traité de Lisbonne est un maxi-traité, encore plus complexe que ne l'était le projet de Constitution européenne. Simplement, il fallait faire admettre la ratification par la voie parlementaire. Il y a dol manifeste, tromperie sur la marchandise ! Ne pas recourir à nouveau au référendum sur le traité de Lisbonne, c'est évidemment bafouer la volonté populaire ! J'ai honte pour tous ceux qui parlent encore de « mini-traité » ou de « traité simplifié » : ils se font complice d'un subterfuge grossier* !

Il est décevant que de nombreux dirigeants du Parti socialiste aient exprimé leur intention de voter « oui ». Ils manifestent ainsi qu'ils n'ont rien appris et rien oublié. La construction européenne ne changera pas de nature avec le traité de Lisbonne, bien au contraire ! Le PS aurait pu théoriquement s'opposer à la réforme constitutionnelle requise pour l'adoption du traité de Lisbonne. A défaut de voter « non », le PS pourrait encore refuser de prendre part au vote : ce qui a été décidé par référendum ne peut en effet être réexaminé que par référendum.

L'incapacité manifeste du PS à prendre appui sur le « non » au référendum de 2005 pour exiger une réorientation de la construction européenne pose problème.

Elle révèle à quel point le succès de « l'ouverture » sarkozienne n'a pas été un accident. Elle traduit un désarroi profond dont l'origine n'est rien d'autre que l'usure des principes et la communauté des postulats libéraux qui, depuis le traité de Maastricht, soude les deux partis dominants.

Le PS n'a rien à gagner à servir la soupe à M. Sarkozy. Seul avec le MRC, j'ai défendu pendant la campagne référendaire de 2005 un « non républicain » articulant la critique sociale du néolibéralisme et l'exigence démocratique de la souveraineté populaire.

Je demande à tous ceux qui n'ont pas baissé les bras de prendre contact avec moi (sur www.chevenement.fr ). Les épreuves sont devant nous. L'idée d'une France libre et d'une « Europe européenne », économiquement et socialement redressée, un jour ressurgira ! »

----------------
Jean-Pierre Chevènement est président d'honneur du MRC (Mouvement Républicain et Ciyoyen)
Dernier ouvrage paru : La Faute de M. Monnet (Fayard, 2006)

 

* Un exemple est fourni par Ségolène Royal qui, ce jour, sur http://www.segoleneroyal2007.net, tente de justifier son revirement.

 

« Vous m'interrogez sur le référendum et me demandez pourquoi je ne réclame plus un référendum. Pendant la campagne présidentielle, je me suis engagée en effet à consulter les Français. Ma prise de position actuelle qui consiste à dire oui à une ratification parlementaire du mini-traité peut paraître contradictoire. Elle s'explique par le fait que ce texte étant vraiment minimum, c'est une sorte de règlement intérieur qui permet de fonctionner notamment en prévoyant des décisions à la majorité (je vous invite à vous reporter à l'interview que j'ai donnée dans Libération), cela ne mérite pas un référendum. Tous les autres socialistes européens et notamment le président de l'union, M. Socrates, y sont favorables. Il y a aujourd'hui en France de très graves problèmes de pouvoir d'achat qui diminue, d'injustice fiscale, de recul de la couverture maladie, de ralentissement de la croissance et par contraste, une telle consultation serait perçue comme décalée. Enfin ce que j'avais prévu c'est un référendum sur la réforme des institutions avec un volet sur les institutions européennes ».

 

Ainsi, selon l’ex-candidate à l’élection présidentielle, ce « mini-traité » est un texte « vraiment minimum », « une sorte de règlement intérieur » qui ne se prête pas à une consultation populaire.

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3 novembre 2007 6 03 /11 /novembre /2007 22:37

Comprendre un monde insaisissable, celui de la finance

 

- Que le baril de pétrole grimpe, cela ne peut surprendre, mais au-delà de 60 à 65 dollars le baril, c’est de l’ordre de la spéculation.

- Que les prix des matières premières soient revalorisés, c’est souhaitable, mais des augmentations de plus de 100% ne correspondent pas aux données économiques réelles.

- Qu’il y ait des bulles financières de temps en temps, c’est lié à la nature même du système, mais voir les banques aller de bulle en bulle, et provoquer des crises sans fin, ne semble plus tout à fait normal.

Les conséquences de ces dysfonctionnements vont être ressentis dans notre vie quotidienne, et frapper d’abord les plus en difficulté.

 

L’envolée des prix des produits pétroliers…

 

Voici ce qu’écrivait, à ce propos, Isabelle Mouilleseaux le 26 octobre (chronique Agora gratuite www.publications-agora.fr - Edito matières premières).

« Fondamentalement, le baril de brut devrait tourner autour de 65 $ »

« Si vous raisonnez froidement, avec des équations économétriques, vous arrivez au constat suivant : le baril devrait coter actuellement autour de 60 $ - 65 $. Vous pouvez retourner les hypothèses de travail dans tous les sens : économiquement, en ne tenant compte que des fondamentaux (notamment l'offre, la demande et les stocks), le baril vaut 65 $, pas plus !

