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  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine autour des idées de Jean-Pierre Chevènement. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens après les élections de 2002.
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27 février 2007 2 27 /02 /février /2007 12:20

 

Le droit d’un Etat de décider de sa politique agricole et alimentaire

 Ces jours-ci, sur ce blog, j’ai évoqué à plusieurs reprises la politique agricole et alimentaire, en guise de travaux pratiques après la présentation du texte d’orientation d’une nouvelle politique agricole (voir en page d’accueil du site national du MRC www.mrc-france.org ou, sur ce blog, l’article mis en ligne le 22 février dernier).

 Aujourd’hui, nous allons nous arrêter sur le thème de la souveraineté alimentaire, à partir de l’initiative présentée, ci-après, par Ibrahim Coulibaly, qui préside le Comité national des organisations paysannes professionnelles (Cnop) du Mali. Ces informations proviennent du quotidien Libération, en date du 23 février, sous la plume de Eliane Patriarca.

 Le Forum pour la souveraineté alimentaire

 « Jusqu'au 27 février, à l'initiative d'un collectif de mouvements paysans, de la Marche mondiale des femmes, de divers mouvements de pêcheurs et de l'ONG Amis de la Terre international, quelque 600 délégués venus d'une centaine de pays vont plancher, en ateliers, sur le concept de souveraineté alimentaire. Lancé en 1996 à Rome, durant le sommet mondial de l'alimentation de la FAO (Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture), par le mouvement paysan international Via Campesina (représenté au Forum par José Bové), il désigne le droit des peuples à définir leurs propres politiques en matière d'alimentation et d'agriculture, le droit aussi à protéger la production et le commerce agricole intérieur.

Ce forum se tient en Afrique parce que l'agriculture y occupe une place centrale, alors que de nombreuses familles souffrent de la faim. Et au Mali car c'est le premier pays à avoir fait de la souveraineté alimentaire la priorité de sa nouvelle loi d'orientation agricole. Ibrahim Coulibaly présente les objectifs de cette rencontre.

 Pour le Mali, que signifie la souveraineté alimentaire ? 

 Le droit de décider de notre politique agricole et alimentaire sans nous référer aux Etats-Unis ou à l'Europe ; le droit pour les 70 % de paysans de la population malienne de vivre du fruit de leur travail et de pouvoir vendre leurs produits sur le marché local ; le droit de se protéger du dumping.

 Cela implique une nouvelle agriculture ? 

 Oui, nous voulons que les paysans puissent accéder librement aux ressources naturelles du pays, comme l'eau. Nous préconisons une gestion durable de ces ressources qui sauvegarde le potentiel productif de notre terre et non un système productiviste fondé sur l'utilisation de pesticides. Le Cnop milite contre les OGM et pour le libre échange des semences entre les paysans, car nous refusons d'être dépendants des multinationales de l'agrochimie et de l'agroalimentaire.

 Le coton est un exemple des ravages subis par l'Afrique... 

 Le coton est une culture qui rapporte des devises au Mali mais c'est une douleur pour les paysans. Imposée brutalement par la colonisation puis aujourd'hui par le marché et les organismes internationaux, cette culture abîme le sol, demande beaucoup de pesticides et d'engrais, et est vendue à un prix si indécent que les paysans maliens ne peuvent en vivre et n'ont plus de quoi manger. Et les devises que rapporte le coton au Mali servent à acheter du riz à l'Asie pour nourrir les Maliens. C'est une aberration !

 Qu'attendez-vous du Forum ? 

 Le concept de souveraineté alimentaire doit être approfondi, secteur par secteur, afin d'être intégré dans les politiques agricoles en Asie, en Afrique, en Amérique latine. Nous allons définir un agenda des actions à entreprendre pour transformer ce principe en réalité et obtenir sa reconnaissance comme droit spécifique par les Nations unies ».

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26 février 2007 1 26 /02 /février /2007 12:23

 

Pour une véritable politique alimentaire liée à la santé

 Après avoir présenté sur ce blog, le 24 février, le point de vue de Lucien Bourgeois (APCA) sur la nécessité de relier Politique agricole et Politique alimentaire, en prenant en compte la problématique de santé publique, je propose aujourd’hui des travaux pratiques sur le problème de l’obésité.

 Désormais, nous allons devoir forger le concept de politique « agri - alimentaire » (agricole et alimentaire) commune pour caractériser la future PAC. En fait, la PAC est devenu environnementale et rurale depuis une quinzaine d’années. Mais elle n’a pas intégré l’objectif d’équilibre alimentaire en lien avec la santé publique.

 Le 31 janvier dernier, je lisais sur www.liberation.fr cet article signé par Vincent Réquillard, chercheur à l’Institut d’économie industrielle, directeur de recherches à l’Institut national de la recherche agronomique (INRA), qui met en évidence une « aberration : les pouvoirs publics incitent à la consommation de fruits et légumes, mais c’est le prix des graisses et des sucres qui baisse ». Les intertitres sont de ma composition.

 « La politique agricole, fabrique d’obèses »

 « L'obésité est considérée comme un des problèmes majeurs de santé publique pour les années à venir. On parle d'une épidémie. Une de ses causes est la surconsommation de graisses et de sucres et une sous-consommation de fruits et légumes.

 Mais dans l'Union européenne, les prix du sucre et des produits d'origine animale diminuent aujourd'hui très rapidement, tandis qu'on maintient toujours à des niveaux élevés ceux des fruits et légumes. Vous avez dit absurde ?

 Baisse des prix du sucre et du beurre

 35% : c'est la baisse du prix du sucre programmée d'ici à trois ans. 25% : celle du beurre, depuis 2004. Bien sûr, ni vous ni moi n'allez-vous mettre à augmenter brutalement votre consommation de beurre et de sucre en raison de cette baisse des prix. Vous en êtes certains. Vos dépenses alimentaires ne constituent qu'une part réduite de votre budget. Vous raisonnez santé et non pas petits prix. Mais est-ce bien vous qui contrôlez le contenu de votre assiette ? Si vous préparez vous-même l'ensemble de vos repas, vous êtes vraiment un oiseau rare.

 Consommation et prix varient dans le même sens

 En réalité, toutes les études le montrent : à moyen terme, la consommation des produits alimentaires varie en fonction de leurs prix relatifs. Les ménagères aux revenus modestes cherchent souvent les prix les plus bas. Et nos cuisiniers préférés à tous, les industriels de l'agroalimentaire, même s'ils affichent volontiers leur intérêt pour notre ligne, modifient leurs recettes en fonction des variations de prix des matières premières, dès lors qu'ils parviennent à préserver les qualités gustatives et l'apparence de leurs produits. Ils n'ont pas d'habitudes bien ancrées. Ils arbitrent au meilleur coût.

 La préoccupation du soutien aux revenus des agriculteurs

 Et la politique agricole européenne actuelle va les inciter à avoir désormais la main lourde sur le sucre et les produits d'origine animale. Si les prix de ces produits avaient été longtemps maintenus élevés, c'était en réalité pour soutenir le revenu des agriculteurs européens, et non pour assurer la bonne santé de nos artères. La récente réforme de la politique agricole qui remplace le soutien des prix agricoles par des aides directes aux producteurs, va laisser les tarifs du sucre, du lait, du beurre se rapprocher peu à peu de ceux en vigueur sur le marché mondial.

 Une réforme justifiée

 Cette réforme est justifiée car le maintien des prix de ces produits à des niveaux déconnectés des prix mondiaux était source de nombreux surcoûts (surproduction, production dans des zones peu propices, etc.). Mais au moment où les pouvoirs publics lancent des campagnes de communication coûteuses pour inciter les consommateurs à manger fruits et légumes afin d'éviter diabète et maladies cardio-vasculaires, déguster une pomme, une tomate ou un melon va bientôt devenir une sorte de luxe.

 Les fruits et légumes pour un bon équilibre alimentaire

 Une prise de conscience est urgente. Il est aberrant de découpler ainsi politique agricole et politique de santé publique. La première met en place un système de prix relatifs défavorables à la consommation de fruits et légumes alors que la seconde recommande leur consommation. La politique agricole a intégré des préoccupations environnementales, puisque les aides aux revenus sont conditionnées au respect d'un certain nombre de pratiques soucieuses de l'environnement. Il faut désormais intégrer un objectif d'équilibre alimentaire, et donc parvenir à faire baisser les prix des fruits et légumes, lorsque chutent ceux du sucre et du beurre.

 Le rôle des pouvoirs publics

 L'intervention publique est justifiée par le fait que les acteurs privés, les industries agroalimentaires en l'occurrence, n'intègrent pas dans leur décision les conséquences qu'ils font subir aux autres. L'exemple du tabac ou de l'alcool est là pour le rappeler. De multiples solutions sont envisageables, il est nécessaire d'en établir explicitement les implications puisqu'aucune ne recueillera un soutien de tous. Il y aura des perdants et des gagnants.

