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  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine autour des idées de Jean-Pierre Chevènement. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens après les élections de 2002.
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28 septembre 2012 5 28 /09 /septembre /2012 23:23

Les producteurs ne se sentent pas bien représentés

 

La baisse du prix du lait initiée par le groupe coopératif Sodiaal a provoqué des réactions, y compris dans les syndicats majoritaires (voir cet article de La France Agricole paru le 5 septembre 2012 : Prix du lait : JA déplore une décision « inacceptable » de Sodiaal.

 

AGE-Apli-Plessis-Mace-310112-022-T.jpgPhilippe Grégoire, président de l’association des producteurs de lait indépendants de Maine-et-Loire (Apli 49), dénonce la stratégie des coopératives laitières et accuse les responsables syndicaux d’avoir cautionné une stratégie conduisant à l’appauvrissement des paysans. C’est dans l’édition du 21 septembre 2012 de L'AVENIR AGRICOLE.

 

« Il faut en finir avec la stratégie des volumes de poudre de lait »

 

Les producteurs laitiers, de moins en moins nombreux mais sur des surfaces de plus en plus grandes, sont aujourd’hui payés au même prix qu’il y a 25 ans, avec des coûts de production non couverts. Qui peut accepter cela ? C’est la conséquence d’une stratégie des industriels laitiers. Nous avions le choix entre produire beaucoup et à bas prix pour exporter de la poudre de lait et gagner des marchés selon les règles de l’OMC (sans protection), ou produire pour un marché européen mieux protégé et n’exporter que des produits de qualité sans aides. C’est la première option qui a été choisie. Cette stratégie, qui consiste à miser sur le beurre-poudre, principalement emmenée par les grandes coop laitières françaises comme Sodiaal ou Laïta, a entraîné la filière vers le bas. Il aurait fallu au contraire miser sur la valeur ajoutée, comme l’ont fait Bongrain ou Lactalis.

 

Cela m’amène à une question : pourquoi nos représentants agricoles, largement présents dans les conseils d’administration des coopératives, ont-ils pu laisser dériver le système jusqu’à l’appauvrissement des paysans ? Quand on consulte l’organigramme des conseils d’administration des coop, on constate que c’est à peu près le même qu’à la FNSEA. Quand des gens sont appelés par leurs responsables syndicaux à manifester devant Sodiaal ou Laïta, il y a donc incohérence !

 

A l’interprofession, les coopératives siègent dans le collège des transformateurs. Un producteur de lait n’est donc pas représenté par son collège mais par celui des transformateurs. Le producteur de lait en coopérative n’a donc pas de représentant direct. Pourquoi nos responsables agricoles ont-ils cautionné la fin des quotas en 2015 alors que dans le même temps ils se sont opposés avec force à la suppression des droits de plantation dans la vigne ? Il semble qu’il y ait deux poids deux mesures ! On est prêt à protéger la gestion des volumes viticoles mais pas les volumes de lait… Il faut en finir avec cette forme de cogestion.

 

Rappel : André Pflimlin, auteur de « Europe laitière : valoriser tous les territoires pour construire l’avenir »  Editions France Agricole, 2010 (voir André Pflimlin présente trois avenirs possibles pour l'Europe laitière - 30 juillet 2012). 

 

Cet article est le 341ème publié sur ce blog dans la catégorie AGRICULTURE et PAC.

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27 septembre 2012 4 27 /09 /septembre /2012 23:16

Développer les moyens de la recherche publique

 

La publication des résultats des travaux de recherche menés depuis deux ans par Gilles-Eric Séralini a déclenché des réactions diverses. Voir OGM et herbicides : l'étude de Séralini est un bon début (Le Nouvel Observateur, François Veillerette, 24 septembre 2012).

 

Université d'été MRC 2010 017 TMon ami Arthur Riedacker, directeur de recherche honoraire à l’Institut de la Recherche Nationale Agronomique (INRA), membre du Mouvement Républicain et Citoyen (Val-de-Marne), a saisi l’opportunité pour faire le point, en scientifique, sur les recherches menées dans le domaine des produits phytosanitaires en agriculture et des Organismes génétiquement modifiés (OGM).

 

Voici (sans ses nombreux renvois en bas de page, pour des raisons techniques) le texte qu’il m’a transmis.

 

Cette présentation qui a fait la une de la presse le 20 septembre est l’occasion de faire un point sur l’utilisation des produits phytosanitaires en agriculture et les OGM : leurs effets sur les rendements, sur la santé des hommes, le  rôle des organismes publics de recherche et les politiques à mener.


La tonalité des débats à propos de cette question n’est pas surprenante puisqu’elle concerne la santé de chacun d’entre nous en tant que consommateurs, et bien évidemment, les agriculteurs en tant que producteurs et utilisateurs des herbicides. 

 

Mais il faut aller plus loin et clarifier un peu le débat sur le plan scientifique, sans oublier de prendre en compte les dimensions  historiques, politiques et géopolitiques.

 

Au cours de l’histoire, les herbicides se sont révélés comme de précieux auxiliaires des agriculteurs. La destruction des plantes adventices concurrentes des céréales était devenue indispensable après l’abandon de l’agriculture itinérante sur abatis brûlis des forêts. Ce mode de culture qui évitait d’avoir à désherber était encore pratiqué au début du XXème siècle en Finlande, dans les Ardennes et bien sûr sous les tropiques. Ceux qui ont encore enlevé manuellement les chardons des champs de blé, comme moi en France au début des années 1950, se souviendront de la pénibilité de ce travail et de l’intérêt que présentait alors l’utilisation des herbicides. Désherber est essentiel pour obtenir de bons rendements. Ne dit-on pas par ailleurs qu’un binage vaut deux arrosages ? Seuls ceux qui n’ont jamais manié une bêche l’ignorent ?

 

On découvrit alors que certains herbicides, comme l’atrazine utilisé dans les cultures de maïs, étaient non seulement efficaces, mais aussi assez toxiques et fortement rémanents. Ils descendaient lentement des couches superficielles des sols vers les nappes d’eau, puis réapparaissaient quelques années plus tard dans l’eau. L’utilisation de l’atrazine finit donc heureusement par être interdite. D’autres produits remplacèrent ces premières molécules de synthèse.

 

Mais on connaissait, et on connaît toujours très mal, les effets directs sur la santé et l’environnement  de ces produits, et encore plus mal  les effets indirects des produits issus de  la dégradation de ces molécules. Les recherches de ce type sont onéreuses, longues et également peu gratifiantes quand elles ne sont pas soutenues financièrement et socialement.

 

En 1973, lors d’une réunion de l’IUFRO (Union  Internationale des  Instituts de Recherches Forestières), la Suède avait demandé que l’on étudie l’effet de l’utilisation des herbicides sur la santé des ouvriers forestiers qui les épandaient, et des colles à bois sur la santé des ouvriers des industries du bois. La question était simplement et clairement posée. Comment fut-elle évacuée ? L’américain Jemison, le nouveau  et premier président de l’IUFRO non européen depuis 1892, balaya cette proposition sous prétexte qu’elle concernait tout l’environnement : Elle était par conséquent bien trop compliquée à expertiser !

 

Faute de mieux, il fallut attendre le Grenelle de l’environnement en septembre 2008 et le Plan Ecophyto 2018 recommandant la division par deux, d’ici 2018, des quantités de pesticides utilisés annuellement ! En 2009, la surface  agricole utile (SAU) de la France était de 27,5 millions d’hectares, et selon Eurostat, le nombre moyen de doses homologuées par hectare (IFT) était

·       de 3,8 pour les grandes cultures (sur 45% de la  SAU) 

·       de 12,5 pour la vigne (sur 3% de la SAU)

·       de 17,3  pour les fruits, horticulture et autre  (sur 1,6% de la SAU)

·       de 0,4 pour les fourrages (sur 39% de la SAU)

 

Diviser l’emploi des pesticides par 2 d’ici 2018  est donc un objectif intéressant et à soutenir. Un millier de fermes écoles ont été mises en place pour des formations d’agriculteurs.

 

Les praticiens pensent, d’une part, qu’il sera difficile d’atteindre cet objectif sans pertes de productions. Ils craignent cependant aussi que cela entraîne des distorsions de concurrences, surtout  si les pays voisins ne sont pas soumis aux mêmes normes !

 

Or, l’agriculture « bio »  bien menée, sur des sols ni trop pauvres en éléments minéraux et en humus, demanderait au moins 30% de superficie supplémentaire pour l’obtention de productions totales quantitativement  identiques.

Il faudrait donc, pour les grandes cultures, au moins 3,7 millions d’hectares supplémentaires (ou annuellement de l’ordre de 250 millions de quintaux de céréales en moins). Cette superficie serait  à prendre sur des forêts  et des prairies. Ce qui diminuerait d’autant les capacités de production de bois (y compris de bois de chauffage), et de fourrages tout en augmentant les émissions de gaz à effet de serre ainsi que la nécessité de recourir à plus d’énergies fossiles et au nucléaire pour le chauffage dans l’habitat. Si cette surface supplémentaire ne pouvait être obtenue par défrichement en France, il faudrait donc y diminuer les productions, et par conséquent les exportations de céréales, ce qui aggraverait évidemment davantage les déséquilibres actuels de la balance commerciale de notre pays. 

