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  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine à partir, notamment, des idées de Jean-Pierre Chevènement, l'un de ses fondateurs, qui n'est plus membre du MRC depuis 2015. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens (MDC) après les élections de 2002. En 2022, le MRC est devenu membre de la Fédération de la Gauche Républicaine avec quatre autres organisations politiques.
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10 septembre 2013 2 10 /09 /septembre /2013 22:50

Les critiques de fond viennent de divers horizons

 

Cette rentrée scolaire, la première préparée par le gouvernement de gauche*, a été marquée par la remise à niveau dans les effectifs salariés. Voir Rentrée : 40 000 adultes de plus dans les écoles (Ouest-France, Philippe Simon, 30 août 2013). Et aussi par la mise en œuvre du retour à 4,5 jours de classe par semaine dans les communes qui avaient choisi de ne pas attendre la prochaine rentrée. Voir Rentrée scolaire 2013 : premières applications de la réforme des rythmes scolaires (Vie publique, 20 août 2013). Et encore par l’affichage dans les écoles publiques de la charte de la laïcité. Voir Charte de la laïcité. Les profs satisfaits de ce premier pas (Ouest-France, 10 septembre 2013).

 

Le point de vue de l’ UFAL - Union des FAmilles Laïques sur cette rentrée est modérément critique. Voir Rentrée scolaire : école laïque et gratuite, on est loin du compte (UFAL, 2 septembre 2013). Le responsable de la commission Laïcité de l’UFAL, Charles Arambourou, dans la Lettre électronique Ufal Flash du 10 septembre 2013, exprime son accord avec cette décision : Une Charte de la laïcité à l’école : pourquoi pas ?

L’UFAL qui a milité activement pendant 15 ans en faveur d’une loi réglementant le port des signes religieux à l’école ne peut qu’approuver l’initiative du ministre Vincent Peillon de compléter la loi du 15 mars 2004 par une « Charte de la laïcité ». Présenter la laïcité comme une condition de la liberté, et non une suite d’interdictions, c’est exactement l’idée que nous ne cessons d’avancer, comme nous l’avons fait à l’occasion du 9 décembre 2012 avec notre campagne « la laïcité, c’est la liberté ».
Une Charte a-t-elle valeur contraignante ? Au cas présent, oui : inscrire son enfant dans une école publique c’est adhérer à ce texte, qui engage donc les élèves, mais aussi l’établissement et ses personnels. La Charte vaut comme un super-règlement intérieur de toute école publique.
Toutefois, si l’intention est bonne, sera-t-elle facile à concrétiser après un abandon total, depuis des décennies, de toute formation des enseignants à la laïcité ? L’UFAL est disposée à jouer son rôle, et qualifiée pour intervenir en la matière.
Le texte de la Charte n’appelle pas de critiques majeures : il commence par le rappel de l’article 1er de la Constitution, et mentionne clairement à plusieurs reprises les « bornes » fixées par la loi à l’expression religieuse : elle ne peut être invoquée pour se soustraire aux règles ni aux programmes scolaires.
On émettra une réserve sur le terme « valeurs de la République ». Le problème des valeurs est que nul ne les définit de la même façon. Un seul exemple : le « pluralisme des convictions », « valeur » invoquée par la Charte, l’est également par les partisans du port de tous les signes religieux à l’école ! Contentons-nous des « principes », objectifs et explicités par le droit (les textes et la jurisprudence), ce sera bien.
Autre imprécision, le concept de « culture » (« commune et partagée », point 7) reste totalement ambigu : signifie-t-il « ensemble de savoirs et de références académiques communs » (sens scolaire du terme) –auquel cas nul ne contestera la nécessité de son acquisition, ou bien « traditions symboliques particulières à un groupe humain » (sens anthropologique) –ce qui serait une redoutable invitation au relativisme des « valeurs », justement, et au fameux « multiculturalisme », ennemi de l’universalisme –donc de la laïcité ? Rappelons que la laïcité est un « cadre sans contenu » : ni « culture » ni courant de pensée particulier, elle les permet tous (sous réserve du respect de l’ordre public).
Enfin, on notera que le Défenseur des Droits vient de rappeler la question, selon lui non résolue, des accompagnateurs bénévoles (parents) de sorties scolaires : le port du voile peut-il leur être autorisé ? L’UFAL considère, comme l’a fait le tribunal administratif de Montreuil, que ces « collaborateurs occasionnels du service public » sont astreints aux mêmes règles de neutralité religieuse absolue que les agents publics. Mais les partisans du « multiculturalisme » et de la « laïcité ouverte (inclusive, positive, plurielle, apaisée, etc.) » continuent de s’agiter. Il est dommage que rien dans la Charte ne permette de régler le problème.

Un autre point de vue, plus critique, est exprimé par un enseignant, Jean-Paul Brighelli. Voir Brighelli : laïcité, le dessous des chartes (Le Point, 10 septembre 2013) et Rentrée des classes : le professeur Brighelli note Vincent Peillon(Le Point, 3 septembre 2013), sans oublier Les petites économies de Vincent Peillon(Le Point, 10 septembre 2013).

* Rappel : Assemblée nationale : Vincent Peillon propose une loi refondant l'école - 15 mars 2013. Voir les principaux points du Projet de loi sur l'école

 

Cet article est le 33ème paru sur ce blog dans la catégorie L'école.

 



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9 septembre 2013 1 09 /09 /septembre /2013 22:09

Remettre en chantier la question de la propriété publique

 

Il y a dix ans, Anicet Le Pors avait participé à la réunion de lancement des Rencontres CIVIQ de Saint-Berthevin (voir La citoyenneté selon Anicet Le Pors - 15 mai 2003 à St-Berthevin).

 

Il y a quelques années, ANICET LE PORS intervenait dans le débat public sur des questions qu’il connaît fort bien.

Voir Anicet Le Pors rappelle les principes de la fonction publique - 27 septembre 2007

La conception française du service public, vue par Anicet Le Pors - 6 août 2008

 

Le 6 septembre 2013, l’Humanité publiait cet article dans lequel l’ancien ministre (1981-1984) revient sur l’apport éminent des services publics dans la vie politique française.

 

Le XXIe siècle peut et doit être l’«âge d’or» du service public, par Anicet le Pors

 

Une tribune de l'ancien ministre de la fonction publique et des réformes administratives. Dans la crise qui se développe depuis 2008, chacun s’est plu à reconnaître le rôle d’« amortisseur social » du service public en France. Cet atout est le produit d’une conception forgée au cours de l’histoire. La conception française du service public découle de celle de l’intérêt général qui n’est pas, en France, la somme des intérêts particuliers, mais une catégorie éminente, définie par le pouvoir politique à la suite d’un débat démocratique, contradictoire. Le service public en est la traduction sociale.

