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  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine à partir, notamment, des idées de Jean-Pierre Chevènement, l'un de ses fondateurs, qui n'est plus membre du MRC depuis 2015. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens (MDC) après les élections de 2002. En 2022, le MRC est devenu membre de la Fédération de la Gauche Républicaine avec quatre autres organisations politiques.
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21 septembre 2015 1 21 /09 /septembre /2015 22:21

 

Thibaut Corneloup propose de réfléchir aux enjeux et défis pour l'avenir

 

Le secrétariat national du Mouvement Républicain et Citoyen (MRC) a opté cette année pour des ateliers le samedi matin à la place d'une table ronde. Il y en aura cinq proposés, dont l'un sur l'agriculture. Voir URMRC2015 Programme

Le thème général est présenté par Jean-Luc Laurent, président.

Voir Université de rentrée 2015 du MRC : Pour la France et pour l'Europe, il y a une alternative !

 

Voici le texte proposé par Thibaut Corneloup, en 2ème partie de l'introduction à cet atelier de réflexion (1ère partie : Université de rentrée 2015 du MRC : atelier Agriculture samedi matin).

Enjeux et défis pour l’avenir, systèmes de production et réformes

Précédemment, ce résumé de la crise de l’élevage et de la PAC a permis de dégager les enjeux : réorientation des systèmes de production, réforme de la structure des filières pour retrouver des marges plus justes, réflexion sur le système de production et les volumes. Quelles sont les réflexions générales à retenir ? Nous serons 9 milliards en 2050 sur Terre, peut-être quelques millions de plus en France, il faut réfléchir par rapport à cela, car nous ne vivons pas en autarcie.

  1. Volumes de production de viande et de lait : une réduction de la consommation

La viande et le lait sont des produits trop consommés dans les pays riches, on sait qu’on recommande 15% de protéines dans un régime alimentaire (25% lipides avec une diversité et 50% de glucides, SOURCE ANSES). Ce pourcentage approche les 20% voire plus, en France. La réduction des volumes ne doit pas être un objectif politique (sinon de décroissance) vu que la demande va de toute façon augmenter avec la démographie et la France doit tenir son rang dans ce domaine (le secteur agricole est le seul qui reste assez excédentaire dans la balance commerciale et nous perdons des parts de marché avec nos voisins, l’élevage représente aussi 882 000 emplois selon le ministère de l’agriculture), cependant on doit réduire la consommation de ces produits. Niveau santé, la viande rouge a un impact plus probable (cancers de l’intestin ou du colon). Niveau écologie, c’est celle qui consomme le plus de fourrages et d’eau par rapport à la volaille ou même le porc (10 kg de cultures fourragères pour 1 kg de viande rouge, pour le lait une vache boit 200 L d’eau par jour, source FAO/Institut de l’élevage). L’évolution du régime alimentaire est aussi « naturel » quand son mode de vie augmente et donc la demande de protéines animales va augmenter, afin qu’écologiquement ce soit tenable, c’est notre devoir de réduire cette consommation pour les pays en développement.

Par rapport à l’environnement, la déforestation, l’extension des prairies n’est pas l’argument le plus pertinent car ce problème est réduit par une plus forte productivité et une réduction des surfaces utilisées (on observe d’ailleurs un ralentissement maintenant et en France on gagne désormais de la forêt grâce à cette forte productivité). En plus les prairies sont souvent sur des sols pauvres et il ne rapporte rien de les retourner pour les cultiver. Elles rendent également des services écologiques (drainage, biodiversité, séquestration de carbone) non négligeables. Il faut donc réfléchir en système, en flux et en bilan, certains constats ne sont pas pertinents pour incriminer tel ou tel système de production. Ainsi, de nombreuses optimisations et bonnes pratiques dans les élevages restent à généraliser pour arriver à une réduction de 30% des émissions du CO2 (source FAO). La méthanisation est aussi une solution pour capter le méthane (qui ne partira pas dans l’atmosphère) et fournir des bioénergies pour la transition énergétique. C’est donc un problème complexe où une multitude de facteurs interviennent et qui ne peut être simplifié par des idées reçues souvent véhiculées dans les médias et internet. Cependant, on a perdu 10 kg/personne en 30 ans pour la France, c’est déjà donc amorcé depuis une dizaine d’années et il faut continuer vers une forme de flexitarisme (consommer moins de viande, 3 fois par semaine pas plus). La production s’adaptant à la demande solvable (ça vaut pour toute l’agriculture), les volumes s’adapteront, évidemment il faut une politique de régulation et un plafonnement comme on l’a évoqué précédemment.

  1. Démythifier le productivisme

Ensuite, il faut aborder cette notion de « productivisme » sans cesse repris dans les médias et chez certains partis politiques, c’est devenu un mot valise. Il a bien sûr existé dans les années 80 avec des phénomènes de surproduction dans le lait, la viande et le porc et ses crises associées. Mais il s’agit de mécanismes cycliques courants en agriculture où il y a des tensions entre production et demande, c’est l’état de crise permanent, il s’agit de les gérer au mieux. Cela implique les mécanismes de régulation et de plafonnement, et d’optimisation des pertes également pour éviter le gaspillage. Il ne faut pas oublier que dans un système libre échangiste, on importe aussi énormément de volaille et de porc, produit-on donc tant que ça ? Le productivisme était nécessaire à une époque où on ne produisait que pour 10 mois et que la souveraineté alimentaire n’existait pas (avant 1950). Le gain de forêt depuis 2010 (110000 ha par an selon FAO) montre les effets positifs de ce productivisme passé, on ne se rend compte qu’avec le temps. Il faut rappeler que 50% de la production alimentaire dépend des engrais et phytosanitaires dans le monde et en France et donc l’agriculture « intensive » préserve la sécurité alimentaire (Académie d’agriculture).

De plus, c’est une idée fausse car homogène, nous sommes loin de la surproduction en ce qui concerne les productions végétales : les oléagineux ou les protéines végétales (légumineuses). Elles sont largement déficitaires. Chacun sait que le soja est importé pour faire des tourteaux pour l’élevage, c’est donc une dépendance non négligeable (60% selon FranceAgrimer). La diversification des grandes cultures avec ces légumineuses est aussi nécessaire pour l’agro-écologie et le climat en apportant moins d’engrais chimique (apport d’azote, rotations, diminution du protoxyde d’azote dans l’atmosphère). Elles rencontrent des problèmes de débouchés, de valorisation industrielle (dont l’alimentation animale ou humaine) et c’est un projet de recherche de l’INRA. En ce qui concerne les oléagineux (soja, colza, tournesol), on est aussi en déficit et on importe. Par contre, c’est sur la transformation en tourteaux, graines ou huiles où nous sommes excédentaire dans la balance. Idem pour légume et les fruits où il n’y a jamais eu vraiment d’aides par la PAC ni de protection sur les prix.

  1. Quels systèmes de production agricoles dans l’avenir ?

Il y aura 9/10 milliards d’habitants en 2050, actuellement la réduction du gaspillage peut permettre de nourrir les 800 millions de personnes, mais 2 milliards sont aussi mal nourris. Cela ne suffit donc pas, la demande sur toutes les productions va augmenter avec le niveau de vie. C’est aussi un problème social ou la pauvreté extrême est la cause principale de la faim (aides aux paysans pauvres et à l’agriculture familiale, source FAO).

Environnement : changement climatique, désertification et sécheresse, problèmes de salinité, augmentation des attaques de ravageurs (stress biotiques), des virus et espèces apparaitront dans nos climats autrefois tempérés avec ces changements. Il y a nécessité de concevoir des systèmes de production plus résilients (s’adapter aux changements climatiques et biotiques) et productifs : produire plus, mieux et avec moins !

L’agriculture conventionnelle du passé est révolue : elle a commencé à se diversifier depuis 15 ans et les normes et règlementations successives ont donné une sécurité alimentaire irréprochable en France et en Europe. L’agro-écologie en tant que science est une troisième voie bien entamée.