 Des solutions possibles

 Quelques pistes : diminuer ou supprimer les taxes sur les fruits et légumes, taxer davantage le beurre et le sucre pour financer les actions en faveur des fruits et légumes, faciliter leurs importations en provenance de pays à bas coûts si ceux-ci s'engagent à respecter des normes sociales et sanitaires, inciter spécifiquement les populations défavorisées à consommer davantage de fruits et légumes, allouer différemment les aides directes aux revenus des agriculteurs (7,7 milliards d'euros en 2005 en France!) pour que les producteurs de fruits et légumes puissent en bénéficier...

 Le souci de prendre en compte l’intérêt général

 Chacune de ces solutions a un coût financier ou politique immédiat. Ne rien faire aura un coût social à moyen terme. Les Français dépensent déjà plus de 5 milliards d'euros par an pour le traitement des conséquences de l'obésité. Il est urgent d'intégrer ce coût social dans la définition d'une véritable politique alimentaire ».

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24 février 2007 6 24 /02 /février /2007 16:40

 

La PAC et l’alimentation, un lien à créer   

 

Lucien Bourgeois est responsable des études économiques et de la prospective à l’Assemblée Permanente des Chambres d’Agriculture (APCA) www.apca.chambagri.fr . A plusieurs reprises, j’ai eu l’occasion de me référer à ses écrits et exposés très nombreux (voir sur ce blog les articles mis en ligne les 23 novembre et 26 décembre 2006, ainsi que le 22 janvier 2007). 

Il vient de m’adresser des documents qu’il a présentés aux séances du 10 janvier et du 14 février 2007 de l’Académie d’Agriculture de France, dont il est membre. Les premiers concernent  le revenu agricole 2006. J’y reviendrai. Dans l’immédiat, je propose de reprendre son intervention en conclusion de la séance du 14 février sur le thème de « l’économie de l’alimentation dans les pays industrialisés ».

 Le sigle PAC devrait signifier « Politique alimentaire commune » 

« Merci à nos trois intervenants de leur apport très intéressant sur un sujet rarement abordé, l’économie de l’alimentation.

 L’idée de cette séance m’était venue en assistant avec notre collègue Raymond FEVRIER à un colloque sur ce thème de l’Institut Français de la Nutrition fin 2005 organisé principalement par Pierre COMBRIS.

 Le colloque de l’IFN permettait de montrer que l’alimentation restait au cœur des préoccupations de la société. C’est elle qui donne encore aujourd’hui sa légitimité aux politiques agricoles.

 Pierre COMBRIS nous a expliqué que notre régime alimentaire avait beaucoup évolué au cours du temps. Il a montré aussi que cette évolution avait été conditionnée par le prix des produits et en particulier le prix relatif.

 France CAILLAVET nous a montré les profondes inégalités au sein même de nos pays industrialisés. Ce sont en effet les catégories les plus défavorisées qui paient le plus lourd tribut à l’obésité croissante dans nos sociétés. Le journal Libération titrait à propos d’un colloque qui vient de se tenir à Créteil sur ce thème « Mince comme un riche ». 

Louis - Georges SOLER nous a montré aussi que les politiques de santé vont prendre dans nos sociétés une place de plus en plus importante et qu’elles vont peser nécessairement sur les politiques d’alimentation et donc sur les politiques agricoles.

 Ces observations sont intéressantes car elles remettent l’alimentation au centre de nos préoccupations. Dans son souci de justifier les réformes de la PAC entreprises depuis 1992, la Commission européenne a accrédité l’idée que les conditionnalités environnementales sont devenues le principal objectif des aides versées aux agriculteurs. La beauté des paysages, la qualité des réserves d’eau potable, le bien-être animal, seraient devenus la principale préoccupation des politiques agricoles. 

Pour disposer d’une nourriture adaptée, il faut une politique agricole qui tienne compte des aspects sanitaires, nutritionnels et sociétaux, bref « durable ». 

Les problèmes alimentaires concernent le Nord et le Sud  

Après la séance organisée par Jean-Louis RASTOIN la semaine dernière, il y avait un risque évident, bien perçu par notre collègue Jean-Marc BOUSSARD, d’une certaine « schizophrénie » entre les préoccupations des pays du Nord qui mettent l’accent sur l’esthétique et aujourd’hui sur l’énergie pour éviter la surproduction et celles des pays du Sud qui en seraient toujours à une préoccupation « productiviste » pour éviter les famines.

 Les intervenants de ces deux séances ont, me semble t-il, réhabilité la conception alimentaire des politiques agricoles en montrant que c’était un enjeu pour l’humanité aussi bien dans les pays du Sud que du Nord.

 Michel Griffon nous a montré les nombreux enjeux pour l’avenir. Il faudra être capable de nourrir trois milliards d’habitants de plus d’ici 2050. Mais il faudrait aussi supprimer cette honte des 850 millions qui souffrent encore aujourd’hui de la faim et donner peut-être à une grande partie de la population la possibilité de disposer d’un peu de viande chaque semaine.

 Cet après midi, nous avons vu que le problème alimentaire n’était toujours pas bien résolu même dans les pays riches. Certes sur le plan des quantités fournies, les insuffisances sont rares mais en revanche les inégalités ont plutôt tendance à augmenter. Il y aurait 300 millions d’obèses et un milliard de personnes en surcharge pondérale dans le monde. L’obésité pose un problème de santé publique qui n’est pas simple à résoudre.

 Si l’on fait le bilan actuel, on a d’un coté près de trois milliards de personnes en état de manque et de l’autre un milliard de personnes en surpoids. Il n’y a donc qu’un tiers de l’humanité qui soit dans une situation satisfaisante. Pas de quoi pavoiser. Pas de quoi penser que le problème est résolu.

 Que pouvons nous conclure de ces observations ?

 1 – Les produits agricoles ne sont pas des « matières premières »

 Dans la séance précédente, Jacques NEFUSSI a bien montré qu’il serait temps que l’on bannisse de notre vocabulaire le concept de « commodités » qui n’a de réel avantage que pour les acheteurs car cela leur permet d’acheter au prix le plus bas. Pour les agriculteurs, ce mot a pris le sens de calamité. Cela signifie qu’ils fabriquent des produits substituables les uns aux autres, autrement dit des produits pour lesquels ils n’ont aucun pouvoir sur le marché. Jacques NEFUSSI nous a montré qu’il y avait des stratégies pour éviter ces inconvénients et que cela passait par des techniques de différenciation bien connues dans les autres secteurs. 

 2 – Parler de politique alimentaire et non de politique agricole

 Ces deux séances devraient nous permettre de hiérarchiser les problèmes. Nos sociétés n’ont jamais eu besoin de faire des politiques « agricoles ». Il n’y a en effet aucune raison de prendre soin du revenu des agriculteurs plus que de celui des autres catégories sociales.

 Si l’on s’intéresse à la production agricole c’est pour son aspect alimentaire. Tous les gouvernements du monde s’intéressent à l’alimentation. Encore aujourd’hui, les hommes souhaitent manger trois fois par jour. S’ils se contentaient de corned beef et de Corn Flakes, ce serait aisément réalisable. Mais s’ils veulent de la fraîcheur et de la variété, c’est un peu plus compliqué. 

 3 – Le secteur alimentaire garde un poids important dans notre économie 

Depuis quelques années, on finissait par croire que les aides n’avaient d’autre utilité que d’accompagner la mort naturelle d’un secteur archaïque qui gardait certes un poids électoral mais pour peu de temps. Il était indispensable que la France devienne enfin un pays moderne capable de sacrifier ses secteurs en perte de vitesse pour se recentrer sur les hautes technologies.

 Pour faciliter les transitions vers une agriculture « gardienne de la nature » il fallait  accorder ces aides en fonction de critères environnementaux. On pouvait avoir l’impression ainsi que cette politique n’avait qu’un aspect ludique et qu’on retrouvait ainsi une conception assez proche de celle qu’on prêtait à notre Reine de France, Marie-Antoinette dont le sort a été malheureux.

 Jean-Louis RASTOIN nous a montré toute l’importance de la chaîne alimentaire. Les IAA restent le premier secteur industriel de France et d’Europe. La Fédération des industries mécaniques a constaté avec surprise que les IAA étaient devenues leur premier client avant l’automobile.

 4 – Plus d’obèses dans les pays qui veulent libéraliser le commerce mondial des produits agricoles 

Détail curieux, ce sont les pays les plus actifs dans les négociations de l’OMC qui détiennent les records mondiaux pour le pourcentage d’obésité. Ce sont les pays dits les plus protectionnistes, autrement dit pour reprendre le vocabulaire en cours, les plus « rétrogrades » comme le Japon et la Corée du Sud qui ont le moins de personnes obèses dans leur population. Peut-être ne s’agit-il pas des effets du seul hasard ! Peut-être que l’alimentation des hommes ne dépend pas que du prix et qu’elle est un élément de la culture, de la diversité et aussi un indice des formes de cohésion sociale.

