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Présentation

  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine à partir, notamment, des idées de Jean-Pierre Chevènement, l'un de ses fondateurs, qui n'est plus membre du MRC depuis 2015. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens (MDC) après les élections de 2002. En 2022, le MRC est devenu membre de la Fédération de la Gauche Républicaine avec quatre autres organisations politiques.
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2 avril 2007 1 02 /04 /avril /2007 18:28

 

Pour tous, du travail et la confiance dans l’avenir

 C’est à Limoges, le 29 mars, en présence de François Hollande, que Ségolène Royal a parlé avec conviction du travail et du lien social, de la lutte contre le chômage et du service public de l’emploi, du respect de la dignité des personnes et de l’espérance dans l’avenir. Voici l’essentiel de ses propos, tels qu’ils sont rapportés sur www.desirsdavenir.org .

 « La valeur travail, c’est d’abord donner du travail à tous, c’est aussi de faire en sorte que le travail soit moins taxé que le capital ».

 « Ségolène Royal annonce ce qu’elle veut : « créer aujourd’hui pour la France de demain : c’est résister et c’est imaginer l’avenir ».

La candidate socialiste évoque «
d’abord la bataille pour le service public. »

« Je vous le dis ici, à Limoges, la République nouvelle que je veux construire, la 6e République, sera la République des services publics garantis. La France neuve que j’appelle, c’est une France qui résiste et qui imagine. Résister, c’est-à-dire maintenir les services publics, imaginer, cela veut dire les réformer.

 Dans le pacte présidentiel que je vous propose, c’est une bataille efficace contre le chômage, et en particulier par la réforme de toutes les aides à l’emploi qui seront désormais confiées aux régions, mais l'État garantira l’égalité entre les différents Territoires. »

« Cette bataille que nous conduirons, nous confierons également aux régions la gestion du service public de l’emploi, parce que ce sont elles désormais qui auront les aides à l’emploi, les aides à la formation professionnelle, et désormais, l’accompagnement individualisé de ceux qui recherchent un emploi. Voilà comment la bataille sera efficace. »

« Ce qui déprime un pays, c’est cela : c’est la peur de l’avenir. Et cette peur de l’avenir, on la sent aujourd’hui à tous les niveaux de la société. »

« Ce sont toutes ces inquiétudes qui dépriment collectivement la France et qui donnent à chacun le sentiment d’être irrésistiblement tiré vers le bas.

 Alors voilà l’enjeu de l’élection présidentielle, c’est d’en finir avec ces inquiétudes, c’est de renouer partout le lien social, c’est de donner à chacun une vision de son avenir, une espérance d’avenir, c’est de garantir partout d’abord que les familles vont bien fonctionner et seront aidées au moment où elles en ont besoin et que les parents vont pouvoir assumer leur autorité parentale, ensuite que l’école va bien marcher et la rentrée scolaire se fera ; après avoir cet été, si les Français me font confiance, rétablir les moyens scolaires et les postes que la droite vient de supprimer. »

 « J’entends bien les objections ici ou là, et peut-être ici, certains d’entre vous se posent aussi ces questions ». On me dit : Mais ce pacte présidentiel coûte cher. Alors, je vous le dis fermement : qu’est-ce qui coûte cher ?

 « Ce qui coûte cher, c’est le chômage ».

 Ce qui coûte cher, c’est la précarité. Ce qui coûte cher, c’est l’échec scolaire. Ce qui coûte cher, c’est toutes les formes d’insécurité. Ce qui coûte cher, c’est de ne pas pouvoir se loger. Ce qui coûte cher, c’est d’avoir peur de l’avenir.

 Ce qui coûte cher, c’est, comme je l’entendais tout à l’heure dans l’entreprise que je vous citais, ce qui coûte cher, c’est comprendre l’inquiétude des petites retraites et des bas salaires, et cette ouvrière qui part à la retraite et qui me dit : « Ça fait 40 ans que je travaille, et je vais partir à la retraite avec une retraite de 600 euros par mois, c’est-à-dire à peine plus que le minimum vieillesse. » Et on viendrait me reprocher de vouloir relever tout de suite les petites retraites et les bas salaires ! Mais ce n’est que justice ! Et non seulement ce n’est que justice, mais c’est aussi un levier de l’efficacité économique. »

Ségolène Royal insiste sur l’importance de « La valeur travail. ça consiste en quoi la valeur travail ? Ça consiste d’abord à lutter contre le chômage. Et quand j’entends le candidat de la droite proposer aux salariés d’avoir le choix de travailler jusqu’à 70 ans alors qu’il y a déjà tant de chômage chez les salariés. Oui, nous n’avons pas la même conception de ce que les uns et les autres nous appelons la valeur travail.

 La valeur travail, c’est d’abord du travail pour  tous.

 La valeur travail, c’est d’abord revaloriser les bas salaires, c’est sécuriser par des contrats durables – et je félicite les jeunes de leur lutte contre le cpe –, la valeur travail, c’est de faire en sorte, une bonne fois pour toutes, la gauche l’a souvent promis et pas vraiment réalisé, et nous devrons le faire, la valeur travail c’est de faire en sorte que le travail soit moins taxé que le capital ».

« La valeur travail, c’est de faire en sorte aussi que toute personne qui retrouve un emploi ne perde pas de revenus par rapport à une personne qui vit des revenus de l’assistance. »

« Dans le pacte présidentiel, il y a le revenu de solidarité active, c’est-à-dire que désormais toute personne qui sort des de revenus de l’assistance et qui retrouve un travail verra également son revenu augmenter, c’est-à-dire pourra garder un certain nombre d’avantages liés à la situation antérieure pour que plus personne ne soit laissé sur le bord de la route, et en particulier pour que tous ceux qui cherchent un travail et qui en retrouvent un ne soient pas découragés. Je ne suis pas favorable à une société de l’assistanat. La gauche, ce n’est pas cela.
La gauche, c’est la dignité du travail. »

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1 avril 2007 7 01 /04 /avril /2007 10:11

 

Les éléments d’une nouvelle politique agricole

 Médecin hospitalier et animateur du Mouvement Républicain et Citoyen (MRC) à Libourne (Gironde), Patrick Nivet organise de temps en temps des débats politiques sur des thèmes spécifiques d’intérêt général. Après la santé, c’était l’agriculture le 16 mars avec deux intervenants, Christopher Derrett, président de la Coordination Rurale 33 (voir l’article du 22 février sur ce blog) et Michel Sorin, délégué national MRC à l’agriculture. Ensuite, le débat a permis à de nombreuses personnes présentes de s’exprimer ou de faire préciser  certains points aux intervenants.

 Patrick NIVET m’avait indiqué par courriel pourquoi il avait choisi ce thème de l’agriculture et ce qu’il attendait de mon exposé « Quelle politique agricole pour que la France reste un pays agricole, tout en protégeant l’environnement, la biodiversité, le climat et en favorisant le développement des pays émergents, pauvres et très pauvres ? », ajoutant qu’il faut « lancer le 21ème siècle sur des bases nouvelles et réalistes ».

 Voici le texte de mon intervention.

 L’évolution de la politique agricole depuis dix ans

 La politique agricole a fortement évolué depuis dix ans en France. On distingue deux périodes correspondant aux deux majorités parlementaires, d’abord de gauche (1997-2002), puis de droite (2002-2007) sous le même président de la République et dans le cadre d’une politique agricole commune (PAC) européenne de plus en plus libérale, c’est-à-dire sous l’influence du Commissaire européen au commerce et des négociations internationales à l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC).

La gauche, de 1997 à 2002

 Les deux ministres de l’agriculture du gouvernement Jospin, Louis Le Pensec puis Jean Glavany, ont cherché à faire évoluer l’agriculture vers une modernisation raisonnable prenant en compte la protection de l’environnement en responsabilisant la profession, par le biais de contrats territoriaux d’exploitation (CTE), afin de préparer les évolutions imposées par la politique européenne.

 C’était l’objet de la loi d’orientation agricole de 1997 qui visait à favoriser la diversité des modes de production et de représentation syndicale des producteurs, en faisant en sorte de maintenir un bon niveau d’installation et de limiter l’agrandissement et la concentration des structures agricoles. Les résultats de cette politique étaient eux-mêmes limités par les orientations libérales données à la PAC par la Commission et le Conseil des ministres à Bruxelles.

 La droite, de 2002 à 2007

 Les gouvernements Raffarin entre 2002 et 2005, puis de Villepin de 2005 à 2007, ont accompagné favorablement les orientations libérales de Bruxelles, en prenant soin de soutenir l’évolution des structures agricoles nationales vers le renforcement des entreprises les plus capables d’être présentes demain (agrandissement des surfaces, concentration des moyens de production), en allégeant les incitations à produire mieux.

 La première mesure était la suppression des CTE et la remise en cause des orientations du gouvernement précédent.

 La loi d’orientation de 2005 se limitait à des mesures de libéralisation des structures afin d’adapter l’agriculture française aux décisions européennes, même si le gouvernement faisait semblant d’être en désaccord avec la nouvelle réforme des mécanismes de la PAC en 2003 (découplage des aides publiques par rapport aux productions des exploitations, sous la pression des négociateurs européens à l’OMC).

 La mise en œuvre nationale de la réforme de la PAC en ce qui concerne les aides publiques (droits à paiement unique par exploitation) a clairement montré la volonté du gouvernement de favoriser la rente et les avantages acquis par les agriculteurs, sans tenir compte de leurs efforts pour adopter des systèmes de production plus économes en énergie et plus protecteurs de l’environnement.

 Le seul point positif peut être porté au crédit du président Chirac. Il s’est opposé aux offensives des gouvernements les plus libéraux, notamment britannique, bien décidés à réduire le budget de la PAC et accepter la baisse supplémentaire des droits de douane européens, proposée par le commissaire européen au commerce, Peter Mandelson, en réponse aux sollicitations des pays les plus libéraux, le Brésil notamment, dans le cadre des négociations à l’OMC (ce que les USA eux-mêmes ne sont pas décidés à faire, par peur de pénaliser leurs agriculteurs).

