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  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine autour des idées de Jean-Pierre Chevènement. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens après les élections de 2002.
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11 avril 2013 4 11 /04 /avril /2013 23:49

Pour faire remonter au président les attentes citoyennes

 

La situation politique s’est débloquée avec l’accession de François Hollande à la présidence de la République en mai 2012. La Justice peut désormais faire son travail sans entraves. Chacun savait que la période serait compliquée pour la nouvelle équipe au pouvoir. La « surprise » Cahuzac vient s’ajouter à une conjoncture économique particulièrement défavorable.

 

Dans ce climat délétère, il faut aider la majorité à faire face à ses responsabilités. Nous l’avons élue. Nous voulons qu’elle aille au bout de son mandat et gouverne en respectant l’intérêt général du pays.

 

C’est le sens de l’initiative qui vous est proposée ci-après. La balle est dans le camp des citoyens. Nous ne devons pas rester spectateurs, mais entrer dans le match politique qui se joue dans notre pays. Nous ne voulons pas du retour de Sarkozy. Nous voulons que la gauche gagne. Il nous importe peu qu’elle applique ou non le plan qui était prévu avant le match. Ce qui compte, c’est qu’elle adapte son jeu aux conditions du terrain et de l’adversaire, qui sont plus dégradées que prévu. La gauche doit évoluer et se rassembler sous peine d’être balayée à la fin du match.

 

Nous demandons à François Hollande de reconsidérer la stratégie et la composition de son équipe. Il était logique qu’il mette en œuvre son plan d’avant match avec des joueurs qui étaient recrutés dans son entourage immédiat. Il faut maintenant passer à une deuxième phase afin d’amorcer la relance efficacement, avec une équipe la meilleure possible, composée de joueurs venant de tous les horizons de la majorité présidentielle, y compris de la gauche.

 

Voici le texte de base sur lequel nous vous appelons à nous rejoindre afin de mettre en place cette association pour une République exemplaire. Nous avancerons avec celles et ceux qui décideront de participer à l’aventure que nous proposons.

 

Projet d’association citoyenne pour une République exemplaire

 

Nous sommes des citoyennes et des citoyens, qui voulons agir à notre niveau, au quotidien, et de manière collective et solidaire dans le cadre associatif - indépendamment des partis politiques - pour que notre République française soit exemplaire, et pour que le changement, ce soit maintenant, comme l’a affirmé le président de la République, François Hollande, lors de sa campagne électorale, en 2012.

 

Nous voulons, par l’intermédiaire des élus et des médias, ou directement, faire remonter au président de la République les difficultés - dans leur vie quotidienne - des Français qui appartiennent aux milieux populaires, notamment ce qui concerne leurs vraies priorités, qui sont l’emploi, l’éducation et la formation, et, tout particulièrement, la protection sociale (retraites, santé, assurance maladie, politique familiale, accidents du travail, maladies professionnelles, perte d’autonomie, assurance chômage…).

 

Nous sommes inquiets de voir le fossé qui se creuse entre le peuple français et ses élites, qui tirent profit de la mondialisation et qui ne montrent pas l’exemple en matière de citoyenneté. Nous sommes très inquiets devant l’aggravation des inégalités sociales et l’impasse dans laquelle notre économie productive est engagée, notamment son industrie, coincée dans l’étau des politiques néolibérales et d’une monnaie européenne trop forte pour elle et pour les pays du sud de l’Europe.

Nous demandons que soient bien pris en compte les intérêts de la France dans les accords européens et de tout faire pour que sa souveraineté soit respectée.

 

Nous récusons l’idéologie de la crise qui vise à faire accepter l’idée du déclin de la France, qui serait aussi celui de « l’Occident ». C’est une forme de défaitisme intellectuel auquel il ne faut pas céder. Bien au contraire, nous voulons un projet politique qui rassemble les forces sociales productives et prépare un avenir à notre pays dans le cadre d’une Europe qui est à repenser méthodiquement afin qu’elle soit démocratique et alliée des nations et des peuples qui la composent, ce qui est loin d’être le cas actuellement.

 

Par rapport aux premiers mois de gouvernement depuis le changement de majorité parlementaire, en 2012, nous demandons de reconsidérer le contenu de la politique de la majorité, en tenant compte des propositions de l’ensemble des composantes de cette majorité, ce qui inclut les partis associés dans le Front de gauche. C’est une nécessité pour le président de la République s’il veut obtenir le soutien des électrices et des électeurs des milieux populaires et de celles et ceux qui, après avoir contribué au changement de majorité, sont actuellement critiques à l’égard de la politique gouvernementale.

 

Nous nous engageons à mettre dans notre vie quotidienne - et dans nos travaux au sein de l’association - les valeurs de solidarité, d’écoute, de respect et de coopération, que nous prônons dans la vie publique. Nous serons organisés localement et régionalement, afin de faire remonter efficacement au niveau national le vécu des groupes sur le terrain. Avec Internet, nous pourrons être en liaison permanente. Les décisions seront prises ensemble.

 

Pour nous rejoindre, merci d’adresser un message à Michel Sorin, à l’origine de cette initiative, dans le but d’être utile, tant que ses moyens physiques et intellectuels le lui permettent, en mettant à disposition ses connaissances et son vécu politiques.

 

Michel SorinParcours : 40 ans de vie politique militante. Co-fondateur de la section PS de Saint-Berthevin, début mai 1973 et nouvel adhérent, fondateur du courant CERES (Chevènement) en Mayenne et son principal animateur, de 1973 à 1992. Premier responsable départemental PS en Mayenne 1979-1983 et 1997-2001. Démission du Parti socialiste en décembre 2001, soutien à Jean-Pierre Chevènement en 2002, membre du Conseil national du Mouvement Républicain et Citoyen (MRC) depuis 2004. Conseiller municipal de Saint-Berthevin de 1983 à 2003, maire de 1990 à 2001. Conseiller régional des Pays de la Loire (Nantes) de 1998 à 2004. Fils d’agriculteurs, ingénieur agronome, salarié de coopérative agricole de 1972 à 2004, actuellement retraité à Saint-Berthevin.

11 avril 2013 - Blog Michel Sorin depuis 2006. Michel Sorin | Facebook. sorinmichel@wanadoo.fr

 

Cet article est le 7ème paru sur ce blog dans la catégorie Réseau CiViQ

 

 

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10 avril 2013 3 10 /04 /avril /2013 21:18

Les politiques d’austérité en Europe de plus en plus contestées

 

Le Premier ministre a très mal pris la déclaration du ministre du redressement productif. Voir La charge d'Arnaud Montebourg contre l'austérité suscite des remous (Le Monde, David Revault d’Allonnes, 10 avril 2013) et l’entretien du 9 avril de Montebourg avec les journalistes du Monde.

 

Voir Montebourg : "Cette politique d'austérité conduit à la débâcle. Extraits.

 

Est-ce une crise de régime ? Il y a crise de régime quand le système institutionnel est incapable de répondre à la perte de confiance. Je ne crois pas que nous en soyons là, car les décisions que le gouvernement s'apprête à prendre sont de nature à rétablir la confiance. La vraie question est la suivante : la politique d'austérité imposée par l'Europe est elle soutenue par nos concitoyens ? La réponse est non. Elle est rejetée par tous les peuples. Donc s'il y a une crise de régime, c'est au niveau de l'Union européenne, où il n'y a nul débat démocratique sur les causes et les conséquences de cette politique d'austérité qui nous entraîne collectivement dans une spirale récessive (…).

 

Ce choix est pourtant assumé par M. Hollande. Voulez-vous dire qu'il faut déplacer le curseur de la politique du gouvernement, ce que réclament d'ailleurs de plus en plus de gens à gauche, y compris au PS ? Le gouvernement a fait des efforts sans précédents pour faire face à la montagne himalayenne de dettes que le sarkozysme nous a léguée. Ces efforts, la Cour des comptes les a signalés, la Commission européenne les a soulignés. Mais le sérieux budgétaire, s'il tue la croissance, n'est plus sérieux. Il est absurde et dangereux. Il est donc plus que temps d'ouvrir le débat sur cette politique qui conduit l'Union à la débâcle.

