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  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine autour des idées de Jean-Pierre Chevènement. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens après les élections de 2002.
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21 mai 2013 2 21 /05 /mai /2013 23:50

Miser sur la capacité d’innovation des agriculteurs français

 

Colloque agriculture Res Publica 71111 151 TC’est un remarquable article qu’a écrit Lucien Bourgeois dans La Revue politique et parlementaire parue au 1er trimestre  2013 sous le titre global « L’agriculture française et le syndrome allemand ». En voici un extrait, qui reprend la partie finale.

 

France et Allemagne : une longue histoire pas commune même avec la PAC

 

Essayons de mieux comprendre les ressorts de cette obsession sur les performances allemandes. Les divergences sont historiques. Plus tardivement unifiée que le Royaume-Uni et la France, l’Allemagne n’a pas pu se lancer dans la conquête coloniale. En revanche, elle s’est lancée dans une croissance industrielle très rapide. Dès les années 1870, elle avait dépassé le Royaume-Uni et était devenue la première puissance industrielle européenne. La France avait fait un tout autre choix en se lançant dans l’aventure coloniale. Elle pouvait se permettre de garder une agriculture peu performante, quitte à importer beaucoup de denrées comme les huiles, le vin, le riz de son empire colonial.

L’Allemagne était obligée d’assurer sa sécurité alimentaire en améliorant les rendements.

Cette situation a perduré jusqu’à la Seconde Guerre mondiale. Pendant l’entre-deux-guerres, la moyenne des rendements de blé n’était que de 15 quintaux par ha en France et, en 1939, il nous fallait importer chaque année l’équivalent de deux mois de consommation de blé. Les rendements étaient alors très inférieurs à ceux de l’Europe du Nord. Cette situation avait d’ailleurs conduit Hitler à imaginer, pendant l’Occupation, une répartition du travail très « coloniale » entre nos deux pays. La France avait beaucoup de terres agricoles peu productives. Les Allemands se spécialiseraient sur l’activité industrielle et la France pourrait assurer l’approvisionnement en produits agricoles.

Fort heureusement, ce n’est pas la voie qui a été choisie après la guerre.

 

La France a opté pour un développement industriel très rapide permettant une modernisation concomitante de l’agriculture. Les Français avaient souffert de la faim pendant la guerre et il fallait bien se douter que les colonies aspiraient à l’indépendance.

Les gouvernements ont pris les mesures d’accompagnement nécessaires pour favoriser le développement de la production par des investissements importants dans les exploitations agricoles.

Quand la construction du Mur de Berlin a poussé les pays d’Europe de l’Ouest à concrétiser leur volonté affichée dans le traité de Rome de mutualiser leurs politiques de sécurité alimentaire, l’agriculture française était prête et avait rattrapé une partie de son retard technique.

 

Dans l’Europe des six du début de la PAC, la France disposait de la moitié des terres agricoles disponibles et tous les pays y compris la France avaient un déficit important de leurs échanges extérieurs de produits alimentaires. Il convenait de développer la production le plus rapidement possible. Après de longs arbitrages politiques, le choix s’est porté sur des prix élevés des produits agricoles et la suppression des limitations de garantie par exploitations que la France avait mis en place (Quantums). Les prix allemands étaient plus élevés que les prix français. Si l’on avait voulu favoriser une spécialisation en fonction des facteurs de production disponibles, on aurait fixé un niveau commun proche des prix français.

Ce n’est pas le choix qui a été fait. Les prix communs ont été fixés à un niveau proche du prix allemand. Cela a permis à ce pays de sauver son agriculture et cela a donné une rente de situation aux producteurs de céréales français.

Cela a pénalisé les éleveurs français qui voyaient ainsi se renchérir le prix des aliments du bétail.

Cette stratégie est restée la même pendant les mouvements monétaires des années 70. Les agriculteurs français n’ont pas pu profiter des dévaluations du franc. Les agriculteurs allemands n’ont pas non plus souffert des réévaluations du mark. Les montants compensatoires monétaires institués en 1976 et maintenus pendant vingt ans ont permis de préserver les producteurs agricoles des mouvements monétaires. L’Allemagne a donc pu profiter du marché commun pour étendre ses marchés de produits industriels sans que la concurrence sur les produits agricoles ne puisse affaiblir son potentiel de production national. Les producteurs français de céréales et oléagineux ont bénéficié d’une rente de situation réinvestie dans l’élargissement de la rente par l’agrandissement des structures de production.

 

La réforme de la PAC de 1992 n’a pas non plus permis de réaliser une spécialisation internationale différente entre les deux pays.

On aurait pu penser qu’après la chute du Mur de Berlin tout allait changer. La réunification faisait progresser la surface agricole de l’Allemagne de 50 %. Le niveau des prix devait converger vers le niveau du marché mondial, les aides devaient avoir un effet neutre sur la production et l’agriculture devait respecter des contraintes environnementales communes.

 

L’absence de solidarité de la France pour assumer le coût de la réunification a favorisé les réflexes de renationalisation de la PAC. Les Allemands ont su utiliser les mécanismes de la PAC pour accompagner la modernisation des grandes fermes de la partie Est et maintenir un potentiel important dans les régions de petites exploitations comme la Bavière.

En France, on feint de croire que tout se décide à Bruxelles et que l’objectif est de conserver les retours financiers les plus importants. Les Allemands ont su trouver des marges de manoeuvre nationales. Les mesures prises méritent d’être observées de près. Retenons qu’ils ont réussi à donner les aides à tous les secteurs alors que la pratique française exclut les fruits et légumes et privilégient les exploitations de grandes cultures végétales. Ils ont su régionaliser pour tenir compte des particularismes régionaux. Ils ont su accompagner la PAC de mesures fiscales nationales qui encouragent les pratiques économes en intrants. Ils ont su utiliser la politique d’encouragement aux énergies renouvelables pour avantager les exploitations d’élevage (méthanisation). Or ce sont elles qui emploient le plus de main-d’oeuvre. Dans le même temps, la France avantage les exploitations de grandes cultures par l’éthanol et le diester.

 

De nombreuses études ont été faites depuis quelques années pour essayer de comprendre pourquoi les entreprises allemandes avaient pu gagner des marchés en particulier sur des articles « premier prix » dans le secteur des produits laitiers et surtout dans les viandes. L’utilisation intelligente de la politique environnementale pour la production d’énergie a permis de faire pression sur les prix au producteur. Mais il faut y ajouter des raisons moins nobles comme une utilisation systématique des possibilités d’emploi de salariés mal payés dans le cadre de la Directive Bolkestein adoptée fin 2006. Comme il n’y a pas de SMIC en Allemagne, les négociations salariales dépendent de l’organisation syndicale de chaque secteur économique. Or certains secteurs comme les abattoirs peuvent utiliser une main-d’œuvre en provenance des pays d’Europe de l’Est avec des salaires très inférieurs.

Cela donne aux entreprises concernées un avantage compétitif important dans ce domaine où les marges sont faibles.

 

La France agricole et l’Allemagne industrielle

Ce rappel de l’histoire montre l’intérêt des comparaisons entre les pays européens pour mieux identifier les marges de manœuvre éventuellement disponibles. Le rapport des Français avec les Allemands est toujours un peu compliqué. Il s’est encore complexifié avec la crise financière de 2008. Nous connaissons une croissance démographique beaucoup plus importante. Nous avons peu à envier sur le plan de la croissance du PIB mais nous sommes dans une position radicalement divergente sur le plan des échanges extérieurs. L’évolution des échanges agroalimentaires nous montre pourtant que nous avons une sorte de naïveté en ce domaine.

La France s’est un peu vite ralliée aux thèses libérales en estimant qu’il ne fallait plus que l’État intervienne car les marchés devaient assurer plus rapidement l’optimum. On voit clairement que cela n’a jamais été la pensée dominante en Allemagne dans le domaine agricole. Ce pays a toujours veillé jalousement au maintien de son potentiel de production agricole par des prix élevés, des aides régionalisées, l’utilisation des politiques fiscales et des incitations financières à la production d’énergie renouvelable… En pure logique libérale, ce pays aurait pu choisir de sacrifier son agriculture sur l’autel de la spécialisation internationale comme le professe l’OMC. Sa puissance industrielle lui permettait d’importer ses produits alimentaires du reste du monde à l’exemple du Royaume-Uni dont le déficit agricole dépasse 25 Mrd € en 2011, soit l’équivalent de la moitié du déficit énergétique de la France !

Au contraire, l’Allemagne a choisi de relever le défi par une politique « industrielle » de l’agriculture. Pire encore, on peut se demander si la vieille malédiction hitlérienne n’est pas en train de se réaliser avec la désindustrialisation actuelle de la France et sa spécialisation dans la fourniture au reste de l’Europe de matières premières comme les céréales et les animaux vivants.

Les autres pays transforment ces matières premières en produits à plus haute valeur ajoutée qui reviennent sur nos marchés sous forme de découpe de volaille ou de jambon de Parme.

 

La malédiction des matières premières

Cette tendance n’a pas encore affecté significativement les résultats du commerce extérieur.

N’est pas dû en partie au succès « involontaire » des vins et boissons ? Contre toute attente et en contradiction avec la logique mise en oeuvre dans les autres domaines, ce secteur a été le seul à augmenter sa part dans le chiffre de la Ferme France et il assure à lui seul la presque totalité de l’excédent du commerce extérieur. Avec des aides PAC nettement plus faibles, ce secteur a montré que la création de valeur ajoutée passait par la qualité en liaison avec l’origine territoriale dans le cadre d’organisations interprofessionnelles efficaces.

On comprend difficilement pourquoi cette belle réussite n’a pas été généralisée. Certes, des secteurs comme celui du sucre et ceux des produits oléagineux et des produits laitiers se sont engagés dans la valorisation industrielle. Mais cela a été peu le cas du secteur céréalier présenté comme emblématique de la puissance agricole de la France.

On peut se demander si ce n’est pas en partie le fait des hauts prix ou des aides importantes imposés par la logique allemande ? Cette situation a freiné le développement de la valeur ajoutée dans l’élevage en France.

