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  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine autour des idées de Jean-Pierre Chevènement. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens après les élections de 2002.
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13 mars 2016 7 13 /03 /mars /2016 23:09

 

Comment, par ce moyen, les USA assurent leur domination (JM Quatrepoint)

 

Les colloques de la Fondation Res Publica sont appréciés par la qualité des interventions, ce que chacun peut vérifier en consultant les Actes, qui sont publiés quelques semaines après les réunions.

Cette Fondation a été créée et est présidée par Jean-Pierre Chevènement. Voir, à ce sujet, la Présentation de la Fondation Res Publica.

 

Les Actes du colloque du 1er février 2016 sur L’extraterritorialité du droit américain ont été publiés. La première intervention, posant parfaitement le problème, était celle de Jean-Michel Quatrepoint, journaliste économique, membre du Conseil scientifique de la Fondation Res Publica, auteur de "Alstom, un scandale d’État – Dernière liquidation de l’industrie française" (Fayard : août 2015).

 

Une offensive judiciaire globale

(…) Les États-Unis, forts de leur puissance, ont donc développé un arsenal juridique tous azimuts. Ils décident qui peut commercer avec qui. Ils peuvent décider aussi d’éliminer les concurrents. Les entreprises françaises en savent quelque chose avec l’Iran. À la différence de ce qui se passait dans les années 80-90, ils bénéficient de la position du dollar : 78 % des transactions mondiales se font en dollars et tout est compensé par les États-Unis.

Comme toutes les transactions en dollars transitent par les États-Unis, toute transaction en dollars est soumise à la loi américaine. Ils ont aussi les écoutes : on a découvert que la NSA et les services américains écoutaient systématiquement tout, y compris les chefs d’État… et personne n’a protesté.

Et surtout, cette extraterritorialité devient un extraordinaire business qui profite d’abord aux Américains. Les amendes proprement dites commencent à atteindre des montants conséquents. Pour les banques, le total des amendes infligées par la justice américaine est de 125 milliards de dollars, dont une bonne partie concerne les banques américaines. Mais les banques américaines ont été condamnées pour les affaires de subprimes (aucun banquier américain n’a fait de prison) tandis que les banques européennes et japonaises ont été condamnées pour avoir violé des embargos. Les banques suisses ont payé un très lourd tribut pour ne pas avoir communiqué à temps un certain nombre de données. 

On en est aujourd’hui à 35 milliards de dollars d’amendes pour les banques étrangères et une demi-douzaine de milliards de dollars pour les groupes industriels. Sur les dix premières amendes infligées, notamment pour des affaires de corruption, aux groupes industriels, neuf concernent des groupes étrangers. Le record va à Siemens (800 millions de dollars) suivi par Alstom (772 millions de dollars). 

Cet argent sert d’abord à l’auto-alimentation du système judiciaire américain (la SEC, le Trésor, le DOJ etc.) dont les coûts annexes sont considérables. Le système judiciaire américain, les centaines de milliers de lawyers des cabinets, sont embauchés par les entreprises et vivent « sur la bête ». L’argent des amendes fait donc vivre le système judiciaire américain au sens large. S’y ajoute la contestation de brevets etc. L’application de ce système de l’extraterritorialité est un formidable business qui alimente la machine judiciaire et juridique américaine. 

Les gens de BNP Paribas seront sans doute heureux d’apprendre qu’une partie de leur amende va servir à indemniser les citoyens américains qui avaient été victimes de la prise d’otages à l’ambassade des États-Unis à Téhéran en 1979. Plus de cinquante personnes, retenues pendant 444 jours, n’avaient jamais été indemnisées parce que, dans l’accord entre l’Iran et Ronald Reagan, l’Iran avait refusé de payer quelque indemnité que ce soit (l’une des raisons pour lesquelles les Iraniens avaient pris en otage les personnels de l’ambassade américaine était la « prise en otage » par les Américains des compte iraniens à la Chase Manhattan Bank…). Le Congrès a l’intention d’utiliser 1 à 2 milliards de dollars, pris sur l’amende de BNP Paribas, pour indemniser ces ex-otages américains. 

Plus grave : les accords que les entreprises étrangères sont contraintes de signer s’accompagnent généralement de la mise sous tutelle de fait de ces entreprises qui, de par le settlement, l’accord passé avec la justice américaine, subissent pendant six mois, un an, trois ans… la présence de contrôleurs indépendants chargés de vérifier que l’entreprise condamnée se conforme bien à toutes les règles de la compliance américaine.

Alcatel Lucent avait été condamnée il y a quelques années à une amende pour corruption à propos d’affaires qui remontaient au début des années 2000 (le montant, moins important que celui infligé à Alstom, s’élevait quand même à 170 millions de dollars). Contrainte d’accepter pendant trois ans la présence d’un contrôleur indépendant, Alcatel Lucent devait lui donner toutes les informations que ce contrôleur jugeait utiles à la réalisation de sa mission. D’aucuns disent que Alcatel Lucent a été ainsi pillée pendant quelques années par la justice américaine. Les secrets de fabrication et un certain nombre de données essentielles peuvent être transférés ainsi à une puissance étrangère. 

L’extraterritorialité du droit américain permet à la puissance américaine, sur les secteurs qu’elle estime stratégiques, d’asseoir sa domination

Rappel (10 août 2015) : Fondation Res Publica : le débat sur la réindustrialisation de la France

 

 

Cet article est le 209ème paru sur ce blog dans la catégorie CHEVENEMENT

Au premier plan, à gauche, Jean-Michel Quatrepoint est aux côtés de Jean-Pierre Chevènement, Arnaud Montebourg et Jacques Sapir, avant leur intervention lors du colloque Mondialisation à Paris le 30 août 2011

Au premier plan, à gauche, Jean-Michel Quatrepoint est aux côtés de Jean-Pierre Chevènement, Arnaud Montebourg et Jacques Sapir, avant leur intervention lors du colloque Mondialisation à Paris le 30 août 2011

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2 janvier 2016 6 02 /01 /janvier /2016 23:42

 

Cette Europe ira de plus en plus mal parce que sur des bases supranationales

 

Le 16 décembre 2015, nous avons assisté à la première Rencontre organisée par République Moderne à l'Assemblée nationale sur le thème « Souveraineté et Europe ». Voir, à ce sujet, les deux articles publiés sur le blog du MRC 53 concernant cet évènement :

- (30 déc. 2015) : Jean-Pierre Chevènement, séparé du MRC, préside République Moderne

- (31 déc. 2015 : Souveraineté et Europe : Chevènement a relancé République Moderne

 

Coralie Delaume* intervenait après JP Chevènement, Alain Supiot, Stéphane Rozès, Jacques Mézard, Pierre-Alain Muet et Régis Debray. Marie-Françoise Bechtel était la maîtresse de cérémonie, sous la présidence de Jean-Pierre Chevènement, président-fondateur de République Moderne.

 

* Voir (28 avril 2014) Entretien avec Coralie Delaume sur l'Europe

  Voir aussi (29 mars 2014) Europe, les Etats désunis : premier livre, réussi, de Coralie Delaume

et (26 janvier 2015) Table ronde MRC le 20 sept. 2014 à Caen : Europe, lever les tabous

 

Voici l'essentiel de son intervention le 16 décembre 2015.

 

Au premier tour des élections régionales 2015, le vote FN a été un vote de classe. Les employés et ouvriers, les moins diplômés (sans le baccalauréat), les plus exposés aux effets délétères de la mondialisation, forment les principaux bataillons de cet électorat. Il ne faut pas y voir une pulsion fascisante mais une demande de démocratie.

L'Union européenne est une structure de surplomb qui enferme l'action dans des structures contraignantes. La démocratie n'est pas possible dans ce système, si l'on n'en change pas.

Les votes négatifs de 2005 sont changés en votes positifs en 2008 en France. Ailleurs (Irlande), on fait revoter les peuples.

Par contre, au Danemark, on respecte le vote des citoyens. Tout récemment, un référendum posant la question d'accroître l'intégration dans l'UE (davantage de coopération) a vu une bonne participation au scrutin (72%) et un vote NON (53%).

