Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Présentation

  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine à partir, notamment, des idées de Jean-Pierre Chevènement, l'un de ses fondateurs (celui-ci a souhaité s'éloigner du MRC en 2015). Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens (MDC) après les élections de 2002. En février 2019, le MRC a co-fondé la Gauche Républicaine et Socialiste (GRS), en continuant d'exister, au moins jusqu'à son prochain congrès, en décembre 2020.
  • Contact

Texte libre

Recherche

Courriel

 

 

 

 

Articles Récents

23 octobre 2013 3 23 /10 /octobre /2013 22:45

Samedi 26 octobre à Paris, place de la République

 

Peut-être dans quelques années, sera saluée comme il se doit l’innovation lancée par l’association nationale des producteurs de lait indépendants (APLI), qui sera présentée à Paris, place de la République, samedi 26 octobre 2013, entre 11h et 12h30.

Richard Blanc, qui est à l’origine du lancement de la marque « fairefrance » de « Lait équitable » (voir Fairecoop France, est vice-président de l’APLI, après en avoir été président, pendant quelques mois. Voir Richard Blanc (Nord) président de l'Apli après Pascal Massol (Aveyron) - 18 décembre 2011.

Il convient de lui associer le nom de celui qui en est le véritable initiateur, au niveau européen, Erwin Schöpges, belge, président de Fairecoop, membre du bureau de l’EMB (European Milk Board).

  

Voici le texte annonçant le lancement de FaireFrance :

 

Bonjour,

Vous connaissez les difficultés que connaît notre profession d’éleveur laitier.

Depuis nos actions médiatiques de 2009 pour alerter l’opinion sur notre situation et les conséquences sur la sécurité alimentaire, rien n’a changé.

Alors, 800 producteurs de toute la France et moi-même avons décidé de prendre le taureau par les cornes en créant notre propre marque de lait, « fairefrance » que nous commercialisons nous-mêmes.

Outre le fait que ce lait est conditionné sans additifs ou autre complément, lui conférant un goût naturel, il possède la particularité d’être 100 % français et surtout, nous avons mis en place un système permettant un partage équitable des marges entre tous les acteurs de la filière, pour un prix raisonnable pour le consommateur.

Le lancement national de notre marque « fairefrance » aura lieu le :

 

Samedi 26 Octobre 2013 de 11 h 00 à 12 h 30 - Place de la République à Paris

 

Nombreux sont les producteurs qui seront présents à ce baptême, mais nombreux seront aussi ceux qui souhaiteraient participer et qui pour de nombreuses raisons telles que l’astreinte ou la distance ne pourront participer à la fête.

Vous qui êtes sur place ou dans les environs et qui êtes sensibilisés au problème, peut être pourriez vous vous joindre à nous ce jour pour soutenir notre action en tant que consommateur.

Nous sommes les deux maillons d’une chaîne exploitée à outrance. A nous de faire en sorte de retrouver notre pouvoir en imposant nos volontés par notre solidarité…

Rendez-vous le samedi 26 octobre 2013.à 11 h 00 Place de la République. Et merci pour votre soutien…

 

APLI-AG-50913-045-T.jpgEn savoir plus sur FaireFrance, la marque des fermiers français, qui doit devenir le lien entre les producteurs et les consommateurs et ne s’arrêtera pas au lait demi-écrémé.

Voir le site FAIREFRANCE - Le label des fermiers - Le lait équitable

 

Fairefrance ? Suite et surtout en réaction à la crise sans précédent que subit le monde agricole, les agriculteurs français lancent leur propre marque, FAIREFRANCE, nouvelle marque solidaire et  équitable, qui permettra désormais aux agriculteurs  de recevoir une rémunération décente pour une partie de leur travail.

Fairefrance, comment ça marche ?

Ce projet a germé au sein de l’APLI (représentant Français de l’EMB, l’European Milk Board) depuis plus d’un an. Au travers de cette organisation européenne, les agriculteurs de toute l’Europe expriment d’une même voix leur désir de trouver un moyen efficace afin de garantir à tous un prix équitable et des revenus décents. De ce fait, des milliers d’agriculteurs européens se sont regroupés et ont lancé avec leur organisation nationale des campagnes portant comme slogan "The fair milk -Le lait équitable".

En France, c’est la société commerciale agricole FAIRCOOP, ouverte sans distinction à tout agriculteur français, qui a pris le relais en créant sa marque FAIREFRANCE . La mission de cette société sera de valoriser la totalité de la production à un prix équitable.

FAIRECOOP SCA a vu le jour en mai 2012 et regroupe déjà aujourd’hui plus de 1000 agriculteurs répartis sur tout le territoire. Le premier produit FAIREFRANCE lancé sur le marché sera un lait demi-écrémé conditionné en tétrapacks et vendu via la grande distribution. En effet, les membres de FAIRCOOP SCA  espèrent de la part de la grande distribution un accueil positif à cette initiative, afin de proposer à leurs clients des produits de qualité tout en soutenant  les agriculteurs de leurs régions, assurant ainsi la pérennité de notre agriculture nationale.

Sur chaque litre de lait vendu sous le nom FAIREFRANCE, 10 cents par litre de lait seront  redistribués équitablement chaque année entre tous les membres participants quelle que soit la taille de leur exploitation.
Les produits FAIREFRANCE seront vendus dans les magasins à un prix recommandé qui sera le résultat d’une juste répartition des profits entre les acteurs de la chaîne, assurant ainsi un revenu décent à nos agriculteurs.

La philosophie du concept FAIREFRANCE et ce qui fait aussi sa grande originalité, c’est que les 10 cents par litre de lait vendu représenteront pour les fermiers une véritable rémunération pour leur travail de promotion !  Ainsi, chaque agriculteur membre devra participer à la promotion de la marque et des produits FAIREFRANCE en donnant de son temps et de son enthousiasme. Il est en effet crucial pour cette nouvelle marque de se faire connaître et de se faire apprécier des consommateurs. FAIREFRANCE entend bien miser sur le savoir-faire des agriculteurs et sur le capital sympathie du monde rural comme force marketing !

Notez que le nom FAIREFRANCE  fait tout simplement référence au terme FAIR, qui signifie équitable et FRANCE pour signer les racines françaises de cette nouvelle marque !
Le logo reprend la version française de la vache Justine/ Faironika, que l'on voit déja partout en Europe et qui symbolise "Le lait équitable" pour tous.
  

Et le consommateur ?

Le succès d’une initiative comme FAIREFRANCE dépend bien évidemment des consommateurs ! Les membres de FAIRCOOP SCA de même que les différentes organisations de consommateurs ne manquent pas de souligner que, malgré la crise qui devrait inciter à l’achat de produits étrangers à prix plus faible,le consommateur français est de plus en plus sensible à la qualité de son alimentation, à la préservation de son patrimoine national et à  son environnement.

Les ménages français ont été sensibilisés à la situation difficile des fermiers de leur pays. Bon nombre d’entre eux ont manifesté leur soutien et se sont posé la question:"Comment ils pouvaient aider? ". La réponse s’appelle maintenant FAIREFRANCE, des produits de qualité rémunérant tous les acteurs de la chaîne équitablement et assurant la durabilité de notre agriculture nationale.

 

Rappel : L'Apli (EMB) est engagée dans un projet de coopérative lait équitable - 11 février 2012

A Martigné (Mayenne), l'APLI (EMB) a lancé le lait équitable français - 24 mars 2012

700 producteurs de l'APLI lancent le lait équitable au Mont-Saint-Michel - 2 juillet 2013 

Les éleveurs laitiers de l'APLI en AG nationale à Landelles et Coupigny - 12 septembre 2013

Des innovations à l'AG 2013 en Mayenne des producteurs de lait Apli - 22 octobre 2013 

 

Cet article est le 412ème publié sur ce blog dans la catégorie AGRICULTURE et PAC.

Partager cet article
Repost0
22 octobre 2013 2 22 /10 /octobre /2013 22:49

Une organisation de producteurs FMB et le Lait équitable

 

Le 10 octobre 2013, à Commer, l’assemblée générale des producteurs de lait indépendants* de l’Apli 53 a élu 11 responsables de l’association en Mayenne. C’est Hervé Delogé qui a présidé l’AG, avec l’appui de Xavier Mézière, secrétaire du bureau, et de Franck Courcelle, engagé dans la promotion de FaireFrance, le « lait équitable ». Denis Jehannin était là en voisin (35) pour parler de l’organisation de producteurs « France Milk Board Grand Ouest », dont il est le président. Olivier Chemin, président de la Coordination rurale en Mayenne, était présent dans la salle.