Jusqu’à maintenant, cela a été bénéfique aux producteurs de céréales mais ils sont « par construction » de moins en moins nombreux à cause de la mécanique des aides à l’ha. Il suffit aujourd’hui de 600 heures par an pour cultiver 100 ha ! Cette moindre rentabilité de l’élevage a nécessairement des conséquences néfastes sur l’emploi mais aussi sur le territoire.

La politique des prix élevés des céréales n’a pas favorisé l’intégration entre les activités de production de céréales et celles de l’élevage. Cela a poussé à une logique « hors sol » dans les zones proches des ports.

 

L’insolente réussite des Pays-Bas en est en partie la preuve. Il serait intéressant de mieux comprendre comment ce pays peut dégager un excédent agricole deux fois plus important que celui de la France sans avoir la possibilité de produire ni céréales ni vins. On imagine ce que pourraient être les résultats français avec une autre logique de politique agricole.

Nous avons vu que la politique réformée en 1992 atteignait ses limites dans le contexte de crise économique que nous traversons depuis 2008. L’exemple de l’Allemagne et celui des Pays-Bas nous montre qu’il n’y a pas de fatalité et qu’il y a des marges de manoeuvre importantes surtout dans un pays comme la France qui a la possibilité de fabriquer de très nombreux produits alimentaires de qualité.

 

La crise pourrait inciter à changer de paradigme

La crise économique met en lumière les insuffisances des coordinations entre les politiques économiques des pays de l’UE. La PAC faisait un peu exception mais nous avons vu que les risques de renationalisations sont prégnants. Il est étonnant que les propositions faites par la Commission européenne pour la période 2014-2020 ne soient guère différentes de celles qui auraient été faites avant la crise. Il y aurait intérêt à modifier les mécanismes pour favoriser davantage la valeur ajoutée et l’emploi. Mais cela devra se faire dans un contexte budgétaire moins favorable.

Ce sera difficile à cause des pesanteurs. Est-ce qu’un vieux pays jacobin comme la France osera la régionalisation des politiques agricoles pour mieux valoriser la production par les territoires ? Est-ce que, dans un pays où prédominent les logiques d’ingénieurs, on se décidera à encourager la différenciation des produits agricoles ? Se décidera t-on à penser que l’organisation économique dans les filières peut être plus profitable aux consommateurs que le passage obligé par des centrales d’achat de la grande distribution ?

Mais sera t-il possible de modifier les règles actuelles du droit de la concurrence qui semblent plus contraignantes pour les producteurs de pommes à cidre que pour Microsoft ?

 

Peut-on imaginer un système d’aides qui soit plus favorable à l’emploi qu’à la capitalisation et à la concentration des exploitations ? Peut-on imaginer un encouragement plus explicite pour les innovations source de valeur ajoutée ? Les expériences allemandes et hollandaises sont de nature à rassurer les politiques qui souhaiteraient disposer d’exemples concrets. Mais n’oublions pas que le phénomène le plus encourageant, outre les bons résultats actuels du commerce extérieur agroalimentaire, est l’extraordinaire dynamisme des agriculteurs français « sur le terrain ».

Dans toutes les régions, dans tous les secteurs, ils sont nombreux à tenter des expériences innovantes au niveau technique mais aussi pour le travail et (ou) la vente en commun. C’est le meilleur des atouts pour l’avenir à condition qu’on puisse accompagner le mouvement dans de bonnes conditions. 

Cet article est le 390ème publié sur ce blog dans la catégorie AGRICULTURE et PAC.

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15 mai 2013 3 15 /05 /mai /2013 23:35

Vers la pénurie mondiale de lait, faute de producteurs

 

Les décisions prises par l’Union européenne visant à supprimer toutes formes de régulation des prix payés aux producteurs de lait ont des conséquences fâcheuses, comme c’était prévisible*. Il y a ceux qui arrêtent le lait et se tournent vers les céréales, qui ont le vent en poupe sur les marchés mondiaux. Et il y a ceux qui, découragés, arrêtent l’agriculture. Triste bilan d’une politique européenne, qui fut pourtant cautionnée par la France ces dernières années.

 

Patrick Le Hyaric, député au Parlement européen, directeur du quotidien l’Humanité, ne cesse d’alerter sur les dangers de cette politique. Voir Alerte lait, dans l’édito qu’il a écrit pour le journal agricole La Terre (14 mai 2013, Wikipédia) :

 

J’ai, ici même, il y a quelques semaines, alerté sur la distorsion existante entre le risque de pénurie mondiale de lait et la pression à la baisse sur les  prix à la production. Au terme d’une discussion entre organisations de producteurs, industriels et distributeurs, il a été accordé péniblement 2 centimes de plus par litre de lait à la production.

Renseignement pris, les producteurs de lait n’en ont toujours pas vu la couleur. Même avec cette augmentation, les prix à la production seraient encore très en deça de 300 euros la tonne. C’est le prix payé, il y a plusieurs années, alors que la spéculation fait monter les prix des produits céréaliers. On estime ainsi que les revenus issus du lait sont au mieux en stagnation depuis 2010, alors que les coûts des aliments ont augmenté de près de 40%.

 

Ainsi, il est clair que la dérégulation impulsée par la Commission de Bruxelles, avec la fin des prix minimum et la prévision de la suppression des quotas de production, détruit à petit feu la production laitière à base familiale. La loi du précédent gouvernement dite de « modernisation de l’économie » continue à faire sa mauvaise œuvre en permettant aux quelques groupes de la grande distribution d’imposer leurs prix. On peut même dire que ces groupes dominants se comportent comme un cartel qui impose les prix d’achat à l’industrie laitière, sous l’égide de M. Leclerc qui se vante d’aider le pouvoir d’achat des consommateurs, alors qu’il ne fait que remplir ses caisses de profits. Et que dire du chantage à la sortie de certains produits  laitiers, de certaines marques des rayons de supermarché.

 

L’autre phénomène très inquiétant pour la production laitière comme pour l’élevage en général, est la tendance de plus en plus d’agriculteurs de retourner leurs prairies pour semer des céréales dont les cours sont très élevés depuis quelques années. Cette tendance à la « végétalisation » de nos campagnes est mortelle pour la valorisation de nos territoires en provoquant une « décapitalisation » importante des fermes. L’ensemble de ces phénomènes provoquera sans tarder des pénuries de viande et de lait, tout en favorisant de nouvelles concentrations agricoles, à rebours de la valorisation des territoires, de l’emploi et de la souveraineté alimentaire.

 

25 000 exploitations laitières ont été supprimées ces trois dernières années. C’est l’équivalent de dix plans sociaux de PSA. Dans l’industrie laitière, sept usines ont été fermées l’an passé, supprimant 1000 emplois. Toutes les informations montrent un certain épuisement des producteurs, découragés, non reconnus, alors qu’ils sont un maillon essentiel de l’économie nationale, produisant une matière essentielle à la vie et à la santé. Il en est de même des petites et moyennes fromageries dont une cinquantaine risque de fermer cette année, entraînant dans leur chute, la disparition de 10 000 emplois.

Il ne s’agit pas ici du grand mot de « redressement productif ». Il s’agit de maintenir une activité en faisant rémunérer correctement le travail agricole et en redistribuant la valeur issue du lait et des produits laitiers, accaparée par la grande distribution. Il y a urgence !

 

* Voir Lait et filières agricoles d'élevage : tous les indicateurs sont au rouge - 21 avril 2013 et Les éleveurs sont à bout (revenus trop bas), les céréaliers sont à l'aise - 23 février 2013. 

 

Cet article est le 389ème publié sur ce blog dans la catégorie AGRICULTURE et PAC.

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1 mai 2013 3 01 /05 /mai /2013 23:00

La responsabilité politique est d’assurer la sécurité alimentaire

 

Colloque-agriculture-Res-Publica-71111-151-T.jpgLucien Bourgeois est un bon spécialiste des politiques agricoles, ayant conseillé les présidents successifs de l’Assemblée permanente des Chambres d’agriculture. Il est membre de l’Académie d’Agriculture depuis 2000. Voir (sur le site Terrethique.org : Un regard politique et économique sur l'actualité agricole) d’excellentes vidéos dans lesquelles il se montre très pédagogue.

 

La revue « POUR » du GREP publie un texte de lui, daté du 9 février, dans son numéro 217 de mars 2013 (voir GREP - "POUR": N°217) sous le titre « Prix des céréales : histoire d’une baisse annoncée ». Ils m’ont autorisé à le reproduire ici.

 

Il y a des modes. Actuellement, il est habituel d’entendre que les prix des céréales ne peuvent pas descendre tant sont forts les besoins de la planète pour une population qui ne cesse de croître. Mais chacun sait que les modes sont faites pour changer et mettre en valeur ceux qui aiment se montrer. Les mêmes experts qui affirment avec autorité qu’il s’agit d’une tendance incontournable expliqueront demain toutes les raisons non moins évidentes de la baisse. Personne ne peut savoir ni quand ni comment cela se produira. Mais les risques d’une baisse sont loin d’être négligeables. Comment prendre un peu de recul pour mieux anticiper des retournements éventuels ?

 

Le constat : une embellie plus durable que dans le passé

 

On avait rarement connu pareille euphorie dans le secteur des céréales. Il y avait certes eu une forte augmentation en 2008 mais il y avait eu la douche froide de 2009 aussitôt après. Plus les prix montent, plus ils risquent de baisser ensuite. Mais, cette fois-ci, la hausse est plus durable. Le prix s’est relevé depuis la mi-2010 et l’embellie dure depuis bientôt trois ans. On avait connu quelques craintes au printemps dernier car on annonçait une récolte exceptionnelle de maïs aux Etats-Unis. La récolte fut exceptionnelle mais à la baisse à cause d’une des pires sécheresses jamais connues.