En Grèce, ce qui s'est passé entre janvier et juillet 2015 (Syriza au pouvoir) est édifiant.

- Le président Juncker de la Commission européenne a affirmé « Il ne peut y avoir de démocratie contre les traités européens ».

- La Banque Centrale Européenne a montré qu'elle pouvait faire sortir un pays de sa propre monnaie s'il n'accepte pas les conditions de l'UE. Il suffit de couper les financements des banques grecques.

Le gouvernement grec a décidé d'organiser un référendum, suite au harcèlement sur Tsipras.

La BCE a fait pression pour sidérer la population, ce qui n'a pas empêché les grecs de voter largement NON. Et le plus incroyable, c'est que la victoire du NON s'est transformée en OUI, le premier ministre, devant le constat de l'affaiblissement des banques de son pays, ayant fini par signer le mémorandum refusé par son peuple.

Ainsi, la preuve a été faite que, dans les conditions d'exercice du pouvoir par les institutions européennes, il ne peut y avoir de choix contre les traités européens. La Grèce a changé de gouvernement afin de mettre en œuvre les décisions européennes.

On observe que les trois institutions indépendantes (Commission, BCE, Cour de justice) européennes se renforcent entre elles. Exemple : le sauvetage de l'euro par la BCE. Celle-ci fait une politique monétaire accommodante, hétérodoxe, pour parvenir à ses fins. Des plaignants allemands ont saisi le tribunal de Karlsruhe contre la BCE, laquelle a demandé à la Cour de justice de Luxembourg de se prononcer. Elle a validé la politique monétaire de la BCE.

Il s'agit de décisions très politiques, que personne ne conteste. Cela vient du fait que les traités ont été ratifiés par les Etats. On peut parler de castration volontaire. Les Etats se sont volontairement rendu impuissants, acceptant des renoncements majeurs. La démocratie est court-circuitée dans les faits, ce qui provoque une frustration chez les citoyens.

Tout va continuer puisque la politique monétaire a été transférée au niveau européen et que la monnaie n'est pas adossée à une institution politique. Pour faire face aux divergences des économies, liées à l'euro, des instruments ont été mis en place (Merkel-Sarkozy) et deux paquets législatifs (two packs et six packs) ont été votés par le Parlement européen, ayant pour effet d'augmenter le pouvoir de la Commission européenne en matière de supervision des budgets des Etats membres, avec sanctions possibles.

Les Etats n'ont plus de pouvoir sur la monnaie et ils en ont moins sur leurs budgets. Ils en viennent à jouer sur le coût du travail pour gagner en compétitivité. Toute réorientation de l'Europe est devenue peu probable.

En conclusion, l'économie et la démocratie s'effondrent parce que l'Europe a été construite sur le mode supranational et non sur le mode international de coopération entre les nations.

Désormais, l'attention doit être portée en priorité sur la zone euro, qui évoluera mal, ce qui mettra en jeu l'existence même de l'euro.

Cet article est le 208ème paru sur ce blog dans la catégorie CHEVENEMENT

Coralie Delaume, le 20 septembre 2014 à Caen, lors de l'université de rentrée du MRC

Coralie Delaume, le 20 septembre 2014 à Caen, lors de l'université de rentrée du MRC

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31 décembre 2015 4 31 /12 /décembre /2015 18:36

 

Ressourcement républicain de la gauche, RM s'adresse à tous les républicains

 

Après un premier essai manqué, en raison du désistement de Jean-Luc Mélenchon, nous étions nombreux à suivre avec intérêt - le 16 décembre 2015, salle Colbert de l'Assemblée nationale - la première Rencontre de République Moderne.

RM est un club créé en 1983 par Jean-Pierre Chevènement et relancé sur de nouvelles bases après la séparation intervenue avec le Mouvement Républicain et Citoyen, en juin 2015.

Voir renouvellement des instances du club "République moderne"

et Jean-Pierre Chevènement, séparé du MRC, préside République Moderne.

 

Ce club, nous dit Jean-Pierre Chevènement, a vocation à contribuer au ressourcement républicain de la gauche, tout en s'adressant à tous les républicains, y compris ceux qui sont membres du parti « Les Républicains ». Il tient à préciser qu'il n'est pas candidat à l'élection présidentielle de 2017.

République Moderne a prévu d'organiser quatre autres Rencontres d'ici juillet 2016, portant sur les affaires étrangères, les questions économiques et monétaires, les questions sociales, la transmission (notamment, l'école). Cette première traite des questions de souveraineté, de la Nation à l'Europe.

 

Jean-Pierre Chevènement exprime son point de vue. Selon lui, l'Europe s'est construite sur une erreur. Faute de peuple européen (demos), il n'y a pas de démocratie possible à ce niveau. La souveraineté a été transférée à des instances opaques. De plus, à partir de la première guerre du Golfe, les pays européens ont démissionné en ce qui concerne leur défense, s'alignant sur les USA. Ils n'ont pas pris conscience des défis migratoires.

La souveraineté appartient au peuple, c'est lui qui décide. Elle est nationale et populaire, la distinction entre les deux n'a plus de sens. C'est au niveau de la nation que s'exerce le pouvoir d’État. Il peut y avoir des délégations de compétences à des instances européennes mais à condition qu'il y ait un contrôle parlementaire. L'opacité des instances bruxelloises ne leur permet pas d'être efficaces.

Tout doit être passé au crible du doute. Il faut repartir avec des notions simples. L'Europe doit procéder des nations, être à la carte, construire un partenariat stratégique avec la Russie. Il faut la réorienter avec l'objectif qu'elle devienne une Europe européenne, selon l'expression du général de Gaulle, alliée des USA mais pas vassale. La France doit susciter une autre Europe.

Au niveau national, il faut à la France un gouvernement républicain énergique. Il faut changer de logiciel, faire une politique de salut public qui vide le FN de sa substance.

 

Alain Supiot, auteur du livre « La gouvernance par les nombres » (Fayard, avril 2015), observe que les institutions européennes ont démantelé les solidarités nationales sans en reconstruire d'autres. Dans toutes les juridictions européennes, il n'est question que de souveraineté de l'individu, de compétition, de mise en concurrence, avec réduction du social.

L'Union européenne ne connaît que le « doux commerce » ou la guerre civile. Il a été demandé aux grecs, en préalable, de reconnaître leurs torts, puis de faire allégeance. Cela n'a rien à voir avec la souveraineté populaire.

Le tableau actuel de l'Europe, c'est la guerre du dernier mot, la guerre des juges. Le conflit de suprématie au niveau européen crée un blocage, le chaos des sources jurisprudentielles.

En résumé, ce qui domine, c'est la compétition et la souveraineté de l'individu, pas la solidarité. Trois propositions :

- Rendre l'économie à la politique,

- Se doter d'objectifs de solidarité (l'unité allemande a été réalisée sur cette base),

- Qui gardera le gardien ? Qui aura le dernier mot ?

 

Stéphane Rozès intervient en tant que consultant. Il constate un lien entre les difficultés françaises et le déclin européen. La gouvernance et la politique européennes ne sont pas adaptées au génie européen. « Chaque nation a une âme » (François Hollande, discours du Bourget). Chaque peuple est en friction avec les autres. A la Renaissance, le génie européen s'est répandu avec l'idée que l'homme est maître de son destin, de la nature.

Après la 2ème guerre mondiale, l'Europe est devenue une entité. Une France universaliste a tendu la main à une Allemagne divisée. L'Europe devait exister sous pression des USA face à l'est. La peur du communisme a favorisé la prospérité et la paix mondiale.

Entre la France et l'Allemagne, l'imaginaire est différent. En France, c'est la raison (Descartes, l'esprit est séparé du corps). En Allemand, il n'y a qu'un mot pour qualifier la culpabilité et la dette. On ne s'approprie pas le réel de la même façon en France et en Allemagne. En France c'est par les statistiques (l'appareil d’État, l'INSEE). En Allemagne, c'est par le bas, les réalités du terrain.

