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  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine autour des idées de Jean-Pierre Chevènement. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens après les élections de 2002.
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29 décembre 2012 6 29 /12 /décembre /2012 18:18

Fermeture d’usines Candia par Sodiaal, coop laitière

 

L’automne 2012 n’a pas été tranquille au niveau des producteurs et transformateurs de lait, notamment les Coopératives. Voir Lait : la pression monte autour de Sodiaal (Ouest-France, Jean-Paul Louédoc, 7 septembre 2012).

C’est aussi vrai de l’ensemble des activités d’élevage. Voir Agriculture : lait et activités d'élevage dans la tourmente des marchés - 28 décembre 2012. 

 

Xavier Bonnardel a montré dans Ouest-France (10 novembre 2012) les raisons des difficultés dans le secteur laitier.

 

La bataille européenne fait rage dans la filière lait

 

La fermeture annoncée des trois usines Sodiaal, dont celle du Lude dans la Sarthe (lire cet article de Ouest-France, paru le 10 novembre 2012 sous la plume de Christelle Quintard : Le Lude sonné par la fermeture annoncée de Candia), témoigne de l’âpreté de la bataille sur le créneau du lait de grande consommation.

Trois ans avant leur suppression officielle, les quotas laitiers, qui organisaient et régulaient la production à l’échelle européenne, sont, de fait, déjà morts. Et la grande distribution fait jouer la concurrence entre grands bassins laitiers européens. 7 % du lait de grande consommation arrive désormais d’Allemagne.

Sur le marché du lait UHT, la coopérative géante allemande Muh, vache à lait du hard discount, Sodiaal, la plus coopérative laitière française (marque Candia), et Lactalis, numéro deux mondial du lait (Lactel), se bagarrent à coups de baisse de prix.

Confrontés à la hausse des aliments pour le bétail, les producteurs multiplient les mouvements d’humeur. La Fédération nationale des producteurs de lait a ainsi saisi le médiateur des relations commerciales contre Lactalis et Sodiaal. Appelés à se substituer aux quotas laitiers, les contrats entre industriels et producteurs démarrent dans un climat de suspicion délétère. Yves Sauvaget, de la Confédération paysanne, se montre pessimiste : « Le marché mondial est solvable pour les entreprises. Mais pas pour les paysans car il ne couvre pas nos coûts de production ».

 

« Il y a une fragilité globale des industries agroalimentaires due à la crise », analyse Michel Nalet, de Lactalis. Le pouvoir d’achat en berne des consommateurs exacerbe la concurrence entre les enseignes. C’est ainsi que Géant a sorti le lait UHT Sodiaal de ses rayons, après l’échec des négociations tarifaires.

Dans ce climat tendu, les économistes invitent cependant à rester serein. Les perspectives s’annoncent positives. La France dispose d’acteurs (Danone, Lactalis, Yoplait) capables de se positionner sur le marché mondial. La production internationale fléchit alors que la Chine et l’Inde poussent les feux de la consommation.

Les cotations internationales des produits laitiers industriels (poudre de lait, beurre en vrac) montent en flèche depuis août. « Le marché est assaini. Les prix à la production augmenteront début 2013 », anticipe Benoît Rouyer de l’interprofession laitière.

 

AG Apli 120911 001 TLes Coopératives laitières sont mises en cause, en raison de leurs choix passés et présents en matière d’investissements. Voir Coopératives laitières : leur stratégie mécontente les syndicats et l'APLI - 28 septembre 2012.

 

L’Association des producteurs de lait indépendants (APLI) a réagi ainsi : « Ce plan était totalement prévisible : en contribuant à la surproduction de lait par l’octroi de compléments de volume à ses producteurs, Sodiaal s’est tiré une balle dans le pied. Ceci a entraîné une surproduction de 2 % en France, faisant plonger les cotations du lait spot de plus de 30 %. Candia, comme les autres marques, a dû baisser ses prix de vente devant l’abondance de l’offre concurrentielle, jusqu’à se mettre en difficulté même en imposant une baisse du prix payé aux producteurs, lesquels paient doublement ces erreurs : par la baisse du prix payé et par le coût du plan social à venir ».

 

Dans Ouest-France, 15 septembre 2012, sous le titre « L’office du lait dénonce l’attitude des Coops », Paul de Montvalon, éleveur laitier dans le Maine-et-Loire, président de l’Office du lait, critiquait le système de double quota et ses conséquences pour les éleveurs. Extrait.  

Quelle est votre réaction face à la baisse du prix payé par certaines coopératives laitières à leurs producteurs ?

Depuis trois ans, nous disons que les coopératives poussent les producteurs vers le bas. Aujourd’hui, nous en avons la preuve. Elles ont imposé un système de double quota sans avoir les marchés derrière, le résultat était prévisible. Chez Sodiaal, Coralis, Terra Lacta, les éleveurs ont abandonné le pouvoir aux actionnaires et aux spéculateurs. Les coops veulent nous envoyer sur les marchés mondiaux du beurre et de la poudre alors qu’elles ne sont déjà pas concurrentielles sur le lait UHT en Europe. Elles s’adaptent en baissant le prix à leurs producteurs. Une maîtrise de l’offre du lait est plus que jamais nécessaire en France et en Europe (…).

 

Pierre Messager, porte-parole de la Confédération paysanne dans les Pays de la Loire, déplore « le début d’anarchie » qui s’installe dans la gestion de la filière.

« C’est la Berezina dans la filière laitière » (L’Avenir agricole, Frédéric Gérard, 5 octobre 2012)  

 

« Avec la fin des pénalités (de dépassement de quota) qu’on nous annonce, c’est la fin des quotas et de la régulation, c’est l’anarchie », renchérit le breton Eric Duverger. Et cela pourrait contribuer à accentuer une tendance observée : la mise en place des neuf bassins laitiers a « déjà fortement concentré la production ». Le bassin Grand Ouest, le plus important avec 30 % de la production française, est aussi celui qui a le plus profité du système de redistribution mis en place l’an dernier.

Avec des volumes supplémentaires, des entreprises, surtout des coopératives, misent sur l’exportation. « Pourquoi pas, s’il y a une bonne valorisation au bout ? Mais globalement et actuellement en France, on voit qu’il y a pas mal de laiteries qui ont déjà du mal à bien valoriser leur lait. On passe pour des utopistes, poursuit Pierre Messager. Mais vouloir produire du beurre-poudre pour concurrencer des marchés qui produiront toujours à des coûts bien au-dessous des nôtres, on voit depuis des années ce que cela donne »…

(…) Quant à l’avenir de l’interprofession : « Quelle est son utilité ? C’est l’anarchie sur les prix ! » En cause, la baisse de Sodiaal, puis de Lactalis. « A peine mis en place, les contrats Lactalis sont dénoncés. Cela prouve leur efficacité… », ironise Pierre Messager.

Face à ce constat, affirme Pierre Messager, « les pouvoirs publics doivent d’urgence reprendre en main la gestion de la filière. Aux niveaux français et européen ».

 

Auparavant, le  28 septembre 2012, dans L’Avenir agricole, le patron de la FNPL (Fédération nationale des producteurs de lait, affiliée à la FNSEA), Thierry Roquefeuil, somme les industriels de changer de stratégie et de faire cause commune. Il attend aussi un geste des distributeurs et se dit attentif aux évolutions politiques. Extraits.

 

La FNPL dresse le tableau d’une filière à la croisée des chemins

Thierry Roquefeuil : « Il n’y a qu’en France qu’on dit qu’il y a trop de lait. Il faut réfléchir à des tailles stratégiques d’investissement, entre entreprises si nécessaire, pour profiter de nouveaux marchés »

Sodiaal a conclu un partenariat pour approvisionner le marché chinois. « J’aurais préféré que Sodiaal fonde une usine et exporte des produits transformés », confie Thierry Roquefeuil. D’autant que le partenaire chinois, Synutra, investit et, donc, possède 90 % de l’usine de séchage (…).

Les transformateurs sont d’autant plus dans la ligne de mire depuis les décrochages par rapport aux accords interprofessionnels de Coralis, Terra Lacta, Sodiaal, et désormais Lactalis (alignement sur la baisse de Sodiaal). Alors même que « les perspectives pour les produits industriels sont déjà meilleures pour la fin de l’année et le début 2013 ».

Derrière cette protestation, ce sont aussi les coûts de production qui sont sur la table. « Une hausse de 50 % des tourteaux depuis un an. Face au prix des céréales, il faut aussi se poser des questions : comment inciter les éleveurs à continuer à produire du lait ? Le temps de travail doit être rémunéré ».

 

Cet article est le 361ème publié sur ce blog dans la catégorie AGRICULTURE et PAC.

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28 décembre 2012 5 28 /12 /décembre /2012 23:11

La libéralisation voulue par l’Europe se heurte aux réalités

 

Anniversaire Maria 90 ans 1 08 10 071 TOn voit venir la catastrophe depuis longtemps mais vient le moment où elle va se produire. On y est. Voici deux articles du quotidien Ouest-France qui permettent de comprendre ce qui est en train de se produire.

