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  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine à partir, notamment, des idées de Jean-Pierre Chevènement, l'un de ses fondateurs (celui-ci a souhaité s'éloigner du MRC en 2015). Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens (MDC) après les élections de 2002. En février 2019, le MRC a co-fondé la Gauche Républicaine et Socialiste (GRS), en continuant d'exister, au moins jusqu'à son prochain congrès, en décembre 2020.
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27 novembre 2006 1 27 /11 /novembre /2006 23:21

 

Il faut une véritable loi fondatrice sur les biotechnologies
J’ai trouvé dans « Le Monde diplomatique » de novembre 2006, sous le titre « La poudre aux yeux de l’évaluation des OGM », une bonne description de la confusion qui règne actuellement dans le domaine des Organismes Génétiquement Modifiés. Voici un résumé de cet article.
 L’auteur, Aurélien BERNIER, relève « l’absence de procédure indépendante d’évaluation des effets des plantes transgéniques sur la santé et l’environnement, alors que se produit un début de prolifération, soit officiellement par des autorisations délivrées par les pouvoirs publics sous la pression des entreprises multinationales, soit clandestinement par la contamination de filières alimentaires ».
 Et, pourtant, le site interministériel du gouvernement français sur les OGM, dans une rubrique intitulée « Evaluer un OGM avant sa mise sur le marché » se montre irréprochable : « L’analyse des risques pour la santé et l’environnement est l’élément fondamental et préalable à toute autorisation de mise sur le marché d’OGM. Elle est fondée sur des éléments scientifiques pertinents et pluridisciplinaires, et est confiée à des comités d’experts indépendants ». C’est trop beau pour être vrai… En effet, la réalité est bien différente.
 Une technologie nouvelle, datant de la seconde moitié du 20ème siècle.
 La « trans-genèse » consiste à insérer artificiellement dans une cellule une construction génétique étrangère. Une telle opération sur des êtres vivants oblige à mettre en place une évaluation spécifique des impacts, ce qui n’a jamais été fait. Dans le pays pionnier, les USA (à partir de la fin des années 1970), les autorités ont adopté des règles, en 1986, qui les conduisaient à fermer les yeux, décidant ainsi « d’ignorer les méthodes de production des OGM et leurs conséquences éventuelles sur l’environnement et l’alimentation ».
 L’Organisation de Coopération et de Développement Economiques (OCDE), sur proposition des USA, avait anticipé une extension internationale du développement des OGM. Un livre bleu, publié en 1983, concluait « Il n’y a aucune justification scientifique à l’adoption d’une législation visant spécifiquement les organismes à ADN recombinés ». L’élimination des risques de distorsion de concurrence et d’entrave à la libre circulation des marchandises doit prévaloir sur toute autre considération.
 L’Union européenne a opté pour « une évaluation au cas par cas » puis, sous la pression de l’opinion, en 2003, elle adoptera un règlement qui impose l’étiquetage de produits contenant une proportion d’OGM supérieure à 0,9%. Mais « la fiabilité du système européen est douteuse. En effet, il n’est pas prévu ni exigé d’expertise indépendante. Toutes les informations sont communiquées par les multinationales (Monsanto, Pioneer, Biogemma) », lesquelles ne font pas de zèle pour fournir des dossiers complets…
 La conclusion s’impose :
 « Jamais les plantes transgéniques ou les aliments qui en sont issus n’ont été sérieusement évalués sur les plans de la santé et de l’environnement. L’absence d’outils objectifs d’expertise légitime l’opposition à la dissémination des OGM dans l’environnement.
 Il y a urgence à reprendre de zéro tout le processus d’évaluation des organismes issus de la trans-genèse, en développant un véritable service public dont la neutralité soit inattaquable et qui intègre des paramètres socio-économiques, absents actuellement des travaux de la Commission du génie biomoléculaire (CGB) ou de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) ».
 Le gouvernement a renoncé à soumettre à l’Assemblée nationale le projet de loi adopté en première lecture par le Sénat en mars 2006. Il s’agissait de mettre en conformité le droit français avec la directive européenne qui, notamment, introduit un principe de coexistence entre les filières OGM et non-OGM.
 En l’absence de texte légal d’encadrement, la culture des plantes transgéniques continue de manière sauvage. Le ministre de l’agriculture autorise illégalement des expérimentations en toute impunité. Il refuse d’entendre l’opposition massive des citoyens aux OGM. Dans ces conditions, il faut espérer que les dirigeants qui seront élus en 2007 sauront présenter et faire adopter par le Parlement une véritable loi fondatrice sur les biotechnologies qui permettra de prévenir toute dissémination dans l’environnement.
 Faut-il avoir peur des OGM ? Axel Kahn donne son point de vue.
 Cette question, parmi d’autres, était posée par « l’Humanité Dimanche » (10 au 23 août 2006) au professeur Axel Kahn. Voici ses réponses.
 « D’abord, il faut noter que le problème porte uniquement sur les plantes transgéniques, et non sur l’ensemble des organismes génétiquement modifiés. Les OGM sont massivement utilisés en pharmacie et personne n’est contre.
 Concernant les plantes transgéniques, il faudrait aborder le problème point par point (…). Sont-elles un moyen pour régler les problèmes agricoles dans le monde ? La réponse est non.
 Sont-elles dangereuses ? Font-elles courir un risque à l’environnement ? Pour ces deux questions, il faut considérer les choses au cas par cas.
  Font-elles courir un risque économique ? Oui, il y a un risque d’augmenter le pouvoir des grands semenciers sur les filières agricoles.
 Sont-elles développées pour répondre aux besoins des populations ? La réponse est évidemment non. Elles sont développées par de grandes sociétés capitalistes qui le font avant tout pour gagner de l’argent.
 Compte tenu des défis posés par la faim dans le monde, faut-il renoncer à utiliser les plantes transgéniques ? Je ne pense pas. Les défis actuels sont considérables (…). La qualité génétique des variétés est l’un des moyens d’augmenter la productivité des terres cultivées ».
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26 novembre 2006 7 26 /11 /novembre /2006 10:18

 

La Commission européenne veut libéraliser le marché du vin
En mars 2006, je lisais dans « l’Avenir agricole » qu’une réforme radicale de l’OCM vin était en préparation (l’OCM est l’Organisation Commune des Marchés par filière au niveau européen).
 La Commissaire à l’agriculture, Madame Fischer Boel, en ouvrant le séminaire sur l’avenir du secteur viti-vinicole européen, annonçait une restructuration s’inspirant de la réforme de la PAC en 2003, sans, toutefois, préconiser le système de découplage des aides.
 Le même hebdomadaire, qui couvre désormais l’Anjou, en plus du Maine, se faisait l’écho, la semaine dernière (AA, 17-23 novembre 2006), de la mobilisation des organisations viticoles contre le projet de l’Union Européenne. Celui-ci « semble conduire à l’industrialisation du secteur viticole », ce qui inquiète les professionnels. « Le projet prévoit notamment l’arrachage de 400 000 hectares de vignes en Europe. Les viticulteurs perdraient leurs droits de plantation. Toute la production viticole serait libéralisée ».
 Le 21 novembre dernier, dans le journal en ligne « ReSPUBLICA » n° 488, le chercheur Raoul Marc JENNAR éclairait notre lanterne. Je vais tenter de résumer ses propos.
  « L’Union européenne veut détruire la viticulture européenne ».
 L’auteur constate que la Commission européenne prétend défendre la viticulture mais, en fait, elle refuse de la protéger et s’emploie à la dissoudre dans le marché mondial d’un vin dénaturé.
 Puis il explique : depuis six ans, l'offre de vin est supérieure à la demande car l'Europe importe à peu près autant de vin qu'elle n'en exporte.
 Deux raisons : la baisse de la consommation du vin en France (un million de consommateurs en moins en six ans) et la concurrence mondiale dans un système mondialisé dérégulé, dominé par le marché.
 Les vignerons français ont fait de gros efforts d’organisation en faveur de la qualité. En dehors de l’Europe, les superficies de vignobles ont augmenté sans limites et sans réglementations. Les exportations des vins des USA, du Chili, d’Australie, d’Afrique du Sud, ont augmenté selon des pourcentages allant de 160 à 770% !
 L’offre étant plus importante que la demande, en l’absence de protections liées à des critères de qualité, les prix baissent et ne permettent plus la rémunération du travail à un niveau normal. Le Languedoc-Roussillon, première région européenne pour la place de la viticulture dans la production agricole, fait vivre 30 000 personnes directement de la vigne.
 Que propose la Commission européenne ?