 

De ce fait, réchauffement climatique et nourriture de la planète se conjuguent pour accréditer l’idée que la hausse va se poursuivre encore longtemps. Les intempéries ne vont pas se ralentir à l’avenir. Par ailleurs, la population mondiale augmente encore rapidement et on attend encore 2 milliards de personnes supplémentaires d’ici 2050. Il faut ajouter à cela un désir émis par la plupart de ceux dont le revenu augmente d’accéder aux standards de consommation des plus riches en particulier sur la consommation de viande. Cela multiplie d’autant les besoins en céréales. Il en faut en effet 2 Kilos pour produire un Kilo de poulet et trois pour le porc. On ajoute même qu’il en faudrait 7 pour un Kilo de boeuf en oubliant que fort heureusement il reste des bovins qui se nourrissent d’herbe et que rares sont les humains qui valorisent cette denrée fourragère !

 

Il n’empêche, quand on additionne les besoins pour les hommes et les animaux, la demande de céréales semble infinie. Cela alimente donc les discours sur le maintien de prix élevés des céréales dans les années à venir.

 

La demande non solvable existe depuis toujours

 

Mais est-ce là une situation nouvelle ? Malheureusement non. Cela fait des années, voire des décennies pour ne pas dire des siècles qu’une partie de l’humanité souffre de la faim sans que cela n’ait conduit cette même humanité à augmenter les prix pour encourager la production et satisfaire tous les besoins y compris ceux qui ne seraient pas solvables.

Il est vrai qu’il y a eu une époque, en particulier entre 1980 et 1992 où les Etats-Unis et l’UE ont fait assaut de subventions à l’exportation pour écouler «  à tout prix » une production trop importante. Certains pays pauvres en ont profité pour couvrir des besoins peu solvables de leurs populations urbaines déshéritées au risque de ruiner leurs agriculteurs locaux. Mais ce jeu de la concurrence au moins disant a surtout profité à l’URSS qui pouvait ainsi augmenter sa production de viande à bon compte. Mais là encore, cela n’a pas conduit à un développement de la production locale. Même pendant cet épisode de la course aux subventions à l’exportation, le nombre des personnes qui souffraient de la faim n’a pas diminué. Le chiffre était d’environ 850  millions de personnes. On se rassurait en rappelant que, comme la population mondiale augmentait constamment, le maintien du même chiffre en valeur absolue de sous-alimentés correspondait en fait à une diminution en valeur relative. La bonne conscience se satisfait de peu !

 

Mais cette importante demande réelle était malheureusement non solvable. Elle n’a rien changé à la réalité de la politique agricole dans tous les pays. Depuis le début des années 80, l’Union Européenne couvrait les besoins de la consommation intérieure humaine et animale. C’était une belle performance pour un ensemble de pays qui avaient la même population que les Etats-Unis et trois fois moins de terres arables. Mais le diagnostic était désormais aussi clair qu’aux Etats-Unis. Il fallait s’organiser pour produire moins car à chaque fois qu’on produisait un kilo de plus, il fallait dégager des ressources budgétaires pour payer l’aide à l’exportation que cela nécessitait.

 

Cela n’a pas empêché les gouvernements des pays riches de lutter contre les excédents

 

Pendant quelques années, on a pu repousser les échéances en profitant de certaines opportunités mais en 1992, l’Union Européenne n’a pas été capable de  trouver d’autre solution que de copier le système américain d’un alignement sur les prix du marché mondial, du gel des terres et des aides directes au revenu. En matière de prix, le choix est clair. Le prix des céréales doit être le plus bas possible grâce à la concurrence que vont pouvoir exercer les pays exportateurs les plus compétitifs dans le monde. 

Mais cela change la logique du système car l’Europe renonce à donner l’exemple d’un marché protégé au nom de la sécurité alimentaire. Avant la Réforme de la PAC de 1992, les consommateurs européens payaient souvent leurs produits plus chers que sur le marché mondial.. En donnant des aides directes à ses producteurs pour compenser cette baisse de prix, les Etats-Unis et l’UE reconnaissent implicitement qu’ils ne sont pas compétitifs malgré leur équipement sophistiqué et qu’il est nécessaire d’aider les agriculteurs à se maintenir dans un marché dont on organise la dépression durable par exacerbation de la concurrence internationale.

 

Cette nouvelle politique avait un grand avantage. Elle devait permettre d’accentuer la lutte contre l’inflation grâce à des prix agricoles très bas qui permettraient de limiter les hausses des prix alimentaires et donc les salaires. Mis à part un petit épisode de hausse des cours en 1995, le résultat a été clair, les prix sont restés très bas jusqu’en 2007 et ont eu un effet dépressif sur le niveau de production d’un certain nombre de pays et en particulier des pays exportateurs qui n’avaient pas les moyens de soutenir leurs agriculteurs comme l’UE ou les USA.

 

Fort heureusement toutefois ce type de politique ne concerne en fait qu’une partie du Monde. La grande majorité des pays asiatiques, c’est à dire les pays les plus peuplés de la terre, ont maintenu des politiques favorables à la production et ont effectivement fortement augmenté la satisfaction des besoins intérieurs.

 

L’équilibre était fragile et il a suffi d’une baisse de production pour des raisons climatiques pour mettre le feu aux poudres en 2007 et 2008 et provoquer une hausse très rapide, source d’émeutes de la faim. Les explications étaient faciles. La Chine avait de grands besoins et l’Australie souffrait de la sécheresse. Mais quand on examine les chiffres, les importations chinoises de céréales n’ont pas augmenté et la production australienne est insignifiante.

 

La demande de céréales pour l’énergie augmente trop rapidement

 

En fait, on n’avait pas remarqué que les Etats-Unis avaient changé de politique agricole en 2001 après l’attaque contre les Twin Towers. Avant cet événement, les USA utilisaient 5% de leur production de maïs pour fabriquer de l’éthanol. Après cette date, on a assisté à une rapide montée en puissance. L’utilisation atteignait 20% en 2007 et a culminé à 50% l’année dernière. Cette demande supplémentaire beaucoup plus solvable que celle des populations pauvres du monde. D’autres pays, y compris la Chine, ont fabriqué de l’éthanol à partir du maïs. D’autres céréales ont été utilisées pour des usages industriels. Au total, cette demande supplémentaire pour des usages qui ne concernent pas l’alimentation humaine ou animale atteint désormais 305 millions de tonnes soit environ un kilo sur 6 de la production mondiale.

 

Les quatre dernières récoltes sont des records historiques : Le Monde est capable de produire

 

Contrairement à une autre idée reçue, la production mondiale vole de record en record. Les 4 dernières années sont les quatre meilleures récoltes de l’histoire. Les prix sont élevés à cause de la demande supplémentaire pour usages industriels. Le point positif de cette situation est le formidable encouragement donné à la production dans tous les pays du monde par les prix élevés.

 

Mais il y a de nombreux points négatifs. Les prix élevés ont limité la demande solvable. Lors de la crise de 2008, le nombre des personnes en sous-nutrition avait fait un bond de 150 millions. Pas fini de voir des mouvements sociaux dans les pays les plus pauvres ! Si les prix montent, cela pousse les utilisateurs à acheter des produits substituables. La situation des éleveurs devient très difficile et celle des industriels de l’agroalimentaire aussi. Il n’est pas impossible non plus que les Etats-Unis changent leur fusil d’épaule pour l’éthanol. Ils ne savent plus quoi faire de leur gaz de schiste dont le prix s’est effondré. S’ils décident de réduire l’utilisation de maïs pour l’énergie ne serait ce que d’un tiers, cela fait augmenter subitement l’offre mondiale de maïs de 50 millions de tonnes, chiffre à rapprocher des 93 millions de tonnes du marché mondial.

 

Du coté de l’offre, Il n’est pas impossible qu’il puisse y avoir une récolte normale, voire bonne, aux Etats-Unis. Cette année, la baisse a été de 40 millions de tonnes. Même raisonnement pour un certain nombre d’autres pays producteurs.

 

La situation actuelle n’est peut-être pas une tendance structurelle. Il n’y a pas de précédent historique. Les gouvernements du monde ont beaucoup de moyens pour changer la donne. Il serait vraiment étonnant qu’ils ne les utilisent pas. L’Europe a été frappée d’inertie politique au point de donner des aides directes à des producteurs de céréales qui n’en avaient pas besoin à cause des prix très élevés. Les propositions de la Commission pour une nouvelle PAC ignorent la crise économique et la crise alimentaire. Ce n’est pas une raison pour que les autres gouvernements dans le Monde restent inactifs devant ce nouveau défi sur l’alimentation de la planète.

 

Pas de sécurité alimentaire sans volontarisme politique

 

Il faut que les prix des céréales soient suffisamment élevés pour encourager la production partout dans le Monde mais il faut aussi que les prix soient acceptables par les consommateurs, y compris les éleveurs. Mais il faudrait surtout que le prix varie peu pour faciliter l’organisation collective de filières de transport, de transformation et de commercialisation les plus efficaces. Si le marché savait réaliser pareil défi de satisfaire les producteurs et les consommateurs, cela se saurait ! Il n’y aura jamais de tendances inéluctables. L’alimentation de la planète nécessite une stratégie et il faut qu’elle soit la plus collective possible. N’est-ce pas en fait une définition intéressante et noble de l’action politique ?

 

Cet article est le 388ème publié sur ce blog dans la catégorie AGRICULTURE et PAC.

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25 avril 2013 4 25 /04 /avril /2013 16:22

Le ministre veut une agriculture compétitive et écologique

 

Le 15 avril 2013, le ministre de l’agriculture, de l’agroalimentaire et de la forêt, Stéphane Le Foll, a lancé la concertation sur le volet agricole du projet de loi d’avenir pour l’agriculture, qui sera organisé autour de six thèmes : l’alimentation, la performance économique et environnementale des filières agricoles et agroalimentaires, la protection des terres agricoles et l’installation des jeunes agriculteurs, l’enseignement agricole et la recherche, la forêt, et les agricultures ultramarines. Le projet de loi sera présenté en septembre au Conseil des ministres et examiné en novembre par le Parlement. Sa mise en œuvre coïncidera avec la réforme de la Politique Agricole commune (PAC).

