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  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine à partir, notamment, des idées de Jean-Pierre Chevènement, l'un de ses fondateurs (celui-ci a souhaité s'éloigner du MRC en 2015). Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens (MDC) après les élections de 2002. En février 2019, le MRC a co-fondé la Gauche Républicaine et Socialiste (GRS), en continuant d'exister, au moins jusqu'à son prochain congrès, en décembre 2020.
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29 juin 2013 6 29 /06 /juin /2013 11:54

Note de lecture de « Made in Germany » par Res Publica

 

Parmi les excellentes « Notes de lecture » de la Fondation Res Publica, celle-ci se détache par la qualité du livre, dont l’auteur est Guillaume Duval, rédacteur en chef du mensuel Alternatives économiques. Ingénieur de formation, il a travaillé pendant plusieurs années dans l’industrie allemande. Il est l’auteur de Sommes-nous des paresseux ? 30 autres questions sur la France et les Français (Le Seuil, 2008) et de La France d’après. Rebondir après la crise (Les Petits Matins, 2011). Voir Made in Germany - Seuil*.

 

Cette note de lecture est signée Baptiste Petitjean, directeur de la Fondation Res Publica.

Dans son dernier ouvrage, Guillaume Duval rappelle, dans un exercice analytique approfondi, que les succès industriels allemands ne sont pas dus à la politique économique libérale menée par le Chancelier Schröder au début des années 2000, mais plutôt à la rencontre de caractéristiques structurelles anciennes du « modèle allemand » et de leviers conjoncturels puissants.

 

Qu’est-ce que le « modèle allemand » ?

La bonne fortune de l’industrie allemande, explique Guillaume Duval, est liée à des caractéristiques structurelles et conjoncturelles qui n’ont rien à voir avec l’action de G. Schröder, assimilée à tort au modèle allemand. Parmi les avantages structurels, on peut souligner le développement et la production de richesses équilibrés au sein du territoire allemand ; la codétermination (Mitbestimmung), abusivement appelée cogestion ; le rôle déterminant de l’apprentissage et de la formation professionnelle ; la valorisation du travail industriel dans la société, etc. Autant d’atouts qui font défaut à la France et qui expliquent mieux le déclin de l’industrie française que la hausse supposée de son coût du travail, la rigidité du marché de l’emploi et le niveau trop élevé des dépenses publiques. Seule limite structurelle pour l’Allemagne, bien connue désormais : une dynamique démographique handicapante à long terme, avec une natalité faible, une subordination persistante des femmes dans le marché du travail et au sein de la société, la faiblesse non corrigée des possibilités d’accueil des enfants en bas âge, et enfin l’appauvrissement massif et programmé des futurs retraités.

En outre, depuis le milieu des années 2000, l’explosion de la demande des pays émergents, a rencontré et accompagné la spécialisation allemande dans les biens d’équipement et les automobiles de luxe. La « reconquête de l’hinterland centre européen » suite à la réunification a également été bénéfique à l’Allemagne, améliorant la compétitivité-coût de produits assemblés en Allemagne mais dont les composants et les sous-ensembles sont souvent fabriqués à moindre coût à l’étranger. Enfin, la baisse tendancielle récente du cours de l’euro par rapport à son pic de 2008 (1,6$) a permis de doper encore un peu plus les exportations allemandes, alors que la hausse qu’avait subie l’euro par rapport au dollar de 2000 à 2008 avait fini de miner ce qui restait d’industrie dans les autres pays européens. Au cours de cette période, la modération salariale pratiquée par l’Allemagne a fonctionné, il est vrai, comme une dévaluation interne et a donc compensé la hausse de l’euro. Mais à quel prix ! Le Chancelier Schröder et la partition social-libérale jouée lors de ses deux mandats ont en fait « fragilisé à terme l’économie et la société allemandes en permettant que s’y répandent la pauvreté et les inégalités et en freinant la modernisation de ses infrastructures collectives ». Entre 1998 et 2005, le PIB/habitant n’a augmenté en Allemagne que de 7,6% (11% en moyenne dans la zone euro, et 10,6% en France). Entre 2000 et 2005, le pouvoir d’achat des salariés allemands chutait de 2,8%, alors qu’il progressait de 5,7% en France. Enfin, le taux de pauvreté faisait un bond historique, passant de 10,5% en 1999 à 14,5% en 2006. La forte pression exercée sur les prestations sociales, dont le niveau baissait de 17,9% du PIB en 1997, à 15,4% en 2006 (18,2 à 17,8% en France), n’y était pas étrangère.

Au secours de G. Schröder, de son Agenda 2010 et des lois Hartz I à IV, les promoteurs de ce « modèle » allemand – qui n’est rien de moins qu’un programme de baisse des salaires et de démantèlement de la protection sociale – mettent en avant les chiffres du commerce extérieur de l’Allemagne : alors que la balance commerciale allemande était déficitaire en 1998 (15 milliards d’euros), elle est désormais largement excédentaire (188 milliards d’euros en 2012). Mais ce retournement traduit surtout « l’ampleur du déséquilibre entre l’épargne excessive des ménages et des entreprises allemandes et la faiblesse de la consommation et des investissements en Allemagne même ». Et précisons qu’il s’agit d’excédents commerciaux qui étaient largement réalisés sur les pays de la zone euro. Toutefois, on assiste depuis 2008 à « une mutation spectaculaire du commerce extérieur allemand : le pays n'accumule plus ses excédents au détriment de ses partenaires, mais bien davantage sur les marchés émergents » [1]. Ainsi, en 2007, l'excédent commercial allemand se faisait aux deux tiers au sein de l'UE, aujourd'hui il se fait aux trois quarts hors de l'UE. Guillaume Duval commet ainsi une légère erreur d’analyse lorsqu’il affirme que le prolongement de la crise européenne finirait par emporter l’économie allemande, en raison de la structure de son commerce extérieur. Cette transformation n’empêche pas pour autant de dire que la politique économique menée par G. Schröder porte une responsabilité déterminante [2] dans les déséquilibres macroéconomiques à l’origine de la crise de la zone euro [3]. A cela s’ajoute le coût de la réunification qui a bien entendu pesé sur l’Allemagne, mais aussi sur ses voisins dans des proportions proches, du fait de la politique non coopérative et d’inspiration ordo-libérale de la Bundesbank (augmentation des taux d’intérêt pour lutter contre inflation, sans concertation avec les partenaires).

L’ordolibéralisme et la construction européenne

Les idées ordolibérales, centrales dans la construction de l’Allemagne après la Seconde Guerre Mondiale, ont servi de modèle à la construction européenne depuis le Traité de Rome. Dans ce qui apparaît comme le point culminant de l‘ouvrage, Guillaume Duval revient sur ce corpus théorique trop souvent érigé en modèle. Selon l’ordolibéralisme tel qu’il a été pratiqué en Allemagne, l’Etat a certes un rôle central, mais il ne consiste qu’ « à établir les règles précises et à les faire respecter strictement par les acteurs de l’économie notamment en matière de concurrence », et « non à intervenir directement dans la production des biens et services ou à redistribuer des richesses pour corriger les inégalités » [pages 106-107]. Ces idées connaissent leur consécration dans les années 60 avec Ludwig Erhard et son « économie sociale de marché » (qui est tout sauf un concept social-démocrate).