 Regards sur les chiffres récents de l’agriculture française 

 La France reste un pays agricole, le second au monde après les USA. A l’occasion du Salon de l’agriculture à Paris, j’ai présenté le 3 mars dernier sur mon blog http://mrc53.over-blog.com (catégorie « Agriculture et PAC ») l’évolution des comptes de l’agriculture française, à partir des données rassemblées par Lucien Bourgeois, responsable du Service des études économiques et de la prospective à l’Assemblée Permanente des Chambres d’Agriculture. Que peut-on en retenir ?

L’évolution depuis dix ans

 - Le revenu agricole moyen s’est éloigné depuis 1999 du revenu disponible moyen par habitant. Il a baissé de 30% entre 1999 et 2005, puis a remonté de 15% sur la seule année 2006, grâce à une conjoncture favorable en productions végétales (blé, maïs) au niveau des prix mondiaux (développement  des biocarburants aux USA et au Brésil).

 - La viticulture a tiré le revenu agricole vers le bas depuis 1998 (auparavant, elle le tirait vers le haut depuis 1990). C’était le seul secteur en crise en 2006.

 - Les disparités de revenu entre les exploitations selon les productions (végétales, animales…) se sont réduites depuis 1998, parallèlement à la baisse du revenu moyen.

 - L’emploi agricole (salarié et non salarié) a moins baissé depuis 1998 mais sa diminution avait été très forte : 3,3 millions en 1960, 1 million de moins en 1973, 1 million de moins en 1992, pour atteindre 870 000 (dont 596 000 agriculteurs non salariés) en 2005.

 La part des actifs agricoles dans l’ensemble des actifs a été ramenée à 2,5% en 2005.

 - Le nombre d’exploitations a été ramené à 400 000 vraiment dirigées par des agriculteurs, à 500 000 au total. En prolongeant la tendance, ce sera moins de 300 000 dans 20 ans.

 La productivité du travail a presque triplé de 1980 (indice 100) à 2006 (indice 262).

 - Les aides publiques (9,8 milliards € en 2005) font plus de 80% du revenu net agricole en 2005. Elles ont servi à renouveler les équipements et matériels des exploitations.

 - Les excédents agroalimentaires proviennent essentiellement des secteurs viticole et céréalier, avec un poids relatif de plus en plus important en faveur des vins et spiritueux.

 Les cinq points à retenir de l’agriculture française en 2006

 Dans sa communication à l’Académie d’agriculture, dont il est membre, Lucien Bourgeois a retenu cinq points essentiels dans l’évolution de l’agriculture française en 2006.

 - Les productions végétales ont bénéficié d’un sursaut conjoncturel dû à l’opportunité énergétique. Il y aurait intérêt à mieux coordonner les politiques des céréales  et celles de l’élevage en France et à surveiller l’équilibre entre production et consommation, qui est fragile et peut évoluer vite.

 - La viticulture est désormais l’atout majeur de la compétitivité de l’agriculture française sur les marchés extérieurs, malgré la crise. Cela prouve qu’il est possible d’augmenter la valeur ajoutée et la compétitivité sans augmenter les volumes produits.

 - Le système d’aides incite à la fuite en avant vers l’agrandissement des exploitations, ce qui risque de conduire à l’extensification des systèmes de production et à faire des agriculteurs des producteurs de matières premières.

 - La remontée des cours en viande bovine est la conséquence de la crise de l’ESB (« vache folle ») et de la restructuration des troupeaux laitiers, qui sont des phénomènes conjoncturels.

 A l’avenir, le maintien de cours à ce niveau nécessitera de se protéger des importations, ce qui suppose une relance de la politique européenne.

 - Les aides de la politique agricole servent à l’investissement dans la modernisation de l’outil de production, ce qui permet à celui-ci de fournir un produit au moindre coût aux industries agroalimentaires et de faire travailler de nombreuses PME (équipements, matériels) réparties sur tout le territoire.

 Les éléments d’une nouvelle politique agricole

 L‘existence même d’une politique agricole est liée à la réorientation de la politique européenne. La PAC doit cesser d’être complètement dépendante des options de négociation à l’OMC.

 Il faut la refonder sur la base de principes et d’objectifs qui correspondent aux réalités de notre temps. Les principes fondateurs de la PAC, en 1962, étaient la libre circulation des produits agricoles au sein de l’espace européen, la protection aux frontières et la solidarité financière.

 Jusqu’au début des années 1980, l’agriculture était considérée à part dans les négociations internationales, en raison de son caractère stratégique (sa fonction nourricière pour les populations). C’est ce qui justifiait l’intervention publique et l’existence de politiques agricoles au niveau de chaque pays ou groupe de pays (PAC).

 Primauté du libre-échange et dérégulation depuis vingt ans

 Sous l’influence des thèses néo-libérales, les USA et la CEE ont obtenu en 1986 que l’agriculture soit intégrée dans les négociations commerciales internationales (au GATT, structure de négociation entre pays, créée en 1947 pour réduire les barrières tarifaires) dont le but était de libéraliser les échanges.

 Peu à peu, le libre-échange a été imposé comme étant le moyen de favoriser la croissance mondiale. Il s’agissait, en fait, de créer les conditions favorables pour que les entreprises multinationales développent leurs activités et leurs profits, les Etats acceptant d’ouvrir les frontières et d’abolir les règles protégeant les économies nationales.

 En agriculture, cela signifiait le démantèlement des politiques agricoles et l’alignement des prix des produits sur les cours mondiaux.

 Au sein de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC), qui a succédé au GATT en 1995, les politiques agricoles ont été le principal sujet de discorde, à l’initiative de certains pays émergents (le Brésil, notamment) qui préconisent la plus grande libéralisation, car cela correspond à leurs intérêts, du moins ceux des firmes qui y sont implantées, attirées par les bas coûts de production et les grands espaces agricoles sous un climat et avec des sols très favorables à la production. L’Europe et les USA, qui ont conservé des politiques agricoles afin de protéger les revenus de leurs agriculteurs, ont été placés sur la défensive. Les pays réellement pauvres, quant à eux, ont compté les points, mais ils ont commencé à s’organiser.

Tenir compte d’abord des besoins des populations et organiser la régulation des échanges

 La politique européenne ne doit pas consister à sacrifier son agriculture pour satisfaire les appétits de libéralisation, que ce soit pour des raisons économiques ou idéologiques.

 Elle doit viser à éviter les distorsions de concurrence commerciale en supprimant complètement les subventions aux exportations, certes, mais aussi en protégeant l’espace européen par les moyens les plus divers et les mieux adaptés, tenant compte des conditions sociales et environnementales de production dans les pays exportateurs. Cela nécessitera la mise en place d’un nouveau système régulateur au niveau mondial, dans une logique opposée à celle qui prévaut actuellement.

 Une nouvelle priorité : la sécurité alimentaire

 Car la priorité n’est pas le libre-échange mais la sécurité (en quantité et en qualité) de l’approvisionnement alimentaire des Européens, ce qui suppose de reconnaître à tous les pays du monde le même droit à la souveraineté alimentaire.

 Cette priorité alimentaire passe par des prix à la production suffisants pour permettre aux paysans de mettre sur le marché des produits correspondant à la demande des consommateurs. Il est de la responsabilité des pouvoirs publics de veiller à ce que la valeur ajoutée soit répartie équitablement sur l’ensemble des filières agricoles et alimentaires.

 Des aides publiques plafonnées et réorientées

 Au fil du temps et des réformes de la PAC, les aides publiques aux agriculteurs ont pris une part trop importante dans les revenus agricoles. Elles devront  être plafonnées par exploitation et réorientées vers les petites et moyennes exploitations, en lien avec des objectifs sociaux et territoriaux définis à l’échelon régional ou inter-régional. Le dispositif actuel de répartition des aides n’est plus adapté et doit être corrigé afin de le rendre plus juste et plus en rapport avec les types d’agriculture à promouvoir.

 Une agriculture intensive, économe et écologique

 La seconde priorité sera dans la prise en compte de la question de l’eau et des problématiques environnementales. L’agriculture devra être plus économe, remplacer progressivement la chimie et l’énergie par l’écologie et les sciences, sans cesser d’être intensive. Car elle devra être suffisamment productive pour relever le défi alimentaire à l’échelle de la planète.

 La demande alimentaire va doubler dans les 40 prochaines années, sous l’effet de l’augmentation de la population (de 6 à 9 milliards d’humains) et du relèvement du pouvoir d’achat, notamment dans les pays asiatiques qui, à eux seuls, absorberont la moitié de la croissance démographique et une part importante de l’augmentation du niveau de vie et, donc, de la demande en viande, qui nécessite davantage de productions végétales.

 Nourrir une planète marquée par d’énormes disparités

 Certains pays (Amérique du sud et même du nord) pourront exporter des denrées de base. D’autres, comme la France et l’Europe, seront mieux placés pour exporter des produits agroalimentaires élaborés. Si la priorité est de nourrir la planète, en commençant par les 850 millions les plus sous-alimentés et les deux milliards de mal nourris, il sera nécessaire de prendre des mesures économiques et sociales adaptées aux situations locales et régionales très diversifiées. Car, des différences énormes existent entre les agricultures du monde, entre les grandes exploitations d’Amérique du sud, les petites exploitations d’Afrique de l’ouest et les microparcelles de la Chine côtière.

 Une politique agricole et alimentaire, environnementale et rurale

 Une approche globale tenant compte des besoins des populations dans leur diversité est indispensable. Les politiques agricoles ont leur pleine justification, à condition d’être aussi alimentaires, environnementales et rurales. La notion de santé publique intervient aussi dans les aspects alimentaires et environnementaux.