 5 – La PAC n’encourage pas les efforts nutritionnels 

 On entend souvent dire à tort que la PAC comme toutes les politiques agricoles a eu pour résultat de maintenir des prix élevés des produits agricoles au détriment des consommateurs et en particulier des moins riches d’entre eux. Quand on observe les évolutions relatives des prix des produits agricoles sur les vingt dernières années, il est frappant de constater que ce sont plutôt les prix des produits fortement encadrés par la PAC comme les céréales, les oléagineux ou le sucre qui ont vu leurs prix baisser relativement plus que ceux des fruits et légumes ou des pommes de terre qui ont été peu soutenus.

 Ceci explique peut-être cela quand on dit que l’obésité frappe davantage les classes pauvres de la population. Cela devrait peut-être nous inciter à mettre en place une vraie politique d’encouragement à la consommation de fruits et légumes qui ont vu leurs prix relatifs augmenter.

 Si l’on regarde avec attention les mesures prises par nos concurrents américains, on constate que les 2/3 de leurs dépenses agricoles sont des aides à la consommation pour les plus pauvres (50 à 55 milliards de dollars chaque année).

 Dans le projet de Farm Bill en discussion actuellement, il est question de profiter des hauts prix des céréales pour accorder 5 milliards de dollars par an de plus aux producteurs de fruits et légumes pour favoriser la consommation.

 Il serait temps que la PAC prenne en compte les besoins nutritionnels de la population. La priorité n’était peut être pas de faire baisser le prix du sucre !

 Ces deux séances devraient nous pousser à réhabiliter le concept de politique agricole.

 - Cela ne va pas être si simple de faire en sorte que le monde puisse nourrir le monde pour reprendre une expression chère à Edgard PISANI.

 - Cela ne va pas être évident d’assurer la meilleure santé à tous nos concitoyens en leur donnant la sécurité sanitaire dont ils ont besoin et la diversité des produits qui leur serait profitable.

 - Cela ne se fera pas par la baguette magique du marché car les réservoirs des automobiles des pays riches seront toujours plus solvables que les ventres affamés des pays pauvres ».

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22 février 2007 4 22 /02 /février /2007 12:36

 

Une nouvelle politique agricole française pour l’Europe

 Après la Côte-d’Or le 5 décembre et un débat MRC avec un syndicaliste de la Confédération paysanne, ce sera la Gironde le 16 mars à 20h30 à Libourne et un débat organisé par le MRC local (responsable Patrick Nivet) avec le responsable départemental de la Coordination Rurale, Christopher Derrett, arboriculteur et éleveur né à Londres, vivant en France depuis 1982. Après le Bourgogne, ce sera le Bordeaux, comme si j’étais attiré par le bon vin !

 Effectivement, la viticulture est une composante importante de l’agriculture française. Elle a été l’activité agricole la plus malmenée en 2006 (voir les articles mis en ligne les 26 décembre et 22 janvier sur ce blog, catégorie « Agriculture et PAC ») et elle apparaît comme étant la future victime des projets européens (voir l’article intitulé « La Commission européenne veut libéraliser le marché du vin », 26 novembre, sur ce blog).

 Patrick Nivet m’a transmis une copie d’une coupure du journal Sud Ouest, datée du 19 juin 2006, qui présente le point de vue de Christopher Derrett sur la situation des arboriculteurs et viticulteurs de sa région, sous le titre « Pour un juste prix ». En voici quelques extraits pris dans l’introduction puis dans la conclusion.

 « Partout dans le monde, on arrive maintenant à produire nos spécialités régionales : les cerises proviennent d’Espagne et les pommes de Chine ! Bientôt, ce pays saura tout produire et pourrait nous envahir comme pour les vêtements. Evidemment, les coûts de production sont à des années-lumière des nôtres. Ce qu’on connaît dans les fruits arrive dans la vigne. On fait maintenant du bon vin partout, alors qu’avant, les Français et les Bordelais en tête se sentaient protégés. Et la crise est sévère avec arrachages et distillations à la clef. Les consommateurs français veulent toujours payer moins cher leurs produits alimentaires. Mais ils doivent savoir que leurs actes d’achat conditionnent l’avenir de nombre d’agriculteurs (…). Je regrette que le producteur ne compte plus pour grand-chose dans ce beau pays qui est devenu le mien ».

 Pour ma part, je suis persuadé que les prix à la production doivent être revalorisés mais cela suppose de protéger l’espace européen des distorsions de concurrence, ce qui fait partie des principes fondateurs de la PAC au début des années 1960. On en est bien loin. Je propose, au nom du Mouvement Républicain et Citoyen, de refonder la politique agricole de la France (elle n’existe plus) et de convaincre les partenaires européens de l’adopter dans le cadre de la Politique Agricole Commune, en prenant appui sur la volonté des citoyens.

 Le texte qui suit a été présenté le 17 février dernier à Pontivy aux militants du MRC Bretagne. Il intègre les amendements reçus depuis le 9 décembre, date de sa rédaction en vue de le présenter au Conseil national du MRC le lendemain (en fait, l’ordre du jour a été bouleversé à l’initiative de Jean-Pierre Chevènement, proposant le retrait de sa candidature et le soutien de Ségolène Royal, suite à l’accord politique et électoral passé la veille avec le PS). C’est ce document que j’ai remis hier midi à Changé, d’abord à François Rebsamen, puis à Ségolène Royal elle-même, en souhaitant qu’elle le prenne en compte dans ses orientations de politique agricole pour le futur quinquennat.

 Nouveau texte d’orientation agricole à débattre dans le cadre de la campagne présidentielle

 L’agriculture est directement impliquée dans trois défis à relever dans la première moitié du 21ème siècle : l’eau, l’énergie, l’alimentation.

 L’eau et l’énergie

 L’eau, les sols et la biodiversité sont des biens rares qu’il faudra préserver. L’agriculture y veillera.

L’énergie est utilisée et produite par l’agriculture. Elle est utilisée par les tracteurs de façon beaucoup trop dépendante du pétrole. Il existe une bonne solution : les huiles végétales pures, notamment celle de tournesol.

L’agriculture et la forêt devront produire de plus en plus la matière première de nouvelles sources d’énergie afin de réduire les émissions de gaz à effet de serre et économiser l’utilisation d’hydrocarbures. La biomasse est du « pétrole frais renouvelable ».

 Deux types de biocarburants peuvent se substituer à court terme au pétrole : le bioéthanol (dans l’essence) à base de céréales ou de sucre d’une part, et le diester (dans le gazole) à base de matières grasses contenues dans les plantes oléagineuses (colza, tournesol) d’autre part.

 Mais ils présentent de sérieux handicaps : leur bilan énergétique est médiocre (surtout l’éthanol), leur rentabilité (sans aides) n’existe qu’avec un pétrole à 85 dollars le baril (diester) et 140 dollars le baril (éthanol), la multiplication des surfaces cultivées en colza (diester) induirait des pollutions supplémentaires (pesticides sur les parasites).

 Il faudra examiner avec prudence leur développement en complément ou substitution au pétrole. La solution viendra avec la transformation industrielle de la biomasse en carburant (écarts forestiers, chutes de scieries, pailles…).

 Le défi alimentaire

 Le troisième défi, alimentaire, est en rapport direct et central avec l’agriculture. Je propose le plan suivant en indiquant mes références.

 1-      Le constat de la fracture agricole et alimentaire mondiale (Marcel Mazoyer et Laurence Roudart).

 2-      Les moyens à prendre pour relever le défi alimentaire (Michel Griffon).

 3-      Les principes d’une nouvelle politique agricole (Edgard Pisani).

 4-     Une politique agricole pour la France et l’Europe (Guy Paillotin).

 Le constat de la fracture agricole et alimentaire mondiale

 Beaucoup de belles paroles lors des Sommets de l’ONU (2000), de l’OMC (2001) ou du G8 (2005), les unes après les autres démenties par les faits.

 Un tiers de l’humanité souffre de malnutrition, 800 millions de personnes de sous-alimentation chronique, dont une majorité de paysans.

 La mécanisation a permis des gains de productivité, à l’origine de la baisse des prix agricoles dans chaque pays et sur les marchés internationaux. Et, pourtant, seulement 10% de la production agricole mondiale est mise sur les marchés.

 Et seulement 2% des actifs agricoles dans le monde utilisent un tracteur. En dépit des inégalités énormes entre les agricultures du monde, les baisses de prix ont été répercutées de la même façon dans la quasi-totalité des pays. La diminution des coûts du transport et la libéralisation du commerce international ont joué en ce sens.

 Jusqu’au début des années 1980, l’agriculture, considérée comme un secteur stratégique par les Etats, était restée en dehors des négociations internationales concernant la libéralisation des échanges.

 Par la volonté des USA et de l’Europe, elle y est entrée en 1986, dans le cadre du GATT puis de l’Organisation Mondiale du Commerce, obligeant les politiques agricoles des Etats à se libéraliser et à diminuer les interventions publiques.

 Depuis 2003, les pays en développement se font entendre, mais les voix qui portent sont surtout celles des pays exportateurs, comme le Brésil, dont les agricultures bénéficient de conditions favorables à la production extensive (vastes espaces et coûts de production très faibles).  