 

Une réorientation de la politique économique sera-t-elle suffisante pour rétablir la confiance ? Ne faut-il aussi transformer le système politique ? Oui, il faut transformer le système. Le président a commencé à le faire avec la fin du cumul des mandats, les mesures qui garantissent l'indépendance de la justice ou l'association des partenaires sociaux aux politiques publiques. Mais d'autres questions se posent : sur la place des citoyens dans le débat politique, à travers notamment le référendum d'initiative populaire ; sur les contrepoids démocratiques, à travers par exemple une réévaluation du rôle du Parlement...

 

Cela ressemble à la VIe République que vous réclamez depuis dix ans, et pour laquelle Eva Joly et Jean-Luc Mélenchon appellent à manifester à l'occasion du premier anniversaire de l'élection de M. Hollande... Sur ce point mes convictions sont intactes. Mais je laisse le soin au président de prendre de telles initiatives. La seule chose que je peux dire est que la question se posera.

 

Voir aussi Le Point, 10 avril 2013 : Le débat sur l'austérité mérite lui aussi la transparence

Pour Hervé Gattegno, on aurait tort de prendre les déclarations de Montebourg pour une saillie de plus. Il postule au poste de Premier ministre.

Colloque mondialisation Montebourg JPC 300811 007 TDe fait, Arnaud Montebourg se situe dans la perspective de l’autre politique que le président de la République devra mettre en œuvre quand celle-ci aura échoué. C’est pourquoi il était resté au gouvernement fin 2012 après avoir été désavoué par le Premier ministre, au moment des décisions concernant le site de Florange. A noter qu’il y a une continuité dans ses intentions. Voir Primaire PS : Montebourg emprunte une voie nouvelle, porteuse d'avenir - 9 octobre 2011. Extrait. Photo : Arnaud Montebourg, au côté de Jean-Pierre Chevènement, le 30 août 2011, à Paris, lors du colloque "Mondialisation".

Arnaud Montebourg veut rassembler la gauche sur de nouvelles bases - 20 novembre 2010 (résumé de son intervention lors de l’université d’été du MRC en septembre 2009 à Toulouse). 

 

Après le 21 avril 2002, il fallait reconstruire le socialisme, le monolithisme de la pensée du PS devenant dangereux. Il y eut le débat sur la position à prendre au référendum européen le 29 mai 2005. Au Parlement européen, les élus socialistes français s’alignaient sur le Parti Socialiste Européen (PSE), favorable dans tous les pays à la dérégulation.

Le PS présentait comme positif tout ce qui, dans les décisions internationales, allait dans ce sens. Pendant dix ans, il a été impossible de faire bouger le PS sur le libre-échange. La défaite de 2007 a eu un coût énorme pour la gauche.

Sarkozy a pu réconcilier la droite avec les couches populaires. Nous avons une société extrémiste, barbare. Que faut-il faire ? On ne le sait pas encore. Mais, dans les composantes de la gauche, il y a les éléments de renouvellement de l’offre politique. Il manque celui qui tiendra la plume. Comme Jean-François Kahn, je rends hommage à Jean-Pierre Chevènement (…).

Par le rassemblement de la gauche, il faut viser à transformer le système productif et la manière de vivre, en réunifiant les couches sociales sur la base de l’intérêt général et en mettant à contribution les multinationales.

La mondialisation, qui est une dérégulation, spolie nos intérêts industriels, avec des conséquences sur les couches populaires, qui s’éloignent de nous.

Il faut aller vers des reconstructions originales, prenant appui sur l’internationalisme des travailleurs. La question européenne est centrale. Ce n’est plus seulement la question du oui ou du non de 2005. Je suis contre l’élargissement à la Turquie et à d’autres pays. Ce qu’il faudrait, c’est un gouvernement mendésiste qui s’appuie sur les citoyens. La France a des ressources politiques. Elle se relèvera par la démocratie. Comment sortir de ce bourbier ? L’euro survivra-t-il ? L’européen que je suis est inquiet (…).

 

Ce que le président de la République garde en réserve, c’est l’autre politique de Jean-Pierre Chevènement que Montebourg et Gallois pourraient mettre en œuvre, le moment venu.

 

A noter qu’un économiste allemand, Heiner Flassbeck (voir, en anglais Heiner Flassbeck: Is Mercantilism Doomed to Fail? 2/5), ne cesse de contester les politiques d’austérité. Extrait de cet article (l’Humanité, 25 octobre 2011) : Heiner Flassbeck « Sans rééquilibrage, l'euro ne survivra pas

 

Le prétendu remède est donc en fait en train de tuer le malade ?

Heiner Flassbeck. Exactement. Le surendettement des États n’est pas la cause mais la conséquence de la crise d’un système bancaire inepte. C’est ce système qui a provoqué le surendettement des États. Et si l’on veut agir à la racine du mal, il faut donc se pencher sur ce système-là. Mais ça, personne ne l’a fait. Depuis quinze jours on ne parle plus que de sauvetage des banques en Europe. Il faut se demander pourquoi cette question émerge à nouveau avec autant de force. Les bulles spéculatives sur les marchés des changes, des matières premières et des produits agricoles éclatent les unes après les autres. Et ce sont ces mêmes banques qui les ont fait gonfler. Comme elles l’avaient fait jadis, entre autres avec les titres issus des subprimes.

 

Vous êtes en train de nous dire que tous les ingrédients qui avaient conduit au krach de 2007-2008 sont de nouveau là ?

Heiner Flassbeck. Oui, on y est de nouveau. Et rien n’a été fait pour empêcher les banques de retourner sur ces casinos boursiers. Tout le monde au contraire semblait fier des résultats flamboyants obtenus. Personne n’a voulu tirer la leçon de ce qu’il s’était produit quelque temps plus tôt.

 

N’est-on pas aussi dans le déni des expériences faites en matière d’austérité budgétaire ?

Heiner Flassbeck. Nous avons démontré dans notre rapport de la Cnuced que toutes les politiques de contraction des dépenses publiques (qu’elles aient été conduites par le FMI ou par l’UE) ont provoqué des ralentissements bien plus importants que ce qui était prévu. Il se développe une dynamique néfaste en fin de compte pour l’État qui se met dans des difficultés encore plus grandes. Ce schéma se répète à l’examen de chaque expérience de ce type. C’était tellement patent, par exemple, durant les années où l’on a appliqué de terribles plans d’ajustement structurel aux pays en développement que le FMI lui-même a dû en convenir.

 

Pour l'économiste Heiner Flassbeck, l'Allemagne n'est pas le modèle à suivre (europaforum, 9 février 2012)

 

Cet article est le 118ème paru sur ce blog dans la catégorie France et Europe

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9 avril 2013 2 09 /04 /avril /2013 23:52

La question de l’euro divise profondément la gauche

 

Le 29 mars 2013, Jacques Sapir avait réagi - sur son blog RussEurope - à l’Interview de JL Mélenchon parue dans Direct Matin le 28 mars 2013. Extrait. Faut-il sortir de l’euro ?

Lors de notre congrès, on a vu naître un débat sur l’euro. Le doute est là. Mais si nous renonçons à l’euro, on entre dans le plan de Merkel qui veut expulser l’Europe du Sud après l’avoir détruite. Il faut de la fermeté dans nos décisions en rappelant, qu’en Europe, aucune décision ne peut être prise sans la France.
Nous ne sommes pas à la ramasse, nous sommes la deuxième économie du continent. Nous disposons de moyens d’action si nous avons le courage politique.

 

André-Jacques Holbecq a signalé la reprise, le 9 avril, par le M’PEP (Mouvement Politique d’Emancipation Populaire) de l’article de Jacques Sapir. Voir MELENCHON : L’EURO ET L’OUTRANCE

Colloque mondialisation Montebourg JPC 300811 001 TExtraits de l’article de Jacques Sapir Mélenchon: l'Euro et l'outrance

 

Jean-Luc Mélenchon, au lendemain du Congrès du Parti de Gauche, et de la mauvaise polémique lancée contre lui à la suite de ses déclarations sur le Ministre de l’Économie, Pierre Moscovici, a accordé une interview à « Direct Matin ». Il y précise un certain nombre de choses, et en particulier prend position sur l’Euro à la suite de l’accord trouvé sur Chypre. Force est de constater que ses déclarations, derrière des effets de manche, ne vont pas dans le bon sens et ne peuvent qu’accroître la confusion qui règne dans une partie de la gauche sur la monnaie unique (…).

