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  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine à partir, notamment, des idées de Jean-Pierre Chevènement, l'un de ses fondateurs (celui-ci a souhaité s'éloigner du MRC en 2015). Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens (MDC) après les élections de 2002. En février 2019, le MRC a co-fondé la Gauche Républicaine et Socialiste (GRS), en continuant d'exister, au moins jusqu'à son prochain congrès, en décembre 2020.
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11 juillet 2007 3 11 /07 /juillet /2007 10:38

 

Le libre-échange trop favorable à la Chine et à l’Inde

 Jean-Luc Gréau a travaillé pour le patronat français jusqu’en 2004. Puis il a écrit plusieurs ouvrages d’économie, dont « L’avenir du capitalisme » en 2005 (Gallimard). Il est intervenu lors du colloque Res Publica du 28 novembre 2006 (voir sur ce blog les articles parus le 6 janvier  et le 17 février 2007 ou sur http://www.fondation-res-publica.org prendre connaissance des interventions des conférenciers).

 On peut lire sur www.liberation.fr l’entretien réalisé par Grégoire Biseau sur le thème du protectionnisme. Le journaliste passe en revue tous les arguments contraires, permettant à Jean-Luc Gréau de présenter ses positions qui sont, jusqu’à présent, très peu partagées par les économistes, dont la grande majorité reste favorable au libre-échange intégral.

 « Le retour au protectionnisme est inéluctable »

 Faut-il augmenter les barrières douanières ? Etrangement, c’est à la fois la question du débat économique la plus sulfureuse et la moins débattue : faut-il oui ou non recourir à des mesures protectionnistes pour mieux encadrer le commerce mondial ?

 Tentative d’explication avec l’économiste Jean-Luc Gréau.

 Vous êtes un des rares économistes à remettre en cause les effets du libre-échange. Pourquoi ce débat semble aujourd’hui tabou ? 

Deux raisons expliquent qu’aujourd’hui la contestation du libre-échangisme est devenue une question interdite. Il y a d’abord de la part des hommes politiques une vraie peur de se faire taxer d’extrémisme. Car, aujourd’hui, le Front National et une partie de l’extrême gauche sont les seuls partis qui se déclarent ouvertement opposés à ce système. Ensuite, il y a une pression constante du monde des affaires, et plus encore du secteur financier, à présenter ce débat comme éculé, synonyme d’un archaïsme économique.

 Il est difficile de contester que la croissance mondiale est tirée par des puissances comme la Chine et l’Inde, qui se sont intégrées dans le commerce mondial grâce au libre-échange. 

Le fait que le déficit commercial de l’Union européenne avec la Chine ait augmenté de 93 % depuis le début de cette année est bien le signe que quelque chose ne va pas. Aujourd’hui, l’Union européenne exporte 100 vers la Chine et importe 300 de produits made in China. Aux Etats-Unis, ce rapport est de 1à 6. Dans nos relations avec la Chine, nous ne profitons pas des supposés bénéfices du libre-échange. C’est pour cela que le retour d’un nouveau protectionnisme est inéluctable. Le vrai risque c’est d’attendre trop longtemps que les emplois industriels en Europe aient totalement disparu.

Mais vous risquez de stopper net le développement de ces nouvelles puissances et donc de faire plonger la croissance mondiale. 

Non. D’où provient la croissance mondiale aujourd’hui ? Un peu des Etats-Unis, mais surtout de l’Asie et dans une moindre mesure de l’Amérique latine. En Chine et en Inde, elle a été alimentée grâce notamment à l’élargissement du processus capitaliste, qui permet à ces pays d’élever leur niveau de compétence et de savoir-faire.

 Dans ce contexte, les multinationales, en investissement localement, jouent un rôle déterminant dans ce processus de développement. Il ne s’agit pas de remettre cela en question. Le problème c’est que ces nouveaux pays ont choisi un mode de développement qui privilégie la croissance de leurs exportations au détriment de l’énorme potentiel de leur demande intérieure et donc d’un certain progrès social.

 Je considère que la Chine mène une politique économique impérialiste, dont ni l’Europe, ni les Etats-unis, ni même l’Afrique ne bénéficient. Trois décisions majeures des autorités chinoises viennent d’illustrer cette ambition.

 - D’abord, la création d’une société à capitaux publics pour être capable demain de construire un avion de ligne chinois concurrent de Boeing et d’Airbus.

 - Ensuite la volonté d’utiliser une partie des immenses réserves de change de la Chine pour investir sur les marchés financiers occidentaux.

 - Enfin la hausse de 30 % des droits de douane à l’importation de certains biens d’équipement pour protéger son industrie nationale. Et pendant ce temps, l’Europe reste inerte.

 Concrètement, quelles mesures protectionnistes préconisez-vous ? 

 D’abord, il ne s’agit surtout pas d’envisager un protectionnisme à l’échelle nationale, mais au niveau de l’Union européenne. Or l’UE n’est pas cette union douanière qu’elle devrait être : aujourd’hui le total des droits de douanes ne représente que 2 % de la valeur totale des échanges. C’est trop peu. Il ne s’agit pas non plus de décider d’un tarif commun unique, quels que soient les produits et les pays. Cela n’aurait aucun sens de vouloir par exemple taxer les produits américains.

 Il faut retrouver les conditions d’une certaine loyauté commerciale. Il s’agit donc de cibler les produits manufacturés en provenance de pays où le différentiel de coûts de production est trop important. Ces barrières douanières seraient par ailleurs une vraie incitation pour améliorer les conditions sociales et salariales des populations ouvrières de ces pays.

 Mais à moyen terme, les coûts chinois vont augmenter et les conditions d’échange devraient donc se rééquilibrer. 

 Je ne le crois pas. Les écarts salariaux sont trop importants et la Chine comme l’Inde disposent d’une immense armée de réserve de main-d’œuvre qui leur permet de maintenir une pression constante sur les salaires. D’ici à ce que cet écart soit comblé, disons peut-être dans vingt-cinq ans, l’Union Européenne sera devenue un désert industriel.

 Dans l’histoire, quand des pays ont décidé de mesures protectionnistes, cela s’est presque toujours soldé par des crises, voire des guerres. 

 On a souvent accusé le protectionnisme de la crise des années 30. En réalité, la crise était là avant que les mesures protectionnistes ne soient mises en place. Quant au risque nationaliste, cela n’a pas de sens si ce genre de politique est mené à l’échelle de l’Union européenne, un immense marché de 300 millions d’habitants. En revanche, si on ne fait rien, les tentations nationalistes risquent de nous couper définitivement du reste du monde.