 Les divergences d’intérêt ont donné naissance à de profonds désaccords entre les groupes de pays, à l’origine de blocages dans les négociations.

 Ce qui est en cause, ce n’est pas l’OMC, ce sont les objectifs assignés à l’OMC, qui sont la libéralisation des échanges internationaux, le démantèlement des politiques agricoles et l’alignement des prix agricoles sur les prix mondiaux. 

 Les moyens à prendre pour relever le défi alimentaire

 La population mondiale va s’accroître de trois milliards de personnes à l’horizon 2050. La demande alimentaire va doubler sous l’effet conjugué de l’augmentation de la population et de la hausse du pouvoir d’achat dans les pays émergents.

 Au niveau mondial, il existe encore des possibilités d’accroissement des rendements en utilisant mieux l’eau, mais les surfaces disponibles sont limitées pour des raisons physiques et environnementales.

 En dehors des USA (qui gardent un potentiel d’exportation de matières premières alimentaires) et de l’Union européenne (qui peut trouver de nouvelles capacités de production dans ses parties centrale et orientale) certains continents et groupes de pays sont mieux armés que d’autres.

 - L’Asie, l’Afrique du Nord et le Moyen Orient seront importateurs.

 - L’Amérique du Sud, l’Ukraine et la Russie pourront exporter.

 - L’Afrique subsaharienne aura des difficultés techniques pour accroître sa production, mais aussi financières pour importer.

 Les pratiques intensives devront être reconsidérées, en remplaçant la chimie et l’énergie par de l’écologie et des connaissances scientifiques plus poussées. Il faudra utiliser la lutte intégrée biologique contre les maladies des plantes et les ravageurs.

 Les Organismes génétiquement modifiés (OGM) actuels ne sont pas indispensables et peuvent se substituer à des risques existants en faisant courir d’autres risques, notamment en matière de pesticides. La recherche pourrait être utile si elle était orientée vers la résistance des plantes à la sécheresse et à la salinité. Mais l’amélioration des plantes passe plutôt par l’écologie scientifique.

 Les mesures économiques et sociales devront être adaptées aux situations locales et régionales, tant les différences sont grandes entre les grandes exploitations du Brésil, les petites d’Afrique de l’ouest et les micro-parcelles de la Chine côtière.

 Pour réduire la sous-alimentation et sortir de la pauvreté, les pays concernés devront faire un effort productif et recevoir des appuis particuliers. Il s’agira de définir des politiques propres à chaque ensemble régional afin de répondre aux besoins croissants.

 Les principes d’une nouvelle politique agricole

 L’agriculture, en plus de la fonction alimentaire en lien direct avec la vie et la santé des personnes, assure d’autres fonctions utiles au milieu rural.

 Elle nécessite des relations particulières entre producteurs, consommateurs et citoyens. C’est pourquoi la politique agricole et alimentaire doit être aussi rurale et environnementale.

 Le « modèle occidental » ne peut convenir à toutes les agricultures du monde et doit lui-même être corrigé sur de nombreux points.

 Il faut adopter une approche globale tenant compte des besoins des populations dans leur diversité et non se focaliser sur la seule libéralisation des échanges.

 L’agriculture, qui fournit des denrées alimentaires, n’est pas une activité comme les autres. Les prix sont instables et ne reflètent pas les coûts de production. C’est pourquoi une politique d’intervention publique est justifiée. Il faut mettre en place une régulation des marchés agricoles, par produit et par région.

 Une politique agricole de la France pour redéfinir la PAC

 La France n’a plus de politique agricole

 La loi d’orientation agricole en 2005 n’a été qu’une adaptation libérale à la politique européenne, elle-même sous l’influence directe des négociateurs de l’Organisation Mondiale du Commerce.

 Il s’agit de revenir à une politique agricole qui ait suffisamment de souffle pour être prise en considération par les partenaires européens dans le cadre de la PAC.                                                                                 

 L’Europe ne pourra nourrir le monde, faute d’espaces suffisants. Elle devra répondre aux besoins des Européens en assurant la sécurité, quantitative et qualitative, de l’approvisionnement alimentaire.

 Elle développera son industrie agroalimentaire en ce sens et aussi pour exporter des produits transformés, sans bénéficier de subventions.

 Le produit de la valeur ajoutée devra être réparti équitablement sur l’ensemble des partenaires de la filière.

 C’est ainsi que les prix à la production devront être revalorisés car, de 1999 à 2005, les agriculteurs ont subi une baisse de leurs revenus proche de 30% et une diminution d’emploi considérable (50% sur les 25 dernières années) liée à une politique constante d’agrandissement des exploitations, qui s’est amplifiée depuis 2002.

 Les grands bénéficiaires de cette politique ont été l’industrie agroalimentaire et, surtout, la grande distribution.

 Cette nouvelle politique agricole permettra de refonder le lien entre le monde agricole et le reste de la société.                                                                                                                                     

  La PAC n'existe plus

 Il reste des mécanismes qui fonctionnent et qui sont réformés de temps en temps (1992, 1999, 2003) sous la pression des négociations internationales.

 Il faut refonder une PAC en s’inspirant des principes fondateurs de 1962 (libre circulation des produits agricoles au sein de l’espace européen, protection aux frontières, solidarité financière), mais en tenant compte de l’évolution du monde depuis 45 ans.                                                   

 La protection de l’espace européen est indispensable afin d’éviter les distorsions de concurrence et assurer la sécurité sanitaire des aliments. Les incertitudes liées aux changements climatiques et énergétiques plaident en faveur de la sécurité de l’approvisionnement agricole.

 Ces préoccupations seront recevables dès maintenant dans le cadre des négociations de l’OMC, mais plus encore dans la mesure où les objectifs assignés à cette institution auront été revus dans le but de favoriser une bonne régulation des échanges internationaux.

 Les aides directes ont pris, au fil du temps et des réformes de la PAC, une part trop importante dans les revenus agricoles. En 2005, elles représentaient, en moyenne, 93% des revenus nets des agriculteurs.

 Elles seront plafonnées par exploitation et réorientées vers les petites et moyennes exploitations familiales, afin de faciliter leur pérennité, en lien avec des objectifs sociaux et territoriaux définis à l’échelon régional ou interrégional.

 Des critiques diverses visent le dispositif actuel de répartition des aides. Il s’agira de corriger les injustices et légitimer l’existence même de ces aides publiques.

 Voir les autres textes de Michel Sorin, délégué national MRC à l’agriculture, sur www.mrc-france.org (onglet Positions, puis Agriculture) et sur http://mrc53.over-blog.com (Catégorie Agriculture et PAC).

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16 février 2007 5 16 /02 /février /2007 16:26

 

Une politique agricole offensive pour relever le défi alimentaire  

 Demain, le rendez-vous est fixé à 10h au palais des congrès de Pontivy.

 La question agricole  n’est pas une affaire de spécialistes. Elle concerne tous les citoyens. L’enjeu est d’abord alimentaire et il est mondial. Nous avons besoin d’une réflexion nouvelle afin de définir une politique agricole de la France et peser en faveur d’une refondation de la Politique Agricole Commune (PAC) au niveau européen.

 Je m’appuierai sur le texte paru sur ce blog le 29 janvier dernier (on le trouve aussi sur le site national du MRC, onglet Positions, puis Agriculture www.mrc-france.org ). Un ami, qui tient à rester discret, m’a fait part de ses trois remarques.

 Première remarque

 La première est en rapport avec la question de l’énergie. Il « rappelle les principales données du problème :

 - le diester n'est rentable, sans aides, qu'avec le pétrole à 85$/baril ; pour l'éthanol, le seuil est à 140$.

 - l'effet sur l'émission de CO2 est négatif : CO2 produit en brûlant le bio carburant + CO2 produit en brûlant du carburant fossile pour produire le biocarburant.

 - la production massive de diester implique de multiplier les surfaces en colza, culture affectée par de nombreux parasites, d'où pollutions supplémentaires par des pesticides.

  La solution ne viendra que de l'étape suivante, quand on saura transformer industriellement la biomasse (écarts forestiers, chutes de scieries, pailles...) en carburant ».

 Deuxième remarque

 La seconde concerne les moyens à prendre pour relever le défi alimentaire. Il ajoute un commentaire à la rédaction du premier alinéa, trop elliptique :

 « La demande alimentaire va doubler sous l'effet conjugué de l'augmentation de la population et de la hausse du pouvoir d'achat dans les pays émergents. Au niveau mondial, sauf catastrophe climatique, il y a des possibilités d'augmenter les rendements, notamment avec une meilleure utilisation de l'eau ».

 Troisième remarque

 La troisième a trait à la politique agricole de la France. Il propose la rédaction suivante du 3ème alinéa :

 « L’Europe ne pourra nourrir le monde, faute d’espaces suffisants. Elle devra répondre aux besoins des Européens, en assurant la sécurité, quantitative et qualitative, de l’approvisionnement alimentaire ».

