Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Présentation

  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine autour des idées de Jean-Pierre Chevènement. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens après les élections de 2002.
  • Contact

Texte libre

Recherche

Courriel

 

 

 

 

Articles Récents

23 mai 2013 4 23 /05 /mai /2013 22:33

La France est exportatrice de matières premières agricoles

 

La question de l’efficacité du système productif agricole français n’a jamais été traitée à fond. C’est la comparaison avec l’Allemagne qui oblige à voir la réalité en face. Ce n’est pas par hasard que Lucien Bourgeois, économiste, membre de l’Académie d’Agriculture de France, a intitulé sa contribution « L’agriculture française et le syndrome allemand ». Ce texte a été publié dans La Revue politique et parlementaire (janvier-mars 2013).

 

Colloque agriculture Res Publica 71111 151 TVoir aussi Agriculture : L Bourgeois compare l'histoire de la France et de l'Allemagne - 21 mai 2013 (dernière partie) et MARS : débat sur les marges de manoeuvre pour la France dans la PAC - 22 mai 2013 (1ère partie). 

 

Voici la 3ème partie (médiane) de ce texte, qui présente les forces et faiblesses de l’agriculture française en Europe, dans le cadre de l’évolution de la Politique Agricole Commune (PAC).

 

Les limites de la PAC réformée en 1992

Depuis 1992, l’UE a changé de politique agricole. L’objectif était d’accélérer la baisse des prix agricoles pour diminuer puis supprimer la différence antérieure entre le prix du marché européen et les prix observés sur les marchés mondiaux. Pour éviter les chutes du revenu agricole, des aides directes ont été accordées. Elles permettent de compenser les différences de contraintes de production.

L’avantage incontestable de cette nouvelle politique a été de stabiliser les dépenses budgétaires au même niveau qu’en 1994.

Cela fait maintenant trente ans que le budget européen pour l’agriculture n’a pas augmenté.

Comme le budget total a progressé dans cette période, la part des dépenses agricoles est passée de 70 % à 40 % du total. Le moyen le plus simple de mesurer l’effort collectif est de calculer les dépenses agricoles en points du PIB européen. En trente ans, les dépenses agricoles sont passées de 0,6 % à 0,4 % du PIB total de l’UE à 27. Mais ce point positif sur le budget doit être relativisé par des évolutions préoccupantes de certains indicateurs. Cette politique a eu pour résultat une pression à la baisse sur les prix agricoles qui a duré jusqu’en 2007. Cela a été un des éléments du déclenchement de la crise alimentaire de 2008 avec l’irruption de la demande de maïs pour la fabrication d’éthanol aux États-Unis et la décision de supprimer les stocks stratégiques dans l’UE et aux USA. Depuis 2007, la volatilité des prix s’est très sensiblement accrue et a entraîné des variations très heurtées du revenu agricole. Les aides dites « découplées » sont par définition sans rapport avec les prix des produits. Ces aides sont donc insuffisantes pour assurer le revenu quand les prix des produits agricoles sont bas comme en 2009 et superfétatoires pour certains producteurs quand les prix des céréales atteignent des niveaux historiques très élevés comme en 2011 et 2012. La politique d’aides directes a facilité le financement des investissements agricoles.

Leur part dans le revenu agricole s’est accrue notablement. Elle constituait le tiers du revenu brut au début des années 80. Elle en constitue quelquefois la moitié dans les années récentes. Le revenu net diminue donc rapidement au point qu’en 2009, il est devenu inférieur aux aides. Une telle situation n’est guère durable. Or les tendances actuelles vont dans cette direction. On peut difficilement imaginer un système dans lequel les aides directes soient durablement supérieures aux revenus. D’autant que la plupart des États européens devront faire des économies budgétaires pour faire face à l’endettement public excessif.

Par ailleurs, il faudra trouver des solutions pour freiner la croissance rapide du chômage. Est-il opportun de continuer à encourager l’agrandissement des exploitations par la distribution d’aides de l’État à l’ha (DPU) alors que désormais la part de l’emploi agricole est tombée en France à des niveaux parmi les plus bas du monde ?

 

Un excédent record du commerce extérieur depuis deux ans

Depuis les années 70, la France est devenue un pays exportateur net de produits agroalimentaires.

Dans les années 2000, l’excédent restait aux environs de 8 Mrd par an. En 2009, cet excédent est tombé à 5 Mrd €. Mais la situation s’est redressée en 2010 en retrouvant le niveau antérieur. Qui plus est, l’excédent a fait un bond de 45 % en 2011 pour atteindre près de 12 Mrd €. Les résultats 2012 viennent de confirmer ce résultat avec une petite hausse qui en fait un nouveau record historique. Il se confirme donc que le mauvais résultat de 2009 a été un accident conjoncturel dû en grande partie à l’effondrement du commerce mondial après la crise financière avec en particulier une forte baisse des achats de vins et boissons sur les marchés d’Amérique et d’Asie.

Cela confirme que l’agroalimentaire reste incontestablement une valeur sûre des exportations françaises. C’est le deuxième excédent après l’aéronautique (+ 20 Mrd € en 2012).

Ces performances dans l’aéronautique et l’agroalimentaire sont bien utiles pour limiter le déficit global de la balance commerciale. En 2012, ce dernier a légèrement régressé mais il atteint néanmoins 67 Mrd €. C’est moins mal qu’en 2011 (74) mais un tel niveau parait difficilement durable sans que cela n’affecte la valeur de la monnaie.

 

L’atout majeur des vins et boissons

Le secteur phare de l’agroalimentaire français est le secteur des vins et boissons. Son excédent annuel est bien souvent égal à l’excédent total de l’agroalimentaire. En 2012, il représente 10,84 Mrd € sur un total de 11,9. Hors vins et boissons, l’excédent agroalimentaire français serait presque inexistant ! Rappelons que ce secteur n’est pas concerné par les aides directes de la

PAC. On ne compte plus les études alarmistes sur le manque de compétitivité de la viticulture française. La majeure partie de ces études font des comparaisons en hectolitres et oublient que l’élément prix est essentiel pour la valeur ajoutée. Or, la France a un quasi monopole mondial sur les vins de qualité. La diversité des appellations et des centres de décision est souvent critiquée mais les bons résultats à l’exportation montrent que cette diversité peut aussi être un atout quand elle s’appuie sur des interprofessions efficaces. Celle du Champagne est un exemple emblématique des possibilités de création de valeur ajoutée et de répartition adéquate entre les acteurs économiques.

Mais on pourrait aussi citer l’exemple de la filière Cognac dont la très grande majorité de la production est exportée en Asie et en Amérique du Nord. Sur les marchés mondiaux, la suprématie de ce secteur est très nette. Le solde « vins et boissons » est de 7,2 Mrd. C’est plus que le solde total et 5 Mrd de plus que pour les céréales.

 

Sur les marchés mondiaux, très peu de céréales françaises

Et pourtant le solde positif des céréales reste important avec 6,2 Mrd € en 2012. Mais les deux tiers de ce résultat sont réalisés sur nos partenaires de l’UE. Cela nous amène à relativiser les idées toutes faites à ce sujet.

L’excédent 2012, pour les céréales vendues sur Pays tiers, n’est que de 2,2 M€ alors que les prix n’ont jamais été aussi élevés. Comme les céréales servent surtout à l’alimentation animale, il faudrait déduire les importations de soja et produits végétaux divers. En fait le solde positif des produits végétaux de grandes cultures ne dépasse pas les 2 Mrd € sur les marchés mondiaux. C’est une performance désormais inférieure à celle des produits animaux (produits laitiers, viandes et animaux vivants) dont la balance positive est de 2,2 Mrd €.

 

La carte prometteuse des produits laitiers

Il y a d’autres secteurs excédentaires. Signalons en particulier celui des produits laitiers dont les exportations ont presque rattrapé celles des céréales avec 6,1 Mrd € contre 6,9. Mais comme les importations sont plus importantes, le solde positif des produits laitiers est inférieur de moitié à celui des céréales. L’excédent atteint 3,1 Mrd € en 2012 et se répartit à moitié sur l’UE et sur les pays tiers.

Le secteur du sucre dégage aussi un excédent important de 1,5M€ dont l’essentiel (80 %) est réalisé sur nos partenaires de l’UE.

Mais il y a aussi des postes très déficitaires.

Le poste « poissons et crustacés » connaît un déficit croissant (-2,5 Mrd en 2012). Le poste « fruits » a désormais un déficit de 2 Mrd € suivi par le déficit « café cacao » (1,6 M€)

 

Dans l’UE, la France vend ses céréales et ses animaux vivants

Dans nos échanges avec l’UE, l’excédent le plus important est celui des céréales avec 4 Mrd auquel il faut ajouter les produits de minoterie et les oléagineux soit plus de 5 Mrd € pour le secteur des grandes cultures. Si l’on ajoute à cela un excédent de 1,2 Mrd € sur les animaux vivants, on voit clairement que la France s’est spécialisée sur la fourniture de matières premières au reste de l’Europe.

Cela nous revient en produits transformés avec un déficit croissant sur les viandes (1,2 Mrd € en 2010 et 1,6 en 2012). Il faudrait y ajouter les préparations de viandes soit au total un déficit d’environ 2 M€.

Cet examen détaillé des résultats de notre commerce extérieur agroalimentaire de l’année 2012 montre que la France dispose de nombreux atouts. Mais pour les valoriser, il convient de réfléchir aux stratégies les plus pertinentes pour l’avenir. Il est alors utile de mieux comprendre la peur récente de la concurrence allemande.

 

Le déficit agroalimentaire allemand augmente et atteint 13 Mrd € en 2011

Les inquiétudes sur la pérennité de notre excédent extérieur agroalimentaire a été au centre des préoccupations depuis la chute de l’excédent observée en 2009. En effet, au moment où nous connaissions des difficultés, l’Allemagne a augmenté ses exportations de produits agroalimentaires au point de dépasser la France en parts de marché. En 2011, les exportations allemandes ont été de 56 Mrd € contre 55 pour la France. La différence en faveur de l’Allemagne est surtout le fait des produits transformés (46 Mrd contre 40 pour la France). En revanche, pour les produits agricoles bruts, la France reste en tête avec 15 Mrd contre 10. Les progrès allemands sont parfaitement visibles sur les marchés français dans le secteur des viandes et celui des produits laitiers. Une chose est sure, l’excédent agroalimentaire français sur l’Allemagne a fortement diminué depuis 2007.

Cette situation nouvelle réveille un sentiment d’infériorité par rapport aux performances économiques de ce pays en particulier dans le domaine du commerce extérieur.

Ce sentiment est si profond que l’on a souvent oublié de regarder aussi les importations.

De fait, malgré ces bonnes performances à l’export, ce pays continue à être déficitaire de 13,3 Mrd € en 2011. De plus, ce dernier a augmenté ces dernières années. Force est de constater que la plus grande agressivité de notre voisin dans le domaine agroalimentaire n’a pas changé radicalement la situation antérieure de l’Allemagne sur le plan alimentaire.