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10 juillet 2007 2 10 /07 /juillet /2007 15:23

 

Pour une alternative de gauche renouvelée

 Après le constat d’émiettement et d’impuissance de la gauche antilibérale, des responsables de diverses organisations se sont retrouvés le 7 juillet à Paris. A l’origine, un appel lancé dès le 19 juin par une dizaine de personnes : Clémentine AUTAIN (féministe, élue à Paris, app. PCF) ; Eric COQUEREL (président Mars Gauche Républicaine) ; Emmanuelle COSSE (journaliste, ex-présidente d’Act Up) ; Claude DEBONS (ex-coordinateur collectifs du 29 mai) ; François LABROILLE (élu régional IDF Alternative Citoyenne) ; Roger MARTELLI (PCF) ; Marion MAZAURIC (éditrice) ; Claude MICHEL (syndicaliste) ; Christian PICQUET (courant UNIR de la LCR) ; Catherine TRICOT (communiste) ; José TOVAR (syndicaliste).

 On peut lire sur le blog  http://maintenantagauche.org le texte de cet appel. Il est clair que cette initiative s’inspire de l’expérience allemande (nouveau parti de gauche, issu du rapprochement entre les anciens communistes de l’est et des dissidents du SPD à l’ouest). Dans cette optique, le PS ayant fait le choix définitif du social-libéralisme et se préparant à une alliance au centre, il s’agit de construire un nouveau parti à sa gauche qui puisse passer des alliances électorales avec lui afin de gouverner le pays.

 Voici le compte rendu de la réunion du 7 juillet, selon un communiqué de presse diffusé hier.

 « Maintenant, à gauche ! »

 La première rencontre-débat à l’initiative de « Maintenant à gauche » s’est tenue samedi 7 juillet. Malgré la date tardive et la succession des week-ends de réunions à l’issue d’une année militante chargée, environ 150 personnes venues d’une trentaine de départements y ont participé. Des militants de diverses sensibilités politiques étaient présents : communistes unitaires (Catherine Tricot, Pierre Zarka, Roger Martelli), PRS (François Delapierre), Force Militante (Marc Dolez), Alternatifs (Jean Jacques Boislaroussie, Roland Mérieux), Alternative Citoyenne (Claire Villiers, François Labroille), MARS Gauche Républicaine (Eric Coquerel, Pierre Carassus, André Deluchat), courant UNIR de la LCR (Christian Picquet, Francis Sitel, Céline Malaisé, Alain Faradji), Cactus La Gauche (Jean Luc Gonneau), des personnalités (Clémentine Autain, Bernard Defaix, Claude Michel, Claude Debons…). Des responsables communistes, des personnalités diverses, ont fait part de leur intérêt pour la démarche engagée. Ce succès est le signe du besoin largement éprouvé de redresser très vite la tête après la lourde défaite que nous venons d’essuyer.

 Les interventions ont fait apparaître un diagnostic largement partagé, une conscience commune des enjeux aujourd’hui et des exigences qui en découlent en matière de perspective et de stratégie.

 Nous voulons opposer au social-libéralisme et aux alliances au centre tel qu’on les voit se profiler du côté du PS une autre refondation à gauche, s’adressant à toute la gauche.

 L’objectif est celui d’une nouvelle grande force politique de transformation progressiste de la société apte à incarner les valeurs d’émancipation historiquement portées par la gauche, à les enrichir et à les renouveler ; et à constituer une alternative crédible à gauche.

 C’est cela qui marquerait la seule rupture véritable dont la vie politique française a besoin. Cette ambition s’inscrit dans les expériences qui cherchent, dans de nombreux pays, à ouvrir de nouvelles voies à gauche, la dernière en date étant Die Linke en Allemagne

 Notre volonté est de faire en sorte que différentes forces, sensibilités, militants intéressés, réfléchissent et élaborent ensemble sur ces questions. Au terme d’un tel processus des Etats généraux pour une gauche enfin à gauche pourraient être conjointement organisés.

 Dès la rentrée de septembre, nous encourageons partout dans les villes et départements au développement d’initiatives décentralisées concrétisant une telle démarche de rencontres et de dialogues pluralistes. Et, lors de la fête de l’Humanité, cette démarche sera également portée dans les débats.

 Avant la fin du mois d’octobre, nous organiserons un nouveau rendez-vous national pluraliste concrétisant et illustrant le large rassemblement pour une gauche à gauche que nous appelons de nos vœux.

 Dès maintenant, nous devons participer aux résistances nécessaires face à la contre-révolution libérale et conservatrice et à la dérive institutionnelle bonapartiste que met en œuvre Sarkozy. Ces résistances seront d’autant plus cohérentes et déterminées que se construiront en même temps des éléments d’alternative. C’est à cette ambition que nous voulons contribuer.

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10 juillet 2007 2 10 /07 /juillet /2007 10:54

 

La confirmation d’un refus d’analyse du capitalisme

 Sur son blog www.chevenement.fr, le président d’honneur du MRC a précisé hier sa pensée en ce qui concerne la politique d’ouverture du président de la République et les réponses positives de certaines personnalités de gauche.

 C’est, en réalité, l’aboutissement d’une dérive libérale du PS, que Jean-Pierre Chevènement a mis en évidence depuis longtemps, à partir de 1983 (parenthèse libérale en conformité avec les options de l’Europe) puis en 1992 (traité de Maastricht) et en 2000-2002 (libéralisation européenne Chirac-Jospin).

 Une osmose gauche-droite au moment de l’élaboration du projet de constitution européenne en 2003 a débouché sur le OUI commun PS-UMP au traité constitutionnel européen, contrarié le 29 mai 2005 par le vote NON du peuple français.

 Le désarroi de la gauche, face à l’offensive sarkozienne, trouve son origine dans son refus persistant de fermer la parenthèse libérale ouverte en 1983 par la soumission aux conditions politiques de la construction européenne (néolibéralisme, atlantisme).

 Tant que la gauche ne sera pas capable de faire une analyse critique commune du capitalisme dans sa forme actuelle, elle ne pourra proposer une alternative crédible aux politiques libérales qui se succèdent.

 Voici le texte de Jean-Pierre Chevènement, à lire sur son blog.

 Nicolas Sarkozy révélateur de la décomposition intellectuelle du social-libéralisme  

 On m'interroge souvent, par les temps qui courent, sur la politique « d'ouverture » pratiquée par Nicolas Sarkozy à l'égard de certaines personnalités « de gauche ». Je n'y ai que partiellement répondu.

 Si je désapprouve les débauchages intervenus avant les élections législatives, qui visaient clairement à affaiblir la gauche, je modulerai mon jugement au cas par cas s'agissant des nominations auxquelles le nouveau Président de la République a procédé depuis lors et à plus forte raison des missions qu'il a distribuées.