 

Apli 53 AG 101013 003 TAfin de présenter les positions de l’Apli, Hervé Delogé a lu le rapport présenté à l’Assemblée générale de l’Apli nationale (voir AG 2013 de l'APLI : le président André Lefranc fait le bilan et rassure - 13 septembre 2013 et Les éleveurs laitiers de l'APLI en AG nationale à Landelles et Coupigny - 12 septembre 2013).

 

Photo : Denis Jehannin, Hervé Delogé, Xavier Mézière, Franck Courcelle (de gauche à droite)

 

Les deux interventions marquantes de la soirée ont été celles de Denis Jehannin (FMB) et de Franck Courcelle (Lait équitable).

 

Denis Jehannin est éleveur laitier (vaches de race Normande) à Luîtré (35), près de la Mayenne. Il a été élu à la présidence de l’organisation de producteurs (OP) France Milk Board (FMB) du grand ouest, qui rassemble 310 producteurs qui livrent leur lait à diverses laiteries, de statut non coopératif. C’est l’une des deux OP agréées de FMB (l’autre est le sud-ouest).

Il y a 23 OP agréées en France (les producteurs adhérents des coopératives laitières ne sont pas concernés, c’est-à-dire la moitié des producteurs), dont 17 « verticales » (rattachées à un industriel privé) et 6 « horizontales » (couvrant un bassin laitier et divers acheteurs), dont les trois FMB (Grand-ouest, Sud-ouest, Normandie), qui pourraient se fédérer en association d’OP. L’objectif de FMB est d’instaurer des relations entre les producteurs et les industriels au niveau des laiteries. Les 23 OP (minimum 200 producteurs par OP) rassemblent 7 000 producteurs (2,3 milliards de litres de lait par an).

Le problème des coopératives, c’est que les responsables ont un double chapeau : ils représentent à la fois la laiterie et les producteurs.

Le prix du lait reste inférieur au coût de production (environ 400 euros les 1000 litres selon l’évaluation du Centre d’Economie Rurale). Au niveau européen, les producteurs sont rassemblés dans EMB (European Milk Board), dont fait partie l’Apli. L’EMB a lancé le projet d’une agence de surveillance européenne qui permettrait - grâce à un ajustement flexible de la production de lait à la demande du marché - de garantir un équilibre constant du marché et de stabiliser le prix du lait à un niveau couvrant en moyenne le coût de production. Une production laitière durable et extensive et l'approvisionnement de l'UE en lait seraient ainsi garantis. Voir European Milk Board: CP: Conférence sur le lait à Bruxelles.

 

Franck Courcelle présente le concept « Lait équitable » mis en œuvre à l’initiative de l’Apli et, notamment, son vice-président, Richard Blanc, à partir de l’expérience belge (voir L'Apli (EMB) est engagée dans un projet de coopérative lait équitable - 11 février 2012).

C’est une façon pour les producteurs d’amorcer le contrôle de la répartition des revenus sur l’ensemble de la filière laitière, avec une part correcte aux producteurs.

Faircoop, qui a le statut coopératif, emploie actuellement 10 salariés, chargés d’introduire les produits de la marque FaireFrance dans les grandes surfaces de distribution. Ils reçoivent l’aide des producteurs adhérents de Faircoop. Le lait demi-écrémé FaireFrance provient d’une laiterie du Loiret. Il est vendu au prix de 0,93 euro le litre dans les supermarchés (dont 0,10 euro revient aux producteurs).

Franck Courcelle explique comment il a obtenu l’accord des magasins U (Hyper et Système U) en Mayenne et l’intérêt des consommateurs pour l’animation réalisée par des producteurs de lait dans le magasin. Il pense que le Lait équitable devrait se développer en Mayenne et ailleurs.

 

* Voir L'Apli 53, en AG, a adopté les statuts nationaux mais perdu son bureau - 3 mars 2012

 

Cet article est le 411ème publié sur ce blog dans la catégorie AGRICULTURE et PAC.

Partager cet article
Repost0
21 octobre 2013 1 21 /10 /octobre /2013 19:19

C’est la loi qui protège et c’est la liberté qui opprime

 

La gestion de l’affaire Leonarda par le président de la République a été durement critiquée de toutes parts. Revue de presse.

François Hollande affaibli par sa gestion de l'affaire Leonarda (Les Echos, 20 oct. 2013)

Leonarda : l'UMP et le MoDem critiquent la décision de Hollande (Le Monde, 20 oct. 2013)

Affaire Leonarda. La triple erreur de François Hollande (Ouest-France, 21 oct. 2013)

Voir aussi, dans le Journal du Dimanche (Bruno Jeudy et Laurent Valdiguié), le 19 octobre 2013, ce qu’en pense Manuel Valls, ministre de l’Intérieur "Rien ne me détournera de mon cap" : cliquez ici.
L’avis de Jean-Pierre Chevènement, ancien ministre de l’Intérieur (1997-2000)
Avant l’intervention officielle de François Hollande, Jean-Pierre Chevènement était l'invité de France Culture samedi matin 19 octobre 2013. Il répondait aux questions de Dominique Souchier dans "Une fois pour toutes". Voir "Les nations européennes ne voulaient pas la guerre, elles étaient pour la paix", la partie de l’entretien concernant l’affaire Leonarda.
  • Il faut bien mesurer ce que cela signifierait si Leonarda revenait en France : il faudrait que sa famille revienne aussi, parce que c'est une mineure, elle a quinze ans. Cela voudrait dire que quiconque a un enfant scolarisé en France, peut y faire venir toute sa famille, peut y venir lui-même. C'est la porte toute grande ouverte à une immigration sans-contrôle*.
  • Je ne connais pas de pays qui n'ait pas un droit régissant l'établissement sur son sol. Tout pays a le droit de déterminer qui peut séjourner sur son sol et qui ne le peut pas durablement.
  • Je pense que les Français sont très attentifs à la décision que le gouvernement va prendre. Moi je n'oublie pas que les classes populaires dans notre pays souffrent. Elles demandent à être protégées contre le chômage, contre la pauvreté, la misère, mais aussi contre la délinquance et contre une immigration qui, qu'on le veuille ou non, pèse sur le marché du travail. Car si l'immigration est libre, naturellement, on le voit bien dans le secteur des services, dans l'agro-alimentaire breton, tout cela a des conséquences : si on peut employer des gens en les payant pas très chers, tous les acquis sociaux sont évidemment menacés.
  • Si Léonarda revenait en classe, ce serait plus qu'une erreur : ce serait un manquement à la loi. Ce que je propose c'est une application humaine de la loi. Il y a des écoles françaises au Kosovo. On peut très bien ouvrir la possibilité à cette jeune adolescente d'y poursuivre ses cours. Mais on n’est pas obligé d'accueillir en France quiconque le demanderait, surtout sur la base d'arguments mensongers.
  • La première des valeurs républicaines, c'est le respect de la loi. La loi peut-être précisée pour qu'on ne fasse pas d'interpellation dans l'enceinte de l'école – pourquoi pas ? Mais l'école définie comme un sanctuaire par Alain, l'était dans une optique tout à fait différente. On voulait séparer l'école du monde extérieur, car l'école est un lieu d'apprentissage. Là on dit n'importe quoi. La police doit pouvoir bien évidemment intervenir à l'intérieur d'une école si une enseignante est agressée, par exemple. Donc ne parlons pas de la sanctuarisation de l'école en ce sens.
  • Je ne veux pas ethniciser la question des Roms. Si telle ou telle personne peut s'intégrer, je suis pour. Je rappelle que j'avais régularisé la situation de 80 000 personnes sur des critères d'intégration en tant que ministre de l'Intérieur. Naturellement comme il y a eu 140 000 demandes, il y a eu 60 000 refus.
  • Je pense que le premier devoir d'un président de la République est un devoir de pédagogie à l'égard de la jeunesse et lui expliquer le sens de la loi, pourquoi elle existe, comment on peut l'appliquer plus humainement, si cela est possible. Mais la jeunesse est fragile, elle a aussi besoin qu'on applique la loi. Rappelez-vous Lacordaire : « c'est la loi qui protège et c'est la liberté qui opprime ».

* Voir les précisions à ce sujet : Leonarda : les déclarations inexactes (Le Monde, 21 octobre 2013) et Leonarda : François Hollande a-t-il violé la loi en lui proposant de revenir en France ? (Metronews, 21 octobre 2013)

 

Cet article est le 11ème paru sur ce blog dans la catégorie Hollande Ayrault gouv.