Voir Stéphane LE FOLL lance la concertation sur le volet agricole de la loi d'avenir (site du ministère, 19 avril 2013).

 

Controverses Marciac 3et4 aout 2011 114 T1Le ministre semble bien décidé à mettre en œuvre la transition écologique pour l’agriculture. Voir Le Foll : le projet agro-écologique du ministre de l'agriculture est lancé - 28 décembre 2012. 

 

 

Voir aussi cet article du quotidien Le Monde (Angela Bovis, 24 avril 2013) : 

L'agroécologie est-elle l'avenir de l'agriculture française ?

Cultures associées, emploi des micro-organismes... L'agroécologie a été érigée en priorité du ministère de l'agriculture et de l'INRA. Reportage dans la ferme d'un agriculteur expérimentateur, en Vendée (Jacques Morineau, agriculteur en Vendée, fait déjà de l'agro-écologie - 7 janvier 2013).

 

Voir aussi la réaction de la Fédération internationale de l'agriculture biologique au projet de Stéphane Le Foll sur Basta Mag

Lettre ouverte à Stéphane Le Foll : La France, modèle mondial de l’agroécologie ? Par Richard Marietta (18 décembre 2012)

L’agriculture française a perdu 160 000 paysans entre 2000 et 2010, soit 21 % de sa population active. Une véritable « hémorragie sociale » qui ne doit pas être ignorée lors de la conférence nationale « Produisons autrement » le 18 décembre. Dans une lettre ouverte au Ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll, la fédération internationale de l’agriculture biologique Nature & Progrès appelle à une réforme agraire. L’enjeu, devenir le « modèle mondial de l’agroécologie » (...)

 

Nous nous félicitons, monsieur le Ministre, de vos récentes déclarations : « La France doit être le modèle mondial de l’agroécologie. Il faut réconcilier écologie et agriculture ». Nous apprécions la prise en compte de pratiques agricoles écologiques comme l’agroforesterie lors de la conférence nationale « Produisons autrement » organisée par le Ministère le 18 décembre 2012. Cependant, il nous semble regrettable que le volet social ne soit pas du tout abordé dans le cadre de cette Conférence nationale, accueillie pourtant au sein du Conseil Economique Social et Environnemental (CESE). Pour la pratiquer et la promouvoir depuis plusieurs décennies, nos membres en témoignent haut et fort : « L’agroécologie ne se résume pas à une technique agronomique ! »

 

Une agriculture plus écologique nécessite plus de main d’œuvre et plus de paysans, de nombreuses études concernant l’agriculture biologique le démontrent. Or en France, c’est l’inverse qui se produit. La réduction et le vieillissement de la population agricole est inquiétante : l’agriculture française a perdu 160 000 paysans entre 2000 et 2010, soit 21 % de sa population active [1]. C’est la plus forte hémorragie sociale toutes professions confondues ! Oserez-vous affirmer que le nombre de paysans doit continuer à diminuer ou au contraire déclarer avec nous que c’est en stimulant les installations et les systèmes autonomes paysans que nous pouvons inverser la tendance pour devenir le « modèle mondial de l’agroécologie » et « produire autrement » ?

 

Nous soutenons la position de Via Campesina dans la déclaration de Surin datée du 11 novembre 2012 [2], qui défend une vision globale de l’agroécologie et des semences paysannes comme moyen d’atteindre et conserver notre souveraineté alimentaire. Via Campesina se positionne pour une autonomie paysanne indépendante des firmes d’intrants agro-industriels, qui ne relègue pas une poignée d’agriculteurs survivants au statut de sous-traitants de l’industrie agroalimentaire. Une approche écologique de l’agriculture implique un positionnement fort pour la production et la consommation locales par des paysans nombreux, ceci afin de reconquérir la souveraineté alimentaire de la France perdue dans les années 80.

 

Nous appelons à une réforme agraire, dans le cadre de l’agroécologie, qui prenne en compte les problématiques majeures telles que : l’accès au foncier, l’accès aux semences paysannes, l’adaptation des normes industrielles et des dispositifs administratifs aux agricultures diversifiées à taille humaine, la promotion des circuits courts et des marchés locaux, le changement du système de subvention à l’hectare vers une aide proportionnelle au nombre d’actifs sur les fermes, la suppression des subventions à l’exportation et la révision du système fiscal pour plus d’équité. Une telle approche permettra de tendre vers un équilibre écologique, social et économique pour les filières agricoles et agro-alimentaires, et servira de base nourricière pour la société dans son ensemble (…).

 

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24 avril 2013 3 24 /04 /avril /2013 16:53

Anniversaire Maria 90 ans 1 08 10 071 T

 

 

Le système maïs-soja en crise,

vive l’herbe pour les vaches !

 

 

Un « Point de vue » dans Ouest-France, le 22 avril 2013, quand il est signé André Pochon*, ne peut passer inaperçu.

J’avais rencontré André Pochon lors d’une réunion à Laval le 23 juin 2005. Il m’avait dédicacé son livre « Les champs du possible. Pour une agriculture durable », Editions Syros La Découverte, collection Alternatives économiques (voir Pour une agriculture durable).

Voir Elevage bovin : les systèmes herbagers (André Pochon) sont rentables - 20 avril 2012. 

 

Crise laitière : crise d'un modèle

 

Dans les années 1950-1960, la révolution fourragère avait incité les éleveurs à nourrir leurs vaches au pré : l'herbe, fourrage équilibré, permettait de produire beaucoup de lait à l'hectare sans complément alimentaire. Période faste où les campagnes sont sorties de la pauvreté, l'exploitation rationnelle des herbages en étant le fer de lance.

Hélas, à la fin des années 1960, sous l'impulsion de la Politique agricole commune (Pac), le maïs fourrage et le soja, tous deux importés des USA, supplantent l'herbe pour l'alimentation des ruminants ; le nouveau système fourrager va s'implanter partout : désormais, point de lait sans maïs !

Cette nouvelle révolution fourragère est favorisée par la Pac signée par les six membres de la Communauté européenne en 1962. En effet, la Pac garantit le prix de la viande et du lait aux éleveurs européens, cependant que le soja, indispensable pour équilibrer le maïs en protéines, est importé sans taxes. L'éleveur se trouve dans cette situation extraordinaire de nourrir ses animaux avec de l'aliment au prix mondial alors que la viande et le lait sont payés au prix garanti européen, soit le double !

Aujourd'hui, cette situation est derrière nous ; sous la pression de la demande des pays émergents comme la Chine et l'Inde, les prix mondiaux des céréales et particulièrement du soja explosent : le soja est passé de 250 à 500 euros la tonne ! Du coup, produire du lait avec du maïs fourrage et du soja devient extrêmement coûteux : il faut deux tonnes de soja pour équilibrer un hectare de maïs, soit désormais 1 000 euros !

Le prix du lait n'augmente pas suffisamment pour combler cette augmentation considérable du prix du soja. D'où la crise actuelle. C'est la fin du système fourrager maïs soja initié par la Pac de 1962 et conforté en 1992 par une prime au maïs fourrage de 400 euros l'hectare, qui n'existe plus.

L'herbe, elle, n'a jamais eu de prime. La solution de la crise laitière est dans le retour à la prairie. Les éleveurs qui nourrissent leurs vaches à l'herbe, fourrage riche en protéines, n'ont que faire du prix du soja et ne sont pas en crise.

La réalité économique est incontournable : les vaches à 10 000 litres, bourrées de maïs, soja et concentrés, ne sont plus rentables ; pour gagner sa vie en produisant du lait, c'est désormais avec des vaches à 6 000 litres pâturant des herbages bien gérés.

Allons-nous pleurer sur la disparition du maïs ? Non, avec la prairie c'est notre autonomie en protéines, l'arrêt des pesticides et des engrais azotés, la fin des algues vertes et le retour à de la viande et du lait riches en oméga 3, au contraire de ceux produits avec des vaches alimentées au maïs-soja qui ont contribué, depuis quarante ans, à l'appauvrissement des sols et au développement des cancers, de l'obésité, du diabète !

Le projet de réforme 2013 de la Pac**, qui maintient le versement de la prime aux céréaliers, va « booster » l'abandon de l'élevage au profit des céréales. Un vrai scandale !

* André Pochon, éleveur en retraite, promoteur de l'agriculture durable, a écrit Le Scandale de l'agriculture folle, Éditions du Rocher, 2009. Voir aussi POCHON André, Les champs du possible (Mediapart) et LES PUBLICATIONS DU CEDAPA. On le retrouve tel qu’il est sur le site de La Croix. Voir André Pochon, un agriculteur en herbe.

 

** Voir Le Parlement européen adopte un projet de pseudo réforme de la PAC - 19 mars 2013 

Lait et filières agricoles d'élevage : tous les indicateurs sont au rouge - 21 avril 2013

L'élevage français inquiète, les éleveurs écrivent au ministre Le Foll - 13 mars 2013

 

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23 avril 2013 2 23 /04 /avril /2013 23:31

Le gouvernement lance un plan d’avenir pour la filière avicole

 

Toutes les filières de l’élevage français (lait et viande bovine, porcs, volailles, notamment) se débattent dans de grandes difficultés.

Voir Lait et filières agricoles d'élevage : tous les indicateurs sont au rouge - 21 avril 2013

La filière porcine française se débat dans des difficultés insurmontables - 22 avril 2013.

 

La filière avicole française a subi un choc en 2012. Voir Doux : la faillite d'un groupe industriel, qui met en péril la filière avicole - 13 juillet 2012. Mais, au-delà du cas particulier de cet industriel breton, c’est l’ensemble de la filière volailles qui a besoin d’assistance.

Voir La filière avicole française déclare l'état d'urgence (Paysud, 15 février 2013).

 

Cette situation périlleuse n’a pas empêché la Commission européenne de baisser, à nouveau et fortement, les subventions perçues par les entreprises à l’exportation.

