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  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine autour des idées de Jean-Pierre Chevènement. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens après les élections de 2002.
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17 novembre 2013 7 17 /11 /novembre /2013 23:34

Le changement de politique reste à faire et à réussir

 

Pour des raisons personnelles, je n’ai pas eu la disponibilité ces derniers mois pour relancer le réseau CiViQ sur de nouvelles bases, comme j’en avais l’intention au début de cette année. C’est maintenant possible. Ce sera fait dans le mois qui vient. Voir République exemplaire CiViQ 2013, notamment les articles suivants :

République exemplaire : le lien associatif citoyen créé par Michel Sorin - 11 avril 2013

Mutation du réseau associatif CiViQ (Citoyenneté et Vie Quotidienne) - 11 février 2013

Les raisons de créer des groupes CiViQ, les mêmes qu'en octobre 2007 - 10 février 2013 

Préparons la reconstruction citoyenne du pays avec des comités CiViQ - 8 février 2013 

Michel Sorin : pour rassembler la gauche, il faut une initiative citoyenne - 2 février 2013 

 

Depuis avril, le peuple français a montré des signes d’impatience, voire d’incompréhension, à l’égard des dirigeants politiques, François Hollande et Jean-Marc Ayrault, qui sont à la tête de l’Etat. Ce n’est pas leur personne, fort respectable, qui est en cause, mais leur capacité à conduire une politique de redressement national en changeant le cadre de la politique européenne.

 

Le risque est grand de voir la mondialisation déboucher sur une crise démocratique de grande ampleur. L’Europe s’enlise dans une stagnation économique persistante qui ne semble pas préoccuper ses dirigeants, qui ont les yeux rivés sur les marchés financiers et les profits des groupes économiques dominants. Les peuples ne trouvent pas leur compte dans cette pseudo « construction européenne » qui déconstruit l’organisation sociale mise en place depuis 1945 au niveau national.

 

Cette 2ème mondialisation doit être comparée à la 1ère, qui s’est achevée en 1914, comme l’indique Jean-Pierre Chevènement  dans son livre 1914-2014 : l'Europe sortie de l'histoire?  (Fayard, octobre 2013, 342 pages, 20 euros).  

 

Pendant un siècle, l’Europe est progressivement sortie de l’Histoire. Il serait temps de redresser la barre. C’est sur ce point que l’homme d’Etat qu’est Jean-Pierre Chevènement peut être utile à la France et à l’Europe. Le président de la République pourrait être amené à lui demander de conduire le changement à la tête d’un nouveau gouvernement.

 

Dans cette perspective, il aura besoin de citoyens motivés et actifs, oeuvrant à leur niveau pour redresser le pays. Ce sera le rôle de CiViQ de contribuer au renouveau de la démocratie, tout particulièrement aux niveaux local et européen. Nous y reviendrons prochainement.

 

 Cet article est le 9ème paru sur ce blog dans la catégorie Réseau CiViQ

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16 novembre 2013 6 16 /11 /novembre /2013 21:59

L’Europe est la question clé pour changer de politique

 

On ne peut pas laisser grignoter la souveraineté des Etats par une « construction » européenne qui montre son incapacité à résoudre les problèmes posés aux peuples qui adhèrent actuellement à l’Union européenne. C’est insupportable. Changer l’Europe est une nécessité absolue. C’est ce que clame le Mouvement Républicain et Citoyen lors de ses rencontres préparatoires à la Convention pour une autre Europe, qui aura lieu à Paris le 30 novembre. Voir L'AUTRE EUROPE : le MRC explique en quoi sa position est originale - 28 septembre 2013.

 

2014 est l’année des élections européennes et le peuple français est appelé à désigner ses 74 députés au parlement européen. Le Mouvement Républicain et Citoyen est d’ores et déjà sur le pont pour préparer cette échéance qui doit être l'occasion d'un grand débat pour une autre Europe. Notre campagne des européennes s'ouvrira avec la Convention pour une autre Europe qui se tiendra à Paris à La Bellevilloise le 30 novembre prochain.
Le texte d'orientations "Une autre Europe" adopté en conseil national est la base programmatique pour le MRC soumise à la discussion des adhérents. La matinée de la Convention pour une autre Europe sera l'occasion de l'enrichir en intégrant, après débat, les amendements proposés par les militants des fédérations et les réunions publiques en circonscriptions avant un vote en fin de matinée.

L'après-midi sera pour nous l'occasion d'échanger en présence des partis de gauche sur la question européenne pour faire vivre un débat qui est de plus en plus majeur pour sortir la France de la crise et lui donner un avenir. Le MRC s’engage dans une réorientation de la construction européenne pour stopper l’austérité, le chômage, les délocalisations, les licenciements qui ruinent notre pays et notre souveraineté. Fort de nos analyses depuis le traité de Maastricht en passant par le traité constitutionnel de 2005 et le TSCG de 2012, nous pensons qu’il est urgent de donner un autre cap à l’Union européenne pour construire une Europe des Nations et non plus des marchés.
Le scrutin de 2014 doit être l’occasion pour chacun de s’exprimer sur une Europe à la dérive et nous entendons y participer pleinement.

Voir Convention pour une autre Europe: participez aux débats du 30 novembre 2013

MRC conseil national 300613 007 TCette Convention s’inscrit dans le cadre des orientations du MRC, rappelées par le président Jean-Luc Laurent dans l’édito du numéro spécial Université d'été de Citoyens Militants :

Notre Université d’été 2013* a été un succès. Nous avons pu débattre, échanger, affiner notre projet dans un cadre agréable et avec des invités qui nous ont stimulés. Je tiens à remercier les organisateurs et l’ensemble des participants qui ont permis la réussite de cette édition 2013. La présence du ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, a, en outre, témoigné de notre soutien à la majorité avec un regard critique et une liberté de ton que nous n’hésitons pas à employer. Il nous faut maintenant penser à demain. Forts de ces débats, nos idées doivent être portées dans le pays et les deux scrutins de 2014 sont un moyen de nous faire entendre.

 

Le MRC, une identité propre au sein de la majorité

 

Après une longue série d’élections partielles toutes perdues par la majorité, la cantonale de Brignoles sonne comme un nouveau coup de semonce. La moitié des élections partielles s’est traduite par une élimination de la gauche dès le premier tour. La majorité doit maintenant ouvrir les yeux : il n’y aura pas de redressement national, pas de lutte efficace contre le Front national sans véritable réorientation de la construction européenne. Le terreau du Front national est la crise à la fois économique, sociale et politique. Le devoir de la gauche est d’apporter des réponses concrètes aux inquiétudes.

 

Sortir la France de l’ornière est une ambition qui demande une énergie constante. C’est ce choix que nous avons fait en soutenant François Hollande en 2012 ; aujourd’hui, le MRC se bat pour la réussite de la majorité en faisant des propositions pour améliorer le budget, le pouvoir d’achat, promouvoir une politique active de l’emploi. L’Europe, question clef.

 

Le coeur du réacteur est de changer l’Europe : on ne peut pas continuer ainsi à contraindre les Etats par des politiques d’austérité, sous couvert de rééquilibrage budgétaire, continuer à remettre en cause la souveraineté des nations sans voir les conséquences sur l’Homme derrière la politique du chiffre.

 

L’esprit du triple B, Bercy, Bruxelles, Berlin, est aujourd’hui notre adversaire comme la finance fut l’adversaire de François Hollande candidat : seule une réorientation en profondeur de l’Europe permettra de redresser la France et de donner un horizon à notre nation.

Il est donc important que nous soyons présents le 25 mai 2014 lors des élections européennes.

 

Convention pour une autre Europe : lancer notre projet

 

C’est pourquoi nous tenons le 30 novembre prochain notre Convention pour une autre Europe afin de préparer notre projet pour 2014 (vous trouverez un bulletin d’inscription dans ce numéro). Dans la situation actuelle, peut-on, en effet, se permettre d’être absents ? Les faits nous donnent aujourd’hui raison, nous devons faire de ce scrutin l’occasion de porter nos analyses et nos propositions.

J’ai également engagé avec les secrétaires nationaux un « tour de France pour une autre Europe » afin d’exposer nos idées dans les grandes circonscriptions européennes d’ici la Convention. En écoutant la voix de chacun, nous pourrons décider du projet que nous proposerons pour répondre aux attentes des Français (…).

 

* Rappel : Université d'été 2013 MRC : le récapitulatif des interventions (vidéos) - 21 septembre 2013 

 

Cet article est le 140ème paru sur ce blog dans la catégorie MRC national.

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15 novembre 2013 5 15 /11 /novembre /2013 23:57

Un livre d’histoire et de brûlante actualité pour le débat public

 

Le 12 novembre 2013, la "Cité des livres" de la Fondation Jean Jaurès recevait, Cité Malesherbes, l'auteur d'un opuscule qui fera date 1914-2014 : l'Europe sortie de l'histoire?  (Fayard, octobre 2013, 342 pages, 20 euros). Le même auteur, Jean-Pierre Chevènement, pour son précédent ouvrage « La France est-elle finie ? », chez le même éditeur, avait reçu le prix du livre politique 2011.