 

Il y a donc de bonnes raisons de préserver le niveau actuel de production, à condition que ce soit de manière acceptable. Cela prendra du temps. Raison de plus pour s’y intéresser sans tarder. Toutes les molécules n’ont en effet  pas les mêmes effets sur la santé. Il faudrait en particulier mieux connaître la gravité des perturbations endocriniennes  occasionnées par les différentes molécules, ce qui, évidemment, implique des moyens publics conséquents.

 

Et les OGM dans tout cela ? 

 

C’est dans cette approche qu’il faut replacer le débat sur les OGM.  Si la culture de certaines plantes, par exemple de cacaoyer, pouvait permettre de prémunir les plantes contre certains parasites sans nécessiter de recourir à des pesticides, tant mieux, a priori tout au moins pour les consommateurs de chocolat ! Cela permettrait de consommer moins de résidus de pesticides. On peut imaginer de créer  plusieurs sites de résistances sur les chromosomes pour éviter que les parasites dont il faut se protéger ne contournent la barrière ainsi créée.  Mais cela peut avoir d’autres conséquences. On s’est aperçu, par exemple en Chine, que le coton OGM pouvait bien résister aux parasites. Mais l’absence de traitements a entraîné le développement d’autres parasites s’attaquant à d’autres plantes dans le voisinage. Décidément,  les choses ne sont pas aussi simples qu’on pourrait le souhaiter.

     

Sur le plan politique on doit aussi ajouter quelques commentaires. Il faut, tout d’abord, rappeler que c’est sous la présidence de Bill Clinton qu’ont été développés aux Etats Unis les productions d’OGM via Monsanto. Et cela, sans mise en place de contrôles scientifiques suffisants. Ce qui a permis à cette multinationale états-unienne d’acquérir une place dominante dans le monde.  De telles recherches devraient évidemment être menées par des organismes publics. A la différence des entreprises privées, celles-ci n'ont en principe  pas d’objectifs immédiats de rentabilité susceptibles de justifier des mises prématurées sur le marché de graines OGM ! Il n’y a, aujourd’hui, pas de menaces de famines dans les pays développés. Et dans les pays les moins avancés, la sécurité alimentaire pourrait sérieusement être améliorée avec les techniques agronomiques traditionnelles déjà connues.

 

Dans les années 1920, on n'avait pas encore redécouvert les lois de Mendel. Même les ouvrages français parlaient alors d’hérédité des caractères acquis, comme  tous les néo-lamarkiens de l'époque. Michurin était aussi de cet avis. Cela n'a cependant  pas pu être vérifié. Lysenko, en revanche, avait prétendu que cela marchait. Mais pour cela, il a dû falsifier les résultats ! Les généticiens classiques de l’URSS,  qui étaient alors sans solution miracle pour régler le problème de la faim (bien réel sous Staline),  furent de ce fait mis sur la touche. C'est ainsi que l'URSS a perdu 50 ans dans les recherches génétiques,  en particulier dans le domaine de l'amélioration végétale. (cf. à ce propos l’excellent livre, quoique déjà ancien, de Dominique Lecourt).

 

N’y a-t-il pas des risques du même genre, aujourd’hui, en France ? N’y a-t-on pas  diabolisé les recherches sur les OGM ? D’aucuns n’ont-ils pas arraché des plants de vignes à l’INRA de Colmar et détruit des plants de coton Bt au Cirad de Montpellier.  Comment la recherche peut-elle dans ces conditions se poursuivre ? Comment cela peut-il encourager des jeunes chercheurs à travailler dans ce domaine ? Cela ne va-t-il pas plutôt les encourager à s’expatrier ou à conduire les recherches ailleurs, dans les organismes de recherches internationaux ou aux Etats-Unis ?


Il est  non seulement  normal, mais encore tout à fait souhaitable  que l'on communique les résultats obtenus. L’important est  d’indiquer la méthodologie pour que cela puisse être reproduit. C'est la b, a,  ba de la science. Cette posture est bien évidemment différente de la militance contre les biotechnologies.

Qu'on se souvienne des travaux de Flemming sur l'effet antibiotique de la pénicilline. Comme cela allait à l'encontre des opinions dominantes de l'époque, ses publications ont d'abord été refusées. Heureusement, on n'en est pas resté là... Car on a pu vérifier la validité de ses conclusions.

Dans les années 1970, un  certain "professeur ( ?)" Kervran parlait de transmutation du calcium en potassium. Cela devait permettre de se dispenser d’apports de potassium au champ.  Ses conclusions étaient très connues  de tous les adeptes de l'agriculture biologique. Quand on a voulu reproduire ses essais on n'a pas pu le faire... Mais personne n'en a parlé.

 

Si nous soulignons cela, c’est aussi parce que nous pensons qu’il est très important de distinguer les effets des pesticides (qui a envie de manger des molécules nocives pour sa santé ?) des effets des engrais minéraux. On sait que l’agriculture biologique renonce dogmatiquement aux uns et aux autres. Cela peut servir à faire des progrès dans les connaissances. Mais  au niveau mondial, nous ne pensons pas que l’avenir réside dans le « bio », contrairement à ce qui est parfois affirmé, mais dans la « production d’aliments non nocifs pour la santé », en quantités suffisantes, si possible dans tous les pays.


Il y a quelques années, des chercheurs allemands d'un prestigieux institut prétendaient que les parties aériennes des plantes émettaient du méthane et que cela renforçait l'effet de serre!  On les a vite oubliés.

 

Paul Crutzen - chimiste et prix Nobel pour ses travaux sur les CFC, mais pas agronome -  avait également publié au début des années 2000, avec d’autres collègues, un article dont les grands quotidiens s'étaient empressés de reprendre les conclusions afin de démolir les biocarburants. Or cet article a ensuite été tellement critiqué par la communauté scientifique que les auteurs ont dû en publier un second, dans la même revue scientifique, pour reconnaître (une partie seulement de) leurs erreurs.  Les grands quotidiens ont évidemment superbement ignoré ce deuxième article.


On pourrait citer toute une série de prétendues connaissances scientifiques qui sont véhiculées par les uns et les autres et par divers médias, en particulier par certains journaux très friands de nouvelles sensationnelles.

 

La déontologie voudrait que, quand il y a des expériences ou des conclusions ensuite démenties - parfois par les mêmes chercheurs, le plus souvent  par d'autres chercheurs -  ces mêmes journaux accordent la même place aux démentis. C’est malheureusement trop rarement le cas.

 

Alors, revenons sur la question très sérieuse des OGM. Mais il faut ici au préalable souligner qu’il y a bien d’autres applications des techniques à OGM que le développement de plantes résistantes à certains herbicides dont il est question ici. Comme toujours, il peut y avoir des applications intéressantes, et d’autres à éviter, ou même à interdire. Attention donc aux amalgames ! 

 

Pour cette question des OGM résistants aux herbicides, ce n’est toutefois pas le moment de baisser les bras. La nocivité des produits phytosanitaires, d’ailleurs même sans OGM, peut être bien réelle. Il conviendrait donc, entre autre, d’étudier plus spécifiquement les impacts endocriniens des différentes molécules, ceci afin de produire des aliments « non nocifs pour la santé », sans que cela entraîne des baisses significatives de rendements ou des augmentations trop importantes des coûts de production.  Abandonner ces objectifs pourrait, en effet, favoriser le recours à l’agriculture bio pour les plus riches ! Les autres continueront-ils alors à acheter les fruits sans taches, mais sans savoir combien de pesticides ils contiennent ? Cela suppose donc non seulement des recherches quantitatives et qualitatives, mais aussi des efforts de pédagogie en direction des consommateurs et des producteurs.

 

Si ce maïs OGM abreuvé d’herbicides a des effets sur la santé, comme semble le laisser entendre les expériences venant d’être publiées par l’équipe de M. Seralini, il faut évidemment l’interdire, comme l’a souligné le Premier Ministre. Mais cela ne règle pas tout.

 

Plusieurs commentateurs ont indiqué que, pour le moment, il était trop tôt pour en dire plus. Sur le détail sans doute. Il faut répéter les expériences. Mais cela suppose aussi des politiques de long terme, préservant ou développant sérieusement les capacités de recherches qui s’imposent. Et que les organismes publics soient encouragés à développer de telles recherches, en ayant réellement les moyens de le faire. De cela on parle trop rarement dans les journaux. Il faut donc le souligner fortement ici. Evidement, pour certains journaux, il est « plus politiquement correct » de diaboliser l’augmentation des postes dans la fonction publique. Alors que, dans certains domaines, comme celui évoqué ici, la société aurait bien besoin de davantage de recherche publique. Ce n’est donc évidemment pas seulement, comme on a pu le lire, une question de rapport entre l’argent et la vérité. Ce serait bien trop simple !

 Cet article est le 340ème publié sur ce blog dans la catégorie AGRICULTURE et PAC.