 

Voir Baisse drastique des restitutions à l'exportation de la filière avicole (Patrick Le Hyaric, 6 février 2013). Cette décision brutale sans concertations peut conduire à plus de 5 000 suppressions d’emplois dans la seule région de Bretagne. Cette baisse drastique et violente affaiblit davantage un secteur déjà en grande difficulté.

 

Voir aussi la réponse de la Commission européenne à une question (12 mars 2013) de Yannick Favennec, député (UDI) de la Mayenne : Assemblée nationale | Question écrite N° 20704 de M. Yannick Favennec. Texte de la réponse (9 avril 2013) :

 

Après consultation du comité de gestion du 17 janvier 2013, la Commission européenne a pris la décision, qui relève de sa compétence, de diminuer le montant unitaire des aides à l'exportation de volaille, qui est passé de 217 à 108,5 euros par tonne et ce, malgré l'intervention de la France et en dépit de l'opposition d'autres États membres. Ce montant unitaire avait déjà subi une première baisse, passant de 325 à 217 euros par tonne, le 18 octobre 2012. Les prochaines fixations trimestrielles, d'avril, de juillet et d'octobre 2013 seront donc cruciales pour la filière grand export, et toute la filière volaille dans son ensemble. Les deux baisses consécutives d'octobre 2012 et de janvier 2013 impactent fortement la compétitivité des groupes dédiés à l'export. Cette filière représente 3 500 à 4 000 emplois en France, dont 700 éleveurs. La France conteste les arguments économiques mis en avant par la Commission pour justifier sa décision et le Gouvernement français continuera à se battre pour éviter toute nouvelle baisse à court terme. La Commission s'appuie de son côté sur l'hostilité d'une majorité d'États membres au mécanisme des restitutions à l'exportation. Au-delà de la question des restitutions, la filière volaille doit poursuivre sa mutation économique et écologique, pour consolider les emplois et en créer de nouveaux. Elle pourra compter sur l'appui déterminé des ministres chargés de l'agriculture et de l'agroalimentaire. A cet égard, M. Alain Berger, délégué interministériel aux industries agroalimentaires et à l'agro-industrie, s'est vu confier la mission d'établir un plan de sauvegarde de la filière, en prenant en compte tous les maillons de la filière (de la production à la transformation) et visant notamment la reconquête du marché intérieur. Ce plan sera présenté mi-avril à la filière.

 

Ce plan d’avenir pour la filière avicole a été présenté le 18 avril 2013 par les ministres de l’agriculture et de l’agroalimentaire : Stéphane LE FOLL et Guillaume GAROT lancent avec les professionnels un plan d’avenir pour la filière avicole

 

Le Ministre de l’Agriculture, de l’Agroalimentaire et de la Foret Stéphane Le Foll et le Ministre délégué chargé de l’agroalimentaire Guillaume Garot ont réuni l’ensemble de la filière avicole ce jour pour élaborer un plan d’avenir pour la filière. Le Délégué Interministériel aux Industries Agroalimentaires et aux Agro-industries Alain Berger a présenté les résultats de sa mission menée depuis l’automne 2012 avec l’ensemble de la filière.

Le constat a été partagé que le plus grand défi à relever était de consolider une stratégie collective. Ainsi, la filière mettra en place une interprofession de la volaille de chair associant toutes les composantes, de l’amont jusqu’à l’aval, y compris la distribution et la restauration hors domicile pour construire vision partagée et une stratégie « gagnant-gagnant » de maintien en France d’une production standard pour le marché intérieur et pour l’export, aux côtés d’une production label (…).

 

Dans L'Avenir Agricole (édition du 5 avril 2013), Frédéric Gérard montre bien la situation de la filière avicole : La filière dans une mauvaise passe

 

Etat des lieux. La volaille française se fait voler dans les plumes par les voisins européens.

 

La consommation progresse, au profit de qui ? Point positif de la situation globale, la viande blanche profite de la baisse du pouvoir d’achat des ménages : en poulet de chair, les achats ont encore augmenté de 1,3 % en 2012 ; en dinde de 5 %. Point négatif, une partie est absorbée par les importateurs.

Ces derniers jouent la carte du moins cher. « Tout n’est pas qu’une question de prix de revient, souligne Philippe Guillet, président de SNV (groupe LDC). Il y a aussi un dumping économique agressif pour capter des parts sur le marché français ». A ses yeux, il s’agit d’ailleurs du dernier marché à être aussi peu protégé. « S’il reste aussi ouvert, il faut faire attention que nos outils ne s’essoufflent », prévient-il. Dans la filière, l’appel à la « citoyenneté » et au « patriotisme » du consommateur français résonne de plus en plus.

 

Les GMS vont voir ailleurs. « Nous sommes sur un marché européen », savent dire les industriels aux éleveurs. Les centrales d’achat savent aussi le rappeler à leurs fournisseurs. Plus de 70 % de la production française dépend directement de ce débouché : la grande distribution est donc en position de force. Son credo, relayé par les pouvoirs politiques : « Préserver le pouvoir d’achat des ménages ». Ainsi, fin 2012, alors que la filière réclame une 3ème hausse, les distributeurs refusent. Et tandis que les négociations annuelles sont lancées, ils élargissent leurs appels d’offres vers l’étranger, la Belgique et l’Allemagne en tête, afin d’obtenir les prix les plus bas possible.

 

L’industrie ne peut plus faire tampon. L’aliment s’embrase : + 35 % sur l’année 2012, soit un impact de + 20 % sur le coût de production du poulet vif. Dans le même temps, le prix au détail a gagné 7,9 % (ce qui représente sans doute ce qu’a concédé la grande distribution). Insuffisant donc, mais de nouvelles hausses en magasin n’ont pu être réalisées par les entreprises. Elles se tournent donc vers l’amont, ne pouvant plus assumer seules. Car elles sont unanimes : « Tous les abattoirs sont dans le rouge ». La seule filière dinde perd entre 30 et 50 millions d’euros par an, informe Huttepain, président de la fédération des industries avicoles.

Autres signes de ces difficultés, le désastre Doux mais aussi les mises en redressement des abattoirs bretons TDI et Le Clézio, du fait de la «surcapacité des outils en France et en Bretagne ». C’est ainsi que « « le plus bel abattoir de dindes du pays », selon les termes d’un industriel, pourrait fermer. Les fermetures de sites du groupe Doux auraient pu permettre de « restructurer le secteur », déplorent un certain nombre d’intervenants.

 

Risques de répercussion sur la production. Les entreprises ne parviennent plus à vendre en fonction des coûts de production, les stocks s’accumulent, et les contrats producteurs baissent partout en France. Qui plus est, relève Isabelle Leballeur, « des entreprises ont eu le culot de concéder des baisses face aux GMS. Dont des coopératives ! », dénonce la représentante professionnelle (CFA, Cravi, FDSEA 72, etc.). Pourtant, « les producteurs se sont battus pour une hausse des prix à l’automne », rappelle Jean-Yves Guérot, l’un des représentants de la CFA (branche avicole FNSEA) en Pays de la Loire.

Outre les prix, tous les groupements gèlent les projets d’installation. Les vides sanitaires peuvent s’allonger jusqu’à six ou sept semaines dans le sud-Loire. Un peu partout, les mises en place sont en baisse. « C’est la première fois que je vois une telle situation au printemps… », note Jean-Yves Guérot.

 

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22 avril 2013 1 22 /04 /avril /2013 22:47

Le prix des matières premières, la concurrence allemande

 

Elevage-porcin-Lecherbault-150112-012-T.jpgLa belle époque où les producteurs de porcs bénéficiaient de conditions de marché favorables est loin derrière nous. Les bretons, notamment, se permettaient d’être les plus libéraux des agriculteurs. La situation a bien changé. La filière porcine cumule aujourd’hui les difficultés.

 

Voir La filière porcine passe à l'abattoir (La Tribune, Jessica Dubois, 18 mars 2013)

 

Entre la hausse des prix des matières premières, la concurrence allemande, les exigences de la grande distribution et l'obligation de respecter de nouvelles normes, la filière porcine française souffre terriblement. Ce qui commence à provoquer de sérieux dégâts dans les abattoirs. La filière, au total, emploie 100.000 personnes en France, boucher-charcutiers inclus.

Le 27 février 2013, Gad SAS, est placé en redressement judiciaire. Un coup dur pour les 1.500 salariés qui travaillent dans ses deux abattoirs de découpe de porcs installés à Josselin dans le Morbihan et à Lampaul dans le Finistère. L'entreprise ne sera sûrement pas la dernière à tomber. Car la filière porcine française fait face aujourd'hui à plusieurs difficultés. "La crise existe depuis très longtemps", fait remarquer Antoine Gautier, analyste chez ODA, Offre et demande agricole, "les années 1980 étaient très bonnes, mais la situation s'est détériorée dans les années 1990 et, depuis, les éleveurs sont considérés comme en crise. Depuis 2007, avec la première crise des matières premières, les coûts de production sont de plus en plus souvent au dessus du prix de vente".

 

Une baisse de la rentabilité pour les éleveurs

Alors que le prix de la tonne de blé était encore à 100 euros en avril 2005 sur le marché à terme de la place de Paris, il est aujourd'hui, pour un achat à mai 2013, à 232,5 euros. Un pic à 280 euros la tonne a même été atteint en novembre, à la suite de la sécheresse aux Etats-Unis, en Argentine et au Brésil. "Les évolutions sont les mêmes sur le colza et le soja", ajoute Antoine Gautier. "Il faudrait que nous puissions vendre nos cochons à 1,8 euro le kilo à l'abattoir. Aujourd'hui on le vend 1,65 euro le kilo", témoigne François Valy, responsable porc de la Fédération régionale des syndicats d'exploitants agricoles (FRSEA) Bretagne, et éleveur dans le Morbihan. Difficile de lutter contre les hausses des matières premières : "70% de nos charges sont alimentaires", estime-t-il (…).

 

Les normes européennes fatales pour des éleveurs ?

