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  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine autour des idées de Jean-Pierre Chevènement. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens après les élections de 2002.
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5 septembre 2007 3 05 /09 /septembre /2007 21:03

 

Un sous-produit de la libéralisation de l’énergie

 Ce projet de fusion GDF-Suez laisse apparemment à l’Etat suffisamment de marge de manœuvre pour mettre en œuvre une politique énergétique (si les pouvoirs publics en ont la volonté). C’est plutôt une bonne nouvelle, car cela peut apparaître comme un moindre mal dans le cadre de la libéralisation de l’énergie décidée par les dirigeants de l’Union européenne (Chirac-Jospin représentant la France) en mars 2002. 

 Voici, d’abord, le communiqué de Jean-Pierre Chevènement, paru sur son blog www.chevenement.fr le 3 septembre.

 « A propos de la fusion GDF-Suez »

« La création, avec GDF-Suez, d'un deuxième grand énergéticien français à l'exemple de ce qui existe en Allemagne avec E.O.N. et R.W.E., est dans la logique de la libéralisation du marché de l'énergie décidée au niveau européen à la fin des années quatre-vingt-dix et concrétisée au sommet de Barcelone en 2002.

La fusion EDF-GDF eût obligé à sacrifier des pans entiers de notre industrie pour faire droit aux exigences de la Commission européenne en matière de concurrence.

De nombreux points doivent être encore garantis : une participation de l'Etat telle qu'il soit clair que les orientations stratégiques du nouvel ensemble ne lui échapperont pas, y compris en matière de tarification et le maintien du statut des employés de GDF.

Mais l'existence de deux grands énergéticiens français de taille mondiale -EDF et GDF Suez – constitue un élément essentiel de sécurisation de nos approvisionnements en énergie dans les décennies à venir. C'est un choix stratégique qui ne doit pas être laissé à l'appréciation des marchés financiers ».

Parmi les nombreux articles de presse lus à ce sujet, j’ai retenu ceux parus hier sur www.liberation.fr sous les signatures de Nicolas Cori et de Grégoire Biseau.

 Le premier remarque avec humour « En privatisant GDF, l’Etat se creuse un canal dans Suez » avant d’affirmer :

 « Avec 35 % du nouveau groupe, les pouvoirs publics nationalisent en partie Suez ».

 « (…) Car, et c’est là toute l’originalité de cette opération détaillée hier, il s’agit à la fois d’une privatisation de GDF, puisque la part de l’Etat dans le capital passera de 80 % aujourd’hui à 35 % dans le nouvel ensemble ; mais aussi d’une nationalisation partielle de Suez… privatisé en 1986. Comme l’a d’ailleurs précisé Mestrallet, le conseil d’administration de GDF-Suez ­sera composé d’un tiers de représentants de l’Etat.

 Quant à la mise en Bourse partielle de Suez Environnement, elle laissera peu d’autonomie à cette filiale. GDF-Suez en détiendra directement 35 %, et signera un pacte avec les principaux actionnaires actuels de Suez (Albert Frère, mais aussi des entreprises ­publiques comme la Caisse des dépôts, Areva, CNP), ce qui permettra de contrôler au total 47 % du capital.

Au final, l’Etat - et son Président hyperactif - sera ainsi en mesure de peser sur les ­activités actuelles de Suez : la production et la distribution d’électricité en Belgique, mais aussi la fourniture d’eau et le traitement des déchets de milliers de municipalités dans le monde.

 Promesse. Enfin, pas tout de suite. De nouvelles étapes doivent être franchies avant de mettre un point final au feuilleton de ce rapprochement : consultation des salariés, avis de l’Autorité des marchés financiers (AMF) et vote des assemblées générales d’actionnaires. Mais les dirigeants sont confiants et parient pour le premier semestre 2008.

 Les syndicats sont contre l’opération, mais leur avis est purement consultatif. L’Autorité des marchés financiers n’est jamais très embêtante. Quant aux actionnaires, ils se voient offrir 0,9545 action GDF-Suez et 0,65 action Suez Environnement, avec la promesse, faite hier, de mener une «politique dynamique de distribution de dividende». En français : beaucoup d’argent. Un argument qui convainc toujours ». 

 Pour sa part, Grégoire Biseau évoque les éventuelles conséquences négatives pour les consommateurs. Il voit dans cet accord « un pas vers la libéralisation des prix » et le risque d’augmentations futures.

 « Déjà fragilisés, les tarifs réglementés risquent d’être, tôt ou tard, revus à la hausse ».

 « Faut-il s’inquiéter de la privatisation de GDF ou au contraire se réjouir de la prise de contrôle par l’Etat de Suez ? La gauche, et notamment la CGT, n’en démord pas : cette privatisation va demain fragiliser les missions de service public de l’ex-monopole gazier. Comme si «service public» et «entreprise publique» étaient nécessairement deux notions consubstantielles.

