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  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine à partir, notamment, des idées de Jean-Pierre Chevènement, l'un de ses fondateurs, qui n'est plus membre du MRC depuis 2015. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens (MDC) après les élections de 2002. En 2022, le MRC est devenu membre de la Fédération de la Gauche Républicaine avec quatre autres organisations politiques.
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24 juillet 2012 2 24 /07 /juillet /2012 20:27

17 000 milliards d’euros dissimulés dans les paradis fiscaux ?

 

Comment les pouvoirs politiques peuvent-ils accepter une telle dissimulation des actifs financiers dans le monde ? Parce que les partis dominants sont liés aux milieux financiers et ferment les yeux sur les pratiques des banques et organismes de gestion de l’argent des particuliers.

 

L'évasion fiscale mondiale : dix fois le PIB de la France (Le Monde, 23 juillet 2012)

 

Imaginez la richesse nationale annuelle des Etats-Unis et du Japon. C'est ce que pèserait le stock de l'évasion fiscale accumulée au fil des années par les particuliers, selon une étude réalisée par le groupe de pression Tax Justice Network, analysée sur le site du Guardian à travers deux articles (1 et 2).

Selon les données collectées auprès de la Banque mondiale, du Fonds monétaire international, des Nations unies et des banques centrales, les actifs financiers de particuliers dissimulés dans des paradis fiscaux atteindraient 17 000 milliards d'euros.

L'auteur de l'étude, James Henry, ancien économiste en chef pour le cabinet McKinsey, estime lui-même que ses conclusions sont probablement sous-évaluées : la vraie somme pourrait selon lui se situer autour de 26 000 milliards d'euros, soit dix fois le PIB annuel de la France.

 

Un "trou noir dans l'économie mondiale"

Alors que les gouvernements européens ne cessent d'augmenter la pression fiscale sur leurs citoyens pour réduire leurs dettes et que les pays les plus pauvres peinent à rembourser la leur, Tax Justice Network s'interroge sur le manque à gagner pour les Etats. L'étude pose comme hypothèse de travail que ces milliards dissimulés au fisc rapportent chaque année 3 % à leurs propriétaires. A supposer que les gouvernements soient en mesure d'imposer ces revenus à 30 %, ce sont entre 155 et 225 milliards d'euros qui rentreraient chaque année dans les caisses, soit davantage que le budget annuel de l'aide au développement. "Un énorme trou noir dans l'économie mondiale", résume l'auteur de l'étude.

Un trou noir visible depuis longtemps dans les statistiques financières compilées par les grandes organisations internationales. "Les statistiques standards, comme celles du FMI, révèlent des incohérences fondamentales, souligne l'économiste spécialiste des inégalités Thomas Piketty. A l'échelle mondiale, la balance des paiements devrait être à zéro, or elle ne l'est pas : elle est toujours négative. Plusieurs points de PIB disparaissent chaque année. Piloter une crise financière mondiale dans ces conditions relève de la gageure. L'Europe, à cet égard, se comporte en véritable passoire car elle manque de poids politique face à des pays comme la Suisse ou les îles Caïmans. Il devrait pourtant sembler évident qu'on ne peut s'enrichir en commerçant avec ses voisins tout en siphonnant leurs revenus fiscaux."

A ce manque à gagner abyssal pour l'ensemble des pays de la planète, il faut encore ajouter les actifs non financiers des "hyper riches" (œuvres d'art, immobilier, or...), non pris en compte par cette étude, ainsi que l'argent des entreprises et les sommes soustraites légalement au fisc via les mécanismes d'optimisation fiscale.

Décryptage : Qu'est-ce qu'un paradis fiscal ?

Infographie : Evasion fiscale contre dettes nationales : la carte des paradis fiscaux

Un rapport du Sénat propose la création d'un haut-commissariat contre l'évasion fiscale (Le Monde, 24 juillet 2012)

 

Il s'agit de mettre la main sur près de 50 milliards d'euros. Pour ce faire, le sénateur Eric Bocquet (PCF), rapporteur d'une commission d'enquête sénatoriale sur l'évasion des capitaux, a suggéré mardi 24 juillet au gouvernement la création d'un haut-commissariat pour lutter contre l'évasion fiscale. Les sénateurs ont présenté le fruit de cinq mois de travaux lors d'une conférence de presse.

Selon le socialiste Yannick Vaugrenard, membre de cette commission d'enquête présidée par Philippe Dominati (UMP), l'évasion fiscale "représente, au moins, le montant du remboursement des intérêts de la dette française chaque année". Les sénateurs avouent avoir eu le plus grand mal à chiffrer le montant du butin. Si M. Vaugrenard a évoqué la fourchette de 50 à 60 milliards d'euros, Eric Bosquet a, devant la presse, parlé d"un risque fiscal compris entre 30 et 36 milliards d'euros", précisant que "cette évaluation ne compren(ait) pas une série de risques". "Si bien, ajoute-t-il, que la limite supérieure n'est pas définissable : est-ce 50 milliards, 80 milliards ?"

 

"MISÈRE DES ÉVALUATIONS"

"C'est un axe politique majeur sur lequel le gouvernement va devoir travailler à la rentrée", ont estimé les membres de la commission qui mettent sur la table une cinquantaine de propositions. Pour Eric Bocquet, un "haut-commissariat à la protection des intérêts financiers publics" doit être "la pierre angulaire" du dispositif.

Placée sous l'autorité directe du premier ministre, il devrait être doté d'un "outil statistique" solide, qui fait "cruellement défaut actuellement", a insisté M. Bocquet, qui dénonce en particulier "la misère des évaluations" ainsi que l'existence d'une "véritable ingénierie de la fiscalité" qui rencontre "une culture de la faille secrétée par un système économique de la performance financière".

Parmi les mesures proposées pour "valoriser la citoyenneté fiscale" figurent également le renforcement des prérogatives des institutions représentatives du personnel en matière de prévention de la fraude fiscale ainsi que la création d'un corps interministériel d'"informaticiens-enquêteurs" pour amplifier la "force de frappe" de l'administration.

M. Bocquet a accusé une "Europe trop absente" des voies de lutte engagée contre la fraude fiscale par l'OCDE, car elle est "paralysée par les concurrences fiscales qu'elle abrite en son sein" et que c'est sur son territoire que résident "les paradis fiscaux les plus puissants du monde". "La politique franco-française de lutte contre l'évasion fiscale porte la marque de ces enlisements", a-t-il aussi remarqué.

 

Voir aussi : Rapport sur l'évasion fiscale : "Des témoignages m'ont choqué" (Nouvel Observateur, Lisa Vaturi, 24 juillet 2012). Eric Bocquet, sénateur communiste du Nord, présentait le rapport de la commission d'enquête sénatoriale sur l'évasion fiscale. Interview.

 

Evasion fiscale - Sénat et Évasion fiscale : le blog du rapporteur Eric Bocquet

 

Cet article est le 41ème paru sur ce blog dans la catégorie République Parlement.

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23 juillet 2012 1 23 /07 /juillet /2012 21:22

L’Etat français de Vichy n’était ni la République ni la France

 

MRC national 002Pétain n’était pas la France. Jean-Pierre Chevènement l’a rappelé ce 23 juillet en commentant le discours du président de la République commémorant la rafle du Vel d’Hiv, hier. Celui-ci est tombé dans la facilité, dans le sillage de Jacques Chirac, bien loin de la conception gaullienne que Mitterrand avait maintenue. En affirmant que la rafle avait été commise « par la France », il  a fait « comme si Pétain était la France ». Propos suffisamment grave pour être relevé par le président d’honneur du Mouvement Républicain et Citoyen (MRC), qui n’a pas changé d’avis par rapport à ce qu’il avait dit dans Libération le 7 août 1995 (voir, ci-après).