A cela s'ajoute, pour les éleveurs, de nouvelles normes imposées pour le bien-être des truies. Depuis le 1er janvier, celles-ci doivent être maintenues en groupe pendant une partie de la période de gestation, de telle sorte qu'elles puissent bouger plus facilement. Fin février, selon des chiffres fournis par le ministère de l'agriculture à une ONG, 28% des éleveurs français ne respectaient pas ces normes (…).

 

Les abattoirs en tenaille

D'un côté, les abattoirs voient donc arriver moins de porcs, à un prix plus élevé. De l'autre, ils n'arrivent pas à faire augmenter les prix d'achat par les grandes surfaces. "La grande distribution dicte sa loi", regrette Patrick Piguel, délégué syndical CFDT à l'abattoir Gad SAS de Josselin. Certains distributeurs, comme Système U, commencent à changer leur approche. En moyenne, dans les grandes surfaces selon Inaporc, l'interprofession nationale porcine, le kilo de viande fraîche se revend entre 6 et 7 euros et le kilo de charcuterie entre 9 et 10 euros au consommateur.

 

Concurrence allemande

Les abattoirs ne peuvent pas non plus tenter leur chance à l'export. La part de marché des opérateurs français est déjà faible, et ne peut peser face à la concurrence. Surtout face aux Allemands. Car outre-Rhin, les abattoirs peuvent employer des salariés venus d'Europe de l'Est payés jusqu'à trois fois moins cher qu'en France. Et les tarifs des porcs qui sortent des abattoirs allemands font concurrence aux abattoirs français sur le marché hexagonal, dans la distribution. Les espoirs de la filière reposent désormais sur les grandes surfaces. Les abattoirs Gad SAS ont, eux, six mois pour examiner les moyens de pérenniser leur activité.

 

Des études concernant le coût de la main-d’œuvre et ses répercussions sur la compétitivité de l’abattage-découpe dans les principaux pays producteurs de porcs (Allemagne, Espagne) ont été conduites par l’IFIP-Institut du porc. Voici le résumé des travaux de Marie-Alix Roussillon, Justine Saffray et Michel Rieu (décembre 2011) :

 

L’Allemagne, l’Espagne et la France sont les trois premiers producteurs de porcs en Europe. Alors que la production française est relativement stable depuis 10 ans, celle de l’Allemagne et de l’Espagne connaissent un fort développement. Celui-ci s’accompagne d’un accroissement des exportations de viande et notamment de pièces désossées, dont l’élaboration nécessite une main-d’oeuvre importante.

 

Dans le marché européen très concurrentiel du porc, la maîtrise des coûts de production est primordiale pour garantir la compétitivité des produits du porc. Le coût de la main-d’œuvre en abattage et découpe est ainsi déterminant dans la compétitivité relative des entreprises.

 

L’examen des règlementations nationales sur le travail met en évidence des écarts importants entre la France, l’Allemagne et l’Espagne, ce qui peut générer des avantages comparatifs. L’Etat allemand intervient peu dans le marché du travail et les entreprises ont une certaine liberté, en particulier en matière de rémunération de leur personnel, puisqu’il n’existe pas de salaire minimum. En outre, les conventions collectives d’application générale sont souvent inexistantes dans les entreprises allemandes d’abattage-découpe de porc.

 

Alors que l’accès direct au marché allemand du travail avait été restreint lors des élargissements de l’Union européenne, le recours aux travailleurs détachés s’est beaucoup développé pour contourner ces restrictions. En l’absence de convention collective et de salaire minimum, cette main-d’oeuvre représente un coût très faible pour les entreprises : environ 5 €/h dans certains cas. L’introduction du salaire minimum en Allemagne a fait l’objet de nombreux débats en 2011, en amont des prochaines élections législatives prévues en

2013. Le parti de la Chancelière Merkel s’est déclaré en faveur d’un salaire minimum, contrairement à un accord passé avec les Libéraux, lors des dernières élections.

 

Une convention collective d’application générale existe pour le secteur de l’industrie de la viande en Espagne. Elle définit les rémunérations minimales et les conditions de protection sociale des employés. Les entreprises espagnoles ont aussi recours à une main-d’œuvre étrangère importante. Celle-ci est toutefois rémunérée au salaire minimum, qui est bien inférieur au SMIC français. Le coût horaire minimum dans l’abattage-découpe de porc s’établit ainsi à 12 €/h en Espagne, alors qu’il est au minimum de 16 €/h en France.

 

Le coût de la main-d’oeuvre pour abattre et élaborer un kilo de porc dans un atelier type a été simulé. Ce coût est de 0,05 €/kg en Allemagne, 0,07 €/kg en Espagne et 0,085 €/kg en France en raison des différences de rémunérations, toutes choses égales par ailleurs.

Pour compenser ces écarts de coût de main-d’oeuvre, les entreprises peuvent revoir leur organisation industrielle et recourir à une automatisation plus poussée, comme cela est le cas au Danemark. Cela permet d’accroître la productivité du travail et d’améliorer les conditions de travail sur la chaîne d’abattage-découpe. L’automatisation génère toutefois des coûts supplémentaires en maintenance.

Comme le font déjà Vion ou Danish Crown, la délocalisation des activités intenses en main-d’œuvre permet de bénéficier des avantages comparatifs des pays voisins, tels que l’Allemagne ou les nouveaux Etats membres, voire même, pour certaines opérations, l’Asie.

 

Le renforcement de la flexibilité du travail, par le recours à des travailleurs temporaires ou étrangers ou en interne dans l’entreprise en aménageant les temps de travail permet d’adapter les besoins de main-d’oeuvre en fonction de l’activité.

Finalement, une harmonisation des règles sociales au sein de l’Union européenne permettrait de réduire les distorsions entre Etats membres et améliorerait les conditions de travail dans l’industrie de la viande.

 

Voir Compétitivité de l'aval de la filière porcine

Le coût de la main d'œuvre dans l'industrie de la viande en Espagne et en Angleterre

Le ministère de l’agriculture a réuni l'ensemble de la filière le 15 avril 2013 pour élaborer un Plan d’avenir de la filière porcine.

L’objectif est de redonner confiance en l’avenir à l’ensemble des opérateurs constituant la filière. Cela passe par une dynamique collective et coordonnée, l’interprofession étant le lieu permettant de dégager une vision partagée de la filière et une vraie solidarité entre les différents maillons, que les pouvoirs publics accompagneront.

 

Voir Filière porcine : Stéphane Le Foll et Guillaume Garot s'engagent avec les professionnels pour l'avenir de la filière porcine

1) Retrouver un niveau de production de 25 millions de porcs tout en continuant à améliorer l’impact environnemental des exploitations

2) Consolider les secteurs abattage découpe et transformation

3) Mieux encadrer les relations commerciales dans les filières agricoles et agroalimentaires

4) Mieux vendre en renforçant les stratégies de marché

 

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21 avril 2013 7 21 /04 /avril /2013 23:34

Le syndicalisme FNSEA s’en prend à la grande distribution

 

Les signaux d’alarme - qui existent depuis longtemps (voir L'élevage français inquiète, les éleveurs écrivent au ministre Le Foll - 13 mars 2013 et Les propositions de la Confédération paysanne pour sauver l'élevage - 18 janvier 2013) - sont brandis maintenant par les syndicats majoritaires, liés à la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA).

Voir les articles (Christian Evon, 19 avril 2013) de L'Avenir Agricole, l'Information Agricole des Pays de la Loire, sous le titre « Des signaux très alarmants » :

Bovins, porcins, volailles et ovins : dans les filières animales, tous les indicateurs sont au rouge. L’augmentation des prix des matières premières et des autres charges plombent les élevages français. Les entreprises d’abattage-transformation enregistrent une baisse de leurs volumes et ne parviennent plus à optimiser leurs outils industriels. Au final, la grande distribution fait pression pour imposer des prix sans cesse plus bas et les filières souffrent d’un déficit de compétitivité flagrant.

Les coopératives françaises, fortes de leur poids économique et de leur ancrage territorial, tirent la sonnette d’alarme. Elles en appellent à la grande distribution et lui demandent de limiter le nombre de références offertes aux consommateurs et de rationaliser les commandes par une simplification du cahier des charges. Coop de France estime que cette double mesure permettrait un retour économique sous la forme d’une baisse de charges comprise entre 3 et 7 % selon les filières.

Dans le secteur laitier et plus largement dans l’ensemble des filières d’élevage, les producteurs sont très remontés contre les pratiques de la grande distribution.

La table ronde sur l’avenir de la filière laitière a accouché d’une souris, symbole d’un dialogue interprofessionnel au point mort. Le gouvernement a nommé un médiateur, dont la mission est de trouver un accord avant la fin du mois.

Le quotidien Ouest-France, dans son édition datée des 13 et 14 avril 2013, rend compte des actions menées par la FNSEA, notamment en Mayenne.

Plusieurs milliers d’éleveurs manifestent

La FNSEA revendique la participation de 15 000 agriculteurs dans 80 départements rassemblés pour soutenir l’élevage. A l’appel de la FNSEA, des JA et des principales organisations d’éleveurs adhérentes à la FNSEA, les producteurs ont déposé leurs cahiers de doléances dans les préfectures (…). L’élevage français est en fait confronté à une série de défis : réussir à répercuter ses coûts de production auprès de la grande distribution, moins dépendre du soja pour l’alimentation des troupeaux, remettre à plat le chantier de la contractualisation et celui de la solidarité entre les filières.

            Les agriculteurs veulent maintenir la pression

Ils veulent une renégociation de la loi de modernisation de l’économie (LME). Environ 150 agriculteurs ont fait le siège, vendredi à Laval, devant la préfecture.

Ce n’était pas, à proprement parler, un coup de colère mais plutôt une opération de communication (…). La reconstitution d’une mini-ferme avec vache, cochon, poule… devant les grilles de la préfecture attestait, une fois de plus, que le décorum avait été soigné… Les élus du département ne s’y étaient pas trompés. Ils sont venus nombreux soutenir le monde paysan. Le ministre Guillaume Garot, Jean Arthuis, les députés Guillaume Chevrollier, Sylvie Pichot et Yanick Favennec, pour ne citer que ceux qui s’étaient déplacés avant la pause déjeuner, ont ainsi pu exprimer leur solidarité devant un auditoire d’environ 150 agriculteurs.

