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  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine autour des idées de Jean-Pierre Chevènement. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens après les élections de 2002.
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30 octobre 2009 5 30 /10 /octobre /2009 21:39

La politique d’immigration, l’Europe, la réforme du lycée

 

JP Chevènement lors de son intervention de clôture de l’université d’été du MRC, le 6 septembre 2009, à Toulouse (voir Rupture !)

Le sénateur du Territoire de Belfort, Jean-Pierre Chevènement, Vice-Président de la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées, se signale par sa remarquable activité parlementaire. Je l’avais souligné dans un article paru sur ce blog (voir Chevènement, 70 ans, très actif au Sénat, en capacité d'être président - 19 septembre 2009).

 
J’y reviens, car ses interventions méritent notre attention par leur qualité sur le fond, à relier avec son expérience gouvernementale. Voici ce qu’on peut lire sur son blog ces derniers jours, dans l’ordre de parution.

 

Le lycée, un système complexe qu'il faut réformer intelligemment

Intervention du sénateur Jean-Pierre Chevènement lors du débat du 21 octobre au Sénat sur la « réforme du lycée ». Ceci est un résumé de ce qu’a dit l’ancien ministre de l’Education nationale (1984-1986).

1.       Je m’étonne tout d’abord que les besoins du pays ne soient pas évoqués dans l’intervention du Président de la République (…)

Il y aurait pourtant beaucoup à dire sur la baisse constante du nombre d’étudiants inscrits dans les filières scientifiques de nos universités (…). Le handicap qui résulte de ce manque d’ambition pour le pays, du fait de la mauvaise orientation des élèves et des étudiants vers des filières sans débouchés, n’en sera pas corrigé.

 

2.       Je relève une seconde contradiction dans les discours du Président de la République (…)

C’est le principe même de l’élitisme républicain que le Président de la République met en cause, un principe qui vise à la fois à la démocratisation des études et au maintien de l’exigence intellectuelle et de la qualité de l’enseignement.

 

3. Le Président de la République pointe à juste titre l’inégalité des chances selon l’origine sociale. Mais croyez-vous qu’on corrigera cette inégalité par un rabais de l’exigence ! (…). Il faut pour cela, et dans tous les domaines de l’action politique, une énergie républicaine que je ne discerne pas dans les choix fiscaux et autres du gouvernement.

 

4. On peut certes améliorer l’orientation des élèves mais je ne crois pas qu’on puisse instituer une orientation permanente et efficace avec des stages passerelles et des remises à niveau pendant les vacances (…).

5. Prélever deux heures sur les horaires de cours pour un soutien des élèves en difficulté alors que baisse le nombre de postes de professeur, c’est aller au-devant du lycée « light » (…).

 

6. Pour tenir compte de la diversité des élèves liée à la démocratisation des études longues, il faut évidemment diversifier les filières (…).

 

7. Le Président de la République dit souvent une chose et son contraire. Cela vous facilitera la tâche. Je vous souhaite très sincèrement, parce que c’est de l’avenir de notre jeunesse et du pays tout entier qu’il s’agit, de tenir bon les deux bouts de la chaîne : le souci de la démocratisation et le maintien de l’exigence de qualité (…).

 

Un mot pour conclure : la conquête de l’autonomie sera d’autant plus facilitée que seront maintenus des cadres solides. La conquête de l’autonomie passe par la conquête du Savoir. Et ce sont les enfants des classes les moins favorisées qui ont le plus besoin d’une école structurée et sûre de ses valeurs. La transmission des savoirs dont la parfaite maîtrise fonde l’autorité du maître passe par un bon encadrement. C’est la meilleure garantie d’un lycée qui marche à Clichy sous Bois comme à Neuilly. Ne vous laissez pas égarer, Monsieur le Ministre, par des comparaisons statistiques trompeuses sur le nombre d’heures de cours dispensées dans d’autres pays aux élèves de quinze ans. Chaque système éducatif a sa spécificité. Il n’est pas souhaitable de réduire le nombre des heures de cours au lycée car ce n’est pas en travaillant moins que nos lycéens apprendront mieux.

Le mille-feuilles européen : l’exemple du Service européen d’action extérieure

Intervention de Jean-Pierre Chevènement lors du débat au Sénat sur le « Conseil européen des 29 et 30 octobre 2009 », 27 octobre 2009.

Conseil européen des 29 et 30 octobre : Ils n’ont rien appris et rien oublié (extrait)

Intervention de Jean-Pierre Chevènement lors du débat au Sénat sur le « Conseil européen des 29 et 30 octobre 2009 », 27 octobre 2009.

(…) On a vraiment l’impression que la crise n’aurait été qu’un mauvais moment à passer et qu’on pourrait désormais recommencer comme avant : les traders avec leurs bonus, les responsables politiques européens avec leurs rengaines et leurs surenchères d’orthodoxie libérale. Comment ne pas s’inquiéter de voir l’Allemagne plafonner constitutionnellement son endettement à hauteur de 0,35 % du PIB, à compter de 2016, il est vrai. Est-ce là la marque d’une stratégie coopérative ? Aussi bien qui peut dire ce qui se passera en 2016 et surtout d’ici là ?

Aujourd’hui rien n’est acquis, à commencer par l’assainissement financier du système bancaire
. Celui-ci demeure extrêmement frileux dans ses prises de risques. Sans l’intervention des Etats, l’activité économique se serait effondrée. Bien évidemment, les banques qui bénéficient d’un privilège de situation doivent être taxées, à défaut d’être nationalisées

Sur un plan plus général, les déséquilibres macro-économiques à l’origine de la crise n’ont pas disparu, bien au contraire
. On a combattu une crise née de l’endettement avec de l’endettement, ou plus exactement, l’endettement public a pris le relais de l’endettement privé. Cela est surtout vrai des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne. A cet égard, les pays de l’Europe continentale – et l’Allemagne comme pays excédentaire au premier chef – sont loin d’avoir fait un effort de relance comparable à celui des Etats-Unis. Ce défaut de coordination économique et budgétaire risque d’entraîner de nouvelles tensions et de nouvelles crises. Les tensions sont déjà perceptibles sur le marché des changes. L’euro a dépassé la barre des 1,50 dollars.

La zone euro est prise dans un étau entre la concurrence déloyale des pays à bas coût salarial, au premier rang desquels la Chine, et la concurrence non moins déloyale du dollar
. La Chine et les Etats-Unis ont une politique concertée : la Chine continue d’acheter des bons du Trésor américains et les Etats-Unis ont renoncé à demander une réévaluation du yuan. Mieux, même, la Chine vient de rétablir un lien fixe entre le yuan et le dollar. Ainsi la dévaluation permanente du dollar ne rend pas seulement les produits américains plus compétitifs mais aussi les produits chinois ! Cette politique concertée nous écrase. Le Conseil européen des 29 et 30 octobre devrait nous dire comment sortir de cet étau(…).

Jean-Pierre Chevènement face à Eric Besson au Sénat : "votre politique aiguise les faux débats entre la gauche et la droite en favorisant tous les extrêmes"

Voici la vidéo du débat en séance au Sénat sur l'immigration, le mardi 27 octobre 2009. Le sénateur Jean-Pierre Chevènement, ancien Ministre de l’Intérieur (1997-2000) y interpelle le Ministre de l'immigration et de l'identité nationale, Eric Besson.

"L'identité nationale de la France, c'est l'identité républicaine !"

Jean-Pierre Chevènement était l'invité de "Questions cribles au Sénat" sur France 3, mardi 27 octobre 2009 à 23h50.

 

Cet article est le 9ème paru sur ce blog dans la catégorie Chevènement sénateur.

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19 septembre 2009 6 19 /09 /septembre /2009 23:00

Et si la République choisissait
le meilleur pour la France ?

 



JP Chevènement lors de son intervention de clôture de l’université d’été du MRC, le 6 septembre, à Toulouse (voir Rupture !)




Le 21 septembre, cela fera un an que Jean-Pierre Chevènement a été élu sénateur, représentant le Territoire de Belfort. Il suffit de consulter le site du Sénat pour constater le volume de travail de CHEVÈNEMENT Jean-Pierre :

 

- Propositions de loi et de résolution

- Interventions en séance publique

- Interventions en commission

- Questions

 

Récemment, il a posé deux questions lourdes de sens, qu’on peut lire aussi sur son blog :

L'Allemagne, sa politique budgétaire et l'Europe

La délocalisation d'Euronext marque le triomphe du capitalisme de spéculation

Son intervention, le 25 juin, concernant le volet agricole de l’Organisation Mondiale du Commerce, était remarquable.