 

Sur le site News de TF1 : Propos de Hollande sur le Vel d'Hiv' : Chevènement critique à son tour

 

Jean-Pierre Chevènement n'est pas d'accord avec François Hollande et tient à le faire savoir. Sur son blog, Le président d'honneur du MRC relève ce lundi que "le président Hollande, dans son discours du 22 juillet, a malheureusement omis de dire que les crimes commis par les policiers et les gendarmes français, lors de la rafle du Vel d'Hiv, l'ont été sur l'ordre de l'Etat français de Vichy collaborant avec l'Allemagne nazie". Pour le sénateur du territoire de Belfort, cela revient à "occulter les accords passés avec la gestapo par René Bousquet, alors secrétaire général de la police, agissant pour le gouvernement de Vichy. C'est faire comme si Pétain était la France et comme si le véritable coup d'Etat opéré le 10 juillet 1940 par un gouvernement de capitulation n'avait pas existé".

Et le fondateur du MRC de rappeler que "deux présidents de la République, Charles de Gaulle et François Mitterrand, avaient tenu sur la ligne selon laquelle l'Etat français de Vichy n'était ni la République ni la France". Selon lui, "la France a besoin de retrouver confiance en elle-même" et "ne pourra le faire que sur la base d'une conscience claire de son Histoire". "La vérité exige que le débat continue", conclut-il.

"Nous devons aux martyrs juifs du Vélodrome d'Hiver la vérité sur ce qui s'est passé il y a 70 ans" et "la vérité, c'est que ce crime fut commis en France, par la France", a déclaré dimanche le chef de l'Etat, à l'occasion du 70e anniversaire de la rafle de juillet 1942 au cours de laquelle 13152 juifs, dont plus de 4000 enfants, avaient été déportés.

Lire, sur son blog, le communiqué de Jean-Pierre Chevènement : La France a besoin d’une conscience claire de son Histoire si elle veut la poursuivre qui se termine ainsi : La France a besoin de retrouver confiance en elle-même. Elle ne pourra le faire que sur la base d’une conscience claire de son Histoire. La vérité exige que le débat continue. Pour ma part, je n’ai pas changé d’avis par rapport au point de vue* que j’avais exprimé dans Libération, le 7 août 1995, au lendemain du discours de Jacques Chirac.

* Voir Libération, 7 août 1995 : «Vichy, laver ou noyer la honte?»

 

Après Serge Klarsfeld, Lionel Jospin, Henri Emmanuelli... c'est au tour de Jean-Pierre Chevènement de réagir aux propos de Jacques Chirac sur la responsabilité de l'Etat français dans la déportation des juifs.

Faut-il incriminer Vichy, la France ou la République? Cette question superpose en réalité deux débats: le premier touche au passé; le second à l'avenir même de la nation. Il en va ainsi de toutes les guerres de mémoire; aucune n'est innocente. Et celle-là ne fait rage à ce point que parce qu'elle touche à l'essentiel: la France est aujourd'hui placée devant une question décisive, celle de sa survie en tant que nation souveraine.

 

La responsabilité de l'«Etat français» de Vichy dans l'accomplissement, de concert avec l'occupant nazi, de crimes contre l'humanité, ne peut être sérieusement contestée. Jacques Chirac a exprimé une juste émotion en évoquant le souvenir de tous ceux qui ont été arrachés par la police de Vichy à leur foyer et à leur pays parce qu'ils étaient juifs. Karl Jaspers distingue cependant la responsabilité criminelle d'ordre individuel ­ chacun doit répondre de ses actes; les criminels doivent être jugés ­ et la responsabilité politique: chaque peuple doit assumer son histoire, car nous ne nous définissons pas seulement comme individus mais comme Français. Quelle responsabilité le peuple français doit-il donc assumer à travers Vichy? Là est la vraie question.

 

Le régime de Vichy était-il «l'Etat», comme l'a dit Jacques Chirac, ou un «gouvernement de la France», comme l'a écrit Lionel Jospin? Je ne suis pas d'accord avec cet amalgame, sans doute involontaire, qui a pour effet de dissimuler les responsabilités réelles. Vichy n'est pas venu comme un gouvernement ordinaire. Ses hommes ne seraient jamais arrivés au pouvoir par la voie du suffrage universel. Ils n'y sont parvenus qu'à la faveur d'une défaite anticipée, voire souhaitée. Vichy n'était pas la République. C'était sa négation. Le régime a été fondé d'emblée sur la démission de la souveraineté populaire. C'est pourquoi le devoir de mémoire nous oblige à remonter plus haut que Vichy et ses crimes. A ce qui les a rendus possibles: l'effondrement de la France en 1940 et l'affaissement de la République dans les cinq années qui ont précédé la défaite.

 

Le devoir de mémoire oblige à dire aussi que le Front populaire fut en dessous de sa tâche historique. De la non-intervention en Espagne à Munich et à la drôle de guerre, quelle séquence! Il est vrai que la France, alors, était seule, mais une bonne partie de la droite et des «élites» a vu aussi dans Hitler un rempart contre le bolchevisme. Elles abandonnèrent la France, dont elles avaient si longtemps revendiqué le monopole.

Le choix des «élites» de «passer à travers les gouttes» fut partagé par une majorité de Français, pacifistes par principe, même devant Hitler; puis, après 1940, ce qui fut, selon Eric Conan et Henry Rousso, au fondement même de l'idéologie pétainiste: «La volonté de mettre un peuple tout entier en dehors de la guerre et le cours de l'histoire entre parenthèses» (2). Cette responsabilité collective là, le peuple français doit l'assumer, ne serait-ce que parce qu'il n'a pas fini d'en payer le prix.

 

Le paradoxe de l'histoire revisitée par Jacques Chirac fait qu'en reconnaissant «l'irréparable commis par la France à ce moment-là» (16 juillet 1942), «les fautes commises par l'Etat», «la faute collective» (de la France), le président de la République reconnaît, sans doute involontairement d'ailleurs, une certaine légitimité à Vichy. Les élites françaises ont toujours fait passer leur trahison pour une simple erreur d'appréciation. Mais, en histoire, le pardon n'existe pas. On aurait aimé de la part du président de la République une condamnation plus ferme de leur conformisme et de leur absence de patriotisme.

Quelle qu'ait été l'implication de la haute fonction publique, laisser entendre que la France, d'une certaine façon, continuait à Vichy, reviendrait à donner raison à ceux qui disaient ­ et disent encore ­ «Pétain, c'est la France.» Si Vichy était légitime, alors de Gaulle aurait été à juste titre condamné à mort par un tribunal militaire à l'été 1940. Les résistants auraient donc bien été des terroristes. René Bousquet aurait été un préfet «républicain» cherchant à préserver ce qu'il restait de souveraineté à la France. On voit à quoi conduirait cette réécriture de l'histoire: au révisionnisme.

 

Heureusement, il y a eu de Gaulle et un préfet républicain, Jean Moulin, qui, lui, est mort pour la République, et combien de milliers de martyrs. Il est dur de reconnaître, pour un grand peuple, que l'honneur s'était réfugié dans le petit nombre et que la majorité avait déserté la France. Jacques Chirac, à la fin de son discours, a justement rendu hommage à ceux qui nous permettent aujourd'hui de nous regarder dans la glace. Le discours du président de la République, s'il sonne juste humainement, est révélateur d'une ambiguïté politique fondamentale: si l'été 1942 a vraiment été le point de départ de la Résistance, s'estompe alors le service rendu à la France par de Gaulle, le 18 juin 1940. La France a roulé dans l'abîme et n'en reviendra plus.

 

On voit en quoi le passé rejoint l'avenir: pour les tenants de l'idéologie «postnationale», la nation est devenue une forme obsolète, «trop petite pour les grandes choses et trop grande pour les petites». A leurs yeux, la souveraineté nationale n'est plus qu'une «coquille vide». Pour eux, en particulier, l'amalgame entre Vichy, la France et la République est pain béni.

 

A l'inverse, ceux qui considèrent que la nation citoyenne reste le cadre naturel de la démocratie, le creuset par excellence du lien social, le lieu de solidarités agissantes et le levier le plus efficace pour agir dans l'ordre de l'universel, en coopération avec d'autres nations, ceux-là veilleront à préserver une mémoire qui, sans rien occulter des crimes commis et de la passivité du plus grand nombre, pourra fonder un patriotisme en lui-même inséparable des plus hautes valeurs morales.