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11 septembre 2012 2 11 /09 /septembre /2012 23:45

Pas de remise en cause de la politique de libéralisation

 

AG Office du lait Avranches 221111 032 TAu moment de l’ouverture tranquille du Salon de l’élevage (SPACE) à Rennes - voir l’entretien que le ministre de l’agriculture, Stéphane Le Foll, a accordé à Ouest-France, ce 11 septembre Space 2012. L'État appelé à la rescousse des éleveurs - la revue mensuelle L’Eleveur laitier, dans son édition de septembre, a publié le courrier, ci-après, qui lui a été adressé par André Pflimlin, auteur de « Europe laitière : valoriser tous les territoires pour construire l’avenir »  Editions France Agricole, 2010 (voir André Pflimlin présente trois avenirs possibles pour l'Europe laitière - 30 juillet 2012). 

 

    «  La politique de l’autruche jusqu’à quand ? »                      

 

Il y a les «réalistes», ceux qui ne veulent pas payer pour les autres et qui se félicitent du rattrapage spectaculaire de la production laitière française. Certains, y compris dans ce journal, regrettent que la France ne se soit pas donné les moyens de faire plus et fustigent « un système de redistribution des quotas absurde et anti-économique » Il y a même des Bretons qui portent plainte à Bruxelles contre la  France qui fait payer des pénalités à ceux qui dépassent leur quota, alors que le pays est encore en sous réalisation.

 

Il y a les «utopistes» qui refusent la course au volume avec un prix fluctuant au gré du marché mondial beurre-poudre ; ceux qui veulent que le prix du lait soit basé sur le coût de production  et sur sa valorisation régionale ou européenne. Comme la consommation de produits laitiers est assez stable, l’offre peut et doit être régulée par les pouvoirs publics. Car chacun le sait : sur ce type de marché, un faible excédent provoque une  forte chute du prix qui pénalise les producteurs et profite aux transformateurs et aux distributeurs. Inversement, les cours  ayant été attractifs depuis 18 mois, la relance de la production a été spectaculaire partout dans le monde. L’offre a vite dépassé la demande solvable, faisant chuter les prix… au point de troubler nos instances politiques quant à l’efficacité du paquet lait qu’elles ont adopté il y a quelques mois ! On ose reparler de régulation de l’offre, même à la FNPL, pour tenter de repousser ou d’atténuer la crise qui sévit déjà chez les éleveurs anglais, allemands ou belges.

 

Heureusement, le ciel est venu au secours des «réalistes» débordés par leurs propres excédents. La sècheresse aux Etats-Unis et en Europe Centrale a fait exploser le cours des céréales et du soja et devrait donc faire remonter ceux du lait dans la foulée. Mais il y a d’abord des stocks laitiers à écluser. Et il y a aussi des pays qui vont continuer à produire plein pot, du lait d’herbe pas cher, comme la Nouvelle Zélande. Et d’autres comme aux Etats-Unis, qui vont mettre en place un système de garantie de marge sur coût alimentaire associé à une réduction obligatoire des livraisons en cas de surplus. Ainsi les producteurs américains, y compris ceux ayant plusieurs milliers de vaches hors sol, seront assurés d’une marge minima quels que soient les prix du lait, du maïs et du soja !

 

Et nous, en Europe, on fait l’autruche, on fait confiance à l’OMC ! On fait semblant de croire que la contractualisation hexagonale nous protègera des errements du marché mondial, de la spéculation financière et de la guerre entre régions européennes ! Notre ministre vient de publier un rapport critique sur ce sujet mais sans remise en cause de la privatisation du marché laitier. C’est pour quand le changement ?

Cet article est le 339ème publié sur ce blog dans la catégorie AGRICULTURE et PAC.

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13 août 2012 1 13 /08 /août /2012 21:01

Impossible d’atteindre les objectifs de la loi LMA

 

Les dirigeants de l’association nationale des producteurs de lait indépendants (APLI) ont analysé le Rapport sur la contractualisation dans le secteur laitier* en vue de leur rendez-vous au ministère de l’agriculture, de l’agroalimentaire et de la forêt. Une délégation, composée de André Lefranc, Richard Blanc, Paul de Montvalon, Philippe Grégoire et Denis Jéhannin, a été reçue le 10 août 2012.

 

Cette analyse, reproduite ci-après, est sur le site de l’ASSOCIATION NATIONALE DES PRODUCTEURS DE LAIT.

 

1 – La Loi de modernisation Agricole (LMA) – La contractualisation

 

Etat des lieux

 

« Il n’y aura pas d’alimentation sans agriculteurs, et pas d’agriculteurs sans un revenu stable et décent pour chacun d’entre eux. Le premier objectif de la loi, c’est donc de garantir aux agriculteurs un revenu qui leur permette de vivre dignement de leur travail. »

Bruno Le Maire (08/2010)

 

Adoptée en juillet 2010, la LMA a pour principal objectif d’assurer un équilibre des relations économiques entre les producteurs, les plus faibles, et l’aval de la filière.

Ainsi, la mesure phare est la mise en place de contrats écrits. Cette contractualisation trouve ses motivations dans la fin annoncée des quotas laitiers (2015), la diminution des dispositifs d’intervention sur les marchés et la volatilité accrue des prix particulièrement marquée par la crise de 2009 ( le prix payé aux producteurs ne couvrant pas les coûts de production).

 

Alors que les transactions agricoles sont soumises aux règles du code du commerce, le producteur étant tenu de communiquer ses conditions générales de vente à l’acheteur, la loi impose la formulation écrite des contrats aux acheteurs. Dans la pratique, la loi laisse dans un premier temps la possibilité de rédiger ces contrats dans le cadre interprofessionnel.

Faute de prémices d’un travail interprofessionnel, c’est le décret du 30 décembre 2010 qui fixe les éléments figurant obligatoirement dans le contrat.

 

Nos réactions

 

Alors que les constats émis dans ce rapport sont clairs :

· Les producteurs ont une relation « de nature contractuelle » avec leurs collecteurs, et leur dépendance de cet acheteur unique, ainsi que la production quotidienne d’un produit non stockable, ne leur permet pas des positions « spéculatives » de court terme (page 16)

· La conclusion de contrats écrits entre les producteurs agricoles et leurs premiers acheteurs a pour principal objectif d’améliorer l’équilibre des relations économiques entre les uns et les autres (page 23)

· Ce rééquilibrage profite en premier lieu à celui considéré traditionnellement comme le plus « faible » dans la relation, c’est-à-dire au producteur agricole (page23)

Alors qu’au niveau européen, la contractualisation reste facultative, décision de chaque état membre.

Alors que le règlement européen précise que ces contrats doivent renforcer le pouvoir de négociation des producteurs, favoriser l’adaptation de l’offre à la demande, mentionner le prix payé à la production, mais aussi que les interprofessions peuvent proposer des contrats type,

Les décisions imposées par décret dans le cadre de la LMA sont en totale contradiction avec les objectifs affichés de ces lois. Le pouvoir des industriels privés, chargés de rédiger les contrats d’achats, se trouve renforcé.

Ainsi, dans ces contrats, la gestion des volumes produits, la fixation d’un prix décent (tenant compte des coûts de production du produit lait à la sortie de l’exploitation) et la facturation, échappent totalement aux producteurs appelés premier maillon de la filière. Il nous semble que toute filière doit savoir reconnaître ses acteurs et répartir équitablement les marges.

De plus, sur le terrain, nous constatons que les pressions (écrites mais surtout orales) exercées par certains industriels pour la signature des contrats, les passages de techniciens, ont contribué à un taux de retour important des contrats signés relevant plus de la « soumission » que du rapport équilibré prévu par la loi. Pourquoi cet empressement à la signature alors que le régime des quotas est là jusqu’en 2015 et que les règles européennes ne sont pas fixées pour la suite ?

 

2- Les organisations de producteurs

 

Etat des lieux

 

Il a fallu attendre la validation du paquet lait pour donner la possibilité aux producteurs français de s’organiser. Ce rapport relève bien l’incohérence des décisions françaises puisque le décret imposant aux industriels la proposition de contrat précède le décret sur les OP autorisant les producteurs à négocier de manière collective !

Ce rapport met en avant l’idée d’une concentration verticale pour rééquilibrer les relations avec les acheteurs, citant en référence les coopératives.

 

Nos réactions

 

Cette idée figure dans un avis de l’autorité de la concurrence du 2 octobre 2009 qui ajoute aussi « Le principe de la concentration et de l’intégration verticale est celui adopté par les coopératives de transformation, dont cependant l’ensemble des acteurs s’accorde à dire qu’elles ne rémunèrent pour l’instant pas systématiquement mieux les producteurs que les industriels privés. Ces dernières se sont en effet souvent développées en s’appuyant fortement sur le beurre et la poudre de lait, dont le prix était assuré par l’intervention communautaire, mais qui ne sont pas des produits fortement valorisés. C’est pourquoi elles devraient autant que possible rechercher aujourd’hui les débouchés qualitatifs »

 

Le Centre Etudes et Prospectives (CEP n°31) écrit également en Juin 2011 :

« Le renforcement du maillon producteur au sein des interprofessions dépendra notamment de leur degré de structuration horizontale. On peut citer à ce titre l’exemple de l’interprofession laitière suisse, créée en réponse à la suppression des quotas laitiers.