Partager cet article
Repost0
20 octobre 2013 7 20 /10 /octobre /2013 17:30

Ce livre incite à l’analyse critique et au projet mobilisateur

 

Nous avons salué la parution, le 16 octobre 2013, du livre de Jean-Pierre Chevènement - voir 1914-2014 : l'Europe sortie de l'histoire?. L’auteur a été sollicité par les médias. Voir JP Chevènement, invité par les médias à commenter son livre d'histoire - 19 oct. 2013.

 

Ce 20 octobre, sur son site, Gaël BRUSTIER a publié ce commentaire, après avoir lu le livre.

 

Le monde d’hier et de demain selon Chevènement

 

Une des qualités de Jean-Pierre Chevènement, c’est son sens de l’utile provocation. La question qu’il nous pose dans un livre éponyme, fait immédiatement mouche dans les esprits : « L’Europe est-elle sortie de l’Histoire ? ».

L’année qui vient sera celle de commémorations : 1914 et 1944 seront sans doute célébrées dans le souvenir l’utile rappel des horreurs des deux guerres mondiales. Mais 2014 sera-t-elle celle d’une réflexion sur le destin de la France, de notre continent et du monde ? L’occasion en est donnée… en sera-t-elle saisie ?

Dans le contexte de grand affolement qui semble s’emparer de notre vie politique et intellectuelle, le livre de Jean-Pierre Chevènement est ainsi plus que le bienvenu, il permet de penser notre situation dans le temps long et avec une perspective globale. C’est un livre éminemment politique mais qui puise dans les outils de la science historique les moteurs de sa réflexion. Les sources sont nombreuses, de la thèse de Suzanne Berger sur la « première mondialisation » aux lumineuses analyses de Joschka Fischer, en passant par les réflexions du socialiste et germaniste Charles Andler et de tant d’autres qui, disparus ou vivants, participent à l’intelligence du monde tel qu’il a été, tel qu’il est et tel qu’il pourrait devenir.

Ce livre rappelle à quelques égards celui du jeune député Chevènement, paru en 1975, Le vieux, la crise et le neuf, dans lequel il entrevoyait les bouleversements à venir avec la montée en puissance de la Chine, les tentatives de retour en force de la puissance américaine (Mao n’était pas mort, Chou En-Lai non plus et Deng Xiaoping n’avait encore pas déclaré qu’il se moquait de la couleur du chat pourvu qu’il attrape les souris et Nixon venait d’être éjecté de la Maison Blanche) et essayait de penser le socialisme de l’après-crise (déjà) dans le contexte des rapports de forces sociaux et internationaux. Les Cahiers du CERES faisaient une large part à ses analyses sur les rapports de forces internationaux, PS et PC n’avaient pas rompu l’Union de la Gauche et la question était, une fois arrivés au pouvoir, d’engager la transition au socialisme et non pas de gérer des « twittclashs »…

On ne saurait, dans ce livre, faire grief d’un géopolitisme excessif. Au contraire, le changement d’hegemon semble, dans l’analyse de Jean-Pierre Chevènement, produire autant que résulter de grandes évolutions sociales.

La première partie du livre éclaire sur la période précédant le déclenchement de la Première Guerre Mondiale. Ce qui est frappant, c’est de constater qu’en 1914 l’élite dirigeante allemande a pu prendre des risques aussi importants (celui, notamment, d’envahir la Belgique, provoquant ainsi l’entrée en guerre du Royaume-Uni) alors qu’à maints égards l’Allemagne était la puissance en expansion et que le Royaume-Uni pouvait, lui, se sentir menacé. Ce n’est néanmoins pas ce dernier qui enclencha la Grande Guerre. Le gouvernement de Bethmann Hollweg aurait pu attendre pacifiquement de devenir la puissance hégémonique. Mais l’influence de l’idéologie pangermaniste, les erreurs d’analyse de l’élite gouvernementale et la prise de pouvoir de fait par le haut commandement militaire ont provoqué la fuite en avant vers la guerre d’un pays qui, dans la vérité de sa société, n’en voulait pas. On retrouve d’ailleurs chez Chevènement, une interprétation assez voisine de celle de Norbert Elias dans ses Studien über die Deutschen (non traduit, pour l’heure, en France), dans lesquels le grand sociologue européen, définissait non pas le processus de civilisation qui avait occupé la magistrale première partie de son œuvre (voir à ce propos l’ouvrage de Marc Joly, Devenir Norbert Elias, Fayard, ) mais le processus de décivilisation qui de 1871 à 1940, et dans sa complexité, avait amené le monde deux fois à la Guerre Mondiale. L’unité allemande du 18 janvier 1871 contenait en elle la victoire des « codes » prussiens sur les codes rhénans. Là est sans doute une des clés du déclenchement de la catastrophe de 1914.

Pétri d’histoire du socialisme, celui qui cofonda le PS d’Epinay et dirigea son « aile gauche », rappelle que la social-démocratie fut intégrée au Reich wilhelmien en partie grâce au déclenchement de la Grande Guerre. L’impuissance des socialistes européens devant la mécanique guerrière tient aussi en partie à Bethmann Hollweg, dont le calcul réussi fut justement d’intégrer le SPD au Reich wilhelmien en échange de promesses relatives à l’adoption du suffrage universel direct. Chevènement rappelle en outre que c’est la défaite et non la Paix de Versailles qui est la cause de l’enclenchement d’une dynamique nationaliste de revanche dans l’Allemagne de Weimar, République fragile et qui chuta en 1933. C’est avant la Paix de Versailles et non après que les Corps Francs ravagent l’Allemagne et, lors de la révolution manquée de 1919, qu’ils exécutent sauvagement Karl Liebknecht et Rosa Luxembourg, et que le mythe d’une armée non défaite mais « poignardée dans le dos » par les défaitistes, a vu le jour.

Chevènement doute, on le voit, de la pertinence de la thèse « léninienne » de « l’impérialisme, stade suprême du capitalisme ». En la confrontant à celle de l’hegemon, il donne sa grille de lecture non seulement de la Première Guerre Mondiale et de ses conséquences mais aussi de la période qui s’ouvre pour nous.

Jean-Pierre Chevènement décrit bien, dans la période plus récente, le basculement en cours dans l’aire Pacifique. A des Etats-Unis ayant, en 1919 et davantage encore après 1945, établi leur hégémonie sur le monde, pourrait succéder une Chine dont la particularité est d’être, depuis 2007, la première puissance exportatrice, d’avoir un PIB bientôt égal à celui des Etats-Unis d’Amérique mais d’avoir un budget militaire qui n’est encore contenu que dans un rapport de un à sept. La réflexion de Jean-Pierre Chevènement porte sur les forces et les faiblesses de la Chine. Véritable puissance montante, elle est aussi en train de définir son rapport au monde. Son besoin de sécuriser ses routes commerciales et ses sources d’approvisionnement énergétiques se heurte à ce que son élite dirigeante peut estimer être des obstacles en mer de Chine. Les Etats-Unis ont rapatrié une part non négligeable de leur flotte dans le Pacifique (60% désormais et depuis 2010)… L’avenir n’est pas écrit mais nécessite de la part des dirigeants européens une lucidité, une analyse et un courage encore peu répandus.

Rappelons qu’au cours du XVème siècle, c’est parce que les Chinois n’ont pas voulu dominer le monde et que les Turcs ne l’ont pas pu (voir l’introduction à l’Histoire du monde au XVe siècle de Patrick Boucheron), que l’Europe a, peu à peu, édifié sa domination et, en son sein, les différentes nations qui commençaient alors à se former. La situation de l’Europe n’est – somme toute – pas totalement inédite. Reste qu’il lui faut se mouvoir dans ce monde en bouleversement et décentrer son analyse, faire un pas de côté, délaisser l’européocentrisme, l’occidentalocentrisme pour prendre le recul historique nécessaire à la compréhension du monde et à l’établissement d’un projet d’avenir.

