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  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine à partir, notamment, des idées de Jean-Pierre Chevènement, l'un de ses fondateurs, qui n'est plus membre du MRC depuis 2015. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens (MDC) après les élections de 2002. En 2022, le MRC est devenu membre de la Fédération de la Gauche Républicaine avec quatre autres organisations politiques.
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21 juin 2013 5 21 /06 /juin /2013 22:52

La France croit-elle à l’avenir de la langue française ?

 

Selon Braudel, la langue française est à 80 % constitutive de notre identité. C’est ce qu’a rappelé Jean-Pierre Chevènement dans son intervention, le 19 juin 2013, au Sénat sur le projet de loi Enseignement supérieur et recherche*. Consulter le dossier législatif et lire les informations sur la Réforme de l'enseignement supérieur et de la recherche.

Voir Enseignement supérieur : la loi Fioraso adoptée à l'Assemblée (Les Echos, 28 mai 2013).

* Rappel : Projet de loi Fioraso (enseignement supérieur) : porte ouverte à l'anglais - 12 mai 2013.

 

MRC national 002L’intervention du sénateur Chevènement - voir L’ambition ne va pas sans effort - portait sur l’ensemble du projet de loi présenté, au nom du gouvernement, par la ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche (voir son blog : Geneviève FIORASO).

 

Voici l’extrait concernant l’introduction de l’anglais à l’université :

 

(…) Je voudrais pour terminer, Madame la Ministre, évoquer le problème de l’introduction d’enseignements en anglais, puisque c’est de cela qu’il s’agit, dans notre enseignement supérieur. Cet enseignement en anglais se fait dès aujourd’hui dans les grandes écoles -vous avez recensé 600 formations - et à l’université-vous en avez dénombré 190 - en parfaite contradiction avec notre Constitution- et pas seulement avec la loi Toubon. On aurait attendu de l’Etat qu’il réagisse. Il ne suffit pas de constater. Il y a là une grave faute du précédent gouvernement. Je souhaite que vous ne vous inscriviez pas dans sa continuité. Il faut distinguer en effet l’attractivité de nos universités et le souci de défendre et promouvoir la langue française, dont Braudel disait qu’elle était à 80% constitutive de notre identité.

L’attractivité de nos universités dépend de nombreux facteurs, à commencer par la politique des visas excessivement restrictive, comme j’ai pu le constater en Russie. Il y a dans ce grand pays 7 millions d’étudiants dont 800 000 apprennent le français. Or nous n’accueillons dans nos universités que 4000 étudiants russes contre 16 000 en Allemagne. Le taux de refus des visas atteint 37% en 2013, deux fois plus que l’année précédente. Nous ne devons pas rougir d’accueillir des étudiants venus du monde arabe et d’Afrique : ces pays connaîtront à leur tour le phénomène de l’émergence, et nous devons les y aider. Ce sera aussi une chance pour la France.

Certes je ne méconnais pas l’intérêt d’attirer des Indiens, des Pakistanais ou des Bangladais. Mais est-ce en organisant des cours en anglais que nous allons inverser les flux ? Je crains bien plutôt qu’en favorisant de trop larges exceptions au principe de l’enseignement obligatoire en français, nous ne donnions l’exemple d’un grand manque de confiance en nous et en l’avenir de la langue française.

Le sabir qu’est l’anglais international favorise l’imprécision des concepts. Même les Britanniques dans nos Congrès scientifiques réclament la traduction simultanée, car ils ne comprennent pas nos chercheurs quand ils croient s’exprimer en anglais. Le français doit pouvoir tout dire.

C’est pourquoi, sans exclure que des formations puissent être assumées dans une autre langue que le français à partir d’un niveau Master, j’ai déposé un amendement visant à restreindre le champ trop large des exceptions faites au principe constitutionnel de l’enseignement en français. J’ai bien noté qu’une mise à niveau en français des étudiants étrangers qui ne pratiquent pas notre langue serait assurée et qu’une « évaluation » serait faite à l’occasion de l’obtention du diplôme. Ce mot d’ « évaluation »est faible. Je préfèrerais qu’un pourcentage soit fixé pour l’enseignement dispensé en français et qu’une épreuve en français figure parmi celles qui conditionnent l’obtention du diplôme.

Ne donnons pas le signe fâcheux que nous ne croyons plus à l’avenir de la langue française. Je sais, Madame la Ministre, que tel n’est pas votre propos. Il ne faut pas polluer un débat essentiel sur l’excellence et l’attractivité de notre recherche et de notre enseignement supérieur par une disposition mal comprise. Il y a un juste équilibre pour permettre de mobiliser sur votre projet et sans restriction, toutes les forces de la France !

 

Voir aussi, dans la Lettre d'information de Mémoire des luttes (n° 33, juin 2013), le texte de Bernard Cassen, écrit le 22 mai 2013 : Soyons résolument « modernes » : des cours en chinois dans les facs françaises !

 

Cet article est le 20ème paru sur ce blog dans la catégorie Culture langue medias histoire

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20 juin 2013 4 20 /06 /juin /2013 22:21

Tous les acteurs de la filière alimentaire sont mobilisés

 

Le ministère de l’agriculture et de l’agroalimentaire a mis le frein sur le changement, par crainte de provoquer des réactions syndicales de la part de la FNSEA. On ne changera rien à la PAC, qui attribue pourtant des aides dans un désordre inégalitaire inacceptable. Les producteurs de fruits et légumes, mais aussi les éleveurs, vont continuer à être les parents pauvres d’une politique qui favorise outrageusement les grandes cultures céréalières. Le capital est toujours privilégié aux dépens de l’emploi. Cela ne changera pas.

 

Puisqu’il faut bien agir quand même, le choix du ministère s’est porté sur le Gaspillage alimentaire.  Guillaume Garot maire de Laval 081010 T

Voir, cet article du quotidien Les Echos, le 16 juin 2013 : Le gouvernement lance la chasse au gaspillage alimentaire et sur le site du ministère, Guillaume Garot présente le Pacte national de lutte contre le gaspillage alimentaire :

 

GASPILLAGE ALIMENTAIRE - Ce vendredi 14 juin, Guillaume Garot, ministre délégué à l’agroalimentaire, a présenté, en présence de tous les acteurs de la filière alimentaire concernés, le Pacte national de lutte contre le gaspillage alimentaire, dont les mesures sont issues des réflexions menées par les groupes de travail institués par le ministre en décembre dernier.
Ce pacte national contre le gaspillage alimentaire répond à l’objectif ambitieux que s’est fixé le gouvernement français : diminuer par deux le gaspillage alimentaire dans notre pays d’ici à 2025.

 

Pourquoi lutter contre le gaspillage alimentaire ?

 Pour s’engager concrètement contre les dérives de la société de surconsommation,
 Pour protéger l’environnement en économisant des ressources et en réduisant la production de déchets,
 Pour retrouver du pouvoir d’achat.

 

C’est un choix contre l’égoïsme, contre l’individualisme, pour une société plus solidaire et plus responsable. Car il y a quelque chose de scandaleux, de profondément injuste dans le fait de jeter de la nourriture quand tant de Français dépendent de l’aide alimentaire pour vivre ou que des millions d’hommes, de femmes et d’enfants ne mangent pas à leur faim.

Lutter contre le gaspillage, c’est mieux consommer et mieux manger. C’est aussi redonner à l’alimentation et au travail de ceux qui la produisent leur juste valeur.

Le gouvernement a fixé un objectif ambitieux : diminuer par deux le gaspillage dans notre pays d’ici à 2025. Pour y parvenir l’ensemble des acteurs de la chaîne alimentaire a réfléchi à la rédaction d’un Pacte national de lutte contre le gaspillage alimentaire. Un Pacte qui pose un certain nombre de mesures et d’engagements de la part de chacun, pour permettre un véritable progrès collectif. Un Pacte qui ne stigmatise aucun des acteurs engagés dans cette mobilisation contre le gaspillage, mais au contraire valorise l’implication de chacun.

 

Par ce Pacte, l’Etat prend les 11 mesures suivantes :

  1. Un signe de ralliement manifestant la mobilisation de chacun pour lutter contre le gaspillage.
  2. Une journée nationale de lutte contre le gaspillage, d’un prix « anti-gaspi » des pratiques vertueuses et d’une labellisation de ces pratiques.
  3. Des formations dans les lycées agricoles et les écoles hôtelières.
  4. Des clauses relatives à la lutte contre le gaspillage dans les marchés publics de la restauration collective.
  5. Une meilleure connaissance du cadre législatif et réglementaire sur la propriété et la responsabilité lors d’un don alimentaire.
  6. La lutte contre le gaspillage alimentaire dans les plans relatifs à la prévention des déchets.
  7. La mesure de la lutte contre le gaspillage alimentaire dans la Responsabilité Sociale des Entreprises.
  8. Le remplacement systématique de la mention DLUO par « À consommer de préférence avant… ».
  9. Une campagne de communication sur la lutte contre le gaspillage.
  10. Une nouvelle version du site dédié, www.gaspillagealimentaire.fr.
  11. Expérimentation, sur un an, du don alimentaire par les citoyens via une plate-forme numérique, Equosphère.