 Comment, dans ces conditions, les pouvoirs publics pourraient-ils faire une fixation sur la libéralisation des échanges ? Celle-ci est, certes, un élément favorable au développement du commerce mais il est étonnant que les pouvoirs politiques se soient laissé convaincre que le libre-échange est devenu la chose la plus importante, au point de ne plus exercer leurs propres responsabilités vis-à-vis des populations qu’ils ont en charge. Désormais, la volonté politique ne doit plus quitter les responsables publics, car la tache est immense.

 Deux questions, pour terminer : les Organismes génétiquement modifiés et les biocarburants.

 OGM : stopper le plein champ, évaluer ce qui existe, décider dans la clarté

 Les plantes OGM ne sont pas indispensables, du moins celles que les firmes multinationales veulent imposer sur le marché afin de vendre leurs produits chimiques et s’assurer la maîtrise de la production des semences, par le biais des brevets.

 L’amélioration des plantes et le traitement contre les maladies et ravageurs passent  par l’écologie scientifique et la lutte intégrée biologique, comme la Recherche agronomique commence à le montrer avec succès.

 La preuve n’a pas été faite que les plantes OGM soient inoffensives pour la santé et l’environnement. Certaines études, qui n’ont pu être conduites à leur terme, tendent à mettre en évidence des effets significatifs sur leurs organes de la consommation de maïs transgénique par des rats.

 Il faut que les pouvoirs publics s’engagent à fond dans les recherches scientifiques. Des effets positifs pourraient venir du transfert de certains gènes qui apportent des fonctions utiles, par exemple pour aider les plantes à mieux résister à la sécheresse et à la salinité des sols.

 Les gouvernements français, depuis 2002, ont très mal géré cette question des OGM, suscitant des actions d’arrachage illégales dont le but est d’alerter l’opinion publique sur ce qui est un vrai problème de société. Le prochain gouvernement devra mettre à plat le dossier OGM dans tous ses aspects, arrêter les cultures en plein champ, le temps d’organiser un débat public précédant des décisions d’intérêt général.

 Production de carburants issus de la biomasse

 L’agriculture doit prendre sa part des mesures à prendre pour relever le défi énergétique, en rapport avec la question du réchauffement climatique.

 La première mesure concerne les économies d’énergie indispensables (choix de systèmes de production moins gourmands en énergie et de circuits économiques courts, par exemple).

La seconde passe par des diminutions de consommation d’énergie d’origine fossile dégageant dans l’atmosphère des gaz à effet de serre.

 L’utilisation d’huiles végétales par les tracteurs semble possible. Que faut-il penser des biocarburants se substituant à l’essence ou au gazole dans les voitures ? Tout dépend de la matière première. Avec la canne à sucre, le rendement énergétique est bon. Il n’en est pas de même en Europe avec le sucre de betterave et les céréales (bioéthanol, se substituant à l’essence) et les matières grasses végétales (diester se substituant au gazole).

 Le bilan énergétique du bioéthanol est franchement mauvais, celui du diester pas très bon. Il en de même sur le plan économique (140 dollars le baril pour équilibrer sans aides publiques dans le cas du bioéthanol, 85 dollars dans le cas du diester). 

D’autre part, la multiplication des surfaces cultivées en colza nécessiterait l’utilisation de produits antiparasitaires polluants et ces surfaces entreraient en concurrence avec celles utilisées pour répondre à la demande alimentaire, d’autant plus que les surfaces agricoles se réduisent vite, par ailleurs, sous l’effet de l’avancée urbaine. 

En fait, si les biocarburants actuels ne semblent pas ouvrir de grandes perspectives, la recherche concernant la transformation industrielle de la biomasse (déchets du bois, pailles…) en carburant pourrait déboucher sur des résultats plus positifs.  

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31 mars 2007 6 31 /03 /mars /2007 17:30

 

Une femme libre et créative, volontaire et réactive

 A trois semaines de l’échéance, Ségolène Royal a ressenti le besoin d’innover en lançant un nouveau projet de contrat pour les jeunes qui sortent à 16 ans du système scolaire. Elle précise son approche originale de la politique sociale et il est clair que, proche du but, elle va insister sur ce qui la différencie à la fois de la droite et du centre, afin de solliciter l’électorat de gauche et faire sortir de leur tanière les sceptiques de la politique qui ont tendance à penser que tout se vaut et que le vote est sans enjeu réel.

 Ci-après, deux articles de presse, l’un d’une femme, Myriam Lévy, dans Le Figaro (31 mars) qui accompagne la candidate dans sa campagne et écrit à chaud, l’autre d’un homme, Renaud Dely, dans Libération (28 mars) qui commente la démarche de la candidate et analyse à froid ses orientations.

 D’abord, un extrait de l’article de Myriam Lévy.

 « Ségolène Royal revient sur le terrain social »

 « La candidate a proposé un nouveau contrat aidé pour les jeunes non qualifiés dans l'artisanat et le petit commerce.  

CE SERA le « contrat première chance ». Par opposition, bien sûr au contrat première embauche, le CPE tant décrié par la gauche, auquel Jacques Chirac renonçait il y a un an jour pour jour, le 31 mars 2006.

 Hier, Royal fêtait cet enterrement à Clermont-Ferrand, en tenant meeting dans un lieu pour jeunes : le B Box, plus grande boîte de nuit monosalle d'Europe, qui peut accueillir 3 500 personnes.

 Mais c'est dans la petite salle des fêtes de la mairie de Guéret qu'elle a énoncé sa proposition de nouveau contrat aidé pour les jeunes sans qualification. Une façon aussi, pour elle, de s'échapper du débat sur la sécurité. Un contrat qui s'ajoute aux 500 000 emplois-tremplins de six mois pour les jeunes qualifiés - qu'elle a déjà prévu de créer dans les entreprises et les associations. Le « contrat première chance », une expression employée par l'entourage de la candidate, concernera les entreprises de l'artisanat et du commerce, c'est-à-dire les très petites entreprises (TPE, moins de dix salariés).

 « Il y a, d'un côté, 500 000 offres d'emploi » qui ne trouvent pas preneur dans le commerce et de l'artisanat (bâtiment, restauration, ­ser­vice...) « et de l'autre, 190 000 jeunes qui sortent chaque année du système scolaire sans qualification. » Pendant un an, ces jeunes seront payés à un niveau qui sera « à négocier localement », salaires et charges étant pris en charge par l'État et les régions, qui piloteront l'expérience et apporteront un appui en formation, notamment sous la forme de tutorat.

 Plaidoyer pour le service public

 Royal se réclame du parrainage de Jacques Delors, et de sa proposition de « Chantier national pour les jeunes sans qualification ». « En contrepartie, je demanderai aux artisans et aux commerçants de respecter ces jeunes, de ne pas leur confier que des tâches d'exécution, car ils sont parfois découragés par les tâches qu'on leur donne » et, « si le jeune fait ses preuves, qu'on peut lui faire confiance, je demanderai à l'artisan de le recruter sur un emploi stable et durable », dit-elle, sans pouvoir préciser comment elle fera » (…).

 

Renaud Dely accompagne son titre du commentaire suivant « Ségolène Royal prône le social «sur mesure» et s'émancipe des dogmes socialistes ».

 « Le discours d'une autre méthode »

 « A moins de trois semaines de l'échéance, Ségolène Royal garde son cap mais accélère. Elle tente de donner le rythme de la fin de campagne. A l'automne, c'est parce qu'elle assurait le tempo des débats qu'elle avait pris l'ascendant sur Nicolas Sarkozy. L'ex-ministre de l'Intérieur a repris la main à compter du congrès de l'UMP, mi-janvier. Puis, la frénésie Bayrou est venue perturber la joute élyséenne. Cette fièvre centriste quelque peu retombée, Ségolène Royal cherche à la fois la bonne distance vis-à-vis de son camp et la bonne hauteur de vue par rapport aux Français pour conforter sa dimension présidentielle.

 C'est cette démarche qu'elle s'efforce de mettre en oeuvre tout au long de l'entretien qu'elle a accordé hier à Libération.  «L'identité» républicaine contre le «nationalisme» de la droite, «l'unité nationale» opposée au «communautarisme» d'un Nicolas Sarkozy «dangereux» parce que porteur de troubles dans les banlieues : Ségolène Royal met l'accent sur les valeurs et se veut candidate des sécurités, de toutes les sécurités, qu'elles soient sociale, civile, policière, etc.

 Cultivant son credo de «l'ordre juste», la présidente de la région Poitou-Charentes se penche en priorité sur le sort des classes populaires dont elle sait le rôle décisif pour l'issue du scrutin. Une leçon de plus du 21 avril 2002, la campagne de Lionel Jospin étant érigée en antimodèle dans tous les domaines.

 Pour reconquérir ces catégories défavorisées qui avaient fait défaut à l'ancien Premier ministre, Ségolène Royal avance des solutions qui se veulent synthèse de la première et de la deuxième gauche, et respectueuses d'une négociation sociale qu'elle rêve appuyée sur un «syndicalisme de masse». Surtout, elle plaide pour une nouvelle méthode, celle d'une politique sociale qui fait du «sur mesure» pour recoudre les fractures d'une société émiettée au sortir de douze ans de chiraquisme, un bilan dont elle veut faire supporter le fardeau au candidat de l'UMP.

 Pas de trace de «nous», du PS et de ses éléphants, c'est une femme à la fois seule, «libre» et «responsable» qui s'exprime pour nouer un lien direct avec les Français. L'attitude n'est pas sans s'inspirer de la tradition plébiscitaire gaullienne. Elle la conduit à s'émanciper des dogmes socialistes. Foin de ce qu'elle considère comme des «tabous» de la gauche, Royal refuse, presque par réflexe, de se plier à l'orthodoxie du PS sur l'école, le travail ou l'entreprise. A coups d'études d'opinion, elle s'est convaincue qu'elle a tout à gagner à décoiffer les siens. Car elle reste certaine de les retrouver au second tour contre Sarkozy.

 Pour rassembler large face à l'épouvantail de l'UMP, Royal cultive donc une «force tranquille» toute mitterrandienne testée lors des coups de vent traversés par sa campagne. Lors de la compétition interne, elle avait habilement joué de la victimisation pour surligner les critiques de Strauss-Kahn et Fabius.

