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Présentation

  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine à partir, notamment, des idées de Jean-Pierre Chevènement, l'un de ses fondateurs, qui n'est plus membre du MRC depuis 2015. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens (MDC) après les élections de 2002. En 2022, le MRC est devenu membre de la Fédération de la Gauche Républicaine avec quatre autres organisations politiques.
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Articles RÉCents

9 avril 2007 1 09 /04 /avril /2007 19:36

 

Le choix entre néo-conservatisme et désir d’avenir 

 Il est en forme, cela se voit. A Tournus, invité par Arnaud Montebourg, le président (d’honneur) du Mouvement Républicain et Citoyen a réaffirmé que la candidate du PS, du MRC et du PRG, représente la seule alternative réelle, la seule possibilité de changement, par rapport à la régression sociale que porte le candidat, bien peu républicain, de la droite.

 Il l’écrit aussi sur son blog www.chevenement.fr en notant, au passage, que la Bourse de Paris est maintenant sous le contrôle de celle de New-York, pour le plus grand bonheur de la finance mondialisée. La relance de l’Europe n’est pas au programme des marchés financiers…

 Voici d’abord, paru le 7 avril sur sr07 « le blog citoyen, socialiste et républicain pour 2007 » , le compte rendu de la soirée du 6 avril à Tournus, en Saône-et-Loire (71) avec Arnaud Montebourg Jean-Pierre Chevènement.

 « Le vote utile pour que ça change ! »

« Affûté, Jean-Pierre Chevènement. Invité hier soir à Tournus par Arnaud Montebourg dans le cadre de la campagne de soutien à Ségolène Royal, le « miraculé de la République » s'est montré en forme, maniant l'ironie aux dépens de François Bayrou et de Nicolas Sarkozy au cours d'une conférence de presse, puis devant plusieurs centaines de personnes dans la salle du Madeleine Palace.

 François Bayrou ? « Son programme tient sur un timbre poste. Ca ne coûte pas cher parce qu'il n'y a rien dedans ! » L'ancien ministre a estimé que le président de l'UDF, rebaptisé le « candidat de la droite onctueuse », cumule deux faiblesses : « contrairement à ma candidature en 2002, qui reposait sur un programme peut-être trop acéré, il n'a pas de programme. Et il n'a pas de majorité. »

 Jean-Pierre Chevènement a cependant estimé que le « véritable adversaire » de la candidate socialiste est Nicolas Sarkozy. Il a raillé son absence des banlieues. « Comment se fait-il que quelqu'un qui était encore Ministre de l'Intérieur il y a à peine dix jours ne puisse pas aller à la Croix-Rousse et à Argenteuil, et qu'il ne se risque pas dans les cités ? Parce qu'il a peur du contact avec la jeunesse. »

 L'ex-locataire de la place Beauvau dans le gouvernement Jospin a fustigé le comportement « anti-républicain » de M. Sarkozy, évoquant les « excuses » trouvées aux marins-pêcheurs auteurs de violences. « Son discours de Lorient n'est pas républicain. La violence, quelle qu'elle soit, doit être sanctionnée. La loi doit être la même pour tous, c'est le BA-BA de la République que M. Sarkozy ignore. On se souvient qu'il était de mèche avec les indépendantistes corses, jusqu'au référendum qui lui a donné tort en juillet 2003. »

 Ironisant sur le ralliement de Bernard Tapie « un maître de la spéculation », au président de l'UMP, l'ancien ministre a estimé que « Ségolène Royal représente la seule voie alternative à ce que signifie Nicolas Sarkozy ». « Elle porte l'ordre juste, le souci de reconstruire la société française, de rénover la République et de retisser le lien social. Elle est la seule candidate du changement, il n'y a pas d'autre voie. Je ne viens pas ici prôner le vote utile, mais le vote utile pour que ça change. »

 Auparavant, Arnaud Montebourg, porte-parole de la candidate, avait rappelé l'amitié et la proximité d'idées qui le lient à Jean-Pierre Chevènement, qualifié de « rénovateur de l'extérieur ». « Lorsqu'il a quitté son ministère, j'étais un de ceux qui est allé à Belfort le soutenir. C'est un homme d'Etat, avec une capacité de vision et d'action hors du commun. »

 Le député de la Bresse a également fait référence à une interview de M. Le Pen dans « Le Monde », portant selon lui les germes d'une alliance de M. Sarkozy avec le Front National.
« Cet entretien au Monde est un élément décisif à offrir à la réflexion de nos concitoyens. La famille Le Pen voyage dans les fourgons de Sarkozy.»
  

Sur son blog www.chevenement.fr (et ci-après), Jean-Pierre Chevènement commente l’actualité : deux notes datées du 6 avril, concernant la campagne présidentielle, et une autre du 31 mars sur la Bourse. 

 « Les choix se resserrent »  

« Une semaine de déplacements à travers la France - Grenoble, Ivry, Marseille, La Ciotat, Toulon, Châtenois les Forges, Tournus - permet de sentir le pouls du pays, les attentes des milieux populaires à l'égard de Ségolène, l'adhésion de plus en plus franche du monde enseignant, un moment troublé, les interrogations des ingénieurs, inquiets de voir contestée leur expertise, l'élan des femmes et des jeunes dans lesquels notre candidate trouve ses meilleurs soutiens.

 A chaque fois, il faut argumenter sur la politique énergétique, sur le redressement de l'Europe, sur le dépassement du clivage entre le oui et le non au projet de Constitution européenne.

Au fur et à mesure que monte l'étoile de Ségolène Royal, on sent que les choix se resserrent : Sarkozy s'identifie de plus en plus à un choix de régression sociale. Bayrou ne tente pas. Certains comparent sa situation à la mienne, en 2002. Il n'y a qu'une différence : j'avais un programme, et plutôt acéré ! Bayrou n'a pas de programme : c'est son avantage mais c'est aussi son handicap. Finalement, le sigle de Désirs d'avenirs a été bien choisi : la France a-t-elle encore un « désir d'avenir » ? Ou préfèrera-t-elle se tourner vers une variété de néo-conservatisme dont l'heure de gloire est passée, dans le monde anglo-saxon lui-même ? Le choix est simple ». 

« Pas très républicain » 

« N. Sarkozy tolère mieux la violence des marins-pêcheurs que celle des cités. Celle des indépendantistes corses est pour lui une des voies du dialogue qu'il recherchait en 2003. M. Sarkozy n'est pas très républicain. Il oublie que la loi doit être la même pour tous, qu'on habite en banlieue ou au centre ville, voire à la campagne, à la mer comme à la montagne, sur une île comme sur le continent. Une même règle pour tous, voilà la République impartiale qui est la définition de « l'ordre juste ». M. Sarkozy n'inspire pas confiance. Sa règle est à géométrie variable ». 

« On vend même la corbeille ! »  

« La politique de la France, disait fièrement le général de Gaulle, ne se fait pas à la corbeille ». Nous n'en sommes plus là depuis longtemps : sous les deux gouvernements qui se sont succédés depuis 2002, Péchiney (l'aluminium), Arcelor (la sidérurgie), Thomson (les téléviseurs), les Chantiers de l'Atlantique, c'est-à-dire tout ce qui reste de notre construction navale sont passés sous contrôle étranger. Triste bilan du « patriotisme économique » !

Mais aujourd'hui on fait mieux : c'est la corbeille elle-même, c'est-à-dire la Bourse de Paris, hier encore dominante dans Euronext, qui passe sous le contrôle de la Bourse de New-York (le New-York Stock Exchange). Cette offre publique d'achat se solde par un remarquable succès : 91 % des actionnaires ont apporté leurs titres à l'opération ! On en fait des gorges chaudes dans nos milieux financiers ! Ainsi, Wall Street a pris Paris. Jean-Paul Fitoussi parle ironiquement d'une simple délocalisation du NYSE à Paris, comme si Wall Street avait repris une vulgaire PME.

Aucune réflexion sur les conséquences de ce hold-up, en particulier la primauté, désormais assurée, des règles boursières américaines sur lesquelles nous n'aurons plus aucune prise. Aucun débat, même et surtout pas en pleine campagne présidentielle : le sujet n'est pas grand public ou plutôt la question de l'Europe financière n'a pas été posée.

 On se souvient à peine d'un sommet franco-allemand en 2006, où Mme Merkel et Jacques Chirac avaient souhaité le rapprochement d'Euronext et de la bourse de Francfort. Celui-ci ne s'est pas fait. Et ce sont les mêmes qui parlent aujourd'hui de « relancer l'Europe ». Quelle meilleure démonstration que le vrai pouvoir, depuis longtemps déjà, leur a filé entre les doigts ?

 Quasiment pas de protestation. Triomphe de la finance mondialisée dans le silence assourdissant d'une opinion anesthésiée ».

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8 avril 2007 7 08 /04 /avril /2007 10:59

 

A Carmaux, Ségolène Royal revendique l’héritage de Jaurès

 Comme François Mitterrand avant elle, Ségolène Royal est allée dans le Tarn, à Carmaux, invoquer l’esprit du fondateur du socialisme républicain en France. Il faut lire les ouvrages qui relatent la vie de Jaurès. Cet homme était d’une puissance humaine, philosophique et politique inégalée ! Nous avons besoin de lui aujourd’hui pour nous remettre les idées au clair. Quand j’écris « nous », je pense à la gauche autour de Ségolène Royal dans cette campagne présidentielle de premier et de second tour (les deux étant liés, personne n’en doute) et ce qui suivra la victoire le 6 mai.

 Xavier Dumoulin a eu la bonne idée, très tôt ce matin, de mettre en ligne sur son blog sr07 deux articles complémentaires, le compte rendu de la visite de Ségolène Royal à Carmaux, repris du site www.lemonde.fr d’une part, et des extraits du discours de Jaurès à la jeunesse d’autre part.

 « N’ayez peur d’aucune formule et d’aucune idée neuve »

 « Ségolène Royal a invoqué, vendredi soir 6 avril, l'esprit de Jean Jaurès qui n'hésitait pas en son temps à "bousculer toutes les idées reçues" pour défendre son "contrat première chance". ''Ce devoir d'invention qui nous incombe pour relever la France, Jaurès aussi l'assuma en son temps. Sa pensée visionnaire et son œuvre fondatrice ont montré le chemin du socialisme du réel, celui que j'appelle aussi de mes vœux'', a-t-elle loué devant près de 2 000 personnes entassées salle ''François Mitterrand'' à Carmaux, dont Jaurès fut député à la fin du XIXe siècle.

 ''Le Jaurès le plus hardi, le plus iconoclaste est celui qui houspillait fraternellement ses camarades en leur disant : 'mais n'ayez peur d'aucune formule et d'aucune idée neuve'', a-t-elle clamé. Avant de commettre un lapsus en défendant son ''contrat première chance'', qu'elle a appelé par erreur…''contrat nouvelle chance'', une expression qui rappelle le ''contrat nouvelles embauches'' du gouvernement Villepin. 

''Quand je propose un contrat nouvelle chance (sic) et que j'entends dire que 'ce n'est pas possible' et 'oh la la, ça va être compliqué' et 'qu'est-ce qui va se passer', eh bien moi j'entends la leçon de Jaurès : n'ayons peur d'aucune idée, n'ayons pas peur d'essayer d'avancer'', a-t-elle répondu aux critiques émanant de l'extrême gauche. ''Répondons d'abord aux problèmes, au désespoir, donnons une chance''. ''Devant l'innovation, Jaurès n'a jamais reculé, et nous non plus nous ne devrons pas reculer'', a-t-elle encore ajouté.

 Plus classiquement, elle s'est posée en continuatrice du combat de Jaurès sur ''la défense de la valeur travail''. ''Lorsqu'il dénonçait un système de métal qui traite des millions d'hommes comme une matière première (…), finalement est-ce que nous ne disons pas la même chose aujourd'hui ? Moi je dis la même chose, parce que je n'accepte pas que les salariés soient traités comme une vulgaire variable d'ajustement, qu'ils soient exposés aux licenciements boursiers ou aux délocalisations brutales''.