Ceci étant, il est curieux que cette inquiétude sur les performances exportatrices de la France ne se soit manifestée que récemment. Cela fait plus de quarante ans que les Pays-Bas obtiennent des résultats meilleurs que ceux de la France alors qu’ils disposent d’un territoire agricole restreint. En 2011, leur excédent agroalimentaire a été de près de 25 Mrd €. Il aura fallu attendre les récentes performances allemandes pour qu’on se pose enfin des questions sur l’efficacité de notre système productif agricole.  

Cet article est le 392ème publié sur ce blog dans la catégorie AGRICULTURE et PAC.

Repost 0
Published by Michel SORIN - dans AGRICULTURE et PAC
commenter cet article
22 mai 2013 3 22 /05 /mai /2013 23:48

L’Allemagne a su se protéger pour tirer son épingle du jeu

 

Le club de réflexion MARS (Mouvement agricole et rural solidaire) a été créé en 1983 à l’initiative de Didier Minot et Joseph Racapé. Actuellement présidé par ce dernier, il organise - selon un rythme mensuel - des réunions sur des thèmes différents avec un intervenant ayant produit un livre ou un travail de réflexion (par exemple, voir André Neveu s'alarme de la pénétration du capitalisme en agriculture - 13 février 2013). Pour y participer, me le faire savoir. Je transmettrai à Joseph Racapé.

 

La  prochaine réunion de « MARS » traitera d’un sujet qui occupe une place de plus en plus importante dans les propos des leaders agricoles français ces dernières années « La perte de compétitivité de notre agriculture par rapport à celle de l’Allemagne ». De manière plus concrète, nous nous attacherons à rechercher ce que pourraient être "Les marges de manoeuvre du gouvernement français dans la PAC à la lumière de l'expérience allemande".

 

On répète toujours que tout se décide à Bruxelles et que les Ministres français de l'agriculture n'ont plus aucun pouvoir. On se désole de la concurrence allemande et des nombreux dangers qui guettent les filières animales en France. On ne retient des décisions allemandes que la nécessité d'importer en France leurs turpitudes Bolkestein en baissant les salaires.

N’y a-t-il pas d'autres enseignements à tirer sur la stratégie de filières, la régionalisation des aides ou la façon d'interpréter la législation sur les énergies renouvelables ou l'environnement.

Autrement dit, peut on s'autoriser en France à construire des stratégies nationales efficaces qui correspondent au contexte et aux besoins des agriculteurs et des IAA, ou de la commercialisation ?

 

Controverses Marciac 3et4 aout 2011 076 TLe sujet sera introduit par Lucien Bourgeois (photo : Les controverses de Marciac, août 2011), économiste, membre de l’Académie d’agriculture, qui vient d’écrire dans le dernier numéro (Janvier-Mars 2013) de La Revue politique et parlementaire sous le titre :

 

« L’agriculture française et le syndrome allemand ».

 

L’introduction  

La PAC a été construite il y a cinquante ans maintenant sur l’idée très ambiguë de l’intérêt commun entre une France « agricole » et une Allemagne « industrielle ». Les Allemands acceptaient de payer une part importante des dépenses parce que c’était le prix à payer pour l’ouverture du marché européen à leurs produits manufacturés. Tel était le dogme qui semblait admis par tous.

Dans ces conditions, on comprend le désarroi devant la percée récente des exportations allemandes même dans le secteur des produits agroalimentaires. Est-ce le signe d’un déclin français dans le domaine agroalimentaire ? Est-ce de nature à remettre en cause la stratégie agricole française par rapport à la PAC ?

Une chose est sûre, la stratégie allemande nous montre qu’il y a, dans le cadre de la PAC, beaucoup plus de marges de manoeuvre qu’on ne le dit souvent. Cette interrogation sur les performances allemandes nous permettra de passer en revue les atouts et handicaps de l ‘agriculture française. Mais ce type de bilan n’a d’intérêt que s’il est complété par une analyse des acteurs qui sont avantagés ou pénalisés et si cela conduit à trouver de nouvelles stratégies.

La crise économique qui se poursuit depuis 2008 est le signe que les stratégies anciennes ont trouvé des limites. Il importe de trouver de nouvelles solutions. Cela passe par plus de concertation entre les États. Il n’est pas indifférent que la PAC qui est toujours la seule politique économique commune de l’UE puisse rester un exemple de mutualisation réussie.

 

Le début  

Avant d’examiner les dernières informations concernant le commerce extérieur, nous rappellerons les éléments essentiels de l’évolution de l’agriculture française. On ne peut comprendre certains aspects de l’actualité qu’en comprenant mieux les logiques en présence et les choix qui ont été faits dans la longue histoire de ce secteur resté très important dans la vie politique de notre pays.

 

Une situation géographique privilégiée

Géographiquement, la France est un pays béni des Dieux pour l’activité agricole.

Située de part et d’autre du 45e parallèle, on peut donc y cultiver à la fois les productions du Sud et celles du Nord. Cela donne des avantages considérables pour certains produits comme les fruits, les légumes et la vigne dont certaines variétés peuvent difficilement être cultivées ailleurs que sur une bande très étroite en latitude.

Entourée de mers, ce pays jouit d’un climat tempéré et d’une pluviométrie suffisante. De nombreux massifs montagneux lui permettent un stockage de l’eau et l’approvisionnement de grands fleuves entourés de plaines alluviales.

 

La France dispose de la plus grande surface agricole utile de l’UE avec 27 millions d’ha soit un sixième du total européen. Ramené au nombre d’habitants, cela représente une surface de 0,4 ha par habitant (4 000 m²).

C’est plus que la moyenne européenne (0,33). C’est deux fois plus qu’en Allemagne (0,20) et quatre fois plus qu’aux Pays-Bas. Ce pays ne dispose que de 1 000 m² par hab. C’est exactement le même chiffre que pour la Chine ! La pression foncière est donc nettement moins élevée dans notre pays que dans la plupart des grands pays industrialisés européens.

Cela explique que le prix des terres cultivables soit l’un des plus bas de l’UE.

 

Une histoire favorable à la compétence des hommes et à l’originalité des produits

La Révolution de 1789 a, plus tôt que dans les autres pays d’Europe, permis un développement de la production en diminuant la surface détenue par les propriétaires absentéistes, en attribuant la terre à ceux qui la travaillent et en sécurisant ce changement par un système de propriété privée consignée dans un Code législatif formalisé et respecté.

Le développement de la production a suscité beaucoup d’innovations pour transformer les produits agricoles, les stocker et les commercialiser plus facilement sous forme de fromages ou de charcuterie fumée ou salée d’une extrême variété entre régions. Cela a donné lieu à une culture vivace et bien ancrée sur le territoire autour de la cuisine régionale et de la gastronomie.

 

À l’abri de la concurrence extérieure

Le Royaume-Uni a aboli ses taxes sur le blé (Corn Laws) en 1846. Mais cet exemple n’a pas été suivi en France. Il y a eu une timide tentative d’ouverture des frontières pendant la deuxième moitié du Second Empire et au début de la Troisième République. Cela a duré une vingtaine d’années entre 1860 et 1880. Mais lorsque la concurrence des blés américains ou russes s’est accentuée grâce à la baisse du coût des transports maritimes puis des chemins de fer, les lois Méline des années 1880 ont protégé les agriculteurs français de la concurrence extérieure. Cela a eu pour effet de ralentir l’exode rural. Il y avait encore presque un actif sur trois dans le secteur agricole à la fin de la Deuxième Guerre mondiale. Il faudra attendre les années 1970 pour voir apparaître les premiers excédents du commerce extérieur de produits agroalimentaires. La « vocation exportatrice » de la France n’a jamais existé dans l’histoire et les excédents structurels ne datent que d’une trentaine d’années.

 

Une modernisation très rapide depuis la guerre

Les agriculteurs français avaient un retard technique important sur leurs voisins d’Europe du Nord à la sortie de la Deuxième Guerre mondiale. En quelques décennies, le retard a été rattrapé. Le graphique sur l’évolution du rendement du blé montre clairement le changement brutal qui a eu lieu depuis la fin de la guerre. En cinquante ans, la population active agricole a été divisée par quatre en passant de 3 millions en 1970 à 750 000 en 2010.

La part de la population active qui travaille dans l’agriculture est donc tombée à moins de 3 % et la part de l’agriculture dans le PIB est inférieure à 2 %.

Sur le plan des structures, l’évolution a aussi été extrêmement rapide. Les exploitations agricoles françaises sont désormais parmi les mieux structurées d’Europe. Il n’en reste plus que 490 000 en 2010 avec une surface moyenne de 55 ha contre 19 en 1970. La moyenne européenne n’est que de 15 ha. Il y a en effet encore 12 millions d’exploitations dans l’UE à 27 pour 170 millions d’ha.

Malgré cette division par quatre du nombre d’actifs dans les cinquante dernières années, la production a doublé en volume grâce à un accroissement extrêmement rapide de la productivité du travail. Cela signifie en clair que chaque actif produit huit fois plus de produits qu’en 1960. Mais cette très forte augmentation de la productivité a été contrebalancée par une diminution considérable des prix à la production. En moyenne, ces prix ont été divisés par deux depuis le début des années 70. Cela explique que la valeur réelle globale de la production ait pu diminuer et que les revenus agricoles aient pu prendre à certains moments du retard par rapport aux revenus des autres catégories socioprofessionnelles.

Notre pays avait aussi un retard considérable sur ses concurrents allemands et anglais sur le plan de ses entreprises de transformation de produits alimentaires. Des entreprises performantes se sont constituées depuis cinquante ans et figurent désormais parmi les plus importantes du monde. Par ailleurs, la France bénéficie d’un flux important d’investissements en provenance d’entreprises étrangères dans le domaine agroalimentaire. Actuellement, les industries agroalimentaires (IAA) sont devenues le premier secteur industriel de la France avec près de 600 000 emplois.

 

Les évolutions par secteur de production

Il est intéressant de regarder les évolutions par secteur de production. De nombreux travaux ont montré les évolutions très rapides de la production française en quantités physiques. Pour ce travail sur l’aspect économique nous nous polariserons sur les évolutions en valeur réelle pour prendre en compte l’impact de la baisse des prix sur la valeur ajoutée du secteur. Au total, il est clair que la Ferme France a vu son chiffre d’affaires baisser depuis le début des années 80. La très forte chute des prix dans les secteurs qui ont connu les gains de productivité les plus importants conduisent à des situations étonnantes. La production céréalière annuelle a augmenté de 42 à 59 millions de tonnes entre le début des années 80 et 2011. C’est une augmentation de 64 %. Mais la valeur réelle de la production a baissé de 16 Mrd € à 10 en 2011 soit une baisse de 37 % ! Inversement, la quantité de vin produite en France n’a pas augmenté depuis cinquante ans mais grâce à la montée en gamme de la majorité de la production, la valeur réelle de la production française a plus que doublé. Les vins ne représentaient qu’à peine la moitié de la valeur produite par les céréales au début des années 60. Ils représentent désormais un chiffre d’affaires de 20 % supérieur. Cet exemple montre les limites des stratégies de développement visant à produire des « matières premières » ou des « commodités » comme on le dit dans le secteur des céréales, ou du « minerai » comme on le dit parfois dans le secteur des viandes. Cette stratégie permet d’approvisionner les industries alimentaires au meilleur coût mais elle permet difficilement de créer beaucoup de valeur ajoutée (…).