Voir Négociations OMC, volet agricole : au Sénat, Chevènement propose - 26 juin 2009

L’ancien ministre de la Défense va effectuer, en tant que Vice-Président de la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées, un voyage en Afghanistan et au Pakistan, puis aux USA, sur le thème de la prolifération des armes nucléaires.

Auparavant, il présidera, lundi 21 septembre, à Paris, le Colloque de la Fondation Res Publica : Mondialisation et inégalités en France.

 

Il me semble que, si notre République sélectionnait objectivement les personnalités les plus aptes à exercer la charge de président, Jean-Pierre Chevènement serait parmi les plus qualifiées. Peut-être les primaires « ouvertes » du PS auront-elles cette fonction ? Si c’était le cas, je soutiendrai la candidature du président du Mouvement Républicain et Citoyen.

 

Cet article est le 8ème paru sur ce blog dans la catégorie Chevènement sénateur.

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26 juin 2009 5 26 /06 /juin /2009 18:21

 

Sortir des principes dogmatiques de Pascal Lamy

 

L’intervention, le 25 juin, du sénateur du Territoire de Belfort, telle qu’elle est rapportée sur son blog, est un régal, car elle est, à la fois, politique et technique, ce qui n’est pas à la portée de tout le monde, convenons-en, sur un sujet aussi difficile que les négociations commerciales de l’OMC (poursuite du cycle de Doha de l’Organisation Mondiale du Commerce).

 

Le Sénat a organisé un débat sur le volet agricole des négociations OMC, afin de contribuer à l’élaboration de la position française. Le président du Mouvement Républicain et Citoyen s’adresse directement à la représentante du gouvernement, Anne-Marie Idrac, secrétaire d’Etat chargée du commerce extérieur.

 

Le texte entier est à lire sur le blog de Jean-Pierre Chevènement : Mieux vaut une absence d’accord qu’une négociation bâclée.

 

Je vais en faire un résumé, avant de reprendre dans son intégralité la conclusion.

 

Le cycle de Doha n’a pu aboutir en 2008, en raison de l’opposition de l’Inde, qui a tenu à sauvegarder les intérêts de ses 700 millions de petits producteurs agricoles. Ensuite, ce sont les USA  qui ont demandé, fin 2008, un délai de réflexion après l’élection de leur nouveau président, Barack Obama.

 

Pascal Lamy, directeur général de l’OMC, refuse de voir que ses propositions de libéralisation du commerce vont à l’encontre de ce qu’il faudrait faire, c’est-à-dire de la régulation. Il insiste pour que le cycle de Doha aille à son terme, continuant de faire preuve du libéralisme le plus dogmatique.

 

L’agriculture a des caractéristiques propres qui nécessitent un traitement particulier de ses producteurs, dont les produits sont essentiels à l’alimentation humaine.

 

Si le processus libéral initié par l’OMC devait se poursuivre, on irait tout droit vers le démantèlement de la Politique Agricole Commune (PAC). Déjà, il y a six mois, au moment de faire « le bilan de santé de la PAC », l’augmentation des quotas laitiers (en vue de leur suppression en 2014) était une décision regrettable.

 

Certes, l’évolution de la PAC, en raison de ses réformes libérales, est critiquable. Il faut rompre avec la pensée libérale dogmatique, rechercher la sécurité alimentaire, vérifier la nécessité des importations, comme le font les grands pays asiatiques. La seule référence aux avantages comparatifs, comme le fait l’OMC, est inacceptable.

 

Le sénateur Chevènement propose de revenir à des notions simples :

 

1- rechercher l’autosuffisance agricole à l’échelle des grandes régions du globe, le commerce agricole étant secondaire.

2- soutenir les revenus et orienter les productions par les marchés et par les prix, rompre avec le système des aides directes.

3- viser l’objectif de régulation, en faisant en sorte de ne pas trop s’éloigner des prix internationaux sur le long terme, et en tenant compte de multiples paramètres régionaux.

4- associer les producteurs aux mécanismes de régulation.

 

En bref, l’objectif est de trouver un bon équilibre entre le système interne à l’Europe et les relations avec les pays tiers, notamment africains.

 

JP Chevènement avance le concept d’une PAC renouvelée et viable, recherchant une certaine autosuffisance alimentaire, ne dépendant qu’à la marge des marchés et des prix mondiaux, afin d’éviter les trop grandes variations de prix et de revenus.

 

Il s’agit d’organiser les relations commerciales dans le cadre de grands espaces agricoles, ce qui permettra de maintenir les paysanneries, en Europe et ailleurs.

 

Cette orientation doit commander l’attitude de la France  et de l’Union européenne à l’OMC. Les négociations ont été engagées sur des bases faussées dès le départ. Il faut les réorienter.

 

Rappel du projet de l’OMC concernant l’agriculture (juillet 2008), comprenant trois points :

 

1. réduction globale du soutien interne censé avoir des effets de distorsion sur les échanges ;  
2. réduction des tarifs empêchant le libre accès aux marchés ;
3. suppression des aides à l’exportation.

 

Détail des 3 points en négociation :

 

1- réduction de la mesure globale de soutien censée fausser les échanges (-80% pour l’UE sur 5 ans),

2- réduction des tarifs, frappant plus fort l’UE, ramenant la protection tarifaire de l’agriculture européenne à presque rien, ce qui revient à désarmer l’UE pendant qu’un pays comme le Brésil, bénéficiant des avantages comparatifs, serait favorisé.

3- réduction de moitié, puis suppression, des aides à l’exportation. Ce point est plus acceptable. Les aides au stockage sont préférables pour adapter l’offre aux besoins de consommation.
 

Conclusion (reprise du texte dans son intégralité)

 

D’une manière générale, il faut opposer au libre-échangisme doctrinaire le principe d’une concurrence équitable dans les échanges internationaux. Nous voyons les produits industriels fabriqués dans les pays à bas coût envahir nos marchés à des prix de dumping, qu’il s’agisse de dumping social, monétaire ou environnemental. La France et l’Europe seraient bien inspirées de ne pas poursuivre dans le domaine agricole le désarmement unilatéral auquel elles ont procédé en matière industrielle.

De lourdes menaces pèsent sur l’avenir de l’agriculture française à l’OMC et au niveau européen dans le cadre de la révision de la PAC après 2013 dont on peut craindre le démantèlement, si la négociation de Doha aboutit à une diminution drastique de la protection douanière et des subventions agricoles.

Or nous savons très bien que d’autres intérêts sont en jeu, notamment dans les services, et que le gouvernement peut très bien être tenté de faire prévaloir l’intérêt de quelques multinationales sur celui des agriculteurs. Ces multinationales ne sont, bien souvent, françaises que de nom. Leur logique de développement, essentiellement financière, est très éloignée des intérêts de l’économie française.

Nous demandons à être rassurés quant à votre détermination pour éviter que la Commission européenne ne soit tentée, encore une fois, de brader les intérêts de l’agriculture. Ce n’est pas le protectionnisme qui a créé la crise économique actuelle. C’est la liberté absolue laissée aux capitaux de spéculer et aux multinationales de se déplacer, et dans une économie totalement ouverte, qui nous désarme face à la concurrence sauvage du dollar ou des pays à très bas coûts salariaux.

Je souhaite que la France défende ses intérêts qui sont aussi ceux de l’Europe. Celle-ci doit assumer pour l’essentiel son autosuffisance alimentaire. Elle doit veiller à l’équilibre de sa société où il n’est pas nécessaire que l’exode rural vienne gonfler le nombre des chômeurs. Elle doit veiller à la protection de ses paysages et à la qualité de son alimentation.

 

Bien entendu il convient de traiter à part les pays les moins avancés dont le destin est lié au nôtre – je pense à l’Afrique et aux Caraïbes. Ces pays ont besoin de pouvoir accéder à notre marché pour leurs productions qui généralement ne concurrencent guère les nôtres, pour des raisons climatiques. Ces pays en voie de développement ne sont pas ceux du groupe de Cairns. Ceux-ci ne sont plus depuis longtemps des pays en voie de développement.

La crise alimentaire de 2006-2008 a montré que l’équilibre alimentaire du monde était loin d’être assuré dans le long terme. La situation de l’Afrique est à cet égard particulièrement préoccupante. L’Europe, en raison de son histoire mais aussi de sa proximité géographique, a le devoir de s’en préoccuper si l’on veut éviter de grands mouvements migratoires. On ne peut confier cette mission aux seules lois du marché.