 Là encore, elle pense avoir trop encaissé, enduré, subi de chausse-trapes et de moqueries pour ne pas espérer un ultime mouvement de sympathie en sa faveur. A ce titre, l'abjuration d'Eric Besson fait figure de cas d'école et semble trop grosse pour être parfaitement honnête. Voilà l'ex-dirigeant PS rallié à Nicolas Sarkozy pour faire barrage à la candidate du parti qui l'a fait élire député : un signe de plus qu'au moment du sprint, tous les moyens sont bons à la droite pour faire barrage à Royal ».

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30 mars 2007 5 30 /03 /mars /2007 15:23

 

La France, la Révolution, la République…

 

Remercions Xavier Dumoulin qui, sur son « blog citoyen, socialiste et républicain pour 2007 » sr07, éclaire l’actualité présidentielle par des notes historiques. C’était doublement le cas le 28 mars avec une référence à l’origine du choix des trois couleurs du drapeau national et avec une citation de Jaurès à propos de la continuité entre la France, la Révolution, la République et… demain, le socialisme !

 Acceptons-en l’augure, même si l’horizon actuel est le capitalisme techno-financier et des politiques néo-libérales qui mettent en cause les fondements même de la République.

 « Le mystère de l’histoire d’un symbole : les trois couleurs »

 « Selon Raoul Girardet, la version la plus communément admise fait naître l'emblème tricolore le 17 juillet 1789. Trois jours après "la prise de la Bastille", Louis XVI, reçu à Paris, à l'Hôtel de ville, par son maire, Bailly, aurait, à la demande de ce dernier, coiffé son chapeau habillé d'un ruban bleu et rouge - couleurs de Paris - aux cotés de la cocarde blanche. 

 L'emblème aux trois couleurs serait apparu quelques jours plus tôt. Le commandant de la nouvelle garde nationale, La Fayette, aurait uni le blanc de l'uniforme des gardes françaises, ralliées au mouvement insurrectionnel, au bleu et au rouge de la milice parisienne. Le blanc n'était pas la couleur royale mais celle de la marque distinctive du commandement militaire : la cornette blanche.

 La nouvelle cocarde pouvait légitimement apparaître comme un symbole d'alliance et de concorde. "Tout se passe en somme comme si, dans ce moment décisif de l'histoire de l'idée de nation, celle-ci exigeait une représentation visuelle, un signe tangible d'identité et de reconnaissance". Un décret du 15 février 1794 précise que "le pavillon national sera formé de trois couleurs nationales disposées en trois bandes égales, posées verticalement de manière que le bleu soit attaché à la gauche du pavillon, le blanc au milieu et le rouge flottant dans les airs".

 Après l'arrestation du souverain, le drapeau blanc trouva sa place à la tête de l'insurrection vendéenne et des volontaires de l'armée des princes. C'est en 1830, à la chute de Charles X, que la nouveau roi, Louis Philippe , décrète à nouveau : "La nation reprend ses couleurs. Il ne sera plus porté d'autre cocarde que la cocarde tricolore". Eugène Pottier, le futur auteur de l'Internationale, chante la résurrection du " drapeau de la Liberté".

 En 1848, le 25 février, le drapeau rouge flotte au dessus de l'Hôtel de ville parisien, mais Lamartine s'opposa de toutes ses forces, avec succès, à ce que l'on changeât le drapeau tricolore. Sous la commune de Paris, le drapeau rouge fut à nouveau hissé sur le fronton de l'Hôtel de ville. En 1873, le comte de Chambord échoua pour avoir conditionné son retour au rétablissement du drapeau blanc. Cette exigence était devenue insoutenable, même pour l'extrême droite de l'époque.

 Sous la III° République, le drapeau tricolore redevenait celui de la réconciliation entre la fidélité à 1789, "face aux ultimes tentatives des tenants du droit divin", et aux principes de stabilité, d'équilibre et de continuité. Les socialistes, sous l'influence de Jean Jaurès, ont adopté les symboles de la République, repris par le Front Populaire. Les résistants et les forces politiques de la Libération devaient manifester le plus grand attachement à ces symboles, renouant avec le patriotisme républicain.

 Depuis les années 1980, avec la montée du FN, d'aucuns rechignent à exalter les vertus du patriotisme républicain, laissant le terrain à Le Pen et à ses émules. Quel abandon ! Loin d'être une idée saugrenue, la défense des symboles républicains constitue une pièce importante d'un dispositif de reconquête de l'identité républicaine qui appartient au Peuple français ».

 Xavier DUMOULIN d'après Raoul Girardet dans " Les lieux de mémoire", Quarto Gallimard, 1997.

Jean Jaurès : « Le socialisme suppose la France : il suppose la République »

 « Le socialisme suppose la France : il suppose la République. Et de même que Blanqui disait à l'heure de l'invasion avec un admirable cri de détresse «  Que deviendrons-nous si nous n'avions pas de patrie ? », nous, nous redisons sans cesse : «  Que deviendrait donc le socialisme s'il n'y avait plus de France ? »

 Le Parti socialiste ne sera jamais tenté de commettre l'erreur funeste de ceux qui séparent la question sociale de la question politique. Il n'y a de justice sociale que par la liberté républicaine. Défendre la patrie et la République est pour nous tous le premier article de la charte socialiste.

 Ni l'Angleterre, ni l'Allemagne n'ont, dans leur passé, une République démocratique comme celle qui fut proclamée en France en 1792. Au contraire, en France, le seul mot de République, tout plein de rêves grandioses des premières générations républicaines, contient à lui seul toutes les promesses d'égalité fraternelle.

 Il se peut qu'un jour prochain le vrai Parti des républicains, celui qui ne se borne point à accepter la République comme un fait accompli et inévitable, mais comme la force nécessaire du droit, soit amené à se déclarer tout entier Parti socialiste républicain. Il se peut que la République française s'appelle bientôt dans le monde une République socialiste. Pour ma part, je le désire et je le crois, car la Révolution française contient le socialisme tout entier. »

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29 mars 2007 4 29 /03 /mars /2007 14:22

 

Les couches populaires feront la décision

Dans Marianne2007.info, paru hier, Jean-Pierre Chevènement s’exprime clairement sur les questions qui font l’actualité de la campagne électorale (la nation, l’identité nationale, l’immigration, les sans-papiers) mais aussi sur sa place dans cette campagne. Il rappelle que la nation est le lieu de la solidarité et que le nationalisme est une maladie de la nation. Il souligne que la question de l’identité nationale est posée à tous, y compris les élites (très liées à la mondialisation) et l’extrême gauche (en froid avec l’idée républicaine).

 Marianne2007.info : Les propos de Ségolène Royal sur la nation, la marseillaise et le drapeau tricolore suscitent la polémique. Comment l'expliquez-vous?

Jean-Pierre Chevènement : Il semble que beaucoup de gens confondent la nation et le nationalisme. Ça n'a rien à voir. Le nationalisme est une maladie de la nation. Mais la nation, c'est le cadre de la démocratie, c'est une communauté de citoyens, c'est une conquête de la Révolution française. « Vive la nation ! », c'est le cri de Valmy. La nation est quelque chose de parfaitement sain, comme le patriotisme. Car la nation n'est pas seulement le lieu de la démocratie, c'est aussi le lieu de la solidarité. La sécurité sociale par exemple, c'est dans le cadre de la nation.

 Par conséquent, (…) nous considérons que la République doit permettre l'expression de la volonté nationale et populaire. Ne pas comprendre cela, c'est faire une grave erreur, et c'est confondre la nation avec le détournement qui en a été fait par la droite et l'extrême droite au cours de l'histoire.

 Mais je rappelle que dans les grands moments de notre histoire, la gauche a su reconquérir l'héritage de la nation : pendant la résistance, à la libération. Il y a une conception républicaine de la nation qu'on ne doit pas confondre avec les déviations nationalistes, ou avec les conceptions que peuvent en avoir M. Sarkozy ou M. Le Pen. Car ce sont des conceptions inégalitaires de la nation. Le propre du patriotisme républicain est de faire appel à la valeur d'égalité. Ségolène Royal est pour une égalité réelle, à travers notamment un effort accru pour l'éducation.

 M. Sarkozy est un libéral. Le libéralisme est une idéologie de l'inégalité, qui laisse croître les écarts et qui, au contraire, considère que c'est parfaitement sain. Quant à M. Le Pen, je n'ai pas besoin de développer davantage : la xénophobie, par définition, est une idéologie inégalitaire. Il en va tout à fait autrement du patriotisme républicain.

Ségolène Royal avait déjà parlé de nation. Mais pourquoi insister sur ce sujet juste après la proposition de Nicolas Sarkozy de créer un ministère de l'immigration et de l'identité nationale ? Ne risque-t-elle pas de donner l'impression de suivre, et de ne pas imposer ses thèmes ?

Au contraire, c'est une manière de marquer une différence essentielle. M. Sarkozy peut bien parler de l'identité nationale, c'est un vrai sujet. Mais ce qui est gravement critiquable dans sa proposition de créer un ministère de l'immigration et de l'identité nationale c'est le « et », la proposition de coordination. Ça n'a rien à voir. Le problème de l'identité nationale, s'il se pose pour les immigrés, se pose aussi pour les autres, notamment pour nos élites, dont on pourrait dire qu'historiquement elles ont failli. Je rappelle les années 30 : « plutôt Hitler que le Front populaire », la collaboration, l'acceptation de la défaite. Et aujourd'hui nos élites sont très multinationalisées. Regardez nos grandes entreprises qui (…) réalisent beaucoup plus leurs bénéfices à l'étranger qu'en France. Et on ne peut pas dire qu'elles manifestent beaucoup de patriotisme économique. (…)

La gauche de la gauche demande à Ségolène Royal de ne pas oublier l'emploi, le logement, l'école, au lieu de parler de la nation. Qu'avez-vous à leur répondre ?