 

Voir Agriculture : L Bourgeois compare l'histoire de la France et de l'Allemagne - 21 mai 2013. Extrait qui introduit bien la réunion de MARS.

L’évolution des échanges agroalimentaires nous montre pourtant que nous avons une sorte de naïveté en ce domaine.

La France s’est un peu vite ralliée aux thèses libérales en estimant qu’il ne fallait plus que l’État intervienne car les marchés devaient assurer plus rapidement l’optimum. On voit clairement que cela n’a jamais été la pensée dominante en Allemagne dans le domaine agricole. Ce pays a toujours veillé jalousement au maintien de son potentiel de production agricole par des prix élevés, des aides régionalisées, l’utilisation des politiques fiscales et des incitations financières à la production d’énergie renouvelable…

En pure logique libérale, ce pays aurait pu choisir de sacrifier son agriculture sur l’autel de la spécialisation internationale comme le professe l’OMC. Sa puissance industrielle lui permettait d’importer ses produits alimentaires du reste du monde à l’exemple du Royaume-Uni dont le déficit agricole dépasse 25 Mrd € en 2011, soit l’équivalent de la moitié du déficit énergétique de la France ! Au contraire, l’Allemagne a choisi de relever le défi par une politique « industrielle » de l’agriculture. Pire encore, on peut se demander si la vieille malédiction hitlérienne n’est pas en train de se réaliser avec la désindustrialisation actuelle de la France et sa spécialisation dans la fourniture au reste de l’Europe de matières premières comme les céréales et les animaux vivants.

Les autres pays transforment ces matières premières en produits à plus haute valeur ajoutée qui reviennent sur nos marchés sous forme de découpe de volaille ou de jambon de Parme.

 Cet article est le 391ème publié sur ce blog dans la catégorie AGRICULTURE et PAC.

Repost 0
Published by Michel SORIN - dans AGRICULTURE et PAC
commenter cet article
21 mai 2013 2 21 /05 /mai /2013 23:50

Miser sur la capacité d’innovation des agriculteurs français

 

Colloque agriculture Res Publica 71111 151 TC’est un remarquable article qu’a écrit Lucien Bourgeois dans La Revue politique et parlementaire parue au 1er trimestre  2013 sous le titre global « L’agriculture française et le syndrome allemand ». En voici un extrait, qui reprend la partie finale.

 

France et Allemagne : une longue histoire pas commune même avec la PAC

 

Essayons de mieux comprendre les ressorts de cette obsession sur les performances allemandes. Les divergences sont historiques. Plus tardivement unifiée que le Royaume-Uni et la France, l’Allemagne n’a pas pu se lancer dans la conquête coloniale. En revanche, elle s’est lancée dans une croissance industrielle très rapide. Dès les années 1870, elle avait dépassé le Royaume-Uni et était devenue la première puissance industrielle européenne. La France avait fait un tout autre choix en se lançant dans l’aventure coloniale. Elle pouvait se permettre de garder une agriculture peu performante, quitte à importer beaucoup de denrées comme les huiles, le vin, le riz de son empire colonial.

L’Allemagne était obligée d’assurer sa sécurité alimentaire en améliorant les rendements.

Cette situation a perduré jusqu’à la Seconde Guerre mondiale. Pendant l’entre-deux-guerres, la moyenne des rendements de blé n’était que de 15 quintaux par ha en France et, en 1939, il nous fallait importer chaque année l’équivalent de deux mois de consommation de blé. Les rendements étaient alors très inférieurs à ceux de l’Europe du Nord. Cette situation avait d’ailleurs conduit Hitler à imaginer, pendant l’Occupation, une répartition du travail très « coloniale » entre nos deux pays. La France avait beaucoup de terres agricoles peu productives. Les Allemands se spécialiseraient sur l’activité industrielle et la France pourrait assurer l’approvisionnement en produits agricoles.

Fort heureusement, ce n’est pas la voie qui a été choisie après la guerre.

 

La France a opté pour un développement industriel très rapide permettant une modernisation concomitante de l’agriculture. Les Français avaient souffert de la faim pendant la guerre et il fallait bien se douter que les colonies aspiraient à l’indépendance.

Les gouvernements ont pris les mesures d’accompagnement nécessaires pour favoriser le développement de la production par des investissements importants dans les exploitations agricoles.

Quand la construction du Mur de Berlin a poussé les pays d’Europe de l’Ouest à concrétiser leur volonté affichée dans le traité de Rome de mutualiser leurs politiques de sécurité alimentaire, l’agriculture française était prête et avait rattrapé une partie de son retard technique.

 

Dans l’Europe des six du début de la PAC, la France disposait de la moitié des terres agricoles disponibles et tous les pays y compris la France avaient un déficit important de leurs échanges extérieurs de produits alimentaires. Il convenait de développer la production le plus rapidement possible. Après de longs arbitrages politiques, le choix s’est porté sur des prix élevés des produits agricoles et la suppression des limitations de garantie par exploitations que la France avait mis en place (Quantums). Les prix allemands étaient plus élevés que les prix français. Si l’on avait voulu favoriser une spécialisation en fonction des facteurs de production disponibles, on aurait fixé un niveau commun proche des prix français.

Ce n’est pas le choix qui a été fait. Les prix communs ont été fixés à un niveau proche du prix allemand. Cela a permis à ce pays de sauver son agriculture et cela a donné une rente de situation aux producteurs de céréales français.

Cela a pénalisé les éleveurs français qui voyaient ainsi se renchérir le prix des aliments du bétail.

Cette stratégie est restée la même pendant les mouvements monétaires des années 70. Les agriculteurs français n’ont pas pu profiter des dévaluations du franc. Les agriculteurs allemands n’ont pas non plus souffert des réévaluations du mark. Les montants compensatoires monétaires institués en 1976 et maintenus pendant vingt ans ont permis de préserver les producteurs agricoles des mouvements monétaires. L’Allemagne a donc pu profiter du marché commun pour étendre ses marchés de produits industriels sans que la concurrence sur les produits agricoles ne puisse affaiblir son potentiel de production national. Les producteurs français de céréales et oléagineux ont bénéficié d’une rente de situation réinvestie dans l’élargissement de la rente par l’agrandissement des structures de production.

 

La réforme de la PAC de 1992 n’a pas non plus permis de réaliser une spécialisation internationale différente entre les deux pays.

On aurait pu penser qu’après la chute du Mur de Berlin tout allait changer. La réunification faisait progresser la surface agricole de l’Allemagne de 50 %. Le niveau des prix devait converger vers le niveau du marché mondial, les aides devaient avoir un effet neutre sur la production et l’agriculture devait respecter des contraintes environnementales communes.

 

L’absence de solidarité de la France pour assumer le coût de la réunification a favorisé les réflexes de renationalisation de la PAC. Les Allemands ont su utiliser les mécanismes de la PAC pour accompagner la modernisation des grandes fermes de la partie Est et maintenir un potentiel important dans les régions de petites exploitations comme la Bavière.

En France, on feint de croire que tout se décide à Bruxelles et que l’objectif est de conserver les retours financiers les plus importants. Les Allemands ont su trouver des marges de manoeuvre nationales. Les mesures prises méritent d’être observées de près. Retenons qu’ils ont réussi à donner les aides à tous les secteurs alors que la pratique française exclut les fruits et légumes et privilégient les exploitations de grandes cultures végétales. Ils ont su régionaliser pour tenir compte des particularismes régionaux. Ils ont su accompagner la PAC de mesures fiscales nationales qui encouragent les pratiques économes en intrants. Ils ont su utiliser la politique d’encouragement aux énergies renouvelables pour avantager les exploitations d’élevage (méthanisation). Or ce sont elles qui emploient le plus de main-d’oeuvre. Dans le même temps, la France avantage les exploitations de grandes cultures par l’éthanol et le diester.

 

De nombreuses études ont été faites depuis quelques années pour essayer de comprendre pourquoi les entreprises allemandes avaient pu gagner des marchés en particulier sur des articles « premier prix » dans le secteur des produits laitiers et surtout dans les viandes. L’utilisation intelligente de la politique environnementale pour la production d’énergie a permis de faire pression sur les prix au producteur. Mais il faut y ajouter des raisons moins nobles comme une utilisation systématique des possibilités d’emploi de salariés mal payés dans le cadre de la Directive Bolkestein adoptée fin 2006. Comme il n’y a pas de SMIC en Allemagne, les négociations salariales dépendent de l’organisation syndicale de chaque secteur économique. Or certains secteurs comme les abattoirs peuvent utiliser une main-d’œuvre en provenance des pays d’Europe de l’Est avec des salaires très inférieurs.

Cela donne aux entreprises concernées un avantage compétitif important dans ce domaine où les marges sont faibles.

 

La France agricole et l’Allemagne industrielle

Ce rappel de l’histoire montre l’intérêt des comparaisons entre les pays européens pour mieux identifier les marges de manœuvre éventuellement disponibles. Le rapport des Français avec les Allemands est toujours un peu compliqué. Il s’est encore complexifié avec la crise financière de 2008. Nous connaissons une croissance démographique beaucoup plus importante. Nous avons peu à envier sur le plan de la croissance du PIB mais nous sommes dans une position radicalement divergente sur le plan des échanges extérieurs. L’évolution des échanges agroalimentaires nous montre pourtant que nous avons une sorte de naïveté en ce domaine.

La France s’est un peu vite ralliée aux thèses libérales en estimant qu’il ne fallait plus que l’État intervienne car les marchés devaient assurer plus rapidement l’optimum. On voit clairement que cela n’a jamais été la pensée dominante en Allemagne dans le domaine agricole. Ce pays a toujours veillé jalousement au maintien de son potentiel de production agricole par des prix élevés, des aides régionalisées, l’utilisation des politiques fiscales et des incitations financières à la production d’énergie renouvelable… En pure logique libérale, ce pays aurait pu choisir de sacrifier son agriculture sur l’autel de la spécialisation internationale comme le professe l’OMC. Sa puissance industrielle lui permettait d’importer ses produits alimentaires du reste du monde à l’exemple du Royaume-Uni dont le déficit agricole dépasse 25 Mrd € en 2011, soit l’équivalent de la moitié du déficit énergétique de la France !

Au contraire, l’Allemagne a choisi de relever le défi par une politique « industrielle » de l’agriculture. Pire encore, on peut se demander si la vieille malédiction hitlérienne n’est pas en train de se réaliser avec la désindustrialisation actuelle de la France et sa spécialisation dans la fourniture au reste de l’Europe de matières premières comme les céréales et les animaux vivants.

Les autres pays transforment ces matières premières en produits à plus haute valeur ajoutée qui reviennent sur nos marchés sous forme de découpe de volaille ou de jambon de Parme.

 

La malédiction des matières premières

Cette tendance n’a pas encore affecté significativement les résultats du commerce extérieur.