 

Photo : Jacques Sapir, à droite, aux côtés de Jean-Michel Quatrepoint, Jean-Pierre Chevènement et Arnaud Montebourg, lors du colloque "Mondialisation" à Paris le 30 août 2011.

Une erreur stratégique et tactique

La position de Jean-Luc Mélenchon, et hélas à travers lui celle du Parti de Gauche, est ainsi une double erreur, à la fois stratégique et tactique.

 

C’est une erreur stratégique à deux niveaux.

-          D’une part parce qu’elle désarme les Français dans la lutte contre l’austérité et la politique de dévaluation interne que même actuellement le gouvernement avec l’appui du MEDEF. À chaque fois que l’on avance que cette politique est un désastre annoncé, on nous répond qu’elle est nécessaire compte tenu de nos « engagements européens », c’est-à-dire de l’Euro.

-          D’autre part parce que le discours de Jean-Luc Mélenchon ne voit pas que le plus grand danger aujourd’hui en Europe vient justement de l’existence de l’Euro qui pousse les pays à s’affronter, pour l’instant indirectement dans des surenchères de politiques de dévaluation interne et demain plus directement en se déchirant et en déchirant l’Europe. Il faut dire ici que ce que nous reprochons à l’Allemagne n’est pas de suivre une politique patrimoniale, qui est nécessaire à sa démographie, mais de l’imposer aux autres et en particulier à la France par le biais de l’Euro. En fait, sous le masque d’un « internationalisme » de façade, la politique de Jean-Luc Mélenchon va faire le lit des pires replis nationalistes.

 

C’est une erreur tactique ensuite. Elle rend inaudible le Front de Gauche et en son sein le Parti de Gauche. Elle le condamne à végéter électoralement. Elle pousse alors à une surenchère, soit verbale (comme à propos de Moscovici, même si sur le fond les propos étaient entièrement justifiés) soit politique qui est une impasse. Il y a à gauche un débat qui s’est amorcé sur l’Euro, et qui touche à la fois le Parti Socialiste, où les doutes se font jour dans certains secteurs, mais encore la gauche « hors-parti » (on le voit dans un mouvement comme le M’PEP) et aussi le Front de Gauche.

 

Ce débat dépasse par ailleurs largement ce que l’on nomme la gauche. Si le Parti de Gauche et Jean-Luc Mélenchon avaient adopté une attitude cohérente sur la question de l’Euro en proposant des voies de sortie qui ne soient pas purement propagandistes et en proposant des formes de maintien d’une coordination minimale entre les nations, une fois dissoute la zone Euro, ils auraient gagné une crédibilité importante qui leur permettrait d’être l’un des pôles de recomposition de la vie politique française. Faute de l’avoir fait, ils se condamnent à n’être que les spectateurs de cette crise au lieu d’en être les acteurs. Il faut à cet égard méditer sur l’élection législative partielle de l’Oise qui a vu la candidate du Front National arriver à plus de 48%. On estime que plus de 40% des votes des électeurs du Parti Socialiste se sont reportés sur elle.  C’est une leçon dont il convient de se souvenir.

 

Cet article est le 117ème paru sur ce blog dans la catégorie France et Europe

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9 avril 2013 2 09 /04 /avril /2013 21:29

Ce n’est pas le seul projet fissurant l’unité de la République

 

Le projet de « simplification administrative », voulu par la majorité des élus alsaciens et vu d’un bon œil par le gouvernement, n’ira pas plus loin, compte tenu du résultat du référendum du 7 avril 2013 concernant les deux départements du Bas-Rhin (au nord) et du Haut-Rhin (au sud). Voir Collectivités territoriales : le Parlement débat et l'Alsace vote (contre) - 8 avril 2013.

 

Conseil-national-MRC-240313-015-T.jpgBastien Faudot, secrétaire national aux élections au Mouvement Républicain et Citoyen (MRC), et originaire du Territoire de Belfort, a commenté ce scrutin dans cet article publié le 8 avril 2013 sur son blog politique :

 

Les Alsaciens aiment la République

Les citoyens alsaciens se sont prononcés et le projet de création d'un land d'Alsace restera dans les cartons. Les résultats de ce référendum sont un énième rappel du lien indéfectible qui unit les citoyens à notre modèle républicain.

 

Le référendum alsacien sur la création d’une collectivité unique ne passionnait personne dans les salles de rédaction. C’est dans une indifférence quasi générale que les Alsaciens ont rejeté le projet de fusion des départements et de la région. Derrière une question en apparence technique et institutionnelle, les Alsaciens ont majoritairement compris la portée politique de ce projet : il s’agissait de préfigurer une super-région dont le but inavouable était de créer à termes un véritable « land » d’Alsace selon un modèle fédéral contraire à la spécificité de notre République.

Les tenants du tour de force fédéral sont, une nouvelle fois, défaits
. Selon le même scénario que lors du référendum sur la création d’une collectivité territoriale unique en Corse, en Martinique et en Guadeloupe en 2003, puis en Guyane en 2010, si une majorité de partis de gauche et de droite, ainsi que les leaders d’opinion, appelaient au vote oui, le peuple a rejeté clairement cette tentative de détricotage institutionnel de la Nation. Malgré l’enfumage d’une prétendue « simplification administrative », les Alsaciens ont eu conscience du véritable enjeu et réitéré par la même occasion, leur attachement à la République.

Il convient aujourd’hui de regarder une réalité en face :
à chaque tentative de remise en cause d’une France une, indivisible et indépendante, lors des référendums locaux comme lors du référendum sur le traité constitutionnel en 2005, les citoyens français rappellent qu'en République, le peuple est souverain
. Ce signal doit être entendu par nos représentants au moment où la crise économique se transforme peu à peu en crise politique. A l'heure où les institutions européennes tentent d'assujettir les peuples au Diktat de la Banque centrale de Francfort, à la cour de justice européenne ou à la commission de Bruxelles, leur désir de souveraineté reste intact et imputrescible.

D’autres occasions de fissurer l’unité de la République viendront à l’agenda : reconnaissance des langues régionales et minoritaires, les modalités de l’acte III de la décentralisation, création des métropoles et remise en cause des départements…. Les Français devront rester vigilants pour maintenir fermement le cadre de la Nation qui est à la fois l’écosystème de notre démocratie, mais aussi la condition de l’égalité entre tous les citoyens.

 

Communiqués de Jean-Luc Laurent et de Jean-Pierre Chevènement (MRC)

Référendum en Alsace : Un "non" républicain et salutaire

Chevènement (MRC) se félicite du "grand bon sens" des Alsaciens

 

Cet article est le 56ème paru sur ce blog dans la catégorie République Parlement

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8 avril 2013 1 08 /04 /avril /2013 22:12

Référendum alsacien, modes de scrutin, cumul des mandats

 

En dehors du Parlement, il y avait, hier, une consultation électorale en Alsace visant à rapprocher les institutions de cette région sur les régions voisines, allemandes et suisses (suppression des deux départements et création d’une nouvelle collectivité publique). Voir Référendum alsacien : expérimentation hasardeuse, anti-républicaine - 4 avril 2013.

 

Ce projet a été repoussé par les électeurs du Haut-Rhin (sud de l’Alsace), qui ont voté majoritairement contre le projet et parce que la participation électorale a été insuffisante dans chaque département (seuil de 25 % des électeurs inscrits, qui n’a pas été atteint).

 

Voir le communiqué de presse de Jean-Luc Laurent, président du Mouvement Républicain et Citoyen, député du Val-de-Marne, 7 avril 2013 : Référendum en Alsace : Un "non" républicain et salutaire et le communiqué publié le 7 avril 2013 par le Mouvement Politique d’Emancipation populaire (M’PEP) :

 

C'est le "non" qui l'a emporté aujourd'hui lors du référendum en Alsace, a contrario de toutes les prévisions et les attentes des promoteurs du "oui" à la fusion des départements du Haut-Rhin, du Bas-Rhin et du Conseil Régional. Les Alsaciens ont refusé d'être les cobayes d'une expérimentation préfigurant le démembrement de la République.
 
Ils ont choisi de ne pas entrer dans l'espace du "Rhin Supérieur", tant vanté par ceux qui rêvaient déjà des charmes euro-régionaux, des droits du travail allemand. Ils ont refusé les transferts massifs de compétences de l'État à la collectivité territoriale d'Alsace.
 