 

Les paysans dans le tourbillon des marchés (Ouest-France, Xavier Bonnardel, 21 déc. 2012)

Pour le sociologue Roger Le Guen*, en dix ans le paysage agricole a été bouleversé. Entretien.

 

Quelles sont les mutations majeures qui ont transformé le monde agricole et le métier de paysan depuis dix ans ?

L’agriculteur est entré de plain-pied dans la dynamique des marchés. Par exemple, les producteurs de lait sont désormais secoués par la volatilité des prix du lait et de l’aliment.

Ce n’est pas seulement un phénomène économique. C’est aussi un phénomène social et politique : les pouvoirs publics se retirent de la gestion des marchés. Ils donnent plus de pouvoir aux filières agricoles et agroalimentaires au sein desquelles les industriels et la grande distribution ont sur l’agriculteur un pouvoir de donneur d’ordre.

 

Comment les agriculteurs s’adaptent-ils ?

Ils répondent à l’ouverture sur les marchés par la spécialisation et l’augmentation de productivité de leur travail. Ce qui nécessite de leur part une importante capacité économique et sociale d’adaptation, de résistance et de résilience aux crises. Il en résulte des mondes professionnels de plus en plus différenciés avec des intérêts divergents entre les filières animales et végétales.

Les grandes cultures sont portées par des prix tendanciellement à la hausse, en raison de l’augmentation de la population mondiale et de l’accroissement de la consommation de viande.

Les élevages qui consomment le blé ou le maïs pour nourrir les troupeaux ont du mal à faire face à la hausse de leurs coûts de production, sauf s’ils ont assez de terres pour produire l’aliment eux-mêmes. Ceci entraîne des tensions sur le foncier : les agriculteurs agrandissent leurs exploitations, deviennent concurrents entre eux sur le foncier.

 

Les filières animales et végétales, deux planètes opposées ?

La réarticulation des mondes de l’élevage et des grandes cultures est un enjeu majeur. Par des contrats entre filières animales et végétales pour atténuer la fluctuation des marchés. Par des mécanismes de solidarité professionnelle. Qu’observe-t-on ? Les céréaliers, les yeux rivés sur leur ordinateur  et sur les cours des matières premières, cherchent à optimiser la vente de leur production sur les marchés à terme. Les coopératives ont embrayé : elles proposent aux céréaliers de passer des ordres en leur nom. Et quand on propose des contrats sur deux, trois, quatre ans, ça ne va pas de soi. Un certain court-termisme a pris le dessus.

 

L’élevage** semble particulièrement fragilisé…

L’agrandissement des exploitations crée un effet de bascule : avec des surfaces importantes, le départ à la retraite d’un associé se traduit par la fermeture d’un atelier d’élevage. Les éleveurs se disent : « A quoi bon s’embêter à produire du lait ou du porc sans revenu satisfaisant ? »

 

Pourquoi ne pas devenir producteurs de céréales à la place ?

Des ilôts de grandes cultures se développent au cœur du bassin d’élevage du grand Ouest. En dix ans, un quart des exploitations ont disparu. L’ambiance professionnelle s’en ressent : le sentiment d’un isolement croissant, de l’affaiblissement du soutien technique, peut induire une démotivation et accélérer le recul de l’élevage. Les partenaires industriels des agriculteurs peuvent dès lors s’interroger sur la rentabilité future de leurs usines.

 

* Enseignant chercheur à l’Ecole supérieure d’agriculture d’Angers, Roger Le Guen sera le titulaire de la nouvelle chaire de sociologie sur les mutations du monde agricole et rural.

 

** Voir Les marchés pas tendres avec les éleveurs bovins (Ouest-France, Patrice Moyon, 5 oct. 2012)

 

AG Apli 120911 001 TAnticiper de futures crises laitières (Ouest-France, Patrice Moyon, 12 décembre 2012)

Dacian Ciolos n’a pas fermé la porte à la mise en place de nouveaux outils pour prendre en compte les spécificités du secteur laitier.

 

Officiellement, la porte reste fermée. Les quotas laitiers disparaîtront en 2015. Les acteurs de la filière laitière devront faire preuve de leur capacité à nager ou surnager dans les turbulences du marché mondial. Sans soutien de l’Europe.

 

Le sujet reste pourtant controversé. Certains économistes doutent de la capacité de nombreux éleveurs à faire face à des chutes brutales de prix. Et pointent le risque d’une guerre du lait entre les grands bassins laitiers européens.

Lundi, à Bruxelles, devant des journalistes agricoles européens, Dacian Ciolos s’est dit attentif aux risques liés à ce bouleversement. S’il continue à défendre la suppression des quotas qui « avaient montré leurs limites », le Commissaire européen à l’agriculture se dit ouvert : « Peut-être y a-t-il d’autres outils ? ». Sur ce terrain miné, guetté par les partisans d’une orthodoxie libérale, il avance avec prudence. En s’appuyant sur les experts.

 

L’inverse aux USA

 

Une étude sur la spécificité du secteur laitier a été commandée par la Commission européenne. Elle devrait déboucher sur une conférence débat l’an prochain. Moins idéologue que son prédécesseur Mariann Fischer Boel, attaché au développement rural, Dacian Ciolos veut coller aux réalités du terrain. La France, de son côté, sui le dossier de près. Et Stéphane Le Foll, le ministre de l’agriculture, a promis de faire des propositions*.

 

Lors de cette rencontre à Bruxelles, Aurélie Trouvé, économiste et spécialiste du secteur laitier, a souligné les risques liés aux orientations prises par Bruxelles. « Les Etats-Unis prennent le chemin inverse de celui suivi par l’Europe. Ils encadrent leur marché laitier sans aucun complexe. La Suisse a supprimé les quotas et mis en place une contractualisation avec les éleveurs. On peut parler d’échec. Si on ne fait rien, on aura une nouvelle crise du lait. On risque d’assister en France à un déménagement du territoire et à la concentration des élevages dans les régions les plus favorables à cette production ». Un mouvement déjà lancé et non sans risques. La question déjà posée à la Bretagne ces dernières années pourrait soulever les mêmes controverses environnementales au Danemark, aux Pays-Bas mais aussi en Allemagne.

 

* Voir Lait : nouveau système de régulation étudié au ministère de l'agriculture- 12 déc. 2012

André Lefranc (APLI) a vu le changement au ministère de l'agriculture - 27 décembre 2012 

 

Cet article est le 360ème publié sur ce blog dans la catégorie AGRICULTURE et PAC.

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27 décembre 2012 4 27 /12 /décembre /2012 21:46

Préserver la gestion de l’offre dans les accords commerciaux

 

L’Union européenne a décidé de supprimer toute régulation du marché laitier en 2015. C’est une grave erreur, pointée du doigt par les producteurs de lait du Québec qui savent bien que le libre marché, partout dans le monde, a conduit à la baisse des revenus des producteurs. C’est pourquoi la Fédération des producteurs de lait du Québec (FPLQ)*, lors de son Assemblée générale** du 29 novembre 2012, a mis en garde le gouvernement fédéral d’Ottawa contre l’ouverture du marché canadien aux produits laitiers européens.

* Voir Présentation de la Fédération des producteurs de lait du Québec

Rappel : Le système laitier canadien intéresse les producteurs de lait européens- 29 janv. 2010

Le système canadien de la gestion de l'offre, expliqué par Claudette Samson- 14 déc. 2012 

 

** Assemblée générale spéciale de la Fédération des producteurs de lait du Québec

 

Négociation Canada-Europe*** : « Que l'Europe se montre aussi ouverte que nous le sommes déjà avant de réclamer plus d'accès à notre marché! » Bruno Letendre, président

 

QUÉBEC, le 29 nov. 2012 - S'adressant aux participants à l'assemblée semi-annuelle de la Fédération des producteurs de lait du Québec (FPLQ), le président de la FPLQ, Bruno Letendre, a exprimé sa préoccupation pour le modèle laitier québécois dans le contexte des négociations en cours avec plusieurs partenaires commerciaux, notamment avec l'Europe et les pays membres du partenariat transpacifique.

« Malgré les importantes retombées économiques du secteur laitier, malgré sa performance soutenue, malgré la stabilité que la gestion de l'offre nous procure, malgré les résultats qui démontrent la pertinence de notre modèle pour tous les partenaires de la filière, sa préservation demeure un défi pour nous », a affirmé Bruno Letendre.

 

Jusqu'à présent, dans toutes les ententes de libre-échange que notre pays a signées, il a fait exclure la gestion de l'offre. Or, les négociations entre le Canada et l'Europe entrent dans leur dernière ligne droite et il appartiendra bientôt aux ministres de les conclure en abordant les questions les plus difficiles. Bien que ceux-ci se soient réunis la semaine dernière et n'aient pas réussi à s'entendre, ils demeurent persuadés d'y parvenir avant la fin de 2012. L'Europe réclame, notamment, plus d'accès au marché canadien des fromages. Le Canada offre déjà aux importations plus de 6 % de son marché intérieur du fromage. L'Europe en accapare plus des deux tiers, pour une valeur de 156 millions de dollars en 2011. De son côté, l'Europe laisse moins de 2 % d'accès à son marché intérieur des fromages.