Pour l’avenir il existe une multitude de solutions et plusieurs systèmes de production sont possibles, la diversification sera nécessaire et à accompagner. Ce ne sont pas non plus des systèmes figés et chaque technique peut être adaptée dans n’importe quel système de production.

-Par exemple, l’agroforesterie (replanter des arbres avec les champs) est adaptée à tous ces systèmes. Elle peut être sous la forme d’un bois, au milieu des champs, ou simplement en haies/bandes. Il s’agit surtout de les réinsérer dans les paysages pour l’agro-écologie (abris d’auxiliaires de cultures, habitats, coupe-vent, favoriser la remontée des minéraux).

-La notion de diversité dans les cultures (génotypes, variétés, cultures associées) est aussi un levier important pour la résilience (une homogénéité rend plus sensible aux attaques et aux maladies), c’est applicable à tous ces systèmes.

-Le débat monoculture/polyculture est très binaire et dépend des objectifs des agriculteurs, dans ces systèmes on travaille avec l’un ou l’autre et les rotations de cultures (diminuent les résistances, favorisent la fertilité du sol) sont de toute façon obligatoires pour les monocultures.

-Les biotechnologies et les PGMs font partie des solutions également et sont compatibles (augmentation diversité, résistance aux maladies et aux insectes, augmentation des rendements, valorisation de l’azote et utilisation moindre d’engrais/ pesticides/ de surfaces) avec les systèmes de production ci-dessous, les dogmatismes doivent être évités. C’est un consensus scientifique sur l’impact sanitaire et environnemental au niveau mondial au même titre que le changement climatique. La recherche doit continuer et les essais autorisés avec contrôle (on connait depuis longtemps les techniques pour diminuer les risques) comme le montrent les rapports successifs de l’académie d’agriculture, le HCB, les agences sanitaires et toutes les études au niveau mondial.

  1. Agriculture écologiquement intensive avec l’agriculture de conservation

Elle repose sur une couverture permanente des sols avec un non labour. Il s’agit donc de réduire le travail du sol et la consommation d’énergies fossiles, le couvert sous forme de cultures/intercultures permet le captage de CO2 et restitue la matière organique au sol. Le travail du sol est fait via la macrofaune et microfaune: sol vivant. Les intercultures sont des engrais verts et qui agissent sur la structure du sol. Les rendements augmentent tout en restaurant la fertilité du sol avec la séquestration du carbone. Il existe cependant un blocage : la directive nitrate, il y a nécessité d’ajouter de l’azote qui part dans l’atmosphère en non labour et le rapport C/N est un équilibre, l’un défavorise l’autre. Les blés perdent en taux de protéines depuis cette directive. Il y a aussi des réticences dans la population d’agriculteurs, une loi est prévue bientôt.

  1. Agriculture raisonnée et intégrée : notion assez large, des exploitations différentes

On réduit les pesticides et les phytosanitaires, on pense en système les intrants et les sorties. Cela s’appuie sur une agriculture numérique et de précision avec nouvelles technologies : capteurs climatiques, quantification du besoin en engrais, pesticides encapsulés et utilisés seulement en cas de besoin, nouvelles machines et modélisation des cultures pour connaitre leurs besoins en temps réel. On aboutit à la réduction de la consommation en eau, en énergie en engrais et en phytosanitaires. Pour le maraichage ou l’arboriculture, On utilise aussi au maximum la lutte biologique c’est-à-dire le recours à des insectes auxiliaires plutôt que les pesticides pour neutraliser les ravageurs ou à des outils de déstabilisation (phéromones). On favorise la biodiversité pour les attirer en général (plan d’eau, herbes, bandes…).

  1. L’agriculture biologique

Médiatisée, beaucoup de promesses mais peu de résultats. C’est un objet marketing en tout cas très rentable, les distributeurs bio sont d’immenses conglomérats financiers (Lea Nature). D’ autant plus que c’est une copie de l’agriculture intensive avec des pesticides « naturels », ce qui n’enlève pas la toxicité potentielle pour les humains. L’impact sur les sols peut être aussi significatif sur le long terme (bioaccumulation du sulfate de cuivre). Elle est sans nul doute très utile pour la gestion de la biodiversité, mais là encore il y a des nuances (il y a labour, travail du sol), il y a aussi des exploitations conventionnelles où la biodiversité existe et du bio sans biodiversité. Les rendements restent moindres (à nuancer avec le contexte local) et donc les couts de productions et les prix sont plus élevés. La subvention est un choix possible vu qu’on subventionne de toute façon le capital dans les grandes exploitations. Cela augmente, mais très lentement (4% des exploitations), il existe encore de nombreux risques sur la sécurité alimentaire (6 fois plus de contamination à des bactéries pathogènes, aux mycotoxines). Les pesticides naturels dépassent largement les doses des pesticides chimiques très surveillés (15% de contrefaçon). Charge de travail très importante et de nombreux abandons.

Alter-agriculture : permaculture, agriculture urbaine

Le monde scientifique ne considère pas la permaculture comme faisant partie de l’agro-écologie, c’est une invention de Pierre Rahbi et quelques autres penseurs, mais elle est étudiée et des travaux commencent à être publiés (ferme du Becq Hellouin). Plus que des champs, ce sont surtout de grands jardins avec une grande diversité de cultures en mélanges… On peut s’inspirer des techniques et de la logique pour les systèmes de production précédents. Cela peut donc être intéressant pour les serres de maraichage (couches chaudes et compost sans consommation d’énergie), le design des champs (complémentarité entre les écosystèmes, position des plans d’eau, bois, élevages…). Ce sont souvent des petites surfaces, on vient de démontrer à l’INRA que c’était possible d’être autonome économiquement sur 700m2 cultivé, il y a donc possibilité de l’importer en ville via l’agriculture urbaine qui peut reprendre sa logique. C’est une solution parmi d’autres pour nourrir la planète de façon plus écologique.

Conclusion

La transition écologique est en marche et les solutions existent : il reste à les favoriser et à accompagner les agriculteurs qui voudraient se lancer là-dedans. Il ne faut pas non plus se cacher que de nombreuses normes non fondées scientifiquement empêchent cette véritable agriculture plus écologique, ces demandes de simplification sont légitimes et doivent être examinées au cas par cas.

Discussion sur le résumé de ces modèles et états des lieux, autres points non abordés comme la commercialisation et la distribution (problème de la grande distribution et marges avec les producteurs), celle-ci est tout autant crucial que la production avec capacité de stockage et réduction des intermédiaires pour augmenter le revenu des agriculteurs. La vente directe est possible, mais elle reste limitée (charge de travail importante, compétences supplémentaires, marché saturé).

Questions globales sur les réformes à adopter et autres problèmes non abordés ou questions naïves pour en savoir plus sur l’agriculture.

 

Cet article est le 422ème publié sur ce blog dans la catégorie AGRICULTURE et PAC

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17 septembre 2015 4 17 /09 /septembre /2015 15:41

 

L'école de la République a d'abord besoin de repères et de constance

 

Le Mouvement Républicain et Citoyen soutient les personnels de l'Education nationale mobilisés contre la mise en œuvre de la réforme du collège prévue pour la rentrée 2016Voir, sur le site du ministère : Collège 2016 : tout savoir sur la réforme

 

Voici le communiqué à ce sujet de Bastien Faudot, porte-parole du MRC.

Cette réforme procède d’une approche démagogique qui accroîtra la ségrégation scolaire à laquelle elle prétend s’attaquer. En supprimant l’apprentissage du latin et du grec, en diluant les savoirs dans des enseignements interdisciplinaires à la carte, en mettant fin aux dispositifs d’excellence que sont les classes bilangue, l’esprit égalitariste et compassionnel de la réforme accentuera le nivellement par le bas des enseignements et dépréciera la qualité de l’école publique. 
 