La critique par Jean-Pierre Chevènement de l’européisme est surtout à entendre dans ce cadre, elle n’est pas chauvine mais profondément internationaliste tant on sent chez Chevènement la volonté de comprendre les dynamiques des autres nations. Il dresse ainsi un tableau sévère de la construction européenne depuis le traité de Rome et davantage encore depuis l’Acte Unique (1985). La libéralisation des mouvements de capitaux qui entraîne la globalisation financière, et ses conséquences, sont pointées comme les causes non négligeables d’une sorte d’abdication du politique devant la finance. Plus encore les récentes politiques de sauvetage des banques. La politique européenne « à la Laval » (du nom de la politique déflationniste pratiquée en 1935) met en cause la monnaie unique telle qu’elle a été conçue et fonctionné jusqu’ici. La zone euro a d’abord été sauvée pour sauver les banques et, peut-être aussi, pour sauvegarder un mythe mobilisateur. Phénomène très compréhensible dans l’architecture européenne actuelle, la montée en puissance du Conseil et l’affaiblissement de la Commission répond à la nécessité pour les gouvernements de tenter de peser de nouveau sur la marche de l’Europe tout en semblant singulièrement privé de vision de l’avenir.

La relation stratégique avec la Russie, à laquelle son coup de poker syrien semble véritablement donner une nouvelle force diplomatique, est à concevoir, si l’on suit Jean-Pierre Chevènement, dans le cadre d’une réorientation du projet européen.

Chevènement propose également de refonder la relation franco-allemande (relire France-Allemagne parlons franc, Editions Plon, mars 1996, n’est pas un luxe), d’envisager une monnaie commune plutôt qu’une monnaie unique, de rebâtir l’Europe à partir de ses nations (ce que Hans-Dietrich Genscher semble suggérer dans un livre récent, sans toutefois aller jusqu’à renoncer à une construction basée sur le « triangle de Weimer Allemagne-France-Pologne ni à renoncer à demander à la France de renoncer à la retraite à 60 ans, gardant ainsi en tête le « néo-bismarkisme » du FDP des années 90). « L’Europe n’existe pas pour elle-même. Elle n’est pas un bien en soi, l’ « Europe nouvelle » de Hitler était haïssable » nous dit Chevènement qui nous incite ainsi à penser la France dans la famille universelle des sociétés humaines et à penser l’Europe comme l’un des moyens de son organisation.

Ce livre est d’abord une contribution fondamentale à l’intelligence du monde par les responsables de la gauche française. Comprendre les rapports de forces sociaux, comprendre les rapports de force dans le monde, le basculement de l’Atlantique vers le Pacifique du centre de gravité du monde, reste une nécessité fondamentale pour établir une vision claire de l’avenir et un projet mobilisateur pour la France et pour l’Europe. Mais, tant au sein de la Gauche radicale qu’au sein de la social-démocratie européenne, le débat tarde à s’instaurer pendant que, sur la base de la confusion et de l’occidentalisme, les droites semblent progresser et faire faire du sur-place à nos sociétés. Faire place à l’analyse et à la critique ainsi qu’à un projet mobilisateur, voilà à quoi contribue avec ce livre Jean-Pierre Chevènement.

Rappel :

L'Europe sortie de l'Histoire : dans son livre, Chevènement le montre - 15 oct. 2013

Gaël Brustier suggère à la gauche d'appliquer la pensée de Gramsci - 17 mars 2013 

 

Cet article est le 176ème paru sur ce blog dans la catégorie CHEVENEMENT

Partager cet article
Repost0
19 octobre 2013 6 19 /10 /octobre /2013 20:36

L’Europe a besoin de retrouver confiance dans ses nations

 

Après la sortie de son livre le 16 octobre (voir 1914-2014 : l'Europe sortie de l'histoire?), Jean-Pierre Chevènement  a répondu aux sollicitations des médias. Voici les liens, qui sont sur son site.

- France Info mercredi 15 octobre 2013. Il répondait aux questions d'Olivier de Lagarde.

Voir "Il faut repenser l'Europe aux dimensions du siècle qui vient"

 

- France 5 « C à dire » mercredi 16 octobre 2013. Il répondait aux questions d'Axel de Tarlé.

Voir "Il faut complètement rebattre les cartes de l'Europe"

 

- BFM TV 19h, mercredi 16 octobre 2013. Il répondait aux questions de Ruth Elkrief.

Voir "François Hollande doit faire davantage appel au patriotisme des français"

 

- I-télé, jeudi 17 octobre 2013 avec Bruce Toussaint.

Voir "Nous vivons en permanence sous la dictature de l'émotion"

 

- Public Sénat, 22h, jeudi 17 octobre 2013. Il répondait aux questions de Sonia Mabrouk.

Voir "Je refuse la loi du mensonge triomphant"

 

- Radio Classique et LCI vendredi 18 octobre 2013. Il répondait aux questions de Guillaume Durand.  

Voir "La monnaie unique est un tonneau des Danaïdes"

 

- France Culture "Une fois pour toutes", samedi 19 octobre 2013. Il répondait aux questions de Dominique Souchier.

Voir "Les nations européennes ne voulaient pas la guerre, elles étaient pour la paix"

 

Chevènement Le Mans 280111 002 TExtrait du livre 1914-2014 : l'Europe sortie de l'histoire? (p 340-341, les deux dernières pages).

 

(…) La France souffre aujourd’hui d’une sorte de dépression collective mais l’Histoire montre qu’il est des moments, rares, que le destin réserve à ceux qu’il aime - le kaïros grec - où la vision d’un grand rôle peut rencontrer le caractère d’une vieille nation. Ensemble les peuples européens peuvent redevenir les acteurs de leur histoire : y a-t-il vision plus mobilisatrice pour nos pays, notamment pour la France et pour l’Allemagne, si elles ont la sagesse de le comprendre ?

 

La République tient la France debout

 

L’Histoire fournit maints exemples de nations qui furent grandes mais se sont accommodées d’un ensommeillement sans retour. Elles sont sorties de l’Histoire.

 

La France pourrait se résigner à n’être plus qu’une destination touristique. Pour que cela devienne irréversible, il faudrait que pareille évolution se fasse doucement, presque insensiblement. Le statu quo s’y prête. Mais je m’élève instinctivement contre cette hypothèse. La conscience de ce que notre Histoire a de singulier depuis la Révolution française, et plus encore, l’exigence que requiert sa continuation, se sont certes largement effacées de l’esprit public, mais je sais que se poursuit la lutte héroïque de jeunes enseignants désireux de transmettre à la jeunesse à la fois la connaissance et l’exigence.

 

Ce destin en peau de chagrin n’a, pour la France, rien d’inéluctable. Un siècle après avoir « sauté dans le noir », les peuples européens et la France, nation politique au premier chef, peuvent revenir dans l’Histoire.

 

Tout au long des siècles, la France a donné maints exemples de renouveau. Confrontée à tant de nations conquérantes, la France ne se souviendra pas seulement qu’elle a été, elle aussi, il n’y a pas si longtemps, une grande nation. Elle saura inventer un projet à la mesure du siècle qui vient : celui d’une « Europe européenne » que lui fixait, de manière prémonitoire, le général de Gaulle, au début des années 1960, alors que les conditions étaient encore loin d’en être réunies.

 

Une France forte est nécessaire à l’équilibre de l’Europe tout entière, dans toutes ses composantes. Si elle sait le comprendre, il lui reste encore un destin à conquérir. Je crois l’avoir montré de manière argumentée. Et c’est la République qui, une nouvelle fois, pourra remettre la France dans le lot des peuples qui font l’Histoire. Car la France ne se définit pas par l’ethnie, la culture ou je ne sais quelle « identité », par définition chose évolutive. Elle se définit par la politique, c’est-à-dire par une citoyenneté active, bref à travers un projet rassembleur.

Il y a cent ans, la France a failli périr dans une guerre dont le sens profond pourtant lui échappait : c’était loin d’être d’abord - nous l’avons vu - une guerre franco-allemande. Mais la République la tenait debout. Ceux qui combattaient pour elle, dans ce qu’ils croyaient être, comme Péguy, la « dernière des guerres », lui ont permis de ne pas sombrer.

 

La République saura-t-elle aujourd’hui redresser la France pour aider l’Europe à ne pas tourner le dos aux valeurs d’égalité, de citoyenneté et de droit ? Non pas pour reconquérir une hégémonie qui désormais ne lui appartient plus, encore moins pour cautionner un occidentalisme condamné, mais pour devenir, dans un monde polarisé entre les Etats-Unis et la Chine, une vaste confédération de peuples libres, faisant vivre l’héritage des Lumières.

En redevenant acteurs de leur destin, les peuples européens pourraient éprouver le sentiment d’avoir enfin, tous ensemble et sans s’être reniés, « gagné la paix », enrayé la spirale de leur déclin et d’avoir ainsi surmonté la terrible histoire commencée en août 1914.