N’est pas dû en partie au succès « involontaire » des vins et boissons ? Contre toute attente et en contradiction avec la logique mise en oeuvre dans les autres domaines, ce secteur a été le seul à augmenter sa part dans le chiffre de la Ferme France et il assure à lui seul la presque totalité de l’excédent du commerce extérieur. Avec des aides PAC nettement plus faibles, ce secteur a montré que la création de valeur ajoutée passait par la qualité en liaison avec l’origine territoriale dans le cadre d’organisations interprofessionnelles efficaces.

On comprend difficilement pourquoi cette belle réussite n’a pas été généralisée. Certes, des secteurs comme celui du sucre et ceux des produits oléagineux et des produits laitiers se sont engagés dans la valorisation industrielle. Mais cela a été peu le cas du secteur céréalier présenté comme emblématique de la puissance agricole de la France.

On peut se demander si ce n’est pas en partie le fait des hauts prix ou des aides importantes imposés par la logique allemande ? Cette situation a freiné le développement de la valeur ajoutée dans l’élevage en France.

Jusqu’à maintenant, cela a été bénéfique aux producteurs de céréales mais ils sont « par construction » de moins en moins nombreux à cause de la mécanique des aides à l’ha. Il suffit aujourd’hui de 600 heures par an pour cultiver 100 ha ! Cette moindre rentabilité de l’élevage a nécessairement des conséquences néfastes sur l’emploi mais aussi sur le territoire.

La politique des prix élevés des céréales n’a pas favorisé l’intégration entre les activités de production de céréales et celles de l’élevage. Cela a poussé à une logique « hors sol » dans les zones proches des ports.

 

L’insolente réussite des Pays-Bas en est en partie la preuve. Il serait intéressant de mieux comprendre comment ce pays peut dégager un excédent agricole deux fois plus important que celui de la France sans avoir la possibilité de produire ni céréales ni vins. On imagine ce que pourraient être les résultats français avec une autre logique de politique agricole.

Nous avons vu que la politique réformée en 1992 atteignait ses limites dans le contexte de crise économique que nous traversons depuis 2008. L’exemple de l’Allemagne et celui des Pays-Bas nous montre qu’il n’y a pas de fatalité et qu’il y a des marges de manoeuvre importantes surtout dans un pays comme la France qui a la possibilité de fabriquer de très nombreux produits alimentaires de qualité.

 

La crise pourrait inciter à changer de paradigme

La crise économique met en lumière les insuffisances des coordinations entre les politiques économiques des pays de l’UE. La PAC faisait un peu exception mais nous avons vu que les risques de renationalisations sont prégnants. Il est étonnant que les propositions faites par la Commission européenne pour la période 2014-2020 ne soient guère différentes de celles qui auraient été faites avant la crise. Il y aurait intérêt à modifier les mécanismes pour favoriser davantage la valeur ajoutée et l’emploi. Mais cela devra se faire dans un contexte budgétaire moins favorable.

Ce sera difficile à cause des pesanteurs. Est-ce qu’un vieux pays jacobin comme la France osera la régionalisation des politiques agricoles pour mieux valoriser la production par les territoires ? Est-ce que, dans un pays où prédominent les logiques d’ingénieurs, on se décidera à encourager la différenciation des produits agricoles ? Se décidera t-on à penser que l’organisation économique dans les filières peut être plus profitable aux consommateurs que le passage obligé par des centrales d’achat de la grande distribution ?

Mais sera t-il possible de modifier les règles actuelles du droit de la concurrence qui semblent plus contraignantes pour les producteurs de pommes à cidre que pour Microsoft ?

 

Peut-on imaginer un système d’aides qui soit plus favorable à l’emploi qu’à la capitalisation et à la concentration des exploitations ? Peut-on imaginer un encouragement plus explicite pour les innovations source de valeur ajoutée ? Les expériences allemandes et hollandaises sont de nature à rassurer les politiques qui souhaiteraient disposer d’exemples concrets. Mais n’oublions pas que le phénomène le plus encourageant, outre les bons résultats actuels du commerce extérieur agroalimentaire, est l’extraordinaire dynamisme des agriculteurs français « sur le terrain ».

Dans toutes les régions, dans tous les secteurs, ils sont nombreux à tenter des expériences innovantes au niveau technique mais aussi pour le travail et (ou) la vente en commun. C’est le meilleur des atouts pour l’avenir à condition qu’on puisse accompagner le mouvement dans de bonnes conditions. 

Cet article est le 390ème publié sur ce blog dans la catégorie AGRICULTURE et PAC.

Repost 0
Published by Michel SORIN - dans AGRICULTURE et PAC
commenter cet article
15 mai 2013 3 15 /05 /mai /2013 23:35

Vers la pénurie mondiale de lait, faute de producteurs

 

Les décisions prises par l’Union européenne visant à supprimer toutes formes de régulation des prix payés aux producteurs de lait ont des conséquences fâcheuses, comme c’était prévisible*. Il y a ceux qui arrêtent le lait et se tournent vers les céréales, qui ont le vent en poupe sur les marchés mondiaux. Et il y a ceux qui, découragés, arrêtent l’agriculture. Triste bilan d’une politique européenne, qui fut pourtant cautionnée par la France ces dernières années.

 

Patrick Le Hyaric, député au Parlement européen, directeur du quotidien l’Humanité, ne cesse d’alerter sur les dangers de cette politique. Voir Alerte lait, dans l’édito qu’il a écrit pour le journal agricole La Terre (14 mai 2013, Wikipédia) :

 

J’ai, ici même, il y a quelques semaines, alerté sur la distorsion existante entre le risque de pénurie mondiale de lait et la pression à la baisse sur les  prix à la production. Au terme d’une discussion entre organisations de producteurs, industriels et distributeurs, il a été accordé péniblement 2 centimes de plus par litre de lait à la production.

Renseignement pris, les producteurs de lait n’en ont toujours pas vu la couleur. Même avec cette augmentation, les prix à la production seraient encore très en deça de 300 euros la tonne. C’est le prix payé, il y a plusieurs années, alors que la spéculation fait monter les prix des produits céréaliers. On estime ainsi que les revenus issus du lait sont au mieux en stagnation depuis 2010, alors que les coûts des aliments ont augmenté de près de 40%.

 

Ainsi, il est clair que la dérégulation impulsée par la Commission de Bruxelles, avec la fin des prix minimum et la prévision de la suppression des quotas de production, détruit à petit feu la production laitière à base familiale. La loi du précédent gouvernement dite de « modernisation de l’économie » continue à faire sa mauvaise œuvre en permettant aux quelques groupes de la grande distribution d’imposer leurs prix. On peut même dire que ces groupes dominants se comportent comme un cartel qui impose les prix d’achat à l’industrie laitière, sous l’égide de M. Leclerc qui se vante d’aider le pouvoir d’achat des consommateurs, alors qu’il ne fait que remplir ses caisses de profits. Et que dire du chantage à la sortie de certains produits  laitiers, de certaines marques des rayons de supermarché.

 

L’autre phénomène très inquiétant pour la production laitière comme pour l’élevage en général, est la tendance de plus en plus d’agriculteurs de retourner leurs prairies pour semer des céréales dont les cours sont très élevés depuis quelques années. Cette tendance à la « végétalisation » de nos campagnes est mortelle pour la valorisation de nos territoires en provoquant une « décapitalisation » importante des fermes. L’ensemble de ces phénomènes provoquera sans tarder des pénuries de viande et de lait, tout en favorisant de nouvelles concentrations agricoles, à rebours de la valorisation des territoires, de l’emploi et de la souveraineté alimentaire.

 

25 000 exploitations laitières ont été supprimées ces trois dernières années. C’est l’équivalent de dix plans sociaux de PSA. Dans l’industrie laitière, sept usines ont été fermées l’an passé, supprimant 1000 emplois. Toutes les informations montrent un certain épuisement des producteurs, découragés, non reconnus, alors qu’ils sont un maillon essentiel de l’économie nationale, produisant une matière essentielle à la vie et à la santé. Il en est de même des petites et moyennes fromageries dont une cinquantaine risque de fermer cette année, entraînant dans leur chute, la disparition de 10 000 emplois.

Il ne s’agit pas ici du grand mot de « redressement productif ». Il s’agit de maintenir une activité en faisant rémunérer correctement le travail agricole et en redistribuant la valeur issue du lait et des produits laitiers, accaparée par la grande distribution. Il y a urgence !

 

* Voir Lait et filières agricoles d'élevage : tous les indicateurs sont au rouge - 21 avril 2013 et Les éleveurs sont à bout (revenus trop bas), les céréaliers sont à l'aise - 23 février 2013. 

 

Cet article est le 389ème publié sur ce blog dans la catégorie AGRICULTURE et PAC.

Repost 0
Published by Michel SORIN - dans AGRICULTURE et PAC
commenter cet article
1 mai 2013 3 01 /05 /mai /2013 23:00

La responsabilité politique est d’assurer la sécurité alimentaire

 

Colloque-agriculture-Res-Publica-71111-151-T.jpgLucien Bourgeois est un bon spécialiste des politiques agricoles, ayant conseillé les présidents successifs de l’Assemblée permanente des Chambres d’agriculture. Il est membre de l’Académie d’Agriculture depuis 2000. Voir (sur le site Terrethique.org : Un regard politique et économique sur l'actualité agricole) d’excellentes vidéos dans lesquelles il se montre très pédagogue.

 

La revue « POUR » du GREP publie un texte de lui, daté du 9 février, dans son numéro 217 de mars 2013 (voir GREP - "POUR": N°217) sous le titre « Prix des céréales : histoire d’une baisse annoncée ». Ils m’ont autorisé à le reproduire ici.

 

Il y a des modes. Actuellement, il est habituel d’entendre que les prix des céréales ne peuvent pas descendre tant sont forts les besoins de la planète pour une population qui ne cesse de croître. Mais chacun sait que les modes sont faites pour changer et mettre en valeur ceux qui aiment se montrer. Les mêmes experts qui affirment avec autorité qu’il s’agit d’une tendance incontournable expliqueront demain toutes les raisons non moins évidentes de la baisse. Personne ne peut savoir ni quand ni comment cela se produira. Mais les risques d’une baisse sont loin d’être négligeables. Comment prendre un peu de recul pour mieux anticiper des retournements éventuels ?

 

Le constat : une embellie plus durable que dans le passé

 

On avait rarement connu pareille euphorie dans le secteur des céréales. Il y avait certes eu une forte augmentation en 2008 mais il y avait eu la douche froide de 2009 aussitôt après. Plus les prix montent, plus ils risquent de baisser ensuite. Mais, cette fois-ci, la hausse est plus durable. Le prix s’est relevé depuis la mi-2010 et l’embellie dure depuis bientôt trois ans. On avait connu quelques craintes au printemps dernier car on annonçait une récolte exceptionnelle de maïs aux Etats-Unis. La récolte fut exceptionnelle mais à la baisse à cause d’une des pires sécheresses jamais connues.