Alors qu’à l’origine il était prévu de créer un pool de producteurs organisés, le fonctionnement de l’interprofession a été entravé par le morcellement de l’amont et la présence des organisations de producteurs-utilisateurs (OPU), qui restaient très dépendantes de l’industrie laitière »

 

3- Les coopératives

 

On lit également dans ce rapport : « La suppression des quotas annoncée pour 2015 nécessite de repenser les relations producteurs-transformateurs, tant celles impliquant les coopératives que celles concernant les industriels privés. Les unes comme les autres ne peuvent en effet continuer à s’engager à collecter sans limite la totalité de la production de « leurs » éleveurs, dans la mesure où cela conduirait à une surproduction inévitablement néfaste en termes d’efficacité économique et de prix pour les producteurs »

 

Nos réactions

 

A notre connaissance, de nombreux écrits relèvent les manquements des coopératives vis-à-vis de leurs associés coopérateurs.

 

Le premier reproche sera celui de la valorisation insuffisante de la production de ses adhérents que l’on retrouve dès 2004 dans le rapport Trédé puis dans l’avis de l’autorité de la concurrence en 2009, valorisation liée à une part trop importante de produits industriels et à un manque de recherche en produits qualitatifs.

Malgré ces mises en garde, les coopératives n’ont pas évolué dans leur politique puisqu’elles continuent à développer des projets d’investissements (PI) dans des tours de séchage (projet Coralis 35, projet Carhaix 29 …). Cette valorisation en poudre de lait est soumise aux fluctuations du marché mondial. De plus, elle repose sur un prix différencié du produit lait en sortie de ferme, double, voir triple prix. Ainsi, la coopérative assurera la valorisation de ce PI en adaptant le prix payé aux producteurs !

Alors que les contrats majoritairement présentés par les entreprises privées reposent sur une gestion stricte des volumes, gestion encouragée par les directives européennes, les coopératives se réfugient derrière une obligation de collecte pour justifier de ce double prix.

Au final, toutes les entreprises s’aligneront sur ce prix moyen obtenu considérant qu’il n’existe pas d’étanchéité entre les volumes A et B et donc la possibilité de transformer du lait payé en prix B en produits de grande consommation.

A l’heure actuelle, faute de gestion de la production française, le marché compte un excédent de plus de 10% en lait UHT.

 

La seconde critique faite aux coopératives est celui d’un manque de transparence dans la répartition de la valeur ajoutée vers ses associés coopérateurs.

Si on peut reprocher aux producteurs de manquer d’intérêts pour le fonctionnement de leurs coopératives, il faut reconnaître qu’il est difficile de franchir les strates permettant d’arriver au conseil d’administration.

Nous pouvons aussi nous interroger sur la double mission du conseil d’administration, entre assurer le fonctionnement de l’outil coopératif qui relève plus d’un outil industriel et dégager un juste retour de valorisation aux associés. Ces deux missions ne nous paraissent plus compatibles. De plus le cumul de mandats constatés chez certains administrateurs peut-il permettre une représentation correcte des producteurs ?

 

Le CEP n°36 de novembre 2011 rapporte « si l’on considère le périmètre réduit, selon les résultats de l’Enquête Annuelle Laitière 2009, les coopératives réalisent 47 % de la collecte, mais seulement 12 % des transformations et 10 % des ventes de produits laitiers finis »

Nous comprenons ainsi que la valorisation est confiée à des filiales à statut non coopératif et donc sans redistribution.

Compte tenu de ces éléments, il est clair que le système coopératif français dans sa majorité n’assure plus les fonctions pour lesquels il a été mis en place (valorisation de la production de ses adhérents, transparence, démocratie…) .Son fonctionnement est comparable à celui des entreprises privées. L’exemple suisse déjà cité reflète pleinement les conséquences de l’application de prix différenciés et de la multitude d’OP verticales qui équivalent au système coopératif.

 

Ainsi, encourager la mise en place d’organisations de producteurs verticales à l’image des coopératives françaises ne permettra certainement pas à la LMA d’atteindre ses objectifs (rééquilibrer les pouvoirs de force dans la filière : relation équilibrée, revenu décent).

Seules des OP transversales, rassemblant des producteurs des entreprises privées comme coopératives sur un bassin, sont capables de redonner aux producteurs la place qu’ils méritent dans cette filière laitière. Encourager ces OP de bassins c’est atteindre les objectifs de la LMA en permettant aux producteurs de gérer la production mise en marché, en leur assurant la possibilité de négocier un contrat équilibré avec les transformateurs, premier partenaire de la filière : c’est l’objectif de France Milk Board (F.M.B).

 

Conclusion

 

La contractualisation mise en place en France dans le cadre de la LMA pourra-t-elle atteindre ces objectifs ?

Au regard de ce qui se passe en Suisse où la contractualisation est mise en place depuis 2010, on peut réellement en douter. OP verticales et prix différenciés ne font qu’affaiblir les producteurs.

Ce rapport se conclut en émettant quelques réserves sur le fonctionnement du système coopératif. Il attend un rééquilibrage des relations entre acteurs grâce aux organisations de producteurs. A notre sens, seule l’organisation des producteurs privés comme coopérateurs à l’échelle d’un bassin sera à même d’apporter le résultat escompté par la loi.

 

* Rappel : Rapport, sans surprises, sur la contractualisation dans le secteur laitier - 11 août 2012 

 

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12 août 2012 7 12 /08 /août /2012 22:00

Le « paquet lait » européen est incomplet et insuffisant

 

Les députés au Parlement européen ont approuvé les propositions de la Commission européenne concernant le « paquet lait » dans la perspective de suppression des quotas laitiers en 2015 (voir Parlement européen : André Pflimlin, indigné par le vote du paquet lait - 19 mars 2012).

 

Paul de Montvalon, président de France Milk Board (voir Paul de Montvalon, paysan, président : fédérer les producteurs de lait - 2 janvier 2012), qui regroupe l’Association des producteurs de lait indépendants (APLI), l’Organisation des producteurs de lait (OPL, branche lait de la Coordination rurale) et la Confédération paysanne, a passé un accord avec des organisations de producteurs de lait de Belgique et d’Allemagne afin de former la « Commission internationale de regroupement des producteurs laitiers » dans le but de faire progresser le regroupement de l‘offre.

 

Les objectifs clé de cette commission sont les suivants :  

a. Echanges concernant les prix du lait payé aux producteurs : Les membres de la commission vont communiquer par périodes de quatre mois, le prix du lait de cinq laiteries. L’échantillon doit comporter deux laiteries de taille importante, deux laiteries de taille moyenne et une laiterie de petite taille. L’ensemble des informations recueillies sera présenté aux adhérents de chaque organisation. Le but de ces échanges est d’établir de la transparence sur les prix du lait et sur  la composition du prix du lait, surtout si ce dernier est influencé par des comparaisons internationales. Les laiteries ne doivent plus pouvoir faire référence à des prix plus bas dans les pays voisin si cela n'est pas le cas (comme c'était le cas en France où l'on s'est référé à des prix démesurément bas en Allemagne ne correspondant pas à la réalité).

 

b. Organisation régulière de réunions d’informations dans les pays membres, ainsi que l’organisation de conférences de presse : les réunions mettront l’accent sur l’évolution des organisations de producteurs de chaque pays (le regroupement de l’offre). Les médias concernés seront invités de manière systématique.

 

c. Soutien juridique et factuel aux projets de création d’OP transnationales : ceci est d'une importance considérable, parce qu'elles peuvent agir comme contrepoids aux laiteries internationales. Il est permis par ce biais l’instauration d’une concurrence efficace.

 

d. Appui à la création d’organisations de producteurs : cet appui peut également intégrer la présentation de circuits de distributions alternatifs et réalistes. Les adhérents de la commission de regroupement vont pour cela d'abord s'informer sur les possibilités de développement des circuits de distribution alternatifs dans leurs pays respectifs.

e. Appui aux projets qui visent l’indépendance des coopératives vis-à-vis de l’industrie : la France et la Belgique sont tout particulièrement concernées par ce fait. Étant donné que dans ces 2 pays la confusion entre les coopératives laitières et l’industrie laitière est particulièrement forte, tant d'un point de vue juridique que personnel, il faut qu'un moyen soit trouvé pour rendre aux membres des coopératives le contrôle illimité de leur produit, tout comme prévu à l'origine. Les sociétaires doivent avoir la possibilité de négocier le lait et ne pas seulement le livrer.

f. Transmission d’informations relatives aux négociations sur la contractualisation, telle qu'elle existe déjà en France. Les membres de l'alliance d'action soutiendront une telle évolution si les contrats incluent un certain nombre de clauses garantissant aux producteurs un prix couvrant les coûts de production, par exemple par un régime tarifaire général obligatoire.

g. Echange d’informations concernant l’instauration (ou le maintien) d’interprofessions laitières et le pouvoir qui leur sont allouées : Il est important que parmi les membres de ces interprofessions figure également des membres de la présente alliance.

Le 8 août 2012, le site d’information de la radio-télévision belge (rtfb.info) a publié le communiqué de presse de l’EMB (European Milk Board) - voir Les producteurs de lait prennent leurs responsabilités.