Ce corpus théorique a eu une influence décisive sur la construction européenne depuis le Traité de Rome avec la construction d’une « Europe des règles », dotée d’institutions centrales largement privées de moyens d’intervention directe dans l’économie [4]. Ironie de l’Histoire, cette conception convenait aux autorités allemandes, mais aussi aux dirigeants français. Cela leur permettait de contourner le problème de la construction d’un Etat fédéral auquel il aurait fallu transférer des moyens financiers importants et des éléments significatifs de souveraineté et d’action. Toutefois, la logique ordolibérale « se révèle de plus en plus inadaptée, compte tenu de l’ampleur de ce qui a été mis en commun avec la monnaie unique et de la multiplication des échanges de biens, de services, de capitaux : des règles ne peuvent plus suffire à définir des politiques économiques adaptées en Europe et il faudrait désormais pouvoir véritablement décider et agir en commun ». C’est une Europe de projets que dessine Guillaume Duval [5], au premier rang desquels l’auteur place la conversion écologique de nos économies et la transition énergétique (le « Green New Deal européen ») bien qu’il semble difficile que l’Allemagne et la France parviennent à un accord, tant leurs choix en matière énergétique sont différents.

Finalement, « l’économie allemande s’en sort moins mal que d’autres aujourd’hui, malgré Schröder plutôt que grâce à lui » [page 140]. On a attribué à tort le rebond économique allemand des années 2000 aux effets différés de la politique Schröder, d’un seul coup élevée au rang de « modèle ». Or le rebond allemand est davantage la conséquence de la politique à peine moins libérale menée par Merkel, mais surtout la résultante des caractéristiques structurelles anciennes du modèle allemand, accompagnées de facteurs conjoncturels.
 

Made in Germany. Le modèle allemand au-delà des mythes (Alternatives économiques, 14 mars 2013).

 

Rappel : L'Allemagne impose son consensus de Berlin à l'ensemble de l'Europe - 18 mai 2013 

 

Cet article est le 59ème sur ce blog dans la catégorie Etats Union européenne

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28 juin 2013 5 28 /06 /juin /2013 21:29

La ministre des sports, Valérie Fourneyron, fait son travail

Les sénateurs ont mis en place une commission d’enquête sur le dopage dans le sport. Si l’on en croit cet article publié par le site Rue89, qui donne longuement la parole à son rapporteur, il y a une volonté de s’attaquer au problème, ce qui n’a pas été fait depuis le temps où Marie-George Buffet était ministre des sports du gouvernement Jospin. Voir Qui l’eût cru ? Le Sénat prône la révolution contre le dopage (Clément Guillou, 26 juin 2013).

(…) L’initiateur et rapporteur de la commission d’enquête, le socialiste Jean-Jacques Lozach, est sorti à la fois perturbé et déterminé des auditions des 83 témoins, venus de tous les sports et de tous les secteurs de la lutte antidopage : « C’est vrai que quand on gratte, quand on entre dans l’analyse et le décorticage des comportements, du rôle des différents acteurs du sport, on prend davantage de recul à la vision de tel ou tel événement sportif. On a le sentiment de faire avancer la cause mais aussi d’avoir découvert des aspects redoutables. »

 

La ministre des sports - voir Dopage : Valérie Fourneyron souhaite "lever l'omerta" (RTL, 28 juin 2013) - a pris les moyens de lutter efficacement contre le dopage. Voir Lutte contre le dopage, un signal fort avant le Tour de France (Portail du gouvernement, 29 avril 2013).  

L'Union Cycliste Internationale (UCI) a annoncé lundi 29 avril avoir trouvé un accord avec l'Agence Française de Lutte contre le Dopage (AFLD), pour l'organisation des contrôles antidopage sur les principales courses cyclistes se déroulant en France en 2013. "En tant que minis­tre des Sports, mais aussi repré­sen­tante de l’Europe au comité exé­cu­tif de l’Agence Mondiale Antidopage, je me réjouis de l’accord inter­venu aujourd’hui entre l’Union Cycliste Internationale et l’Agence Française de Lutte contre le Dopage. C’est l’abou­tis­se­ment posi­tif de plu­sieurs mois de négo­cia­tions aux­quel­les le minis­tère a lar­ge­ment par­ti­cipé pour ren­for­cer la trans­pa­rence des contrô­les anti­do­page.
Cet accord confère à l’agence fran­çaise une plus grande indé­pen­dance pour exer­cer des contrô­les sur l’ensem­ble des cour­ses cyclis­tes inter­na­tio­na­les qui se dérou­lent en France, ainsi qu’un accès com­plet aux infor­ma­tions rela­ti­ves à la géo­lo­ca­li­sa­tion et au pas­se­port bio­lo­gi­que des cou­reurs enga­gés.
Il cons­ti­tue donc une excel­lente nou­velle pour le sport et une excel­lente nou­velle pour le Tour de France. Il mar­que le pre­mier pro­grès tan­gi­ble dans la lutte contre le dopage dans le cyclisme depuis que l’affaire Armstrong a éclaté."a déclaré Valérie Fourneyron, Ministre des Sports, de la Jeunesse, de l’Education populaire et de la Vie associative.
 

 

Le Tour de France, dont la 100ème édition démarre demain en Corse, a eu l’honneur de l’éditorial du quotidien Le Monde, ce 28 juin. Voir Grande Boucle, grande supercherie

Voir aussi Tour de France : Armstrong fait réagir (Le Monde, 28 juin 2013). Extrait.

(…) La ministre des sports, Valérie Fourneyron, s'est de son côté évertuée à recentrer le débat sur la lutte contre le dopage. "Il n'est pas question de tuer le Tour, c'est le dopage qu'on veut tuer", a expliqué Mme Fourneyron sur RTL. "Je m'inscris en faux sur trois choses qui ne servent pas le Tour : d'abord, l'attitude du 'tous dopés', c'est faux... Le Tour est moins dopé qu'avant et la lutte progresse. Deuxième attitude contre laquelle je m'inscris en faux : la lutte contre le dopage ne sert à rien, c'est faux... Les tricheurs tombent, on le voit ; et puis l'attitude 'ne parlons pas du dopage avant le Tour', on vaincra le dopage si on en parle." La ministre des sports estime que, "pour protéger le Tour, il faut s'attaquer au dopage sans avoir peur". A propos de Lance Armstrong, Valérie Fourneyron a invité le Texan à une plus grande coopération. "Moi, je dis à Armstrong : aidez-nous à progresser sur la lutte contre le dopage."

 

Cet article est le 20ème paru sur ce blog dans la catégorie Les sports et loisirs

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27 juin 2013 4 27 /06 /juin /2013 21:57

Une nouvelle réforme ne s’impose pas (P Quinqueton)

Le 25 juin 2013, Marylise Lebranchu, ministre de la Réforme de l’Etat, de la Décentralisation et de la Fonction publique, était reçue par le groupe socialiste, radical et citoyen de l’Assemblée nationale pour parler de l’Acte 3 de la décentralisation. Le projet de loi qu’elle a présenté au Parlement n’est pas sorti indemne de son examen par le Sénat.

Voir Le Sénat adopte le projet de loi Lebranchu après l'avoir profondément remanié (Localtis, 7 juin 2013). Le Sénat a adopté le 6 juin, à une très large majorité, le projet de loi de modernisation de l'action publique territoriale. Le texte est à présent allégé d'un certain nombre de dispositions qui étaient loin de faire consensus chez les élus, notamment le pacte de gouvernance territoriale. Le gouvernement veut retenir que des volets importants du texte initial demeurent, comme les métropoles de droit commun et les métropoles de Lyon et Marseille. Au cours de la dernière journée des débats, les sénateurs ont adopté des mesures très attendues, comme la dépénalisation du stationnement, le transfert aux régions de la gestion des fonds structurels, ou encore le cadre juridique de la coopération entre collectivités en milieu rural.