Mais le cœur des problèmes agricoles a été abordé par Philippe Jehan, président de la FDSEA, et le ministre délégué à l’agroalimentaire, Guillaume Garot. Pour le premier : «  Trois ans après son application, la loi LME reste insatisfaisante, car elle n’est pas assortie d’obligations de résultats. Il faut, aussi, faire un texte qui ne risque pas de se faire retoquer par l’Europe. Et le syndicaliste d’insister sur « l’importance du pied de facture pour l’agriculteur. Autrement dit, les coûts de revient intégrés dans les prix, lesquels ne doivent pas être négociables » (…).

Pour sa part, Guillaume Garot, sèchement interpellé par un producteur de porcs très remonté, s’est dit « conscient des risques de végétalisation de l’agriculture (céréaliers qui prennent le pas sur les éleveurs) ». Il s’est aussi dit « convaincu de la nécessité de reprendre la loi LME. Et plus particulièrement la disposition sur la volatilité des coûts de production. Ainsi que celle des conditions de vente dans la grande distribution. Le rapport de force devra être différent ».

Guillaume Garot a également précisé le calendrier. « Les prix du porc seront discutés dès lundi, ceux de la volaille le 18 avril. Toutefois, pour ces productions, ce sont les filières dans leur ensemble qui doivent se remettre en question. Il serait trop facile de tout attendre de l’Etat ».

 

Le 18 avril, le premier ministre, Jean-Marc Ayrault, était sur le point d’obtenir un accord. Voir Ouest-France (Hervé Plagnol, 19 avril 2013) : Prix du lait : le forcing de Jean-Marc Ayrault et La France Agricole (20 avril) : Prix du lait : une revalorisation « possible et souhaitable » d’au moins 25 €/1.000 l pour le deuxième trimestre (Premier ministre).

 

En Mayenne, la Coordination rurale dénonce le contrat Lactalis

 

Chevènement Commer 301111 035 TDe son côté, la Coordination rurale  (CR, l'un des syndicats minoritaires) avait mené une action en Mayenne, le 29 mars 2013. Une action de protestation conduite par Olivier Chemin, président 53, dénonçant le contrat proposé par l’industriel Lactalis et bloquant symboliquement le camion de collecte.

 

Voir ces articles de Ouest-France (31 mars 2013) : Saint-Fraimbault-de-Prières (53). Des producteurs de lait bloquent la collecte et de l’Avenir agricole (5 avril 2013) : En Mayenne : contre Lactalis, un blocage en vain.

 

Dans l’article de l’hebdomadaire « Le Courrier de la Mayenne » (Pierre-Alexandre Gouvette, 4 avril 2013), Olivier Chemin dénonce les termes du contrat que lui propose le groupe laitier : absence de prix fixés, clause de sauvegarde inadaptée pour le producteur, obligation de fournir du lait en permanence… « Aujourd’hui, je produis à perte en vendant 1000 litres de lait pour 315 euros. Je souhaite que Lactalis prenne en compte l’augmentation des coûts de production qui ramène le prix aux alentours de 450 euros ».

 

Voir aussi la vidéo du reportage de France 3 sur la ferme d’Olivier Chemin (journal du 19 avril 2013) « La bataille du lait » : Olivier Chemin (CR53), producteur de lait, s'élève contre le géant Lactalis : http://www.youtube.com/watch?v=3yh-yxEjcvw&feature=youtu.be

 

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20 mars 2013 3 20 /03 /mars /2013 23:00

Pour Stéphane Le Foll, c’est un compromis satisfaisant

 

Le 13 mars, les députés au Parlement européen, réunis à Strasbourg, avaient adopté une position sur la future Politique Agricole Commune, avant le « trilogue » avec le Conseil des ministres et la Commission.

Voir Le Parlement européen adopte un projet de pseudo réforme de la PAC - 19 mars 2013.

Dans la nuit du 19 au 20 mars, à Bruxelles, les ministres de l’agriculture se sont mis d’accord, presque à l’unanimité (sauf la Slovénie et la Slovaquie), sur la position à tenir face aux deux autres institutions européennes (Parlement et Commission).

Voici les principaux points d’accord, selon le site France TV INFO. Voir Les ministres de l'Agriculture s'accordent sur la réforme de la PAC

 

Controverses Marciac 3et4 aout 2011 114 T1Le ministre français de l’agriculture, qui a bénéficié de ses bonnes connaissances concrètes de l’agriculture (voir Le Foll : le projet agro-écologique du ministre de l'agriculture est lancé - 28 décembre 2012) et de son expérience de responsable de la commission agricole du Parlement européen, a aussitôt mis en avant les points positifs pour la France de cet accord (site du ministère, 20 mars 2013) :

Stéphane LE FOLL salue le compromis trouvé par le Conseil sur la future PAC

 

(…) Stéphane LE FOLL s’est fortement mobilisé pour obtenir plusieurs points fondamentaux pour l’agriculture française. Sur cette base, qu’il souhaite encore améliorer dans le cadre des trilogues à venir, le Ministre mettra en œuvre en France une politique agricole correspondant au modèle qu’il promeut depuis juin 2012 : performance économique et environnementale, et maintien de toutes les formes d’agriculture dans leur diversité, tout particulièrement le secteur de l’élevage, qui doit aujourd’hui être accompagné pour relever des défis importants. Cette orientation reconnaît notamment les productions de qualité et de montagne.

 

Paiements directs

·         Grâce à l’initiative de Stéphane LE FOLL, soutenu par une large majorité de pays, les possibilités de couplage ont été améliorées. Elles sont fondamentales pour définir une politique agricole qui tienne compte des spécificités des secteurs agricoles les plus fragiles, en particulier l’élevage. Un taux de couplage augmenté à 12% a pu être inscrit dans l’accord. Il s’agit d’une modification importante alors que l’orientation européenne était jusqu’à peu de réduire les aides couplées en vue de les supprimer à terme. Stéphane LE FOLL se mobilisera lors des trilogues pour faire progresser encore ce point et aboutir à un taux un peu plus élevé et une possibilité d’aide couplée supplémentaire pour les protéines végétales, dans l’esprit de ce qui a été voté par le Parlement européen.

·         La possibilité de majorer l’aide sur les 50 premiers hectares de toutes les exploitations a été confirmée. L’introduction de cet instrument de redistribution proposée par la France depuis l’arrivée de Stéphane LE FOLL, est historique. Elle aura un effet de réorientation des soutiens en faveur de l’emploi car l’intensité en main d’œuvre diminue avec la taille des exploitations. Elle sera favorable à l’élevage et aux productions dont la rentabilité économique n’est pas fondée sur une logique d’agrandissement.

·         L’accord au Conseil laisse la possibilité aux Etats membres de choisir un rythme de convergence des aides directes adapté.

·         Le principe et les modalités des 30% de verdissement sur le 1er pilier, qui étaient très menacés en début de négociation, sont finalement préservés à un niveau proche de l’ambition initiale de la Commission. Le Ministre a obtenu ce qui était un minimum pour lui. Les trois critères proposés par la Commission ont été maintenus, et l’amélioration des modalités de mise en œuvre permet désormais une mise en œuvre pragmatique, qui fait sens du point de vue agronomique et environnemental. La France s’est fortement mobilisée sur ce sujet, de façon constante et continue depuis juin 2012.

 

Organisation commune des marchés (OCM)

·         Stéphane LE FOLL se félicite du maintien d’un outil de régulation du potentiel de production pour la vigne, dans les conditions qu’il a souhaitées. Il a réussi à mobiliser de nombreux Etats membres sur ce sujet et ils ont obtenu gain de cause. Ce nouvel outil entrera en vigueur en 2019 et prendra la suite des droits de plantation.

·         Les quotas pour la production de sucre sont maintenus jusqu’en 2017, sans remettre en cause les efforts de compétitivité effectués lors de la précédente réforme.

·         La possibilité pour les exploitations de se regrouper en organisation de producteurs a été renforcée par rapport à la proposition de la Commission, avec notamment la suppression du critère de position dominante pour la reconnaissance des OP.

·         La position du Conseil prévoit également un filet de sécurité qui permet de réagir rapidement en cas de crise.

 

Développement rural

·         L’accord obtenu offre un éventail de possibilités large et ouvert, qui sera mobilisé notamment en faveur du projet agro-écologique pour la France pour des agricultures performantes écologiquement et économiquement. Les outils du développement rural vont permettre de soutenir la diversité de l’agriculture française et de ses industries agroalimentaires. L’effort en faveur de l’installation des jeunes agriculteurs et de la montagne pourra être accru.

·         La France a obtenu des possibilités de soutien équilibrées pour l’irrigation, qui est indispensable, sous certaines conditions, à la poursuite de l’activité agricole dans certaines zones, par exemple pour l’agriculture méditerranéenne.

·         Stéphane LE FOLL s’est également mobilisé pour préserver les possibilités d’aide aux investissements liées à la mise aux normes, indispensables pour le secteur de l’élevage afin d’assurer les transitions nécessaires, notamment dans le cadre de l’application des réglementations environnementales.

 

Prochaines échéances

L’accord trouvé aujourd’hui au niveau du Conseil des Ministres de l’agriculture sera la base de négociation pour une série de réunions de trilogues entre le Conseil, le Parlement européen et la Commission européenne. Il devrait aboutir à un accord final à la fin du premier semestre 2013 permettant ainsi de donner aux agriculteurs les règles du jeu pour les 7 années à venir.

Ensuite, s’ouvrira le temps de la négociation avec l’ensemble des partenaires français pour faire les choix concernant la mise en œuvre en France de l’ensemble des outils de la PAC.

Enfin, Stéphane LE FOLL a fortement insisté pour que la Commission réunisse en septembre les Etats membres sur le sujet de l’après quotas pour le lait. Il prendra une initiative pour faire émerger une proposition concrète sur ce sujet.