Sur la question de la Grèce, il y a eu un début de discussion et de compréhension mutuelle entre Merkel et Hollande. On ne fera jamais des grecs des allemands. Merkel juge Poutine irrationnel parce qu'il n'a pas cédé aux chiffres. Mais c'est la société qui fait l'économie. Le problème allemand, c'est de civiliser les passions allemandes par l'économie. En France, c'est différent, on passe par le politique.

La crise grecque (le Grexit) a été évitée parce que Hollande a bénéficié de l'aide de Merkel. Il ne l'aurait pas eu si Schäuble avait été à sa place.

Un pacte de sécurité est fait pour protéger. Pour le libéral, l'économie fait la société. Chaque peuple a le droit de défendre son modèle. Les frontières sont faites pour protéger. C'est sur cette base que viendra la renaissance européenne.

La France a un surmoi. Mitterrand disait « La France est notre patrie, l'Europe est notre avenir ». Hollande a constaté que les allemands ne sont pas universalistes, contrairement aux français.

La France est dépendante du fonctionnement de l'Europe. Le Pen instrumentalise, Sarkozy joue au sauveur, Hollande au médiateur. Ils intériorisent les contraintes.

L'élection présidentielle s'offrira à celui qui saura concilier le redressement français avec la renaissance européenne.

La suite dans un prochain article…

Cet article est le 207ème paru sur ce blog dans la catégorie CHEVENEMENT

Autour de Jean-Pierre Chevènement et de Marie-Françoise Bechtel, les intervenants, salle Colbert, Assemblée nationale, 16 décembre 2015

Autour de Jean-Pierre Chevènement et de Marie-Françoise Bechtel, les intervenants, salle Colbert, Assemblée nationale, 16 décembre 2015

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30 décembre 2015 3 30 /12 /décembre /2015 17:59

 

Une 1ère Rencontre RM a eu lieu le 16 décembre 2015 à l'Assemblée nationale

 

Le congrès 2015 du Mouvement Républicain et Citoyen avait cristallisé le désaccord stratégique entre Jean-Pierre Chevènement, président d'honneur, et son successeur à la présidence, Jean-Luc Laurent, ce qui avait conduit l'ancien ministre à quitter le MRC. Voir (blog MRC 53, 20 juillet 2015) :

La République moderne de Chevènement pour sortir la France de l'ornière

Pourtant, les deux stratégies pouvaient être mises en œuvre dans la même formation politique car elles sont complémentaires : celle du MRC en tant que parti politique appartenant à la gauche républicaine et celle de Jean-Pierre Chevènement en tant qu'homme politique voulant créer des rapprochements d'idées afin de proposer une alternative républicaine aux politiques néolibérales. Cette alternative implique un ancrage à gauche et une ouverture à toutes celles et ceux pour qui la République est la communauté des citoyens.

Jusqu'à preuve du contraire, le MRC existe dans le prolongement des idées portées par Jean-Pierre Chevènement et ses amis depuis la fondation du CERES (Centre d'études, de recherches et d'éducation socialiste, créé en 1964) et son projet, comme celui de République moderne, n'a de sens et d'avenir qu'en prenant appui sur une double souveraineté, celle du peuple face au capital et celle de la nation citoyenne face à la tentation oligarchique au niveau européen.

On peut regretter la décision de Jean-Pierre Chevènement et de Marie-Françoise Bechtel mais c'est un fait : République moderne (voir La France en grand) et le Mouvement Républicain et Citoyen sont désormais des entités distinctes.

 

La première Rencontre organisée par République Moderne a eu lieu le 16 décembre 2015, salle Colbert à l'Assemblée nationale. Voir Un changement de logiciel pour vider le Front National de sa substance et faire la démocratie républicaine

 

Le club République Moderne dont le président est Monsieur Jean-Pierre Chevènement, ancien ministre, a organisé une première Rencontre autour de sa vice-présidente Madame Marie-Françoise Bechtel, députée de l’Aisne, de Régis Debray, philosophe, Alain Supiot, professeur au Collège de France, Jacques Mézard, sénateur du Cantal, président du groupe RDSE au Sénat, Pierre-Alain Muet, député socialiste du Rhône, Stéphane Rozès, politologue, et Coralie Delaume, essayiste. 

Le thème de la Rencontre était : 

« De la souveraineté nationale à l’Europe européenne »

Des débats qui se sont tenus dans la salle Colbert de l’Assemblée Nationale, entièrement remplie, a émergé l’idée que pour rester une puissance mondiale la France devait promouvoir à la fois une politique étrangère indépendante et l’idée d’une Europe européenne, englobant tous les pays européens, y compris la Russie. Ce point est capital. Car seule une Europe européenne ainsi comprise peut éviter au XXIème siècle un monde bipolaire autour des États-Unis et de la Chine. L’indépendance implique la souveraineté populaire. C’est le peuple qui, en dernier ressort, consent ou révoque les délégations de compétences.

Jean-Pierre Chevènement et Marie-Françoise Bechtel ont lancé un appel aux parlementaires et aux autres invités présents [1], quelle que soit leur origine politique, pour contribuer à l’élaboration d’un nouveau logiciel pour la France. Ils ont appelé à la formation d’un gouvernement de salut public. Celui-ci se distingue de l’union nationale, dès lors qu’il est en rupture avec les politiques erronées qui ont conduit la France là où elle en est aujourd’hui. Une telle refondation permettra à la France de faire vivre chez elle et dans le monde ses valeurs de liberté, de laïcité, d’égalité et de fraternité, qui sont plus que jamais des valeurs d’avenir. Seule une telle réorientation de la politique française autour d’un gouvernement républicain énergique permettra de vider le Front National de sa substance et de faire revivre la démocratie républicaine. » 

[1] Notamment :  M. Arnaud Montebourg, ancien ministre, Mme Marie-France Garaud, ancienne conseillère du Président Pompidou, MM. Gérard Bapt, Jean-Pierre Blazy, Jean-Michel Villaumé, député (PS), Christian Hutin, député (MRC), M. Pierre-Yves Collombat, sénateur (RDSE), M. Jean-Pierre Brard, ancien député-maire de Montreuil (PCF), M. François Morvan, responsable national de DLF, Mme Marielle Boullier-Gallo, ancienne députée européenne.

REVIVEZ LA RENCONTRE RM DU 16 DÉCEMBRE

Voir aussi (JP Chevènement, 7 décembre 2015) : Pour un gouvernement de salut public

 

Cet article est le 206ème paru sur ce blog dans la catégorie CHEVENEMENT

Les intervenants autour de Jean-Pierre Chevènement et Marie-Françoise Bechtel, lors de la 1ère Rencontre de République Moderne, le 16 décembre 2015

Les intervenants autour de Jean-Pierre Chevènement et Marie-Françoise Bechtel, lors de la 1ère Rencontre de République Moderne, le 16 décembre 2015

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10 août 2015 1 10 /08 /août /2015 22:56

 

JP Chevènement et la salle ont dialogué avec L Gallois et un chef d'entreprise

 

Les actes du colloque du 1er juin 2015 sont en ligne sur le site de la Fondation Res Publica.

"Quel modèle de réindustrialisation pour la France ?

Accueil de Jean-Pierre Chevènement, Président de la Fondation Res Publica*.
Energie, consensus et confiance, par Louis Gallois, Président du Conseil de Surveillance de PSA.
Fiscalité et code du travail, deux maux français, Laurent Burelle, PDG de Plastic Omium.
Débat entre Jean-Pierre Chevènement, Louis Gallois et Laurent Burelle.
Tour de table conduit par Jean-Pierre Chevènement, Président de la Fondation Res Publica.

* Pour en savoir plus sur cette Fondation, voir la Présentation par son président.

 

L'intervention de Louis Gallois a été reprise. Voir Réindustrialisation de la France : Louis Gallois au colloque Res Publica. Les débats qui ont suivi (retranscrits par la Fondation Res Publica) sont de haute qualité. En voici des extraits.