J'ai déjà dit que le rapport sur la mondialisation confié à Hubert Védrine me paraissait pouvoir éclairer utilement le débat public sur le principal défi auquel la France est confrontée. Pour le reste, le Président de la République est dans son rôle qui est de rassembler, en utilisant de préférence des personnalités compétentes. Les responsables socialistes qui acceptent les charges que Nicolas Sarkozy leur confie révèlent simplement à quel point le social-libéralisme qu'ils professent généralement se distingue peu du libéralisme.

Nicolas Sarkozy est un révélateur de la décomposition intellectuelle de la superstructure du Parti socialiste. Pour lui résister, il eût fallu que le socialisme restât la critique du capitalisme et que ses chefs y crussent. Dès lors que le capitalisme financier mondialisé est devenu l'horizon intellectuel de beaucoup de responsables socialistes, je ne me sens même pas capable de leur reprocher de tomber du côté où ils penchent.

Nul ne pourra relever la gauche s'il prétend faire l'économie d'une critique du capitalisme globalisé contemporain, tel qu'il s'est installé depuis que Mme Thatcher et M. Reagan ont pris le pouvoir dans les pays anglo-saxons, au début des années quatre-vingts. Le malheur des temps veut que la gauche française soit elle-même venue « aux affaires » dans ces années-là. Sans une relecture lucide des trois décennies écoulées, et les démissions politiques, intellectuelles et morales qui les ont accompagnées, il n'y aura pas de refondation crédible de la gauche dans notre pays.

 Dans un article précédent, paru également hier sur son blog www.chevenement.fr , et présenté ci-après, Jean-Pierre Chevènement répondait à celles et ceux qui lui reprochent d’avoir soutenu Ségolène Royal à l’élection présidentielle au lieu de s’être présenté lui-même.

 Yves conteste le soutien que le MRC et moi-même avons apporté à Ségolène Royal pendant la campagne. Qu'eût-il fallu faire ? « Affirmer le courant républicain, répond Yves, comme une alternative sérieuse » ? Mais cela aurait supposé, cher Yves, un soutien à ma candidature en novembre 2006 dont le MRC n'a pas été capable, pour des raisons dont je ne lui fais d'ailleurs pas grief.

Alors quelles possibilités nous restaient-elles offertes ? Soutenir Nicolas Sarkozy ? Disparaître ? J'aimerais convaincre Yves que nous avons fait ce que nous devions faire. Pour ma part, je suis très content d'être du côté des perdants. Pour le moment.

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9 juillet 2007 1 09 /07 /juillet /2007 13:38

 

Face au néolibéralisme, éviter un double écueil

 Pour la première fois, nous nous sommes rencontrés le 24 juin lors du conseil national du MRC puis nous avons déjeuné ensemble. Xavier m’a fait part de son intention de présenter sur son blog des réflexions (les siennes notamment, mais pas seulement) portant sur la refondation de la gauche.

 C’est ainsi qu’hier, il a publié sur http://sr07.unblog.fr un texte de fond (incluant des références historiques) sur la posture « centriste » qu’à son avis la gauche devrait adopter pour réussir à s’organiser et se rassembler face au néolibéralisme.

 En introduction de mon article paru hier sur la tentation du président des radicaux de gauche, j’évoquais un « centre radical » et un « centre écologiste ». Je dois compléter la série par un « centre social-républicain » dans la filiation de Jean Jaurès…

 Voici ce texte rédigé par Xavier Dumoulin, porte-parole du MRC dans les Landes.

« Une position centriste, radicale et républicaine, par refus des vieilles politiques de chimères ou de renoncements »

 Dans la tradition révolutionnaire, le centrisme n'a pas du tout la même acception que dans le langage politicien usuel. Il signifie une posture intermédiaire, non pas entre la gauche et la droite, mais entre courants de gauche.

 Ainsi Jean Longuet, petit fils de Karl Marx, passé par le guesdisme puis “le jauressisme de gauche”, fut-il qualifié de “centriste”  pour ses positions conciliantes envers l'aspiration à la reconstruction, sous réserves, de l”Internationale - après la faillite de la seconde - en réfutant néanmoins les exigences de Zinoviev et de Lénine au congrès de Tours de 1920.

 Jean Longuet devait finalement se ranger aux raisons d'un Léon Blum que celui-ci exposa dans son discours historique préparé par un mentor du socialisme français : Lucien Herr. Ce discours, “trop connu pour ne pas être méconnu” selon Philippe Corcuff, révèle “une tradition française réformiste révolutionnaire” susceptible de bousculer les idées reçues des militants communistes, trotskyste et /ou altermondialiste. “Les militants socialistes actuels qui croient, selon Philippe Corcuff, que le socialisme français constitue une version vaguement sociale de l'économie de marché n'en seront pas moins perturbés par la radicalité du propos”.

 Dans ces temps présents de nouveaux questionnements de toute la gauche après la victoire idéologique et politique de la droite à la présidentielle de 2007, la position “centriste” originale et originelle  - sur laquelle nous reviendrons plus loin - peut nous éviter un double écueil :

 -  Celui de l'abandon par la gauche de l'essentiel de ses valeurs et principes au prétexte d'un prétendu  caractère indépassable de l'économie de marché dominée par le néolibéralisme. C'est hélas déjà une réalité incontestable avérée par de trop nombreux exemples : la posture du gouvernement Fabius en 1984 dans la lignée de la “parenthèse libérale” augurée par son prédécesseur à Matignon; l'adoption et la mise en oeuvre du “grand marché”,  de “l'acte unique”, des  traités de Maastricht et d'Amsterdam sous les gouvernements Rocard, Bérégovoy et Jospin - ce dernier ayant par ailleurs pulvérisé le record de cessions d'actifs d'entreprises nationales sous  sa législature et appuyé le camp favorable au TCE en 2005 - ; le positionnement actuel prétendument social-démocrate mais parfaitement social-libéral d'un Strauss-Kahn;

 - Celui du refuge dans la tradition séculaire néo-guesdiste - incarnée jadis par Guy Mollet -  du maximalisme verbal par des dirigeants enclins à plus de liberté de parole dans une cure prolongée d'opposition. C'est une tentation d'autant plus forte en cette période qui voit fleurir des critiques acérées sur la conduite d'une campagne présidentielle jugée perdue du fait même d'un discours droitier - c'est notamment la thèse de Claude Bartolone dans son dernier ouvrage, thèse énoncée aussi par une large fraction de dirigeants socialistes à l'instar de Laurent Fabius ou de Jean-Luc Mélenchon - alors même qu'un grand pas avait été franchi par le “ségolisme” sur les questions européenne et républicaine pourtant chères à ces deux contradicteurs, suite à l'accord MRC-PS et compte tenu, également, de la personnalité de la candidate. Chacun sait bien, par ailleurs, que les plus sociaux-libéraux dans la gestion gouvernementale ne sont pas forcément les moins disants en critiques gauchisantes dans l'opposition ! Les courants d'extrême-gauche  demeurent quant à eux totalement étrangers à toute perspective d'exercice du pouvoir et se perdent souvent en conjectures dans d'épuisantes querelles de chapelles, parfaitement ésotériques pour le profane. 