 Je salue Jo Guenanten, militant paysan morbihannais

 Ce déplacement dans le Morbihan m’a fait penser à renouer le contact avec Joseph Guenanten, ancien syndicaliste paysan et ex-président de coopérative dans ce département. Il avait écrit un « point de vue « dans Ouest-France le 16 janvier 2007 sous le titre « Enjeu majeur : nourrir l’humanité ». Il m’a fait savoir que son texte était directement inspiré des livres de Louis Malassis, qui fut mon professeur d’économie à l’Ecole Nationale Supérieure Agronomique de Rennes. Je me limite à reprendre ici la conclusion de Jo Guenanten.

 « L’alimentation et l’accès à l’eau demeurent les problèmes centraux de l’humanité. Tout citoyen responsable doit en être conscient. Nourrir correctement l’humanité est la seule manière de trouver des solutions aux inégalités entre continents, et aux problèmes liés à l’immigration ».

 Une information 

 Ségolène Royal sera présente à Laval, mercredi 21 février, à 12h.

 On en saura un peu plus ce soir, à l’occasion d’une réunion du comité départemental de campagne présidé par Guillaume Garot.

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7 février 2007 3 07 /02 /février /2007 19:11

 

Les OGM ne sont pas inoffensifs

 J’ai reçu de plusieurs sources une information sur les risques des aliments à base de plantes génétiquement modifiées. Un documentaire produit par Canal+ n’a pas eu l’autorisation de diffusion sur l’antenne mais on peut le voir (temporairement ?) sur la Toile.

Voici un documentaire d'investigation très instructif mettant en évidence la volonté du gouvernement de ne pas rendre publiques les informations existantes sur ce sujet controversé.

 OGM : de quoi parle-t-on ?

 Christophe Beaudouin, dans un texte daté du 9 juin 2006, sous le titre « OGM : réglementation et enjeux » ( http://www.observatoiredeleurope.com ) pose bien le problème. Je reprends ici seulement les définitions, qui sont nécessaires à la compréhension.

 « Les gènes sont des unités d'information contenues dans le noyau des cellules. Le langage génétique étant le même pour tous les êtres vivants, il est possible de transférer un gène - et donc un caractère - d'un être vivant à l'autre. Le "génie génétique" permet ainsi de prélever un ou plusieurs gènes sur un organisme (virus, bactérie, animal, plante, homme...) et de les insérer dans le patrimoine génétique d'un autre organisme : c'est la transgenèse. 

Certes, la mutation a toujours existé et elle est la clé de l'évolution depuis la nuit des temps : sur des milliers d'années, ce processus - jusqu'à présent naturel - a permis, par exemple, aux ancêtres de l'espèce humaine de sortir de l'élément marin, puis d'adopter la station debout. Toutefois, avec la transgenèse, seul le caractère génétique désiré est transmis (elle est donc plus précise qu'un croisement classique). Surtout, elle permet le transfert, impossible naturellement, de gènes entre des espèces différentes (alors que la nature ne voit de croisement qu'entre espèces compatibles) ». 

 100 millions d’hectares en 2006 dans le monde

 Dans un article du Monde daté du 20 janvier 2007, Hervé Kempf fait état d’un bilan des cultures OGM, réalisé par une association émanant des firmes privées concernées directement par le développement des plantes transgéniques. C’est le seul recensement existant, en l’absence de toute source publique.

 En 2006, dix ans après leur lancement, les cultures commerciales d’organismes génétiquement modifiés (OGM) couvrent 100 millions d’hectares dans le monde (7% de la surface des terres arables, en augmentation de 13% par rapport à l’année précédente).

 Les OGM sont limités à quatre plantes (soja, maïs, coton et colza) et concentrés (88%) dans quatre pays (USA, Argentine, Brésil et Canada). Ils sont cultivés par, environ, 9 millions d’agriculteurs (un peu moins de 1% des paysans du monde).

 Les citoyens face à un diktat

 Dans un « point de vue » diffusé par Ouest-France le 11 août 2006, Corinne Lepage indique que « le dossier des OGM est sans doute la meilleure illustration des errements de l’état de droit dans notre pays et de la cassure entre les élites et les politiques ». Elle évoque d’abord la situation juridique : l’incompatibilité du droit français avec le droit communautaire et l’illégalité, et l’illégalité indiscutable des autorisations d’expérimentations données par le ministre de l’agriculture, M. Bussereau.

 Curieusement, le gouvernement agit en toute impunité en se moquant des décisions de justice, alors que Greenpeace est condamnée pour des informations jugées nécessaires par la justice dans le cadre des autorisations, et les faucheurs volontaires de champs illégalement autorisés sont poursuivis. Faucher est une infraction, mais il s’agit de champs qui n’auraient pas dû être plantés. On le voit, le droit s’applique à sens unique.

 Sur le plan scientifique, la directive communautaire exige des études sur les effets sanitaires des OGM. Celles-ci sont quasi inexistantes, de telle sorte qu’aucune autorisation ne devrait être délivrée. Quelques études mettent en lumière des effets significatifs des OGM sur la formule sanguine, les foies et les reins des rats qui les consomment (voir le documentaire de Canal+). Après les scandales sanitaires qui ont eu lieu en Europe et aux Etats-Unis, ces résultats ne sont pas soumis à la controverse scientifique et la recherche publique ne finance pas des études indépendantes.

 Mieux, « pour éviter de nuire à la position concurrentielle de l’entreprise » et de mettre en cause « la confiance des consommateurs » dans les OGM, la France prend l’initiative de réclamer que le secret industriel soit étendu aux études concernant la santé et l’environnement (secret industriel que la directive communautaire exclut expressément).

 Ainsi, nous devrions accepter de force une technologie que les français refusent (à 80% selon les sondages), illégale en l’état, et sans en connaître les risques ni les avantages (…).

 Un bilan peu flatteur pour le gouvernement

La Commission européenne, le 12 décembre 2006, a demandé à la Cour de justice européenne d’infliger de lourdes sanctions financières à la France (entre 20 et 50 millions € ?) pour non transposition d’une directive européenne (publiée en 2001) sur la dissémination des OGM.

 Un texte a été adopté par le Sénat en mars 2006 mais l’Assemblée nationale en a différé l’examen, faute de majorité (au sein de l’UMP) pour le voter.

 En fait, ce texte n’est pas à la hauteur de l’enjeu. La future majorité, en juin, aura la responsabilité de tout reprendre à zéro. Quel bilan de la majorité sortante !

 Pour en savoir plus sur les OGM, voir l’article mis en ligne sur ce blog le 27 novembre 2006, reprenant l’information parue dans Le Monde diplomatique sous la signature de Aurélien Bernier, ce mois-là. 

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29 janvier 2007 1 29 /01 /janvier /2007 14:17

 

La nouvelle politique agricole de la France  

 

 Lors de leur prochaine réunion, les comités républicains et citoyens de Bretagne veulent parler de ce que propose le MRC en agriculture dans le cadre des prochaines échéances électorales.

 

 La date est retenue : ce sera samedi 17 février (matinée) à Pontivy. J’introduirai le débat en présentant le texte d’orientation que j’ai rédigé en tant que délégué national du MRC à l’agriculture (voir ce texte, ci-après). J’approuve cette initiative, car il importe que les militants se saisissent de la question agricole, celle-ci concernant tous les citoyens.

 

 Chacun peut trouver ce texte sur le site national du MRC www.mrc-france.org. C’est la reprise, légèrement amendée, de l’article mis en ligne le 9 décembre 2007 sur ce blog.

 

 Amis lectrices et lecteurs, abonnés ou non, je compte sur votre volonté de participer à la réflexion citoyenne. Et, n’hésitez pas à en faire part  autour de vous.

 

 Faites-moi connaître votre point de vue, en utilisant le moyen de votre choix : commentaire sur le blog, courriel, téléphone ou télécopie (02 43 69 06 32).

 

 Une nouvelle politique agricole de la France pour l’Europe

 

 L’agriculture est directement impliquée dans trois défis à relever dans la première moitié du 21ème siècle : l’eau, l’énergie, l’alimentation.

 

 L’eau et l’énergie

 

 L’eau, les sols et la biodiversité sont des biens rares qu’il faudra préserver. L’agriculture y veillera.

 

 L’énergie est utilisée et produite par l’agriculture. Elle est utilisée par les tracteurs de façon beaucoup trop dépendante du pétrole. Il existe une bonne solution : les huiles végétales pures, notamment celle de tournesol.

 

 L’agriculture devra produire de plus en plus la matière première de nouvelles sources d’énergie afin de réduire les émissions de gaz à effet de serre et économiser l’utilisation d’hydrocarbures. La biomasse est du « pétrole frais renouvelable ».

 

 Deux types de biocarburants peuvent se substituer au pétrole dans les transports : le bioéthanol (dans l’essence) à base de céréales ou de sucre d’une part, et le diester (dans le gazole) à base de matières grasses contenues dans les plantes oléagineuses (colza, tournesol) d’autre part.