Derrière les alibis pédagogiques invoqués par le Ministère et en fait dictés par l'OCDE, ce sont les logiques comptables qui conduisent à la fermeture des filières d'excellence. 
 

L'école doit redevenir l'instrument de la méritocratie, en récompensant l'effort, en permettant la promotion par le travail. En fermant ces filières et en engluant les établissements dans les difficultés de leurs territoires, le gouvernement réinstalle une sélection par les revenus. L'école doit apporter aux enfants ce que leur famille ne peut leur offrir. 
 

Ainsi, le renforcement de l’autonomie des collèges, en fait plus de pouvoir concédé aux chefs d'établissement, favorise l’inégalité territoriale et instaure la concurrence des établissements. C’est l’unité de la République qui est menacée. 
 

L’école de la République a d’abord besoin de repères, mais aussi de constance. La frénésie des réformes ne permet aucune continuité ni sérénité dans l’exercice des missions essentielles dévolues à cette institution. 
 

Il est indispensable que la Ministre de l’Éducation Nationale entende enfin les professeurs et revienne sur le processus d’une réforme engagée au pas de charge. Il n’y a pas de déshonneur à enclencher la marche arrière quand on a emprunté une voie sans issue. La précipitation pour faire appliquer cette réforme a provoqué une rentrée brouillonne, les programmes devant s'appliquer en septembre 2016 ne sont toujours pas prêts. Les enfants méritent mieux.

 

Voir aussi le texte publié le 1er septembre 2015 sur le site du MRC par Fatiha Boudjahlat, secrétaire nationale à l'éducation, sous le titre : Réparer l'école, retrouver l'exigence

 

Cet article est le 35ème paru sur ce blog dans la catégorie L'école

Bastien Faudot, le 30 juin 2013

Bastien Faudot, le 30 juin 2013

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15 septembre 2015 2 15 /09 /septembre /2015 22:55

 

La gauche qui s'oppose aux politiques néolibérales en Europe se renforce

 

La belle élection de Jeremy Corbyn à la tête du parti travailliste britannique est un nouveau signe de la baisse d'audience populaire de la gauche des partis liés aux politiques néolibérales en Europe. C'est une bonne nouvelle, qui incite les résistants à se battre avec enthousiasme pour le retour au pouvoir des peuples, ce qui prendra beaucoup de temps.

Voici deux articles qui méritent notre attention.

 

- Philippe Marlière, Le Monde, 13 septembre 2015 : « Jeremy Corbyn, nouveau leader du Labour, va perturber la gauche européenne ». Extrait.

Tendre la main à toute la gauche

Avec Jeremy Corbyn, le Parti travailliste va tendre la main à l’ensemble de la gauche : sociale-démocrate, verte, nationaliste (SNP et Plaid Cymru) et radicale. En Europe, il s’adressera aussi aux dirigeants du Front de gauche, de Podemos ou de Syriza. Il ambitionne de construire un front anti-austérité avec tout le monde. On n’entendra pas Corbyn pérorer sur les notions de « souveraineté nationale-populaire », mais il tentera d’œuvrer concrètement à la construction d’un mouvement contre l’hégémonie néolibérale au sein des institutions communautaires. En socialiste conséquent, il sait que la sortie de la Grande-Bretagne de l’Union européenne ne ferait pas disparaître par enchantement au niveau national les structures de domination capitaliste.

En réalité, ce sexagénaire sans charisme est le grand perturbateur des gauches sociales-démocrates et radicales, engoncées dans leurs certitudes droitières et gauchistes. Il vient en effet de donner un coup de vieux aux néolibéraux qui dirigent les partis sociaux-démocrates. Il a montré qu’on pouvait être populaire auprès de l’électorat en faisant des propositions anti-austérité : renationalisation des chemins de fer, augmentation de la masse monétaire (quantitative easing) pour investir dans les services publics et opposition aux partenariats privés-publics, contrôle des prix du loyer, non-intervention armée en Syrie et abandon de la force de frappe nucléaire ; autant de propositions qui sont plébiscitées par une large majorité de Britanniques. Voici un leader de parti social-démocrate qui n’essayera pas de gagner une élection au centre en singeant les politiques de la droite. On n’avait pas vu cela depuis plus de trente ans en Europe !

Le succès de Jeremy Corbyn devrait également amener la gauche radicale à repenser sa propre stratégie qui, trop souvent, entremêle langue de bois eschatologique et sectarisme auto-défaitiste. Avec Corbyn aux commandes, certains dirigeants « radicaux » pourraient enfin comprendre qu’insulter à répétition les chefs sociaux-démocrates ne fait qu’incommoder le public. Jeremy Corbyn pourrait aussi leur montrer qu’un mouvement majoritaire de gauche ne se construit pas en cultivant le soutien de fidèles radicalisés, mais en s’adressant à tous.

 

- Bernard Teper, ReSPUBLICA, 14 septembre 2015 : L'élection de Jeremy Corbyn à la tête du parti travailliste britannique rebat les cartes dans la gauche européenne. Extrait.

Cette élection rebat les cartes dans la politique européenne. Nous avons déjà dit dans ReSPUBLICA que nous considérions comme une croyance sans avenir l’idée qu’un groupuscule politique détenant la vérité révélée pouvait grossir par sa seule dynamique jusqu’à devenir majoritaire dans le peuple. Et que nous ne croyons pas plus à l’efficacité sur longue durée des cartels d’organisation comme Gauche unie en Espagne ou le Front de gauche en France (qui se présente sur plusieurs listes concurrentes à toutes les élections sur listes depuis la présidentielle…). Tout au plus un cartel a-t-il vocation à s’unifier ou à devenir inefficace. L’élection de Jeremy Corbyn montre que, même dans un parti de gauche néolibéral ayant justifié les politiques austéritaires anti-sociales, des circonstances particulières peuvent renforcer les forces internes qui petit à petit se dressent contre ces politiques austéritaires et recueillent alors un soutien externe dans le mouvement syndical revendicatif et dans la jeunesse. Cela ouvre en plus une perspective nécessaire (mais non suffisante !!!) de restructuration des gauches par action conjointe endogène et exogène à la fois. Là réside l’avenir.

Après la poussée de Tsipras et de Syriza en Grèce, de Pablo Iglesias et de Podemos en Espagne, l’arrivée de Jeremy Corbyn renforce le camp de ceux qui veulent s’opposer aux politiques austéritaires avec un soutien populaire significatif.
C’est mieux de vouloir s’y opposer plutôt que de s’y résigner, mais est-ce suffisant pour obtenir la victoire ? On a bien vu avec l’accord grec du 13 juillet qu’une simple volonté solipsiste ne permet pas de changer le réel. Est-ce qu’il suffit alors d’avoir un plan B pour sortir du carcan de la zone euro et de l’Union européenne ? Non. Vouloir s’opposer aux politiques austéritaires est un point de départ nécessaire.

Mais ensuite il faut produire toutes les conditions de la transformation culturelle, sociale et politique. Et pour cela, il faut tenir compte des lois tendancielles de la formation sociale capitaliste afin d’utiliser les crises paroxystiques au moment opportun pour un possible déclenchement du processus de transformation sociale ; ce qui implique de ne pas considérer la monnaie uniquement comme un moyen de paiement, de donner la priorité aux liens avec les couches populaires ouvrières et employées, avec la jeunesse, avec le mouvement syndical revendicatif, bref de promouvoir un processus global de développement d’une nouvelle République sociale.
Fêtons l’élection de Jeremy Corbyn tout en étant persuadés qu’il y a encore loin de la coupe aux lèvres !

Cet article est le 144ème paru sur ce blog dans la catégorie France et Europe

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12 septembre 2015 6 12 /09 /septembre /2015 17:21

 

Pour la France et pour l’Europe : il y a une alternative !

 

Tel est le thème de l'université de rentrée 2015 du Mouvement Républicain et Citoyen, qui aura lieu à Clermont-Ferrand les 25, 26 et 27 septembre 2015*.Voir URMRC2015 Programme

 

Le thème général est présenté par Jean-Luc Laurent, président du MRC.

