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  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine à partir, notamment, des idées de Jean-Pierre Chevènement, l'un de ses fondateurs, qui n'est plus membre du MRC depuis 2015. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens (MDC) après les élections de 2002. En 2022, le MRC est devenu membre de la Fédération de la Gauche Républicaine avec quatre autres organisations politiques.
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30 juillet 2012 1 30 /07 /juillet /2012 22:44

L’APLI et l’EMB pour une régulation au niveau européen

 

2012-07-10_9.jpgLes producteurs de lait européens réunis au sein de la confédération des organisations de producteurs EMB (European Milk Board) ont manifesté leur mécontentement le 10 juillet 2012 devant le Parlement européen à Bruxelles.

Voici le communiqué de l’EMB, dont les responsables sont, notamment, l’allemand Romuald Schaber, président, et le belge Erwin Schöpges, membre du bureau.

L’ASSOCIATION NATIONALE DES PRODUCTEURS DE LAIT (APLI) et l’Organisation des Producteurs de Lait (OPL) sont les organisations françaises adhérentes à l’EMB.

 

Manifestation des producteurs laitiers à Bruxelles : le lait déborde et les prix plongent !

 

La surproduction qui affecte les marchés laitiers européens entraîne une chute drastique des prix du lait et conduit directement à la prochaine crise laitière. Voilà pourquoi les producteurs laitiers européens manifestent aujourd’hui à Bruxelles devant le Parlement européen.

 

Des centaines de membres du European Milk Board (EMB), la confédération européenne regroupant des organisations de producteurs laitiers en Europe, sont venus à Bruxelles manifester haut et fort contre la mauvaise gestion du marché laitier. Pour symboliser la surproduction actuelle qui affecte les marchés laitiers européens, il a été érigé un lac de lait qui déborde sur la Place du Luxembourg devant le Parlement européen. Les excédents du marché font chuter les prix au plus bas. La survie des exploitations ne peut plus être assurée.

 

Dans le cadre de la réforme actuelle de l’organisation européenne des marchés agricoles, les producteurs laitiers de l’EMB revendiquent des mesures concrètes comme une réduction volontaire de la production et la mise en place d’une agence de surveillance européenne afin que l’offre et la demande puissent se rééquilibrer sur les marchés laitiers.

 

« Les députés européens doivent maintenant bien réfléchir à la réforme de la PAC et engager les bonnes mesures en faveur du marché laitier. L’atterrissage dit en douceur prévu par la Commission européenne signifie un deuxième atterrissage en catastrophe en seulement trois ans. Un des seuls remèdes est de réduire la production, et ce à court terme au mieux en recourant à la réduction volontaire des volumes. Il faut reprendre les bonnes approches du rapport sur l’organisation des marchés agricoles présenté par le Parlement européen et les développer avec la classe politique, en se montrant constructifs mais aussi déterminés », a déclaré le Président de l’EMB Romuald Schaber.

 

Le European Milk Board (EMB) est une confédération européenne regroupant des organisations de producteurs laitiers. Elle représente actuellement 19 organisations issues de 14 pays européens, soit 100 000 éleveurs. Ces pays membres produisent environ 75 % du lait européen.

 

Pour sa part, André Lefranc, président de l’APLI nationale, a répondu aux déclarations d’autres organisations sur la flambée des prix des céréales et matières premières. Voici le communiqué de l’APLI (28 juillet).

 

Après le Syndicat national de l'industrie de la nutrition animale (Snia) - voir la France Agricole du 24/07/2012 - dont le président n'est autre que Alain Guillaume, directeur délégué de Glon Sanders, elle même filiale de ... Sofiprotéol, c'est la FNPL qui s’inquiète de la spéculation sur les matières premières.

Finalement, toujours dans le même média, Xavier Beulin, apprend-on, interpelle François Hollande à ce sujet. Comment Monsieur Beulin ose-t-il s’inquiéter de la spéculation sur les matières premières alors qu’il est le premier avec Sofiprotéol (et son ami V. Bolloré) à désorganiser les marchés mondiaux :

- en chassant les paysans des pays pauvres de leurs terres pour y planter des palmiers à huile au détriment des cultures vivrières.

- en organisant un maximum de contractualisation chez nous pour mettre les paysans sous contrôle et orienter la production dans le sens de la spéculation et non de la nourriture de proximité, et ceci avec un appétit insatiable (voir la proposition de reprise de Doux)

- en « organisant » les cotations des produits au travers de France Agrimer.

- en gérant l’ensemble des coopératives HCCA, ces coops qui ont enterré l’éthique avec laquelle elles ont été créées.

Tout ceci n’a qu'un seul but : sauver la filière des agro-carburants, qui, contrairement à ce qui est officiellement mis en avant par les responsables de Sofiprotéol, participe activement à la destruction de l’environnement et ne survit que grâce aux sommes astronomiques allouées par l’Etat. En fait c'est un pyromane qui demande d’arrêter l’incendie.

Mr Hollande devrait plutôt arrêter le pyromane à moins qu’il n'ait peur de se brûler !!!

Or pour éteindre l’incendie, les canadairs d’aides ne suffiront pas et n’apportent pas la bonne réponse, car le feu repartira. Pour combattre l’incendie, il faut bien le connaître, l’analyse de la situation est primordiale et il faut avant tout le priver d’oxygène, c'est-à-dire arrêter les cycles de surproduction par une régulation concertée au niveau européen de la production.

Il est indispensable également d’ôter tout combustible par une étroite surveillance des marchés, en effet « il s’échange chaque année l’équivalent de 46 fois la production mondiale de blé sur le marché financier de Chicago » (Christine Lagarde, lors du G20 « Finances » (18-19 février 2011).

 

Cet article est le 330ème publié sur ce blog dans la catégorie AGRICULTURE et PAC.

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30 juillet 2012 1 30 /07 /juillet /2012 16:42

L’Europe doit revenir à un système de régulation

 

AG Office du lait Avranches 221111 032 TL’auteur du livre « Europe laitière » (Editions France Agricole, 2010) - voir Dans son livre, Europe laitière, André Pflimlin condamne le libéralisme, André Pflimlin, est sollicité pour intervenir lors de réunions et conférences en France mais aussi en Belgique, au Luxembourg et en Allemagne. Le 27 juin, il était en Belgique, invité par Erwin Schöpges, l’un des responsables de l’EMB (European Milk Board), confédération de producteurs de lait au niveau européen. Auparavant, le 5 juin, il avait présenté au groupe MARS (Mouvement agricole et rural solidaire) le même exposé, suivi d’un débat avec les membres du groupe présents.

 

Plan de l’exposé complet

I La compétition entre pays et régions de l’UE-27 est inéquitable et destructrice pour les éleveurs (cas du Danemark, de l’Irlande, de la France, de l’Allemagne et de la Roumanie).

II Le marché laitier mondial est un leurre pour nos producteurs et nos laiteries.

III Pour une autre politique laitière et rurale:

A- La privatisation du marché laitier… pour l’OMC ?

B- Les contre-exemples: USA, Canada, Confédération Helvétique.

C- La nécessité d’une régulation européenne.

 

Après avoir reproduit la 1ère partie de l’exposé (voir André Pflimlin et l'Europe des producteurs de lait : une infinie diversité - 27 juillet 2012), puis la 2ème (voir André Pflimlin contre la stratégie de produire plus de lait pour l'export - 28 juillet 2012), puis le début de la 3ème partie (voir André Pflimlin et la régulation laitière (Europe, USA, Canada, Suisse) - 29 juillet 2012), voici la fin de la 3ème partie : « La nécessité d’une régulation européenne ».

 

Trois pistes pour l'Europe laitière…

 

1ère piste : adaptation des quotas laitiers

 

• Production ajustée à la demande interne UE… avec exportation de produits nobles, sans aides, stock de sécurité…et un prix du lait selon le coût de production.

 

• Maintien des protections sur les importations.

• Plus de flexibilité pour les transferts de quota entre régions et entre pays en faveur des régions non labourables (prairies) et (ou) à petits troupeaux.

• Arbitrage par la Commission et les Etats.

Avantage : tout est encore en place dans les 27 pays !

Conditions : changer d’étiquette (quota) et introduire plus de flexibilité

 

2ème piste : double quota et double prix.