 

Sur son blog, on peut lire aussi la Présentation du livre par Jean-Pierre Chevènement

 

Rappel : 1914-2014 : l'Europe sortie de l'histoire, nouveau livre de Chevènement - 21 sept. 2013

Chevènement : plan du livre "1914-2014 : l'Europe sortie de l'histoire?" - 6 oct. 2013

L'Europe sortie de l'Histoire : dans son livre, Chevènement le montre - 15 oct. 2013 

 

Cet article est le 175ème paru sur ce blog dans la catégorie CHEVENEMENT

Partager cet article
Repost0
18 octobre 2013 5 18 /10 /octobre /2013 21:09

La vraie question, c’est l’Europe qu’il faut réorienter

 

La réforme des retraites ne fait pas l’unanimité des organisations syndicales de salariés (voir Journée de mobilisation pour les salaires, emplois et droits à la retraite - 9 septembre 2013). Pas plus au niveau des partis politiques. Toutefois, la majorité a voté le texte en première lecture à l’Assemblée nationale, le 15 octobre 2013. Voir le dossier et les votes en Scrutin public.

Voir aussi les commentaires du quotidien Le Monde : La réforme des retraites adoptée de justesse à l'Assemblée nationale (JB Chastand, 15 octobre 2013).

 

Les trois députés MRC (apparentés au groupe socialiste, républicain et citoyen) ont voté le texte et expliqué leur vote.

 

Christian Hutin, Député du Nord et Vice-Président du Mouvement Républicain et Citoyen, s'exprimait à la tribune de l'Assemblée nationale dans le cadre de la discussion générale du projet de loi "Avenir et justice du système de retraites", lundi 7 octobre 2013. Voir la vidéo ainsi que le texte de son intervention. Retraites: "une réforme réaliste et progressiste"

 

Jean-Luc Laurent, député du Val-de-Marne et président du MRC, s’est exprimé sur son blog le 15 octobre 2013. Voir Projet de loi retraite: explication de vote. « C’est sans enthousiasme que j’ai voté en première lecture le projet de loi sur l’avenir des retraites ».

 

Université d'été MRC Belfort 15 et 16 09 12 022 TMarie-Françoise Bechtel, députée de l'Aisne et vice-présidente du MRC - ici (photo), avec Jean-Pierre Chevènement, à l'université d'été MRC à Belfort, le 16 septembre 2012 - a exprimé, le 17 octobre 2013, la position du MRC.
 

La question des retraites pose encore une fois celle de l’Europe

 

Une réforme des retraites juste et efficace ne devrait pas se faire dans un contexte d’austérité et de régression de l’emploi. D’abord parce que l’alourdissement des cotisations ajoute aux charges des salariés, même si la loi de finances prévoit de prendre certaines mesures en faveur du pouvoir d’achat : augmentation du point de la catégorie C de la fonction publique, dégel du barème, décote, hausse du revenu fiscal de référence qui permet l’exonération des contributions locales, contrats aidés, contrats d’avenir.

Ensuite et surtout parce qu’une réforme digne de ce nom devrait se faire dans un contexte économique plus favorable puisque c’est l’augmentation de l’activité qui génère des cotisations supplémentaires.

Le MRC et ce, dès l’époque de la gauche « plurielle », s’est prononcé pour une relance de l’activité économique, notamment industrielle, et contre l’euro qui pénalise notre compétitivité, donc nos emplois et nos retraites.

Dans le contexte de la crise économique et des mesures injustes prises sous le quinquennat Sarkozy, nous avons décidé d’apporter notre soutien « les yeux ouverts » à la nouvelle majorité présidentielle pour essayer d’aider à un redressement du pays sans lequel rien ne peut se faire : ni emploi, ni protection sociale, ni maintien des services publics.

Je me félicite que le gouvernement ait renoncé à certaines propositions désastreuses du rapport Moreau en ayant le courage de maintenir les régimes spéciaux, le système de retraite des fonctionnaires, et de prévoir des mesures en faveur des femmes, qui pourront valider plus facilement leur tiers-temps annuel et voir intégrés aux cotisations les trimestres d’interruption dus aux congés maternité. De plus, avec d’autres parlementaires de gauche, nous avons soutenu des amendements élargissant la pénibilité et prévoyant la prise en compte des stages pour les cotisations des jeunes.

 

Mais nous avons conscience que les mesures prises sont loin du compte.

La vraie question, c’est l’activité économique et donc l’Europe. Plus que jamais en effet, une négociation rude et franche avec les autres pays européens et notamment l’Allemagne, qui bloque la sortie de l’Europe de l’austérité programmée, est à nos yeux le préalable indispensable de toute politique économique et sociale. Nous le disons aussi fort que nous le pouvons, dans la mesure de nos moyens, et nous avons fait le pari, chacun s’en souvient, de pousser le gouvernement vers cette réorientation fondamentale de la construction européenne. Pour nous, la seule réponse à la hauteur de la crise financière dont les travailleurs ne sont pas responsables est là.

Renégocier la construction européenne est la condition absolue pour répondre à la crise financière, sortir de l’austérité imposée par l’Europe et maintenir notre modèle social, qui devrait constituer un exemple au lieu d’être montré du doigt par le patronat et les élites bruxelloises.

 

Cet article est le 52ème sur ce blog dans la catégorie Les retraites

Partager cet article
Repost0
16 octobre 2013 3 16 /10 /octobre /2013 21:47

Dix séances pour connaître les perspectives de l’UE

L’Association familiale Loisirs et Culture (AFLEC) est parmi les principales associations de Saint Berthevin. Chaque année, elle propose une session de formation d’économie politique avec Philippe Barrieu (professeur d’économie dans un lycée de Laval).
En 2013-2014, les dix Conférences (le mercredi, de 19h à 21h, une semaine sur deux) sont centrées sur les perspectives de l’Union européenne. La participation demandée est 60 euros. 50 à 60 personnes sont inscrites.

 

La première séance a eu lieu le 9 octobre 2013 (le résumé est accessible sur le site - voir Conférence).

1 - Le fonctionnement de l’Union européenne issue du Traité de Lisbonne

Depuis le 1er décembre 2009, l’Union européenne est régie par le Traité de Lisbonne qui a profondément remanié le fonctionnement des institutions de l’Union européenne, et souvent dans un sens plus démocratique. Pour autant, ces institutions, leur composition et leurs fonctions, restent largement méconnues du public, ce qui ne contribue pas à rendre l’Union européenne populaire, alors que se profilent pour 2014 les élections au Parlement européen, élections qui risquent de se traduire par un taux d’abstention très important.

 

Introduction : la primauté du droit européen

I) Les institutions de l’Union européenne : présentation générale

1 Le Conseil européen

2 Le Conseil des ministres de l’Union européenne

3 Le Parlement européen

4 La Commission européenne

  II) La gouvernance européenne

1 La règle de l’unanimité et les clauses d’exception

2 De la majorité qualifiée à la double majorité

3 Les coopérations renforcées

 

Conclusion : l’arbitre des institutions : la Cour de justice de l’UE

 

Les autres conférences

 

2- L’Union européenne entre rigueur et austérité (23 octobre 2013)
A la suite de la crise financière de 2008 et de la crise des dettes souveraines qui lui a succédé, l’Union européenne a globalement opté pour une politique économique visant à réduire les dépenses publiques et à équilibrer les budgets nationaux, contribuant ainsi à sauver l’euro, mais contribuant également à ralentir la croissance et à augmenter le chômage. Cette rigueur, qui était sans doute nécessaire, ne risque-t-elle pas à se transformer en austérité perpétuelle ?

 

3 – L’Union européenne et la réforme de la Politique Agricole Commune (6 novembre 2013)

Suite à l’accord du 26 juin 2013, la réforme de la PAC va progressivement entrer en vigueur à partir du 1er janvier 2014, et en particulier les quotas laitiers vont disparaître en 2015. Quelles seront les conséquences de cette réforme pour l’agriculture française et ses agriculteurs, et quelles en seront les implications pour l’industrie agroalimentaire si importante pour la France, et pour la Mayenne ?

 

4 – L’Union européenne et la politique industrielle et d’innovation (20 novembre 2013)

L’union européenne semble aujourd’hui prise entre deux feux, entre d’un côté la puissance d’innovation des Etats-Unis et du Japon, et d’un autre côté la puissance productive de pays à bas salaires à l’image de la Chine. L’Union européenne doit donc essayer de réinventer sa politique industrielle, et c’est à partir de l’investissement dans l’innovation qu’elle y parviendra. Mais pour cela, encore faudrait-il une cohérence européenne dans ce domaine.

