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  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine autour des idées de Jean-Pierre Chevènement. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens après les élections de 2002.
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31 juillet 2013 3 31 /07 /juillet /2013 21:05

Le dogme de la restructuration toujours d’actualité

 

La politique agricole de l’Union européenne inquiète au plus haut point les éleveurs (voir cet article Philippe Chotteau : la PAC met sur le même plan éleveurs et céréaliers - 30 juillet 2013).

 

Pour sa part, Lucien Bourgeois* met en cause le dogme de la restructuration qui a pour effet de continuer à faire baisser les emplois en agriculture.

* Rappel : Le commerce extérieur agroalimentaire, analysé par Lucien Bourgeois - 18 juillet 2013 

Lucien Bourgeois et l'efficacité du système productif agricole français - 23 mai 2013       

MARS : débat sur les marges de manoeuvre pour la France dans la PAC - 22 mai 2013

Agriculture : L Bourgeois compare l'histoire de la France et de l'Allemagne - 21 mai 2013

 

Colloque agriculture Res Publica 71111 151 TLucien Bourgeois, qui fut longtemps l’économiste des Chambres d’agriculture, m’a communiqué son projet d’article, daté du 5 juin 2013, à publier prochainement par le GREP dans la REVUE "POUR" (voir Revue Pour : numéros disponibles).

 

La PAC à contre-emploi

 

Les rapports sur la nouvelle PAC 2014-2020 sont légions. Toutes les organisations professionnelles, les institutions ou les ONG ont produit un document. L’Assemblée nationale a même produit plusieurs rapports en fonction des Commissions qui s’y sont intéressé. Il en est de même au niveau de chaque pays et au niveau des instances européennes. De nombreux sujets sont abordés mais l’emploi agricole est malheureusement très souvent absent. Chacun semble admettre la nécessité « inéluctable » de la baisse de l’emploi agricole. Qui plus est, le système des aides est un encouragement financier à cette baisse. En période de chômage croissant, n’y a t-il pas à réinterroger ce dogme ? Ce n’est pas parce qu’il est admis par tous qu’il est nécessairement pertinent.

 

Les nouvelles propositions dans la droite ligne de la réforme de 1992

 

Les nouvelles propositions de la Commission européenne pour la période 2014-2020 se situent dans la droite ligne de la réforme de 1992. Il faut que la politique agricole soit neutre par rapport au fonctionnement normal du marché. Les prix des produits agricoles à l’intérieur de l’UE doivent s’aligner sur ceux du marché mondial. Les aides accordées ne doivent pas avoir d’impact sur la production réalisée par les agriculteurs. C’est pour cette raison que les aides ont été découplées. Toute l’attention est désormais focalisée sur un plus grand verdissement de ces aides et sur la possibilité d’améliorer la convergence entre les pays de l’UE.

Reste à trouver des critères pour assurer cette convergence. Il est étonnant que cela ne soit pas l’occasion de redéfinir les objectifs de la PAC en tenant compte de l’expérience acquise depuis que la crise économique frappe l’UE. Les chefs d’Etat et de Gouvernement semblent avoir trouvé un accord sur le budget agricole au Sommet de début Février.

 

Mais il est étonnant qu’on ne mette pas plus en relation les évolutions en cours sur l’emploi agricole et les statistiques du chômage. L’UE à 27 a perdu près de 5 millions d’emplois mesurés en Unités de travail agricoles (UTA) de 2000 à 2012. Le nombre des actifs agricoles était de près de 15 Millions d’UTA en 2000 et il n’est plus que de 10,1 Millions en 2012.

Il est vrai que plus de la moitié (58%) des emplois perdus l’ont été en Roumanie, Bulgarie et

Pologne. Mais, là encore, il est intéressant de constater que l’évolution a été radicalement différente entre la Roumanie et la Bulgarie d’une part et la Pologne d’autre part. Dans les deux premiers pays, on a assisté en fait à un véritable effondrement avec des effectifs divisés par deux en 12 ans. Ce sont 2,5 millions d’emplois qui ont ainsi été supprimés dans ces deux pays. En Pologne en revanche, les emplois agricoles ont beaucoup mieux résisté et ont diminué deux fois moins rapidement que pour la moyenne de l’UE à 27. Ce pays est devenu le premier employeur de main-d’oeuvre agricole de l’UE avec 2,1 millions d’UTA soit plus de 20% du total européen alors que sa surface agricole ne représente que 9% du total.

Cet exemple montre une grande diversité dans les évolutions pour des pays que l’on croyait semblables. Il serait intéressant d’en chercher les causes et de s’interroger pour savoir si les systèmes de petites exploitations que la Pologne avait su conserver avant la chute du Mur de Berlin se sont révélés beaucoup plus efficaces pour le maintien de l’emploi agricole que les systèmes de grandes fermes des deux derniers pays de l’élargissement.

 

Mais on s’aperçoit aussi à la lecture de ce tableau** que la diminution du nombre des emplois agricoles ne concerne pas que les pays de l’élargissement. Dans l’ancienne UE à 15, le taux de diminution a été de 22% en 12 ans. En France, le taux est un peu supérieur à la moyenne avec 25%. Le nombre des emplois détruits pendant cette période a été de 254 000 UTA soit plus de 20 000 emplois par an. Mais on voit aussi sur ce tableau la situation très originale de l’Irlande qui a créé des emplois agricoles pendant cette période. On voit aussi que les emplois ont diminué moins rapidement que la moyenne en Italie et au Royaume-Uni.

Pour mieux comprendre les différences existantes, il suffit de rapprocher le nombre des emplois de celui de la Surface agricole utilisée. On constate alors qu’au Royaume-Uni ou en Suède, il suffit désormais de moins de deux actifs pour cultiver 100 ha alors qu’il en faut 15 en Pologne ou en Slovénie. La moyenne européenne se situe à 6 et la moyenne française est tombée désormais à 2,8.

Cela veut dire concrètement que si l’UE choisissait le modèle anglais ou suédois, il suffirait de 3,5 Millions UTA au lieu de 10 Millions. Avec le modèle français, le chiffre passerait à moins de 5 Millions !

Mais il convient de s’arrêter sur le cas du Royaume-Uni. Non seulement l’emploi y a baissé deux fois moins rapidement que dans l’ensemble de l’UE mais le nombre n’a plus diminué depuis la crise de 2008. Cela pose la question de savoir s’il n’y aurait pas une limite basse à la baisse. Cela fait désormais une vingtaine d’années que le nombre des exploitations agricoles ne baisse plus aux Etats-Unis.

 

Le dogme de la restructuration est il toujours d’actualité ?

 

Le tableau des évolutions de main d’oeuvre agricole est très intéressant à observer car il permet de s’interroger sur le dogme de la nécessaire restructuration de l’agriculture européenne. Le postulat de départ est resté le même depuis la fin de la seconde Guerre mondiale. Il n’a pas changé au moment de la Réforme de la PAC de 1992. L’agriculture européenne n’est pas compétitive sur les marchés mondiaux car on trouve très souvent des produits agricoles à des prix inférieurs sur les marchés mondiaux. C’était le cas des pays d’Océanie comme l’Australie et la Nouvelle Zélande. C’est le cas des pays d’Amérique du Sud qui disposent de réserves de terres agricoles considérables. L’exemple le plus emblématique est celui du Brésil. Ce pays a donné l’impression pendant de nombreuses années d’avoir vocation à devenir la Ferme du Monde, au même tire que la Chine prétendait devenir l’atelier industriel du monde. En se fondant sur ce constat, l’UE a décidé, depuis 1992, d’aligner les prix du marché européen sur ceux du marché mondial et de donner des aides « compensatrices » pour assurer le revenu de ses agriculteurs sous forme d’aides directes au revenu. Ces aides ont été calculées en fonction du nombre d’ha ou d’animaux. Cette aide est devenue une aide au capital détenu.

 

Peu de travaux d’évaluation sur la façon d’appliquer la PAC en France

 

Ces réflexions sur la PAC et l’emploi nous montrent une curieuse carence dans le fonctionnement de la PAC. A chaque réforme, il y a une multitude de travaux pour montrer les conséquences des changements de montant des aides sur le revenu des agriculteurs selon leurs systèmes d’exploitation. Mais il y peu de travaux d’études sur le bilan de la politique mise en oeuvre depuis 1992. Cela fait 20 ans que l’UE a changé de politique agricole et adopté le système des aides directes au revenu. Alors que pour toute aide, même minime, on fait systématiquement une évaluation, il y a eu peu de travaux pour faire le bilan de la politique des aides directes menée depuis 20 ans dans les différents pays de l’UE.

Mais il n’y en a pas eu beaucoup non plus sur la responsabilité éventuelle de cette nouvelle

PAC sur la crise de 2008 et la volatilité croissante des prix des produits agricoles et alimentaires qui s’en est suivie depuis lors dans l’ensemble du monde.

Essayons de passer ne revue les domaines qu’il serait intéressant d’analyser plus en détail pour faire ce bilan. La Réforme de la PAC de 1992 a eu des points positifs comme la maîtrise des dépenses budgétaires pour l’agriculture et l’apparent respect des règles de l’OMC pour le commerce international des produits agricoles. Mais ces points positifs ont des limites. Le budget global est effectivement resté le même depuis 20 ans mais comme, dans la même période, le nombre des exploitations agricoles a été divisé par deux, cela signifie que l’aide moyenne par exploitation a été multipliée par deux.

 

Au niveau international, on a réussi à supprimer les subventions à l’exportation dans presque tous les secteurs mais les aides directes sont dans certains secteurs une aide à l’exportation. Mais là n’est pas la chose la plus importante. Il faudrait s’interroger sur l’efficacité de ce système d’aides directes sur la valeur ajoutée du secteur, sa compétitivité sur les marchés mondiaux ou l’emploi. Signalons à ce sujet les travaux de Jacques Berthelot qui défend la thèse d’une politique d’aides qui tienne compte de l’emploi. Mais il est malheureusement un des seuls à travailler sur ce sujet.

 

Une étude rapide sur la compétitivité des produits français nous a montré que les aides de la PAC n’avaient pas été très efficaces. La France a le plus grand potentiel agricole de l’UE avec un sixième de la SAU (Surface agricole utile). Comme les aides sont accordées en fonction des hectares, la France est le premier pays bénéficiaire des aides. Mais notre pays n’est pas celui qui bénéficie du revenu agricole global le plus important (l’Italie) ni celui qui exporte le plus de produits agroalimentaires (l’Allemagne) ni celui qui a le solde positif le plus important du commerce extérieur (les Pays-Bas) et encore moins le pays où l’emploi agricole est le plus important (la Pologne). Si notre pays fait néanmoins bonne figure en matière de commerce extérieur, cela est essentiellement du à notre excédent dans le secteur des vins et boissons qui bénéficie très peu des aides de la PAC.

 

Depuis 2008, la volatilité des prix des céréales s’est beaucoup accentuée. L’UE a renoncé à se donner les moyens de réagir en renonçant à toute politique de stockage. A t-on fait le bilan de ce que cela a eu comme répercussions sur la compétitivité de l’élevage à cause de l’augmentation du prix des aliments du bétail. L’UE avait des industries agroalimentaires très puissantes. Une telle volatilité peut mettre en difficulté les entreprises concernées. Là encore, peu d’études d’impact. La volatilité montre clairement l’inadaptation du système actuel de découplage des aides. Rares sont les propositions pour faire évoluer ce système. Il y a longtemps que nos concurrents américains ont modifié leur système en adoptant des paiements contracycliques qui semblent plus adéquats.

 

La baisse de l’emploi agricole n’est pas une fatalité, même en France

 

On finirait par croire qu’il n’y a aucune marge de manoeuvre pour la mise en oeuvre de la

PAC. Les comparaisons dans les évolutions entre pays nous montrent que ce n’est pas le cas et qu’il est possible d’agir utilement. Il y a urgence car il ne faudrait pas beaucoup d’années comme 2012 pour ne conserver en France que les productions végétales. Les aides accordées pour ces systèmes sont de 300 € par ha. Comme il faut environ 5 heures pour cultiver un ha de céréales, cela revient à subventionner cette activité sur la base de 60 € de l’heure de travail. C’est dix fois plus que pour l’élevage. Les agriculteurs savent faire les comptes. Il n’est pas impossible qu’ils en tirent la conclusion que la PAC n’est vraiment pas encourageante pour l’emploi.