 

C’était la proposition en 1997 des coopératives laitières (FNCL) et des industriels (FNIL) :

-          Quota A (marché interne) : quota actuel avec prix garanti

-          Quota B (marché mondial) : volume volontaire avec prix lié au marché

Etanchéité garantie entre les deux quotas (caution financière gérée par les Douanes.

 

Avantage : ce dispositif s'appuie sur le cadre actuel des quotas et le conforte. Il laisse de la souplesse pour ceux qui veulent aller sur le marché mondial (laiteries, éleveurs et … pays !).

Réserves : c’est le système canadien des années 1990, qui a été "condamné" à l'OMC (sur plainte de la Nouvelle-Zélande), faute de soutien de l'Europe. Et l’étanchéité entre les quotas A et B ne semble pas assurée dans la version des COOP 2011.

3ème piste : création d’une agence européenne du lait, avec trois missions :

- monitoring de l'offre et de la demande et décisions d’ajustement,

- cadre "d'un prix du lait corridor" sur la base des coûts de production (base RICA...),

- transparence par rapport à la société civile et les consommateurs.

… Et trois conditions :

pérennisation d'une référence – flexible - par exploitation

démultiplication de l'adaptation des quantités (en plus et en moins) par les Organisations de Producteurs (OP)

• ratification des décisions de l’Agence par la Commission Européenne qui les rend obligatoires pour tous les pays et acteurs.

 

Peut on encore faire bouger les lignes ?

Sachant que tout est encore en place pour une régulation UE de l’offre.

 

Des convergences existent sur certains objectifs :

- au niveau européen : EMB (Association des Producteurs de Lait Indépendants APLI et Organisation des Producteurs de Lait OPL) et Via Campesina (Confédération paysanne)

- au niveau français : une OP FMB (France Milk Board, rassemblant l’APLI, l’OPL et la Confédération paysanne). Un pas important mais dont l’effet est limité car difficile à concrétiser au niveau des laiteries.

 

Mais pas de soutien politique…

- Pas d’ouverture du côté de la Commission et du Conseil des Ministres

- Ecoute et soutien discret du Parlement Européen…mais qui vote le mini-paquet Lait le 15 février !

- Pas de soutien des Organisations Professionnelles Agricoles (OPA) majoritaires : FNSEA, FNPL au niveau national, Copa- Cogeca au niveau européen… Et une certaine confusion en ce qui concerne les coopératives (conflits d’intérêt entre producteurs et transformateurs).

Donc des mois difficiles, en attendant la prochaine crise…

 

Conjoncture laitière et calendrier 2ème semestre 2012

 

Paquet lait

- en France, mise en place des OP et de la contractualisation…dans un contexte de baisse des prix (trop de lait) et de charges élevées. Obligation de livraison sans indication de prix ?...

- peu d’intérêt dans les pays du Nord (Coopératives majoritaires)

 

Mais déjà, excédents de lait et baisse des prix inquiétante

Remontée au Parlement européen et au Commissaire Ciolos, qui a déclaré « Un renforcement des mesures de soutien peut être envisagé ».

 

Vote du Farm Bill  américain (été ou automne 2012), ce qui devrait interpeller le Parlement européen et la Commission !

 

Relance possible du débat avec le nouveau Gouvernement français sur la maîtrise de l’offre ?

 

Résumé - Conclusion

 

Pour une autre PAC, respectant les hommes et les territoires

Dans un monde non durable, en CriseS…

crise globale : finance folle; inégalités croissantes

sécurité alimentaire non assurée, de plus en plus aléatoire (un milliard d’humains a faim, un autre milliard mange trop…)

dégradation des ressources naturelles : eau, sols, biodiversité…

énergie fossile plus rare, plus chère, changement climatique…

chômage record : plus de 10 % UE (5 à 25%), surtout les jeunes.

 

… Quelle place pour l’élevage bovin ?

Davantage de lait que de viande (rendement en protéines multiplié par 3)

Avec des vaches plus mixtes (lait-viande) que la Hollstein Frisonne (trop lait) et la Charolaise (trop viande)

Sur des prairies plutôt que sur des terres à céréales et maïs.

 

La stratégie libérale (OMC) de la Commission est « incompatible avec une politique de cohésion de l’UE et avec le respect de l’environnement, des hommes et des territoires ! » (CCE-CESE). Un retour à une maîtrise de l’offre inter-pays et inter-laiteries est incontournable, sauf à risquer l’explosion de l’UE !

 

Deux objectifs prioritaires et solidaires :

- Régulation de l’offre : souveraineté alimentaire ici et ailleurs (Pays en développement):

- Systèmes laitiers durables : soutiens à l’agriculture paysanne, à l’élevage laitier familial, pas à l’agrobusiness (cf Grain 2012).

 

Cet article est le 329ème publié sur ce blog dans la catégorie AGRICULTURE et PAC.

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29 juillet 2012 7 29 /07 /juillet /2012 22:35

Les USA vers la régulation, l’UE en pleine dérégulation

 

AG Office du lait Avranches 221111 032 TL’auteur du livre « Europe laitière » (Editions France Agricole, 2010) - voir Dans son livre, Europe laitière, André Pflimlin condamne le libéralisme, André Pflimlin, est sollicité pour intervenir lors de réunions et conférences en France mais aussi en Belgique, au Luxembourg et en Allemagne. Le 27 juin, il était en Belgique, invité par Erwin Schöpges, l’un des responsables de l’EMB (European Milk Board), confédération de producteurs de lait au niveau européen. Auparavant, le 5 juin, il avait présenté au groupe MARS (Mouvement agricole et rural solidaire) le même exposé, suivi d’un débat avec les membres du groupe présents.

 

Plan de l’exposé complet

I La compétition entre pays et régions de l’UE-27 est inéquitable et destructrice pour les éleveurs (cas du Danemark, de l’Irlande, de la France, de l’Allemagne et de la Roumanie).

II Le marché laitier mondial est un leurre pour nos producteurs et nos laiteries.

III Pour une autre politique laitière et rurale:

A- La privatisation du marché laitier… pour l’OMC ?

B- Les contre-exemples: USA, Canada, Confédération Helvétique.

C- La nécessité d’une régulation européenne.

 

Après avoir reproduit la 1ère partie de l’exposé (voir André Pflimlin et l'Europe des producteurs de lait : une infinie diversité - 27 juillet 2012), puis la 2ème (voir André Pflimlin contre la stratégie de produire plus de lait pour l'export - 28 juillet 2012), voici un résumé de la 3ème partie (A et B).

 

3ème partie : Pour une autre politique laitière…

La privatisation du marché laitier… pour l’OMC ?

Les contre-exemples: USA, Canada, Confédération Helvétique.

 

Rappel des 3 principes fondateurs de la Politique Agricole Commune (traité de Rome 1960 et traité de Lisbonne de 2009) :

- la sécurité alimentaire pour l’Europe en encourageant la productivité

- un niveau de vie équitable pour les agriculteurs et des prix raisonnables pour les consommateurs

- la préférence communautaire: la stabilité des marchés avec soutiens internes, taxes à l’import, aides à l’export

La Commission européenne a oublié ces principes… au profit du libre échange et de l’OMC.

 

La réforme 2003 de la PAC s’est traduite par la rupture pour la filière laitière : annonce de la fin des quotas (en 2015), baisse des volumes et des seuils d’intervention (215 dollars par tonne de lait), compensation partielle et découplage.

En conséquence, le prix du lait UE s’aligne sur le marché mondial : baisse en 2004, flambée en 2007, chute en 2008-09, reprise en 2010-11.

En pleine crise, fin 2008, la Commission et le Conseil confirment la sortie des quotas… et une hausse de 10% de la production UE par rapport à 2003 !

L’excédent net de l’UE va doubler (de 7 % en 2007 à 15% en 2015). Sans maîtrise des volumes c’est la guerre entre pays UE… aux dépens des éleveurs et des régions défavorisées…

 

Le « Paquet Lait » de la Commission en 2012 (approuvé par le Parlement européen) reste dans la ligne 2003-2008 de la dérégulation (fin des quotas, compétitivité, OMC) :

 

Contractualisation entre les producteurs et les laiteries (ce qui n’inclut pas les coopératives, qui collectent 60% du lait !