 

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19 mars 2013 2 19 /03 /mars /2013 23:14

Produire une matière première agricole au plus bas prix

 

Le 13 mars 2013, après 1h45 de scrutin portant sur plus de 400 amendements, les députés européens réunis en session plénière à Strasbourg, ont voté les quatre rapports de la réforme de la Politique agricole commune (PAC).

Auparavant, les votes, les 23 et 24 janvier 2013, en Commission de l'agriculture (ComAgri), avaient amendé la réforme de la PAC proposée par la Commission européenne. Voir Parlement européen : pour une Politique Agricole Commune réformée - 11 mars 2013. 

 

Voici trois façons de rendre compte des votes du 13 mars à Strasbourg :

- Celle de Samuel FERET, qui coordonne le groupe Pour une autre PAC » 2013,

- Celle de Jean-Sébastien Lefebvre, qui écrit des articles concernant l’Europe sur le site EurActiv.

- Celle de Patrick Le Hyaric, qui est député au Parlement européen.

 

Samuel Féret (14 mars 2013) : Votes du Parlement Européen : des inflexions qui ne suffisent pas à légitimer la Politique Agricole Commune

 

Verdissement : retour aux propositions de la Commission Européenne

 

Nous saluons la sage décision du Parlement d’acter la part de 30% de verdissement des aides directes et de rejeter les nombreuses dérogations aux trois mesures de verdissement qui vidaient le dispositif de sa substance. Pour autant, ces mesures restent très faibles : la monoculture ne sera pas dissuadée puisque les députés ont rejeté la rotation des cultures, le maintien des prairies permanentes sera contrôlé au niveau national seulement, et les surfaces d'intérêt écologiques seront mises en place de manière très progressive.

Les députés ont logiquement supprimé la possibilité de doubles paiements entre 1er et 2nd pilier de la PAC. Ils ont par ailleurs réintroduit les normes de santé publique (en particulier l’interdiction d’utilisation des hormones en élevage) et autres directives environnementales dans la conditionnalité des aides, qui participent à la légitimité des aides, et que la ComAgri avait supprimées sans scrupules. Le Parlement a également voté l'intégration de la directive « pesticides » dans la conditionnalité mais a malheureusement refusé de renforcer le respect des zones humides et des directives « Habitats » et « Oiseaux ».

 

Le plafonnement à 200.000 euros rejeté à deux voix près !

 

A deux voix près, la proposition du groupe Socio-Démocrate de plafonner les aides à 200.000 euros a été rejetée. Cette proposition, bien que modeste, aurait permis une certaine redistribution des aides entre les agriculteurs. A défaut, le plafond reste à 300.000 euros, un niveau si élevé qu'il rend la mesure ineffective – moins de dix fermes concernées en France- permettant de poursuivre le gaspillage d'argent public. La mise en place de la « maigre » aide aux petites fermes, proposée par la commission européenne et qui aurait concerné un grand nombre d’exploitations, est rendue facultative pour les Etats-Membres.

 

Alors que l'un des objectifs initiaux de la réforme était de mettre fin aux aides profondément injustes, basées sur des références historiques d'avant 2002, le Parlement a voté une convergence des aides beaucoup trop lente avec une tolérance de 20% d'aides historiques en 2020, prolongeant encore l'inéquité de ces subventions.

 

Plus positif pour le maintien des productions fragilisées, les députés ont voté 15% maximum de couplage des aides à ces productions. Les députés ont approuvé la proposition française de bonifier les aides dans la limite des cinquante premiers hectares, un outil qui peut, s'il est correctement ciblé, participer à un certain rééquilibrage des aides en France. Cependant, la surface de 50 hectares n’est pas adaptée aux réalités agricoles de tous les pays européens.

 

Développement rural : les outils de gestion des risques demeurent !

 

Nous notons que le fléchage minimum de 25% de dépenses pour l’environnement, le climat et l'agriculture biologique, est maintenu. Par contre, le 2nd pilier de la PAC risque de se retrouver largement amputé de ses moyens suite à la décision des députés de maintenir les mesures individuelles de gestion des risques (assurances récolte). Ces mesures profitent avant tout au secteur assurantiel privé.

 

Impact des aides sur les pays en développement : tout reste à faire

 

Enfin, le Parlement a rejeté les amendements de la Commission Développement introduisant un mécanisme de suivi et d'évaluation des impacts des aides de la PAC sur l'agriculture et la sécurité alimentaire dans les pays en développement. En outre, il a suivi l'avis du rapporteur Michel Dantin de conserver les aides à l’export avec un budget est fixé à zéro. Ainsi l'Union Européenne ne s'interdit pas de subventionner les exportations de produits agricoles, pourtant si dommageables à l’agriculture des pays du Sud.

 

Après le vote du Parlement, les négociations continuent

 

Finalement, selon les organisations du Groupe PAC 2013, les positions votées par le Parlement Européen se rapprochent plus de celles de la Commission Européenne que des attentes de la société, pour une PAC vraiment juste, écologique et solidaire. Si le Parlement est revenu sur les mauvais compromis de la ComAgri sur le verdissement et la conditionnalité des aides –pourtant qualifiés « d'équilibre global à ne pas remettre en cause » par les autorités françaises !- le résultat demeure insuffisant et ne contribue pas réellement à légitimer la PAC qui représente pourtant près de 40% du budget de l’UE.

 

Le Groupe PAC 2013 reste mobilisé sur les prochaines étapes de la réforme. Le 18 mars, les ministres de l'agriculture des vingt-sept se réunissent pour valider les orientations générales de la réforme. Par conséquent, nous demandons au ministre de l'agriculture français Stéphane Le Foll de défendre la redistribution des aides (notamment via le plafonnement), de s'opposer fermement à tout délai supplémentaire dans la sortie des références historiques et à tout détricotage du verdissement des aides.

 

Jean-Sébastien Lefebvre (14 mars 2013) : Changement de cap au Parlement sur la réforme de la politique agricole commune

Patrick Le Hyaric (19 mars 2013, éditorial du journal « La Terre ») : L’ultralibéralisme européen enserre la PAC

Comme nous l’annoncions ici même la semaine dernière, au terme de plus d’un an de discussion, le Parlement européen s’est prononcé en milieu de semaine sur un projet de réforme de la politique agricole commune. Plus précisément, il a voté pour se donner un mandat de négociations avec le Conseil européen (chefs d’Etat et de gouvernement) et la Commission de Bruxelles.

En effet, les nouvelles règles de fonctionnement des institutions européennes font que le Parlement est dit « co-législateur » avec le Conseil européen. En vérité, son prétendu rôle de « co-législateur » est très limité puisqu’il ne peut lui-même proposer aucune loi européenne. Il ne discute que des projets de loi, initiés par la Commission européenne.

Nous avions dit, ici, comment les quatre rapports votés par la commission agriculture du Parlement européen étaient, par de nombreux aspects, en retrait sur les propositions de la commission qui, elle-même, actait les orientations des précédentes réformes et l’insertion de l’agriculture dans la concurrence mondiale, conformément aux injonctions des traités de Maastricht et de Lisbonne. Cependant, la commission avait cherché à en limiter un certain nombre d’effets en prônant une nouvelle répartition des aides publiques. Evidemment, ceci restait, en tout état de cause, très insuffisant au regard des défis agricoles et alimentaires posés à l’humanité. De même, la rémunération du travail paysan, par de vrais prix stables, est abandonnée.

Ceux qui aujourd’hui refusent le débat sur le prix de base garanti pour les petites et moyennes exploitations creusent, chaque jour, la tombe de l’agriculture familiale au profit de la concentration agricole, poussant vers une agriculture plus industrialisée, dépendante de la chimie, de la pharmacie, des banques et des secteurs d’aval de la distribution et de la transformation, dont une partie est désormais aux mains de fonds financiers, qui veulent de la matière première agricole au prix le plus bas possible pour maintenir ou élever leur taux de profits.

La réforme acte ce recul et elle ne prévoit pas de limiter les importations des pays extérieurs à l’Union européenne. Ceci a pour effet de peser à la baisse sur nos prix à la production. Le combat pour changer le système est donc plus que jamais indispensable. Mais, même les quelques mesures possibles à l’intérieur du cadre de la PAC pour plus de justice et pour une nouvelle efficacité agronomique sont plus que limitées dans le mandat que s’est donné le Parlement européen.

Ainsi, un plafonnement des aides directes a été décidé pour la première fois, avec une dégressivité des aides à partir de 150 000 euros. Mais en fixant la barre à 300 000 euros, ceci modifiera très peu le fait que les grosses exploitations continueront à éliminer les plus petites dans le cadre d’une course à la concentration agraire. Les grosses exploitations céréalières touchent deux fois le « jackpot ». Une fois par les prix élevés du fait de la spéculation mondiale. Une seconde avec les aides à l’hectare. Malheureusement, il n’a manqué que trois voix pour un amendement intermédiaire qui proposait de plafonner les aides publiques à 200 000 euros par exploitation.

Une autre disposition qui incitait à une rotation des cultures, permettant à la fois d’améliorer la fertilité des sols, une meilleure résistance des cultures aux maladies, tout en permettant de réduire notre dépendance aux protéines, grâce à l’introduction de cultures de légumineuses dans l’assolement a également été annihilée.

Après ce vote, les discussions sur cette réforme ne sont pas terminées. Si elle avait été logique avec elle-même, la majorité du Parlement européen, qui, juste avant de voter les textes de la PAC, avait soutenu une résolution de rejet du budget européen, aurait dû bloquer tout projet de modification de la PAC, au motif que ses crédits vont être sérieusement abaissés.

Maintenant, le conseil des ministres de l’agriculture européen, la Commission européenne et des représentants du Parlement européen vont discuter pour rechercher un « compromis » en vue d’un texte définitif. Il est encore possible de se faire entendre pour une PAC plus juste, plus solidaire et équitable, au service des revenus paysans et du travail agricole.

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