L’Afrique est le prolongement naturel de l’Europe. Notre continent a le droit de se protéger vis-à-vis des grands pays neufs qui n’ont pas les mêmes contraintes. L’Europe peut pourvoir pour l’essentiel à ses besoins alimentaires. Cet objectif d’une relative autosuffisance alimentaire ne nous coupera pas du marché mondial, mais le remettra à sa place qui ne saurait être la première. Car d’autres considérations économiques, sociales, sanitaires, environnementales, doivent primer.

C’est pourquoi nous attendons, Madame la Ministre, que la France utilise, le cas échéant, son droit de veto à l’OMC pour faire obstacle à la conclusion d’une négociation qui empêcherait une réorientation efficace de la politique agricole commune.

 

Mieux vaut une absence d’accord qu’une négociation bâclée, car l’avenir de l’agriculture française et européenne est incompatible avec l’acceptation du cadre libéral mondialisé.

 

L’OMC mériterait mieux son nom si les marchés étaient véritablement organisés. C’est l’organisation qui manque. Dans le sigle de l’OMC, le « O » aujourd’hui n’a pas sa place.

 

Nous ne voulons pas que notre agriculture disparaisse comme ont déjà disparu des pans entiers de notre industrie. Nous voulons une Europe qui protège et non une Europe ouverte et offerte, simple relais du libéralisme mondialisé.

 

Cet article est le 7ème paru sur ce blog dans la catégorie Chevènement sénateur.

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30 avril 2009 4 30 /04 /avril /2009 23:32

Sur le gril : les banques, le libre-échange, le dollar

 



Jean-Pierre Chevènement, le 6 septembre 2008, à Belfort, lors de l'université d'été du MRC, en conversation avec André Brie, député européen allemand, dirigeant de Die Linke



Visiblement, Jean-Pierre Chevènement est heureux d’être dans les 12 sénateurs membres, avec 12 députés, du groupe de travail parlementaire sur la crise. Il est intervenu, ce 30 avril, dans le débat organisé par le Sénat, après le G20 à Londres (voir G20, Londres : sauver les banques et le libre échange, ne rien changer - 12 avril 2009 - sur ce blog).

 

Avant d’en venir à ce qu’il a dit à la tribune du Sénat, un mot sur le colloque que la Fondation Res Publica a organisé le 27 avril (voir Colloque de la Fondation Res Publica sur le libre-échange le 27 avril - 25 avril 2009 - sur ce blog).

 

Sur le site de Marianne, le 29 avril, a été présenté un résumé de la première partie de l’intervention de Hakim El Karaoui : La crise est d'abord celle de la mondialisation.

 

Voici le texte de Jean-Pierre Chevènement au Sénat, que l’on trouve sur son blog (cliquer sur le titre).

 

Dans le débat sur le G20, trois tabous à lever : la propriété des banques, la régulation du commerce international, une nouvelle monnaie de réserve

 

Intervention (extrait) du sénateur Chevènement lors du débat du 30 avril 2009 consacré aux suites du G20 et de la crise financière internationale.

 

(…) A mes yeux le système financier est inséparable du système productif. Le document de travail distribué à la Commission mixte notait « une déformation du partage des revenus du capital et du travail », lui-même à l’origine du « développement irresponsable du crédit aux Etats-Unis ».

La fuite en avant dans l’endettement, la titrisation et les produits dérivés ont résulté de l’insuffisance de la demande liée à la déflation salariale, elle-même issue d’un libre-échange déséquilibré avec des pays dont les coûts de revient salariaux sont inférieurs de dix à vingt fois aux nôtres.

Les deux problèmes essentiels, celui de l’assainissement financier et celui de la relance économique sont donc étroitement connectés.

Il ne suffit pas d’injecter des capitaux dans le système bancaire pour l’assainir. Il est même choquant de voir le contribuable venir au secours de banquiers faillis qui ne souhaitent, une fois remis en selle, que recommencer le grand jeu de la mondialisation inégale, de la course à des taux de rentabilité exorbitants qui étaient censés justifier leurs extravagants bonus, et de reprendre leurs pratiques déresponsabilisantes de titrisation.

Il faudrait au moins exiger que les banques conservent à leur bilan les risques les plus lourds et ne puissent titriser qu’une partie de leurs prêts, comme l’a suggéré le rapport du groupe de travail.

Nos concitoyens ne peuvent accepter que la dette publique prenne simplement le relais de la dette privée, creusée par ceux-là mêmes qu’on maintient en place, alors qu’ils n’ont rien perdu de leur arrogance et de leurs prétentions financières.

 

Oui, la question de la nationalisation des banques se pose, comme je l’avais suggéré, dès les 8 et 15 octobre 2008, dans le débat sur la crise financière et sur la loi de refinancement de l’économie. Elle se pose notamment pour Dexia et pour la banque issue de la fusion de la Caisse Nationale d’Epargne et des Banques Populaires.

La renationalisation de tout ou partie du système bancaire en France comme ailleurs, obéit à une double nécessité. Politique d’abord : il est normal que celui qui paye commande. Economique ensuite : la reprise du crédit ne se fera que par une entente coopérative entre les banques.
Comme l’a bien montré Jean-Luc Gréau, c’est à l’Etat d’organiser et de surveiller cette entente coopérative durant toute la période nécessaire au retour à la normale.

J’en arrive maintenant aux plans de relance économique. Dominique Strauss-Kahn a mis en cause la frilosité des pays européens. Certes un nouveau plan de relance axé sur l’investissement, la préservation du tissu productif, les revenus les plus bas, les chômeurs et les jeunes ne doit pas être exclu, mais il est légitime de s’aviser que l’injection de crédits publics n’aboutisse pas, comme on dit, à « arroser le sable ». Il est malheureusement trop évident que l’effort du contribuable a servi jusqu’ici, pour l’essentiel, non pas seulement en France, mais d’abord aux Etats-Unis et en Grande Bretagne, à renflouer le système bancaire, en vertu du principe : « On prend les mêmes et on recommence ».

Un traitement insuffisant de la crise ne sera pas toléré, car aussi bien, cela ne marche pas : le risque principal aujourd’hui est dans le mitage du système « banques-assurances » par ses engagements irraisonnés (plus de 60 trillions de CDS – crédit default swaps) dit produits dérivés, sujet non traité par le Sommet de Londres. Il est vrai que le redressement de nos économies pose un problème d’une immense ampleur.

Pour redonner un horizon à nos démocraties et ramener durablement la confiance, il faut une perspective de progrès partagé : un progrès des rémunérations égal à celui de la productivité, un partage plus honnête des salaires et du profit.

 

On m’objectera que ce progrès n’est pas compatible avec le libre échange généralisé, notamment vers les pays à très bas coût salariaux. Mais c’est cela qu’il faut revoir, en instaurant une concurrence équitable, je n’ai pas dit un repli autarcique, mais une régulation négociée des échanges internationaux permettant une sortie de crise à l’échelle mondiale et d’abord en Europe et aux Etats-Unis, à partir d’une revalorisation salariale substantielle, à l’abri d’une protection modérée, corrigeant les distorsions de salaires abusives.

Or le sommet de Londres se borne à fulminer une excommunication contre le protectionnisme au nom d’une lecture biaisée de l’histoire des années trente.

 

Les mêmes qui ont failli veulent persévérer : alors que le commerce international devrait se contracter de 9 % en 2009, pour des raisons qui n’ont rien à voir avec le protectionnisme, ceux-là mêmes qui ont présidé à une mondialisation qu’ils disaient « heureuse » mais qui s’est révélée catastrophique, entendent à nouveau et encore plus « libéraliser » le commerce international à Doha, en juillet prochain.

 

Il n’y a aucune guérison à attendre de ces mauvais médecins. Il faudrait, au contraire mettre en place une régulation par grandes zones économiques, regroupant des pays de niveau comparable en termes de salaires, sans se fermer à une raisonnable concurrence des pays à bas coûts, ceux-ci étant fortement incités, en contrepartie, à développer leur marché intérieur, leur système de sécurité sociale, et la protection de leur environnement.

 

Une nouvelle régulation des flux commerciaux à l’échelle mondiale nécessaire, dès lors que les écarts salariaux vont de 1 à 20, devrait bien évidemment faire l’objet d’une grande négociation internationale entre les pays du G20. Je me réjouis encore une fois à cet égard des progrès effectués pour institutionnaliser ces sommets, que ce soit au niveau des ministres des finances ou à celui des chefs d’Etat et de gouvernement.