Voir aussi Décentralisation : le chemin de croix de Marylise Lebranchu (Le Monde, Eric Nunès, 7 juin 2013).

 

Rappel : Décentralisation : la Commission des lois du Sénat transforme le projet - 20 mai 2013 et Acte 3 Décentralisation : le Sénat a obtenu des délais supplémentaires - 6 avril 2013. 

 

Université d'été MRC 2011 012 (Copier)Les positions de Martine Souvignet (MRC) et de Patrick Quinqueton (Fondation Res Publica) :

         -    ACTE III DE LA DECENTRALISATION : avant-projet de loi Lebranchu (MRC, Martine Souvignet, 13 mai 2013)

 

-     Faut-il aller plus loin dans la décentralisation ? (Patrick Quinqueton (photo), L’Expansion de juin 2013, Fondation Res Publica, 26 juin 2013)

La France réforme son organisation territoriale une fois par siècle. La création des départements et la formalisation des communes se sont faites au début de la Révolution. La fin du XIXème siècle a fixé le cadre de l’autonomie des conseils généraux et des libertés communales. La fin du XXème siècle a permis de fixer, à partir de 1982 et jusqu’en 1999, le cadre d’une vraie décentralisation.
Nous sommes, depuis les années 2000, dans l’approfondissement de ce modèle, avec des ajustements successifs. Aller plus loin serait sans doute une erreur grave. La France a un Etat qui fait sa force et qui ne doit pas être démantelé au profit de baronnies locales. Il doit progresser en efficacité par rapport aux enjeux de l’heure : mise en place et amélioration technique des réseaux d’infrastructures, appui à la compétitivité de l’industrie et des services, soutien à la création d’emploi. C’est dans une dialectique de renforcement de la pertinence respective des interventions de l’Etat et de celles des collectivités territoriales que doivent se situer les innovations à venir.
Regardons l’Allemagne. Son modèle fédéral a été conçu en 1949 et n’a pas été modifié en 1990 lors de la réunification. Elle n’est ni plus ni moins efficace au motif que les gouvernements de ses Länder comprennent en tout quelque 150 ministres ! Ce modèle fait sa force, comme la force de la France est dans son Etat, articulé sur des collectivités territoriales dynamiques et inventives.

Une diversification des formes de l’intercommunalité

La loi du 2 mars 1982 a attribué des compétences par niveau de collectivité en procédant à des transferts de compétences et en dotant les collectivités de moyens d’exécuter les délibérations de leurs assemblées. La loi du 12 juillet 1999 a donné une grande ampleur à l’intercommunalité, en préservant des possibilités adaptées à des situations différentes. Cette logique dynamique se poursuit avec la création des métropoles dans le projet en cours d’élaboration. La diversification des formes de l’intercommunalité peut permettre une adaptation réelle de la structuration aux particularités du territoire.

Les compétences des différentes collectivités vont être mieux ajustées, en donnant du sens aux collectivités « chefs de file » dans leur domaine. Il semble que le projet en cours y contribue plutôt bien, même si certains de ses choix peuvent être discutés. Il conserve une certaine dose d’autonomie, très importante, pour les collectivités territoriales. A titre d’exemple, l’une des forces de la France est le dynamisme de sa démographie. L’une des causes en est la pluralité des solutions de garde des enfants mises en place par les collectivités territoriales, avec le double soutien de l’Etat et de la Sécurité sociale (avec les caisses d’allocations familiales). C’est ce modèle gagnant qu’il faut affiner en cohérence, tout en lui laissant sa souplesse.

 

Cet article est le 42ème paru sur ce blog dans la catégorie Collectivités territoriales

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26 juin 2013 3 26 /06 /juin /2013 22:35

Un peu mieux mais les gros défauts de la PAC restent

 

Un accord est intervenu pour la réforme de la PAC sur la période 2014-2020. Un modeste accord, car les profondes inégalités dans la répartition des aides publiques aux agriculteurs persistent. Il aurait fallu concentrer ces aides vers l’élevage et les petites et moyennes exploitations agricoles. Un geste a été fait en ce sens mais très insuffisant.

Voici le résumé qu’en fait le quotidien Les Echos, ce 26 juin 2013 : Agriculture-Accord européen sur une réforme de la Pac

Les négociateurs de l'Union européenne ont annoncé mercredi être parvenus à un accord sur une réforme de la Politique agricole commune (Pac) pour la période 2014-2020, laquelle prévoit une modification de la répartition des 50 milliards d'euros de subventions distribuées annuellement.

Certaines des plus grosses exploitations agricoles du continent, notamment en France, en Espagne et en Italie, pourraient perdre jusqu'à 30% de leurs subventions actuelles afin d'assurer une répartition plus égalitaire de ces aides.

Par ailleurs, les quotas de production de sucre seront supprimés à partir d'octobre 2017, a précisé un responsable européen ayant participé à ces négociations.

Le système de quotas et de prix minimum pour la betterave à sucre, en vigueur depuis 45 ans, a été accusé de provoquer des pénuries artificielles sur le marché européen du sucre et de freiner les exportations européennes en raison des règles de commerce international en matière de subventions.

"Nous avons un accord de principe sur les réformes de la Pac entre les négociateurs, qui doit maintenant être confirmé par le Parlement européen et les gouvernements de l'UE", a déclaré le commissaire européen à l'Agriculture Dacian Ciolos.

Il a précisé qu'il s'attendait à ce que l'accord soit entériné sans problème par les gouvernements et le parlement, dans la mesure où il s'inscrit à l'intérieur du cadre fixé par les ministres de l'Agriculture au Luxembourg mardi.

"Il s'agit d'un très bon accord. Nous avons débouché sur un projet qui devrait être adopté par le Parlement européen", a dit à Reuters le ministre irlandais de l'Agriculture Simon Coveney.

Le ministre français de l'Agriculture a jugé que l'accord ne s'inscrivait pas dans la tendance à la libéralisation de l'agriculture qui prévalait depuis quelques années.

"Ce n'est pas la logique libérale qui a gagné (...). Je ne veux pas dire que tout est réglé, je ne dis pas que nous n'aurions pas voulu plus de choses, en particulier sur le lait, mais (...) nous n'avons pas laissé filer", a déclaré Stéphane Le Foll lors d'une conférence de presse qui a eu lieu à Paris.