 

 Les bilans énergétiques des biocarburants étant médiocres (surtout l’éthanol), il faudra examiner avec prudence leur développement en complément ou substitution au pétrole.

 

 Le défi alimentaire

 

 Le troisième défi, alimentaire, est en rapport direct et central avec l’agriculture. Je propose le plan suivant en indiquant mes références.

 

 1-      Le constat de la fracture agricole et alimentaire mondiale (Marcel Mazoyer et Laurence Roudart).

 

 2-      Les moyens à prendre pour relever le défi alimentaire (Michel Griffon).

 

 3-      Les principes d’une nouvelle politique agricole (Edgard Pisani).

 

 4-      Une politique agricole pour la France et l’Europe (Guy Paillotin).

 

 Le constat de la fracture agricole et alimentaire mondiale

 

 Beaucoup de belles paroles lors des Sommets de l’ONU (2000), de l’OMC (2001) ou du G8 (2005), les unes après les autres démenties par les faits.

 

 Un tiers de l’humanité souffre de malnutrition, 800 millions de personnes de sous-alimentation chronique, dont une majorité de paysans.

 

 La mécanisation a permis des gains de productivité, à l’origine de la baisse des prix agricoles dans chaque pays et sur les marchés internationaux. Et, pourtant, seulement 10% de la production agricole mondiale est mise sur les marchés.

 

 Et seulement 2% des actifs agricoles dans le monde utilisent un tracteur. En dépit des inégalités énormes entre les agricultures du monde, les baisses de prix ont été répercutées de la même façon dans la quasi-totalité des pays. La diminution des coûts du transport et la libéralisation du commerce international ont joué en ce sens.

 

 Jusqu’au début des années 1980, l’agriculture, considérée comme un secteur stratégique par les Etats, était restée en dehors des négociations internationales concernant la libéralisation des échanges.

 

 Par la volonté des USA et de l’Europe, elle y est entrée en 1986, dans le cadre du GATT puis de l’OMC, obligeant les politiques agricoles des Etats à se libéraliser et à diminuer les interventions publiques.

 

 Depuis 2003, les pays en développement se font entendre, mais les voix qui portent sont surtout celles des pays exportateurs, comme le Brésil, dont les agricultures bénéficient de conditions favorables à la production extensive (vastes espaces et de coûts de production très faibles).  

 

 Les divergences d’intérêt ont donné naissance à de profonds désaccords entre les groupes de pays.

 

 Ce qui est en cause, ce n’est pas l’OMC, ce sont les objectifs assignés à l’OMC, qui sont la libéralisation des échanges internationaux, le démantèlement des politiques agricoles et l’alignement des prix agricoles sur les prix mondiaux. 

 

Les moyens à prendre pour relever le défi alimentaire

 

 La population mondiale va s’accroître de trois milliards de personnes à l’horizon 2050. La production alimentaire devra doubler. Impossible d’augmenter les surfaces et les rendements en raison des limites physiques et environnementales.

 

 Il faudra trouver d’autres solutions. En dehors des USA et de l’Union européenne, certains continents et groupes de pays sont mieux armés que d’autres.

 

 - L’Asie, l’Afrique du Nord et le Moyen Orient seront importateurs.

 

 - L’Amérique du Sud, l’Ukraine et la Russie pourront exporter.

 

 - L’Afrique subsaharienne aura des difficultés techniques pour accroître sa production, mais aussi financières pour importer.

 

 Les pratiques intensives devront être reconsidérées, en remplaçant la chimie et l’énergie par de l’écologie et des connaissances scientifiques plus poussées. Il faudra utiliser la lutte intégrée biologique contre les maladies des plantes et les ravageurs.

 

 Les Organismes génétiquement modifiés (OGM) actuels ne sont pas indispensables et peuvent se substituer à des risques existants en faisant courir d’autres risques, notamment en matière de pesticides. La recherche pourrait être utile si elle était orientée vers la résistance des plantes à la sécheresse et à la salinité. Mais l’amélioration des plantes passe plutôt par l’écologie scientifique.

 

 Les mesures économiques et sociales devront être adaptées aux situations locales et régionales, tant les différences sont grandes entre les grandes exploitations du Brésil, les petites d’Afrique de l’ouest et les micro-parcelles de la Chine côtière.

 

 Pour réduire la sous-alimentation et sortir de la pauvreté, les pays concernés devront faire un effort productif et recevoir des appuis particuliers. Il s’agira de définir des politiques propres à chaque ensemble régional afin de répondre aux besoins croissants.

 

 Les principes d’une nouvelle politique agricole

 

 L’agriculture, en plus de la fonction alimentaire en lien direct avec la vie et la santé des personnes, assure d’autres fonctions utiles au milieu rural.

 

 Elle nécessite des relations particulières entre producteurs, consommateurs et citoyens. C’est pourquoi la politique agricole et alimentaire doit être aussi rurale et environnementale.

 

 Le « modèle occidental » ne peut convenir à toutes les agricultures du monde et doit lui-même être corrigé sur de nombreux points.

 

 Il faut adopter une approche globale tenant compte des besoins des populations dans leur diversité et non se focaliser sur la seule libéralisation des échanges.

 

 L’agriculture, qui fournit des denrées alimentaires, n’est pas une activité comme les autres. Les prix sont instables et ne reflètent pas les coûts de production. C’est pourquoi une politique d’intervention publique est justifiée. Il faut mettre en place une régulation des marchés agricoles, par produit et par région.

 

 Une politique agricole de la France pour redéfinir la PAC*

 

 La France n’a plus de politique agricole

 

 La loi d’orientation agricole en 2005 n’a été qu’une adaptation libérale à la politique européenne, elle-même sous l’influence directe des négociateurs de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC).

 

 Il s’agit de revenir à une politique agricole qui ait suffisamment de souffle pour être prise en considération par les partenaires européens dans le cadre de la PAC.

 

 L’Europe ne pourra nourrir le monde, faute d’espaces suffisants. Elle devra répondre aux besoins des européens, en assurant la sécurité d’approvisionnement et de qualité alimentaires.

 

 Elle développera son industrie agroalimentaire en ce sens et aussi pour exporter des produits transformés, sans bénéficier de subventions.

 

 Le produit de la valeur ajoutée devra être réparti équitablement sur l’ensemble des partenaires de la filière.

 

 C’est ainsi que les prix à la production devront être revalorisés car, depuis 1999, les agriculteurs ont subi une baisse de leurs revenus proche de 30% et une diminution d’emploi considérable (50% sur les 25 dernières années) liée à une politique constante d’agrandissement des exploitations, qui s’est amplifiée depuis 2002. Les grands bénéficiaires de cette politique ont été l’industrie agroalimentaire et la grande distribution.

 

 Cette nouvelle politique agricole permettra de refonder le lien entre le monde agricole et le reste de la société.

 

 La PAC n’existe plus

 

 Il reste des mécanismes qui fonctionnent et qui sont réformés de temps en temps (1992, 1999, 2003) sous la pression des négociations internationales.

 

 Il faut refonder une PAC en s’inspirant des principes fondateurs de 1962, mais en tenant compte de l’évolution du monde depuis 45 ans.

 

 La protection de l’espace européen est indispensable afin d’éviter les distorsions de concurrence et assurer la sécurité sanitaire des aliments. Les incertitudes liées aux changements climatiques et énergétiques plaident en faveur de la sécurité de l’approvisionnement agricole.

 

 Ces préoccupations seront recevables dès maintenant dans le cadre des négociations de l’OMC, mais plus encore dans la mesure où les objectifs assignés à cette institution auront été revus dans le but de favoriser une bonne régulation des échanges internationaux.

 

 Les aides directes ont pris, au fil du temps et des réformes de la PAC, une part trop importante dans les revenus agricoles. En 2005, elles représentaient, en moyenne, 93% des revenus nets des agriculteurs.

 

 Elles seront plafonnées par exploitation et réorientées vers les petites et moyennes exploitations familiales, afin de faciliter leur pérennité, et en lien avec des objectifs sociaux et territoriaux définis à l’échelon régional ou interrégional.

 

 Des critiques diverses visent le dispositif actuel de répartition des aides. Il s’agira de corriger les injustices et légitimer l’existence même de ces aides publiques.

 

 * Des informations complémentaires sur l’agriculture et la Politique Agricole Commune (PAC) sont à rechercher sur ce blog (voir article du 31 décembre 2006 où sont indiqués les titres des articles sur l’agriculture et la PAC) et sur le site www.mrc-france.org (onglet Positions, puis Agriculture).

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22 janvier 2007 1 22 /01 /janvier /2007 23:19

 

Le marché au secours des agriculteurs 

 Dans sa note de conjoncture de novembre 2006, le service Etudes économiques et prospective des Chambres d’agriculture (APCA), sous la responsabilité de Lucien Bourgeois, est gagné par l’optimisme. A part la viticulture qui broie du noir et vit une des plus graves crises de son histoire, accentuée par la vendange abondante, la conjoncture sur les marchés agricoles semble la plus favorable de ces dernières années.