 

Si la France se transformait en un vaste champ de céréales et que le reste se transforme en bois ou en grandes exploitations d’élevage extensif, la population active agricole pourrait encore baisser beaucoup. Il ne reste plus que l’équivalent de 750 000 emplois à plein temps actuellement dans ce secteur. Dans un schéma principalement céréalier, 150 000 pourraient suffire ! La PAC a déjà perdu le sens de sa dernière initiale dans la mesure où elle est de moins en moins commune. Il faudrait attendre 2029 pour que les pays de l’élargissement puissent espérer bénéficier des mêmes aides que nous ! Mais il ne faudrait pas que ce qui reste de politique agricole perde toute vision stratégique pour se fondre dans une vaste politique du droit de la concurrence. Puisse la crise avec son cortège de mauvaises nouvelles sur le chômage et les déficits publics nous conduire à des choix moins incohérents et en particulier plus favorables à l’emploi agricole.

 

** Main d’œuvre agricole totale et SAU dans l’UE à 27 (tableau à consulter dans la revue)

 

Cet article est le 400ème publié sur ce blog dans la catégorie AGRICULTURE et PAC

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30 juillet 2013 2 30 /07 /juillet /2013 17:48

Le risque de la disparition de l’élevage

 

Entretien de Diane Lambert-Sébastiani (Mission Agrobiosciences) avec Philippe Chotteau, Chef du Département Economie à l’Institut de l’élevage.

 Avec cette PAC là, on abandonne toute volonté d’orientation véritable de l’agriculture

Pour analyser les conséquences de l’accord sur la réforme de la Politique agricole commune (PAC) sur les éleveurs, la Mission Agrobiosciences a interrogé Philippe Chotteau. Cet agro-économiste spécialisé dans les filières lait et viandes a dirigé plusieurs études à la demande du Parlement européen, pour le compte de la Commission européenne… ainsi que des simulations de l’impact de potentielles réformes de la PAC sur les exploitations d’élevage. Dans ce long entretien avec Diane Lambert-Sébastiani, il revient sur les fondements de la PAC, et sur ce à quoi la logique actuelle pourrait mener : la disparition progressive de l’élevage français, au profit des grandes cultures. Sur une Europe qui persisterait dans l’erreur, concernant la dérégulation des marchés. Mais il évoque aussi les leviers sur lesquels les éleveurs devront s’appuyer : des évolutions de système radicales, prenant exemple sur ceux qui se seront montrés les plus résilients ; une meilleure collaboration interprofessionnelle et surtout, une recherche appliquée qui devrait se faire en association étroite avec les producteurs. Un regard pragmatique, où, derrière le pessimisme de l’analyse, pointe l’optimisme de la volonté.

 

Que pensez-vous de l’accord sur la réforme de la PAC, qui a été annoncé le 26 juin dernier ?

Une aide indifférenciée à l’hectare vient d’être décidée au niveau européen. Cela va remplacer tout ce qui était les outils de la PAC à l’origine. La PAC devient quasiment une « politique agricole à la carte ». Certes, c’est presque nécessaire lorsque l’on est 28 pays avec une telle diversité de territoires et de situations économiques. Mais les politiques vont être extrêmement disparates d’un pays à l’autre. L’Allemagne et le Royaume-Uni sont considérés comme les bons élèves, parce qu’allant totalement dans le sens de ce qui est voulu depuis 20 ans par la Commission européenne : le découplage, l’aide unique à l’hectare pratiquement homogène, identique partout, stable quelle que soit l’évolution des marchés… Alors que la France ou l’Espagne par exemple essaient de garder un certain niveau de couplage puisque découpler, dans les rapports actuels de prix et de rentabilité, ne peut que favoriser les grandes cultures, à l’exception des régions où elles ne sont vraiment pas rentables, comme dans les zones difficiles.

L’aide unique à l’hectare est une aberration. C’est mettre sur le même plan l’incomparable : la situation des éleveurs et celle des céréaliers. Un éleveur assure en moyenne plus de 3000 heures de travail par UTA [1], quand un céréalier n’en a que 800 (moyenne 5 h par ha sur 150 ha). En plus, l’élevage ruminant se fonde sur des cycles très longs. Et face à la volatilité des marchés, qui est structurelle aujourd’hui, l’éleveur a très peu de visibilité, il ne peut pas savoir ce qui va se passer pour sa production 6 mois à l’avance ; à l’inverse d’un céréalier qui peut vendre son maïs à terme 2 ans à l’avance, et être couvert par sa coopérative selon les évolutions de marché. Quand le revenu par an d’un éleveur laitier est en moyenne de 24 000 € en 2012, 16 000€ par travailleur familial pour un éleveur de bovins viande, il atteint 72 000 € par actif dans les grandes cultures [2].

Avec de telles disparités de revenus depuis 2007, la pression devient extrêmement forte pour se convertir aux grandes cultures, dans les zones intermédiaires de polyculture-élevage en particulier. Devenir uniquement producteur de grandes cultures laisse du temps pour faire d’autres activités, alors que l’élevage est lourd en travail, et surtout en travail d’astreinte. Les conjoint-e-s d’éleveurs ont aussi envie de loisirs et de congés !

 

Quelle serait la PAC idéale ?

Il est complètement inutile de rêver à une PAC idéale ! Mais si vous insistez… Ce dont nous aurions eu besoin, ce sont des choses qui ne sont plus dans l’air du temps depuis 20 ans. Avec la PAC de 1992, il y a eu un vrai changement de paradigme et, depuis, on va toujours dans la même direction. La force d’inertie est immense si bien qu’aujourd’hui, cela prendrait énormément de temps de changer de cap, même si on le voulait. Les références de la PAC actuelle viennent des préconisations de l’OCDE qui datent de 30 ou 40 ans, sur les distorsions de concurrence [3] et les débats sur les boîtes « verte », « bleue », « orange » ou « rouge » [4] de l’OMC, c’est-à-dire une recherche de soutiens les plus découplés possibles, qui n’influent pas sur les choix des producteurs, car ces derniers sont censés répondre aux signaux du marché.

En l’occurrence, ces signaux n’ont jamais été aussi clairs : quand c’est possible, arrêter l’élevage et devenir producteur de grandes cultures, point barre. Surtout lorsqu’on y ajoute le fait qu’il ne doit pas y avoir de régulation des marchés car cela fausserait les échanges : c’est l’application de l’ultra-libéralisme à l’agriculture. Quand il n’y a pas de régulation des marchés, car tout le monde s’y refuse (sauf dans les pays émergents où à l’inverse il y en a, comme en Inde, en Chine ou au Brésil). Les modèles de politiques agricoles qui avaient été mis en place dans les années 30, après la grande crise de 1929, et avaient été renforcés au moment de la mise ne place de la PAC dans les années 1960, volent en éclat. Mais ce n’est pas récent. Sauf que les Etats-Unis sont revenus en arrière, sur les aides découplées par exemple, tandis que l’Europe persiste dans l’erreur, à mon avis.

 

La transposition de la nouvelle PAC au niveau français sera-t-elle positive ?

La PAC à la mode française, d’après nos simulations, réalisera un très modeste transfert des aides des céréaliers vers le secteur de l’élevage. C’est une bonne chose, mais cela restera limité, et loin d’être suffisant. Les aides resteront bien plus importantes pour les céréaliers que pour les éleveurs. C’est lié au système de DPU [5]. Ce n’est pas nouveau, mais cela prend une ampleur inégalée à cause de la flambée sur les prix des grains qui semble tendancielle, alors que la hausse des coûts n’est pas répercutée lors de la vente des productions animales.

Des efforts ont été faits par le gouvernement français, par des parlementaires européens toutes obédiences confondues des pays du Sud, de Belgique, d’Autriche ou de Pologne pour essayer de limiter les dégâts par rapport à ce qui était présenté en octobre 2011. On a un peu sauvé les meubles en négociant un taux de couplage qui n’est pas négligeable. On sait très bien que les productions en difficulté ne peuvent véritablement être protégées qu’avec un couplage des aides. Les primes à la vache allaitante, à la brebis… vont ainsi rester couplées, mais on n’a plus les moyens de vraiment soutenir les productions laitières, alors que l’élevage laitier disparaît à grande vitesse de régions entières, notamment dans le Sud-Ouest. Cet élevage va être affecté par la baisse des aides suite à la convergence là où les exploitations sont de tailles plus petites et plus intensives (Grand-Ouest notamment).

Le catéchisme reste le même à la Commission européenne : dérégulation, homogénéisation des soutiens à l’hectare. De toute façon, nous ne disposons pas des rapports de force nécessaires pour faire une PAC telle que beaucoup d’entre nous l’imaginent aujourd’hui. La politique, c’est tenir compte des rapports de force existants, donc la PAC est « moins pire » que ce qu’elle aurait pu être, mais elle reste loin d’être idéale. C’est une politique de choix par défaut. Il va falloir trouver d’autres leviers pour résoudre les problèmes de l’élevage aujourd’hui.

 

Justement, quels leviers reste-t-il pour éviter la disparition de l’élevage ?

La crise actuelle force à des évolutions de système radicales. On sent bien qu’on est à la croisée des chemins. Véritablement, cette fois. Une crise est toujours créatrice, mais cela se fera sans doute dans la douleur. Au-delà même des éleveurs et de l’agriculture, chaque filière, l’une après l’autre, est et sera concernée. La PAC conserve quand même un outil intéressant d’intervention d’urgence (à financement pluriannuel), mais qui ne peut être déployé qu’en cas de crise extrêmement profonde et généralisée, du même type que celle de la vache folle où pendant 6 mois il n’y a plus eu de marché pour la viande bovine. La PAC peut donc atténuer les effets des crises, mais lorsque l’on a abandonné toute volonté de régulation des marchés, on intervient souvent avec beaucoup de retard.

La crise va révéler les systèmes qui sont les plus résilients face à la hausse structurelle du prix des intrants et à la volatilité de tous les prix. Il va falloir trouver le moyen de généraliser des pratiques qui existent sur le terrain. Par exemple, une PAC intéressante aurait pu favoriser des systèmes d’assurances face aux aléas climatiques : il n’y a toujours pas d’assurance fourrage !

Il y a aussi des enjeux considérables sur la recherche appliquée avec les éleveurs. Le nouveau partenariat européen pour l’innovation (PEI), qui est la politique de recherche décidée au niveau de Bruxelles, appuie sur cet aspect. Le PEI s’engage (à partir de 2014 jusque 2020) à privilégier le bottom-up : partir de la base, associer les producteurs à la conception de la recherche d’innovation, de la recherche appliquée. On essaie de le faire en France depuis les années 1980 avec le dispositif des « Réseaux d’élevage », qui regroupe environ 1 500 fermes où des éleveurs volontaires travaillent avec le soutien d’un ingénieur départemental de la Chambre d’Agriculture, et l’animation régionale d’un ingénieur de l’Institut de l’élevage. Cela permet de comparer leurs résultats, non seulement économiques, mais aussi en terme de durabilité sociale et environnementale. Ces éleveurs comparent leurs pratiques sur les temps de travaux, les investissements qu’ils mettent en œuvre dans les bâtiments, etc. Pour l’instant c’est peut-être resté un peu trop observatoire, avec la constitution de références. Nous voulons en faire davantage un outil de repérage des innovations par les agriculteurs eux-mêmes. Cette démarche paraît vraiment incontournable aujourd’hui.

 

Quels sont les autres problèmes majeurs auxquels les éleveurs sont confrontés ?

La négociation des prix pose problème. Jusqu’à il y a deux ou trois ans, les négociations sur le prix du lait par exemple se faisaient au niveau du Centre National Interprofessionnel de l’Economie Laitière, qui établissait des recommandations de prix. Désormais ces recommandations sont interdites au nom de la concurrence. On observe actuellement une grande diversité des prix dans une même région, en fonction de la rentabilité des marchés des laiteries, pour un lait qui sera pourtant de qualité identique. Les filières, encore peu organisées, sont alors le lieu de nombreux conflits internes. En outre, avec la fin des quotas laitiers, les producteurs ont perdu beaucoup dans les rapports de force. Les laiteries, en fonction de leurs débouchés, proposent maintenant un volume de référence aux éleveurs. Certaines laiteries privées entretiennent des rapports de partenariat étroit avec leurs livreurs, mais le dernier mot revient toujours à la laiterie pour la gestion des volumes, de la saisonnalité des livraisons et des prix. Dans les coopératives, la situation est plus complexe puisqu’elles sont juridiquement obligées de prendre tout le lait produit par leurs sociétaires. En revanche, la plupart ont opté pour des prix différentiés : à un niveau pour un volume de référence, totalement fluctuant en fonction des marchés au-delà de ce volume de référence.