 

« Le Canada n'a pas à faire de concessions agricoles pour obtenir plus d'accès au marché agricole européen, il concède déjà assez dans ce secteur et ailleurs. Surtout si l'on considère l'importance des indications géographiques et des règles d'origine pour des pays comme la France, l'Italie et la Grèce. Les offres du Canada, à cet égard, s'avèrent d'une valeur inestimable pour l'Europe. Il serait donc totalement injustifié que le Canada augmente les contingents d'importation de fromage pour offrir un accès garanti à l'Europe » a ajouté M. Letendre.

 

Le président de la FPLQ a aussi fait valoir que le Canada n'est pas le seul à préserver des secteurs dans les ententes qu'il négocie. Tous les pays ont des secteurs sensibles et stratégiques à protéger quand ils concluent des accords commerciaux. Par exemple, l'Europe interdit l'importation du boeuf traité aux hormones en raison du principe de précaution et maintient un régime de subventions découplées à la production laitière qui peuvent représenter de 40 à 60 % du revenu des producteurs. Les États-Unis, de leur côté, ont exclu complètement leur secteur du sucre du libre-échange avec l'Australie et leur industrie laitière ne veut pas faire de concessions à l'Océanie dans la négociation du Partenariat trans-pacifique. Finalement, la Nouvelle-Zélande interdit l'importation de viande fraîche ou congelée de porc ou de volaille sous des prétextes phytosanitaires et protège son régime public de médicaments de la concurrence.

 

Le libre marché dans le lait, si ça fonctionnait, on le saurait depuis longtemps. Toutes les tentatives d'assurer par la déréglementation un revenu suffisant aux producteurs de lait pour couvrir leurs coûts de production ont échoué, et ce, partout dans le monde. C'est justement pour ça que les producteurs et les gouvernements au Canada ont mis en place la gestion de l'offre. Et un des principes fondamentaux de la gestion de l'offre, c'est d'assurer aux producteurs un juste prix qui couvre leurs coûts de production » a indiqué le président. Il cite l'exemple des producteurs laitiers en Europe, qui, malgré les importantes subventions, traversent leur deuxième crise en l'espace de trois ans, une crise qui accule des milliers d'entre eux à la faillite. Il cite également en exemple les producteurs laitiers de la Californie où, selon le Wall Street Journal, 1 600 fermes laitières parmi les plus grosses et performantes luttent pour leur survie. « Notre secteur est durable et entièrement renouvelable, il faut le rappeler. Il génère déjà, année après année, sans subventions ou investissements gouvernementaux, deux fois plus d'emplois et de retombées fiscales qu'on en aura avec le développement du Nord » a ajouté M. Letendre.

 

Finalement, le président a conclu en précisant les trois principaux défis auxquels, selon lui, l'industrie laitière fait face, soit celui de préserver la gestion de l'offre dans les accords commerciaux, d'assurer un contrôle efficace des frontières face aux importations et de mieux vendre le lait pour satisfaire les marchés, en assurant aux producteurs, mais aussi à toute l'industrie, un juste revenu et des bénéfices. À cet égard, il a lancé un appel à ses partenaires : « Nous avons un urgent besoin de dialogue, de volonté de compromis de part et d'autre, de recherche de solutions gagnantes pour tous au sein de cette industrie. Tous les partenaires doivent être de la solution : les producteurs, les transformateurs, les gouvernements provinciaux et le gouvernement fédéral » a conclu M. Letendre.

 

 À propos de la FPLQ

 

La Fédération des producteurs de lait du Québec représente les 13 500 producteurs et productrices de lait et les 6 200 fermes laitières de la province. Les producteurs québécois livrent annuellement près de 3 milliards de litres de lait dont la vente totalise des recettes à la ferme de plus de 2 milliards de dollars. Le secteur laitier québécois représente plus de 32 % des recettes agricoles de la province et une contribution de plus de 83 000 emplois, 1,27 milliard de dollars de retours en fiscalité et un apport au PIB de 5,4 milliards de dollars dans le secteur de la production et de la transformation.

 

*** Voir Négociations Canada - Europe (Fédération internationale des coalitions pour la diversité culturelle, 6 déc. 2012).

 

Complément d’information

 

AG Apli 120911 001 TSur le site de l’APLI - Association nationale des producteurs de lait indépendants (voir Communiqués), on trouve les Notes pour la préparation de l’allocution du président de la FPLQ, Bruno Letendre, lors de l’ Assemblée générale spéciale - 29 novembre 2012. Extraits.

Je vous avoue que je suis partagé entre la confiance et l’inquiétude. En effet, malgré les importantes retombées économiques du secteur laitier, malgré sa performance soutenue, malgré la stabilité que la gestion de l’offre nous procure, malgré les faits, les résultats qui démontrent la pertinence de notre modèle pour tous les partenaires de la filière, j’ai le sentiment qu’il est plus menacé que jamais.
Et je vais être très franc avec vous, la plus grande menace ne vient pas de l’extérieur, ni des négociations commerciales ou de la concurrence étrangère. Elle vient de l’intérieur. Si on n’y voit pas, on pourrait tout perdre. Nous, les producteurs, mais aussi nos transformateurs, nos fournisseurs, nos gouvernements, nos concitoyens.

Vous le savez, depuis 2008, le monde est plongé dans une crise économique majeure. Une crise dont plusieurs ont beaucoup de mal à sortir, l’Europe et les États-Unis particulièrement.
Le Canada s’en est assez bien tiré jusqu’à maintenant. La demande des pays émergents pour nos ressources naturelles a aidé, mais aussi la règlementation des marchés financiers et bancaires, plus serrée chez nous. Il faut se rappeler que la crise est due principalement à la déréglementation du marché financier et à la cupidité des spéculateurs aux États-Unis. Certains économistes et dirigeants politiques l’ont compris. Ils ont tiré des leçons et ils proposent une certaine réforme du capitalisme, mais plusieurs continuent de proposer plus de libéralisation et de déréglementation des marchés comme solution à cette crise. Comme si on pouvait éteindre un feu en l’arrosant d’essence.
L’agriculture mondiale n’a pas été épargnée par la crise. Plusieurs y voient une situation conjoncturelle, temporaire. On nous prédit même un âge d’or pour l’agriculture et l’agroalimentaire dans les décennies qui viennent, notamment en raison de la croissance démographique et du développement des pays émergents, ce qui ferait augmenter la demande et les prix.
Il ne faudrait pas perdre de vue que le secteur agricole est différent des autres secteurs de l’économie. En particulier pour ceux qui cultivent la terre, pour nous les agriculteurs. Le marché libre ne nous rémunère pas adéquatement (…).

Il est temps qu’on reconnaisse les retombées considérables de notre secteur. Un secteur dynamique, créateur d’emplois, qui contribue à la croissance économique de nos régions, année après année, tout en assurant un juste revenu aux producteurs laitiers, sans subventions pour soutenir notre revenu, ce qui est exceptionnel dans le monde agricole.
Ces faits n’ont pas empêché ces derniers mois des leaders d’opinion, particulièrement dans les médias et dans certains milieux économiques du Canada anglais, de multiplier les attaques contre la gestion de l’offre et de réclamer son démantèlement. Pour le bénéfice de qui ? Pour gagner quoi ?
Franchement, je ne comprends pas, même si venant de certains commentateurs ou de certains « think tanks » aux positions idéologiques, cette position n’est pas surprenante. Mais là où j’ai été extrêmement déçu et préoccupé, c’est en prenant connaissance d’une lettre de l’Association des transformateurs laitiers du Canada, adressée à la mi-novembre aux ministres de l’Agriculture et du Commerce international.
Ce sont nos partenaires. Nous avons besoin d’eux, ils ont besoin de nous. Notre avenir est très intimement lié. Pourtant, ce qu’ils réclament dans cette lettre, sous prétexte de moderniser la gestion de l’offre, conduirait à son effondrement. Ils veulent conserver la stabilité et les garanties d’approvisionnement de la gestion de l’offre pour eux et soumettre les producteurs aux conditions du libre marché pour le prix du lait. Le beurre et l’argent du beurre.
Le libre marché dans le lait, si ça fonctionnait, on le saurait depuis longtemps. Toutes les tentatives d’assurer par la déréglementation un revenu suffisant aux producteurs de lait pour couvrir leurs coûts de production ont échoué. Partout dans le monde!
C’est justement pour ça que les producteurs et les gouvernements au Canada ont mis en place la gestion de l’offre. Et un des principes fondamentaux de la gestion de l’offre, c’est d’assurer aux producteurs un juste prix qui couvre leurs coûts de production.
Il serait temps que certains de nos partenaires regardent cette réalité en face et cessent de rêver de développer les exportations avec du lait bon marché. Nous produisons dans un pays nordique. On a six mois de gel par année. On ne pourra jamais concurrencer les Néo-Zélandais sur les marchés mondiaux. Nous n’avons pas 10 mois de pâturage de qualité par année et une température moyenne de 15°C pour produire du lait à faible coût.
Nous n’avons pas de Fonterra, leur grande coop, avec un quasi-monopole sur l’achat du lait, sur sa transformation et son exportation. Pour avoir son équivalent, il faudrait que le gouvernement légifère pour forcer la fusion de Parmalat, Saputo, Agropur et tous les moyens transformateurs au Canada.
Est-ce qu’il y a quelqu’un dans la salle qui croit que c’est faisable?