 

5 – L’Union européenne à la recherche de la croissance économique (4 décembre 2013)

Alors que les pays émergents, malgré leurs récentes difficultés, connaissent des taux de croissance entre 5 et 10 %, alors que les Etats-Unis semblent eux aussi retrouver le chemin de la croissance, alors que l’Afrique elle-même commence à s’éveiller, l’Union européenne et sa faible croissance, entre 0 % et tout juste 2 %, fait peine à voir et est souvent considérée comme « l’homme malade » de la croissance mondiale. Quelles sont les initiatives qui peuvent permettre à l’Union européenne de retrouver une croissance plus dynamique, seule capable de nous permettre de financer nos besoins sociaux ?

 

6 – L’Union européenne peut-elle contribuer à réduire les inégalités ? (18 décembre 2013)

Au sein de l’Union européenne, les inégalités sont multiples et profondes, que ce soit à l’intérieur des pays ou entre les pays : en moyenne, les luxembourgeois sont, par exemple, 14 fois plus riches que les bulgares ! Ceci est d’autant plus préoccupant que l’on a l’impression que chaque nouveau pays entrant dans l’Union européenne est plus pauvre que le pays précédent. Et les inégalités ne sont pas que monétaires. Quelles politiques l’Union européenne peut-elle mener pour limiter ces inégalités ?

 

7 – L’Union européenne et la promotion des femmes et des jeunes dans la vie active (15 janvier 2014)

Pratiquement 25 % des jeunes actifs de l’Union européenne de moins de 25 ans sont au chômage, avec un très fort contraste entre l’Allemagne (7,5 %) et la Grèce (62,5 %) [chiffres de février 2013]. Les femmes également, à un degré moindre, sont plus affectées par le chômage que les hommes, et leur taux d’activité reste significativement plus bas que celui des hommes. Comment doit faire l’Union européenne pour promouvoir l’insertion des jeunes et des femmes dans la vie active ?

 

8 – L’Union européenne et ses rapports avec les pays émergents (29 janvier 2014)

L’affaire des panneaux photovoltaïques a mis crûment en lumière l’ampleur des problèmes que peuvent poser certains pays émergents à l’Union européenne : au nom du libre-échange, doit-on accepter de laisser massacrer nos industries par des par des pratiques de dumping ? Mais, d’un autre côté, les pays émergents sont également des clients : doit-on menacer les intérêts d’Airbus pour sauver d’autres industries ? Ou ne vaut-il pas mieux essayer  de négocier des accords équilibrés ?

 

9 – L’Union européenne et ses rapports avec l’Afrique (12 février 2014)

Le temps de « l’afro-pessimisme » semble un peu révolu, et de larges zones de ce continent se développent, offrant des opportunités à l’Union européenne dont les rapports avec ce continent sont anciens. Mais l’Union européenne est confrontée à deux défis : d’une part le défi migratoire, tant l’écart de niveau de vie reste important entre les deux continents, et d’autre part l’appétit de nouveaux pays pour l’Afrique, la Chine en particulier qui cherche à la fois des débouchés et la sécurité de ses approvisionnements énergétiques.

 

10 – L’Union européenne et ses rapports avec l’autre Europe (26 février 2014)

Toute ‘Europe géographique ne fait pas partie de l’Union européenne, loin de là. Et en particulier, quelles relations doit-on avoir avec la Russie et l’ensemble de l’ancienne URSS ? L’Union européenne est largement dépendante en matière énergétique. Doit-elle essayer de s’affranchir de cette dépendance, doit-elle forger un nouveau partenariat économique, doit-elle résister aux dérives peu démocratiques de la Russie de M Poutine ? Doit-elle s’appuyer sur les pays du « partenariat oriental » et les convaincre de rejoindre l’Union européenne ?

 

 Cet article est le 131ème paru sur ce blog dans la catégorie France et Europe

Partager cet article
Repost0
15 octobre 2013 2 15 /10 /octobre /2013 18:27

1914-2014 : deux mondialisations et le déclin de l’Europe

 

MRC national 002Demandez à votre libraire de vous mettre de côté le nouveau livre - mis en vente le 16 octobre - de Jean-Pierre Chevènement. Voir 1914-2014 : l'Europe sortie de l'histoire?

 

A l’occasion de la sortie du livre, Jean-Pierre Chevènement était l’invité de France Info, ce 15 octobre (Un monde d'idées, Olivier de Lagarde). Voir, sur son site, la vidéo et l’essentiel de l’entretien (verbatim express) :

 

"L'Euro arrive au bout de son système"

 

La 1ère guerre mondiale marque le début du déclin de l'Europe

La relation entre la Chine et les États-Unis au XXIe siècle

Quelle place pour l'Europe au XXIe siècle ?

Le second décrochage économique de la France

Une Europe économiciste, désarmée, parce que construite contre ses nations

Transformer l'euro en monnaie commune pour retrouver un meilleur équilibre entre la France et l'Allemagne

La responsabilité de nos élites

Une Europe adaptée aux défis du XXIe siècle

Les chances de l'Europe au XXIe siècle

Le pari sur la France au XXIe siècle

 

Voir aussi, sur le site de France Info :

 

Chevènement : "La France a sacrifié sa souveraineté pour construire l’Europe

 

Jean-Pierre Chevènement, ancien ministre et ancien candidat à la présidence de la République, publie 1914-2014, l'Europe sortie de l'Histoire ? (Fayard). Une question à laquelle il répond par l'affirmative et qu'il explique par le rapprochement de deux mondialisations, la première, avant 1914, sous égide britannique, et la seconde sous égide américaine.

Le propos de départ du livre de Jean-Pierre Chevènement est de démontrer que l'Europe a été progressivement sortie de l'Histoire, en rapprochant ce qu'il considère être les deux mondialisations, la première, avant 1914, sous égide britannique, et la seconde sous égide américaine. "Je pense qu'il y a intérêt à une vue longue et large. Il faut regarder les continuités plutôt que les ruptures" explique l'ancien ministre. 

Pour Jean-Pierre Chevènement, président d'honneur du MRC, la brutale accélération du déclin de l'Europe ne tient pas seulement aux deux conflits mondiaux. Elle résulte aussi et surtout de la diabolisation de ses nations. "La France a accepté de sacrifier sa souveraineté pour construire une Europe qui au départ était une petite Europe qu'elle pouvait se flatter de dominer. Aujourd'hui, c'est une Europe élargie, avec une Allemagne réunifiée, bâtie sur l'idée que c'est sur le marché qu'on allait faire l'Europe."

On peut prédire, sans risque de se tromper, que la commémoration, en 2014, du déclenchement de la Première Guerre mondiale sera instrumentée à des fins politiques, juge Jean-Pierre Chevènement. Au nom du "Plus jamais ça !", il s'agira, pour les classes dirigeantes, de justifier la mise en congé de la démocratie en Europe au prétexte, de sauver celle-ci de ses démons. Une démarche qui indigne Jean-Pierre Chevènement.

Afin de ne pas être marginalisée dans la nouvelle bipolarité du monde qui s'esquisse entre la Chine et l'Amérique, écrit Jean-Pierre Chevènement, l'Europe a besoin de retrouver confiance dans ses nations pour renouer avec la démocratie et redevenir ainsi actrice de son destin.

 

Sur son blog, on peut lire la Présentation du livre par Jean-Pierre Chevènement

 

Voir aussi 1914-2014 : l'Europe sortie de l'histoire, nouveau livre de Chevènement - 21 sept. 2013

Chevènement : plan du livre "1914-2014 : l'Europe sortie de l'histoire?" - 6 oct. 2013.

 

Cet article est le 174ème paru sur ce blog dans la catégorie CHEVENEMENT

Partager cet article
Repost0
14 octobre 2013 1 14 /10 /octobre /2013 22:03

Vers la fin de l’Europe néolibérale et le début de quoi ?

 

La politique néolibérale menée au niveau européen, avec diffusion quasi obligatoire dans les Etats membres de l’Union, se heurte aux intérêts des peuples, ce qui ne l’empêche pas de continuer, en l’absence de politique alternative clairement affirmée.

 

Vers un changement d’époque ? C’est ce que pense Frédéric Lebaron alors que Bernard Cassen semble ne plus croire à la possibilité de survie de cette idée européenne « qui avait un réel potentiel progressiste ».  

Les deux auteurs ont, chacun, écrit un article publié le 30 septembre 2013 par Mémoire des luttes dont la belle devise est "Pour nos combats de demain, pour un monde plus libre, plus juste, plus égalitaire, plus fraternel et solidaire, nous devons maintenir vivante la mémoire de nos luttes".