Téléchargez l’intégralité du Pacte national de lutte contre le gaspillage

Voir aussi Gaspillage alimentaire - Wikipédia

Cet article est le 395ème publié sur ce blog dans la catégorie AGRICULTURE et PAC.

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19 juin 2013 3 19 /06 /juin /2013 22:04

Comprendre les raisons de la montée du Front national

 

Après le premier tour, le 16 juin 2013, de l’élection législative partielle de Villeneuve-sur-Lot, et l’élimination de la gauche, voici une étude approfondie, réalisée par Joël Gombin, doctorant en science politique à l’université de Picardie (voir Joël Gombin pour en savoir plus sur son parcours), qui mérite être connue du plus grand nombre. Extrait.

La démission de Jérôme Cahuzac du ministère du budget lui a permis, conformément à la Constitution, de redevenir automatiquement député de la 3e circonscription du Lot-et-Garonne. Ayant décidé de démissionner de son poste à la suite de l'aveu concernant les faits de fraude fiscale dont Mediapart l'avait accusé, et pour lequel une procédure judiciaire avait été ouverte, Jérôme Cahuzac a ouvert la voie à une élection législative partielle.
Le premier tour de cette élection législative partielle s'est tenu dimanche dernier. Comme on sait, le candidat socialiste, Bernard Barral, ne s'est pas qualifié pour le second tour (faute d'arriver dans les deux premiers ou d'obtenir plus de 12,5 % des inscrits), laissant s'opposer au second tour le candidat de l'UMP, Jean-Louis Costes, maire et conseiller général de Fumel, et celui du Front national, Étienne Bousquet-Cassagne, qui ne possède guère d'autre quartier de noblesse que son âge (23 ans). On a beaucoup dit que son père est un notable local (président de la chambre d'agriculture du Lot-et-Garonne), ce qui est exact, mais on a moins souligné qu'il soutient Jean-Louis Costes...
Les commentateurs ont immédiatement souligné la ressemblance du scénario de Villeneuve-sur-Lot avec celui de la deuxième circonscription de l'Oise il y a quelques mois. Soit en bref : élimination du candidat PS au premier tour, dans un contexte de forte abstention, puis très forte progression du candidat FN, le menant près de la victoire. Cela est-il crédible ? L'examen détaillé de la situation et des résultats appelle un certain nombre de
commentaires (…).

Lire la suite : Quelques notes sur la législative partielle de Villeneuve-sur-Lot

 

Dans un communiqué, Jean-Luc Laurent, président du Mouvement Républicain et Citoyen (MRC), a fait savoir ses réactions. Voir La monnaie unique met en danger la gauche et l'amitié franco-allemande - 16 juin 2013.

 

Conseil national MRC 240313 015 TPour sa part, Bastien Faudot, secrétaire national MRC, chargé des élections, a développé les arguments du président du MRC - et plaidé pour que le PS s’ouvre aux autres partenaires de gauche - dans un article paru sur son blog le 18 juin 2013 :

 

 

Face à une difficulté, il y a toujours deux manières de procéder : ou bien on essaie d’analyser la situation et de comprendre les causes agissantes ou bien on cherche à désigner des coupables pour s'exonérer de toute responsabilité.

Au lendemain de la législative partielle de Villeneuve-sur-Lot, le parti socialiste semble avoir préféré la deuxième option. Deux coupables ont en effet d’ores et déjà été recensés : le beau temps qui a tenu les électeurs à bonne distance des urnes (sic,) et les autres partenaires de gauche qui ont empêché le candidat socialiste de faire le plein des voix au premier tour. Harlem Désir répète ce refrain depuis l’annonce des résultats.

Il semble qu’il ait échappé au premier secrétaire du parti socialiste que son candidat avait divisé par deux le score de Jérôme Cahuzac en un an : de 46 à 23% et qu’il serait probablement exagéré d’attribuer une telle chute à la météo ou au candidat EELV Lionel Feuillas qui réalise peu ou proue le même score qu’il y a un an. De même pour le candidat du Front de gauche qui réalise à peine plus de 5% quand il faisait 4,5% en 2012.

Le total des voix de gauche ne représente qu’à peine 32% des suffrages en 2013 quand Cahuzac faisait 61,5% en 2012. Il faut être singulièrement aveugle pour imaginer autre chose qu’une défaite pour la gauche dans de telles conditions.

La petite musique jouée aujourd’hui par Solférino rappelle de tristes souvenirs : on accuse EELV de ce dont on accusait Chevènement en 2002. Les données sont identiques (élimination du candidat socialiste au 1er tour au profit du FN) et le piètre score du candidat socialiste n’apparaît pour son parti que comme un dégât collatéral dû à la météo ou à la division. Les mêmes causes produisent les mêmes effets, et l’accusation grossière portée contre EELV consiste à détourner l’attention des vraies raisons d’une telle débandade. Comme à la fin d’une fable de La Fontaine, la morale de l’histoire n’est pas des plus agréables : en démocratie les partenaires du PS ont le droit de se porter candidats si, et seulement si, cette candidature n’empêche pas l’élection du candidat socialiste à la fin. Fermez le ban.

Ce système est, à l’évidence, à bout de souffle. Lorsqu’on préfère les explications superficielles (le soleil et la division) à l’analyse des causes profondes (le symbole de Cahuzac qui incarne certaines déviances dans les relations de la politique et de l’argent, la crise de l’euro, la politique d’austérité), c’est par réflexe de survie. Le PS veut continuer d’exercer une hégémonie mais n’a pas à lui seul le soutien populaire pour le faire.

Car il faut être conséquent : on ne peut pas vouloir imposer une domination sur la représentation politique au plan local comme au plan national par l’usage du rapport de force, et se plaindre, une fois les élections passées, des résultats du rapport de force.

Les municipales seront l’occasion de vérifier si des leçons ont été retenues de l’épisode désastreux de Villeneuve-sur-Lot. Si le PS veut monopoliser l’ensemble des responsabilités locales, il construira les conditions d’un échec majuscule. S’il consent à construire un partenariat équilibré sur la base du partage des responsabilités avec les autres formations de gauche, il se donnera toutes les chances de mobiliser ceux qui ne souhaitent pas le retour des conservateurs et des libéraux.

 

Cet article est le 142ème paru sur ce blog dans la catégorie Gauche France

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16 juin 2013 7 16 /06 /juin /2013 22:53

L’euro doit évoluer en monnaie commune européenne

 

Ce soir, j’ai envie de rapprocher l’élimination du candidat PS du second tour de l’élection législative du Lot-et-Garonne et la déclaration d’un ancien dirigeant du patronat allemand concernant la monnaie unique européenne. J’ai l’impression d’assister, impuissant, à une double maladie, celle de la gauche française, voire européenne, et celle de l’amitié franco-allemande. Dans les deux cas, le bon diagnostic n’est pas fait, sauf par le MRC et par cet ancien patron allemand, Hans-Olaf Henkel. Le poison, c’est l’euro, monnaie unique. Certains, comme Jean-Pierre Chevènement, l’ont compris depuis vingt ans (les débats autour du traité de Maastricht). D’autres commencent à s’en rendre compte, avec stupeur, comme Hans-Olaf Henkel.

Législative partielle de Villeneuve-sur-Lot: un net avertissement adressé à la majorité

Communiqué de presse de Jean-Luc Laurent, Président du Mouvement Républicain et Citoyen, Député du Val-de-Marne, dimanche 16 juin 2013.

 

Le résultat du premier tour de l'élection législative partielle de Villeneuve-sur-Lot est sans équivoque : le candidat socialiste, soutenu par le PRG et le MRC, n'est pas parvenu à se qualifier pour le second tour, ni à mobiliser les électeurs. Dimanche prochain, le MRC appelle les citoyens à faire barrage au FN en votant pour le candidat républicain.

Un "effet Cahuzac" ne peut suffire à expliquer cet échec. La division de la majorité qui aurait dû se rassembler complètement dès le premier tour à été un handicap.

Mais il faut regarder la réalité en face: après les deux revers subis dans les circonscriptions des Français de l'étranger la semaine passée et les élections partielles perdues de décembre, c'est un net avertissement politique qui est adressé à la majorité.

Dans un contexte de crise économique et sociale renforcé par les mesures d'assainissement des finances publiques, le Gouvernement doit enfin fixer un cap européen à son action et se défaire de l'emprise du triple B (Bercy, Bruxelles, Berlin).

Obtenir une réorientation de l'Europe dans le sens de la croissance et de l'emploi: telle est l'urgence à une année du scrutin majeur que constituera l'élection européenne. Le stade de l'avertissement sera alors passé.

 

"Les chevènementistes veulent jouer un rôle d'aiguillons"

Interview de Jean-Luc Laurent, Président du Mouvement épublicain et Citoyen, Député du Val-de-Marne, parue sur LeFigaro.fr, jeudi 13 juin 2013. Extrait.

Le Figaro: Sur quels sujets voulez-vous peser davantage au sein du groupe PS ?