 

Les producteurs laitiers européens collaborent pour renforcer leur position

 

Les représentants de la Commission internationale de regroupement des producteurs laitiers ont signé un contrat de coopération mercredi matin, à Bruxelles, lors d'une conférence de presse. L'objectif est de constituer un contre poids lors des négociations du prix du lait avec les industriels.

La Commission internationale de regroupement des producteurs laitiers réunit les intérêts des producteurs allemands, français et belges. Alliance d'action du European Milk Board (EMB), elle constitue "un premier pas" pour renforcer la position des producteurs et résoudre "le grand déséquilibre du marché international", d'après Sieta van Keimpema, vice-présidente de l'EMB. Les partenaires de la Commission souhaitent ainsi élaborer conjointement un contrat-type, une base pour les négociations avec les industriels. "Car le prix du lait est trop bas", ajoute Sieta van Keimpema. "Il ne couvre pas les coûts de production."

 

La Commission utilisera les possibilités offertes par le "paquet lait", adopté en février par le Parlement européen, dans l'intérêt des producteurs. Parmi ses objectifs, une transparence du prix du lait entre les pays membres, un soutien aux producteurs pour le développement d'organisations transnationales, la création de circuits de distribution alternatifs ou encore le renforcement de leur indépendance vis-à-vis des coopératives et de l'industrie laitière.

La problématique du lait est européenne, pas nationale, estime Paul de Montvalon, de France Milkboard. "Je suis d'ailleurs persuadé que la solution à cette crise est européenne. Le nombre de producteurs est en chute libre. Le monde politique doit désormais prendre ses responsabilités."

 

Le paquet lait "incomplet et insuffisant", selon les producteurs laitiers européens

 

Le paquet lait est "incomplet et insuffisant" pour résoudre les problèmes de liquidité des producteurs, ont expliqué les membres de la Commission internationale de regroupement des producteurs laitiers, mercredi, lors d'une conférence de presse. La Commission souhaite dès lors en renégocier certaines dispositions.

Le paquet lait doit favoriser l'adaptation du secteur au terme de la politique des quotas, introduite en 1984 dans le cadre de la Politique agricole commune (PAC) et vouée à disparaître en 2015. Cette nouvelle politique laitière, adoptée par le Conseil, la Commission et le Parlement européens, ne nécessite pas de transposition dans le droit national. Une partie du texte est déjà entrée en vigueur au mois d'avril.

Dans ses dispositions, le paquet lait prévoit, entre autres, la communication du niveau de production de lait des pays membres, la possibilité pour les producteurs de se rassembler pour négocier leur prix de vente, ainsi que la fixation d'un contrat entre les producteurs et les industriels, pour les Etats qui le souhaitent.

Les producteurs de lait soufflent le chaud et le froid sur cette nouvelle politique laitière européenne. La Commission internationale de regroupement des producteurs laitiers, qui réunit les intérêts des producteurs allemands, français et belges, y décèle néanmoins certains avantages. Notamment la reconnaissance juridique des organisations de producteurs (OP), nationales et internationales, qui constituent "un contrepoids et une force de négociation face aux industriels privés et aux coopératives en fulgurante croissance". "Mais le paquet lait est incomplet et insuffisant pour résoudre les problèmes de liquidité des producteurs", selon Sieta van Keimpema, vice-présidente du European Milk Board (EMB).

 La Commission regrette par contre l'interdiction de négocier le lait livré aux coopératives, par l'intermédiaire des organisations de producteurs. "Cela rend difficile l'obtention d'un prix du lait juste, ce point doit absolument être revu par Bruxelles", estime-t-elle. Le paquet lait empêche également les producteurs d'adhérer simultanément à deux organisations distinctes négociant le prix pour leurs adhérents. "C'est pourtant primordial pour l'accroissement réel des capacités de négociation des producteurs", estime Paul de Montvalon, de France Milkboard.

La Commission a cependant précisé qu'elle utilisera les possibilités offertes par le paquet lait dans l'intérêt des producteurs. Elle souhaite, par exemple, élaborer un contrat-type servant de base pour les négociations avec les industriels.

 

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11 août 2012 6 11 /08 /août /2012 19:41

Rien qui oblige les acheteurs au niveau du prix du lait

 

Ce rapport sur la contractualisation dans le secteur laitier avait été demandé par le ministre de l’agriculture, de l’agroalimentaire et de la forêt, Stéphane Le Foll, dès sa prise de fonction, auprès du Conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux.

Messieurs Jean-Baptiste DANEL (ingénieur général des ponts, des eaux et des forêts), Georges-Pierre MALPEL (inspecteur général de l’agriculture et Pierre-Henri TEXIER (ingénieur général des ponts, des eaux et des forêts) ont présenté leur rapport (n° 12100) au ministre.

 

Après avoir consulté les organisations professionnelles représentatives et interprofessionnelles, les rapporteurs ont dressé un bilan des conditions dans lesquelles les contrats ont été proposés et signés, suite à la loi de modernisation de l’agriculture du 10 juillet 2010. Le rapport recense les avantages et les insuffisances des contrats tels qu’ils ont été mis en œuvre et propose des voies d’amélioration. Pour sa part, Stéphane Le Foll souhaite que « les contrats assurent une prise en charge des intérêts des différents acteurs, et apportent davantage de sécurité et de lisibilité aux producteurs laitiers ».

Voir ce Rapport sur la contractualisation dans le secteur laitier

Conclusions

La contractualisation formalisée par écrit et inscrite dans la durée, conçue comme un moyen de renforcer le pouvoir de négociation des producteurs en face de leur premier acheteur, est désormais largement répandue dans la filière laitière où elle a pris la succession, aujourd’hui sans doute pour plus de 80 % des livraisons, du contrat tacite existant jusqu’alors. Cela n’a pas été sans négociations parfois difficiles entre producteurs et industriels. Mais le dispositif de médiation, mis en place tant en interne à l’interprofession avec la CIPC que du côté de l’Etat avec le Médiateur des contrats, a joué un grand rôle pour permettre de surmonter celles–ci. Il y a là un dispositif dont il faut souligner le caractère positif et souhaiter le maintien.

La mission a relevé un certain nombre de points d’ores et déjà inscrits positivement dans les contrats, en application des dispositions de la loi et du décret et des accords intervenus :

- la durée initiale de cinq ans, qui permet de couvrir la période de fin des quotas laitiers fixée au 31 mars 2015 ;

- une plus grande transparence dans la fixation et la variation des prix, même si les indicateurs retenus mériteront sans doute dans l’avenir une évolution vers une plus grande simplicité ;

- la clarification des conditions de cession des contrats, dont il faudra s’assurer qu’elles restent bien équilibrées entre les signataires.

Elle fait aussi aux partenaires des propositions d’améliorations :

- préciser les conditions équilibrées de détermination des volumes achetés, une fois que les références aux quotas auront disparu ;

- renforcer le caractère indéterminé de la durée de renouvellement des contrats en précisant de façon limitative les motifs de résiliation ;

- prévoir des conditions de durées d’engagement spécifiques pour les jeunes agriculteurs qui s’installent.

La mise en oeuvre de cette contractualisation dans le secteur laitier a reposé en bonne part sur la mobilisation de groupements de producteurs, souvent liés à des usines, qui ont du s’adapter rapidement à cette nouvelle négociation. Désormais, le « Paquet lait » communautaire du 14 mars 2012 permet la reconnaissance d’organisations de producteurs du secteur laitier habilitées à négocier les conditions de livraison et d’achat avec les acheteurs de leurs mandants, y compris pour les clauses de fixation des prix.

 

Il s’agit là du deuxième pilier de la contractualisation, avec le contrat écrit, qui doit requérir l’attention soutenue tant des producteurs que des pouvoirs publics, qui auront à prononcer la reconnaissance de ces OP.

A cet égard, et même si la coopération laitière a vu reconnaître, notamment par la réglementation communautaire, la spécificité des relations qui existent entre les livreurs associés-coopérateurs et leur coopérative, la mission estime qu’il faut éviter de laisser s’installer des dissensions dans le traitement collectif des producteurs selon les statuts de l’entreprise à laquelle ils livrent. Elle recommande que les coopératives formalisent de façon explicite les obligations de transparence et de prévision demandées par la contractualisation.

La question de la localisation de la production laitière et de sa transformation devra trouver des réponses nouvelles lorsque les quotas laitiers auront disparu. A cet égard il serait souhaitable de consolider le rôle des conférences de bassin en matière de connaissance et de partage des données sur les marchés, en y faisant participer, sous une forme à définir, les organisations de producteurs.

La contractualisation est récente. Elle n’a pas encore produit tous ses effets. Elle est en voie de trouver pleinement son équilibre avec la possibilité de créer des organisations de producteurs spécifiques. Le partage de l’information, la transparence et l’équilibre des relations entre les acteurs et l’inscription de celles-ci dans la durée ont été reconnus parmi les moyens à la disposition des producteurs agricoles pour prévenir la volatilité des prix et en réduire les conséquences. Le dispositif mis en place aujourd’hui dans la filière laitière s’inscrit bien dans cette perspective. Mais il ne saurait remplacer à lui seul la totalité des instruments de gestion du marché, en particulier la lutte contre la déprise laitière, pour laquelle d’autres solutions doivent être envisagées.