Ce projet initié par l'UMP avec les encouragements du gouvernement socialiste, était soutenu par les régionalistes et les écologistes qui œuvrent pour le fédéralisme européen, dédaignent la nation et méprisent la République.
 
Les Alsaciens viennent d'infliger un coup cinglant au patronat qui agit sans relâche pour briser les frontières afin de disposer de toujours plus de liberté d'exploiter le monde du travail. Coup d'arrêt également à tous les européistes qui n'ont de cesse de diluer la France dans un espace de libre-échange toujours plus vaste et dérégulé !
 
Les Alsaciens viennent d'envoyer un signal fort à tous les autres Français pour qu'ils résistent aux sirènes identitaires régionales, aux habitants de Bretagne, de Savoie et de Haute-Savoie notamment, les suivants sur la liste des référendums de même nature. Désormais, c'est à l'acte III de la décentralisation* qu'il faut s'opposer. Frontalement. Sans chercher à améliorer, à amender les trois textes prévus par le gouvernement Hollande, car sur le fond il vise le même objectif : détruire la nation, livrer les Français aux appétits insatiables des néolibéraux, briser les résistances populaires
(…). 

 

Voir aussi : Echec du référendum alsacien : "Un signe fort pour la classe politique en place" (Le Monde, 8 avril 2013).

 

* Voir Acte 3 Décentralisation : le Sénat a obtenu des délais supplémentaires - 6 avril 2013 

 

Réforme des modes de scrutin aux élections locales

 

Rappel : Réforme des élections locales : divergences entre députés et sénateurs - 31 mars 2013.

 

L'Assemblée nationale a adopté le 2 avril, au terme de sa deuxième lecture, le projet de loi sur les modes de scrutins locaux défendu par le ministre de l'Intérieur. Le texte a recueilli 271 voix pour, 236 voix contre, tandis que 35 députés se sont abstenus. Seuls les socialistes l'ont soutenu. L'UMP, l'UDI et le Front de gauche ont voté contre, tandis que les écologistes et les radicaux de gauche se sont abstenus. Voir Projet de loi Valls : c'est parti pour une troisième lecture (site Localtis, 3 avril 2013)

 

Cumul des mandats

Cumul des mandats : le gouvernement propose l'interdiction à partir de 2017 (site Maire info, 4 avril 2013).


Cet article est le 37ème paru sur ce blog dans la catégorie Collectivités territoriales

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7 avril 2013 7 07 /04 /avril /2013 18:16

L’Europe est incapable d’apporter une réponse à la crise

 

Il faut vraiment que l’Union européenne se soit engagée dans une impasse pour que ses défenseurs reconnaissent son incapacité notoire. C’est le cas de Jean-Marc Ferry, qui préside la chaire de philosophie de l’Europe à Nantes et dirige le centre de la théorie politique à l’université libre de Bruxelles.

Auteur de « L’Europe interdite » (Les éditions de Passy), Jean-Marc Ferry* met en garde contre une idéologie monétariste néolibérale qui conduit, selon lui, la Communauté européenne dans le décor. Le quotidien Ouest-France a publié le 1er avril 2013 un article de Thierry Ballu, qui a recueilli ses réponses aux questions qu’il lui a posées.

 

Europe : « La crise économique est devant nous »

 

L’Europe interdite : pourquoi ce titre ?

Elle est stupéfaite, premier sens : interloquée par les promesses déçues quant à sa capacité de représenter une zone de liberté, de justice et de prospérité. La période révèle que l’Union européenne, et singulièrement sa zone euro, n’est pas capable d’apporter de réponse véritable à la crise. Elle est entravée, deuxième sens, par la confiscation des moyens d’une politique coordonnée de sortie de crise.

 

L’orthodoxie budgétaire nuit à la reprise ?

Absolument. Elle ne tient pas compte des grandes disparités conjoncturelles et structurelles entre le nord et le sud de l’Europe. Il y a une idéologie monétariste ou néolibérale si l’on préfère, qui entend regagner de la compétitivité sur le marché mondial par la baisse des coûts de production. Elle néglige la stratégie de la relance par la satisfaction des besoins et un déficit budgétaire calculé : c’est Schumpeter contre Keynes. Les moyens politiques sont confisqués par la règle d’or et le statut de la Banque centrale européenne. Un budget 2014-2020 en diminution, c’est suicidaire. La France a perdu sur tous les fronts. La situation est bloquée.

 

Que préconisez-vous ?

Je le dis, je l’ai écrit dans plusieurs tribunes, les politiques de relance doivent être synchronisées entre nord et sud. Les Allemands, pour ne citer qu’eux, ont besoin d’une relance de leur consommation. Ils doivent accepter un déficit, interne et de leur balance commerciale, permettant aux pays du sud de produire et d’exporter tout en rétablissant les équilibres.

 

Comment en sortir par le haut ? Avec plus d’Europe ? Une fédération ?

Je ne suis pas partisan d’une fédération, inacceptable pour les nations. Les Etats doivent rester souverains. Il faut maintenir le droit de veto et de retrait. Il n’est pas question de lier des Etats membres à des décisions de haute gravité prises à la majorité, même qualifiée. Mais il faut redonner du poids à une autorité commune et indépendante pour garantir la coordination et la concertation des Etats.

 

L’Europe peut éclater ?

Il n’y a plus de cohésion sur la finalité de l’Union : certains veulent seulement un grand marché, d’autres un pouvoir politique accru. Nous sommes aux prises avec deux fléaux : l’esprit money back (je donne et qu’est-ce que cela me rapporte) du club britannique, et le communautarisme radical avec xénophobie et racisme. Le principe libéral de libre circulation et de libre installation est perverti par l’absence d’un socle social européen transnational. On a pu enrayer la crise monétaire, mais la crise économique est devant nous. Je suis pessimiste et je le dis parce que je suis profondément européen.

 

* Voir Jean-Marc Ferry - Université de Nantes et Jean-Marc Ferry - Université de Nantes

 

Cet article est le 116ème paru sur ce blog dans la catégorie France et Europe

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6 avril 2013 6 06 /04 /avril /2013 18:39

Un projet qui inquiète les départements et les élus ruraux

 

Le projet de loi « Acte 3 de la décentralisation », préparé par la ministre Marylise Lebranchu, réformant les collectivités territoriales et donc très attendu par les élus locaux, devait être présenté le 10 avril 2013 au Conseil des ministres.

 Mais le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, a fait savoir le 2 avril que le projet de loi de décentralisation sera finalement redécoupé en trois textes dont l'examen au Parlement sera rééchelonné. Il a ainsi accepté, notamment, la demande du président du Sénat qui réclamait un report et de nouveaux "travaux préparatoires".

Cette décision, obtenue sous la pression du président du Sénat et des sénateurs unanimes, semble remettre en cause la méthode de travail de la ministre. Voir le site Localtis (Caisse des Dépôts) Le projet de décentralisation scindé en trois textes. Voir aussi (Localtis, 3 avril) : Réaménagement de la réforme : les élus locaux plutôt déroutés et Décentralisation : révision du projet de loi, "tâtonnement et hésitation"  (Le Monde, 2 avril).  

Rappel : Décentralisation en France (Wikipédia) ; Les premières lois de décentralisation (Vie Publique, 9 février 2012) ; Décentralisation : acte 2 (Vie Publique, 17 février 2005) ; Acte III de la décentralisation : les élus urbains crient victoire (La Gazette des communes, 4 avril 2013).

 

Conseil-national-MRC-240313-004-T.jpgMartine Souvignet, secrétaire nationale « Etat et collectivités territoriales » au Mouvement Républicain et Citoyen (MRC), avait fait connaître ses réflexions sur le projet de loi dans le texte que voici :

 

ACTE III DE LA DECENTRALISATION : avant-projet de loi Lebranchu

 

Deux orientations majeures sont données à ce texte :

 

- la prise en compte du fait urbain :

Ce projet de loi trouve sa justification principale dans la prise en compte du fait urbain dans l’organisation territoriale de la république décentralisée. On le sait, 80% de la population habite sur 20% du territoire (plus précisément 60% dans des agglomérations urbaines > 100 000habitants) ; et pourtant nos départements issus de la révolution française sont encore l’image première que nous avons de l’Hexagone dans notre imaginaire et dans le quotidien, nos concitoyens  y restent très attachés (voir la polémique sur l’immatriculation des voitures)… De fait, à terme, avec la mise en œuvre de cette loi, une quinzaine de départements s’organiseront en fonction d’une métropole et 75 autres resteront sur leur organisation géographique actuelle même s’ils sont impactés dans leurs compétences et leurs relations avec l’Etat et la région.