 Elle trouve son inspiration du côté des USA, qui ne veulent pas de critères de qualité, et du côté des grandes compagnies, notamment françaises et italiennes, qui veulent pouvoir vendre en Europe les vins des domaines viticoles dont elles sont propriétaires dans les pays en pleine croissance de production.

 La Commission avance quatre propositions, qui sont autant d’agressions :

L’arrachage, aveugle, en cinq ans, de 400 000 ha de vignes européennes (sans tenir compte de la qualité des sols),

La suppression des mécanismes régulateurs du marché (dans la plus pure logique libérale),

L’abandon de la preuve de la qualité sur l’étiquetage (alignement sur la nomenclature de l’OMC),

L’abandon des critères de qualité (au profit des méthodes de vinification pratiquées par les pays concurrents).

 Ainsi, la Commission européenne, aveuglée par son idéologie libérale, veut balancer par-dessus bord les AOC (ne conservant que l’indication géographique) et les qualifications relatives à l’origine et au cahier des charges (critères d'encépagement, maîtrise des rendements, méthodes de vinification, de stockage et de vieillissement du vin), ainsi que les bonnes pratiques oenologiques.

 Voudrait-elle effacer les règles existantes pour faciliter la vente de vins non européens en faisant disparaître la possibilité d'identifier leur qualité (ce qui ne manquerait pas de profiter aux fraudeurs, au détriment des consommateurs), qu’elle ne s’y prendrait pas autrement !...

 La conclusion de l’auteur :

 « C'est un véritable plan de dénaturation des vins européens que l'Union européenne entend mettre en place. On renonce, pour plaire aux Etats-Unis, à tout ce qui fait la qualité de nos vins et on insulte ainsi le travail de générations de viticulteurs qui, inlassablement, ont recherché une qualité toujours plus grande. Le vin, notre vin, recèle du sens et de l'originalité. C'est cela qu'on veut détruire. Je souligne qu'il n'existe actuellement aucune obligation de la part de l'OMC, de négocier l'abandon de ce qui fait l'originalité du vin européen : un vin issu exclusivement de la fermentation du jus de raisin suite au travail patient et ingénieux du vigneron ».

  A cette formidable agression contre la civilisation européenne du vin, quelle riposte possible ?

 La crise qui frappe la viticulture est à bien des égards comparable à celle de 1907. Nos aînés ont su faire entendre le cri de désespoir qu'ils ont lancé alors. Et obtenir les réformes indispensables. Parce qu'ils avaient appelé à la grève de l'impôt et à la démission des municipalités, ceux qui s'étaient appelés eux-mêmes des "Gueux" ont bravé les soldats de Clémenceau avant que ces derniers ne fraternisent avec les vignerons. C'est grâce à eux que la définition du vin comme produit naturel a été conquise. Ce sont eux qui ont lancé le mouvement des caves coopératives.

 Aujourd'hui, l'agression est européenne, mais elle est européenne parce qu'il y a des complicités nationales. En effet, ce que la Commission européenne propose doit avoir l'accord des gouvernements. Certains suggèrent ce qu'ils appellent "un Grenelle de la viticulture". Je ne crois pas que cela suffise. Parce que le problème est à la fois national et européen. On ne peut donc se replier sur des solutions nationales qui n'auront qu'une efficacité limitée s'il n'y a pas en même temps une confrontation avec les institutions européennes.

 J'ai bien dit une confrontation. Il n'y a rien à espérer d'une Commission européenne qui dans tous les domaines entend faire disparaître la primauté de l'intérêt général. Il n'y a rien à espérer d'une Commission européenne qui ne propose pour toute politique que la dérégulation et la loi du marché. S'il est aujourd'hui une rupture qui s'impose, c'est celle qui consiste à dire : c'est terminé, on n'accepte plus le diktat d'une Europe qui se construit contre nous ».

 Pour lire les propos de Raoul Marc Jennar dans leur intégralité, consulter le n° 488 du journal sur le site de ReSPUBLICA : www.gaucherepublicaine.org 

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25 novembre 2006 6 25 /11 /novembre /2006 11:35

 

 

 « Ma famille politique, c’est la gauche dans toute sa diversité »

 Je découvre, ce matin, sur le site du candidat www.chevenement2007.fr (très bien fait, j’invite chacun à le consulter) un entretien donné par Jean-Pierre Chevènement à un journal, « Le Pays », dans lequel il répond aux questions que beaucoup se posent sur sa candidature.

 

  Celle-ci est-elle justifiée ? Quel électorat peut-elle concerner ? N’est-elle pas dangereuse pour la présence de la gauche au second tour de l’élection présidentielle ? Le candidat apporte des réponses claires à ces questions.

 

  Il est persuadé qu’il peut contribuer à la qualité du débat démocratique, condition nécessaire pour que les Français reprennent goût à la politique et pour que la politique ne les déçoive pas dans les cinq ans qui viennent.

 Son électorat, ce sont tous les citoyens dans leur diversité qui font confiance à la gauche pour diriger le pays.

Sa candidature, c’est une opportunité de choix pour de nombreux citoyens que l’offre politique actuelle ne satisfait pas, ce qui les conduit à l’abstention ou au vote pour des candidats qui se situent hors du champ de la politique gouvernementale.

 

 C’est donc un plus pour la gauche, laquelle devra se concerter au cas où il y aurait un risque pour sa présence au second tour.

Lire l'entretien sur www.chevenement2007.fr

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24 novembre 2006 5 24 /11 /novembre /2006 18:34

 

L’agriculture menacée de disparition par l’avancée urbaine

 

André Thévenot est l’actuel président de la fédération nationale des SAFER (Société d’Aménagement Foncier et d’Etablissement Rural). Il s’est exprimé lors du colloque de la fondation Res Publica le 26 juin 2006 ayant pour thème « L’avenir de la Politique Agricole Commune » (voir les actes de ce colloque sur www.fondation-res-publica.org ou commander le livre).

 Il a dit son inquiétude devant le rythme accéléré de disparition des terres agricoles en France. Avant de développer ce point, il a justifié le bien fondé des politiques agricoles et alimentaires.

 Les politiques agricoles en question

 Entre 1988 et 2000, le nombre d’exploitations en France est passé de 1 million à 660 000, soit plus de 30% de disparitions. Il y en a 480 000 aujourd’hui, dont 400 000 gérées par des agriculteurs.

 Et demain ? La loi d’orientation agricole, en rupture avec les précédentes qui aidaient l’installation, donne priorité à l’agrandissement des exploitations.

 Il y a environ 8 000 installations par an. On peut envisager 300 000 exploitations dans 20 à 30 ans, peut-être moins si le rythme actuel continuait. Les actifs agricoles sont de moins en moins nombreux (2,5% des actifs totaux).

 Dans une économie mondialisée, certains imaginent qu’on pourrait importer les matières premières alimentaires à prix avantageux et exporter des services à forte valeur ajoutée.

 Ce serait une quadruple erreur : économique, politique, stratégique, culturelle et sociale.

 D’abord, erreur économique qui aurait pour conséquence d’affaiblir notre industrie agroalimentaire, avec les emplois et les devises qui y sont liés.