Regardez d'un peu plus près, c'est assez logique. L'OPEP accroît sa production en ce moment à la demande de l'AIE. Cette montée en puissance de l'offre est progressive, mais bien réelle. De l'autre côté, la demande : il est fort probable que celle-ci soit amenée à diminuer dans les mois qui viennent, notamment à partir de janvier 2008.

Car je continue de croire que les Etats-Unis seront confrontés à un ralentissement économique. Tous les indicateurs immobiliers sont dans le rouge. La crise du crédit entraîne actuellement un resserrement net du crédit. Le chômage augmente. Vous l'aurez compris, le consommateur américain, pilier de la croissance, est exsangue et cerné de toutes parts. Le ralentissement économique US lèvera une partie de la pression sur les cours du brut.

Au-delà de 65 $, nous sommes dans le domaine de l'irrationnel
Qu'est ce qui dope cette bulle ? Des réalités économiques avérées et justifiées. Regardons les choses de plus près :

- Le Big Bang né du subprime

C'est pour moi une certitude. La crise du subprime a créé un électrochoc chez les gestionnaires de fonds. Elle est à l'origine d'un véritable Big Bang au niveau de l'allocation d'actifs des portefeuilles des investisseurs et fonds en tous genres. En gros, ils ont réorienté massivement leurs avoirs vers les pays émergents, plus particulièrement la Chine, l'Inde et le Vietnam. Ainsi que vers les matières premières, or et pétrole en tête. Et je pense que la part consacrée aux matières n'est pas près de se réduire significativement. Elle participe à la surprime. Et cela va durer.

- Il y a aussi l'effet dollar

En effet, il n'y a pas si longtemps de cela, le brut et le dollar n'était pas, ou très peu, corrélés. En 2005 la corrélation était de 25%, en 2006 de 60%, elle est actuellement de 80% ! Une corrélation inversée, bien sûr. A chaque affaiblissement du dollar, le pétrole est poussé vers le haut. C'est édifiant.

Regardez, le dollar touche à l'instant un nouveau record absolu de faiblesse (1,4377 $ pour un euro) ; au même moment, le WTI enregistre un nouveau record à la hausse (92,22 $ en ce moment). Pendant que j'y suis, sachez que l'once d'or frôle les 780 $ ! Le pétrole est devenu un anti-dollar de première classe. Une assurance incontournable pour les investisseurs qui ne veulent pas voir le dollar détruire une partie de la valeur de leur portefeuille. Et notre brut n'est pas prêt de perdre cet attribut. Tout simplement parce que le dollar n'a pas fini de baisser !

Les spéculateurs sont en train de faire des profits en pariant sur la hausse. Et ils gagnent ! Tant que cela marche, pourquoi s'arrêteraient-ils de pousser le brut à la hausse ? En résumé : tant qu'on gagne, on fonce. Et plus on fonce à ce jeu-là, plus l'on gagne ; un véritable cercle vertueux vous diront les spéculateurs... (…).

Le froid cet hiver, la Turquie, le niveau hebdomadaire des stocks de brut aux Etats-Unis... tous ces éléments sont utilisés, pour ne pas dire manipulés, par les spéculateurs pour atteindre leur but : créer de la volatilité, pousser le pétrole à la hausse, et par là même empocher des gains. Attention tout de même. La mémoire des investisseurs est courte. Les arbres ne montent pas jusqu'au ciel.

Les marchés n'ont que faire de la rationalité. C'est le profit immédiat qui prime. La spéculation est aux commandes des marchés. Tout comme elle dicte sa LOI au pauvre Bernanke, qui se plie et exécute les ordres. Pour le plus grand bonheur... des spéculateurs qui voient ainsi leur comportement avalisé et leur stratégie porter ses fruits ! Ce qui apporte d'autant plus d'eau à leur moulin...(…).

Finalement, la seule chose dont je sois totalement certaine dans cette histoire, c'est qu'un brut à 100 $ fera le plus grand bien à notre bonne vieille planète. Et ça, c'est à mon avis très bénéfique ».

Les matières premières en première ligne…

La spéculation concerne de nombreuses matières premières, y compris agricoles (+ 180% pour le blé depuis l’été 2006, + 100% pour le maïs) et aussi les valeurs refuge, comme l’or. Les hausses de prix sont répercutées sur les consommateurs (produits alimentaires, notamment). Voir sur ce blog les articles parus les 16 et 17 octobre 2007.

Les banques sont aux premières loges…

Le rôle des banques est primordial au niveau mondial. François Morin, dans son livre « Le nouveau mur de l’argent » (Seuil, 2006) montre que, « depuis les années 1990, quelques dizaines de banques ont conquis le vrai pouvoir de régulation monétaire ; elles dictent les taux d’intérêt aux banques centrales ».

