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  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine autour des idées de Jean-Pierre Chevènement. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens après les élections de 2002.
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11 novembre 2013 1 11 /11 /novembre /2013 22:02

"Jamais la situation de l’Europe n’a été aussi menaçante"

 

Le 11 novembre en France est le jour où les citoyens se rassemblent autour des monuments aux morts. Dans ma ville, c’était hier parce que, le dimanche, il y a plus de présents, et aussi parce que les anciens combattants veulent aller à Laval participer à la cérémonie le jour du 11 novembre.

A Paris, la commémoration a été entachée par des manifestations d’hostilité à la personne du président de la République. Voir Hollande hué: l'homme du sursaut citoyen face aux fachos (l’Humanité, 11 novembre 2013). Voir, à ce sujet, les réflexions de Claude Nicolet sur son blog et de Jean-Pierre Chevènement :  "Il faut condamner ces manifestations totalement inadmissibles un 11 novembre" (11 novembre 2013).

 

Ces commémorations sont l’occasion de chercher à comprendre ce qui a conduit à cette guerre en 1914. Voir Armistice du 11 novembre 1918 : la guerre ne s'est terminée qu'en 1945 - 10 novembre 2013 (entretien du JDD avec Jean-Pierre Chevènement).

 

Le Dernier discours de Jean Jaurès contre la guerre et l'appel à un sursaut

 

La veille du déclenchement de la Première Guerre mondiale, le 31 juillet 1914, Jean Jaurès était assassiné à Paris. Pratiquement une semaine avant, il avait prononcé le 25 juillet, à Lyon-Vaise, ce qui devait être son dernier discours. Le député du Tarn dressait alors un tableau aussi réaliste qu'alarmiste de la situation en Europe (merci à Hervé Crouzet) :

 

Citoyens,

 

Je veux vous dire ce soir que jamais nous n’avons été, que jamais depuis quarante ans l’Europe n’a été dans une situation plus menaçante et plus tragique que celle où nous sommes à l’heure où j’ai la responsabilité de vous adresser la parole  (...)

Citoyens, la note que l’Autriche a adressée à la Serbie est pleine de menaces et si l’Autriche envahit le territoire slave, si les Germains, si la race germanique d’Autriche fait violence à ces Serbes qui sont une partie du monde slave et pour lesquels les slaves de Russie éprouvent une sympathie profonde, il y a à craindre et à prévoir que la Russie entrera dans le conflit, et si la Russie intervient pour défendre la Serbie, l’Autriche ayant devant elle deux adversaires, la Serbie et la Russie, invoquera le traité d’alliance qui l’unit à l’Allemagne et l’Allemagne fait savoir qu’elle se solidarisera avec l’Autriche.

Et si le conflit ne restait pas entre l’Autriche et la Serbie, si la Russie s’en mêlait, l’Autriche verrait l’Allemagne prendre place sur les champs de bataille à ses côtés. Mais alors, ce n’est plus seulement le traité d’alliance entre l’Autriche et l’Allemagne qui entre en jeu, c’est le traité secret mais dont on connaît les clauses essentielles, qui lie la Russie et la France et la Russie dira à la France :

"J’ai contre moi deux adversaires, l’Allemagne et l’Autriche, j’ai le droit d’invoquer le traité qui nous lie, il faut que la France vienne prendre place à mes côtés." A l’heure actuelle, nous sommes peut-être à la veille du jour où l’Autriche va se jeter sur les Serbes et alors l’Autriche et l’Allemagne se jetant sur les Serbes et les Russes, c’est l’Europe en feu, c’est le monde en feu.

Dans une heure aussi grave, aussi pleine de périls pour nous tous, pour toutes les patries, je ne veux pas m’attarder à chercher longuement les responsabilités. Nous avons les nôtres, Moutet l’a dit et j’atteste devant l’Histoire que nous les avions prévues, que nous les avions annoncées; lorsque nous avons dit que pénétrer par la force, par les armes au Maroc, c’était ouvrir l’ère des ambitions, des convoitises et des conflits, on nous a dénoncés comme de mauvais Français et c’est nous qui avions le souci de la France.

Voilà, hélas! notre part de responsabilités, et elle se précise, si vous voulez bien songer que c’est la question de la Bosnie-Herzégovine qui est l’occasion de la lutte entre l’Autriche et la Serbie et que nous, Français, quand l’Autriche annexait la Bosnie-Herzégovine, nous n’avions pas le droit ni le moyen de lui opposer la moindre remontrance, parce que nous étions engagés au Maroc et que nous avions besoin de nous faire pardonner notre propre péché en pardonnant les péchés des autres.

Et alors notre ministre des Affaires étrangères disait à l’Autriche: "Nous vous passons la Bosnie-Herzégovine, à condition que vous nous passiez le Maroc" et nous promenions nos offres de pénitence de puissance en puissance, de nation en nation, et nous disions à l’Italie. "Tu peux aller en Tripolitaine, puisque je suis au Maroc, tu peux voler à l’autre bout de la rue, puisque moi j’ai volé à l’extrémité."

Chaque peuple paraît à travers les rues de l’Europe avec sa petite torche à la main et maintenant voilà l’incendie.

Eh bien! citoyens, nous avons notre part de responsabilité, mais elle ne cache pas la responsabilité des autres et nous avons le droit et le devoir de dénoncer, d’une part, la sournoiserie et la brutalité de la diplomatie allemande, et, d’autre part, la duplicité de la diplomatie russe. Les Russes qui vont peut-être prendre parti pour les Serbes contre l’Autriche et qui vont dire "Mon cœur de grand peuple slave ne supporte pas qu’on fasse violence au petit peuple slave de Serbie. "Oui, mais qui est-ce qui a frappé la Serbie au cœur? Quand la Russie est intervenue dans les Balkans, en 1877, et quand elle a créé une Bulgarie, soi-disant indépendante, avec la pensée de mettre la main sur elle, elle a dit à l’Autriche "Laisse-moi faire et je te confierai l’administration de la Bosnie-Herzégovine. "L’administration, vous comprenez ce que cela veut dire, entre diplomates, et du jour où l’Autriche-Hongrie a reçu l’ordre d’administrer la Bosnie-Herzégovine, elle n’a eu qu’une pensée, c’est de l’administrer au mieux de ses intérêts."

Dans l’entrevue que le ministre des Affaires étrangères russe a eu avec le ministre des Affaires étrangères de l’Autriche, la Russie a dit à l’Autriche: "Je t’autoriserai à annexer la Bosnie-Herzégovine à condition que tu me permettes d’établir un débouché sur la mer Noire, à proximité de Constantinople." M. d’Ærenthal a fait un signe que la Russie a interprété comme un oui, et elle a autorisé l’Autriche à prendre la Bosnie-Herzégovine, puis quand la Bosnie-Herzégovine est entrée dans les poches de l’Autriche, elle a dit à l’Autriche : "C’est mon tour pour la mer Noire." – "Quoi? Qu’est-ce que je vous ai dit? Rien du tout !", et depuis c’est la brouille avec la Russie et l’Autriche, entre M. Iswolsky, ministre des Affaires étrangères de la Russie, et M. d’Ærenthal, ministre des Affaires étrangères de l’Autriche ; mais la Russie avait été la complice de l’Autriche pour livrer les Slaves de Bosnie-Herzégovine à l’Autriche-Hongrie et pour blesser au cœur les Slaves de Serbie.

 

C’est ce qui l’engage dans les voies où elle est maintenant. Si depuis trente ans, si depuis que l’Autriche a l’administration de la Bosnie-Herzégovine, elle avait fait du bien à ces peuples, il n’y aurait pas aujourd’hui de difficultés en Europe; mais la cléricale Autriche tyrannisait la Bosnie-Herzégovine; elle a voulu la convertir par force au catholicisme; en la persécutant dans ses croyances, elle a soulevé le mécontentement de ces peuples. La politique coloniale de la France, la politique sournoise de la Russie et la volonté brutale de l’Autriche ont contribué à créer l’état de choses horrible où nous sommes. L’Europe se débat comme dans un cauchemar.

 

Eh bien! citoyens, dans l’obscurité qui nous environne, dans l’incertitude profonde où nous sommes de ce que sera demain, je ne veux prononcer aucune parole téméraire, j’espère encore malgré tout qu’en raison même de l’énormité du désastre dont nous sommes menacés, à la dernière minute, les gouvernements se ressaisiront et que nous n’aurons pas à frémir d’horreur à la pensée du cataclysme qu’entraînerait aujourd’hui pour les hommes une guerre européenne.

Vous avez vu la guerre des Balkans; une armée presque entière a succombé soit sur le champ de bataille, soit dans les lits d’hôpitaux, une armée est partie à un chiffre de trois cent mille hommes, elle laisse dans la terre des champs de bataille, dans les fossés des chemins ou dans les lits d’hôpitaux infectés par le typhus cent mille hommes sur trois cent mille.