''C'est important à gauche de savoir d'où l'on vient, parce que cela aide aussi à imaginer l'avenir''
, a conclu Ségolène Royal, quittant la salle un bouquet de roses rouges dans les bras.

 Lire dans Le Monde http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-823448,36-893112@51-822961,0.html

 Le courage, selon Jaurès, dans son « discours à la jeunesse » (extraits)

 « Surtout, qu’on ne nous accuse point d’abaisser et d’énerver les courages. L’humanité est maudite, si pour faire preuve de courage elle est condamnée à tuer éternellement. Le courage, aujourd’hui, ce n’est pas de maintenir sur le monde la sombre nuée de la Guerre, nuée terrible, mais dormante, dont on peut toujours se flatter qu’elle éclatera sur d’autres. Le courage, ce n’est pas de laisser aux mains de la force la solution des conflits que la raison peut résoudre ; car le courage est l’exaltation de l’homme, et ceci en est l’abdication.

 Le courage pour vous tous, courage de toutes les heures, c’est de supporter sans fléchir les épreuves de tout ordre, physiques et morales, que prodigue la vie. Le courage, c’est de ne pas livrer sa volonté au hasard des impressions et des forces ; c’est de garder dans les lassitudes inévitables l’habitude du travail et de l’action. Le courage dans le désordre infini de la vie qui nous sollicite de toutes parts, c’est de choisir un métier et de le bien faire, quel qu’il soit ; c’est de ne pas se rebuter du détail minutieux ou monotone ; c’est de devenir, autant que l’on peut, un technicien accompli ; c’est d’accepter et de comprendre cette loi de la spécialisation du travail qui est la condition de l’action utile, et cependant de ménager à son regard, à son esprit, quelques échappées vers le vaste monde et des perspectives plus étendues.

 Le courage, c’est d’être tout ensemble, et quel que soit le métier, un praticien et un philosophe. Le courage, c’est de comprendre sa propre vie, de la préciser, de l’approfondir, de l’établir et de la coordonner cependant à la vie générale.

Le courage, c’est de surveiller exactement sa machine à filer ou à tisser, pour qu’aucun fil ne se casse, et de préparer cependant un ordre social plus vaste et plus fraternel où la machine sera la servante commune des travailleurs libérés. Le courage, c’est d’accepter les conditions nouvelles que la vie fait à la science et à l’art, d’accueillir, d’explorer la complexité presque infinie des faits et des détails, et cependant d’éclairer cette réalité énorme et confuse par des idées générales, de l’organiser et de la soulever par la beauté sacrée des formes et des rythmes. Le courage, c’est de dominer ses propres fautes, d’en souffrir mais de n’en pas être accablé et de continuer son chemin.

 Le courage, c’est d’aimer la vie et de regarder la mort d’un regard tranquille ; c’est d’aller à l’idéal et de comprendre le réel ; c’est d’agir et de se donner aux grandes causes sans savoir quelle récompense réserve à notre effort l’univers profond, ni s’il lui réserve une récompense. 

Le courage, c’est de chercher la vérité et de la dire ; c’est de ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe, et de ne pas faire écho, de notre âme, de notre bouche et de nos mains aux applaudissements imbéciles et aux huées fanatiques. Ah ! Vraiment, comme notre conception de la vie est pauvre, comme notre science de vivre est courte, si nous croyons que, la guerre abolie, les occasions manqueront aux hommes d’exercer et d’éprouver leur courage, et qu’il faut prolonger les roulements de tambour qui dans les lycées du premier Empire faisaient sauter les cœurs ! Ils sonnaient alors un son héroïque ; dans notre vingtième siècle, ils sonneraient creux.

 Et vous, jeunes gens, vous voulez que votre vie soit vivante, sincère et pleine. C’est pourquoi je vous ai dit, comme à des hommes, quelques-unes des choses que je portais en moi ». 

Lire ces articles sur sr07 «  le blog citoyen, socialiste et républicain pour 2007 ».

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7 avril 2007 6 07 /04 /avril /2007 10:04

 

Le principal problème de l’Europe : l’augmentation des inégalités 

 France 2, le 2 avril dernier, a présenté un entretien avec Joseph Stiglitz*, prix Nobel d’économie en 2001. Celui-ci s’est exprimé sur la situation comparée de la France et des USA, son pays. Ce regard extérieur est très intéressant, car il permet de nourrir la réflexion des citoyens avant l’élection présidentielle.

 Le candidat de la droite libérale, qui veut rapprocher la France du modèle américain, n’y trouve pas de motif de satisfaction. Par contre, la candidate de la gauche socialiste et républicaine est confortée dans ses options économiques et sociales.

 Merci à l’ami, abonné et fidèle lecteur de ce blog, de m’avoir permis de retrouver les traces de cet entretien sur le site www.france2.fr de France 2 (lien direct à la fin du présent article).

 « L'état de la France vu par le Nobel J. Stiglitz »

 « Dans l'interview qu'il nous a accordée, l'économiste vante la "productivité" et la "capacité d'innovation" des Français. Il leur lance aussi un "avertissement" : ne vous appuyez pas sur le "modèle américain" qui est un "désastre" notamment quand on considère ces "50 millions de personnes sans couverture sociale", dit-il. A ses yeux, il ne faut surtout pas s’engager dans la voie de l’assouplissement des lois sociales car on ne fait qu’"exacerber les problèmes".

 Il en va de même pour la baisse des impôts, mesure parfois présentée dans l’Hexagone comme l’un des moyens nécessaires pour résoudre la crise économique de la France. "Aux Etats-Unis, on paye effectivement moins d’impôts", observe-t-il. Mais à cela s’ajoute le coût très élevé des assurances maladie privées, sans oublier les pensions de retraite, poursuit-il. Au bout du compte, on paye autant des deux côtés de l ’Atlantique, argumente-t-il. Et Joseph Stiglitz de conclure : l’argument des taux d’imposition très élevés en France et en Europe est donc "un mythe".

 Comment jugez-vous la situation française aujourd’hui ?

Je pense qu’il y a chez vous un pessimisme excessif à propos des performances de votre économie. Car en France, la productivité est très bonne, la capacité d’innovation aussi. Quant à la question des revenus, il y a confusion. C’est vrai qu’aux Etats-Unis, ils sont plus hauts. Mais les Français ne doivent pas oublier que les Américains travaillent beaucoup plus longtemps qu’eux. Il est donc logique que ces derniers aient des revenus plus importants. Mais ils ont aussi moins de loisirs. Avec tous les problèmes sociaux et les répercussions que cela engendre sur la vie familiale.

Aujourd’hui, l’un des grands dossiers économiques concerne la mondialisation et la manière de s’y adapter. Certains pensent que pour y parvenir, il faut supprimer les protections sociales, renforcer la flexibilité. Mais abordé de cette façon, le débat est mal engagé. Il ne s’agit pas d'apporter des réponses structurelles. Mais des réponses macroéconomiques : taux d’intérêts fixés par les banques centrales, taux de change… Et dans ces domaines, on constate que la politique menée par les Etats-Unis ne fait qu’accroître les difficultés !

A mon avis, en Europe, le plus grave problème, c’est l’augmentation des inégalités : le fait que certains bénéficient de la mondialisation et que d’autres doivent subir de plein fouet la précarité et la compétition venue d’ailleurs. Or en assouplissant le système social et le Code du travail, on exacerbe les problèmes. Regardez ce qui s’est passé dans de nombreux pays d’Amérique latine : le chômage a augmenté et les bénéfices annoncés ne se sont pas produits.

A vous écouter, il ne faut donc pas engager de réformes de structures…

Il y a peut-être certaines réformes structurelles à entreprendre pour s’adapter à un monde qui bouge. Mais je le répète : les questions de structures ne constituent pas à mes yeux le problème fondamental. Le problème fondamental, c’est une politique macroéconomique qui crée les inégalités. En poursuivant sur cette voie, on ne peut qu’empirer les choses.

Je pense qu’au lieu de démanteler les protections, on devrait renforcer le système éducatif et les lois sociales. Il faut bien voir que la protection sociale, c’est aussi un moyen pour motiver les gens, leur permettre de travailler mieux.

Aux Etats-Unis, celle-ci est à la charge des entreprises. C’est ce qui amené General Motors au bord de la faillite. Résultat : de plus en plus d’Américains pensent qu’il faut se rapprocher du modèle européen. Nous avons donc besoin d’instaurer un dispositif public.

 Il faut voir que d’une manière générale, nous dépensons beaucoup d’argent pour les assurances de santé : 15 % du PIB y est consacré. Mais le système est inefficace : aujourd’hui, 50 millions d’Américains n’ont pas d’assurance sociale ! Pourtant, au cours des dernières années, le PIB des Etats-Unis a augmenté. Mais cette augmentation a profité aux plus riches, tandis que la situation de la plupart des citoyens empirait. Même la classe moyenne est touchée et vit davantage dans l’insécurité.

En France, on préconise souvent la nécessité de baisser les prélèvements obligatoires. Qu’en dites-vous ?

Je pense qu’il y a là une très grande confusion. Aux Etats-Unis, on paye effectivement moins d’impôts. Mais que reçoit-on en échange ? Beaucoup moins de choses. Par exemple, pour avoir une couverture sociale, le citoyen doit payer des milliers de dollars. Des sommes qui viennent s’ajouter à l’argent payé pour les impôts. Il faut aussi mettre dans cette addition les pensions de retraites, qui sont privées.

En France, vous payez vos impôts et vos taxes, mais les assurances sociales sont comprises dedans. Ainsi, la charge totale n’est pas forcément plus importante. Une situation que l’on retrouve ailleurs en Europe. En Scandinavie, par exemple, le taux d’imposition est très élevé, les gens travaillent dur. Mais ils ont un excellent système de santé et un des meilleurs niveaux de vie du monde. La plupart du temps, tout ce qui se dit à propos du poids des impôts n'est donc qu'un mythe !

Aux Etats-Unis, d’ailleurs, on commence à revenir là-dessus. La plupart des gens, même chez les républicains, pensent que nous avons été trop loin. Notre système éducatif, notre recherche en souffrent, à tel point que cela pourrait nuire à notre compétitivité. Pour réussir à s’adapter à la mondialisation, on a besoin d’investir dans l’éducation et la recherche. Mais évidemment, cela coûte de l’argent !

Que dites-vous alors à ceux pour qui les Etats-Unis sont un modèle ?

Ce pays a quand même quelques bons côtés et quelques points forts ! Notamment une bonne recherche universitaire, financée à la fois sur fonds publics et privés, ainsi que des liens étroits entre le monde de la recherche et les entreprises. Enfin, le chômage est assez bas. Alors qu’en Europe, les politiques macroéconomiques s’intéressent trop à l’inflation, et pas assez au chômage.

Mais face à ces bons points, il y a tous les problèmes que j’évoquais tout à l’heure et qui laissent sceptiques: la pauvreté, la baisse des revenus, ces 50 millions de personnes sans sécurité sociale... Résultat: les Etats-Unis arrivent au 10e rang pour l’Indice de développement humain (IDH) (1). A tel point qu’ils sont précédés dans ce classement par de nombreux pays européens.

Record significatif : nous avons le plus grand nombre de détenus du monde occidental. Proportionnellement, ce nombre est dix fois plus élevé qu’en Europe. A tel point que certains Etats des USA dépensent plus pour la construction de prisons que d’universités… Le modèle américain est donc plutôt un désastre. C’est pour cela que je lance un avertissement aux Français : certains aspects de leur modèle sont bons. Mais eux sont trop pessimistes !

Une dernière question : vous définissez-vous comme un libéral ?

Tout dépend du sens que vous donnez à ce mot. Car nombreux sont ceux qui lui donnent des significations très différentes les unes des autres. Le terme prête donc à confusion. Je dirais simplement que je plaide pour l’efficacité économique. Mais dans le même temps, je suis favorable à une société de justice et de solidarité ».