 

Comment les rapports de force pourraient-ils être rééquilibrés ?

Il faut rendre le marché plus transparent, donc donner de l’information : les éleveurs devraient être en mesure de comprendre la stratégie des entreprises, les intérêts qu’elles défendent, afin de mieux pouvoir défendre les leurs. Et de leur côté, les entreprises devraient prendre conscience que probablement, demain, la rareté, ce sera l’éleveur. Certes on n’arrête pas d’être éleveur laitier comme ça, il faut amortir les très lourds investissements qui ont pu être faits dans une salle de traite par exemple. Mais si les éleveurs ne peuvent pas s’assurer d’une rentabilité sur le long terme, ils ne vont pas réinvestir. D’autant que dans toutes les zones intermédiaires des principaux bassins laitiers, il est très souvent possible de pratiquer autre chose. Je crois que les laiteries sont vraiment conscientes de la très grande vulnérabilité de leur approvisionnement. Les éleveurs comme les entreprises auraient donc intérêt à nouer des partenariats de long terme, au-delà des conflits qui peuvent être vifs ponctuellement. Il en va de même pour la viande, où les stratégies de l’ensemble des opérateurs restent trop souvent opportunistes, même si les filières commencent à s’organiser. Quand les abattoirs peuvent s’approvisionner loin et à prix beaucoup plus bas, beaucoup le font, sans se préoccuper des relations à long terme. De même quand les éleveurs ont accès à de nouveaux marchés à l’exportation en vif (comme la Turquie en 2011-2012). Il va bien falloir se rendre compte que tout le monde est dépendant les uns des autres et définir des stratégies de filières concertées.

 

A quel niveau faut-il repenser des solutions ?

Comme l’Etat a progressivement transféré ses leviers d’action, c’est aux représentants professionnels de jouer. Les fédérations d’éleveurs, d’abatteurs-transformateurs, des distributeurs… mais aussi tous les intermédiaires ; marchands de bestiaux, artisans bouchers, coopératives, abattoirs publics… cela fait beaucoup d’acteurs aux intérêts très spécifiques à concilier avant de signer le moindre accord interprofessionnel. C’est très complexe ! Mais cela progresse à petits pas. Un accord sur une cotisation volontaire pour couvrir tout ce qui concerne l’équarrissage a par exemple été signé il y a peu. Malheureusement, cela ne peut pas suivre le rythme des à-coups majeurs qui secouent cette filière. Par exemple en France, un tiers des veaux nés des vaches allaitantes sont engraissés à l’étranger. Mais aujourd’hui, la profonde crise économique a drastiquement fait baisser la consommation de viande bovine en Italie et en Espagne. L’engraissement là-bas est alors complètement remis en cause. On risque donc d’avoir une grave crise des veaux maigres. Que va-t-on en faire ? Si on veut les engraisser en France, il va falloir construire une véritable politique de filière. Concevoir des modes d’engraissement qui n’existent pas encore en France, ou sont encore marginaux, des modes d’assurance pour les engraisseurs, ce qui nécessitera des contraintes de garantie en volumes et en prix. Il est donc absolument fondamental de créer de meilleures relations dans la filière.

 

Connaîtriez-vous cependant quelques raisons d’être optimiste, pour l’élevage ?

S’il y a bien une raison d’être optimiste pour l’élevage, c’est que la demande mondiale en protéines animales est là ! La demande en viande bovine devrait augmenter de 10 millions de tonnes d’ici 2022. [6] Ce chiffre équivaut à celui de la production actuelle du Brésil. L’augmentation de la consommation se fera en Asie, en Amérique latine… et pas dans les pays riches. Ceci est lié à la transition alimentaire dans les pays émergents. Leur production est pour le moment bien incapable de suivre la croissance de leur demande. Au Vietnam, sur le bassin méditerranéen et au Proche-Orient par exemple, le potentiel de production en viande est limité pour des raisons climatiques et de disponibilité en fourrage, entre autres. La demande est également en très nette augmentation dans les 47 PMA (Pays les Moins Avancés). Certes, la France n’est pas compétitive sur les marchés de masse face à la production de viande du Brésil ou de la Nouvelle-Zélande. Mais sur les marchés de niche, nous avons une carte à jouer. Nous ne sommes plus dans la situation des années 1990 où nous étions en excédent de production en Europe par rapport à la demande solvable. Nous sommes plutôt revenus dans une ère de rareté et ce qu’on exporte, on l’exporte sans restitutions (aides à l’export).

Une autre raison est le retour aux fondamentaux de l’agronomie, sous l’impact de la hausse des coûts des intrants de synthèse, de l’énergie, et des aléas climatiques de plus en plus nombreux. La qualité des sols est largement mise en cause dans la stagnation des rendements végétaux. Or les apports d’humus liés à l’élevage jouent un rôle crucial dans le maintien de la qualité des sols. De même, le maintien des prairies est aujourd’hui un objectif politique central pour leurs « aménités positives », c’est à dire pour la sauvegarde des paysages par exemple, ou encore pour leur rôle dans la biodiversité, la gestion des gaz à effet de serre, de la qualité des eaux… Et l’élevage ruminant est étroitement lié aux surfaces en herbe (…).

Suite... Les grands entretiens de la Mission Agrobiosciences. Juillet 2013

 

Cet article est le 399ème publié sur ce blog dans la catégorie AGRICULTURE et PAC.

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18 juillet 2013 4 18 /07 /juillet /2013 23:56

France : le résultat est bon, mais peut mieux faire

 

Colloque agriculture Res Publica 71111 151 TLucien Bourgeois*, qui était l’économiste des Chambres d’agriculture, membre de l’Académie d’Agriculture, a écrit un article publié dans la revue Paysans, n° 340, juillet-août 2013.

* Rappel : Lucien Bourgeois et l'efficacité du système productif agricole français - 23 mai 2013 

MARS : débat sur les marges de manoeuvre pour la France dans la PAC - 22 mai 2013 

Agriculture : L Bourgeois compare l'histoire de la France et de l'Allemagne - 21 mai 2013

 

Dans cet article, il analyse les résultats du commerce extérieur de la France en agroalimentaire. Derrière les bons résultats du secteur des céréales, se cache des questions. Le solde est positif en 2012 (6,2 milliards d’euros). Mais, contrairement aux vins et boissons, l’essentiel des exportations concernent le marché interne européen (4 milliards d’euros d’excédent). Le solde 2012 sur les pays tiers n’a été que de 2,2 milliards d’euros. Sachant que le principal objectif de la réforme de la Pac de 1992 avait été de permettre aux producteurs français et européens de devenir plus compétitifs sur les marchés mondiaux, il y a lieu de poser la question des aides directes pour les céréales, qui ont été de plus de 3 milliards d’euros en 2012. Le jeu en vaut-il vraiment la chandelle ?...

 

Commerce extérieur agroalimentaire : la France pourrait mieux faire. Elle devrait miser davantage sur l’exportation des produits à haute valeur ajoutée.

 

Il y a des mythes qui fonctionnent bien. La France est un grand pays agricole. Il semble logique qu’elle puisse exporter de nombreux produits alimentaires dans le monde entier.

De fait, on a tout lieu d’être satisfait puisque le solde du commerce extérieur dépasse 12 milliards d’euros en 2012 et vient opportunément combler une partie du déficit structurel en matière énergétique, mais aussi ceux de trop nombreux autres secteurs industriels touchés par la délocalisation.

En fait, il n’y a pas de quoi pavoiser pour la majorité des secteurs de l’agriculture française. L’excédent agroalimentaire de notre pays est essentiellement dû aux vins et boissons. Pour le reste, la France s’est spécialisée dans les matières premières et peine à développer des stratégies de conquête des marchés pour les produits à haute valeur ajoutée. Peut-être serait-il opportun de s’interroger sur la manière dont on utilise, dans notre pays, le budget de la PAC.

 

DES RESULTATS GLOBALEMENT IMPRESSIONNANTS

 

Les derniers résultats du commerce extérieur agroalimentaire sont impressionnants. Le record historique de 2011 est consolidé et même légèrement dépassé. Avec plus de 12 milliards d’euros, ce brillant résultat permet au secteur agricole d’arriver en seconde position après l’aéronautique (+20 milliards) et avant la parfumerie, cosmétique (+7,5 milliards). Malgré ces excédents considérables, la balance commerciale française globale reste très déséquilibrée avec un déficit global de 67 milliards d’euros. Un tel niveau de déficit n’est pas durable et entraînera nécessairement des problèmes monétaires.

Il sera indispensable de le réduire à l’avenir en cherchant à diminuer notre dépendance énergétique, certes, mais aussi à regagner les parts de marché que nous perdons régulièrement à cause des délocalisations. Mais, outre les réajustements monétaires ou les mesures de TVA ou de protection par rapport aux importations, il existe des marges de manoeuvre possibles. Il faudra prendre les moyens de mieux positionner les produits français sur les créneaux porteurs afin que la valeur ajoutée soit suffisamment importante pour pouvoir payer des heures de travail à un prix permettant d’assurer notre niveau de vie.

Dans le secteur agricole, comme dans les autres, cela supposera d’adopter des stratégies plus combatives à l’avenir pour aller chercher cette fameuse valeur ajoutée dont nos partenaires allemands semblent avoir le secret. Le secteur agroalimentaire offre, de ce point de vue, un champ d’investigation intéressant. Commençons d’abord par rassurer nos concitoyens souvent mal informés qui finissent par croire que, même dans le secteur alimentaire, les Allemands sont devenus plus performants que les Français.

En fait, nos voisins d’Outre-Rhin exportent effectivement plus que nous mais comme ils importent beaucoup plus, ils ont un déficit du même ordre que notre excédent, soit environ 12 milliards d’euros en 2012.

Mais, avant de faire des comparaisons entre pays européens, analysons les résultats français du commerce agroalimentaire.

 

LES VINS ET BOISSONS, VALEURS SURES DE LA FRANCE

 

Malgré les doctes rapports tous plus alarmistes les uns que les autres sur l’arrivée de nouveaux concurrents pour la production de vin dans le monde, la France reste un des acteurs majeurs de ce secteur sur les marchés mondiaux.

L’excédent vins et boissons a été de 11 milliards d’euros sur un total de 12 en 2012 ! On peut produire du vin moins cher dans de nombreux pays mais ce n’est pas avec le vin ordinaire qu’on peut faire de la valeur ajoutée. Les entreprises françaises ont un savoir-faire dans les industries du luxe et ont su l’adapter pour la vente des vins et alcools.

Dans ce secteur, nous savons depuis longtemps que les stratégies de volume sont souvent contre productives. Les quantités de vins produites en France n’ont pas augmenté depuis 50 ans mais que la part du vin a plus que doublé en valeur réelle dans le chiffre d’affaires de la ferme France.

C’est le contraire dans la plupart des autres secteurs où l’on a privilégié les quantités au détriment du prix de vente. Une chose est sûre, cette philosophie privilégiant la montée en gamme, la qualité d’origine, le terroir, la diversité quasi infinie des appellations s’est révélée très performante. Elle a pourtant été très souvent raillée comme exemple de l’éternel esprit de clocher de ces Français incapables de s’adapter aux exigences de l’économie moderne. Or, c’est justement cette politique de terroirs qui permet à l’ensemble du secteur agroalimentaire d’apparaître comme un de nos trop rares succès à l’export au même titre que l’aéronautique, la parfumerie ou la cosmétique. Soulignons au passage que les bons résultats des vins et boissons sont encore plus éclatants sur les seuls marchés des pays tiers. Sans ce secteur, le solde agroalimentaire français hors Union européenne serait négatif de 400 millions d’euros alors qu’il est positif de +6,7 milliards d’euros.

 

DES CEREALES FRANÇAISES TRANSFORMEES EN ALLEMAGNE

 

Il convient de se poser quelques questions sur les bons résultats du secteur des céréales. Leur solde est positif de 6,2 milliards d’euros en 2012. Mais, contrairement aux vins et boissons, l’essentiel des exportations concernent le marché interne européen (+4 milliards d’euros). Le solde 2012 sur les pays tiers n’a été que de 2,2 milliards d’€.

Rappelons que le principal objectif de la réforme de la Pac de 1992 avait été de permettre aux producteurs français et européens de devenir plus compétitifs sur les marchés mondiaux. Sachant que les aides directes pour les céréales ont été de plus de 3 milliards d’€ en 2012, on peut se demander si le jeu en vaut la chandelle !