Le FMI, dont l’action a été si critiquable vis-à-vis des pays du Sud endettés, voit tripler le montant de ses moyens financiers. Mais cela ne remédiera pas aux déséquilibres fondamentaux dont souffre l’économie mondiale du fait notamment du déficit abyssal de la balance commerciale américaine et de la fragilité du dollar.

Le problème du système monétaire international n’a pas été abordé à Londres par le G20, alors même que le Federal Reserve Board, la Banque centrale américaine n’a pas seulement pris en charge dans son bilan des actifs douteux colossaux, comme l’ont relevé messieurs Arthuis et Marini, mais elle a commencé à monétiser la dette publique américaine, en achetant 300 milliards de dollars de bons du Trésor.

 

Le Président de la Banque Centrale de Chine a mis le doigt sur un problème essentiel en proposant de créer un nouveau système de réserves monétaire constitué, comme les DTS émis par le FMI, d’un panier de monnaies. Qu’en pense le gouvernement français, qui se souvient peut-être de la mise en cause par le général de Gaulle, en 1964, du privilège du dollar ?

Il n’est pas normal que le monde dépende des émissions de monnaie des Etats-Unis. Ceux-ci doivent sortir du modèle rentier dans lequel ils se sont enfermés. Tout montre que cet objectif est inaccessible sans une remise en cause d’un libre échange généralisé et dogmatique qui, en comprimant les salaires dans les pays anciennement industrialisés, est, avec le privilège du dollar, à l’origine de la crise actuelle.

 

Le G20 sera très utile pour négocier les transitions nécessaires. La réforme du système monétaire international doit être mise à l’ordre du jour du prochain sommet du G20.

Le travail du groupe sur la crise constitué au sein du Parlement français n’a aucune raison de s’interrompre. Bien au contraire, nous devons multiplier nos échanges, comme l’a d’ailleurs suggéré le Président de la République, avec les Parlements voisins et les institutions européennes. Nos propositions doivent nourrir le débat public : c’est aussi ce qu’attendent du Parlement nos concitoyens.


Cet article est le 6ème paru sur ce blog dans la catégorie Chevènement sénateur.

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30 mars 2009 1 30 /03 /mars /2009 19:20

Revenir aux sources de la construction européenne

 

Dans le cadre du débat organisé par le Sénat, le 26 mars, concernant l’avenir des sous-traitants du secteur automobile, Jean-Pierre Chevènement, sénateur du Territoire de Belfort, est intervenu de manière très précise et argumentée. Il a, d’abord, évoqué la situation de sa région, la Franche-Comté, fief de Peugeot*.

 

Le texte complet de son intervention est à lire sur son blog (cliquer sur le titre) :

 

N’immolons pas notre industrie automobile sur l’autel d’un libre-échangisme dévoyé !

 

A voir aussi sur le site du Sénat : Interventions en séance publique (séance du 26 mars).

 

Voici un large extrait (la seconde partie de son intervention) qui met en évidence les méfaits de la dictature de la pensée libérale sur l’économie française.

 

(…) Nous prenons aujourd’hui la mesure de l’immense erreur, commise il y a plus de dix ans, quand la France a accepté la perspective de la délocalisation de son industrie automobile à travers une mondialisation sans règle vis-à-vis de pays dont les coûts salariaux sont dix fois inférieurs aux nôtres, ou à travers un élargissement non réellement négocié de l’Union européenne aux pays d’Europe Centrale et Orientale.

En délocalisant leur production et leurs sous-traitants, les constructeurs ont créé eux-mêmes les conditions du naufrage actuel. Le Président de la République s’étonnait à Vesoul, le 15 janvier dernier, de ce que notre industrie automobile qui était, il y a peu encore, le premier poste excédentaire dans notre balance commerciale, fût devenue déficitaire. Sa réaction spontanée témoignait en fait de la cécité collective de nos dirigeants politiques pendant les années quatre-vingt dix.

J’ai posé le 27 novembre dernier à Madame Lagarde** une question relative à la protection de notre industrie automobile. Madame Lagarde m’a répondu en alléguant le communiqué du G20 rejetant tout « protectionnisme*** », ce pelé, ce galeux d’où viendrait tout le mal. La seule évocation de ce mot tabou est un moyen de clore par avance toute discussion. Mais n’est-il pas évident, comme l’avait démontré il y a longtemps Maurice Allais, qu’entre des pays ayant des conditions salariales et sociales complètement hétérogènes, il n’y a pas de concurrence bénéfique possible ?

Renault, confronté à un sursaut de la demande de voitures Clio II, vient de décider de créer temporairement 400 emplois à Flins, son usine de Slovénie tournant déjà à plein régime. Aussitôt cris d’orfraie à Bruxelles !

Suite aux déclarations du Président de la République, la commissaire européenne en charge de la concurrence, Madame Neelie Kroes, avait déjà mis en garde le gouvernement français face à « un risque de retour au protectionnisme ». Elle avait ajouté que contraindre des entreprises à investir ou acheter seulement en France n’était pas compatible avec le droit européen.

Le gouvernement a dû convaincre, lors du sommet européen du 1er mars dernier, les différents dirigeants européens, notamment allemands, que le plan français n’était pas en contradiction avec les règles de l’UE. Finalement, la France s’est engagée devant la Commission à ne plus mentionner de conditions quant aux prêts octroyés aux constructeurs automobiles. Force est de constater que le gouvernement tient un discours différent selon qu’il se trouve à Paris ou à Bruxelles !

La véritable dictature de la pensée libérale qui s’est instaurée est devenue intolérable. Les institutions de Bruxelles défendent un libre échangisme dévoyé, alors que croulent des pans entiers de notre industrie. Ils s’exposent, eux, et ceux qui reprennent leur discours, à la juste colère de notre peuple. Osons briser les tabous et parler vrai : la logique industrielle libre-échangiste, en l'absence d’une raisonnable protection, conduit à la disparition potentielle de tous les sites de production français. Toute la production française en effet peut être réalisée dans des pays à très bas coût salarial, faute de protection de notre marché.

Distinguons donc entre les pays de l’Europe Centrale et Orientale dont la plupart ont été admis, en 1999, à faire partie, en 2004, de l’Union européenne et les pays à très bas coût situés hors de l’Union européenne.

1. Pour les pays extra-européens, une taxe anti-dumping social et une écotaxe pour égaliser les conditions de concurrence devraient être maintenant à l’ordre du jour des sommets européens et mondiaux. Face à l’hypocrisie générale, le courage devrait conduire la France à défendre au G20 la thèse non pas d’un protectionnisme aveugle mais d’une protection raisonnable et négociée permettant une concurrence équitable entre les différentes régions du monde, en tenant compte des différences de coûts salariaux mais aussi – j’y insiste – de la nécessité du développement des pays émergents, à condition que leur croissance soit fondée non pas seulement sur les exportations mais aussi sur le développement de leur marché intérieur, comme semble s’y résoudre, heureusement, la Chine, en lançant un plan de relance de 450 milliards d’euros. Il y a un équilibre à trouver entre une relance coordonnée à l’échelle mondiale et une protection raisonnable permettant une concurrence équitable. Ce n’est pas conforme à l’orthodoxie libre-échangiste mais c’est le bon sens et cela se négocie !

2. S’agissant des pays membres de l’Union européenne, les grandes marques automobiles pourraient être associées à un contingentement de la production par pays en fonction des flux enregistrés depuis 1999. L’Europe ne peut pas être l’autel sur lequel la France sacrifierait son industrie automobile. Un tel accord ne peut bien sûr se faire que dans le cadre d’un plan d’ensemble d’aide aux PECOs dont la situation économique et financière est particulièrement difficile.

Mais il faut que le gouvernement français affirme une claire volonté : l’industrie automobile française ne doit pas disparaître. Elle ne doit pas être considérée comme la variable d’ajustement des difficultés des PECO ! Il est temps de remettre en cause des postulats libre-échangistes et des dogmes d’une autre époque ! N’immolons pas notre industrie automobile sur l’autel d’un libre-échangisme dévoyé !


*
Voir, à ce sujet, dans l’actualité, un article paru ce 30 mars, sur le site de La Tribune : Le patron de PSA juge "incompréhensible" son éjection par la famille Peugeot).


** Voir, sur ce blog, l’article paru le 2 décembre 2008 sous le titre L'industrie liée à l'automobile, 1ère victime de la crise financière.

 

*** A propos du protectionnisme, un important dossier est traité par Jacques Sapir dans Le Monde Diplomatique (mars 2009) – voir un aperçu Le retour du protectionnisme et la fureur de ses ennemis

 

Voir aussi la position de l’administration Obama, concernant le sauvetage de l’industrie automobile aux USA (Le Monde, 30 mars) : Obama accentue la pression sur l'industrie automobile américaine.