Voir aussi : Accord européen sur une réforme de la politique agricole commune (Le Monde, 26 juin 2013) 

 

Controverses Marciac 3et4 aout 2011 114 T1

 

Le ministre de l’agriculture, Stéphane Le Foll, s’est empressé de communiquer sur cet accord : Accord au Conseil des Ministres européens sur la PAC 2014-2020. Une nouvelle PAC se dessine : plus juste, plus verte, plus régulatrice et tournée vers les jeunes (site du ministère de l’agriculture, 25 juin 2013)

Stéphane LE FOLL est satisfait du contenu du mandat qui vient d’être donné par les Etats membres à la présidence irlandaise du Conseil pour un dernier « trilogue » avec le Parlement européen. Il dessine les contours d’une PAC plus juste, plus verte et plus régulatrice.
Le Ministre souligne les progrès déterminants accomplis en un an, depuis son arrivée en mai 2012. Au départ, les possibilités d’aides couplées étaient à la baisse. Les outils de régulation étaient en passe d’être abandonnés : les droits de plantation pour la vigne et le maintien des quotas sucriers ne figuraient pas dans la proposition de la Commission. Aucun projet de redistribution ni de dégressivité des aides ne semblait possible. Les mesures de verdissement ne prenaient pas en compte la réalité des pratiques agricoles, notamment celles de l’élevage.
Les perspectives budgétaires européennes 2014-2020, qui étaient loin d’être acquises, n’auraient pas été ambitieuses ni favorables à la PAC sans la mobilisation du Président de la République lors du Conseil européen en février 2013. Les retours agricoles pour la France sont stabilisés sur la période 2014-2020 : 7,7 milliards d’euros (courants) par an pour les aides directes du premier pilier et 1,4 milliards d’euros (courants) par an pour le deuxième pilier.
Aujourd’hui, une nouvelle PAC se dessine. Avec l’appui du Parlement européen, les choses ont totalement changé.
Une PAC plus juste
La priorité sera une redistribution en faveur de l’élevage et de l’emploi.
La convergence des aides permettra un transfert au profit de l’élevage, notamment extensif.
L’emploi se trouve davantage dans les exploitations de taille petite et moyenne que dans les grandes exploitations. C’est pourquoi la majoration des aides directes sur les premiers hectares de toutes les exploitations assurera une redistribution vers les exploitations « riches en emploi ». C’est un instrument nouveau, introduit à la demande du Ministre. Il sera appliqué avec le principe de transparence pour les GAEC, consolidé pour la première fois dans le texte européen. C’est une reconnaissance supplémentaire de l’emploi à travers celle des actifs chefs d’exploitation.
Cet instrument permet aussi une mise en œuvre réelle et tangible du principe de dégressivité des aides, maintes fois débattu, mais jamais mis en œuvre.
La priorité à l’élevage s’exprime aussi au travers d’un taux renforcé pour les aides couplées. L’impulsion donnée par Stéphane LE FOLL a permis de rompre avec la logique de découplage des aides qui prévalait depuis 2003. Le taux est porté à 13% contre 10% actuellement. Une possibilité supplémentaire de 2% a été obtenue pour la production de protéines végétales, qui permettra de soutenir le développement de l’autonomie fourragère protéique de l’élevage.
Il s’agit d’une victoire pour le modèle agricole français qui repose sur une diversité des agricultures, défendue par le Ministre.
Pour que cette redistribution ne déstabilise pas certaines exploitations, un mécanisme de limitation des pertes permettra d’éviter des baisses trop fortes.
Une PAC plus verte
Le verdissement était le deuxième grand objectif de cette réforme. Un montant à hauteur de 30% des aides du premier pilier était nécessaire. Il a été obtenu. Le principe de trois critères a été maintenu : présence de surfaces d’intérêt écologique, diversité des assolements et maintien des prairies permanentes. Cela permet une application harmonisée sans distorsion de concurrence entre les agriculteurs. Stéphane LE FOLL a également su faire reconnaître la réalité des pratiques agronomiques et environnementales, ce qui a permis de trouver de nombreuses souplesses pour l’application concrète des trois critères.
Pour compléter le premier pilier, des mesures agroenvironnementales seront mobilisées de façon ambitieuse au sein d’un deuxième pilier renforcé. Le Ministre développera en particulier les mesures permettant d’engager globalement des systèmes de production dans le maintien ou le développement de pratiques combinant performance économique et environnementale.
Sur le deuxième pilier, le soutien à l’herbe et la compensation des handicaps, tout particulièrement dans les zones de montagne, seront renforcés. Cela est rendu possible par le relèvement du plafond des aides en zone de montagne qui a été obtenu par le Ministre.
Une PAC plus régulatrice
La réintégration des outils de régulations du marché (droits de plantations viticoles, quotas sucre…) est aussi importante et emblématique. C’est un véritable changement après une décennie de dérégulation, qui a montré ses limites de manière criante ces dernières années.
Par ailleurs la reconnaissance et le renforcement du rôle des interprofessions dans la structuration des filières est aussi un sujet de grande satisfaction à un moment où l’amont des filières doit jouer collectif pour répondre aux difficultés que traverse le monde agricole.
Une PAC tournée vers les jeunes et l’avenir
Enfin, Stéphane LE FOLL a obtenu du Conseil la mise en œuvre obligatoire d’une majoration des aides pour les jeunes agriculteurs au sein du premier pilier. Ce soutien nouveau complètera les soutiens existants en France pour l’installation des agriculteurs au sein du deuxième pilier, qui seront consolidés.
Le mandat ainsi adopté est la base pour une dernière discussion entre la présidence irlandaise du Conseil et le Parlement européen. Stéphane LE FOLL estime possible qu’un accord final soit trouvé mercredi avec le Parlement européen. Il a fortement œuvré pour que la conclusion de la réforme se fasse désormais très rapidement car elle est très attendue. Elle permettra à tous les agriculteurs de relever les défis auxquels ils doivent faire face.   

 

Cet article est le 396ème publié sur ce blog dans la catégorie AGRICULTURE et PAC.

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25 juin 2013 2 25 /06 /juin /2013 22:40

La gauche est dans une impasse qui profite au FN

 

L’élection législative partielle de la 3ème circonscription du Lot-et-Garonne, le 23 juin 2013, a été riche en enseignements politiques. Voir Leçons de l'élection législative partielle de Villeneuve-sur-Lot (23 juin) - 24 juin 2013.

Après un premier tour qui a vu la gauche sombrer et le candidat FN qualifié avec celui de l’UMP pour le second tour, il a été beaucoup question de « front républicain » pour faire barrage au Front national. Cette fois encore, la tactique de désistement du PS en faveur du candidat UMP a fonctionné, puisque celui-ci a été élu, avec près de 54 % des voix.

Franchement, ce n’est pas vraiment un siège perdu par la gauche, puisque le député Cahuzac n’était pas de gauche, le ministre Cahuzac non plus. Son remplacement au ministère du budget par Bernard Cazeneuve est une heureuse issue pour le pays, de même que les mesures votées par le Parlement. Voir Transparence et fraude fiscale : l'Assemblée vote une batterie de mesures (Le Monde, 25 juin 2013).

 

Au vu des résultats électoraux systématiquement en défaveur de la gauche, celle-ci a de quoi s’alarmer dans la perspective des élections municipales (mars 2014), européennes (mai 2014), sénatoriales (septembre 2014), puis départementales et régionales (mars 2015).

François Hollande avait préparé un programme social démocrate libéral que le gouvernement de Jean-Marc Ayrault est chargé de mettre en œuvre. Les deux premières années, il était prévu que les résultats positifs se feraient attendre mais la défection complète de la croissance européenne amplifie les difficultés économiques et sociales. Le gouvernement va devoir agir afin de créer un « choc social », sinon la révolte populaire est possible.
Voir le point de vue (dans Marianne, 22 juin 2013) de Philippe Petit, journaliste et philosophe, qui rend compte des propos de l’historien britannique Perry Anderson : « Il faut un soulèvement populaire majeur ».
 
Gérard Filoche, de son côté, après avoir passé en revue les manifestations en Turquie, au Portugal, au Brésil, demande (Marianne, 23 mai 2013) : Et nous demain, quelle sera l'étincelle?