Groupement de producteurs limité à 3.5% de la production laitière européenne,

Interprofession laitière (rôle limité à l’information, pas de prix, ni volume, sauf AOP-IGP),

Transparence dans la filière (suivi des prix et des marges…),

• Un soutien du marché toujours a minima (seuil d’intervention : 215 euros par tonne).

 

Et des promesses (absentes du texte du Parlement européen du 15 février 2012) :

1. Soutien renforcé aux Zones défavorisées (montagne ?),

2. Si crise, rachat UE des Cessations volontaires (trop tard ?).

 

Il manque l’essentiel : la maîtrise des volumes et des prix. Le Paquet lait est le 2ème étage de la fusée… dont on casse le 1er !

 

Les critiques de la Cour des Comptes européenne (CCE) et du Conseil économique et social européen (CESE) n’ont pas été prises en considération :

 

La CCE (nov. 2009) :

- la PAC Lait n’a pas respecté les 3 principes fondateurs : équilibre du marché, stabilité des prix, garantie de revenu.

- l’UE n’est pas compétitive pour l’export de beurre-poudre.

Elle préconise un recentrage sur le marché UE et l’exportation des fromages sans aides.

 

Le CESE (Fév.2010)

- les produits laitiers ne doivent pas être à la merci du marché,

- la sécurité alimentaire laitière UE pourrait être compromise,

- la fin des quotas en 2015 est incompatible avec l’aménagement des territoires, le développement rural, l’agriculture durable…

La Commission européenne reste sourde. Pour elle, c’est le marché qui doit piloter.

 

Etats-Unis : le contre-exemple parfait ?

 

- Une production, plus ou moins hors-sol, qui s’est déplacée vers l’Ouest

- 90 millions de tonnes de lait, 60 000 troupeaux (moyenne : 155 VL et 10 000 L par VL)

- Les grands troupeaux à plus de 1000 VL font plus de la moitié de la production laitière

- Rapport de Prix Aliment-Lait déterminant (60% du coût de production) :

- très favorable jusqu’en 2007 (lait hors sol, feedlots),

- puis très défavorable en 2008 et 2009 (abattage en nombre des grands troupeaux)

- Production peu excédentaire sur la consommation

Jusqu’en 2005 : plus 2 - 3% net ; en 2008 et 2011: 5%

- Une politique laitière forte et continue depuis 1934 !

Pilotage par le Congrès et gestion par le Ministère de Agriculture (USDA)

a) Même prix de base pour tous les éleveurs par région MMO mais filet de soutien trop bas : seuil d’intervention : 200 dollars par tonne)

b) Compensation du prix du marché (45% du prix objectif)

c) Des taxes à l’importation, des aides à l’exportation (comme UE) et des aides diverses : assurance revenu, ventes à terme.

 

Farm Bill (loi agricole) 2012-16* : plus de sécurité pour le lait US

 

Après 2009 (année difficile), priorité à la sécurité (éleveurs et consommateurs).

Projet des producteurs présenté au Congrès: loi de sécurité laitière

Débat en cours dans les 2 assemblées, soutenu par les 2 partis :

a) Garantie de marge : prix du lait - coût alimentation (VL et Génisses) par tonne de lait

b) Régulation de la production par la réduction des livraisons par ferme jusqu’à 4% de la référence, sinon le lait livré en trop n’est pas payé !

2 critères : Prix USA par rapport aux prix mondiaux et marge par rapport au coût aliment. Les volets a) et b) sont obligatoirement liés dans un même contrat. Ce projet a été initié par les gros producteurs (Cal) repris par la NMPF (équivalent de la FNPL).

 

* Voir La politique agricole américaine (Farm Bill) orientée vers la régulation - 12 juillet 2012 

 

D’autres modèles de régulation…

 

Canada : une gestion des quotas co-pilotée par les producteurs et l’Administration

3 principes :

– Ajustement de l’offre au marché interne

– Ajustement du prix du lait aux coûts de production

– Responsabilité financière : surplus à la charge des éleveurs

3 axes :

– Contrôle de la production et de la répartition

– Contrôle des prix : transformation et distribution.

– Contrôle des importations (taxe 200-300%).

 

Avantages : sécurité, solidarité, garantie de revenu (prix du lait à 450 euros par tonne, y compris 2009)

Inconvénients : coût du quota (2euros par litre), rigidité (kg MG par jour), déconnection de l’aval (lait MP).

 

Suisse : le fâcheux précédent !

 

La Suisse a précédé l’UE pour l’adoption des quotas (1977) et aussi pour la sortie des quotas (2009). Organisation de producteurs (OP) et contrats laiteries.

 

Création de l’interprofession laitière… pilotée par les laiteries car trop d’OP (38), plus ou moins liées aux laiteries.

3 volumes avec prix différenciés (baisse du prix moyen : - 20 à - 30%).

En 2010-11 : retour au Parlement.

Motion Aeby… « Pour réguler les volumes et donc les prix… », car 6% de lait en trop (hors emmental). Motion adoptée au Parlement, gelée par la 2ème Chambre mais le débat n’est pas clos !

 

A suivre… C- La nécessité d’une régulation européenne.

 

Cet article est le 328ème publié sur ce blog dans la catégorie AGRICULTURE et PAC.

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28 juillet 2012 6 28 /07 /juillet /2012 22:54

 Produire à bas prix pour exporter de la poudre de lait ?

 

AG Office du lait Avranches 221111 032 TL’auteur du livre « Europe laitière » (Editions France Agricole, 2010) - voir Dans son livre, Europe laitière, André Pflimlin condamne le libéralisme, André Pflimlin, est sollicité pour intervenir lors de réunions et conférences en France mais aussi en Belgique, au Luxembourg et en Allemagne. Le 27 juin, il était en Belgique, invité par Erwin Schöpges, l’un des responsables de l’EMB (European Milk Board), confédération de producteurs de lait au niveau européen. Auparavant, le 5 juin, il avait présenté au groupe MARS (Mouvement agricole et rural solidaire) le même exposé, suivi d’un débat avec les membres du groupe présents.

 

Plan de l’exposé complet

I La compétition entre pays et régions de l’UE-27 est inéquitable et destructrice pour les éleveurs (cas du Danemark, de l’Irlande, de la France, de l’Allemagne et de la Roumanie).

II Le marché laitier mondial est un leurre pour nos producteurs et nos laiteries.

III Pour une autre politique laitière et rurale:

La privatisation du marché laitier… pour l’OMC ?

Les contre-exemples: USA, Canada, Confédération Helvétique.

La nécessité d’une régulation européenne.

 

Après avoir reproduit la 1ère partie de l’exposé (voir André Pflimlin et l'Europe des producteurs de lait : une infinie diversité - 27 juillet 2012), voici un résumé et des extraits de la 2ème partie.

 

2ème partie : le marché mondial (poudre) est un leurre…

 

… Un leurre pour les producteurs et les laiteries !

 

Certes, il y a une demande mondiale croissante en protéines (surtout en Asie du sud-est, au Moyen Orient et en Afrique), qui justifie le discours dominant en Occident :

-          « Nous devons nourrir le monde » … surtout s’il est solvable !

-          L’Europe a de bons atouts (climat, savoir faire, technologie…).

-          C’est bon pour notre économie et c’est une bonne cause…

… Une bonne cause qui oublie l’élevage local, la souveraineté alimentaire des pays en voie de développement.

 

Il nous faut choisir entre deux stratégies :

-          Produire beaucoup et à bas prix pour exporter de la poudre de lait et gagner des marchés selon les règles de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC), donc sans protections,

-          Produire surtout pour un marché européen mieux protégé, avec des produits régionaux, et n’exporter que des produits de qualité, sans aides.

 

La course à l’export est déjà repartie…

 

Les pays exportateurs sont

-          ceux qui ont une croissance forte en 2011 : Nouvelle-Zélande (plus de 10 %), Argentine et Uruguay,

-          les USA et l’Union européenne qui ont une croissance moyenne mais soutenue depuis 2010.