 

De ce fait, réchauffement climatique et nourriture de la planète se conjuguent pour accréditer l’idée que la hausse va se poursuivre encore longtemps. Les intempéries ne vont pas se ralentir à l’avenir. Par ailleurs, la population mondiale augmente encore rapidement et on attend encore 2 milliards de personnes supplémentaires d’ici 2050. Il faut ajouter à cela un désir émis par la plupart de ceux dont le revenu augmente d’accéder aux standards de consommation des plus riches en particulier sur la consommation de viande. Cela multiplie d’autant les besoins en céréales. Il en faut en effet 2 Kilos pour produire un Kilo de poulet et trois pour le porc. On ajoute même qu’il en faudrait 7 pour un Kilo de boeuf en oubliant que fort heureusement il reste des bovins qui se nourrissent d’herbe et que rares sont les humains qui valorisent cette denrée fourragère !

 

Il n’empêche, quand on additionne les besoins pour les hommes et les animaux, la demande de céréales semble infinie. Cela alimente donc les discours sur le maintien de prix élevés des céréales dans les années à venir.

 

La demande non solvable existe depuis toujours

 

Mais est-ce là une situation nouvelle ? Malheureusement non. Cela fait des années, voire des décennies pour ne pas dire des siècles qu’une partie de l’humanité souffre de la faim sans que cela n’ait conduit cette même humanité à augmenter les prix pour encourager la production et satisfaire tous les besoins y compris ceux qui ne seraient pas solvables.

Il est vrai qu’il y a eu une époque, en particulier entre 1980 et 1992 où les Etats-Unis et l’UE ont fait assaut de subventions à l’exportation pour écouler «  à tout prix » une production trop importante. Certains pays pauvres en ont profité pour couvrir des besoins peu solvables de leurs populations urbaines déshéritées au risque de ruiner leurs agriculteurs locaux. Mais ce jeu de la concurrence au moins disant a surtout profité à l’URSS qui pouvait ainsi augmenter sa production de viande à bon compte. Mais là encore, cela n’a pas conduit à un développement de la production locale. Même pendant cet épisode de la course aux subventions à l’exportation, le nombre des personnes qui souffraient de la faim n’a pas diminué. Le chiffre était d’environ 850  millions de personnes. On se rassurait en rappelant que, comme la population mondiale augmentait constamment, le maintien du même chiffre en valeur absolue de sous-alimentés correspondait en fait à une diminution en valeur relative. La bonne conscience se satisfait de peu !

 

Mais cette importante demande réelle était malheureusement non solvable. Elle n’a rien changé à la réalité de la politique agricole dans tous les pays. Depuis le début des années 80, l’Union Européenne couvrait les besoins de la consommation intérieure humaine et animale. C’était une belle performance pour un ensemble de pays qui avaient la même population que les Etats-Unis et trois fois moins de terres arables. Mais le diagnostic était désormais aussi clair qu’aux Etats-Unis. Il fallait s’organiser pour produire moins car à chaque fois qu’on produisait un kilo de plus, il fallait dégager des ressources budgétaires pour payer l’aide à l’exportation que cela nécessitait.

 

Cela n’a pas empêché les gouvernements des pays riches de lutter contre les excédents

 

Pendant quelques années, on a pu repousser les échéances en profitant de certaines opportunités mais en 1992, l’Union Européenne n’a pas été capable de  trouver d’autre solution que de copier le système américain d’un alignement sur les prix du marché mondial, du gel des terres et des aides directes au revenu. En matière de prix, le choix est clair. Le prix des céréales doit être le plus bas possible grâce à la concurrence que vont pouvoir exercer les pays exportateurs les plus compétitifs dans le monde. 

Mais cela change la logique du système car l’Europe renonce à donner l’exemple d’un marché protégé au nom de la sécurité alimentaire. Avant la Réforme de la PAC de 1992, les consommateurs européens payaient souvent leurs produits plus chers que sur le marché mondial.. En donnant des aides directes à ses producteurs pour compenser cette baisse de prix, les Etats-Unis et l’UE reconnaissent implicitement qu’ils ne sont pas compétitifs malgré leur équipement sophistiqué et qu’il est nécessaire d’aider les agriculteurs à se maintenir dans un marché dont on organise la dépression durable par exacerbation de la concurrence internationale.

 

Cette nouvelle politique avait un grand avantage. Elle devait permettre d’accentuer la lutte contre l’inflation grâce à des prix agricoles très bas qui permettraient de limiter les hausses des prix alimentaires et donc les salaires. Mis à part un petit épisode de hausse des cours en 1995, le résultat a été clair, les prix sont restés très bas jusqu’en 2007 et ont eu un effet dépressif sur le niveau de production d’un certain nombre de pays et en particulier des pays exportateurs qui n’avaient pas les moyens de soutenir leurs agriculteurs comme l’UE ou les USA.

 

Fort heureusement toutefois ce type de politique ne concerne en fait qu’une partie du Monde. La grande majorité des pays asiatiques, c’est à dire les pays les plus peuplés de la terre, ont maintenu des politiques favorables à la production et ont effectivement fortement augmenté la satisfaction des besoins intérieurs.

 

L’équilibre était fragile et il a suffi d’une baisse de production pour des raisons climatiques pour mettre le feu aux poudres en 2007 et 2008 et provoquer une hausse très rapide, source d’émeutes de la faim. Les explications étaient faciles. La Chine avait de grands besoins et l’Australie souffrait de la sécheresse. Mais quand on examine les chiffres, les importations chinoises de céréales n’ont pas augmenté et la production australienne est insignifiante.

 

La demande de céréales pour l’énergie augmente trop rapidement

 

En fait, on n’avait pas remarqué que les Etats-Unis avaient changé de politique agricole en 2001 après l’attaque contre les Twin Towers. Avant cet événement, les USA utilisaient 5% de leur production de maïs pour fabriquer de l’éthanol. Après cette date, on a assisté à une rapide montée en puissance. L’utilisation atteignait 20% en 2007 et a culminé à 50% l’année dernière. Cette demande supplémentaire beaucoup plus solvable que celle des populations pauvres du monde. D’autres pays, y compris la Chine, ont fabriqué de l’éthanol à partir du maïs. D’autres céréales ont été utilisées pour des usages industriels. Au total, cette demande supplémentaire pour des usages qui ne concernent pas l’alimentation humaine ou animale atteint désormais 305 millions de tonnes soit environ un kilo sur 6 de la production mondiale.

 

Les quatre dernières récoltes sont des records historiques : Le Monde est capable de produire

 

Contrairement à une autre idée reçue, la production mondiale vole de record en record. Les 4 dernières années sont les quatre meilleures récoltes de l’histoire. Les prix sont élevés à cause de la demande supplémentaire pour usages industriels. Le point positif de cette situation est le formidable encouragement donné à la production dans tous les pays du monde par les prix élevés.

 

Mais il y a de nombreux points négatifs. Les prix élevés ont limité la demande solvable. Lors de la crise de 2008, le nombre des personnes en sous-nutrition avait fait un bond de 150 millions. Pas fini de voir des mouvements sociaux dans les pays les plus pauvres ! Si les prix montent, cela pousse les utilisateurs à acheter des produits substituables. La situation des éleveurs devient très difficile et celle des industriels de l’agroalimentaire aussi. Il n’est pas impossible non plus que les Etats-Unis changent leur fusil d’épaule pour l’éthanol. Ils ne savent plus quoi faire de leur gaz de schiste dont le prix s’est effondré. S’ils décident de réduire l’utilisation de maïs pour l’énergie ne serait ce que d’un tiers, cela fait augmenter subitement l’offre mondiale de maïs de 50 millions de tonnes, chiffre à rapprocher des 93 millions de tonnes du marché mondial.

 

Du coté de l’offre, Il n’est pas impossible qu’il puisse y avoir une récolte normale, voire bonne, aux Etats-Unis. Cette année, la baisse a été de 40 millions de tonnes. Même raisonnement pour un certain nombre d’autres pays producteurs.

 

La situation actuelle n’est peut-être pas une tendance structurelle. Il n’y a pas de précédent historique. Les gouvernements du monde ont beaucoup de moyens pour changer la donne. Il serait vraiment étonnant qu’ils ne les utilisent pas. L’Europe a été frappée d’inertie politique au point de donner des aides directes à des producteurs de céréales qui n’en avaient pas besoin à cause des prix très élevés. Les propositions de la Commission pour une nouvelle PAC ignorent la crise économique et la crise alimentaire. Ce n’est pas une raison pour que les autres gouvernements dans le Monde restent inactifs devant ce nouveau défi sur l’alimentation de la planète.

 

Pas de sécurité alimentaire sans volontarisme politique

 

Il faut que les prix des céréales soient suffisamment élevés pour encourager la production partout dans le Monde mais il faut aussi que les prix soient acceptables par les consommateurs, y compris les éleveurs. Mais il faudrait surtout que le prix varie peu pour faciliter l’organisation collective de filières de transport, de transformation et de commercialisation les plus efficaces. Si le marché savait réaliser pareil défi de satisfaire les producteurs et les consommateurs, cela se saurait ! Il n’y aura jamais de tendances inéluctables. L’alimentation de la planète nécessite une stratégie et il faut qu’elle soit la plus collective possible. N’est-ce pas en fait une définition intéressante et noble de l’action politique ?

 

Cet article est le 388ème publié sur ce blog dans la catégorie AGRICULTURE et PAC.

Repost 0
Published by Michel SORIN - dans AGRICULTURE et PAC
commenter cet article
25 avril 2013 4 25 /04 /avril /2013 16:22

Le ministre veut une agriculture compétitive et écologique

 

Le 15 avril 2013, le ministre de l’agriculture, de l’agroalimentaire et de la forêt, Stéphane Le Foll, a lancé la concertation sur le volet agricole du projet de loi d’avenir pour l’agriculture, qui sera organisé autour de six thèmes : l’alimentation, la performance économique et environnementale des filières agricoles et agroalimentaires, la protection des terres agricoles et l’installation des jeunes agriculteurs, l’enseignement agricole et la recherche, la forêt, et les agricultures ultramarines. Le projet de loi sera présenté en septembre au Conseil des ministres et examiné en novembre par le Parlement. Sa mise en œuvre coïncidera avec la réforme de la Politique Agricole commune (PAC).

Voir Stéphane LE FOLL lance la concertation sur le volet agricole de la loi d'avenir (site du ministère, 19 avril 2013).

 

Controverses Marciac 3et4 aout 2011 114 T1Le ministre semble bien décidé à mettre en œuvre la transition écologique pour l’agriculture. Voir Le Foll : le projet agro-écologique du ministre de l'agriculture est lancé - 28 décembre 2012. 

 

 

Voir aussi cet article du quotidien Le Monde (Angela Bovis, 24 avril 2013) : 

L'agroécologie est-elle l'avenir de l'agriculture française ?

Cultures associées, emploi des micro-organismes... L'agroécologie a été érigée en priorité du ministère de l'agriculture et de l'INRA. Reportage dans la ferme d'un agriculteur expérimentateur, en Vendée (Jacques Morineau, agriculteur en Vendée, fait déjà de l'agro-écologie - 7 janvier 2013).