Mais on peut aussi se poser la question pour les exportations de céréales vers l’Union européenne. Est-il opportun de réserver une part aussi importante des aides disponibles dans le cadre de la Pac pour encourager les exportations de céréales françaises vers les pays européens ? En vendant ses céréales, la France fait le pari qu’un pays riche peut adopter une stratégie gagnante en vendant des matières premières alors que tout démontre le contraire quand on examine les résultats du commerce extérieur de tous les pays du monde. L’exemple allemand est intéressant à cet égard. En matière industrielle, ce pays a adopté une stratégie de montée en gamme de ses produits. Cela s’est révélé très efficace pour l’équilibre de sa balance commerciale des échanges extérieurs.

Dans le domaine agroalimentaire, ce pays a un handicap considérable par rapport à la France. Il dispose de deux fois moins de surface cultivable par habitant ! Il a su néanmoins exporter plus de produits alimentaires que la France grâce à la mise en place de filières industrielles compétitives. Les Allemands ont développé, avec les céréales françaises, une industrie très performante pour l’ensemble des viandes. A l’inverse, les filières françaises de la volaille et du porc sont en crise profonde et connaissent des déséquilibres grandissants en matière d’échanges extérieurs. Il est dommage que cela n’incite pas à réorienter les soutiens de la Pac dans leurs directions surtout au moment où les hauts prix actuels des céréales auraient permis de faire ces modifications sans mettre en péril l’équilibre économique des exploitations spécialisées dans leur production.

 

LES EXCEDENTS IMPORTANTS DES PRODUITS LAITIERS ET DU SUCRE

 

A noter, aussi, dans les résultats du commerce extérieur de 2012, d’excellents résultats sur des produits à plus haute valeur ajoutée que sont les produits laitiers et le sucre. Le solde positif des produits laitiers dépasse 3 milliards d’€ et la part exportée sur les pays tiers augmente d’année en année et atteint 1,4 milliard d’€ en 2012, soit les deux tiers du solde céréales. Le solde positif du sucre est d’1,5 milliard d’€ et il est essentiellement réalisé dans l’Union européenne.

Mais la France connaît des déficits importants parfaitement compréhensibles comme le café, le thé et le cacao (1,6 milliard d’€). Il est plus difficile de s’expliquer le très important déficit des fruits de plus de 2 milliards d’€, même si une partie est due aux importations de fruits tropicaux.

Comment s’expliquer aussi le déficit de 600 millions d’€ pour les légumes et celui de 2,5 milliards d’€ pour les poissons et crustacés alors que notre pays est baigné par les mers et les océans et qu’il ne manque pas de ports de pêche. Même remarque sur le tabac qui connaît un déficit croissant de 1,4 milliard d’€ alors que sa consommation diminue.

 

LES PAYS-BAS : UN EXEMPLE A SUIVRE

 

Les Français pourraient méditer à ce sujet les résultats obtenus aux Pays-Bas. En 2012, le solde positif agroalimentaire de ce pays a été deux fois plus important que celui de la France avec 25,3 milliards d’€. Sa seule stratégie a été celle de la valeur ajoutée. On rêve d’une politique d’exportation de produits agricoles français avec des méthodes hollandaises. Peut-être cela conduirait-il à une politique d’aides Pac avec des objectifs différents plus orientés vers la valeur ajoutée et l’emploi. Comment accepter que les déficits français des filières fruits et légumes se creusent d’année en année ? C’est pourtant vers ce type de produits que tous les médecins poussent les consommateurs. Ne serait-il pas possible d’utiliser une partie des aides pour permettre à ces secteurs de s’organiser pour mieux répondre à cette demande sociétale prégnante ?

Les vins et boissons ont montré la voie à suivre. Il y aurait intérêt à changer de politique. La demande des consommateurs ne porte plus sur des matières premières indifférenciées mais sur des produits adaptés à chaque type de consommateurs. Les succès à l’exportation de l’industrie allemande montrent aussi que la production de masse ne permet plus de rémunérer la main-d’oeuvre des pays riches.

L’exemple historique de l’Argentine mérite qu’on s’y arrête un instant. Ce pays a, à peu près, la même situation géographique en latitude que les Etats-Unis. Les Argentins ont longtemps cru que cela leur permettrait de s’enrichir en devenant un grand pays exportateur de produits agricoles bruts. En revanche, les Etats-Unis ont adopté une politique très différente. Ils n’ont pas favorisé leurs grandes exploitations agricoles du Sud. Ils se sont polarisés sur la production industrielle. On ne peut pas dire que le résultat ait été favorable à l’Argentine ! La vente de matières premières a rarement été une opération lucrative à long terme.

 

SE FIXER DES OBJECTIFS PLUTOT QUE DE SUBIR UNE HISTOIRE

 

Les résultats de notre commerce extérieur en 2012 devraient faire partie des critères utilisés pour évaluer l’impact des aides de la Pac. En France, nous avons privilégié une approche historique qui a transformé, petit à petit, les aides en une sorte de rente foncière. Le moins que l’on puisse dire est que cette approche n’est pas toujours en cohérence avec l’efficacité économique. On pourrait tout aussi bien s’interroger pour savoir si ces aides sont en rapport avec l’emploi, l’aménagement du territoire ou la préservation de l’environnement. On peut quelques fois en douter. On aurait pu espérer que la nouvelle Pac 2014-2020 apporte des changements salutaires. Cela ne semble pas être le cas pour les orientations globales. Mais, contrairement à une idée reçue, les Etats ont beaucoup plus de marges de manoeuvre qu’on ne le dit. Rien n’interdirait donc que le gouvernement français cherche à améliorer l’efficacité des aides au regard de critères économiques comme les exportations, la valeur ajoutée dans l’ensemble des filières ou l’emploi, ou de critères autres comme le territoire, la santé ou l’environnement. L’essentiel est qu’on se fixe des objectifs consensuels pour l’avenir plutôt que de subir une histoire de plus en plus lointaine. Edgard Pisani disait qu’il en était des politiques agricoles comme du temps pour les agriculteurs. Le mauvais temps est le temps qui dure. Les mauvaises politiques sont celles qui ne changent pas !

 

Cet article est le 398ème publié sur ce blog dans la catégorie AGRICULTURE et PAC.

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2 juillet 2013 2 02 /07 /juillet /2013 22:47

Compléter le revenu et contrôler la qualité du produit

 

mont-st-michel-167.JPGComme c’était annoncé - voir Les producteurs de lait indépendants (APLI) au Mont-Saint-Michel - 15 juin 2013 - le Mont-Saint-Michel était, le 19 juin 2013, comme le 18 septembre 2009 (grand épandage de lait), le lieu du lancement officiel du « lait équitable » Faire France*.

 

Voir cet article (signé Elsa Casalegno) publié par La France Agricole : Lancement du « lait équitable » Faire France

 

Le « lait équitable » Faire France est désormais en rayons dans certaines grandes surfaces (centres E. Leclerc et Intermarché) du Nord, de la Normandie, de la Bretagne, des Pays de la Loire et du Pays basque. Son lancement officiel a eu lieu le 19 juin 2013 au Mont-Saint-Michel (Manche), en référence au grand épandage de lait du 18 septembre 2009, lors de la grève du lait. Les promoteurs du lait Faire France comptent étendre sa diffusion à toute la France dans les prochains mois.

 

Ce lait, embouteillé à façon par la Laiterie de Saint-Denis-de-l'Hôtel, est ensuite acheté par la société Faircoop SCA SAS, qui se charge de sa commercialisation dans les enseignes intéressées. Il est vendu à 0,93 €/l. Sur ce prix, 10 centimes reviendront aux producteurs de lait adhérents de Faircoop (au prorata de leurs parts), 1 centime ira à l'European Milk Board (EMB), propriétaire de la marque « Lait équitable », 1 centime ira à l'Association des producteurs de lait indépendants (Apli), à qui l'EMB accorde la licence de sa marque, selon des responsables de Faircoop.

 

On indique, de mêmes sources, que plus de 800 agriculteurs auraient déjà adhéré à Faircoop (à raison d'un apport de 1.000 à 5.000 € par personne), sur le principe « un homme = une voix ». En revanche, Faircoop ne communique pas encore sur les volumes commercialisés. Bilan au début de 2014, lors de l'assemblée générale de la société.

 

Voir aussi 700 producteurs de lait au Mont Saint Michel pour vendre leur label fairefrance (France Bleu, 19 juin 2013) et http://basse-normandie.france3.fr/2013/06/19/les-vaches-bleu-blanc-rouge-font-la-promo-du-lait-equitable-au-mont-saint-michel-273477.html (France3 Basse-Normandie).

 

* Rappel : L'Apli (EMB) est engagée dans un projet de coopérative lait équitable - 11 février 2012 

A Martigné (Mayenne), l'APLI (EMB) a lancé le lait équitable français - 24 mars 2012

Lait équitable : l'APLI lance ce concept en France, imitant les belges - 31 juillet 2012.

 

AGE-Apli-Plessis-Mace-310112-020-T.jpgCommuniqué de France MilkBoard (FMB) Grand ouest

 

Le nouveau président, Denis Jehannin (Ille-et-Vilaine) - voir photo - fait savoir que, six mois après son agrément, France Milkboard Grand Ouest (OP transversale) a tenu sa première assemblée générale le mardi 25 juin 2013 en Ille-et-Vilaine.

Les principes fondateurs de cette organisation de producteurs (O.P) ont été rappelés :

-France Milkboard Grand Ouest regroupe des producteurs livrant à différentes laiteries (Cleps Bongrain, Fromagerie Bel, Perreault, Lactalis, Laiterie St Pére, Laiterie Rolland, Laiterie Tessier, La Sill, St Malo, Vaubernier…) sur la Bretagne et les pays de Loire sauf la Vendée.

-Les adhérents qui ont donné mandat à France Milkboard restent propriétaires de leur droit à produire.

-France Milkboard Grand Ouest se charge de négocier un contrat auprès des transformateurs .Au cours des futures rencontres avec les laiteries, les deux parties discuteront des modalités d'un contrat équilibré.

 

France Milkboard Grand Ouest insiste auprès du ministre de l’agriculture Mr Le Foll pour être invité comme les autres organisations reconnues, aux tables des négociations chez les industriels et aux réunions sur l’avenir de la production laitière en France.

 

Lors de cette assemblée, l’idée de créer une association d’op a été évoquée et sera débattue lors des assemblées générales de Fmb Sud Ouest et Fmb Normandie cet été.

 

Le prix du lait reste la priorité pour les producteurs de FMB :

- un prix juste à la production pour la filière car pas de prix, moins de producteurs

- pas de producteurs, pas de laiteries….

 

La contractualisation mise en place doit redonner du pouvoir aux producteurs au travers des organisations de producteurs. France Milkboard Grand Ouest veut en être un acteur majeur.

 

A noter, cet article : Démissions en série au sein de l'Apli (La France Agricole, 12 juin 2013)

 

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26 juin 2013 3 26 /06 /juin /2013 23:35

Un peu mieux mais les gros défauts de la PAC restent

 

Un accord est intervenu pour la réforme de la PAC sur la période 2014-2020. Un modeste accord, car les profondes inégalités dans la répartition des aides publiques aux agriculteurs persistent. Il aurait fallu concentrer ces aides vers l’élevage et les petites et moyennes exploitations agricoles. Un geste a été fait en ce sens mais très insuffisant.

Voici le résumé qu’en fait le quotidien Les Echos, ce 26 juin 2013 : Agriculture-Accord européen sur une réforme de la Pac

Les négociateurs de l'Union européenne ont annoncé mercredi être parvenus à un accord sur une réforme de la Politique agricole commune (Pac) pour la période 2014-2020, laquelle prévoit une modification de la répartition des 50 milliards d'euros de subventions distribuées annuellement.

Certaines des plus grosses exploitations agricoles du continent, notamment en France, en Espagne et en Italie, pourraient perdre jusqu'à 30% de leurs subventions actuelles afin d'assurer une répartition plus égalitaire de ces aides.

Par ailleurs, les quotas de production de sucre seront supprimés à partir d'octobre 2017, a précisé un responsable européen ayant participé à ces négociations.

Le système de quotas et de prix minimum pour la betterave à sucre, en vigueur depuis 45 ans, a été accusé de provoquer des pénuries artificielles sur le marché européen du sucre et de freiner les exportations européennes en raison des règles de commerce international en matière de subventions.