 

(…) Dans le pays, personne ne peut comprendre qu’il y ait 590 milliards d’avoirs français dans les paradis fiscaux, ni 108 milliards en Suisse, ni de 60 à 80 milliards de fraude fiscale… et qu’on s’en prenne à nos petites retraites… 

  

Personne ne peut comprendre qu’on n’augmente toujours pas le Smic le 1er juillet et qu’on fasse encore reculer les salaires des catégories C de la fonction publique. 

  

Personne n’admet que la gauche n’entame aucune redistribution des richesses immenses qui existent dans ce pays… D’ou le mécontentement qui monte de façon spectaculaire. Nous ne sommes plus dans une période d’espoir, d’attente, de patience, mais de hargne, de rejet de colère… Et ça ira encore dans le mauvais sens, si nous n’inversons pas le cours dramatique des évènements. 

  

Cela traverse toute la gauche, à commencer par le Parti socialiste lui même ou les militants viennent de donner 73 % des voix à la gauche socialiste ! Si les militants et électeurs de la gauche, politique et syndicale, dans son ensemble, étaient aujourd’hui consultés, pouvaient s’exprimer, il y aurait 80 % d’entre eux qui rejetteraient la politique actuellement suivie par le gouvernement Ayrault. 

 

Ce « choc » traverse la CFDT comme le PS, ça indigne le FdG comme les Verts, de partout, ça pousse pour réorienter vite et fort la politique suivie depuis novembre 2012 ! 

  

Car toute la gauche est dans la même impasse, il n’y a visiblement pas deux gauches aux yeux des électeurs, quand le PS recule, tout le reste de la gauche recule, c’est vérifié encore une fois à Villeneuve comme l’Oise. Toute la gauche est dans le même bateau ! 

 
Pas touche a nos retraites ! Pas un trimestre de plus, pas un euro de moins. Ne pas se diviser mais au contraire essayer de construire une dynamique rassembleuse capable d’entraîner toutes les composants politiques et sociales de la gauche ; ça doit être l’objet d’une grande campagne unitaire d’information, d’éducation, de mobilisation pour la défense de nos retraites.

 

Et aussi, dans Le Point, 2 mai 2013 : "Hollande a donné satisfaction à ceux qui n’ont pas voté pour lui »

 

La gauche doit se rassembler autour des principes et valeurs de la gauche républicaine, ce qui implique une réorientation de la politique française et européenne. François Hollande ne peut éviter une inflexion de sa politique et un renforcement de la capacité de son gouvernement à satisfaire, en priorité, les attentes des milieux populaires. C’est ce qui dégonflera les aspirations au vote FN et apportera de l’espoir aux français.

Cet article est le 144ème paru sur ce blog dans la catégorie Gauche France

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24 juin 2013 1 24 /06 /juin /2013 21:42

Répondre aux préoccupations concrètes des électeurs du FN

 

L’appel du PS (et de ses alliés MRC* et PRG) - à voter pour le candidat UMP au second tour de l’élection de Villeneuve-sur-Lot - a eu pour effet l’élection de celui-ci, face au candidat FN, le 23 juin 2013. * Voir Législative partielle de Villeneuve-sur-Lot: un net avertissement adressé à la majorité.

 

Pour bien comprendre le sens de ce vote, il faut d’abord prendre connaissance de ces Précisions sur l'élection législative partielle de Villeneuve-sur-Lot (47) - 19 juin 2013.

 

Ensuite, cet article du quotidien La Croix, le 24 juin 2013, intitulé Les leçons du scrutin de Villeneuve-sur-Lot :

 

Les élections législatives partielles se suivent et se ressemblent. Pour la deuxième­ fois depuis le début de l’année, le candidat PS a été éliminé au premier tour et le candidat UMP élu au second face à celui du FN. Dimanche, l’UMP Jean-Louis Costes a en effet battu le FN Étienne Bousquet-Cassagne dans la 3e  circonscription de Lot-et-Garonne, celle de l’ancien ministre PS Jérôme Cahuzac. S’il n’a pas été élu, le candidat FN a réalisé entre les deux tours une « progression spectaculaire », s’est félicitée Marine Le Pen, puisqu’il est passé de 8 552 voix (26 % des suffrages exprimés) à 15 647 voix (46 %).    

 

Une dynamique due à plusieurs facteurs

« On ne peut pas attribuer cette progression seulement au contexte de l’affaire Cahuzac », explique le politologue Joël Gombin. Il en veut pour preuve la législative partielle organisée en mars dans la 2 e  circonscription de l’Oise, où la candidate FN était passée de 7 249 voix (27 % des suffrages exprimés) à 13 190 voix (49 %), frôlant la victoire. « Il y a quelques années, lorsqu’il parvenait à se qualifier au second tour d’une élection, le FN stagnait en nombre de voix », rappelle pour sa part Marine Le Pen dans un long communiqué d’analyse électorale.

 

Plusieurs facteurs expliquent cette dynamique. « Aujourd’hui, le FN parvient entre les deux tours à mobiliser un électorat qui se dit que ça vaut le coup de se déplacer pour voter afin de renverser la table, puisqu’un candidat anti-système s’est qualifié au second tour », avance Jérôme Fourquet de l’Ifop. Lui et Joël Gombin observent en outre que, dans des configurations de duel, le FN progresse aussi bien face à la gauche que face à la droite. Un phénomène observé aux élections cantonales de 2011, puis aux législatives de 2012.

Un vote FN devenu possible pour beaucoup

« Il y a désormais une acceptabilité plus large du vote FN, décrypte Laurent Bouvet, directeur de l’Observatoire de la vie politique de la Fondation Jean-Jaurès. Ce vote était jusque-là impossible pour beaucoup d’électeurs, même déçus des partis de gouvernement, en raison de la personnalité de Jean-Marie Le Pen. Il est devenu possible avec Marine Le Pen. » 

Laurent Bouvet souligne par ailleurs qu’en élargissant ses thématiques, le FN s’adresse désormais « à tous les électeurs, y compris des électeurs de gauche populaire qui peuvent finir par se retrouver, malgré des réticences, dans son discours sur l’État stratège, la défense des services publics, la critique de la mondialisation et de l’Europe libérales ».

« Marine Le Pen parle moins d’immigration et de sécurité car c’est de l’acquis, mais ces questions demeurent les préoccupations prioritaires de son électorat, en concurrence avec le chômage,poursuit Jérôme Fourquet. Le concept de préférence nationale permet d’articuler anciennes et nouvelles thématiques: c’est en le réservant en priorité aux nationaux que le FN entend préserver le modèle social français. » 

Des reports de voix différents entre gauche et droite

Selon le sondeur, cette spécificité du discours de Marine Le Pen explique son succès par rapport à Jean-Luc Mélenchon, également pourfendeur des politiques européennes, mais « qui ne parvient pas à profiter de l’impopularité record de François Hollande ». Une impopularité qui « rejaillit sur les scores des candidats du PS ».

Les reports de voix ne sont toutefois pas identiques: une partie des électeurs de gauche est plus facilement encline à refuser de trancher entre la droite de gouvernement et l’extrême droite en se réfugiant dans l’abstention ou le vote blanc. De fait, dimanche dernier, pas moins de 14 % des électeurs inscrits ont voté blanc ou nul au second tour, contre 2 % seulement au premier. En face, une partie des électeurs de droite votera plus facilement pour l’extrême droite que pour la gauche de gouvernement. « Un sympathisant UMP sur deux a une bonne opinion de Marine Le Pen et souhaite des accords électoraux avec le parti frontiste », précise ainsi Jérôme Fourquet. Autant d’électeurs de droite pour qui glisser dans l’urne un bulletin FN n’est plus inconcevable. D’autant plus que, d’après Joël Gombin, « la droitisation de l’UMP prépare le terrain aux candidats FN car les électeurs préféreront toujours l’original à la copie ». Bref, la « ligne Patrick Buisson » bénéficierait en réalité à l’extrême droite au lieu de la contenir.