 

Voir aussi la réaction de la Fédération internationale de l'agriculture biologique au projet de Stéphane Le Foll sur Basta Mag

Lettre ouverte à Stéphane Le Foll : La France, modèle mondial de l’agroécologie ? Par Richard Marietta (18 décembre 2012)

L’agriculture française a perdu 160 000 paysans entre 2000 et 2010, soit 21 % de sa population active. Une véritable « hémorragie sociale » qui ne doit pas être ignorée lors de la conférence nationale « Produisons autrement » le 18 décembre. Dans une lettre ouverte au Ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll, la fédération internationale de l’agriculture biologique Nature & Progrès appelle à une réforme agraire. L’enjeu, devenir le « modèle mondial de l’agroécologie » (...)

 

Nous nous félicitons, monsieur le Ministre, de vos récentes déclarations : « La France doit être le modèle mondial de l’agroécologie. Il faut réconcilier écologie et agriculture ». Nous apprécions la prise en compte de pratiques agricoles écologiques comme l’agroforesterie lors de la conférence nationale « Produisons autrement » organisée par le Ministère le 18 décembre 2012. Cependant, il nous semble regrettable que le volet social ne soit pas du tout abordé dans le cadre de cette Conférence nationale, accueillie pourtant au sein du Conseil Economique Social et Environnemental (CESE). Pour la pratiquer et la promouvoir depuis plusieurs décennies, nos membres en témoignent haut et fort : « L’agroécologie ne se résume pas à une technique agronomique ! »

 

Une agriculture plus écologique nécessite plus de main d’œuvre et plus de paysans, de nombreuses études concernant l’agriculture biologique le démontrent. Or en France, c’est l’inverse qui se produit. La réduction et le vieillissement de la population agricole est inquiétante : l’agriculture française a perdu 160 000 paysans entre 2000 et 2010, soit 21 % de sa population active [1]. C’est la plus forte hémorragie sociale toutes professions confondues ! Oserez-vous affirmer que le nombre de paysans doit continuer à diminuer ou au contraire déclarer avec nous que c’est en stimulant les installations et les systèmes autonomes paysans que nous pouvons inverser la tendance pour devenir le « modèle mondial de l’agroécologie » et « produire autrement » ?

 

Nous soutenons la position de Via Campesina dans la déclaration de Surin datée du 11 novembre 2012 [2], qui défend une vision globale de l’agroécologie et des semences paysannes comme moyen d’atteindre et conserver notre souveraineté alimentaire. Via Campesina se positionne pour une autonomie paysanne indépendante des firmes d’intrants agro-industriels, qui ne relègue pas une poignée d’agriculteurs survivants au statut de sous-traitants de l’industrie agroalimentaire. Une approche écologique de l’agriculture implique un positionnement fort pour la production et la consommation locales par des paysans nombreux, ceci afin de reconquérir la souveraineté alimentaire de la France perdue dans les années 80.

 

Nous appelons à une réforme agraire, dans le cadre de l’agroécologie, qui prenne en compte les problématiques majeures telles que : l’accès au foncier, l’accès aux semences paysannes, l’adaptation des normes industrielles et des dispositifs administratifs aux agricultures diversifiées à taille humaine, la promotion des circuits courts et des marchés locaux, le changement du système de subvention à l’hectare vers une aide proportionnelle au nombre d’actifs sur les fermes, la suppression des subventions à l’exportation et la révision du système fiscal pour plus d’équité. Une telle approche permettra de tendre vers un équilibre écologique, social et économique pour les filières agricoles et agro-alimentaires, et servira de base nourricière pour la société dans son ensemble (…).

 

Cet article est le 387ème publié sur ce blog dans la catégorie AGRICULTURE et PAC.

Repost 0
Published by Michel SORIN - dans AGRICULTURE et PAC
commenter cet article
24 avril 2013 3 24 /04 /avril /2013 16:53

Anniversaire Maria 90 ans 1 08 10 071 T

 

 

Le système maïs-soja en crise,

vive l’herbe pour les vaches !

 

 

Un « Point de vue » dans Ouest-France, le 22 avril 2013, quand il est signé André Pochon*, ne peut passer inaperçu.

J’avais rencontré André Pochon lors d’une réunion à Laval le 23 juin 2005. Il m’avait dédicacé son livre « Les champs du possible. Pour une agriculture durable », Editions Syros La Découverte, collection Alternatives économiques (voir Pour une agriculture durable).

Voir Elevage bovin : les systèmes herbagers (André Pochon) sont rentables - 20 avril 2012. 

 

Crise laitière : crise d'un modèle

 

Dans les années 1950-1960, la révolution fourragère avait incité les éleveurs à nourrir leurs vaches au pré : l'herbe, fourrage équilibré, permettait de produire beaucoup de lait à l'hectare sans complément alimentaire. Période faste où les campagnes sont sorties de la pauvreté, l'exploitation rationnelle des herbages en étant le fer de lance.

Hélas, à la fin des années 1960, sous l'impulsion de la Politique agricole commune (Pac), le maïs fourrage et le soja, tous deux importés des USA, supplantent l'herbe pour l'alimentation des ruminants ; le nouveau système fourrager va s'implanter partout : désormais, point de lait sans maïs !

Cette nouvelle révolution fourragère est favorisée par la Pac signée par les six membres de la Communauté européenne en 1962. En effet, la Pac garantit le prix de la viande et du lait aux éleveurs européens, cependant que le soja, indispensable pour équilibrer le maïs en protéines, est importé sans taxes. L'éleveur se trouve dans cette situation extraordinaire de nourrir ses animaux avec de l'aliment au prix mondial alors que la viande et le lait sont payés au prix garanti européen, soit le double !

Aujourd'hui, cette situation est derrière nous ; sous la pression de la demande des pays émergents comme la Chine et l'Inde, les prix mondiaux des céréales et particulièrement du soja explosent : le soja est passé de 250 à 500 euros la tonne ! Du coup, produire du lait avec du maïs fourrage et du soja devient extrêmement coûteux : il faut deux tonnes de soja pour équilibrer un hectare de maïs, soit désormais 1 000 euros !

Le prix du lait n'augmente pas suffisamment pour combler cette augmentation considérable du prix du soja. D'où la crise actuelle. C'est la fin du système fourrager maïs soja initié par la Pac de 1962 et conforté en 1992 par une prime au maïs fourrage de 400 euros l'hectare, qui n'existe plus.

L'herbe, elle, n'a jamais eu de prime. La solution de la crise laitière est dans le retour à la prairie. Les éleveurs qui nourrissent leurs vaches à l'herbe, fourrage riche en protéines, n'ont que faire du prix du soja et ne sont pas en crise.

La réalité économique est incontournable : les vaches à 10 000 litres, bourrées de maïs, soja et concentrés, ne sont plus rentables ; pour gagner sa vie en produisant du lait, c'est désormais avec des vaches à 6 000 litres pâturant des herbages bien gérés.

Allons-nous pleurer sur la disparition du maïs ? Non, avec la prairie c'est notre autonomie en protéines, l'arrêt des pesticides et des engrais azotés, la fin des algues vertes et le retour à de la viande et du lait riches en oméga 3, au contraire de ceux produits avec des vaches alimentées au maïs-soja qui ont contribué, depuis quarante ans, à l'appauvrissement des sols et au développement des cancers, de l'obésité, du diabète !

Le projet de réforme 2013 de la Pac**, qui maintient le versement de la prime aux céréaliers, va « booster » l'abandon de l'élevage au profit des céréales. Un vrai scandale !

* André Pochon, éleveur en retraite, promoteur de l'agriculture durable, a écrit Le Scandale de l'agriculture folle, Éditions du Rocher, 2009. Voir aussi POCHON André, Les champs du possible (Mediapart) et LES PUBLICATIONS DU CEDAPA. On le retrouve tel qu’il est sur le site de La Croix. Voir André Pochon, un agriculteur en herbe.

 

** Voir Le Parlement européen adopte un projet de pseudo réforme de la PAC - 19 mars 2013 

Lait et filières agricoles d'élevage : tous les indicateurs sont au rouge - 21 avril 2013

L'élevage français inquiète, les éleveurs écrivent au ministre Le Foll - 13 mars 2013

 

Cet article est le 386ème publié sur ce blog dans la catégorie AGRICULTURE et PAC.

Repost 0
Published by Michel SORIN - dans AGRICULTURE et PAC
commenter cet article
23 avril 2013 2 23 /04 /avril /2013 23:31

Le gouvernement lance un plan d’avenir pour la filière avicole

 

Toutes les filières de l’élevage français (lait et viande bovine, porcs, volailles, notamment) se débattent dans de grandes difficultés.

Voir Lait et filières agricoles d'élevage : tous les indicateurs sont au rouge - 21 avril 2013

La filière porcine française se débat dans des difficultés insurmontables - 22 avril 2013.

 

La filière avicole française a subi un choc en 2012. Voir Doux : la faillite d'un groupe industriel, qui met en péril la filière avicole - 13 juillet 2012. Mais, au-delà du cas particulier de cet industriel breton, c’est l’ensemble de la filière volailles qui a besoin d’assistance.

Voir La filière avicole française déclare l'état d'urgence (Paysud, 15 février 2013).

 

Cette situation périlleuse n’a pas empêché la Commission européenne de baisser, à nouveau et fortement, les subventions perçues par les entreprises à l’exportation.

 

Voir Baisse drastique des restitutions à l'exportation de la filière avicole (Patrick Le Hyaric, 6 février 2013). Cette décision brutale sans concertations peut conduire à plus de 5 000 suppressions d’emplois dans la seule région de Bretagne. Cette baisse drastique et violente affaiblit davantage un secteur déjà en grande difficulté.

 

Voir aussi la réponse de la Commission européenne à une question (12 mars 2013) de Yannick Favennec, député (UDI) de la Mayenne : Assemblée nationale | Question écrite N° 20704 de M. Yannick Favennec. Texte de la réponse (9 avril 2013) :

 

Après consultation du comité de gestion du 17 janvier 2013, la Commission européenne a pris la décision, qui relève de sa compétence, de diminuer le montant unitaire des aides à l'exportation de volaille, qui est passé de 217 à 108,5 euros par tonne et ce, malgré l'intervention de la France et en dépit de l'opposition d'autres États membres. Ce montant unitaire avait déjà subi une première baisse, passant de 325 à 217 euros par tonne, le 18 octobre 2012. Les prochaines fixations trimestrielles, d'avril, de juillet et d'octobre 2013 seront donc cruciales pour la filière grand export, et toute la filière volaille dans son ensemble. Les deux baisses consécutives d'octobre 2012 et de janvier 2013 impactent fortement la compétitivité des groupes dédiés à l'export. Cette filière représente 3 500 à 4 000 emplois en France, dont 700 éleveurs. La France conteste les arguments économiques mis en avant par la Commission pour justifier sa décision et le Gouvernement français continuera à se battre pour éviter toute nouvelle baisse à court terme. La Commission s'appuie de son côté sur l'hostilité d'une majorité d'États membres au mécanisme des restitutions à l'exportation. Au-delà de la question des restitutions, la filière volaille doit poursuivre sa mutation économique et écologique, pour consolider les emplois et en créer de nouveaux. Elle pourra compter sur l'appui déterminé des ministres chargés de l'agriculture et de l'agroalimentaire. A cet égard, M. Alain Berger, délégué interministériel aux industries agroalimentaires et à l'agro-industrie, s'est vu confier la mission d'établir un plan de sauvegarde de la filière, en prenant en compte tous les maillons de la filière (de la production à la transformation) et visant notamment la reconquête du marché intérieur. Ce plan sera présenté mi-avril à la filière.