 

Dans son numéro de novembre, la revue Esprit Critique avait proposé une critique du livre par Thierry Germain (voir Le livre de Chevènement sous la critique de la Fondation Jean Jaurès - 14 novembre 2013). 

 

Fondation-J-Jaures-livre-Chevenement-121113-007-T.jpgJean-Pierre Chevènement a commencé par indiquer que la Cité Malesherbes lui rappelait de bons souvenirs puisque c’était le siège du parti socialiste en 1971 et, donc, le lieu de travail des responsables du PS après le congrès d’Epinay. Il se souvient aussi, étudiant de Sciences Politiques à Paris mais aussi frontalier avec l’Allemagne, avoir rédigé en 1960 un mémoire de 160 pages sur la droite nationaliste allemande.

 

Puis il en vient à parler de son livre qui devait avoir pour titre « D’une mondialisation l’autre » car son objet est de mettre en évidence les ressemblances et différences entre les deux mondialisations, les modifications de la hiérarchie des puissances, les tensions politiques et militaires, qu’elles ont entraînées.

 

Lors de la 1ère mondialisation, l’Allemagne avait multiplié par 3 sa production entre 1875 et 1914, beaucoup plus que la Grande-Bretagne et la France. L’empire britannique s’inquiétait du développement des équipements de la flotte de guerre allemande à la fin du 19ème siècle. En fait, la guerre 14-18 n’est pas du tout une guerre franco-allemande. L’Allemagne se battait sur deux fronts. L’offensive russe en Allemagne a soulagé l’armée française. La rivalité entre la Grande-Bretagne et l’Allemagne, née de la première mondialisation, a été déterminante dans le déclenchement de la guerre.

 

La deuxième mondialisation est marquée par la croissance exceptionnelle de la Chine, qui n’avait pas été prévue par le business américain (200 milliards d’excédent de la Chine envers les USA et autant avec l’Union européenne. La théorie de l’hegemon dans la mondialisation spécifie que le marché est soumis à une puissance hégémonique. La Grande-Bretagne a laissé la place aux USA en 1945.

 

Les responsabilités allemandes dans le déclenchement de la guerre en 1914 sont clairement établies. L’allié austro-hongrois était un empire vacillant quand fut assassiné l’héritier de la famille régnante. L’Allemagne, en faisant pression pour que son allié déclare la guerre à la Serbie, pensait à un conflit localisé qui consoliderait l’Autriche-Hongrie. Elle imaginait que la Russie n’allait pas soutenir son allié serbe, ce qui était une erreur. En fait, l’Allemagne a engagé une guerre préventive (un plan existait depuis 1905), anticipant une menace russe prévue en 1917 et violant la neutralité de la Belgique, pourtant garantie par la Grande-Bretagne. C’était mal juger des intentions de celle-ci, qui ne voulait pas voir l’Allemagne dominer l’Europe.

 

En envahissant la Belgique, elle pouvait s’attendre à ce que la guerre s’étende à l’Europe entière et devienne mondiale car il était prévisible que la Grande-Bretagne ferait appel à son allié américain. Celui-ci assura un soutien logistique jusqu’à ce qu’il entre directement dans le conflit en 1917. En réalité, la 1ère guerre mondiale a été décidée par l’Allemagne, le chancelier ayant déclaré « Nous sautons dans le noir », sous l’influence de l’état-major de l’armée, qui voulait la guerre et s’est emparé du pouvoir. En 1918, le dernier gouvernement de l’empereur Guillaume II a demandé l’armistice, considérant que ce serait une trêve.

 

L’idéologie du pangermanisme a beaucoup compté dans la décision de l’Allemagne. Celui-ci était un mouvement élitaire qui a compté au maximum 40 000 membres, divisé en deux courants, l’un voulant un empire colonial en Afrique, l’autre recherchant un empire en Europe, avec des transferts de populations. La Ligue pangermaniste avait accès aux centres de décision, contrairement aux groupes nationalistes en France, qui n’avaient pas accès au pouvoir. L’opinion allemande, pas plus que la française, ne souhaitait pas la guerre. En fait, elle a duré quatre ans et demi et fait 11 millions de morts. Mais la responsabilité des peuples n’est pas engagée.

 

Le deuxième Reich était une alliance forte de deux composantes, l’aristocratie foncière et militaire à l’est et les industriels de la Ruhr à l’ouest, réalisant un développement économique de grande ampleur, qui a conduit à la suprématie allemande sur l’économie française. Sans déclencher la guerre, l’Allemagne aurait dominé l’Europe. Mais la Grande-Bretagne s’y est opposée.

 

L’Allemagne avait accepté les 14 points de Wilson en 1918 pour éviter que son territoire soit divisé. Mais la défaite de Wilson aux élections américaines et le refus du Sénat de ratifier le traité de Versailles ont déséquilibré ce traité (absence de garantie des USA, prééminence de l’armée française) et favorisé l’esprit de revanche des allemands, pour qui la défaite n’en était pas une car le sol allemand avait été préservé. Après 1920, l’industrie allemande est repartie et le militarisme bismarckien est revenu. Hitler, ensuite, introduisit une rupture. Mais il aura fallu la défaite complète de 1945 pour expurger le pangermanisme.

 

L’Europe était ensuite une bonne idée mais elle a été lancée sur la base de présupposés erronés. Il faut repenser l’Europe à la lumière des défis du 21ème siècle. Il faut une autre organisation. Pourquoi ne pas aller jusqu’à la Russie et y associer les pays du sud de la Méditerranée ? Il y a besoin d’une vue mondiale pour concevoir une Grande Europe, bâtie sur les nations. Une Europe à géométrie variable, en corrigeant l’erreur initiale de la monnaie unique pour faire de l’euro une monnaie commune. Faire l’Europe à partir des nations, c’est un projet viable dans un monde dominé par les USA et la Chine.

 

Après cet exposé introductif, Jean-Pierre Chevènement a répondu aux questions de l’auditoire.

 

Cet article est le 182ème paru sur ce blog dans la catégorie CHEVENEMENT

 

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14 novembre 2013 4 14 /11 /novembre /2013 21:44

« Lisez Chevènement, c'est de la politique, pour de vrai »

 

Fondation J Jaurès livre Chevènement 121113 007 TLe 12 novembre 2013, la "Cité des livres" de la Fondation Jean Jaurès recevait l'auteur d'un opuscule qui fera date 1914-2014 : l'Europe sortie de l'histoire?  (Fayard, octobre 2013, 342 pages, 20 euros). Le même auteur, Jean-Pierre Chevènement, pour son précédent ouvrage « La France est-elle finie ? », chez le même éditeur, avait reçu le prix du livre politique 2011.

 

Dans son édition de Novembre 2013, la revue "Esprit critique" de la Fondation Jean Jaurès a publié la critique de Thierry Germain. Voir Esprit critique - Publications - Fondation Jean-Jaurès. Extrait (2ère partie). Rappel (1ère partie) : Fondation Jean Jaurès : le livre de Chevènement vu par Esprit Critique - 13 novembre 2013 

 

 

1914-2014 : l’Europe sortie de l’Histoire ?

 

(…) Pour la monnaie, il y voit le signe le plus évident d’une Europe libérale « piégée dans la deuxième mondialisation » et qui, loin de permettre aux Européens d’affronter la globalisation, les empêche en fait de le faire. Faisant fi de l’hétérogénéité des situations, durablement surévalué, bâti hors des peuples et très largement au profit d’une puissance (l’Allemagne) qu’il était tout au contraire censé mettre au service d’un continent mieux équilibré, l’euro est « un dogme qui coûte cher ». Revenant sur les sommets européens (et notamment celui des 9 et 10 mai 2010), il en détaille les choix faits au nom de sa préservation à tous prix de la monnaie unique, avec à la clé une cascade de plans de sauvetage et l’austérité généralisée sur le continent.

 

Rôle et fonctionnement de la Banque centrale européenne (BCE), distorsions compétitives, déséquilibres Nord/Sud, absence de politique de changes, crise de l’emploi : ces éléments sont rappelés mais l’auteur va plus loin. En évoquant la construction d’un continent réellement harmonisé et donc les transferts massifs que sous-entend selon lui la réussite d’une monnaie unique, il démontre du même coup les limites des ajustements qui pourraient être réalisés autour de politiques de convergences, voire d’un gouvernement économique. D’autant qu’il faut bien prendre en compte le déficit démocratique profond dans lequel se trouve aujourd’hui l’Europe.

 

Concernant l’hégémon, Jean-Pierre Chevènement insiste sur trois aspects : l’absence de régulation du capitalisme depuis la première mondialisation, la question centrale de la démocratie au sein de cet ensemble mondialisé, la question toujours posée de l’hégémonie en son sein. « Faire revenir l’Europe dans l’histoire », c’est donc l’investir pleinement dans ce besoin criant de régulation qui caractérise la mondialisation économique, et rompre ainsi l’inquiétant face-à-face qui s’organise peu à peu entre les Etats-Unis et la Chine.