 Erreur politique qui mettrait fin à notre indépendance alimentaire, avec les risques de pénurie alimentaire que cela comporte.

 Erreur stratégique qui mettrait en cause notre sécurité alimentaire.

 Erreur culturelle et sociale car l’activité agricole est à la source d’un cadre de vie qui maintient le lien entre la société et le monde du vivant.

 André Thévenot évoque ensuite les surfaces nécessaires au développement des biocarburants. Actuellement, 800 000 hectares. Il en faudrait le triple dans trois ans pour atteindre les objectifs, ce qui est impossible. Ces biocarburants devront donc être importés du Brésil ou d’ailleurs.

 Selon la FAO, 852 millions de personnes souffrent de malnutrition, ce qui a provoqué le décès de 36 millions de personnes en 2003 (sur 62 millions de décès). La situation s’aggrave alors que la production agricole augmente plus vite que la population. Qu’en sera-t-il demain avec 9 milliards de personnes à nourrir ?

 Les surfaces agricoles ne vont pas augmenter. Au contraire, la surface agricole par habitant dans le monde (actuellement 0,2 ha ; en France : 0,5 ha) devrait être diminuée de moitié (0, 1 ha en 2050) en raison de l’augmentation de la population, mais aussi de la disparition de surfaces cultivées (appauvrissement des sols, érosion, avancée des déserts et, surtout, urbanisation).

 L’urbanisation se fait dans des conditions qui mettent en péril l’avenir de l’agriculture

 Cette question de l’avancée de l’urbanisation préoccupe beaucoup les SAFER.

 Avec l’appropriation des terres agricoles par les citadins pour leurs loisirs, elle est un des facteurs les plus déstabilisants pour l’avenir de l’agriculture.

 La crise de l’immobilier pousse à rechercher du foncier à bas prix, c’est-à-dire des terres agricoles. C’est ainsi qu’en France, tous les six ans, l’équivalent de la surface agricole d’un département est urbanisé, de manière irréversible.

 Cela revient à consommer à un rythme effréné une ressource naturelle limitée. Et l’extension urbaine se fait de préférence sur des plaines, dont les terres sont les plus intéressantes pour l’agriculture.

 Aujourd’hui, l’urbanisation couvre 4,5 millions d’hectares, dont la moitié était faite de terres agricoles de qualité, sur la douzaine de millions existant en France. Ainsi, 1/5ème des meilleures terres a été consommé.

 L’extension urbaine menace les 10 millions d’hectares de bonnes terres agricoles qui restent.

 L’enjeu n’est pas seulement agricole et alimentaire. Les espaces naturels autour des terres agricoles assurent aussi des fonctions importantes pour la société.

Ce qui est nouveau, c’est l’appropriation des espaces agricoles par les citadins pour leurs loisirs. Chaque année, ce sont 50 000 à 60 000 ha qui sont achetés directement pour être affectés aux loisirs. Les conséquences sont lourdes pour le monde agricole.

 Les prix du foncier s’envolent pendant que les revenus agricoles plongent. Il y a de plus en plus de conflits d’usages des espaces car les nouveaux résidents sont parfois critiques vis-à-vis des activités traditionnelles.

 Les agriculteurs sont pénalisés par l’évolution des prix du foncier, notamment les jeunes qui s’installent et ne souhaitent pas investir dans l’achat de foncier. De plus, désormais, 40% des terres agricoles sont situées dans les espaces périurbains, où le bâti rural est très sollicité par les citadins. Les jeunes ne trouvent pas facilement de logement sur place.

 D’autre part, on peut constater que les espaces périurbains se ressemblent tous ; l’uniformité gagne les entrées de ville. C’est l’équilibre ville – campagne qui s’affaiblit.

 Une vraie politique foncière

 La terre est le support des activités humaines et doit être multifonctionnelle. Mais il faut en réserver la priorité à l’activité agricole, qui en assure la mise en valeur et préserve les paysages et les terroirs.

 L’affectation des terres doit se faire de façon équilibrée, dans une gestion durable de notre patrimoine spatial et dans le cadre d’une politique foncière digne de ce nom, au niveau national ou européen.

 D’autres pays ont des politiques beaucoup plus drastiques. Sans une politique courageuse en France, la question agricole ne se posera plus dans très peu de temps.

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23 novembre 2006 4 23 /11 /novembre /2006 18:41

 

L’agriculture française et la PAC

 Lucien Bourgeois est chargé des études économiques et de la prospective à l’APCA (Assemblée Permanente des Chambres d’Agriculture). Il s’est exprimé le 26 juin 2006 dans le cadre du colloque ayant pour thème « L’avenir de la Politique Agricole Commune », organisé par la Fondation Res Publica présidée par Jean-Pierre Chevènement (voir les actes de ce colloque sur www.fondation-res-publica.org  ou commander le livre en rendant compte).

 Le contexte historique et géographique

 Un mot d’entrée pour rappeler l’importance que tous les gouvernements accordent à l’alimentation, en quantité et en qualité, des populations.

 En Europe, l’Angleterre, premier pays industriel, a pris une décision historique en 1846, en abolissant les droits sur le blé afin d’éviter l’augmentation du prix du pain et nourrir les ouvriers. Il a ouvert les frontières pour faire baisser le prix du pain, donc les salaires, et mieux vendre les produits industriels. La colonisation lui offrait la possibilité de produire des denrées agricoles sur des terres vierges puis de les importer.

 La France, moins avancée dans l’industrialisation, a maintenu son système de production agricole (avec des protections et sans introduire les progrès techniques) jusqu’à la fin des années 1940.

 Les USA ont développé leur production agricole pendant que l’Europe, disposant de trois fois moins de terres, était confrontée à la pénurie, surtout pendant les guerres.

 Après la crise de 1929, à l’initiative de leur président Roosevelt, à partir de 1933, les USA ont mis en place les politiques agricoles qui sont toujours en vigueur : protectionnisme renforcé, mesures de soutien des prix (stockage provisoire) et de régulation de l’offre (gel des terres), mesures agri - environnementales (lutte contre l’érosion des sols).

 C’est, donc, après la seconde guerre mondiale que la France et l’Allemagne, ainsi que l’Angleterre, ont décidé de favoriser le développement de la production agricole, considérant désormais l’agriculture comme un problème géostratégique. Ainsi, le traité de Rome, en 1957, traitait le même jour de l’atome et de l’agriculture, sans doute pas par hasard.

 L’Europe a adopté un système s’inspirant de celui des USA. La guerre froide lui a permis de conduire, avec l’appui américain, une politique volontariste de production agricole, qui a fait ses preuves : en quelques années, l’autosuffisance a été atteinte. Aujourd’hui, avec trois fois moins de terres que les USA, nous parvenons à nourrir 150 millions de personnes de plus et exporter autant qu’eux.

 Pourtant, cette politique agricole est mise en accusation sur de nombreux points par les agriculteurs et les défenseurs de l’environnement (inefficacité), par les consommateurs (qualité), par les contribuables (coût trop élevé), par les agriculteurs (injustice sociale), par les pays en développement (injustice économique).

 Le modèle néo-zélandais est mis en avant. C’est celui des pays aux espaces immenses qui produisent à bas coûts, profitant de leurs avantages comparatifs naturels, et sont exportateurs traditionnels de produits agricoles. Or, ce modèle n’a rien de comparable avec le nôtre.

 Il faut rappeler la grande diversité des agricultures. Dans le monde, aujourd’hui, un actif sur deux travaille la terre pour ne pas mourir de faim. En Chine, 330 millions d’actifs agricoles cultivent en moyenne 1/3 d’hectare chacun. Passer à un hectare, c’est faire partir 220 millions d’actifs et leurs familles. Sachant  les problèmes que posent les 50 millions de ruraux partis dans les faubourgs des villes, la Chine a interdit l’accès aux écoles et hôpitaux des villes à ceux qui quittent la campagne, ce qui en fait des citoyens de seconde zone.