   

Cet article est le 5ème paru sur ce blog dans la catégorie Chevènement sénateur.

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7 décembre 2008 7 07 /12 /décembre /2008 21:21

Le territoire souffre de la globalisation financière

 

Depuis qu’il a été élu sénateur du Territoire de Belfort, le 21 septembre 2008, Jean-Pierre Chevènement multiplie les Interventions en séance publique. Il saisit l’opportunité de l’examen des différentes parties du budget de l’Etat pour présenter son avis sur l’action du gouvernement et les orientations de la majorité parlementaire (voir www.senat.fr).

 

Le 4 décembre 2008, l’ancien ministre de l’Intérieur (1997-2000) est intervenu -  Intervention 2  - pour Enrayer le déclin de l'aménagement du territoire. Voici des extraits de son texte, dans lesquels, s’adressant au secrétaire d’Etat, Hubert Falco, il aborde le contexte et ses propositions.

 

La logique de la mise en concurrence des territoires

 

(…) Dans le contexte de la globalisation financière, votre tâche apparaît digne de Sisyphe : notre pays subit en effet, depuis les années quatre-vingt-dix, la distension croissante des liens entre les entreprises et les territoires, du fait d’une ouverture sans limites aux mouvements de capitaux, résultant de l’Acte Unique européen d’abord, puis aux mouvements de marchandises, sous l’impulsion de l’OMC depuis 1994, réduisant de 14 % à 1% de 1992 à aujourd’hui le montant pondéré des droits de douane aux frontières de l’Union européenne.

 

C’est la dictature des actionnaires et du profit financier qui s’est imposée aux entreprises et aux nations, réduisant bien souvent les managers et les hommes politiques au rang de spectateurs impuissants. Les entreprises françaises réalisent de plus en plus leurs chiffres d’affaires et leurs bénéfices à l’étranger. Un mouvement de délocalisation des activités productives vers les pays à bas salaires frappe notre pays.

 

Dans ces conditions la croissance potentielle en France, comme d’ailleurs dans le reste de l’Europe, s’est réduite d’abord à 2 % puis à 1 %. La part de l’Europe à vingt-cinq dans le commerce mondial est aujourd’hui de 20 % contre 30 % en 1980, tandis que celle de la Chine a crû de 2,5 % à 14 %. Notre déficit commercial reflète cette perte d’attractivité.

L’avidité des actionnaires a aussi creusé les inégalités entre les entreprises elles-mêmes, au détriment des petites et dans les rémunérations, dont l’écart n’a jamais été aussi grand. La France populaire s’est réfugiée dans des zones périurbaines loin des centres-villes.

 

Dans ce contexte de globalisation financière qui fracture la société française, il est bien difficile, Monsieur le Ministre, de mener à bien une politique d’aménagement du territoire rationnelle.

L’erreur – mais elle vous est antérieure – consiste à substituer à la logique d’aménagement du territoire, à partir d’une vision d’ensemble que seul l’Etat peut assurer, une autre logique qui consiste à mettre en concurrence les territoires entre eux. C’est ce que symbolise, me semble-t-il, le passage de la DATAR à la DIACT. Ce sont les évolutions soi-disant « naturelles » du marché qui commandent.

 

La Puissance publique n’intervient plus guère qu’à la marge, du fait même de l’insuffisance de ses moyens. Cette évolution se pare du masque du girondinisme pour mieux fustiger l’Etat jacobin, ce pelé, ce galeux d’où viendrait tout le mal. Cette idéologie est pernicieuse. Les temps nous obligent au contraire à organiser, y compris en matière d’aménagement du territoire, le grand retour de l’Etat (…).

Conduire de vraies politiques en faveur de l’industrie et de l’aménagement du territoire


Je me bornerai à vous suggérer quelques pistes pour enrayer un déclin de l’aménagement du territoire qui n’était que trop prévisible.

Un mot sur la DIACT (l’ancienne DATAR) d’abord. Il est regrettable que les activités de prospective aient été progressivement délaissées. La qualité des hommes et des équipes n’est pas en cause. C’est un mal plus général qui a également conduit à l’abandon du Commissariat Général du Plan, pour un vague Centre de prospective et d’analyses soi-disant stratégiques.

En réalité, c’est toute l’Administration économique de l’Etat qu’il faudrait reconstruire pour faire face à la crise économique actuelle. Les Etats nationaux, parce qu’ils ont seuls la légitimité de la démocratie, ont été appelés au secours en catastrophe. On a juxtaposé dans une certaine improvisation les plans nationaux tant en ce qui concerne le sauvetage des banques que la relance économique. Les règles européennes en matière de concurrence ont été suspendues. L’erreur serait de croire que cette suppression pourrait n’être que temporaire.

 

Le temps est venu de concevoir à nouveau des politiques industrielles et des politiques d’équipement. Pour prendre un exemple, la juxtaposition de soixante-et-onze pôles de compétitivité ne saurait remplacer un Ministère de l’Industrie qui seul peut disposer d’une vue d’ensemble, éviter doublons et gaspillages, et donner les impulsions nécessaires en matière de recherche finalisée.

Il lui faudra aussi guider les choix du Fonds d’investissement stratégique dévoilé par le Chef de l’Etat. Avec 6 milliards de fonds propres, plus 14 milliards de ressources d’emprunts, ce fonds ne suffira pas à défendre nos entreprises dont la capitalisation boursière a diminué de moitié mais atteint encore, pour les entreprises du CAC 40, plus de 700 milliards d’euros. Les fonds souverains étrangers disposent de capacités financières infiniment plus grandes : plusieurs milliers de milliards de dollars.

C’est pourquoi il faudra aller beaucoup plus loin, Monsieur le Ministre, sur la voie de la réglementation des OPA voire de leur interdiction quand elles émanent d’entreprises non « opéables », comme c’était le cas pour le raid réussi de Mittal sur Arcelor. Car les entreprises ont une nationalité, celle de leur pays d’origine qui retentit sur l’emploi, la recherche et les choix d’implantation.

 

Faut-il rappeler les conséquences du rachat de Pechiney par Alcan ? Celles d’Arcelor par Mittal ne sont que trop visibles. Dussé-je me faire taxer de patriotisme économique – quelle injure par les temps qui courent ! -, il est important de préserver la nationalité française de la plupart de nos entreprises en favorisant des pactes d’actionnaires stables.

L’Etat doit se doter des moyens durables d’une politique industrielle digne de ce nom. Assez de RGPP ! Il y a des équipes d’ingénieurs compétents à reconstituer au sein même du service public sur les décombres de l’ancien ministère de l’Industrie jadis mis à sac par M. Madelin et par ses successeurs.

Ce qui vaut pour le Ministère de l’Industrie vaut également pour l’aménagement du territoire.
Vous mettez l’accent à juste titre sur les réseaux numériques et sur les liaisons ferroviaires à grande vitesse. Ils constituent avec le bon niveau de formation de notre main d’œuvre, de puissants atouts pour la compétitivité de la France. Mais il y a encore trop de zones d’ombre en matière de téléphonie mobile en dehors des grands axes ou des grandes agglomérations.

 

Il n’y a pas de mystère à cela : c’est l’effet de l’abandon du service public au bénéfice des concessionnaires privés. C’est un plan d’ensemble qui serait nécessaire pour la téléphonie mobile comme pour l’accès au réseau à haut débit. Et puis, n’oubliez pas le réseau des villes moyennes et des petites villes qui contribue tant au charme et par conséquent aussi à l’attractivité de notre pays (…).
 

 

Cet article est le 4ème paru sur ce blog dans la catégorie Chevènement sénateur

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5 décembre 2008 5 05 /12 /décembre /2008 23:56

Une analyse rigoureuse et très documentée

 

La Haute Assemblée s’est enrichie d’un remarquable parlementaire en la personne de Jean-Pierre Chevènement. Le sénateur du Territoire de Belfort est intervenu lors de la séance du 1er décembre sur les questions de Défense (voir les Interventions en séance publique en cliquant sur www.senat.fr).

 

Cette intervention est reproduite sur le site du président du MRC sous le titre Le sénateur Chevènement s'oppose au projet de budget de la Défense.

 

Voici la seconde partie :

 

II – Modèle d’armée et défense nationale

J’aimerais me placer dans une perspective de longue durée pour répondre à la question de fond : est-ce que le modèle d’armée que nous sommes en train de recalibrer en forte baisse – 5.600 postes supprimés en 2009 et 54.000 sur toute la durée de la loi de programmation – correspond véritablement à l’intérêt de la Défense Nationale ? Personnellement j’émets un doute très fort.