Jean-Luc Laurent: Nous sommes à l'aise au sein du groupe PS car nous avons la liberté d'expression et de vote. Nous voulons jouer un rôle d'aiguillons. Nous avons voté neuf fois sur dix les projets du gouvernement, mais nous sommes en désaccord avec le PS sur l'Europe. Nous n'avons pas voté le Traité européen ni la règle d'or, ni le programme européen de stabilité car nous considérons que la construction d'une autre Europe est la mère des batailles pour sortir la France de l'impasse. Nous refusons la politique d'austérité, qui ne peut pas être transposable en France. Nous voulons un euro moins cher, un changement des statuts de la Banque centrale européenne (BCE) pour intégrer la croissance. Le MRC pense aussi qu'il faut organiser la mutation de la monnaie unique vers une monnaie commune pour conserver à chaque nation sa souplesse. Nous voulons enfin une réorientation de la construction européenne dans le dialogue avec l'Allemagne, qui n'exclut pas la confrontation. À l'Allemagne, il faut parler franc et franchement.

Si l'on veut sauver l'amitié franco-allemande, renonçons maintenant à la monnaie unique (Le Monde, 14 juin 2013)

 

Par Hans-Olaf Henkel (Ancien dirigeant d'entreprise. Professeur honoraire à l'université de Mannheim (Allemagne)

Le constat est indéniable : les relations franco-allemandes n'ont jamais été aussi tendues depuis soixante ans, époque où de Gaulle embrassait Adenauer. J'estime que cette dégradation doit être imputée principalement à l'euro. Moi qui en étais jadis un fervent partisan, je reconnais avoir commis là une faute professionnelle grave et je me rends à l'évidence : l'euro est désormais trop fort pour la France et trop faible pour l'Allemagne (…).

Le temps est venu de reconnaître que l'euro faillit non seulement à sa vocation économique mais à sa vocation politique. N'était-il pas censé contribuer à l'intégration européenne et à la paix ? Au lieu de cela, les divers plans de sauvetage de l'euro ont obligé l'Allemagne à endosser le rôle de bailleur de fonds, l'autorisant ainsi à sermonner ses débiteurs potentiels, dont la France. Les Français n'aiment pas qu'on leur donne des leçons, et pour cause : avant l'introduction de l'euro, le gouvernement allemand n'avait pas à s'ingérer dans la politique économique de ses voisins. Aujourd'hui, il semble se préoccuper davantage des privatisations grecques, de la dette publique italienne et des réformes françaises du travail que de ses propres problèmes intérieurs. L'Europe méridionale tenait jadis l'Allemagne dans le plus grand respect. Lors de la récente visite d'Angela Merkel à Athènes, il a fallu déployer 7 000 policiers pour assurer sa protection.

Le fossé entre les pays de la zone euro et les autres est de plus en plus alarmant. Seuls les Roumains sont encore désireux d'adopter la monnaie unique. L'éventualité d'une sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne n'est sans doute pas étrangère aux décisions prises au sein de la zone euro en vue de centraliser, d'égaliser et d'harmoniser. Avant que l'amitié franco-allemande n'en soit la victime collatérale, finissons-en avec la monnaie unique !

Traduit de l'anglais par Myriam Dennehy

Hans-Olaf Henkel, ancien dirigeant d'IBM en Allemagne, a présidé le Bundesverband der Deutschen Industrie, l'équivalent allemand de l'organisation patronale française, de 2000 à 2005.

 

 

Rappel : Gaël Brustier craint que la gauche paie la facture du pari sur la fracture - 11 juin 2013 et Gaël Brustier suggère à la gauche d'appliquer la pensée de Gramsci - 17 mars 2013

 

 

Cet article est le 141ème paru sur ce blog dans la catégorie Gauche France

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15 juin 2013 6 15 /06 /juin /2013 22:36

 

Rééquilibrer la filière lait en s’alliant avec les consommateurs

 

C’est près du Mont-Saint-Michel qu’avait commencé, en septembre 2009, la grève européenne des livraisons de lait. Cette action avait marqué les esprits et provoqué des débats au sein du syndicat majoritaire FNSEA. Voir Le succès de l'APLI en 2009, décortiqué par la revue L'Eleveur laitier - 9 janvier 2010. 

 

AG Apli 120911 001 TL’APLI (ASSOCIATION NATIONALE DES PRODUCTEURS DE LAIT indépendants) s’est démenée pour que la filière laitière soit organisée en prenant en compte les intérêts des producteurs. Voir Le contrat laitier France MilkBoard pour une nouvelle dynamique de filière - 11 décembre 2011.

 

Son objectif est de rapprocher producteurs et consommateurs de produits laitiers, afin de rééquilibrer le pouvoir, actuellement trop en faveur de l’industrie laitière (industriels et coopératives) et de la grande distribution. C’est pourquoi elle a lancé la formule du lait équitable, en reprenant l’initiative de ses amis belges.

Voir L'Apli (EMB) est engagée dans un projet de coopérative lait équitable - 11 février 2012 

A Martigné (Mayenne), l'APLI (EMB) a lancé le lait équitable français - 24 mars 2012

Lait équitable : l'APLI lance ce concept en France, imitant les belges - 31 juillet 2012

 

Les éleveurs laitiers de l’APLI (dont le président actuel, André Lefranc, qui produit du lait dans le Sud Manche) ont choisi le Mont-Saint-Michel pour le lancement de la marque FaireFrance. Télécharger le PDF (14 juin 2013) dont voici le texte, signé des présidents de l’APLI (André Lefranc), de l’Office du lait (Paul de Montvalon) et de FaireFrance (Richard Blanc) :
 

Mont Saint-Michel, le symbole du combat laitier

 

Si les éleveurs laitiers de l’APLI Nationale ont choisi le Mont Saint-Michel pour lancer leur propre marque de produits laitiers « FAIREFRANCE », c’est parce que ce lieu est devenu en 2009, le symbole de leur lutte pour plus de justice, d’équité et de reconnaissance, contre l’industrialisation de la production laitière et la disparition des élevages traditionnels.

 

En 2009, les médiatiques épandages de lait du Mont Saint-Michel ont alerté l’opinion publique sur le désarroi des éleveurs, mais aussi sur les risques auxquels s’exposeraient les consommateurs sur le plan de la qualité et de la sécurité alimentaire si la gestion de la filière ne s’orientait pas vers plus de réalisme et de cohérence.

En 2013, rien n’a évolué et tous, fonçons droit dans le mur, malgré une actualité de scandales alimentaires fournie, prouvant s’il le fallait, que les alertes de l’époque étaient malheureusement fondées.

Outre ce rappel « historique », le Mont Saint-Michel reste aujourd’hui hautement symbolique pour plusieurs raisons.

Depuis 4 ans les éleveurs laitiers de l’APLI Nationale ont étudié les rouages de la filière laitière, ainsi que les principaux acteurs. Tout n’y est que manipulation, cupidité et égoïsme porté par des personnes à l’esprit aussi ouvert qu’un rocher, si beau soit-il !

Peu importe l’obstacle, si l’on ne peut le surmonter, mieux vaut le contourner.

L’investissement et la détermination des porteurs du projet social FaireFrance doivent également alerter tous les détracteurs du mouvement, les passifs raisonnés, les actifs orientés et les divers saboteurs anonymes que rien n’empêchera les valeurs de justice, de loyauté et de transparence portées par les producteurs laitiers de triompher.

Contre vents et marées…

Enfin, le Mont Saint-Michel reste l’un des sites les plus fréquentés au monde par les touristes consommateurs. Et c’est de cette voie que naîtra la solution. La voie du rapprochement entre les maillons extrêmes de la filière, ceux qui aujourd’hui sont les exploités de la filière mais qui demain reprendront les rênes, reléguant au rang de faire valoir ceux qui ont tenté de les écraser.

 

 Rappel : l’APLI est membre de l’EMB (European Milk Board), qui a organisé, les 3 et 4 juin 2013, une manifestation à Berlin, après celle des 26 et 27 novembre 2012 à Bruxelles (voir Les producteurs de lait européens ont manifesté deux jours à Bruxelles - 30 novembre 2012). 

 

Grande manifestation à Berlin

Les producteurs européens font tomber le mur de blocage de la politique !
Devant le fait que c'est surtout le gouvernement allemand qui bloque toute initiative raisonnable pour un marché laitier qui fonctionne, les 3 et 4 juin 2013 des producteurs et productrices de lait de tous les coins d'Europe s'étaient rendus à Berlin pour manifester dans la capitale allemande. De manière symbolique, ils y ont abattu le mur que construit devant eux la politique allemande. Leur intention était, par cette action, de souligner l'importance d'instruments de crise tels que la réduction volontaire de la production.

(Berlin, les 3 et 4 juin 2013) Plusieurs centaines de producteurs du European Milk Board (EMB), la confédération européenne des organisations de producteurs laitiers, ainsi que d'organisations sympathisantes ont manifesté hier et aujourd'hui dans la capitale allemande. Dans le contexte des négociations sur l'organisation commune des marchés des produits agricoles qui ont actuellement lieu entre le Parlement européen, les États membres et la Commission, l'objectif des agriculteurs était de faire pression sur le gouvernement allemand afin que la réduction volontaire de la production, en tant qu'instrument de crise pour le marché laitier, ne soit pas abandonnée.