Associer le FN au pouvoir ? 

Reste que pour l’instant, le FN bute toujours sur le second tour en cas de duel. « Gilbert Collard et Marion Maréchal-Le Pen ont été élus députés dans une triangulaire, rappelle Joël Gombin. Dans un duel, la victoire du FN reste extrêmement difficile, car le système majoritaire exige pour gagner de nouer des alliances entre les deux tours. » 

Un constat qui vaut aussi bien pour l’extrême droite que pour le centre. « Seul contre tous, il est extrêmement difficile de passer la barre des 50 % », renchérit Jérôme Fourquet. Pour ce dernier, « il n’existe que deux façons de faire baisser durablement l’extrême droite: soit l’associer au pouvoir comme en Autriche et en Italie, soit répondre de façon concrète, déterminée et crédible aux préoccupations de ses électeurs ».

Voir aussi L’électorat du Front National a profondément évolué (La Croix, Bernard Gorce, 21 juin 2013) ;
 
Villeneuve-sur-Lot : "Il faut une stratégie collective contre le FN" (Le Monde, Thomas Wieder, 24 juin 2013). Extrait de l’entretien avec Matthias Fekl, député PS de la 2ème circonscription du Lot-et-Garonne et responsable PS dans ce département. 
Considérez-vous, comme certains au PS, que les résultats de cette élection sont un signal envoyé au gouvernement pour qu'il "gauchise" sa ligne ?

Pour moi, ça n'est pas du tout la question. Si les électeurs socialistes avaient pensé cela, ils auraient voté pour les Verts ou le Front de gauche au premier tour. Or ils ne l'ont pas fait. L'enjeu n'est donc pas de savoir si le gouvernement doit être plus ou moins à gauche. C'est, plus prosaïquement, de répondre aux impatiences de plus en plus fortes de nos concitoyens, notamment dans les milieux populaires.

Au lendemain de la législative partielle de Villeneuve-sur-Lot, les socialistes se divisent sur la pertinence du front républicain. À gauche, de nombreuses voix s'élèvent aussi pour appeler à un changement de politique. En visite en Jordanie, le président François Hollande a commenté brièvement le scrutin lors d’une conférence de presse à Amman : «Nous aurons à tirer toutes les leçons de ce scrutin, et du premier tour et du second tour», a déclaré le chef de l’Etat ».

 

Tout porte à croire qu’avec le Premier ministre, le président aura tiré ces leçons lorsqu’il présentera le remaniement du gouvernement, probablement dans le mois qui vient. Le principal changement devrait porter sur le ministère de l’économie et des finances.

 

Cet article est le 143ème paru sur ce blog dans la catégorie Gauche France

 

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22 juin 2013 6 22 /06 /juin /2013 21:43

La question des retraites est la plus conflictuelle

 

La grande conférence sociale 2013 avait lieu les 20 et 21 juin à Paris. Les organisations syndicales étaient sur la défensive, le climat social s’étant alourdi depuis la précédente en 2012.

Conférence sociale : le discours de Hollande ne fait pas l'unanimité (Le Monde, 20 juin 2013)

Les syndicats déçus par la conférence sociale (Le Monde, 21 juin 2013)

Le gouvernement fait le bilan de la conférence sociale en publiant une « feuille de route sociale » (La Tribune, 22 juin 2013)

 

Le point de vue du Mouvement Républicain et Citoyen (MRC) par Thierry Rochefort, délégué national au travail - 21 juin 2013 : L’enjeu de la conférence sociale: valoriser le travail comme levier du redressement productif

 

L’un des points d’achoppement : Assurer l’avenir des retraites et de notre protection sociale

Rapport Moreau : pourquoi taxer les retraités n'est plus tabou (Le Monde, 19 juin 2013)

Pour le Medef, le rapport Moreau sur les retraites a tout faux (La Tribune, 18 juin 2013)

           

Le point de vue du Mouvement Républicain et Citoyen (MRC) par Patrick Quinqueton, secrétaire national au projet et aux prises de position, et Jeanne Chevalier, secrétaire nationale à la protection sociale - 20 juin 2013 : La réforme des retraites ne peut réussir qu’en restaurant la confiance et la justice

 

Le rapport remis par Yannick Moreau au Premier ministre explore un certain nombre de pistes de réforme des retraites. Pour le MRC, c’est la capacité de restaurer la justice et la confiance, dans le système de retraite mais aussi dans les capacités de notre pays à construire son avenir, qui doit être le baromètre. Les jeunes et les actifs doivent avoir confiance dans la capacité des régimes de retraite à leur assurer des pensions d’un niveau significatif et en rapport avec leurs cotisations. Les retraités ont droit par leur pension de retraite à un niveau de vie décent en rapport avec leurs cotisations, dans une exigence de justice.

Confiance et justice : ce sont les deux conditions d’une réforme des retraites.

Mais la confiance et la justice sont des perceptions globales : elles dépendent du redressement industriel du pays et du retour au plein emploi. Et elles dépendent d’un rééquilibrage au niveau européen des revenus du travail par rapport aux revenus du capital. Nous en sommes loin, même si quelques efforts ont été faits avec le pacte de compétitivité et la loi de sécurisation de l’emploi. Le niveau élevé de l’euro continue d’obérer les conditions de ce redressement.
Le rapport Moreau explore un certain nombre de pistes, mais il ne traite pas (ce n’était d’ailleurs pas ce qui lui était demandé) des moyens du redressement économique du pays.
A court terme, il est possible d’approuver certaines des mesures de justice envisagées, comme l’égalité fiscale entre retraités et actifs. Mais nous critiquons les mesures qui sapent la confiance dans le régime, comme des modes variables de désindexation des pensions.

 

Il convient également, dans une optique de justice, de mesurer l’impact d’un allongement de la durée des cotisations sur le niveau des pensions. On ne saurait, au nom de la sauvegarde de notre système de retraites par répartition, appliquer la double peine d’une carrière morcelée et d’une fin de vie précaire aux travailleurs – et notamment aux nombreuses femmes – ayant connu des périodes de chômage ou d’inactivité. De même l’objectif de rapprochement des régimes du public et du privé ne doit pas donner le sentiment d’un dénigrement des fonctionnaires et, une fois de plus, d’un affaiblissement de la puissance publique. Le régime retenu pour les travaux pénibles doit, de plus, être revu, car il est un des éléments de la justice et de la confiance. Enfin, l’ampleur du chômage des jeunes depuis 30 ans doit conduire à améliorer les conditions d’acquisition des droits à retraite en début de carrière.

Nous apprécierons les mesures prises à l’aune de la confiance retrouvée dans le système par les jeunes, les actifs et les retraités. Ces mesures doivent être justes et elles doivent s’inscrire dans une politique globale de croissance et de redressement industriel de notre pays.

 

Rappel : François Hollande impose une réforme des retraites, non sans risques - 29 mai 2013 

 

Cet article est le 49ème sur ce blog dans la catégorie Les retraites

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21 juin 2013 5 21 /06 /juin /2013 22:52

La France croit-elle à l’avenir de la langue française ?