 

Les pays importateurs sont

-          la Chine, dont les achats ont été exceptionnels, début 2011 (plus faibles ensuite). Forte relance de la production interne, rachat de fermes en Nouvelle-Zélande…

-          en Asie du sud-est : demande forte en poudre de lait, compétition avec Fonterra (groupe laitier, Nouvelle-Zélande),

-          Japon, Corée du sud, Russie : importateurs de fromages en provenance d’Europe et d’Australie),

-          Maghreb et Moyen Orient pétrolier : un marché à consolider pour l’Union européenne ?

 

Pays émergents autonomes : Inde, Brésil.

Autosuffisance préservée, avec de très nombreux petits troupeaux. Mais pour combien de temps ?

 

Union européenne : la course au séchage est déjà repartie…

 

-          Des investissements massifs engagés en 2011-2012 en tours de séchage en Allemagne, aux Pays-Bas, en Irlande, au Royaume-Uni, pour produire : lait infantile, poudre classique, lactosérum…

-          Le parc français en tours de séchage est ancien et saturé. Aux printemps 2008 et 2012, les outils étaient débordés. De nouveaux projets sont en débat… mais avec peu de réalisations. La France produit déjà 32 % de la poudre laitière (PLE) de l’UE à 27, et 16 % de poudre grasse. Les chiffres respectifs pour l’Allemagne sont 27 % et 13 %, celle-ci produisant et exportant plus de fromages que la France !

-          Depuis la fin 2011, les cours sont retombés, car le lait est en excédent partout. Le coût du pétrole restera élevé (une tonne de fioul par tonne de PLE).

-          Est-le moment d’investir sur 20 ans pour des produits industriels hyperconcurrentiels, sur un marché déjà pris, sans contrat d’achat à long terme ?

 

La Nouvelle Zélande tient le marché beurre- poudre avec 2.5% de la production de lait mais 1/3 du Marché Mondial.

 

Une matière première peu coûteuse car c’est un pays idéal pour faire du lait pas cher (150-200€ / T)

- avec du pâturage toute l’année, sans complément

- pas de bâtiment ni de matériel (en dehors de la salle de traite)

- des troupeaux de 400 vaches par élevage et 1 à 2 UTA (unités de travail agricole)

 

Une laiterie unique hyper spécialisée :

- Fonterra collecte et exporte 95 % de la production sous forme de beurre- poudre essentiellement, avec des usines de reconstitution en partenariat avec les Etats importateurs, dans le monde entier

- Fonterra contrôle les marchés à terme de la poudre de lait …et c’est un Néo-Zélandais qui pilote les débats agricoles à l’OMC !

 

Reste-t-il de la place à la France et l’UE pour exporter plus de beurre-poudre ?

- Oui…aux conditions de Fonterra et de l’OMC ! Or nous avons un coût de production double du lait de Nouvelle-Zélande. Et un coût de séchage de plus en plus élevé (1 t fuel / t poudre).

- Nos Coopératives laitières n’ont pas de stratégie commune : ni pour la recherche de marché sécurisés, ni pour les réinvestissements en tours de séchage (les groupes privés misent plus sur les fromages et le frais…)

- Plus on fera de poudre, plus le prix du lait UE sera dépendant du marché mondial : plus volatil et plus bas !

 

Cet article est le 327ème publié sur ce blog dans la catégorie AGRICULTURE et PAC.

 

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27 juillet 2012 5 27 /07 /juillet /2012 19:45

Deux modèles opposés, danois et bavarois, et la Roumanie

 

AG Office du lait Avranches 221111 032 TL’auteur du livre « Europe laitière » (Editions France Agricole, 2010) - voir Dans son livre, Europe laitière, André Pflimlin condamne le libéralisme, André Pflimlin, est sollicité pour intervenir lors de réunions et conférences en France mais aussi en Belgique, au Luxembourg et en Allemagne. Le 27 juin, il était en Belgique, invité par Erwin Schöpges. Auparavant, le 5 juin, il avait présenté au groupe MARS (Mouvement agricole et rural solidaire) le même exposé, suivi d’un débat avec les membres du groupe présents. Voici un résumé et des extraits de cet exposé (1ère partie).

 

« Europe Laitière, la double impasse : le marché libéral  et le modèle de production. Comment en sortir ? »

 

Plan de l’exposé complet

I La compétition entre pays et régions de l’UE-27 est inéquitable et destructrice pour les éleveurs (cas du Danemark, de l’Irlande, de la France, de l’Allemagne et de la Roumanie).

II Le marché laitier mondial est un leurre pour nos producteurs et nos laiteries.

III Pour une autre politique laitière et rurale:

La privatisation du marché laitier… pour l’OMC ?

Les contre-exemples: USA, Canada, Confédération Helvétique.

La nécessité d’une régulation européenne.

 

1ère partie : les différents modèles de production laitière en Europe

 

Localisation de la production laitière et taille des troupeaux en Europe

80 % du lait est produit dans ce qu’était l’Union européenne à 15 (avant l’entrée des pays plus à l’est).

50 % du lait est produit sur 10 % des surfaces.

Grande diversité des systèmes de production et des tailles de troupeau :

-          différences entre l’Autriche (moyenne de 12 vaches) et le Danemark (moyenne 120). Dans l’UE à 15 : moyenne 45.

-          Dans les 12 nouveaux pays (qui font 20 % de la production mais 80 % des troupeaux), il y a deux sous-groupes de pays : les très grands troupeaux (de 100 à 1000 vaches) et les très petits (moins de 5 vaches).

 

Demain, avec la fin des quotas, la compétition entre pays et régions sera plus inéquitable et  plus destructrice… même entre les pays de l’Europe de l’Ouest

 

Entre le Danemark (120 VL, 1 000 T de lait / ferme, modèle intensif de l’ancienne commissaire à l’agriculture Mme Fischer Boel) et l’Irlande (60 VL, 300 T, modèle extensif), il y a les Pays-Bas (70 VL, 600 T), l’Allemagne (50 VL, 350 T) et la France (45 VL, 300 T).

 

Cas extrême du Danemark (3 % du lait de l’UE) : une restructuration vertigineuse (33 000 troupeaux, moyenne 30 VL en 1984 ; 3 000 troupeaux, 160 VL en 2014) avec d’énormes investissements.

Les fermes sont rachetées à l’installation, financées par des prêts à LT (au moins 30 ans, dont 10 avec différé de remboursement de capital).

Taux d’endettement moyen : 20 000 euros par VL, 100 à 150 euros de frais financiers par tonne de lait produite.

Pourquoi cette course folle ?

-          Anticipation sur la fin des quotas, quasi certaine depuis longtemps (la ministre de l’agriculture, Mme Fischer Boel, est devenue commissaire européen à l’agriculture),

-          Depuis 1997, marché libre des quotas,

-          Une laiterie unique (coopérative) ARLA, qui collecte 90 % du lait au Danemark et en Suède, plus de 30 % au Royaume-Uni et, de plus en plus, en Allemagne,

-          Une organisation professionnelle unique, qui tient tout (le syndicalisme, la recherche et le conseil, l’approvisionnement…),

-          Une double compétition, interne (avec production porcine) et externe (à partir de la suppression des quotas, en 2015, avec les autres pays européens, être plus gros, plus forts).

Les éleveurs avaient le choix : grossir ou partir. Maintenant, ils n’ont plus le choix. C’est traire pour rembourser les dettes (revenu nul ou perte de revenu depuis quatre ans, proportionnelle au nombre de vaches).

 

Cas extrême de l’Irlande (3,5 % du lait européen) : toujours plus de pâturage (4 millions d’hectares de prairies, qui occupent 90 % de la SAU, 1 million de VL). Elevage moyen : 50 hectares, 60 VL, 5 000 kg de lait par VL et par an, avec peu d’aliments concentrés (500 kg/VL/an, 9 mois de pâturage, 3 mois d’hivernage avec ensilage d’herbe). Laiteries et salles de traite fermées en janvier.

Système simple et rentable actuellement, mais qu’en sera-t-il demain ? Coût de production (hors travail) : 150 euros/tonne de lait (peu de charges de structure, peu d’aliment concentré, un peu plus d’engrais azoté, plus de prairies avec trèfle). Type de vache plus rustique.

A l’avenir, face à la crise et au chômage, produire plus (pâturage) et exporter sur le marché mondial (déjà 80 % aujourd’hui, car seulement 4 millions d’habitants), donc plus de beurre et de poudre de lait (sans aides européennes ?)