Son extension à d’autres filières telles que la viande bovine, dans laquelle la grande distribution est d’ores et déjà membre de l'interprofession concernée, et le lait de chèvre, peut être positivement étudiée et envisagée.

 

Réactions des organisations syndicales agricoles :

 

- Contractualisation laitière : un rapport qui « conforte » les positions FNSEA-JA (Agri85, 7 août)

Le rapport sur la contractualisation dans le secteur laitier, reçu le 1er août par les organisations professionnelles, « conforte ce nous défendons depuis longtemps », a commenté le 3 août Henri Brichart, vice-président de la FNSEA. À savoir, « le contrat est plutôt une amélioration dans la relation entre le producteur et l'entreprise » alors que la situation antérieure était « au bon vouloir du plus fort », a-t-il indiqué. Cependant, la centrale agricole reconnaît les limites de l'outil et estime nécessaire de « continuer à travailler pour que les producteurs soient dans une relation équilibrée avec » les entreprises. Position similaire pour Jeunes Agriculteurs, satisfait de constater que plusieurs de ses propositions sont reprises par la mission, indique le syndicat dans un communiqué daté du 3 août. C'est le cas de la durée contractuelle garantie plus longue pour les jeunes agriculteurs, qui fait l'objet d'une recommandation générale, et de la question de la cessibilité soulevée dans le bilan.

- Rapport sur la contractualisation : le ministre doit en tirer les bonnes conclusions (Coordination Rurale, 6 août)

La Coordination Rurale attend du ministre commanditaire qu’il tire les bonnes conclusions de ce rapport et notamment qu’il en termine avec le monopole interprofessionnel actuel. Les rapporteurs ont bien identifié la carence accablante des interprofessions dont le CNIEL, incapables de proposer un accord tenant lieu de contrat type et universel. Stéphane Le Foll doit comprendre que ces contrats soumettent, dans un déséquilibre choquant, chaque producteur pris isolément à la puissance de son acheteur et qu’il doit abroger les décrets les rendant obligatoires. Si les prescriptions et remarques des rapporteurs étaient entendues, les contrats signés par les producteurs de lait sous la pression des industriels devraient d'ailleurs être annulés.
Un ministre n’est pas là pour faciliter l’asservissement des producteurs mais pour les protéger. C’est donc à Bruxelles que doivent se concentrer ses efforts pour réorienter la future Politique Agricole dans sa véritable mission initiale : organiser et réguler les productions et les marchés pour permettre aux agriculteurs de vivre dignement de leur métier, grâce à des prix rémunérateurs, plutôt que soumis aux volontés des spéculateurs, des industries agroalimentaires et de la distribution.

 

- Rapport sur la contractualisation - Surprise, déception et colère (Confédération paysanne, 2 août)

Le rapport des experts remis au Ministre de l’Agriculture le 13 juillet dernier, censé faire un bilan de la contractualisation, n'apporte aucun élément nouveau qui n’ait déjà été pointé du doigt par la Confédération paysanne et qui soit de nature à protéger et renforcer le pouvoir des producteurs. La Confédération paysanne est particulièrement dubitative sur le contenu et les recommandations de ce rapport. En effet, ce rapport ne pointe ni ne remet en cause les critères relatifs à la fixation du prix du lait actuellement utilisés en excluant les coûts de production des vendeurs, c'est-à-dire des paysans.

 

Rappel : Contractualisation laitière : pressions et menaces sur les producteurs 17 avril 2012

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10 août 2012 5 10 /08 /août /2012 23:50

L’agronomie pour concilier économie et écologie

 

De nouvelles méthodes de production existent à titre expérimental, mises en œuvre par des agriculteurs qui ont compris le sens de l’histoire dans leur métier. Le ministre de l’agriculture, de l’agroalimentaire et de la forêt, Stéphane Le Foll, les met en exergue afin d’enclencher une dynamique collective au sein du monde agricole.

 

Voir « Il faut créer des modèles nouveaux » (Paysan Breton Hebdo, 27 juillet 2012).

 

Controverses-Marciac-3et4-aout-2011-114-T.jpgEt aussi, sur le site du ministère de l’agriculture, 7 août 2012 : Interview de Stéphane Le Foll : « La performance économique et écologique passe par un retour à l’agronomie »

 Photo : Stéphane Le Foll, le 4 août 2011, aux Controverses de Marciac (Gers) 

 

Vous vous intéressez de près aux nouvelles techniques innovantes de production, comme l’agroforesterie. De tels modèles vous paraissent-ils prometteurs pour ces territoires?
Ces modèles présentent un gros potentiel. Par exemple, l’agroforesterie 
[2] produit de la biodiversité et de la fertilité pour les sols, ce qui est essentiel. Ce sont donc des principes qui sont extrêmement productifs, car ils permettent de faire cohabiter économie et écologie, en utilisant au maximum les potentiels de la nature.
L’une des idées intéressantes, c’est de couvrir les sols et de les faire travailler de manière continue. Si on s’en occupe bien, tout en les faisant travailler, on augmente leur fertilité et on limite l’érosion. Il en résulte un haut niveau de production et un haut niveau de protection des sols.
Ainsi, la conciliation de la performance économique et écologique passe par un retour à une approche basée sur l’agronomie.

 

Certains agriculteurs sont convaincus par ces méthodes. Mais comment étendre le mouvement auprès des autres?
Je le dis de manière provocante : dans l’après-guerre, il y a eu une dynamique collective chez les agriculteurs pour la mise en place du modèle conventionnel avec les clubs de 100 quintaux 
[3]. Il y avait une forme d’émulation sur le niveau du rendement que chacun atteignait, qui était au cœur des conversations. Il faut arriver à renouveler cette volonté de réussir. Pour passer du modèle conventionnel à ces nouvelles méthodes de production, il faut retrouver cette dynamique collective. Sans nier les risques de pertes de rendement pendant les 4 ou 5 années de la phase de « conversion » aux nouveaux modèles, il faut encadrer et appuyer les agriculteurs pour engager les adaptations nécessaires.
Selon moi, la performance économique et écologique de l’agriculture ne peut pas se résumer à une succession de décisions et de normes appliquées exploitation par exploitation. Le moment est arrivé où il va falloir créer des cadres juridiques plus collectifs, en développant ce que j’appelle les groupements d’intérêt économiques et écologiques. Objectif : créer des dynamiques collectives dans lesquels les agriculteurs puissent s’inscrire. Aujourd’hui, nous nous contentons souvent de raisonner sur la correction des effets négatifs des modèles précédents. Nous avons besoin de créer des modèles nouveaux plutôt que de corriger ce que nous avons fait par le passé. Il vaut mieux travailler à construire l’avenir.

 

 [2] L’agroforesterie consiste à planter des arbres au milieu des cultures. Elle peut également être l’association des arbres avec un élevage, on parlera alors de sylvopastoralisme. Ce mode d’exploitation tire parti de cette complémentarité pour réconcilier production et protection de l’environnement.
L’agroforesterie se pratique déjà traditionnellement en Normandie avec les prés-vergers, dans le sud de la France où oliviers et vigne cohabitent dans les parcelles agricoles, ou encore en Dordogne avec les noiseraies. L’idée de décloisonner la forêt, de mettre les arbres au milieu des champs n’est donc pas nouvelle, mais elle est remise au goût du jour.

[3] Le club des 100 quintaux regroupe les céréaliculteurs qui atteignent ce rendement de blé à l’hectare.

 

Rappel : Stéphane Le Foll (Sarthe), ministre de l'agriculture et de l'agroalimentaire - 18 mai 2012 Atouts et points faibles de Stéphane Le Foll, selon Jacques Berthelot -19 mai 2012 

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8 août 2012 3 08 /08 /août /2012 19:44

La sécurité alimentaire devrait être prioritaire

 

En deux mois, les prix des céréales, qui étaient à la baisse jusqu’en juin, ont flambé en juillet au point de mettre en danger les revenus des éleveurs et, plus grave encore, de risquer de déclencher une crise alimentaire dans le monde.

 

Voir cet article de Fabien Daireaux, paru dans L’Usine nouvelle le 31 juillet 2012. Extrait.

 

La Banque mondiale s’inquiète de la flambée des prix des céréales

 

Le président de la Banque mondiale, Jim Yong Kim, s’est déclaré préoccupé par les conséquences de la hausse des prix des céréales. Les cours mondiaux sont aujourd'hui plus élevés encore qu'en 2008 au moment des émeutes de la faim.

Les prix des céréales ont flambé sur les bourses mondiales depuis la mi-juin : plus 50% pour le maïs, 45% pour le blé ou encore 30% pour le soja. Et c’est bientôt toute la chaîne alimentaire qui devrait être progressivement touchée. Selon la Banque mondiale: « les hausses des cours vont se répercuter non seulement sur le pain et sur les produits agroalimentaires, mais également sur l’alimentation animale et, in fine, sur le prix de la viande. » Les autorités américaines prévoient 3 à 4% de hausse pour les prix alimentaires aux Etats-Unis l'an prochain. Dans ce contexte, la Banque mondiale veut agir pour prévenir une nouvelle crise alimentaire : « il faut empêcher la flambée des prix alimentaires d’avoir des conséquences néfastes à long terme pour les habitants les plus pauvres et les plus vulnérables de la planète » a déclaré son nouveau président, le coréen Jim Yong Kim.