 

Dès la fin du XIXe siècle, une école française du service public en a approfondi théoriquement la notion. On dit qu’il y a service public quand trois conditions sont réunies : une mission d’intérêt général, une personne morale de droit public pour l’accomplir, un droit et un juge administratifs. Dans son principe, le service public doit être financé par l’impôt et non par les prix. Cette conception a rencontré un grand succès dans notre pays ; le service public s’est étendu, mais en même temps il est devenu plus hétérogène (régie, concession, délégation de service public…). Le contrat a disputé le champ du service public à la loi. La notion de service public est ainsi devenue plus complexe, mais ses principes de fonctionnement n’ont cessé d’être réaffirmés : égalité, continuité, adaptabilité.

 

Cette conception et cette évolution expliquent que les salariés du service public représentent, en France, 25 % de la population active. La majorité est composée de fonctionnaires régis par un statut législatif dont on marque cette année le 30e anniversaire.

Cette conception est largement ignorée au sein de l’Union européenne. Les mots « service public » ne sont mentionnés qu’une seule fois dans les traités sur l’Union européenne et le fonctionnement de l’Union (article 93). Celle-ci, dans le protocole nº 26 qui lui est annexé, distingue, au sein de services d’intérêt général (SIG), les services d’intérêt économique général (Sieg) et les services non économiques d’intérêt général (Sneig), mais qui répondent à la même logique, celle d’une marginalisation de l’intérêt général et du service public face au principe de concurrence.

 

Ainsi l’article 106 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne, relatif aux entreprises chargées de la gestion de Sieg, les assujettit aux règles de la concurrence en ne formulant qu’une réserve de portée limitée, « dans les limites où l’application de ces règles ne fait pas échec à l’accomplissement en droit ou en fait de la mission particulière qui leur a été impartie ».

 

Toutefois, la place des SIG a pu être quelque peu élargie au cours des dernières années sous la pression de la nécessité sociale et des actions menées en faveur des services publics. Plusieurs arrêts de la Cour de justice de l’Union européenne en témoignent comme certaines dispositions du traité. Ils constituent autant de points d’appui pour promouvoir le concept de service public. La conception restrictive de la notion de service public par l’Union a joué un grand rôle dans le rejet par la France, par le référendum du 29 mai 2005, du traité constitutionnel européen.

Si, au niveau microéconomique, une mission de service public peut être assumée par une entreprise ou un organisme mixte ou privé, cela n’est pas concevable au niveau de la société tout entière.

 

La propriété publique est indispensable pour trois raisons. Politique, car « là où est la propriété, là est le pouvoir ». Économique, parce que c’est le principal moyen pour conduire une politique industrielle volontariste au service d’une « économie des besoins ». Sociale, pour garantir une sécurité sociale professionnelle effective.

 

Il faut donc remettre sur le chantier la question de la propriété publique dans le cadre d’une vaste appropriation sociale. Ce qui implique des nationalisations, mais aussi une action au niveau mondial pour faire progresser les notions de service public et de propriété publique. Le droit européen n’y fait d’ailleurs pas obstacle : l’article 345 du traité dispose que « les traités ne préjugent en rien le régime de la propriété dans les États membres ». Face aux besoins grandissants dans le monde de coopérations, de solidarités, le XXIe siècle peut et doit être l’« âge d’or » du service public.

 

Cet article est le 39ème paru sur ce blog dans la catégorie Services publics

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9 septembre 2013 1 09 /09 /septembre /2013 20:06

La réforme des retraites ne provoque pas de rejet frontal

 

La journée d’action du 10 septembre ne semble pas donner lieu à une forte mobilisation. Il est vrai que le Premier ministre a tout fait pour désamorcer toute opposition frontale au « projet de loi garantissant l’avenir et la justice du système des retraites » qui a été transmis aux caisses de sécurité sociale. Voir Réforme des retraites : ce que dit le projet de loi (Les Echos, Vincent Collen, 5 septembre 2013).

 

L’initiative de cette journée d’action revient aux organisations syndicales qui s’opposent au projet de loi. Voir Retraites 2013 : Communiqué de CGT, FO, FSU, SOLIDAIRES en Ile-de-France (3 septembre 2013). En Mayenne : Appel CGT, FSU, FO et Solidaires à manifestation à Laval à 10h30, place du jet d’eau.

 

La CGT (Thierry Lepaon) a lancé à Nantes la mobilisation pour les manifs du 10 septembre (Le Parisien, 3 septembre 2013) en étendant le thème de la journée aux salaires et emplois, en plus des droits à la retraite. Voir Faisons du 10 septembre une réussite !

 

Pour avoir une vue globale au niveau national, voir Retraites : quelle mobilisation pour la manif du 10 septembre ? (Nouvel Observateur, 9 septembre 2013).

 

Le Collectif retraites 2013, rassemblant - à l’initiative d’Attac et de la Fondation Copernic - des forces de gauche, des associations et des syndicats, s’est exprimé devant la presse à Paris le 4 septembre 2013. Voir La gauche radicale tente de mobiliser contre la réforme des retraites (Le Monde, Raphaëlle Besse Desmoulières, 4 septembre 2013).

(…) Tous critiquent une réforme "injuste", eux qui militent pour le retour de la retraite à 60 ans. "Nous récusons le point de départ du raisonnement du gouvernement, a poursuivi M. Mélenchon. Nous ne sommes pas d'accord pour dire que le problème c'est le coût du travail : le problème ce n'est pas le coût de travail mais le coût du capital." La principale mesure de la réforme – l'allongement de la durée de cotisation à 43 ans à partir de 2035 – est pilonnée sans ménagement. "Cette réforme sacrifie les jeunes générations, a jugé M. Laurent. Avec 43 ans, ce sera impossible à un nombre croissant de jeunes d'accéder à une retraite à taux plein." L'annonce que les cotisations patronales pour la vieillesse seront intégralement compensées ne passe pas non plus. "Il y a des tiroirs dans le tiroir, a dénoncé M. Mélenchon. Pour la première fois, les cotisations familiales – jusque-là uniquement à la charge du patronat – vont passer sur la charge commune, c'est-à-dire sur la CSG."

De leur côté, les « Economistes Atterrés » organisaient une conférence-débat sur les retraites, le 4 septembre 2013. Voir la tribune de Henri Sterdyniak publiée sur le site de Marianne le 2 septembre 2013, sous le titre Retraites 2013 : les injustices de la réforme

Ce sont surtout les retraités qui seront mis à contribution. En raison de l’accord AGIRC-ARRCO de mars 2013, les retraites des régimes complémentaires devaient déjà perdre 2,5 à 2,8% de pouvoir d’achat. S’y ajoutait la hausse des cotisations pour la dépendance (0,3%) en avril ; puis, maintenant, le report d’avril à octobre de l’indexation des retraites (une perte de 0,9% de pouvoir d’achat en moyenne annuelle). Enfin, une fois de plus, les parents de familles nombreuses sont frappés : leurs majorations de retraite, qui récompense leur contribution au renouvellement des générations et donc au financement des retraites, deviennent imposables. Au total, les retraités perdent 2,3% de pouvoir d’achat contre 0,3% pour les actifs.