Je vais vous donner deux petits exemples de ce qui nous attend si le Canada abandonne la gestion de l’offre.

Nos confrères européens vivent actuellement leur deuxième crise en l’espace de 3 ans, depuis que l’Europe a mis fin à son système de prix administrés et qu’elle laisse les prix mondiaux et les transformateurs fixer les prix d’achat du lait des producteurs. En 2008 et 2009, les producteurs ont jeté des milliers de litres de lait à cause de la baisse brutale de leurs prix. Malgré les subventions de la Politique agricole commune, qui peuvent représenter plus de 40 % de leur revenu (selon un rapport spécial de la Cour des comptes européenne publié en 2009), des milliers d’entre eux ont été acculés à la faillite. Lire la suite...

Cet article est le 359ème publié sur ce blog dans la catégorie AGRICULTURE et PAC.

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27 décembre 2012 4 27 /12 /décembre /2012 17:53

Changer le système européen de gestion de la filière laitière

 

AG Apli 120911 001 TL’Association nationale des producteurs de lait indépendants (Apli) voit son action aboutir à un résultat concret*, après « Trois ans de combats, des heures et des heures d’investissements, des documents et des propositions remis autant de fois que possible à des centaines de politiques. Pendant ce temps, l’Europe a perdu 157 000 producteurs ».

  * Voir Lait : nouveau système de régulation étudié au ministère de l'agriculture - 12 décembre 2012

 

AG Office du lait Avranches 221111 005 TC’est son président, André Lefranc, qui l’écrit dans le communiqué de presse publié le 22 décembre 2012. Voir Communiques

 

CHANGER LE SYSTEME ! L’APLI creuse son sillon

 

Ce 5 Décembre, les organisations professionnelles, syndicales mais aussi l’APLI Nationale ont participé à la première des réunions de travail organisées par le ministère de l’agriculture. Autour de la table, la FNSEA, FNPL, FNCL, JA, Confédération Paysanne, Coordination rurale, France Agrimer, Chambre d’Agriculture et l’APLI ont découvert la base du travail proposée par la DGPAAT. La direction de l’agriculture se donne pour objectif de développer un projet gratuit et innovant pour l’Europe, projet s’articulant autour de trois axes ; un système de régulation de la production, un observatoire européen et la contractualisation. Notre ministre de l’agriculture défendra près des pays européens l’intérêt d’un tel plan pour les producteurs européens.

« Un paquebot qui doit changer de direction » selon les termes de l’APLI ; « CHANGER LE SYSTEME » pour le ministère...Nous avons entendu une proposition qui va dans le bon sens. Nous ne pouvons que féliciter les décideurs d’avoir pris le bon chemin. Le travail est encore long mais nous ne manquerons pas d’arguments, de documents pour étoffer cette proposition. A nous tous de continuer à travailler et de convaincre un maximum d’acteurs de la filière et de responsables politiques pour que tout ce travail aboutisse dès 2015.

 

En attendant le massacre continue avec des coûts de productions exorbitants un prix du lait indicatif déconnecté du marché et de plus non respecté par certains industriels. Malgré ces prix non rémunérateurs pour les producteurs, des industriels coopératifs envisagent toujours de nourrir le monde en développant la production de produits industriels (tour de séchage) au détriment de la souveraineté alimentaire de ces pays. Résultat de plus en plus de paysans et d’humains crèvent de faim !!! Chercher l’erreur !!!

 

FMB : Les OP transversales c’est fait et reconnu !…**

Le 11 décembre 2012, la commission nationale technique (CNT) a donné un avis favorable pour l’agrément de dix premières organisations de producteurs laitiers (OP). Parmi elles, France Milkboard Sud Ouest et France Milkboard Grand Ouest, deux OP transversales, regroupant tous les producteurs à l’échelle du bassin ont été validées. Autrement dit nos efforts et nos convictions commencent à voir le jour.

Dès le printemps 2013, nous demanderons également un agrément d’OP transversale pour les autres bassins à condition que vous producteurs soyez convaincus de l’importance de ces OP indépendantes.

Vous pouvez toujours signer dans les OP FMB reconnues même si vous vous au préalable engagé dans une OP non validée actuellement (Par exemple OP Bongrain).

 

Notre combat est juste et incontournable. De plus en plus, nos idées sont reprises, alors soyez acteurs pour votre avenir et arrêtez de subir. Les avancées sont là !!! Le changement de système ne se fera que si vous êtes vous-même déterminés … 2012 année du changement … 2013 année des résultats : C.V.O, FAIREFRANCE, FMB par bassin…

 

** Voir Paul de Montvalon, paysan, président : fédérer les producteurs de lait - 2 janvier 2012 

 

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26 décembre 2012 3 26 /12 /décembre /2012 21:37

La commission européenne admet les carences des études OGM

 

C’est un signal positif qu’a donné le directeur général de la santé et de la protection des consommateurs de l’Union européenne à Bruxelles. Des financements vont être mobilisés afin de réaliser une étude de deux ans sur l’ingestion de maïs OGM par des rats.

Par déduction, on peut en conclure que c’est une conséquence de l’étude controversée du professeur Séralini (voir Maïs OGM pouvant nuire à la santé : Arthur Riedacker élargit le débat - 27 septembre 2012).

 

Un journal américain a révélé cette décision discrète de la Commission européenne. Rachel Mulot, journaliste Sciences et Avenir, a porté cette information le 18 décembre 2012 à la connaissance des lecteurs du site du Nouvel Observateur. 

OGM: après Séralini, l’Europe va mener des études à deux ans

La Commission reconnaît la nécessité de mener des études sur la vie entière de rats nourris avec des OGM. Elle cherche les crédits nécessaires. Un tournant après l’étude controversée du Professeur Séralini.

À Bruxelles, le patron de la DG Sanco (Direction générale de la santé et de la protection des consommateurs) Ladislav Miko a annoncé discrètement la semaine dernière que la Commission Européenne essayait de réunir un budget pour mener une étude à long terme de deux ans sur les OGM. C’est ce que révèle un article du Journal EU Food Policy en date du 17 décembre. Cette décision fait suite à l’étude controversée sur des rats conduite par le Professeur Gilles-Eric Séralini, de l’Université de Caen. Ce dernier a été entendu le 14 décembre dernier par la Commission Européenne.

Pour le moment, Bruxelles n’a pas été plus précise sur le protocole de l’étude qu’elle chercherait à lancer. Il semblerait toutefois que la Commission envisage de tester un maïs différent de celui testé par le Pr Séralini, le Monsanto 810. Contrairement au NK 603, il n’est pas tolérant à un herbicide, mais sécrète son propre pesticide pour résister à ses prédateurs.

L’Europe reconnaît in fine la nécessité de mener des études à vie entière sur des animaux nourris aux OGM

Cette décision hérissera sans doute bien des industriels mais aussi des experts actuellement chargés de l’évaluation des plantes génétiquement modifiée, notamment ceux de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa).

Cette dernière a longtemps défendu l'idée que les études d’évaluation à trois mois suffisaient pour autoriser la mise des OGM sur le marché. Et son autorité faisait foi, malgré un questionnement croissant des ONG et de la société civile… En cherchant aujourd’hui à financer une telle expérience, l’Europe reconnaît in fine la nécessité de mener des études à vie entière sur des animaux nourris aux OGM.

Pour comprendre cette petite révolution, on peut se plonger dans la dernière enquête de Sciences et Avenir (notre article "OGM et santé, ce que disent vraiment les études" dans le magazine qui sort jeudi). Elle montre que les études sur la santé humaine sont inexistantes mais aussi que les évaluations actuelles laissent à désirer. Elle précise enfin les biais qui animent chacun des acteurs de ce dossier violemment controversé.

Pour le moment, les anti-OGM savourent ce qu’ils veulent voir comme une victoire : « Je me réjouis que la Commission fasse preuve de sens des responsabilités et admette enfin la nécessité de mener des études sur deux ans pour étudier les effets à long terme des OGM », a ainsi commenté illico la députée européenne Corinne Lepage, cofondatrice du Crii-gen avec le Pr Séralini. « Une telle étude devrait cependant chercher à répéter l'étude du Pr Séralini et être menée sur le même maïs NK603 et sur l'herbicide Roundup. Le protocole de cette étude devra en tout cas être élaboré de manière transparente, ouverte, et avec participation de la société civile. » À suivre.  