 L’agriculture française a un meilleur moral

 En raison de la canicule de fin juillet, la récolte de céréales a été beaucoup plus faible que prévu. Mais les prix ont compensé les pertes de quantités. De même, la crise de l’ESB (« vache folle ») a réduit les troupeaux de vaches. Moins de vaches, moins de veaux. Les prix ont remonté.

 En ce qui concerne les viandes blanches (poulets, porcs), après de très mauvais moments, on a pu constater une amélioration. C’est la même chose pour les fruits et légumes. Le principal problème de la viticulture est l’accroissement excessif des surfaces qui pèse sur un marché en surproduction.

 La PAC ne coûte pas si cher si l’on fait le bilan économique global

 La Politique Agricole Commune de l’Union européenne, si décriée en raison de ses excédents et de son coût budgétaire, s’en sort plutôt bien ! Les agriculteurs français perçoivent environ 7,5 milliards € d’aides directes. En ajoutant les autres subventions à la production, on arrive à 9,7 milliards €. Cela correspond à leur revenu net d’une année. Autrement dit, si ces aides étaient supprimées, le revenu agricole serait nul…

 Toutefois, il faut préciser que les agriculteurs, grâce à ces aides, achètent du matériel et des équipements pour une somme équivalente (9,7 milliards €). Les aides compensent la baisse des prix des produits. Cela permet aux industries agroalimentaires de bénéficier d’un approvisionnement local sécurisé au moindre coût. Ce qui en fait le premier secteur industriel de France et d’Europe. Et ce qui permet à la France de dégager un excédent du commerce extérieur, chaque année, de 8 milliards €.

 En 2006, l’Union européenne a réussi à dépasser les USA en matière d’exportations agroalimentaires. Malgré un territoire agricole deux fois plus petit, l’UE parvient à nourrir 150 millions d’habitants de plus que les USA, à exporter autant qu’eux, et à avoir une balance bilatérale agroalimentaire de plus en plus excédentaire. La France, les Pays-Bas et, même l’Allemagne, exportent chacun plus de produits alimentaires transformés que les USA.

 Ces résultats positifs pour l’économie générale conduisent à relativiser les discours sur le coût de la PAC. La dépense pour les contribuables est désormais inférieure à celle qu’ils affectent à la sécurité de leur automobile et de leur logement. Ce qui permet à Lucien Bourgeois de conclure par une formule empruntée au monde de l’assurance : « la prime ne paraît chère qu’avant l’accident ! ».

 Aux dernières nouvelles, les USA sont fous du maïs grain !

 Selon Le Monde, daté des 21 et 22 janvier, dans un article intitulé astucieusement « L’épi phénomène », le maïs se fait rare et cher. En un an, son cours sur le marché de Chicago a doublé. Sur les quatre derniers mois, l’augmentation est de 69%. La demande mondiale de maïs est supérieure à la production, notamment sur le continent américain, premier producteur et premier exportateur.

 Quelles en sont les raisons ? Il y en a trois :

 - l’alimentation animale pour compenser les déficits en fourrages liés à la sécheresse,

 - les exportations vers des pays comme la Chine qui élèvent leur niveau de vie et mangent plus de viande, ce qui accroît leurs besoins en céréales,

 - l’utilisation des grains pour la fabrication de bioéthanol. Les USA veulent multiplier par dix leur production de biocarburants dans les dix ans.

 Le ministère de l’agriculture de ce pays tire la sonnette d’alarme, les stocks mondiaux de maïs ayant diminué de 31% en un an. Et cela pourrait continuer et, même, s’étendre au soja parce que les agriculteurs américains vont semer du maïs plus rémunérateur et délaisser le soja.

 On le voit, les temps sont au changement rapide. L’Union européenne a tout intérêt à repenser la PAC. En la refondant, pas en la supprimant.

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20 janvier 2007 6 20 /01 /janvier /2007 23:39

 

Réorganiser l’agriculture pour les 30 ans à venir

 François Lucas, président de la Coordination Rurale, était hier à Bonchamp, près de Laval, pour soutenir la liste des agriculteurs candidats aux élections à la Chambre d’agriculture de la Mayenne. Agriculteur en Charente, producteur de céréales, il a succédé à Jacques Laigneau, fondateur de ce syndicat en 1992 et qualifié de « visionnaire ».

 N’ayant pu le rencontrer lors de mon séjour à Paris les 20 et 21 décembre (voir sur ce blog les articles parus les 22 et 23 décembre), j’ai saisi l’opportunité de sa venue en Mayenne pour lui remettre, au nom du MRC, mes propositions pour une nouvelle politique agricole. Et, bien sûr, pour prendre note de ses déclarations.

 La FNSEA dans le viseur

 François Lucas est surtout critique vis-à-vis de la FNSEA, accusée d’être à l’origine de la réforme de la PAC en 1992. Il brandit le livre bleu de la Commission agriculture du 10ème Plan, paru en juillet 1989, qui contient les grandes lignes de la politique qui sera mise en œuvre en 1992 : alignement des cours européens sur les cours mondiaux, aides aux producteurs accompagnant la baisse des prix.

 Une triple rupture

 La situation actuelle est totalement nouvelle, avec une triple rupture : l’énergie fossile (effet de serre), la démographie (papy boom) et la rareté des produits agricoles (stocks mondiaux de céréales en forte baisse).

 La grande question n’est pas la production de carburants verts à la place du pétrole, comme l’affirme la FNSEA. La vraie question est celle de l’autonomie alimentaire de l’Europe et, au niveau mondial, c’est de nourrir la population, qui va augmenter.

 Le pic des céréales produites au niveau mondial a été atteint en 1999. Il suffirait de passer de 54 jours de stock à 52 pour que le prix des céréales grimpe de 15% ! La PAC gère l’abondance depuis 1992. Elle doit être totalement revue et, même, effacée dans ce qu’elle a de « soviétique ».

 Nourrir les hommes

Il faut revenir à la fonction première de l’agriculture, qui est nourricière, en intégrant la contrainte énergétique. La future PAC sera radicalement différente. Finies les aides et les jachères, les contrôles et les tracasseries ! Les missions sont claires : nourrir les Européens en préservant les capacités de production de manière durable.

 Des prix, pas des primes !

 Dans ces conditions, ce sont les prix qui feront vivre les agriculteurs, la rareté provoquant l’augmentation des prix. Plus de problème de budget de la PAC et d’OMC.

 On dira que la PAC était « une erreur de riche ou de pauvre d’esprit ». Quelle idée de vouloir « organiser l’agriculture à partir des bureaux de Bruxelles » ! La nouvelle PAC doit prévoir des stocks afin d’assurer la sécurité de l’alimentation européenne.

 Le scandale du bioéthanol

 A propos du bioéthanol, François Lucas est extrêmement critique vis-à-vis du gouvernement qui, avec la défiscalisation, fait un cadeau aux agriculteurs. Il fait trois observations :

 - Le dispositif de l’E85 renvoie à un prix du blé à 85 € la tonne. Or, le cours du blé devrait être plus élevé à l’avenir sur le marché mondial. Comment le bioéthanol sera-t-il compétitif avec l’essence ? On ne maîtrise pas.

 - On peut prévoir le développement du diester (diesel) plutôt que du bioéthanol (essence) car le diesel consomme moins.

 - Le rendement énergétique, calculé de trois manières différentes, n’est pas bon. A la limite, il faut une tonne de pétrole pour fabriquer une tonne de bioéthanol. Et, avec la betterave, c’est pire. La France n’est plus le pays de Descartes !

La TVA sociale bien adaptée à l’agriculture

 Répondant à une question concernant la TVA sociale, il rappelle que la Coordination Rurale demande que ce système soit expérimenté en agriculture parce que les actifs sont de moins en moins nombreux pour supporter le poids des inactifs (un actif pour trois retraités, en agriculture).

 La protection sociale doit être supportée par l’ensemble de la population.

 Si l’Etat finance le coût du social par un accroissement de TVA, il en résulte trois gros avantages :

 - les charges sociales sont allégées, voire supprimées,

 - les produits importés sont taxés (TVA à l’entrée du pays),

 - les produits exportés sont plus compétitifs (hors TVA).

 Cette réflexion doit être conduite même si la décision n’est pas prise maintenant.

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11 janvier 2007 4 11 /01 /janvier /2007 22:23

 

Défendre les intérêts généraux de l’agriculture

 La salle de réunions de Restagri à Laval était bien remplie, mardi, par la présence de nombreux paysans retraités venus à l’invitation de la Confédération paysanne écouter avec plaisir Henri Baron.

 Toujours aussi remarquable orateur, debout, sans notes, pendant deux heures, dont une de réponse aux questions, cet homme de 74 ans a raconté sa vie de paysan citoyen, d’abord syndicaliste, puis président de chambre d’agriculture et, enfin, retraité actif en tant que syndicaliste défenseur des petites retraites et conseiller régional des Pays de la Loire de 1998 à 2004, aboutissement normal pour une vie militante, tant il est vrai que la dimension politique a toujours été présente dans l’idée qu’il se fait de ses responsabilités.