"Nous avons un accord de principe sur les réformes de la Pac entre les négociateurs, qui doit maintenant être confirmé par le Parlement européen et les gouvernements de l'UE", a déclaré le commissaire européen à l'Agriculture Dacian Ciolos.

Il a précisé qu'il s'attendait à ce que l'accord soit entériné sans problème par les gouvernements et le parlement, dans la mesure où il s'inscrit à l'intérieur du cadre fixé par les ministres de l'Agriculture au Luxembourg mardi.

"Il s'agit d'un très bon accord. Nous avons débouché sur un projet qui devrait être adopté par le Parlement européen", a dit à Reuters le ministre irlandais de l'Agriculture Simon Coveney.

Le ministre français de l'Agriculture a jugé que l'accord ne s'inscrivait pas dans la tendance à la libéralisation de l'agriculture qui prévalait depuis quelques années.

"Ce n'est pas la logique libérale qui a gagné (...). Je ne veux pas dire que tout est réglé, je ne dis pas que nous n'aurions pas voulu plus de choses, en particulier sur le lait, mais (...) nous n'avons pas laissé filer", a déclaré Stéphane Le Foll lors d'une conférence de presse qui a eu lieu à Paris.

Voir aussi : Accord européen sur une réforme de la politique agricole commune (Le Monde, 26 juin 2013) 

 

Controverses Marciac 3et4 aout 2011 114 T1

 

Le ministre de l’agriculture, Stéphane Le Foll, s’est empressé de communiquer sur cet accord : Accord au Conseil des Ministres européens sur la PAC 2014-2020. Une nouvelle PAC se dessine : plus juste, plus verte, plus régulatrice et tournée vers les jeunes (site du ministère de l’agriculture, 25 juin 2013)

Stéphane LE FOLL est satisfait du contenu du mandat qui vient d’être donné par les Etats membres à la présidence irlandaise du Conseil pour un dernier « trilogue » avec le Parlement européen. Il dessine les contours d’une PAC plus juste, plus verte et plus régulatrice.

Le Ministre souligne les progrès déterminants accomplis en un an, depuis son arrivée en mai 2012. Au départ, les possibilités d’aides couplées étaient à la baisse. Les outils de régulation étaient en passe d’être abandonnés : les droits de plantation pour la vigne et le maintien des quotas sucriers ne figuraient pas dans la proposition de la Commission. Aucun projet de redistribution ni de dégressivité des aides ne semblait possible. Les mesures de verdissement ne prenaient pas en compte la réalité des pratiques agricoles, notamment celles de l’élevage.

Les perspectives budgétaires européennes 2014-2020, qui étaient loin d’être acquises, n’auraient pas été ambitieuses ni favorables à la PAC sans la mobilisation du Président de la République lors du Conseil européen en février 2013. Les retours agricoles pour la France sont stabilisés sur la période 2014-2020 : 7,7 milliards d’euros (courants) par an pour les aides directes du premier pilier et 1,4 milliards d’euros (courants) par an pour le deuxième pilier.

Aujourd’hui, une nouvelle PAC se dessine. Avec l’appui du Parlement européen, les choses ont totalement changé.

Une PAC plus juste

La priorité sera une redistribution en faveur de l’élevage et de l’emploi.

La convergence des aides permettra un transfert au profit de l’élevage, notamment extensif.

L’emploi se trouve davantage dans les exploitations de taille petite et moyenne que dans les grandes exploitations. C’est pourquoi la majoration des aides directes sur les premiers hectares de toutes les exploitations assurera une redistribution vers les exploitations « riches en emploi ». C’est un instrument nouveau, introduit à la demande du Ministre. Il sera appliqué avec le principe de transparence pour les GAEC, consolidé pour la première fois dans le texte européen. C’est une reconnaissance supplémentaire de l’emploi à travers celle des actifs chefs d’exploitation.

Cet instrument permet aussi une mise en œuvre réelle et tangible du principe de dégressivité des aides, maintes fois débattu, mais jamais mis en œuvre.

La priorité à l’élevage s’exprime aussi au travers d’un taux renforcé pour les aides couplées. L’impulsion donnée par Stéphane LE FOLL a permis de rompre avec la logique de découplage des aides qui prévalait depuis 2003. Le taux est porté à 13% contre 10% actuellement. Une possibilité supplémentaire de 2% a été obtenue pour la production de protéines végétales, qui permettra de soutenir le développement de l’autonomie fourragère protéique de l’élevage.

Il s’agit d’une victoire pour le modèle agricole français qui repose sur une diversité des agricultures, défendue par le Ministre.

Pour que cette redistribution ne déstabilise pas certaines exploitations, un mécanisme de limitation des pertes permettra d’éviter des baisses trop fortes.

Une PAC plus verte

Le verdissement était le deuxième grand objectif de cette réforme. Un montant à hauteur de 30% des aides du premier pilier était nécessaire. Il a été obtenu. Le principe de trois critères a été maintenu : présence de surfaces d’intérêt écologique, diversité des assolements et maintien des prairies permanentes. Cela permet une application harmonisée sans distorsion de concurrence entre les agriculteurs. Stéphane LE FOLL a également su faire reconnaître la réalité des pratiques agronomiques et environnementales, ce qui a permis de trouver de nombreuses souplesses pour l’application concrète des trois critères.

Pour compléter le premier pilier, des mesures agroenvironnementales seront mobilisées de façon ambitieuse au sein d’un deuxième pilier renforcé. Le Ministre développera en particulier les mesures permettant d’engager globalement des systèmes de production dans le maintien ou le développement de pratiques combinant performance économique et environnementale.

Sur le deuxième pilier, le soutien à l’herbe et la compensation des handicaps, tout particulièrement dans les zones de montagne, seront renforcés. Cela est rendu possible par le relèvement du plafond des aides en zone de montagne qui a été obtenu par le Ministre.

Une PAC plus régulatrice

La réintégration des outils de régulations du marché (droits de plantations viticoles, quotas sucre…) est aussi importante et emblématique. C’est un véritable changement après une décennie de dérégulation, qui a montré ses limites de manière criante ces dernières années.

Par ailleurs la reconnaissance et le renforcement du rôle des interprofessions dans la structuration des filières est aussi un sujet de grande satisfaction à un moment où l’amont des filières doit jouer collectif pour répondre aux difficultés que traverse le monde agricole.

Une PAC tournée vers les jeunes et l’avenir

Enfin, Stéphane LE FOLL a obtenu du Conseil la mise en œuvre obligatoire d’une majoration des aides pour les jeunes agriculteurs au sein du premier pilier. Ce soutien nouveau complètera les soutiens existants en France pour l’installation des agriculteurs au sein du deuxième pilier, qui seront consolidés.

Le mandat ainsi adopté est la base pour une dernière discussion entre la présidence irlandaise du Conseil et le Parlement européen. Stéphane LE FOLL estime possible qu’un accord final soit trouvé mercredi avec le Parlement européen. Il a fortement œuvré pour que la conclusion de la réforme se fasse désormais très rapidement car elle est très attendue. Elle permettra à tous les agriculteurs de relever les défis auxquels ils doivent faire face.   

 

Cet article est le 396ème publié sur ce blog dans la catégorie AGRICULTURE et PAC.

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20 juin 2013 4 20 /06 /juin /2013 23:21

Tous les acteurs de la filière alimentaire sont mobilisés

 

Le ministère de l’agriculture et de l’agroalimentaire a mis le frein sur le changement, par crainte de provoquer des réactions syndicales de la part de la FNSEA. On ne changera rien à la PAC, qui attribue pourtant des aides dans un désordre inégalitaire inacceptable. Les producteurs de fruits et légumes, mais aussi les éleveurs, vont continuer à être les parents pauvres d’une politique qui favorise outrageusement les grandes cultures céréalières. Le capital est toujours privilégié aux dépens de l’emploi. Cela ne changera pas.

 

Puisqu’il faut bien agir quand même, le choix du ministère s’est porté sur le Gaspillage alimentaire.  Guillaume Garot maire de Laval 081010 T

Voir, cet article du quotidien Les Echos, le 16 juin 2013 : Le gouvernement lance la chasse au gaspillage alimentaire et sur le site du ministère, Guillaume Garot présente le Pacte national de lutte contre le gaspillage alimentaire :

 

GASPILLAGE ALIMENTAIRE - Ce vendredi 14 juin, Guillaume Garot, ministre délégué à l’agroalimentaire, a présenté, en présence de tous les acteurs de la filière alimentaire concernés, le Pacte national de lutte contre le gaspillage alimentaire, dont les mesures sont issues des réflexions menées par les groupes de travail institués par le ministre en décembre dernier.
Ce pacte national contre le gaspillage alimentaire répond à l’objectif ambitieux que s’est fixé le gouvernement français : diminuer par deux le gaspillage alimentaire dans notre pays d’ici à 2025.

 

Pourquoi lutter contre le gaspillage alimentaire ?

 Pour s’engager concrètement contre les dérives de la société de surconsommation,
 Pour protéger l’environnement en économisant des ressources et en réduisant la production de déchets,
 Pour retrouver du pouvoir d’achat.

 

C’est un choix contre l’égoïsme, contre l’individualisme, pour une société plus solidaire et plus responsable. Car il y a quelque chose de scandaleux, de profondément injuste dans le fait de jeter de la nourriture quand tant de Français dépendent de l’aide alimentaire pour vivre ou que des millions d’hommes, de femmes et d’enfants ne mangent pas à leur faim.

Lutter contre le gaspillage, c’est mieux consommer et mieux manger. C’est aussi redonner à l’alimentation et au travail de ceux qui la produisent leur juste valeur.

Le gouvernement a fixé un objectif ambitieux : diminuer par deux le gaspillage dans notre pays d’ici à 2025. Pour y parvenir l’ensemble des acteurs de la chaîne alimentaire a réfléchi à la rédaction d’un Pacte national de lutte contre le gaspillage alimentaire. Un Pacte qui pose un certain nombre de mesures et d’engagements de la part de chacun, pour permettre un véritable progrès collectif. Un Pacte qui ne stigmatise aucun des acteurs engagés dans cette mobilisation contre le gaspillage, mais au contraire valorise l’implication de chacun.

 

Par ce Pacte, l’Etat prend les 11 mesures suivantes :

  1. Un signe de ralliement manifestant la mobilisation de chacun pour lutter contre le gaspillage.
  2. Une journée nationale de lutte contre le gaspillage, d’un prix « anti-gaspi » des pratiques vertueuses et d’une labellisation de ces pratiques.
  3. Des formations dans les lycées agricoles et les écoles hôtelières.
  4. Des clauses relatives à la lutte contre le gaspillage dans les marchés publics de la restauration collective.
  5. Une meilleure connaissance du cadre législatif et réglementaire sur la propriété et la responsabilité lors d’un don alimentaire.
  6. La lutte contre le gaspillage alimentaire dans les plans relatifs à la prévention des déchets.
  7. La mesure de la lutte contre le gaspillage alimentaire dans la Responsabilité Sociale des Entreprises.
  8. Le remplacement systématique de la mention DLUO par « À consommer de préférence avant… ».
  9. Une campagne de communication sur la lutte contre le gaspillage.
  10. Une nouvelle version du site dédié, www.gaspillagealimentaire.fr.
  11. Expérimentation, sur un an, du don alimentaire par les citoyens via une plate-forme numérique, Equosphère.

Téléchargez l’intégralité du Pacte national de lutte contre le gaspillage

Voir aussi Gaspillage alimentaire - Wikipédia

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15 juin 2013 6 15 /06 /juin /2013 23:36

 

Rééquilibrer la filière lait en s’alliant avec les consommateurs

 

C’est près du Mont-Saint-Michel qu’avait commencé, en septembre 2009, la grève européenne des livraisons de lait. Cette action avait marqué les esprits et provoqué des débats au sein du syndicat majoritaire FNSEA. Voir Le succès de l'APLI en 2009, décortiqué par la revue L'Eleveur laitier - 9 janvier 2010. 

 

AG Apli 120911 001 TL’APLI (ASSOCIATION NATIONALE DES PRODUCTEURS DE LAIT indépendants) s’est démenée pour que la filière laitière soit organisée en prenant en compte les intérêts des producteurs. Voir Le contrat laitier France MilkBoard pour une nouvelle dynamique de filière - 11 décembre 2011.

 

Son objectif est de rapprocher producteurs et consommateurs de produits laitiers, afin de rééquilibrer le pouvoir, actuellement trop en faveur de l’industrie laitière (industriels et coopératives) et de la grande distribution. C’est pourquoi elle a lancé la formule du lait équitable, en reprenant l’initiative de ses amis belges.