(1) L’Indice de développement humain (IDH) est un indice statistique, conçu par l'ONU en 1990, qui permet de classer les pays en fonction de leur développement qualitatif, et non uniquement en fonction de données économiques quantitatives comme le produit intérieur brut (PIB). Il est calculé sur la moyenne de trois indices : la santé, le niveau d’éducation, le niveau de vie.

 *Joseph Stiglitz est un économiste atypique

 Joseph Stiglitz, considéré comme le chef de file des "nouveaux keynésiens", a reçu en 2001 le prix Nobel d’économie (avec A. Michael Spence et George Akerlof) pour ses travaux sur l’analyse des marchés. Et plus spécifiquement sur l’influence de la distribution inégale des informations sur le comportement des marchés financiers. C’est aussi un spécialiste des questions de développement économique.

Né en 1943, ce professeur de l’Université Columbia à New York détonne dans le monde des grandes institutions financières qu’il a fréquenté. Là où l’austère costume cravate est de rigueur, il n’hésite pas à afficher sa barbe abondante sur fond de bretelles et de chemises rayées…

L’homme a toujours manifesté son aversion pour le consensus économique défendue par le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale, qui fait de la croissance à tout prix la seule voie possible pour les pays dits "en développement". Et de critiquer également l’aide des Etats du Nord à ceux du Sud : "Peu de gens aujourd’hui défendent cette grande hypocrisie : on prétend aider les pays en développement alors qu’on les force à ouvrir leurs marchés aux produits des pays industriels avancés, qui eux-mêmes continuent à protéger leurs propres marchés. Ces politiques sont de nature à rendre les riches encore plus riches et les pauvres encore plus pauvres – et plus furieux", écrit-il dans son livre "La grande désillusion" (Fayard, 2002) (…).

"On a vendu aux gens l’idée que la mondialisation profiterait à tout le monde. Mais ce n’est pas vrai. Cela n’a jamais été vrai", explique l’économiste dans un entretien au quotidien de Genève "Le Temps" (3-2-2007). Selon lui, elle fait baisser les salaires des travailleurs non qualifiés dans les pays occidentaux, ce qui entraîne une baisse des salaires de la classe moyenne (…).

 Lire les informations complètes sur
http://elections.france2.fr/presidentielles/2007/interviews/29576535-fr.php 

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6 avril 2007 5 06 /04 /avril /2007 15:08

 

Une pratique plus simple, plus claire, plus démocratique

 Sur son site www.lexpress.fr le 3 avril 2007, l’hebdomadaire relate un entretien de Christophe Barbier, Elise Karlin, Corinne Lhaïk et Eric Mandonnet, avec Ségolène Royal.  

 

   « Si je suis élue… »  

 La candidate socialiste explique ce qui changerait dans la manière d'exercer le pouvoir et va plus loin sur son calendrier de réformes.  

 Existerait-il une façon féminine de diriger la nation dans un pays habitué au paternalisme de la loi salique ?

 Heureusement pour moi, l'élection de Michelle Bachelet au Chili et celle d'Angela Merkel en Allemagne ont donné, déjà, un peu de visibilité à l'exercice du pouvoir au féminin, même si, me concernant, ce serait la première fois qu'une femme serait élue au suffrage universel direct dans un grand pays d'Europe. C'est vrai, cela soulève dans l'inconscient collectif un certain nombre de questions - je ne sais pas encore dans quel sens elles seront tranchées - mais je pense profondément que l'opinion publique est souvent en avance sur les responsables politiques et les partis. Même si c'est en France que demeurent les inégalités les plus rudes entre les hommes et les femmes au niveau des salaires, de la précarité ou dans les conseils d'administration des grandes entreprises. La politique reste un monde construit par des hommes et pour des hommes…

 Faut-il changer la pratique de la fonction présidentielle?

 Oui. Je pense, par exemple, que la commission de la Défense de l'Assemblée nationale doit être informée des décisions concernant l'engagement des forces militaires sur des théâtres extérieurs. Je pense que le Parlement devrait être beaucoup plus associé qu'il ne l'est à la définition de la politique étrangère du pays. Le président ne devrait plus être non plus, depuis longtemps, à la tête du Conseil supérieur de la magistrature. Son pouvoir de nomination devrait, dans certains cas, être plus limité qu'il ne l'est. Est-ce à lui, et est-ce aux présidents des Assemblées, de choisir les membres des structures indépendantes? Voyez tous les abus actuels. Voyez la manière dont les membres des cabinets ministériels sont recasés dans les derniers jours d'un quinquennat. C'est l'équilibre général qu'il faut changer. Et c'est cela, aussi, que j'entends lorsque je parle de VIe République.

 José Luis Zapatero, le président du gouvernement espagnol, a créé une grosse polémique en étant incapable, à la télévision, de dire combien coûtait un café… Que feriez-vous pour ne pas vous couper des réalités quotidiennes?

 Quand on a à gérer les affaires de l'Etat, à régler la question basque, à relancer l'Europe, à lutter contre le chômage, je ne suis pas choquée qu'on ne connaisse pas le prix d'un café. Et je vais même vous dire mieux: aurait-il répondu que cela m'aurait paru de la démagogie! Car enfin, qui peut croire que M. Zapatero va tout seul dans un café pour se commander un expresso? Une vie de chef d'Etat - on peut le déplorer, mais c'est ainsi - ce n'est pas une vie normale. C'est une vie où il faut économiser son énergie pour se consacrer à son pays et aux enjeux qui décident du destin commun. Cela étant dit, je précise une chose. Derrière la question du prix du café, il y a celle du coût de la vie. Et, derrière la question du coût de la vie, il y a la tromperie sur l'indice des prix dont on m'a tant parlé lors des débats participatifs et que je me suis engagée à réformer. On m'a dit que ce n'était pas une question présidentielle, mais un sujet de ménagère. Faux: selon moi, le pacte social doit s'appuyer sur des indices incontestables.

 Comment éviter les phénomènes de cour si fréquents à l'Elysée?

 J'ai vu comment François Mitterrand faisait: il s'échappait. Eh bien, c'est cela la solution: il faut garder une lucarne ouverte, continuer d'avoir des antennes et des relais, voir ses amis, rester au contact des écrivains, des artistes, des créateurs, ne pas rompre le lien avec les élus, qui sont en première ligne et ont des échos directs des préoccupations des gens...

 Imaginez-vous le 14 Juillet très différent de ce qu'il est aujourd'hui? Avec la fameuse garden-party?

 On verra cela. Ce qui est sûr, c'est que cette fête devrait redevenir beaucoup plus populaire qu'elle ne l'est… Les gens ont envie d'une vraie refondation de l'identité nationale. Et ils en ont envie partout, y compris dans les cités et dans les quartiers difficiles. Redéfinir la France telle qu'elle est devenue, magnifier l'émotion de la France colorée d'aujourd'hui, voilà la tâche. Et ce n'est pas une nostalgie, c'est une pédagogie, une projection dans l'avenir.

 Le député socialiste René Dosière a durement critiqué le train de vie de l'Elysée. Le réduiriez-vous?

 Je souhaite une diminution du train de vie de l'Etat en général. La sobriété n'empêche pas la grandeur dans l'exercice du pouvoir et de l'autorité. Alors, en ce qui concerne l'Elysée en particulier, je demanderai à une commission parlementaire de faire des propositions sur la baisse de ses dépenses de fonctionnement. Et ce sera la même chose dans les ministères. Il faut tout faire pour réduire le côté monarchique de l'exercice du pouvoir en France. Et je le ferai, toute Royal que je suis!

Quel lien aurez-vous avec le Parti socialiste, si vous êtes élue?

 Il faut trouver un juste équilibre. Le chef de l'Etat est élu au suffrage universel direct. Il ou elle représente tous les Français. Et il est, en même temps, issu d'une formation politique qui, en l'espèce, est le Parti socialiste et qui constitue la majorité parlementaire sur laquelle il doit s'appuyer.

 Vous dites vouloir «dépoussiérer» le socialisme français. En quoi est-il poussiéreux?

 Je veux faire le socialisme du réel, celui qui regarde les choses en face sans se sentir prisonnier d'un certain nombre de dogmes ou d'actions du passé. Par exemple, j'estime que nous n'avons pas suffisamment pris en compte les acquis de la pensée antitotalitaire des années 1970 et 1980. Ou bien, pendant très longtemps, nous n'avons pas osé dire que les 35 heures n'étaient pas forcément bien appliquées partout.

 Mais le bilan des 35 heures vous paraît-il négatif?

 Non, les 35 heures n'ont pas été une erreur, ne tombons pas non plus dans l'exagération symétrique! Reconnaître qu'il faut les évaluer davantage et qu'elles ont créé dans certains secteurs plus de problèmes que de solutions, c'est se donner la capacité d'agir. Il faut savoir être cohérent et pragmatique. Fidèle à des principes et ouvert à la discussion, voire au compromis, quand il s'agit de leur application. Mais nous sommes dans un système, politique et médiatique, où il suffit de reconnaître une erreur pour que l'on cherche à tout détruire.

 Revendiquez-vous ce droit à l'erreur?

 Je suis modeste dans l'approche politique des choses et, en même temps, offensive dans ma volonté de réformer. Mais c'est l'éternelle histoire, n'est-ce pas, de l'ange qui fait la bête et de l'enfer pavé de bonnes intentions. Parfois, les bonnes intentions ne s'appliquent pas, sur le terrain, comme on l'avait imaginé. Alors, il faut le dire. Et réagir. L'administration française manque cruellement d'une culture de l'évaluation. On empile les réformes les unes sur les autres sans jamais évaluer les précédentes. Et c'est une partie du problème! C'est vrai dans le domaine de l'Education nationale. Ça l'est aussi pour l'emploi. Voyez les aides aux entreprises: il existe 700 procédures!

 Est-ce au chef de l'Etat d'impulser cette politique d'évaluation?

 Le chef de l'Etat donnera des instructions. Il dira à son gouvernement: il y a le pacte présidentiel, veillez à sa mise en application. Ensuite, il faudra qu'on lui rende compte. C'est à cela, d'abord, que doit servir le Conseil des ministres: que s'est-il passé au cours de la semaine écoulée? Actuellement, tous les mercredis, on engrange des réformes nouvelles sans jamais évaluer quoi que ce soit. Soyons concrets: les ministres me rendront compte de ce qu'ils ont fait pendant les sept jours précédents et de la manière dont ils évaluent l'application des réformes déjà adoptées; puis nous préparerons les réformes à suivre. C'est une question de crédibilité de la politique. Il y a un tel décalage, aujourd'hui, entre l'annonce d'une loi en Conseil des ministres, son vote et sa mise en application…

 Faut-il donc fixer un délai?

 Oui. Les décrets d'application seront prêts à être signés au moment où la loi sera déposée sur le bureau de l'Assemblée. Et il faudra tenir compte, bien entendu, des modifications inhérentes au débat parlementaire.

 Il existe un Conseil de sécurité intérieure, présidé par le chef de l'Etat. Maintiendriez-vous cette instance?

 Je maintiendrai cette instance. Les questions de sécurité sont cruciales et elles nécessitent une coordination entre ministères.

 Votre réforme institutionnelle conduirait-elle à un régime parlementaire?

 Non. Ce n'est pas parce que le Parlement voit son rôle consolidé que le régime redevient parlementariste! La stabilité des institutions sera maintenue. Et ma réforme institutionnelle est globale: elle ne concerne pas que les rapports entre le Parlement et l'exécutif. Le Parlement renforce son pouvoir de contrôle, mais plus aucune modification du Code du travail ne se fait sans négociation préalable avec les partenaires sociaux. Je veux aussi engager une nouvelle vague de régionalisation, car c'est la meilleure façon de réformer l'Etat et de lutter contre le gaspillage des fonds publics. Disons très clairement, à chaque échelon, qui est responsable de quoi.