 

La condamnation trop tardive et passablement ambiguë du crime du Vel'd'Hiv' ne doit pas permettre de dédouaner l'esprit vichyssois. Il n'est malheureusement que trop vrai que Vichy a continué sous la République. Il faut donc comprendre par quelle suite de renoncements Vichy a été rendu possible et en quoi sa voix doucereuse continue de murmurer aux princes qui nous gouvernent que, dans le monde tel qu'il est, il vaut mieux toujours être du côté du manche, du côté du «nouvel ordre mondial». Comprendre cela seul permettra de conjurer les renoncements dont l'avenir est gros.

 

En effet, faute d'avoir lavé sa honte par une analyse historique objective de ses fautes, il ne resterait plus à la France qu'à la noyer dans une Europe sans mémoire, où chaque nation pourrait faire l'économie de son travail de deuil. Il y a mieux à faire et à dire, si l'on n'a pas renoncé à faire vivre une Europe républicaine.

 

 Cet article est le 157ème paru sur ce blog dans la catégorie CHEVENEMENT

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20 juillet 2012 5 20 /07 /juillet /2012 20:38

Un homme libre, une œuvre monumentale, un art populaire

 

A la fin des années 1960, mes parents habitaient à Cossé-le-Vivien (sud-ouest de la Mayenne, entre Laval et Craon, à la limite entre le Maine et l’Anjou), rue de la Frénouse. Ils venaient de laisser la ferme du Grand-Vergeau (située sur la commune de Cosmes) à ma sœur et à mon beau-frère.

 

Ils savaient bien peu de choses de Robert Tatin et de son épouse Lise, qui avaient commencé en 1962 - en achetant un terrain sur le site de la Frénouse, à Cossé-le-Vivien, route de Cosmes - l’aventure du musée Robert Tatin. Et moi, pas plus à cette époque.

 

Je m’y suis intéressé depuis, notamment quand nous recevions des groupes venant des villes jumelées avec Saint-Berthevin et il est arrivé que Lise nous fasse l’honneur d’être notre guide lors de la visite du musée. La clarté et la précision de ses interventions, son humour aussi, ont contribué à établir une forme d’amitié entre nous, qui s’est manifestée à plusieurs reprises ces dernières années quand Lise TATIN a accepté de me recevoir et de commenter la vie de Robert Tatin et leur aventure commune, depuis leur installation à la Frénouse, en 1962, jusqu’au décès de Robert le 16 décembre 1983.

 

Le 1er janvier 2012, j’ai publié sur ce blog un premier article : Le musée Robert Tatin à Cossé-le-Vivien est une oeuvre à part entière.

 

L’idée de ce second article est née hier quand j’ai lu la page 3 de La Lettre du Céas - voir Centre d'étude et d'action sociale de la Mayenne (CÉAS). Voici ce texte.

 

« Robert Tatin, ni brut, ni naïf… Lui-même ! »

 

En janvier 2012, la revue régionale 303 consacre son 119ème numéro à l’art brut et propose deux articles « mayennais », dont l’un sur le musée Robert-Tatin à Cossé-le-Vivien.

 

Bruno Godivier, auteur du texte et directeur du musée, n’établit pas de lien direct entre l’art de Robert Tatin et l’art brut, ni même l’art naïf. Il définit d’ailleurs, dès le titre de son article, l’artiste mayennais comme « un artiste hors dogmes ». Alors, « l’étrange musée », comme l’appela a posteriori » son créateur, ne serait-il simplement lié qu’à lui-même ?

 

En Mayenne, on connaît de Robert Tatin le monumental musée qu’il a laissé à Cossé-le-Vivien ; son parcours est plus méconnu. Après une double formation artistique (Beaux-Arts et Ecole des arts appliqués) puis artisanale (charpentier), il a d’abord été un artisan aux multiples compétences, prospère, ce qui lui a permis de voyager. Il devient par la suite un artiste polyvalent (peinture, céramique, sculpture). Alors que beaucoup d’artistes aiment se considérer comme des artisans, lui se déclare alors « oeuvrier ».

 

Si « l’étrange musée » de la Frénouse, pour lequel il est connu en Mayenne, semble être un véritable travail d’oeuvrier, c’est aussi celui d’un voyageur. Au-delà du fait d’avoir fréquenté de grands artistes français de son temps, tels qu’André Breton, Jacques Prévert ou Jean Cocteau, il a voyagé dans différentes parties du monde et a côtoyé, par exemple, les bâtisseurs de Brasilia à la fin des années 1950. Ses voyages ont eu une influence sur son œuvre, y compris sur les matériaux utilisés et la manière de façonner ses sculptures (voile de mortier de ciment armé).

 

Dans la continuité de ses multiples formations, Robert Tatin est aussi resté un apprenti permanent, explorant de nouvelles techniques, de nouvelles cultures, revisitant des traditions anciennes… Si son art est « savant, incroyablement structuré et précis, aux références culturelles profondes », l’artiste s’est « investi avec ténacité dans la création d’un art populaire ». Il conseillait à un ami en 1959 : « Tu n’as qu’à peindre ce que tu aimes toi-même […] et peu à peu tu deviendras peintre »

L’art naïf, ou brut, ne serait donc que de « fausses pistes » pour comprendre cet art au travers duquel Robert Tatin, malgré toutes ses connaissances, ou peut-être grâce à elles, fait preuve d’un recul nécessaire à la création d’une œuvre libre, « fruit d’une conscience éveillée de soi ».

 

Vous pouvez retrouver le Numéro 119 – ART BRUT OUTSIDER MODESTE de la revue 303 et Consulter l'extrait en pdf

 

Cet article est le 8ème paru sur ce blog dans la catégorie Culture langue histoire

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19 juillet 2012 4 19 /07 /juillet /2012 21:24

Du boulot pour les multinationales, sous le contrôle de l’Etat

Hier, je proposais La réalité économique de la Chine, vue par un entrepreneur français. Je propose aujourd’hui de compléter cette vision de la Chine par les observations sur place d’un analyste financier, spécialiste des matières premières, qui conseille les particuliers, Florent Detroy (voir L'Edito Matières Premières & Devises). Il analyse, sur place, la situation économique de la Chine.

 

Voir Les banques chinoises à l'assaut des marchés occidentaux (14 février 2011)

 

La Chine est-elle en faillite ? (12 juillet 2012)

 

Participez à la conquête de l'ouest... chinois (19 juillet 2012)

 

(…) Car oui, la Chine est en train de se lancer à la conquête de l'ouest. Le développement des régions du centre, du nord et de l'ouest chinois figure au coeur de son 12e plan quinquennal 2011-2012. Et les premiers résultats commencent à apparaître. Ces régions continentales, parfois enclavées, où des villes de 30 millions d'habitants dormaient paisiblement, sont en train de connaître des croissances à deux chiffres. A l'heure où l'on glose abondamment sur la fin du "miracle chinois", de nouveaux eldorados se rappellent à nous. Pour essayer d'y voir plus clair, je me suis replongé dans l'histoire de la croissance chinoise. Après cette courte plongée historique, je vous conseillerai les secteurs qui profiteront de cette nouvelle ruée vers l'ouest.

 

L'Asie joue au billard depuis 40 ans
L'Asie est la seule région où des pays ont réussi sur les 50 dernières années à se hisser aux niveaux de richesse des pays développés. Cette croissance a été construite sur un facteur en particulier : le coût du travail.