 

La pire sécheresse depuis plus de 25 ans aux Etats-Unis

Comme le rappelle la Banque mondiale, « jusqu’à début juin, les analystes s’attendaient encore à une baisse des prix pour la saison prochaine. Aux États-Unis, le maïs et certaines variétés de soja ont été plantés tôt, et, à ce moment-là, on ne pouvait pas prévoir qu’une très grave sécheresse allait survenir ». Mais depuis plus d'un mois et demi, les plants de maïs américains sont stressés par des températures record et des précipitations trop faibles. Résultat: l'état de catastrophe naturelle a été déclaré dans près de 31 Etats américains.

 

L’impact de cette sécheresse sur les cours mondiaux a été exacerbé par des stocks mondiaux de céréales insuffisants. « Il n’y a pas de véritable menace de pénurie mais cependant, les stocks sont bas et, à l’échelle mondiale, les récoltes resteront tributaires de la météo ». Et de fait, les récoltes d'autres grands pays producteurs sont également menacées par le climat: l’Europe du Nord est touchée par des précipitations excessives alors qu’à l’inverse l’Europe du Sud et de l’Est souffre d’un manque d’eau. La sécheresse qui touche le bassin de la mer Noire devrait particulièrement pénaliser les exportations mondiales de blé. Et ce n'est pas fini : en Inde, les pluies de la mousson sont annoncées en baisse de 20% et en Australie le retour possible d’El Nino inquiète les météorologues. La hausse des prix des céréales n'est donc peut-être pas finie.

 

Seul le riz semble être épargné. Grâce à un niveau de stocks important, le prix du riz n’a pas flambé alors qu’il avait plus que triplé lors de la crise de 2008. Or le riz est un aliment crucial pour l’équilibre alimentaire mondial, notamment pour les pays pauvres d’Asie. Autre élément positif qui pourrait écarter un scénario noir comparable à 2008: le pétrole, les engrais et le fret international sont moins chers qu’en 2008, ce qui réduira la facture des importations de produits alimentaires et favorisera le possible rebond de la production.

 

Le Sahel déjà touché par la faim

La première victime de la hausse des prix alimentaires pourrait être le Sahel. Alors que des milliers de réfugiés quittent le Nord du Mali, les pays du Sahel sont dans une situation alimentaire très critique. L’Onu estime que 18 millions de personnes souffrent dès aujourd'hui d'insécurité alimentaire notamment en Mauritanie, au Mali, au Niger ou au Tchad, mais également au Sénégal ou au Burkina-Faso. La moitié de ces 18 millions serait en insécurité alimentaire "critique ou extrême" (…).

 

La volatilité des cours de matières premières agricoles est répercutée entièrement sur les prix agricoles en Europe depuis le démembrement des filets de sécurité de la Politique Agricole Commune (PAC) : prix d’intervention et prix de seuil.

 

Voici ce qu’écrivait Momagri, le 4 juin 2012 (Momagri est un club de réflexion qui milite en faveur de la régulation des marchés agricoles et formule des propositions pour une politique agricole et alimentaire internationale). La hausse fulgurante des prix des céréales, cet été, n’avait pas été prévue.

 

Vers une chute des revenus agricoles en 2012 ?

 

Le revenu agricole moyen au sein de l’Union européenne, deuxième producteur agricole mondial en valeur, pourrait reculer en 2012, pour la première fois depuis 2009.
Les causes avancées : une baisse progressive et attendue des prix des céréales sur la fin de l’année 2012 ainsi qu’une augmentation globale des coûts de production, notamment des fertilisants et de l’énergie.

Le prix du blé échangé à Paris a ainsi baissé de 11% en moyenne, et les perspectives assombries de la zone Euro pour la fin de l’année se sont traduites par un repli des cotations sur la plupart des places européennes. Les surfaces emblavées en maïs dans l’hémisphère nord et les bonnes conditions climatiques aux Etats Unis laissent penser à une récolte record. Lorsque l’on sait qu’un excédent de production de 30 millions de tonnes a suffit pour faire plonger les cours en 2008, il y a lieu de redouter le pire. Parallèlement, les coûts de production ont fortement crû depuis le début de l’année, tant au niveau du prix des intrants qu’à celui de l’énergie. En Grande-Bretagne, les agriculteurs ont ainsi fait face à une hausse du prix de l’énergie de plus de 8% pour le seul mois de mars 2012 par rapport au mois de mars de l’année passée.

Cette situation est préoccupante à plus d’un titre :

- La baisse marquée des revenus d’une catégorie professionnelle aussi sensible que les agriculteurs est problématique, d’autant plus pour l’agriculture, secteur clé de la performance agroalimentaire et de la sécurité alimentaire européenne.
- La situation actuelle, caractérisée par un effet ciseaux (hausse des charges, baisse des prix), peut s’avérer dévastatrice pour de nombreux exploitants. Comment continuer à investir pour maintenir la compétitivité de l’exploitation sans revenu ?
- Ce nouvel épisode d’hypervolatilité des revenus à la baisse s’ajoute à une longue série de résultats déficitaires, entamée au début des années 2000, qui révèle la nature structurelle de la situation et donc l’incapacité des marchés agricoles à s’autoréguler et à permettre aux agriculteurs de vivre décemment de leur activité, sans une politique publique efficace.
- Les réformes successives de la Politique Agricole Commune (PAC) depuis le milieu des années 1990 se traduisent par une exposition accrue des agriculteurs européens à l’hypervolatilité des prix mondiaux.
- La dernière proposition de réforme proposée par le Commissaire européen de l’Agriculture Dacian Ciolos, ne modifie pas en profondeur cette orientation néolibérale.

 

Les agriculteurs européens, acteurs clés de la sécurité alimentaire et de la compétitivité agroalimentaire européennes, ne doivent pas être considérés comme la variable d’ajustement et d’équilibrage de marchés agricoles toujours plus instables, à mesure que la disparition des mécanismes de régulation fait le lit de la spéculation. C’est dans cet esprit que les grandes puissances agricoles de la planète ont institué et renforcé, à l’instar des Etats-Unis, du Brésil, ou de la Chine, des filets de sécurité efficaces du revenu de leurs agriculteurs. Il est donc primordial que l’Union européenne n’aille pas à contre courant pour la réforme en cours de la PAC.

 

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7 août 2012 2 07 /08 /août /2012 18:27

Instable et pas encore le niveau d’avant la crise de 2009

 

On connaît plus précisément les comptes de l’agriculture pour l’année 2011. Le quotidien Ouest-France (Hervé Plagnol, 5 juillet 2012) a résumé : 32 500 euros en moyenne, des écarts énormes suivant les spécialités et les régions, moins de filet de sécurité. Année noire pour les producteurs de légumes, les arboriculteurs, faste pour les viticulteurs champenois. Lire La diversité agricole, c'est d'abord celle des revenus.    

 

Un éclairage a été proposé par le service économique de l’APCA (Chambres d’agriculture), le 4 juillet 2012. Voir Comptes de l'agriculture 2011 : augmentation des charges, instabilité et forte disparité de revenus entre régions et productions

 

Ces résultats confirment les tendances de décembre : un résultat moyen par agriculteur de 32 500 € fortement plombé par la hausse des charges.

Élément marquant, les résultats provisoires ont été revus à la hausse. Malgré cette hausse de 3,8 % en euros constants en 2011 par rapport à 2010, le revenu moyen ne rattrape pas les niveaux d’avant la crise de 2009 et reste dans des fluctuations importantes, source d’instabilité.

Au delà des résultats globaux, on observe une forte disparité entre les filières et les régions. En productions végétales, les revenus des producteurs de fruits et de légumes poursuivent une baisse structurelle entamée depuis plusieurs années. Ils plongent en 2011 à des niveaux historiquement bas : 10 900 € en arboriculture et 8 100 € en maraîchage par agriculteur et par an. En élevage, on observe le même phénomène avec des revenus en ovins et bovins viande qui décrochent par rapport aux autres éleveurs pour s'établir à respectivement 17 600 € et 15 400 € par éleveur et par an.

"Ces résultats illustrent l’impossibilité pour les agriculteurs de répercuter les hausses de prix des charges dans le prix de vente de leurs produits. Les travaux de l'observatoire des prix et des marges apporteront prochainement, je l’espère, un éclairage sur ce point. Pour certaines filières, c'est l'ensemble du modèle économique de la chaîne alimentaire, du producteur au distributeur, qui devra être repensé" a déclaré Guy Vasseur.

L’évolution historique des revenus agricoles et les écarts selon les productions :

 

Rebond du revenu agricole en 2011 (indicateur macro-économique)

 

L'INSEE calcule un indicateur macro économique du revenu agricole. L'intérêt de cet indicateur, c'est qu'il est établi sur long terme (depuis 1960) ; son inconvénient, c'est qu'il n'est calculé qu'en taux de variation annuelle. Le taux de variation cumulé de l'indicateur de l'INSEE donne des informations précieuses sur l'économie agricole sur cinq décennies.