 

Cas intermédiaire de la France (16 % du lait européen) : 70 000 troupeaux, des systèmes fourragers basés sur le maïs (3/4 du quota) mais aussi des systèmes herbagers de plaine (avec peu de maïs, moins de 10 % du lait, des AOC peu rémunérées), des systèmes herbagers de montagne (10 % du lait, 30 % des producteurs impliqués dans les AOC et un prix du lait souvent plus élevé).

Des filières qualité mais aussi beaucoup de produits frais et industriels de grande consommation, laissant une plus-value faible pour le lait « minerai ».

 

Cas particulier de l’Allemagne (19 % du lait européen, 80 000 troupeaux) : 3 modèles plus extrêmes

-          Au sud, des fermes diversifiées de 20 à 40 ha (races mixtes ou brunes), du pâturage, avec un complément tourisme (chambres d’hôtes, circuit court, bio, forêt…). Maintien du tissu rural, à l’avenir, par la diversité,

-          Au nord, des fermes familiales spécialisées, peu endettées (l’installation se fait sans coût de reprise – pension aux parents). En moyenne, 60 à 100 VL Holstein, 8 000 kg/VL, systèmes fourrager à base de maïs et pâturage. A l’avenir, croissance de la production laitière mais concurrence du biogaz par rapport au maïs,

-          A l’est, des modèles américains (500 à 1000 VL, 10 000 kg/VL, ration complète, 3 traites/jour). A l’avenir, lait ou céréales ou énergie ?

 

Allemagne-France : les pièges de la compétition

Des producteurs allemands plus compétitifs ? Cela se discute. Ils ont : transmission d’exploitation peu coûteuse, main-d’œuvre de l’est moins coûteuse, fiscalité (TVA et forfait), aides fédérales (bâtiments) et aussi des länder (2ème pilier), biogaz et autres énergies renouvelables (à la fois concurrentes et complémentaires).

Des laiteries plus compétitives ? Cela se discute. Exemple : la MUH, coopérative, usine très spécialisée en lait UHT, valorisé à 0,5 euro/l, dans une région très herbagère de piémonts (Ardennes), avec un prix du lait au producteur, inférieur au prix moyen allemand depuis 2009. Projet de tour de séchage, avec prévision de 50 % de lait en plus. Les choix de cette laiterie ont été contestés (départ de 108 éleveurs).

 

Roumanie : un tiers du pays à l’abandon : le pays le plus pauvre de l’UE (22 millions d’habitants), avec 4 millions de petites fermes (27 % des emplois en 2007), dont 1 million qui ont moins de 6 VL.

D’un côté, concentration dans la plaine du Danube pour les cultures (maïs, soja, tournesol, coton), les porcs et volailles, quelques grands troupeaux de vaches (migrants avec 1 000 VL).

De l’autre, déprise dans les Carpathes, sur des piémonts herbagers à forte biodiversité et vocation d’élevage, mais trop petites structures, sans aides et sans accès au crédit, et aussi sans possibilité de respecter les normes sanitaires européennes. Seulement 20 % du lait est collecté par les laiteries. Il faudrait un grand projet européen de développement rural.

 

Conclusion de la 1ère partie : entre le modèle danois (160 000 fermes à 160 VL, très risqué pour les éleveurs, avec concentration et pollution ici et déprise là) et le modèle bavarois ou normand (1 million de fermes à 20-50 VL, avec diversité des produits et des territoires, biens publics, 2ème pilier européen renforcé), il y a de grandes différences et un équilibre à trouver.

 

Cet article est le 326ème publié sur ce blog dans la catégorie AGRICULTURE et PAC.

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26 juillet 2012 4 26 /07 /juillet /2012 22:48

Le régime El-Assad sans avenir mais quoi à la place ?

 

C’est très difficile de se faire une opinion sur ce qui se passe en Syrie. C’est fort complexe et il n’y a que des mauvaises solutions. Voici des informations. En attendant mieux. Mais la situation est vraiment dramatique.

 

Voir Syrie : Toute l'actualité sur Le Monde.fr et Syrie - Le Monde diplomatique

Syrie : les troupes d'Assad se déploient autour d'Alep pour une bataille décisive (Le Parisien, 26 juillet 2012)

Syrie. Les Etats-Unis craignent un massacre à Alep (Ouest-France, 26 juillet)

 

La Syrie brandit la menace des armes chimiques en cas d'"agression" des Occidentaux (Le Monde, 23 juillet)

 

Pierre Haski est l’auteur d’une bonne synthèse (Rue89, 24 juillet 2012) : Syrie : pourquoi Bachar el-Assad se battra jusqu’au bout

 

Enjeux nationaux, régionaux, confessionnels : plusieurs conflits se déroulent en un. Une complexité stratégique plus grande qu’en Tunisie, en Egypte ou en Libye.

Les événements de Damas ou Alep, deux métropoles restées largement absentes du soulèvement depuis seize mois, montrent une accélération du conflit en Syrie. Et, en creux, l’échec de l’approche diplomatique, enterrée par le double veto à l’ONU. Même si l’issue de ce conflit n’est pas nécessairement aussi proche qu’il y paraît.

Malgré son arsenal militaire et sa détermination à se maintenir au pouvoir par tous les moyens, le régime d’Assad n’a sans doute plus les moyens de gagner le bras de fer avec ses opposants ; mais ceux-ci, avec leurs divisions et leurs conflits internes, n’ont pas encore fait la preuve de leur capacité à l’emporter, et encore moins à présenter une alternance crédible.

Avec ou sans la chute du régime, l’instabilité pourrait ainsi durer longtemps en Syrie. Certains parlent d’années, avec son cortège de victimes civiles – déjà plus de 15 000 morts – et de populations déplacées – des centaines de milliers de réfugiés dans les pays voisins et déplacés à l’intérieur du pays.

Complexité syrienne

Le régime syrien ne se résume pas au pouvoir d’un homme, d’un clan, ou même d’une caste. Il est le produit d’une longue histoire qui plonge ses racines dans la composition confessionnelle de la Syrie, l’histoire coloniale et en particulier française, et la revanche sociale d’un groupe qui a atteint le sommet en utilisant le canal de l’armée.

Les Alaouites, la communauté dont est issue Bachar el-Assad et qui constitue le cœur du pouvoir syrien, ont longtemps été les mal-aimés de la Syrie. Ne serait-ce que pour des raisons religieuses : issus du chiisme au sein de l’islam, ils étaient considérés aussi bien par les chiites que par les sunnites comme des hérétiques, jusqu’à d’opportunes cautions religieuses très politiques, provenant d’abord du grand mufti de Jérusalem Mohamed Amin al-Husseini, puis de l’imam irano-libanais Moussa Sadr avant sa disparition en Libye en 1978.

Le pouvoir syrien ne s’est évidemment jamais assumé comme alaouite. Il s’est confondu avec le parti pan-arabe Baas, né en 1947 et déconnecté de toute considération religieuse au point d’avoir été loué comme un modèle de laïcité pour le monde arabo-musulman.

Pouvoir alaouite

Mais la réalité en Syrie est la concentration du pouvoir, en particulier militaire et sécuritaire, et de plus en plus économique, autour de la communauté alaouite, même si celle-ci ne constitue que 11 à 12% de la population totale, tandis que les musulmans sunnites en représentent la majorité, au côté des autres groupes minoritaires (chiites, chrétiens, kurdes...).

Vous savez que le climat est à la guerre civile lorsque les citoyens cessent de se référer à leur identité nationale – en l’occurrence syrienne – pour en revenir à leur identité communautaire : alaouite, sunnite ou chrétienne. Ce fut le cas en Yougoslavie avant le début de l’éclatement et de la guerre de 1991 ; c’est aujourd’hui le cas en Syrie, comme le racontent, par exemple, Florence Aubenas à Alep ce lundi, et le New York Times dimanche.