 Pour sortir de ces impasses, la posture « centriste » pourrait se définir comme une ouverture aux réflexions des courants critiques de “la  gauche de gauche” et de  l'altermondialisme tout en assumant pleinement les réalités et évolutions historiques de la gauche.

Inscrite définitivement dans la tradition républicaine du socialisme français - qui porte haut l'exigence démocratique avec la visée laïque et citoyenne - la gauche reste le creuset d'une perspective sociale audacieuse.

 Le néolibéralisme - qui n'est rien d'autre qu'une victoire du capitalisme financier sur le monde du travail -  doit donc être combattu avec détermination et réalisme. Il appartient ainsi aux forces de gauche d'entamer et de contester sa légitimité. Il s'agit d'un engagement concret de soutien et de relais aux luttes des salariés et aux aspirations populaires, en France, en Europe et dans d'autres régions du monde, couplé d'un travail d'analyses, d'échanges et  d'éducation populaire. 

 Une telle perspective - en contrepoint absolu avec la logique du néolibéralisme - suppose l'élaboration collective, en France, d'un  projet politique visant à souder un “front de classes”, d'abord  ancré dans les couches populaires (sans oublier les travailleurs précaires) et trouvant ses appuis dans de larges fractions du salariat, des travailleurs indépendants et des couches intellectuelles.

 C'est le combat pour une nouvelle hégémonie culturelle et idéologique autour des valeurs républicaines et sociales de la gauche française ! C'est une volonté de peser pour une Europe solidaire vraiment européenne, tournée vers le Sud et l'Est, en contrepoids à la mondialisation libérale et à l'unilatéralisme américain.

 La question de la refondation de la gauche se pose dans cette problématique ”centriste” à la recherche de l'ambition du réalisme pour sortir des impasses ; celle d'une gauche de la gauche anti-libérale, cantonnée dans un rôle protestataire et celle d'un républicanisme sans visée affirmée de transformation sociale. 

 D'où notre posture résolument éclectique, fondée sur la critique radicale du néolibéralisme mais profondément ancrée dans les fondamentaux républicains. Rompant avec des réflexes idéologiques pavloviens, ce nouveau ”centrisme” a besoin d'être expliqué pour devenir un nouveau point d'équilibre à gauche entre différentes sensibilités. C'est un défi encore loin d'être relevé !

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9 juillet 2007 1 09 /07 /juillet /2007 10:49

 

Clarifier les positions en présence pour refonder

 Je découvre ce matin dans la rubrique Rebonds sur www.liberation.fr un bon texte, rafraîchissant, de jeunes militants du Parti socialiste qui ont des responsabilités nationales, au sein de diverses sensibilités, ce qui ne les empêche pas de vouloir privilégier ce qu’ils ont en commun, plutôt que ce qui les oppose, dans la perspective de la refondation de la gauche.

 Guillaume Bachelay, Laurent Baumel, Alexis Dalem et François Kalfon sont membres des instances nationales du PS. Leur « intuition » est que leurs désaccords peuvent être circonscrits, voire dépassés, afin de présenter un projet ensemble en vue d’exercer, le jour venu, des responsabilités publiques. Voici ce texte qui, je l’espère, aura un impact au sein du PS.

 « Socialistes, parlons de nos désaccords ! »

 « L’Europe et la question sociale constituent les deux principales querelles qu’il ne faut pas gommer mais dépasser.

 Parfois décrié, caricaturé comme un règlement de compte interne au Parti socialiste, le débat sur la défaite présidentielle de 2007 est indispensable. Comment préparer les rendez-vous futurs sans comprendre ce qui a conduit la gauche à manquer à ce point celui de 2007 ?

Dans ce travail d’interprétation, il n’y a pas, par principe, à jeter un voile sur les déficits et les erreurs de la candidate socialiste. Mais le même souci de lucidité et d’efficacité doit conduire à regarder en face les causes structurelles qui, en amont de la campagne, ont grevé la qualité de l’offre politique et programmatique des socialistes.

 Le PS a notamment été victime d’une radicalisation parfois excessive de clivages politiques surgis en son sein au cours des années précédentes. Sur fond de compétition présidentielle, les divergences, réelles, fortes et légitimes, à propos de la défaite de 2002, puis du traité constitutionnel européen, ont été exacerbées avant d’être dissoutes dans une synthèse artificielle. Au total, les socialistes français sont sortis de cette période avec des querelles intactes mais sans une ligne politique opérationnelle sur les sujets essentiels.

 L’objectif ne saurait être d’effacer ou de supprimer ces contradictions. Elles ne sont pas seulement celles du PS, mais celles de la gauche tout entière. Mais il est nécessaire d’organiser le débat indépendamment des échéances de pouvoir pour le dépassionner et permettre de clarifier ce qui nous sépare vraiment. La refondation et la reconquête de notre électorat sont à ce prix.

 Notre intuition - qui motive notre démarche - est que, pour nous socialistes, qui avons tous intériorisé l’effondrement du communisme et l’expérience du pouvoir, qui sommes tous réformistes, désireux de gouverner, soucieux des réalités, unanimement conscients des transformations du monde et de la nécessité de construire l’Europe face à la mondialisation, nos désaccords ne nous interdisent ni de nous rassembler dans le même parti, ni, le jour venu, d’exercer ensemble les responsabilités. Ils ne doivent pas être gommés, mais ils peuvent être circonscrits et, peut-être dans certains cas, dépassés.

 Considérons par exemple la question européenne qui a tant divisé les socialistes dans les années 2004-2005 et, au fond, qui «travaille» le PS depuis fort longtemps.

 De quoi était-il question en réalité ? D’un traité apportant quelques avancées institutionnelles, sans apporter toutes celles que souhaitaient les ­socialistes, et en y ajoutant une constitutionnalisation contestable de dispositions libérales, d’ailleurs combattues par tous les socialistes français. Voilà de ce dont il fallait discuter, au lieu de caricaturer les uns en archaïques et les autres en libéraux.