 

Cet article est le 51ème sur ce blog dans la catégorie Les retraites

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8 septembre 2013 7 08 /09 /septembre /2013 21:40

L’UE néolibérale négocie pour libéraliser le commerce

 

La négociation commerciale entre l’Union européenne et les USA, qui s’est ouverte récemment (voir Néolibéralisme en action : négociations ouvertes entre les USA et l'UE - 8 juillet 2013) sera au centre des débats le 16 septembre (voir Res Publica : le marché transatlantique, thème de la prochaine réunion - 8 septembre 2013).

Cela ne doit pas occulter le fait que l’UE a engagé des négociations dans différentes directions depuis plusieurs années. C’est le cas avec le Canada depuis 2008 (un accord est annoncé fin 2013). Il existe une méfiance dans la société canadienne à l’égard de ces négociations. Le réseau québécois sur l’intégration continentale (RQIC) est contre cet accord.

 

Voir Argumentaire du Réseau québécois sur l'intégration continentale (RQIC) contre l'accord de libre-échange Canada-UE  

Le RQIC est une coalition sociale multisectorielle regroupant plus de vingt organisations sociales du Québec, provenant des milieux syndicaux, communautaires et populaires, étudiants, environnementaux, de femmes, de droits humains, et de développement international. Les organisations membres du RQIC représentent plus d’un million de personnes.

Depuis sa fondation lors des négociations de l’ALÉ entre les États-Unis et le Canada, le RlQeIC s’est imposé comme un interlocuteur important de la société civile québécoise en matière d’intégration économique et de commerce international.

Représentant au Québec de l’Alliance Sociale Continentale (ASC), le RQIC a organisé à Québec en avril 2001 le 2e Sommet des peuples des Amériques lors du Sommet des chefs d’États. En septembre 2004, il a été l’organisation hôte du Colloque tri-national Les dix ans de l’ALÉNA: Bilan social et perspectives qui a accueilli plus de 350 déléguéEs des trois pays signataires de l’accord et relancé les alliances stratégiques entre les mouvements sociaux du Mexique, des États-Unis, du Canada et du Québec.

Plus récemment, le RQIC a contribué à ébranler le processus du Partenariat nord-américain pour la sécurité et la prospérité (PSP), une initiative néolibérale nouveau genre par laquelle, en associant économie et sécurité, les élites économiques et politiques cherchaient à approfondir le modèle de l’ALÉNA, à harmoniser à la baisse les normes et réglementations dans la région, à intégrer les marchés de l’énergie, à implanter un périmètre commun de sécurité, et à institutionnaliser le pouvoir des entreprises dans la définition même des politiques publiques.

 

Une enquête bien documentée a été publiée dans l’Humanité le 27 août 2013, sous le titre

Accord de libre-échange: Méfions-nous du Canada

 

L’accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Canada, négocié depuis 2008, fait peu de vagues en Europe, concentrée sur le partenariat avec les États-Unis. Pourtant, au Canada, la résistance à la doctrine néolibérale s’active contre ce traité. Un exemple à suivre pour les Européens, car l’accord UE-USA n’en sera qu’une copie.

 

Dans le plus grand secret, l’Union européenne et le Canada négocient un traité de libre-échange depuis 2008, l’Accord économique et commercial global (AECG, CETA en anglais, pour Comprehensive Economic and Trade Agreement). Le Canada réclame un accord avec l’UE, deuxième partenaire économique du Canada, depuis 2004. La signature était prévue pour fin 2011 mais les négociations ont pris du retard et les plus optimistes parlent maintenant de fin 2013.

 

« Indifférence générale »

Car depuis l’ouverture des discussions sur un accord de libre-échange avec les États-Unis d’Amérique (TAFTA, pour Transatlantic Free Trade Area, qui devrait voir le jour en 2015), l’UE traîne des pieds dans le dossier canadien. Le Canada n’est que le 12e partenaire économique de l’Union, ne représentant que 1,8 % des échanges commerciaux totaux, loin derrière Oncle Sam et ses 14 %. Une puissance commerciale de seconde zone donc pour l’Union européenne, qui toutefois teste pour la première fois son pouvoir de négociation avec un pays du G7. En effet, depuis l’entrée en vigueur du traité de Lisbonne en 2009, les accords de libre-échange sont conclus directement au niveau européen, par la Commission européenne, et l’AECG devrait être le premier partenariat signé.

Le premier mais pas le seul, car l’Union européenne noue des accords de libre-échange à la pelle : outre les USA, l’Union négocie sec avec l’Inde et la Corée du Sud. De quoi faire oublier le Canada. « Nous sommes moins importants au commerce européen que l’Inde ou la Corée du Sud. Et notre pays ne compte que 34 millions d’habitants, bien moins que les USA, qui seront un négociateur beaucoup plus coriace lors des discussions. », admet Stuart Trew, responsable du commerce au Conseil des Canadiens, une organisation militante canadienne créée en 1985 pour s’opposer à l’accord de libre-échange nord-américain (ALENA). « C’est vrai que ce traité est négocié dans l’indifférence générale », déplore Marie-Christine Vergiat, eurodéputée Front de gauche. « Et le silence le plus total de la Commission européenne n’aide pas à sa médiatisation. »

 

Résistance canadienne

Si l’accord passe quelque peu inaperçu en Europe, il n’en va pas de même au Canada où militants de gauche, syndicats et ONG organisent la résistance contre le néolibéralisme. Pour Stuart Trew, « Les trente dernières années ont assez prouvé que le libre-échange enrichit les riches et appauvrit les pauvres, menace la santé publique et la défense de l’environnement et encourage à toujours plus de privatisations. »

À la demande du Canada, les négociations ont eu lieu sous le régime dit de la liste négative : tout service public qui n’est pas exclu nommément de l’accord est considéré comme automatiquement inclus, même s’il n’existait pas au moment de la signature. Une aberration pour Judith Kirton-Darling : « Pour nous, les services publics viennent du choix d’un peuple de ce qu’il veut mettre dedans, maintenant ou dans le futur. » La jeune femme est secrétaire générale de la Confédération européenne des syndicats (CES), une organisation dont sont membres les principaux syndicats français. « Sur le principe, nous ne sommes pas opposés à un accord de libre-échange, mais nous souhaitons qu’il soit « gold standard », de la meilleure qualité possible. Il doit protéger le droit du travail, l’environnement et les services publics », détaille-t-elle.