Ségolène Royal n'oublie ni l'emploi, ni l'école, ni le logement. Tout cela figure dans ses propositions. Ce que l'extrême gauche oublie trop souvent, c'est la République. Elle ne la comprend pas. C'est le legs de l'histoire, depuis la Commune. Elle est viscéralement hostile à l'idée républicaine. Ce faisant elle se condamne à l'impuissance.

Est-ce qu'il existe, selon vous, une crise de l'identité nationale ?

Bien sûr qu'il y a une crise nationale en France. Mais qui se superpose à la crise sociale. Elle tient aux difficultés que nous affrontons dans la mondialisation (…), aux asymétries qui existent : dans les écarts de rémunération entre pays (…), avec le dollar, qui permet aux Etats-Unis d'avoir une croissance supérieure à la nôtre. (…) Cette mondialisation inquiète. On a le sentiment que notre tissu industriel fout le camp. Il y a une crise sociale qui est aussi une crise nationale. (…) La France marche aux projets. Aujourd'hui dans la mondialisation, son vrai projet serait une Europe redressée, qui saurait faire reculer le chômage, préserver l'industrie. Mais nous sommes loin de cette Europe qu'il faut redresser. D'où d'ailleurs les propositions que fait Ségolène Royal, en application des accords que nous avons passés, pour par exemple introduire la mention de la croissance et de l'emploi dans les statuts de la Banque centrale européenne ; d'où la volonté qu'on prenne les aspects sociaux et environnementaux dans les règles du commerce international ; d'où le souci d'harmonisation fiscale et sociale à l'échelle européenne ; d'où la proposition d'un gouvernement économique de la zone euro.

Mais cette crise sociale a-t-elle des conséquences sur l'identité nationale et sa conception ?

Bien évidemment. Parce que la France est une nation qui se définit politiquement. Donc quand ça va mal socialement, elle s'interroge sur ce qu'elle devient et sur son projet. Donc le projet de la France mérite d'être clarifié aujourd'hui. On l'a vu avec le référendum du 29 mai 2005, avec une majorité de « non » à près de 55%.

La question des sans-papiers est revenue sur le devant de la scène politique. Ségolène Royal s'est prononcée dimanche pour une régularisation des parents et grands-parents d'enfants scolarisés en France. Lundi, elle parlait d'étudier les situations au cas par cas. Y a-t-il une sorte d'hésitation en la matière ?

Non, il n'y a pas d'hésitation. Il faut toujours partir des réalités. La réalité c'est qu'il y a un vide juridique. D'une part, l'école accueille tous les enfants résidant en France sans contrôler la nationalité de leurs parents, ou leur situation régulière ou non. Donc tous les enfants sont accueillis à l'école publique. C'est une règle à préserver. Mais en même temps cette attitude ouverte, cet accueil de tous les enfants peut favoriser les filières d'immigration clandestine. (…).

 Donc on peut, en inscrivant ses enfants à l'école, se trouver dans la situation de parents d'enfants scolarisés mais en situation irrégulière. A ce moment-là, il faut quand même un examen précis. Ségolène Royal préconise une régularisation sur critères d'intégration, comme la gauche l'a toujours fait (…). [Sur les parents d'enfants scolarisés non régularisables], on peut adopter une attitude souple, c'est-à-dire attendre au moins la fin de l'année pour leur manifester que leur présence sur le territoire national n'est pas légale, qu'ils doivent par conséquent retrouver leur pays d'origine et le cas échéant faire l'objet d'une reconduite.

Est-ce que le débat sur l'immigration et l'identité nationale peut faire monter, selon vous, le Front national ?

C'est le lien entre ces deux questions qui peut faire monter l'extrême droite. Au contraire, si on distingue, le problème de l'identité nationale – qui doit être réaffirmé, mais avec un projet clair, celui d'une Europe réorientée (…) – et l'immigration, [ce ne sera pas le cas]. Sinon, cet amalgame ne peut servir que l'extrême droite.

Parlons de votre place dans la campagne. On vous dit écouté par Ségolène Royal. Lui avez-vous soufflé le thème de la nation ?

Elle n'a pas eu besoin que je lui souffle le thème de la nation. Elle en avait déjà parlé il y a quelques mois, et ça lui avait valu de vives critiques au sein du PS. (…) La conception de Ségolène Royal, c'est la nation républicaine, la communauté de citoyens, sans distinction d'origine.

Après 2002, beaucoup, au Parti socialiste, vous en voulaient. Aujourd'hui, votre retour en grâce fait-il grincer des dents au PS ?

Demandez-le à ceux dont les dents grincent. Mais ne le demandez pas à moi. Naturellement, il faut faire l'analyse de la gauche plurielle. De ses réussites et de ses insuffisances. Et il faut faire une analyse correcte du 21 avril 2002. Il y avait quand même 19 millions de voix dans l'abstention, le vote nul ou les votes extrêmes. L'électorat populaire n'avait pas été au rendez-vous, concernant le candidat socialiste, car il avait recueilli 11 ou 13 % des voix d'ouvriers ou d'employés. Donc il y avait un problème et c'est ce problème que Ségolène Royal a justement pointé en disant que ce sont les couches populaires qui feront la décision dans cette élection présidentielle.

Mercredi 28 Mars 2007

Propos recueillis par François Vignal - Source : http://www.marianne2007.info

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28 mars 2007 3 28 /03 /mars /2007 10:51

 

La culture, une force émancipatrice qui doit être partout

 Lundi, à Nantes, c’était le jour de la culture dans le programme de campagne de Ségolène Royal. En fait, elle n’a pas voulu développer l’ensemble de son programme culturel (elle renvoie aux quatre pages d’entretien dans les Inrockuptibles, 13 mars). J’emprunte le compte rendu de cette séquence de la campagne au blog http://desirsdavenir86000.over-blog.net 

 "Je veux que la culture soit partout", a-t-elle lancé dans la grande salle du Lieu unique, "symbole des combats ouvriers contre la fermeture de l'usine (Lu)". "Je ne veux pas que la culture soit considérée seulement comme un ministère".

 Elle commence donc par évoquer le "réchauffement planétaire" ou la question de "l'eau potable", avant d'enchaîner sur "l'investissement culturel, le plus formidable outil de lutte contre l'échec scolaire", en rappelant qu'"un jeune mineur incarcéré ne maîtrise que quatre cents mots, dix fois moins qu'un élève de CP".

 La culture comme "lien social", comme "force émancipatrice" et comme "accompagnement des dégâts sociaux".

 L'occasion, aussi, d'effleurer à nouveau le thème de l'identité : "Je veux une France suffisamment assurée de son identité culturelle pour qu'elle retrouve le risque de la créativité".

 Le maire (PS) de Nantes, Jean-Marc Ayrault, lui, assurait : "Grâce à la diversité, nous n'avons pas peur d'être français".

 Mme Royal a délaissé les notes d'experts, les 21 pages sur le spectacle vivant et les deux discours qui lui avaient été préparés, au grand dam des professionnels qui planchaient depuis des semaines. Ce qui n'empêche pas la candidate de vouloir ranimer "le souffle culturel du 10 mai 1981 avec François Mitterrand"... malgré l'absence de Jack Lang.

Son programme tient en dix points, dont un plan sur cinq ans en faveur du spectacle vivant ; la réduction de "la fracture numérique" ; une politique de soutien des librairies indépendantes ; un système "équitable" pour les intermittents du spectacle ou la généralisation des résidences d'artistes en établissements scolaires ».

 Les dix propositions de Ségolène Royal pour la culture

1/ Permettre à chaque élève d’avoir accès à l’histoire des arts, aux pratiques culturelles et à l’éducation à l’image, aussi bien à l’école, qu’au collège et au lycée.

2/ Réduire ce que l’on appelle la fracture numérique en permettant à chacun d’accéder à Internet, dans les lieux publics notamment. Protéger les auteurs à l’heure du numérique en défendant leurs droits et en organisant une véritable concertation sur l’avenir du droit d’auteur à l’ère d’Internet.

3/ Soutenir le spectacle vivant par un plan sur 5 ans en réorganisant le système des aides publiques et en clarifiant les responsabilités de chacun. Pérenniser un système équitable de soutien aux intermittents du spectacle par la défense des métiers artistiques et techniques du spectacle.

4/ Soutien massif aux PME innovantes dans le domaine culturel et les médias : un crédit d’impôt pour soutenir l’emploi dans les entreprises culturelles qui développent des nouveaux talents ; renforcer les fonds propres des producteurs artistiques indépendants, par des mécanismes analogues à ceux des SOFICA.

5/ Défendre le Livre, fondement essentiel de la culture, par une politique de soutien renouvelée à la lecture, par la défense de la librairie indépendante (extension de la loi Sueur pour le cinémas d’art et essai aux librairies de proximité) et par une politique ambitieuse de numérisation.

6/ Réactiver le marché de l’art contemporain, notamment par des mesures fiscales adaptées et développer une politique d’ouverture d’ateliers sur tout le territoire pour encourager l’accueil et la résidence des artistes.

7/ Lancer un plan de sauvegarde du patrimoine historique, industriel et monumental mis à mal ces dernières années.

8/ Promouvoir la langue française dans le monde car elle a une histoire et une géographie, en renforçant les lieux de son expression et en réorientant notre système d’interventions culturelles à l’étranger.

9/ Garantir la pérennité des systèmes d’aides au cinéma en protégeant tout particulièrement le cinéma indépendant et en facilitant sa diffusion dans les salles.

Donner la capacité aux collectivités locales d’investir au cœur des villes pour préserver et défendre les cinémas d’art et essai.