 Quel sera votre calendrier pour la réforme des institutions?

 Il faut aller au plus simple et au plus rapide. Je mettrai en place, sous l'autorité du Premier ministre, un conseil consultatif constituant, avec des parlementaires, des représentants du Conseil économique et social, des élus locaux, des constitutionnalistes, ainsi qu'un jury de citoyens tirés au sort. La charte de laïcité que j'appelle de mes vœux sera, pour sa part, adossée à la Constitution.

 Le Premier ministre pourrait-il être une femme?

 Je ne m'interdis rien. Le Premier ministre, quel qu'il soit, aura un rôle très simple, une feuille de route claire: mettre en application le pacte présidentiel. C'est sur cette base que j'aurai été élue. Ce pacte présidentiel, que j'ai élaboré avec les Français, dans un rapport dialectique avec eux, au cours de cette belle phase de démocratie participative si décriée autour de moi, la moindre des choses est qu'il soit mis en chantier sans délai. Cette parole, qui est ma parole en même temps que la parole des Français que j'ai consultés, je m'engage aujourd'hui, solennellement, à ce qu'elle soit tenue. Et je viendrai personnellement, tous les ans, rendre compte devant le Parlement de l'application du pacte présidentiel.

 «Une quinzaine de ministères me paraît une bonne hypothèse de travail», dites-vous dans votre livre. Faut-il modifier la structure gouvernementale actuelle?

 Entre 15 et 18. Je veux stabiliser les découpages ministériels une fois pour toutes pour le quinquennat, sinon cela crée de l'incertitude et du désordre. Mêmes règles, mêmes structures pendant cinq ans: cela vaut pour les compétences ministérielles, mais aussi pour les règles fiscales et sociales, sous réserve d'évaluations, de réajustements ou d'éventuels effets pervers apparaissant en cours de route. Tout le monde, à commencer par les entreprises, a besoin de règles stables et simples. C'est pourquoi la Conférence nationale sur la croissance et les revenus sera immédiatement réunie, le Parlement sera ensuite saisi des travaux entre les partenaires sociaux et, à la fin de 2007, le paysage fiscal et social sera redessiné: c'est un engagement politique que je prends.

 Un ministre pourra-t-il rester à la tête d'une mairie ou d'un autre exécutif local?

 Etre ministre est un travail à temps plein. Mais je laisserai à chacun la liberté de conserver un simple mandat de conseiller municipal, pas d'adjoint au maire, pour garder un lien avec les électeurs.

 Etes-vous sûre de parvenir à respecter votre promesse de modifier les statuts de la Banque centrale européenne (BCE) pour y faire figurer les objectifs de croissance et d'emploi?

 Ce n'est pas une promesse. C'est l'expression d'une nécessité politique. Et c'est en Européenne fervente, résolue, que je vous le dis. D'abord, il faut un véritable gouvernement économique de l'Europe, qui n'existe pas aujourd'hui, avec, d'un côté, des chefs d'Etat et de gouvernement qui traitent des questions économiques et sociales chaque fois qu'ils se réunissent, et, de l'autre, des ministres de l'Economie et des Finances qui appliquent leurs instructions. La BCE ne doit pas être livrée à elle-même, sinon elle prend le pouvoir, comme une administration dans un ministère où les responsables politiques n'exerceraient plus leurs prérogatives. Je ne fais donc pas porter la responsabilité à la Banque centrale, mais aux chefs d'Etat et de gouvernement et à leur manque de volonté. Ensuite, je suis convaincue que les statuts de la Banque centrale, parce qu'elle les met souvent en avant pour justifier ses décisions, jouent un rôle important.

 Ce n'est donc pas seulement une question de pratique?

 La politique se fait aussi dans l'affichage des objectifs. Et mon objectif est d'élargir les missions de la BCE à la croissance et à l'emploi. Ce n'est pas l'avis actuel, je le sais, d'une majorité d'Etats européens. Mais cela peut évoluer en fonction de la situation économique. Si le chômage et les délocalisations continuent, si la croissance ne redémarre pas, les choses peuvent changer. Je connais mes futurs partenaires. Je ne crois pas qu'ils aient des positions si figées, ni si dogmatiques, qu'on le dit.

 Le 1er juillet, date de la revalorisation légale du Smic, lui donneriez-vous un coup de pouce supplémentaire?

 Oui, bien sûr, le Smic bénéficiera d'un coup de pouce. Même si elle relève de l'Etat, cette décision sera discutée avec les partenaires sociaux dans le cadre de la Conférence nationale sur la croissance et les revenus. Parce que je ne veux pas d'un écrasement de la hiérarchie des salaires et qu'il n'est pas question que les salariés rémunérés juste au-dessus du Smic n'aient pas de perspective d'augmentation. Le relèvement du Smic doit donc s'accompagner de la redéfinition d'une politique salariale. Pour ne pas pénaliser les entreprises de main-d'œuvre, il faudra accorder aussi, et en contrepartie, des allégements de charges sociales. C'est en France que l'on voit autant de salariés payés au Smic et pendant aussi longtemps, parfois toute la durée de leur vie professionnelle. Il y a là un vrai problème de déroulement de carrière qui doit être traité par la formation professionnelle.

 Comment comptez-vous persuader les patrons de mener cette politique?

 Ce sera une nouvelle donne. Un pacte. Du donnant, donnant. Il existe, aujourd'hui, énormément d'aides publiques, éparpillées, données sans contrepartie. Les allégements de charge sur les bas salaires, par exemple, sont les mêmes pour les grandes banques et les PME à capital familial. Sur les 63 milliards d'aides aux entreprises, seuls 9% vont aux PME, alors qu'elles créent 63% des emplois. Je vais remédier à cette anomalie en ciblant sur elles les allégements du coût du travail et les aides fiscales à l'innovation. Les allégements seront modulés notamment en fonction de la hausse de la masse salariale globale: soit par de nouvelles embauches, soit par l'augmentation des salaires.

 Vous voulez simplifier les règles fiscales et sociales, mais vous créez un dispositif très complexe!

 Beaucoup moins que maintenant! D'ailleurs, mon intention est de confier l'attribution des aides aux régions. Elles connaissent bien les entreprises, celles qui sont dans une logique économique et celles qui sont prêtes à mettre la clef sous la porte, du jour au lendemain, pour répondre à la demande d'un fonds de pension. Si les aides publiques avaient été conditionnées, certaines entreprises n'auraient pas délocalisé.

 Pour vous, il n'y a pas de problème global du coût du travail?

 Pour baisser le coût du travail, il faut prendre l'argent quelque part. Donc, l'opération doit profiter à l'emploi. C'est pourquoi je propose de concentrer les efforts, notamment sur les emplois tremplins. Premièrement, en incitant les PME à embaucher de jeunes diplômés au chômage. Pendant six mois, les régions paieront la totalité du coût de cet emploi nouveau, salaires et charges. Deuxièmement, pour les jeunes sans qualification, je propose le contrat première chance, afin d'offrir un emploi aux 190 000 jeunes qui sortent du système scolaire sans qualification et sans emploi. Je veux permettre aux commerçants et artisans, dans les entreprises de moins de 10 salariés, de pourvoir les 500 000 offres d'emploi qui ne sont pas satisfaites.

 Mais c'est de l'emploi gratuit!

 Plutôt que de saupoudrer les aides, il vaut mieux une règle claire: vous rendez un service à la nation en embauchant des jeunes sans qualification, vous y consacrez une partie de votre énergie, donc vous êtes aidé. Le jeune bénéficiera aussi d'une formation et d'un tutorat. Ma vision, c'est celle d'une société de confiance où l'on arrête de suspecter tout le monde de frauder ou de vouloir contourner les lois. Mais c'est, là encore, du donnant, donnant: vous ne fraudez pas, et tout le monde est gagnant. Sinon, il y a sanction. Cela suppose du sur-mesure et un engagement contractuel. Il faut individualiser les aides - c'est vrai dans tous les domaines de la société - si l'on veut éviter les gaspillages des fonds publics. Certaines entreprises sont tellement habituées à venir au guichet des collectivités territoriales qu'elles considèrent cela comme un dû; elles font du chantage à l'emploi. Eh bien, non. Il n'y a plus de «dû».

 Ces deux mesures, jeunes diplômés et non qualifiés, font partie des emplois tremplins?

 Oui. Enfin, il y a les bourses tremplins, les 10 000 euros d'aide gratuite qui fonctionnent déjà dans plusieurs régions et permettent de donner le coup de pouce initial pour créer son emploi, son activité. Aujourd'hui, les banques ne prennent plus aucun risque et la concentration du secteur est telle qu'il n'y a plus aucune concurrence. Voilà la première chose dont les PME se plaignent: l'accès au crédit. De manière tout à fait anormale, les régions doivent prêter aux entreprises pour que les banques acceptent ensuite d'apporter un crédit complémentaire! Il faut que chacun se remette à faire le travail pour lequel il est mandaté.

 Pensez-vous que, si vous êtes élue, vous devrez prouver pendant cinq ans qu'une femme peut faire aussi bien qu'un homme?

 Bien entendu, non. Si je suis élue, je serai élue. Et le peuple français est un peuple républicain qui ne tolérerait pas ce qui lui apparaîtrait, de la part des notables de la démocratie d'opinion, comme un coup d'Etat médiatique permanent ! 

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5 avril 2007 4 05 /04 /avril /2007 11:02

 

Augmenter volontairement le prix de l’énergie

 Ingénieur-conseil spécialisé dans l’énergie et le climat auprès de l’Etat français et de diverses grandes entreprises, Jean-Marc Jancovici a également contribué au “Pacte écologique” de Nicolas Hulot. Il manie avec humour le franc-parler et est accessible au plus grand nombre.

 J’ai trouvé sur son site www.manicore.com un entretien paru dans "La Libre Belgique " le 2 avril 2007, dans lequel il remet les choses à leur place en ce qui concerne les énergies de l’avenir. Voici ce document qui donne envie d’approfondir en dehors de tout sectarisme les questions énergétiques. L’entretien est réalisé par Gilles Toussaint.

 

 

  A vous lire, on a le sentiment que les conséquences du réchauffement climatique seront avant tout sociales et géopolitiques... 

 

Prenons plutôt le problème en sens inverse : l’histoire des sociétés humaines montre que les événements qui ont été les plus dommageables à la taille de la population, à son espérance de vie ou à son confort de vie, c’est la famine, la maladie et l’oppression politique. Le changement climatique pourrait-il augmenter ces événements-là ? Question difficile, tout raisonnement s’apparentant à du billard à 25 bandes, mais on peut craindre que oui.

 Un réchauffement ample et rapide fera très probablement baisser les productions agricoles en de nombreux endroits. Si cela se conjugue avec une diminution de l’énergie disponible, des conséquences sont à craindre. Rappelons que l’intensification de l’agriculture a été rendue possible par l’augmentation de l’énergie consommée par ce secteur.

 Un autre risque augmentera en cas de contexte troublé : l’oppression politique. Une évolution brusque du climat provoquera de temps à autre des crises, notamment économiques (c’est exactement la conclusion du rapport Stern), et l’histoire nous enseigne qu’une économie massivement déstabilisée augmente fortement la probabilité de l’oppression politique (révolution, dictature, guerre ou savante combinaison des trois…). Ceci dit, il est seulement possible d’exprimer des craintes, mais pas de tenir des raisonnements prédictifs, et il ne faut pas confondre les deux. Inversement, balayer d’entrée de jeu tout scénario catastrophe serait de l’inconscience.

 L’ère du pétrole bon marché est-elle de toute façon terminée ?