Voir L'Apli (EMB) est engagée dans un projet de coopérative lait équitable - 11 février 2012 

A Martigné (Mayenne), l'APLI (EMB) a lancé le lait équitable français - 24 mars 2012

Lait équitable : l'APLI lance ce concept en France, imitant les belges - 31 juillet 2012

 

Les éleveurs laitiers de l’APLI (dont le président actuel, André Lefranc, qui produit du lait dans le Sud Manche) ont choisi le Mont-Saint-Michel pour le lancement de la marque FaireFrance. Télécharger le PDF (14 juin 2013) dont voici le texte, signé des présidents de l’APLI (André Lefranc), de l’Office du lait (Paul de Montvalon) et de FaireFrance (Richard Blanc) :
 

Mont Saint-Michel, le symbole du combat laitier

 

Si les éleveurs laitiers de l’APLI Nationale ont choisi le Mont Saint-Michel pour lancer leur propre marque de produits laitiers « FAIREFRANCE », c’est parce que ce lieu est devenu en 2009, le symbole de leur lutte pour plus de justice, d’équité et de reconnaissance, contre l’industrialisation de la production laitière et la disparition des élevages traditionnels.

 

En 2009, les médiatiques épandages de lait du Mont Saint-Michel ont alerté l’opinion publique sur le désarroi des éleveurs, mais aussi sur les risques auxquels s’exposeraient les consommateurs sur le plan de la qualité et de la sécurité alimentaire si la gestion de la filière ne s’orientait pas vers plus de réalisme et de cohérence.

En 2013, rien n’a évolué et tous, fonçons droit dans le mur, malgré une actualité de scandales alimentaires fournie, prouvant s’il le fallait, que les alertes de l’époque étaient malheureusement fondées.

Outre ce rappel « historique », le Mont Saint-Michel reste aujourd’hui hautement symbolique pour plusieurs raisons.

Depuis 4 ans les éleveurs laitiers de l’APLI Nationale ont étudié les rouages de la filière laitière, ainsi que les principaux acteurs. Tout n’y est que manipulation, cupidité et égoïsme porté par des personnes à l’esprit aussi ouvert qu’un rocher, si beau soit-il !

Peu importe l’obstacle, si l’on ne peut le surmonter, mieux vaut le contourner.

L’investissement et la détermination des porteurs du projet social FaireFrance doivent également alerter tous les détracteurs du mouvement, les passifs raisonnés, les actifs orientés et les divers saboteurs anonymes que rien n’empêchera les valeurs de justice, de loyauté et de transparence portées par les producteurs laitiers de triompher.

Contre vents et marées…

Enfin, le Mont Saint-Michel reste l’un des sites les plus fréquentés au monde par les touristes consommateurs. Et c’est de cette voie que naîtra la solution. La voie du rapprochement entre les maillons extrêmes de la filière, ceux qui aujourd’hui sont les exploités de la filière mais qui demain reprendront les rênes, reléguant au rang de faire valoir ceux qui ont tenté de les écraser.

 

 Rappel : l’APLI est membre de l’EMB (European Milk Board), qui a organisé, les 3 et 4 juin 2013, une manifestation à Berlin, après celle des 26 et 27 novembre 2012 à Bruxelles (voir Les producteurs de lait européens ont manifesté deux jours à Bruxelles - 30 novembre 2012). 

 

Grande manifestation à Berlin

Les producteurs européens font tomber le mur de blocage de la politique !
Devant le fait que c'est surtout le gouvernement allemand qui bloque toute initiative raisonnable pour un marché laitier qui fonctionne, les 3 et 4 juin 2013 des producteurs et productrices de lait de tous les coins d'Europe s'étaient rendus à Berlin pour manifester dans la capitale allemande. De manière symbolique, ils y ont abattu le mur que construit devant eux la politique allemande. Leur intention était, par cette action, de souligner l'importance d'instruments de crise tels que la réduction volontaire de la production.

(Berlin, les 3 et 4 juin 2013) Plusieurs centaines de producteurs du European Milk Board (EMB), la confédération européenne des organisations de producteurs laitiers, ainsi que d'organisations sympathisantes ont manifesté hier et aujourd'hui dans la capitale allemande. Dans le contexte des négociations sur l'organisation commune des marchés des produits agricoles qui ont actuellement lieu entre le Parlement européen, les États membres et la Commission, l'objectif des agriculteurs était de faire pression sur le gouvernement allemand afin que la réduction volontaire de la production, en tant qu'instrument de crise pour le marché laitier, ne soit pas abandonnée.

« L'instrument de réduction volontaire de la production permet de récompenser les producteurs laitiers qui affichent un comportement conforme à la situation du marché, dans le but de prévenir des crises et d'économiser des fonds publics. Dans un climat économique difficile et face à une situation budgétaire extrêmement tendue dans la plupart des États membres, un tel instrument fournirait une solution réalisable et financièrement viable. Les agriculteurs et les consommateurs européens ne comprennent dès lors pas pourquoi le gouvernement allemand ne saisit pas cette chance. C'est pour cette raison qu'ils étaient si nombreux à s'être rendus à Berlin pour manifester », explique le Président de l'EMB Romuald Schaber.

Dans le cadre de la réforme de l'organisation commune des marchés des produits agricoles, c'est précisément le gouvernement allemand qui bloque toute solution raisonnable pour le marché laitier, créant ainsi un mur de blocage. Pour symboliser ce fait, les producteurs réunis au sein de l'EMB ont abattu un mur de paille d'une cinquantaine de mètres qu'ils avaient érigé devant la Chancellerie fédérale à Berlin. La veille, des femmes agricultrices venues de toute l'Europe avaient organisé une action toute aussi symbolique. De cette manière, les producteurs laitiers européens ont clairement montré à la politique allemande que face à cette crise continue, ils sont amenés à devoir lutter pour leur survie. Cela est d'autant plus évident dans le contexte de prix à la production qui, depuis 2009, ne couvrent plus les coûts de la production laitière en Europe. Des milliers d'exploitations ont déjà été contraintes à cesser leur production ou leur existence même est menacée.

 

Le gouvernement allemand est accusé de bloquer les discussions. Pourtant, Les producteurs de lait européens de l'EMB ont vu des lueurs en 2012 - 25 décembre 2012.

 

Cet article est le 394ème publié sur ce blog dans la catégorie AGRICULTURE et PAC.

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24 mai 2013 5 24 /05 /mai /2013 23:52

L’agriculture, coincée entre les industriels et les marchés

 

Les décisions de politique agricole sont prises à Bruxelles et à Strasbourg (co-décision des Etats et du Parlement européen). Dans des articles récents, L'Avenir Agricole (journal hebdomadaire des Pays de la Loire) donne la parole à deux acteurs importants qui suivent les questions agricoles au Parlement européen.

 

Debat-Europe-Laval-301012-005-T1.jpgPatrick LE HYARIC est député, vice-président du « Groupe confédéral de la Gauche unitaire européenne », membre suppléant de la Commission « Agriculture et développement rural ». Par ailleurs, il est élu local (PCF, Front de Gauche) et directeur du journal « L’Humanité ».

Il a un blog (voir Patrick Le Hyaric) et continue d’écrire des éditoriaux du journal « La Terre » qu’il a dirigé (voir Alerte lait, 14 mai 2013).

Dans l’édition du 17 mai 2013 de L’avenir agricole, Patrick Le Hyaric (Wikipédia) s’est exprimé sous la rubrique « Champ libre » (dernière page), la plume étant tenue par Frédéric Gérard, journaliste. 

 

Il faut trouver le moyen de préserver les exploitations familiales

 

Son nom a circulé lors de la composition du Gouvernement Ayrault, en mai 2012. Mais un élu (La Courneuve) du Parti communiste français pouvait-il siéger rue de Varenne? Patrick Le Hyaric ne se montre pas rancunier. Il trouve même que majorer les aides Pac sur les 50 premiers hectares est “une très bonne idée” de la part du ministre français mais “difficile à faire passer”. Il se dit aussi "plutôt d'accord" avec Stéphane Le Foll sur le fait de “faire évoluer les moyens de production”. “Cela peut contribuer à diminuer les coûts de production, et aussi, à rendre plus autonomes les agriculteurs de l'amont et de l'aval, c'est-à-dire des firmes de la chimie et de l'agroalimentaire”. Et de renvoyer à l'actualité: “Il y a actuellement un débat sur les pesticides, c'est sérieux: médecins et justice commencent à reconnaître que les agriculteurs sont les premières victimes de l'utilisation intensive de la chimie dans l'agriculture”. En mars, un céréalier de Meurthe-et-Moselle a vu la justice reconnaître son cancer du sang comme la conséquence d'un manque d'informations sur la composition de phytos contenant benzène et toluène; un précédent avait eu lieu avec un agriculteur de Charente; Bruxelles a retiré trois substances (les néonicotinoïdes) pour leurs effets néfastes sur les pollinisateurs. A ses yeux, tout ceci fait partie d'un “ensemble” face auquel “producteurs et consommateurs sont désarmés”: “Un système agro-industriel”.

 

Pour un prix minimum garanti

Patrick Le Hyaric apprécie également les positions et le travail du commissaire Dacian Ciolos même s’“il devra agir en-deçà de ses propositions” quant au verdissement de la Pac. Il espère encore un prix de base garanti au producteur. “C'est toujours le même débat: on nous dit que c'est impossible à appliquer par rapport à l'ouverture des marchés. Mais ce système est mortifère. C'est comme les OGM: nous n'en produisons pas mais on autorise leurs importations, il y a quelque chose qui ne va pas! Il faut pourtant trouver le moyen de préserver les exploitations familiales en France et en Europe. Le moyen, c'est le prix minima, un peu comme il existait dans le temps avec l'Office du blé ou les quotas sucriers.”

 

L'autonomie par les jeunes

Comme le montre le plafonnement des aides à “seulement” 300 000 euros, l'Europe ne fait rien pour écarter la Pac de “la libéralisation à outrance” ou de “l'ultralibéralisme”. Mais il y a urgence: “Moins de 6% des agriculteurs européens ont moins de 35 ans!” Pourtant, “aucun effort n'est mis pour l'installation”. Le député européen appelle de se vœux “un système à la fois national et européen pour influencer davantage l'accompagnement des jeunes en agriculture”. Une idée qui ne fera peut-être pas d'émules: le nouveau rôle de “co-législateur” du Parlement européen est en effet “trop limité”, juge-t-il, pour permettre aux députés d'agir.

 

Jacques Loyau est attaché parlementaire à Bruxelles, actuellement auprès de Eric Andrieu (PS), après avoir travaillé avec Georges Garot, puis Stéphane Le Foll, actuel ministre de l’agriculture. Dans l’édition du 24 mai 2013 de L’avenir agricole (rubrique Champ libre), il répond aux questions de Antoine Humeau, journaliste.

            Le monde agricole a réussi à faire entendre ses propositions, pour la PAC ?

Pour être efficace, il ne faut pas seulement être contre. Il faut aussi proposer. Je trouve inquiétant que le Copa, qui rassemble tous les syndicats agricoles européens majoritaires, dise toujours « non » et ne propose rien. Les agriculteurs ne pensent pas assez européen. Ils ne prennent pas assez leur place dans la démocratie. L’avenir de l’agriculture et la reconnaissance du monde agricole doit commencer en sortant des corporatismes. Le Copa-Cogeca est dominé par des grandes productions et les petites productions sont peu représentées. On sent qu’il y a de fortes tensions au sein des syndicats. Les instances dites représentatives ne représentent plus grand-chose aujourd’hui. On a besoin de contre-pouvoirs, sinon dans les campagnes, ensuite, cela provoque des tensions, des réactions très vives. Et, pour cela, il faut proposer.

Avec Stéphane Le Foll, nous avons créé un « think tank », le groupe Saint-Germain, pour repenser l’agriculture, redessiner des idées pour l’avenir. C’était l’occasion de montrer que l’agriculture a un rôle à jouer, face au réchauffement climatique. Nous avons fait un rapport d’initiative pour ouvrir le débat, et cela a pas mal réussi, puisqu’il a été repris par le Parlement européen.

La France a-t-elle une grande influence au niveau européen en matière agricole ?

Avec l’élargissement de l’Union européenne, elle a eu tendance à perdre un peu pied. On est entre le Nord et le Sud, on est aujourd’hui un peu les conciliateurs dans les discussions.

La future PAC va-t-elle accompagner positivement les mutations de l’agriculture ?