 

Selon Braudel, la langue française est à 80 % constitutive de notre identité. C’est ce qu’a rappelé Jean-Pierre Chevènement dans son intervention, le 19 juin 2013, au Sénat sur le projet de loi Enseignement supérieur et recherche*. Consulter le dossier législatif et lire les informations sur la Réforme de l'enseignement supérieur et de la recherche.

Voir Enseignement supérieur : la loi Fioraso adoptée à l'Assemblée (Les Echos, 28 mai 2013).

* Rappel : Projet de loi Fioraso (enseignement supérieur) : porte ouverte à l'anglais - 12 mai 2013.

 

MRC national 002L’intervention du sénateur Chevènement - voir L’ambition ne va pas sans effort - portait sur l’ensemble du projet de loi présenté, au nom du gouvernement, par la ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche (voir son blog : Geneviève FIORASO).

 

Voici l’extrait concernant l’introduction de l’anglais à l’université :

 

(…) Je voudrais pour terminer, Madame la Ministre, évoquer le problème de l’introduction d’enseignements en anglais, puisque c’est de cela qu’il s’agit, dans notre enseignement supérieur. Cet enseignement en anglais se fait dès aujourd’hui dans les grandes écoles -vous avez recensé 600 formations - et à l’université-vous en avez dénombré 190 - en parfaite contradiction avec notre Constitution- et pas seulement avec la loi Toubon. On aurait attendu de l’Etat qu’il réagisse. Il ne suffit pas de constater. Il y a là une grave faute du précédent gouvernement. Je souhaite que vous ne vous inscriviez pas dans sa continuité. Il faut distinguer en effet l’attractivité de nos universités et le souci de défendre et promouvoir la langue française, dont Braudel disait qu’elle était à 80% constitutive de notre identité.

L’attractivité de nos universités dépend de nombreux facteurs, à commencer par la politique des visas excessivement restrictive, comme j’ai pu le constater en Russie. Il y a dans ce grand pays 7 millions d’étudiants dont 800 000 apprennent le français. Or nous n’accueillons dans nos universités que 4000 étudiants russes contre 16 000 en Allemagne. Le taux de refus des visas atteint 37% en 2013, deux fois plus que l’année précédente. Nous ne devons pas rougir d’accueillir des étudiants venus du monde arabe et d’Afrique : ces pays connaîtront à leur tour le phénomène de l’émergence, et nous devons les y aider. Ce sera aussi une chance pour la France.

Certes je ne méconnais pas l’intérêt d’attirer des Indiens, des Pakistanais ou des Bangladais. Mais est-ce en organisant des cours en anglais que nous allons inverser les flux ? Je crains bien plutôt qu’en favorisant de trop larges exceptions au principe de l’enseignement obligatoire en français, nous ne donnions l’exemple d’un grand manque de confiance en nous et en l’avenir de la langue française.

Le sabir qu’est l’anglais international favorise l’imprécision des concepts. Même les Britanniques dans nos Congrès scientifiques réclament la traduction simultanée, car ils ne comprennent pas nos chercheurs quand ils croient s’exprimer en anglais. Le français doit pouvoir tout dire.

C’est pourquoi, sans exclure que des formations puissent être assumées dans une autre langue que le français à partir d’un niveau Master, j’ai déposé un amendement visant à restreindre le champ trop large des exceptions faites au principe constitutionnel de l’enseignement en français. J’ai bien noté qu’une mise à niveau en français des étudiants étrangers qui ne pratiquent pas notre langue serait assurée et qu’une « évaluation » serait faite à l’occasion de l’obtention du diplôme. Ce mot d’ « évaluation »est faible. Je préfèrerais qu’un pourcentage soit fixé pour l’enseignement dispensé en français et qu’une épreuve en français figure parmi celles qui conditionnent l’obtention du diplôme.

Ne donnons pas le signe fâcheux que nous ne croyons plus à l’avenir de la langue française. Je sais, Madame la Ministre, que tel n’est pas votre propos. Il ne faut pas polluer un débat essentiel sur l’excellence et l’attractivité de notre recherche et de notre enseignement supérieur par une disposition mal comprise. Il y a un juste équilibre pour permettre de mobiliser sur votre projet et sans restriction, toutes les forces de la France !

 

Voir aussi, dans la Lettre d'information de Mémoire des luttes (n° 33, juin 2013), le texte de Bernard Cassen, écrit le 22 mai 2013 : Soyons résolument « modernes » : des cours en chinois dans les facs françaises !

 

Cet article est le 20ème paru sur ce blog dans la catégorie Culture langue medias histoire

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20 juin 2013 4 20 /06 /juin /2013 22:21

Tous les acteurs de la filière alimentaire sont mobilisés

 

Le ministère de l’agriculture et de l’agroalimentaire a mis le frein sur le changement, par crainte de provoquer des réactions syndicales de la part de la FNSEA. On ne changera rien à la PAC, qui attribue pourtant des aides dans un désordre inégalitaire inacceptable. Les producteurs de fruits et légumes, mais aussi les éleveurs, vont continuer à être les parents pauvres d’une politique qui favorise outrageusement les grandes cultures céréalières. Le capital est toujours privilégié aux dépens de l’emploi. Cela ne changera pas.

 

Puisqu’il faut bien agir quand même, le choix du ministère s’est porté sur le Gaspillage alimentaire.  Guillaume Garot maire de Laval 081010 T

Voir, cet article du quotidien Les Echos, le 16 juin 2013 : Le gouvernement lance la chasse au gaspillage alimentaire et sur le site du ministère, Guillaume Garot présente le Pacte national de lutte contre le gaspillage alimentaire :

 

GASPILLAGE ALIMENTAIRE - Ce vendredi 14 juin, Guillaume Garot, ministre délégué à l’agroalimentaire, a présenté, en présence de tous les acteurs de la filière alimentaire concernés, le Pacte national de lutte contre le gaspillage alimentaire, dont les mesures sont issues des réflexions menées par les groupes de travail institués par le ministre en décembre dernier.
Ce pacte national contre le gaspillage alimentaire répond à l’objectif ambitieux que s’est fixé le gouvernement français : diminuer par deux le gaspillage alimentaire dans notre pays d’ici à 2025.

 

Pourquoi lutter contre le gaspillage alimentaire ?

 Pour s’engager concrètement contre les dérives de la société de surconsommation,
 Pour protéger l’environnement en économisant des ressources et en réduisant la production de déchets,
 Pour retrouver du pouvoir d’achat.

 

C’est un choix contre l’égoïsme, contre l’individualisme, pour une société plus solidaire et plus responsable. Car il y a quelque chose de scandaleux, de profondément injuste dans le fait de jeter de la nourriture quand tant de Français dépendent de l’aide alimentaire pour vivre ou que des millions d’hommes, de femmes et d’enfants ne mangent pas à leur faim.

Lutter contre le gaspillage, c’est mieux consommer et mieux manger. C’est aussi redonner à l’alimentation et au travail de ceux qui la produisent leur juste valeur.

Le gouvernement a fixé un objectif ambitieux : diminuer par deux le gaspillage dans notre pays d’ici à 2025. Pour y parvenir l’ensemble des acteurs de la chaîne alimentaire a réfléchi à la rédaction d’un Pacte national de lutte contre le gaspillage alimentaire. Un Pacte qui pose un certain nombre de mesures et d’engagements de la part de chacun, pour permettre un véritable progrès collectif. Un Pacte qui ne stigmatise aucun des acteurs engagés dans cette mobilisation contre le gaspillage, mais au contraire valorise l’implication de chacun.