 

Pour Frédéric Lebaron, un changement se prépare, mais quel changement ?

 

L’impasse des fausses alternances entre néolibéraux de gauche et de droite

 

(…) Pourtant, plusieurs signes laissent entrevoir la fin d’un cycle politico-économique déjà bien long. Le premier élément, lié aux conséquences de la crise économique mondiale en Europe, tient au changement de climat idéologique. Pendant les années 1980 et 1990, et pour une partie de l’opinion, le projet européen est encore un projet politique mobilisateur et intégrateur. Il est fondé sur des espoirs de progrès et de convergence des nations, avec l’horizon d’une « Europe sociale » qui combinerait au plus haut niveau performances économiques et solidarité sociale. En 2005, la victoire du « non » au référendum sur le Traité constitutionnel européen (TCE) montre que les limites de l’utopie sont déjà atteintes.

Huit ans plus tard, après l’intensification de la crise de la dette publique et l’accélération de la dynamique de mise en concurrence au sein de l’Europe, l’utopie est en cours d’inversion : nombre de citoyens constatent que la construction européenne sous hégémonie néolibérale n’a pas apporté le surcroît de bien-être collectif annoncé ; la monnaie unique s’est traduite par des contre-performances macroéconomiques et sociales de plus en plus contraires aux promesses initiales ; aucun processus de convergence entre pays et régions ne semble en cours ; au contraire, les divisions s’accentuent entre les différentes zones de l’Union européenne (UE) et donnent même lieu à des tensions entre Nord et Sud, Ouest et Est, etc. L’alliance entre droite et social-démocratie à l’échelle européenne, incarnée notamment par la convergence idéologique française, les « grandes coalitions » allemandes et la cogestion du Parlement européen, n’offre aucune perspective d’amélioration à court terme. La perte de crédit de la construction européenne devient un élément clé de l’horizon politique (…).

Le « déclin » européen s’exprime non seulement par de faibles performances macroéconomiques depuis trente ans, qui contrastent singulièrement avec les « miracles » de l’après-deuxième guerre mondiale, mais aussi par une soumission (politique et culturelle) accrue aux Etats-Unis, et par une perte de sens des objectifs mêmes des politiques économiques et sociales en Europe. Les obsessions de la « compétitivité » (à l’intérieur et à l’extérieur), de la concurrence sans limite et de l’insertion concurrentielle dans la finance et l’économie mondialisées se sont substituées au projet d’une société nouvelle avec un Etat social développé et efficace.

L’incapacité de l’Europe à exister politiquement dans les arènes internationales, manifeste récemment lors de la crise syrienne, est un autre signe qui révèle de façon larvée l’échec d’un projet politique qui s’est adossé au capitalisme financier et n’a pas su aller au-delà de la poursuite, de plus en plus incertaine et impuissante, du destin impérial des Etats occidentaux. Or, la financiarisation a profondément dégradé l’esprit public et a contribué au développement d’une sphère spéculative et rentière, pathologiquement instable, qui fragilise les « vieilles puissances » en les rendant de moins en moins capables d’investir dans l’avenir.

Mais le signe le plus patent d’un changement possible est peut-être, tout simplement, que les « vieilles solutions » ne marchent plus ou du moins semblent grippées. Les dirigeants socialistes français, derrière François Hollande, pensent sans doute que l’éternel retour électoral les favorisera à nouveau un jour, pour peu qu’ils suivent calmement la pente qu’ils ont choisie, celle d’un néolibéralisme modéré, socialement corrigé. Les dirigeants de l’opposition pensent, quant à eux, mobiliser largement autour du « ras-le-bol fiscal » lors des prochaines échéances, et profiter ainsi de la radicalisation extrême de l’électorat et des militants en avançant une nouvelle fois, trente ans après les émules de Friedman, la « solution libérale » qu’ils ont déjà testée à de nombreuses reprises.

Dans les périodes de crise, les choix passifs et adaptifs dictés par le passé deviennent moins efficaces. Alors qu’ils sont censés favoriser le consensus, ils tendent même à accentuer les dissensions politiques. C’est le cas aujourd’hui de façon évidente au sein du PS et de ses actuels ou anciens alliés (Verts, PCF) : le sentiment d’un changement d’époque pousse à l’expression croissante de désaccords multiples, ce qui conduit l’espace politique à une forme de dislocation ou de fragmentation de plus en plus caractérisée.

A droite, la pression exercée par le Front National se traduit par des évolutions de plus en plus chaotiques, les plus « modérés » en apparence (comme l’ancien séguiniste François Fillon) devenant les plus « audacieux » dans les ruptures avec les « tabous ». Le déplacement du débat public vers l’extrême-droite, qui n’a cessé de s’accentuer depuis trente ans, produit ainsi des effets dans tout le champ politique, et bien sûr au sein du gouvernement socialiste, avec un ministre de l’intérieur largement converti à la rhétorique sarkozienne. L’éclatement idéologique ne cesse ainsi de s’accentuer de part et d’autre.

Chacun sent obscurément qu’il se passe quelque chose, mais il est bien difficile de comprendre les processus d’un changement d’autant plus opaque qu’il n’est pas clairement conscient dans les cerveaux de ses acteurs. Cette dynamique apparemment chaotique correspond bien aux traits de ce que l’on appelle une période de transition ou encore… un changement d’époque.

 

Pour Bernard Cassen, l’Europe actuelle ne peut survivre

 

Peut-on être encore « européens » ?

 

Dans les maisons d’édition, le constat est unanime : les livres sur l’Europe se vendent mal. Ce phénomène n’est pas nouveau, mais ses causes ont sans doute évolué au fil des années. Pendant quelques décennies, la construction européenne est apparue comme un dispositif lointain, que la masse des citoyens – quand elle était consciente de son existence – regardait de l’extérieur. Le sujet n’intéressait vraiment que les dirigeants politiques et administratifs, les industriels et les financiers, et certains universitaires dont les travaux – dès lors qu’ils restaient dans les limites de l’orthodoxie – étaient généreusement subventionnés par la Commission européenne. Le seul secteur d’activité dont pratiquement tous les membres étaient familiers des institutions de Bruxelles était celui de l’agriculture en raison de la mise en place, dans les années 1960, d’une politique agricole commune.

C’est seulement à partir du traité de Maastricht (1992) que les opinions ont commencé à prendre conscience d’une évidence : dans les domaines les plus importants, les politiques nationales ne sont rien d’autre que la déclinaison locale de politiques décidées au niveau européen par les gouvernements à partir des propositions de la Commission – institution n’ayant de comptes à rendre à personne –, et toujours dans une logique ultralibérale. La création de l’euro, sous la férule d’une Banque centrale européenne (BCE) indépendante, en a été la disposition la plus emblématique.

Une douzaine d’années plus tard, les débats autour du traité constitutionnel européen (2005) ont permis à un nombre croissant de citoyens de s’approprier encore davantage la question européenne. Et ils n’ont pas aimé ce qu’ils avaient ainsi appris à connaître… L’atteste, entre autres éléments d’appréciation, la victoire du « non » aux référendums français et néerlandais. Longtemps « objet politique non identifié » – pour reprendre la formule de Jacques Delors –, l’Europe s’est peu à peu installée dans les esprits non seulement comme un acteur central, mais surtout comme un acteur hostile aux aspirations populaires, suscitant en retour un rejet croissant.

Au cours des cinq dernières années, la gestion de la crise financière par les institutions et les gouvernements européens n’a fait qu’exacerber ce rejet. Le sauvetage des banques et de l’euro, avec la conversion massive des dettes privées en dettes publiques à la charge des contribuables, sont apparues comme leurs seuls objectifs, quel qu’en soit le prix social à payer, surtout dans les pays du Sud : explosion du chômage, baisse des salaires et des retraites, démantèlement de la protection sociale et des systèmes de santé, licenciements de fonctionnaires, privatisations des biens publics, etc.

Le prix démocratique n’a pas été moins élevé. En témoignent notamment, d’un côté, la création d’une nouvelle police européenne, la troïka (Commission, BCE, FMI) qui dicte déjà sa loi à une demi-douzaine d’Etats relégués au statut de républiques bananières, et, d’un autre côté, les pouvoirs exorbitants de censure des budgets nationaux confiés à la Commission par des gouvernements de droite ou prétendument « de gauche », comme celui de François Hollande. Parler aujourd’hui de souveraineté des peuples et de leurs élus au sein de l’Union européenne relève de la plaisanterie.