 Dans quelques mois, lorsque le nouveau Traité sera rédigé par la CIG, la question va se reposer. Profitons de cette période pour débattre ensemble de ce que nous attendons réellement de la construction européenne, des compromis que nous sommes prêts à faire, des limites que nous ne voulons pas franchir et des stratégies politiques que nous voulons mettre en œuvre dans l’espace public européen. Avancer de la sorte, en remettant à plat et sans anathème, l’ensemble du débat sur les voies et les moyens de notre engagement européen nous permettra, le moment venu, d’avoir des débats doctrinaux plutôt que caricaturaux.

 On pourrait dire la même chose à propos de la question sociale. Au cours des années précédentes, deux analyses se sont opposées : celle des «deux France» et celle de «la fragmentation sociale». Moins spectaculaire que le différend européen, cette querelle sur la réalité sociale française n’en est pas moins aussi profonde. Elle a empêché de penser collectivement un bon programme économique et social.

 Or tout le monde sait, en vérité, qu’il y a deux France et notamment une France des couches populaires et moyennes, composée d’exclus, de travailleurs précaires et de salariés modestes, vivant dans les citées, le périurbain et le monde rural, avec les difficultés de logement et des transports et l’angoisse de l’avenir. Tout le monde sait, en même temps, que cette grande base sociale ne se vit pas comme une classe homogène, traversée qu’elle est aussi par la diversité de ses situations. Tout le monde sait, enfin, que c’est la stratégie de la droite de diviser le salariat pour faire en sorte que chaque catégorie sociale se vive en concurrence avec les autres.

 On pourrait gagner du temps et de la pertinence politique si on se décidait à affronter ensemble deux questions essentielles : comment reconstruire par la politique, à travers des revendications réellement fédératrices, sinon une «classe sociale», en tout cas une dynamique d’alliance des couches populaires et moyennes ? Quel type de compromis redistributif interne, au sein de ces couches populaires et moyennes, faut-il imaginer pour rendre possible cette agrégation ?

 Le Parti socialiste a programmé pour l’année qui vient un processus de refondation rythmé des conventions thématiques et un Congrès. Ce processus sera utile s’il s’inspire de l’état d’esprit et de la méthode que nous proposons (voir notre site www.gagner-2012.net). Appartenant à différentes sensibilités de ce parti mais aussi à une génération qui veut retrouver le plaisir fraternel du débat (et parfois du combat) des idées, nous prendrons toute notre part, en commun et chacun de son côté, à ce travail de clarification et de reconstruction ».

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8 juillet 2007 7 08 /07 /juillet /2007 22:22

 

Son objectif est d’être présidente de la République

 Ce soir, sur TF1, Ségolène Royal a reconnu que la suite de l’élection présidentielle est très compliquée, mais elle garde l’objectif d’être élue un jour à la présidence de la République, ce qui implique de s’y préparer longtemps à l’avance, au moins deux ans.

 Jean-Louis Bianco, qui était son co-directeur de campagne, a été réélu député des Alpes de Haute Provence. Il est persuadé que l’ex-candidate a conservé son influence auprès des militants socialistes. C’est ce qu’il affirme dans l’entretien rapporté par Arnaud Fage ce 8 juillet sur son site personnel indépendant http://segoleneroyal2012.over-blog.fr.

 

 Pourquoi ce silence de Ségolène Royal ?

Elle n'a pas le goût d'occuper les médias tout le temps. Elle avait prévu de parler après le séminaire du 16 juillet qu'elle organise. Or, après avoir reçu des appels de militants, de premiers fédéraux, lui demandant de s'exprimer, elle a voulu rassurer ceux qui comptent sur elle. Il y avait une vraie attente et il était nécessaire de communiquer. Ce séminaire réunira des personnes de l'équipe de campagne, des politologues, des sondeurs, des parlementaires, en tout une centaine de personnes, à l'Assemblée nationale pour établir un document d'analyse sur l'élection présidentielle, une contribution au travail collectif. Elle y travaille depuis plusieurs semaines avec des experts. Elle est tout, sauf seule.

Ce séminaire n'est-il pas la preuve qu'elle joue encore une fois perso ?

Il est normal que la candidate à la présidentielle analyse sa défaite. Ce n'est pas une offensive pour occuper le terrain mais un premier document pour réfléchir.

Quel est votre avis sur les deux défaites subies par le PS ?

Cette défaite vient de loin. Aucun autre candidat n'aurait pu faire mieux. Le travail idéologique réalisé par Nicolas Sarkozy était plus sérieux et plus approfondi. Outre ce chantier de rénovation, pour 2012, il serait préférable que notre candidat ou candidate soit le chef du parti et soit désigné(e) au moins deux ans à l'avance.

Ces échecs ont ravivé les querelles internes !

Ces bagarres de couloirs, c'est triste et dérisoire. Certains leaders socialistes agitent volontiers le "tout sauf Ségolène". Les militants en ont plus qu'assez. L'image donnée lors du dernier Conseil national était désolante. Ségolène Royal a bien fait de ne pas s'y associer.


Comment interprétez-vous les sorties de Ségolène Royal sur le Smic à 1500 euros et les 35 heures ?

Elle a dit la vérité, une vérité qui dérange. Le Smic à 1500 euros, c'est un très bon slogan... des années 80. Si l'on est honnête, il faut avouer que cette réévaluation représente à peine plus qu'une évolution naturelle. Elle a donc mis les pieds dans le plat. Moi-même, au moment de la réflexion, j'ai dit ce que je pensais mais la mesure a, cependant, été adoptée à l'unanimité. Ensuite, durant la campagne, il était impossible de la mettre à la poubelle.

L'influence de Ségolène Royal n'en a-t-elle pas pâti ?

Ces propos ont semé un certain trouble mais cela est marginal et provisoire. Ses déclarations sur l'encadrement militaire, la carte scolaire ou les 35 heures, en leur temps, ont également secoué. Auprès des militants, la ferveur populaire est toujours intacte.

Cela n'a pas arrangé le schisme entre elle et les cadres de son parti ?

L'appareil du parti ne lui a jamais été acquis. Mais il y a, aujourd'hui, à l'Assemblée, sur les 200 députés que compte notre groupe, une soixantaine d'élus proches d'elle. Dominique Strauss-Kahn, Laurent Fabius ou Lionel Jospin n'en ont pas autant.

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8 juillet 2007 7 08 /07 /juillet /2007 21:16

 

Le radicalisme, c’est l’alliance à gauche ou à droite

 Bientôt, la situation devrait se clarifier à gauche, lorsque seront partis ceux qui se laissent prendre dans les mailles du filet tenu grand ouvert par le président de la République.

 Après nombre de social-démocrates libéraux, membres ou non du PS, qui sont intéressés par la stratégie de Sarkozy, puis des Verts qui sont associés au Grenelle de l’environnement et sont tentés de créer un centre écologiste, c’est maintenant les radicaux qui sont tentés par le rapprochement avec leurs frères valoisiens, dans la perspective de contrecarrer la stratégie centriste de François Bayrou par la création d’un centre radical.