Débat entre Jean-Pierre Chevènement, Louis Gallois et Laurent Burelle

Jean-Pierre Chevènement 

J’apprécie beaucoup la manière dont Louis Gallois a posé le problème en disant que l’industrie française a le choix entre la voie espagnole, c'est-à-dire la dévaluation interne, brutale mais qui permet de retrouver une compétitivité par les prix, et la voie malheureusement lente, trop lente selon moi, de la stratégie de montée en gamme qui implique naturellement au niveau des entreprises les marges sans lesquelles on ne peut pas la financer. Même l’acte de courage qui consiste à s’endetter n’est pas possible s’il n’y a pas les fonds propres et une rentabilité suffisante pour permettre cet endettement. Par conséquent on laisse vieillir l’appareil de production. Le choix fondamental est là, entre ces deux voies. 

La voie lente nous est-elle permise ? Si la confiance était au rendez-vous ça se verrait. Ce n’est pas le cas. Comment la créer ? Je cherche, j’aimerais trouver. Je ne pense pas que les exhortations qui sont faites ou les plaintes que j’entends s’exhaler soient de nature à recréer cette confiance. 
En principe un pays a la monnaie qui convient à son économie. Je dis que la France n’a pas aujourd’hui la monnaie qui convient à son économie. La France est prisonnière d’une monnaie surévaluée depuis très longtemps par rapport à ses voisins de la zone euro vis-à-vis desquels elle est en déficit. On ne veut pas le voir. On préfère s’aveugler volontairement. La monnaie unique est un tabou. Je souscris à l’idée que la seule voie qui soit praticable est cette stratégie dite de « montée en gamme ». Suffit-il de s’échiner à exhorter un peuple qui n’entend pas, des industriels qui pour la plupart pensent que la France n’est plus un pays où il faut investir ? M. Burelle nous a dit tout à l’heure très nettement qu’il vaut mieux investir à l’étranger. Lui-même ne sauvegarde les 5 000 emplois qu’il a pu conserver en France que parce qu’il a aujourd’hui plus de 20 000 emplois à l’étranger. Mais le problème qui se pose est celui de l’économie française, ce n’est pas celui des entreprises françaises qui, telles nos entreprises du CAC40, se développent très bien… à l’étranger ! Elles ne se développent pas en France. C’est l’économie française qui en pâtit et c’est le peuple français, dont nous sommes responsables, qui souffre.

 

Tour de table

Jean-Pierre Chevènement 

L’Allemagne est évidemment un pays mercantiliste qui dégage un excédent commercial de plus de 200 milliards d’euros chaque année. Mais elle a une structure démographique vieillissante et veut préparer l’avenir de ses retraités. 

Mme Merkel a dit en 2005 : « Mettre l’Allemagne au sommet de l’Europe, voilà mon programme ». Cette politique qui, en fait, avait été initiée par Gerhardt Schröder porte ses fruits. Elle s’appuie naturellement sur des avantages comparatifs très anciens (l’Allemagne a creusé l’écart sur le plan industriel depuis longtemps) mais n’en pose pas moins un problème à toute l’Europe. En effet, l’orientation globale de la politique économique européenne est déterminée par le choix du cadre moyen supérieur allemand vieillissant qui veut faire cracher des dividendes aux entreprises alimentant les fonds de pension qui lui verseront sa retraite. C’est devenu le paradigme qui, en quelque sorte, sur-détermine ce que je n’ose pas appeler la croissance européenne mais le développement économique de l’Europe. L’animal sacré, c’est ce cadre presque sexagénaire qui entend vivre bien les trente années de vie qui lui restent devant lui. Je ne dis pas cela pour critiquer l’Allemagne – après tout c’est une logique – mais cela mériterait qu’on en débatte au niveau européen parce que d’autres logiques doivent s’appliquer à des pays comme la France où il y a au minimum 3,5 millions de chômeurs (c’est le nombre de ceux qui sont recensés à temps plein) et une jeunesse nombreuse qui a le sentiment que l’avenir est peut-être ailleurs, ce qui est un vrai problème pour une France qui veut « rebondir », car c’est bien de cela qu’il s’agit. 

La réflexion de Louis Gallois à propos de l’euro mérite d’être approfondie. Il a longtemps critiqué l’euro fort, à juste titre du point de vue de EADS. Mais on se rend compte aujourd’hui que l’appareil industriel français est tellement affaibli que l’offre intérieure ne répond plus. Cela mérite d’être vérifié parce qu’il ne faut pas se fier à des idées toutes faites et trop simples. Peut-être cela peut-il se corriger avec un temps de retard. 

Je faisais remarquer au Président de la République, la dernière fois que je l’ai rencontré, que notre compétitivité manufacturière continue à se dégrader puisque le solde manufacturier en 2014, solde négatif malheureusement, est supérieur de 2 milliards d’euros à ce qu’il était en 2013. De fait nous avons un déficit commercial de 54 milliards d’euros en 2014, un peu moins élevé que l’année précédente à cause de la baisse du prix du pétrole. Sur ces 54 milliards, 35 milliards seraient imputables au déficit commercial franco-allemand. Quand j’étais ministre de l’Industrie, au début des années 1980, nous avions 28 milliards de francs de déficit. Après conversion en euros, introduction de l’inflation, des intérêts composés…, on constate que notre déficit commercial vis-à-vis de l’Allemagne a été quadruplé ou quintuplé en l’espace d’une trentaine d’années. Cette dégradation, si elle est vérifiée, est préoccupante. (...)

 

Jean-Michel Naulot 

(…) Les solutions proposées dans ce débat, rétablir la confiance, réconcilier les Français avec l’entreprise… s’inscrivent malheureusement dans le très long terme. Mme Bechtel et Jean-Pierre Chevènement ont cité des chiffres sur la place de la production industrielle dans la valeur ajoutée. J’aimerais les compléter. 

Les Échos publiaient il y a quelques semaines un article sur l’évolution de la production industrielle au sein de la zone euro depuis 2000 : -12 % pour la France, -20 % pour l’Italie et… + 34 % pour l’Allemagne ! On peut certes incriminer la dérive de nos coûts de production mais surtout, me semble-t-il, il faut constater qu’il y a un biais inégalitaire dû à la monnaie unique, annoncé il y a vingt ans par les économistes. Nous sommes vraiment dans l’urgence. Ne faut-il pas commencer à évoquer publiquement ce que vous avez dit tout à l’heure sur le fonctionnement de la zone euro ? En effet, pour l’instant, ce sont toujours un peu les mêmes qui parlent. 

Louis Gallois 

Je parlais évidemment des PME quand j’évoquais les difficultés de financement de l’industrie. Les grandes entreprises n’ont aucun problème de financement, elles trouvent de l’argent en abondance directement sur les marchés, sans même recourir aux banques auprès desquelles elles ont des lignes de crédit qu’elles ne tirent pas, pour l’essentiel. 

Il est vrai que la zone euro a créé entre les différents pays une situation de fausse symétrie qui ne reflétait pas les différents niveaux de compétitivité. L’euro a été créé à un niveau qui, s’il était adapté à la situation française, équivalait à une formidable dévaluation pour l’Allemagne. Par la suite, sept ans d’euro fort ont laminé l’industrie française. Comme je l’avais dit dans mon rapport, l’euro fort renforce les forts et affaiblit les faibles. Et l’Allemagne a été le grand bénéficiaire de cette période. Maintenant l’euro est revenu à un niveau plus acceptable mais il ne réduit pas les effets d’asymétrie entre la France et l’Allemagne que Jean-Pierre Chevènement évoquait. Je me demande si notre appareil industriel est encore capable de répondre à une dévaluation vis-à-vis de l’Allemagne de telle manière que notre déficit commercial avec l’Allemagne s’en trouve réduit et non aggravé. Au début il risque de s’accroître mais il ne faudrait pas que ça dure. 


Jean-Pierre Chevènement 

Autrement dit, le malade est-il encore en mesure de supporter le traitement ? Je crains que nous ne soyons déjà au stade des soins palliatifs… 
Louis Gallois a évoqué deux problèmes : la valeur de l’euro par rapport au dollar et le problème interne à la zone euro. Selon un économiste canadien, Robert Mundell, dans une zone monétaire dite « non optimale », où cohabitent des régions riches, productives, et des régions sous-productives et pauvres, un mécanisme cumulatif s’exerce qui enrichit les zones riches et appauvrit les zones pauvres (…).