A) Si je mets à part la dissuasion, convenablement dotée et dont les programmes s’exécutent sans trop de retard, je constate que pour le reste, nous sommes en train de constituer une petite armée de métier essentiellement dédiée à des opérations de projection lointaine.

Quand le Président Jacques Chirac, en 1996, a suspendu – c’est-à-dire, en fait, supprimé – le service national, je n’y ai pas été favorable. J’observe que le Président de la République, aujourd’hui, demande à M. Luc Ferry de réfléchir à un service civique volontaire.

 

Rien, du point de vue de la cohésion nationale et du civisme, ne remplacera l’obligation du service qui assurerait à la défense nationale trois avantages décisifs :
- Un lien étroit avec la nation à quoi rien ne pourra se substituer.
- Une réserve de puissance et de mobilisation en cas de circonstances exceptionnelles.
- Enfin, nous nous sommes privés avec le service national d’une ressource abondante, diversifiée et peu chère
.

 

 C’est grâce au service national que nous avons pu maintenir pendant plusieurs décennies un effort d’équipement qui dépassait 60 % de l’effort global, ce qui contribuait de manière décisive à l’indépendance de nos industries de défense. Ainsi dans le dernier budget que j’ai eu la charge de préparer, celui de 1991, les crédits du titre V consacré à l’équipement atteignaient 103 milliards de francs, c’est-à-dire plus de 15 milliards d’euros hors inflation, soit environ 22,5 milliards d’euros 2008 si on tient compte de la dérive des prix, à comparer avec les 12,3 milliards d’aujourd’hui, montant du programme 146 « Equipement des forces » dans le projet de loi de finances 2009. Le déséquilibre qui s’et créé du fait de la professionnalisation entre dépenses de fonctionnement et dépenses d’équipement n’a jamais pu être corrigé. Les objectifs du « modèle d’armée 2015 » n’ont pu être atteints, malgré deux lois de programmation dont l’application est restée pour l’une comme pour l’autre, en deçà des ambitions initiales.

B) Le Président Sarkozy a pris acte de ce retard. Conscient des insuffisances de l’équipement, il a décidé une très forte déflation des effectifs, abandonnant le modèle d’armée 2015 jugé insoutenable, le but affiché étant de pouvoir équiper correctement une armée plus petite. Telle est la logique de la loi de programmation Mais correspond-elle aux besoins de la Défense Nationale ? Je ne le crois pas.

C) Nous sommes en-dessous de l’effort nécessaire pour parer aux risques de tensions, de crises, de conflits dont l’horizon est chargé. C’est justement parce que la France est une puissance essentiellement pacifique qu’elle doit limiter ses interventions militaires extérieures à la préservation de la légalité internationale pour autant qu’elles demeurent proportionnées et maintenir pour ce qui la concerne directement une posture de défense réellement dissuasive.

1. Le XXIe siècle qui commence comporte pour la France un grave risque d’effacement. Ce risque est d’abord dans l’esprit du temps car selon le mot de Thémistocle l’indépendance de la cité réside moins dans l’épaisseur de ses murailles que dans le ventre de ses citoyens. Je me bornerai à observer la désuétude du patriotisme trop souvent confondu aujourd’hui avec le nationalisme qui est à ses antipodes.

a) L’effacement de la France peut résulter de son absorption plus ou moins conscience dans un Empire, dont la tête est ailleurs. A cela contribue essentiellement l’idéologie « occidentaliste » dont la formulation la plus claire a été développée par M. Balladur, dans un petit livre trop peu remarqué, intitulé « Pour une Union occidentale ».

b) L’effacement de la France peut aussi résulter du triomphe des communautarismes et de la perte du lien civique ; antichambre de la guerre civile. Ces deux risques ne sont pas antagonistes. Ils peuvent être et sont d’ailleurs complémentaires.

La France est en Europe et l’Europe n’est pas à l’abri de conflits – on l’a vu dans les Balkans ou dans le partenariat entre l’Europe de l’Ouest et la Russie. A cet égard la responsabilité de la France est essentielle.

2. Outre l’effacement de la France un second risque tient à ce qu’on appelle la mondialisation. Celle-ci a tellement rétréci la planète que nous pouvons être entraînés dans toutes sortes de conflits d’intensité faible ou forte, où le ressentiment accumulé, au fil des derniers siècles, contre les Européens peut se cristalliser de manière soudaine et irrationnelle, en se répercutant le cas échéant, au sein même de la société française. La meilleure manière de parer à ce risque est de maintenir l’idée des valeurs universelles et de combattre la tentation du « deux poids, deux mesures ».

Nous ne devons pas entrer dans le schéma de Samuel Huntington du « choc des civilisations ». Le Nord est pluriel, le Sud aussi, mais l’Humanité est une : tel devrait être le message de la France car la vocation de notre pays a quelque chose à voir, disait Malraux avec la liberté du monde, c’est-à-dire avec le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.

La France a toujours été contre les Empires. C’est pourquoi l’idée de rejoindre l’organisation militaire intégrée de l’OTAN est une grave erreur. A quoi sert l’OTAN depuis la disparition de l’Union Soviétique ? Il faudrait nous le dire. Il paraît que l’Institut John Hopkins a été chargé de réfléchir sur un « nouveau concept stratégique de l’OTAN ». Nous aimerions, Monsieur le Ministre, être informés de cette réflexion. L’élargissement à l’Est de l’OTAN jusqu’aux frontières de la Russie est au cœur même de l’espace russophone et contraire à l’intérêt de la France. Il est contraire à l’intérêt européen bien compris. Le Président de la République a soutenu à Bucarest, au sommet de l’OTAN, le projet de déploiement des systèmes antimissiles en Tchéquie et en Pologne. Cette approbation n’est pas cohérente avec le souci par ailleurs manifesté en Géorgie de maîtriser le conflit, souci que j’approuve. Le Président de la République doit vouloir développer parallèlement « une Europe de la Défense efficace ». Quelles sont aujourd’hui, Monsieur le Ministre, les manifestations de cette politique européenne ?

Il n’y a rien à gagner à réintégrer la structure militaire intégrée de l’OTAN, sinon une implication toujours plus grande dans les OPEX et un accroissement de 10 % cette année de notre contribution financière à l’OAN, soit 115 millions d’euros.

Les grandes puissances continentales de demain : Etats-Unis, Russie, Chine, Inde peuvent chercher à nous entraîner dans leurs inévitables rivalités. Et même des puissances moindres mais soutenues par divers fanatismes peuvent nous entraîner dans des guerres que nous n’aurions pas voulues. Et si notre intérêt est de nous en tenir éloigné, la plus sûre manière de les prévenir est de disposer de capacités militaires réellement dissuasives.
 

Cet article est le 3ème paru sur ce blog dans la catégorie Chevènement sénateur

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27 novembre 2008 4 27 /11 /novembre /2008 22:43

 

Le gouvernement sous-estime l’ampleur de la crise

 

Le nouveau sénateur Chevènement réveille la haute assemblée parlementaire par ses interventions toniques et fort argumentées. S’exprimant, hier, dans le cadre du débat budgétaire, il a montré le manque de volontarisme du budget 2009 de la France, parce que le gouvernement est pris à contre-pied par la crise et, de plus, il en sous-estime la gravité.

 

Voici cette intervention qu’on peut retrouver sur son blog, en cliquant sur le titre.

 

Croissance, Budget, déficit, dette : Jean-Pierre Chevènement interpelle le gouvernement

 

Un budget déflationniste et laxiste face à la crise

 

Le gouvernement nous a fait une présentation quelque peu lénifiante du projet de loi de finances pour 2009. Selon M. Woerth, si le déficit budgétaire va dépasser le seuil de 3 % du PIB en 2009, il ne s’agit que d’une « évolution conjoncturelle », je le cite. Le gouvernement aurait simplement choisi de laisser jouer les « stabilisateurs automatiques » : en d’autres termes, il ne change rien aux dépenses en dehors des hypothèses révisées sur la charge d’intérêt et les dépenses indexées. Il prend acte par avance de la baisse anticipée des recettes (7 Milliards) et nous présente un déficit budgétaire à hauteur de 57,6 Milliards d’euros. Dans ces conditions, la dette publique qui atteignait 1.269,3 Milliards d’euros au 30 juin 2008 devrait dépasser 66% du PIB dès 2009. Le gouvernement prétend faire rapidement diminuer la dette pour la ramener à 61,8 % du PIB en 2012. Objectif parfaitement irréaliste !