« L'instrument de réduction volontaire de la production permet de récompenser les producteurs laitiers qui affichent un comportement conforme à la situation du marché, dans le but de prévenir des crises et d'économiser des fonds publics. Dans un climat économique difficile et face à une situation budgétaire extrêmement tendue dans la plupart des États membres, un tel instrument fournirait une solution réalisable et financièrement viable. Les agriculteurs et les consommateurs européens ne comprennent dès lors pas pourquoi le gouvernement allemand ne saisit pas cette chance. C'est pour cette raison qu'ils étaient si nombreux à s'être rendus à Berlin pour manifester », explique le Président de l'EMB Romuald Schaber.

Dans le cadre de la réforme de l'organisation commune des marchés des produits agricoles, c'est précisément le gouvernement allemand qui bloque toute solution raisonnable pour le marché laitier, créant ainsi un mur de blocage. Pour symboliser ce fait, les producteurs réunis au sein de l'EMB ont abattu un mur de paille d'une cinquantaine de mètres qu'ils avaient érigé devant la Chancellerie fédérale à Berlin. La veille, des femmes agricultrices venues de toute l'Europe avaient organisé une action toute aussi symbolique. De cette manière, les producteurs laitiers européens ont clairement montré à la politique allemande que face à cette crise continue, ils sont amenés à devoir lutter pour leur survie. Cela est d'autant plus évident dans le contexte de prix à la production qui, depuis 2009, ne couvrent plus les coûts de la production laitière en Europe. Des milliers d'exploitations ont déjà été contraintes à cesser leur production ou leur existence même est menacée.

 

Le gouvernement allemand est accusé de bloquer les discussions. Pourtant, Les producteurs de lait européens de l'EMB ont vu des lueurs en 2012 - 25 décembre 2012.

 

Cet article est le 394ème publié sur ce blog dans la catégorie AGRICULTURE et PAC.

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14 juin 2013 5 14 /06 /juin /2013 22:34

De réelles potentialités d’investissements en Russie

 

Au moment où les relations se tendent entre l’Union européenne et la Russie - voir Russie-UE: la guerre commerciale oubliée (Coulisses de Bruxelles, 13 juin 2013) - la Fondation Res Publica (voir Présentation de la Fondation) a publié, le 8 juin 2013, une note concernant le rôle que la France pourrait jouer dans l’effort de modernisation et de diversification de l’économie russe. 

 

France - Russie, un partenariat économique stratégique

Par Kevin Limonier, chercheur à l'Institut Français de Géopolitique (Université Paris VIII), enseignant en géopolitique (Université russe d'Etat en sciences humaines – RGGU, Moscou), et Baptiste Petitjean, directeur de la Fondation Res Publica. Quel rôle la France peut-elle jouer dans l’effort de modernisation et de diversification de l’économie russe ? Dans le cadre d’un partenariat stratégique, la France comme la Russie peuvent tirer profit d’une politique avisée d’investissement dans les secteurs et les régions bien ciblées.

 

La nécessaire modernisation et la diversification de l’industrie russe

Situation générale de l'industrie russe

Lorsque l'Union Soviétique s'écroula en 1991, nous découvrions que le pays qui avait le premier envoyé un homme dans l'espace était pratiquement dépourvu d'ordinateurs, de photocopieurs et de toutes sortes d'objets du quotidien. Vingt ans plus tard, la Russie contemporaine ne s'est pas totalement remise des effets dévastateurs d'une économie soviétique qui avait tout misé sur le secteur militaro-industriel, et où la production des biens de consommation avait été largement négligée.

Dans les secteurs où l'URSS était pourtant à la pointe, le manque de compétitivité d'industries et d’instituts de recherches qui furent subitement privés de leurs financements publics, mena de nombreux combinats à la faillite et à la perte de savoir-faire (notamment dans la construction navale), alors que la Russie fut contrainte d'importer tous ces biens de consommations que lui offrait désormais le capitalisme. Certains secteurs, comme l'aérospatial ou l'aéronautique s'en sortirent mieux que d'autres dans la mesure où l'excellence reconnue des industries soviétiques dans ces domaines leurs permettaient d'attirer des investissements étrangers sur des marchés oligopolistiques.

Il en résulte aujourd'hui, malgré des politiques de relance fortement dirigées par l'Etat et financées par la rente énergétique, que le secteur industriel russe demeure marqué par de profondes inégalités de développement. L’arrivée des nouvelles technologies a par exemple pu profiter à certains dispositifs datant de l’époque soviétique engagés dans leur reconversion. C'est par exemple le cas des nanotechnologies, aujourd'hui considérées par beaucoup d’acteurs institutionnels et économiques comme des voies d'avenir issues des recherches nucléaires menées en URSS. Au contraire, d'autres secteurs comme l'agroalimentaire souffrent encore de handicaps hérités de l'époque soviétique.

Si l'industrie russe est marquée par de grandes inégalités selon les secteurs d'activités, elle l'est également d'un point de vue géographique. A l'époque soviétique, la planification centralisée de l'économie et le contrôle du déplacement des populations avaient permis dès la fin des années cinquante de créer des dizaines de villes nouvelles « fonctionnelles », dans la mesure où elles étaient construites autour de quelques centres de production. Ces villes étaient à l'époque pensées sur le modèle de la cité ouvrière socialiste des années trente, où l'activité professionnelle se trouvait au centre de la vie sociale, culturelle des ouvriers qui résidaient souvent dans des habitations appartenant à leur usine. De même, la géographie industrielle de l'URSS répondait à une logique similaire de planification : le bassin industriel entourant Moscou était ainsi spécialisé dans les hautes technologies, le textile et la production de matériels agricoles. La région de l'Oural était dédiée à la recherche nucléaire, le bassin du Volga était spécialisé dans l'industrie lourde (acier), la production de voitures etc.

A la chute de l'URSS, la fin du contrôle sur les déplacements, conjuguée à une profonde crise économique, induisirent une grande vague de migrations. Dans de nombreuses villes fonctionnelles ayant vu leur industrie faire faillite ou réduire considérablement ses effectifs, les habitants étaient contraints de partir dans les grandes villes (Moscou en particulier) ou à l'étranger pour les spécialistes (fuite des cerveaux).

Aujourd'hui, la situation géographique du développement industriel est toujours marquée par les inégalités tracées à l'époque de la crise des années quatre-vingt-dix : au développement fulgurant de l'agglomération moscovite (qui passe de 6 millions d’habitants en 1991 à 18 millions aujourd'hui), on peut par exemple opposer des périphéries sinistrées dans un paysage ponctué d'usines ou de kolkhozes à demi abandonnés. En 2012 le chômage était quasi inexistant à Moscou, où l'on ne dénombrait que 75 000 personnes sans emploi, alors que l'on gagnait en moyenne trois fois mieux sa vie dans la capitale russe qu'en province

 

Cette carte présente les 250 centres économiques les plus importants du pays en termes de valeur des productions. Sans surprise, on retrouve un territoire soumis à de très fortes disparités de développement économique. Si Moscou et Saint-Pétersbourg constituent les deux plus grands centres économiques autour desquels gravitent un bon nombre de petites villes elles-mêmes entraînées par le dynamisme de leurs grandes voisines, il convient de noter que le troisième lieu de production de richesse de Russie n'est pas une agglomération fortement peuplée qui tirerait une économie polyvalente : il s'agit de Surgut et des localités avoisinantes, d'où provient une importante partie de la manne gazière et pétrolière dans laquelle la Russie contemporaine puise plus de 70% de sa richesse nationale. Au contraire, les anciens centres industriels soviétiques, qui bénéficient pourtant d'avantages certains en raison des politiques de relance mises en place par le gouvernement, n'occupent pas une place prédominante sur cette carte.

La part de la production industrielle dans la richesse nationale est en effet largement surclassée par la production d'hydrocarbures alors que la carcasse territoriale de l'industrie russe connait de très fortes inégalités centre-périphérie qui nuisent au développement industriel des régions et à la relance d'anciens combinats soviétiques.

Dans un tel contexte, une question préjudicielle se pose si l’on s’intéresse aux relations franco-russes : que peut et que veut faire la France avec la Russie ? La Russie, première puissance énergétique mondiale, et premier fournisseur de gaz naturel, a par ailleurs entrepris la modernisation et la diversification de son économie et notamment de son industrie. Dans le cadre d’un « partenariat stratégique », la France doit prendre pleinement sa part dans cet effort, sachant que la Russie constitue un relais de croissance indispensable. Les difficultés auxquelles fait face la Russie en matière de développement industriel doivent être prises en compte par les décideurs économiques et institutionnels français. Notre pays dispose en effet d'atouts qui répondent aux grands défis auxquels la Russie est aujourd'hui confrontée.