Outre-Atlantique, les propos sont plus virulents : « Avec cet accord, les grandes multinationales européennes auront accès aux marchés publics canadiens, ce à quoi nous nous opposons totalement. », explique Claude Vaillancourt, président d’Attac-Québec. L’association a contribué à créer le Réseau québécois sur l’intégration continentale (RQIC), qui rassemble syndicats et associations québécoises contre l’AECG. « Par exemple, l’eau est une ressource publique au Canada. On craint qu’avec l’accord, des multinationales type Veolia débarquent. Regardez en Europe, les tarifs ont explosé quand les services de distribution ont été privatisés. »

 

Traité international, réforme intérieure

Puisqu’au Canada les services publics, ainsi que l’exploitation des ressources naturelles, relèvent de la compétence des provinces, les Canadiens craignent que le traité n’entraîne une perte d’autonomie. Ce sont les provinces qui gèrent les monopoles de service public, comme Hydro-Québec, l’équivalent québécois d’EDF, avant la libéralisation du secteur. « Tous les monopoles du monde entier agacent ceux qui négocient des accords de libre-échange », confesse Pierre-Marc Johnson, ancien Premier ministre du Québec, lors d’une audition devant le Parlement québécois en 2010.

« Du point de vue du Canada, l’AECG relève plus de la réforme intérieure que du commerce. », explique Stuart Trew. Un avis partagé par la Commission européenne qui se félicite des concessions canadiennes. Ainsi, dans une note d’octobre 2012, elle note que : « L’offre canadienne d’accès aux marchés publics est la plus complète et ambitieuse jamais faite par le Canada et ses provinces à un partenaire commercial, y compris les États-Unis. L’offre dépasse même les accords mutuels entre les différentes provinces canadiennes. De cette façon, l’AECG ouvre la voie à une importante réforme intra-canadienne. »

 

Les entreprises contre la société

Si l’AECG entraînera une privatisation à tout va, il conduira aussi à une possible contestation des lois sociales et environnementales, à cause de la mise en place de mécanismes d’arbitrage investisseur-État (ISDS en anglais, pour Investor-State Dispute Settlement). « Ces mécanismes sont notre plus grande crainte », admet Judith Kirton-Darling. Sous leur nom barbare, ces mécanismes d’arbitrage, hérités de l’accord de libre-échange entre le Canada, les USA et le Mexique (ALENA), permettent à une entreprise privée de poursuivre, devant un tribunal spécial, un gouvernement étranger si une réglementation la prive de profits anticipés. « L’AECG est le premier accord négocié par l’UE où un mécanisme d’arbitrage investisseur-État est intégré. », rappelle la syndicaliste.

Une nouveauté pour l’UE mais pas pour le Canada, déjà confronté depuis de nombreuses années à ce système. À cause des nombreuses lois de protection de l’environnement que le pays a votées, le Canada a été poursuivi 28 fois par des entreprises privées, entre 1994 et 2011, pour un total de cinq milliards de dollars (3,7 milliards d’euros). Dernier exemple en date, le Québec a récemment interdit la fracturation hydraulique, utilisée pour extraire le gaz de schiste. La société canadienne d’exploitation de gaz de schiste Lone Pine Resources, grâce à une filiale aux USA, menace de poursuivre le gouvernement du Québec et lui réclame 250 millions de dollars canadiens (environ 180 millions d’euros) pour profits non-réalisés.

Une plaie pour les citoyens. Selon Claude Vaillancourt, « Les tribunaux spéciaux sont coûteux, antidémocratiques et penchent souvent en faveur des entreprises. Les nombreux exemples issus de l’ALENA en attestent. » Un avis partagé par Judith Kirton-Darling : « Le Canada et l’UE ont les systèmes juridiques parmi les plus développés du monde, il n’y a aucun besoin de ces arbitrages supplémentaires. »

Le Parlement européen, par la voie de sa résolution du 8 juin 2011, s’oppose à la mise en place de ces arbitrages. Et le groupe d’experts mandaté par la Commission européenne pour étudier l’impact de l’accord est lui aussi sceptique. Dans son rapport adressé à la Commission, rendu en juin 2011, il stipule que « l’intégration des mécanismes d’arbitrages investisseur-État dans l’AECG aura un effet bénéfique réduit, tant au niveau économique que social et environnemental. » Mais la Commission européenne et les lobbies économiques ne sont pas près de lâcher le morceau.

 

Gentil Canada contre Europe libérale ?

Surtout que l’accord offre plus de libéralisation pour un gain économique au final assez faible. En 2011, le groupe d’experts mandatés par la Commission européenne a évalué ce profit à quatre milliards de dollars en moyenne, tant pour l’Union que pour le Canada, soit une hausse respective du PIB de 0,025 % et 0,27 %.

Originellement, la signature aurait dû avoir lieu fin 2011, mais elle a été maintes fois repoussée depuis. Principale pierre d’achoppement, les quotas d’importation dans l’agriculture. « L’accord permettra aux Canadiens d’exporter leurs bœufs aux hormones, dont se méfient les Européens, et aux Européens d’exporter leurs fromages, qui menacent la multitude de fromageries locales au Canada. », expose Claude Vaillancourt.

Avec une population quinze fois inférieure et un PIB égal au douzième de celui de l’UE, le Canada paraît en position de faiblesse dans ces négociations. D’ailleurs la Commission européenne note qu’« un point clé est que la liste des intérêts que l’Europe a à gagner avec ce traité est beaucoup plus longue que celle du Canada. » « Je ne vois pas bien l’intérêt du Canada dans cette affaire. », renchérit Marie-Christine Vergiat. Les seuls gains pour le Canada seraient une ouverture du marché du bœuf, de certains éléments d’automobile et peut-être du poisson (…).

 

Cet article est le 139ème paru sur ce blog dans la catégorie Capitalisme

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8 septembre 2013 7 08 /09 /septembre /2013 15:44

La Fondation Res Publica mérite être plus connue

 

Le prochain débat de la Fondation Res Publica aura lieu lundi 16 septembre 2013, de 18h à 20h30, 28 rue Saint-Dominique, Paris 7ème. Avec la participation de :

 

- Hubert Védrine, ancien Ministre des Affaires Etrangères;
- Xavier Bertrand, député UMP de l’Aisne et Ancien Ministre du Travail, de l’Emploi et de la Santé;
- Jean-Luc Gréau, économiste, membre du Conseil scientifique de la Fondation Res Publica;
- Jean-Michel Quatrepoint, journaliste économique, membre du Conseil scientifique de la Fondation Res Publica;
- Jean-Pierre Chevènement, président de la Fondation Res Publica.

 

Entrée libre sous réserve de s’inscrire à info@fondation-res-publica.org.