Je suis arrivé en Chine en apportant avec moi les mémoires de Zhao Ziyang. Cet homme politique a été Premier ministre pendant les années 1980, période où s'est construite la croissance chinoise. Economiquement (et politiquement) libéral, il avait la confiance du père du modèle chinois actuel, Deng Xiaoping. Un chapitre entier est consacré aux premières années de son gouvernement. L'ancien Premier ministre explique qu'historiquement, les pays développés ont été amenés à déplacer leurs industries vers les régions où le coût du travail était faible. Voici ce qu'il écrit : "du point de vue asiatique, ce sont d'abord les Etats-Unis qui ont délocalisé leurs industries à main-d'oeuvre vers le Japon [...] Puis les Etats-Unis et le Japon ont délocalisé une partie de leurs industries de fabrication vers les "quatre petits dragons" (Taiwan, la Corée, Hong Kong et Singapour), qui se sont développés à leur tour. Le mouvement s'est ensuite déplacé vers les pays de l'ASEAN" (Malaise, Indonésie, Philippines, Singapour, et Thaïlande). Et le Premier ministre chinois continue en expliquant que ce mouvement "n'allait pas s'arrêter, et qu'il représentait une occasion à saisir". La Chine l'a saisi, et a vu son PIB être multiplié par 18 entre 1980 et 2010. Aujourd'hui, le phénomène se déplace à nouveau. Non pas vers un autre pays, mais vers l'ouest du pays.

 

La croissance n'est pas à gauche, elle est à l'ouest !
Le balancier est en train de s'inverser entre l'est et l'ouest. Alors que les régions du Guangdong, le Jiangsu et le Zhejiang, toutes à l'est, ont connu une croissance de 10% en 2011, une ville comme Chong Qing, au centre, a connu 16,4% de croissance. 30 ans après, le centre est ainsi en train de reproduire le modèle de croissance des régions côtières. C'est vers ces régions que convergent actuellement les industries textiles ou de la petite électronique, industries grosses consommatrices de travail.

Comme il y a 30 ans à l'est, les besoins en matières premières, infrastructures, transports sont encore énormes. Et ceux-ci restent encore largement ignorés. Danny Quah, professeur d'économie à la London School of Economics, soulignait en mars dernier que "beaucoup d'étrangers qui admirent les hauts gratte-ciels des villes de l'est ne savent pas que certains villages éloignés dans l'ouest de la Chine n'ont pas de connexion avec le réseau routier ou au réseau d'électricité". Ce développement va rapidement attirer les multinationales qui, il y a 30 ans, se sont ruées le long du littoral chinois.

 

Trois secteurs en particulier profiteront de cette croissance à venir de l'ouest.

 

Car c'est bien la construction qui va profiter en premier lieu de la croissance de ces régions. Et dans son sillage, c'est le marché du fer, absorbé à 40% par le bâtiment, qui va repartir.

L'ouest construit désormais en dur
Alors que le marché de l'acier a reculé ces six derniers mois, les analystes s'attendent à une reprise cet été. Ce rebond sera notamment soutenu par l'avancée de plusieurs travaux d'infrastructures dans ces régions. Cet optimisme sur le marché de l'acier est partagé par exemple par le centre d'analyse Gavekal. Celui-ci indique que "l'immobilier soutiendra la demande d'acier dans les trois prochains mois. Cela indique que la demande touchera un point bas par rapport à l'an dernier à la mi-2012, et connaîtra 15% de croissance en fin d'année". Et dans les années à venir, un deuxième secteur lié aux métaux reprendra du tonus, l'exploitation minière.

 

La Chine met en valeur ses ressources minières
"Vampire du milieu" pour certains, la Chine n'est en pas moins bien dotée en ressources naturelles. Le problème, c'est que ces ressources sont difficiles d'accès. Les régions minières sont pour la plupart situées à l'ouest, dans des espaces montagneux ou désertiques. C'est pourquoi le développement de l'ouest va permettre de désenclaver ces zones. Le gouvernement a ainsi lancé en 2011 un vaste plan de mise en valeur des ressources minières. D'ailleurs, le gouvernement n'a pas le choix. Le ministère des Terres et Ressources vient d'annoncer que sur 45 métaux analysés, la Chine pourrait avoir des difficultés d'approvisionnements pour 25 d'entre eux d'ici 2020.

Une région en particulier est en train de faire le bonheur des investisseurs, le Yunnan. Selon Li Lianju, membre du ministère des Terres et Ressources, "entre 2010 et 2020, encore 500 tonnes d'or et 200 milliards de m3 de gaz non-conventionnel devraient être produits [dans cette région]". Le plus intéressant pour nous, c'est que les investissements étrangers commencent à être les bienvenus dans les mines chinoises. Si l'on a vu mardi dernier qui seront les acteurs étrangers des gaz de schiste, certains noms d'autres contrées sont en train d'émerger dans le secteur minier. Ainsi le canadien Asia Now Resources a fait une entrée remarquée dans les mines d'or. Vous pouvez retrouver la cotation de cette petite minière sur le Toronto Stock Exchange.

 

Le transport connectera l'ouest à l'est
Enfin, rien ne sera possible sans un solide réseau de transport. Ni la construction ni l'exploitation minière ne décolleront sans être reliées aux régions de la côte. Or les besoins sont gigantesques. Le plan de développement des régions de l'ouest couvre 6,85 millions de km2, ou 71% du territoire chinois ! Les premiers programmes d'infrastructures doivent s'étendre jusqu'en 2015. Ainsi, 15 000 km de voies ferrées seront construites dans les régions de l'ouest d'ici cette date. Le secteur autoroutier devrait également prendre son essor, renforçant la demande d'acier (…).

 

Cet article est le 17ème sur ce blog dans la catégorie Asie.

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18 juillet 2012 3 18 /07 /juillet /2012 22:30

Livret A : pression des syndicats sur le gouvernement

 

Les organismes HLM ne devraient réaliser cette année que les deux tiers de leur objectif de 42.000 nouveaux logements intermédiaires. Ils sont privés d'accès à la partie de la collecte du Livret A redistribuée par le canal des banques. Rappel : Le Collectif Pas touche au Livret A remobilisé par un projet de décret - 26 décembre 2010.

 

Voir Les Echos, Myriam Chauvot, 18 juillet 2012 : Faute de prêts bancaires, le monde HLM n'atteindra pas son objectif de 42.000 nouveaux logements intermédiaires cette année (extraits).

  

« Nous ne devrions pas faire plus des deux tiers de l'objectif cette année, c'est la première fois que nous aurons une telle différence », estime Michel Ceyrac, président de la fédération des entreprises sociales de l'habitat (ESH), une des plus grosses des cinq familles d'organismes HLM et la principale construisant des logements intermédiaires, notamment ceux faisant cruellement défaut en Ile-de-France. L'an dernier, les ESH ont été à l'origine de plus de 15.000 logements intermédiaires sur les 41.000 fixés comme objectif. Un objectif que le monde HLM a tenu, ce qui ne va donc pas être le cas cette année où la programmation du ministère prévoit 120.000 logements sociaux dont 42.500 intermédiaires dits « PLS ».

Ces logements intermédiaires sont financés par des prêts provenant des fonds d'épargne de la Caisse des Dépôts, donc sont issus de la collecte du Livret A, mais contrairement aux logements sociaux et très sociaux, le taux n'est pas bonifié et le prêt suit un canal différent. Les banques privées ont voulu et obtenu, dans le passé, le droit de distribuer 80 % de l'enveloppe contre 20 % seulement pour la Caisse des Dépôts. Problème : « Cette année, obtenir des prêts des banques se révèle très difficile et les bailleurs sociaux ne peuvent se retourner vers la Caisse des Dépôts : elle a déjà largement utilisé son enveloppe de 20 % », poursuit Michel Ceyrac. Les prêts PLS aux bailleurs sociaux posent un problème simple aux banques : ils sont longs, très longs. Or prêter sur 35 ou 40 ans devient difficile avec les nouveaux ratios prudentiels de Bâle III, entré dans une nouvelle phase d'application au 30 juin 2012.