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25 décembre 2012 2 25 /12 /décembre /2012 23:44

Des raisons de continuer la lutte avec détermination

 

La confédération européenne des organisations de producteurs de lait (European Milk Board: EMB), dont font partie, en France, l’Association nationale des producteurs de lait indépendants (APLI) et l’Organisation des producteurs de lait (rattachée à la Coordination rurale), avait organisé une manifestation des producteurs de lait européens les 26 et 27 novembre 2012 à Bruxelles (voir Les producteurs de lait européens ont manifesté deux jours à Bruxelles - 30 novembre 2012). 

 

AG Apli 120911 001 TSon comité directeur a fait part de son optimisme dans une déclaration faisant office d’éditorial de son Bulletin EMB décembre en ligne :

 

Pour le European Milk Board, cette année intense et passionnante touche bientôt à sa fin. C'est l'occasion pour le Comité directeur de tirer le bilan et d'oser un coup d'œil prudent sur l'avenir. Mais une chose est déjà claire : il y a du mouvement dans la politique européenne et dans la coopération entre les producteurs laitiers - peut-être plus que les producteurs seuls en ont parfois l'impression. L'EMB a donné des impulsions majeures à ces changements.

L'année de crise 2012

Pour les producteurs laitiers, l'année 2012 entrera dans l'histoire comme la deuxième année de crise depuis 2009. En début de l'année, le prix du lait s'effondra partout en Europe. L'augmentation des coûts de quasi tous les moyens de production a encore aggravé la situation.

Un changement de paradigme à l'horizon

La deuxième crise laitière en seulement trois ans a poussé quelques gouvernements de l'UE à changer leur manière de penser. Dans plusieurs initiatives, la Pologne, l'Espagne, le Portugal et la Lituanie ont appelé à une intervention sur le marché, afin d'apporter un soutien aux prix du lait, catastrophiques. La pensée selon laquelle la main invisible du marché peut tout régler fait place à la conviction que la politique doit fournir un minimum de règles pour le marché. Cette évolution fut soulignée par la proposition du rapporteur Michel Dantin d'instaurer, en tant qu'instrument de crise, un système de réduction volontaire de la production. Dans leurs prises position sur la réforme de la PAC, certains députés européens se sont même prononcés en faveur d'une prolongation des quotas jusqu'en 2020.

Le paquet lait est insuffisant

Le paquet lait, sujet de discussions intenses durant plusieurs mois, a paru soudain insuffisant à de nombreux politiques. Dommage qu'ils se sont rendus compte aussi tard. L'EMB avait, depuis longtemps et de façon répétée, signalé ces lacunes.

Une panoplie d'actions de l'EMB en 2012

Avec toute une série de petites et de grandes actions, l'EMB a attiré l'attention sur la situation intenable que connaissent les producteurs laitiers. En juillet, par exemple, un lac débordant de lait avait été dressé devant le Parlement européen. L'EMB avait également soutenu le Good Food March à Bruxelles, en collaboration avec de nombreuses ONG. La conférence de clôture au Parlement de l'UE constitua une manifestation impressionnante en faveur d'une nouvelle PAC.

Et, finalement, les 26 et 27 novembre, 1000 tracteurs et 3000 producteurs et productrices de lait s'étaient rassemblés devant le Parlement européen. Ils aspergèrent de lait les bâtiments du Parlement dans lesquels s'étaient réunis les décideurs politiques. Leur devise : le marché du lait est encore toujours en flammes et, pour éteindre ce feu, le lait est moins cher que l'eau. Lors de la deuxième journée de l'événement, les manifestants commémorèrent, lors d'une action riche en émotions, les exploitations ayant dû cesser leur production au courant des trois dernières années. Pendant toutes ces actions, nous avons, à chaque fois, souligné notre revendication pour l'instauration d'une agence de surveillance avec une régulation flexible de l'offre. L'objectif : un prix du lait rémunérateur pour les producteurs.

Le Commissaire Ciolos annonce des mesures

Le 27 novembre, deuxième jour de la grande manifestation, le Commissaire à l'agriculture Ciolos s'est adressé aux producteurs. Il constata clairement que le paquet lait entré en vigueur récemment ne suffit pas pour résoudre les problèmes du marché laitier. Il annonça de nouvelles propositions pour 2013, avec le but de stabiliser les prix du lait et d'enfin offrir aux producteurs une perspective. Il ajouta qu'il est cependant difficile de répondre à toutes les attentes. Il appela également l'EMB à présenter des propositions.

Nous sommes sur le bon chemin - il faut continuer la lutte avec vigueur

Les politiques semblent enfin avoir compris que les marchés ne fonctionnent pas tout seuls. Il s'agit maintenant de faire valoir aux lieux stratégiques les propositions réfléchies de l'EMB.

Mais, en vue de cette ouverture apparente, il convient de rester attentif. L'industrie et ses alliés des grands syndicats s'alarment déjà. Ils mettront tout en œuvre pour éviter des prix du lait rémunérateurs et les mesures nécessaires à cet effet, notamment l'ajustement des volumes aux besoins du marché. Mais malgré toutes les difficultés, les producteurs de lait de l'EMB sont sur la bonne voie. Continuons dans cette direction, ça vaut la peine ! 

De tout cœur, nous vous souhaitons un joyeux Noël et une bonne année 2013. 

 

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14 décembre 2012 5 14 /12 /décembre /2012 11:27

 

Le prix du lait à la consommation est-il trop élevé au Canada ?

 

Les producteurs de lait européens contestent l'évolution des prix à la production qui tirent leurs revenus vers le bas, depuis que l'Union européenne a décidé la libéralisation du marché du lait, programmant la fin des quotas laitiers en 2015 sans qu'un autre système de régulation ait été prévu pour les remplacer. En France, le gouvernement se préoccupe de cette question. Voir Lait : nouveau système de régulation étudié au ministère de l'agriculture - 12 décembre 2012.

 

Il existe un système de régulation qui a fait ses preuves depuis 40 ans, c'est la gestion de l'offre au Canada, mais l'Europe considère que ce n'est pas une référence car il ne respecte pas les principes néolibéraux dictés par l'organisation libre-échangiste du commerce international, l'OMC.

Au Canada, les producteurs sont payés correctement et la valeur ajoutée est répartie équitablement à tous les niveaux de la filière laitière. Le prix du lait est-il trop élevé pour les consommateurs ? C'est à cette question que répond Claudette Samson dans Le Soleil :

 

Trop cher, le lait ? Dans mon panier

 

Les Canadiens paient-ils leur lait trop cher? Régulièrement, cette question revient sur le tapis, généralement moussée par les opposants à la gestion de l'offre, qui voient dans ce système une intervention excessive de l'État dans l'économie.

Au Canada, le lait, la volaille et les oeufs sont sous gestion de l'offre, mais le lait représente près de 80 % de ce mode de contrôle, ce qui explique que ce soit souvent lui qui est pris à partie. Or, la gestion de l'offre est plus que jamais sur la sellette, alors que le Canada est sur le point de conclure un accord de libre-échange avec l'Europe et qu'il vient de se joindre au Partenariat transpacifique dans l'espoir d'ouvrir de nouveaux marchés en Asie. Les producteurs craignent que le gouvernement abandonne le système sous la pression de pays qui y voient une forme de protectionnisme indue. Il faut toutefois dire que le gouvernement Harper a toujours dit son intention de le protéger.

 

François Dumontier, porte-parole de la Fédération des producteurs de lait du Québec, définit la gestion de l'offre comme une façon de planifier la production en fonction des besoins du marché interne canadien. Assez pour ne pas en manquer, pas trop pour ne pas créer de surplus. Comme le gouvernement limite les importations des produits laitiers à 5 %, les agriculteurs d'ici sont assurés d'écouler leur production et les prix demeurent relativement stables.

À ce contrôle s'ajoute la mise en marché collective, laquelle permet aux producteurs d'établir un rapport de force envers les acheteurs. Pour le lait, cela veut dire que les 6300 fermes laitières québécoises ne font qu'une face aux trois grands acheteurs que sont Parmalat, Agropur et Saputo.

 

Le prix, lui, est déterminé à deux niveaux. Côté canadien, des enquêtes de coûts de production assurent aux producteurs un revenu basé sur ce qu'il en coûte aux 50 % les plus efficaces d'entre eux. Il est donc faux, note M. Dumontier, de dire que les agriculteurs n'ont pas d'incitatifs à s'améliorer. Ceux qui sont parmi les 50 % moins performants doivent devenir plus productifs s'ils veulent être rentables, et les meilleurs ont intérêt à faire de même s'ils veulent aller chercher davantage de revenus.

À l'échelle québécoise, la Régie des marchés agricoles détermine la part qui ira aux industriels, distributeurs et détaillants, en fixant un prix minimum et maximum pour les produits de base. Cette partie de la fixation des prix ne concerne pas les agriculteurs, mais a bien sûr un impact sur les consommateurs.