Louis Gallois 

C’est la crainte de la négociation sociale en France qui conduit les acteurs à considérer que c’est à l’État de régler ce problème. Chaque fois que les partenaires sociaux n’arrivent pas à s’entendre, on se retourne vers l’État. Je répète que nous avons raté une occasion historique d’établir un dialogue social plus serein tout en contribuant à éviter la désindustrialisation. 
En Allemagne, le dialogue social n’est pas facile : chez Airbus, quand j’affrontais une grève, j’avais 98 % de grévistes, car ils obéissent au doigt et à l’œil aux syndicats. On le constate dans les chemins de fer allemands, actuellement en grève. Ce sont des syndicats qui se défendent mais le niveau d’acceptation du dialogue est absolument extraordinaire. Sachez que l’actuel président du conseil de surveillance de Volkswagen est le représentant des salariés, l’ancien patron du syndicat IG Metall (Industriegewerkschaft Metall), M. Huber. C’est un peu comme si, en France, M. Martinez (secrétaire général de la CGT) était Président du Conseil d’Administration de Renault ! 

 

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8 août 2015 6 08 /08 /août /2015 23:50

 

Monter en gamme, opter pour la recherche et le travail qualifié, persévérer

Les actes du colloque du 1er juin 2015 sont en ligne sur le site de la Fondation Res Publica.

Pour en savoir plus sur cette Fondation, présidée par Jean-Pierre Chevènement, voir sa Présentation.

"Quel modèle de réindustrialisation pour la France ?

Accueil de Jean-Pierre Chevènement, Président de la Fondation Res Publica.

Energie, consensus et confiance, par Louis Gallois*, Président du Conseil de Surveillance de PSA.

Fiscalité et code du travail, deux maux français, Laurent Burelle, Président Directeur Général de Plastic Omium.

Débat entre Jean-Pierre Chevènement, Louis Gallois et Laurent Burelle.

Tour de table conduit par Jean-Pierre Chevènement, Président de la Fondation Res Publica. 

 

* Voici l'exposé de Louis Gallois : Energie, consensus et confiance


Tout est question de confiance et d’énergie. Si nous sommes capables de créer de la confiance et de l’énergie, beaucoup de choses sont possibles dans un pays comme la France « ce vieux pays qui va de déclins en renouveaux », disait le Général de Gaulle, qui a déjà montré sa capacité de redressement. Nous avons en France tout ce qu’il faut pour rebondir mais nous ne le ferons qu’en rétablissant la confiance et l’énergie. 


L’industrie française se caractérise par le fait qu’elle ne se différencie pas assez des productions des pays à bas coût. Positionnée sur la moyenne gamme, elle ne peut pas concourir véritablement avec les industries haut de gamme qui, très différenciées, peuvent au moins et partiellement s’exonérer de la compétition par les prix. Incapable de sortir de cette compétition par les prix, l’industrie française l’affronte en taillant dans ses marges pour s’aligner sur les prix mondiaux. On constate cet alignement depuis une dizaine d’années dans l’industrie française dont les marges, en régression constante, n’ont commencé à remonter légèrement que depuis le second semestre 2014, essentiellement sous l’effet du CICE (Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi). Bien sûr, il y a des exceptions : les entreprises qui travaillent à l’étranger et font des marges à l’étranger, c’est-à-dire une grande partie du CAC40 et certaines entreprises qui, comme Plastic Omnium, sont en plein développement à l’étranger. 


Il est des domaines où nous sommes capables, sur le territoire français, d’une production haut de gamme : le luxe, l’aéronautique ou les vins français où nous avons réussi une reconversion assez exceptionnelle vers le haut de gamme (en sacrifiant d’ailleurs le bas de gamme). Certaines entreprises ont su remarquablement incarner le haut de gamme ; c’est le cas de Michelin qui est capable de vendre ses pneus plus cher que la concurrence parce qu’on tient à avoir des pneus Michelin, même chers, car ce sont les meilleurs. 


Pour reconquérir la compétitivité, je dirai de manière caricaturale qu’il y a, dans le cadre de l’euro, deux voies possibles. La voie espagnole consiste à faire une dévaluation interne : on baisse les coûts de manière drastique, on réduit les salaires (environ – 20 %), on accroît considérablement la flexibilité du travail et on réduit très fortement la dépense publique pour limiter le poids des impôts. 
Cette stratégie réussit assez vite. L’Espagne a retrouvé l’équilibre de sa balance commerciale, les investissements étrangers affluent et s’amorce l’idée que l’Espagne pourrait devenir une sorte d’atelier de l’Europe, à l’Ouest de l’Europe, comme le furent il y a quelques années les pays de l’Est qui étaient notamment l’atelier de l’Allemagne. Mais cette médaille a un revers, un coût social gigantesque : 50 % des jeunes au chômage, 22 % de la population active au chômage, un taux de pauvreté qui est aussi de 22 % (contre 14 % en France). D’autre part, la réduction des dépenses publiques s’étant traduite par l’effondrement de l’effort de recherche, les chercheurs espagnols émigrent massivement et les Allemands viennent recruter à la sortie des universités espagnoles. 

Rapidité des résultats mais coût social énorme et fuite des cerveaux.  Cette voie ne convient pas à la France qui a capacité à jouer une autre stratégie, celle de la montée en gamme. Le haut de gamme c’est l’innovation, la qualité, le service et la réputation qu’on est capable de créer à partir de là. Cela suppose un double substrat : la recherche et une main d’œuvre qualifiée qui permette de soutenir cette montée en gamme. Nous avons la recherche mais la recherche qualifiée pose plus de problèmes. 

Cette stratégie a l’avantage de nous mettre dans une situation beaucoup plus stable où nous sommes moins sensibles à la compétition par les prix. On le voit en Allemagne et au nord de l’Europe. Elle a deux inconvénients, deux contraintes : elle est beaucoup plus lente à produire ses effets et suppose donc une persévérance beaucoup plus grande que nous n’avons jamais eue dans l’action. Il faudra dix ans pour reconquérir la compétitivité de l’industrie française. J’hésitais à le dire jusqu’ici mais je pense qu’il faut quand même que les gens se rendent compte que c’est un travail énorme qui suppose dix ans d’action persévérante. En Allemagne, quoi qu’on pense de la stratégie mise en place dans le cadre de l’Agenda 2010, c’est une même politique, menée pendant dix ans par deux chanceliers et trois majorités politiques différentes, qui a produit ses effets. En sommes-nous capables en France ? C’est une question qui concerne les politiques beaucoup plus que moi. 

La seconde contrainte est la nécessité d’investir. Pour investir, il faut d’abord reconstituer les marges des entreprises, ce qui suppose de réduire un certain nombre d’éléments de coût. C’est pourquoi j’avais proposé « un choc de compétitivité » à travers une réduction des charges sociales supportées par les entreprises, précisant que cette réduction devrait porter sur les salaires qui sont ceux de l’industrie, c'est-à-dire jusqu’à 3,5 fois le Smic et non sur les très bas salaires qui concernent essentiellement des services qui, d’ailleurs, ne sont pas exposés à la concurrence internationale. La « Fabrique de l’industrie [2] », le think tank que j’anime avec Denis Ranque, va rouvrir ce débat face à la plupart des économistes français qui proposent de faire des réductions de charges sociales sur les bas salaires. Nous préconisons, quant à nous, de focaliser ces aides en élevant le niveau des salaires visés sur l’industrie et les services à haute valeur ajoutée qui gravitent autour de l’industrie (bureaux d’études, ingénierie etc.). Il faut aussi tirer la main d’œuvre française vers les emplois qualifiés si nous voulons faire les gains de productivité dont nous avons besoin pour créer de la croissance. 

Créer la confiance est la seconde condition nécessaire pour créer de l’investissement. Cela me paraît être aujourd’hui le principal problème de la France où tous les indicateurs sont au vert pour créer de l’activité. Cette confiance ne peut être fondée que sur les perspectives de développement, mais aussi sur le fait que le gouvernement donne de la visibilité aux industriels, ce qui veut dire un cadre réglementaire et législatif qui ne change pas sans arrêt, des systèmes de soutien de l’industrie qui ne soient pas constamment remis en cause.  