 

Livret A : les syndicats haussent le ton vis-à-vis de Bercy

 

En renonçant à doubler rapidement le plafond du Livret A, le gouvernement a inquiété les syndicats du secteur semi-public financier. « Un nouveau front est ouvert sur le Livret A qui oppose les intérêts des épargnants et de la collectivité à ceux des banques et des assurances », analyse Jean-Philippe Gasparotto, secrétaire CGT à la Caisse des Dépôts (CDC). Représentant FO des Caisses d'Epargne, Bruno Aguirre, dénonce le lobby et « l'argumentaire faussé des banques, qui menacent de ne plus financer l'économie si le Livret A, dont 65 % de la collecte est centralisé à la CDC, capte trop de dépôts. Elles n'ont toujours pas prouvé qu'elles utilisaient bien les 100 milliards d'euros du Livret A qu'elles conservent dans leurs bilans pour financer davantage les entreprises ».

Réunis au sein du collectif Pour un pôle public financier au service des droits, les syndicats rencontreront le 25 juillet Pierre Duquesne, chargé par le ministre de l'Economie, Pierre Moscovici, de réfléchir à une nouvelle réforme du Livret A.

 

Rappel : Logement social et Livret A : le collectif Pôle financier public, mobilisé - 6 juin 2012 

 

Cet article est le 27ème sur ce blog dans la catégorie Le logement

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18 juillet 2012 3 18 /07 /juillet /2012 20:55

Les désagréments se multipliant, il veut réinvestir en France

 

La Chine est la 2ème économie mondiale, la 3ème si l’on fait semblant de croire que l’entité Union européenne - avec ses 27 Etats membres - est à la seconde place.

Documents à consulter concernant la présentation de la Chine :

Économie de la République populaire de Chine (Wikipédia)

Présentation de la Chine (site du ministère français des affaires étrangères)

Repères. Chine (Libération, 15 juillet 2012)

 

La Chine a su exploiter le désarmement commercial des USA et de l’Union européenne  - dans le cadre de l’ultralibéralisme en vigueur au sein de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) - pour conquérir des marchés dans des conditions pénalisant l’industrie des pays développés, notamment l’Europe.

Mais la Chine n’est plus à l’abri du ralentissement de l’économie mondiale. Voir Une croissance en points de suspension(Libération, Vittorio de Filippis, 15 juillet 2012).

 

Le correspondant du quotidien Libération à Pékin, Philippe Grangereau, a constaté qu’en Chine, les conditions de l’investissement des entreprises étrangères tendent à se dégrader. Il cite le cas d’un entrepreneur français, bien implanté dans la vie économique chinoise, qui prépare son retour en France.

 

«Relocaliser de Chine en France prend tout son sens» (Libération, 15 juillet 2012)

 

Hausse des coûts, productivité stagnante, pressions… Un entrepreneur français installé dans le Guangdong explique pourquoi il veut réinvestir dans l’Hexagone.

 

Au vu du succès considérable de son entreprise en Chine, rien ne semblait prédestiner Jean-Charles Viancin à s’orienter vers une «relocalisation» en France. Couvert de dettes après l’échec de sa PME en France, il s’installe voilà trois ans en Chine, à Dongguan, dans la province du Guangdong, où il épouse une Chinoise. Avec le soutien d’un investisseur français, le jeune entrepreneur de 28 ans y prend la tête de Super Silicone, une usine de fabrication de moules de pâtisserie. Grâce au silicone qui n’attache pas à la cuisson, le Français fait fortune. Son entreprise de 300 ouvriers a enregistré en 2011 un chiffre d’affaires de 10 millions d’euros, qu’il espère voir encore grandir cette année, grâce aux 70% de parts de marché qu’il possède désormais en France et au Japon.

 

Astronomique. L’expérience est cependant loin de l’avoir convaincu de rester. Et c’est vers la France qu’il tourne désormais ses regards. «Des contacts ont été pris avec des élus de la Sarthe, où je cherche à ouvrir, l’an prochain ou en 2014, une usine pour le marché français.» Dans un premier temps, il «conservera son usine chinoise». Ses arguments pour relocaliser sa production dans l’Hexagone sont nombreux. Depuis deux ans en Chine, les coûts de fonctionnement ont augmenté de manière astronomique, qu’il s’agisse des charges, des loyers, de l’eau ou de l’électricité - qui est coupée un jour par semaine en été en raison des pénuries. «Comme mon usine fonctionne 24 heures sur 24, ces coupures me font perdre 10% de mon chiffre d’affaires», estime Jean-Charles Viancin. Les salaires des ouvriers ont, eux aussi, «crevé le plafond», du moins selon les critères chinois, passant de 2 000 à 3 500 yuans mensuels (255 à 446 euros) avec les heures supplémentaires. Mais, dans le même temps, la productivité de son personnel est restée la même. «Un ouvrier chinois a besoin d’avoir derrière lui un contremaître, un contrôleur de qualité, un team leader, un superviseur et un manager… Pour faire tourner une machine, on a besoin de quatre personnes, alors qu’en France une seule suffit. Même si les salaires français sont encore dix fois supérieurs aux salaires chinois, l’écart s’amenuise beaucoup en prenant en compte tout cela.» Viancin explique aussi que ses acheteurs français - Auchan, Magasins U… - sont prêts à payer ses produits 10 à 15% de plus s’ils sont made in France. «Alors, si vous intégrez cette autre donnée, l’écart devient minime.» Quelques-uns de ses moules en silicone sont d’ailleurs vendus au même prix que leurs équivalents faits dans certains pays européens. «Sachant qu’il faut trente jours de bateau pour acheminer nos produits en France, que les droits de douane à l’import des produits made in China risquent d’augmenter et qu’il est probable que l’euro revienne à parité avec le dollar américain, ouvrir une usine en France prend alors tout son sens.» Selon lui, il n’est pas dans la «culture chinoise» de «fonctionner de manière productive». «L’incitation ne marche pas, dit-il. Le seul moyen d’augmenter marginalement la productivité consiste à payer l’ouvrier à la pièce, en retranchant du salaire le coût des pièces endommagées.»

 

«Danger de mort». Selon l’entrepreneur, la pénurie de main-d’œuvre qualifiée en Chine reste un formidable handicap. Former un employé est presque inutile, car celui-ci a toutes les chances de quitter l’usine au bout d’un an pour chercher ailleurs un meilleur emploi. Mais il a d’autres raisons de vouloir rapatrier une partie de son entreprise : «Mes concurrents me font parvenir des menaces de mort contre moi et ma famille. Des équipes viennent devant l’usine soit pour saccager, soit pour demander à des ouvriers de transmettre ces menaces. Tant qu’on est client d’un industriel chinois, tout va bien, mais dès qu’on devient concurrent, on est en danger de mort.» Ne se sentant pas en sécurité dans la zone industrielle de Dongguan, où se trouve son usine, il vit à 250 km de là, à Canton, et fait la navette tous les jours.

Sans parler des «tracasseries administratives», sur lesquelles il ne souhaite pas s’étendre «pour ne pas avoir d’ennuis». Un autre industriel français, basé à Shenzhen, non loin de Dongguan, accepte de les évoquer, mais sous couvert d’anonymat : «La corruption au sein des gouvernements locaux est un problème monstrueux, et nous en souffrons quotidiennement. On doit consacrer au minimum 10% de notre chiffre d’affaires aux "enveloppes rouges" [les pots de vin, ndlr].»Enfin, le ralentissement du marché intérieur chinois depuis un an est, selon Jean-Charles Viancin, non seulement «très perceptible», mais «durable». Il touche les industriels qui sont dans le «moyen de gamme», tandis que le bas de gamme et le luxe continuent de prospérer. «Ce qui signifie que l’écart des richesses ne cesse de se creuser», analyse le patron de Super Silicone. Il a «peu d’espoir» dans l’avenir industriel du pays.

Malgré les appels officiels à l’« innovation», les PME chinoises «ne font généralement pas de recherche et de développement, et stagnent dans le bas de gamme». Pour lui, «la Chine reste ni plus ni moins l’atelier du monde… Mais le problème est que cet atelier est de plus en plus cher». Au point de l’inciter à revenir participer au «redressement productif» français cher à la nouvelle majorité.

 

         Cet article est le 16ème sur ce blog dans la catégorie Asie.