 Le pétrole de plus en plus abondant prendra fin à l’échelle d’une vie humaine (10 à 30 ans, en gros). Va-t-il cesser d’être bon marché dans sa phase de décroissance ? Si on ne gère pas le problème, cela paraît vraisemblable, au moins au début. Si on gère le problème, ce n’est même pas sûr. Si la “taxe carbone” que j’appelle de mes voeux voit le jour, on aboutira à une situation paradoxale en apparence : la consommation d’hydrocarbures baissera alors même que les prix de marché n’exploseront pas, puisque la taxe incitera à diminuer la consommation plus vite que la possibilité maximale de production.

 Quelles sont les perspectives des énergies renouvelables ?

 Elles sont réelles pour leurs promoteurs, mais secondaires à bref délai pour vous et moi. Aujourd’hui, nous avons hélas tendance à confondre 1 et 100 : si vous faites les comptes, la calculatrice vous dira que vous n’arriverez pas à remplacer en 30 ou 40 ans pétrole, gaz et charbon (80% de l’énergie mondiale) par des énergies renouvelables (15% en gros, dont 10% de bois et 5% d’hydroélectricité).

 En d’autres termes, un approvisionnement identique en prix et en volume est hors de portée des renouvelables, et ce quel que soit le mix proposé. Je ne vois pas non plus comment on arrive à se passer du nucléaire tout en réduisant les émissions de CO2 en quelques dizaines d’années. Mener les deux chantiers de front signifie diviser la quantité d’énergie que nous consommons par cinq à six en 45 ans.

 Il faut donc réduire drastiquement la consommation énergétique et cela passe par la taxation…

 Oui, il faut augmenter le prix de l’énergie. Le paradoxe est que plus vous refuserez une hausse volontaire du prix pour modérer la consommation, plus vite arrivera une hausse involontaire, soit à travers un choc de marché (la production ne peut pas suivre), soit à travers la facture des conséquences (choc climatique). Bref, ou bien le prix de l’usage de l’énergie augmentera, ou bien celui des conséquences. Et une telle évolution, si elle arrive, nous fera probablement regretter de manière amère (ou fera regretter de manière amère à nos enfants, qui nous haïront) de ne pas avoir choisi la voie volontaire.

 Mais pour être vraiment efficace, une telle taxe ne devrait-elle pas être imposée à l’échelle mondiale ?

 Oui et non. Juridiquement, la fiscalité est du ressort des Etats, qui sont donc des premiers acteurs incontournables. Mais à partir du moment où vous considérez que l’atmosphère est un bien commun, la saine concurrence n’est obtenue que si, partout sur la planète, on paie la même chose pour émettre une tonne de CO2. En pratique, un pays A qui taxe fortement son énergie carbonée pourrait légitimement taxer l’importation de produits issus d’un pays B où cette énergie n’est pas taxée et détaxer ses propres exportations. L’OMC devrait à l’évidence soutenir ce point de vue.

 Mais un pays qui se lancerait seul dans une aventure pareille mettrait ses entreprises en situation défavorable…

 Le seul pari perdant à coup sûr est de ne rien faire : n’importe quelle solution imparfaite est donc préférable à l’inaction. De plus en plus de grandes entreprises le comprennent, et seraient prêtes à accepter une telle taxe, traitée comme une TVA. Dans ce cas-ci, le plus réactionnaire de tous les lobbies, c’est celui des consommateurs. Comment devrait s’appliquer cette taxe et à quoi cet argent devrait-il être affecté ? Il faut augmenter de 5 à 10% par an le prix de l’énergie pour le consommateur, sur une période longue. Si vous dites aujourd’hui que le prix de l’énergie va augmenter indéfiniment à l’avenir, vous allez éviter aux gens de se placer dans une situation dans laquelle ils seront pris à la gorge dans 15 ou 20 ans.

 Avec ce que rapporte cette taxe, l’Etat peut notamment se doter d’un bras armé dont le rôle serait justement de subventionner les investissements qui seront indispensables pour effectuer la transition. Il faut par exemple aider à la relocalisation des activités économiques et de l’habitat.

 C’est une chimère de penser que l’on va créer le moment venu des transports publics partout où il n’y en a pas : à moins de 20 habitants par hectare, vous ne faites rien. Il faudra donc plutôt implanter les activités à côté des réseaux qui existent déjà. L’urbanisme étalé, les banlieues pavillonnaires d’aujourd’hui ne correspondront plus à rien dans un monde où l’énergie est chère. Il faudra faire déménager des gens de manière importante dans la douceur, en faire changer un certain nombre de métiers…

 Vous évoquez un retour à la terre, quels seront les métiers qui vont se développer ?

 Je ne peux pas dire précisément lesquels ni si ce changement prendra son essor dans 10, 20 ou 40 ans, mais tout ce qui est manuel devrait logiquement être favorisé par une énergie plus chère. Il n’est pas question de retour vers le passé, car le temps est à sens unique, mais vous aurez probablement plus de personnes actives dans l’agriculture et dans l’artisanat.

 Et cet artisanat sera plus polyvalent : moins d’ouvriers spécialisés, moins de centres spécialisés qui ne couvrent qu’une étape de la fabrication d’un produit, des zones de chalandises moins vastes et des produits davantage réparables. L’avantage comparatif de la fabrication pas chère par rapport à la réparation chère devrait s’estomper voire s’inverser.

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4 avril 2007 3 04 /04 /avril /2007 18:41

 

Un front social et républicain autour du pacte présidentiel

 Dans notre monde déboussolé, il est heureux que des analyses de fond soient présentées. C’est ce qu’a fait Xavier Dumoulin le 31 mars sur son blog http://sr07.unblog.fr . Cela mérite des commentaires et appelle d’autres contributions. Voici son texte.

 « Forcer dès maintenant notre destin collectif »

 « Le remodelage de la planète, sous les coups de butoir du néolibéralisme, aggrave les conditions d'existence d'une grande majorité d'humains. Les tenants de cette marche implacable vers ce nouvel ordre injuste disposent d'un répertoire bien huilé autant que relayé pour soutenir leurs arguments iniques.

 Le démantèlement des économies, la sujétion des peuples aux intérêts des puissances financières, les pertes de souveraineté jusque dans le domaine alimentaire, l'extorsion accrue de plus-values et la captation de la valeur ajoutée, les périls du mode productiviste, tout cela n'inquiète nullement les chantres du néolibéralisme. Feignant de démontrer le caractère inexorable de ce mouvement, les "bougistes"  interdisent et démentent, dans leur marche forcée, toute possibilité de perspective alternative à leur société de marché.

 Cet état d'esprit fonctionne à merveille pour le plus grand bonheur des élites mondialisées. Jamais, peut être, l'encadrement idéologique des esprits n'avait atteint une telle force de contamination dans le système capitaliste mondialisé. Les média polluent les esprits plus qu'ils ne les éclairent. Les discours managériaux justifient de nouveaux modes de gestion des ressources humaines devenues variables d'ajustement des impératifs de rentabilité au seul profit des rentiers. Quand une armée de réserve de millions de prolétaires pauvres se développe, les entreprises du CAC 40 peuvent tranquillement engranger des records de profit en valeur absolue au seul bénéfice de leurs actionnaires.

 Les zélés serviteurs de cette machine inégalitaire, bien au delà de la sphère économique, instillent leur venin : casse de  la législation du travail, baisse des prélèvements fiscaux et sociaux, liquidation des services publics, flexibilité sans compensation des modes d'organisation du travail sur fond d'inversion de tendance de répartition de la valeur ajoutée. En France c'est le bilan partiel et le programme complet de la droite UMP-UDF.

 Cette agressivité idéologique et pratique conduit à "l'effacement de l'avenir" en brouillant toute perspective de velléité de changement. Les forces financières jouent ainsi l'intimidation intellectuelle pour perpétuer, sans opposition frontale, la spéculation sur les valeurs, la domination économique et l'exploitation de la force de travail des salariés. Elles choisissent la gouvernance mondiale contre les principes démocratiques de souveraineté et assènent des arguments viciés qui font autorité pour déboussoler les citoyens. Elles réussissent à débaucher dans leur surenchère vertigineuse les couches petites bourgeoises et leurs représentants, y compris ceux qui inclinaient à gauche. Confondant la cause et les effets, le social-libéralisme en Europe s'est ainsi largement laissé convertir aux raisons du capitalisme mondialisé de moins en moins apte au compromis social.

 Pouvons-nous résister ici et maintenant dans ce combat à armes inégales ? C'est David contre Goliath ! Que veut et que peut la gauche française et européenne ? Je m'interroge souvent sur les capacités concrètes de la gauche devant cette chape qui plombe les cerveaux. Je ne trouve aucune réponse dans le radicalisme verbal qui oublie sans doute l'essentiel en refusant de s'inscrire dans la perspective républicaine d'un large front populaire. Articulées avec les luttes sociales, la démocratie et la citoyenneté offrent des leviers irremplaçables de résistance à ce modèle qui broie les solidarités et les capacités de choix souverains. Le principe d'égalité, à décliner dans toutes ses dimensions, reste la force propulsive de notre projet. Il tient sa légitimité des sources même de notre pacte républicain.

 On gagnerait sans doute, à gauche, à vouloir assumer pleinement cet héritage de valeurs et de principes qui structurent et modèlent encore largement notre formation sociale. La reconquête d'une hégémonie culturelle, sans laquelle il ne peut y avoir d'avancée durable, suppose la capacité d'agréger dans cette démarche et sur ces principes de larges franges de notre peuple autour du monde du travail. Ce bloc socialiste et républicain constitue la base sociologique incontournable d'une alternative au néolibéralisme.

 Cette ambition, pour ne pas rester une simple vue de l'esprit, suppose de souder un front social et républicain autour du pacte présidentiel de notre candidate sans rien gommer de son exigence sociale et de sa dimension européenne. Le nouveau contrat social - que nous appelons de nos voeux, dans cette campagne, avec Ségolène Royal et nos amis radicaux et socialistes - est la condition sine qua non du changement en France et en Europe pour échapper au destin d'un capitalisme financier mondialisé. Sommes nous capables de promouvoir un tel dessein de progrès? Il nous reste une vingtaine de jours pour mener une des batailles les plus importantes pour l'avenir de la France, et,  peut- être aussi, dans la foulée d'une victoire du monde du travail et des forces de progrès au second tour,  forcer le destin de la République européenne ».

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3 avril 2007 2 03 /04 /avril /2007 18:01

 

La France d’en bas veut être présidente ! 

 

Les citoyens français seraient-ils en train de reprendre leur destin en mains ? La colère et la frustration du 21 avril 2002 face à la France telle qu’elle était, puis l’insatisfaction profonde du 29 mai 2005 devant l’Europe telle qu’elle était présentée, ont été à l’origine d’une prise de conscience de la nécessité de s’intéresser à la politique.
Dans une analyse datée du 4 avril dans Le Monde, Jean-Louis Andreani montre que la campagne présidentielle est bien différente des autres. On peut en déduire que cette élection va ouvrir une période de profond renouvellement politique avec la participation active des citoyens, en particulier des jeunes et des femmes. Voici le texte paru cet après-midi sur www.lemonde.fr
« La présidentielle des gens ordinaires, par Jean-Louis Andreani »  

« Adieu, de Gaulle et Mitterrand, vivent M. et Mme Tout-le-Monde ! L'élection présidentielle de 2007 a un air de revanche : celle des gens ordinaires. Le citoyen de base, qui se sent si souvent oublié, voire méprisé, par les décideurs et les médias, tient aujourd'hui la vedette d'un film qui pourrait s'appeler L'Homme de la rue, ce héros. Sujet de préoccupation principale des compétiteurs, mais aussi acteur et non plus simple spectateur des émissions politiques, cet électeur ordinaire, avec ses joies et ses difficultés banales, marque la campagne, jusque dans le langage et le style des discours.

 Jamais les principaux candidats à une présidentielle n'avaient fait tant d'efforts pour se banaliser. Jamais ils n'avaient déployé autant d'énergie pour ressembler à un "Français moyen". Dominique Strauss-Kahn a résumé l'ambiance, en lançant le 6 mars, devant un parterre d'avocats : "Aujourd'hui, le fond n'a plus d'importance. Ce qui compte, ce n'est pas ce qu'on dit, mais la façon dont on le dit. Une des caractéristiques de cette élection présidentielle est ce changement-là : nos compatriotes ont envie d'être représentés par des gens comme eux."