 

- la mobilisation des collectivités territoriales dans la relance de la croissance économique :

Dans un contexte de crise économique qui perdure, un objectif de participation au redémarrage de la croissance économique est assigné aux régions de par la loi au travers d’une compétence élargie en matière de développement économique, sans que le budget de ces régions ne soit augmenté de façon conséquente toutefois…A noter que les compétences du tourisme et du numérique, facteurs de développement économique s’il en est, restent aux départements.

Gageons que les débats, au Sénat en particulier, enrichiront et préciseront cet avant- projet de loi, qui va bouleverser notre perception du territoire national et modifier le code général des collectivités territoriales en profondeur.

 

Comment éviter le risque d’un territoire-mosaïque toujours plus inégalitaire ?

 

Cette loi  doit pouvoir répondre à quelques questions majeures de ce XXIè siècle  pour éviter un effet mosaïque peu lisible pour la population et conduisant à l’inefficacité.

 

- Quelle légitimité pour une France urbaine, organisée autour de métropoles (agglomérations supérieures à 400 000h) dans des régions aux compétences renforcées face à des territoires ruraux  toujours importants et organisés sur la base de la commune et dans un premier degré d’intercommunalité pas toujours bien digérée.

 

- Comment s’assurer du respect de l’équité territoriale pour les citoyens ? Par exemple, en matière d’emploi, de formation professionnelle, entre Rhône-Alpes et le Limousin des différences de traitement des citoyens ne  vont-elles pas se renforcer ?

 

L’Etat devra t-il mettre en œuvre certaines formes de discrimination positive sur un territoire devenu mosaïque ?  Les modalités de gouvernance partenariale entre représentants de l’Etat et collectivités territoriales semblent encore mal définies,  peu affirmées, dans l’avant-projet de loi.

 

En matière de développement économique, il faut craindre l’institutionnalisation d’un processus conflictuel entre métropole et région préjudiciable aux territoires concernés, l’Etat comptant les points.

 

Une exigence : ramener le citoyen au Politique 

 

La sociologie des agglomérations urbaines s’est complexifiée, en trente ans, au fil des années de crise : l’urbain, le métropolitain puis le périurbain et le rurbain, organisent un espace géographique et social multiforme ; ces cercles, ces lisières génèrent des comportements civiques et électoraux différents selon l’histoire de ces métropoles (du vote bobo-écolo des centre-ville rénovés aux abstentionnistes des quartiers en ZUS jusqu’au vote FN du périurbain).

 

On sait faire la « ville bobo » mais on n’a toujours pas trouvé la clef de la « ville populo » ou du moins sachant intégrer ses marges populaires et couches moyennes. Il reste du chemin à faire en la matière à Paris, Lyon, Bordeaux… Qu’est-ce qu’un citoyen dans une Métropole ? Quelle démocratie urbaine et sociale peut-on y construire ?

 

L’enjeu politique d’une nouvelle phase de décentralisation n’est pas seulement organisationnel ou technique autour d’une construction complexe de compétences déléguées entre collectivités mais il s’agit de ramener à une citoyenneté active  les couches populaires délaissées, reléguées.

 

La légitimité politique de la nouvelle construction urbaine, métropolitaine, et de sa nouvelle gouvernance, ne peut passer que par une re-mobilisation politique des citoyens ; si l’acte III de la décentralisation est seulement vécu par les Français (urbains ou ruraux) comme un immense Lego territorial où les élus se partagent les « briques » : métropole contre département, région contre métropole…un pas supplémentaire vers la passivité et le rejet du Politique sera franchi…Beppe Grillo n’est pas loin…

 

Le rôle de l’Etat républicain territorial  dans l’organisation de cette mise en réseau des métropoles sur le territoire national reste fondamental. Il lui faudra sauvegarder une vision de l’intérêt général et de l’unicité de la République face à des présidents de région et des présidents de métropoles puissants.

La mise en place d’un haut conseil du territoire présidé par le premier ministre au niveau national semble relever de l’usine à gaz.

Quant à  l’activation de conférences territoriales de l’action publique au sein desquelles l’Etat sera représenté au niveau régional, ce fonctionnement pose plus de questions qu’il n’en résout à l’heure où les services départementaux et régionaux de l’Etat se réduisent à peau de chagrin.

 

La conception d’un Etat stratège, régulateur, aménageur semble, dans cet avant-projet de loi, parfois abandonnée au profit d’un Etat inspecteur, contrôleur… des finances, des règles et des normes qui ne peuvent à elles seules résumer l’intérêt général ! Là aussi le travail du législateur sera attendu pour redonner sa place au rôle d’un Etat républicain, certes modernisé, mais ayant les moyens d’être le garant de l’équité territoriale.

 

Héritier d’une certaine tradition jacobine, le MRC doit pouvoir contribuer au débat sur le projet de loi Lebranchu en profondeur, au-delà de tout passéisme ou de toute nostalgie, mais en toute lucidité républicaine, sur la transformation institutionnelle fondamentale qui s’imposera au territoire avec l’application de cette loi.

L’organisation du territoire français ainsi redéfinie garantira-t-elle bien la souveraineté du peuple et améliorera-t-elle les droits des citoyens et leur implication dans « la chose publique » ?

 

 Cet article est le 36ème paru sur ce blog dans la catégorie Collectivités territoriales 

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5 avril 2013 5 05 /04 /avril /2013 19:14

France, les élites t’ont trahie, le peuple te sauvera

 

L’affaire Cahuzac est le symptôme du mal qui mine notre démocratie. Après Strauss-Kahn, qui a failli être son candidat à l’élection présidentielle, le PS va traîner un autre boulet et, là, c’est encore plus grave : le ministre socialiste du Budget de la Nation, donc des impôts, était depuis plus de 20 ans un champion de l’évasion fiscale (voir Cahuzac, un succès pour Mediapart, un boulet pour le gouvernement - 3 avril 2013). 

 

Le PS finira-t-il par comprendre qu’en se laissant aller à l’accompagnement du néolibéralisme et en s’éloignant toujours plus depuis 1983 de ses idéaux socialistes et des intérêts du peuple français, cela l’entraînait sur une pente glissante ? 

Au lieu de rompre avec son ministre de l’intérieur en 2000, en se mettant dans le sillage idéologique libéral de Strauss-Kahn, Lionel Jospin aurait été mieux inspiré d’écouter les propos républicains de Jean-Pierre Chevènement. Cela lui aurait peut-être évité le naufrage du 21 avril 2002, au second tour de l’élection présidentielle.

 

Onze mois après avoir été élu président de la République, François Hollande, qui fut de 1997 à 2008 à la tête du PS, va-t-il finir par comprendre que la voie néolibérale est une impasse pour la gauche et pour la France ?  

 

Afin de l’y aider, voici un retour sur le livre Sortir la France de l'impasse (Fayard, 2011) dont l’auteur est Jean-Pierre Chevènement.

 

Extraits de la deuxième partie du livre Remettre debout le peuple français

 

Rendre au peuple français sa fierté en combattant l’antipopulisme de ses élites

 

L’imbécile campagne « antipopuliste » des élites vise au discrédit du peuple et, à travers lui, de la démocratie. Aux yeux des élites bourgeoises qui s’arrogent le monopole de l’intelligence et plus encore de la morale, les couches populaires seraient, par définition, vouées à des perceptions grossières et à des préjugés infamants. Ces gens oublient complètement que « le Peuple », dans la conception républicaine, est un peuple de citoyens instruits par l’Ecole. Il est vrai qu’ils ont depuis longtemps renoncé à instruire le peuple de ses véritables intérêts.

 

L’intelligentsia post-républicaine (je devrais dire antirépublicaine) n’a de cesse de saper tous les jours le patriotisme républicain, c’est-à-dire la nécessaire estime de soi sans laquelle un peuple ne peut poursuivre son Histoire. Consciemment ou non, et depuis longtemps, nos élites bourgeoises organisent la « sortie de l’Histoire » de la France. Leur médiocrité y est pour beaucoup. Les intérêts font le reste.