 

Songez à ce que serait le désastre pour l’Europe: ce ne serait plus, comme dans les Balkans, une armée de trois cent mille hommes, mais quatre, cinq et six armées de deux millions d’hommes. Quel massacre, quelles ruines, quelle barbarie! Et voilà pourquoi, quand la nuée de l’orage est déjà sur nous, voilà pourquoi je veux espérer encore que le crime ne sera pas consommé. Citoyens, si la tempête éclatait, tous, nous socialistes, nous aurons le souci de nous sauver le plus tôt possible du crime que les dirigeants auront commis et en attendant, s’il nous reste quelque chose, s’il nous reste quelques heures, nous redoublerons d’efforts pour prévenir la catastrophe. Déjà, dans le Vorwaerts, nos camarades socialistes d’Allemagne s’élèvent avec indignation contre la note de l’Autriche et je crois que notre bureau socialiste international est convoqué.

 

Quoi qu’il en soit, citoyens, et je dis ces choses avec une sorte de désespoir, il n’y a plus, au moment où nous sommes menacés de meurtre et, de sauvagerie, qu’une chance pour le maintien de la paix et le salut de la civilisation, c’est que le prolétariat rassemble toutes ses forces qui comptent un grand nombre de frères, Français, Anglais, Allemands, Italiens, Russes et que nous demandions à ces milliers d’hommes de s’unir pour que le battement unanime de leurs cœurs écarte l’horrible cauchemar.

J’aurais honte de moi-même, citoyens, s’il y avait parmi vous un seul qui puisse croire que je cherche à tourner au profit d’une victoire électorale, si précieuse qu’elle puisse être, le drame des événements. Mais j’ai le droit de vous dire que c’est notre devoir à nous, à vous tous, de ne pas négliger une seule occasion de montrer que vous êtes avec ce parti socialiste international qui représente à cette heure, sous l’orage, la seule promesse d’une possibilité de paix ou d’un rétablissement de la paix.

 

Voir, par ailleurs, sur Jaurès : Assemblée nationale - Jean Jaurès - Discours parlementaires et Jaures, discours à la jeunesse, Albi, 1903

 

De son côté, Henry Moreigne a publié sur son site (31 juillet 2013 AGORA VOX) cet article relatant le Dernier discours et dernière mise en garde de Jean Jaurès. Après avoir détaillé les rouages infernaux, le fondateur et directeur du journal l'Humanité appelait à la veille de la guerre les peuples au sursaut.

 

Voici les réflexions de Henry Moreigne concernant la situation actuelle.

(…) Que reste-t-il un quasi siècle plus tard de ces propos prophétiques ? Pas grand-chose. La réponse internationale aux égoïsmes nationaux n'a non seulement pas vu le jour mais elle a surtout été captée, récupérée par les puissances financières qui ont construit une mondialisation à leur main, basée sur la mise en concurrence des peuples entre eux et l'affranchissement de tout contrôle par les Etats.

Les barils de poudre aujourd'hui n'ont pas pour nom ceux de quelques territoires des Balkans mais chômage, déficits et austérité. Loin d'être le bouclier attendu et espéré, l'Europe de 2013 se limite à une union de républiques marchandes sans plus d'objectifs politique que de reconstituer une sorte de nouvelle ligue hanséatique élargie. Pourtant le grand Jaurès dans son dernier discours nous rappelle que la clé du progrès passe par la capacité à créer des passerelles au dessus des frontières. Un beau défi pour ceux qui dans ce XXIème siècle cherchent à leur vie un sens autre que mercantilisme, consumérisme et cupidité.



Cet article est le 37ème paru sur ce blog dans la catégorie Personnalités et célébrations

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10 novembre 2013 7 10 /11 /novembre /2013 22:40

Les commémorations ne doivent pas occulter l’essentiel

 

Les cérémonies patriotiques, à Saint-Berthevin, ont lieu le dimanche le plus près de la date du 11 novembre (ou du 8 mai). C’est, donc, ce 10 novembre qu’a eu lieu la cérémonie rassemblant de nombreux berthevinois, avec la participation des enfants qui ont déposé des gerbes au monument aux morts.

Ceremonie-du-11-novembre-StB-101113-001-T.jpgLe maire, Yannick Borde, a lu le Message du 11 novembre de Kader ARIF, Ministre délégué chargé des Anciens Combattants, à l’occasion de la commémoration de la Victoire et de la paix du 11 novembre, jour de l'anniversaire de l'Armistice de 1918 et hommage à tous les morts pour la France.

 

Le 7 novembre, le président de la République, François Hollande, avait indiqué Comment la France va commémorer les 100 ans de la guerre de 14-18 (site de France tv info).

 

Jean-Pierre Chevènement, ancien ministre de la défense, a publié en octobre un livre 1914-2014 : l'Europe sortie de l'histoire? (Editions Fayard), qui met à jour des éléments historiques qui sont habituellement occultés au moment des commémorations. Ce 10 novembre, dans Le JDD (Journal du Dimanche), les propos de l’auteur de ce livre sont recueillis par Laurent Valdiguié

"La guerre de 14 s'est terminée en 1945"

 

Le JDD : Vous étiez à l'Élysée jeudi, comment avez-vous trouvé le discours de François Hollande lançant les commémorations de la guerre de 14-18 ?

Jean-Pierre Chevènement : C'était un discours rassembleur qui se voulait "au-dessus de la mêlée". Le Président a évité les aspérités, en renvoyant aux historiens et aux chercheurs le soin d'interpréter les origines, le déroulement et la portée de la guerre. Cette liberté laissée à la recherche me convient tout à fait.

Certains historiens sont choqués du mélange entre le poilu et le résistant, autrement dit du mélange des commémorations du centenaire de la Grande Guerre avec celles du 70e anniversaire du débarquement de 1944…

Moi non. On doit lier 1914 à 1945. J'estime même qu'on ne peut ni comprendre ni commémorer 1914 si on n'en fait pas le début d'une guerre de trente ans. L'armistice de 1918 n'a été qu'une trêve aux yeux de l'état-major allemand qu'inspirait l'idéologie du pangermanisme. La guerre s'est terminée en 1945 avec la capitulation sans condition de l'Allemagne.

Pourquoi tout commence en 1914 ?

Il y a une explication fondamentale, celle de la première mondialisation sous hégémonie britannique. Cette mondialisation d'avant 1914 s'est traduite par le remarquable essor de l'économie allemande qui a multiplié sa production par trois tandis que la Grande-Bretagne doublait à peine la sienne. Cette montée de l'Allemagne impériale, dans le domaine des armements navals notamment, a fortement inquiété les élites britanniques. L'erreur des dirigeants du IIe Reich est d'avoir voulu mener une guerre préventive contre la Russie et la France, en envahissant la Belgique dont l'Angleterre garantissait la neutralité. Ma thèse est donc que la Première Guerre mondiale n'est pas d'abord une guerre franco-allemande, mais un conflit d'hégémonie entre la Grande-Bretagne et l'Allemagne impériale. Chaque fois que je rencontre un dirigeant chinois aujourd'hui, je lui dis : "Vous qui allez dépasser les États-Unis, ne commettez jamais l'erreur des dirigeants du IIe Reich. Rappelez-vous le conseil de Deng Xiaoping : 'Soyez prudents, avant de traverser le fleuve, tâtez les pierres…'"

 

«Les origines de la guerre de 14 risquent d'être occultées dans les commémorations. Or, les mêmes risques existent aujourd'hui dans la seconde mondialisation

 

Vous rendez les Allemands totalement responsables de l'entrée en guerre, mais sur une série d'erreurs d'appréciation. Vous parlez même dans votre livre * de "bêtise allemande"…

La France n'était nullement une puissance agressive en 1914. Ses dirigeants n'envisageaient plus de faire la guerre pour reconquérir l'Alsace-Lorraine. Le peuple allemand non plus ne voulait pas la guerre, mais ses dirigeants ont donné carte blanche en juillet à l'Autriche-Hongrie pour attaquer la Serbie. Tout est décidé par l'état-major allemand. Il a pris le risque d'un conflit européen parce qu'il croyait en une guerre limitée et courte : les Français devaient être battus en six semaines grâce au plan Schlieffen d'invasion de la Belgique, qui dormait dans ses cartons depuis 1905. Mais la guerre est une boîte de Pandore : quand on l'ouvre, on libère des monstres qu'on ne peut plus rattraper. La bêtise des dirigeants allemands s'est répétée en 1917 avec la guerre sous-marine à outrance, qui a conduit les États-Unis, dont l'opinion était alors isolationniste, à intervenir… Les origines de la guerre de 14 risquent d'être occultées dans les commémorations. Ce serait dommage, car les mêmes risques existent aujourd'hui dans la seconde mondialisation.