Un exemple : Le crédit d’impôt recherche (CIR) suscite le débat. Aucun mécanisme n’est parfait mais à force de les remettre en cause on tue leurs potentiels effets positifs. Le Parti socialiste veut remettre en cause le crédit impôt compétitivité emploi (CICE), précisément au moment où il commence à créer ses effets ! Mais cela voudrait dire que nous avons gaspillé de l’argent ! Il faut de la visibilité et de la stabilité et il faut certainement faire un effort de simplification pour que les entreprises n’aient pas l’impression d’être face à une marée réglementaire qui déferle. Le patron de Paprec, grande entreprise de recyclage, me confiait qu’en 8 mois de l’année 2012, la réglementation concernant les déchets avait connu 45 modifications (dont 50 % venaient de Bruxelles) impactant son entreprise ! 

Il est également nécessaire de créer un minimum de consensus dans ce pays. Ce consensus doit reposer sur deux pieds. Le premier, c’est de reconnaître que l’entreprise est le lieu de la création de richesses. Et nous avons encore une difficulté sur ce point pour une frange de l’opinion. Le deuxième, c’est de reconnaître que l’entreprise a des parties prenantes parmi lesquelles il y a les salariés qui ont le droit de s’exprimer. Nous devons être capables de porter à un niveau supérieur le dialogue social dont nous avons besoin pour créer de la confiance, j’en suis convaincu. 

Le problème des obstacles à la confiance est décisif. Aujourd’hui encore, un industriel me disait que nous pourrions doubler le taux de croissance de l’économie. Tous les éléments sont là : euro faible, prix du baril de pétrole bas, taux d’intérêt très faibles… Il manque l’étincelle de la confiance. 

J’évoquerai rapidement les instruments de la politique industrielle. L’investissement est clé. Plus que sur des mesures sur l’emploi, il faut se focaliser sur des mesures sur l’investissement. À cet égard, la mesure concernant l’amortissement annoncée récemment est à mon avis une bonne chose : pour les investissements autres qu’immobiliers les entreprises vont pouvoir sur-amortir 140 % de leur investissement. Ces investissements doivent porter à la fois sur la qualité, l’innovation et la productivité. 

Un second point me paraît décisif : il est essentiel que le numérique devienne une priorité nationale. Nous serons évincés des activités industrielles ou liées à l’industrie si nous ne sommes pas capables de maîtriser ce que le numérique représente dans les processus de production et dans la relation avec le client. Les Allemands ont initié dans ce domaine un plan extrêmement ambitieux : "Industrie 4.0". En France, un nouveau plan, « Industrie du futur », est animé par M. Sanchez, patron du Groupe Fives et M. Charlès, patron de la société Dassault systèmes [6]. Je leur souhaite de réussir parce qu’ils tiennent une partie du sort de l’industrie française entre leurs mains. 

Je voudrais insister également sur la formation professionnelle. Je ne suis pas du tout sûr que l’accord sur la formation professionnelle ait réglé ce problème en France. Nous dépensons 30 milliards d’euros pour une formation professionnelle très en-deçà d’un système efficace. C’est un chantier à rouvrir. Je crois également absolument essentiel de réconcilier l’éducation nationale avec l’apprentissage. En effet, l’un des obstacles majeurs au développement de l’apprentissage est aujourd’hui la concurrence absurde entre les lycées professionnels et l’apprentissage. 

Le dernier point est le financement. Il faut que nous organisions la transition du financement bancaire vers le financement de marché parce que les réglementations prudentielles bancaires sont telles que les banques ne vont plus être en mesure d’assurer les 75 % du financement des entreprises qu’elles assuraient dans le passé. En Europe, 75 % du financement provient des banques, 25 % vient directement du marché financier. Aux États-Unis, la proportion est exactement inverse. Les réglementations bancaires prudentielles, probablement excessives et extraordinairement contraignantes, sont adaptées aux États-Unis mais pas à l’Europe. C’est d’ailleurs pourquoi on les met en œuvre en Europe et pas aux États-Unis : nous devons remplacer le tarissement relatif du financement bancaire, par le financement de marché. Cela pose un problème énorme aux PME qui n’ont pas accès directement au marché. Ce doit être aux banques d’organiser l’accès direct au marché des PME. C’est un enjeu tout à fait décisif. 

Consensus et confiance : c’est ce qui déclenchera l’investissement. C’est ce sur quoi les politiques doivent intervenir. 

 

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20 juillet 2015 1 20 /07 /juillet /2015 23:50

 

L'alternative républicaine au néolibéralisme implique un ancrage à gauche

 

C'est pendant le congrès du Mouvement Républicain et Citoyen, le 13 juin 2015 à Paris, que les militants ont pris connaissance de la décision de Jean-Pierre Chevènement de s'éloigner du parti qu'il avait fondé en janvier 2003 et qu'il avait présidé de 2008 à 2010, avant d'accepter d'en être le président d'honneur.Cette rupture a été motivée par le désaccord stratégique qui l'a opposé à son successeur, Jean-Luc Laurent, à la direction du MRC.

 

Pourtant, il est évident que les deux stratégies sont complémentaires : celle du MRC en tant que parti politique appartenant à la gauche républicaine et celle de Jean-Pierre Chevènement en tant qu'homme politique voulant créer des rapprochements d'idées afin de proposer une alternative républicaine aux politiques néolibérales.

 

L'alternative républicaine implique un ancrage à gauche et une ouverture à toutes celles et ceux pour qui la République est la communauté des citoyens.

Attachons-nous à maintenir les ponts entre les deux stratégies jusqu'à ce qu'elles se rejoignent. Le plus tôt sera le mieux car les deux sont indissociables.

- Le MRC ne peut exister que dans le prolongement des idées portées par Jean-Pierre Chevènement et ses amis depuis la fondation du CERES (Centre d'études, de recherches et d'éducation socialiste, créé en 1964).

- La République moderne n'a de sens et d'avenir que si elle s'appuie sur une double souveraineté, celle du peuple face au capital et celle de la nation citoyenne face à la tentation oligarchique au niveau des institutions européennes.

 

Voir La France en grand

Déclaration de République Moderne, juillet 2015.

Notre pays vit une crise historique de longue durée. Cette crise s’est fortement aggravée avec la dérégulation néolibérale, le choix d’une monnaie unique viciée dans son principe même et l’inféodation qui résulte des traités européens de Luxembourg (1987), Maastricht (1992) et Lisbonne (2008). Avec un PNB stagnant depuis 2007, plus de cinq millions de chômeurs toutes catégories confondues, un parti d’extrême-droite à 25 % des voix, notre pays pressent que le gros des secousses est encore à venir. 

Pourquoi République Moderne, maintenant ? 
On aurait pu espérer que ceux qui mènent la même politique depuis quatre décennies s’avisent d’en changer mais force est de constater qu’ils n’en prennent pas le chemin. L’extrême droite se nourrit de la désespérance du peuple mais ne propose aucune alternative crédible, bien au contraire. Son accession au pouvoir, ruineuse pour l’image de la France dans le monde, nourrirait le « clash des civilisations » que souhaitent les fanatiques et serait un mauvais coup porté à notre pays.

La France mérite autre chose qu’un destin en peau de chagrin. Nous n’acceptons pas de rester enfermés dans l’impasse actuelle. La France, communauté de citoyens, a besoin d’être soudée sur un projet réellement alternatif. C’est ce projet d’alternative républicaine que République Moderne, à travers des rencontres périodiques, se propose de faire surgir. Il s’agit de redresser d’un même mouvement la France et l’Europe. Une Europe que nous voulons réellement européenne, c’est-à-dire indépendante. Une Europe démocratique et donc avec les nations. Une Europe recentrée sur l’essentiel : une monnaie favorisant la croissance et l’emploi, une politique extérieure au service de la paix dans le monde. Nous voulons reprendre le contrôle de la Finance, nous battre contre l’aggravation des inégalités et pour plus de justice sociale, relever le citoyen à travers l’Ecole et reconstruire l’Etat républicain. C’est ainsi que la France, enlisée dans le déclin, ira vers le renouveau. 