 

Voir Le projet de marché transatlantique

 

Sur ce thème, voir Néolibéralisme en action : négociations ouvertes entre les USA et l'UE - 8 juillet 2013 

 

 Pour information, les ACTES récemment publiés par la Fondation Res Publica :  

La France et l'Europe dans le nouveau contexte énergétique mondial

Nouveau pacte social : mode d'emploi

Voir aussi les Notes et études de la Fondation
Notamment (8 mars 2013) : BRIC: les paradoxes russes
Par David Teurtrie, docteur en géographie et spécialiste de la Russie. Chercheur au Centre de Recherches Europes Eurasie (CREE) de l’INALCO, il consacre ses travaux aux mutations géoéconomiques et géopolitiques de l’Eurasie postsoviétique.

 

Pour en savoir plus : Présentation de la Fondation Res Publica, par Jean-Pierre Chevènement

 

Cet article est le 170ème paru sur ce blog dans la catégorie CHEVENEMENT

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7 septembre 2013 6 07 /09 /septembre /2013 21:46

Soutenir partout les processus démocratiques

 

Le 19 août 2013, Patrick Nivet a publié sur son blog sa lettre à un ami, collègue au Conseil municipal de Libourne (Gironde), dans laquelle il exprime son point de vue sur les évènements en cours dans les pays arabes.

 

Bonjour Omar,

 

Tu suis sans doute  comme moi les nouvelles bien terribles venues d'Egypte, de Tunisie et d'ailleurs. Tous ces pays du Moyen Orient et du Maghreb sont comme des volcans en éruption que rien n'éteint, pas même des processus démocratiques plus ou moins réussis ; le feu des déchirements couve toujours sous les cendres et la moindre manifestation se transforme en coups d'Etat ou en répressions plus ou moins féroces qui, elles mêmes, entraînent de nouvelles manifestations jusqu'à la guerre civile qui embrase maintenant la Syrie, voire l'Irak et même la Libye.

 

Je pense que les problèmes économiques, les contradictions religieuses, la non résolution du Problème israélo-palestinien, les nationalismes en souffrance, en sont les grandes causes mêlées... Les pays occidentaux jouent en général les « sainte nitouche » mais multiplient souvent les approximations et les erreurs en tous genres.

 

Pour l'essentiel, ils font la part trop belle à Israël et cherchent dans le maquis des intentions des uns et des autres à défendre évidemment le fil de leur intérêt en se prenant souvent les pieds dans le tapis incandescent des incendies qu'ils allument parfois ...

 

Ce qui est sûr, c'est qu'en Algérie il y eut bien un coup d'Etat dans les années 1990, qui a débouché sur une guerre civile, et qu'en Egypte aujourd'hui le risque est grand d'une telle évolution après celui auquel on vient d'assister.

En fait, l'impression c'est que, pour beaucoup, la démocratie ne peut être conçue avec un pouvoir religieux... qu'évidemment le FIS en Algérie et les Frères musulmans en Egypte se proposaient d'installer...

 

J'avoue que je préférerais que les élections débouchent sur un pouvoir laïque mais, pour autant, je ne pense pas que nous puissions montrer une quelconque satisfaction devant des coups d'Etat qui constituent des remèdes pires que le mal qu'ils sont sensés soigner. Sinon, ce n'est pas la peine de montrer la moindre distance avec les partis Bass en général et Bachar el Assad en Syrie.

La démocratie en Iran me parait très contrôlée par les religieux, que la société iranienne supporte, tout compte fait, difficilement, en essayant de se faufiler dans les interstices des processus électoraux.

Quand aux contradictions religieuses, c'est un sous-produit attisé par les autres, économiques notamment.

 

Au fond, il n' y a pas de solutions simples, mais la nécessité de soutenir les processus démocratiques en les rendant le moins imparfaits possibles me parait quand même incontournable et c'est pour cette raison que les militaires en Egypte et les bandes armées en Iran ou ailleurs ne doivent pas être encouragés.

 

Je ne souhaite pas, d'autre part, que nous intervenions militairement en Syrie aujourd'hui pas plus qu'hier en Irak. La position de la France au début des année 2000 (Chirac - De Villepin), sans oublier évidemment JP Chevènement au début des années 1990, trouvant dans la guerre civile larvée d'aujourd’hui le prolongement de son bien fondé.

 

Voir, précédemment (30 mai 2013) : Patrick Nivet : 14 ans de commissions de discipline des hôpitaux publics

 

Cet article est le 32ème paru sur ce blog dans la catégorie Proche Moyen Orient.

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7 septembre 2013 6 07 /09 /septembre /2013 19:51

Pensons à servir la France et à défendre la paix

 

MRC national 002Jean-Pierre Chevènement, sénateur du Territoire de Belfort, est intervenu le 4 septembre 2013 dans le cadre du débat au Sénat sur la situation en Syrie - sa précédente intervention au Sénat date du 12 août 2013 (voir Chevènement au Sénat lors du débat sur le Livre blanc de la défense).

Syrie: le jour d'après

Monsieur le Ministre,

Les circonstances nous donnent un peu de temps pour la réflexion. Sachons utiliser ce répit pour éviter des décisions précipitées qui pourraient s’avérer funestes. J’ai eu l’occasion à plusieurs reprises de vous exprimer ainsi qu’au Président de la République ma préoccupation, et cela dès juin 2012, quant à la définition de notre politique vis-à-vis de la Syrie. Je n’exprime pas ma seule préoccupation. Elle est aussi celle de Robert Hue et de plusieurs sénateurs du groupe Rassemblement Démocratique Social et Européen (RDSE). En fait nous avons hérité de cette orientation politique. Quand vous êtes arrivé au Quai d’Orsay, notre ambassade à Damas avait déjà été fermée.
De même l’exigence, avant toute transition, du départ d’Assad, déclaré assassin de son peuple, affaiblissait toute démarche de négociation visant à faire pression sur le régime de Damas.

En réalité, c’est la nature même de la guerre engagée en Syrie qui faisait et fait encore problème aujourd’hui. C’est une guerre civile et plus que cela une féroce guerre interconfessionnelle. Assad, dictateur brutal, défend les prérogatives d’une minorité, celle des Alaouites qu’il sait soutenus par d’autres minorités, chrétiennes par exemple mais aussi par une fraction de la majorité sunnite qui a longtemps bénéficié de la stabilité des courants d’affaires.

L’expression « Assad doit partir ! » sous-estimait à l’évidence les appuis dont il disposait. La seule issue de cette guerre civile barbare est une issue négociée entre les deux camps.

Les Sunnites ou du moins une majorité d’entre eux veulent l’effacement des Alaouites. Ils doutent d’y réussir par la force. Ils comptent sur l’intervention extérieure, à l’exemple de ce qui s’est passé en Libye. Mais comparaison n’est pas raison.
La résolution 1973 sur la Libye a été prise grâce à l’abstention de la Russie et de la Chine. Cette résolution a été évidemment interprétée dans le sens d’un changement de régime. Je me suis moi-même abstenu quand le gouvernement a demandé, le 12 juillet 2011, l’autorisation de prolonger l’intervention de nos forces. Le résultat est là : si l’opération militaire a été brillamment conduite, Kadhafi a été assassiné. Les milices tribales et le plus souvent islamistes se sont rendues maîtresses du terrain. Le port de Derna est aux mains d’Al Quaïda, le Mali a été déstabilisé.