 

  La PAC réformée : du bon et du moins bon pour les agriculteurs…

 La PAC initiale était faite pour produire. La PAC réformée actuelle n’a plus de sens. Les aides ont pris une place démesurée dans les revenus agricoles : elles représentent 93% du revenu net de la ferme France ! La baisse des prix agricoles ne bénéficie pas aux consommateurs. Et les aides sont transformées en rentes foncières ! Le découplage permet de percevoir des aides sans travailler !

 Et, pourtant, malgré ses défauts, la PAC a été relativement efficace, par comparaison avec les USA. L’évolution de la productivité du travail a eu le même rythme que dans les autres secteurs économiques. Et, surtout, les industries agroalimentaires sont le premier secteur industriel en France et en Europe. C’est l’un des effets indirects de la PAC.

 Les défauts sont nombreux : la distribution des aides est très inégalitaire, leur niveau par rapport aux revenus donne trop d’importance aux droits à produire vis-à-vis de la production, l’agrandissement et la restructuration des exploitations vont en sens inverse de l’emploi.

 En fait, tout en étant un pays agricole, la France exporte d’abord des produits industriels et des services. Elle a conservé ses parts de marché agroalimentaire mondial dans les vingt dernières années, ce qui n’est pas le cas des USA (-7% d’exportations).

 L’Europe reste la principale zone importatrice du monde, mais, à l’inverse des USA, nous avons amélioré notre situation. Nous importons des USA des matières premières et nous exportons vers les USA des produits transformés, ce qui fait entrer des devises.

 Le discours de l’OMC se rapproche par certains aspects d’un néo-pacte colonial : il faudrait laisser les pays en développement exporter vers nous des matières premières pour que nous leur vendions des produits transformés.

 Sur les marchés mondiaux, la part des céréales diminue constamment (environ 15% de la production, comme en 1910). Notre commerce agroalimentaire est de moins en moins dépendant des matières premières. Les vins et boissons exportés sont le double en valeur des céréales (à égalité en 1993).

 La PAC n’a pas tous les défauts : elle a résolu une partie de ses problèmes budgétaires. Depuis 1992, les dépenses budgétaires n’ont pas augmenté. Et, les aides à l’exportation (les restitutions) ont été divisées par cinq.

 Par contre, si les prix agricoles ont diminué, comme le voulaient les promoteurs de la réforme de la PAC, les agriculteurs français ont subi, pour leur part, une baisse de leurs revenus : -13% en 2005, qui s’ajoute aux baisses des années précédentes. Depuis 1999, la baisse des revenus agricoles est proche de 30% (en 7 ans). C’est comparable à ce qui s’était passé entre 1973 et 1980, années de sinistre mémoire. C’est pourquoi l’industrie agroalimentaire est si performante. Elle bénéficie de produits de qualité européenne presque au prix mondial.

 La variable d’ajustement de l’agriculture a surtout été l’emploi (-50% en 25 ans), suite à la politique d’agrandissement des exploitations qui a été menée avec l’idée : moins il y aura d’agriculteurs, plus on pourra baisser les prix. Dans le même temps, l’industrie a perdu 33% d’emplois, mais l’industrie agroalimentaire n’en a pas perdu.

 Il convient de relativiser l’importance des aides agricoles dans le budget européen : 40 milliards €, c’est le bénéfice qu’annonce Lidl (chaîne de supermarchés à bas prix) pour 2005. 9 milliards € versés aux agriculteurs français, c’est moins que le bénéfice de Total en 2005 (quasi monopole pour assurer notre sécurité énergétique, découvrir de nouvelles réserves de pétrole dans le monde). C’est moins que les dépenses -10 M² € - pour l’assurance de nos biens (voitures, logements, partie intermédiation).

Comme l’a dit le président Bush aux agriculteurs américains, « une nation qui peut nourrir sa population est une nation en sécurité ».

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22 novembre 2006 3 22 /11 /novembre /2006 15:51

 

L’agriculture et le défi énergétique

 Pierre Cuypers est président de l’association pour le développement des carburants agricoles. A l’invitation de Jean-Pierre Chevènement, président de la fondation Res Publica, il s’est exprimé dans le cadre du colloque ayant pour thème « L’avenir de la Politique Agricole Commune ». Chacun peut consulter la fondation (voir www.fondation-res-publica.org ) pour prendre connaissance des actes de ce colloque ou commander le livre (10 €).

 En introduction, Pierre Cuypers, qui est aussi président de la Chambre d’Agriculture de Seine-et-Marne, a souhaité que l’Europe défende son modèle agricole et sa sécurité sanitaire, craignant que, lors des négociations de l’OMC, notre agriculture soit prise en otage, en contre - partie d’autres éléments de négociation, et que nous soyons placés sous dépendance du monde en matière alimentaire, comme nous le sommes en matière d’énergie.

 Puis il a évoqué le changement climatique. Le grand rendez-vous de Montréal en décembre 2005 : 189 nations réunies pour bâtir une stratégie de lutte contre les gaz à effet de serre et les changements climatiques qu’ils induisent. Seulement 34 pays, à cette date, avaient ratifié le protocole de Kyoto, dont des pays en développement,  dispensés de l’obligation de l’appliquer. Les USA et l’Australie, qui sont parmi les pays les plus pollueurs, ne l’ont pas ratifié. La France s’est engagée et a commencé d’agir. Les gaz à effet de serre dans l’atmosphère, pour l’essentiel issus de la combustion des énergies fossiles (charbon, pétrole, gaz), sont à l’origine du réchauffement climatique (+ 2°5 au 20ème siècle, peut-être 6° au 21ème siècle si des mesures n’étaient pas prises. En moins de 200 ans, nous avons prélevé la plus grande partie du pétrole disponible et facilement accessible. Il va falloir économiser cette énergie.

 Nous devrons relever trois défis : l’eau, l’alimentation, l’énergie. Face à ces trois défis, la terre est le seul écosystème capable de réguler le carbone sur la planète. Nous devrons donc développer des énergies diversifiées, afin d’assurer notre sécurité et notre indépendance.

La biomasse est du pétrole frais renouvelable chaque année mais cela suppose une volonté politique. La biomasse, c'est le bois, la cogénération, la fermentation, ce sont aussi les biocarburants. C'est la biomasse qui apporte la réponse la plus massive en matière d'énergie et de capacité à répondre aux attentes de nos concitoyens, en matière d'énergie pour les transports. C'est la plus productive parce qu'on peut la faire évoluer et la plus durable parce qu'elle est renouvelable.
La biomasse ne concerne pas seulement l'agriculture, mais aussi l'environnement, l'économie, les affaires sociales. Toutefois l'agriculture est la seule capable d'apporter la matière première qui permet de développer la biomasse.

  Il existe deux sortes de biocarburants :

 Le complément de l'essence est un alcool fabriqué à partir de céréales, de blé, de maïs, mais aussi de betteraves et de bois. Le seul problème est l'adaptation des coûts.

 Pour les moteurs diesel, c'est le diester (nom commercial en usage en France, pour diester et ester méthylique d'ester végétal) qui s'additionne au gasoil. Il est produit à partir de toutes les matières grasses, le colza, le tournesol, le coton, la palme. Les plantes oléagineuses sont répandues partout dans le monde.

  Nous avons donc lancé deux plans biocarburant.
Le premier est la reprise des directives communautaires votées en 2003. Elles donnent un fil rouge conducteur jusqu'en 2020. A cette date, 20% de toutes les énergies consommées en Europe devront provenir de l'ensemble des énergies renouvelables. Pour atteindre cet objectif, la directive européenne dit qu'en 2005, chaque pays de l'Union devra justifier de la capacité de produire 2% des énergies du transport par le renouvelable, c’est-à-dire par les biocarburants (il n'y en a pas d'autre).