De réelles potentialités d’investissements en Russie

Du côté des stocks d’IDE, la France n’est actuellement pas en position de force en Russie: avec environ 10 milliards de dollars, la France est le 9ème investisseur étranger en Russie. Ces IDE concernent en particulier le secteur agroalimentaire, automobile, les transports et le secteur financier. A noter aussi l’excellente implantation de certains groupes comme le distributeur Auchan, premier employeur étranger en Russie. La coopération économique souffre malgré tout ici encore d’un déséquilibre bilatéral de un à dix. Toutefois, plusieurs événements récents laissent penser qu’une relation dynamique en matière d’investissements peut s’enclencher. Tout d’abord le rachat de 75% de GEFCO par RZD à la fin de l’année 2012 pour un montant de 800 millions d’euros. Ensuite, rappelons que les cabinets d’architecture français Grumbach et Wilmotte ont été désignés vainqueurs du concours sur le développement du Grand Moscou. Enfin, plusieurs grandes entreprises comme Alstom ou EADS n’ont pas tardé à se positionner dans le cadre du grand projet d’innovation « Skolkovo » (aussi connu sous le nom de Silicon Valley russe).

Le commerce franco-russe trop faible

Le graphique ci-dessous montre que les échanges commerciaux franco-russes, même s’ils augmentent tendanciellement depuis dix ans, restent assez faibles. En 2011, ils atteignent seulement 21,3 milliards d’euros.

La France a également vu ses parts de marché en Russie se réduire progressivement : passant de 5% en 2009, à 4,5% en 2010 en enfin 4,35% en 2011. Cela fait de la France le 8ème fournisseur de la Russie, derrière l’Allemagne (12% des parts de marché) et l’Italie (4,4%). Pourtant les exportations de la France vers la Russie sont assez diversifiées, signes de grandes potentialités, ce qui n’est pas le cas des exportations russes vers notre territoire. La France est bien positionnée sur le matériel de transport (27% du total de nos exportations vers la Russie), les équipements mécaniques, électroniques, électriques et informatiques (23 du total) et les produits pharmaceutiques (11% du total). En revanche, les hydrocarbures et les produits pétroliers raffinés représentent 89% des exportations russes vers la France. Enfin, le déficit commercial de la France avec la Russie s’est creusé, à cause justement de la facture énergétique (12,3 milliards d’euros). Il s’élève en 2011 à 6,4 milliards d’euros.

Dans le cadre d’un partenariat économique stratégique, la France a vocation à prendre part à la modernisation de l’appareil productif russe et à l’enrichissement des relations économiques bilatérales, tant du point de vue des échanges commerciaux que des investissements. Les défis qui se présentent aujourd'hui à la Russie en termes de diversification d'une économie trop dépendante des hydrocarbures et trop concentrée dans quelques grands centres offrent des opportunités réelles aux investisseurs français. Ceux-ci doivent « aller en région » et accompagner par leurs investissements le renouveau d'un paysage industriel dévasté par la chute de l'Union Soviétique. La diversité de l'offre économique française tout comme l'image très positive dont jouissent nos produits en Russie sont un atout majeur qu'il s'agit de pérenniser en s'ouvrant aux régions et aux classes moyennes qui y émergent lentement. Mais pour cela, les investisseurs français doivent avoir des marchés régionaux russes une connaissance qu'il est souvent difficile d'acquérir : opacité des réseaux de pouvoir et de décision, complexité juridique et administrative ou encore méconnaissance du territoire d'investissement sont des obstacles qui ne pourront être levés que grâce à une coopération accrue entre les investisseurs, l'Etat et les spécialistes qui connaissent effectivement ces régions.
 

MRC national 002Voir aussi Jean-Pierre Chevènement : la France doit devenir le deuxième pays en terme de volume d’investissement en Russie (France Monde Express, 9 février 2013)

Le représentant spécial du ministère des Affaires étrangères pour les relations avec la Russie Jean-Pierre Chevènement a rencontré le 6 décembre les dirigeants des sociétés françaises présentes en Russie, au cours d’une conférence-débat organisée par la Chambre de commerce et d’industrie franco-russe (CCIFR) et l’Observatoire franco-russe. C’était la première visite que M. Chevènement effectuait dans le cadre de ses nouvelles fonctions (voir Jean-Pierre Chevènement, représentant spécial de la France pour la Russie).

Voir Consulter le discours de Jean-Pierre Chevènement sur la coopération franco-russe (extraits) et France-Russie : Chevènement avec Hollande pour dégeler les relations - 28 février 2013.

A consulter : Jacques Sapir - La Transition russe, vingt ans après  

 

Cet article est le 8ème paru sur ce blog dans la catégorie Russie

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13 juin 2013 4 13 /06 /juin /2013 22:23

Les pouvoirs publics sont chargés de l’intérêt général

 

Tiraillée entre le droit européen et la nécessité de préserver la qualité des eaux, d'un côté, les intérêts économiques de la filière agricole, de l'autre, la France navigue à vue et se fait de nouveau épingler par la Cour de  justice. Ceci est un extrait de Nitrates : la France de nouveau condamnée par la Cour de justice de l’UE(13 juin 2013, Actu-Environnement).La suite :

 

La Cour de justice de l'Union européenne (CJUE) a condamné aujourd'hui 13 juin la France pour manquement dans la mise en œuvre de la directive nitrates. La Commission avait annoncé le 27 février 2012 qu'elle allait traduire Paris devant la Cour, après lui avoir adressé un avis motivé en octobre 2011. Elle reprochait à la France une désignation incomplète des zones vulnérables à l'occasion de leur révision effectuée en 2007, estimant que dix zones vulnérables dans les bassins Rhin-Meuse, Loire-Bretagne, Rhône-Méditerranée-Corse et Adour-Garonne auraient dû être ajoutées.

 

Plusieurs zones vulnérables oubliées

 

La Cour juge que la France a effectivement omis de désigner en tant que zones vulnérables plusieurs masses d'eau de surface et souterraines contenant, ou risquant de contenir, des teneurs en nitrates excessives. La décision porte sur l'état de la mise en œuvre de la directive à la date du 28 décembre 2011, date d'expiration du délai imparti par la Commission pour se mettre en conformité. La Cour précise que les changements intervenus par la suite ne sont pas pris en compte dans sa décision.

 

Le Gouvernement français ne conteste pas le manquement. Mais il a fait valoir auprès de la Cour, d'une part, que les dix zones additionnelles identifiées par la Commission ne devaient pas nécessairement l'être dans leur intégralité et, d'autre part, que la procédure de révision des zones vulnérables était en cours à l'échéance de l'avis motivé. Il a rappelé que des instructions avaient été adressées aux préfets coordonnateurs de bassin par une circulaire du 22 décembre 2011 leur demandant de fixer la liste des communes en zones vulnérables au plus tard en décembre 2012.

 

Les nouveaux programmes d'action à la peine

Mais la situation est-elle pour autant régularisée aujourd'hui ? Il est permis d'en douter et la France n'en a sans doute pas fini avec la justice européenne. Certes, le ministère de l'Ecologie a procédé à la révision des zones vulnérables pour la fin de l'année 2012 et rendu publique la carte correspondante début mars. Mais la FNSEA a annoncé en février qu'elle déposait des recours contres les arrêtés de délimitation. D'autre part, les nouveaux programmes d'actions, qui définissent les mesures à prendre sur ces zones, sont à la peine.

 

Les programmes d'actions départementaux auraient dû être remplacés à compter du 1er septembre 2012 par un programme d'actions national, complété au 1er juillet 2013 par des programmes d'actions régionaux. Mais les ministres de l'Agriculture et de l'Ecologie ont annoncé début mars, à l'occasion du salon de l'Agriculture, un assouplissement des mesures du programme national en faveur de l'élevage. Un projet de décret, soumis à la consultation du public en avril, prévoit également de prolonger jusqu'en 2014 les programmes d'actions départementaux (…).

 

Voir aussi : Nitrates. La France à nouveau condamnée par l'Europe (Ouest-France, 13 juin 2013) et L'Europe condamne la France pour ses eaux polluées aux nitrates (Le Monde, 13 juin 2013).

Réaction du ministère de l’agriculture : Condamnation « nitrates » par la cour de justice de l’Union européenne : le Gouvernement rappelle ses actions en faveur de la qualité de l’eau

 

Cet article est le 124ème paru sur ce blog dans la catégorie France et Europe

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12 juin 2013 3 12 /06 /juin /2013 22:53

Besoin de mise en perspective et d’une réforme fiscale

 

Ce 12 juin, les députés Jean-Luc Laurent (Val-de-Marne), Marie-Françoise Bechtel (Aisne) et Christian Hutin (Nord), ont présenté leur action au Parlement durant cette première année de mandat.

  Les députés du MRC: un an d'action au sein de la majorité

 

ENGAGÉS POUR FAIRE RÉUSSIR LA GAUCHE ET LA FRANCE

 

Le Mouvement Républicain et Citoyen agit pour la réussite de la gauche au pouvoir. Nous sommes membres de la majorité,  soutenons loyalement la politique du Gouvernement tout en faisant entendre notre voix sur les projets de loi présentés à l’Assemblée, dans le cadre de l’accord PS - MRC du 9 mars 2012. Notre discours est unique à gauche : celui d’un soutien responsable et réaliste au Gouvernement sans perdre de vue les impératifs de réorientation de l’Europe et de réindustrialisation de la France.