Que faut-il commémorer aujourd'hui ?

Je crains que ces commémorations ne soient utilisées pour discréditer encore plus les nations européennes qui se seraient prétendument lancées d'elles-mêmes dans cette gigantesque boucherie. Or ce ne sont pas les nations européennes qui ont voulu la guerre, elles étaient toutes pacifiques. Ce sont des dirigeants aveugles qui ont précipité cette catastrophe. J'ai peur qu'on dévalorise encore les nations européennes pour mieux justifier une conception de ­l'Europe qui aujourd'hui prend l'eau parce que justement elle fait litière des nations qui sont le ressort de la démocratie et par conséquent de la volonté politique. Je suis pour l'Europe, mais dans le prolongement des nations ! ­L'Europe "post-nationale" actuelle, où l'on a donné à une Commission européenne composée d'inconnus d'immenses pouvoirs et le monopole de la proposition législative et réglementaire, est à bout de souffle. On n'a plus de politique industrielle, plus de politique monétaire… Nous crevons d'une monnaie surévaluée. C'est cette démission du politique que je n'aimerais pas voir consacrée par les commémorations.

Vous décrivez l'Europe actuelle comme si l'Allemagne avait gagné la guerre de 14 en six semaines …

Non, l'Allemagne a beaucoup souffert des deux guerres mondiales, matériellement et moralement. Mais c'est aujourd'hui une démocratie. Économiquement, elle est aujourd'hui très puissante, mais politiquement elle n'a plus de projet de domination politique. Militairement, elle compte très peu et elle n'a pas de politique extérieure autre qu'économique. L'Allemagne est aujourd'hui prise dans une contradiction : le traité budgétaire européen enferme les pays ­d'Europe du Sud dans une stagnation de longue durée et l'euro devient pour elle un fardeau qui menace sa compétitivité. Or les trois quarts des excédents de l'Allemagne sont réalisés aujourd'hui hors d'Europe. Il serait temps de comprendre que l'euro, surévalué de 20 %, asphyxie notre économie et que l'Europe a besoin d'une autre organisation monétaire pour retrouver la croissance et l'emploi.

 

Comment Mitterrand aurait-il commémoré 1914 ?

Il aurait réfléchi aux conséquences de la monnaie unique. Il était européen, mais parce qu'il était un patriote français. Il était né en 1916. Il a vécu l'effondrement de la France en 1940, il a été blessé à Verdun et fait prisonnier. L'Europe était pour lui le moyen d'exorciser la guerre. Mais la monnaie unique était une fausse bonne idée. Elle juxtapose des nations économiquement trop hétérogènes. ­François Mitterrand était un réaliste. Il aurait corrigé l'erreur initiale qu'a été le choix de la monnaie unique. Il serait revenu à l'idée d'une monnaie commune réservée aux transactions internationales.

 

Vous étiez ministre au moment des commémorations du bicentenaire de la Révolution en 1989, vous aviez mis sur pied le comité des historiens. Quel bilan en tirez-vous ?

Un bilan mitigé. Le bicentenaire en 1989 n'est pas allé plus loin que le centenaire en 1889, on a fait du surplace. On en est resté à Danton alors qu'on aurait dû réhabiliter Robespierre dans le contexte d'une révolution qui substituait au droit divin les droits de l'homme et du citoyen. Robespierre a sauvé la république qu'il a fondée face à l'invasion étrangère et à la sédition des contre-révolutionnaires. Relisez Jaurès dans l'Histoire socialiste de la Révolution française. Il lui a rendu justice. Une commémoration, c'est l'occasion de porter un regard plus juste, plus équilibré. Le grand homme de la guerre de trente ans, 1914-1945, c'est de Gaulle autant que Clemenceau. Et peut-être même davantage. Il n'a pas désespéré de la patrie et il a sauvé la république. Il faudra, à lui aussi, rendre justice.

Cet article est le 36ème paru sur ce blog dans la catégorie Personnalités et célébrations

 

 

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9 novembre 2013 6 09 /11 /novembre /2013 18:16

Un leader naturel doté d’un bel esprit de synthèse

 

Henri Baron a marqué les esprits quand il était le seul président de chambre d’Agriculture départementale en opposition au syndicalisme majoritaire (FNSEA). En Loire-Atlantique, il a été un leader naturel, aimant le travail en équipe, respectant ses interlocuteurs, y compris ceux qui ne partageaient pas ses idées.

Je l’ai mieux connu au conseil régional des Pays de la Loire, entre 1998 et 2004. Nous étions dans la minorité avec Jacques Auxiette* face à la majorité de François Fillon. Dans le groupe socialiste, Henri Baron était celui qui était le plus écouté dans l’ensemble de l’hémicycle, ses compétences agricoles étant reconnues, et il savait proposer et discuter des amendements qui finissaient par être adoptés à l’unanimité. Homme de compromis, profondément réformiste, il faisait passer ses idées de bon sens et d’intérêt général.

* Voir la Réaction de Jacques Auxiette (site des Alpes mancelles, 30 octobre 2013).

 

Malassis-Montpellier-06-08-017-T.jpgEn juin 2008, membres de la délégation des « Amis de Louis Malassis », nous avions fait le déplacement à Montpellier. Voir Louis Malassis : cérémonie à Agropolis Montpellier le 12 juin - 11 juin 2008. 

 

 A Montpellier, après la cérémonie. A gauche : Médard Lebot et Joseph Guenanten. Au milieu : Jean-Claude Lebossé. A droite : Henri Baron et Régis Hovelaque.

 

Auparavant, à Rennes, les Amis de Louis Malassis avaient organisé un colloque, dans lequel Henri Baron était intervenu pour faire la synthèse des interventions de la matinée. Voir Colloque des Amis de Louis Malassis : une matinée riche résumée par Henri Baron - 30 décembre 2007. Extrait. 

 

L’objectif, lié au thème du colloque, était ambitieux : les défis de l’agriculture au 21ème siècle. Ce colloque, qui a eu lieu le 27 novembre 2007 à l’Agrocampus de Rennes, a été magistralement introduit par un exposé de Bruno Parmentier (voir, sur ce blog, l’article paru le 17 décembre dernier).

Puis la matinée a continué avec d’autres intervenants (table ronde) et un débat auquel ont participé une dizaine de personnes, parmi les 300 présentes, avant l’exercice difficile de synthèse et de conclusion, dont s’est chargé Henri Baron avec beaucoup de talent.  

 

Henri Baron, avec humour et maîtrise, résume les interventions de la matinée

Henri Baron (agriculteur retraité, ancien responsable professionnel de Loire-Atlantique) est chargé de conclure la matinée. Il a constaté que l’intervention de Bruno Parmentier avait marqué cette matinée par le style professoral d’une part, mais aussi par le contenu qui n’a pas manqué d’interpeller chaque auditeur.

Le point fort, c’est que, dorénavant, il faudra produire plus avec moins. Depuis 50 ans, on a fait avec plus. L’orateur a bien décrit la gifle du Brésil, la réalité de l’Afrique, les cours en dents de scie, ce qui complique les projets des jeunes.

Il faudra multiplier la production par deux d’ici 2050, globalement au niveau mondial (ce n’est pas un message pour chacun), ce qui est ambitieux. Il faut savoir anticiper. Les agrocarburants (ou phytocarburants) sont-ils une bonne anticipation ? Il faudra choisir, entre l’alimentation et le réservoir.

Le problème de la maîtrise du vivant implique une capacité d’inventivité, une recherche publique et démocratique.

Lors de la table ronde, il a été dit : le politique doit décider de nourrir le monde. Jusqu’à présent, le message était qu’il faut faire des profits. Les agriculteurs doivent nourrir les hommes. C’est un défi. Derrière, il y a la notion d’agriculture responsable, plurielle, solidaire, équitable.

Colette Balland a souligné que sa Région Poitou-Charentes se préoccupe, au quotidien, d’une politique agricole pour nourrir le monde, qui soit adaptée aux conditions régionales.

Manadi Koumaré, le Malien, a rappelé que la guerre alimentaire est déclenchée depuis longtemps par les USA, à travers la prise des marchés. Il a bien précisé qu’il n’était pas ici pour se lamenter, mais on a le droit de s’interroger.

 

Daniel Rey, le Chilien, a évoqué l’importance de l’eau, dont son pays dispose en quantité. L’eau, c’est la vie (l’image de la plante qui transpire). Tout ce qui l’agresse dans sa qualité et qui la gaspille est un crime contre l’humanité. Les OGM ? Pas tout pour, pas tout contre…

 

En conclusion, ce fut une matinée riche. Continuez le débat autour de vous. Ce sont les citoyens qui font avancer les problèmes de la société. Il faut sensibiliser tous ceux qui ont des responsabilités. Louis Malassis* l’a dit : « Ce sont les militants qui changent le monde ». Ce colloque est une semence (non OGM…) et les jeunes sont le terroir.