 En 2010, nous devrons atteindre 5,75%. Nous sommes actuellement à 1,2% ! Nous sommes donc en retard. La France, comme quinze autres Etats, a été sommée de rattraper son retard. Face à la montée du prix du baril, le gouvernement actuel a mis en place un second plan carburant avec l’objectif d'atteindre 10% en 2015. Il faut le temps de construire des usines (dont chacune coûte entre 100 et 200 millions d'euros), environ huit mois auxquels s'ajoute toute l'instruction administrative qui précède pour l'acceptation du dossier.

 Il fallait aussi une directive fiscale pour faire passer cette directive de promotion. Or la fiscalité, au niveau européen, suit la règle de l'unanimité. Nous avons obtenu une directive qui permet d'adapter la fiscalité. La TIPP qu'on appelle la TIC (taxe intérieure sur la consommation) est la participation de pétrole au budget de la nation. Quand nous produisons des graines, avec l'amont et l'aval de la production et tous les services qui interviennent, nous payons déjà une fiscalité territoriale (la taxe foncière) et nous payons sur les produits et les salaires liés à la production végétale. Nous pouvons donc ne pas être soumis aux mêmes taxes que le pétrole. Or la fiscalité que nous subissons aujourd'hui pour développer les biocarburants est celle du produit qui nous accueille : l'éthanol subit la fiscalité de l'essence et les deux diesters celle du gasoil.

Pour trouver une parité financière et concurrentielle, nous avons donc obtenu une exonération partielle de la TIPP qui permet de corriger et de faire en sorte que le produit ne soit pas vendu plus cher à la pompe que le gasoil ou l'essence.
Nous demandons actuellement aux pouvoirs publics de mettre en place une fiscalité écologiquement adaptée aux biocarburants qui permette d'éviter de revenir chaque année devant une loi de finances. En effet la construction d'une usine suppose pour les partenaires financiers et industriels une durée d'amortissement pendant laquelle ils doivent trouver une certaine visibilité.

Cela coûte-t-il plus cher ?
Une étude réalisée en 2002 au plan national et européen répond à cette question.
Alors que l'essence et le gasoil ne restituent qu'une partie du pétrole brut raffiné, la production du bioéthanol produit deux fois plus d'énergie qu'elle n'en consomme, c'est trois fois plus pour le diester.
Pour produire mille tonnes de bioéthanol, on crée sept emplois, neuf pour le diester. Notre objectif français est d'aller vers la création de 45 000 emplois pour 2015 ; nous en avons déjà créé 28 000. 

J'ai lu dans différents journaux qu'en développant les biocarburants, le monde agricole risquait d'affamer la planète. Soyez rassurés. Aujourd'hui, si on réalise l'objectif des 10% de biocarburant à base de céréales, ça ne prélèvera que 5% de la production de céréales en France.

 Dans le cadre de l'OMC, un accord réduit la production de sucre en France de 15% à 25%. Une sucrerie qui ne tournait que 62 ou 64 jours l'année dernière disparaîtra si on réduit son temps de travail de 20%, avec les emplois et l'activité économique qu'elle génère. Il faut donc adjoindre à ces usines une distillation destinée à fabriquer de l'alcool de betterave.

 Nous sommes aussi capables de mobiliser des surfaces pour la production d'oléagineux, ce qui nous rendra, je l'espère, très compétitifs.

 En réponse à une question de Jean-Pierre Chevènement, Pierre Cuypers précise que la France a la capacité de satisfaire 20% de ses besoins en énergie pour les transports par la biomasse.

 Ce serait du même coup réduire la facture pétrolière, améliorer l'environnement, favoriser la création d'emplois et maintenir une activité dans la ruralité. C'est un objectif à atteindre mais nous allons déjà commencer par 10% de l'énergie liquide disponible en matière de transports.

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21 novembre 2006 2 21 /11 /novembre /2006 19:00

 

Eléments d’une nouvelle politique agricole et alimentaire

 Trois défis planétaires à relever concernent directement le secteur agricole : l’alimentation, l’énergie, l’eau.

 Le défi alimentaire : l’agriculture devra nourrir 9 milliards d’êtres humains en 2040-2050 et effacer au plus tôt la honte de la faim dans le monde,

 Le défi énergétique : l’agriculture devra contribuer à la diversification des sources d’énergie et à la promotion des énergies issues de la biomasse, dont les biocarburants,

 Le défi de la préservation des biens rares (eau, sols, biodiversité) : l’agriculture doit veiller à les maintenir et les entretenir en quantité et en qualité.

 L’agriculture, en plus de sa contribution éminente aux missions précédentes, assure d’autres fonctions utiles à l’ensemble du milieu rural : entretien du paysage et protection contre les risques naturels, espaces de loisirs, activité touristique… En outre, la fonction alimentaire en lien direct avec la vie et la santé des personnes, débouche sur une relation particulière entre producteurs et consommateurs. C’est pourquoi la politique concernant l’agriculture ne doit pas être seulement agricole, mais aussi alimentaire, environnementale et rurale.

 L’agriculture, fournisseur de denrées alimentaires, n’est pas une activité comme les autres. L’équilibre du marché est difficile à trouver. Les prix sont instables et ne reflètent pas les coûts de production. C’est pourquoi, même dans un cadre libéral, une politique d’intervention publique se justifie. Il faut donc des politiques agricoles au niveau de chaque Etat ou groupe d’Etats (Edgard Pisani).

La nouvelle politique agricole française s’exercera dans le cadre d’une PAC redéfinie en lien avec la réorientation de l’Europe. Celle-ci plaidera en faveur d’une régulation des marchés agricoles en tenant compte de leur grande diversité, par région et par produit.

 L’idéal serait que chaque région du monde puisse assurer son autosuffisance alimentaire. En fait, les études prévisionnelles actuelles (Michel Griffon) indiquent que, à l’horizon 2040-2050, certaines zones seront déficitaires sur le plan alimentaire, notamment l’Asie et l’Afrique.

 Ces déficits pourront être comblés par certains pays qui disposent de réserves de production importantes : l’Amérique du Sud, principalement et, peut-être, l’Ukraine et la Russie.

« L’Europe, dans sa configuration actuelle, ne pourra pas nourrir le monde. Son intérêt est d’avoir une politique agricole qui lui permette de faire face aux besoins de sa population et à une sécurité alimentaire qui ne va pas de soi » (Guy Paillotin).

 Face aux incertitudes mondiales (changements climatiques, énergie), l’Europe devra s’assurer une sécurité d’approvisionnement.

  L’Europe s’orientera vers la fabrication de produits agroalimentaires transformés à haute valeur ajoutée, ce qui correspond à sa vocation et à ses intérêts, par comparaison avec les USA, qui restent compétitifs sur le marché des denrées agricoles non transformées.

 Ainsi, la production agricole européenne aura pour débouchés une industrie agroalimentaire de qualité, en capacité de répondre aux besoins diversifiés de la population européenne d’une part, et d’exporter sans aides publiques d’autre part.

 Les pouvoirs publics veilleront à ce que le produit de la valeur ajoutée soit réparti équitablement entre les partenaires de la filière agroalimentaire. Les prix à la production seront revalorisés.                                                                                                                               

 L’Union européenne devra se poser la question de la protection de son espace (sécurité sanitaire des aliments, ce qui répond à la volonté des consommateurs, et refus des distorsions de concurrence).

 Ces préoccupations pourront être recevables dans le cadre des négociations de l’OMC, cette institution étant chargée par les Etats de mettre en place les règlements favorisant une bonne régulation des échanges internationaux.

 La Politique Agricole Commune maintiendra les aides directes aux producteurs en les réorientant progressivement vers les petites et moyennes exploitations familiales, en lien avec les préoccupations sociales et territoriales régionalisées. L’objectif sera de corriger le dispositif actuel en tenant compte des critiques diverses justifiées qui le visent.