 

Ce plan d’avenir pour la filière avicole a été présenté le 18 avril 2013 par les ministres de l’agriculture et de l’agroalimentaire : Stéphane LE FOLL et Guillaume GAROT lancent avec les professionnels un plan d’avenir pour la filière avicole

 

Le Ministre de l’Agriculture, de l’Agroalimentaire et de la Foret Stéphane Le Foll et le Ministre délégué chargé de l’agroalimentaire Guillaume Garot ont réuni l’ensemble de la filière avicole ce jour pour élaborer un plan d’avenir pour la filière. Le Délégué Interministériel aux Industries Agroalimentaires et aux Agro-industries Alain Berger a présenté les résultats de sa mission menée depuis l’automne 2012 avec l’ensemble de la filière.

Le constat a été partagé que le plus grand défi à relever était de consolider une stratégie collective. Ainsi, la filière mettra en place une interprofession de la volaille de chair associant toutes les composantes, de l’amont jusqu’à l’aval, y compris la distribution et la restauration hors domicile pour construire vision partagée et une stratégie « gagnant-gagnant » de maintien en France d’une production standard pour le marché intérieur et pour l’export, aux côtés d’une production label (…).

 

Dans L'Avenir Agricole (édition du 5 avril 2013), Frédéric Gérard montre bien la situation de la filière avicole : La filière dans une mauvaise passe

 

Etat des lieux. La volaille française se fait voler dans les plumes par les voisins européens.

 

La consommation progresse, au profit de qui ? Point positif de la situation globale, la viande blanche profite de la baisse du pouvoir d’achat des ménages : en poulet de chair, les achats ont encore augmenté de 1,3 % en 2012 ; en dinde de 5 %. Point négatif, une partie est absorbée par les importateurs.

Ces derniers jouent la carte du moins cher. « Tout n’est pas qu’une question de prix de revient, souligne Philippe Guillet, président de SNV (groupe LDC). Il y a aussi un dumping économique agressif pour capter des parts sur le marché français ». A ses yeux, il s’agit d’ailleurs du dernier marché à être aussi peu protégé. « S’il reste aussi ouvert, il faut faire attention que nos outils ne s’essoufflent », prévient-il. Dans la filière, l’appel à la « citoyenneté » et au « patriotisme » du consommateur français résonne de plus en plus.

 

Les GMS vont voir ailleurs. « Nous sommes sur un marché européen », savent dire les industriels aux éleveurs. Les centrales d’achat savent aussi le rappeler à leurs fournisseurs. Plus de 70 % de la production française dépend directement de ce débouché : la grande distribution est donc en position de force. Son credo, relayé par les pouvoirs politiques : « Préserver le pouvoir d’achat des ménages ». Ainsi, fin 2012, alors que la filière réclame une 3ème hausse, les distributeurs refusent. Et tandis que les négociations annuelles sont lancées, ils élargissent leurs appels d’offres vers l’étranger, la Belgique et l’Allemagne en tête, afin d’obtenir les prix les plus bas possible.

 

L’industrie ne peut plus faire tampon. L’aliment s’embrase : + 35 % sur l’année 2012, soit un impact de + 20 % sur le coût de production du poulet vif. Dans le même temps, le prix au détail a gagné 7,9 % (ce qui représente sans doute ce qu’a concédé la grande distribution). Insuffisant donc, mais de nouvelles hausses en magasin n’ont pu être réalisées par les entreprises. Elles se tournent donc vers l’amont, ne pouvant plus assumer seules. Car elles sont unanimes : « Tous les abattoirs sont dans le rouge ». La seule filière dinde perd entre 30 et 50 millions d’euros par an, informe Huttepain, président de la fédération des industries avicoles.

Autres signes de ces difficultés, le désastre Doux mais aussi les mises en redressement des abattoirs bretons TDI et Le Clézio, du fait de la «surcapacité des outils en France et en Bretagne ». C’est ainsi que « « le plus bel abattoir de dindes du pays », selon les termes d’un industriel, pourrait fermer. Les fermetures de sites du groupe Doux auraient pu permettre de « restructurer le secteur », déplorent un certain nombre d’intervenants.

 

Risques de répercussion sur la production. Les entreprises ne parviennent plus à vendre en fonction des coûts de production, les stocks s’accumulent, et les contrats producteurs baissent partout en France. Qui plus est, relève Isabelle Leballeur, « des entreprises ont eu le culot de concéder des baisses face aux GMS. Dont des coopératives ! », dénonce la représentante professionnelle (CFA, Cravi, FDSEA 72, etc.). Pourtant, « les producteurs se sont battus pour une hausse des prix à l’automne », rappelle Jean-Yves Guérot, l’un des représentants de la CFA (branche avicole FNSEA) en Pays de la Loire.

Outre les prix, tous les groupements gèlent les projets d’installation. Les vides sanitaires peuvent s’allonger jusqu’à six ou sept semaines dans le sud-Loire. Un peu partout, les mises en place sont en baisse. « C’est la première fois que je vois une telle situation au printemps… », note Jean-Yves Guérot.

 

Cet article est le 385ème publié sur ce blog dans la catégorie AGRICULTURE et PAC.

Repost 0
Published by Michel SORIN - dans AGRICULTURE et PAC
commenter cet article
22 avril 2013 1 22 /04 /avril /2013 22:47

Le prix des matières premières, la concurrence allemande

 

Elevage-porcin-Lecherbault-150112-012-T.jpgLa belle époque où les producteurs de porcs bénéficiaient de conditions de marché favorables est loin derrière nous. Les bretons, notamment, se permettaient d’être les plus libéraux des agriculteurs. La situation a bien changé. La filière porcine cumule aujourd’hui les difficultés.

 

Voir La filière porcine passe à l'abattoir (La Tribune, Jessica Dubois, 18 mars 2013)

 

Entre la hausse des prix des matières premières, la concurrence allemande, les exigences de la grande distribution et l'obligation de respecter de nouvelles normes, la filière porcine française souffre terriblement. Ce qui commence à provoquer de sérieux dégâts dans les abattoirs. La filière, au total, emploie 100.000 personnes en France, boucher-charcutiers inclus.

Le 27 février 2013, Gad SAS, est placé en redressement judiciaire. Un coup dur pour les 1.500 salariés qui travaillent dans ses deux abattoirs de découpe de porcs installés à Josselin dans le Morbihan et à Lampaul dans le Finistère. L'entreprise ne sera sûrement pas la dernière à tomber. Car la filière porcine française fait face aujourd'hui à plusieurs difficultés. "La crise existe depuis très longtemps", fait remarquer Antoine Gautier, analyste chez ODA, Offre et demande agricole, "les années 1980 étaient très bonnes, mais la situation s'est détériorée dans les années 1990 et, depuis, les éleveurs sont considérés comme en crise. Depuis 2007, avec la première crise des matières premières, les coûts de production sont de plus en plus souvent au dessus du prix de vente".

 

Une baisse de la rentabilité pour les éleveurs

Alors que le prix de la tonne de blé était encore à 100 euros en avril 2005 sur le marché à terme de la place de Paris, il est aujourd'hui, pour un achat à mai 2013, à 232,5 euros. Un pic à 280 euros la tonne a même été atteint en novembre, à la suite de la sécheresse aux Etats-Unis, en Argentine et au Brésil. "Les évolutions sont les mêmes sur le colza et le soja", ajoute Antoine Gautier. "Il faudrait que nous puissions vendre nos cochons à 1,8 euro le kilo à l'abattoir. Aujourd'hui on le vend 1,65 euro le kilo", témoigne François Valy, responsable porc de la Fédération régionale des syndicats d'exploitants agricoles (FRSEA) Bretagne, et éleveur dans le Morbihan. Difficile de lutter contre les hausses des matières premières : "70% de nos charges sont alimentaires", estime-t-il (…).

 

Les normes européennes fatales pour des éleveurs ?

A cela s'ajoute, pour les éleveurs, de nouvelles normes imposées pour le bien-être des truies. Depuis le 1er janvier, celles-ci doivent être maintenues en groupe pendant une partie de la période de gestation, de telle sorte qu'elles puissent bouger plus facilement. Fin février, selon des chiffres fournis par le ministère de l'agriculture à une ONG, 28% des éleveurs français ne respectaient pas ces normes (…).

 

Les abattoirs en tenaille

D'un côté, les abattoirs voient donc arriver moins de porcs, à un prix plus élevé. De l'autre, ils n'arrivent pas à faire augmenter les prix d'achat par les grandes surfaces. "La grande distribution dicte sa loi", regrette Patrick Piguel, délégué syndical CFDT à l'abattoir Gad SAS de Josselin. Certains distributeurs, comme Système U, commencent à changer leur approche. En moyenne, dans les grandes surfaces selon Inaporc, l'interprofession nationale porcine, le kilo de viande fraîche se revend entre 6 et 7 euros et le kilo de charcuterie entre 9 et 10 euros au consommateur.

 

Concurrence allemande

Les abattoirs ne peuvent pas non plus tenter leur chance à l'export. La part de marché des opérateurs français est déjà faible, et ne peut peser face à la concurrence. Surtout face aux Allemands. Car outre-Rhin, les abattoirs peuvent employer des salariés venus d'Europe de l'Est payés jusqu'à trois fois moins cher qu'en France. Et les tarifs des porcs qui sortent des abattoirs allemands font concurrence aux abattoirs français sur le marché hexagonal, dans la distribution. Les espoirs de la filière reposent désormais sur les grandes surfaces. Les abattoirs Gad SAS ont, eux, six mois pour examiner les moyens de pérenniser leur activité.

 

Des études concernant le coût de la main-d’œuvre et ses répercussions sur la compétitivité de l’abattage-découpe dans les principaux pays producteurs de porcs (Allemagne, Espagne) ont été conduites par l’IFIP-Institut du porc. Voici le résumé des travaux de Marie-Alix Roussillon, Justine Saffray et Michel Rieu (décembre 2011) :

 

L’Allemagne, l’Espagne et la France sont les trois premiers producteurs de porcs en Europe. Alors que la production française est relativement stable depuis 10 ans, celle de l’Allemagne et de l’Espagne connaissent un fort développement. Celui-ci s’accompagne d’un accroissement des exportations de viande et notamment de pièces désossées, dont l’élaboration nécessite une main-d’oeuvre importante.

 

Dans le marché européen très concurrentiel du porc, la maîtrise des coûts de production est primordiale pour garantir la compétitivité des produits du porc. Le coût de la main-d’œuvre en abattage et découpe est ainsi déterminant dans la compétitivité relative des entreprises.