Notre ambition concrète au sein du groupe SRC à l’Assemblée : proposer, porter et faire aboutir les solutions que nous pensons bonnes pour sortir la France de la crise.

 

UNE LIBERTÉ DE VOTE POUR FAIRE PROGRESSER LE DÉBAT

 

Nous avons approuvé et accompagné la grande majorité des mesures présentées par le gouvernement

Emplois d’avenir et Contrats de génération 

Pacte de compétitivité et Crédit d’impôt compétitivité emploi (CICE)

Création de la Banque Publique d’Investissement (BPI) 

Loi de sécurisation de l’emploi (généralisation de la complémentaire santé etentrée des représentants de salarié aux conseils d’administration) 

Loi bancaire 

Embauche de 60 000 enseignants 

Priorité donnée à l’école primaire

Renforcement du logement locatif social et de la loi SRU 

Intervention au Mali

 

Nous avons également, lorsque c’était nécessaire, fait savoir nos réserves ou notre opposition sur des sujets essentiels : TSCG, "RÈGLE D’OR" : DISCIPLINE ET AUSTÉRITÉ EUROPÉENNE.

La question européenne est, à nos yeux, fondamentale. À travers nos votes sur cette question, nous avons souligné la nécessité d’une réorientation de la construction européenne.

 

Vote contre le TSCG : "Le TSCG a pour seul but d’organiser la rigueur en Europe. Ses procédures méprisent la démocratie délibérative comme la souveraineté budgétaire du Parlement. Ses objectifs sont dangereux pour les économies européennes." Communiqué de Jean-Luc Laurent, 9 octobre 2012

 

MARIAGE POUR TOUS : la liberté de vote a été décidée par le MRC concernant le Mariage pour tous. Jean-Luc Laurent et Marie-Francoise Bechtel se sont abstenus, Christian Hutin a voté pour.

 

Vote contre la "règle d’or" : "Nous déplorons des règles rigides, attentatoires au libre choix du législateur à toutes les étapes de la procédure." Intervention en discussion générale de Marie-Francoise Bechtel, 8 octobre 2012

 

Abstention sur le Programme de stabilité des finances publiques 2013-2017 :"Ce programme n’est ni opportun, ni réaliste [...] Le rythme soutenu auquel le redressement structurel est mené s’avère désastreux. " Communiqué de Jean-Luc Laurent, 23 avril 2013

 

LE MRC, FORCE DE PROPOSITION ET D’INFLUENCE

 

EMPLOI : en cette première année de législature, le MRC a participé activement au fond du travail législatif sur de nombreux de textes.  

SÉCURISATION DE L’EMPLOI : cette loi est un compromis réussi entre les solides garanties apportées aux salariés (mutuelle pour tous, droits rechargeables au chômage, homologation par l’État des plans de sauvegarde de l’emploi) et une gestion plus souple de l’entreprise face aux difficultés nées de la crise. Par le biais de Christian Hutin, nous avons soutenu ce texte et pointé des améliorations possibles par voie d’amendement : abaissement du seuil aux entreprises de 50 salariés pour la représentation au CA (au lieu de 5000), surveillance de l’usage fait par les mutuelles des fonds générés par ces nouveaux contrats.  

REPRISE DE SITES INDUSTRIELS RENTABLES: FINANCE LOI BANCAIRE : dans le cadre de l’examen de ce projet de loi, dont l’objectif était de compartimenter activités de dépôt et d’investissement, Jean-Luc Laurent a insisté sur la nécessité de renforcer le dispositif sur le plan juridique pour aboutir à une séparation concrète. Il a, par ailleurs, annoncé son intention de déposer une proposition de loi en ce sens. L’impératif de réindustrialisation est un des thèmes forts portés de longue date par le MRC. Dans le cadre d’un travail concerté entre partis de la majorité, nous avons pris part activement à l’élaboration de cette proposition de loi pour laquelle Jean-Luc Laurent et Marie-Francoise Bechtel figurent parmi les premiers signataires. Christian Hutin est également signataire de cette proposition.

 

BUDGET 2013 : l’examen du budget 2013 a été l’occasion pour le MRC de faire valoir son soutien à la politique du Gouvernement sur le plan économique et à ses premières mesures de justice fiscale. Néanmoins, une réforme fiscale plus ambitieuse est nécessaire, comme l’a pointé et proposé Jean-Luc Laurent lors de ses interventions.

 

EDUCATION  

REFONDATION DE L’ÉCOLE : Approuvant absolument la volonté du Ministre de l’éducation de donner la priorité à l’école primaire, les députés du MRC ont apporté leur soutien à ce texte à travers leurs prises de paroles et présence en séance. Marie-Francoise Bechtel a, par ailleurs, fait savoir notre opposition ferme au renforcement des enseignements en langues régionales et notre attachement aux missions fondamentales de l’école de la République.  

ENSEIGNEMENT SUPERIEUR ET RECHERCHE : la mise en place d’une stratégie nationale de recherche et d’enseignement pilotée par l’État, la valorisation des filières courtes dans un souci d’équilibre avec les filières longues ainsi que les passerelles annoncées entre haute administration et doctorat sont autant d’avancées qui nous ont conduits à voter en faveur de ce projet de loi.  

Nous avons également, par la voix de Marie-Francoise Bechtel, agi pour promouvoir un compromis sur la question de l’enseignement en langues étrangères en le limitant aux masters ainsi qu’en l’assortissant d’une obligation de formation en français.

 

Au delà du travail effectué sur les textes législatifs, nous nous sommes impliqués dans les travaux de commissions d’enquête (sidérurgie, Cahuzac) et groupes de travail (amiante).

 

FAIRE FACE AUX VÉRITABLES DÉFIS DE L’AN II

 

La première année de la majorité a permis de mettre en place les premières mesures nécessaires au redressement de notre pays. Nous les avons soutenues. Néanmoins, pour faire de ce quinquennat une réussite, il faudra s’engager sur 3 axes majeurs que le Mouvement Républicain et Citoyen entend promouvoir en cet "An II".

 

1. RÉORIENTER L’EUROPE

L’Europe ne peut avoir pour tout projet l’austérité généralisée. Les cures de rigueur successives imposées aux peuples européens par la Commission ont fait la preuve de leur nocivité. La France doit parler haut et fort afin d’amener nos partenaires européens à considérer les solutions réalistes pour sortir de l’impasse : révision des objectifs de la BCE pour intégrer la croissance, fin de la politique de l’euro cher, mise en place d’un véritable gouvernement économique, emprunt européen en vue d’un grand plan d’investissement.

Au delà, nous considérons qu’il faut préparer la mutation de la monnaie unique en monnaie commune.

 

2. REMETTRE SUR PIED NOTRE APPAREIL PRODUCTIF

Dans ce contexte économique dégradé menaçant la viabilité de notre modèle social,les efforts du Gouvernement en matière de sauvegarde de l’emploi et de préservation de notre tissu industriel sont à saluer. Nous appelons à poursuivre sur cette voie et soutiendrons les mesures visant à inverser la courbe du chômage et remettre la France sur le chemin de la croissance.

 

3. RÉFORMER LA FISCALITÉ

Si les mesures prises sur le plan fiscal en cette première année vont dans le sens de la justice, une réelle reforme de notre fiscalité est nécessaire. Les efforts demandés aux Français ne peuvent s’additionner au fil des mois sans qu’une cohérence leur soit donnée. Il convient donc de mener en cet "An II" la grande réforme fiscale annoncée pour aller vers plus de lisibilité et assurer le financement de notre modèle social.

 

Cet article est le 128ème paru sur ce blog dans la catégorie MRC national.

 

 

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11 juin 2013 2 11 /06 /juin /2013 22:16

La division de la gauche crée sa perte, électoralement

 

Après plusieurs articles qui ont mis en évidence la nécessité pour la gauche de se rassembler*, voici la contribution de Gaël Brustier, chercheur en politique, publiée le 9 juin 2013 sur le site Rue89, sous le titre :

  Mélenchon-PS : pourquoi tant de haine ?

 

Un tweet de Jean-Luc Mélenchon a révélé que, malgré la mort d’un jeune homme, la guerre des appareils partisans reprenait ses droits très vite : « Aux rassemblements, tenez-vous à distance du PS qui a trop assimilé le PG à l’extrême droite. Pas d’amnésie sur l’amnistie. »

 

JL-M-lenchon-Laval-23-10-08.jpgLe Parti de Gauche (PG) est né d’une scission nocturne du Parti Socialiste en novembre 2008. « Ça suffit comme ça ! » avait lancé son leader (photo Michel Sorin : à Laval, le 23 octobre 2008, Jean-Luc Mélenchon m'annonce confidentiellement qu'il va quitter le PS dans 15 jours), las, après trente années de participation à la vie du PS, de guerres d’appareils qui l’avaient marginalisé autant qu’elles avaient mis de côté tout aggiornamento idéologique. Pari risqué s’il en était et dont on doit reconnaître qu’il s’est plutôt bien acquitté jusqu’à l’élection présidentielle, fédérant la « gauche de la gauche » et marginalisant les groupes anti-capitalistes.