République Moderne avec qui et pour qui ? 
RM s’adresse à tous ceux qui ont une vision exigeante de la République et qui ne se résignent pas à voir une gauche et une droite interchangeables se succéder au pouvoir pour y conduire, pour l’essentiel, la même politique néolibérale et inféodée, faisant ainsi le lit du Front National. 
RM s’adresse, au-delà des partis et des clivages politiques obsolètes, à tous ceux, socialistes, communistes, radicaux, gaullistes, démocrates, républicains, femmes et hommes de progrès qui croient que la France, loin d’être finie, a encore un rôle majeur à jouer pour équilibrer l’Europe et donner aux idées républicaines leur portée universelle face aux désordres engendrés par la « globalisation ». 
RM s’adresse à toutes les forces vives, tous ceux pour lesquels le mot «patriotisme » a gardé un sens. 
Ce projet doit être porté par le « peuple des citoyens », c’est-à-dire la communauté civique qu’est la France républicaine. C’est cette communauté que nous voulons relever à travers un projet d’alternative républicaine à la politique néolibérale. Ce projet s’imposera, à travers l’immense crise qui est encore devant nous, avec le concours de tous ceux qui ne désespèrent pas d’un avenir commun. 


République Moderne, au niveau national … 
Espace politique original où peuvent se rencontrer des citoyens de tous horizons (chefs d'entreprises, syndicalistes, élus, chercheurs, enseignants, toutes catégories de salariés, hommes et femmes qui souvent s'ignorent), le Club République Moderne est un lieu de réflexion, de discussion, de débat et de proposition. 
RM n’exclut pas l’action politique. Elle se réserve, le moment venu, d’apporter son soutien à des candidats aux élections locales ou nationales qui partageraient ses valeurs et ses propositions. 

et régional 
RM encourage le développement dans les régions et départements de Comités d’Initiative Citoyenne pour une République moderne. Ces comités sont ouverts à tous ceux qui souhaitent débattre, proposer, agir dans un esprit d’exigence républicaine. Les premiers comités locaux verront le jour en Nord Pas de Calais, Bourgogne, Picardie … 

 

Voir aussi - renouvellement des instances du club "République moderne"

- "Nous sommes passés dans l'allégeance au suzerain américain"

Entretien de Jean-Pierre Chevènement accordé à Marianne, vendredi 10 juillet 2015. Propos recueillis par Anne Rosencher et Alexis Lacroix.

Lu dans la presse (Le Figaro, 15 juin 2015) : Chevènement veut un «mouvement d'idées» allant de Mélenchon à Dupont-Aignan. Extrait.

De Mélenchon à Dupont-Aignan

L'ancien candidat à l'élection présidentielle de 2002, âgé de 76 ans, veut relancer le cercle République moderne, qu'il a créé en 1983 après sont départ du gouvernement Mauroy. Ancien socialiste, Jean-Pierre Chevènement souhaite désormais se rapprocher de Nicolas Dupont-Aignan, qu'il apprécie pour ses engagements souverainistes. «Il faut créer un mouvement d'idées alternatif qui transcende les sensibilités historiques car on ne sortira pas la France de l'ornière sans cela», assure-t-il ce lundi dans les colonnes du Parisien.

Pour l'ancien ministre de l'Éducation nationale du gouvernement Fabius, le «logiciel» des partis de gouvernement est «périmé». «Je suis partisan d'un dialogue sans exclusivité et sans sectarisme avec tous ceux qui souhaitent une alternative républicaine, de Mélenchon à Dupont-Aignan», annonce-t-il. Le président de Debout la France, lui, se dit «content» qu'«un homme d'État» rompe avec «le socialisme de soumission à Bruxelles». «C'est un point positif pour le combat des patriotes», a-t-il souligné au Scan, tout en se défendant de chercher à le «débaucher». «Je serais content de l'accueillir», euphémise-t-il.

«Il n'en est pas question», a quant à lui opposé Jean-Luc Mélenchon, du Parti de gauche. «Il y a une différence substantielle entre moi, qui suis partisan de la République jusqu'au bout et en tous lieux (...) et la vision de M. Dupont-Aignan qui a une vision beaucoup plus nationaliste», a-t-il expliqué. L'eurodéputé a ensuite nuancé: «M. Chevènement aurait sa place au Front de gauche, pas M. Dupont-Aignan, et le dire, c'est nullement être sectaire. C'est juste partir des faits. Donc, je ne suis pas d'accord pour ces sortes de mélanges qui rendent la situation plus confuse au moment où elle a besoin d'être clarifiée».

Cet article est le 203ème paru sur ce blog dans la catégorie CHEVENEMENT

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18 juillet 2015 6 18 /07 /juillet /2015 22:34

 

Les interventions le 13 avril 2015 montrent les réalités de l'euro et de la Grèce

 

Les actes du colloque du 13 avril 2015 de la Fondation Res Publica ont été publiés.

Pour information, voir la Présentation de la Fondation Res Publica, par Jean-Pierre Chevènement

Rappel des articles publiés concernant ce colloque :

- 31 mars 2015 : La Grèce est un test de la validité de l'euro et des solutions possibles

- 24 avril 2015 : Colloque Res Publica du 13 avril 2015 : le test de la Grèce pour l'euro

- 25 avril 2015 : Colloque Res Publica 13 avril 2015 : la Grèce piégée (Olivier Delorme)

- 30 avril 2015 : Colloque Res Publica 13 avril 2015 : la Grèce par Thanos Contargyris

Toutes les interventions lors de ce colloque sont rapportées dans les actes, ici :

 

L'euro est-il soutenable ? Le nouveau test de la Grèce

 

Accueil par Jean-Pierre Chevènement, président de la Fondation Res Publica.

 

Le noeud coulant : intervention de M. Jean-Michel Quatrepoint, membre du Conseil scientifique de la Fondation Res Publica, journaliste économique

 

- L’économie grecque, l’intégration européenne et l’euro : intervention de M. Olivier Delorme, écrivain et historien, ancien Maître de Conférences à Sciences Po.

 

Comment la Grèce est passée de la capitulation à l’intransigeance : intervention de M. Thanos Contargyris, économiste, dirigeant de Dialogos Ltd, membre d’Attac Grèce.

 

L’alternative de la monnaie parallèle : intervention de M. Dominique Garabiol, membre du Conseil scientifique de la Fondation Res Publica, professeur associé à Paris 8.

 

Conclusion de Jean-Pierre Chevènement

 

- Débat animé par Jean-Pierre Chevènement.

 

Cet article est le 202ème paru sur ce blog dans la catégorie CHEVENEMENT

Les intervenants autour du président Jean-Pierre Chevènement (de gauche à droite) : Jean-Michel Quatrepoint, Olivier Delorme, Thanos Contargyris, Dominique Garabiol

Les intervenants autour du président Jean-Pierre Chevènement (de gauche à droite) : Jean-Michel Quatrepoint, Olivier Delorme, Thanos Contargyris, Dominique Garabiol

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31 mai 2015 7 31 /05 /mai /2015 23:29

 

L'enjeu est la capacité de l'Europe à s'affirmer comme un acteur indépendant

 

« La russophobie médiatique s'apparente relève d'un formatage de l'opinion comparable à celui qui avait accompagné la guerre du Golfe en 1990-1991. Cette mise en condition de l'opinion repose sur l'ignorance et l'inculture s'agissant des réalités russes contemporaines, quand ce n'est pas sur une construction idéologique manichéenne et manipulatrice ».

Cette citation renvoie à l'excellent texte de Jean-Pierre Chevènement, publié dans le numéro de juin 2015 du Monde Diplomatique. Voir Crise ukrainienne, une épreuve de vérité

Les dirigeants occidentaux ont boycotté les cérémonies du 70e anniversaire de la Libération à Moscou, sous le prétexte de la crise ukrainienne. Afin de résoudre ce conflit, M. Jean-Pierre Chevènement avait rencontré M. Vladimir Poutine le 5 mai 2014, à la demande du président français. Il décrit ici le chemin qui a conduit à la défiance, et dessine les moyens d’en sortir.