 

Par ce Pacte, l’Etat prend les 11 mesures suivantes :

  1. Un signe de ralliement manifestant la mobilisation de chacun pour lutter contre le gaspillage.
  2. Une journée nationale de lutte contre le gaspillage, d’un prix « anti-gaspi » des pratiques vertueuses et d’une labellisation de ces pratiques.
  3. Des formations dans les lycées agricoles et les écoles hôtelières.
  4. Des clauses relatives à la lutte contre le gaspillage dans les marchés publics de la restauration collective.
  5. Une meilleure connaissance du cadre législatif et réglementaire sur la propriété et la responsabilité lors d’un don alimentaire.
  6. La lutte contre le gaspillage alimentaire dans les plans relatifs à la prévention des déchets.
  7. La mesure de la lutte contre le gaspillage alimentaire dans la Responsabilité Sociale des Entreprises.
  8. Le remplacement systématique de la mention DLUO par « À consommer de préférence avant… ».
  9. Une campagne de communication sur la lutte contre le gaspillage.
  10. Une nouvelle version du site dédié, www.gaspillagealimentaire.fr.
  11. Expérimentation, sur un an, du don alimentaire par les citoyens via une plate-forme numérique, Equosphère.

Téléchargez l’intégralité du Pacte national de lutte contre le gaspillage

Voir aussi Gaspillage alimentaire - Wikipédia

Cet article est le 395ème publié sur ce blog dans la catégorie AGRICULTURE et PAC.

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19 juin 2013 3 19 /06 /juin /2013 22:04

Comprendre les raisons de la montée du Front national

 

Après le premier tour, le 16 juin 2013, de l’élection législative partielle de Villeneuve-sur-Lot, et l’élimination de la gauche, voici une étude approfondie, réalisée par Joël Gombin, doctorant en science politique à l’université de Picardie (voir Joël Gombin pour en savoir plus sur son parcours), qui mérite être connue du plus grand nombre. Extrait.

La démission de Jérôme Cahuzac du ministère du budget lui a permis, conformément à la Constitution, de redevenir automatiquement député de la 3e circonscription du Lot-et-Garonne. Ayant décidé de démissionner de son poste à la suite de l'aveu concernant les faits de fraude fiscale dont Mediapart l'avait accusé, et pour lequel une procédure judiciaire avait été ouverte, Jérôme Cahuzac a ouvert la voie à une élection législative partielle.
Le premier tour de cette élection législative partielle s'est tenu dimanche dernier. Comme on sait, le candidat socialiste, Bernard Barral, ne s'est pas qualifié pour le second tour (faute d'arriver dans les deux premiers ou d'obtenir plus de 12,5 % des inscrits), laissant s'opposer au second tour le candidat de l'UMP, Jean-Louis Costes, maire et conseiller général de Fumel, et celui du Front national, Étienne Bousquet-Cassagne, qui ne possède guère d'autre quartier de noblesse que son âge (23 ans). On a beaucoup dit que son père est un notable local (président de la chambre d'agriculture du Lot-et-Garonne), ce qui est exact, mais on a moins souligné qu'il soutient Jean-Louis Costes...
Les commentateurs ont immédiatement souligné la ressemblance du scénario de Villeneuve-sur-Lot avec celui de la deuxième circonscription de l'Oise il y a quelques mois. Soit en bref : élimination du candidat PS au premier tour, dans un contexte de forte abstention, puis très forte progression du candidat FN, le menant près de la victoire. Cela est-il crédible ? L'examen détaillé de la situation et des résultats appelle un certain nombre de
commentaires (…).

Lire la suite : Quelques notes sur la législative partielle de Villeneuve-sur-Lot

 

Dans un communiqué, Jean-Luc Laurent, président du Mouvement Républicain et Citoyen (MRC), a fait savoir ses réactions. Voir La monnaie unique met en danger la gauche et l'amitié franco-allemande - 16 juin 2013.

 

Conseil national MRC 240313 015 TPour sa part, Bastien Faudot, secrétaire national MRC, chargé des élections, a développé les arguments du président du MRC - et plaidé pour que le PS s’ouvre aux autres partenaires de gauche - dans un article paru sur son blog le 18 juin 2013 :

 

 

Face à une difficulté, il y a toujours deux manières de procéder : ou bien on essaie d’analyser la situation et de comprendre les causes agissantes ou bien on cherche à désigner des coupables pour s'exonérer de toute responsabilité.

Au lendemain de la législative partielle de Villeneuve-sur-Lot, le parti socialiste semble avoir préféré la deuxième option. Deux coupables ont en effet d’ores et déjà été recensés : le beau temps qui a tenu les électeurs à bonne distance des urnes (sic,) et les autres partenaires de gauche qui ont empêché le candidat socialiste de faire le plein des voix au premier tour. Harlem Désir répète ce refrain depuis l’annonce des résultats.

Il semble qu’il ait échappé au premier secrétaire du parti socialiste que son candidat avait divisé par deux le score de Jérôme Cahuzac en un an : de 46 à 23% et qu’il serait probablement exagéré d’attribuer une telle chute à la météo ou au candidat EELV Lionel Feuillas qui réalise peu ou proue le même score qu’il y a un an. De même pour le candidat du Front de gauche qui réalise à peine plus de 5% quand il faisait 4,5% en 2012.

Le total des voix de gauche ne représente qu’à peine 32% des suffrages en 2013 quand Cahuzac faisait 61,5% en 2012. Il faut être singulièrement aveugle pour imaginer autre chose qu’une défaite pour la gauche dans de telles conditions.

La petite musique jouée aujourd’hui par Solférino rappelle de tristes souvenirs : on accuse EELV de ce dont on accusait Chevènement en 2002. Les données sont identiques (élimination du candidat socialiste au 1er tour au profit du FN) et le piètre score du candidat socialiste n’apparaît pour son parti que comme un dégât collatéral dû à la météo ou à la division. Les mêmes causes produisent les mêmes effets, et l’accusation grossière portée contre EELV consiste à détourner l’attention des vraies raisons d’une telle débandade. Comme à la fin d’une fable de La Fontaine, la morale de l’histoire n’est pas des plus agréables : en démocratie les partenaires du PS ont le droit de se porter candidats si, et seulement si, cette candidature n’empêche pas l’élection du candidat socialiste à la fin. Fermez le ban.

Ce système est, à l’évidence, à bout de souffle. Lorsqu’on préfère les explications superficielles (le soleil et la division) à l’analyse des causes profondes (le symbole de Cahuzac qui incarne certaines déviances dans les relations de la politique et de l’argent, la crise de l’euro, la politique d’austérité), c’est par réflexe de survie. Le PS veut continuer d’exercer une hégémonie mais n’a pas à lui seul le soutien populaire pour le faire.

Car il faut être conséquent : on ne peut pas vouloir imposer une domination sur la représentation politique au plan local comme au plan national par l’usage du rapport de force, et se plaindre, une fois les élections passées, des résultats du rapport de force.

Les municipales seront l’occasion de vérifier si des leçons ont été retenues de l’épisode désastreux de Villeneuve-sur-Lot. Si le PS veut monopoliser l’ensemble des responsabilités locales, il construira les conditions d’un échec majuscule. S’il consent à construire un partenariat équilibré sur la base du partage des responsabilités avec les autres formations de gauche, il se donnera toutes les chances de mobiliser ceux qui ne souhaitent pas le retour des conservateurs et des libéraux.

 

Cet article est le 142ème paru sur ce blog dans la catégorie Gauche France

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