10/ Assurer un véritable pluralisme de l’audiovisuel et de la presse qui passe par de nouvelles règles anti-concentration, par une refonte des systèmes d’aides, par une nouvelle autorité de régulation de l’audiovisuel et par la refonte d’un système fort indépendant, correctement financé, qui assure ses missions de soutien à la création et à la promotion de la culture.

               
http://www.segoleneroyal2007.net 

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27 mars 2007 2 27 /03 /mars /2007 16:58

 

Réorienter l’Europe pour redonner vie à la République

 En 2005, nous disions que le projet de Constitution européenne était incompatible avec la République. C’était la raison principale de notre NON républicain. Le peuple français a ressenti confusément la contradiction entre ce projet européen et la nature même de la France, nation politique qui a besoin du débat public pour s’accomplir. C’est pourquoi il a refusé de ratifier le traité constitutionnel européen.

 Le projet d’avenir de la France doit être défini et voulu par le peuple afin que notre pays puisse s’engager pleinement dans la construction européenne. Ségolène Royal, avec l’appui de la gauche républicaine, porte ce projet national et le soumet pour approbation au peuple français dans le cadre de l’élection présidentielle. Elle a besoin du soutien massif des citoyens car il lui faudra, une fois élue présidente de la République, réunir une majorité parlementaire à l’Assemblée nationale afin de disposer des moyens qui lui seront nécessaires pour mettre en œuvre le projet de la France.

 Ce projet ne pourra s’accomplir que dans l’Europe, une Europe réorientée, capable de faire ses preuves, en montrant son caractère indispensable vis-à-vis de la mondialisation.

 L‘enjeu de cette élection présidentielle est là, au niveau européen. Comme le disait, ce matin sur RTL, Jean-Pierre Chevènement, « il faut redresser la construction européenne pour que les Français puissent lier naturellement le patriotisme républicain qui est sain, qui est nourri des valeurs d'égalité, des valeurs universelles, des valeurs républicaines, et puis d'autre part, un projet d'avenir qui doit s'accomplir dans l'Europe ».

 Quant à son rôle auprès de la candidate, le président d’honneur du Mouvement Républicain et Citoyen le décrit ainsi « Je m'efforce simplement d'aider tant que je le peux Ségolène Royal ; mais Ségolène Royal est une femme qui a beaucoup de liberté, beaucoup d'indépendance, du caractère, de la détermination. Elle ne s'est pas laissée abattre par les moments difficiles... Le fameux trou d'air !... Elle a montré une remarquable constance et je crois qu'elle a aussi une intuition et une vision et elle le montre. Elle n'a rien rabattu de son discours de gauche. Je pense qu'elle est la seule candidate à dire qu'en Europe, il y a des choses qui doivent bouger pour redresser sur le plan économique, social, monétaire, la construction européenne pour nous permettre d'aborder dans de bonnes conditions la mondialisation.

Et puis, par ailleurs, eh bien elle nous rappelle d'où nous venons en mettant l'accent sur le fait que nous devons aller vers l'avenir tous ensemble avec les valeurs républicaines : la Liberté, la Fraternité, l'Intégration, la Laïcité. Je pense que Ségolène Royal a dit toutes ces choses-là et tous les procès qui lui sont faits sont tout à fait injustes
 ». 

 Ce matin, dans un petit article du quotidien Libération, Pascal Virot a voulu mettre en évidence l’influence de Jean-Pierre Chevènement sur l’évolution de la campagne de Ségolène Royal en affirmant « Le fondateur du MRC est l'un des artisans du virage patriote de la candidate socialiste ». Voici ce texte.

  « La nation : une plate-bande chevènementiste »

« L'inspirateur. En juin 1997, après la victoire de la «gauche plurielle», Jean-Pierre Chevènement avait imprimé sa griffe républicaine sur le discours de politique générale du Premier ministre, Lionel Jospin.

 Zélateur infatigable de la République, du drapeau bleu-blanc-rouge et de l'hymne national, défenseur inlassable de valeurs de la nation, le maire de Belfort n'est peut-être pas étranger aux envolées patriotiques de Ségolène Royal, qu'il a ralliée en décembre : «En faisant chanter la Marseillaise et en rappelant que le drapeau tricolore est celui du peuple français tout entier, Ségolène Royal reprend le terrain trop souvent abandonné par la gauche depuis des lustres à la droite et à l'extrême droite», a déclaré hier le fondateur du Mouvement républicain et citoyen (MRC).

 Il conteste donc que la candidate socialiste aille braconner sur les terres de Nicolas Sarkozy, voire de Jean-Marie Le Pen : «Elle illustre en effet de la manière la plus claire une différence essentielle : elle affirme la valeur d'égalité, qui est au coeur du patriotisme républicain, contre les tenants des idéologies inégalitaire ou raciste.» Il entonne lui-même sa petite musique républicaine, en rappelant qu'en 1984, alors ministre de l'Education, il avait «réintroduit la Marseillaise dans le répertoire scolaire» .

 Il y a quelques mois, ce retour en force du chevènementisme dans la campagne n'avait rien d'évident. Candidat à la présidentielle de 2002, il avait été mis au ban de la gauche par les socialistes qui ont fait de lui le principal responsable de l'élimination de Jospin. Une accusation que l'ancien ministre de l'Intérieur a toujours rejetée. Pour 2007, il menaçait de postuler à nouveau pour l'Elysée. Royal et surtout Hollande ont vu le danger d'un nouvel émiettement de la gauche. Quelques promesses programmatiques et des sièges de députés assurés pour les candidats du MRC ont eu raison des velléités chevènementistes. Arlette Laguiller avait d'ailleurs raillé le ralliement à la socialiste par ces mots : «Les idées de Chevènement doivent osciller entre trois et dix circonscriptions gagnables.» 

 D'anciens du staff de Chevènement ont intégré l'équipe de la socialiste. Et, dans son dispositif de campagne, la place de Chevènement n'est pas secondaire : hostile à la Constitution européenne, il a la capacité de s'adresser aux nonistes de 2005 pour leur démontrer que la socialiste, favorable au traité, a dépassé ce clivage. Entre les deux personnalités, la collaboration semble d'ailleurs fonctionner, même si Chevènement n'a pas accès à «l'équipe du pacte présidentiel» qui rassemble les éléphants. Et pour cause, puisqu'y siège son vieil ami Lionel Jospin. Pas très grave, puisque cette instance ne se réunit pas... ».

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26 mars 2007 1 26 /03 /mars /2007 15:15

 

Les symboles de la France républicaine

 Cette élection présidentielle ne ressemble à aucune autre. Il y a de la nouveauté dans l’air et ce n’est pas un hasard si elle suscite un grand intérêt hors de nos frontières. Pour la première fois, une femme est en position d’être élue. Et pas n’importe quelle femme !

 Trois hommes peuvent en témoigner : ceux qui interrogeaient hier soir Ségolène Royal dans le cadre de l’émission « Le grand jury RTL » et voulaient la passer à la moulinette de leurs questions insidieuses, qu’elle jugeait hors sujet. Elle a contre-attaqué ainsi :

 « Messieurs, nous sommes dans une élection présidentielle. Alors, ce qui s'est passé il y a quelques semaines ou quelques mois à l'intérieur des organisations politiques, c'est sans doute très intéressant, mais cela fait déjà partie de l'histoire, et, si vous le permettez, je préfère que nous écrivions l'histoire du temps présent »(…). « Si vous me posez ces questions, c'est que vous avez une vision un peu dépassée de la politique ! »

 La nation oui, le nationalisme non

Les déclarations de la candidate à propos de la Marseillaise ont été suivies de nombreuses réactions. Elle a été amenée à préciser son point de vue. Voici un extrait de l’article (signé Myriam Lévy, Le Figaro, 26 mars) que j’emprunte à Xavier Dumoulin sur son blog aujourd’hui (http://sr07.unblog.fr  « Royal défend la nation contre le nationalisme »).

 « Hier, on l'attendait surtout sur son éloge de la nation, de La Marseillaise et du drapeau français - elle souhaite que toutes les familles possèdent un drapeau et l'arborent à leur fenêtre le 14 Juillet.

La candidate PS (…) a opposé sa conception à celle de Nicolas Sarkozy. Prônant une nouvelle fois une « France métissée », Royal « dénonce l'amalgame de Nicolas Sarkozy entre l'immigration et l'identité nationale », dénonçant les arrestations de sans-papiers ayant des enfants scolarisés. Mais, ajoute-t-elle à l'intention de ceux qui l'ont critiquée pour avoir évoqué cette question, « tout candidat à la présidentielle a la responsabilité de dire sa conception de l'identité nationale », estimant qu'il s'agit « non pas de demander aux Français d'où ils viennent, mais où ils veulent aller ». « C'est un débat éminent qui ne souffre aucune polémique politicienne «, estime-t-elle.

 Quand elle reproche aux grands sportifs de ne pas chanter La Marseillaise, cela n'a rien à voir, dit-elle, avec les propos tenus par Jean-Marie Le Pen lors de la Coupe du monde de football car « la nation vue par l'extrême droite, c'est du nationalisme, du racisme ». Les sportifs, « regardez leurs larmes lorsque le drapeau français est levé », a-t-elle affirmé.

 Selon elle, « on peut être fier de son drapeau, de son pays, de sa nation et en même temps tournés vers les autres ». Quant à chanter elle-même La Marseillaise, « quand je sentirai le moment venu de la chanter, je chanterai », a-t-elle annoncé, ajoutant que pour l'instant, « quand 10 000 personnes chantent, je les porte, je m'imprègne de cette force populaire ».

 C'est François Mitterrand, dit-elle, qui lui avait expliqué que ce serait faire « un contresens historique épouvantable » que de transformer cet hymne en chanson « sanguinaire » à cause du vers final du refrain, « qu'un sang impur… » « Ce chant a été trop longtemps laissé à l'extrême droite », et, note-t-elle, « les catégories populaires qui ont voté non » au référendum sur l'Europe se demandaient « si la nation va se diluer dans l'Europe ».

 Sur son « blog citoyen, socialiste et républicain pour 2007 » http://sr07.unblog.fr , dans un autre article publié hier sous le titre « Des censeurs en plein contre sens historique », Xavier Dumoulin rabroue ceux qui, à la gauche de la gauche, ont critiqué les propos de Ségolène Royal. II rappelle le contexte historique qui prévalait lors de la création de notre hymne national.