De l’argent va être mis dans la recherche, la diversification de l’agriculture, car il faut changer la manière d eproduire. En terme s de rééquilibrage, de redistribution des aides, cette réforme offre beaucoup de choses et apporte plus d’équité. Ensuite, en manière économique, cette Pac doit faire en sorte que l’on puisse avoir des outils pour réguler les marchés par filière. Il faut donc renforcer les interprofessions, et faire en sorte que les agriculteurs aient un pouvoir de décision plus important, que la valeur ajoutée soit mieux répartie.

A quoi ressemblera une exploitation laitière après 2015 ?

Il y a aura différents modèles. Il faudra sans doute penser plus collectivement, avec des assolements en commun par exemple. Des agriculteurs resteront sur des marchés locaux, car le maintien passe par la reterritorialisation. Certaines régions auront du mal à maintenir les actifs. Il faudra aussi se diversifier  avec de la production d’énergie par exemple. Il y a une absolue nécessité de remettre un peu de collectif sur les territoires. Le monde agricole a besoin de se décorporiser.

Cet article est le 393ème publié sur ce blog dans la catégorie AGRICULTURE et PAC.

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23 mai 2013 4 23 /05 /mai /2013 22:33

La France est exportatrice de matières premières agricoles

 

La question de l’efficacité du système productif agricole français n’a jamais été traitée à fond. C’est la comparaison avec l’Allemagne qui oblige à voir la réalité en face. Ce n’est pas par hasard que Lucien Bourgeois, économiste, membre de l’Académie d’Agriculture de France, a intitulé sa contribution « L’agriculture française et le syndrome allemand ». Ce texte a été publié dans La Revue politique et parlementaire (janvier-mars 2013).

 

Colloque agriculture Res Publica 71111 151 TVoir aussi Agriculture : L Bourgeois compare l'histoire de la France et de l'Allemagne - 21 mai 2013 (dernière partie) et MARS : débat sur les marges de manoeuvre pour la France dans la PAC - 22 mai 2013 (1ère partie). 

 

Voici la 3ème partie (médiane) de ce texte, qui présente les forces et faiblesses de l’agriculture française en Europe, dans le cadre de l’évolution de la Politique Agricole Commune (PAC).

 

Les limites de la PAC réformée en 1992

Depuis 1992, l’UE a changé de politique agricole. L’objectif était d’accélérer la baisse des prix agricoles pour diminuer puis supprimer la différence antérieure entre le prix du marché européen et les prix observés sur les marchés mondiaux. Pour éviter les chutes du revenu agricole, des aides directes ont été accordées. Elles permettent de compenser les différences de contraintes de production.

L’avantage incontestable de cette nouvelle politique a été de stabiliser les dépenses budgétaires au même niveau qu’en 1994.

Cela fait maintenant trente ans que le budget européen pour l’agriculture n’a pas augmenté.

Comme le budget total a progressé dans cette période, la part des dépenses agricoles est passée de 70 % à 40 % du total. Le moyen le plus simple de mesurer l’effort collectif est de calculer les dépenses agricoles en points du PIB européen. En trente ans, les dépenses agricoles sont passées de 0,6 % à 0,4 % du PIB total de l’UE à 27. Mais ce point positif sur le budget doit être relativisé par des évolutions préoccupantes de certains indicateurs. Cette politique a eu pour résultat une pression à la baisse sur les prix agricoles qui a duré jusqu’en 2007. Cela a été un des éléments du déclenchement de la crise alimentaire de 2008 avec l’irruption de la demande de maïs pour la fabrication d’éthanol aux États-Unis et la décision de supprimer les stocks stratégiques dans l’UE et aux USA. Depuis 2007, la volatilité des prix s’est très sensiblement accrue et a entraîné des variations très heurtées du revenu agricole. Les aides dites « découplées » sont par définition sans rapport avec les prix des produits. Ces aides sont donc insuffisantes pour assurer le revenu quand les prix des produits agricoles sont bas comme en 2009 et superfétatoires pour certains producteurs quand les prix des céréales atteignent des niveaux historiques très élevés comme en 2011 et 2012. La politique d’aides directes a facilité le financement des investissements agricoles.

Leur part dans le revenu agricole s’est accrue notablement. Elle constituait le tiers du revenu brut au début des années 80. Elle en constitue quelquefois la moitié dans les années récentes. Le revenu net diminue donc rapidement au point qu’en 2009, il est devenu inférieur aux aides. Une telle situation n’est guère durable. Or les tendances actuelles vont dans cette direction. On peut difficilement imaginer un système dans lequel les aides directes soient durablement supérieures aux revenus. D’autant que la plupart des États européens devront faire des économies budgétaires pour faire face à l’endettement public excessif.

Par ailleurs, il faudra trouver des solutions pour freiner la croissance rapide du chômage. Est-il opportun de continuer à encourager l’agrandissement des exploitations par la distribution d’aides de l’État à l’ha (DPU) alors que désormais la part de l’emploi agricole est tombée en France à des niveaux parmi les plus bas du monde ?

 

Un excédent record du commerce extérieur depuis deux ans

Depuis les années 70, la France est devenue un pays exportateur net de produits agroalimentaires.

Dans les années 2000, l’excédent restait aux environs de 8 Mrd par an. En 2009, cet excédent est tombé à 5 Mrd €. Mais la situation s’est redressée en 2010 en retrouvant le niveau antérieur. Qui plus est, l’excédent a fait un bond de 45 % en 2011 pour atteindre près de 12 Mrd €. Les résultats 2012 viennent de confirmer ce résultat avec une petite hausse qui en fait un nouveau record historique. Il se confirme donc que le mauvais résultat de 2009 a été un accident conjoncturel dû en grande partie à l’effondrement du commerce mondial après la crise financière avec en particulier une forte baisse des achats de vins et boissons sur les marchés d’Amérique et d’Asie.

Cela confirme que l’agroalimentaire reste incontestablement une valeur sûre des exportations françaises. C’est le deuxième excédent après l’aéronautique (+ 20 Mrd € en 2012).

Ces performances dans l’aéronautique et l’agroalimentaire sont bien utiles pour limiter le déficit global de la balance commerciale. En 2012, ce dernier a légèrement régressé mais il atteint néanmoins 67 Mrd €. C’est moins mal qu’en 2011 (74) mais un tel niveau parait difficilement durable sans que cela n’affecte la valeur de la monnaie.

 

L’atout majeur des vins et boissons

Le secteur phare de l’agroalimentaire français est le secteur des vins et boissons. Son excédent annuel est bien souvent égal à l’excédent total de l’agroalimentaire. En 2012, il représente 10,84 Mrd € sur un total de 11,9. Hors vins et boissons, l’excédent agroalimentaire français serait presque inexistant ! Rappelons que ce secteur n’est pas concerné par les aides directes de la

PAC. On ne compte plus les études alarmistes sur le manque de compétitivité de la viticulture française. La majeure partie de ces études font des comparaisons en hectolitres et oublient que l’élément prix est essentiel pour la valeur ajoutée. Or, la France a un quasi monopole mondial sur les vins de qualité. La diversité des appellations et des centres de décision est souvent critiquée mais les bons résultats à l’exportation montrent que cette diversité peut aussi être un atout quand elle s’appuie sur des interprofessions efficaces. Celle du Champagne est un exemple emblématique des possibilités de création de valeur ajoutée et de répartition adéquate entre les acteurs économiques.

Mais on pourrait aussi citer l’exemple de la filière Cognac dont la très grande majorité de la production est exportée en Asie et en Amérique du Nord. Sur les marchés mondiaux, la suprématie de ce secteur est très nette. Le solde « vins et boissons » est de 7,2 Mrd. C’est plus que le solde total et 5 Mrd de plus que pour les céréales.

 

Sur les marchés mondiaux, très peu de céréales françaises

Et pourtant le solde positif des céréales reste important avec 6,2 Mrd € en 2012. Mais les deux tiers de ce résultat sont réalisés sur nos partenaires de l’UE. Cela nous amène à relativiser les idées toutes faites à ce sujet.

L’excédent 2012, pour les céréales vendues sur Pays tiers, n’est que de 2,2 M€ alors que les prix n’ont jamais été aussi élevés. Comme les céréales servent surtout à l’alimentation animale, il faudrait déduire les importations de soja et produits végétaux divers. En fait le solde positif des produits végétaux de grandes cultures ne dépasse pas les 2 Mrd € sur les marchés mondiaux. C’est une performance désormais inférieure à celle des produits animaux (produits laitiers, viandes et animaux vivants) dont la balance positive est de 2,2 Mrd €.

 

La carte prometteuse des produits laitiers

Il y a d’autres secteurs excédentaires. Signalons en particulier celui des produits laitiers dont les exportations ont presque rattrapé celles des céréales avec 6,1 Mrd € contre 6,9. Mais comme les importations sont plus importantes, le solde positif des produits laitiers est inférieur de moitié à celui des céréales. L’excédent atteint 3,1 Mrd € en 2012 et se répartit à moitié sur l’UE et sur les pays tiers.

Le secteur du sucre dégage aussi un excédent important de 1,5M€ dont l’essentiel (80 %) est réalisé sur nos partenaires de l’UE.

Mais il y a aussi des postes très déficitaires.

Le poste « poissons et crustacés » connaît un déficit croissant (-2,5 Mrd en 2012). Le poste « fruits » a désormais un déficit de 2 Mrd € suivi par le déficit « café cacao » (1,6 M€)

 

Dans l’UE, la France vend ses céréales et ses animaux vivants

Dans nos échanges avec l’UE, l’excédent le plus important est celui des céréales avec 4 Mrd auquel il faut ajouter les produits de minoterie et les oléagineux soit plus de 5 Mrd € pour le secteur des grandes cultures. Si l’on ajoute à cela un excédent de 1,2 Mrd € sur les animaux vivants, on voit clairement que la France s’est spécialisée sur la fourniture de matières premières au reste de l’Europe.

Cela nous revient en produits transformés avec un déficit croissant sur les viandes (1,2 Mrd € en 2010 et 1,6 en 2012). Il faudrait y ajouter les préparations de viandes soit au total un déficit d’environ 2 M€.

Cet examen détaillé des résultats de notre commerce extérieur agroalimentaire de l’année 2012 montre que la France dispose de nombreux atouts. Mais pour les valoriser, il convient de réfléchir aux stratégies les plus pertinentes pour l’avenir. Il est alors utile de mieux comprendre la peur récente de la concurrence allemande.

 

Le déficit agroalimentaire allemand augmente et atteint 13 Mrd € en 2011

Les inquiétudes sur la pérennité de notre excédent extérieur agroalimentaire a été au centre des préoccupations depuis la chute de l’excédent observée en 2009. En effet, au moment où nous connaissions des difficultés, l’Allemagne a augmenté ses exportations de produits agroalimentaires au point de dépasser la France en parts de marché. En 2011, les exportations allemandes ont été de 56 Mrd € contre 55 pour la France. La différence en faveur de l’Allemagne est surtout le fait des produits transformés (46 Mrd contre 40 pour la France). En revanche, pour les produits agricoles bruts, la France reste en tête avec 15 Mrd contre 10. Les progrès allemands sont parfaitement visibles sur les marchés français dans le secteur des viandes et celui des produits laitiers. Une chose est sure, l’excédent agroalimentaire français sur l’Allemagne a fortement diminué depuis 2007.

Cette situation nouvelle réveille un sentiment d’infériorité par rapport aux performances économiques de ce pays en particulier dans le domaine du commerce extérieur.

Ce sentiment est si profond que l’on a souvent oublié de regarder aussi les importations.

De fait, malgré ces bonnes performances à l’export, ce pays continue à être déficitaire de 13,3 Mrd € en 2011. De plus, ce dernier a augmenté ces dernières années. Force est de constater que la plus grande agressivité de notre voisin dans le domaine agroalimentaire n’a pas changé radicalement la situation antérieure de l’Allemagne sur le plan alimentaire.

Ceci étant, il est curieux que cette inquiétude sur les performances exportatrices de la France ne se soit manifestée que récemment. Cela fait plus de quarante ans que les Pays-Bas obtiennent des résultats meilleurs que ceux de la France alors qu’ils disposent d’un territoire agricole restreint. En 2011, leur excédent agroalimentaire a été de près de 25 Mrd €. Il aura fallu attendre les récentes performances allemandes pour qu’on se pose enfin des questions sur l’efficacité de notre système productif agricole.  

Cet article est le 392ème publié sur ce blog dans la catégorie AGRICULTURE et PAC.