De ce fait, il ne suffit pas de faire sauter un homme ou un clan comme en Tunisie ou en Egypte. Les Alaouites, dans leur grande majorité (il y a de rares exceptions, comme l’écrivaine Samar Yazbek, exilée à Paris), sont aujourd’hui convaincus que s’ils perdent le pouvoir, il y aura des représailles, et qu’ils subiront, en tant que communauté, la vengeance des autres après des décennies d’exactions et de pouvoir despotique. Les autres minorités – Kurdes, chiites, et surtout chrétiens – partagent peu ou prou ce sentiment, comme l’avait inopportunément exprimé la hiérarchie catholique d’Alep aux premiers temps du soulèvement populaire.

Un mini Etat-alouite ?

Autre signe qui ne trompe pas : le retour progressif de nombreux Alaouites vers leur région d’origine, au port de Tartous (qui abrite une base russe) et dans les montagnes, là où certains fantasment déjà sur la création d’un mini-Etat alaouite comme les Français, dans leur stratégie de diviser-pour-mieux-régner, l’avaient fait au début de leur mandat, dans les années 20. Ils durent y renoncer en 1936 sous pression de la bourgeoisie sunnite des villes, non sans qu’une pétition de protestation de dignitaires alaouites ne soit envoyée à Léon Blum, alors président du Conseil, notamment signée par... le grand-père de Bachar el-Assad.

Dans une « lettre de Tartous », le site Foreign Policy parle de plusieurs milliers de familles alaouites réinstallées dans cette région en fuyant les zones d’affrontements de Homs et d’ailleurs. Et en Israël, on se prépare officiellement au cas de figure improbable d’un afflux de réfugiés alaouites en cas de chute du régime Assad. Ce contexte laisse à penser que le régime se battra jusqu’au bout, plutôt que le scénario « soft » d’un départ de Bachar el-Assad et de sa famille à l’étranger, ou d’un coup de force interne au régime dans l’espoir de sauver l’édifice en sacrifiant la tête, comme dans le précédent égyptien.

Une dimension stratégique

Lorsque Ben Ali s’est enfui de Tunis, le 14 janvier 2011, les experts de la région se sont empressés de dire qu’un tel scénario était impossible en Egypte, trop gros morceau par rapport à la modeste Tunisie. Un mois plus tard, Moubarak tombait à son tour. L’effet domino s’est arrêté là dans la vague révolutionnaire. En Libye, il a fallu l’intervention de l’Otan pour aider les insurgés de Benghazi à faire tomber le pouvoir de Kadhafi après quatre décennies ; à Bahrein, à l’opposé, la coalition d’intérêts régionaux a écrasé la contestation.

Quid de la Syrie ? On ne peut pas évoquer la seule dimension intérieure et sa complexité pour analyser l’avenir du soulèvement populaire.

Jeux d’alliances

La Syrie fait partie d’un tissu complexe d’alliances à l’échelle régionale et internationale qui en fait un enjeu de choix :

·         au Moyen-Orient, la Syrie est l’alliée de l’Iran et du Hezbollah libanais ; elle joue un rôle-clé dans la vie de son voisin libanais, pour son plus grand malheur, et dans l’éternel conflit israélo-arabe, en raison de l’occupation du plateau du Golan par l’Etat hébreu depuis 1967 ;

·         au niveau international, elle bénéficie toujours de la protection bienveillante de la Chine et surtout de la Russie, deux membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU qui ont mis leur veto la semaine dernière à une résolution inspirée par les Occidentaux.

Pour autant, ceux qui tentent de décrire le conflit actuel comme un affrontement entre l’« impérialisme » occidental et un front « anti-impérialiste » recomposé sont dans l’illusion ou la fiction :

·         le pouvoir d’Assad cherche d’abord à perpétuer son contrôle dictatorial du pays ;

·         les Russes sont dans l’affirmation de leur puissance renaissante ;

·         les puissances du Golfe qui soutiennent l’opposition, mènent, par Syriens interposés, leur éternel conflit avec l’Iran chiite ;

·         la Turquie s’affirme comme nouvelle puissance régionale dans l’ancien empire ottoman.

Les Occidentaux, pour leur part, sont totalement engagés dans ce jeu complexe. Ils se sont impliqués à reculons dans le conflit syrien, en raison justement de la situation stratégique différente de ce pays. Sans oublier, tout de même, que tout infréquentable qu’il soit, le régime baassiste a collaboré avec la CIA pour accueillir les prisonniers jihadistes ou supposés tels (exemple : le Canadien d’origine syrienne Maher Arar) soumis à la torture dans le programme de « rendition » de l’administration Bush, et que Bachar el-Assad trônait sur les Champs-Elysées pas plus tard qu’en 2008.

Etre du « bon côté » ?

Aujourd’hui, ils ont choisi d’appuyer politiquement, et sans doute en sous-main militairement, l’opposition syrienne, malgré ses divisions et ses contradictions, dans l’espoir de se trouver du « bon côté » du manche à l’heure du bilan. Le paradoxe est que les pays occidentaux se sont trouvés en porte-à-faux en Tunisie et en Egypte, et que lorsqu’ils ont pris l’initiative comme en Libye, ils n’en ont guère récolté les bénéfices.

En Syrie, ils avancent à pas mesurés : pas question, par exemple, de rejouer l’aventure militaire avec BHL, malgré les exhortations de ce dernier restées lettre morte. En revanche, les Occidentaux font le pari de peser sur l’issue désormais jugée inéluctable de ce conflit qui verra la chute d’Assad, afin de contenir l’influence trop grande des islamistes et notamment des jihadistes, tout en sortant la Syrie de l’orbite russe et iranienne. Ce pari est évidemment hasardeux car, comme le montrent les autres révolutions arabes, nul ne peut en garantir l’issue ni même les rapports de force politiques à l’issue de quatre décennies de glaciation.

L’appel, ce week-end, de Laurent Fabius, à la transformation de l’opposition en un gouvernement provisoire susceptible de remplacer le gouvernement syrien en cas de chute du régime, relève pour l’heure de l’incantation, tant cette opposition est divisée, même si, sur le terrain, c’est l’armée syrienne libre qui a la seule légitimité qui compte, celle des armes.

Il y a quelques jours, la réunion au Caire de la principale composante de l’opposition s’est terminée en pugilat lorsque les représentants kurdes ont réclamé la reconnaissance de leurs droits...

Quoi qu’il en soit, c’est toute l’équation du Moyen-Orient qui sera bouleversée quand (et pas si) Bachar el-Assad tombera. La région entrera dans un monde imprévisible, où tous les repères en place depuis des décennies seront à revoir. Mais avant que ce « big bang » moyen-oriental ne se produise, Assad ne se rendra pas sans un combat au finish, entraînant son cortège de souffrances et de destructions. Et l’inévitable radicalisation qui va avec.

 

Cet article est le 30ème paru sur ce blog dans la catégorie Proche Moyen Orient.

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26 juillet 2012 4 26 /07 /juillet /2012 14:31

Les réformes structurelles de régulation, c’est pour quand ?

 

La complexité des mécanismes financiers, le poids de la finance sur l’économie, le nombre de ses relais politiques dans les Etats et les institutions, font que les timides mesures de régulation ne sont pas encore mises en œuvre, cinq ans après la crise. La preuve est faite qu’il ne faut pas compter sur la finance pour s’autoréguler. Il suffit de voir les scandales qui s’accumulent, le Liborgate étant parmi les plus significatifs.

 

A ce sujet, voici quelques informations concernant ce scandale de la manipulation des taux interbancaires.

 

- Voir Comprendre le Liborgate (Le Point, 20 juillet 2012). Entretien avec l'économiste et anthropologue Paul Jorion.

 

- L’article de L’Expansion fait le tour des différents scandales bancaires : De HSBC au Liborgate, les nouveaux scandales de la finance (Ludwig Gallet, 19 juillet 2012). Sa conclusion.

(…) La multiplication des scandales financiers pose immanquablement la question d'une régulation. Les Etats-Unis et la Grande-Bretagne ont déjà voté des lois tendant à isoler ou à restreindre les activités spéculatives. Les Britanniques ont ainsi prévu une filialisation de la banque casino au sein des groupes bancaires. Quant aux Etats-Unis, avec la Loi Volcker, ils veulent notamment interdire la spéculation pour compte propre. Une réforme qui prend d'autant plus de poids et de légitimité que l'un de ses plus fervents opposants n'est autre que Jamie Dimon, le PDG de JPMorgan... Ces affaires pourraient également avoir quelques répercussions en Europe, puisque le Vieux Continent réfléchit actuellement à adopter sa propre règle Volcker. Quant à François Hollande, il a inscrit à son programme une loi de séparation des activités bancaires. Si le débat est bien lancé sur le fond, les contours d'une éventuelle réforme demeurent cependant encore très flous.