Sans l’intervention de la France dans le cadre des résolutions de l’ONU que j’ai soutenue fortement, le Mali serait devenu aujourd’hui un sanctuaire de l’islamisme radical, dominé par des groupes terroristes djihadistes. Enfin, par l’interprétation qui a été faite en Libye de la résolution 1973, la notion de responsabilité de protéger a été passablement discréditée aux yeux de la Russie, de la Chine, mais aussi de la plupart des pays émergents qui refusent la notion d’ingérence, elle-même proscrite par la Charte des Nations Unies. L’occidentalisme peut se camoufler en droit de l’hommisme. Celui-ci ignore ou, de manière plus perverse, veut occulter les réalités et les choix politiques.

Or, la France doit d’autant plus se placer sur le terrain du droit international qu’elle est elle-même l’un des cinq membres permanents du Conseil de Sécurité de l’ONU. C’est son intérêt. Pour être une puissance repère, comme l’ont souhaité le Président de la République et vous-même, dans votre brillante intervention en conclusion de la Conférence des Ambassadeurs, la France ne doit pas s’affranchir du Droit. Or, le droit d’ingérence n’existe pas au regard de la Charte des Nations Unies. La mise en œuvre de la responsabilité de protéger, énoncée par l’Assemblée Générale des Nations Unies dans son document final de 2005, souligne que cette responsabilité incombe d’abord à chaque Etat et à défaut à la communauté internationale, je cite : « par une action collective résolue, par l’entremise du Conseil de Sécurité, conformément à la Charte, notamment son chapitre VII. Voilà ce que dit le droit.

Des frappes aériennes sur la Syrie ne pourraient ainsi s’effectuer qu’en dehors du cadre de la légalité internationale. Vous invoquez la légitimité et même vous essayez d’invoquer une autre source de droit en vous référant à la convention ancienne et aujourd’hui dépassée de 1925 interdisant l’utilisation, en temps de guerre, des armes chimiques dont la Syrie et pour cause – elle était alors sous mandat français – n’était pas partie prenante. Quant à la Convention plus récente sur l’interdiction des armes chimiques signée à Paris le 13 janvier 1993, vous savez pertinemment que ni la Syrie ni l’Egypte ne l’ont signée, le négociateur égyptien de l’époque, M. Amr Moussa, ayant alors expliqué que son pays y adhérerait quand les armes de destruction massive, nucléaires, bactériologiques et chimiques auraient été éliminées du Proche-Orient, la détention d’une telle arme contribuant, selon lui, à un équilibre de dissuasion régional. La Conférence d’examen du Traité de Non Prolifération (TNP) de mai 2010 vise la création d’un Moyen-Orient dénucléarisé. C’est dans ce cadre général qu’il faut agir pour préserver dans cette région les équilibres de sécurité.
A l’heure actuelle, deux Etats ont signé mais n’ont pas ratifié la Convention d’interdiction des armes chimiques : la Birmanie et Israël, et six autres demeurent en dehors : Angola – Corée du Nord – Egypte – Somalie – Soudan du Sud – Syrie.

Vous évoquez la notion de crime contre l’humanité mais j’observe que le statut de Rome, portant création de la Cour Pénale Internationale (CPI), définit celui-ci très largement dans son article 7, mais ne mentionne pas spécifiquement l’utilisation d’armes chimiques. Dans la logique morale où vous vous placez, qui ne faut-il pas punir ? Les utilisateurs de bombes à fragmentation, de bombes au napalm, les pays qui refusent de signer les conventions d’interdiction des armes chimiques, bactériologiques, nucléaires, ceux qui n’ont pas ratifié le traité d’interdiction des essais nucléaires, ceux qui répriment par balles leur opposition ? La liste serait longue des Etats qu’il faudrait punir.

Aussi bien est-on sûr à 100 % de l’origine des frappes ? Or, n’ont été produits jusqu’à présent, au dire même de nos autorités, que des « faisceaux d’indices ». Exerçons le doute méthodique cher à Descartes. L’hypothèse qu’un groupe extrémiste comme le Front Al Nosra alimenté par des fournitures d’armes extérieures ou par des stocks qu’il aurait pu détourner, ait pu perpétrer ce crime abject pour entraîner une intervention occidentale n’a pas été sérieusement examinée. Or, chacun sait que les déclarations du Président Obama d’août 2012 faisant de l’utilisation d’armes chimiques la ligne rouge légitimant une intervention militaire, ont provoqué depuis lors une surenchère d’accusations parmi les groupes d’opposition et leurs relais. Nous savons depuis les guerres yougoslaves que des populations d’un des belligérants peuvent être choisies comme cibles pour justifier une intervention extérieure. Dans une guerre intercommunautaire féroce comme celle-là, nous ne pouvons pas avoir un degré absolu de certitude. Aussi bien on ne discerne pas clairement quel eût été l’intérêt du régime syrien qui avait pris le dessus par des moyens conventionnels, d’ailleurs tout aussi barbares.

Ainsi la morale remplace le droit. Ce n’est pas un progrès car seul le droit protège tandis que la morale d’où procède la sanction est à l’appréciation des plus forts. La France doit être le soldat du Droit. L’esprit de défense n’a rien à gagner à ce que la France confectionne un droit à sa mesure, en marge du droit international reconnu par l’ONU.

J’en viens maintenant au fond politique de cette affaire. Quels sont nos objectifs politiques ?

L’opposition syrienne démocratique est divisée. La guerre l’a marginalisée au profit de groupes extrémistes. Le cours des révolutions arabes en Tunisie et plus encore en Egypte doit nous rendre prudents. Le premier acte ne pouvait que recueillir notre sympathie. Le second acte a vu l’islamisme politique prendre le pas sur les revendications démocratiques initiales et tendre à la confiscation du pouvoir. Des minorités de plus en plus importantes se sont senties menacées. En Egypte, l’armée a interrompu le processus, avec d’ailleurs – je le note - le soutien de l’Arabie Saoudite. Est-ce là notre référence ? Quelle cohérence y a-t-il entre notre combat justifié au Mali contre les groupes djihadistes armés et la complaisance dont nous ferions preuve à l’égard de ces mêmes groupes dans la guerre civile qui déchire la Syrie ? La France doit soutenir partout non pas l’islamisme politique mais la démocratie, au Mali, au Niger, en Libye, en Tunisie, en Egypte, en Syrie, en Arabie Saoudite, au Qatar, à Bahreïn, dans le respect du principe de non ingérence, bien sûr, et sous le contrôle du Conseil de Sécurité des Nations Unies (CSNU).