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20 novembre 2006 1 20 /11 /novembre /2006 14:16

 

Griffon : Doubler la production alimentaire mondiale

 Agronome de réputation internationale, Michel Griffon explique dans son dernier livre* que seule une agriculture écologique intensive pourrait permettre de répondre durablement aux besoins futurs.

 LE FIGARO. - Quand on voit les problèmes actuels, il est difficile d'être optimiste pour l'avenir alimentaire de l'humanité. Quelle est votre position ?

 J'essaye d'être réaliste, d'envisager les différents avenirs possibles en tenant compte des contraintes, cela à l'horizon 2050, dans un peu plus d'une ­génération. Le problème est que la population mondiale va s'accroître de 3 milliards de personnes, qu'il faudra doubler la production alimentaire et donc augmenter les surfaces cultivées, alors que l'espace planétaire est déjà très utilisé. Il faudra accroître massivement les rendements mais ce sera difficile car, par exemple, l'eau sera moins disponible pour ­­l'irrigation, et les coûts des ­engrais vont s'accroître avec ceux du pétrole. Par ailleurs, l'agriculture à haut rendement induit des désordres environnementaux. Elle devra donc changer. La route vers 2050 est étroite et les transformations à apporter sont ­immenses et doivent se faire vite.

 Vous dressez un tableau diversifié des problèmes qui vont se poser aux différents continents. Pouvez-vous en donner un aperçu ?

 En simplifiant, l'Asie va connaître une augmentation de population importante, alors qu'elle utilise déjà la presque totalité de ses terres et que ses rendements sont déjà très hauts. Elle devra importer beaucoup de nourriture. À l'inverse, l'Amérique latine dispose d'immenses réserves de terre et pratique des rendements faibles. Elle devrait devenir progressivement le grenier alimentaire de l'Asie. L'Afrique du Nord et le Moyen-Orient ont utilisé presque tout l'espace et toute l'eau disponibles ; pour faire face aux besoins ­futurs, cette région va devoir elle aussi importer. L'Afrique subsaharienne dispose de terres mais sa population va s'accroître rapidement ; depuis longtemps, l'augmentation de la production se fait à un rythme lent, faisant planer des risques permanents de pénurie. Les États-Unis et l'Union européenne n'auront pas de besoins supplémentaires mais leurs coûts de production sont élevés. L'Europe de l'Est et la Russie ont des réserves de terre et de produc­tivité importantes et peuvent jouer un rôle exportateur potentiel. Au ­total, il y aura inévitablement plus d'échanges internationaux pour ­faire face aux besoins alimentaires.

 Les recettes de la « révolution verte », qui ont permis d'augmenter les rendements des cultures dans les grands pays en développement à la fin des années 1960, ne permettront pas de nourrir l'humanité. Selon vous, elles ont conduit à une impasse. Pourquoi ?

 La « révolution verte », c'est la version tropicale de ce que nous avons connu en Europe après la guerre : des variétés sélectionnées, l'utilisation intense d'engrais et de produits phytosanitaires, et une ­politique agricole appuyant le changement technique avec des subventions importantes. Elle a ­démarré en Inde au milieu des années 1960, avec l'appui des Américains qui craignaient que le pays bascule dans le communisme, et a touché de nombreuses régions des pays en développement. Elle a permis de beaucoup augmenter les rendements et donc d'éviter de ­déboiser la planète. Mais les rendements stagnent, les pollutions ­induites par l'usage de molécules chimiques sont difficiles à maîtriser, la consommation d'eau des nappes profondes est souvent trop élevée, ce qui n'est pas durable. Partout où l'agriculture s'implante, beaucoup d'espèces végétales et animales disparaissent, ce qui peut se révéler très dangereux pour l'avenir. Même en rationalisant les pratiques, cette technologie atteint aujourd'hui des limites.

 Ce qu'il faut faire, dites-vous, c'est une « révolution doublement verte ». Cela signifie-t-il qu'il faut revoir de fond en comble les pratiques intensives ?

 Oui, sans aucun doute. L'idée qui fonde le concept de révolution doublement verte est de concilier la « révolution verte » dans ses vertus productives, avec le respect de l'environnement et la gestion durable des ressources naturelles comme l'eau, la fertilité des sols et la bio­diversité. Ce n'est plus une agri­culture intensive en molécules ­chimiques et en énergie, mais inten­sive en fonctionnalités écologiques ainsi qu'en connaissances. Il s'agit d'utiliser plus intensivement le fonctionnement écologique des écosystèmes. Cela implique beaucoup de connaissances scientifiques nouvelles. Par exemple, on peut améliorer la fertilité en intensifiant les mécanismes de fonctionnement écologique des sols, qui sont encore peu connus chez nous, comme le semis direct sur paillage qui se pratique de plus en plus au Brésil. De même, on peut mieux utiliser les capacités de régulation des maladies et des ravageurs par leurs antagonistes biologiques. On ne s'interdit pas de recourir à des actions chimiques mais dans des proportions beaucoup plus limitées et quand elles sont indispensables.

  Pourquoi ne consacrez-vous que quelques lignes aux OGM, alors que leurs promoteurs les présentent comme la solution à venir pour nourrir l'humanité ?

 Les OGM actuels ne sont, en ­général, pas indispensables et certains présentent des désavantages, mais il faut rappeler qu'ils se substituent à d'autres risques, notamment en matière de pesticides. Certains OGM présentent un intérêt immédiat, comme c'est le cas pour le coton insecticide car on diminue fortement les traitements chimiques. En re­vanche, il faut accélérer les recherches sur des OGM de futures générations scientifiques qui permettraient d'étendre à d'autres plantes des fonctionnalités utiles existant dans la ­nature, comme la résistance des plantes à la sécheresse ou à la salinité. Il faudra le faire avec précaution. Dans le ­domaine de l'amélioration des plantes, il y a bien d'autres méthodes efficaces pour créer des variétés utiles, et il y a aussi de nombreuses solutions efficaces qui viennent du domaine de l'écologie scientifique qu'il convient d'utiliser.

  Les mesures économiques et sociales en faveur de cette nouvelle agriculture devraient être, selon vous, très différentes d'une grande région à l'autre.

 Il y a des ­différences entre les grandes exploitations du Brésil, les petites d'Afrique de l'Ouest ou les microparcelles de la Chine côtière. Les conditions économiques dans lesquelles elles opèrent sont aussi différentes ; certaines sont très subventionnées, d'autres sont pauvres et subissent la concurrence d'importations alimentaires. Mais toutes vont devoir faire un effort productif, surtout celles des pays en développement, où va se faire la croissance de la population. Les agriculteurs de ces pays constituent une grande partie des pauvres de la planète et même des sous-alimentés. C'est ­dire l'ampleur du chemin à accomplir. Ils doivent donc faire l'objet de toutes les attentions, pour qu'ils puissent connaître des conditions favorables et stables afin de sortir de la pauvreté. Cela plaide pour la ­définition de politiques propres à chaque ensemble régional pour être au rendez-vous de l'escalade des ­besoins.

  * Nourrir la planète, de Michel Griffon, éd. Odile Jacob.

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19 novembre 2006 7 19 /11 /novembre /2006 23:12

 

Une vraie politique agricole pour assurer la sécurité alimentaire en Europe

   Lors de son intervention le 26 juin 2006*, l’ancien président de l’INRA et actuel secrétaire perpétuel de l’Académie de l’agriculture, a d’abord rappelé que la PAC avait été fondée sur des idées politiques qui ont entraîné la mise au point de mécanismes.

Aujourd’hui, les bases politiques sont obsolètes et il ne reste que des mécanismes. Le problème est de trouver de nouvelles bases politiques.

Je me suis efforcé de résumer son intervention.