 

De 1960 au milieu des années 1970, le revenu agricole progresse assez nettement. La France, comme de nombreux États associés dans la Communauté Économique Européenne est en situation de déficit agroalimentaire. La Politique Agricole Commune de cette décennie encourage la croissance de la production par des prix agricoles à la hausse, ce qui, in fine, aboutit à la hausse du revenu agricole.

 

Les deux crises pétrolières de 1973 et 1979 mettent un coup d'arrêt à cette progression et conduisent à un recul du revenu agricole. Durant la décennie 1980, le déficit commercial agroalimentaire est comblé et des dispositifs de stabilisation de la production agricole se mettent en place dont l'emblématique politique des quotas laitiers. Le revenu agricole s'installe dans une stabilité de moyen terme. Mais durant la décennie 1990, l'agriculture est relancée par la croissance des marchés agricoles en Europe et dans le Monde ; le revenu agricole progresse alors en dépit de la fin d’un début de remise en cause de l'intervention de la puissance publique par les prix (réforme 1992).

Enfin, à partir du milieu des années 2000, l'économie agricole est marquée par la forte variabilité du revenu.

L'agriculture française est ancrée dans l'économie mondiale et les soubresauts de l'activité mondiale dont les crises survenues à la fin des années 2000 se traduisent par une variabilité des marchés agricoles et des revenus agricoles. Ces quelques phrases un peu rapides montrent à quel point l'indicateur de revenu agricole de l'INSEE est un instrument de mesure précieux sur longue période de l'économie agricole. Pour mémoire, on peut rappeler que le revenu net d'entreprise agricole par actif salarié a progressé de +7.3% entre 2010 et 2011.

 

L'écart des revenus d'activité se creuse parmi les secteurs d'activité agricole (indicateurs de revenu du Ministère de l'Agriculture)

 

Le Service de la Statistique et de la Prospective (SSP) du Ministère de l'Agriculture calcule des indicateurs de revenu agricole dans une optique plus microéconomique.

Ils établissent les évolutions de revenus des exploitations en fonction de leur spécialisation selon treize Orientations de Technico-économiques des Exploitations (OTEX). Ces indicateurs de revenus ne permettent pas une analyse de long terme (ils remontent jusqu'à 2000) mais ils sont calculés en valeur moyenne par exploitation. Sur cette base, on voit clairement que les écarts de revenu entre orientations de production se sont accrus depuis quelques années.

 

Du côté des productions végétales, les variations annuelles de revenu sont devenues très fortes ces dernières années. Structurellement, on voit que les filières de production de fruits et de légumes ont décroché des niveaux de revenu des autres orientations de productions végétales et que les écarts de revenu se creusent depuis le milieu des années 2000.

 

Pour les filières de productions animales, au-delà des fortes variabilités des revenus, on voit que les différences de revenu en niveau se sont aggravées depuis cinq ans avec en particulier les revenus des orientations d'élevage ovins-caprins et de bovins pour la viande qui restent structurellement bas. Pour affiner l'analyse, le SSP devrait produire d'ici quelques mois des comptes par OTEX depuis 1990.

 

Rappel : Revenu agricole 2010 : les céréaliers heureux, les animaliers moins - 17 décembre 2010 

 

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6 août 2012 1 06 /08 /août /2012 22:50

Aliments biotechnologiques ou produits locaux ?

 

Food Factory (conférence internationale sur l’usine agroalimentaire du futur) est un peu l’équivalent de Laval Virtual (rencontres internationales de la réalité virtuelle) au niveau de Laval (Mayenne).

 

Nicolas Chomel, chef de projet à Laval Mayenne Technopole, est responsable de l’organisation de cette conférence. Voir Ouest-France, 1er juillet 2012 : Qu'y aura-t-il dans notre assiette en 2030 ?

 

L'association de promotion du développement économique par l'innovation, Laval Mayenne Technopole, a organisé à Laval du mercredi 4 au vendredi 6 juillet, en collaboration avec l’Institut de recherche suédois SIK, la 6ème édition de Food Factory. « Cette conférence scientifique, destinée à la fois aux chercheurs et aux industriels de l’agro-alimentaire, permet d’anticiper les nouveaux enjeux et contraintes de la filière pour concevoir de nouvelles générations d’usines plus innovantes, plus sécurisées et moins polluantes »

 

L’hebdomadaire « Le Courrier de la Mayenne » (Fred Martin) a relaté l’évènement dans son édition du 12 juillet 2012. Voici ce qui concerne la conférence dite « grand public » (il y avait une centaine de personnes) qui avait lieu salle du Théâtre à Laval le 5 juillet sur le thème « Notre assiette en 2030 ».

 

Pierre Feillet - voir Oui au progrès... sauf dans mon assiette! (Pierre Feillet, Mediapart, 13 avril 2010) - directeur de recherche émérite à l’Inra, membre de l’Académie des technologies et de l’Académie de l’agriculture de France, a entrepris d’éclairer les auditeurs sur les éventuelles modifications qu’apportera l’évolution des technologies sur nos habitudes alimentaires. Passé l’an 2000, il y a toujours des fermiers et l’assiette de 2050 ne sera pas une soucoupe de pilules nutritives. Si des laboratoires américains et australiens savent aujourd’hui reconstituer des tissus musculaires, si d’autres ont inventé des cookies virtuellement modifiés pour lutter contre l’obésité, si d’autres encore utilisent de la glu rose composée de déchets de viande et d’ammoniac pour « couper » le bœuf haché, la reconstitution artificielle de notre nourriture reste pour l’expert au stade de la pure utopie.

 

En revanche, trois poussées apparaissent dans la conception de notre alimentation : les biotechnologies, les avancées de la nutrition et les nanotechnologies.

- Les organismes génétiquement modifiés constituent la plus médiatique des biotechnologies. Les OGM représentent 140 millions d’hectares de cultures dans le monde, soit environ 10 % des surfaces cultivées, contre 37 millions d’hectares pour l’agriculture biologique. « Aucun cas d’intoxication par OGM n’a été révélé, assure Pierre Feillet, il s’agit de renforcer la plante pour la préserver contre les agressions naturelles et chimiques ».

- La nutrition a déjà motivé la transformation de certains aliments. On fabrique des aliments sans sel, sans sucre, sans gluten, mais aussi enrichis (en minéraux, en produits actifs…).

- Les nanotechnologies permettent d’utiliser des molécules actives pour apporter des additifs aux aliments - comme le fer.

 

La conclusion de Pierre Feillet est la suivante

« En 2030, le contenu de notre assiette sera fort probablement le même qu’aujourd’hui, mais la manière dont ce contenu arrivera dans notre assiette sera différent. Pour nourrir 9 milliards d’hommes, il faudra augmenter de 70 % la production végétale. Et ceci sans mettre en danger les équipements environnementaux, et en tenant compte du fait qu’il y aura peu de nouvelles terres cultivables disponibles. Les mutations du climat et l’urbanisation croissante risquent au contraire d’en diminuer la surface ».

 

Pour le scientifique, les modèles agricoles que l’on connaît aujourd’hui ont montré leurs limites : l’agriculture intensive est néfaste pour l’environnement, l’agriculture traditionnelle ou biologique n’est pas assez productive.

A terme, il va falloir inventer un nouveau système bio-équitable intensif en s’appuyant sur les connaissances ancestrales de la nature, mais aussi en augmentant la capacité de fixation de l’azote sur les végétaux pour optimiser leur croissance.

 

« Le soda light pour lutter contre l’obésité, et les nanotechnologies, ce sont des problèmes de riches qui ne concernent que 20 % de la planète », fustige Gilles Fumey. Le géographe chercheur, spécialisé en culture alimentaire (voir son dernier ouvrage Les radis d'Ouzbékistan et le précédent Géopolitique de l'alimentation), s’offusque qu’on produise en Bretagne des aliments pour obèses du Golfe Persique à base de soja du Brésil, comme il s’offusque que les aliments consommés à Vancouver ont parcouru en moyenne 18 000 km avant de finir dans l’assiette.

« Cela fait plaisir d’aller au tex mex avec ses enfants, mais c’est secondaire. On a traversé des siècles sans manger mexicain. Et manger chinois ne me fait pas connaître la Chine. Pourquoi courir après les fraises d’Andalousie alors que je peux en faire pousser au jardin de Beauregard ? L’alimentation est devenue un enjeu commercial considérable, pire que les fringues, les voitures et les téléphones, car on a toujours besoin de manger trois fois par jour. Au final, on gaspille 40 % de la production alimentaire et on désorganise les productions et les équilibres environnementaux à l’échelle mondiale ».

 

On l’aura compris, à travers son one-man-show qui a séduit le public, le géographe milite pour les frontières alimentaires, pour la production-consommation de proximité, et pour les filières courtes.

 

Par ailleurs, à l’occasion de Food Factury, Guillaume Garot a prononcé dans sa ville son premier discours en tant que ministre de l’agroalimentaire. Il a promis de s’investir dans « la reconstruction alimentaire ». Pour lui, l’assiette de 2030 devra être pour tous une assiette de qualité, une assiette pleine et une assiette sûre.

 

Retrouvez la 1ère intervention du ministre en charge de l'agroalimentaire lors de Food Factory 2012 et le discours intégral en pdf : Discours_integral_GGarot_5_07_12.pdf

 

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