En fait vous réussissez ce miracle, M. le Ministre, de nous présenter un budget déflationniste et laxiste à la fois. C’est le contraire d’un budget volontariste face à la crise. Un seul exemple : le gouvernement en affichant une haute priorité pour l’université et la recherche supprime 900 emplois dans l’enseignement supérieur !

Vous êtes pris à contre-pied. Certes, vous renoncez à comprimer davantage les dépenses ou à recourir à des impôts nouveaux et de ce point de vue je ne saurais que vous approuver : il ne faut pas ajouter la crise à la crise.

 

Mais quelle frilosité, M. le Ministre, dans votre politique ! Certes M. Sarkozy a annoncé hier à Valenciennes un plan de relance dont on dit qu’il atteindrait 20 milliards d’euros, soit 1 % du PIB. Mais aux Etats-Unis, on parle de 5 à 700 milliards de dollars, soit 5 % du PIB, et M. Obama a annoncé vouloir créer 2,5 millions d’emplois nouveaux d’ici 2011. De même, M. Brown prévoit une relance budgétaire massive en Grande-Bretagne, avec la baisse de 2,5 points de la TVA et un déficit budgétaire qui pourrait atteindre 8 % du PIB.

 

En réalité nous sommes prisonniers au sein de la zone euro, de la frilosité de Mme Merkel. Bien que l’Allemagne dispose d’une marge budgétaire conséquente, puisque son déficit budgétaire ne dépasse pas 0,5 % du PIB, le gouvernement fédéral refuse le rôle de locomotive européenne qui lui incomberait pourtant naturellement. La relance européenne sera insuffisante et elle ne contribuera pas à une stratégie de relance coordonnée à l’échelle mondiale, pourtant affirmée par le G20 à Washington le 15 novembre. Nous attendons donc du gouvernement et de la Présidence française de l’Union européenne beaucoup plus d’audace politique et stratégique.

Trente années de politiques inadaptées, à l’origine de la dette

 

En réalité, vous êtes victime de la campagne culpabilisatrice que vous avez vous-même orchestrée sur la base du rapport Pébereau sur la dette de 2006.

Puisqu’il est question de la dette, parlons-en : il n’est pas difficile de montrer que l’Etat a été depuis trente ans l’artisan de sa propre déshérence financière, pour reprendre l’expression de l’économiste Jean-Luc Gréau.

De 1974 à 1982 il a vécu sur l’illusion d’un retour rapide à la grande croissance des trente glorieuses. Puis, victime de sa propre politique de désinflation compétitive, il a accepté tout au long des années quatre-vingt, de payer des taux d’intérêt assassins. La dette publique qui était de 21 % en 1980 est passée à 32 % du PIB en 1991, mais le pire est venu quand, après avoir signé les accords de Maastricht, le gouvernement français, s’étant rendu prisonnier d’une parité fixe avec le mark allemand pour préparer l’union économique et monétaire, a installé l’économie française dans la récession en 1993, puis dans la stagnation, creusant les déficits et faisant bondir l’endettement public à 58 % du PIB en 1998 : plus vingt-six points d’endettement supplémentaires en sept ans de 1991 à 1998. Enfin, pour les dix dernières années, nous nous sommes installés dans la facilité.

 

Cette situation regrettable n’est devenue dramatique, que parce que vous l’avez dramatisée à souhait, à des fins politiques, pour faire accepter comme une nécessité la politique de rigueur budgétaire. La vérité est que la France n’est pas ruinée : sa position nette vis-à-vis de l’extérieur reste créditrice, même si elle est entamée par la succession des déficits commerciaux, indicateur au moins aussi préoccupant que celui de la dette publique.

Le Japon a une dette publique supérieure à 150 % de son PIB, mais il dispose des deuxièmes réserves de change du monde. A l’inverse, les Etats-Unis dont l’endettement conjugué des ménages et de l’Etat a gonflé la dette extérieure jusqu’à représenter dix-huit mois d’exportations, sont exposés à une crise de leurs paiements extérieurs et de leur monnaie, qui chacun le sait, est aussi la monnaie mondiale.
La France, quant à elle, n’est pas menacée de faillite par la taille de sa dette publique, comparable voire inférieure encore à celle de beaucoup de pays développés (Etats-Unis, Japon, Italie, Belgique). Ce qui la menace, c’est la perte de compétitivité du site de production national, notamment automobile, du fait de la surévaluation de l’euro, de l’atonie de la demande en Allemagne et en Italie, du processus continu de délocalisation au bénéfice des pays à bas coûts salariaux et de l’absence totale de protection du marché européen.

La dette publique n’est qu’un élément parmi d’autres. Les ménages français sont beaucoup moins endettés que les ménages américains : 60 % de leurs revenus contre 150% aux Etats-Unis, et même que les ménages britanniques ou espagnols. La dette doit être appréciée globalement, quels que soient les agents qui la portent.

Le grand atout de la France, c’est l’importance de son épargne, et particulièrement de l’épargne des ménages – près de 15 % de leurs revenus alors que l’épargne des ménages américains n’atteint que 0,6 % de ceux-ci. La dette française est soutenable. Elle est aux mains, pour plus de moitié, des résidents, et ceux-ci détiennent une partie de la dette publique étrangère. La France est un pays solvable. Le problème est de faire de notre remarquable capacité d’épargne un véritable levier de développement face à la crise.

Ainsi le problème de la dette doit être analysé dans la durée. En dehors d’une hypothèse de monétisation de la dette, chose concevable au Japon et même aux Etats-Unis, mais que la Banque Centrale européenne s’interdit, ou d’une hypothèse d’inflation qui diminue objectivement le montant de la dette en euros constants, la gestion de la dette publique doit essentiellement s’inscrire dans le meilleur « trend » de croissance possible pour l’économie française.

Le retour de l’Etat doit être durable pour servir l’intérêt à long terme du pays

 

C’est à cela que doit tendre la politique du gouvernement. Partout dans le monde on assiste à un grand retour du politique et n’ayons pas peur du mot, à un grand retour de l’Etat. La vraie question est de savoir comment vous le concevez : soit comme un expédient provisoire, une parenthèse interventionniste qu’on ouvre à regret, avec l’intention de la refermer dès que possible, et c’est bien évidemment la perspective dans laquelle vous vous placez. Vous faites comme si les critères de Maastricht n’étaient que momentanément suspendus, et que les règles européennes, en matière de concurrence et de prohibition des aides d’Etat, devaient à nouveau s’appliquer demain avec toute leur rigueur aveugle. C’est sous-estimer beaucoup l’ampleur de la crise.

Il faudrait vous placer dans une tout autre perspective, beaucoup plus audacieuse, celle d’un Etat anticipateur et programmateur, attaché à transformer durablement l’abondante épargne liquide dont nous disposons pour favoriser en France même des investissements de long terme qui garantiront notre croissance ultérieure : famille, éducation, recherche, innovation, infrastructures énergétiques et de transports ferroviaires, logement social, économies d’énergie, hôpital public, voitures propres.

Et il faudrait pour cela s’appuyer sur les collectivités locales auxquelles vous tenez la bride trop serrée.
Nos possibilités de croissance dans le long terme conditionnent la solvabilité future de la France. La dette publique est un problème intérieur dont je ne conteste pas qu’il faut le gérer avec sérieux. Ce qui est déterminant, c’est la balance extérieure de la France.

 

Bref, il faut renverser l’ordre des facteurs et se préoccuper davantage des institutions publiques ou privées, Caisse des Dépôts ou autres institutions bancaires qui nous permettront de transformer utilement notre épargne dans l’intérêt national, notion trop souvent oubliée au profit de règles de gestion à courte vue.

C’est la protection et le développement du site de production France qui nous permettra de maîtriser à long terme le problème de la dette. Encore faut-il que le gouvernement prenne les moyens d’une politique ambitieuse, notamment vis-à-vis des banques, bref qu’il ne se contente pas de mesures palliatives mais inscrive ses choix dans une perspective où l’Etat n’aura pas peur de son ombre en Europe comme en France même. C’est évidemment une toute autre histoire. Encore faudrait-il avoir la volonté d’ouvrir cette page-là …


Voir les actes du colloque de la Fondation Res Publica (24 avril 2006) : Finances publiques et pérennité de l'Etat.

 

Voir aussi l’intervention, ce 27 novembre, de Jean-Pierre Chevènement au Sénat : Le sénateur Chevènement demande au gouvernement d'agir pour soutenir et protéger le secteur automobile

 

Le Mouvement Républicain et Citoyen propose, le 4 décembre 2008, de réfléchir en profondeur aux moyens de sortir de la crise :

 

Réunion publique du MRC : Face à la crise, que faire ?