 Pour moderniser l’agriculture, la profession a accepté dans les années 1960 une forte diminution du nombre d’agriculteurs, avec une reconversion possible dans des emplois industriels massivement créés. Il fallait assurer, comme aux USA, une alimentation à bas coût à cette nouvelle classe ouvrière.

Ce cercle vertueux n’existe plus aujourd’hui. Il n’est plus possible de quitter la campagne pour trouver un emploi en ville. Mais on peut toujours se procurer une alimentation à bon marché, souvent importée.

 Des mécanismes avaient été mis en place pour soutenir l’agriculture par les prix : un sas d’entrée, avec contrôle de l’importation, permettait de calculer un prix intérieur européen qui soit supportable par les consommateurs et rémunérateur pour les agriculteurs. C’était justifié en l’absence de monnaie unique.

 Cette politique de prix est obsolète parce qu’elle est perverse.

Son coût était démesuré à partir du moment où l’Europe est devenue exportatrice (restitutions aux frais du contribuable). Subventionner des exportations devenait absurde.

En outre, elle est perverse sur le plan de l’environnement : plus le prix est élevé, plus on utilise d’intrants.

D’autre part, l’Europe est en situation de faiblesse dans les négociations internationales vis-à-vis des USA qui produisent du blé extensif inoffensif pour l’environnement.

La baisse des prix est donc favorable à l’environnement.

 Il n’est pas question de revenir à un soutien de l’agriculture par les prix et on peut penser que la réforme de la PAC en 1992, imitant ainsi la solution américaine, était la seule possible, à cause des effets budgétaires, à cause des pays anglo-saxons plus libéraux que nous, et, surtout, sous la pression de l’OMC.

La réforme de la PAC n’est que l’ajustement à l’OMC. Depuis que l’agriculture est rentrée dans l’OMC, on ne peut plus l’isoler du reste de l’économie : impossible de refuser d’importer des produits agroalimentaires à un pays à qui l’on vend des Airbus. Quant à savoir si l’agriculture restera toujours dans l’OMC, ce n’est pas possible de l’affirmer.

 En fait, dans ces négociations, l’Europe a un jeu de rôles avec les USA. C’est un jeu de solidarité, même si les avantages comparatifs sont différents entre les deux partenaires. Les deux veulent protéger leur agriculture. Nous ajustons la PAC à ce que les USA peuvent accepter dans le cadre de l’OMC.

Les adversaires de l’Europe et des USA sont le Brésil, l’Australie et la Nouvelle-Zélande, qui ne sont pas dupes de l’entente euro-américaine pour contrer le libéralisme.

 Il faut préciser que la mondialisation ne résout en rien le problème de la pauvreté. La libéralisation est demandée par des pays riches et ce n’est pas cela qui créera la richesse dans les pays en développement. Notre intérêt est de nous occuper du développement des pays pauvres. Et cela passe par leur capacité à réaliser des investissements lourds à faible taux de retour.

 Il faut donc sortir de deux supercheries : la première serait de croire qu’on peut re-nationaliser, la seconde serait de penser que le libéralisme est la solution à tous nos maux.

 Que faire ? Faute d’idée pour le moment, mieux vaut laisser les mécanismes en place fonctionner le plus longtemps possible.

Pourquoi ? La croissance de la population mondiale est de 1,5% par an et les prévisions sont environ 9 milliards d’individus en 2040, au maximum. Pour les nourrir, il faut une croissance de la production agricole d’environ 2% par an. Certaines zones de la planète vont être en déficit alimentaire, notamment l’Asie et l’Afrique. Les zones qui peuvent combler ces déficits sont celles qui ont des réserves de production importantes : l’Amérique du Sud et, peut-être, l’Ukraine et la Russie.

 L’Europe ne pourra pas nourrir le monde. Son intérêt est d’avoir une politique agricole qui lui permette de faire face à ses propres besoins et à une sécurité alimentaire qui ne va pas de soi.

 Il y a des incertitudes majeures à l’échelle mondiale : la première concerne l’énergie, qui peut créer une tension très forte sur les prix agricoles, surtout là où il n’y a pas beaucoup d’eau, peu d’énergie et une population nombreuse, c’est-à-dire dans des pays pauvres. Mais il pourrait y avoir des répercussions sur les prix dans nos zones et rendre plus difficile l’accès à l’alimentation.

La seconde est liée aux changements climatiques qui affectent particulièrement l’Afrique et entraînent des déplacements de populations. Face à ces dangers, s’assurer une sécurité d’approvisionnement en Europe est une nécessité absolue.

 Les avantages comparatifs de la France et de l’Europe conduisent à faire des produits transformés. Les USA ont trois fois plus de terre que l’Europe : un hectare par habitant contre 1/3 chez nous. Les USA exportent des denrées et l’Europe exporte de plus en plus des produits transformés. Nous devons jouer la valeur ajoutée.

Rien, dans la PAC actuelle, ne s’oppose au développement d’une industrie agroalimentaire de qualité. Il vaut mieux viser l’Europe (ce qui n’empêche pas d’exporter vers d’autres pays) et regarder ce qui va se passer à l’est de notre continent dans les 20 ans qui viennent.

 Cela pose la question de la protection de notre espace européen. Les restitutions vont être annulées (elles ne sont pas un problème). Mais la protection de notre espace est un véritable problème. Il est essentiel d’assurer la sécurité sanitaire de notre alimentation, en raison des nouveaux risques, des maladies émergentes, qui sont la conséquence des échanges mondiaux. C’est l’exigence des consommateurs.

 Il faut aussi éviter les distorsions de concurrence.

 Agir sur ces différents points est tout à fait possible dans le cadre de l’OMC. Encore faut-il le faire correctement, de manière cohérente et transparente.

 Il doit y avoir régulation. Par qui ? Par une organisation mondiale ou par la grande distribution ? Certains pays (Argentine, Costa Rica) se soumettent aux règles de la grande distribution. Si les politiques ne s’en occupent pas, effectivement, la grande distribution, le marché, s’occuperont eux-mêmes de la sécurité sanitaire, du bien être animal.

 On peut préférer que cela fasse l’objet de règlements internationaux.

 Enfin, il est impératif de promouvoir notre compétitivité dans les produits de qualité et l’agroalimentaire. Les agriculteurs doivent aussi conquérir le créneau citoyen en expliquant à quoi sont utilisées les aides.

 Un des éléments de la promotion de notre compétitivité est la gestion du risque de production agricole. L’idée est de promouvoir un système d’assurance, comme aux USA. La gestion des risques demande l’intervention des pouvoirs publics.

 Il faut aussi s’occuper du foncier et revoir les questions de concurrence entre les différents partenaires de la filière agroalimentaire.

 Il faut soutenir l’innovation, à condition que ce soit pour produire des denrées ayant une forte valeur ajoutée.

 Enfin, il faut redonner l’espoir aux gens. Pour cela, au-delà des mécanismes (qui seront ajustés en 2013), il faut redonner une visibilité à ce qui serait une vraie politique agricole.

 Car, si les agriculteurs apparaissent comme exerçant un métier comme les autres, ils seront traités comme les autres !

 

 *Colloque de la fondation Res Publica : www.fondation-res-publica.org

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18 novembre 2006 6 18 /11 /novembre /2006 17:41

 

Mettre la gauche à la hauteur des défis que le pays doit relever.

  Le candidat porteur de l’espoir républicain a répondu aux journalistes de Libération (Libé, 18 novembre, voir ci-après) qui le pressaient de répondre à la question : « Pourquoi maintenir votre candidature après l’investiture officielle de Ségolène Royal par le parti socialiste » ?

 Jean-Pierre Chevènement pense que le débat doit avoir lieu afin de mettre la gauche à la hauteur des défis qui l’attendent. Car le but est, non seulement de gagner, mais c’est aussi de réussir vraiment.