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17 juillet 2012 2 17 /07 /juillet /2012 22:35

Pacte d’austérité, libéralisations : l’Europe persévère

 

Les informations les mieux documentées en provenance des députés au Parlement européen se trouvent sur le site de Patrick Le Hyaric.

Lors de la session de juillet, il a été fait un compte rendu du Sommet européen de Bruxelles (rappel : Sommet de Bruxelles 28-29 juin 2012 : un succès précaire pour l'euro - 7 juillet 2012). 

 

Voir l’extrait du COMPTE-RENDU DE SESSION DU PARLEMENT EUROPÉEN (2au5juillet2012)

Un Conseil européen qui valide le pacte d'austérité

M. Van Rompuy et M. Barroso ont fait un compte rendu de la réunion du Conseil européen qui s'est tenu les 28 et 29 juin derniers. Ce sommet des chefs d'Etat européens a été l'occasion d'un fléchissement limité des institutions européennes envers les pays du Sud.

L'Espagne et l'Italie, qui luttent contre la spéculation des marchés qui leur imposent des taux d'intérêts exorbitants, ont obtenu un sursis avec le soutien tacite de la France. Ce sursis, c'est la possibilité pour les fonds européens, « le mécanisme européen de stabilité », de prêter directement aux banques en difficultés de ces pays sans passer par la dette nationale. Pour l'Espagne cette question était très importante car ce sont près de 100 milliards d'euros de dette pour sauver ses banques qui alourdiront d'autant son bilan. L'Italie a obtenu de pouvoir emprunter aux fonds européens sans être soumise aux missions de la Troïka imposant ses conditions. Pour autant, il ne s'agit pas d'un chèque en blanc puisque le déblocage de ces fonds passe par le respect des trajectoires budgétaires fixées par la Commission. Au final des concessions n'ont été faites que pour les bons élèves qui pratiquent l'austérité demandée.

Durant ce Conseil a aussi été solennellement annoncé un Pacte de croissance doté d'un budget de 120 milliards d'euros. Mais celui-ci ne consiste au final qu'en un assemblage de fonds structurels non utilisés, avec les effets escomptés d'une augmentation de capital de la Banque européenne d'investissement. Ce chiffre est à comparer aux 4 500 milliards d'euros d'aides d'Etat qui ont été versées aux banques depuis le début de la crise.

D'autant plus que ce Pacte de croissance est accompagné d'un texte qui prône une ouverture totale des économies européennes : libéralisation des industries de réseau (rail, électricité), réforme du marché du travail, ouverture des professions protégées, et même la promesse d'une négociation poussée avec les Etats-Unis afin de créer un grand marché transatlantique à terme.

Ce Pacte de croissance est surtout le prétexte nécessaire pour ne pas revenir sur le Traité d'austérité négocié par Sarkozy et Merkel. A aucun moment la révision de ce texte faisant entrer l'austérité comme règle budgétaire dans toutes les constitutions des Etats de l'Union européenne n'a été évoqué.

Toujours lors de ce sommet, le président du Conseil, Herman Van Rompuy, a pu proposer sa vision d'avenir pour l'Europe. Ce document, rédigé par quatre personnages clés dans les institutions - le Président de la Commission José Manuel Barroso, celui de la Banque centrale européenne Mario Draghi, celui de l'Eurogroupe Claude Juncker, et Herman van Rompuy (que des gens non-élus) - a pour objectif de définir les orientations pour le futur de l'Europe. A la lecture de ce document, on constate que pour ces quatre là, l'idéal de solidarité européenne s'arrête à une solidarité bancaire très hypothétique. Pour le reste, un instrument de partage des dettes reste un doux rêve dont on sent qu'ils n'ont pas envie de se rapprocher ; à l'inverse de toujours plus d'intégration économique. C’est en décembre que devra être présenté le rapport final de ce que doit être le futur de l’Europe.

En attendant, ce Conseil a validé le futur proche que la Commission assigne aux Etats en adoptant les "lignes directrices". Ces lignes directrices sont le programme économique que la Commission souhaite voir mis en place dans chaque Etat de l'Union Européenne dans le cadre du semestre européen.

Pour la France, ce document dénonce par exemple, les effets d'une hausse trop importante du SMIC sur la compétitivité du pays et demande un transfert de la charge fiscale des entreprises vers la consommation, pour au final être à la charge des ménages, tout en rappelant les engagements des Etats à réduire les déficits.

Plutôt que de dénoncer ces avancées qui sont autant de reculs pour notre modèle social, les députés ont préféré critiquer Van Rompuy sur la désunion qui est apparue lors de ce sommet entre les pays mis à genoux par l'austérité et ceux qui ne sont prêts à aucune concession (Pays-Bas, Finlande et Allemagne en tête).

Lors de son intervention, la présidente de notre groupe de la Gauche Unitaire Européenne - Gauche Verte Nordique, Gabi Zimmer a raillé "la percée tant attendue qui ouvrira la voie à la sortie de la crise" (…).

Autres points abordés :

Brevet unitaire européen : le Parlement rejette les concessions excessives

La libéralisation du rail

Des prix rémunérateurs du travail agricole pour soutenir les petites exploitations

Présidence chypriote

Un accès pour tous aux services bancaires

La mobilisation citoyenne entraîne un rejet massif de l'ACTA

Schengen, les députés contre la prise de pouvoir des Etats sur la circulation des personnes
Le Parlement soutient la réforme de la Cour de justice européenne
Sommet Rio+20, déception ! Peu d’avancées !
Un texte pour la Palestine malgré l'opposition franche de la droite

 

Cet article est le 101ème paru sur ce blog dans la catégorie France et Europe

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17 juillet 2012 2 17 /07 /juillet /2012 20:25

Partout, sauf en Europe, la production laitière est encadrée

 

Controverses Marciac 3et4 aout 2011 074 TL’excellente étude de Jean-Christophe Kroll, Aurélie Trouvé et Martin Déruaz (Agrosup Dijon-Inra) a été ignorée à sa sortie en septembre 2010, le ministère de l’agriculture préférant regarder ailleurs, alors qu’il l’avait commandée et financée (voir La Revue L'Eleveur laitier critique sévèrement la fin des quotas laitiers - 16 juillet 2012). 

 Aurélie Trouvé, lors des Controverses de Marciac, les 3 et 4 août 2011

 

Quelle perspective de régulation après la sortie des quotas ? Faut-il encore une politique laitière européenne ? Synthèse diffusion 08-06-11 - l'Inra

 

PLAN DU DOCUMENT

Avant propos p. 2

Résumé p. 3

Introduction p. 5

1. La sortie des quotas laitiers dans le débat économique p. 6

1.1. Pourquoi les quotas en 1984 ? p.8

1.2. Sortir des quotas pour augmenter le bien-être p.8

1.3. Imperfection des marchés et volatilité des prix p.14

1.4. Effets attendus de la suppression des quotas p.14

2. La régulation du secteur laitier : comparaisons internationales p.19

2.1. La régulation du secteur laitier dans les pays tiers, hors de l’UE p. 19

2.2. Le secteur laitier dans l’UE à la veille de la sortie des quotas p. 22

3. Perspectives de régulation des marchés laitiers européens :

Analyse critique p.27

3.1. Le scénario catastrophe de la dérégulation totale p. 27

3.2. Les propositions du groupe de haut niveau p. 27

3.3. Les alternatives possibles dans le cadre d’une régulation publique p. 33

Conclusion p. 37

Bibliographie p. 40

 

Résumé

 

La politique laitière européenne demeure marquée par un contexte de surproduction importante apparue dès la fin des années 1970, qui a conduit en 1984 à la mise en place de quotas. Cette forme de régulation des marchés laitiers, qui a perduré pendant deux décennies, est aujourd’hui en voie de démantèlement progressif d’ici 2014 ou 2015. Cette sortie des quotas ne peut être comprise qu'en lien avec les autres décisions concernant le secteur laitier, qui toutes aboutissent à une libéralisation accrue des marchés.