 Dans Le Figaro, le président Baylet précise qu’il veut redonner vigueur au radicalisme et cela passe par la réconciliation des radicaux de gauche et de droite. Voici l’article de Rodolphe Geisler le 7 juillet sur www.lefigaro.fr

 « Le président du Parti radical de gauche devrait proposer aux cadres de son parti un rapprochement avec les radicaux de droite ».

 Plus de trente ans après leur divorce, les radicaux sont-ils prêts à une réconciliation ? Président du Parti radical de gauche (PRG), Jean-Michel Baylet, n'est pas loin de le penser. Devant les cadres de son parti, qui doivent se réunir aujourd'hui à la Maison de la chimie à Paris pour un comité directeur, il va proposer d'ouvrir le dialogue avec le Parti radical valoisien, aujourd'hui affilié à l'UMP et coprésidé par Jean-Louis Borloo, sur des thèmes précis comme l'Europe, la République ou encore la laïcité.

 Constatant que « Sarkozy fait son marché au PS et que le PS discute avec Bayrou », Jean-Michel Baylet- qui, comme Laurent Fabius, a été reçu hier par le président de la République - juge donc le moment venu « de redonner au radicalisme la place qui devrait être la sienne ». Les querelles internes au PS et les appels du pied de Ségolène Royal à François Bayrou au lendemain du premier tour de la présidentielle ont fini de le convaincre.

 Pour Élisabeth Boyer, secrétaire générale du PRG, l'heure est même venue « de boucler le cycle d'Épinay ». « Sans réconciliation, ni les radicaux de gauche, ni les radicaux de droite, ne pourront occuper la place centrale sur l'échiquier politique qui devrait être la leur », dit-elle. « Les radicaux ne se sont jamais laissé enfermer dans les dogmes et ont toujours milité pour l'intérêt général », assure-t-elle. Et d'ajouter, « si nous nous sommes toujours situés à gauche sous la Ve République, sous la IVe, les radicaux avaient des alliances parfois à gauche, parfois à droite. C'est ça le radicalisme, car il tient de la droite le libéralisme économique et de la gauche le social et la solidarité ».

 Cette main tendue aux valoisiens préfigure-t-elle un virage à droite du PRG ? Jean-Michel Baylet s'en défend fermement. Mais si, à l'Assemblée nationale, les neuf députés que compte le PRG sont apparentés au groupe socialiste, il entend revendiquer pour son parti l'« autonomie politique et l'indépendance de l'action ». « Ce n'est pas parce que nous avons des alliances avec le PS que nous ne pourrions pas discuter avec les valoisiens », confie-t-il.

 Pour les journées d'été du PRG, qui doivent se tenir au début septembre à Ramatuelle, des invitations pourraient être adressées aux valoisiens. Les délégués du PRG devraient en tout cas examiner la question aujourd'hui.

 Ne pas laisser le champ libre à François Bayrou

 En 1984, déjà, pour les élections européennes, Edgar Faure, figure de proue des valoisiens, alors composante de l'UDF, et Maurice Faure, ancien ministre de Mitterrand, avaient mené une liste commune - « Deux Faure pour un centre fort », disaient-ils - mais l'expérience était restée sans suite.

 Les « leçons » des scrutins de 2007 pourraient, c'est la question que pose aujourd'hui Jean-Michel Baylet, relancer le débat. « Aujourd'hui, on le voit bien, les lignes politiques bougent, il s'agit donc de ne pas nous replier sur nous-mêmes », explique le président du PRG. Les « leçons » de 2007, c'est aussi et surtout, pour les radicaux de gauche, le constat que François Bayrou a prospéré, lors de la campagne présidentielle, sur un terrain qui était le leur il y a encore vingt ou trente ans. Souvent qualifié de « parti de notables », le PRG compte quelque 8 000 adhérents pour environ 6 000 chez les valoisiens.

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7 juillet 2007 6 07 /07 /juillet /2007 21:09

 

Le capitalisme anglo-saxon domine le monde

 Le quotidien Le Monde vient de changer de patron. Pierre Jeantet  est le nouveau président du Directoire. Mais la Société des Rédacteurs du Monde a engagé un « bras de fer » avec Alain Minc, qui a été réélu président du Conseil de surveillance dans des conditions controversées. Celui-ci a le soutien des actionnaires extérieurs, dont on peut penser qu’ils sont dans la mouvance idéologique du « capitalisme anglo-saxon ». Les actionnaires intérieurs du Monde seraient-ils opposés au capitalisme dominé par la finance mondiale ?

 On ne le sait pas, mais on peut se poser la question au vu de la chronique, ci-après, signée par Eric Le Boucher ce jour sur www.lemonde.fr. Le constat est lucide mais la conclusion ne l’est pas. Les marges de manœuvre sont, actuellement, étroites. Elles pourraient s’élargir s’il y avait une volonté des Etats, notamment en Europe, de faire prévaloir la notion de l’intérêt général en économie.

 « La fin de l'histoire en économie ? »

Une économie toujours plus globale, une finance toujours plus impériale, des actionnaires toujours mieux servis : le capitalisme à l'anglo-saxonne domine le monde. Si le concept de "la fin de l'histoire", repris par Francis Fukuyama lors de la chute du mur de Berlin en 1989 et vantant la suprématie définitive de la démocratie et du libéralisme, s'est brisé rapidement dans les montagnes des Balkans et les sables d'Irak, son volet économique semble, au contraire, gagnant. Le libéralisme n'a pas de concurrent, et c'est sa version dure, anglo-saxonne, qui semble s'imposer, bon gré, mal gré, dans le monde entier. Les marchés s'ouvrent, la concurrence se déploie, la finance et la Bourse s'imposent. Le capitalisme actionnarial l'emporte. La capitalisation boursière mondiale était équivalente à la production mondiale (PIB) en 1980, elle en vaut aujourd'hui trois fois le montant.

 Fin de l'histoire économique ? Triomphe final du capitalisme anglo-saxon ? C'est le thème des Rencontres économiques d'Aix-en-Provence qu'organise, comme chaque année l'été, le Cercle des économistes (les 6, 7 et 8 juillet). En apparence, donc, la messe est dite. Des tentatives de résistance sont bien signalées, en France, avec le "patriotisme économique", ou en Allemagne, contre les hedge funds et les private equity qui volent, depuis Londres, pour démolir le "capitalisme rhénan". Mais leurs résultats sont inexistants. Au mieux, elles font diversion. On relève aussi une courageuse lutte des modèles forgés dans les pays nordiques, mais, là aussi, une normalisation est en cours, qui fait voter la Suède à droite et banalise ses pratiques d'entreprise.