 

Pour cela, il faut restaurer l’équilibre interne de notre continent en s’appuyant d’abord, au juste croisement de l’indispensable bataille pour la compétitivité et des acquis de la République, sur un véritable projet français. L’enjeu central est de « reconquérir notre souveraineté pour la mettre au service d’un véritable projet européen ».

 

Comment y parvenir ? Pointant l’insuffisance des mécanismes européens (MES) face aux enjeux affrontés, énonçant le dilemme de l’Allemagne – entre la préservation de sa compétitivité (largement acquise au détriment des autres pays du continent) et son rôle central dans la construction européenne –, démontrant à quel point les élites françaises et européennes ont refusé jusqu’à présent de réellement interroger les mécanismes profonds de la construction européenne telle qu’engagée, l’auteur appelle à un sursaut autour de quatre points majeurs :

 

– Poursuivre l’Europe autour des nations (nations « post-nationalistes » s’entend), avec la création notamment d’une assemblée juxtaposant les parlements nationaux, la nécessaire revalorisation du Conseil européen et la mise en place d’une gouvernance à géométrie variable (notamment dans le cadre de la politique économique et monétaire) ;

 

– Pour, dans cette confédération, redonner à chaque nation sa responsabilité tout en préservant l’Europe, remplacer la monnaie unique par une monnaie commune, l’une des propositions phares du sénateur de Belfort. Constatant l’impossibilité d’un plan de sauvetage économique qui s’appuierait sur la BCE (refus de l’Allemagne, poids des statuts, hétérogénéité des situations nationales), Jean-Pierre Chevènement prône une monnaie commune qui permettrait de retrouver des mécanismes internes d’ajustement entre les différentes économies ;

 

– Cette politique se ferait d’abord en refondant la relation franco-allemande dans de nombreuses dimensions, puisque « les nations ne se laissent pas résumer à leurs chiffres d’affaires » ;

 

– Enfin, il s’agirait d’entreprendre la mise en oeuvre de cette politique au niveau d’une « grande Europe » dont les deux partenariats stratégiques seront à l’Est (en premier lieu la Russie) et au Sud (la Turquie et les pays du nord de la Méditerranée).

 

Rien de bien neuf, diront certains. La constance en politique peut être une vertu à ne pas négliger. Et un responsable qui embrasse l’histoire, la géographie, l’économie et la politique avec une vue à la fois large et profonde peut, agréablement, nous changer de ceux dont l’horizon semble se résumer à d’hypothétiques points de croissance ou quelque inespéré retournement de conjoncture.

 

Même si c’est pour bien vous assurer de vos désaccords, lisez Chevènement. C’est de la politique, pour de vrai.

 

Cet article est le 181ème paru sur ce blog dans la catégorie CHEVENEMENT

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13 novembre 2013 3 13 /11 /novembre /2013 14:45

Lisez Chevènement, "c'est de la politique, pour de vrai"

 

Hier soir, la "Cité des livres" de la Fondation Jean Jaurès recevait l'auteur d'un opuscule qui fera date 1914-2014 : Fondation J Jaurès livre Chevènement 121113 007 Tl'Europe sortie de l'histoire?  (Fayard, octobre 2013, 342 pages, 20 euros). Le même auteur, Jean-Pierre Chevènement, pour son précédent ouvrage chez le même éditeur, avait reçu le prix du livre politique 2011. La plus belle récompense à faire à l'auteur pour ce livre d'histoire qui se prête au débat public, serait qu'il soit entendu au sommet de l'Etat. Cela viendra, quand le président de la République ne pourra faire autrement...

 

Dans son édition de Novembre 2013, la revue "Esprit critique" de la Fondation Jean Jaurès a publié la critique de Thierry Germain. Voir Esprit critique - Publications - Fondation Jean-Jaurès. Extrait (1ère partie).    

 

1914-2014 : l’Europe sortie de l’Histoire ?  

    

(...) S’il faut claquer les longues et blêmes figures des européistes égarés, autant le faire bien. Au lieu de faire fructifier à coup de « Je vous l’avais bien dit » un indéniable capital de clairvoyance politique, le fondateur du CERES a décidé de remettre sa mise sur le tapis et de s’employer, aujourd’hui plus que jamais, à convaincre du bien-fondé de ses intuitions et propositions.  

 

Des logiques par trop libérales qui sous-tendaient le traité de Maastricht au poids très profondément déséquilibrant de l’Allemagne dans la construction européenne, des risques de la désindustrialisation à outrance aux vices (à peine) cachés de l’euro, l’on pourrait multiplier les sujets sur lesquels il eut été profitable de mieux entendre les remarques répétées de Jean-Pierre Chevènement.    

 

Une bonne raison de jeter les yeux sur son dernier opus. D’emblée, le coeur du sujet est dévoilé : face à une crise de l’euro qui est d’abord celle de l’Europe, l’enjeu est de trouver les voies et moyens de poursuivre au XXIe siècle, via l’Europe toujours, l’histoire des nations européennes. Pour cela, Jean-Pierre Chevènement s’emploie à revisiter l’histoire du continent européen sur les cent années qui nous séparent de la première grande conflagration mondiale.  

 

Il ne s’agit pas pour l’auteur de « simplement » cerner les engrenages qui provoquèrent cette guerre puis la seconde, et de bien mettre en valeur les liens étroits entre les deux conflits, mais surtout d’analyser les causes et effets de la première puis la seconde mondialisation, c’est-à-dire celle qui provoqua la crise de 1914 et celle que nous vivons aujourd’hui, en 2014. En analysant et en comparant ces deux mondialisations par le prisme du destin de l’Europe, Jean-Pierre Chevènement entend dessiner un chemin pour notre continent au XXIe siècle.      

 

Le premier conflit mondial fut une guerre préventive déclenchée par l’état-major allemand pour rompre un encerclement prétendu du pays. Si l’auteur détaille les événements et positions qui menèrent à une telle issue (unité allemande, pangermanisme, rôle des élites) et s’il revient sur les causes plus profondes encore de la guerre (rivalités économiques, financières et géopolitiques), il pointe surtout le lien très étroit entre la première mondialisation, le défaut de sa régulation concertée entre les nations et par voie de conséquence les conflits d’hégémonie qui conduiront à la saignée mondiale.  

 

Un diagnostic qu’il étend au second conflit mondial, mêlant les deux conflagrations dans une même séquence générale, celle d’un capitalisme qui en se mondialisant laisse à des acteurs présents en 1914 comme en 1940 le soin de régler par la guerre les inévitables questions d’hégémonie. Analysant ainsi les rouages qui mènent de la Première à la Seconde Guerre mondiale (absence de vision économique de la paix, rapports de forces internes à l’Allemagne, attitude des Alliés), il conclut : « ce que les démocraties n’ont pas su faire, les guerres, à quel prix, l’ont réalisé ».  

 

De fait, en 1945, les Etats-Unis sont installés dans la position hégémonique qui est toujours la leur. Quant à l’Europe, sous l’impulsion de gens qui font porter aux nations tout le poids des guerres, intègrent comme une donnée intangible la domination américaine et sont déterminés d’abord par des logiques libérales, elle s’engage dans une aventure supranationale qui, par diverses étapes, finira par la conduire au déclin.  

 

Personne ne sera surpris de voir Jean-Pierre Chevènement faire ainsi le procès d’un « européisme » qui est d’abord selon lui un économicisme, et dont le représentant le plus symbolique est bien sûr Jean Monnet. En comparant trait à trait la première et la seconde mondialisation, dont il décortique avec un réel à-propos les travers les plus saillants (déréglementation, financiarisation) et les traits les plus remarquables (émergences, montée en puissance de la Chine), il pointe que les deux différences majeures entre 1914 et aujourd’hui concernent la monnaie et l’hégémon, et en tire deux fortes leçons pour notre continent tel qu’il est aujourd’hui organisé (...).  

 

  Cet article est le 180ème paru sur ce blog dans la catégorie CHEVENEMENT

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11 novembre 2013 1 11 /11 /novembre /2013 22:02

"Jamais la situation de l’Europe n’a été aussi menaçante"

 

Le 11 novembre en France est le jour où les citoyens se rassemblent autour des monuments aux morts. Dans ma ville, c’était hier parce que, le dimanche, il y a plus de présents, et aussi parce que les anciens combattants veulent aller à Laval participer à la cérémonie le jour du 11 novembre.

A Paris, la commémoration a été entachée par des manifestations d’hostilité à la personne du président de la République. Voir Hollande hué: l'homme du sursaut citoyen face aux fachos (l’Humanité, 11 novembre 2013). Voir, à ce sujet, les réflexions de Claude Nicolet sur son blog et de Jean-Pierre Chevènement :  "Il faut condamner ces manifestations totalement inadmissibles un 11 novembre" (11 novembre 2013).