 

L’examen des règlementations nationales sur le travail met en évidence des écarts importants entre la France, l’Allemagne et l’Espagne, ce qui peut générer des avantages comparatifs. L’Etat allemand intervient peu dans le marché du travail et les entreprises ont une certaine liberté, en particulier en matière de rémunération de leur personnel, puisqu’il n’existe pas de salaire minimum. En outre, les conventions collectives d’application générale sont souvent inexistantes dans les entreprises allemandes d’abattage-découpe de porc.

 

Alors que l’accès direct au marché allemand du travail avait été restreint lors des élargissements de l’Union européenne, le recours aux travailleurs détachés s’est beaucoup développé pour contourner ces restrictions. En l’absence de convention collective et de salaire minimum, cette main-d’oeuvre représente un coût très faible pour les entreprises : environ 5 €/h dans certains cas. L’introduction du salaire minimum en Allemagne a fait l’objet de nombreux débats en 2011, en amont des prochaines élections législatives prévues en

2013. Le parti de la Chancelière Merkel s’est déclaré en faveur d’un salaire minimum, contrairement à un accord passé avec les Libéraux, lors des dernières élections.

 

Une convention collective d’application générale existe pour le secteur de l’industrie de la viande en Espagne. Elle définit les rémunérations minimales et les conditions de protection sociale des employés. Les entreprises espagnoles ont aussi recours à une main-d’œuvre étrangère importante. Celle-ci est toutefois rémunérée au salaire minimum, qui est bien inférieur au SMIC français. Le coût horaire minimum dans l’abattage-découpe de porc s’établit ainsi à 12 €/h en Espagne, alors qu’il est au minimum de 16 €/h en France.

 

Le coût de la main-d’oeuvre pour abattre et élaborer un kilo de porc dans un atelier type a été simulé. Ce coût est de 0,05 €/kg en Allemagne, 0,07 €/kg en Espagne et 0,085 €/kg en France en raison des différences de rémunérations, toutes choses égales par ailleurs.

Pour compenser ces écarts de coût de main-d’oeuvre, les entreprises peuvent revoir leur organisation industrielle et recourir à une automatisation plus poussée, comme cela est le cas au Danemark. Cela permet d’accroître la productivité du travail et d’améliorer les conditions de travail sur la chaîne d’abattage-découpe. L’automatisation génère toutefois des coûts supplémentaires en maintenance.

Comme le font déjà Vion ou Danish Crown, la délocalisation des activités intenses en main-d’œuvre permet de bénéficier des avantages comparatifs des pays voisins, tels que l’Allemagne ou les nouveaux Etats membres, voire même, pour certaines opérations, l’Asie.

 

Le renforcement de la flexibilité du travail, par le recours à des travailleurs temporaires ou étrangers ou en interne dans l’entreprise en aménageant les temps de travail permet d’adapter les besoins de main-d’oeuvre en fonction de l’activité.

Finalement, une harmonisation des règles sociales au sein de l’Union européenne permettrait de réduire les distorsions entre Etats membres et améliorerait les conditions de travail dans l’industrie de la viande.

 

Voir Compétitivité de l'aval de la filière porcine

Le coût de la main d'œuvre dans l'industrie de la viande en Espagne et en Angleterre

Le ministère de l’agriculture a réuni l'ensemble de la filière le 15 avril 2013 pour élaborer un Plan d’avenir de la filière porcine.

L’objectif est de redonner confiance en l’avenir à l’ensemble des opérateurs constituant la filière. Cela passe par une dynamique collective et coordonnée, l’interprofession étant le lieu permettant de dégager une vision partagée de la filière et une vraie solidarité entre les différents maillons, que les pouvoirs publics accompagneront.

 

Voir Filière porcine : Stéphane Le Foll et Guillaume Garot s'engagent avec les professionnels pour l'avenir de la filière porcine

1) Retrouver un niveau de production de 25 millions de porcs tout en continuant à améliorer l’impact environnemental des exploitations

2) Consolider les secteurs abattage découpe et transformation

3) Mieux encadrer les relations commerciales dans les filières agricoles et agroalimentaires

4) Mieux vendre en renforçant les stratégies de marché

 

Cet article est le 384ème publié sur ce blog dans la catégorie AGRICULTURE et PAC.

Repost 0
Published by Michel SORIN - dans AGRICULTURE et PAC
commenter cet article
21 avril 2013 7 21 /04 /avril /2013 23:34

Le syndicalisme FNSEA s’en prend à la grande distribution

 

Les signaux d’alarme - qui existent depuis longtemps (voir L'élevage français inquiète, les éleveurs écrivent au ministre Le Foll - 13 mars 2013 et Les propositions de la Confédération paysanne pour sauver l'élevage - 18 janvier 2013) - sont brandis maintenant par les syndicats majoritaires, liés à la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA).

Voir les articles (Christian Evon, 19 avril 2013) de L'Avenir Agricole, l'Information Agricole des Pays de la Loire, sous le titre « Des signaux très alarmants » :

Bovins, porcins, volailles et ovins : dans les filières animales, tous les indicateurs sont au rouge. L’augmentation des prix des matières premières et des autres charges plombent les élevages français. Les entreprises d’abattage-transformation enregistrent une baisse de leurs volumes et ne parviennent plus à optimiser leurs outils industriels. Au final, la grande distribution fait pression pour imposer des prix sans cesse plus bas et les filières souffrent d’un déficit de compétitivité flagrant.

Les coopératives françaises, fortes de leur poids économique et de leur ancrage territorial, tirent la sonnette d’alarme. Elles en appellent à la grande distribution et lui demandent de limiter le nombre de références offertes aux consommateurs et de rationaliser les commandes par une simplification du cahier des charges. Coop de France estime que cette double mesure permettrait un retour économique sous la forme d’une baisse de charges comprise entre 3 et 7 % selon les filières.

Dans le secteur laitier et plus largement dans l’ensemble des filières d’élevage, les producteurs sont très remontés contre les pratiques de la grande distribution.

La table ronde sur l’avenir de la filière laitière a accouché d’une souris, symbole d’un dialogue interprofessionnel au point mort. Le gouvernement a nommé un médiateur, dont la mission est de trouver un accord avant la fin du mois.

Le quotidien Ouest-France, dans son édition datée des 13 et 14 avril 2013, rend compte des actions menées par la FNSEA, notamment en Mayenne.

Plusieurs milliers d’éleveurs manifestent

La FNSEA revendique la participation de 15 000 agriculteurs dans 80 départements rassemblés pour soutenir l’élevage. A l’appel de la FNSEA, des JA et des principales organisations d’éleveurs adhérentes à la FNSEA, les producteurs ont déposé leurs cahiers de doléances dans les préfectures (…). L’élevage français est en fait confronté à une série de défis : réussir à répercuter ses coûts de production auprès de la grande distribution, moins dépendre du soja pour l’alimentation des troupeaux, remettre à plat le chantier de la contractualisation et celui de la solidarité entre les filières.

            Les agriculteurs veulent maintenir la pression

Ils veulent une renégociation de la loi de modernisation de l’économie (LME). Environ 150 agriculteurs ont fait le siège, vendredi à Laval, devant la préfecture.

Ce n’était pas, à proprement parler, un coup de colère mais plutôt une opération de communication (…). La reconstitution d’une mini-ferme avec vache, cochon, poule… devant les grilles de la préfecture attestait, une fois de plus, que le décorum avait été soigné… Les élus du département ne s’y étaient pas trompés. Ils sont venus nombreux soutenir le monde paysan. Le ministre Guillaume Garot, Jean Arthuis, les députés Guillaume Chevrollier, Sylvie Pichot et Yanick Favennec, pour ne citer que ceux qui s’étaient déplacés avant la pause déjeuner, ont ainsi pu exprimer leur solidarité devant un auditoire d’environ 150 agriculteurs.

Mais le cœur des problèmes agricoles a été abordé par Philippe Jehan, président de la FDSEA, et le ministre délégué à l’agroalimentaire, Guillaume Garot. Pour le premier : «  Trois ans après son application, la loi LME reste insatisfaisante, car elle n’est pas assortie d’obligations de résultats. Il faut, aussi, faire un texte qui ne risque pas de se faire retoquer par l’Europe. Et le syndicaliste d’insister sur « l’importance du pied de facture pour l’agriculteur. Autrement dit, les coûts de revient intégrés dans les prix, lesquels ne doivent pas être négociables » (…).

Pour sa part, Guillaume Garot, sèchement interpellé par un producteur de porcs très remonté, s’est dit « conscient des risques de végétalisation de l’agriculture (céréaliers qui prennent le pas sur les éleveurs) ». Il s’est aussi dit « convaincu de la nécessité de reprendre la loi LME. Et plus particulièrement la disposition sur la volatilité des coûts de production. Ainsi que celle des conditions de vente dans la grande distribution. Le rapport de force devra être différent ».

Guillaume Garot a également précisé le calendrier. « Les prix du porc seront discutés dès lundi, ceux de la volaille le 18 avril. Toutefois, pour ces productions, ce sont les filières dans leur ensemble qui doivent se remettre en question. Il serait trop facile de tout attendre de l’Etat ».

 

Le 18 avril, le premier ministre, Jean-Marc Ayrault, était sur le point d’obtenir un accord. Voir Ouest-France (Hervé Plagnol, 19 avril 2013) : Prix du lait : le forcing de Jean-Marc Ayrault et La France Agricole (20 avril) : Prix du lait : une revalorisation « possible et souhaitable » d’au moins 25 €/1.000 l pour le deuxième trimestre (Premier ministre).

 

En Mayenne, la Coordination rurale dénonce le contrat Lactalis

 

Chevènement Commer 301111 035 TDe son côté, la Coordination rurale  (CR, l'un des syndicats minoritaires) avait mené une action en Mayenne, le 29 mars 2013. Une action de protestation conduite par Olivier Chemin, président 53, dénonçant le contrat proposé par l’industriel Lactalis et bloquant symboliquement le camion de collecte.

 

Voir ces articles de Ouest-France (31 mars 2013) : Saint-Fraimbault-de-Prières (53). Des producteurs de lait bloquent la collecte et de l’Avenir agricole (5 avril 2013) : En Mayenne : contre Lactalis, un blocage en vain.

 

Dans l’article de l’hebdomadaire « Le Courrier de la Mayenne » (Pierre-Alexandre Gouvette, 4 avril 2013), Olivier Chemin dénonce les termes du contrat que lui propose le groupe laitier : absence de prix fixés, clause de sauvegarde inadaptée pour le producteur, obligation de fournir du lait en permanence… « Aujourd’hui, je produis à perte en vendant 1000 litres de lait pour 315 euros. Je souhaite que Lactalis prenne en compte l’augmentation des coûts de production qui ramène le prix aux alentours de 450 euros ».

 

Voir aussi la vidéo du reportage de France 3 sur la ferme d’Olivier Chemin (journal du 19 avril 2013) « La bataille du lait » : Olivier Chemin (CR53), producteur de lait, s'élève contre le géant Lactalis : http://www.youtube.com/watch?v=3yh-yxEjcvw&feature=youtu.be

 

Cet article est le 383ème publié sur ce blog dans la catégorie AGRICULTURE et PAC.

Repost 0
Published by Michel SORIN - dans AGRICULTURE et PAC
commenter cet article