 

Arguments des opposants

J'ai demandé à des opposants à la gestion de l'offre de m'expliquer leurs principaux arguments.

Pour l'agroéconomiste Bruno Larue, de l'Université Laval, le problème de ce système est qu'en limitant l'offre, on fait monter les prix, «ce qui crée des opportunités de profit démesuré». Il dénonce surtout les gains en capitalisation élevés des agriculteurs, en raison des coûts des quotas, qui peuvent grimper jusqu'à 25 000 $ par vache.

Pourtant, selon la Fédération des producteurs de lait, le revenu familial moyen d'une famille possédant une ferme laitière n'est que de 35 000 $. Quant au capital que représente une ferme laitière, François Dumontier se demande où est le problème. Est-ce qu'on va s'offusquer de la valeur de revente d'un restaurant ou d'un garage dans lequel le propriétaire aura investi le travail de toute une vie? demande-t-il.

L'agroéconomiste Sylvain Charlebois, de l'Université de Guelph, croit quant à lui que la gestion de l'offre empêche les entreprises de transformation d'innover. En Australie, où le système a été déréglementé au début des années 2000, une foule de nouveaux produits laitiers ont été mis en marché, dit-il. «Ici, on étouffe parce que c'est archi-réglementé.»

Réponse de François Dumontier : c'est pourtant dans ce contexte de réglementation que les Québécois ont développé plus de 300 nouveaux fromages depuis une vingtaine d'années, ainsi qu'une kyrielle de yogourts.

 

Étouffés, les transformateurs?

Daniel-Mercier Gouin, agroéconomiste à l'Université Laval, a étudié l'évolution du marché en Australie. Son constat : les prix au détail ont augmenté de façon marquée, et ceux versés aux producteurs ont baissé. Ce sont les intermédiaires qui se sont enrichis, dit-il.

Croire que l'abolition de la gestion de l'offre ferait baisser les prix à la consommation relève selon lui d'une application simpliste de la théorie du libre marché.

 

Quant aux producteurs, tous s'entendent pour dire qu'ils y perdraient, y compris ceux qui prônent la libéralisation. Il y a deux semaines, à Bruxelles*, ils sont venus par centaines avec leurs tracteurs asperger le parlement européen de lait pour dénoncer la chute des prix causée par la surproduction et la perte d'outils de régulation. Des scènes qui se sont déjà vues ici et que personne n'a envie de revoir...

 

Par ailleurs, contrairement à ce qui se passe dans les autres productions agricoles, les agriculteurs sous gestion de l'offre sont pratiquement les seuls à ne pas retirer de subventions de l'État, ce qui est certainement un point positif.

Alors finalement, payons-nous notre lait trop cher, ou simplement ce qu'il vaut? De toute évidence, la réponse semble avant tout idéologique...

 

* Voir Les producteurs de lait européens ont manifesté deux jours à Bruxelles - 30 novembre 2012

 

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12 décembre 2012 3 12 /12 /décembre /2012 12:33

Recherche d’une position commune intersyndicale française

 

La crise laitière est à l’origine d’une avancée dans la prise de conscience de la nécessité de mettre en place un nouveau système de régulation de la filière laitière au niveau européen.

Rappel : Les producteurs de lait européens ont manifesté deux jours à Bruxelles - 30 nov. 2012

 

Voir la REVUE DE PRESSE - ASSOCIATION NATIONALE DES PRODUCTEURS DE LAIT

 

Lait : le ministère étudie un système de régulation européen pour l'après-quota (Agri44, 9 déc. 2012).

Le ministère de l'Agriculture veut présenter à Bruxelles un système de régulation de la production laitière pour remplacer les quotas après 2015.

Présenté le 5 décembre aux organisations professionnelles agricoles lors du 1er groupe de travail sur la contractualisation, ce système de régulation se déclencherait lorsque le prix du lait décrocherait trop brutalement sur une période donnée.

La Commission européenne recommanderait alors aux collecteurs de baisser leur production afin de réguler le marché. Dans le cas où les prix ne remonteraient pas après cette recommandation, la Commission aurait la possibilité d'imposer des pénalités financières aux entreprises n'ayant pas réduit leur collecte.

Ce système nécessiterait néanmoins plusieurs outils encore inexistants : un observatoire européen des prix, mais aussi un suivi de la production de chaque pays et de leurs entreprises. La contractualisation devrait en outre être entièrement révisée pour inclure des clauses de réduction de la collecte.

 

 Après-quotas - La Confédération paysanne propose aux autres syndicats de construire une position commune (La France Agricole, 11 déc. 2012)

La Confédération paysanne a rédigé mardi une lettre ouverte proposant une position commune pour le secteur laitier et l'après-quotas à la FNPL (Fédération nationale des producteurs de lait, association spécialisée de la FNSEA), à l'OPL (Organisation des producteurs de lait, branche de la Coordination rurale) à l'Apli (Association des producteurs de lait indépendants) et à Jeunes Agriculteurs (JA).

« Le ministère a mis sur la table, au cours d'un groupe de travail, une réflexion sur des propositions à porter à Bruxelles pour organiser la filière en Europe et apporter des perspectives pour l'après-quota en 2015, écrit la Confédération paysanne. Ces réflexions portent, à partir d'un observatoire des prix à la production, sur un mécanisme d'action sur les volumes en cas de baisse importante du prix. » La Confédération paysanne « salue l'initiative du ministère, participera activement à cette réflexion mais sera vigilante sur le mécanisme proposé ». 

« En conséquence, pour l'avenir de tous les producteurs de lait, nous proposons de construire une position commune intersyndicale, incontournable dans le débat qui s'ouvre avec les pouvoirs publics français et européens », écrit-elle aux autres organisations syndicales. « La baisse actuelle du prix du lait et l'explosion des coûts alimentaires des vaches laitières rendent indispensable une action conjointe pour donner une vision à long terme aux producteurs », ajoute la Confédération paysanne.

 

Le combat de l’Association des producteurs de lait indépendants (Apli) commence à produire ses effets. Le début de rassemblement des éleveurs laitiers au sein de l’Office du lait était une initiative portée par cette association, notamment le producteur de lait en Maine-et-Loire, Paul de Montvalon.

Voir Paul de Montvalon a présenté l'office du lait aux producteurs à Ernée - 5 mars 2011 et Paul de Montvalon, président de l'Office du lait : ses voeux pour 2012 - 31 décembre 2011.

 

Au Canada, le système de gestion de l’offre a fait ses preuves depuis 40 ans, à l’initiative pressante des producteurs de lait du Québec. Il concerne, en plus du lait, les œufs et les volailles.

Voir GO5 et aussi ce que disent les éleveurs de volailles du Québec de la gestion de l’offre.

 

Voir La gestion de l’offre - Les Éleveurs de volailles du Québec

La gestion de l’offre est au coeur même de notre organisation. Elle constitue le fondement de nos façons de faire et elle est à l’origine de nombreux avantages offerts aux consommateurs québécois. Elle a été adoptée non seulement par les Éleveurs de volailles du Québec, mais également par tous les éleveurs de volailles du Canada de même que tous les producteurs de lait et d’oeufs du pays. Pourquoi ? Parce que l’expérience a démontré que, sans une gestion de l’offre, les marchés canadiens et québécois se retrouvaient aux prises avec une surabondance de produits agricoles d’ici et d’ailleurs. Il en résultait des revenus insuffisants pour les producteurs. Une situation difficile pour tous.

Les trois piliers de la gestion de l’offre

La gestion de l’offre est basée sur la mise en marché collective et la planification de la production pour l’ajuster aux besoins du marché canadien. Le système comporte trois piliers.

1.                               La gestion de la production

Les producteurs agricoles sous gestion de l’offre se sont engagés à approvisionner le marché canadien en produits de qualité et en quantité suffisante. Ils se sont évidemment engagés à ne pas produire de surplus. C’est pourquoi ils produisent sous quota, c’est-à-dire que chaque producteur possède une petite part du marché canadien qu’il s’engage à approvisionner.

2.                               Le contrôle des importations

De son côté, le gouvernement canadien s’est engagé à limiter l’entrée de produits importés de façon à ce que les besoins du marché soient comblés principalement par la production canadienne.

3.                               Une politique de prix couvrant les coûts de production

Le gouvernement canadien a aussi mis en place des mécanismes pour que les prix des produits assurent aux producteurs un revenu qui leur permet de vivre de leur production. Le gouvernement n’a pas à verser de subventions pour leur assurer un revenu raisonnable.

Des avantages pour l’ensemble de la société

La gestion de l’offre est un modèle agricole équitable. Respectueuse des besoins des producteurs et des citoyens consommateurs, elle comporte des avantages économiques et sociaux importants.

·                                 Elle garantit aux consommateurs des produits de qualité à prix raisonnables. De plus, chaque dollar est mieux partagé entre les différents paliers, de la production à la distribution.

·                                 Elle est un facteur de stabilité, et ce, tant pour l’approvisionnement de l’industrie agroalimentaire que pour les revenus des producteurs agricoles.