APERÇU

Décidée fin 1991 par Boris Eltsine, président de la Russie, et par ses homologues ukrainien et biélorusse, la dissolution de l’Union soviétique s’est déroulée pacifiquement parce que son président, M. Mikhaïl Gorbatchev, n’a pas voulu s’y opposer. Mais elle était grosse de conflits potentiels : dans cet espace multinational, vingt-cinq millions de Russes étaient laissés en dehors des frontières de la Russie (qui comptait 147 millions d’habitants au dernier recensement de 1989, contre 286 millions pour l’ex-URSS), celle-ci rassemblant au surplus des entités très diverses. Par ailleurs, le tracé capricieux des frontières allait multiplier les tensions entre Etats successeurs et minorités (Haut-Karabakh, Transnistrie, Ossétie du Sud, Abkhazie, Adjarie, etc.). Beaucoup de ces Etats multiethniques n’avaient jamais existé auparavant. C’était notamment le cas de l’Ukraine, qui n’avait été indépendante que trois ans dans son histoire, de 1917 à 1920, à la faveur de l’effondrement des armées tsaristes.

 

L’Ukraine telle qu’elle est née en décembre 1991 est un Etat composite. Les régions occidentales ont fait partie de la Pologne entre les deux guerres mondiales. Les régions orientales sont peuplées de russophones orthodoxes. Les côtes de la mer Noire étaient jadis ottomanes. La Crimée n’a jamais été ukrainienne avant une décision de rattachement imposée sans consultation par Nikita Khrouchtchev en 1954. La tradition de l’Etat est récente : moins d’un quart de siècle. Les privatisations des années 1990 ont fait surgir une classe d’oligarques qui dominent l’Etat plus que l’Etat ne les domine. La situation économique est très dégradée ; l’endettement, considérable.

L’avenir de l’Ukraine - adhésion à l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN) ou neutralité - est ainsi inséparable de la reconfiguration des rapports de forces à l’échelle européenne et mondiale.

En 1997, M. Zbigniew Brzezinski écrivait déjà que le seul moyen d’empêcher la Russie de redevenir une grande puissance était de soustraire l’Ukraine à son influence. (…)

 

Il est temps qu'une « Europe européenne » se manifeste. Elle pourrait d'abord essayer de convaincre les Etats-Unis que leur véritable intérêt n'est pas de bouter la Russie hors de « l'Occident », mais de redéfinir avec elle des règles du jeu mutuellement acceptables et propres à restaurer une confiance raisonnable

 

- Voir aussi la vidéo YOUTUBE.COM, publiée le 27 mai 2015, reprenant l'entretien avec Jean-Pierre Chevènementréalisé à l'occasion des deuxième Rencontres du Monde diplomatique des 22 et 23 mai à l'Ecole Normale Supérieure (ENS), Paris :

Jean-Pierre Chevènement - Quels sont les responsables de la crise ukrainienne ?

 

- Rappel (blog Réseau CiViQ, 25 septembre 2014) : Chevènement et les sanctions contre la Russie

 

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30 avril 2015 4 30 /04 /avril /2015 21:06

 

La question grecque peut être résolue par une autre politique européenne

 

La Fondation Res Publica * proposait lundi 13 avril un colloque sur le thème L'euro est-il soutenable ? Le nouveau test de la Grèce. Avec la participation de :

Jean-Michel Quatrepoint, membre du Conseil scientifique de la Fondation, journaliste économique, auteur de "Le Choc des Empires" (le débat Gallimard ; mars 2014) 

- Olivier Delorme, écrivain et historien, ancien maître de conférences à Sciences Po, auteur de « La Grèce et les Balkans, du Vème siècle à nos jours » (Folio Gallimard, 2013, 3 tomes)

Thanos Contargyris, dirigeant de Dialogos Ltd, Attac Grèce 
Dominique Garabiol, professeur associé à Paris 8, membre du Conseil scientifique de la Fondation 
- et Jean-Pierre Chevènement, président de la Fondation Res Publica.

Rappel (31 mars 2015) : La Grèce est un test de la validité de l'euro et des solutions possibles

* Voir Présentation de la Fondation Res Publica

Les interventions de Jean-Michel Quatrepoint, de Dominique Garabiol et de Jean-Pierre Chevènement, ont été rapportées précédemment. Voir (24 avril 2015) : Colloque Res Publica du 13 avril 2015 : le test de la Grèce pour l'euro.

Et aussi celle d'Olivier Delorme. Voir (25 avril) : Colloque Res Publica 13 avril 2015 : la Grèce piégée (Olivier Delorme)

Pour prendre connaissance de l'ensemble des interventions lors de ce colloque, consulter les Actes qui seront publiés par la Fondation dans quelques semaines.

 

Voici, maintenant, un résumé de ce qu'a dit Thanos Contargyris*.

 

Le problème de la Grèce, c'est la dette publique (passée de 129 % du PIB à 176%, suite au traitement qui lui a été appliqué pendant 5 ans), mais c’était en 2009 aussi le déficit de sa balance des paiements (-15%) et le déficit de ses comptes publics (-15%). Elle était et reste dans l'impossibilité de rembourser. Certes ses déficits ont été résorbés: celui de sa balance des paiements est de -2,4% et son déficit public est de -3,5% en 2014. En cas de sortie de l'euro, la dette disparaît et le déficit public aussi (les intérêts de la dette sont supérieurs à 3,5%) ; seul le déficit de la balance des paiements (-2,4%) reste.

En 2008, le gouvernement socialiste n'a pas vu venir la crise. George Papandréou a été débarqué en 2011, 24 heures après avoir proposé un référendum. Il a été remplacé par des gens « plus sérieux »au pouvoir.

La pression sur les électeurs grecs a été inimaginable (la presse, les allemands, les financiers). Dans un premier temps, ils ont cédé. Leur soumission a duré un an et demi.

Syriza a progressé très rapidement au niveau électoral (4 %, puis 15, puis 25, puis 35 %). Il est composé de gens de gauche, d'écologistes, d'anciens socialistes. Il a eu besoin d'un parti de centre droit pour atteindre la majorité parlementaire.

Le gouvernement grec est soutenu par 60 % de la population. Selon un sondage, 42 % font confiance au gouvernement et 17 % à l'opposition (Nouvelle Démocratie).

Le gouvernement grec est seul, ou presque, en Europe. L'Italie et, c'est plus inattendu, la Grande-Bretagne, lui accordent un soutien modéré. La France l'a lâché. La domination allemande se fait à visage découvert.

Mais il faut distinguer Mme Merkel, qui intègre d'autres éléments que son ministre des finances, lequel dirige la politique européenne.

Depuis 5 ans, la Grèce a radicalement changé. Elle dégage des excédents primaires. L’État grec peut faire face aux dépenses directes (charges de l’État et retraites). Même si les dysfonctionnements continuent. Par contre, ce n'est pas possible de rembourser la dette. Il lui faut emprunter pour rembourser Mais la Grèce n'est pas la seule dans ce cas…

Le problème de la dette est un cercle vicieux, dont la Grèce essaie de sortir. Il est possible de résoudre la question grecque. Le problème est politique. Il y a des alternatives. La solution devrait être européenne. Une d’elle serait de transformer la monnaie unique en monnaie commune.

La Grèce peut tenir encore quelques semaines (mi-mai). Ensuite, il y a deux possibilités :

- faire défaut,

- ou payer avec une nouvelle monnaie interne (une partie des salaires des fonctionnaires et des pensions pourront être payés avec cette nouvelle unité monétaire, ce que n'interdisent pas les traités). Le problème est de bien doser le rapport entre monnaie molle et monnaie dure par un mécanisme technique bien au point.

 

* Voir - le blog de Coralie Delaume (20 avril 2015) : « Un défaut partiel de la Grèce est possible »

- L'Humanité (26 janvier 2015) : Thanos Contargyris

- ATTAC France (21 février 2014) : Thanos Contargyris.

 

Cet article est le 200ème paru sur ce blog dans la catégorie CHEVENEMENT

Thanos Contargyris, le 13 avril 2015, lors du colloque Res Publica à Paris

Thanos Contargyris, le 13 avril 2015, lors du colloque Res Publica à Paris

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Published by Michel SORIN - dans CHEVENEMENT
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