Quel effet des frappes américaines et françaises, même brèves et limitées, auront-elles ? D’ores et déjà la menace des frappes a fait se gonfler le flot des réfugiés aux frontières du Liban et de la Jordanie. On ne pourra pas éviter les dommages collatéraux, surtout si les stocks d’armes chimiques sont visés. Que se passera-t-il le jour d’après ?
D’autres frappes ? Sur la Syrie ? Il serait terriblement imprudent de cibler l’arsenal chimique syrien. Ou sur l’Iran ? Un engrenage incontrôlable risque de se mettre en marche. Encore une fois restons fidèles à Descartes et traitons séparément des dossiers dont la solution doit rester distincte : la Syrie, la Palestine, l’Iran. La « fabrication d’un ennemi » est chose facile. Elle sert rarement la cause de la paix.

Le rôle de la France doit être de faire pression pour que l’opposition syrienne désigne ses représentants à la Conférence de Genève II et que celle-ci puisse se réunir dans les prochaines semaines. Cette négociation peut se faire par des rencontres bilatérales dans les couloirs du G20, à Saint-Pétersbourg, mais le G20 n’a pas vocation à remplacer le CSNU. C’est dans le cadre de celui-ci que nous pouvons obtenir une trêve dans la guerre civile et un compromis qui préserve autant que possible l’unité de la Syrie. La balkanisation de la Syrie serait, comme nous le voyons aujourd’hui en Irak, la source de malheurs encore plus grands. Des frappes militaires risquent non de faciliter un compromis mais de reporter aux calendes la négociation nécessaire.

Il faut mettre un peu de cohérence dans notre politique :

C’est une facilité de crier « Munich ». C’est du même niveau que Guy Mollet assimilant Nasser à Hitler. Ce n’est pas digne des républicains que nous devrions être. Le bilan des ingérences passées – Irak, Kosovo, Libye – n’est pas reluisant. Sachons tirer les leçons de l’expérience.

Pour définir notre attitude et le sens même de notre diplomatie, pensons à servir la France et à défendre la paix. Défions-nous de l’occidentalisme. La France ne se définit pas, comme le disait M. Sarkozy, par son appartenance à la famille des nations occidentales. Elle appartient avant tout à la grande famille des nations humaines. La Révolution de 1789 visait à l’universalité. La France doit servir de pont entre toutes les nations et ne pas se couper des pays dits émergents. Le Président de la République souligne à juste titre la nécessité de préserver notre souveraineté. La souveraineté va avec l’indépendance qui est la condition de la grandeur de la France. Celle-ci n’est pas une question de taille mais de hauteur de vues.
Mais qu’en est-il, dans la situation présente, je ne dis pas de l’indépendance mais de l’autonomie même de la France ? Où sont passés nos alliés européens ?

Je souhaite de tout cœur, Monsieur le Ministre, éviter l’enlisement de la France dans une guerre qui serait contraire à ses intérêts et j’ajoute, à sa vocation. Je souhaite que vous usiez de votre influence qui est grande pour contribuer à la réunion aussi rapide que possible de la Conférence de Genève II. La France vous en serait reconnaissante. Il ne faut pas effacer la brillante réussite malienne, qui nous doit aussi beaucoup, par une erreur qui, elle, serait gravissime pour l’ensemble de notre politique étrangère et pour nos intérêts dans le monde.

Voir aussi Syrie : "Une erreur gravissime pour l'avenir de notre diplomatie". Jean-Pierre Chevènement était l'invité de Thomas Sotto sur Europe 1, le 5 septembre 2013.

 

Cet article est le 35ème paru sur ce blog dans la catégorie Chevènement sénateur

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4 septembre 2013 3 04 /09 /septembre /2013 22:49

Mille euros pour le champion du monde cycliste sur piste

 

Un jeune cycliste mayennais était à l’honneur ce 4 septembre dans le hall de l’Espace régional à Laval. L’association des anciens conseillers régionaux des Pays de la Loire* avait décidé de remettre son chèque annuel de mille euros au mayennais François Pervis, après ses performances aux championnats du monde 2013 de cyclisme sur piste et compte tenu des difficultés rencontrées par ce coureur, sans statut professionnel.

 

Francois-Pervis-Laval-040913-016-T.jpgGuy Poirier, président de l’association, a d’abord précisé qu’il revenait, cette année, aux représentants de la Mayenne de proposer un jeune méritant en matière de formation professionnelle. En fait, l’idée de Georges Minzière était de proposer la candidature de François Pervis, compte tenu des articles de presse le concernant. Cela n’entrait pas dans le cadre défini précédemment mais le conseil d’administration de l’association, réuni le 30 mai dernier, s’était rallié à l’unanimité aux arguments de Michel Sorin, qui leur avait présenté cette proposition. Celui-ci, à la demande du président, a expliqué les raisons de ce choix.

 

Photo : François Pervis, entouré des anciens conseillers régionaux présents et du président de son club "Laval Cyclisme 53"

 

Le parcours du jeune cycliste mayennais François Pervis

 

Il est né en octobre 1984 à Château-Gontier. Ses parents, Colette et Patrick Pervis, sont domiciliés à Villiers-Charlemagne (sud-est de la Mayenne). Son palmarès sportif est impressionnant. Voir François Pervis - Wikipédia et le Site officiel de François Pervis.

 

Et, pourtant, la situation du cyclisme sur piste en France ne lui a pas permis d’intégrer une structure professionnelle (à part deux années chez Cofidis). Il a vécu avec les subventions des collectivités territoriales et des sponsors. De plus, il n’a pas été épargné par les blessures et les déceptions, notamment celle de la non sélection aux Jeux Olympiques de Londres, en 2012, alors qu’il remplissait les conditions de sélection.

 

Entre 2006 et 2011, il avait obtenu cinq médailles aux championnats du monde, mais il lui manquait celle qui compte vraiment : l’or. Pour l’obtenir, il a pris des décisions qui l’ont rendu plus fort dans les compétitions. D’abord, la préparation mentale (apprendre à gérer le stress d’avant-course) avec Denis Troch, l’ancien entraîneur du Stade Lavallois. Ensuite, la gestion des courses avec son entraîneur Florian Rousseau. Enfin, la participation aux courses de keirin (spécialité japonaise du cyclisme sur piste) au Japon a été positive pour renforcer sa puissance et apporter un complément de revenu. Mais il y a des frais et des contraintes (longues périodes au Japon, l'éloignant de sa famille).

 

Les championnats du monde en Biélorussie, en février 2013, ont été couronnés de succès pour François Pervis. Médaille d’or au kilomètre, dans un temps remarquable. Voir cet article (Le Point, 20 février 2013) : Cyclisme - Mondiaux 2013 : François Pervis champion du monde.