 

Mais l’évènement le plus important a été la publication de son livre, « Henri Baron, paysan citoyen » (Editions Siloë, 18 rue des Carmélites 44000 Nantes) en 2006. Voir Henri Baron a présenté le contenu de son livre Paysan citoyen le 9 janvier à Laval - 11 janvier 2007. Extrait.   

La salle de réunions de Restagri à Laval était bien remplie, mardi, par la présence de nombreux paysans retraités venus à l’invitation de la Confédération paysanne écouter avec plaisir Henri Baron.

 Toujours aussi remarquable orateur, debout, sans notes, pendant deux heures, dont une de réponse aux questions, cet homme de 74 ans a raconté sa vie de paysan citoyen, d’abord syndicaliste, puis président de chambre d’agriculture et, enfin, retraité actif en tant que syndicaliste défenseur des petites retraites et conseiller régional des Pays de la Loire de 1998 à 2004, aboutissement normal pour une vie militante, tant il est vrai que la dimension politique a toujours été présente dans l’idée qu’il se fait de ses responsabilités.

 Thérèse, son épouse, l’accompagnait, elle qui n’a cessé de soutenir ses engagements professionnels, à condition qu’il fasse le travail le matin avant de partir, car il ne faut pas laisser tout le travail aux femmes, comme elle dit (…).

 

Son décès a donné lieu à plusieurs articles de presse, dont ceux-ci :

 

Henri Baron, un paysan citoyen (Ouest-France, 29 octobre 2013)

« Henri Baron est un modèle pour nous tous » (Ouest-France, 30 octobre 2013)

 

Paysan et militant, Henri Baron nous a quittés (L'Avenir Agricole, 1er novembre 2013, page Loire-Atlantique, Christian Evon)

Syndicaliste paysan et militant engagé, homme de conviction ancré à gauche, l’ancien président de la Chambre d’Agriculture de Loire-Atlantique est décédé, à l’aube de ses 81 ans.

En 2006, Henri Baron avait publié un livre intitulé « Paysan citoyen » dans lequel il expliquait son parcours personnel et professionnel.

Figure marquante du syndicalisme et du monde paysan de l’Ouest de la France, pendant trois décennies, Henri Baron s’est éteint ce week-end. Il fut notamment président de la chambre d’Agriculture 44 de 1976 à 1992 et vice-président de la chambre régionale. Entre 1984 et 1992, Joseph Plantard, de Sion-les-Mines, a été son 1er puis son 2ème vice-président. « Il était élu en tant qu’exploitant agricole et, en 1992, dès qu’il a atteint l’âge de la retraite, il s’était retiré ».

« J’ai pris beaucoup de plaisir à travailler avec lui car il savait faire vivre une équipe. Il avait l’esprit de synthèse. Il avait une facilité d’adaptation et savait faire face à toutes les situations. Sans déroger à ses idées, il ne tombait jamais dans l’affrontement stérile, même face à ses opposants », conclut Joseph Plantard.

L’un de ses successeurs à la tête de la chambre d’Agriculture, Michel Loquet, ne dit pas autre chose. Il loue « sa capacité d’analyse et de synthèse ». « Henri Baron était un homme intègre et droit, forgé dans les valeurs de la Jeunesse agricole catholique, un visionnaire qui a ouvert l’agriculture sur la société ».

 

« Le développement de l’humain »

C’était quelqu’un de très engagé et de très militant, qui pensait l’évolution du monde rural dans la solidarité », réagit le mayennais Georges Garot, le père du ministre Guillaume Garot. « Son fil conducteur, c’était le développement de l’humain. Il s’est beaucoup battu pour une société solidaire, toujours en équipe. C’était un leader naturel, avec un bel esprit de synthèse et beaucoup de bon sens pour réaliser les choses ». Pendant longtemps, Henri Baron et Georges Garot ont été engagés ensemble dans les organisations agricoles. « On a beaucoup travaillé ensemble et échangé : lui à la Région, et moi au Parlement européen ».

Henri Baron a aussi été maire de Forcé (pays de Châteaubriant) de 1983 à 1995 et conseiller régional de 1998 à 2004. Ce socialiste engagé a aussi été candidat aux élections législatives et départementales. « C’est comme élu de l’opposition de l’époque que j’ai été amené à le connaître », rappelle Jacques Auxiette, l’actuel président de la Région des Pays de la Loire. « Peu le savent mais Henri Baron a été un président attentif et moteur du développement du bureau inter régional des régions Bretagne, Pays de la Loire et Poitou-Charentes à Bruxelles ».

 

Acteur de l’histoire de la FDSEA

Dans les années soixante et soixante-dix, Henri Baron a vécu de l’intérieur l’histoire mouvementée de la FDSEA, de l’apparition de la mouvance paysan travailleur jusqu’à l’exclusion de la fédération départementale par la FNSEA, en 1978. C’est aussi le temps des luttes syndicales et le jeune paysan s’implique dans la défense des producteurs de lait et de viande. Militantisme toujours quand, l’heure de la retraite ayant sonné, il s’était battu pour les paysans retraités.

Cet article est le 35ème paru sur ce blog dans la catégorie Personnalités et célébrations

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8 novembre 2013 5 08 /11 /novembre /2013 22:53

Le livre d’un homme d’Etat dont la vision est unique en France

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Jacques Sapir en conversation avec Jean-Pierre Chevènement, lors du colloque sur la mondialisation organisé par Arnaud Montebourg le 30 août 2011 à Paris

 

Remarquable, cette analyse par Jacques Sapir* du livre « 1914-2014 : l'Europe sortie de l'histoire? » de Jean-Pierre Chevènement 

 

L’histoire, l’Europe et l’Euro

 

Le livre que Jean-Pierre Chevènement vient de publier chez Fayard est à remarquer, et à lire, pour au moins trois raisons. Tout d’abord, il est passionnant et, n’en doutons pas, va provoquer d’importants débats. Ensuite, ce livre montre une hauteur de vue, une capacité à envisager l’histoire avec recul et sagacité dont peu d’auteurs sont capables, et encore moins des hommes politiques de premier plan. Or, Jean-Pierre Chevènement n’est pas un scientifique, un historien ou un spécialiste des relations internationales. Il est un homme politique, que l’on peut apprécier ou critiquer, mais qui est inséré dans la vie politique actuelle. C’est ce qui rend d’autant plus intéressant cet ouvrage. Enfin, les fortes conclusions de ce livre impliquent que son auteur n’a pas encore renoncé à peser sur l’histoire qu’il sait si bien analyser. Chacune de ces trois raisons est amplement suffisante pour justifier la lecture de l’ouvrage. Leur réunion en fait véritablement un livre unique.

À partir de la commémoration de la Première Guerre Mondiale (1914-1918), l’auteur dresse un tableau général de la fin du « siècle européen », siècle qui commença en fait dans les années 1850 et qui s’acheva avec la mise en place du « Marché Commun » qui préfigurait l’Union Européenne. En fait, ce livre interroge cet apparent paradoxe : comme se fait-il que la constitution de l’Union européenne, qui se voulait l’achèvement d’un mouvement commencé avec la CECA dans les années 1950 aboutisse à la disparition politique de l’Europe et des nations européennes ?

La commémoration de 1914 et l’instrumentalisation politicienne de l’histoire

L’introduction qui ouvre cet ouvrage fera date car elle fait litière des errements de la pensée que nous subissons depuis maintenant plus de trente ans. En particulier se trouve ici épinglée l’idée fausse que le besoin d’Europe est une « réaction » à la guerre de 1914-1918. En réalité, la construction mythique de l’histoire à laquelle se sont livrés les thuriféraires de l’Union européenne est soigneusement, minutieusement, et pour tout dire brillamment déconstruite par Jean-Pierre Chevènement. Il faut, pour justifier les institutions actuelles de l’Europe, construire la thèse d’une guerre survenue « par hasard » ou par « accident » et « par la faute des Nations ». Or, rien n’est plus faux, et l’auteur, s’appuyant sur de nombreux textes universitaires et les travaux de la recherche historiographique de ces quarante dernières années, le montre de manière irréfutable.

L’origine de cette guerre est bien à chercher non dans le « peuple » allemand, mais dans les élites allemandes qui ont délibérément choisi la guerre pour imposer leur domination tant à l’extérieur qu’à l’intérieur. Et c’est Joschka Fisher, l’ancien ministre des affaires étrangères de G. Schroeder qui peut soutenir que, contrairement aux apparences, le Traité de Versailles n’était pas trop dur mais trop doux. En fait, ceci peut s’expliquer par le fait que les structures tant économiques que politiques qui avaient produit la guerre en Allemagne survivaient. La question n’était donc pas tant celle des réparations, point sur lequel Chevènement donne raison à Keynes, que de la démocratisation en profondeur des structures sociales et économiques de l’Allemagne.