 

Ces commémorations sont l’occasion de chercher à comprendre ce qui a conduit à cette guerre en 1914. Voir Armistice du 11 novembre 1918 : la guerre ne s'est terminée qu'en 1945 - 10 novembre 2013 (entretien du JDD avec Jean-Pierre Chevènement).

 

Le Dernier discours de Jean Jaurès contre la guerre et l'appel à un sursaut

 

La veille du déclenchement de la Première Guerre mondiale, le 31 juillet 1914, Jean Jaurès était assassiné à Paris. Pratiquement une semaine avant, il avait prononcé le 25 juillet, à Lyon-Vaise, ce qui devait être son dernier discours. Le député du Tarn dressait alors un tableau aussi réaliste qu'alarmiste de la situation en Europe (merci à Hervé Crouzet) :

 

Citoyens,

 

Je veux vous dire ce soir que jamais nous n’avons été, que jamais depuis quarante ans l’Europe n’a été dans une situation plus menaçante et plus tragique que celle où nous sommes à l’heure où j’ai la responsabilité de vous adresser la parole  (...)

Citoyens, la note que l’Autriche a adressée à la Serbie est pleine de menaces et si l’Autriche envahit le territoire slave, si les Germains, si la race germanique d’Autriche fait violence à ces Serbes qui sont une partie du monde slave et pour lesquels les slaves de Russie éprouvent une sympathie profonde, il y a à craindre et à prévoir que la Russie entrera dans le conflit, et si la Russie intervient pour défendre la Serbie, l’Autriche ayant devant elle deux adversaires, la Serbie et la Russie, invoquera le traité d’alliance qui l’unit à l’Allemagne et l’Allemagne fait savoir qu’elle se solidarisera avec l’Autriche.

Et si le conflit ne restait pas entre l’Autriche et la Serbie, si la Russie s’en mêlait, l’Autriche verrait l’Allemagne prendre place sur les champs de bataille à ses côtés. Mais alors, ce n’est plus seulement le traité d’alliance entre l’Autriche et l’Allemagne qui entre en jeu, c’est le traité secret mais dont on connaît les clauses essentielles, qui lie la Russie et la France et la Russie dira à la France :

"J’ai contre moi deux adversaires, l’Allemagne et l’Autriche, j’ai le droit d’invoquer le traité qui nous lie, il faut que la France vienne prendre place à mes côtés." A l’heure actuelle, nous sommes peut-être à la veille du jour où l’Autriche va se jeter sur les Serbes et alors l’Autriche et l’Allemagne se jetant sur les Serbes et les Russes, c’est l’Europe en feu, c’est le monde en feu.

Dans une heure aussi grave, aussi pleine de périls pour nous tous, pour toutes les patries, je ne veux pas m’attarder à chercher longuement les responsabilités. Nous avons les nôtres, Moutet l’a dit et j’atteste devant l’Histoire que nous les avions prévues, que nous les avions annoncées; lorsque nous avons dit que pénétrer par la force, par les armes au Maroc, c’était ouvrir l’ère des ambitions, des convoitises et des conflits, on nous a dénoncés comme de mauvais Français et c’est nous qui avions le souci de la France.

Voilà, hélas! notre part de responsabilités, et elle se précise, si vous voulez bien songer que c’est la question de la Bosnie-Herzégovine qui est l’occasion de la lutte entre l’Autriche et la Serbie et que nous, Français, quand l’Autriche annexait la Bosnie-Herzégovine, nous n’avions pas le droit ni le moyen de lui opposer la moindre remontrance, parce que nous étions engagés au Maroc et que nous avions besoin de nous faire pardonner notre propre péché en pardonnant les péchés des autres.

Et alors notre ministre des Affaires étrangères disait à l’Autriche: "Nous vous passons la Bosnie-Herzégovine, à condition que vous nous passiez le Maroc" et nous promenions nos offres de pénitence de puissance en puissance, de nation en nation, et nous disions à l’Italie. "Tu peux aller en Tripolitaine, puisque je suis au Maroc, tu peux voler à l’autre bout de la rue, puisque moi j’ai volé à l’extrémité."

Chaque peuple paraît à travers les rues de l’Europe avec sa petite torche à la main et maintenant voilà l’incendie.

Eh bien! citoyens, nous avons notre part de responsabilité, mais elle ne cache pas la responsabilité des autres et nous avons le droit et le devoir de dénoncer, d’une part, la sournoiserie et la brutalité de la diplomatie allemande, et, d’autre part, la duplicité de la diplomatie russe. Les Russes qui vont peut-être prendre parti pour les Serbes contre l’Autriche et qui vont dire "Mon cœur de grand peuple slave ne supporte pas qu’on fasse violence au petit peuple slave de Serbie. "Oui, mais qui est-ce qui a frappé la Serbie au cœur? Quand la Russie est intervenue dans les Balkans, en 1877, et quand elle a créé une Bulgarie, soi-disant indépendante, avec la pensée de mettre la main sur elle, elle a dit à l’Autriche "Laisse-moi faire et je te confierai l’administration de la Bosnie-Herzégovine. "L’administration, vous comprenez ce que cela veut dire, entre diplomates, et du jour où l’Autriche-Hongrie a reçu l’ordre d’administrer la Bosnie-Herzégovine, elle n’a eu qu’une pensée, c’est de l’administrer au mieux de ses intérêts."

Dans l’entrevue que le ministre des Affaires étrangères russe a eu avec le ministre des Affaires étrangères de l’Autriche, la Russie a dit à l’Autriche: "Je t’autoriserai à annexer la Bosnie-Herzégovine à condition que tu me permettes d’établir un débouché sur la mer Noire, à proximité de Constantinople." M. d’Ærenthal a fait un signe que la Russie a interprété comme un oui, et elle a autorisé l’Autriche à prendre la Bosnie-Herzégovine, puis quand la Bosnie-Herzégovine est entrée dans les poches de l’Autriche, elle a dit à l’Autriche : "C’est mon tour pour la mer Noire." – "Quoi? Qu’est-ce que je vous ai dit? Rien du tout !", et depuis c’est la brouille avec la Russie et l’Autriche, entre M. Iswolsky, ministre des Affaires étrangères de la Russie, et M. d’Ærenthal, ministre des Affaires étrangères de l’Autriche ; mais la Russie avait été la complice de l’Autriche pour livrer les Slaves de Bosnie-Herzégovine à l’Autriche-Hongrie et pour blesser au cœur les Slaves de Serbie.

 

C’est ce qui l’engage dans les voies où elle est maintenant. Si depuis trente ans, si depuis que l’Autriche a l’administration de la Bosnie-Herzégovine, elle avait fait du bien à ces peuples, il n’y aurait pas aujourd’hui de difficultés en Europe; mais la cléricale Autriche tyrannisait la Bosnie-Herzégovine; elle a voulu la convertir par force au catholicisme; en la persécutant dans ses croyances, elle a soulevé le mécontentement de ces peuples. La politique coloniale de la France, la politique sournoise de la Russie et la volonté brutale de l’Autriche ont contribué à créer l’état de choses horrible où nous sommes. L’Europe se débat comme dans un cauchemar.

 

Eh bien! citoyens, dans l’obscurité qui nous environne, dans l’incertitude profonde où nous sommes de ce que sera demain, je ne veux prononcer aucune parole téméraire, j’espère encore malgré tout qu’en raison même de l’énormité du désastre dont nous sommes menacés, à la dernière minute, les gouvernements se ressaisiront et que nous n’aurons pas à frémir d’horreur à la pensée du cataclysme qu’entraînerait aujourd’hui pour les hommes une guerre européenne.

Vous avez vu la guerre des Balkans; une armée presque entière a succombé soit sur le champ de bataille, soit dans les lits d’hôpitaux, une armée est partie à un chiffre de trois cent mille hommes, elle laisse dans la terre des champs de bataille, dans les fossés des chemins ou dans les lits d’hôpitaux infectés par le typhus cent mille hommes sur trois cent mille.

 

Songez à ce que serait le désastre pour l’Europe: ce ne serait plus, comme dans les Balkans, une armée de trois cent mille hommes, mais quatre, cinq et six armées de deux millions d’hommes. Quel massacre, quelles ruines, quelle barbarie! Et voilà pourquoi, quand la nuée de l’orage est déjà sur nous, voilà pourquoi je veux espérer encore que le crime ne sera pas consommé. Citoyens, si la tempête éclatait, tous, nous socialistes, nous aurons le souci de nous sauver le plus tôt possible du crime que les dirigeants auront commis et en attendant, s’il nous reste quelque chose, s’il nous reste quelques heures, nous redoublerons d’efforts pour prévenir la catastrophe. Déjà, dans le Vorwaerts, nos camarades socialistes d’Allemagne s’élèvent avec indignation contre la note de l’Autriche et je crois que notre bureau socialiste international est convoqué.