 Le 8 mars sur France 2, lors de l'émission "A vous de juger", Nicolas Sarkozy affirmait contre toute évidence : "Je suis un homme comme les autres." Deux semaines plus tard, le 21 mars, au Zénith de Paris, François Bayrou se voyait en "président du peuple". Le nouveau slogan à double sens de Ségolène Royal, "La France présidente", est venu s'inscrire dans la même veine.

 Les candidats rivalisent donc de simplicité, voire d'humilité, dans leur manière de s'exprimer comme dans le choix des sujets, ou la façon de les aborder. Le positionnement de Mme Royal sur ce créneau est le plus spectaculaire, peut-être le plus réussi. Le 11 février à Villepinte, en affirmant pendant la présentation de son "pacte présidentiel" qu'elle réagissait "en tant que mère" au problème des jeunes de banlieue, la candidate socialiste a réussi à soulever la salle. Avant de choisir délibérément le terrain de l'émotion, le 19 février, lors de l'émission "J'ai une question à vous poser" de TF1. Le moment le plus percutant de la soirée a été celui où elle a quitté sa place pour aller réconforter un malade en fauteuil roulant.

 Les électeurs, et surtout les électrices, sensibles au "style Royal" se fichent des critiques sur ses flottements ou sa très forte atteinte de "sondagite" : ils sont séduits par une candidate qui leur ressemble, femme, mère de famille, préoccupée par le quotidien et les solutions concrètes, plus que par les grandes envolées idéologiques, apanage de la politique masculine.

 Et puis, désormais, les candidats écoutent. M. Bayrou a fait tout un tour de France en soulignant à chaque étape qu'il n'était pas là pour promettre, mais pour entendre et comprendre. Là encore, Mme Royal est allée plus loin en élevant l'écoute de l'électeur au rang de méthode politique, avec la "démocratie participative" pour bâtir son programme, puis, si elle accède à l'Elysée, des "jurys citoyens" à tous les niveaux pour contrôler le travail des élus.

 Cette tactique vise en particulier la "France d'en bas" chère à Jean-Pierre Raffarin, cette France des régions, présumée porteuse, plus que Paris l'élitiste, des valeurs des "vraies gens". Ainsi, au fil de la campagne, M. Bayrou s'est mis à jouer sur un registre de plus en plus proche du célèbre "J'suis qu'un pauv'paysan" de Fernand Raynaud. Jusque dans le légendaire sens de l'économie de la paysannerie française... Dans cette course à la simplicité, Nicolas Sarkozy le Neuilléen a d'ailleurs un handicap, lui qui ne peut se prévaloir ni de ses racines rurales, ni de sa proximité avec la France des banlieues.

 L'une des raisons majeures de cette inflexion est bien sûr le double traumatisme des 21 avril 2002 et 29 mai 2005. Ces deux scrutins avaient montré que toute une partie du pays se sentait incomprise, voire délaissée par les partis de gouvernement. Les dirigeants politiques, en particulier les candidats d'aujourd'hui, ont alors compris ce qu'il en coûte d'oublier les classes populaires, dans un pays où employés et ouvriers représentent plus de la moitié de la population active. D'autant que ces douloureuses piqûres de rappel intervenaient dans un climat déjà marqué par un flux de critiques face aux lourdeurs et à l'essoufflement de la "République monarchique" que représente la Ve aux yeux de ses détracteurs.

 PROMOTION DU CITOYEN LAMBDA

 Cette séquence présidentielle d'un nouveau genre a l'avantage d'être revigorante. La promotion inespérée du citoyen "lambda", en haut de l'affiche, participe sûrement à l'engouement qui marquera le cru 2007. Avec un inconvénient : on frôle quelquefois le degré zéro de la politique, quand l'orientation générale, la conception du bien public que chaque candidat est censé proposer, se noie dans le flou et l'addition de problèmes particuliers traités un par un. Avec parfois la tentation de céder à une certaine facilité, voire un zeste de démagogie.

 Sans oublier, comme l'a souligné M. Sarkozy le 8 mars sur France 2, que le nouveau président devra rester un "leader". Celui d'une des cinq premières puissances économiques mondiales et des trois premières militaires. Ce n'est pas un hasard si les critiques envers Mme Royal se sont, un temps, cristallisées sur les questions de défense nationale, en particulier nucléaires, avec lesquelles elle n'est visiblement pas à l'aise : le prochain président devra certes descendre de son piédestal, mais aussi garder, si l'on peut dire, un doigt prêt à appuyer sur le bouton nucléaire... De façon moins dramatique, on sait que le prestige, l'influence et la légitimité d'un grand pays se jouent, aussi, sur le magnétisme et l'autorité de son principal dirigeant dans les rencontres internationales.

 Autrement dit, il a longtemps été admis que le vainqueur à l'élection présidentielle était celui qui savait le mieux apporter de l'espérance, voire du rêve, au pays. Désormais, les candidats sont condamnés à manier avec aisance la conjonction des contraires : le charisme doit se combiner à la proximité. Enfin, si, après le "cocooning" dont il a fait l'objet pendant la campagne, l'électorat a de nouveau l'impression d'avoir été abusé, le retour de bâton pourrait être d'autant plus violent. Un peu comme la déception, après les promesses non tenues de M. Chirac en 1995 sur la "fracture sociale", avait sans doute contribué à propulser Jean-Marie Le Pen au second tour en 2002. Ce n'est pas le moindre des risques que courent les candidats, et la démocratie ».

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2 avril 2007 1 02 /04 /avril /2007 18:28

 

Pour tous, du travail et la confiance dans l’avenir

 C’est à Limoges, le 29 mars, en présence de François Hollande, que Ségolène Royal a parlé avec conviction du travail et du lien social, de la lutte contre le chômage et du service public de l’emploi, du respect de la dignité des personnes et de l’espérance dans l’avenir. Voici l’essentiel de ses propos, tels qu’ils sont rapportés sur www.desirsdavenir.org .

 « La valeur travail, c’est d’abord donner du travail à tous, c’est aussi de faire en sorte que le travail soit moins taxé que le capital ».

 « Ségolène Royal annonce ce qu’elle veut : « créer aujourd’hui pour la France de demain : c’est résister et c’est imaginer l’avenir ».

La candidate socialiste évoque «
d’abord la bataille pour le service public. »

« Je vous le dis ici, à Limoges, la République nouvelle que je veux construire, la 6e République, sera la République des services publics garantis. La France neuve que j’appelle, c’est une France qui résiste et qui imagine. Résister, c’est-à-dire maintenir les services publics, imaginer, cela veut dire les réformer.

 Dans le pacte présidentiel que je vous propose, c’est une bataille efficace contre le chômage, et en particulier par la réforme de toutes les aides à l’emploi qui seront désormais confiées aux régions, mais l'État garantira l’égalité entre les différents Territoires. »

« Cette bataille que nous conduirons, nous confierons également aux régions la gestion du service public de l’emploi, parce que ce sont elles désormais qui auront les aides à l’emploi, les aides à la formation professionnelle, et désormais, l’accompagnement individualisé de ceux qui recherchent un emploi. Voilà comment la bataille sera efficace. »

« Ce qui déprime un pays, c’est cela : c’est la peur de l’avenir. Et cette peur de l’avenir, on la sent aujourd’hui à tous les niveaux de la société. »

« Ce sont toutes ces inquiétudes qui dépriment collectivement la France et qui donnent à chacun le sentiment d’être irrésistiblement tiré vers le bas.

 Alors voilà l’enjeu de l’élection présidentielle, c’est d’en finir avec ces inquiétudes, c’est de renouer partout le lien social, c’est de donner à chacun une vision de son avenir, une espérance d’avenir, c’est de garantir partout d’abord que les familles vont bien fonctionner et seront aidées au moment où elles en ont besoin et que les parents vont pouvoir assumer leur autorité parentale, ensuite que l’école va bien marcher et la rentrée scolaire se fera ; après avoir cet été, si les Français me font confiance, rétablir les moyens scolaires et les postes que la droite vient de supprimer. »

 « J’entends bien les objections ici ou là, et peut-être ici, certains d’entre vous se posent aussi ces questions ». On me dit : Mais ce pacte présidentiel coûte cher. Alors, je vous le dis fermement : qu’est-ce qui coûte cher ?

 « Ce qui coûte cher, c’est le chômage ».

 Ce qui coûte cher, c’est la précarité. Ce qui coûte cher, c’est l’échec scolaire. Ce qui coûte cher, c’est toutes les formes d’insécurité. Ce qui coûte cher, c’est de ne pas pouvoir se loger. Ce qui coûte cher, c’est d’avoir peur de l’avenir.

 Ce qui coûte cher, c’est, comme je l’entendais tout à l’heure dans l’entreprise que je vous citais, ce qui coûte cher, c’est comprendre l’inquiétude des petites retraites et des bas salaires, et cette ouvrière qui part à la retraite et qui me dit : « Ça fait 40 ans que je travaille, et je vais partir à la retraite avec une retraite de 600 euros par mois, c’est-à-dire à peine plus que le minimum vieillesse. » Et on viendrait me reprocher de vouloir relever tout de suite les petites retraites et les bas salaires ! Mais ce n’est que justice ! Et non seulement ce n’est que justice, mais c’est aussi un levier de l’efficacité économique. »

Ségolène Royal insiste sur l’importance de « La valeur travail. ça consiste en quoi la valeur travail ? Ça consiste d’abord à lutter contre le chômage. Et quand j’entends le candidat de la droite proposer aux salariés d’avoir le choix de travailler jusqu’à 70 ans alors qu’il y a déjà tant de chômage chez les salariés. Oui, nous n’avons pas la même conception de ce que les uns et les autres nous appelons la valeur travail.

 La valeur travail, c’est d’abord du travail pour  tous.

 La valeur travail, c’est d’abord revaloriser les bas salaires, c’est sécuriser par des contrats durables – et je félicite les jeunes de leur lutte contre le cpe –, la valeur travail, c’est de faire en sorte, une bonne fois pour toutes, la gauche l’a souvent promis et pas vraiment réalisé, et nous devrons le faire, la valeur travail c’est de faire en sorte que le travail soit moins taxé que le capital ».

« La valeur travail, c’est de faire en sorte aussi que toute personne qui retrouve un emploi ne perde pas de revenus par rapport à une personne qui vit des revenus de l’assistance. »

« Dans le pacte présidentiel, il y a le revenu de solidarité active, c’est-à-dire que désormais toute personne qui sort des de revenus de l’assistance et qui retrouve un travail verra également son revenu augmenter, c’est-à-dire pourra garder un certain nombre d’avantages liés à la situation antérieure pour que plus personne ne soit laissé sur le bord de la route, et en particulier pour que tous ceux qui cherchent un travail et qui en retrouvent un ne soient pas découragés. Je ne suis pas favorable à une société de l’assistanat. La gauche, ce n’est pas cela.
La gauche, c’est la dignité du travail. »

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1 avril 2007 7 01 /04 /avril /2007 10:11

 

Les éléments d’une nouvelle politique agricole

 Médecin hospitalier et animateur du Mouvement Républicain et Citoyen (MRC) à Libourne (Gironde), Patrick Nivet organise de temps en temps des débats politiques sur des thèmes spécifiques d’intérêt général. Après la santé, c’était l’agriculture le 16 mars avec deux intervenants, Christopher Derrett, président de la Coordination Rurale 33 (voir l’article du 22 février sur ce blog) et Michel Sorin, délégué national MRC à l’agriculture. Ensuite, le débat a permis à de nombreuses personnes présentes de s’exprimer ou de faire préciser  certains points aux intervenants.