 

Mais elles sont actuellement victimes du système qu’elles ont elles-mêmes mis en place.

Sur le site www.lemonde.fr ce jour, on découvre « l’anxiété croissante » des milieux bancaires, la « situation volatile » des marchés financiers.

Certains experts aux USA évoquent « la perspective de débâcle bancaire ». Les pertes des banques seraient considérables, quand ces banques avaient des accords avec les fonds spéculatifs (25% des 2450 milliards de dollars de prêts hypothécaires à risque seraient détenus par des personnes non solvables ou en difficulté financière).

 

Les pertes du secteur bancaire et boursier se chiffreraient déjà à 225 milliards de dollars et encore plus en 2008. Conséquence : les banques prêteront moins facilement.

La crise de la construction et du crédit provoquera une baisse de la consommation et les risques de contagion à d’autres secteurs économiques sont à prévoir.

 

Le site du journal Marianne www.marianne2.fr présente la chronique de Jean-Michel Quatrepoint sur le site de la lettre A . Ce 3 novembre, elle est intitulée

 

« Les banques, de bulle en bulle »

L'on apprend que la crise des « subprime » est loin d'être terminée.

« Avis de gros temps pour les banques ! Même si le pire n'est jamais sûr, la crise dite des « subprimes » est loin d'être terminée. Certes, dans le monde financier, on tente de se rassurer en minorant l'ampleur des risques. Il y a quelques semaines, on parlait de quelques dizaines de milliards de dollars de pertes potentielles : une goutte d'eau par rapport à la totalité des actifs du système financier mondial. Mais, au fil des jours, l'ardoise s'alourdit : on parle désormais de 150 milliards de dollars. Et surtout, cette crise, qui s'apparente à un krach rampant, ne ressemble, pour les banques, à aucune des précédentes secousses.

Cette fois, elles sont en première ligne. Elles ont vendu à leurs clients des produits financiers dont la complexité le dispute à l'opacité. Aujourd'hui, elles sont dans l'incapacité d'évaluer précisément les risques encourus. Résultat : la suspicion s'est installée chez les investisseurs. Or, sans confiance, la machine s'enraye. Et on risque d'assister à des kyrielles de procès. Une aubaine pour les Lawyers (juristes) mais pas pour les banques.

Ces dernières ont été victimes de leurs succès. Le mariage de l'informatique et de la finance a débouché sur des techniques que très peu d'individus maîtrisent. Aucun président de banque, aucun manager, n'est à vrai dire capable aujourd'hui de contrôler, de surveiller, et donc d'éviter, les dérapages des petits Mozart de la finance. D'autant que ces nouvelles activités ont généré de substantiels profits. Certes, les scandales à répétition ont amené les institutions publiques à tenter de réglementer, codifier, réguler la finance moderne.

C'est ainsi que l'on a édicté de nouvelles règles comptables, durci les ratios prudentiels (Bâle II), multiplié les directives sur les marchés financiers. Tout ceci part d'un bon sentiment, mais le remède peut être pire que le mal. D'autant qu'on ne s'attaque pas au fond du problème, mais seulement à ses manifestations.
Cette sur-réglementation s'abat sur les banques, au moment où elles sont fragilisées par la crise des subprimes et où elles vont devoir faire face à l'offensive de nouveaux prédateurs. Ce qui vient d'arriver à ABN-Amro peut survenir demain à n'importe quelle grande banque occidentale.

 

Les restructurations de ces dernières années les ont transformées en conglomérat financier. Elles ont compartimenté leurs activités, mettant des parois étanches entre certaines d'entre elles, au nom de la bonne gouvernance : banque de détail, d'investissement, gestion de fortune, crédits spécialisés, etc. Sur le modèle de ce qui s'était fait auparavant dans l'industrie.

Or, les banquiers n'ont pas été les derniers à œuvrer pour démanteler les conglomérats industriels, au nom de l'optimisation des ressources et d'une meilleure optimisation pour l'actionnaire. Ce discours va leur revenir en boomerang.

Les grands fonds d'investissement vont s'en donner à cœur joie, en s'alliant avec telle ou telle banque qui espérera tirer, elle, son épingle du jeu. Les fonds souverains seront en première ligne, car ils ont des capitaux quasiment illimités. Les uns parce qu'ils proviennent du pétrole. Les autres, comme les Chinois, parce qu'ils réinventent la planche à billets.

 

Une formidable bulle est en voie de constitution dans l'empire du Milieu. Les banques prêtent à tout va aux spéculateurs et aux épargnants chinois. L'enfer du jeu s'est déplacé de Macao aux Bourses de Hongkong et de Shanghaï. Quelque 160% de hausse depuis le début de l'année ! Les capitalisations boursières s'envolent. Et, avec les gains boursiers, ces fonds vont faire leurs emplettes en Occident. Jusqu'à ce que la bulle chinoise éclate à son tour… ».

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