Médailles de bronze en vitesse individuelle et par équipe. Regret d’être passé à côté d’un exploit en keirin, en raison d’une disqualification sur faute technique.

 

Ce parcours peut être considéré comme exemplaire par les qualités humaines de ténacité et d’intelligence déployées par François pour atteindre son objectif. Il lui a fallu mieux se connaître, faire appel à des conseillers, conserver la confiance en soi et surmonter les obstacles. Ce sont des qualités humaines dont les jeunes ont besoin pour accéder à la vie professionnelle.

 

Patrick Omasson et Alain Lecrecq, respectivement président et vice-président du club « Laval Cyclisme 53 », se sont exprimés à propos des difficultés du cyclisme mayennais, justifiant la construction d’un vélodrome à Laval, l’entraînement sur route étant de plus en plus dangereux pour les coureurs.

 

Puis François Pervis a remercié l’association des anciens conseillers régionaux de sa décision de soutien financier, bien utile dans cette période de crise. Il lui faudrait 30 000 euros par an pour préparer les Jeux Olympiques de Rio en toute sérénité. Ce qu’il est bien loin d’atteindre. A partir de 2014, son objectif sera d’obtenir sa qualification pour les JO de 2016. Il veut rester mayennais, car le soutien des mayennais ne lui a pas fait défaut depuis 15 ans. Il a l’intention de retourner en 2014 pendant cinq ou six mois au Japon afin de compléter son revenu et être plus fort dans les compétitions internationales. Sa description des courses au Japon, sur des pistes - découvertes - en béton, face à des concurrents japonais tous ligués contre lui, menaçant de le faire chuter, a impressionné son auditoire.

 

Jean-Pierre Le Scornet, vice-président du Conseil régional, a trouvé une similitude entre les qualités nécessaires à l’élu régional et au coureur cycliste sur piste, dont la discipline n’est pas suffisamment reconnue. Il a rappelé que la Région soutient le grand projet d’équipement sur Laval, incluant un vélodrome et souhaité que la France, lors des prochains Jeux Olympiques, prenne sa revanche sur la Grande-Bretagne en cyclisme sur piste…

 

Le président de l’association, Guy Poirier, a remis le chèque de 1000 euros au président du club « Laval Cyclisme 53 », le destinataire final étant François Pervis.

 

Puis les discussions ont pu se poursuivre, chacun pouvant accéder aux rafraîchissements mis à disposition par les services de la Région.

 

* Voir Les anciens Conseillers régionaux ont visité La Rochelle et Rochefort - 23 octobre 2009 et Les anciens Conseillers régionaux ont visité Nantes et Saint-Nazaire - 12 juin 2010. 

 

Cet article est le 22ème paru sur ce blog dans la catégorie Les sports et loisirs

 

 

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1 septembre 2013 7 01 /09 /septembre /2013 22:35

MRC, Chevènement et agriculture, titres les plus fréquents

 

Depuis 72 mois, au début de chaque mois, je reprends les titres des articles parus le mois précédent sur ce blog (voir Titres des articles du mois précédent). 

 

Michel SorinDepuis 2006, 2599 articles - classés en 50 catégories - ont été publiés sur ce blog.- en comptant les récapitulatifs mensuels. 

Les 15 titres en août se répartissent ainsi :

- Politique MRC, Chevènement, Fondation Res Publica (5 articles),

- Agriculture et PAC (4 articles),

- Le chômage (1 article),

- Retraites (1 article),

- Energies (1 article),

- Europe (1 article),

- Mutation d’un directeur territorial à la mairie de Laval (1 article),

- L’ermite du Rocher de Roquebrune (1 article).

 

Titres des articles parus en août 2013 sur http://mrc53.over-blog.com

 

Frère Antoine, mayennais d'origine, ermite du Rocher de Roquebrune (31 août) 

Accord de libre-échange ALENA : défavorable à l'agriculture mexicaine (15 août)

Fondation Res Publica : les Actes du colloque sur le thème de la Charia (14)

Fondation Res Publica : Louis Gallois pour un dialogue social productif (13)

Chevènement au Sénat lors du débat sur le Livre blanc de la défense (12)

Chômage et austérité : Nathalie Michaud a rappelé le réel à F Hollande (11)

Les atouts de la luzerne dans le système fourrager sont innombrables (10)

Réforme de la PAC : le ministère de l'agriculture propose 4 scénarios (09)

Filières avicoles françaises en grave difficulté (oeufs, poulet export) (08)

Le projet du MRC pour une autre Europe : réorienter ou tout changer (07)

Le MRC va débattre avec les militants de son projet d'une autre Europe (06)

Il y a 40 ans, le livre de M Rocard Le marché commun contre l'Europe (05)

Financement des retraites : la dette publique (USA, France) en question (04)

Sauvons le climat : danger sur la distribution de l'électricité en Europe (03)

Mutation de Philippe Serre : la mairie de Laval doit faire marche arrière (02)

Cet article est le 72ème paru sur ce blog dans la catégorie Titres des articles du mois précédent

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31 août 2013 6 31 /08 /août /2013 22:39

Cet homme d’esprit sait vivre avec peu et se faire aimer

 

Roquebrune-aout-2013-011-T.jpgOn n’oublie pas une rencontre avec Frère Antoine chez lui, dans cette partie du Rocher* qu’il a squattée depuis 1966 et aménagée à son goût. Il sait accueillir simplement et gentiment, échanger des propos avec humour, raconter des anecdotes sur sa vie autant que des réflexions de fond.

 

Roquebrune-aout-2013-016-T.jpg* Le Rocher de Roquebrune (Var) est un amas de rochers rouges, isolé au milieu de la plaine où coule l’Argens, qui sépare les Maures et l’Estérel. Les Maures, massif cristallin aux formes très arrondies, recouvertes d’immenses forêts. L’Estérel, massif volcanique, avec ses falaises de couleur rouge. Lire la présentation qui est faite dans le livre « Roquebrune au fil du temps » (voir Les temps forts culturels - Roquebrune).

 

 

J’avais pour ma visite une raison particulière : nous sommes originaires du même canton en Mayenne (Cossé-le-Vivien) et son nom, Louis Chauvel, m’avait fait penser à cette famille de Cuillé, près de La Guerche-de-Bretagne, qui a exercé des responsabilités électives (mairie, coopérative agricole, notamment). Louis, né en 1923, était le 11ème d’une famille paysanne de 12 enfants.

 

Sa vie a été racontée dans un livre « Le Paradis, c’est ici » (éditions du Châtelet) et des extraits significatifs ont été publiés dans Vie et spiritualité de Frère Antoine.

 

Voir aussi Frère Antoine (ermite) - Wikipédia et Ermite du rocher - Lengele.fr

 

Cet article est le 33ème paru sur ce blog dans la catégorie Personnalités et célébrations

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