Voir Université de rentrée 2015 du MRC : Pour la France et pour l'Europe, il y a une alternative !

 

C’est notre premier rendez-vous national après le congrès des 13 et 14 juin derniers. Il marque notre entrée en campagne présidentielle pour 2017. Les débats que nous aurons tout au long du week-end permettront de nourrir notre réflexion dans la perspective de la rédaction de notre projet pour la France. Ils sont un premier temps de réflexion collective, notamment le samedi matin lors d’ateliers thématiques animés par des Secrétaires nationaux. L’implication et la mobilisation de chacun sont essentielles. 
« Pour la France et pour l’Europe : il y a une alternative ! », ce programme est ambitieux. Dans le discours ambiant, il fait évidemment pendant à la formule libérale de Margaret Thatcher, mais plus encore, cet intitulé nous permettra de développer l’alternative que nous voulons républicaine, aussi bien en France que dans l’Union européenne. C’est une question centrale pour nous, que nous devons penser à l’aune des changements politiques récents :

- une austérité croissante en Europe et la victoire du Non au référendum grec du 5 juillet qui redonne de l’espoir dans la lutte en France contre le diktat du triple B (Bercy, Bruxelles, Berlin) ;

- une société française qui perd espoir alors qu’elle s’enfonce dans un chômage grandissant et se fragmente, loin de l’idéal du commun construit à travers la République ;

- les principes de la République oubliés au profit du communautarisme, du libéralisme et de l’individualisme. 

Le MRC a de solides analyses à exposer aux Français, nous avons des réponses originales à gauche à apporter. Les débats de notre université de rentrée permettront de compléter notre réflexion.

Nous avons d’ores et déjà la confirmation de la présence de Benoît Hamon, ancien ministre, André Chassaigne, député PCF, Patrice Prat, député, Guillaume Duval, rédacteur en chef d’Alternatives économiques, Édouard Martin, ancien syndicaliste, député européen, Lola Bañon, représentante de Podemos, d'un représentant de Syriza ainsi que des partis de gauche pour venir échanger avec nous. D'autres sollicitations sont en attente de confirmation. 
Ce week-end sera également l’occasion de discuter avec nos partenaires. La gauche n’est jamais aussi forte que lorsqu’elle échange et confronte ses idées. Favoriser le dialogue, c’est également penser au-delà de 2017 à la reconstruction de la gauche. C’est un chantier où le MRC aura toute sa place. 

 

* Rappel (9 août 2015) : Le MRC réunira son université de rentrée 2015 les 26 et 27 septembre

Un seul changement au programme : il y aura cinq ateliers proposés le samedi matin à la place d'une table ronde. Thèmes et animateurs : Education (Fatiha Boutjahlah) ; TAFTA (Paul Zurkinden) ; Formation réseaux sociaux (Alban Busnel) ; L'urgence migratoire (Martine Souvignet et Bertrand Alexandre) ; Agriculture (Michel Sorin et Thibaut Corneloup).

Cet article est le 174ème paru sur ce blog dans la catégorie MRC national

Jean-Luc Laurent, le 12 avril 2015

Jean-Luc Laurent, le 12 avril 2015

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9 septembre 2015 3 09 /09 /septembre /2015 21:14

 

Michel Sorin propose une introduction à l'atelier le 26 septembre

 

Le secrétariat national du Mouvement Républicain et Citoyen (MRC) a opté cette année pour des ateliers le samedi matin à la place d'une table ronde. Il y en aura cinq proposés, dont l'un sur l'agriculture. Voir URMRC2015 Programme

Le thème général est présenté par Jean-Luc Laurent, président.

Voir Université de rentrée 2015 du MRC : Pour la France et pour l'Europe, il y a une alternative !

 

Voici le texte que j'ai proposé, en introduction à cet atelier de réflexion.

 

L'agriculture est l'activité économique où une alternative est nécessaire et réalisable au niveau européen. La crise de l'élevage est d'une ampleur inconnue jusqu'à présent. La politique néolibérale de la Commission européenne est condamnée par les effets constatés de la libéralisation mise en œuvre depuis 25 ans. C'est dans la filière laitière que les mouvements sociaux se développent car la libéralisation est récente (fin des quotas laitiers) et l'organisation économique des producteurs est la plus massive.

La manifestation, le 7 septembre, à Bruxelles* (face à l'immeuble de la Commission européenne), des agriculteurs engagés dans la lutte pour la régulation et la maîtrise de l'offre de production, a été un évènement historique par sa mobilisation et sa force alternative.

 

L'agriculture est le terrain de jeu de l'Europe depuis la naissance du Marché commun, au début des années 1960. Ce fut longtemps la seule politique commune et cela reste la principale. Cela fait 50 ans que la politique agricole française est décidée à Bruxelles. Le pouvoir de proposition et de contrôle a été donné à la Commission européenne, instance non élue.

Qu'a fait la Commission de ce pouvoir ?

- Elle a persuadé les chefs d’État et de gouvernement que la politique agricole devait s'effacer devant les prérogatives de l'OMC et le libre-échange des produits agricoles et alimentaires, faisant ainsi entrer l'agriculture et l'alimentation dans le champ des négociations commerciales internationales de l'OMC.

- Ensuite, elle a milité pour que les aides financières aux agriculteurs soient déconnectées de l'acte de production, ce qui était le meilleur moyen de renoncer à orienter les productions selon des choix de politique agricole. Celle-ci, naturellement, devait s'effacer devant les marchés, seuls capables de fixer les priorités de production. Le principe de refus de toute régulation de l'offre de production s'imposait alors à l'agriculture européenne, en pleine contradiction avec les principes fondateurs de la politique agricole commune (PAC).

Dans un contexte de concurrence exacerbée, l'industrie de transformation des produits agricoles, aiguillonnée par la grande distribution, très concentrée, a exercé une pression constante sur les prix payés aux producteurs. C'est cela qui est, principalement, à l'origine du productivisme agricole.

 

Depuis 1970, l'agriculture s'est « végétalisée » et « marchandisée ».

- Les productions végétales se sont maintenues autour de 54 % des ressources de l'agriculture française, pendant que les productions animales ont baissé, de 42 à 30 %. Les subventions, dans le même temps (entre 1970 et 2012) sont passées de 1 à 11 %.

- Durant cette période, les consommations intermédiaires ont fortement augmenté (de 40 à près de 60 % de la valeur de la production agricole). Cette marchandisation de l'activité agricole a pesé sur l'évolution de la valeur ajoutée et du résultat, lequel est passé de 48 % du produit d'exploitation en 1970 à 33 % en 2010.

Les agriculteurs voient leurs revenus se fragiliser et varier beaucoup en fonction des fluctuations du marché. La volatilité croissante des prix est due à la mise en relation, sans précaution, du marché européen avec le marché mondial. Le revenu des agriculteurs est devenu très fluctuant depuis 2000.

 

Les décisions prises pour la PAC 2014-2020 répondent à la logique de libéralisation, comme les précédentes : confirmation du refus de maintenir ou de rétablir les instruments de régulation du marché, réduction des crédits (14%), durcissement des conditions environnementales, dont dépendront 30 % des aides. Il faut s'attendre, en outre, à davantage d'ouverture aux produits extérieurs à l'UE, conformément aux accords bilatéraux en négociation avec le Canada et les USA.

En conséquence, il faut prévoir une forte baisse des revenus agricoles et du nombre d'agriculteurs et, aussi, la diminution de l'auto-approvisionnement alimentaire de l'Union européenne.

 

Les conséquences de cette politique néolibérale se font sentir plus lourdement depuis le début de l'année 2015, tout particulièrement au niveau des éleveurs (lait, viande bovine et porcine).

 

La filière laitière est d'autant plus sensible à la libéralisation que celle-ci est récente pour elle (suppression en avril 2015 des quotas laitiers mis en place à l'initiative de la France en 1984).