·                                 Elle crée des emplois en favorisant notamment une agriculture à dimension humaine présente dans toutes les régions du Québec et du Canada.

·                                 Elle ne coûte rien en fonds publics. Plusieurs autres productions qui n’ont pas le bénéfice d’être sous gestion de l’offre doivent recourir aux subventions des gouvernements.

Un modèle menacé

Malheureusement, ce modèle est actuellement menacé dans le cadre des négociations de l’OMC (Organisation mondiale du commerce). L’objectif clair de ces négociations est d’éliminer tous les obstacles au libre commerce et de faire de l’agriculture un secteur économique comme les autres. Actuellement, plusieurs propositions menacent la gestion de l’offre dont principalement celle de limiter la capacité du Canada à contrôler les importations.

Les Éleveurs de volailles du Québec se sont joints à GO5 Coalition pour un modèle agricole équitable, la gestion de l’offre et à la Coalition pour la souveraineté alimentaire pour soutenir le gouvernement canadien dans ses efforts pour préserver nos acquis.

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30 novembre 2012 5 30 /11 /novembre /2012 23:07

Ils demandent des prix pour ne pas produire à perte

 

C’est un scandale. La gestion néolibérale de la politique laitière par les institutions qui portent (bien mal) le nom d’Union européenne est calamiteuse. Tout est fait en dépit du bon sens. Sauf quand il s’agit de respecter les intérêts des grands groupes industriels et commerciaux.

 

Voici ce qu’ont déclaré trois grandes organisations de producteurs, à l’occasion de la conférence sur la politique laitière européenne organisée à Fougères le 29 novembre 2012 par la Confédération paysanne et la Coordination européenne Via Campesina (ECVC).

Il s’agit de ECVC, EMB (European Milk Board) et FFE (Fairness for Farmers in Europe), qui ont publié la déclaration suivante.

 

Résumé

Les producteurs ne veulent pas produire plus pour gagner moins.

On ne peut baser une économie laitière saine sur la vente à perte (prix du lait au-dessous des coûts de production).

Non à la privatisation de la politique laitière européenne (contractualisation).

La régulation de la production est indispensable au maintien d’une production laitière paysanne durable bien répartie sur le territoire européen.

 

Le « paquet lait » adopté au début de cette année par l’UE, au lieu de résoudre les problèmes auxquels font face les producteurs européens, livre ceux-ci au bon vouloir de l’industrie de transformation.

Sans maîtrise de la production, le pouvoir de marché des producteurs et de leurs OP (organisations de producteurs) ne sera pas renforcé. Quand il y a trop de lait, le prix est bas.

La contractualisation, qui ne prend pas en compte les coûts de production, sera favorable à l’industrie, pas aux producteurs.

 

Faire croire aux producteurs européens que leur avenir est dans l’exportation est un leurre : l’industrie et la grande distribution veulent surtout disposer d’une matière première à des prix plus bas. Or, nous ne voulons pas produire plus pour gagner moins. Rappelons que l’UE est déjà excédentaire et importe beaucoup d’intrants nécessaires à ces exportations.

 

La priorité, au contraire, doit être donnée à l’approvisionnement du marché européen, avec arrêt des exportations à des prix inférieurs aux coûts de production européens. Pour que les producteurs cessent de vendre à perte, nous proposons qu’un couloir de prix soit établi autour du coût moyen de production, qui serve à une adaptation à la baisse ou à la hausse de la production des exploitations.

Une politique publique forte est plus que jamais nécessaire, pour ne pas laisser les producteurs, maillon faible du secteur, entre les mains des firmes d’amont et d’aval.

 

Les producteurs de lait EMB ont rappelé aux institutions européennes qu’ils existent :

Deux jours de manifestations des producteurs de lait à Bruxelles

 

AG Apli 120911 001 TLe marché du lait est en flammes. C’est pourquoi les producteurs et productrices de lait se sont rendus à Bruxelles, afin d’attirer l’attention sur leur situation intenable et d’éteindre de façon symbolique le feu qui ravage les marchés laitiers. Depuis longtemps, les prix du lait sont inférieurs aux coûts de production, ce qui a déjà poussé des milliers de producteurs à abandonner leur ferme.

Bruxelles, les 26 et 27 novembre 2012. Environ 2500 membres du European Milk Board (EMB), la confédération européenne des organisations de producteurs laitiers, ainsi que des organisations sympathisantes, sont venus manifester avec près de 1000 tracteurs dans la capitale européenne, dans le cadre de l’action « 1000 tracteurs à Bruxelles ».

Le but de la manifestation est d’amener les décideurs politiques à assumer leurs responsabilités et à prendre des mesures efficaces pour le marché. Pour souligner leurs revendications, les producteurs laitiers ne quitteront pas les lieux pendant deux jours et passeront la nuit dans un grand chapiteau dressé devant le Parlement européen. « Les collègues du secteur sont venus en grand nombre de toute l’Europe. Cela montre à quel point l’avenir de l’agriculture paysanne au service des consommateurs leur tient à cœur. Cet avenir ne peut être assuré que grâce à une régulation flexible de l'offre, par le biais d'une agence de surveillance européenne pour le marché laitier », explique le président de l’EMB, Romuald Schaber.

bruxelles-mille-tracteurs-281.Tjpg.jpgLa surproduction actuelle met le feu aux marchés laitiers en Europe. Il incombe dès lors aux Institutions européennes de prendre les mesures adéquates afin d’éteindre ce feu. C’est ce que les manifestants ont voulu montrer de manière symbolique, en arrosant de lait les bâtiments du Parlement européen à l’aide de tuyaux d’incendie. Une action de commémoration sur le thème de la disparition des fermes partout en Europe est également prévue. Par ces actions, les producteurs de lait souhaitent montrer aux décideurs politiques européens leur situation dramatique et souligner l’importance de mesures efficaces dans le cadre de la réforme de L'UE de l’organisation commune des marchés agricoles.

Selon Romuald Schaber, « il est impératif de mettre fin à la disparition des fermes en Europe, aux conséquences dramatiques pour notre société. Cette réalité est due à la surproduction absurde et à la pression sur les prix qui s’en suit. Des actions de commémoration pour tous nos collègues qui ont été poussés à abandonner leur ferme ne peuvent devenir la règle. »

Voir les images : ASSOCIATION NATIONALE DES PRODUCTEURS DE LAIT indépendants

Et le compte rendu de la manifestation de Bruxelles 26-27 novembre, par André LEFRANC, président de l’APLI (ASSOCIATION NATIONALE DES PRODUCTEURS DE LAIT INDEPENDANTS) - Télécharger le PDF

 

Seule l’EMB est capable de réunir plus de 13 pays dont la Pologne, la Lituanie et la Croatie. Il faut noter également la présence remarquée des JA belges venus rejoindre l’EMB.

Aucune autre profession ou production n’est capable de fédérer de la sorte pour la défense d’idées communes ou d’organiser un tel rassemblement. Il fallait voir ce défilé de plus de huit cents tracteurs, cette manifestation gigantesque, les rues de Bruxelles saturées, les bâtiments de la Commission Européenne arrosés de lait pendant qu’à l’intérieur, on discutait, bien au chaud, de notre avenir.

Alors une fois de plus, on peut tirer un coup de chapeau pour l’excellente organisation de l’EMB avec son chef d’orchestre hors normes : Erwin Schöpges*.

 

Nous étions plus de 2000, lundi pour cette première journée, très réussie, unis pour la défense des producteurs de lait européens et faire infléchir les responsables afin qu’ils prennent les décisions politiques qui s’imposent pour une régulation de l’offre, seule solution qui permettra d’obtenir des prix payés aux producteurs qui couvrent leurs coûts de productions.

Chaque pays a présenté l’actualité laitière de son pays. Il est clair que les prix payés ne couvrent aucun coût de production européen !

 

Après la démonstration de force, place, le lendemain aux rencontres avec les responsables. M. Paolo de Castro, président de la commission agricole du parlement européen,

(http://www.europarl.europa.eu/meps/fr/96891/PAOLO_DE%20CASTRO.html) s’étant dérobé la veille, est finalement venu à la table ronde. Il aurait peut-être mieux valu qu’il ne se déplace pas, car nous avons, hélas, pu découvrir un président de la Commission Agricole, coupé du monde et de la réalité, qui ressemble plus à un extraterrestre venu parler à des gueux de terriens qu’à un représentant du peuple (italien) s’adressant à des responsables professionnels. Son arrogance et son comportement étaient insupportables. Il était plus soucieux du nettoyage de ses vitres que du devenir des paysans.

S’il veut vraiment une libéralisation de la production laitière pour envahir le marché mondial, dans ce cas qu’il se rémunère au prix de la main d’oeuvre mondiale. Pressé de retourner travailler ( ?) ou à ses affaires, il n’a eu que peu de temps à nous consacrer. Et pourtant, une heure passée avec les paysans lui aurait sûrement plus appris que trois semaines dans son cocon avec la vision « science-fiction » des européens dominant le marché agricole mondial.