 Patrick NIVET m’avait indiqué par courriel pourquoi il avait choisi ce thème de l’agriculture et ce qu’il attendait de mon exposé « Quelle politique agricole pour que la France reste un pays agricole, tout en protégeant l’environnement, la biodiversité, le climat et en favorisant le développement des pays émergents, pauvres et très pauvres ? », ajoutant qu’il faut « lancer le 21ème siècle sur des bases nouvelles et réalistes ».

 Voici le texte de mon intervention.

 L’évolution de la politique agricole depuis dix ans

 La politique agricole a fortement évolué depuis dix ans en France. On distingue deux périodes correspondant aux deux majorités parlementaires, d’abord de gauche (1997-2002), puis de droite (2002-2007) sous le même président de la République et dans le cadre d’une politique agricole commune (PAC) européenne de plus en plus libérale, c’est-à-dire sous l’influence du Commissaire européen au commerce et des négociations internationales à l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC).

La gauche, de 1997 à 2002

 Les deux ministres de l’agriculture du gouvernement Jospin, Louis Le Pensec puis Jean Glavany, ont cherché à faire évoluer l’agriculture vers une modernisation raisonnable prenant en compte la protection de l’environnement en responsabilisant la profession, par le biais de contrats territoriaux d’exploitation (CTE), afin de préparer les évolutions imposées par la politique européenne.

 C’était l’objet de la loi d’orientation agricole de 1997 qui visait à favoriser la diversité des modes de production et de représentation syndicale des producteurs, en faisant en sorte de maintenir un bon niveau d’installation et de limiter l’agrandissement et la concentration des structures agricoles. Les résultats de cette politique étaient eux-mêmes limités par les orientations libérales données à la PAC par la Commission et le Conseil des ministres à Bruxelles.

 La droite, de 2002 à 2007

 Les gouvernements Raffarin entre 2002 et 2005, puis de Villepin de 2005 à 2007, ont accompagné favorablement les orientations libérales de Bruxelles, en prenant soin de soutenir l’évolution des structures agricoles nationales vers le renforcement des entreprises les plus capables d’être présentes demain (agrandissement des surfaces, concentration des moyens de production), en allégeant les incitations à produire mieux.

 La première mesure était la suppression des CTE et la remise en cause des orientations du gouvernement précédent.

 La loi d’orientation de 2005 se limitait à des mesures de libéralisation des structures afin d’adapter l’agriculture française aux décisions européennes, même si le gouvernement faisait semblant d’être en désaccord avec la nouvelle réforme des mécanismes de la PAC en 2003 (découplage des aides publiques par rapport aux productions des exploitations, sous la pression des négociateurs européens à l’OMC).

 La mise en œuvre nationale de la réforme de la PAC en ce qui concerne les aides publiques (droits à paiement unique par exploitation) a clairement montré la volonté du gouvernement de favoriser la rente et les avantages acquis par les agriculteurs, sans tenir compte de leurs efforts pour adopter des systèmes de production plus économes en énergie et plus protecteurs de l’environnement.

 Le seul point positif peut être porté au crédit du président Chirac. Il s’est opposé aux offensives des gouvernements les plus libéraux, notamment britannique, bien décidés à réduire le budget de la PAC et accepter la baisse supplémentaire des droits de douane européens, proposée par le commissaire européen au commerce, Peter Mandelson, en réponse aux sollicitations des pays les plus libéraux, le Brésil notamment, dans le cadre des négociations à l’OMC (ce que les USA eux-mêmes ne sont pas décidés à faire, par peur de pénaliser leurs agriculteurs).

 Regards sur les chiffres récents de l’agriculture française 

 La France reste un pays agricole, le second au monde après les USA. A l’occasion du Salon de l’agriculture à Paris, j’ai présenté le 3 mars dernier sur mon blog http://mrc53.over-blog.com (catégorie « Agriculture et PAC ») l’évolution des comptes de l’agriculture française, à partir des données rassemblées par Lucien Bourgeois, responsable du Service des études économiques et de la prospective à l’Assemblée Permanente des Chambres d’Agriculture. Que peut-on en retenir ?

L’évolution depuis dix ans

 - Le revenu agricole moyen s’est éloigné depuis 1999 du revenu disponible moyen par habitant. Il a baissé de 30% entre 1999 et 2005, puis a remonté de 15% sur la seule année 2006, grâce à une conjoncture favorable en productions végétales (blé, maïs) au niveau des prix mondiaux (développement  des biocarburants aux USA et au Brésil).

 - La viticulture a tiré le revenu agricole vers le bas depuis 1998 (auparavant, elle le tirait vers le haut depuis 1990). C’était le seul secteur en crise en 2006.

 - Les disparités de revenu entre les exploitations selon les productions (végétales, animales…) se sont réduites depuis 1998, parallèlement à la baisse du revenu moyen.

 - L’emploi agricole (salarié et non salarié) a moins baissé depuis 1998 mais sa diminution avait été très forte : 3,3 millions en 1960, 1 million de moins en 1973, 1 million de moins en 1992, pour atteindre 870 000 (dont 596 000 agriculteurs non salariés) en 2005.

 La part des actifs agricoles dans l’ensemble des actifs a été ramenée à 2,5% en 2005.

 - Le nombre d’exploitations a été ramené à 400 000 vraiment dirigées par des agriculteurs, à 500 000 au total. En prolongeant la tendance, ce sera moins de 300 000 dans 20 ans.

 La productivité du travail a presque triplé de 1980 (indice 100) à 2006 (indice 262).

 - Les aides publiques (9,8 milliards € en 2005) font plus de 80% du revenu net agricole en 2005. Elles ont servi à renouveler les équipements et matériels des exploitations.

 - Les excédents agroalimentaires proviennent essentiellement des secteurs viticole et céréalier, avec un poids relatif de plus en plus important en faveur des vins et spiritueux.

 Les cinq points à retenir de l’agriculture française en 2006

 Dans sa communication à l’Académie d’agriculture, dont il est membre, Lucien Bourgeois a retenu cinq points essentiels dans l’évolution de l’agriculture française en 2006.

 - Les productions végétales ont bénéficié d’un sursaut conjoncturel dû à l’opportunité énergétique. Il y aurait intérêt à mieux coordonner les politiques des céréales  et celles de l’élevage en France et à surveiller l’équilibre entre production et consommation, qui est fragile et peut évoluer vite.

 - La viticulture est désormais l’atout majeur de la compétitivité de l’agriculture française sur les marchés extérieurs, malgré la crise. Cela prouve qu’il est possible d’augmenter la valeur ajoutée et la compétitivité sans augmenter les volumes produits.

 - Le système d’aides incite à la fuite en avant vers l’agrandissement des exploitations, ce qui risque de conduire à l’extensification des systèmes de production et à faire des agriculteurs des producteurs de matières premières.

 - La remontée des cours en viande bovine est la conséquence de la crise de l’ESB (« vache folle ») et de la restructuration des troupeaux laitiers, qui sont des phénomènes conjoncturels.

 A l’avenir, le maintien de cours à ce niveau nécessitera de se protéger des importations, ce qui suppose une relance de la politique européenne.

 - Les aides de la politique agricole servent à l’investissement dans la modernisation de l’outil de production, ce qui permet à celui-ci de fournir un produit au moindre coût aux industries agroalimentaires et de faire travailler de nombreuses PME (équipements, matériels) réparties sur tout le territoire.

 Les éléments d’une nouvelle politique agricole

 L‘existence même d’une politique agricole est liée à la réorientation de la politique européenne. La PAC doit cesser d’être complètement dépendante des options de négociation à l’OMC.

 Il faut la refonder sur la base de principes et d’objectifs qui correspondent aux réalités de notre temps. Les principes fondateurs de la PAC, en 1962, étaient la libre circulation des produits agricoles au sein de l’espace européen, la protection aux frontières et la solidarité financière.

 Jusqu’au début des années 1980, l’agriculture était considérée à part dans les négociations internationales, en raison de son caractère stratégique (sa fonction nourricière pour les populations). C’est ce qui justifiait l’intervention publique et l’existence de politiques agricoles au niveau de chaque pays ou groupe de pays (PAC).

 Primauté du libre-échange et dérégulation depuis vingt ans

 Sous l’influence des thèses néo-libérales, les USA et la CEE ont obtenu en 1986 que l’agriculture soit intégrée dans les négociations commerciales internationales (au GATT, structure de négociation entre pays, créée en 1947 pour réduire les barrières tarifaires) dont le but était de libéraliser les échanges.

 Peu à peu, le libre-échange a été imposé comme étant le moyen de favoriser la croissance mondiale. Il s’agissait, en fait, de créer les conditions favorables pour que les entreprises multinationales développent leurs activités et leurs profits, les Etats acceptant d’ouvrir les frontières et d’abolir les règles protégeant les économies nationales.

 En agriculture, cela signifiait le démantèlement des politiques agricoles et l’alignement des prix des produits sur les cours mondiaux.

 Au sein de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC), qui a succédé au GATT en 1995, les politiques agricoles ont été le principal sujet de discorde, à l’initiative de certains pays émergents (le Brésil, notamment) qui préconisent la plus grande libéralisation, car cela correspond à leurs intérêts, du moins ceux des firmes qui y sont implantées, attirées par les bas coûts de production et les grands espaces agricoles sous un climat et avec des sols très favorables à la production. L’Europe et les USA, qui ont conservé des politiques agricoles afin de protéger les revenus de leurs agriculteurs, ont été placés sur la défensive. Les pays réellement pauvres, quant à eux, ont compté les points, mais ils ont commencé à s’organiser.

Tenir compte d’abord des besoins des populations et organiser la régulation des échanges

 La politique européenne ne doit pas consister à sacrifier son agriculture pour satisfaire les appétits de libéralisation, que ce soit pour des raisons économiques ou idéologiques.

 Elle doit viser à éviter les distorsions de concurrence commerciale en supprimant complètement les subventions aux exportations, certes, mais aussi en protégeant l’espace européen par les moyens les plus divers et les mieux adaptés, tenant compte des conditions sociales et environnementales de production dans les pays exportateurs. Cela nécessitera la mise en place d’un nouveau système régulateur au niveau mondial, dans une logique opposée à celle qui prévaut actuellement.

 Une nouvelle priorité : la sécurité alimentaire

 Car la priorité n’est pas le libre-échange mais la sécurité (en quantité et en qualité) de l’approvisionnement alimentaire des Européens, ce qui suppose de reconnaître à tous les pays du monde le même droit à la souveraineté alimentaire.

 Cette priorité alimentaire passe par des prix à la production suffisants pour permettre aux paysans de mettre sur le marché des produits correspondant à la demande des consommateurs. Il est de la responsabilité des pouvoirs publics de veiller à ce que la valeur ajoutée soit répartie équitablement sur l’ensemble des filières agricoles et alimentaires.

 Des aides publiques plafonnées et réorientées

 Au fil du temps et des réformes de la PAC, les aides publiques aux agriculteurs ont pris une part trop importante dans les revenus agricoles. Elles devront  être plafonnées par exploitation et réorientées vers les petites et moyennes exploitations, en lien avec des objectifs sociaux et territoriaux définis à l’échelon régional ou inter-régional. Le dispositif actuel de répartition des aides n’est plus adapté et doit être corrigé afin de le rendre plus juste et plus en rapport avec les types d’agriculture à promouvoir.

 Une agriculture intensive, économe et écologique

 La seconde priorité sera dans la prise en compte de la question de l’eau et des problématiques environnementales. L’agriculture devra être plus économe, remplacer progressivement la chimie et l’énergie par l’écologie et les sciences, sans cesser d’être intensive. Car elle devra être suffisamment productive pour relever le défi alimentaire à l’échelle de la planète.

 La demande alimentaire va doubler dans les 40 prochaines années, sous l’effet de l’augmentation de la population (de 6 à 9 milliards d’humains) et du relèvement du pouvoir d’achat, notamment dans les pays asiatiques qui, à eux seuls, absorberont la moitié de la croissance démographique et une part importante de l’augmentation du niveau de vie et, donc, de la demande en viande, qui nécessite davantage de productions végétales.