- Sur son blog (Les coulisses de Bruxelles), Jean Quatremer, correspondant de Libération auprès des institutions européennes, met en évidence les réactions indignées des fonctionnaires européens (notamment de Michel Barnier), qui étaient jusqu’à présent sur la ligne de l’autorégulation de la finance...

Voir Libor: le drapeau rouge flotte sur Bruxelles... (17 juillet 2012). La conclusion.

(…) L’affaire du libor souligne une nouvelle fois l’urgence de mettre en place une surveillance européenne des banques qui soit à la fois détachée des intérêts nationaux et efficace, comme l’a décidé le Conseil européen des chefs d’État et de gouvernement des 28 et 29 juin. Michel Barnier a promis de faire une proposition début septembre afin qu’elle puisse être adoptée avant la fin de l’année. Pour l’instant, c’est la Banque centrale européenne (BCE) qui tient la corde pour assumer le rôle de « superviseur européen ». Le commissaire est aussi favorable à ce que toutes les banques – et pas seulement les banques dites « systémiques » — soient soumises à ce contrôle. Il faudra aussi régler la question du contrôle démocratique et de la responsabilité civile de ce superviseur, de l’autorité qui sera chargée de restructurer le secteur en cas de problème (qui ne peut pas être la BCE), de la garantie européenne des dépôts ou encore du fonds de résolution des crises… Un été studieux s’annonce.

 

A lire : "Le triomphe de la cupidité" de Joseph Stiglitz (Le Point, Marine de Tilly, 24 janvier 2011). Voir Le triomphe de la cupidité, de Joseph E. Stiglitz (Babel, 516 p., 10,50 euros). Extrait.

Pour Stiglitz, ce qui s'est passé en septembre 2008 est comparable à la chute du mur de Berlin pour le communisme en 1989. Dans Le triomphe de la cupidité, il s'agit donc de réinventer un système qui, même après avoir fait trembler le monde, n'a pas évolué. L'accroissement des inégalités, la montée de la pauvreté, l'aggravation des crises environnementales, observables par tous, en sont le résultat. Repenser le monde et son économie, taxer la spéculation et détaxer le travail, faire tomber les marchés qui "se comportent comme les dictateurs dans le domaine politique" : tout est à recommencer, depuis zéro.

 

Rappel : Actes du colloque de la Fondation Res Publica : réformer les banques - 29 février 2012 

 

Cet article est le 127ème paru sur ce blog dans la catégorie Capitalisme

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25 juillet 2012 3 25 /07 /juillet /2012 22:38

Les investisseurs sont incités à choisir l’agrobusiness

 

Les capitaux affluent dans les secteurs économiques liés à l’agriculture. C’est un phénomène mondial (voir Le point sur l'accaparement de terres par des investisseurs étrangers - 25 juillet 2012).

 

Les raisons sont présentées dans les recommandations de Jean-Claude Périvier, rédacteur de Défis & Profits - voir "Achetez de la terre, on n'en fabrique plus." (Jean-Claude Périvier, 18 juillet 2012).

 

Ces recommandations d’investissements proviennent de son analyse des besoins alimentaires dans les prochaines décennies.

Pourquoi placer l’agrobusiness au coeur de votre portefeuille ? (Jean-Claude Périvier, 25 juillet 2012)

Selon des chercheurs, la sécurité alimentaire de 3 milliards d'hommes serait menacée d'ici à 2100. En cause, le réchauffement climatique. Ils estiment que les températures record connues en 2003 pourraient devenir la norme.

Mais il faut savoir qu'en 2003, un excès de température de 3,6°C par rapport aux températures moyennes de saison avait fait diminuer les rendements agricoles de 30% pour le maïs, 21% pour le blé et 25% pour les fruits !

Considérez ces quelques chiffres : la consommation par personne par jour au niveau mondial est en moyenne de 2 780 kilocalories (kcal). Mais dans les pays développés, ce chiffre atteint 3 314 kcal, tandis que dans les pays émergents, on ne consomme pas plus que de 2 674 kcal.

Mais en 2030, les prévisionnistes estiment que nous serons aux alentours de 3 050 kcal par jour et par personne au niveau mondial, grâce à l'élévation du niveau de vie dans les pays émergents. Nous sommes loin des famines dont je vous parlais tout à l'heure...

 

Que signifient ces chiffres ?
Nous sommes devant une augmentation de la consommation en calories de l'ordre de 30% d'ici à 2030. Cela paraît gérable aux spécialistes de la FAO, mais les choses ne sont pas aussi évidentes quand on rentre dans le détail.

Les régimes alimentaires dans les parties du monde qui deviennent plus riches sont maintenant dominés par un besoin en protéines et en sucre. Avec les populations qui s'enrichissent, la demande en protéines va exploser – ce qui signifie une demande beaucoup plus forte pour les volailles, le porc et le boeuf. Et cela concerne principalement les pays qui avaient au préalable une alimentation basée sur des mets constitués à partir de grains comme le riz, le blé, ou le maïs.

Cette conversion de régimes à base de grains vers des régimes riches en protéines va augmenter la demande globale en grains car le bétail est lui-même grand consommateur de grains.

On peut estimer sans faire trop d'erreurs que si la demande en calories augmente de 30% entre maintenant et 2030, tel que c'est prévu, la demande en grains va progresser d'un même multiple.

Je l'ai souvent évoqué dans ces lignes mais selon l'OCDE, la classe moyenne mondiale va augmenter de 3 milliards de gens dans les 20 prochaines années. Leur demande pour des régimes alimentaires à base de protéines va accroître la pression à la fois sur les prix du bétail et sur les prix des grains. La Chine sera en particulier un de ces gros consommateurs dans les 20 prochaines années mais cela concerne les populations partout dans le monde.

 

Encore une fois, la Chine...
Cela ne vous surprendra pas mais en effet, la Chine va jouer un rôle majeur dans l'évolution de la consommation alimentaire mondiale.

L'objectif de la Chine d'atteindre le niveau de développement des pays avancés progresse à grande vitesse. La révolution économique et industrielle chinoise, depuis qu'elle a démarré il y a environ une trentaine d'années, a conduit à une émigration massive des campagnes vers les zones urbaines.

Aujourd'hui, 50% de la population chinoise habite les villes, contre 17% en 1980. Vous avez été témoin de la croissance incroyable du PIB chinois au cours de ces dernières années. Une robuste croissance économique couplée à une urbanisation continue constitue les fondamentaux de l'ascension économique de la Chine, dans laquelle la classe moyenne va atteindre 31% de la population totale en 2015.

Les pourcentages sont significatifs, mais en valeur absolue ce sont des dizaines voire des centaines de millions de personnes dont on parle ! Naturellement, cela va accélérer. Certaines projections indiquent que la consommation totale de la Chine en denrées agricoles pourrait atteindre vers 2020 les deux tiers de la consommation actuelle des Etats-Unis !

 

... qui a de plus en plus besoin de protéines animales
Pour en revenir à l'aspect alimentaire, la population urbaine en Chine dépense 2,7 fois plus pour la nourriture que la population vivant en milieu rural. Bien entendu, une partie de cette différence peut être attribuée à des prix plus chers en ville, mais elle provient aussi du niveau de vie plus élevé qui accompagne l'urbanisation.

Ce n'est pas tellement que ces Chinois mangent plus quand ils habitent les villes, c'est plutôt la composition de leur régime alimentaire qui change. Leur régime alimentaire va s'occidentaliser avec une consommation comprenant beaucoup plus de protéines et de sucreries, entraînant une demande mondiale de plus en plus forte pour les grains. Et cela n'est pas prêt de s'arrêter vu la marge de croissance pour atteindre nos moeurs occidentales.

La Chine reste en retard par rapport aux Etats-Unis et à la plupart des nations industrialisées en termes de consommation de protéines. Boeufs et volailles comptent pour 26% de la consommation en protéines, contre 75% aux Etats-Unis et 51% en Corée du Sud.