 Les points de divergence sont nombreux entre le MRC et le PS et ils concernent l’essentiel : la mondialisation et l’Europe, ce que doit être la place et le rôle de la République.

 Impossible de redresser la France sans réorienter la construction européenne. Et cette réorientation n’est possible que si le président de la République frappe fort dès le début de son mandat  en demandant la renégociation de certaines clauses des traités européens (sur la concurrence et les services publics, notamment) sans exclure de suspendre l’application de ces clauses après avoir consulté le peuple français par référendum.

 Nous sommes là au cœur de la différence entre le MRC et le PS. Ce qui est nouveau, c’est le fait que les deux candidats ont une même approche de certaines questions relatives à l’éducation et à la sécurité, ou encore à propos de la nation républicaine.

Mais sur d’autres sujets, qui connaît les positions de Ségolène Royal ? Elle va devoir choisir et s’affirmer davantage. Le projet du PS est très flou, marqué par des ambiguïtés qui ne seront levées que par le débat. C’est pourquoi la candidature de Jean-Pierre Chevènement est nécessaire.

 De toute façon, la méfiance de l’électorat populaire vis-à-vis de la gauche comme de la droite est telle que le PS est bien incapable, seul, de renouer les liens. Le rejet de la droite ne sera pas suffisant.

 N’oublions pas que Sarkozy et Le Pen trouvent leurs gros bataillons d’électeurs parmi les employés, les ouvriers, les agriculteurs, les commerçants, les artisans et les retraités qui éprouvent de plus en plus de difficultés à joindre les deux bouts et voient leurs enfants s’enliser dans le chômage, la précarité et le RMI. Sans espoir d’en sortir, car les inégalités sociales se creusent et les privilégiés ne s’inquiètent pas du sort réservé aux défavorisés.

 Le rôle des partis politiques est de résister à la logique libérale, pas de l’accompagner. Chevènement et Royal, chacun à sa manière, sont des rebelles et des insoumis, habitués à la dureté des combats politiques. Ils ont, l’un et l’autre, une grande force de caractère et un respect mutuel l’un pour l’autre. C’est avec eux et autour d’eux que la gauche peut apparaître comme une solution en 2007 pour une majorité de nos concitoyens.

 Voir www.chevenement2007.fr

L'article du journal Libération

Présidentielle. Jean-Pierre Chevènement, qui rejoint la candidate du PS sur les questions de l'immigration et de la sécurité :

 «Ma candidature se justifie toujours»

Par Renaud DELY, Pascal VIROT

 QUOTIDIEN : samedi 18 novembre 2006

 Candidat à la présidentielle, le fondateur du Mouvement républicain et citoyen (MRC), Jean-Pierre Chevènement, approuve certaines prises de position de Ségolène Royal. Sans la rejoindre.

Plébiscitée au PS, Ségolène Royal a souhaité que vous la rejoigniez. Allez-vous le faire ? 

 Le but c'est bien sûr de gagner, mais c'est aussi de réussir vraiment. Ségolène Royal a montré jusqu'ici une grande force de caractère. Il lui en faudra encore beaucoup pour faire bouger les lignes à l'intérieur du PS et mettre la gauche tout entière à la hauteur des défis que le pays doit relever. La réorientation de la construction européenne n'est pas une tâche facile. Pour y parvenir, il faut réapprendre la pensée libre et réapprendre aussi à se respecter. Cela ne peut sans doute pas se faire du jour au lendemain. Je ne vois pas aujourd'hui de raison qui me conduirait à m'effacer, même si, bien sûr, au deuxième tour, le candidat de gauche le mieux placé devra recevoir le désistement des autres. Le débat a sa valeur pour mettre la gauche à la hauteur des défis qui l'attendent. Il y a eu un temps où le PS pouvait nous faire des propositions, il n'en a fait aucune, je dis bien aucune !

 Vous avez envisagé de vous retirer en cas de menace Le Pen sur le second tour. C'est donc que vous avez tiré les leçons de 2002 ? 

 2002 est un accident de la route. Jospin s'est laissé distancer de 194 000 voix par Le Pen : c'est exactement 1 % des 19 millions de voix qui se sont égarées dans l'abstention, le vote nul ou le vote extrême. Le candidat socialiste n'avait pas de projet, comme l'a déclaré très justement un jour François Hollande. J'observe que les socialistes, en 2006, n'ont pas souhaité le retour de Lionel Jospin. Cela dit, personne en 2002 n'avait vu venir Le Pen. Chacun avait encore à l'esprit son score aux européennes en 1999 : 5,9 %. Aujourd'hui, sans occulter le débat politique de fond, il faut être plus vigilant. Bien évidemment, il faut d'abord parler de la globalisation libérale et de ses effets inacceptables en matière de délocalisations, de chômage et d'inégalités. Il faut mettre la gauche à la hauteur de ses responsabilités en lui offrant un projet cohérent. A partir de là, si un danger Le Pen se profilait, j'ai suggéré qu'il y ait une réunion de tous les candidats de la gauche et que chacun prenne ses responsabilités. Je n'ai pas prononcé le mot «retrait».

 Vous reconnaissez donc porter une part de responsabilité dans l'échec de 2002 ? 

 En aucune manière ! Je m'élève contre cette campagne particulièrement lâche. La tribu socialiste est divisée, mais je n'ai pas vocation à jouer les boucs émissaires pour faire son unité ! Il n'y a pas besoin d'avoir beaucoup d'esprit critique pour comprendre que, si seulement 13 % des ouvriers et des employés ont voté pour le candidat du PS en 2002, ce n'est ni la faute à Voltaire ni celle de Chevènement.

 Mais vous ne disposez plus du même espace... 

 Je dispose d'un réseau de sympathies intact dans le pays profond, et la campagne qui a été menée contre moi par les bien-pensants n'a en rien entamé ma combativité, bien au contraire ! Même mort, je reviens, telle est ma devise !

 Alors, qu'est-ce qui justifie votre candidature ? 

 On ne peut redresser la France si on ne modifie pas les orientations libérales de la construction européenne. Je propose l'envoi de deux mémorandums à Bruxelles, le premier pour mettre sur pied un «gouvernement économique» de la zone euro, le second pour une Europe qui protège (taxe anti-dumping social notamment). Je le dis clairement : si nous n'arrivons pas à renégocier certaines clauses des traités européens, sur la concurrence et les services publics par exemple, nous ne devons pas exclure de suspendre celles-ci, après référendum bien évidemment. A 27, et bientôt 30, il faut admettre une Europe à géométrie variable.

 A quoi bon vous présenter, alors que, sur deux dossiers que vous avez gérés en tant que ministre, l'éducation et la sécurité, Ségolène Royal tient un discours qui s'apparente au vôtre ? 

 Ma candidature se justifie pleinement, car le projet du MRC diverge du projet du PS sur des points essentiels : la République, la mondialisation et l'Europe. Nous ne voulons pas de nouvelle Constitution européenne. Le PS n'a pas compris que la France était le levier d'une réorientation de la construction européenne. Seule Ségolène Royal a parlé intelligemment de la nation. De la nation républicaine évidemment, définie comme «communauté de citoyens», avec une très belle formule : «Il n'y a pas de Français de souche et des Français de branchage ou de feuillage.» Mais qu'est-ce qu'elle a pris ! Sur la délinquance des mineurs, elle a marqué la nécessité de fixer les limites, rejoignant ainsi ma position : la sanction aussi est pédagogique.

Et sur la sécurité ? 

 Si j'en juge par les attaques dont Ségolène Royal a fait l'objet, j'ai l'impression que beaucoup de socialistes n'ont pas encore compris que la répression devait aller de pair avec la prévention et l'éducation. Ségolène Royal s'est située sur le terrain des valeurs. C'est l'essentiel. Maintenant, il faut passer à la pratique, sur ces sujets comme sur les autres. Le débat doit y aider.  

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