 L'attraction, il faut dire, est puissante. La même technologie se diffuse partout, et vite, le marketing unifie les clients de Mexico à Oslo. Mais le principal vecteur reste la finance, qui "homogénéise les principes qui guident la valorisation des capitaux", comme le relève Anton Brender (Dexia Asset Management). Et, dès lors, derrière ce pouvoir "structurant" de l'actionnaire, tout s'aligne, ajoute Jean-Paul Pollin (université d'Orléans) : l'importance accordée aux marchés financiers et aux cours de Bourse, les règles de gouvernance, les principes comptables, les relations avec les systèmes bancaires...

 C'est fini. "L'Europe a embrassé le capitalisme global dans les dernières décennies", concluent Catherine Lubochinsky (université Dauphine) et Jean Pisani-Ferry (Institut Bruegel). Une variété "continentale" du capitalisme européen n'a pas pris corps. Rien d'étonnant à cette défaite : c'était le but du jeu de la construction européenne que d'unifier les règles et les normes. Les plus fortes l'ont emporté, aidées en cela, comme le dit Patrick Artus (Banque IXIS), par l'élargissement européen à vingt-sept et par l'insuffisance des marchés de capitaux autochtones (le manque de fonds de pension).

 Rien n'est joué pourtant, répliquent nombre d'économistes du Cercle. D'abord, parce que naissent et se développent des formes alternatives qui résistent au temps, par exemple la microfinance dans les pays en développement. Ensuite, parce que, si l'Europe a basculé du côté anglo-saxon, d'autres régions ont su conserver un capitalisme en partie semblable, mais en partie très différent. C'est le cas des pays d'Asie, au Japon - quoique celui-ci perde de ses spécificités -, mais surtout en Chine, en Inde et chez les autres Tigres. On trouve dans ces pays, liste Patrick Artus, une vigueur du capitalisme familial (Inde) et un retour des Etats et des nationalisations (Chine, Russie, pays producteurs de matières premières). Appuyées sur une épargne profonde, les firmes de ces pays partent à la conquête de l'Ouest. L'issue est donc plus indécise qu'en apparence, car ces économies tirées par leur démographie vont peser d'un poids toujours plus lourd dans l'ensemble global.

 En outre, et surtout, la victoire du capitalisme anglo-saxon sur le front de l'économie n'a pas été suivie sur le front des sociétés. "Oui à l'économie de marché, non à la société de marché" : somme toute, Lionel Jospin a été écouté. Contrairement à la logique "structurante" de l'économie, les institutions étatiques sont demeurées souvent inchangées, tout comme le poids des prélèvements obligatoires ou les normes comme la durée du travail. Le modèle économique est tombé, le modèle social européen s'adapte, innove, mais résiste dans ses principes de solidarité, comme le suggère Jean-Michel Charpin (directeur général de l'Insee), dès lors qu'il sait trouver une efficacité d'ensemble.

 Est-ce seulement une question de temps ? La vieille bagarre entre l'économie (internationale) et la politique (nationale) est renouvelée dans son enjeu, soulignent Catherine Lubochinsky et Jean Pisani-Ferry. Pour éviter les excès du capitalisme anglo-saxon d'abord. Pour conserver une diversité culturelle ensuite, souhaitable pour elle-même, mais aussi nécessaire parce qu'elle est à l'origine des échanges, du progrès et de la croissance. "La dépendance de l'économie postindustrielle vis-à-vis de l'éducation et des talents garantit le besoin du jugement de l'homme et de la créativité dans le travail, de même que la survivance de normes informelles de réciprocité, de confiance et de valeurs partagées entre les travailleurs", écrit Francis Fukuyama dans son intervention à Aix. Sous la contrainte de l'efficacité globale et de la rentabilité financière, les marges de manoeuvre sont encore grandes.

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7 juillet 2007 6 07 /07 /juillet /2007 19:53

 

Le problème de toute la gauche européenne

 Proche de Laurent Fabius, Henri Weber est le spécialiste idéologique du Parti Socialiste. Député européen, secrétaire national du PS, il s’exprimait hier dans Le Monde daté du 6 juillet, cherchant à recadrer la refondation de son parti.

 Sa dernière phrase rappelle, c’est un point essentiel, qu’il sera indispensable de tenir compte des autres partis socialistes européens. Pas de surprise : il n’est pas fait mention de la nécessité de réorienter la construction européenne.

 Voici ce texte que l’on trouve dans la rubrique « Toutes les opinions » en date du 5 juillet sur www.lemonde.fr .

 « Le nouvel âge du Parti Socialiste »

 La refondation n'a que des amis au Parti socialiste, tout le monde s'en réclame et chacun en redemande. Mais que faut-il précisément entendre par là ? La refondation que nous appelons de nos voeux porte à la fois sur les idées, le programme, l'organisation, les pratiques militantes.

 S'agissant des idées, le problème n'est pas de savoir si "le PS veut améliorer la société ou renverser la société", "s'il accepte le marché ou s'il le rejette", comme feint de le croire Alain Duhamel.

 Le PS s'est prononcé, il y a longtemps déjà, pour une économie sociale de marché, régulée par la puissance publique et les partenaires sociaux. Il a fait sien le credo d'Helmut Schmidt : "Le marché autant que possible, l'action de la puissance publique autant que nécessaire." La question à laquelle il se trouve confronté n'est pas "Réforme ou Révolution", mais comment maîtriser et civiliser le nouveau capitalisme.

 La question se pose à toute la gauche socialiste européenne. Elle a appris au XXe siècle à maîtriser et à humaniser un capitalisme national et industriel. Elle est confrontée désormais à un capitalisme mondialisé et dominé par la finance, à une société de plus en plus fragmentée et travaillée par un individualisme désagrégateur.

Les valeurs de la gauche réformiste - égalité, solidarité, justice sociale, liberté, laïcité, internationalisme - conservent toute leur acuité. Il en va de même pour les grands objectifs qui incarnent ces valeurs : une démocratie accomplie, une économie maîtrisée, une société plus humaine ; le socialisme, c'est d'abord et avant tout un idéal de civilisation. Mais les moyens et les politiques permettant de réaliser ces grands objectifs sont à réinventer, aux niveaux national, européen, international. Les idées ne manquent pas, mais elles sont plus faciles à énoncer qu'à réaliser. On le voit avec l'idée d'une Europe-puissance, creuset d'une nouvelle renaissance et levier d'une autre mondialisation, maîtrisée et solidaire.