Le Mouvement Républicain et Citoyen vous invite jeudi 4 décembre à 18h30 à une réunion publique ouverte à tous, avec les thèmes et invités suivants :

- La reprise en main par l'Etat de la banque et de la finance, par Jacques Sapir, directeur d'études à l'EHESS (dernier ouvrage paru : "Le nouveau XXIè siècle", Seuil, 2008) ;

 
- L'incontournable réorientation de la gauche en Europe, par Ernst Hillebrand, directeur du bureau parisien de la Fondation Friedrich Ebert (voir ses articles dans Le Débat, la Revue socialiste, etc.) ;

 
- Sortir du libre-échange, par Jean-Luc Gréau, économiste (dernier ouvrage paru : "La trahison des économistes", Le Débat-Gallimard, 2008) ;

 
- La France dans le monde qui vient, par Jean-Pierre Chevènement, président du MRC, sénateur du Territoire de Belfort.

 

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15 novembre 2008 6 15 /11 /novembre /2008 21:45

Réorienter en profondeur le modèle de développement

 

A peine élu sénateur et vice-président de la commission des affaires étrangères et de la défense, Jean-Pierre Chevènement a pu observer sur place la situation des Etats-Unis d’Amérique, après l’élection du nouveau président Obama (voir, à ce sujet, Sami Naïr (MRC) : Barack Obama, un autre regard sur le monde - 14 novembre 2008).

 

Ce voyage lui a permis de préciser ses idées en ce qui concerne les conditions à réunir pour traiter la crise américaine et mondiale, tout en réorientant le mode de développement.

 

Voici le texte paru sur son blog le 14 novembre (cliquer sur le titre).

 

Un moment politique à saisir pour traiter la crise et «réorienter le système»

D’un voyage récent aux Etats-Unis, voici les impressions que je retiens :

1. Les Etats-Unis ne pourront pas seuls rétablir leurs équilibres fondamentaux, ce qui est décisif, si on veut éviter un nouveau rebond de la crise, sans le concours du « reste du monde ».

a) Les Etats-Unis vivent très au-dessus de leurs moyens (déficit commercial supérieur à 700 Milliards de dollars, déficit budgétaire hors de contrôle, endettement des ménages égal à 133% de leurs revenus, épargne des ménages inférieure à 1 % de leurs revenus, endettement net extérieur croissant à une vitesse exponentielle, cours du dollar à la merci des politiques des pays détenteurs de « balances - dollars ». L’économie américaine draine 80 % de l’épargne mondiale. Le monde marche sur la tête !
b) Si les Etats-Unis devaient rétablir seuls leurs équilibres, cela plongerait le monde dans une récession sans précédent (le fléchissement du cours du dollar depuis dix-huit mois n’a entraîné qu’une progression modérée des exportations américaines, étant donné la désindustrialisation du pays. Quant aux importations, elles n’ont baissé tant soit peu que parce que la demande intérieure fléchissait. Il faudrait une chute de la demande beaucoup plus forte pour qu’on se rapproche d’un meilleur équilibre.
c) Si les Etats-Unis relancent seuls leur économie, les fondamentaux d’ici quelques années seront encore plus dégradés. On ira de bulle en bulle et de crise en crise, toujours plus graves.

 

2. L’aide du reste du monde est l’enjeu principal des principaux sommets en vue (G20 etc.).

Cette aide doit se traduire par une relance économique coordonnée des principales économies mondiales, à commencer par celles des pays excédentaires tant en ce qui concerne leur épargne que leur excédent commercial (Chine – Allemagne – Japon – pétromonarchies du Golfe).

a) Le Japon pratique déjà une politique relativement expansionniste.
b) L’Allemagne devrait y être fortement encouragée
(notons qu’elle réalise 75 % de son excédent extérieur sur l’Europe soit 150 Milliards d’euros sur 200 (dont 100 sur la seule zone euro). L’Allemagne devrait être sensible aux pressions en faveur de la relance, d’origine intérieure (syndicats) ou d’origine extérieure (Etats-Unis et, pourquoi pas, d’autres Européens (France, Italie, Grande-Bretagne, Espagne, etc.). En année électorale, la coalition SPD-CDU-CSU devrait se montrer compréhensive.
c) Le point le plus dur sera certainement la Chine. Celle-ci a un taux d’épargne excessif (près de 40 % de son PIB). Il est décisif qu’elle augmente sa consommation soit par la voie des salaires soit par le rétablissement et l’extension d’une protection sociale. Sinon il faudra faire pression pour une réévaluation du yuan, sans qu’on puisse exclure des mesures protectionnistes (droit anti-dumping social ou écotaxes). Une initiative américaine dans ce domaine n’est pas à exclure. L’Europe pourrait alors en faire autant.
d) En fait, il faudrait fixer des objectifs de relance régionalisés (par grandes régions du monde), ultérieurement déclinés par pays.

3. La question fondamentale est celle de l’inscription de la relance dans une projection à long terme du type de développement.

D’immenses investissements sont nécessaires :

a) Dans le secteur de l’énergie pour préparer l’« après pétrole ».
b) Dans la lutte contre l’émission de gaz à effet de serre et contre le réchauffement climatique.
c) Pour la préservation de ressources rares (eau, air, matières premières)
d) Pour l’éducation et la recherche.
e) Pour l’innovation à travers le tissu des PME-PMI qu’il faut encourager en faisant en sorte que l’Etat se porte caution des emprunts qu’elles contractent à cet effet (ne pas aider seulement les banques).
f) Pour la santé et la protection sociale (y compris la politique familiale).
g) Pour le développement, par exemple des infrastructures en Afrique ou dans l’Asie pauvre (BenglaDesh, Laos, Cambodge, etc.) : eau, irrigation, transports, écoles, hôpitaux.

On ne doit pas, selon moi, exclure l’utilisation à large échelle des droits de tirage spéciaux (DTS), créés en 1976 par les accords de la Jamaïque en réservant l’émission de ces DTS au FMI. Ces droits de tirage spéciaux n’ont servi qu’une fois, à une échelle assez modeste. La seconde fois, les Etats-Unis s’y sont opposés, en vertu du droit de veto de fait, qu’ils détiennent au sein du FMI (17 % des droits de vote ce qui suffit à empêcher le vote à la majorité qualifiée de 85 %). Il faut lever ce veto, soit politiquement, soit en modifiant les quotes-parts au sein du FMI pour empêcher les Etats-Unis de maintenir leur veto (qu’ils justifient par le souci de ne pas dévaloriser le rôle du dollar comme « monnaie mondiale »). Ces DTS pourraient financer l’aide au développement en priorité.

En réalité, ce qui est en cause c’est le « modèle de développement » de l’humanité, à l’horizon des trente prochaines années. Il existe une « fenêtre d’opportunité », suite à l’élection de Barack Obama et à la profondeur de la crise, pour « réorienter le système ».

4. En fait, la faisabilité d’une telle « relance coordonnée » de l’économie mondiale passe par un « moment politique », celui de la reconnaissance de la multipolarité du monde.

Les Etats-Unis ne peuvent plus faire comme s’ils pouvaient seuls imposer leur loi et faire comme si « le reste du monde » n’existait pas. Ils ne peuvent procéder à une « relance en solitaire ».

En même temps, si cette multipolarité est acceptée par les Etats-Unis, en redistribuant par exemple les quotes-parts au sein du FMI et, peut-être, en donnant aux grands pays émergents (Inde, Brésil) et aux pays financièrement « excédentaires », un statut de membre « semi permanent » (cinq ans sans droit de veto) au Conseil de Sécurité de l’ONU, il est nécessaire que des pays comme la Chine acceptent de réduire leur taux d’épargne et que le Japon et surtout l’Allemagne se rallient à une stratégie coopérative, en relançant leur demande intérieure.

C’est ce « moment politique » particulier (le passage de l’unipolarité du monde à une multipolarité raisonnable où les Etats-Unis resteront la plus grande puissance mondiale, sans pouvoir prétendre diriger le monde à eux seuls) qu’il faudra savoir gérer. Le rôle de l’Europe et notamment du duo franco-britannique peut être à cet égard déterminant pour infléchir la position de nos principaux partenaires (Allemagne, Etats-Unis) et pour impliquer davantage les pays d’Asie dans le traitement de la crise.

 

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Published by SORIN Michel - dans Chevènement sénateur
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