 

Quoi qu’il en soit, citoyens, et je dis ces choses avec une sorte de désespoir, il n’y a plus, au moment où nous sommes menacés de meurtre et, de sauvagerie, qu’une chance pour le maintien de la paix et le salut de la civilisation, c’est que le prolétariat rassemble toutes ses forces qui comptent un grand nombre de frères, Français, Anglais, Allemands, Italiens, Russes et que nous demandions à ces milliers d’hommes de s’unir pour que le battement unanime de leurs cœurs écarte l’horrible cauchemar.

J’aurais honte de moi-même, citoyens, s’il y avait parmi vous un seul qui puisse croire que je cherche à tourner au profit d’une victoire électorale, si précieuse qu’elle puisse être, le drame des événements. Mais j’ai le droit de vous dire que c’est notre devoir à nous, à vous tous, de ne pas négliger une seule occasion de montrer que vous êtes avec ce parti socialiste international qui représente à cette heure, sous l’orage, la seule promesse d’une possibilité de paix ou d’un rétablissement de la paix.

 

Voir, par ailleurs, sur Jaurès : Assemblée nationale - Jean Jaurès - Discours parlementaires et Jaures, discours à la jeunesse, Albi, 1903

 

De son côté, Henry Moreigne a publié sur son site (31 juillet 2013 AGORA VOX) cet article relatant le Dernier discours et dernière mise en garde de Jean Jaurès. Après avoir détaillé les rouages infernaux, le fondateur et directeur du journal l'Humanité appelait à la veille de la guerre les peuples au sursaut.

 

Voici les réflexions de Henry Moreigne concernant la situation actuelle.

(…) Que reste-t-il un quasi siècle plus tard de ces propos prophétiques ? Pas grand-chose. La réponse internationale aux égoïsmes nationaux n'a non seulement pas vu le jour mais elle a surtout été captée, récupérée par les puissances financières qui ont construit une mondialisation à leur main, basée sur la mise en concurrence des peuples entre eux et l'affranchissement de tout contrôle par les Etats.

Les barils de poudre aujourd'hui n'ont pas pour nom ceux de quelques territoires des Balkans mais chômage, déficits et austérité. Loin d'être le bouclier attendu et espéré, l'Europe de 2013 se limite à une union de républiques marchandes sans plus d'objectifs politique que de reconstituer une sorte de nouvelle ligue hanséatique élargie. Pourtant le grand Jaurès dans son dernier discours nous rappelle que la clé du progrès passe par la capacité à créer des passerelles au dessus des frontières. Un beau défi pour ceux qui dans ce XXIème siècle cherchent à leur vie un sens autre que mercantilisme, consumérisme et cupidité.



Cet article est le 37ème paru sur ce blog dans la catégorie Personnalités et célébrations

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10 novembre 2013 7 10 /11 /novembre /2013 22:40

Les commémorations ne doivent pas occulter l’essentiel

 

Les cérémonies patriotiques, à Saint-Berthevin, ont lieu le dimanche le plus près de la date du 11 novembre (ou du 8 mai). C’est, donc, ce 10 novembre qu’a eu lieu la cérémonie rassemblant de nombreux berthevinois, avec la participation des enfants qui ont déposé des gerbes au monument aux morts.

Ceremonie-du-11-novembre-StB-101113-001-T.jpgLe maire, Yannick Borde, a lu le Message du 11 novembre de Kader ARIF, Ministre délégué chargé des Anciens Combattants, à l’occasion de la commémoration de la Victoire et de la paix du 11 novembre, jour de l'anniversaire de l'Armistice de 1918 et hommage à tous les morts pour la France.

 

Le 7 novembre, le président de la République, François Hollande, avait indiqué Comment la France va commémorer les 100 ans de la guerre de 14-18 (site de France tv info).

 

Jean-Pierre Chevènement, ancien ministre de la défense, a publié en octobre un livre 1914-2014 : l'Europe sortie de l'histoire? (Editions Fayard), qui met à jour des éléments historiques qui sont habituellement occultés au moment des commémorations. Ce 10 novembre, dans Le JDD (Journal du Dimanche), les propos de l’auteur de ce livre sont recueillis par Laurent Valdiguié

"La guerre de 14 s'est terminée en 1945"

 

Le JDD : Vous étiez à l'Élysée jeudi, comment avez-vous trouvé le discours de François Hollande lançant les commémorations de la guerre de 14-18 ?

Jean-Pierre Chevènement : C'était un discours rassembleur qui se voulait "au-dessus de la mêlée". Le Président a évité les aspérités, en renvoyant aux historiens et aux chercheurs le soin d'interpréter les origines, le déroulement et la portée de la guerre. Cette liberté laissée à la recherche me convient tout à fait.

Certains historiens sont choqués du mélange entre le poilu et le résistant, autrement dit du mélange des commémorations du centenaire de la Grande Guerre avec celles du 70e anniversaire du débarquement de 1944…

Moi non. On doit lier 1914 à 1945. J'estime même qu'on ne peut ni comprendre ni commémorer 1914 si on n'en fait pas le début d'une guerre de trente ans. L'armistice de 1918 n'a été qu'une trêve aux yeux de l'état-major allemand qu'inspirait l'idéologie du pangermanisme. La guerre s'est terminée en 1945 avec la capitulation sans condition de l'Allemagne.

Pourquoi tout commence en 1914 ?

Il y a une explication fondamentale, celle de la première mondialisation sous hégémonie britannique. Cette mondialisation d'avant 1914 s'est traduite par le remarquable essor de l'économie allemande qui a multiplié sa production par trois tandis que la Grande-Bretagne doublait à peine la sienne. Cette montée de l'Allemagne impériale, dans le domaine des armements navals notamment, a fortement inquiété les élites britanniques. L'erreur des dirigeants du IIe Reich est d'avoir voulu mener une guerre préventive contre la Russie et la France, en envahissant la Belgique dont l'Angleterre garantissait la neutralité. Ma thèse est donc que la Première Guerre mondiale n'est pas d'abord une guerre franco-allemande, mais un conflit d'hégémonie entre la Grande-Bretagne et l'Allemagne impériale. Chaque fois que je rencontre un dirigeant chinois aujourd'hui, je lui dis : "Vous qui allez dépasser les États-Unis, ne commettez jamais l'erreur des dirigeants du IIe Reich. Rappelez-vous le conseil de Deng Xiaoping : 'Soyez prudents, avant de traverser le fleuve, tâtez les pierres…'"

 

«Les origines de la guerre de 14 risquent d'être occultées dans les commémorations. Or, les mêmes risques existent aujourd'hui dans la seconde mondialisation

 

Vous rendez les Allemands totalement responsables de l'entrée en guerre, mais sur une série d'erreurs d'appréciation. Vous parlez même dans votre livre * de "bêtise allemande"…

La France n'était nullement une puissance agressive en 1914. Ses dirigeants n'envisageaient plus de faire la guerre pour reconquérir l'Alsace-Lorraine. Le peuple allemand non plus ne voulait pas la guerre, mais ses dirigeants ont donné carte blanche en juillet à l'Autriche-Hongrie pour attaquer la Serbie. Tout est décidé par l'état-major allemand. Il a pris le risque d'un conflit européen parce qu'il croyait en une guerre limitée et courte : les Français devaient être battus en six semaines grâce au plan Schlieffen d'invasion de la Belgique, qui dormait dans ses cartons depuis 1905. Mais la guerre est une boîte de Pandore : quand on l'ouvre, on libère des monstres qu'on ne peut plus rattraper. La bêtise des dirigeants allemands s'est répétée en 1917 avec la guerre sous-marine à outrance, qui a conduit les États-Unis, dont l'opinion était alors isolationniste, à intervenir… Les origines de la guerre de 14 risquent d'être occultées dans les commémorations. Ce serait dommage, car les mêmes risques existent aujourd'hui dans la seconde mondialisation.

Que faut-il commémorer aujourd'hui ?

Je crains que ces commémorations ne soient utilisées pour discréditer encore plus les nations européennes qui se seraient prétendument lancées d'elles-mêmes dans cette gigantesque boucherie. Or ce ne sont pas les nations européennes qui ont voulu la guerre, elles étaient toutes pacifiques. Ce sont des dirigeants aveugles qui ont précipité cette catastrophe. J'ai peur qu'on dévalorise encore les nations européennes pour mieux justifier une conception de ­l'Europe qui aujourd'hui prend l'eau parce que justement elle fait litière des nations qui sont le ressort de la démocratie et par conséquent de la volonté politique. Je suis pour l'Europe, mais dans le prolongement des nations ! ­L'Europe "post-nationale" actuelle, où l'on a donné à une Commission européenne composée d'inconnus d'immenses pouvoirs et le monopole de la proposition législative et réglementaire, est à bout de souffle. On n'a plus de politique industrielle, plus de politique monétaire… Nous crevons d'une monnaie surévaluée. C'est cette démission du politique que je n'aimerais pas voir consacrée par les commémorations.