Mais l’origine de la « Grande Guerre » n’est hélas pas le seul point sur lequel joue une mémoire politiquement sélective qui n’hésite pas à faire disparaître les faits qui la gênent. Ce n’est pas seulement l’origine ou les causes du conflit qui ont été tordues et dénaturées par des politiciens ou des essayistes aux ordres. C’est aussi toute l’histoire de la guerre de 1914-1918 qui devrait être réécrite pour corriger les mensonges, soit directs soit par omission. Avec, pour commencer, le rôle de la Russie. La Russie n’est perçue qu’à travers l’alliance Franco-Russe avant 1914 et à travers la Révolution d’Octobre 1917. Mais qui se souvient que l’offensive des troupes russes contre l’Allemagne en août 1914 provoqua une telle panique à Berlin qu’elle imposa le retrait de nombreuses divisions du front occidental, ce qui rendit possible la victoire de la bataille de la Marne ? Si l’offensive russe fut un échec (ce que l’on ne pouvait prévoir) ce fut aussi à cause des divisions entre les généraux du Tsar.

Volonté d’ignorer le rôle de la Russie, escamotage des responsabilités des élites allemandes au profit d’une responsabilité des « nations », tel est le bilan, et il est lourd et significatif, de l’instrumentalisation politique de la mémoire aux fins de l’européisme. Le manuel franco-allemand pour les classes de premières en fournit d’autres exemples. C’est ce qu’établit précisément Jean-Pierre Chevènement. Et l’on peut y trouver l’origine de cette hubris fédéraliste qui pousse à la construction d’une Europe non-démocratique comme on le voit depuis le référendum de 2005 sur le projet constitutionnel. Car, pour les partisans du rêve fédéral, il est clair que « la souveraineté nationale, voilà l’ennemi » (…).

La question du « Sonderweg » et la place de l’Allemagne en Europe

Tout cela est juste. Il fallait le dire, et la manière dont c’est dit dans l’ouvrage est certainement un de morceaux de bravoure de Jean-Pierre Chevènement. Il ne s’en tient pas là. Suit alors une réflexion tout aussi intéressante sur la question de l’identité, tant politique, culturelle qu’économique de l’Allemagne. Le lecteur y découvrira un Chevènement attentif aux débats d’outre-Rhin, maîtrisant à merveille les basculements que l’on a connus depuis 1820 dans l’histoire allemande. En tous les cas, ces pages prouvent combien sont fausses et dénuées de tout fondement les accusations d’anti-germanisme qui ont été parfois portées contre l’auteur quand ce dernier s’autorisait des critiques justifiées de la politique allemande (…).

L’Euro et la mondialisation

La deuxième partie de l’ouvrage est certes intéressante mais incontestablement plus commune (…) Elle pose néanmoins des problèmes essentiels, qu’il s’agisse de l’internationalisation du Yuan, ou du fait que les questions douanières ont été aujourd’hui supplantées par les questions monétaires, ou encore du rapport entre valeurs spécifiques (et nationales) et valeurs universelles.

La question de l’ordre monétaire qui prévalut dans la « première » mondialisation et celui qui prévaut aujourd’hui est une question clef, qui sera d’ailleurs reprise dans la troisième partie de l’ouvrage. En effet, comment ne pas voir que la monnaie unique, l’Euro, a les mêmes effets délétères désormais que l’étalon-or ? De même qu’au tournant des années trente, l’Euro aujourd’hui pousse les pays que l’ont adopté vers des politiques de déflation dont les conséquences tant économiques que sociales sont absolument désastreuses. Les lecteurs de ce carnet connaissent mes opinions, et savent que je me bats pour que l’on dissolve la zone Euro. Ils ne seront donc nullement étonnés de me voir hautement apprécier les passages de la troisième partie du livre où Jean-Pierre Chevènement prend fortement position pour une semblable dissolution. Bien entendu, il ne s’agit pas de laisser les pays aller au gré des vents de la spéculation monétaire. Une fois retrouvées des monnaies nationales (mais nécessairement après cette dissolution de la zone Euro) on pourrait et l’on devrait penser à la constitution des formes de concertations monétaires pouvant déboucher sur une monnaie commune, utilisée avec les pays ne faisant pas partie de l’Europe. Jean-Pierre Chevènement va jusqu’à écrire : « Mais il est des circonstances où l’exigence du salut public commande la décision ». En d’autres termes, il n’hésiterait pas, s’il devait retourner au pouvoir, à agir unilatéralement si d’aventure nos partenaires devaient par trop traîner des pieds.

 

C’est une véritable vision d’homme d’État qui se révèle au lecteur, d’un homme d’État averti des réalités de la politique tant intérieure qu’internationale, et qui sait ce qui peut être fait en concertation avec des partenaires européens et ce qui doit être fait par la France, quitte à devoir le faire de manière unilatérale.

 

Cette combinaison de vision historique, d’expérience et de volonté, est peu commune dans le monde politique. Pour tout dire, elle est unique en France où des nains dansent sur les tombes de géants. C’est cette combinaison qui laisse aujourd’hui une place à l’espoir.

*Jacques Sapir

Ses travaux de chercheur se sont orientés dans trois dimensions, l’étude de l’économie russe et de la transition, l’analyse des crises financières et des recherches théoriques sur les institutions économiques et les interactions entre les comportements individuels. Il a poursuivi ses recherches à partir de 2000 sur les interactions entre les régimes de change, la structuration des systèmes financiers et les instabilités macroéconomiques. Depuis 2007 il s'est impliqué dans l’analyse de la crise financière actuelle, et en particulier dans la crise de la zone Euro.

Débat autour du livre de Jean-Pierre Chevènement à la Fondation Jean Jaurès le 12 novembre 2013 à 18h30. S’inscrire citedeslivres@jean-jaures.org

 

Cet article est le 179ème paru sur ce blog dans la catégorie CHEVENEMENT

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8 novembre 2013 5 08 /11 /novembre /2013 18:56

Adosser une perspective d’avenir à une réflexion sur le passé

 

« Le monde selon Chevènement », c’est sous ce titre que Thomas Wieder (Le Monde, 5 novembre 2013) a présenté sa critique du livre «1914-2014 : l'Europe sortie de l'histoire?» (Edition Fayard, 342 pages, 20 €). Le journaliste fait œuvre utile en soulignant des aspects méconnus de la personnalité de Chevènement, qui ressortent dans le livre.

Le monde selon Chevènement

 

Jean-Pierre Chevènement aime les questions inquiétantes. Deux ans après La France est-elle finie ? (Fayard, 2011), le voici qui récidive avec 1914-2014. L'Europe sortie de l'histoire ?

La focale s'est élargie, mais la thèse est voisine : le déclin est incontestable, mais il n'est pas inéluctable. Pour développer son analyse, le sénateur du Territoire de Belfort, président d'honneur du Mouvement républicain et citoyen, embrasse un siècle d'histoire européenne. Cela n'a l'air de rien, mais peu d'hommes politiques actuels seraient capables de le faire avec le même degré d'érudition.

 

Jean-Pierre Chevènement a le sens de l'histoire, le goût de l'histoire. Il connaît ses classiques mais a lu ses contemporains, se plaît à citer de Gaulle mais aime se référer à Tony Judt. Il est de ceux qui ont à la fois l'expérience du pouvoir et la capacité de parler avec la même hauteur de vue qu'un Poincaré et qu'une Merkel du traité de Versailles et de celui de Maastricht. C'est assez rare pour être salué.

 

UN OBSERVATEUR AVERTI

Sans surprise, on retrouve ici les obsessions de l'ancien ministre de François Mitterrand et de Lionel Jospin, mais inscrites dans une réflexion sur le temps long qui tord certaines idées reçues sur leur auteur.

Sur l'Allemagne, par exemple, dont il n'est pas le pourfendeur qu'on imagine parfois mais un observateur averti, ce qui n'interdit pas la critique mais n'empêche pas l'admiration.

Sur la construction européenne, aussi, dont il n'est pas l'ennemi que l'on caricature volontiers, même s'il en brocarde l'orientation. Sur la mondialisation, enfin, que le patriote qu'il est ne regarde pas en négateur apeuré, mais dont il décrit les métamorphoses à travers ses bipolarités successives, Allemagne - Grande-Bretagne avant 1914, Chine - Etats-Unis aujourd'hui.

 

Pour sortir de la spirale du déclin, les recettes de Jean-Pierre Chevènement sont connues. Certaines restent largement taboues, à commencer par l'abandon de l'euro comme monnaie unique. D'autres, que d'aucuns considéraient avec circonspection il y a peu, notamment au Parti socialiste dont l'auteur fut jadis l'une des figures, sont devenues familières : le « défi de la compétitivité », la nécessité de la « réindustrialisation », la promotion d'une Europe à « géométrie variable », mais aussi la conviction que la relance du « projet européen » n'est pas conditionnée par la dissolution des nations.