 Nourrir une planète marquée par d’énormes disparités

 Certains pays (Amérique du sud et même du nord) pourront exporter des denrées de base. D’autres, comme la France et l’Europe, seront mieux placés pour exporter des produits agroalimentaires élaborés. Si la priorité est de nourrir la planète, en commençant par les 850 millions les plus sous-alimentés et les deux milliards de mal nourris, il sera nécessaire de prendre des mesures économiques et sociales adaptées aux situations locales et régionales très diversifiées. Car, des différences énormes existent entre les agricultures du monde, entre les grandes exploitations d’Amérique du sud, les petites exploitations d’Afrique de l’ouest et les microparcelles de la Chine côtière.

 Une politique agricole et alimentaire, environnementale et rurale

 Une approche globale tenant compte des besoins des populations dans leur diversité est indispensable. Les politiques agricoles ont leur pleine justification, à condition d’être aussi alimentaires, environnementales et rurales. La notion de santé publique intervient aussi dans les aspects alimentaires et environnementaux.

 Comment, dans ces conditions, les pouvoirs publics pourraient-ils faire une fixation sur la libéralisation des échanges ? Celle-ci est, certes, un élément favorable au développement du commerce mais il est étonnant que les pouvoirs politiques se soient laissé convaincre que le libre-échange est devenu la chose la plus importante, au point de ne plus exercer leurs propres responsabilités vis-à-vis des populations qu’ils ont en charge. Désormais, la volonté politique ne doit plus quitter les responsables publics, car la tache est immense.

 Deux questions, pour terminer : les Organismes génétiquement modifiés et les biocarburants.

 OGM : stopper le plein champ, évaluer ce qui existe, décider dans la clarté

 Les plantes OGM ne sont pas indispensables, du moins celles que les firmes multinationales veulent imposer sur le marché afin de vendre leurs produits chimiques et s’assurer la maîtrise de la production des semences, par le biais des brevets.

 L’amélioration des plantes et le traitement contre les maladies et ravageurs passent  par l’écologie scientifique et la lutte intégrée biologique, comme la Recherche agronomique commence à le montrer avec succès.

 La preuve n’a pas été faite que les plantes OGM soient inoffensives pour la santé et l’environnement. Certaines études, qui n’ont pu être conduites à leur terme, tendent à mettre en évidence des effets significatifs sur leurs organes de la consommation de maïs transgénique par des rats.

 Il faut que les pouvoirs publics s’engagent à fond dans les recherches scientifiques. Des effets positifs pourraient venir du transfert de certains gènes qui apportent des fonctions utiles, par exemple pour aider les plantes à mieux résister à la sécheresse et à la salinité des sols.

 Les gouvernements français, depuis 2002, ont très mal géré cette question des OGM, suscitant des actions d’arrachage illégales dont le but est d’alerter l’opinion publique sur ce qui est un vrai problème de société. Le prochain gouvernement devra mettre à plat le dossier OGM dans tous ses aspects, arrêter les cultures en plein champ, le temps d’organiser un débat public précédant des décisions d’intérêt général.

 Production de carburants issus de la biomasse

 L’agriculture doit prendre sa part des mesures à prendre pour relever le défi énergétique, en rapport avec la question du réchauffement climatique.

 La première mesure concerne les économies d’énergie indispensables (choix de systèmes de production moins gourmands en énergie et de circuits économiques courts, par exemple).

La seconde passe par des diminutions de consommation d’énergie d’origine fossile dégageant dans l’atmosphère des gaz à effet de serre.

 L’utilisation d’huiles végétales par les tracteurs semble possible. Que faut-il penser des biocarburants se substituant à l’essence ou au gazole dans les voitures ? Tout dépend de la matière première. Avec la canne à sucre, le rendement énergétique est bon. Il n’en est pas de même en Europe avec le sucre de betterave et les céréales (bioéthanol, se substituant à l’essence) et les matières grasses végétales (diester se substituant au gazole).

 Le bilan énergétique du bioéthanol est franchement mauvais, celui du diester pas très bon. Il en de même sur le plan économique (140 dollars le baril pour équilibrer sans aides publiques dans le cas du bioéthanol, 85 dollars dans le cas du diester). 

D’autre part, la multiplication des surfaces cultivées en colza nécessiterait l’utilisation de produits antiparasitaires polluants et ces surfaces entreraient en concurrence avec celles utilisées pour répondre à la demande alimentaire, d’autant plus que les surfaces agricoles se réduisent vite, par ailleurs, sous l’effet de l’avancée urbaine. 

En fait, si les biocarburants actuels ne semblent pas ouvrir de grandes perspectives, la recherche concernant la transformation industrielle de la biomasse (déchets du bois, pailles…) en carburant pourrait déboucher sur des résultats plus positifs.  

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31 mars 2007 6 31 /03 /mars /2007 17:30

 

Une femme libre et créative, volontaire et réactive

 A trois semaines de l’échéance, Ségolène Royal a ressenti le besoin d’innover en lançant un nouveau projet de contrat pour les jeunes qui sortent à 16 ans du système scolaire. Elle précise son approche originale de la politique sociale et il est clair que, proche du but, elle va insister sur ce qui la différencie à la fois de la droite et du centre, afin de solliciter l’électorat de gauche et faire sortir de leur tanière les sceptiques de la politique qui ont tendance à penser que tout se vaut et que le vote est sans enjeu réel.

 Ci-après, deux articles de presse, l’un d’une femme, Myriam Lévy, dans Le Figaro (31 mars) qui accompagne la candidate dans sa campagne et écrit à chaud, l’autre d’un homme, Renaud Dely, dans Libération (28 mars) qui commente la démarche de la candidate et analyse à froid ses orientations.

 D’abord, un extrait de l’article de Myriam Lévy.

 « Ségolène Royal revient sur le terrain social »

 « La candidate a proposé un nouveau contrat aidé pour les jeunes non qualifiés dans l'artisanat et le petit commerce.  

CE SERA le « contrat première chance ». Par opposition, bien sûr au contrat première embauche, le CPE tant décrié par la gauche, auquel Jacques Chirac renonçait il y a un an jour pour jour, le 31 mars 2006.

 Hier, Royal fêtait cet enterrement à Clermont-Ferrand, en tenant meeting dans un lieu pour jeunes : le B Box, plus grande boîte de nuit monosalle d'Europe, qui peut accueillir 3 500 personnes.

 Mais c'est dans la petite salle des fêtes de la mairie de Guéret qu'elle a énoncé sa proposition de nouveau contrat aidé pour les jeunes sans qualification. Une façon aussi, pour elle, de s'échapper du débat sur la sécurité. Un contrat qui s'ajoute aux 500 000 emplois-tremplins de six mois pour les jeunes qualifiés - qu'elle a déjà prévu de créer dans les entreprises et les associations. Le « contrat première chance », une expression employée par l'entourage de la candidate, concernera les entreprises de l'artisanat et du commerce, c'est-à-dire les très petites entreprises (TPE, moins de dix salariés).

 « Il y a, d'un côté, 500 000 offres d'emploi » qui ne trouvent pas preneur dans le commerce et de l'artisanat (bâtiment, restauration, ­ser­vice...) « et de l'autre, 190 000 jeunes qui sortent chaque année du système scolaire sans qualification. » Pendant un an, ces jeunes seront payés à un niveau qui sera « à négocier localement », salaires et charges étant pris en charge par l'État et les régions, qui piloteront l'expérience et apporteront un appui en formation, notamment sous la forme de tutorat.

 Plaidoyer pour le service public

 Royal se réclame du parrainage de Jacques Delors, et de sa proposition de « Chantier national pour les jeunes sans qualification ». « En contrepartie, je demanderai aux artisans et aux commerçants de respecter ces jeunes, de ne pas leur confier que des tâches d'exécution, car ils sont parfois découragés par les tâches qu'on leur donne » et, « si le jeune fait ses preuves, qu'on peut lui faire confiance, je demanderai à l'artisan de le recruter sur un emploi stable et durable », dit-elle, sans pouvoir préciser comment elle fera » (…).

 

Renaud Dely accompagne son titre du commentaire suivant « Ségolène Royal prône le social «sur mesure» et s'émancipe des dogmes socialistes ».

 « Le discours d'une autre méthode »

 « A moins de trois semaines de l'échéance, Ségolène Royal garde son cap mais accélère. Elle tente de donner le rythme de la fin de campagne. A l'automne, c'est parce qu'elle assurait le tempo des débats qu'elle avait pris l'ascendant sur Nicolas Sarkozy. L'ex-ministre de l'Intérieur a repris la main à compter du congrès de l'UMP, mi-janvier. Puis, la frénésie Bayrou est venue perturber la joute élyséenne. Cette fièvre centriste quelque peu retombée, Ségolène Royal cherche à la fois la bonne distance vis-à-vis de son camp et la bonne hauteur de vue par rapport aux Français pour conforter sa dimension présidentielle.

 C'est cette démarche qu'elle s'efforce de mettre en oeuvre tout au long de l'entretien qu'elle a accordé hier à Libération.  «L'identité» républicaine contre le «nationalisme» de la droite, «l'unité nationale» opposée au «communautarisme» d'un Nicolas Sarkozy «dangereux» parce que porteur de troubles dans les banlieues : Ségolène Royal met l'accent sur les valeurs et se veut candidate des sécurités, de toutes les sécurités, qu'elles soient sociale, civile, policière, etc.

 Cultivant son credo de «l'ordre juste», la présidente de la région Poitou-Charentes se penche en priorité sur le sort des classes populaires dont elle sait le rôle décisif pour l'issue du scrutin. Une leçon de plus du 21 avril 2002, la campagne de Lionel Jospin étant érigée en antimodèle dans tous les domaines.

 Pour reconquérir ces catégories défavorisées qui avaient fait défaut à l'ancien Premier ministre, Ségolène Royal avance des solutions qui se veulent synthèse de la première et de la deuxième gauche, et respectueuses d'une négociation sociale qu'elle rêve appuyée sur un «syndicalisme de masse». Surtout, elle plaide pour une nouvelle méthode, celle d'une politique sociale qui fait du «sur mesure» pour recoudre les fractures d'une société émiettée au sortir de douze ans de chiraquisme, un bilan dont elle veut faire supporter le fardeau au candidat de l'UMP.

 Pas de trace de «nous», du PS et de ses éléphants, c'est une femme à la fois seule, «libre» et «responsable» qui s'exprime pour nouer un lien direct avec les Français. L'attitude n'est pas sans s'inspirer de la tradition plébiscitaire gaullienne. Elle la conduit à s'émanciper des dogmes socialistes. Foin de ce qu'elle considère comme des «tabous» de la gauche, Royal refuse, presque par réflexe, de se plier à l'orthodoxie du PS sur l'école, le travail ou l'entreprise. A coups d'études d'opinion, elle s'est convaincue qu'elle a tout à gagner à décoiffer les siens. Car elle reste certaine de les retrouver au second tour contre Sarkozy.

 Pour rassembler large face à l'épouvantail de l'UMP, Royal cultive donc une «force tranquille» toute mitterrandienne testée lors des coups de vent traversés par sa campagne. Lors de la compétition interne, elle avait habilement joué de la victimisation pour surligner les critiques de Strauss-Kahn et Fabius.

 Là encore, elle pense avoir trop encaissé, enduré, subi de chausse-trapes et de moqueries pour ne pas espérer un ultime mouvement de sympathie en sa faveur. A ce titre, l'abjuration d'Eric Besson fait figure de cas d'école et semble trop grosse pour être parfaitement honnête. Voilà l'ex-dirigeant PS rallié à Nicolas Sarkozy pour faire barrage à la candidate du parti qui l'a fait élire député : un signe de plus qu'au moment du sprint, tous les moyens sont bons à la droite pour faire barrage à Royal ».

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