Selon la Commission européenne, les perspectives de marché pour les produits animaux étant bonnes, il faut produire davantage et exporter et, selon la FNSEA, la « forteresse » syndicale française, il faut accélérer la modernisation et la concentration des exploitations d'élevage pour les rendre plus productives et plus compétitives.

En fait, les causes de la crise laitière sont à rechercher dans une triple erreur de diagnostic :

- La référence du marché mondial pour fixer le prix du lait est une aberration puisque le marché des produits laitiers ne porte que sur 7 % de la production laitière totale.

- La dérégulation, amorcée avant la suppression des quotas laitiers, a été à l'origine de la surproduction constatée en 2015, compte tenu de la dépression des marchés, accentuée par l'embargo russe et la situation de l'économie chinoise.

- La Commission continue de faire prévaloir l'idéologie néolibérale alors que les critiques se multiplient concernant l'extrême volatilité des prix du lait et l'absence d'études d'impact de la fin des quotas.

 

Des propositions alternatives permettraient de sécuriser la filière laitière européenne.

- Il s'agit, à court terme, de remettre en place une politique agricole qui assure une régulation de la production en fonction de la demande et des marchés.

- A moyen terme, il faut un changement radical d'orientation sans, pour autant, revenir au mécanisme des quotas. Au lieu de privilégier l'exportation de produits (beurre, poudre de lait) entrant en forte concurrence sur le marché mondial, il serait plus opportun de mieux valoriser 85 à 90 % du lait sur le marché interne européen (filière de qualité locale de proximité). Il s'agit d'équilibrer exportations ( répondre à la demande mondiale) et marché intérieur (produits des terroirs).

- Au niveau national, il importe de renforcer le pouvoir de négociation des producteurs afin de mieux répartir les marges dans l'ensemble de la filière.

- Au niveau des exploitations agricoles : réorientation des systèmes de production, plafonnement et adaptation des volumes de production en fonction de la demande.

 

* Voir, sur le blog de Réseau CiViQ : Manifs Bruxelles lundi : 2 politiques laitières, exportatrice ou régulatrice. Voir aussi sur ce blog de nombreux articles concernant Agriculture Alimentation

 

Cet article est le 421ème publié sur ce blog dans la catégorie AGRICULTURE et PAC

Des agriculteurs venant de nombreux pays européens, le 7 septembre, à Bruxelles, pendant les interventions des responsables de la manifestation EMB en faveur d'une politique de régulation au niveau de l'UE

Des agriculteurs venant de nombreux pays européens, le 7 septembre, à Bruxelles, pendant les interventions des responsables de la manifestation EMB en faveur d'une politique de régulation au niveau de l'UE

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2 septembre 2015 3 02 /09 /septembre /2015 22:32

 

Congrès MRC, Chevènement et Europe, principaux titres

Au début de chaque mois, je reprends les titres des articles parus le mois précédent sur ce blog. Voir Titres des articles du mois précédent. Cette fois-ci, le récapitulatif portera sur les 3 derniers mois.

Depuis 2006, 2807 articles - classés en 50 catégories - ont été publiés sur ce blog.- en comptant les récapitulatifs mensuels.

Titres des articles parus en août, juillet et juin 2015 sur http://mrc53.over-blog.com

Voir aussi, concernant le congrès MRC : Articles parus en mai 2015 sur le blog du MRC 53

Cet article est le 83ème paru sur ce blog dans la catégorie Titres des articles du mois précédent

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14 août 2015 5 14 /08 /août /2015 16:57

 

Le projet européen intègre les contradictions de la gauche et de la droite

 

Les contradictions de l'oligarchie européenne sont mises à nu dans cette Tribune (FIGARO VOX) publiée par le Figaro le 13 août 2015 sous le titre : Traité transatlantique : quand les politiques organisent leur propre impuissance. L'auteur est Paul Zurkinden, membre du secrétariat national du Mouvement Républicain et Citoyen (MRC) depuis le récent congrès de Paris.

 

Disons-le d'emblée, ce traité signe la fin des chimères de «l'Europe qui protège les peuples» et du vieux rêve fédéraliste qui leur est naturellement associé. Car quel serait le sens d'éventuels Etats-Unis d'Europe, sinon de conduire des politiques économiques sur leur territoire - bref, de défendre une souveraineté européenne? Avec la signature du traité transatlantique, l'idée fédérale perd sa substance même: un traité décidera à la place des dirigeants de la politique des taux de change, des normes applicables en matière environnementale, sanitaire, agroalimentaire. Que serait donc ce pouvoir introuvable qui ne pourrait qu'agir sur le marginal, le mineur, le négligeable?

Ainsi, les promoteurs du fédéralisme se trouvent face à la contradiction de vouloir à tel point diluer les normes sociales, environnementales, sanitaires, au profit du marché qu'ils vident par avance leur entité supranationale de tout contenu. Mais, puisque marché unique nous voulons, celui-ci doit être de taille mondiale, et puisque toute souveraineté nationale entrave le marché, celle de l'Europe doit également passer à la trappe.

Cette contradiction entre le rêve fédéral et le mondialisme se trouve largement partagée par les partis politiques de gouvernement, et particulièrement à gauche où de telles positions sont dévastatrices. Être de gauche, n'est-ce pas concevoir et mettre en œuvre un projet de transformation sociale s'attacher à la protection des travailleurs, à la défense de normes sociales plus avantageuses? «Entre le riche et le pauvre, entre le fort et le faible, c'est la liberté qui opprime et la loi qui affranchit» disait Lacordaire. En signant le traité transatlantique, c'est l'effet inverse que l'on accomplit.

C'est là tout le symbole d'une certaine gauche qui s'est détournée de sa base électorale originelle: le peuple. Car c'est bien dans le projet européen que se trouve le nœud gordien des contradictions de tant de forces de gauche et de droite. Vous voulez mener une politique de relance keynésienne? Les traités européens instituent une interdiction d'un déficit supérieur à 3% et d'une dette supérieure à 60% du PIB . Vous voulez promouvoir le made in France ? Un arrêté de la Cour de Justice de l'Union Européenne vous en interdit la possibilité au nom de la concurrence libre et non-faussée . Vous souhaitez établir des frontières, migratoires ou économiques? Là encore, la liberté européenne n'est bonne que pour déréglementer, point pour laisser les peuples libres de leurs décisions. Tout est réglé comme du papier à musique par des traités dont les règlements et directives sont par avance constitutionnalisés en droit français.

Comment dès lors être surpris par la déception du peuple, après qu'un François Bayrou a promis de promouvoir le made in France, François Hollande de mener une politique de relance et Nicolas Sarkozy de réduire les flux migratoires? Toutes ces propositions, quoi que l'on en pense par ailleurs, ne sont pas compatibles avec l'Union européenne telle qu'elle fonctionne. C'est là un fait incontestable.

Ce n'est qu'en prenant cette réalité en compte que les partis politiques de gouvernement sauront retrouver une popularité dans les urnes. Et certainement pas par la signature d'un énième traité sans approbation démocratique.

Cet article est le 143ème paru sur ce blog dans la catégorie France et Europe

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10 août 2015 1 10 /08 /août /2015 21:56

 

JP Chevènement et la salle ont dialogué avec L Gallois et un chef d'entreprise

 

Les actes du colloque du 1er juin 2015 sont en ligne sur le site de la Fondation Res Publica.
Accueil de Jean-Pierre Chevènement, Président de la Fondation Res Publica*.
Energie, consensus et confiance, par Louis Gallois, Président du Conseil de Surveillance de PSA.
Fiscalité et code du travail, deux maux français, Laurent Burelle, PDG de Plastic Omium.
Tour de table conduit par Jean-Pierre Chevènement, Président de la Fondation Res Publica.

* Pour en savoir plus sur cette Fondation, voir la Présentation par son président.