 Marseillaise, élan national et poussée révolutionnaire en 1792

 « Misère d'une politique de l'invective à la  gauche de la gauche ! Nos prétendus esprits révolutionnaires éclairés vont raillant Ségolène Royal à propos des symboles de la France républicaine. Ils ont tout simplement oublié les références de notre histoire nationale.

 Le premier dit préférer la musique aux paroles de La Marseillaise qu'il conviendrait donc de modifier. Et d'évoquer les paroles sanguinaires! Il prêche ainsi pour le révisionnisme historique en toute sincérité. L'idée, chère à Albert Soboul, d'un Peuple révolutionnaire portant un élan national lui est tout à fait étrangère. Lisons plutôt le grand historien.

 "Le 26 avril, à Strasbourg, Rouget de Lisle avait lancé son Chant de guerre pour l'armée du Rhin, dont l'ardeur, à la fois nationale et révolutionnaire ne fait aucun doute : dans l'esprit de celui qui l'écrivit, comme de ceux qui le chantèrent, révolution et nation ne se distinguaient pas. Les tyrans et les vils despotes qui méditent de rendre la France à l'antique esclavage sont dénoncés, mais aussi l'aristocratie, les émigrés, cette horde d'esclaves, de traîtres, ces parricides, ces complices de Bouillé. La patrie dont l'amour sacré est exalté, à la défense de qui l'on appelle ("Entendez-vous dans les campagnes mugir ces féroces soldats…"), c'est celle qui, depuis 1789 s'est faite contre l'aristocratie et la féodalité.

 On ne saurait séparer ce qui devint bientôt l'Hymne des Marseillais de son contexte historique : la crise du printemps 1792. Elan national et poussée révolutionnaire furent inséparables ; un conflit de classes sous-tendait et exacerbait le patriotisme. Les aristocrates opposaient le roi à la nation qu'ils méprisaient, ceux de l'intérieur attendaient l'envahisseur avec impatience, les émigrés combattaient dans les rangs ennemis…" (Histoire de la révolution française de la bastille à la gironde,  p 286, Albert Soboul, idées - Gallimard, 1974)

 Pauvres esprits asphyxiés par l'air du temps et prêts à liquider tous les symboles républicains ! Quel manque de perspective ! Quel contre sens historique! Il ne faudrait pas traiter les paroles de La Marseillaise comme du transgénique. Qui disait que seule la vérité est révolutionnaire ? Quand nous aurons le temps nous parlerons du drapeau bleu-blanc-rouge qui semble donner des boutons à nos censeurs. Avant de railler, mieux vaudrait ne pas dérailler ».

Révolution et nation, aujourd’hui comme hier

 En fait, un vieux clivage revient à la surface. Il réapparaît clairement dans les déclarations du candidat de la Ligue communiste révolutionnaire (Le Monde.fr, ce jour)

 « Olivier Besancenot estime que les socialistes risquent de perdre les élections en mettant l'accent sur les questions nationales au détriment des questions sociales. Si la gauche essaye de créer l'espoir sur le drapeau bleu-blanc-rouge alors que les questions sociales sont là, je pense qu'elle va perdre les élections", a-t-il ajouté. "J'invite le Parti socialiste à retrouver la raison. Une élection à gauche, ça se gagne sur les questions sociales", a-t-il estimé ».

 La gauche républicaine considère que la question sociale et la question nationale sont une seule et même question. Ségolène Royal a raison de lier les deux. Contrairement à ce qu’affirme le candidat de la LCR, c’est la condition de la reconquête de la confiance entre la gauche et le peuple français.

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25 mars 2007 7 25 /03 /mars /2007 14:50

 

Définir des règles qui soient applicables par tous

 La Marseillaise à Marseille jeudi soir, quoi de plus normal ! Et, pourtant, c’est nouveau, car ce texte patriotique n’avait pas été chanté depuis 1936 dans une réunion publique du Parti Socialiste. Il est vrai que la candidate du PS, du MRC et du PRG, a décidé de prendre quelque liberté avec son parti afin d’être plus proche des Français. Le thème de l’identité nationale a fait l’objet de travaux pratiques, qu’elle a mis en perspective le lendemain.

 La Marseillaise, symbole de l’identité nationale

 Selon David Revault d’Allonnes (Libération, 24 mars), cette petite musique doit plaire à Jean-Pierre Chevènement.

« Vendredi matin, elle a arpenté la rue Thubaneau, à Marseille, où fut pour la première fois entonnée dans la cité phocéenne l'hymne national, au club des Jacobins. Avant de visiter le camp des Milles, où transitèrent pendant la guerre 10 000 personnes, dont 2 500 furent déportées, via Drancy, à Auschwitz. «Il est temps que la France regarde son histoire en face, ses lumières et ses ombres, explique-t-elle. L'identité nationale est aussi faite de cette histoire.» 

 C'est en jouant de cette petite musique politique qu'elle entend «ne pas se laisser enfermer dans un dévoiement de l'identité nationale». Laquelle musique, qui résonnera agréablement aux oreilles de son allié Jean-Pierre Chevènement, se confond ces jours-ci avec la Marseillaise. «Elle y réfléchissait depuis plusieurs semaines», dit une conseillère, ravie de voir l'Internationale oubliée. Elle se libère des carcans idéologiques.» Après que la candidate l'a décidé, en fin de semaine dernière, l'hymne de Rouget de Lisle a ainsi résonné dimanche, après le rassemblement des élus socialistes. Jeudi, à la fin du meeting de Marseille, à deux reprises. Et, vendredi, sur la place du village provençal de Correns (Var) (…). Quelques instants plus tard, dans une salle de la mairie, entre buste de Marianne et bouquet de roses rouges, et sous le regard de Jacques Chirac, la candidate jugeait «très important pour la gauche d'avoir reconquis le droit de chanter la Marseillaise. C'est une étape historique de l'histoire de la gauche, qui avait cru devoir abandonner l'hymne national à l'extrême droite». 

 Invitée sur les ondes de France Inter, vendredi matin, à répondre aux questions d’Olivier de Lagarde, Ségolène Royal a expliqué pourquoi elle avait tenu à ce que la Marseillaise soit interprétée.

"Il est quand même temps de remettre les choses au clair, notamment sur l’identité nationale. Et puis à Marseille cela me semblait là aussi cohérent et intéressant de réexpliquer ce qu’était la Marseillaise, il y a parfois des malentendus sur ce chant républicain. Vous savez il y a beaucoup de jeunes en particulier qui disent « mais le sang impur abreuve nos sillons » c’est une chanson violente que l’on ne veut pas sentir, donc j’ai rappelé cette histoire du chant républicain qui est au contraire le chant de la lutte contre toutes les formes de tyrannie, qui était la lutte de la résistance des républicains contre toutes les forces de l’ancien régime".

 La candidate du changement rappelle ses priorités

  « La candidate socialiste a revendiqué le changement qu'elle incarne : "Je suis la seule à pouvoir incarner le changement face au candidat de la droite qui est le candidat sortant et qui finalement propose de prolonger ce qui a été fait en France depuis 5 ans avec le résultat que l’on connaît, même si aujourd’hui il prétend avoir de nouvelles idées. Comment pourrait-il incarner la rupture après avoir gouverné pendant 5 ans".

Ségolène Royal a rappelé ses priorités : "Mes priorités sont celles-ci : d’abord il faut réconcilier les Français avec l’entreprise, soutenir les PME qui innovent, qui créent des emplois, qui investissent et qui exportent en luttant contre toutes les formes de gaspillage de dépenses aujourd’hui de l’argent public qui sont données de façon non différenciées entre des entreprises qui n’en ont pas besoin et celles qui en ont besoin. Il faut aussi faire une société du donnant-donnant, c’est-à-dire qu’à chaque nouveau droit désormais doit correspondre un devoir parce que je ne veux pas d’une société de l’assistanat ».

 La France a besoin d’un ordre juste 

« Et enfin je crois que la France a besoin d’un ordre juste, c’est-à-dire des règles qui sont applicables par tous et qui sont les mêmes pour tous et en particulier, celles qui vont permettre dans cet ordre juste de mettre fin à toutes les formes de précarité.

 Moi je crois que c’est la valeur travail, c’est la cohésion nationale, c’est la façon dont chacun sera au clair sur les efforts qu’il doit fournir parce que l’Etat et les pouvoirs publics garantiront à chacun des services publics qui fonctionnent bien, de l’égalité réelle des chances, de la sécurité dans le travail, c’est-à-dire tout le contraire du programme de la droite qui fait de la précarité la référence, je crois moi tout le contraire, c’est en sécurisant les gens qu’on pourra leur demander d’être motivés dans leur travail et donc ensuite les entreprises pourront supporter les difficultés et les coups durs qu’elles peuvent connaître face à la mondialisation. Autrement dit je veux que la France reprenne confiance en elle-même et puisse saisir toutes ses chances".

Un nouveau modèle économique à construire

 Ségolène Royal souhaite "dépasser l’opposition entre le libéralisme échevelé et destructeur et en même temps une vision trop passéiste des choses, c’est un nouveau modèle économique qu’il faut construire, celui que je propose après avoir écouté les Français. Celui aussi que portent les jeunes dirigeants d’entreprise qui veulent aussi une autre culture en France dans l’entreprise, que l’on sorte de l’affrontement pour aller vers une culture du compromis de la négociation sociale, de la modernité des relations entre salariés et dirigeants d’entreprise.

 La VIème République en ligne de mire

Et je crois que cette réforme là elle est nécessaire, elle est possible, c’est ce que j’appelle la VIème République qui veut à la fois une politique plus active, plus rapide, plus efficace, un Etat moins lourd, une nouvelle vague de décentralisation et en même temps un dialogue social extrêmement moderne qui permettra aux salariés de partager les intérêts de l’entreprise lorsque celle-ci rencontre des difficultés ».