 S'agissant du programme, le PS doit tenir davantage compte des nouvelles conditions historiques de son action : la nouvelle division internationale du travail, le vieillissement de la population, les mouvements migratoires, le réchauffement de la planète, les effets de l'individualisation sur nos sociétés. On ne peut se contenter de conserver les politiques des années 1980, en augmentant simplement les moyens qui leur sont allouées.

 Nous savons que pour reconquérir le plein-emploi, il vaut mieux spécialiser notre économie, la redéployer vers les industries de pointe et les services à haute valeur ajoutée ; l'orienter vers les grands marchés de l'Asie, en croissance rapide ; mieux former notre jeunesse et notre force de travail.

 Cette modernisation implique, certes, la mobilisation des entrepreneurs, des actionnaires et des managers, mais elle exige aussi celle des salariés. Ceux-ci ne doivent pas être les seuls à payer le coût des adaptations nécessaires. C'est à la collectivité nationale et européenne qu'il appartient d'en mutualiser la charge. Nous devons inventer de nouvelles formes de sécurité sociale, de redistribution des richesses, de services publics. Nous devons promouvoir un nouveau pacte social pour le progrès économique, social, culturel, démocratique de nos pays.

 S'agissant de l'organisation, le PS doit se fixer pour objectif la construction du grand parti réformiste moderne dont la gauche et la France ont besoin : un parti qui rassemblerait à lui seul au moins 35 % des électeurs, comme le font la plupart des partis socialistes européens, et qui assumerait toutes les grandes fonctions du parti leader de la gauche : la défense et la popularisation des valeurs, des représentations, des idéaux de la gauche, car c'est d'abord dans les têtes que se gagnent ou que se perdent les batailles politiques. L'association des citoyens à l'élaboration des décisions qui les concernent, ainsi qu'à leur application et à leur évaluation. La sélection démocratique des candidats à tous les mandats et leur formation. Un tel objectif implique de reconstruire le PS de fond en comble.

 Le PS doit augmenter, féminiser, rajeunir, diversifier son corps militant, resserrer ses liens avec les syndicats, les associations, les intellectuels ; impliquer ses sympathisants dans ses débats et son action au moyen notamment des conventions thématiques et de l'Internet.

 Il doit se donner les moyens d'agir sur la formation de l'opinion publique au lieu de la subir, être un "parti-acteur" et non un "parti-reflet". Dans le nouvel âge de la démocratie dans lequel nous sommes entrés, les partis ne sont pas superflus, ils sont, au contraire, plus nécessaires que jamais, comme vient de l'illustrer la dernière séquence électorale. Mais ils doivent profondément rénover leur mode de fonctionnement et leur façon de faire de la politique.

Tous les partis socialistes, en Europe, réfléchissent à ces questions. Leurs réponses diffèrent selon leurs spécificités nationales, leur culture historique, leurs tropismes idéologiques. La refondation du PS se fera aussi à la lumière de leurs expériences et de leurs innovations.

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6 juillet 2007 5 06 /07 /juillet /2007 21:57

 

L’enjeu climatique justifie de réorienter la politique

 A son niveau de responsabilité, le président de la République prend conscience de la nécessité de réorienter de fond en comble la politique nationale et internationale. C’est la raison pour laquelle il pratique l’ouverture tous azimuts vers celles et ceux qui peuvent l’aider à définir concrètement cette nouvelle politique.

 Ce n’est pas un hasard s’il fait appel à des gens de gauche. C’est parce qu’il en a le plus grand besoin. Hubert Védrine a été chargé de mener une réflexion sur la mondialisation. Dominique Strauss-Kahn est le candidat de la France pour la direction du Fonds Monétaire International. Nous l’apprenons ce soir par une dépêche, en même temps que celle-ci qui porte sur la question du climat et pour laquelle Joseph Stiglitz a été sollicité (Reuters dans www.lemonde.fr).

 « Sarkozy consulte des experts internationaux sur le climat »

« Nicolas Sarkozy a reçu vendredi une dizaine d'experts internationaux, dont le prix Nobel d'économie américain Joseph Stiglitz, pour les consulter sur la lutte contre le réchauffement climatique.

 "Le président leur a demandé leurs conseils les plus pratiques et les plus concrets pour mettre en oeuvre une politique de développement durable, au niveau national comme au niveau international", a déclaré le porte-parole de l'Elysée.

 Selon David Martinon, il leur a fait part de sa volonté de promouvoir une "véritable fiscalité écologique" en Europe et une politique européenne de l'énergie, d'appliquer une TVA réduite aux produits propres et de mettre en oeuvre une politique d'achats publics encourageant les technologies propres.

Laurence Tubiana, directrice de l'Institut du développement durable et des relations internationales, a fait état d'une "convergence générale sur le fait qu'il fallait à la fois développer une réflexion sur les technologies et les partager largement, d'abord en Europe et aussi avec le reste du monde".

 "Il faut certainement agir de façon importante sur la question de la fiscalité écologique mais aussi sur les marchés du carbone, et il faut vraiment engager le mouvement, c'est-à-dire être d'abord exemplaire en France et en Europe, pour pouvoir entraîner les pays émergents", a-t-elle ajouté.

 "DISPONIBILITÉ GÉNÉRALE"

Outre Laurence Tubiana et Joseph Stiglitz, Nicolas Sarkozy avait notamment invité Jemal Dervis, administrateur du Programme des Nations unies pour le développement, Nicholas Stern, conseiller du Premier ministre britannique pour les questions climatiques, et l'ancien président chilien Ricardo Lagos, envoyé spécial du secrétaire général de l'ONU sur le climat.

 Figuraient également parmi ces experts Jeffrey Sachs, économiste américain et conseiller du secrétaire général de l'ONU, David Held, professeur de sciences politiques à la London School of Economics, et Rajendra Pachauri, président du Groupe intergouvernemental d'experts du climat (Giec).

 Nicolas Sarkozy s'est éclipsé peu avant 20h00, un peu moins de trois quarts d'heure après le début de la rencontre et a laissé ses interlocuteurs en compagnie du ministre de l'Ecologie et du Développement durable, Jean-Louis Borloo.

 "Le fait que ça vienne après les élections et qu'il met maintenant sur pied un programme me laisse penser que c'est vraiment sérieux", a cependant estimé Joseph Stiglitz. "Je pense qu'il a compris que c'était une idée qui pouvait réellement transformer nos économies."

 Ricardo Lagos a fait valoir que cela faisait deux fois en moins d'un mois qu'il rencontrait le président français. "Cela montre que le gouvernement français est vraiment engagé" dans lutte contre le réchauffement climatique, a-t-il dit.

 "Je crois qu'il y a une disponibilité générale pour accompagner la France dans cette discussion et faire que, si la France veut vraiment développer cette action, tous les experts sont là pour proposer des idées", a pour sa part déclaré Laurence Tubiana ».

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