 

1940 et le discrédit de la Nation

 

Elles y ont puissamment contribué dans la période de l’entre-deux-guerres et, en 1940, par antibolchevisme primaire et absence de patriotisme véritable. Elles ne voulaient pas faire la guerre à Hitler. Dès les années 1920, elles n’ont pas pris les moyens de faire respecter le traité de Versailles en dotant la France d’un corps blindé et mécanisé. Selon la doctrine officielle, il était préférable que l’armée française s’abritât derrière la ligne Maginot, en contradiction avec tous les engagements pris vis-à-vis de nos alliés de la « Petite Entente » L’armée française, bras armé de la Société des Nations, se voyait ainsi privée de sa seule ressource : la mobilité. Nos élites n’avaient pas non plus la volonté de faire face à Hitler. Elles l’ont attendue de nos alliés anglo-saxons, hélas eux aussi défaillants (remilitarisation de la rive gauche du Rhin sans réaction militaire de la France, compte tenu de l’opposition des Etats-Unis ; non-intervention en Espagne ; acceptation de « l’Anschluss » de l’Autriche et des accords de Munich ouvrant la voie au démantèlement de la Tchécoslovaquie ; invasion de la Pologne, sans autre réponse que la « drôle de guerre »).

 

La France, avant 1940, s’est ainsi mise à la remorque de la politique « d’appeasement » des Anglo-Saxons. Elle avait, certes, des circonstances atténuantes : les terribles blessures subies de 1914 à 1918, à l’origine du pacifisme d’une grande partie de l’opinion, et, surtout, son isolement diplomatique et militaire en Europe. Mais aucun peuple, fût-il seul, n’a le droit de s’abandonner, au risque d’encourir les pires catastrophes. Ce fut 1940. La demande d’armistice du 17 juin ne solda pas seulement deux décennies d’impéritie. Elle ouvrit une période encore plus noire, à laquelle nos élites bourgeoises ont collaboré. Celles d’aujourd’hui, dans leur majorité ralliées à la mondialisation libérale, ne cessent de vouloir ramener la France à cette période sombre pour déconsidérer à jamais la nation. La voie héroïque proposée par de Gaulle le 18 juin 1940 était pourtant la bonne : le réaliste, c’était lui, car la guerre n’était pas une guerre européenne, mais mondiale, ce que Pétain et les hommes de Vichy n’avaient pas compris.

 

Dans son discours du 22 juin 1940, de Gaulle évoque non seulement l’honneur, mais l’intérêt de la France : « Si la cause de la Liberté devait l’emporter, que resterait-il d’une France qui aurait abandonné le combat ? » Si la France avait poursuivi la lutte en 1940, Hitler n’aurait pas occupé l’Afrique du Nord : car il y avait le détroit de Gibraltar, fossé antichars, aussi efficace que le fut la Manche pour la Grande-Bretagne et la marine française, sans parler de la marine britannique. La France eût-elle souffert davantage ? La souillure de Vichy, dont ses adversaires encore aujourd’hui font leurs choux gras, lui eût été épargnée. Jacques Chirac aurait sans doute évité sa malheureuse déclaration de juillet 1995 selon laquelle « en avril 1942 la France [et non l’Etat français] a commis l’irréparable ».

 

L’européisme et la diabolisation des nations

 

Les élites françaises ont rallié de Gaulle en 1944, mais, au fond d’elles-mêmes, elles n’ont jamais repris confiance en la France. Leur prétendue « vocation européenne » et le succès de Jean Monnet après la Seconde Guerre mondiale viennent de là.

 

Nos élites ont adhéré à l’idée de reconstruire la France dans un cadre européen, en fait dominé par les Etats-Unis, où les souverainetés nationales seraient tenues en lisière. Ce fut, en 1951, la Communauté européenne du charbon et de l’acier (Ceca) ; on voit ce qu’il en reste aujourd’hui : ArcelorMittal, une multinationale de droit néerlandais dont le patron est un Indien vivant à Londres. Triomphe du capitalisme multinational !

 

Ce serait ne rien comprendre à la construction européenne que de ne pas voir qu’elle procède tout entière, dans l’esprit de Jean Monnet et de ses émules, d’une démonisation des nations (à l’exception des Etats-Unis), comme si le nationalisme allait de pair avec la Nation alors qu’il n’en est que la maladie. Mais cette diabolisation offrait un avantage pour les élites : elle discréditait encore une fois la démocratie, laquelle vit d’abord et avant tout dans le cadre national. Et elle les délivrait du contrôle populaire.

 

La globalisation contre la démocratie

 

Avec l’avènement du capitalisme financier globalisé, au tournant des années 1980-1990, nos élites ont cru pouvoir s’affranchir définitivement de la Nation et de l’Etat. La fuite en avant dans un fédéralisme européen utopique leur servit de couverture. Puis vint la crise de 2008-2009. Momentanément, elles se raccrochèrent aux Etats sur lesquels, aujourd’hui, elles entendent reprendre la main. Les marchés financiers qui avaient conduit à la faillite affirment à nouveau avec arrogance leur suprématie sur les Etats (pas seulement sur la Grèce, mais aussi sur les Etats-Unis !).

 

Depuis la mutation du capitalisme engagée à la fin des années 1970, les élites françaises ont accepté la suzeraineté du dollar (accords de la Jamaïque de 1976), la renonciation par étapes à notre indépendance monétaire (création du SME en 1979, de la monnaie unique en 1992 par le traité de Maastricht), la dérégulation généralisée à travers l’Acte unique (1985-1987), le démantèlement de l’Etat national, au nom du mythe de la concurrence au profit d’une bureaucratie bruxelloise proliférante, le transfert vers les pays à bas coûts de main-d’œuvre d’une bonne part de notre appareil de production et, corollairement, l’installation d’un chômage de masse permanent de 10 % de la population active, frappant d’abord la jeunesse (23 %).

 

Le désarroi de la jeunesse

 

Non contentes d’afficher un pareil bilan, nos élites ont tout fait pour saper le roman national, déculturer la jeunesse livrée aux « petits boulots », détruire les repères auxquels elle aurait pu s’accrocher. Abandonnés à l’hyperindividualisme libéral, les jeunes peinent à penser une situation concrète dans un contexte plus large et à la resituer dans une histoire qui lui donnerait figure humaine.

 

La crise de la démocratie

 

Nous vivons une spectaculaire crise de la démocratie depuis qu’au prétexte de l’Europe ou de la mondialisation, le peuple a été, dans les faits, dessaisi de sa souveraineté et réduit à choisir entre le pareil et le même. Le ralliement, explicite ou non, de la droite et du Parti socialiste au néolibéralisme a abouti à un profond rejet, qu’il prenne la forme de l’abstentionnisme électoral ou du vote pour les extrêmes. De son côté, confronté à la crise, le capitalisme financier n’entend pas lâcher les rênes. Il ne voit d’issue à ses contradictions que dans un recul encore plus prononcé de la démocratie.

 

Ce recul constant se manifeste de plusieurs manières :

 

-          L’Ecole ne met plus au cœur de ses missions la transmission des savoirs et des valeurs, mais l’élève, censé construire par lui-même ce qu’on ne lui enseigne plus. En résulte largement la panne de l’Ecole, observable à travers les statistiques depuis 1995 : la proportion d’élèves poursuivant des études longues jusqu’au niveau du bac a cessé d’augmenter depuis seize ans (68 à 69 %). Mais bien d’autres signes le manifestent : l’augmentation constante de la part des élèves « décrocheurs » (25 % d’une classe d’âge), la diminution du pourcentage des « bons élèves », le recul constant de la France dans les classements internationaux en français, en mathématiques et en sciences (enquêtes Pisa menées par l’OCDE), l’effondrement de l’expression écrite et orale, le déclin des humanités classiques, l’effacement de l’Histoire de France, enfin la stagnation de nos effectifs d’étudiants, et même le déclin de l’université au bénéfice de l’enseignement supérieur privé.