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24 mars 2007 6 24 /03 /mars /2007 17:20

 

Dérive néo-libérale et mépris de la démocratie 

 

Les bien-pensants ne cessent d’affirmer que le NON du 29 mai 2005 a provoqué la crise de l’Union européenne. Faux. Ce sont les orientations désastreuses de l’Europe, donc de ses dirigeants, depuis le milieu des années 1980 qui sont à l’origine de la crise de confiance populaire qui s’est manifestée lors du référendum européen. Le peuple français a eu raison de refuser de cautionner un choix qui n’était pas le sien. Désormais, l’Europe ne peut se faire sans lui.

 Je viens de lire dans Le Monde.fr aujourd’hui une analyse lucide de Jean-Louis Andreani de ce qu’est devenue l’Union européenne (www.lemonde.fr  ou Le Monde daté du 25 mars). Voici ce texte. Je le ferai suivre d’une référence aux articles que Jean-Pierre Chevènement a mis en ligne à ce sujet sur www.chevenement.fr .

 « L'Europe, 50 ans et un modèle en crise »

 

   « Cinquante ans après la signature du traité de Rome, il y a deux manières de voir la crise de confiance qui mine l'Union européenne. On peut considérer que celle-ci est victime des mauvais réflexes de peuples toujours prêts à exprimer de vieux prurits nationalistes, surtout quand ils y sont encouragés, comme en France, par des gouvernements prompts à peindre l'Europe en noir pour masquer leurs propres errements.

 Mais on peut aussi juger que l'essentiel n'est pas là. Que la réalité de l'Europe est si différente de celle qui était promise qu'un certain vertige est assez compréhensible. Ainsi, en Bretagne, l'une des régions les plus europhiles, un sondage "sortie des urnes" au soir du référendum de 2005 sur la Constitution indiquait que "la construction européenne est souhaitée, mais (que> plus elle avance, plus elle est vécue comme un recul" (Stéphane Rozès, "Les Bretons sont-ils toujours européens ?", Bretagnes no 1, janvier-mars 2006). Un Manifeste pour l'Europe de l'Institut Montaigne (cercle de réflexion d'inspiration libérale), publié en octobre 2005, quelques mois après le référendum, observait lui aussi : "Aux yeux de la grande majorité de ses habitants, l'UE est désormais un problème plutôt qu'une solution : elle donne l'apparence d'une machine lourde et opaque qui (...) contribue à intensifier la concurrence pour l'emploi en intégrant en son sein des pays à bas coûts."

 Pour les "pères" français de l'Europe, Jean Monnet et Robert Schuman, l'Union est une construction pragmatique. Sa principale idéologie, c'est la paix. L'économie de marché n'est certainement pas une concurrence à tout crin, au sein d'une simple zone de libre-échange. L'"Europe politique, l'Europe puissance", comme l'a rappelé Jacques Chirac le 11 mars, est l'ambition essentielle, qui inspire le Marché commun.

 Mais tout se passe comme si, à partir du milieu des années 1980, l'équilibre s'inversait de plus en plus vite. Au libéralisme tempéré des fondateurs français a succédé le néolibéralisme (autrefois appelé néoclassicisme), pour qui la concurrence si possible "pure et parfaite" est la pierre angulaire de l'économie et de la société. Les dirigeants de Bruxelles sont désormais en phase avec cette doctrine, qui a connu une remontée fulgurante sur la scène internationale depuis la fin des années 1970. Les gouvernements, y compris français, appuient, ou laissent faire, une politique qui, par principe, se défie de tout ce qui est public, vante les mérites du privé. Pourtant, ce virage idéologique n'est jamais avoué, encore moins soumis à un choix démocratique clair.

 Ainsi, il est devenu banal d'observer que l'un des maux de l'Union est le manque de politique industrielle. Le constat ne serait pas le même si pendant des années, ce vocable n'avait pas fait figure de repoussoir, dans les milieux de la Commission, où il symbolisait un dirigisme honni. De même, une étude réalisée à la fin des années 1980 par la Commission auprès des entreprises allemandes (alors de l'Ouest), indiquait que l'un des principaux avantages du marché intérieur ouvert par l'Acte unique de 1986 devait être "l'élimination des distorsions de concurrence dues à la variété des taux d'imposition et des types d'impôts" (Le Grand Marché européen, Daniel Moulis et Christian Talgorn, Editions d'organisation 1993). A l'inverse, ces entreprises ont vu se construire une Europe dont les membres rivalisent à coups de dumping fiscal et social.

 L'interprétation de la notion de concurrence "non faussée" est une autre source de doute. La Commission ne semble pas estimer que les salaires de misère, le non-respect des droits syndicaux voire de ceux de la personne, les atteintes à l'environnement de la planète, puissent "fausser" les règles de la compétition économique. Alors qu'elle est très tatillonne pour autoriser la moindre aide d'Etat à un secteur fragile, ou tolérer un habitat social jugé trop généreux aux Pays-Bas.

 FAIBLESSE POLITIQUE, LANGUEUR ÉCONOMIQUE

 De même, comment ne pas s'interroger quand la commissaire à la concurrence, Neelie Kroes, affirme, début 2006, que Bruxelles étudiera le projet de rachat (réalisé depuis) d'Arcelor par Mittal "sous le seul angle de la concurrence", sans s'occuper du fait que l'un soit européen et l'autre non ? Ou quand Peter Mandelson, son homologue au commerce, se félicite du fait que "l'Europe est le marché le plus ouvert du monde, plus ouvert même que les Etats-Unis" (Le Figaro du 26 septembre 2005) ? La naïveté, feinte ou réelle, de l'Europe face aux pratiques économiques de ses concurrents, en particulier les Etats-Unis, est un sujet de perplexité pour une partie de l'opinion et des décideurs, qui constatent par exemple que les aides du gouvernement américain à Boeing sont sans commune mesure avec celles dont bénéficie Airbus.

 Par ailleurs, plus l'Union s'élargit, plus l'Europe politique se dilue. A l'été 2006, devant les ambassadeurs de France, Catherine Colonna, ministre déléguée aux affaires européennes, reconnaissait que l'élargissement "modifie en profondeur la nature même du projet européen, alors que l'on affecte de croire que l'on poursuit la même construction européenne". Certains partisans de l'adhésion de la Turquie, comme Michel Rocard, ont la franchise de reconnaître que celle-ci reviendrait à signer l'acte de décès d'une Europe politique, déjà cliniquement morte : "Mais où voyez-vous une politique extérieure commune ? Elle n'existe pas. Il faut cesser de pleurnicher sur le rêve d'une Europe politique. Celui-ci a été brisé en 1973, lorsque la Grande-Bretagne a adhéré" (Paris Match, 7-12 octobre 2004). Au demeurant, on voit mal comment la construction d'un espace économique, structuré autour de rivalités internes, serait de nature à réduire les nationalismes politiques...

 Le problème est qu'au bout du compte l'affaiblissement politique de l'Union a une conséquence, pourtant facile à prévoir : la langueur économique. Le 12 février à Paris, lors d'un forum sur l'Europe, l'historien israélien Elie Barnavi indiquait que "le point noir de l'Europe, c'est bien le refus de faire de la politique ensemble", tandis que l'économiste Jean-Paul Fitoussi évoquait "le coût économique de la non-existence politique" ; et sociale, pourrait-on ajouter. Malgré tout, les lignes sont en train de frémir. Et la France n'est plus seule à tenter d'infléchir le cours des choses. Le 22 février, le ministre allemand du travail, Franz Müntefering, a fait de l'Europe sociale une "question centrale". Son homologue français, Gérard Larcher, s'est félicité de ce nouvel état d'esprit, en observant : "Il n'est plus interdit de parler de normes sociales européennes." C'est tout dire ».

 A lire sur le blog de Jean-Pierre Chevènement

 « Sarkozy et l'Europe : une politique de Gribouille » 

 « Le cinquantenaire du traité de Rome va, sans nul doute, être l'occasion de faire tonner les grandes orgues de la bienpensance « européiste » : j'appelle ainsi l'idéologie de ceux qui, au nom de l'idée européenne, ont en réalité mis bas tout ce qui pouvait permettre l'émergence d'un acteur européen stratégique pour le XXIe siècle :

 - suppression de fait du tarif extérieur commun ;

 -  politique commerciale ultra libre-échangiste du Commissaire Mandelson qui est prêt à sacrifier notre agriculture à l'OMC ;

 - paralysie organisée de la politique monétaire qui fait de l'euro une monnaie surévaluée d'au moins 30 à 40 % par rapport au dollar, au yuan et au yen ;

 - inféodation à l'OTAN et acceptation unilatérale par la Pologne et la Tchéquie du bouclier spatial américain ».

… La suite sur www.chevenement.fr - 19 mars 2007 

« La vérité de M. Monti sur l'affaire Alstom : mensonges, bras de fer et coups tordus »

 « M. Monti, ancien Commissaire européen à la concurrence, publie aujourd'hui dans le Figaro un article intitulé « Ma vérité sur l'affaire Alstom », intéressant à plus d'un titre :

1) D'abord il confirme que ce n'est pas M. Sarkozy qui est à l'origine du
« sauvetage d'Alstom » en 2003. Dans le gouvernement Raffarin, le ministre de l'Economie et des Finances est alors M. Mer et je suis bien placé pour savoir que l'impulsion venait du Président de la République lui-même que j'avais alerté le 23 mai 2003 sur la situation critique d'Alstom.

2) M. Monti développe une argumentation spécieuse concernant l'entrée de l'Etat au capital d'Alstom (…) ».

 … La suite à lire sur www.chevenement.fr - 23 mars 2007
 

 « La faute de M. Monnet » (Fayard, 2006).

 Politis, 22 mars 2007, recommande la lecture de ce livre de Jean-Pierre Chevènement.  Lire sur www.chevenement.fr  - 22 mars 2007. Voir aussi, à ce sujet, l’article paru le 18 octobre 2006 sur ce blog.  

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