Cette recherche vise à interroger la sortie des quotas et ses conséquences, ainsi que les perspectives de régulation des marchés laitiers. Elle croise des résultats issus de la littérature économique et d'enquêtes de terrain notamment aux Etats-Unis, en Suisse, en Allemagne et aux Pays-Bas pour une comparaison internationale des modes de régulation des secteurs laitiers. Les observations empiriques se sont appuyées à chaque fois sur des documents institutionnels et sur une quinzaine d'entretiens avec des acteurs publics et privés considérés comme représentatifs et jouant un rôle important dans la filière laitière.

 

1. La sortie des quotas laitiers dans le débat économique

L’état des lieux de la littérature économique sur les conséquences de la sortie des quotas met en évidence l’hégémonie des travaux reposant sur des cadres théoriques néoclassiques standard dans les argumentaires mobilisés pour justifier cette sortie des quotas. Ce cadre théorique conduit, par construction, à considérer que les quotas constituent une rente indue pour les agriculteurs, dont la suppression est bénéfique au bien-être collectif, dans la mesure où ce que gagnent les consommateurs et les contribuables est supérieur à ce que perdent les producteurs.

Il s'agit alors d’évaluer le poids et la vraisemblance des hypothèses sur lesquelles reposent ces modèles dans les résultats obtenus et la légitimité des implications normatives qu’on peut en tirer.

Or la littérature économique fournit de ce point de vue de nombreux éléments permettant de remettre en cause les hypothèses des modèles. Livrés à eux mêmes, les marchés laitiers sont sujets à d’importants disfonctionnements en raisons de leurs caractéristiques propres telles que la rigidité de la demande, les variations aléatoires du volume de production, une asymétrie d'information sur les conditions de valorisation de la matière première, des contraintes techniques qui créent une situation de dépendance économique réciproque entre producteurs et transformateurs, des difficultés d'ajustement à court terme de la production à l’instabilité des prix, et une étroitesse des échanges internationaux. Autant de disfonctionnement qui, d’un strict point de vue théorique, peuvent justifier une intervention correctrice des pouvoirs publics. Les études empiriques et prospectives montrent également que la suppression des quotas laitiers a des conséquences sociales et environnementales importantes, liées à un renforcement de la sélection des exploitations, à l’accroissement de leur taille et de leur fragilité financière, à une concentration géographique accrue des bassins de production, à une nouvelle compétition entre les régions laitières européennes.

 

2. La régulation du secteur laitier : une comparaison internationale

L’analyse comparée des modes de régulation des marchés laitiers dans quelques grands pays tiers producteurs, ou exemplaires par les caractéristiques de leur régulation, permet de souligner les écarts qui peuvent exister entre les discours normatifs et la réalité observable. Elle permet de montrer que tous les pays ayant à approvisionner un marché domestique important se sont dotés de politiques laitières spécifiques, dont les modalités différent cependant selon les objectifs stratégiques poursuivis, en matière d’exportation notamment.

En Europe, l’unification du marché n’a pas effacé l’hétérogénéité des situations agronomiques, économiques et politiques, qui s'est au contraire accrue avec les élargissement successifs et la diversité des modalités de gestion des quotas laitiers spécifique à chaque Etat membre depuis 1984.

En résulte une évolution divergente des “modèles laitiers” dans la période récente, entre États membres voire entre bassins de production d'un même État-membre. Face à une sortie des quotas laitiers qui exacerbe la concurrence et libère les forces de divergence, et dans un contexte de désarmement des dispositifs communautaires de régulation des marchés, les Etats-membres et les régions – ceux qui en ont les moyens - arment des dispositifs plus ou moins détournés de soutien à la production et aux filières laitières, ce qui, conjugué à la remise en question des dispositifs de solidarité budgétaire, conduit à une nouvelle “guerre des régions". Cette dynamique nouvelle interroge également sur les conséquences socio-économiques et environnementales du modèle laitier “expansionniste” qu’entend promouvoir la Commission européenne, avec l'abandon de la production laitière dans des régions entières de l'UE et le risque d'un ajustement cyclique des marchés laitiers ouvrant la voie à de nouvelle crise laitière.

 

3. Perspectives de régulation des marchés laitiers européens : une analyse critique

En regard des multiples questions que posent la sortie des quotas et le désengagement des pouvoirs publics, un nouveau discours se consolide au niveau européen sur l’utilité du maintien de certaines formes de régulation, à condition de substituer aux anciennes formes de régulation publique, présumées archaïques et coûteuses, des formes rénovées de régulation, présumées mieux adaptées au nouveau contexte de la concurrence internationale et plus efficaces. Ceci conduit à privilégier des formes de régulation essentiellement privées telles que les marchés à terme, le renforcement des relations contractuelles et des organisations professionnelles, le développement de systèmes d'assurance et de fonds de mutualisation, l’amélioration des conditions de la concurrence par la transparence de l’information.

L’élargissement du cadre d’analyse et la mobilisation d'approches économiques moins conventionnelles, conjugués aux enseignement des observations empiriques, permettent de montrer les limites de ces nouveaux outils, qui ne peuvent en aucun cas se substituer aux dispositifs des régulations publiques des marchés, et aux arbitrages politiques qu’ils impliquent. A partir des expériences des pays étudiés, différentes pistes d‘encadrement de la production et des marchés sont explorées tels que les aides contra-cycliques, la mise en place ou le maintien de filets de sécurité, la segmentation des marchés, la maîtrise de la production à partir d’un dispositif rénové de quotas, avec une attention particulière portée aux propositions récentes actuellement en discussion aux États-Unis.

En tout état de cause, il apparaît que le développement d’une production laitière durable en Europe suppose un arbitrage entre des objectifs multidimensionnels d’ordre économique, social, territorial et environnemental qui implique des choix politiques qui ne soient pas uniquement dictés par une approche économique trop sommaire, dont l’analyse approfondie permet de cerner les limites.

 

Cet article est le 322ème publié sur ce blog dans la catégorie AGRICULTURE et PAC.

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16 juillet 2012 1 16 /07 /juillet /2012 22:54

Les ultralibéraux invitent à une guerre d’un type nouveau

 

« Les ministres et les députés européens, qui ont entériné le paquet lait* et, avec lui, la fin de toute intervention dans la régulation de la production, ont une lourde responsabilité ». Telle est la 1ère phrase de l’édito de la Revue L’Eleveur laitier n° 204 (juillet-août 2012), sous la signature du rédacteur en chef, Jean-Michel Vocoret. Voici cet édito (REVUE DE PRESSE - Apli).

 

A Berlin ?

 

Les ministres et les députés européens, qui ont entériné le paquet lait et, avec lui, la fin de toute intervention dans la régulation de la production, ont une lourde responsabilité. Elle annonce une concentration du lait standard, là où les coûts de production, de collecte et de transformation, sont les plus faibles. On commence à le toucher du doigt avec ces laits flottants qui fleurissent ici et là, alors qu’ailleurs, en bons chefs d’entreprises, certains ne pensent qu’à se développer pour faire face à la concurrence.

 

Une étude de l’Agrosup Dijon-INRA, commandée par Bruno Le Maire, mais ignorée à sa sortie, il y a un an, prédisait tout cela. « Outre l’accélération de la concentration de la production et de la spécialisation des régions, la fin des quotas va, en libérant les forces d’une concurrence frontale entre les Etats membres, ouvrir une phase de « guerre des régions », avec des conséquences politiques sur la cohésion de l’UE ». On y apprend que les études qui ont servi de base à cette décision reposent sur la théorie d’un univers de concurrence parfaite, qui n’existe pas dans la vraie vie. Plus invraisemblable encore, elles n’intègrent pas les coûts environnementaux et sociaux de l’extrême volatilité des cours…

 

Je croyais que l’UE avait été créée pour bannir ces « A Berlin » écrits à la craie sur les wagons qui emmenaient les Poilus au front. C’est à une guerre d’un nouveau type, économique, que les ultralibéraux qui sévissent à Bruxelles vous invitent. Mais, rassurez-vous, comme ces vieilles badernes de généraux qui, à Verdun, emmenaient des milliers de jeunes recrues à la mort, ils vivront la bataille derrière leur bureau. Une société où se creuse le fossé entre les élites et le peuple fait le lit des extrêmes. On y est.