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22 mai 2013 3 22 /05 /mai /2013 23:48

L’Allemagne a su se protéger pour tirer son épingle du jeu

 

Le club de réflexion MARS (Mouvement agricole et rural solidaire) a été créé en 1983 à l’initiative de Didier Minot et Joseph Racapé. Actuellement présidé par ce dernier, il organise - selon un rythme mensuel - des réunions sur des thèmes différents avec un intervenant ayant produit un livre ou un travail de réflexion (par exemple, voir André Neveu s'alarme de la pénétration du capitalisme en agriculture - 13 février 2013). Pour y participer, me le faire savoir. Je transmettrai à Joseph Racapé.

 

La  prochaine réunion de « MARS » traitera d’un sujet qui occupe une place de plus en plus importante dans les propos des leaders agricoles français ces dernières années « La perte de compétitivité de notre agriculture par rapport à celle de l’Allemagne ». De manière plus concrète, nous nous attacherons à rechercher ce que pourraient être "Les marges de manoeuvre du gouvernement français dans la PAC à la lumière de l'expérience allemande".

 

On répète toujours que tout se décide à Bruxelles et que les Ministres français de l'agriculture n'ont plus aucun pouvoir. On se désole de la concurrence allemande et des nombreux dangers qui guettent les filières animales en France. On ne retient des décisions allemandes que la nécessité d'importer en France leurs turpitudes Bolkestein en baissant les salaires.

N’y a-t-il pas d'autres enseignements à tirer sur la stratégie de filières, la régionalisation des aides ou la façon d'interpréter la législation sur les énergies renouvelables ou l'environnement.

Autrement dit, peut on s'autoriser en France à construire des stratégies nationales efficaces qui correspondent au contexte et aux besoins des agriculteurs et des IAA, ou de la commercialisation ?

 

Controverses Marciac 3et4 aout 2011 076 TLe sujet sera introduit par Lucien Bourgeois (photo : Les controverses de Marciac, août 2011), économiste, membre de l’Académie d’agriculture, qui vient d’écrire dans le dernier numéro (Janvier-Mars 2013) de La Revue politique et parlementaire sous le titre :

 

« L’agriculture française et le syndrome allemand ».

 

L’introduction  

La PAC a été construite il y a cinquante ans maintenant sur l’idée très ambiguë de l’intérêt commun entre une France « agricole » et une Allemagne « industrielle ». Les Allemands acceptaient de payer une part importante des dépenses parce que c’était le prix à payer pour l’ouverture du marché européen à leurs produits manufacturés. Tel était le dogme qui semblait admis par tous.

Dans ces conditions, on comprend le désarroi devant la percée récente des exportations allemandes même dans le secteur des produits agroalimentaires. Est-ce le signe d’un déclin français dans le domaine agroalimentaire ? Est-ce de nature à remettre en cause la stratégie agricole française par rapport à la PAC ?

Une chose est sûre, la stratégie allemande nous montre qu’il y a, dans le cadre de la PAC, beaucoup plus de marges de manoeuvre qu’on ne le dit souvent. Cette interrogation sur les performances allemandes nous permettra de passer en revue les atouts et handicaps de l ‘agriculture française. Mais ce type de bilan n’a d’intérêt que s’il est complété par une analyse des acteurs qui sont avantagés ou pénalisés et si cela conduit à trouver de nouvelles stratégies.

La crise économique qui se poursuit depuis 2008 est le signe que les stratégies anciennes ont trouvé des limites. Il importe de trouver de nouvelles solutions. Cela passe par plus de concertation entre les États. Il n’est pas indifférent que la PAC qui est toujours la seule politique économique commune de l’UE puisse rester un exemple de mutualisation réussie.

 

Le début  

Avant d’examiner les dernières informations concernant le commerce extérieur, nous rappellerons les éléments essentiels de l’évolution de l’agriculture française. On ne peut comprendre certains aspects de l’actualité qu’en comprenant mieux les logiques en présence et les choix qui ont été faits dans la longue histoire de ce secteur resté très important dans la vie politique de notre pays.

 

Une situation géographique privilégiée

Géographiquement, la France est un pays béni des Dieux pour l’activité agricole.

Située de part et d’autre du 45e parallèle, on peut donc y cultiver à la fois les productions du Sud et celles du Nord. Cela donne des avantages considérables pour certains produits comme les fruits, les légumes et la vigne dont certaines variétés peuvent difficilement être cultivées ailleurs que sur une bande très étroite en latitude.

Entourée de mers, ce pays jouit d’un climat tempéré et d’une pluviométrie suffisante. De nombreux massifs montagneux lui permettent un stockage de l’eau et l’approvisionnement de grands fleuves entourés de plaines alluviales.

 

La France dispose de la plus grande surface agricole utile de l’UE avec 27 millions d’ha soit un sixième du total européen. Ramené au nombre d’habitants, cela représente une surface de 0,4 ha par habitant (4 000 m²).

C’est plus que la moyenne européenne (0,33). C’est deux fois plus qu’en Allemagne (0,20) et quatre fois plus qu’aux Pays-Bas. Ce pays ne dispose que de 1 000 m² par hab. C’est exactement le même chiffre que pour la Chine ! La pression foncière est donc nettement moins élevée dans notre pays que dans la plupart des grands pays industrialisés européens.

Cela explique que le prix des terres cultivables soit l’un des plus bas de l’UE.

 

Une histoire favorable à la compétence des hommes et à l’originalité des produits

La Révolution de 1789 a, plus tôt que dans les autres pays d’Europe, permis un développement de la production en diminuant la surface détenue par les propriétaires absentéistes, en attribuant la terre à ceux qui la travaillent et en sécurisant ce changement par un système de propriété privée consignée dans un Code législatif formalisé et respecté.

Le développement de la production a suscité beaucoup d’innovations pour transformer les produits agricoles, les stocker et les commercialiser plus facilement sous forme de fromages ou de charcuterie fumée ou salée d’une extrême variété entre régions. Cela a donné lieu à une culture vivace et bien ancrée sur le territoire autour de la cuisine régionale et de la gastronomie.

 

À l’abri de la concurrence extérieure

Le Royaume-Uni a aboli ses taxes sur le blé (Corn Laws) en 1846. Mais cet exemple n’a pas été suivi en France. Il y a eu une timide tentative d’ouverture des frontières pendant la deuxième moitié du Second Empire et au début de la Troisième République. Cela a duré une vingtaine d’années entre 1860 et 1880. Mais lorsque la concurrence des blés américains ou russes s’est accentuée grâce à la baisse du coût des transports maritimes puis des chemins de fer, les lois Méline des années 1880 ont protégé les agriculteurs français de la concurrence extérieure. Cela a eu pour effet de ralentir l’exode rural. Il y avait encore presque un actif sur trois dans le secteur agricole à la fin de la Deuxième Guerre mondiale. Il faudra attendre les années 1970 pour voir apparaître les premiers excédents du commerce extérieur de produits agroalimentaires. La « vocation exportatrice » de la France n’a jamais existé dans l’histoire et les excédents structurels ne datent que d’une trentaine d’années.

 

Une modernisation très rapide depuis la guerre

Les agriculteurs français avaient un retard technique important sur leurs voisins d’Europe du Nord à la sortie de la Deuxième Guerre mondiale. En quelques décennies, le retard a été rattrapé. Le graphique sur l’évolution du rendement du blé montre clairement le changement brutal qui a eu lieu depuis la fin de la guerre. En cinquante ans, la population active agricole a été divisée par quatre en passant de 3 millions en 1970 à 750 000 en 2010.

La part de la population active qui travaille dans l’agriculture est donc tombée à moins de 3 % et la part de l’agriculture dans le PIB est inférieure à 2 %.

Sur le plan des structures, l’évolution a aussi été extrêmement rapide. Les exploitations agricoles françaises sont désormais parmi les mieux structurées d’Europe. Il n’en reste plus que 490 000 en 2010 avec une surface moyenne de 55 ha contre 19 en 1970. La moyenne européenne n’est que de 15 ha. Il y a en effet encore 12 millions d’exploitations dans l’UE à 27 pour 170 millions d’ha.

Malgré cette division par quatre du nombre d’actifs dans les cinquante dernières années, la production a doublé en volume grâce à un accroissement extrêmement rapide de la productivité du travail. Cela signifie en clair que chaque actif produit huit fois plus de produits qu’en 1960. Mais cette très forte augmentation de la productivité a été contrebalancée par une diminution considérable des prix à la production. En moyenne, ces prix ont été divisés par deux depuis le début des années 70. Cela explique que la valeur réelle globale de la production ait pu diminuer et que les revenus agricoles aient pu prendre à certains moments du retard par rapport aux revenus des autres catégories socioprofessionnelles.

Notre pays avait aussi un retard considérable sur ses concurrents allemands et anglais sur le plan de ses entreprises de transformation de produits alimentaires. Des entreprises performantes se sont constituées depuis cinquante ans et figurent désormais parmi les plus importantes du monde. Par ailleurs, la France bénéficie d’un flux important d’investissements en provenance d’entreprises étrangères dans le domaine agroalimentaire. Actuellement, les industries agroalimentaires (IAA) sont devenues le premier secteur industriel de la France avec près de 600 000 emplois.

 

Les évolutions par secteur de production

Il est intéressant de regarder les évolutions par secteur de production. De nombreux travaux ont montré les évolutions très rapides de la production française en quantités physiques. Pour ce travail sur l’aspect économique nous nous polariserons sur les évolutions en valeur réelle pour prendre en compte l’impact de la baisse des prix sur la valeur ajoutée du secteur. Au total, il est clair que la Ferme France a vu son chiffre d’affaires baisser depuis le début des années 80. La très forte chute des prix dans les secteurs qui ont connu les gains de productivité les plus importants conduisent à des situations étonnantes. La production céréalière annuelle a augmenté de 42 à 59 millions de tonnes entre le début des années 80 et 2011. C’est une augmentation de 64 %. Mais la valeur réelle de la production a baissé de 16 Mrd € à 10 en 2011 soit une baisse de 37 % ! Inversement, la quantité de vin produite en France n’a pas augmenté depuis cinquante ans mais grâce à la montée en gamme de la majorité de la production, la valeur réelle de la production française a plus que doublé. Les vins ne représentaient qu’à peine la moitié de la valeur produite par les céréales au début des années 60. Ils représentent désormais un chiffre d’affaires de 20 % supérieur. Cet exemple montre les limites des stratégies de développement visant à produire des « matières premières » ou des « commodités » comme on le dit dans le secteur des céréales, ou du « minerai » comme on le dit parfois dans le secteur des viandes. Cette stratégie permet d’approvisionner les industries alimentaires au meilleur coût mais elle permet difficilement de créer beaucoup de valeur ajoutée (…).

 

Voir Agriculture : L Bourgeois compare l'histoire de la France et de l'Allemagne - 21 mai 2013. Extrait qui introduit bien la réunion de MARS.

L’évolution des échanges agroalimentaires nous montre pourtant que nous avons une sorte de naïveté en ce domaine.

La France s’est un peu vite ralliée aux thèses libérales en estimant qu’il ne fallait plus que l’État intervienne car les marchés devaient assurer plus rapidement l’optimum. On voit clairement que cela n’a jamais été la pensée dominante en Allemagne dans le domaine agricole. Ce pays a toujours veillé jalousement au maintien de son potentiel de production agricole par des prix élevés, des aides régionalisées, l’utilisation des politiques fiscales et des incitations financières à la production d’énergie renouvelable…

En pure logique libérale, ce pays aurait pu choisir de sacrifier son agriculture sur l’autel de la spécialisation internationale comme le professe l’OMC. Sa puissance industrielle lui permettait d’importer ses produits alimentaires du reste du monde à l’exemple du Royaume-Uni dont le déficit agricole dépasse 25 Mrd € en 2011, soit l’équivalent de la moitié du déficit énergétique de la France ! Au contraire, l’Allemagne a choisi de relever le défi par une politique « industrielle » de l’agriculture. Pire encore, on peut se demander si la vieille malédiction hitlérienne n’est pas en train de se réaliser avec la désindustrialisation actuelle de la France et sa spécialisation dans la fourniture au reste de l’Europe de matières premières comme les céréales et les animaux vivants.

Les autres pays transforment ces matières premières en produits à plus haute valeur ajoutée qui reviennent sur nos marchés sous forme de découpe de volaille ou de jambon de Parme.

 Cet article est le 391ème publié sur ce blog dans la catégorie AGRICULTURE et PAC.

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Published by Michel SORIN - dans AGRICULTURE et PAC
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