 

C'est peut-être là, au fond, que réside le principal intérêt de ce dense essai : dans la capacité qu'a Jean-Pierre Chevènement d'adosser une perspective d'avenir à une réflexion sur le passé. De regarder loin en arrière pour esquisser des scénarios pour demain. De rappeler, en somme, qu'il n'est pas de vision politique concevable sans un solide regard sur l'histoire.

 

Chevènement Le Mans 280111 002 TAutres présences de Jean-Pierre Chevènement dans les médias

 

Débat Chevènement-Minc dans Le Nouvel Observateur: "Hégémonique, l'Allemagne ?" (NO, 24 octobre 2013, propos recueillis par Odile Benyahia-Kouider)

 

"Les peuples ont de plus en plus conscience que les gouvernements ne sont plus capables de rien décider" (L’Opinion, Béatrice Houchard, 4 novembre 2013)

 

Ecotaxe: "Une toute petite partie du problème posé à la Bretagne" (BFM Business, Hedwige Chevrillon, 5 novembre 2013)

 

"Allons vers une grande Europe confédérale, une confédération de peuples libres" (TV5 Monde, Patrick Simonin, 6 novembre 2013)

 

 "Nous avons des pays dont il faudra restructurer les dettes" (L’Opinion, Nicolas Beytout, 6 novembre 2013)

 

Rappel : Prenant appui sur son livre, Chevènement revient dans le jeu politique - 2 nov. 2013 

 

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7 novembre 2013 4 07 /11 /novembre /2013 16:46

Bastien Faudot : « Le MRC, c’est la gauche patriote »

 

Le Mouvement Républicain et Citoyen se distingue du reste de la gauche notamment sur la question de l’Europe. Son fondateur, Jean-Pierre Chevènement, qui était l’auteur du projet socialiste préparant à l’élection présidentielle de 1981, avait, d’ailleurs quitté le gouvernement en 1983 quand le président de la République, François Mitterrand, avait ouvert la « parenthèse libérale » (voir à ce sujet 1983 : comment Mitterrand imposa au PS l'orthodoxie libérale et monétariste - 6 novembre 2013).

 

Lors des réunions interrégionales en cours (voir ce soir Nantes le 7 novembre : réunion publique POUR UNE AUTRE EUROPE - 3 novembre 2013), le MRC présente son projet d’une autre Europe (voir L'AUTRE EUROPE : le MRC explique en quoi sa position est originale - 28 septembre 2013). 

 

Conseil national MRC 240313 015 TInvité à Romilly (Aube) le 21 octobre 2013, Bastien Faudot a donné cette Interview à l'Est Eclair

Bastien Faudot : « Le MRC, c’est la gauche patriote »

Toutes ces dernières années, le MRC n’a jamais caché son euroscepticisme. Le MRC a-t-il encore un pied en Europe ?

Le MRC, c’est la gauche patriote qui a compris que pour avoir les deux pieds en Europe, il faut avoir la tête en France et non à Bruxelles, Berlin ou Washington. Les fédéralistes ont entretenu la confusion en assimilant notre volonté de bâtir une autre Europe à une posture anti-européenne. Mais ce sont eux les archaïques car leur idéal européen n’a tenu aucune de ses promesses : ni l’Europe sociale, ni la prospérité, ni la puissance ; en Espagne, en Italie ou en Grèce, un jeune sur deux est au chômage ! La monnaie unique se révèle trop cher dans la compétition mondiale et n’est pas adaptée à des pays qui ont des structures économiques aussi différentes.

Il y a pourtant une alternative, celle d’une monnaie commune qui laisserait aux nations la capacité de retrouver la souveraineté monétaire au service du développement industriel, de la croissance et de l’emploi.

 

Vous estimez que les peuples sont largement mis à l’écart des décisions prises au niveau européen. Les politiques sont-ils encore au cœur de la construction d’une Europe abandonnée au libéralisme ?

Les politiques ont la possibilité d’être acteurs de notre destin : ils n’ont pas été dépossédés de leur pouvoir par un coup d’Etat, ils se sont dépossédés de leur responsabilité par confort. Il ne tient qu’à eux de l’exercer. Mais le peuple a en effet été tenu pour quantité négligeable. L’Union européenne est une institution post-démocratique. D’abord, sa politique est aujourd’hui menée par une sorte de triumvirat coercitif dont aucun de ses membres n’est élu par les citoyens : la commission de Bruxelles, la cour de justice et la Banque centrale européenne. La seule institution élue, le parlement européen, est un théâtre d’ombres. Ensuite, lorsque les peuples sont consultés par référendum, on ignore leur réponse si elle ne correspond pas à la volonté des bien-pensants.

 

De quelle Europe rêve le Mouvement Républicain et Citoyen ?

Nous voulons l’Europe des réalités et non celle des bisounours ! Notre Europe est celle de la coopération entre les nations, pas dans un magma informel qui est d’abord l’intérêt des rentiers. Il faut une Europe certainement plus modeste sur le papier, à géométrie variable, capable de se coordonner pour bâtir des projets dont tous les peuples européens bénéficieront.

 

Cet article est le 139ème paru sur ce blog dans la catégorie MRC national.

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6 novembre 2013 3 06 /11 /novembre /2013 22:14

Le journal Fakir fait le récit de la semaine du basculement

 

La « parenthèse libérale » (comme disait Jospin) a été ouverte en 1983 par une décision du président de la République, François Mitterrand. Une longue parenthèse qui n’a pas encore été refermée. Elle avait amené Jean-Pierre Chevènement à démissionner du gouvernement.

Personnellement, j’avais vécu douloureusement cette période (j’étais alors responsable du PS en Mayenne, élu sur les bases des idées de Chevènement, en alliance avec le courant Mitterrand). J’avais écrit une longue lettre à François Mitterrand pour l’informer de mon désaccord avec son choix. Dans une lettre manuscrite, il m’avait répondu que c’était le seul choix raisonnable, compte tenu des contraintes financières.

 

Les travaux de François Ruffin et du journal Fakir permettent de comprendre ce qui s’est passé en 1983 La semaine où la gauche a basculé à droite (+ Vidéo). En dix jours se déroule un thriller politique. Le 13 mars, François Mitterrand souhaite une « autre politique ». Le 23 mars, c’est plié : ce sera le « tournant de la rigueur » et l’Europe de l’austérité. S’ouvre alors la « parenthèse libérale ». Dans laquelle nous sommes encore coincés. Voir la vidéo, excellente. Extraits.

 

14 mars 1983 : Le nœud

Hier, la gauche a subi une défaite, mais pas de débâcle. Un « avertissement », comme cause Lionel Jospin, le premier secrétaire du PS, avec trente et une villes perdues : Grenoble, Roubaix, Tourcoing, Épinal, Nîmes, etc. À l’Élysée, le président attend son Premier ministre. C’est l’heure du choix, désormais, un choix qu’il repousse depuis trop longtemps. Il relit une note, que lui a fait passer Jacques Delors, son ministre de l’économie : « Sur un an, la consommation des Français augmente de 3,7 %, mais la production intérieure que de 2,1 %. La différence est assurée par une flambée d’importations. » Le déficit commercial s’est accru de trente-deux milliards. Sur un an, le taux de couverture en produits manufacturés a baissé de dix points, passant de 88 % à 78 %. C’est net : la relance française profite aux Allemands, aux Américains, aux Japonais. Que faire, alors ? Il n’y a que deux options, et pas de troisième voie : la France doit-elle sortir du Système monétaire européen (SME), prendre des mesures protectionnistes, limiter les importations, et persister dans une politique « de gauche », volontariste, tournée vers l’industrie, vers le progrès social ? Ou doit-elle accepter la discipline du SME, lier le franc au mark, et, dès lors, procéder à un « assainissement » budgétaire, à une « désinflation compétition », bref, à de l’austérité pour l’état comme pour les salariés ? Ce nœud, il faut maintenant le trancher. Un nœud que Mitterrand a lui-même emmêlé, sciemment, depuis un an au moins.

 

14 mars 1983 : Le refus

Ce dilemme tourmente le président, ce matin. Mais il déchire le PS, comme en témoigne la presse du jour : dans Le Monde, les chevènementistes s’en prennent aux rocardiens, parlent d’« acquiescement à une fatalité », de « soumission mélancolique aux contraintes d’un environnement hostile », d’une « polémique antiprotectionniste » qui serait « la pointe avancée d’une opération politique de grande envergure », qui conduirait au « libéral déflationnisme ». Il faut trancher. Pierre Mauroy s’assied face à lui. « Je vous garde, lui annonce François Mitterrand, mais pour faire une politique économique plus tranchée qui implique la sortie du franc du SME.
— Non ! lui répond Pierre Mauroy. Je ne saurai pas faire ! Je ne suis pas l’homme d’une telle politique ! » Après ce refus, donc, l’incertitude demeure : de quel côté penchera la balance ?