En réalité, nous avons eu face à nous, un président de la commission agroalimentaire qui spécule et serait capable de manger du caviar devant des affamés.

Ces gens que nous payons, créent la famine et la misère sous couvert de nourrir le monde.

 

Oxfam nous a affirmé son soutien en précisant que la régulation contribuera au respect des éleveurs européens, et surtout à la non concurrence avec les éleveurs des pays émergents. Nous avons ainsi obtenu le soutient du Bénin, du Mali et de la Mauritanie pour cette manifestation. Ensuite nous avons eu la commémoration émouvante rassemblant tous les pays autour de bougies symbolisant les 157 000 producteurs disparus depuis 2009.Un agriculteur de chaque pays est venu déposer une bougie à l’effigie de son pays en énonçant le nombre d’exploitations disparues depuis 2009.

 

Dacian Ciolos, commissaire à l’agriculture et au développement rural, quant à lui, a pris le temps de venir nous rencontrer, d échanger et de nous assurer de sa volonté de mettre en place des groupes de travail indépendants dans chaque pays pour avoir de réelles informations objectives malgré la difficulté de faire changer les choses rapidement.

Une manifestation de plus ? Certains le diront, ceux qui se résignent, ceux qui se désespèrent, ceux qui pensent s’en sortir tout seuls ? Ce mouvement aurait vraiment mérité une présence beaucoup plus suivie des français. Nous ne pouvons que déplorer notre faible participation. Bravo, cependant, aux 40 tracteurs de la Meuse et du Nord ainsi qu’à toutes les voitures organisées par les départements.

En ce moment, où tous les autres pays attendent de voir ce que donnera la contractualisation française, copiée sur le désastre suisse, il est temps de nous ressaisir, de nous mobiliser pour rejoindre FMB et faire adhérer nos collègues à cette seule OP transversale pouvant nous sortir de ce marasme.

Je demande solennellement à tous les départements de se mobiliser, d’organiser des réunions dans tous les cantons afin de faire adhérer massivement les producteurs à FMB, c’est le meilleur moyen, pour nous, de peser dans les négociations et d’être entendus dans les groupes de travail prochainement mis en place.

           

* Voir LES VACHES ET LES PRISONNIERS (vidéo de la radiotélévision belge francophone).

 

Erwin Schöpges (47 ans, producteur de lait en Belgique dans la province germanophone, près de Liège, est le vrai leader européen du mouvement EMB des producteurs de lait. Il a très souvent participé à des réunions de l’APLI en France. Voir ce qu’il disait dans cet article paru sur le blog de « Solidarité et progrès » (Karel Vereycken, 3 avril 2010) : Crise laitière: si nécessaire, nous durcirons le combat

Voir Bruxelles : grande manifestation antilibérale des producteurs de lait EMB - 23 novembre 2012. 

 

Des députés au Parlement européenétaient présents aux côtés des manifestants. C’est le cas de José Bové et d’Isabelle Durant, vice présidente (belge) du Parlement Européen.

Voir Nous_n-avons_pas_besoin_de_lait_chinois par pk65.

 

Les organisations de solidarité internationales soutiennent les producteurs laitiers

Lorsqu’il y a trois ans la crise du lait éclata, les ONG belges et de nombreuses organisations paysannes d’Afrique s’étaient mobilisées pour soutenir les revendications légitimes des producteurs laitiers engagés dans la grève du lait. Défendre un prix juste et rémunérateur pour les productions des paysans du Nord, comme pour les agriculteurs et paysans du Sud, était et est toujours une demande légitime et fondée, vu la dégringolade des revenus de nombreux producteurs laitiers.

Producteurs du Nord et du Sud victimes de la dérégulation
Mais
les ONG s’étaient également mobilisées parce qu’à la source de la crise du lait, crise dont nous ne sommes toujours pas sortis, il y avait cette volonté manifeste de la Commission européenne de déréguler davantage le marché laitier, à travers une augmentation progressive des quotas.
Cette augmentation de la production – qui ne peut être écoulée sur le marché interne, étant donné que l’Union se trouve déjà dans une situation de surproduction structurelle – ne réglera pas le problème de prix rémunérateurs et stables, bien au contraire. Elle mène à encore plus de production et des prix trop bas. Les laiteries doivent écouler une plus grande partie de leur production sur les marchés extérieurs (voir tableau ci-dessous), sans que les producteurs laitiers ne bénéficient de prix rémunérateurs. Ces exportations empêchent les producteurs laitiers des pays du Sud de développer leurs propres filières laitières et de vendre leur lait sur leurs marchés locaux.

Régulation des volumes est la seule solution
En supprimant les quotas laitiers, l’Union Européenne a décidé de se défaire de son instrument de régulation principal. La commission européenne, avec son nouveau commissaire, reconnaît aujourd’hui la nécessité de réguler les prix, mais elle ne sait comment sortir d’un problème dans lequel elle s’est elle-même enfermée en démantelant les outils de régulation permettant d’y arriver. Les ONG s’opposent à " exporter " les conséquences de la dérégulation du marché laitier européen, rappelant les effets désastreux sur les pays du Sud. Quel sens y a-t-il à soutenir les efforts des organisations paysannes des pays du Sud pour développer leurs productions locales, via l’aide au développement, si cette même production est mise à mal par une politique agricole qui produit des excédents ? C’est pourquoi nous soutenons la revendication centrale des producteurs laitiers, qui est de réguler les volumes de production pour les ajuster à la demande réelle.

Cet article est le 353ème publié sur ce blog dans la catégorie AGRICULTURE et PAC.

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24 novembre 2012 6 24 /11 /novembre /2012 23:12

La France et ses alliés face aux libéraux du nord de l’Europe

 

La Politique Agricole Commune (PAC) - voir Politique agricole commune - Wikipédia - est l’une des rares politiques communes européennes, historiquement la première, et elle reste la principale avec près de 400 milliards d’euros (dont 290 d’aides aux agriculteurs) sur un budget global proche de 1000 milliards (environ 1 % du PIB des 27 Etats de l’Union européenne). Par politique commune, il faut bien comprendre que, dans ce cas, l’UE se substitue aux Etats membres dans leur politique agricole et, donc, dans les dépenses pour l’agriculture.

Rappel : Réforme et budget de la PAC, objets d'âpres négociations entre Etats - 17 novembre 2012 

Les rapports entre la France et l’Allemagne sont complexes. Voir PAC : comment l'agriculture allemande est passée devant la française (Le Monde, Frédéric Lemaître, 22 novembre 2012).  

La France accepte un compromis sur la réduction du budget pluriannuel, mais sans baisser (ou très peu) le budget de la PAC, tout en tentant de faire évoluer le contenu. Voir Agriculture: la PAC doit sortir de sa "logique très libérale (France24, Stéphane Le Foll, 20 novembre 2012).

Le budget européen est peu consistant (1 % du PIB des 27 pays) mais c’est encore trop pour le Royaume-Uni, qui va bientôt se prononcer par référendum sur son engagement, ou non, dans l’Union européenne. Il veut, à la fois, contribuer moins et maintenir le chèque exorbitant que Mitterrand avait accordé à Thatcher quand il présidait, en 1984, le Conseil européen. D’autres pays du Nord européen (Pays-Bas, Suède, Allemagne) sont dans la même logique. Ils veulent contribuer moins au budget (ils plaident pour une réduction du budget) tout en continuant de recevoir le plus possible, même si c’est un peu moins.

 

Le résultat du Sommet est assez piteux. Voir Le sommet européen prend fin "sans accord" sur le budget (Le Monde, 23 septembre 2012).La France cherchait à isoler le Royaume-Uni mais sans succès, l’Allemagne ayant refusé de s’associer à la manœuvre. François Hollande veut réorienter la politique européenne mais n’en a pas les moyens. L’Allemagne tient le manche et le Royaume-Uni est coriace. Voir les observations du Figaro :

-          Budget européen : les 27 se séparent sans accord (23 nov. 2012). La France n'a pas réussi à isoler le Royaume-Uni. L'axe franco-allemand en ressort éreinté. Un second sommet est prévu en janvier.

-          La France dédramatise l'échec du sommet sur le budget (Nicolas Barotte, 23 nov. 2012).

 

En fait, il y aurait une solution, qui serait de changer vraiment de politique : opter pour la relance de la croissance par de grands travaux d’intérêt général, financés par des emprunts européens, et réduire le budget de la PAC (les aides) en faisant en sorte que les filières agricoles rémunèrent correctement les producteurs.

 

C’est ce que demande avec insistance la confédération européenne des organisations de producteurs de lait (EMB), qui organise les 26 et 27 novembre 2012 une manifestation à Bruxelles en direction des décideurs politiques européens, en commençant par les députés au Parlement européen.

Voir Bruxelles : grande manifestation antilibérale des producteurs de lait EMB - 23 nov. 2012.

Cet article est le 352ème publié sur ce blog dans la catégorie AGRICULTURE et PAC.

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