Vous décrivez l'Europe actuelle comme si l'Allemagne avait gagné la guerre de 14 en six semaines …

Non, l'Allemagne a beaucoup souffert des deux guerres mondiales, matériellement et moralement. Mais c'est aujourd'hui une démocratie. Économiquement, elle est aujourd'hui très puissante, mais politiquement elle n'a plus de projet de domination politique. Militairement, elle compte très peu et elle n'a pas de politique extérieure autre qu'économique. L'Allemagne est aujourd'hui prise dans une contradiction : le traité budgétaire européen enferme les pays ­d'Europe du Sud dans une stagnation de longue durée et l'euro devient pour elle un fardeau qui menace sa compétitivité. Or les trois quarts des excédents de l'Allemagne sont réalisés aujourd'hui hors d'Europe. Il serait temps de comprendre que l'euro, surévalué de 20 %, asphyxie notre économie et que l'Europe a besoin d'une autre organisation monétaire pour retrouver la croissance et l'emploi.

 

Comment Mitterrand aurait-il commémoré 1914 ?

Il aurait réfléchi aux conséquences de la monnaie unique. Il était européen, mais parce qu'il était un patriote français. Il était né en 1916. Il a vécu l'effondrement de la France en 1940, il a été blessé à Verdun et fait prisonnier. L'Europe était pour lui le moyen d'exorciser la guerre. Mais la monnaie unique était une fausse bonne idée. Elle juxtapose des nations économiquement trop hétérogènes. ­François Mitterrand était un réaliste. Il aurait corrigé l'erreur initiale qu'a été le choix de la monnaie unique. Il serait revenu à l'idée d'une monnaie commune réservée aux transactions internationales.

 

Vous étiez ministre au moment des commémorations du bicentenaire de la Révolution en 1989, vous aviez mis sur pied le comité des historiens. Quel bilan en tirez-vous ?

Un bilan mitigé. Le bicentenaire en 1989 n'est pas allé plus loin que le centenaire en 1889, on a fait du surplace. On en est resté à Danton alors qu'on aurait dû réhabiliter Robespierre dans le contexte d'une révolution qui substituait au droit divin les droits de l'homme et du citoyen. Robespierre a sauvé la république qu'il a fondée face à l'invasion étrangère et à la sédition des contre-révolutionnaires. Relisez Jaurès dans l'Histoire socialiste de la Révolution française. Il lui a rendu justice. Une commémoration, c'est l'occasion de porter un regard plus juste, plus équilibré. Le grand homme de la guerre de trente ans, 1914-1945, c'est de Gaulle autant que Clemenceau. Et peut-être même davantage. Il n'a pas désespéré de la patrie et il a sauvé la république. Il faudra, à lui aussi, rendre justice.

Cet article est le 36ème paru sur ce blog dans la catégorie Personnalités et célébrations

 

 

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9 novembre 2013 6 09 /11 /novembre /2013 18:16

Un leader naturel doté d’un bel esprit de synthèse

 

Henri Baron a marqué les esprits quand il était le seul président de chambre d’Agriculture départementale en opposition au syndicalisme majoritaire (FNSEA). En Loire-Atlantique, il a été un leader naturel, aimant le travail en équipe, respectant ses interlocuteurs, y compris ceux qui ne partageaient pas ses idées.

Je l’ai mieux connu au conseil régional des Pays de la Loire, entre 1998 et 2004. Nous étions dans la minorité avec Jacques Auxiette* face à la majorité de François Fillon. Dans le groupe socialiste, Henri Baron était celui qui était le plus écouté dans l’ensemble de l’hémicycle, ses compétences agricoles étant reconnues, et il savait proposer et discuter des amendements qui finissaient par être adoptés à l’unanimité. Homme de compromis, profondément réformiste, il faisait passer ses idées de bon sens et d’intérêt général.

* Voir la Réaction de Jacques Auxiette (site des Alpes mancelles, 30 octobre 2013).

 

Malassis-Montpellier-06-08-017-T.jpgEn juin 2008, membres de la délégation des « Amis de Louis Malassis », nous avions fait le déplacement à Montpellier. Voir Louis Malassis : cérémonie à Agropolis Montpellier le 12 juin - 11 juin 2008. 

 

 A Montpellier, après la cérémonie. A gauche : Médard Lebot et Joseph Guenanten. Au milieu : Jean-Claude Lebossé. A droite : Henri Baron et Régis Hovelaque.

 

Auparavant, à Rennes, les Amis de Louis Malassis avaient organisé un colloque, dans lequel Henri Baron était intervenu pour faire la synthèse des interventions de la matinée. Voir Colloque des Amis de Louis Malassis : une matinée riche résumée par Henri Baron - 30 décembre 2007. Extrait. 

 

L’objectif, lié au thème du colloque, était ambitieux : les défis de l’agriculture au 21ème siècle. Ce colloque, qui a eu lieu le 27 novembre 2007 à l’Agrocampus de Rennes, a été magistralement introduit par un exposé de Bruno Parmentier (voir, sur ce blog, l’article paru le 17 décembre dernier).

Puis la matinée a continué avec d’autres intervenants (table ronde) et un débat auquel ont participé une dizaine de personnes, parmi les 300 présentes, avant l’exercice difficile de synthèse et de conclusion, dont s’est chargé Henri Baron avec beaucoup de talent.  

 

Henri Baron, avec humour et maîtrise, résume les interventions de la matinée

Henri Baron (agriculteur retraité, ancien responsable professionnel de Loire-Atlantique) est chargé de conclure la matinée. Il a constaté que l’intervention de Bruno Parmentier avait marqué cette matinée par le style professoral d’une part, mais aussi par le contenu qui n’a pas manqué d’interpeller chaque auditeur.

Le point fort, c’est que, dorénavant, il faudra produire plus avec moins. Depuis 50 ans, on a fait avec plus. L’orateur a bien décrit la gifle du Brésil, la réalité de l’Afrique, les cours en dents de scie, ce qui complique les projets des jeunes.

Il faudra multiplier la production par deux d’ici 2050, globalement au niveau mondial (ce n’est pas un message pour chacun), ce qui est ambitieux. Il faut savoir anticiper. Les agrocarburants (ou phytocarburants) sont-ils une bonne anticipation ? Il faudra choisir, entre l’alimentation et le réservoir.

Le problème de la maîtrise du vivant implique une capacité d’inventivité, une recherche publique et démocratique.

Lors de la table ronde, il a été dit : le politique doit décider de nourrir le monde. Jusqu’à présent, le message était qu’il faut faire des profits. Les agriculteurs doivent nourrir les hommes. C’est un défi. Derrière, il y a la notion d’agriculture responsable, plurielle, solidaire, équitable.

Colette Balland a souligné que sa Région Poitou-Charentes se préoccupe, au quotidien, d’une politique agricole pour nourrir le monde, qui soit adaptée aux conditions régionales.

Manadi Koumaré, le Malien, a rappelé que la guerre alimentaire est déclenchée depuis longtemps par les USA, à travers la prise des marchés. Il a bien précisé qu’il n’était pas ici pour se lamenter, mais on a le droit de s’interroger.

 

Daniel Rey, le Chilien, a évoqué l’importance de l’eau, dont son pays dispose en quantité. L’eau, c’est la vie (l’image de la plante qui transpire). Tout ce qui l’agresse dans sa qualité et qui la gaspille est un crime contre l’humanité. Les OGM ? Pas tout pour, pas tout contre…

 

En conclusion, ce fut une matinée riche. Continuez le débat autour de vous. Ce sont les citoyens qui font avancer les problèmes de la société. Il faut sensibiliser tous ceux qui ont des responsabilités. Louis Malassis* l’a dit : « Ce sont les militants qui changent le monde ». Ce colloque est une semence (non OGM…) et les jeunes sont le terroir.

 

Mais l’évènement le plus important a été la publication de son livre, « Henri Baron, paysan citoyen » (Editions Siloë, 18 rue des Carmélites 44000 Nantes) en 2006. Voir Henri Baron a présenté le contenu de son livre Paysan citoyen le 9 janvier à Laval - 11 janvier 2007. Extrait.   

La salle de réunions de Restagri à Laval était bien remplie, mardi, par la présence de nombreux paysans retraités venus à l’invitation de la Confédération paysanne écouter avec plaisir Henri Baron.

 Toujours aussi remarquable orateur, debout, sans notes, pendant deux heures, dont une de réponse aux questions, cet homme de 74 ans a raconté sa vie de paysan citoyen, d’abord syndicaliste, puis président de chambre d’agriculture et, enfin, retraité actif en tant que syndicaliste défenseur des petites retraites et conseiller régional des Pays de la Loire de 1998 à 2004, aboutissement normal pour une vie militante, tant il est vrai que la dimension politique a toujours été présente dans l’idée qu’il se fait de ses responsabilités.

 Thérèse, son épouse, l’accompagnait, elle qui n’a cessé de soutenir ses engagements professionnels, à condition qu’il fasse le travail le matin avant de partir, car il ne faut pas laisser tout le travail aux femmes, comme elle dit (…).