 

* Voir Parlement européen : André Pflimlin, indigné par le vote du paquet lait - 19 mars 2012 

 

Dans ce même n° de la Revue L’Eleveur laitier, on trouve un entretien avec Aurélie Trouvé**, Maître de conférences en économie (Agrosup Dijon-Inra), co-auteur avec Jean-Christophe Kroll (Agrosup Dijon-Inra) d’une étude sur les conséquences de la fin des quotas, commandée et financée par le ministère de l’agriculture sous l’ère Bruno Le Maire. Mais ce dernier a refusé d’être associé au rapport qui en est sorti dans la discrétion il y a un an. Sans doute du fait des conclusions au moment où se discutait le paquet lait.

 

Quelle perspective de régulation après la sortie des quotas ? Faut-il encore une politique laitière européenne ? Synthèse diffusion 08-06-11 - l'Inra

 

** Rappel : Crise du lait : l'Union européenne maintient l'option libérale malgré tout - 26 janvier 2011 et JC Kroll et A Trouvé proposent de changer profondément la PAC - 5 février 2009.

  

Cet article est le 321ème publié sur ce blog dans la catégorie AGRICULTURE et PAC.

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15 juillet 2012 7 15 /07 /juillet /2012 22:36

Indispensable à notre indépendance et à notre industrie

 

Le candidat François Hollande avait été clair (60ème engagement) : « Je maintiendrai une ambition nationale élevée pour notre outil de défense, et je serai très vigilant dans l’action contre le terrorisme. Je fixerai un cap à nos forces armées, en conservant les deux composantes de notre dissuasion nucléaire, et en resserrant les liens entre l’armée et la nation. Je veillerai à ce que les armées disposent des moyens de leur mission et d’une organisation performante. Je relancerai une politique industrielle de défense ambitieuse. Je m’attacherai à ce que l’Otan retrouve sa vocation initiale : la préparation de la sécurité collective ». Voir Les 60 engagements pour la France, le projet de François Hollande

 

Cela n’a pas empêché Michel Rocard de remettre en question la Force de dissuasion nucléaire française et, après lui, l’ancien ministre de la Défense, Paul Quilès. Voir l’article de Libération, 13 juillet 2012 : «La bombe nucléaire s'apparente à une assurance-mort». Ils préfèrent s’en remettre aux USA pour assurer la défense de la France.

 

Chevènement Le Mans 280111 002 TJean-Pierre Chevènement, dans un texte paru dans la Revue Défense Nationale de mars 2012, avait présenté son point de vue. Voir Défendre le continent européen, avec qui, contre qui?

Dans un entretien publié le 14 juillet sur le site de Libération, l’ancien ministre de la Défense répond aux questions de Laure Noualhat et Alexandra Schwartzbrod :

"Une nouvelle grande guerre n’est jamais à exclure"

Libération: Les menaces ont changé de nature, la guerre froide est finie. L’arme nucléaire n’est-elle pas dépassée?

Jean-Pierre Chevènement: La guerre froide est derrière nous mais la Russie et les Etats-Unis gardent des milliers de têtes. Les armes nucléaires vont rester durablement à horizon de l’Histoire. Les Américains, par exemple, consacrent 5 milliards de dollars à la modernisation de leur arsenal. Ils disposent encore de 9 000 têtes nucléaires, les Russes de plus de 10 000! C’est évidemment idiot! La sagesse voudrait qu’ils tendent vers une stratégie de stricte suffisance. Mais l’évolution la plus importante, c’est le développement des arsenaux nucléaires en Asie du Sud et de l’Est. Les Chinois possèdent 300 à 400 têtes et développent une troisième composante (sous-marine), l’Inde et le Pakistan une bonne centaine de têtes chacun. On va vers un nouvel équilibre du monde: une bi-polarité entre les Etats-Unis et la Chine.


Comment se situe la France?

Elle a réduit ses têtes de 600 à moins de 300 (200 pour la Grande-Bretagne). Elle dépense environ 3 milliards d’euros par an pour son outil de dissuasion nucléaire, soit 10% du budget de défense. Cet outil étant développé, les décisions concernent son renouvellement à long terme. Le plus lourd dans le budget, c’est la simulation et la nouvelle version du M-51. C’est la première fois que des têtes auront été développées à partir de tests en labo.

 

Cet arsenal a-t-il un sens stratégique?

La dissuasion est le seul moyen d’empêcher qu’une guerre régionale ne devienne mondiale. Elle nous permet surtout, comme l’avait vu le Général de Gaulle, de nous tenir en-dehors d’une guerre où nos intérêts vitaux ne seraient pas engagés. Un homme d’Etat se doit de penser constamment à la surprise stratégique. D’abord, une nouvelle guerre entre grandes puissances n’est jamais à exclure. Ensuite, le Moyen-Orient, zone instable s’il en est, est nucléarisé. Enfin, on ne connait pas le terme ultime des révolutions arabes. Par ailleurs, il existe d’autres armes de destruction massive: les armes biologiques et chimiques. On ne peut pas faire comme si elles n’existaient pas! Si une puissance moyen-orientale voulait un jour nous balancer des missiles chimiques, la disposition d’une dissuasion nucléaire suffirait à nous en prémunir. Un pays qui assure sa propre défense est en bien meilleur état moral et politique qu’un pays qui s’en remet à d’autres pour cela.

Et si toutes les puissances nucléaires décidaient de désarmer ?

La seule démarche pratique que je connaisse en matière de désarmement, est celle de la commission Evans – Kawaguchi qui vise un plafonnement à 2000 têtes nucléaires à l’horizon 2025: 1000 pour les Etats-Unis et la Russie, et 1000 pour tous les autres. Quant aux initiateurs de l’appel Golbal Zero, ils ne se cachent pas, tel Henry Kissinger, de ne pas y croire.
La seule stratégie intelligente au plan international, à mon sens, est, comme l’a décidé la conférence d’examen du TNP (1) en 2010, de promouvoir deux traités permettant de plafonner le développement des arsenaux nucléaires: le traité «cut-off», qui vise à interdire la production de matières fissiles à usage militaire (la France n’en produit plus, elle vit sur son stock) ; et le traité d’interdiction des essais nucléaires (Tice ) qui doit être ratifié pour empêcher la mise au point d'armes plus sophistiquées. Cette « prise en tenailles » permettrait de réduire les arsenaux à un niveau de stricte suffisance.

 

Rocard croit au désarmement. Et Quilès cite Allemagne dénucléarisée et forte...

Michel Rocard est un animal de communication. Il utilise délibérément la provocation pour attirer l’attention des journalistes. Quant à Paul Quilès, son argument est cohérent avec le choix fait par l’Allemagne de se placer en dernier ressort sous la protection des armes nucléaires américaines. Ce n’est pas le choix de la France.

Réduire l’outil nucléaire n’aurait pas de sens en temps de restrictions budgétaires?

On y a investi près de 200 milliards en cinquante ans. Le coût est marginal pour un gain politique considérable. Le Président Hollande l’a rappelé à juste titre. Notre arsenal est calibré à un niveau de stricte suffisance. Et, sans notre force de dissuasion, on n’aurait pas Ariane ni Airbus. Toute l’industrie aéronautique, la plupart de nos pôles d’excellence en dépendent. L’arsenal français, quand on le connait bien, est impressionnant par la qualité et la sûreté de ses armes, réduites en nombre. Et je peux vous affirmer qu’on fera encore des progrès impressionnants en précision et en indétectabilité!

(1)     Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires

Rappel : Sénat : rapport Chevènement sur le traité de non prolifération nucléaire - 24 mars 2010 

 

Cet article est le 23ème paru sur ce blog dans la catégorie Justice Police Défense.

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