 

L'intervention de Louis Gallois a été reprise. Voir Réindustrialisation de la France : Louis Gallois au colloque Res Publica. Les débats qui ont suivi (retranscrits par la Fondation Res Publica) sont de haute qualité. En voici des extraits.

Jean-Pierre Chevènement 

J’apprécie beaucoup la manière dont Louis Gallois a posé le problème en disant que l’industrie française a le choix entre la voie espagnole, c'est-à-dire la dévaluation interne, brutale mais qui permet de retrouver une compétitivité par les prix, et la voie malheureusement lente, trop lente selon moi, de la stratégie de montée en gamme qui implique naturellement au niveau des entreprises les marges sans lesquelles on ne peut pas la financer. Même l’acte de courage qui consiste à s’endetter n’est pas possible s’il n’y a pas les fonds propres et une rentabilité suffisante pour permettre cet endettement. Par conséquent on laisse vieillir l’appareil de production. Le choix fondamental est là, entre ces deux voies. 

La voie lente nous est-elle permise ? Si la confiance était au rendez-vous ça se verrait. Ce n’est pas le cas. Comment la créer ? Je cherche, j’aimerais trouver. Je ne pense pas que les exhortations qui sont faites ou les plaintes que j’entends s’exhaler soient de nature à recréer cette confiance. 
En principe un pays a la monnaie qui convient à son économie. Je dis que la France n’a pas aujourd’hui la monnaie qui convient à son économie. La France est prisonnière d’une monnaie surévaluée depuis très longtemps par rapport à ses voisins de la zone euro vis-à-vis desquels elle est en déficit. On ne veut pas le voir. On préfère s’aveugler volontairement. La monnaie unique est un tabou. Je souscris à l’idée que la seule voie qui soit praticable est cette stratégie dite de « montée en gamme ». Suffit-il de s’échiner à exhorter un peuple qui n’entend pas, des industriels qui pour la plupart pensent que la France n’est plus un pays où il faut investir ? M. Burelle nous a dit tout à l’heure très nettement qu’il vaut mieux investir à l’étranger. Lui-même ne sauvegarde les 5 000 emplois qu’il a pu conserver en France que parce qu’il a aujourd’hui plus de 20 000 emplois à l’étranger. Mais le problème qui se pose est celui de l’économie française, ce n’est pas celui des entreprises françaises qui, telles nos entreprises du CAC40, se développent très bien… à l’étranger ! Elles ne se développent pas en France. C’est l’économie française qui en pâtit et c’est le peuple français, dont nous sommes responsables, qui souffre.

 

Tour de table

Jean-Pierre Chevènement 

L’Allemagne est évidemment un pays mercantiliste qui dégage un excédent commercial de plus de 200 milliards d’euros chaque année. Mais elle a une structure démographique vieillissante et veut préparer l’avenir de ses retraités. 

Mme Merkel a dit en 2005 : « Mettre l’Allemagne au sommet de l’Europe, voilà mon programme ». Cette politique qui, en fait, avait été initiée par Gerhardt Schröder porte ses fruits. Elle s’appuie naturellement sur des avantages comparatifs très anciens (l’Allemagne a creusé l’écart sur le plan industriel depuis longtemps) mais n’en pose pas moins un problème à toute l’Europe. En effet, l’orientation globale de la politique économique européenne est déterminée par le choix du cadre moyen supérieur allemand vieillissant qui veut faire cracher des dividendes aux entreprises alimentant les fonds de pension qui lui verseront sa retraite. C’est devenu le paradigme qui, en quelque sorte, sur-détermine ce que je n’ose pas appeler la croissance européenne mais le développement économique de l’Europe. L’animal sacré, c’est ce cadre presque sexagénaire qui entend vivre bien les trente années de vie qui lui restent devant lui. Je ne dis pas cela pour critiquer l’Allemagne – après tout c’est une logique – mais cela mériterait qu’on en débatte au niveau européen parce que d’autres logiques doivent s’appliquer à des pays comme la France où il y a au minimum 3,5 millions de chômeurs (c’est le nombre de ceux qui sont recensés à temps plein) et une jeunesse nombreuse qui a le sentiment que l’avenir est peut-être ailleurs, ce qui est un vrai problème pour une France qui veut « rebondir », car c’est bien de cela qu’il s’agit. 

La réflexion de Louis Gallois à propos de l’euro mérite d’être approfondie. Il a longtemps critiqué l’euro fort, à juste titre du point de vue de EADS. Mais on se rend compte aujourd’hui que l’appareil industriel français est tellement affaibli que l’offre intérieure ne répond plus. Cela mérite d’être vérifié parce qu’il ne faut pas se fier à des idées toutes faites et trop simples. Peut-être cela peut-il se corriger avec un temps de retard. 

Je faisais remarquer au Président de la République, la dernière fois que je l’ai rencontré, que notre compétitivité manufacturière continue à se dégrader puisque le solde manufacturier en 2014, solde négatif malheureusement, est supérieur de 2 milliards d’euros à ce qu’il était en 2013. De fait nous avons un déficit commercial de 54 milliards d’euros en 2014, un peu moins élevé que l’année précédente à cause de la baisse du prix du pétrole. Sur ces 54 milliards, 35 milliards seraient imputables au déficit commercial franco-allemand. Quand j’étais ministre de l’Industrie, au début des années 1980, nous avions 28 milliards de francs de déficit. Après conversion en euros, introduction de l’inflation, des intérêts composés…, on constate que notre déficit commercial vis-à-vis de l’Allemagne a été quadruplé ou quintuplé en l’espace d’une trentaine d’années. Cette dégradation, si elle est vérifiée, est préoccupante. (...)

 

Jean-Michel Naulot 

(…) Les solutions proposées dans ce débat, rétablir la confiance, réconcilier les Français avec l’entreprise… s’inscrivent malheureusement dans le très long terme. Mme Bechtel et Jean-Pierre Chevènement ont cité des chiffres sur la place de la production industrielle dans la valeur ajoutée. J’aimerais les compléter. 

Les Échos publiaient il y a quelques semaines un article sur l’évolution de la production industrielle au sein de la zone euro depuis 2000 : -12 % pour la France, -20 % pour l’Italie et… + 34 % pour l’Allemagne ! On peut certes incriminer la dérive de nos coûts de production mais surtout, me semble-t-il, il faut constater qu’il y a un biais inégalitaire dû à la monnaie unique, annoncé il y a vingt ans par les économistes. Nous sommes vraiment dans l’urgence. Ne faut-il pas commencer à évoquer publiquement ce que vous avez dit tout à l’heure sur le fonctionnement de la zone euro ? En effet, pour l’instant, ce sont toujours un peu les mêmes qui parlent. 

Louis Gallois 

Je parlais évidemment des PME quand j’évoquais les difficultés de financement de l’industrie. Les grandes entreprises n’ont aucun problème de financement, elles trouvent de l’argent en abondance directement sur les marchés, sans même recourir aux banques auprès desquelles elles ont des lignes de crédit qu’elles ne tirent pas, pour l’essentiel. 

Il est vrai que la zone euro a créé entre les différents pays une situation de fausse symétrie qui ne reflétait pas les différents niveaux de compétitivité. L’euro a été créé à un niveau qui, s’il était adapté à la situation française, équivalait à une formidable dévaluation pour l’Allemagne. Par la suite, sept ans d’euro fort ont laminé l’industrie française. Comme je l’avais dit dans mon rapport, l’euro fort renforce les forts et affaiblit les faibles. Et l’Allemagne a été le grand bénéficiaire de cette période. Maintenant l’euro est revenu à un niveau plus acceptable mais il ne réduit pas les effets d’asymétrie entre la France et l’Allemagne que Jean-Pierre Chevènement évoquait. Je me demande si notre appareil industriel est encore capable de répondre à une dévaluation vis-à-vis de l’Allemagne de telle manière que notre déficit commercial avec l’Allemagne s’en trouve réduit et non aggravé. Au début il risque de s’accroître mais il ne faudrait pas que ça dure. 