 

15 mars 1983 : La conversion

La gauche a nommé, comme directeur du Trésor, Michel Camdessus, un libéral convaincu, qui deviendra bientôt directeur du FMI, qui imposera aux pays du Sud des « plans d’ajustement » draconiens. Pareil personnage n’est pas, on le devine, franchement favorable à l’« autre politique ». Il fait même tout pour s’y opposer. En lien avec le groupe Attali, il a prévenu : les caisses sont vides. Et ensemble, les deux compères se rendent ce matin au ministère du Budget. À Laurent Fabius, ils dépeignent « les conséquences terribles que pourraient avoir une sortie du franc du SME : coup d’arrêt à la construction européenne, décrochage du franc d’au moins 20 %, terrible pour les achats de pétrole et la dette ; des taux d’intérêt qui grimpent de 15 à 20 % ; un million de chômeurs en plus et, au bout du compte, un plan d’austérité de la part du FMI ». À côté de ça, les dix plaies d’Égypte sont une partie de plaisir… Jusqu’alors, Laurent Fabius est plutôt proche de l’« autre politique », favorable à une sortie temporaire du SME. À l’automne 1981, il a préparé un budget avec des dépenses publiques en hausse de 30 %, l’embauche de 200 000 fonctionnaires, 500 % d’augmentation pour la recherche, 100 % pour la culture et le travail, 40 % pour le logement, 30 % pour la justice... Après son exposé, Michel Camdessus a « vu brusquement Fabius changer de visage. Il n’avait pas perçu toutes les conséquences d’un flottement généralisé. Mais peut-être n’ai-je convaincu si facilement Fabius que parce que celui-ci savait que le Président pouvait encore changer d’avis ».

 

16 mars 1983 : La décision

Le Conseil des ministres approuve, ce matin, l’abaissement de l’âge de la retraite à 60 ans. Voilà pour la façade. Côté coulisses, le jeune Fabius a demandé rendez-vous au « Vieux », et à son tour « il va s’efforcer alors à faire comprendre les conséquences terribles que pourraient avoir une sortie du franc du SME ». C’est, semble-t-il, l’entretien décisif. Aussitôt après, François Mitterrand reçoit à nouveau Pierre Mauroy et lui demande, cette fois, « de penser à la formation d’un gouvernement dans le cadre du maintien dans le SME ». Les dés sont jetés, en principe. Mais le président n’interviendra, il l’a annoncé, à la télévision que le mercredi 23 mars. Tout peut dépendre, encore, des négociations monétaires – qui doivent se tenir ce week-end à Bruxelles (…).

 

 29 mai 1983 : Le destin

Deux mois après son départ du gouvernement, Jean-Pierre Chevènement proteste devant la convention nationale du Parti socialiste : « L’histoire nous jugera, et d’autant plus sévèrement que, à la différence de ce qui s’était passé sous le Front populaire, le peuple nous a donné, en 1981, toutes les responsabilités… Tout se passe comme si la politique gouvernementale actuelle avait pour philosophie implicite : il faut assurer la convergence des politiques économiques avec l’Allemagne et nos voisins européens… S’agit-il d’une parenthèse, selon l’expression de Lionel Jospin ? Il y a malheureusement trop de signes en sens contraire. On croit ouvrir une parenthèse, et puis on s’aperçoit que c’est un virage, et bientôt, si l’on n’a pas réagi, celui-ci prend la figure du destin ! »

Et dans son livre Défis républicains, il ajoute :

« Comme j’aurais aimé qu’en mars 1983 François Mitterrand prît davantage ses aises avec un Système monétaire européen concocté par son prédécesseur, défendu bec et ongles par toute la technostructure libérale et dont mon collègue allemand me disait avec une pointe de cynisme qu’il fonctionnait comme “un système de subventions à l’industrie allemande” ! C’eût été changer la face de l’Europe en montrant notre liberté vis-à-vis d’un carcan qu’on avait voulu nous imposer. C’eût été rester fidèle au sens que, depuis dix ans, nous avions voulu donner à notre politique. La gauche aurait perdu en 1986, mais sur ses bases, et la suite eût été différente. Le Parti socialiste eût vertébré en Europe une politique réellement alternative dont l’heure eût fini par sonner. Au lieu de cela, le Parti socialiste se coula peu à peu dans un rôle de thuriféraire de l’orthodoxie libérale et monétariste. » (…)

 

Cet article est le 145ème paru sur ce blog dans la catégorie Gauche France

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5 novembre 2013 2 05 /11 /novembre /2013 19:28

Renforcer le pouvoir des acteurs de marché face aux Etats

 

L’Union européenne a pris l’initiative de rechercher des accords bilatéraux de libre-échange avec le Canada d’une part (hors-d’œuvre) et avec les USA (plat de résistance) d’autre part.

Voir Négociation d'un accord de libre-échange entre le Canada et l'Europe - 8 sept. 2013 et Néolibéralisme en action : négociations ouvertes entre les USA et l'UE - 8 juillet 2013.

 

Un accord a été annoncé avec le Canada. Voir L'Union européenne et le Canada ont conclu un accord de libre-échange (site du ministère du commerce extérieur, 22 octobre 2013)

 

José Manuel Barroso, président de la Commission européenne et Stephen Harper, Premier ministre du Canada, ont annoncé le 18 octobre 2013 la conclusion de l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Canada. Nicole Bricq estime que cet accord, pour lequel les négociations avaient été lancées en mai 2009, peut être bénéfique pour les entreprises françaises. Cependant, la ministre exprime sa préoccupation quant à ses conséquences sur les filières viandes.

 

Dans l’attente du texte final et en l’état actuel des informations connues, Nicole Bricq estime que l'accord de libre-échange conclu entre l'Union européenne et le Canada le 18 octobre 2013 peut être bénéfique pour les entreprises françaises. Il devrait prévoir notamment :

- l’ouverture des marchés publics des provinces canadiennes ;

- une baisse des droits de douanes qui pourrait permettre à nos entreprises exportatrices de biens agroalimentaires (notamment dans le domaine des produits laitiers) et industriels une économie d’environ 227 millions d'euros par an ;

- un renforcement des flux d’investissement grâce notamment au relèvement du seuil de contrôle des autorités canadiennes pour les investissements étrangers ;

- la protection de la propriété intellectuelle, par exemple en matière de brevets pharmaceutiques ;

- une meilleure protection des indications géographiques comme le « Comté » ou le « Roquefort » ;

- l’assouplissement des monopoles des vins au Canada.

La ministre du commerce extérieur tient néanmoins à exprimer sa préoccupation quant aux conséquences de cet accord sur les filières viandes, boeuf et porc, qui connaissent aujourd’hui une grave crise en France et en Europe.

 

Voir aussi le point de vue de Patrick Le Hyaric, député au Parlement européen, sur cet accord : Fromage… ou bœuf aux hormones ? (30 octobre 2013).

 

La reprise des négociations avec les USA est imminente. Voir Les États-Unis et l'Union européenne reprennent leurs négociations de libre-échange (site de Radio Canada, 4 nov. 2013).

 

Les actes du colloque du 16 septembre 2013 de la Fondation Res Publica (voir Res Publica : le marché transatlantique, thème de la prochaine réunion - 8 septembre 2013) ont été publiés. Voir Le projet de marché transatlantique

 

Du Transpacifique au Transatlantique (Intervention de Jean-Michel Quatrepoint, journaliste économique, membre du Conseil scientifique de la Fondation Res Publica)

Le grand marché transatlantique : négocions avec fermeté et vigilance (intervention de Hubert Védrine, Ancien ministre des Affaires étrangères)

 

Projet de partenariat transatlantique de commerce et d'investissement (intervention de Xavier Bertrand, Député UMP de l’Aisne et ancien Ministre du Travail, de l’Emploi et de la Santé)

 

Le triomphe programmé du modèle américain (intervention de Jean-Luc Gréau, économiste, membre du Conseil scientifique de la Fondation Res Publica)

Débat final animé par Jean-Pierre Chevènement, Président de la Fondation Res Publica.

 

Rappel : Res Publica et traité transatlantique : exposés de Quatrepoint et Gréau - 30 sept. 2013 

Res Publica et marché transatlantique : interventions de Chevènement - 3 octobre 2013 

 

Cet article est le 141ème paru sur ce blog dans la catégorie Capitalisme

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4 novembre 2013 1 04 /11 /novembre /2013 23:06

Repenser l’Europe à partir des nations qui la composent

 

Dans une Tribune publiée par le quotidien Libération le 31 octobre 2013, Alban KETELBUTERS, étudiant en littérature à l'université du Québec à Montréal, s’est montré très sévère à l’égard de Robert Badinter, qui avait prononcé un discours après avoir reçu les insignes de docteur honoris causa à l’université libre de Bruxelles. Voir Elisabeth et Robert Badinter docteurs honoris causa de l'ULB.