 

-          Les médias imposent leurs grilles de lecture. Les problématiques raciales et communautaires se sont substituées, dans leur décryptage de la réalité, à la traditionnelle analyse en termes de classes sociales. Une nouvelle bien-pensance s’est installée, dont les « chiens de garde » traquent la liberté d’expression dès lors qu’elle mord sur les lignes jaunes du « politiquement correct ». Paradoxalement, les campagnes anti-racistes, malgré sans doute leurs meilleures intentions initiales, peuvent aboutir, comme l’avait relevé Claude Lévi-Strauss aux résultats inverses de ceux qu’elles prétendaient rechercher. Elles installent la race comme critère discriminant essentiel dans la société française. Elles ethnicisent les problèmes sociaux et opposent ainsi les classes favorisées bien-pensantes aux couches populaires. Un ministre de gauche devant lequel je déplorais, en 1984, le vote d’une partie de l’électorat ouvrier en faveur du Front national me répondit : « Ces gens-là ne font rien d’autre que de révéler ce qu’ils sont vraiment ». C’était là passer par profits et pertes l’immense effort des républicains et du mouvement ouvrier pour relever le peuple et la classe ouvrière, les sortir de l’obscurantisme et en faire des citoyens responsables et les militants d’une société plus juste.

 

-          L’abandon des valeurs républicaines. A la perspective de la transformation sociale par l’acquisition de droits collectifs, la gauche sociale-libérale a substitué des revendications individuelles ou minoritaires fondées sur la différence ou la « diversité » (minorités « visibles » ou non, régionalismes de divers types, etc.). Comme l’a analysé justement Laurent Bouvet : « C’est désormais l’individu dans ses identités multiples qui doit être émancipé, et non plus le travailleur ou le salarié dans son rapport à la production… Les socialistes ont ainsi littéralement abandonné le terrain de la lutte pour l’égalité au profit d’une promotion de la diversité qu’ils ont érigée en valeur ». Ces « luttes » peuvent certes partir d’un bon sentiment. Elles n’en renversent pas moins la hiérarchie des valeurs et des priorités qui définissaient historiquement la gauche républicaine et socialiste.

 

La reconquête républicaine

 

Les républicains doivent repartir à la conquête des couches populaires. Celles-ci n’ont pas disparu. Mais c’est l’idée même de « peuple », au sens de Rousseau aussi bien que de Marx, qui est tombée en déshérence. Il faut donc à la fois relever l’idée d’un « peuple de citoyens » et le respect dû à ceux qui travaillent. Bien entendu, il faut pour cela mettre en œuvre des politiques au contenu social avancé, rompant avec la logique des marchés financiers et capables de rencontrer directement les aspirations des couches populaires (salaire, emploi, éducation et formation, sécurité, logement, santé). Le rejet explicite du néolibéralisme permettra seul le retour au bercail républicain des brebis égarées. Cette rupture doit être franche. C’est une « autre politique », dont le contenu a été largement développé par ailleurs*, qui doit être mise en œuvre. Il s’agit de « sécuriser » à tous égards les couches populaires, et d’abord par rapport à l’avenir, le leur et celui de leurs enfants. Elles pourront alors porter une plus juste idée de la France, à travers ce que j’appelle le « regard républicain ». Là est la priorité. C’est ainsi que pourra également être résolue la question de l’intégration.

 

* Programme de salut public du Mouvement républicain et citoyen.

 

Autres extraits du livre « Sortir la France de l’impasse » :

JP Chevènement : un projet alternatif, pour sortir la France de l'impasse - 3 avril 2013 

JP Chevènement explique en quoi consiste le vice constitutif de l'euro - 29 mars 2013 

Sortir la France de l'impasse dans laquelle elle s'est mise il y a 20 ans - 26 mars 2013

 

Conseil national MRC 240313 013 TPour information, voir aussi l’autre livre de Jean-Pierre Chevènement publié en 2011, celui pour lequel il a reçu le prix du livre politique de l’année : "La France est-elle finie?" de Jean-Pierre Chevènement - Résumé du livre (Fayard, janvier 2011) en 10 pages.

 

Cet article est le 166ème paru sur ce blog dans la catégorie CHEVENEMENT

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4 avril 2013 4 04 /04 /avril /2013 23:47

L’euro est maintenu en survie artificielle par la BCE

 

C’est une spécialiste de la finance qui l’écrit : l’euro est déjà mort, la Banque Centrale Européenne lui maintient une existence de façade. Cécile Chevré rédige chaque jour La Quotidienne d'Agora, un éclairage lucide et concis sur tous les domaines de la finance. Elle explique dans sa chronique, ce 4 avril 2013, qu’il y a trois règles pour qu’une union monétaire soit réussie (les zones monétaires optimales de Mundell). La zone euro ne les respecte pas et n’est donc pas viable.

On retrouve le diagnostic de Jean-Pierre Chevènement*.

* Voir JP Chevènement explique en quoi consiste le vice constitutif de l'euro - 29 mars 2013 

JP Chevènement : un projet alternatif, pour sortir la France de l'impasse - 3 avril 2013 

 

Voici ce qu’écrit Cécile Chevré sous le titre : La zone euro a-t-elle déjà disparu ?

 

L'euro, j'y ai cru, j'ai même approuvé. Pour qui aime voyager en Europe – et pour une Italophile convaincue comme moi – l'euro est un réel plaisir. Plus besoin de jongler avec les milliers de lires pour s'acheter une glace. Ou de se creuser la tête pour deviner le prix d'une entrée pour le musée de Pergame à Berlin. D'un point de vue historique, l'euro me paraissait une belle idée, un pas supplémentaire vers une Europe non seulement économique mais aussi politique. Mon côté idéaliste sûrement... Economiquement aussi, l'euro était séduisant : renforcer les liens commerciaux, économiques et financiers à tous les niveaux, du citoyen aux Etats en passant par les banques ou les entreprises. Sur le papier donc, l'euro a vraiment de quoi déclencher l'enthousiasme.

 

L'euro a un problème de digestion

Le problème de l'euro, c'est qu'il a eu les yeux plus gros que le ventre. Les Européens ont voulu faire de l'euro une devise d'envergure internationale, capable de rivaliser avec le dollar. Pour cela, il fallait que la monnaie unique ait le plus de poids possible, et donc qu'elle intègre le plus d'économies possibles. L'euro est donc devenu un outil de pouvoir. En intégrant des pays comme la Grèce et plus récemment des pays d'Europe de l'Est (Slovénie, Slovaquie, Estonie...), l'Europe a voulu étendre sa zone d'influence. Et puis faire partie de l'euro signifie aussi profiter de la libre circulation des biens et des personnes. Adieu, droits de douane. Pour les pays exportateurs, et en plein développement économique, rejoindre l'euro a été une occasion qu'il était difficile de refuser.

Malgré ces défauts, l'euro attire donc. Et pour rejoindre le cercle des élus, certains ont été prêts à tout, et surtout à falsifier l'état réel de leurs finances publiques. Ce n'est plus un secret pour personne que la Grèce s'est lancée, avec l'aide de Goldman Sachs, dans un montage financier particulièrement complexe pour minimiser son déficit et ainsi rejoindre la monnaie unique.

 

3 règles pour une union monétaire

Dans les années 1950, les économistes Mundell et Fleming élaborèrent la théorie des zones monétaires optimales, soit les conditions indispensables pour une union monétaire réussie. Les trois principaux critères sont les suivants :
- la capacité d'adaptation aux divergences économiques et financières existant entre les différents membres de l'union monétaire
- intégration économique
- une résistance commune aux chocs économiques

 

Commençons par l'intégration économique. Elle est certes forte, nombre de pays de la zone euro ayant profité de cette union monétaire. Le reste de la zone euro est ainsi devenu l'un des principaux clients de l'industrie exportatrice allemande, l'Espagne exporte produits chimiques, chaussures ou vêtements vers le Portugal, l'Italie, la France ou l'Allemagne et l'Italie exporte à 56% vers le reste de l'Europe. Cependant, comme le souligne Francesco Saraceno, économiste à l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), dans un entretien accordé au Monde, l'euro a pu s'accompagner d'une baisse de compétitivité. Et de citer le cas italien : "A part quelques petites niches très compétitives et très présentes sur les marchés internationaux, le pays a perdu en compétitivité, particulièrement depuis 1999, année d'entrée de l'Italie dans la zone euro". Aujourd'hui, alors que toute la zone euro est menacée par la récession, que les pays traditionnellement importateurs revoient à la baisse leur demande, l'intégration économique se délite progressivement. Les entreprises allemandes subissent ainsi de plein fouet le recul de la demande européenne et sont obligées de se tourner vers des horizons plus lointains (les Etats-Unis ou l'Asie) pour trouver de nouveaux débouchés.