Par exemple, si l'on compare la Chine et la Corée du Sud, en admettant que la Chine arrive à ce niveau prochainement, c'est environ 3 millions de tonnes de viande par an qui seront nécessaires en plus de la consommation actuelle.

 

Le point de vue de l'investisseur 
Les points clés de l'intérêt de l'agrobusiness sont la croissance démographique, la modification des habitudes alimentaires et l'émergence des biocarburants. Mais les catalyseurs de la valorisation des investissements agricoles sont :
- La rareté accrue de terres arables,
- Le haut potentiel de consolidation tout au long de la chaîne de valeur,
- Le besoin d'investissements, en particulier dans les infrastructures.

 

 http://edito-matieres-premieres.fr/

 

Cet article est le 325ème publié sur ce blog dans la catégorie AGRICULTURE et PAC.

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25 juillet 2012 3 25 /07 /juillet /2012 21:19

L’agriculture de capitaux contre l’agriculture familiale

 

Les agriculteurs québécois s’intéressent aux SAFER françaises, les Sociétés d'aménagement foncier et d'établissement rural, qui permettent à tout porteur de projet viable - qu'il soit agricole, artisanal, de service, résidentiel ou environnemental - de s'installer en milieu rural. Les projets doivent être en cohérence avec les politiques locales et répondre à l'intérêt général. En savoir plus et voir cet article L'accès à la terre, un problème pour l'installation des jeunes agriculteurs - 26 février 2012.

L’un des dirigeants de la FNSAFER a publié un livre. Voir Terre nourricière, livre de Robert Levesque, pour mieux répartir la terre - 27 février 2012 

 

Au Québec, on s’inquiète des acquisitions de terres agricoles par des investisseurs étrangers et on constate que le mal s’étend à l’Europe. Voir Les fermes familiales perdent du terrain... aussi en France (laterre.ca, Yvon Laprade, 31 mai 2012).

Après la Suisse, l’Allemagne et les Pays-Bas, c’est au tour de la France de tirer la sonnette d’alarme pour tenter d’empêcher les investisseurs étrangers de faire main basse sur les meilleures terres agricoles de l’Hexagone.

La Fédération nationale des sociétés d'aménagement foncier et d'établissement rural (FnSafer) craint que les exploitations agricoles familiales soient menacées par un phénomène qui dépasse largement les frontières du pays : l’accaparement des terres par des investisseurs étrangers. Une question qui soulève également les passions au Québec, où on s’interroge sur les moyens à prendre pour garder la propriété de nos terres agricoles...

Agriculture de capitaux

Chez nos cousins français, on parle davantage d’une « agriculture de capitaux » qui favorise les investisseurs étrangers au détriment des producteurs locaux. Cela s’accompagne d’une autre tendance : le nombre de fermes est en chute libre depuis dix ans et les exploitations agricoles sont de plus en plus grosses, conséquence de la concentration du marché. Plus de 170 000 fermes ont disparu au cours de la dernière décennie dans une France agricole plutôt chancelante.

Dans son bilan annuel, la Fédération nationale des Safer constate en outre que les jeunes producteurs éprouvent de grandes difficultés à s’installer et à acquérir des terres, en raison de hausses appréciables des prix à l’hectare.

En 2011, la valeur des terres cultivables a augmenté de 11,7 % tandis que le nombre de transactions a bondi de 4,3 %. Les hausses de prix sont plus fortes en périphérie parisienne et vers le pourtour méditerranéen.

Fait à souligner, la forêt est vue comme une valeur refuse dans ce marché trouble, ses prix à l’hectare ayant progressé de 10,8 % à 3 960 euros au cours de la dernière année.

Rappelons que les Safer jouent un rôle de premier plan dans le développement de l’économie agricole. Ces sociétés d’aménagement encouragent les jeunes producteurs à se lancer dans la production agricole sur des terres. Ce modèle pourrait inspirer les principaux défenseurs d’une agriculture québécoise, de propriété québécoise, dans le cadre d’une réflexion initiée par l’Union des producteurs agricoles, qui a commandé un rapport exhaustif sur le sujet auprès de l’Institut de recherche en économie contemporaine (IRÉC).

 

Voir, à ce sujet, Agriculture: la fin d'une ère (Le journal de l’environnement, Geneviève De Lacour, 31 mai 2012) et, au niveau mondial : L'accaparement des terres agricoles, une menace bien réelle (El Correo, Estelle Leroy-Debiasi, 8 avril 2012).

 

Cet article est le 324ème publié sur ce blog dans la catégorie AGRICULTURE et PAC.

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25 juillet 2012 3 25 /07 /juillet /2012 16:20

La réponse de J Berthelot à la question de la modernité

 

Les 18èmes Controverses de Marciac (Gers)* auront lieu les 1er et 2 août 2012 autour du thème L’agriculture a-t-elle le droit d’être moderne ? Pour nourrir en amont la réflexion sur ce thème, la Mission Agrobiosciences a lancé un appel à contributions ouvert à tous. Plus d’une vingtaine de textes sont ainsi déjà en ligne et seront diffusés sur place, à Marciac.

 

Controverses-Marciac-3et4-aout-2011-103-T.jpgParmi ces derniers, la contribution de l’économiste Jacques Berthelot, l’un des rares à soulever la question de l’alimentation dans les pays du Sud. Voici ce texte.

 

 Jacques Berthelot, intervenant dans le débat des 17èmes Controverses de Marciac, 4 août 2011 

 

Moderniser les politiques agricoles en les refondant sur la souveraineté alimentaire

 

Selon Wikipédia, "La modernité est un changement (…) du mode de régulation de la reproduction sociale (...). La modernité est la possibilité politique (…) de changer les règles du jeu de la vie sociale".

Puisque les paysans du Sud constituent plus de 98% du total mondial, et qu’ils souffrent le plus des dysfonctionnements du système agroalimentaire mondial, moderniser les politiques agricoles c’est promouvoir, au Sud comme au Nord, des agricultures paysannes durables aux plans économique, social et écologique. Face au déficit alimentaire croissant de la grande majorité des pays du Sud, du nombre de leurs paysans affamés, à l’accaparement de leurs terres menacées en outre par le réchauffement climatique et l’érosion de la biodiversité, à la volatilité incontrôlée des prix accrue par la folie des agrocarburants et à la nécessité de nourrir plus de 9 milliards d’humains en 2050, dont un milliard de plus en Afrique subsaharienne (ASS).

 

La source principale de ces maux : la baisse des prix agricoles liée à la libéralisation agricole imposée au Sud dès les années 1980 par le couple FMI-BM et, au Nord, notamment dans l’UE, depuis la réforme de la PAC de 1992 préparant l’accord agricole de l’OMC de 1995 sous la pression de l’agrobusiness, puis la multiplication d’accords bilatéraux de libre-échange, notamment des Accords de partenariat économique entre l’UE et les pays ACP qui sont criminels pour ceux-ci. Car, alors que les pays du Nord ont pu compenser ces baisses de prix par des aides directes, la majorité de ceux du Sud n’en ont pas eu les moyens et sont soumis à un dumping imparable. Dans l’UE, la dérégulation accrue de la PAC et l’octroi des aides en fonction des hectares a accéléré la concentration des exploitations de type industriel, la baisse des actifs agricoles, des dégâts écologiques et le mal-être animal.

 

Puisque les marchés agricoles ne s’autorégulent pas, moderniser les politiques agricoles c’est les refonder sur la souveraineté alimentaire ainsi qu’à l’OMC et dans les accords bilatéraux. Cela doit être le premier objectif du gouvernement français non seulement pour l’agriculture européenne mais aussi pour sa politique étrangère afin de permettre un développement durable en Afrique subsaharienne où les paysans constituent encore la majorité des actifs. Pour que tout ceci advienne, une remise en cause radicale des concepts profondément piégés des politiques agricoles s’impose : compétitivité, protectionnisme, découplage…

 

Retrouver un autre texte de Jacques Berthelot sur ce site : Comment rééquilibrer les aides agricoles en Europe ?

 

* Accéder au programme des 18èmes Controverses européennes de Marciac - L’agriculture a-t-elle le droit d’être moderne ?

 

Cet article est le 323ème publié sur ce blog dans la catégorie AGRICULTURE et PAC.

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