Alors, face à ce naufrage, comment rester encore « européens » ? L’extrême-droite, en ascension fulgurante dans plusieurs pays, a choisi de ne plus l’être du tout. Mais faute de remettre en cause les fondements de l’Europe réellement existante, les partis de l’arc démocratique, et en premier lieu ceux se réclamant de la gauche, auront, plus encore, contribué à enterrer une idée qui avait un réel potentiel progressiste.

 

Voir aussi : Bernard Cassen : la France peut construire un autre modèle européen - 10 oct. 2012 

 

Et, rappel : Le projet du MRC pour une autre Europe : réorienter ou tout changer - 7 août 2013 

Cet article est le 130ème paru sur ce blog dans la catégorie France et Europe

Partager cet article
Repost0
13 octobre 2013 7 13 /10 /octobre /2013 15:32

Rechercher une solution politique à la guerre civile

L’action de la diplomatie française a été commentée par Julien Landfried, lors de la table ronde intitulée « Les leçons de la crise syrienne » pendant l’université de rentrée de « Maintenant la gauche », sensibilité de gauche, minoritaire au sein du Parti socialiste (Emmanuel Maurel, Jérôme Guedj, Marie-Noëlle Lienemann), le 12 octobre 2013.

 

Université d'été MRC 2011 004 TSyrie et Proche-Orient : pour une diplomatie d’équilibre de la France

  

(…) Que faut-il penser de l’action diplomatique de la France concernant le dossier syrien et plus particulièrement des orientations consécutives à l’attaque chimique d’un quartier de la banlieue de Damas le 21 août dernier, action commise selon une majorité d’observateurs par le régime syrien ?

1. La politique de « regime change »

Après l’élection à la présidence de la République de François Hollande, le gouvernement français n’a pas remis en cause la décision du Quai d’Orsay, alors dirigé par Alain Juppé, de fermer l’ambassade de France à Damas en mars 2012. Cette continuité ne pouvait être interprétée par les acteurs locaux et la Russie que comme un signe que la priorité de la France était de faire tomber, à terme, le régime de Bachar el-Assad. Cette politique de regime change (changement de régime), déjà mise en œuvre en Libye contre Kadhafi, est clairement d’inspiration néo-conservatrice, et traduit l’existence au plus haut niveau de la diplomatie française, d’un courant d’opinion que l’on pourrait, avec Jean-Pierre Chevènement, qualifier d’« occidentaliste ». C’est ce courant qui s’est opposé avec véhémence au refus de l’intervention en Irak de Jacques Chirac, et qui a puissamment œuvré à l’élection de Nicolas Sarkozy en 2007 puis à sa politique étrangère, même si celle-ci était par certains aspects profondément erratique. Il est pour le moins inquiétant que ce courant ait « résisté » à l’alternance politique en France.

 

2. L’opposition syrienne : faut-il armer les rebelles dit « modérés » ?

Si la France a reconnu très tôt le Conseil national syrien (le 10 octobre 2011), qui affirme représenter les différentes tendances de l’opposition nationale syrienne, force est de constater que près de deux ans plus tard, les éléments non islamistes des rebelles armés semblent marginalisés sur le terrain par des éléments radicaux ou djihadistes, souvent d’origine étrangère. Distinguer parmi les rebelles ceux qui sont modérés des extrémistes liés à Al Quaida est-il possible compte tenu de la fragilité de la situation sur le terrain et de la dégradation des conditions de vie des combattants et des populations civiles qui rendent les frontières floues et particulièrement sensibles aux arguments financiers ?
Le précédent de l’intervention en Libye devrait mettre en garde la France contre la tentation naïve de croire armer tel groupe plutôt que tel autre. L’exportation du djihadisme de la Libye vers le Mali n’est-il pas en bonne partie la conséquence d’une intervention franco-anglaise mal pensée et sous-estimant l’importance du « jour d’après » l’intervention militaire et la mort de Kadhafi ? Aussi,
les parlementaires du Mouvement Républicain et Citoyen ont-ils mis en garde le gouvernement en mars dernier contre une politique de livraison d’armes, qui est en réalité, incontrôlée dans son principe même.

 

3. Droit d’ingérence et droit international

Le droit d’ingérence, tel qu’il a été pensé et popularisé à partir des années 1980, masque souvent, derrière une conception extensive d’une diplomatie des droits de l’homme des objectifs politiques plus ambigus. Or, pour reprendre à nouveau les mots de Jean-Pierre Chevènement, on n’a jamais vu les faibles s’ingérer dans les affaires des forts. Si bien que le droit d’ingérence est toujours le fait d’une puissance régionale ou mondiale.
La France, qui est intervenue au Mali dans le strict respect de la légalité internationale, n’avait rien à gagner à intervenir militairement en Syrie, avec ou sans les Etats-Unis, dans le non respect du droit international. Dans un monde marqué par le développement des pays émergents et par l’existence d’antagonismes militaires bien réels, le rôle d’un pays comme la France, puissance militaire membre du Conseil de sécurité des Nations Unies, est de s’appuyer sur le droit international. La France est pacifique, mais n’est pas pacifiste. Elle ne doit pas s’interdire d’user de la force si le Conseil de sécurité lui en donne mandat. Mais elle n’a pas vocation à conduire des expéditions militaires unilatérales quand ses intérêts vitaux ne sont pas en jeu.
Dans le cas syrien, quels étaient les buts de guerre ? Infliger une punition à un dictateur sanguinaire ? Mais on sort là du cadre des affaires étrangères et du droit, pour rentrer dans celui de la morale.

 

4. Quel politique avec la Russie ?

La Russie a proposé, par l’intermédiaire de son ministre des affaires étrangères Sergeï Lavrov, un plan pour contrôler les armes chimiques syriennes, que les Etats-Unis ont, finalement, accepté. Cette initiative diplomatique a été prise sans que la France y soit associée. C’est le signe d’un échec de la diplomatie agressive qui a culminé pendant une dizaine de jours en septembre 2013.
La Russie est une grande puissance, et défend ses intérêts au Proche-Orient. C’est par un dialogue diplomatique ferme que l’on pourra faire avancer avec elle une solution politique négociée à la guerre civile qui fait actuellement rage en Syrie. Cette solution impliquant toutes les parties prenantes, ne peut se négocier que dans le cadre du Conseil de sécurité des Nations Unies. Croire trouver une solution en Syrie sans la Russie ou contre la Russie est tout simplement absurde, et relève soit de l’idéologie, soit d’une méconnaissance des équilibres régionaux.


5. Ne pas gâcher le gain politique de l’action au Mali, revenir à une diplomatie autonome

L’action résolue du président de la République au Mali a permis une stabilisation de la situation sur place et a évité une prise du contrôle du pays par des islamistes radicaux. Le crédit que la France a gagné grâce à cette intervention a été pour une large part perdu par son aventurisme momentané en Syrie. Bien que s’étant auto-promue « plus ancienne alliée des Etats-Unis », la France a dû assister impuissante à l’exercice de realpolitik du président Obama qui a accepté la proposition russe de contrôle des armes chimiques syriennes sans associer la France à sa démarche.
Quelle leçon en tirer ? En substance, que la « communauté internationale » n’existe pas. Il y a des Etats qui défendent leurs intérêts économiques et géopolitiques. D’où l’impérieuse nécessité d’une compréhension correcte des rapports de forces entre puissances et d’une vision stratégique qui permette de penser au « coup d’après » (cf. le colloque du 22 mars 2010 de la Fondation Res Publica,
« La France et ses stratèges » ).
C’est sans doute la leçon tirée par le président Hollande, à en juger par sa poignée de mains avec le nouveau président iranien Hassan Rohani le 24 septembre dernier. Il faut espérer que cette ligne « réaliste » soit réaffirmée et affermie dans les semaines et les mois à venir. C’est en recherchant une solution politique à la guerre civile syrienne que la France fera le meilleur usage de sa force
.

 

Voir aussi : Syrie: des armes, et après ? (Marie-Françoise Bechtel, MRC, 15 mars 2013)

Dialoguer avec l’Iran est de l’intérêt de tous (Marie-Françoise Bechtel, MRC, 24 septembre 2013)

 

Rappel : Syrie : différents enjeux et conflits rendent plus incertaines les solutions - 26 juillet 2012 (blog MRC 53) 

 

Cet article est le 33ème paru sur ce blog dans la catégorie Proche Moyen Orient.

Partager cet article
Repost0