Jean-Pierre Chevènement 

Autrement dit, le malade est-il encore en mesure de supporter le traitement ? Je crains que nous ne soyons déjà au stade des soins palliatifs… 
Louis Gallois a évoqué deux problèmes : la valeur de l’euro par rapport au dollar et le problème interne à la zone euro. Selon un économiste canadien, Robert Mundell, dans une zone monétaire dite « non optimale », où cohabitent des régions riches, productives, et des régions sous-productives et pauvres, un mécanisme cumulatif s’exerce qui enrichit les zones riches et appauvrit les zones pauvres (…).


Louis Gallois 

C’est la crainte de la négociation sociale en France qui conduit les acteurs à considérer que c’est à l’État de régler ce problème. Chaque fois que les partenaires sociaux n’arrivent pas à s’entendre, on se retourne vers l’État. Je répète que nous avons raté une occasion historique d’établir un dialogue social plus serein tout en contribuant à éviter la désindustrialisation. 
En Allemagne, le dialogue social n’est pas facile : chez Airbus, quand j’affrontais une grève, j’avais 98 % de grévistes, car ils obéissent au doigt et à l’œil aux syndicats. On le constate dans les chemins de fer allemands, actuellement en grève. Ce sont des syndicats qui se défendent mais le niveau d’acceptation du dialogue est absolument extraordinaire. Sachez que l’actuel président du conseil de surveillance de Volkswagen est le représentant des salariés, l’ancien patron du syndicat IG Metall (Industriegewerkschaft Metall), M. Huber. C’est un peu comme si, en France, M. Martinez (secrétaire général de la CGT) était Président du Conseil d’Administration de Renault ! 

 

Cet article est le 205ème paru sur ce blog dans la catégorie CHEVENEMENT

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9 août 2015 7 09 /08 /août /2015 21:48

 

A Clermont-Ferrand, les interventions porteront sur l'alternative au libéralisme

 

Les grandes lignes du programme de l'université de rentrée du Mouvement Républicain et Citoyen (MRC) - ouverte aux sympathisants - ont été portées à la connaissance des adhérents, qui ont reçu le bulletin d'informations début août. Voir dans Citoyens Militants le bulletin d'inscription.

 

Rappel (université de rentrée 2014 à Caen) :

- Rétrospective sur l'université de rentrée MRC Caen 20 et 21 sept. 2014

- Table ronde MRC le 20 sept. 2014 à Caen : Europe, lever les tabous

 

Ce sera le premier rendez-vous militant national après le congrès 2015 à Paris les 13 et 14 juin. Voir Le congrès 2015 du MRC, le premier sans Jean-Pierre Chevènement

L'objectif est de réfléchir, dans la perspective de l'élection présidentielle 2017, à l'alternative qui sera proposée face au libéralisme et à l'européisme.

Il est proposé un atelier vendredi 25 septembre à 19 h sur le thème « Les grandes orientations pour le programme du MRC pour l'élection de 2017 : réinventer le pacte républicain au XXIème siècle ».

Samedi 26 septembre, il est proposé trois Tables rondes successives :

- Matinée : Table ronde n° 1 « Vers la société du plein emploi, politique économique, organisation du travail et enjeux sociaux ».

- Après-midi : Table ronde n° 2 « La monnaie unique au prix de l'austérité ? » et Table ronde n° 3 « Quelles alternatives en Europe : espoirs, expériences, obstacles ? »

Dimanche 27 septembre (matinée) : débat autour de la question « Quelle alternative en 2017 ? »

« La succession de défaites aux élections depuis 2012 est la conséquence de l'échec de la politique de la majorité. C'est lourd de danger pour la gauche en France. Du renoncement sur le TSCG à la loi Macron, la première moitié de mandat a parachevé une conversion libérale qui vient de loin.

Dans ce contexte, comment ceux qui refusent cette fatalité à gauche envisagent-ils la séquence de 2017 ? Peut-on faire apparaître une alternative crédible et solide au social-libéralisme ? Quels peuvent être les contours, mais surtout les contenus ? »

Pour contribuer à la réflexion, échanger et nourrir le débat d'idée, des représentants de SYRIZA, de Podemos, du PS et du PCF, ont été invités. Il y aura André Chassaigne, député PCF, Patrice Prat et Benoît Hamon, députés PS. La réponse d'autres est en attente.

Voir Citoyens Militants pour en savoir plus.

Cet article est le 173ème paru sur ce blog dans la catégorie MRC national

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8 août 2015 6 08 /08 /août /2015 22:50

 

Monter en gamme, opter pour la recherche et le travail qualifié, persévérer

Les actes du colloque du 1er juin 2015 sont en ligne sur le site de la Fondation Res Publica.
Pour en savoir plus sur cette Fondation, présidée par Jean-Pierre Chevènement, voir sa Présentation.
Accueil de Jean-Pierre Chevènement, Président de la Fondation Res Publica.
Energie, consensus et confiance, par Louis Gallois*, Président du Conseil de Surveillance de PSA.
Fiscalité et code du travail, deux maux français, Laurent Burelle, Président Directeur Général de Plastic Omium.
Tour de table conduit par Jean-Pierre Chevènement, Président de la Fondation Res Publica. 
 
* Voici l'exposé de Louis Gallois : Energie, consensus et confiance


Tout est question de confiance et d’énergie. Si nous sommes capables de créer de la confiance et de l’énergie, beaucoup de choses sont possibles dans un pays comme la France « ce vieux pays qui va de déclins en renouveaux », disait le Général de Gaulle, qui a déjà montré sa capacité de redressement. Nous avons en France tout ce qu’il faut pour rebondir mais nous ne le ferons qu’en rétablissant la confiance et l’énergie. 


L’industrie française se caractérise par le fait qu’elle ne se différencie pas assez des productions des pays à bas coût. Positionnée sur la moyenne gamme, elle ne peut pas concourir véritablement avec les industries haut de gamme qui, très différenciées, peuvent au moins et partiellement s’exonérer de la compétition par les prix. Incapable de sortir de cette compétition par les prix, l’industrie française l’affronte en taillant dans ses marges pour s’aligner sur les prix mondiaux. On constate cet alignement depuis une dizaine d’années dans l’industrie française dont les marges, en régression constante, n’ont commencé à remonter légèrement que depuis le second semestre 2014, essentiellement sous l’effet du CICE (Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi). Bien sûr, il y a des exceptions : les entreprises qui travaillent à l’étranger et font des marges à l’étranger, c’est-à-dire une grande partie du CAC40 et certaines entreprises qui, comme Plastic Omnium, sont en plein développement à l’étranger. 


Il est des domaines où nous sommes capables, sur le territoire français, d’une production haut de gamme : le luxe, l’aéronautique ou les vins français où nous avons réussi une reconversion assez exceptionnelle vers le haut de gamme (en sacrifiant d’ailleurs le bas de gamme). Certaines entreprises ont su remarquablement incarner le haut de gamme ; c’est le cas de Michelin qui est capable de vendre ses pneus plus cher que la concurrence parce qu’on tient à avoir des pneus Michelin, même chers, car ce sont les meilleurs. 


Pour reconquérir la compétitivité, je dirai de manière caricaturale qu’il y a, dans le cadre de l’euro, deux voies possibles. La voie espagnole consiste à faire une dévaluation interne : on baisse les coûts de manière drastique, on réduit les salaires (environ – 20 %), on accroît considérablement la flexibilité du travail et on réduit très fortement la dépense publique pour limiter le poids des impôts. 
Cette stratégie réussit assez vite. L’Espagne a retrouvé l’équilibre de sa balance commerciale, les investissements étrangers affluent et s’amorce l’idée que l’Espagne pourrait devenir une sorte d’atelier de l’Europe, à l’Ouest de l’Europe, comme le furent il y a quelques années les pays de l’Est qui étaient notamment l’atelier de l’Allemagne. Mais cette médaille a un revers, un coût social gigantesque : 50 % des jeunes au chômage, 22 % de la population active au chômage, un taux de pauvreté qui est aussi de 22 % (contre 14 % en France). D’autre part, la réduction des dépenses publiques s’étant traduite par l’effondrement de l’effort de recherche, les chercheurs espagnols émigrent massivement et les Allemands viennent recruter à la sortie des universités espagnoles. 