 

Son décès a donné lieu à plusieurs articles de presse, dont ceux-ci :

 

Henri Baron, un paysan citoyen (Ouest-France, 29 octobre 2013)

« Henri Baron est un modèle pour nous tous » (Ouest-France, 30 octobre 2013)

 

Paysan et militant, Henri Baron nous a quittés (L'Avenir Agricole, 1er novembre 2013, page Loire-Atlantique, Christian Evon)

Syndicaliste paysan et militant engagé, homme de conviction ancré à gauche, l’ancien président de la Chambre d’Agriculture de Loire-Atlantique est décédé, à l’aube de ses 81 ans.

En 2006, Henri Baron avait publié un livre intitulé « Paysan citoyen » dans lequel il expliquait son parcours personnel et professionnel.

Figure marquante du syndicalisme et du monde paysan de l’Ouest de la France, pendant trois décennies, Henri Baron s’est éteint ce week-end. Il fut notamment président de la chambre d’Agriculture 44 de 1976 à 1992 et vice-président de la chambre régionale. Entre 1984 et 1992, Joseph Plantard, de Sion-les-Mines, a été son 1er puis son 2ème vice-président. « Il était élu en tant qu’exploitant agricole et, en 1992, dès qu’il a atteint l’âge de la retraite, il s’était retiré ».

« J’ai pris beaucoup de plaisir à travailler avec lui car il savait faire vivre une équipe. Il avait l’esprit de synthèse. Il avait une facilité d’adaptation et savait faire face à toutes les situations. Sans déroger à ses idées, il ne tombait jamais dans l’affrontement stérile, même face à ses opposants », conclut Joseph Plantard.

L’un de ses successeurs à la tête de la chambre d’Agriculture, Michel Loquet, ne dit pas autre chose. Il loue « sa capacité d’analyse et de synthèse ». « Henri Baron était un homme intègre et droit, forgé dans les valeurs de la Jeunesse agricole catholique, un visionnaire qui a ouvert l’agriculture sur la société ».

 

« Le développement de l’humain »

C’était quelqu’un de très engagé et de très militant, qui pensait l’évolution du monde rural dans la solidarité », réagit le mayennais Georges Garot, le père du ministre Guillaume Garot. « Son fil conducteur, c’était le développement de l’humain. Il s’est beaucoup battu pour une société solidaire, toujours en équipe. C’était un leader naturel, avec un bel esprit de synthèse et beaucoup de bon sens pour réaliser les choses ». Pendant longtemps, Henri Baron et Georges Garot ont été engagés ensemble dans les organisations agricoles. « On a beaucoup travaillé ensemble et échangé : lui à la Région, et moi au Parlement européen ».

Henri Baron a aussi été maire de Forcé (pays de Châteaubriant) de 1983 à 1995 et conseiller régional de 1998 à 2004. Ce socialiste engagé a aussi été candidat aux élections législatives et départementales. « C’est comme élu de l’opposition de l’époque que j’ai été amené à le connaître », rappelle Jacques Auxiette, l’actuel président de la Région des Pays de la Loire. « Peu le savent mais Henri Baron a été un président attentif et moteur du développement du bureau inter régional des régions Bretagne, Pays de la Loire et Poitou-Charentes à Bruxelles ».

 

Acteur de l’histoire de la FDSEA

Dans les années soixante et soixante-dix, Henri Baron a vécu de l’intérieur l’histoire mouvementée de la FDSEA, de l’apparition de la mouvance paysan travailleur jusqu’à l’exclusion de la fédération départementale par la FNSEA, en 1978. C’est aussi le temps des luttes syndicales et le jeune paysan s’implique dans la défense des producteurs de lait et de viande. Militantisme toujours quand, l’heure de la retraite ayant sonné, il s’était battu pour les paysans retraités.

Cet article est le 35ème paru sur ce blog dans la catégorie Personnalités et célébrations

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8 novembre 2013 5 08 /11 /novembre /2013 22:53

Le livre d’un homme d’Etat dont la vision est unique en France

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Jacques Sapir en conversation avec Jean-Pierre Chevènement, lors du colloque sur la mondialisation organisé par Arnaud Montebourg le 30 août 2011 à Paris

 

Remarquable, cette analyse par Jacques Sapir* du livre « 1914-2014 : l'Europe sortie de l'histoire? » de Jean-Pierre Chevènement 

 

L’histoire, l’Europe et l’Euro

 

Le livre que Jean-Pierre Chevènement vient de publier chez Fayard est à remarquer, et à lire, pour au moins trois raisons. Tout d’abord, il est passionnant et, n’en doutons pas, va provoquer d’importants débats. Ensuite, ce livre montre une hauteur de vue, une capacité à envisager l’histoire avec recul et sagacité dont peu d’auteurs sont capables, et encore moins des hommes politiques de premier plan. Or, Jean-Pierre Chevènement n’est pas un scientifique, un historien ou un spécialiste des relations internationales. Il est un homme politique, que l’on peut apprécier ou critiquer, mais qui est inséré dans la vie politique actuelle. C’est ce qui rend d’autant plus intéressant cet ouvrage. Enfin, les fortes conclusions de ce livre impliquent que son auteur n’a pas encore renoncé à peser sur l’histoire qu’il sait si bien analyser. Chacune de ces trois raisons est amplement suffisante pour justifier la lecture de l’ouvrage. Leur réunion en fait véritablement un livre unique.

À partir de la commémoration de la Première Guerre Mondiale (1914-1918), l’auteur dresse un tableau général de la fin du « siècle européen », siècle qui commença en fait dans les années 1850 et qui s’acheva avec la mise en place du « Marché Commun » qui préfigurait l’Union Européenne. En fait, ce livre interroge cet apparent paradoxe : comme se fait-il que la constitution de l’Union européenne, qui se voulait l’achèvement d’un mouvement commencé avec la CECA dans les années 1950 aboutisse à la disparition politique de l’Europe et des nations européennes ?

La commémoration de 1914 et l’instrumentalisation politicienne de l’histoire

L’introduction qui ouvre cet ouvrage fera date car elle fait litière des errements de la pensée que nous subissons depuis maintenant plus de trente ans. En particulier se trouve ici épinglée l’idée fausse que le besoin d’Europe est une « réaction » à la guerre de 1914-1918. En réalité, la construction mythique de l’histoire à laquelle se sont livrés les thuriféraires de l’Union européenne est soigneusement, minutieusement, et pour tout dire brillamment déconstruite par Jean-Pierre Chevènement. Il faut, pour justifier les institutions actuelles de l’Europe, construire la thèse d’une guerre survenue « par hasard » ou par « accident » et « par la faute des Nations ». Or, rien n’est plus faux, et l’auteur, s’appuyant sur de nombreux textes universitaires et les travaux de la recherche historiographique de ces quarante dernières années, le montre de manière irréfutable.

L’origine de cette guerre est bien à chercher non dans le « peuple » allemand, mais dans les élites allemandes qui ont délibérément choisi la guerre pour imposer leur domination tant à l’extérieur qu’à l’intérieur. Et c’est Joschka Fisher, l’ancien ministre des affaires étrangères de G. Schroeder qui peut soutenir que, contrairement aux apparences, le Traité de Versailles n’était pas trop dur mais trop doux. En fait, ceci peut s’expliquer par le fait que les structures tant économiques que politiques qui avaient produit la guerre en Allemagne survivaient. La question n’était donc pas tant celle des réparations, point sur lequel Chevènement donne raison à Keynes, que de la démocratisation en profondeur des structures sociales et économiques de l’Allemagne.

Mais l’origine de la « Grande Guerre » n’est hélas pas le seul point sur lequel joue une mémoire politiquement sélective qui n’hésite pas à faire disparaître les faits qui la gênent. Ce n’est pas seulement l’origine ou les causes du conflit qui ont été tordues et dénaturées par des politiciens ou des essayistes aux ordres. C’est aussi toute l’histoire de la guerre de 1914-1918 qui devrait être réécrite pour corriger les mensonges, soit directs soit par omission. Avec, pour commencer, le rôle de la Russie. La Russie n’est perçue qu’à travers l’alliance Franco-Russe avant 1914 et à travers la Révolution d’Octobre 1917. Mais qui se souvient que l’offensive des troupes russes contre l’Allemagne en août 1914 provoqua une telle panique à Berlin qu’elle imposa le retrait de nombreuses divisions du front occidental, ce qui rendit possible la victoire de la bataille de la Marne ? Si l’offensive russe fut un échec (ce que l’on ne pouvait prévoir) ce fut aussi à cause des divisions entre les généraux du Tsar.

Volonté d’ignorer le rôle de la Russie, escamotage des responsabilités des élites allemandes au profit d’une responsabilité des « nations », tel est le bilan, et il est lourd et significatif, de l’instrumentalisation politique de la mémoire aux fins de l’européisme. Le manuel franco-allemand pour les classes de premières en fournit d’autres exemples. C’est ce qu’établit précisément Jean-Pierre Chevènement. Et l’on peut y trouver l’origine de cette hubris fédéraliste qui pousse à la construction d’une Europe non-démocratique comme on le voit depuis le référendum de 2005 sur le projet constitutionnel. Car, pour les partisans du rêve fédéral, il est clair que « la souveraineté nationale, voilà l’ennemi » (…).