Lettre à Robert Badinter : la dérive postdémocratique de l’Europe

 

Comment construire une Europe à l'image de ses peuples ?

 

Alors que vous receviez le titre de docteur honoris causa, vous avez récemment prononcé à l’université libre de Bruxelles un discours sur l’Europe. Si le projet hugolien des Etats-Unis d’Europe a constitué une utopie universaliste, il est aujourd’hui instrumentalisé à des fins politiques par les ennemis de l’universalisme. Le 29 mai 2005  a officialisé cette dérive post-démocratique de l’Europe. ­Affirmer en 2013  que l’Europe «s’est construite démocratiquement par la libre adhésion des peuples», comme si cela correspondait à la réalité du temps présent, est une éclatante contrevérité.

 

Déni de démocratie

Les Français ont rejeté la Constitution européenne qui sacralisait l’union du fédéralisme et du néolibéralisme. Le traité de Lisbonne en conserve pourtant la substance. Vous dites avoir «mesuré ce que signifiait dans toute [son] horreur, le totalitarisme». Mais qu’est-ce qu’un déni de démocratie lorsqu’il recouvre des enjeux aussi fondamentaux ? Aurait-il fallu dissoudre le peuple, comme le préconisait Brecht ? Nos élites paient le prix de cette impunité par une adhésion croissante aux thèses nationalistes de l’extrême droite.

Vous évoquez un «désenchantement à l’égard de la construction européenne». Faible mot pour qualifier l’authentique rejet d’une Europe postdémocratique, technocratique et entachée par le néolibéralisme. Vous parlez de «pessimisme injustifié». La Banque centrale européenne (BCE) établie à Francfort est indépendante, déconnectée du suffrage populaire, et ne mène aucune politique en faveur de l’emploi. Est-il raisonnable de s’en féliciter ?

Votre discours relègue au rang d’accessoire le fond de la politique. Le «rayonnement de l’UE à l’étranger» est invoqué pour masquer le chômage de masse, le recul de l’espérance de vie et la démolition des acquis sociaux : réforme des retraites, «flexisécurité» de l’emploi et autres oxymores incongrus, libéralisation des services publics. Sans oublier la traque des Roms et les 84 millions de citoyens européens ­vivant en dessous du seuil de pauvreté. L’Europe a beau jeu de se réclamer des droits de l’homme. Le préambule de la Déclaration universelle se donnait pour mission de libérer les hommes de la misère. Pourquoi les peuples, écrasés par une mondialisation présentée comme irréversible – la gauche n’a pas vocation à accompagner l’ordre «naturel» des choses – se détournent-ils d’après vous du projet européen ?

 

Conséquences sociales dramatiques

Comme le résume Chevènement : «L’Europe, c’est à la fois le rejet de l’horreur et de la honte. Il faut qu’il y ait une césure, qu’une page blanche se soit ouverte en 1945 avec Jean Monnet, Robert Schumann, Alcide De Gasperi et Konrad Adenauer, comme si on était en Amérique, avec les Etats-Unis d’Europe […] On ne voulait pas prendre en considération le fait que l’Europe était faite de nations millénaires.» Une Europe républicaine se pense dans le prolongement des nations et de leur diversité. A contrario, du fédéralisme résulte un Etat supranational dans lequel aucun peuple ne se reconnaîtra. Tel est déjà le cas à l’égard de la Commission européenne : combien de Français s’identifient à José Manuel Barroso, Catherine Ashton ou Viviane Reding ? Comment pourraient-ils seulement connaître leurs visages ? Ces commissaires au cœur de la poli­tique européenne sont eux aussi étrangers au suffrage universel.

 

Le fédéralisme européen signerait la fin de la République. Les accords transatlantiques entre l’UE et les Etats-Unis – dissimulés lors de la campagne présidentielle – n’auront pas seulement des conséquences sociales dramatiques pour les peuples, ils signent la vassalisation de l’Europe, désormais conçue par nos élites et les dirigeants américains comme le prolongement des Etats-Unis d’Amérique face à la montée en puissance de la Chine.

Tant que l’Europe ne sera pas repensée démocratiquement à partir des nations qui la composent, les peuples la rejetteront. L’affirmer c’est défendre la refondation républicaine et progressiste d’une Europe à la dérive. Les peuples européens méritent tellement mieux.

 

Cet article est le 132ème paru sur ce blog dans la catégorie France et Europe

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4 novembre 2013 1 04 /11 /novembre /2013 21:37

Sur 6 ans (2014-2019), un budget égal à 1,5 % du PIB

 

Jean-Pierre CHEVÈNEMENT s’exprime librement au Sénat sur les différents thèmes abordés. Mais, quand il s’agit des questions militaires, le groupe du Rassemblement Démocratique et Social Européen, dont il est membre, le mandate souvent pour s’exprimer en son nom.

 

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C’est ainsi que le Vice-Président de la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées du Sénat est intervenu, le 21 octobre 2013, dans le cadre du débat sur la loi de programmation militaire.

 

La France doit rester une grande puissance politique et militaire

 

Monsieur le Ministre,

I - Je veux d’abord saluer, en mon nom propre et au nom du groupe RDSE, l’effort qui a été le vôtre, tenace, courageux et en définitive couronné de succès, pour obtenir du Président de la République un arbitrage financier couvrant les six années de la Loi de Programmation militaire (2014-2019), à hauteur de 190 milliards d’euros en valeur 2013 – et non pas en valeur courante, rassurez-nous – de ressources totales dont 183,86 milliards de crédits budgétaires. Ce chiffre qui correspond à 1,5 % du PIB est sans doute la limite basse extrême de l’effort de défense nécessaire au maintien d’un outil de défense performant, au-dessus et même très au-dessus des esquisses dessinées par le Ministère de l’Economie et des Finances avant l’arbitrage présidentiel. Sans doute le Ministère de la Défense doit-il contribuer à l’effort de rigueur auquel s’astreint l’Etat en vertu des engagements européens auxquels il a souscrits. Mais la question se pose de savoir si ceux-ci sont à terme compatibles avec le maintien du rang stratégique et militaire de la France.

Nos armées viennent d’apporter encore une fois, au Mali, la démonstration éclatante de leurs capacités. Elles font l’admiration de tous, et particulièrement de ceux qui ont pu rencontrer sur place nos soldats. La France a fait la preuve de sa réactivité politique au plus haut niveau, de l’excellence de son outil militaire et des hommes qui le servent, et enfin de la capacité diplomatique que lui donne en particulier sa qualité de membre permanent du Conseil de Sécurité de l’ONU.

 

La loi de programmation militaire, par un véritable tour de force, de rigueur et d’imagination permet d’apporter à cette question du maintien du rang stratégique de la France une réponse positive, pour autant que de nouvelles secousses économiques ou géostratégiques ne viendront pas bouleverser notre environnement. La loi de programmation militaire nous achemine vers un modèle d’armées qui, à l’horizon 2025, devrait permettre à celles-ci de remplir leurs missions, avec des équipements performants, un niveau de préparation opérationnel suffisant, une condition militaire maintenue à un niveau satisfaisant, et cela malgré l’effort exceptionnel de réduction de format engagé déjà depuis 2009 par la précédente loi de programmation militaire, au total 88 000 suppressions de postes. En 2019, la mission Défense permettra de rémunérer 235 940 équivalents temps plein dont 220 000 militaires. Format réduit au minimum, il est vrai compensé par des équipements de haute technologie.
Comme l’a déclaré, devant la Commission des Affaires étrangères et de la Défense, l’Amiral Guillaud, Chef d’Etat-Major des Armées, « la Loi de programmation militaire permet ainsi de conjuguer engagement opérationnel et préparation de l’avenir. »

II – Un mot d’abord, Monsieur le Ministre, sur l’environnement géostratégique
(…)

III – Ce qui est important, Monsieur le Ministre, c’est le maintien de notre autonomie stratégique, au bénéfice de la liberté d’action de la France
(…)

IV – J’en viens maintenant, Monsieur le Ministre, à notre capacité d’intervention sur des théâtres extérieurs (…)

V – A ce stade de mon propos, Monsieur le Ministre, je voudrais évoquer la question des hommes (…)

 

VI – Ces considérations m’amènent naturellement à souligner les tensions qui risquent de marquer l’application de la loi de programmation (…)

 

VII – Un mot encore Monsieur le Ministre, sur les conséquences de l’étalement de nos programmes sur les industries de défense (…)

 

VIII – Avant de conclure, je voudrais présenter une dernière observation sur l’aspect normatif de la LPM (…)

 

Cet article est le 36ème paru sur ce blog dans la catégorie Chevènement sénateur

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