Les scissions du PS ont échoué

Historiquement, de toutes les scissions du Parti Socialiste, aucune n’a réussi (si l’on fait abstraction du Congrès de Tours de décembre 1920 qui donna naissance au Parti Communiste) :

  • Le Parti Socialiste de France des néo-socialistes (juillet 1933) a terminé comme l’on sait (dans la collaboration avec les Allemands) – après retour au bercail de ses éléments les plus modérés.
  • Le PSA-PSU de Depreux (né en 1958 du refus de la Guerre d’Algérie et du soutien de la SFIO au Général de Gaulle) a terminé fondu dans un magma « rouge et vert » après deux décennies d’agonie.
  • Le Mouvement des Citoyens (MDC, scission de 1992-93) de Jean-Pierre Chevènement a intégré la majorité de François Hollande après vingt ans de relations pour le moins complexes.

Il est très difficile de créer un parti socialiste idéal à coté du Parti Socialiste réel. Ces trois scissions historiques nous le rappellent.

« Ânonner des slogans extrémistes »

La tentative du Parti de Gauche avait jusqu’ici une originalité : elle pouvait être resituée dans un mouvement d’ampleur européenne, dans la reconfiguration de la gauche radicale en Europe. C’est cette dimension qui est intéressante et qui peut déterminer l’avenir de la gauche radicale comme de la social-démocratie en France comme en Europe.

Jean-Luc Mélenchon déclarait (dans Le Monde du 28 mai 2010) : « Il s’agit de prendre la majorité à gauche, et cela est radicalement impossible si l’on se contente d’ânonner des slogans extrémistes anti-tout et anti-tout le monde en se montrant incapable de s’entendre avec qui que ce soit dans quelques conditions que ce soit. »

On pouvait penser que l’option stratégique choisie par Jean-Luc Mélenchon serait de favoriser une modification du rapport de forces entre gauche radicale et social-démocratie et non l’entrée en guerre contre cette dernière.

Amérique latine

La Gauche radicale en Europe évolue. Elle a de jeunes animateurs talentueux dans nombre de pays : Alexis Tsipras en Grèce, Alberto Garzon Espinosa en Espagne... Certains sont venus à la politique

  • par les Forums sociaux internationaux (mondiaux ou européens),
  • d’autres sont issus du post-communisme,
  • d’autres encore sont issus de l’aile gauche de la social-démocratie.

Beaucoup ont voyagé en Amérique latine, parfois y ont-ils séjourné et croisé d’autres jeunes responsables dont, par exemple, Rafael Correa, actuel Président de l’Equateur. Dans bien des pays, les scores de la gauche radicale progressent.

Le « marqueur communiste »

Reste à savoir ce qu’est la gauche radicale et où elle peut aller. Comme le souligne fort justement Gerassimos Moschonas de l’Université Panteion d’Athènes, le « marqueur communiste » représente la « centralité perdue » de cette gauche radicale. Avec l’effondrement du communisme, place est laissée à une myriade de mouvements qui naissent des échecs conjugués du communisme, du néolibéralisme et… de la social-démocratie.

Moschonas constate d’ailleurs que le communisme a perdu sa capacité de polarisation, d’un point de vue idéologique ou partidaire. Ce qui ne signifie pas que ces partis fortement enracinés, dotés d’une solide culture politique et de réseaux de militants et d’élus encore souvent denses, soient impuissants. Les partis communistes sont une composante de ces reconfigurations que représentent les gauches radicales mais n’en ont pas le leadership exclusif.

La question de l’intégration européenne

C’est la question de l’intégration européenne qui a amené les gauches radicales à évoluer, leur fournit un puissant moteur et, dans le même temps, quelques ferments de division. Le « Non de gauche » du 29 mai 2005 a servi à unifier différentes tendances de gauche, dans une ébauche de recomposition politique autant qu’il a mis en évidence des divergences politiques profondes.

Dans son analyse des recompositions de la gauche radicale, Moschonas relève : « Paradoxalement, la gauche radicale s’est faite plus “ amicale ” envers l’Europe dans une période où l’Europe devenait, par son poids accru et sa logique libérale, plus “ inamicale ” envers la gauche. »

En Grèce, Synaspismos, concurrent du très orthodoxe KKE, a eu longtemps la réputation d’être un mouvement de gauche radicale « pro-européen » alors que le KKE multipliait les prises de position hostiles à l’intégration européenne. Au sein même de Syriza, les débats sur l’euro sont encore vifs.

Deux attitudes au sein de la gauche radicale

Ces fractures internes aux gauches radicales européennes ne doivent pas éclipser qu’elles parviennent néanmoins à profiter électoralement des difficultés de la social-démocratie, embourbée dans les contraintes de l’Union européenne et confrontées à un amoindrissement évident du pouvoir d’Etat. Souvent contrainte au verbalisme, la social-démocratie européenne s’essouffle.

On constate aujourd’hui deux attitudes au sein de la gauche radicale :

  • L’une consiste à accepter l’alliance (locale au moins) avec la social-démocratie, soit dans un but de pure gestion locale soit dans le but d’influencer celle-ci.
  • L’autre fait le pari d’une submersion de la social-démocratie par la gauche radicale.

Du côté de la social-démocratie, certains cherchent une rupture définitive avec la gauche radicale, alors que les faiblesses des partis sociaux-démocrates apparaissent au grand jour à mesure que les effets de la crise se déploient.

Le pari sur la fracture

Si la social-démocratie n’est pas un « logiciel figé » comme le dit avec justesse Fabien Escalona, elle doit néanmoins régler « deux impensés problématiques : celui du compromis et celui du productivisme ».

L’évolution du capitalisme et la question environnementale lui imposent de penser ces nouveaux enjeux, autrement qu’en assénant un discours impuissant sur le « vivre-ensemble » ou en « green-washant » ses différentes prises de positions.

L’avenir dira si la Gauche radicale surmontera les difficultés liées à son rapport à l’Union européenne et si, de son côté, la social-démocratie réglera ses impensés.

Pour l’heure, ce qui explique la haine réciproque de Jean-Luc Mélenchon et de l’aile droite du PS, c’est le pari sur la fracture. Pari partagé. Le pari sur la fracture, c’est pourtant toute la gauche qui en paiera la facture. Engager une fracture irrémédiable avec la social-démocratie c’est rendre impossible tout combat culturel véritable contre les droites, c’est se condamner pour les deux camps à ne pas régler leurs contradictions, à camper sur des postures et à laisser la voie libre aux droites.

Jean-Luc Mélenchon n’est pas andalou

D’un point de vue purement électoraliste, une gauche désunie n’intéresse pas l’électeur. Face à une gauche fratricide, l’électeur préférera rester chez lui et laissera les appareils se mener des guerres picrocholines qu’il se refusera à départager dans l’isoloir. Le différentiel d’abstention entre ouvriers aux « valeurs » de gauche et ouvriers aux « valeurs » de droite est là pour démontrer qu’une partie de son électorat potentiel s’est déjà structurellement détourné des urnes.

La trajectoire des gauches radicales n’est pas encore écrite. Il n’y a pas de stratégie unique.

En Andalousie, Izquierda Unida a permis au PSOE, minoritaire dans cette région historiquement de gauche de conserver la majorité. Le rapport de forces entre gauche radicale et social-démocratie commence à changer en Espagne. Izquierda Unida semble, pour sa part, faire l’économie des insultes. Mais Jean-Luc Mélenchon n’est pas andalou et il fait, quant à lui, le pari de la submersion. C’est un choix politique, délibéré. Les mots qu’il adresse au Parti Socialiste sont choisis, pensés et l’on sait l’homme suffisamment cultivé pour ne pas, à l’aune de l’Histoire, mesurer très exactement les implications possibles du pari qui est le sien.

 

* Rappel : Alain Gély confirme que Jean-Luc Mélenchon n'est pas un rassembleur - 13 mai 2013

Le tribun Mélenchon cite Jaurès mais n'en a pas l'esprit rassembleur - 11 mai 2013

Gaël Brustier suggère à la gauche d'appliquer la pensée de Gramsci - 17 mars 2013 

 

Cet article est le 140ème paru sur ce blog dans la catégorie Gauche France

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10 juin 2013 1 10 /06 /juin /2013 22:36

Un long chemin pour sortir de l’ordre néolibéral européen

 

Bernard Cassen, ancien directeur du Monde Diplomatique, est président d’honneur d’Attac et secrétaire général de Mémoire des luttes. C’est sur le site de cette association qu’il a publié le 31 mai 2013 cet article fort intéressant, intitulé

 

En Europe, les forces politiques et sociales qui se veulent à la gauche de la social-démocratie – disons par commodité la gauche de gauche – se croient « radicales ». Ce qui, au pied de la lettre, signifie qu’elles sont censées s’attaquer aux causes profondes des ravages du néolibéralisme en général, et de l’eurolibéralisme en particulier. Pourtant, elle font depuis longtemps preuve d’un étonnant conformisme sur trois des questions essentielles que pose aujourd’hui la crise européenne : le responsabilité de l’euro dans la récession actuelle, la pertinence de politiques nationales de rupture avec le néolibéralisme et l’urgence de mesures de protectionnisme écologique et social. Voyons dans quel contexte elle évolue.