 

En matière de résistance aux chocs économiques, les divergences sont flagrantes. Dans la première phase de la crise, ce sont les économies les plus financiarisées, comme l'Irlande, qui ont souffert. Puis ce fut le tour des économies les plus endettées (Grèce) et/ou au secteur bancaire les plus fragiles (Espagne, Portugal, Chypre...). La prochaine vague va frapper des économies plus importantes en taille et qui ne parviennent pas à rassurer les marchés sur l'efficacité de leurs mesures de réduction de l'endettement (Italie, France ?...). Jusque-là, seuls l'Allemagne et les pays du Nord de l'Europe ont plutôt bien résisté à la crise des subprime, puis à celle de l'euro. Pour combien de temps ?

 

Dernier point, la capacité d'adaptation et d'ajustement. Ce que cela signifie ? Par exemple, que si un pays a un coût du travail plus faible que les autres, il attirera capitaux, investissement et entreprises, et que donc, sa croissance décollera et entraînant le niveau de vie et finalement le coût du travail rejoindra la moyenne. Dans les faits, ces mécanismes ne jouent pas tant que cela en Europe. Ces ajustements étaient censés compenser l'impossibilité de chaque pays de mener sa propre politique monétaire. En effet, de manière classique, si un pays fait face à une montée du chômage et à un recul de sa croissance, il baisse ses taux directeurs pour encourager le crédit, l'investissement et la consommation. Et si son économie montre des signes de surchauffe et donc d'inflation, il ressert ses taux.

 

Les pays de la zone euro sont quant à eux pieds et poings liés et doivent appliquer la même politique monétaire, décidée par la BCE. Cette impossibilité de jouer sur l'inflation prolonge manifestement la crise dans les pays du Sud. Quant aux économies encore fortes de la zone euro, elles craignent une baisse des taux qui accentuerait les risques inflationnistes. Comment gérer une union monétaire quand certains membres empruntent à 1,2% sur 10 ans (l'Allemagne) alors que d'autres à plus de 12% (la Grèce) ? La zone euro est devenue ingérable quand les rendements des pays européens se sont mis à diverger, en 2008.

 

Elément aggravant, la crise chypriote a été l'occasion de sérieux coups de couteau dans le contrat nuptial de l'euro. Celui-ci prévoyait une libre circulation des changes à l'intérieur de la zone. Le contrôle des transactions financières qui a été instauré à Chypre – et tout particulièrement celui des virements à l'étranger – est clairement en contradiction avec ce principe.

Sans politique monétaire commune, le fondement même de l'euro disparaît. Allons même plus loin, l'euro est déjà mort. Son existence n'est que de façade, maintenue artificiellement en vie par la BCE qui refuse de reconnaître que les besoins des pays du Sud divergent par trop de ceux des pays du Nord pour continuer de proposer une seule et unique voie.

 

Qu'est-ce que cela signifie pour vous ?
L'aggravation de la crise européenne donne aussi une tribune libre aux opposants à l'euro. Les élections italiennes et les interminables (insolubles ?) tractations sur la nomination d'un gouvernement en sont la dernière preuve. Les partis comme le mouvement Cinque Stelle ainsi que le PDL, de Berlusconi, ont fait leur beurre des thématiques anti-européennes et anti-allemandes.

 

Alors que l'Allemagne concentre le ressentiment des pays du Sud, de l'Italie à l'Espagne en passant par Chypre ou la Grèce, la survie de l'euro tel que nous le connaissions devient de plus en plus douteuse. Cela signifie-t-il que l'euro va exploser en vol dans les semaines qui viennent ? Non. Mais que les crises vont se multiplier, oui. Et que, progressivement, va se mettre en place un euro à deux vitesses. Autre possibilité : les économies du sud, telles Chypre ou la Grèce, vont quitter la zone euro.

 

Cet article est le 115ème paru sur ce blog dans la catégorie France et Europe

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4 avril 2013 4 04 /04 /avril /2013 17:40

Effacer les frontières et mettre le peuple à distance

 

De manière précipitée, la droite alsacienne propose un référendum le 7 avril 2013 dans le but de créer la Collectivité Territoriale d’Alsace en fusionnant les deux départements du Bas-Rhin et du Haut-Rhin avec la région Alsace.

Veut-elle prendre de vitesse la gauche française qui prépare une évolution de la décentralisation ? Mathieu Lavarenne, membre indépendant d’un conseil municipal d’un village alsacien et président du Cercle républicain du Haut-Rhin, a essayé de cerner les motivations des promoteurs du projet (voir Un referendum en Alsace, 2 avril 2013, et Conseil d’Alsace – Un projet précipité).

 

Voir aussi les 10 raisons de voter NON du Mouvement Politique d’Education Populaire (M’PEP) - 1er avril 2013

La collectivité territoriale d'Alsace serait incluse dans une "euro-région" comprenant le nord-ouest de la Suisse et le Bade-Wurtemberg. L'Alsace serait diluée dans cet ensemble et séparée de la République française. Il s'agit d'un test visant à enclencher la déconstruction de la France. Après l'Alsace, d'autres régions seront touchées, livrées aux marchés financiers et aux affairistes. Un black-out total est organisé sur cette opération. Ni les grands médias nationaux, ni les partis politiques n'en font une cause nationale.

 

Pour sa part, le Mouvement Républicain et Citoyen, le 4 avril 2013, a fait connaître sa position dans un texte signé par Claude Nicolet et Martine Souvignet, secrétaires nationaux du MRC :

Collectivité unique d'Alsace: le 7 avril, NON, bien sûr !

 

Le dimanche 7 avril prochain, nos compatriotes des départements du Haut et du Bas Rhin sont appelés aux urnes dans le cadre d'un référendum dont l'objet est la fusion des départements alsaciens et du conseil régional pour créer le CTA: Conseil Territorial d'Alsace.

 

C'est une attaque frontale contre la République. De quoi s'agit-il? Sous couvert d'efficacité administrative quel est l'objectif recherché? Il suffit de prendre connaissance de la résolution du Congrès d'Alsace en décembre 2011: «Si nous acceptons de fonder le Conseil d'Alsace (…) nous renforcerons l'attractivité de nos territoires et leur compétitivité en Europe (…) L’Alsace dans la compétition libérale de grandes régions européennes doit s’intégrer au «Rhin Supérieur» (…) Dans la stratégie de la création de grandes régions économiques européennes, le Conseil d'Alsace doit (…) contribuer, au mieux de ses forces, à renforcer la cohésion territoriale de la Région Métropolitaine Tri nationale du Rhin Supérieur, périmètre d'excellence du développement économique(…)».

Ce projet est fondamentalement d'essence libérale européiste, dans la continuité de l'esprit du référendum du 29 mai 2005. Les frontières actuelles doivent définitivement disparaître afin de laisser le libre marché s'épanouir pleinement et permettre les harmonisations sociales, juridiques et administratives, nécessaires. Harmonisations qui se feront à la baisse bien sûr, car depuis que l'Europe est en marche, la situation du monde du travail s'est-elle améliorée? Faut-il rappeler qu'il n'y a pas de 35 heures ou de salaire minimum dans l'Allemagne voisine. De plus, au moment où s'annonce une nouvelle réforme des collectivités locales, est-ce bien opportun? Ne faut-il pas plutôt y voir cette vieille tentation de "l'autonomisme des riches" qui fleurit un peu partout en Europe. Le MRC lui prône la solidarité nationale et l'égalité des territoires et réaffirme le rôle central de l’État dans cette mission.

 

C'est ni plus ni moins que la poursuite du projet libéral européen qui voit dans les nations et leurs organisations politiques un frein à son développement. L’objectif recherché est de même nature que pour le TCE : permettre le déploiement de “la concurrence libre et non faussée” que les ultras libéraux veulent accélérer en instrumentalisant la vulnérabilité idéologique et la situation géographique de l’Alsace en détricotant le modèle français. Car ne nous y trompons pas, d'autres projets de même nature ne vont pas tarder à éclore qui n'auront rien à voir avec de nécessaires coopérations transfrontalières, mais qui auront pour but de redessiner la carte de l'Europe en de nouvelles féodalités desquelles la démocratie et la République auront disparu. Pour les républicains et pour le monde du travail il ne peut y avoir qu'une seule réponse; un NON franc et massif.

 

Cet article est le 35ème paru sur ce blog dans la catégorie Collectivités territoriales

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