Rapidité des résultats mais coût social énorme et fuite des cerveaux.  Cette voie ne convient pas à la France qui a capacité à jouer une autre stratégie, celle de la montée en gamme. Le haut de gamme c’est l’innovation, la qualité, le service et la réputation qu’on est capable de créer à partir de là. Cela suppose un double substrat : la recherche et une main d’œuvre qualifiée qui permette de soutenir cette montée en gamme. Nous avons la recherche mais la recherche qualifiée pose plus de problèmes. 

Cette stratégie a l’avantage de nous mettre dans une situation beaucoup plus stable où nous sommes moins sensibles à la compétition par les prix. On le voit en Allemagne et au nord de l’Europe. Elle a deux inconvénients, deux contraintes : elle est beaucoup plus lente à produire ses effets et suppose donc une persévérance beaucoup plus grande que nous n’avons jamais eue dans l’action. Il faudra dix ans pour reconquérir la compétitivité de l’industrie française. J’hésitais à le dire jusqu’ici mais je pense qu’il faut quand même que les gens se rendent compte que c’est un travail énorme qui suppose dix ans d’action persévérante. En Allemagne, quoi qu’on pense de la stratégie mise en place dans le cadre de l’Agenda 2010, c’est une même politique, menée pendant dix ans par deux chanceliers et trois majorités politiques différentes, qui a produit ses effets. En sommes-nous capables en France ? C’est une question qui concerne les politiques beaucoup plus que moi. 

La seconde contrainte est la nécessité d’investir. Pour investir, il faut d’abord reconstituer les marges des entreprises, ce qui suppose de réduire un certain nombre d’éléments de coût. C’est pourquoi j’avais proposé « un choc de compétitivité » à travers une réduction des charges sociales supportées par les entreprises, précisant que cette réduction devrait porter sur les salaires qui sont ceux de l’industrie, c'est-à-dire jusqu’à 3,5 fois le Smic et non sur les très bas salaires qui concernent essentiellement des services qui, d’ailleurs, ne sont pas exposés à la concurrence internationale. La « Fabrique de l’industrie [2] », le think tank que j’anime avec Denis Ranque, va rouvrir ce débat face à la plupart des économistes français qui proposent de faire des réductions de charges sociales sur les bas salaires. Nous préconisons, quant à nous, de focaliser ces aides en élevant le niveau des salaires visés sur l’industrie et les services à haute valeur ajoutée qui gravitent autour de l’industrie (bureaux d’études, ingénierie etc.). Il faut aussi tirer la main d’œuvre française vers les emplois qualifiés si nous voulons faire les gains de productivité dont nous avons besoin pour créer de la croissance. 

Créer la confiance est la seconde condition nécessaire pour créer de l’investissement. Cela me paraît être aujourd’hui le principal problème de la France où tous les indicateurs sont au vert pour créer de l’activité. Cette confiance ne peut être fondée que sur les perspectives de développement, mais aussi sur le fait que le gouvernement donne de la visibilité aux industriels, ce qui veut dire un cadre réglementaire et législatif qui ne change pas sans arrêt, des systèmes de soutien de l’industrie qui ne soient pas constamment remis en cause.  

Un exemple : Le crédit d’impôt recherche (CIR) suscite le débat. Aucun mécanisme n’est parfait mais à force de les remettre en cause on tue leurs potentiels effets positifs. Le Parti socialiste veut remettre en cause le crédit impôt compétitivité emploi (CICE), précisément au moment où il commence à créer ses effets ! Mais cela voudrait dire que nous avons gaspillé de l’argent ! Il faut de la visibilité et de la stabilité et il faut certainement faire un effort de simplification pour que les entreprises n’aient pas l’impression d’être face à une marée réglementaire qui déferle. Le patron de Paprec, grande entreprise de recyclage, me confiait qu’en 8 mois de l’année 2012, la réglementation concernant les déchets avait connu 45 modifications (dont 50 % venaient de Bruxelles) impactant son entreprise ! 

Il est également nécessaire de créer un minimum de consensus dans ce pays. Ce consensus doit reposer sur deux pieds. Le premier, c’est de reconnaître que l’entreprise est le lieu de la création de richesses. Et nous avons encore une difficulté sur ce point pour une frange de l’opinion. Le deuxième, c’est de reconnaître que l’entreprise a des parties prenantes parmi lesquelles il y a les salariés qui ont le droit de s’exprimer. Nous devons être capables de porter à un niveau supérieur le dialogue social dont nous avons besoin pour créer de la confiance, j’en suis convaincu. 

Le problème des obstacles à la confiance est décisif. Aujourd’hui encore, un industriel me disait que nous pourrions doubler le taux de croissance de l’économie. Tous les éléments sont là : euro faible, prix du baril de pétrole bas, taux d’intérêt très faibles… Il manque l’étincelle de la confiance. 

J’évoquerai rapidement les instruments de la politique industrielle. L’investissement est clé. Plus que sur des mesures sur l’emploi, il faut se focaliser sur des mesures sur l’investissement. À cet égard, la mesure concernant l’amortissement annoncée récemment est à mon avis une bonne chose : pour les investissements autres qu’immobiliers les entreprises vont pouvoir sur-amortir 140 % de leur investissement. Ces investissements doivent porter à la fois sur la qualité, l’innovation et la productivité. 

Un second point me paraît décisif : il est essentiel que le numérique devienne une priorité nationale. Nous serons évincés des activités industrielles ou liées à l’industrie si nous ne sommes pas capables de maîtriser ce que le numérique représente dans les processus de production et dans la relation avec le client. Les Allemands ont initié dans ce domaine un plan extrêmement ambitieux : "Industrie 4.0". En France, un nouveau plan, « Industrie du futur », est animé par M. Sanchez, patron du Groupe Fives et M. Charlès, patron de la société Dassault systèmes [6]. Je leur souhaite de réussir parce qu’ils tiennent une partie du sort de l’industrie française entre leurs mains. 

Je voudrais insister également sur la formation professionnelle. Je ne suis pas du tout sûr que l’accord sur la formation professionnelle ait réglé ce problème en France. Nous dépensons 30 milliards d’euros pour une formation professionnelle très en-deçà d’un système efficace. C’est un chantier à rouvrir. Je crois également absolument essentiel de réconcilier l’éducation nationale avec l’apprentissage. En effet, l’un des obstacles majeurs au développement de l’apprentissage est aujourd’hui la concurrence absurde entre les lycées professionnels et l’apprentissage. 

Le dernier point est le financement. Il faut que nous organisions la transition du financement bancaire vers le financement de marché parce que les réglementations prudentielles bancaires sont telles que les banques ne vont plus être en mesure d’assurer les 75 % du financement des entreprises qu’elles assuraient dans le passé. En Europe, 75 % du financement provient des banques, 25 % vient directement du marché financier. Aux États-Unis, la proportion est exactement inverse. Les réglementations bancaires prudentielles, probablement excessives et extraordinairement contraignantes, sont adaptées aux États-Unis mais pas à l’Europe. C’est d’ailleurs pourquoi on les met en œuvre en Europe et pas aux États-Unis : nous devons remplacer le tarissement relatif du financement bancaire, par le financement de marché. Cela pose un problème énorme aux PME qui n’ont pas accès directement au marché. Ce doit être aux banques d’organiser l’accès direct au marché des PME. C’est un enjeu tout à fait décisif. 

Consensus et confiance : c’est ce qui déclenchera l’investissement. C’est ce sur quoi les politiques doivent intervenir. 

 

Cet article est le 204ème paru sur ce blog dans la catégorie CHEVENEMENT

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