Pour la sphère financière, les grandes entreprises et leurs fondés de pouvoir dans les partis politiques et les gouvernements – pas seulement ceux étiquetés « de droite » –, tout va pour le mieux : les traités et pactes européens successifs ont instauré l’hégémonie du capital et du marché ; ils ont fait du libre-échange une arme de choc au service du dumping social, écologique et fiscal ; le dogme de la concurrence est devenu une machine à paupériser ou privatiser les services publics ; sous prétexte de résorber la dette, de promouvoir la « compétitivité » et de « sauver » l’euro, des « réformes structurelles » et des plans d’austérité ont été imposés, avec comme objectif véritable le démantèlement des acquis sociaux de plusieurs décennies, en particulier en matière de droit du travail.

Pour empêcher toute remise en cause de la « divine surprise » qu’a été la concrétisation en Europe d’une telle utopie néolibérale – dont ses promoteurs n’auraient même pas osé rêver au siècle dernier –, une police spécialisée a été créée : la « troïka ». Composée de la Commission, du FMI et de la Banque centrale européenne (BCE), elle a les pleins pouvoirs pour exiger l’application de ce programme par les gouvernements qui ont recours à son « aide ».

 

Est-ce que la social-démocratie européenne a quelque chose à dire sur cette entreprise de régression démocratique et sociale sans précédent ? La réponse est « non » : elle s’est totalement inscrite dans sa logique et elle en accepte les implications. Ses propres intellectuels ne s’en cachent d’ailleurs pas. Il faut lire à cet égard – une fois n’est pas coutume – l’article du Monde intitulé « Quel projet pour la social-démocratie ? » publié dans le numéro du 23 mai 2013. Son auteur, Jean-Pierre Stroobants, du bureau européen du quotidien, cite, entre autres, l’historien René Cuperus qui collabore à la fondation Wiardi Beckman, groupe de réflexion du Parti social-démocrate néerlandais (PVDA).

Pour cet auteur, l’adhésion à l’Europe est devenue une « idéologie de substitution ». L’Europe « affirme qu’elle est un bouclier contre la mondialisation, mais, en définitive, elle en est une courroie de transmission ». Et d’ajouter : « Le tout-à-l’Europe serait une bonne chose, mais, en pratique, les sociaux-démocrates soutiennent ainsi un projet néolibéral qui heurte la démocratie et ne rencontre pas d’écho à la base. Une situation totalement schizophrène ». Ce constat vaut pour tous les partis social-démocrates européens, présents ou non dans des gouvernements. Un lecteur français y verra sans peine une évocation de la politique de François Hollande et de ses humiliantes génuflexions – ponctuées de coups de menton qui ne trompent personne – devant Angela Merkel, la Commission et la Banque centrale européenne. Tout cela avec les encouragements militants des éditorialistes du Monde

Si la cause est entendue pour la social-démocratie, que dire alors de la gauche de gauche ? On ne pourra pas lui reprocher d’être muette sur l’état des lieux de l’eurolibéralisme. On ne compte plus, en effet, les livres, manifestes, motions de congrès, prises de position, pétitions, blogs décortiquant et dénonçant les mesures d’austérité et les politiques européennes en général. Le bilan critique est fait et fort bien fait. Le problème est qu’il ne débouche pas sur des propositions attaquant le mal à sa racine, et cela à la fois par confusion intellectuelle et par crainte panique de « faire le jeu » de l’extrême-droite. De manière inespérée pour elle, cette dernière se trouve ainsi désignée par ses propres adversaires comme pôle de référence du débat politique.

 

Certaines composantes de la gauche de gauche ont ainsi paresseusement assimilé le libre-échange à de l’internationalisme ; le refus du carcan de l’euro au rejet du projet d’unité de l’Europe ; et des mesures de rupture nationales avec du nationalisme ou du « souverainisme », terme qui, comme celui de « populisme », n’est jamais défini par ceux qui l’utilisent à tort ou à travers.

Certes des économistes comme Frédéric Lordon [1] ou Jacques Sapir [2], dotés d’une forte légitimité universitaire et non engagés dans un parti, ont pulvérisé ces poncifs, appelé un chat un chat et remis en cause, par exemple, l’aggravateur de crise qu’est l’euro. Ce qui leur ferme évidemment la porte des plateaux de télévision où ne sont généralement conviés que les néolibéraux de toute obédience, et plus particulièrement des « économistes à gages » du type Elie Cohen ou Jean-Hervé Lorenzi [3]. Certains des collègues de Lordon et Sapir, investis, eux, dans une formation politique de la gauche de gauche, et quoi qu’ils en pensent par ailleurs, sont bridés par les stratégies globales de leurs directions qui craignent comme la peste qu’on les accuse d’être composées d’« anti-européens » et qu’on les mette dans le même sac que le Front national à l’extrême droite ou, à l’autre extrémité de l’arc politique, avec le M’PEP, pointé du doigt pour cause de « souverainisme » [4].

On commence cependant à entendre des voix hétérodoxes et, cette fois, institutionnelles, qui permettent d’ouvrir un débat longtemps mis sous le tapis. Ainsi, au vu de l’expérience, Oskar Lafontaine, ancien président du SPD et l’un des fondateurs de Die Linke, se prononce pour l’abandon de la monnaie unique en faveur d’un retour au Système monétaire européen (SME) permettant dévaluations et réévaluations [5]. A Chypre, c’est le Parti communiste (dit AKEL), deuxième force politique de l’île, qui, le 29 avril dernier, s’est prononcé pour une sortie de la zone euro.

Des économistes de gauche de plusieurs pays européens [6] viennent de publier un Manifeste intitulé « Que faire de la dette et de l’euro ? » dans lequel ils préconisent, si cela se révèle nécessaire pour en finir avec le chantage de la dette, une stratégie de rupture unilatérale avec la Commission, la BCE ou l’Allemagne, engagée par un ou plusieurs gouvernements et n’excluant pas une sortie de l’euro et l’adoption de mesures protectionnistes [7].

 

Il est significatif du changement de climat que, en France, quelques dirigeants d’Attac et de la Fondation Copernic aient signé ce texte alors que, il y a peu, les expressions « mesures protectionnistes », « ruptures nationales » et « sortie de l’euro » les faisaient sortir de leurs gonds. Jusqu’à ces derniers temps, il n’y avait pour eux d’autre salut que dans l’émergence d’un hypothétique « mouvement social européen » paré de toutes les vertus. C’était oublier une évidence : un tel mouvement, évidemment nécessaire, ne surgira pas spontanément, en lévitation sur des réalités très différentes d’un pays à l’autre. Il prendra seulement forme à partir d’un foyer de rupture national entraînant des solidarités susceptibles elles-mêmes de faire tache d’huile.

D’autres indices vont dans le même sens que celui de ce texte :

  • En Espagne, la circulation d’un manifeste ayant déjà recueilli de nombreuses signatures d’élus de gauche d’économistes et de syndicalistes, et intitulé Salir del euro (« Sortir de l’euro ») [8].
  • Au Portugal, l’énorme succès de librairie du livre Porque devemos sair do euro (« Pourquoi nous devons sortir de l’euro ») sorti début avril [9].
  • En France, la publication d’un ouvrage collectif qui fait déjà beaucoup parler de lui et dont le titre est délibérément provocateur : En finir avec l’Europe [10]. Il témoigne de l’évolution de certains des co-auteurs jadis proches ou membres du NPA.

Un Sommet alternatif (Alter Summit), rassemblant partis de la gauche radicale, syndicats et mouvement sociaux européens va se tenir à Athènes les 7 et 8 juin prochain [11]. On aurait pu penser qu’il prolongerait cette effervescence et qu’il aborderait les questions jusqu’ici politiquement incorrectes. Ce n’est pas l’impression que donne le manifeste préparatoire de cette rencontre.

Dans trois domaines (dette, Europe écologique et sociale, démocratie économique), ce texte dresse un bilan de la situation et propose des « revendications communes et urgentes ». On constate que l’expression « crise de l’euro n’apparaît nulle part. Quant au libre-échange, il fait l’objet d’une seule ligne dans les constats – « Les accords de libre-échange contribuent au dumping fiscal, social et écologique » – et d’une revendication d’un vide sidéral  : « Mettre fin au dumping salarial et social en Europe et dans le monde, notamment par le biais d’accords internationaux ». Voilà qui devrait faire trembler les commissaires européens et Pascal Lamy, directeur général de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), dont le nom est régulièrement cité comme futur ministre, voire premier ministre de François Hollande…

 

Pour l’élaboration d’un véritable programme de sortie de l’ordre néolibéral européen, il faudra que la gauche de gauche se libère des interdits dans lesquels elle s’est enfermée. Timidement, avec des hauts et des bas, le processus est entamé…

 

Cet article est le 123ème paru sur ce blog dans la catégorie France et Europe

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