 Thérèse, son épouse, l’accompagnait, elle qui n’a cessé de soutenir ses engagements professionnels, à condition qu’il fasse le travail le matin avant de partir, car il ne faut pas laisser tout le travail aux femmes, comme elle dit.

 Une jeunesse marquée par l’accident de son père…

 Ce livre, qu’il a dédicacé à l’issue de la réunion, il l’a écrit lui-même en vingt mois, sur deux grands cahiers qu’il a montrés. C’est un livre pour ses petits-enfants, dans le but de décrire ce que fut la vie tourmentée de ses parents, à la suite d’un accident de santé de son père.

 Il a conservé des souvenirs précis de cette période agitée où ses parents changeaient d’activité et de domicile, et lui d’école. Il est persuadé que ses engagements militants ont pris naissance en voyant les injustices et les humiliations supportées par ses parents dans leur vie.

 Ayant arrêté l’école à la fin du primaire, il devient aide familial car il avait la vocation paysanne et la volonté de défendre le paysan. Mais il n’avait aucune formation professionnelle. Il apprend sur le tas dans le cadre du CETA (groupe d’agriculteurs et un technicien, sur le terrain).

 Service militaire, puis mariage à 22 ans et installation, quelques mois plus tard, sur la petite ferme cédée par ses parents (21 ha, 10 vaches, un capital de la valeur de 3000 € d’aujourd’hui). Rappel en Algérie. Henri passe sur ces épisodes qui sont développés dans le livre.

 Militant syndical pendant 18 ans…

L’action syndicale commence en trombe en 1958, sous l’impulsion d’un jeune animateur de la FDSEA, Médard Lebot. Pendant 18 ans, de 1958 à 1976, Henri exerce des responsabilités dans le syndicalisme agricole, où il s’agit de défendre les producteurs de lait et de viande (notamment les plus en difficulté) du canton de Châteaubriant et du département. Dans ces actions de terrain,  s’exprime une vraie solidarité concrète. Les luttes foncières mobilisent les paysans.

 Dans ce département de Loire-Atlantique de plus de 1 million d’habitants, le syndicalisme agricole est ouvert aux problèmes des autres milieux sociaux, notamment les ouvriers. On se forme à la culture de la société ouverte.

 Dans les manifestations populaires, comme à St-Nazaire (70 000 personnes), 15 000 paysans étaient présents. Sous l’impulsion de Bernard Lambert et de Bernard Thareau, l’action syndicale n’est pas corporatiste, elle est citoyenne et attend de la puissance publique une réponse aux questions posées.

 L’action politique est une noble cause. Il faut la conduire  de la même façon que l’engagement syndical. Les échecs sont aussi formateurs que les succès dans la mesure où on s’interroge sur leurs causes.

 En Loire-Atlantique (en Mayenne aussi), les clivages ont été forts entre les représentants de la FNSEA orthodoxe et les Paysans Travailleurs conduits par Bernard Lambert. Celui-ci était pour la rupture. Bernard Thareau était pour la construction, même risquée (ce qui était aussi la position de Henri) et, donc, pour présenter une liste, en 1976, aux élections à la Chambre d’agriculture. Le président sortant était Raphaël Rialland, second vice-président national (APCA). Cette liste ayant été élue, il fallait un président. Gérard Loquais et Bernard Thareau ayant refusé, cette fonction est revenue à Henri Baron, qui n’avait jamais mis les pieds à la chambre d’agriculture !

 Patron de Chambre d’agriculture pendant 17 ans…

 A la tête de la seconde Chambre de France (360 salariés), à 44 ans, il y restera 17 années, en étant très minoritaire au niveau national (seulement deux Chambres - 44 et 63 – étaient non alignées sur la FNSEA. Mais cela ne l’empêche pas d’exercer de l’influence en disant ce que d’autres pensent mais ne peuvent pas dire, et en conservant le lien avec le terrain.

Le fait d’être responsable, et donc patron de la Chambre face aux revendications des salariés, n’a pas toujours été facile à vivre, mais les excellents contacts conservés avec les salariés le rassurent quant à la façon dont sa politique salariale a été perçue.

 Lors d’un entretien (avant la réunion) avec France Bleu Mayenne, il a montré que la Chambre d’agriculture doit être ouverte à tous. Elle a pour mission de porter les intérêts généraux de l’agriculture. En Loire-Atlantique, les maraîchers nantais (qui ne sont pas ses amis) avaient des problèmes avec la ville. La Chambre les a défendus face à la ville. Car c’est un établissement public (et non semi-public) chargé de défendre les intérêts de toute la profession. Il lève des impôts et ses membres sont élus au suffrage universel direct. Il n’est pas financé par l’Etat, même si celui-ci apporte sa contribution dans certains financements.

 Des candidatures à des élections politiques et maire…

 Ses engagements syndicaux l’ont conduit à être candidat à des élections politiques, en parfaite cohérence avec ses conceptions, comme il l’a dit précédemment.

 En 1962, il était candidat au Conseil général dans le canton de Châteaubriant, soutenu par Bernard Lambert et Maurice Thareau. On lui disait alors que son humanisme chrétien était incompatible avec la gauche.

 En 1981, il était candidat aux élections législatives dans la circonscription de Châteaubriant. Il était clair que, s’il avait été élu député, il aurait démissionné de la présidence de la Chambre d’agriculture. Ce que 44 présidents de Chambre, élus politiques (à droite), se gardaient de faire ! En tant que maire de Fercé, pendant 12 ans (de 1983 à 1995), il a eu l’occasion de s’occuper des dossiers des habitants, sans tenir compte de leurs opinions politiques. Il a été aussi candidat aux élections sénatoriales.

 Paysan retraité et Conseiller régional des Pays de la Loire…

 En 1993, il a pris sa retraite et n’a pas tardé à reprendre un engagement syndical, au service des paysans retraités. Il s’est alors battu pour la revalorisation des petites retraites, obtenant une décision positive du ministre de l’agriculture, Louis Le Pensec (la mise en œuvre sera faite par Jean Glavany). Il a fallu deux ans et 19 réunions au ministère de l’agriculture pour convaincre les autres syndicats du bien fondé des arguments en faveur de la péréquation (+ 84% pour les retraites des femmes, + 50% pour les petites retraites, pas d’augmentation pour les grosses).  

 En 1998, élu sur une liste du PS aux élections régionales pour 6 ans, il a découvert le monde politique, en tant que membre (opposition) du Conseil régional, face aux arguments virulents de Roselyne Bachelot ou de Hervé de Charette. Il a pu constater que, sans s’affoler, en travaillant les dossiers, avec des arguments solides et en évitant les interventions virulents, en présentant les propositions concrètement sous forme d’amendements (et pas de vœux, trop généraux, sans effet réel), on peut gagner la confiance des partenaires et le respect des adversaires. Michel Sorin, membre du même groupe, peut en témoigner : on peut s’épanouir au Conseil régional. Ainsi, en tant que membre du comité régional de la recherche et du développement, il a observé que les sommités scientifiques sont compétentes dans leur spécialité, mais pas nécessairement à l’aise quand elles en sortent, et qu’un généraliste comme lui pouvait tirer son épingle du jeu.

 Des leçons à méditer…

 En conclusion de son parcours de paysan citoyen, engagé dans diverses responsabilités, Henri Baron met en avant le travail d’équipe et le respect des adversaires (écoute, tolérance). Puis il tire deux enseignements :

 1- Qu’aurais-je fait sans voisins (il cite plusieurs exemples dans sa vie) ? Dans le milieu rural, les paysans sont minoritaires. Ils doivent parler avec leurs nouveaux voisins, les comprendre.

2- Avec un peu d’utopie (réaliste), il faut faire vivre l’espoir par rapport à la société.

 La crise de confiance entre les citoyens et les élus est une réalité. Elle est accentuée par le cumul et la durée trop longue des mandats. Il faut limiter le cumul et passer au mandat unique.

 Son expérience dans ses diverses responsabilités (dont une Chambre d’agriculture avec la fiscalité la plus élevée à l’hectare) l’amène à considérer que la décision souveraine implique de limiter la dépendance aux financements extérieurs. Cela passe par la fiscalité, à condition qu’elle soit bien comprise car liée à l’adhésion à une politique.

 Tous les citoyens devraient payer des impôts directs en fonction du revenu, car c’est la fiscalité la plus juste. L’Europe devrait lever un impôt européen. Pour financer les retraites, il faut élargir l’assiette des cotisations à toutes les sources de revenu et mutualiser les ressources, en écrêtant les grosses retraites au profit des petites.

 Le livre « Henri Baron, paysan citoyen » est vendu en librairie (19 €) et peut être commandé aux éditions Siloë, 18 rue des Carmélites 44000 Nantes.

On peut aussi écrire à Henri Baron 8 rue des Œillets 44660 Fercé. Tél/fax : 02 40 28 87 60 

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Published by SORIN Michel - dans AGRICULTURE et PAC
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