La question du « Sonderweg » et la place de l’Allemagne en Europe

Tout cela est juste. Il fallait le dire, et la manière dont c’est dit dans l’ouvrage est certainement un de morceaux de bravoure de Jean-Pierre Chevènement. Il ne s’en tient pas là. Suit alors une réflexion tout aussi intéressante sur la question de l’identité, tant politique, culturelle qu’économique de l’Allemagne. Le lecteur y découvrira un Chevènement attentif aux débats d’outre-Rhin, maîtrisant à merveille les basculements que l’on a connus depuis 1820 dans l’histoire allemande. En tous les cas, ces pages prouvent combien sont fausses et dénuées de tout fondement les accusations d’anti-germanisme qui ont été parfois portées contre l’auteur quand ce dernier s’autorisait des critiques justifiées de la politique allemande (…).

L’Euro et la mondialisation

La deuxième partie de l’ouvrage est certes intéressante mais incontestablement plus commune (…) Elle pose néanmoins des problèmes essentiels, qu’il s’agisse de l’internationalisation du Yuan, ou du fait que les questions douanières ont été aujourd’hui supplantées par les questions monétaires, ou encore du rapport entre valeurs spécifiques (et nationales) et valeurs universelles.

La question de l’ordre monétaire qui prévalut dans la « première » mondialisation et celui qui prévaut aujourd’hui est une question clef, qui sera d’ailleurs reprise dans la troisième partie de l’ouvrage. En effet, comment ne pas voir que la monnaie unique, l’Euro, a les mêmes effets délétères désormais que l’étalon-or ? De même qu’au tournant des années trente, l’Euro aujourd’hui pousse les pays que l’ont adopté vers des politiques de déflation dont les conséquences tant économiques que sociales sont absolument désastreuses. Les lecteurs de ce carnet connaissent mes opinions, et savent que je me bats pour que l’on dissolve la zone Euro. Ils ne seront donc nullement étonnés de me voir hautement apprécier les passages de la troisième partie du livre où Jean-Pierre Chevènement prend fortement position pour une semblable dissolution. Bien entendu, il ne s’agit pas de laisser les pays aller au gré des vents de la spéculation monétaire. Une fois retrouvées des monnaies nationales (mais nécessairement après cette dissolution de la zone Euro) on pourrait et l’on devrait penser à la constitution des formes de concertations monétaires pouvant déboucher sur une monnaie commune, utilisée avec les pays ne faisant pas partie de l’Europe. Jean-Pierre Chevènement va jusqu’à écrire : « Mais il est des circonstances où l’exigence du salut public commande la décision ». En d’autres termes, il n’hésiterait pas, s’il devait retourner au pouvoir, à agir unilatéralement si d’aventure nos partenaires devaient par trop traîner des pieds.

 

C’est une véritable vision d’homme d’État qui se révèle au lecteur, d’un homme d’État averti des réalités de la politique tant intérieure qu’internationale, et qui sait ce qui peut être fait en concertation avec des partenaires européens et ce qui doit être fait par la France, quitte à devoir le faire de manière unilatérale.

 

Cette combinaison de vision historique, d’expérience et de volonté, est peu commune dans le monde politique. Pour tout dire, elle est unique en France où des nains dansent sur les tombes de géants. C’est cette combinaison qui laisse aujourd’hui une place à l’espoir.

*Jacques Sapir

Ses travaux de chercheur se sont orientés dans trois dimensions, l’étude de l’économie russe et de la transition, l’analyse des crises financières et des recherches théoriques sur les institutions économiques et les interactions entre les comportements individuels. Il a poursuivi ses recherches à partir de 2000 sur les interactions entre les régimes de change, la structuration des systèmes financiers et les instabilités macroéconomiques. Depuis 2007 il s'est impliqué dans l’analyse de la crise financière actuelle, et en particulier dans la crise de la zone Euro.

Débat autour du livre de Jean-Pierre Chevènement à la Fondation Jean Jaurès le 12 novembre 2013 à 18h30. S’inscrire citedeslivres@jean-jaures.org

 

Cet article est le 179ème paru sur ce blog dans la catégorie CHEVENEMENT

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8 novembre 2013 5 08 /11 /novembre /2013 18:56

Adosser une perspective d’avenir à une réflexion sur le passé

 

« Le monde selon Chevènement », c’est sous ce titre que Thomas Wieder (Le Monde, 5 novembre 2013) a présenté sa critique du livre «1914-2014 : l'Europe sortie de l'histoire?» (Edition Fayard, 342 pages, 20 €). Le journaliste fait œuvre utile en soulignant des aspects méconnus de la personnalité de Chevènement, qui ressortent dans le livre.

Le monde selon Chevènement

 

Jean-Pierre Chevènement aime les questions inquiétantes. Deux ans après La France est-elle finie ? (Fayard, 2011), le voici qui récidive avec 1914-2014. L'Europe sortie de l'histoire ?

La focale s'est élargie, mais la thèse est voisine : le déclin est incontestable, mais il n'est pas inéluctable. Pour développer son analyse, le sénateur du Territoire de Belfort, président d'honneur du Mouvement républicain et citoyen, embrasse un siècle d'histoire européenne. Cela n'a l'air de rien, mais peu d'hommes politiques actuels seraient capables de le faire avec le même degré d'érudition.

 

Jean-Pierre Chevènement a le sens de l'histoire, le goût de l'histoire. Il connaît ses classiques mais a lu ses contemporains, se plaît à citer de Gaulle mais aime se référer à Tony Judt. Il est de ceux qui ont à la fois l'expérience du pouvoir et la capacité de parler avec la même hauteur de vue qu'un Poincaré et qu'une Merkel du traité de Versailles et de celui de Maastricht. C'est assez rare pour être salué.

 

UN OBSERVATEUR AVERTI

Sans surprise, on retrouve ici les obsessions de l'ancien ministre de François Mitterrand et de Lionel Jospin, mais inscrites dans une réflexion sur le temps long qui tord certaines idées reçues sur leur auteur.

Sur l'Allemagne, par exemple, dont il n'est pas le pourfendeur qu'on imagine parfois mais un observateur averti, ce qui n'interdit pas la critique mais n'empêche pas l'admiration.

Sur la construction européenne, aussi, dont il n'est pas l'ennemi que l'on caricature volontiers, même s'il en brocarde l'orientation. Sur la mondialisation, enfin, que le patriote qu'il est ne regarde pas en négateur apeuré, mais dont il décrit les métamorphoses à travers ses bipolarités successives, Allemagne - Grande-Bretagne avant 1914, Chine - Etats-Unis aujourd'hui.

 

Pour sortir de la spirale du déclin, les recettes de Jean-Pierre Chevènement sont connues. Certaines restent largement taboues, à commencer par l'abandon de l'euro comme monnaie unique. D'autres, que d'aucuns considéraient avec circonspection il y a peu, notamment au Parti socialiste dont l'auteur fut jadis l'une des figures, sont devenues familières : le « défi de la compétitivité », la nécessité de la « réindustrialisation », la promotion d'une Europe à « géométrie variable », mais aussi la conviction que la relance du « projet européen » n'est pas conditionnée par la dissolution des nations.

 

C'est peut-être là, au fond, que réside le principal intérêt de ce dense essai : dans la capacité qu'a Jean-Pierre Chevènement d'adosser une perspective d'avenir à une réflexion sur le passé. De regarder loin en arrière pour esquisser des scénarios pour demain. De rappeler, en somme, qu'il n'est pas de vision politique concevable sans un solide regard sur l'histoire.

 

Chevènement Le Mans 280111 002 TAutres présences de Jean-Pierre Chevènement dans les médias

 

Débat Chevènement-Minc dans Le Nouvel Observateur: "Hégémonique, l'Allemagne ?" (NO, 24 octobre 2013, propos recueillis par Odile Benyahia-Kouider)

 

"Les peuples ont de plus en plus conscience que les gouvernements ne sont plus capables de rien décider" (L’Opinion, Béatrice Houchard, 4 novembre 2013)

 

Ecotaxe: "Une toute petite partie du problème posé à la Bretagne" (BFM Business, Hedwige Chevrillon, 5 novembre 2013)

 

"Allons vers une grande Europe confédérale, une confédération de peuples libres" (TV5 Monde, Patrick Simonin, 6 novembre 2013)

 

 "Nous avons des pays dont il faudra restructurer les dettes" (L’Opinion, Nicolas Beytout, 6 novembre 2013)

 

Rappel : Prenant appui sur son livre, Chevènement revient dans le jeu politique - 2 nov. 2013 

 

Cet article est le 178ème paru sur ce blog dans la catégorie CHEVENEMENT

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