 Un récent exemple, promu par la gauche, suffit à prouver que c’est parfois un peu plus compliqué. Le fait de confier la gestion des vélos en libre-service de la capitale à une entreprise privée (Decaux en l’occurrence) n’a pas empêché Bertrand Delanoë de revendiquer la naissance d’un «nouveau service public», comme le titrait son journal municipal. Même chose pour les métiers de l’eau et de la propreté, très souvent assurés par des groupes privés (dont Suez) mais dans le cadre de délégations de service public.

 Hier, Jean-François Cirelli, patron de GDF, avait donc beau rôle de répéter que cette fusion ne changerait rien pour les consommateurs, puisque les tarifs réglementés restent sous la coupe de l’Etat. A en croire les avocats de cette privatisation, une entreprise privée peut donc commercialiser un produit (du gaz et de l’électricité) dont le prix est fixé par la puissance publique. Et faire du profit. Peut-être, mais une fois cette privatisation effective, il ne fait guère de doute que le nouveau groupe GDF-Suez deviendra le premier lobbyiste (notamment auprès de Bruxelles) pour faire en sorte que ces tarifs publics puissent être enterrés. Avec un argument imparable : «Je suis un acteur privé car 65 % du capital du groupe est détenu par des actionnaires privés qui n’aspirent qu’à la hausse du profit et donc du cours de Bourse.»

 Or, le gouvernement sait très bien que ces tarifs réglementés sont déjà doublement fragilisés : par une récente décision du Conseil constitutionnel et par Bruxelles, qui y voit un obstacle à la libre concurrence. Au final, les syndicats n’ont donc pas tort de redouter à terme les effets possibles de cette privatisation sur une libéralisation totale des prix et donc sur leur possible hausse ».

Lire sur ce blog dans la catégorie "Environnement climatique et énergies" les nombreux articles concernant les questions énergétiques.

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12 août 2007 7 12 /08 /août /2007 22:16

 

L’avis d’un expert qui préconise la sortie du nucléaire

 Le 6 août, sur ce blog, j’insistais sur l’importance de mettre sur la table les éléments du débat concernant les choix énergétiques. Apparemment, le quotidien Libération a le même souci d’organiser le débat citoyen dans la clarté des arguments des uns et des autres. Après avoir évoqué, le 6 août, le renversement de tendance en faveur de l’énergie nucléaire, la journaliste Alexandra Schwartzbrod est revenue hier sur le sujet en interrogeant un représentant des opposants au nucléaire, consultant en politiques de l’énergie, qu’elle présente comme « un des rares experts indépendants du nucléaire en France ». En fait, Bernard Laponche n’est indépendant que du nucléaire, pas des anti-nucléaires, et se situe clairement dans la mouvance de « Sortir du nucléaire ».

 Il est bien difficile de se faire une opinion objective dans cette guerre de tranchées. Et, pourtant, des choix politiques doivent être faits, arbitrés par les citoyens.

 Voici l’entretien réalisé par Alexandra Schwartzbrod avec Bernard Laponche (www.liberation.fr le 11 août 2007).

 « Les centrales nucléaires sont des sites à haut risque »

 Bernard Laponche, expert en énergie, analyse l’utilisation mondiale de l’atome.

 Le nucléaire est-il vraiment une énergie «verte» ? 

 C’est une excellente publicité faite au nucléaire, mais elle ne résiste pas à l’examen. Il est vrai que, par kWh (kilowattheure) produit, le nucléaire émet très peu de gaz à effet de serre. Pas zéro, car les usines et le transport du combustible, ainsi que la construction et le démantèlement des centrales produisent du CO2. Cela représenterait 6 à 30 grammes de CO2 équivalent par kWh, ce qui est faible, mais supérieur aux émissions de l’éolien.

 Une centrale à charbon classique émet, elle, 400 grammes de CO2 équivalent par kWh, contre 200 pour une centrale à gaz à cycle combiné. Il suffirait donc de remplacer des centrales à charbon par des centrales à gaz pour diviser par deux les émissions de CO2.

 En France, si on fournissait aux consommateurs la même quantité d’électricité que celle provenant des centrales nucléaires avec des centrales à gaz à cycle combiné, on n’augmenterait que de 18 % les émissions de CO2, et de 12 % les gaz à effet de serre : ce n’est pas rien, mais cela montre que la solution du problème global est ailleurs.

 Par ailleurs, le nucléaire n’est utilisé que pour produire de l’électricité. Le secteur le plus vulnérable en termes de sécurité d’approvisionnement, et le plus inquiétant pour l’environnement, est celui des transports, qui dépend à 90 % des produits pétroliers. De toute façon, si on prend le critère de l’effet de serre, la première parade, ce sont les économies d’énergie. Un pays comme l’Allemagne ne s’y trompe pas : la décision de «sortie du nucléaire» y est un aiguillon puissant pour les pouvoirs publics, les collectivités locales et les industriels.

 L’aveuglement français sur la monoculture nucléaire risque en revanche de pénaliser le développement de nouvelles sources et techniques favorables à l’environnement, à la sécurité énergétique et au développement régional et local.

 Enfin, même si le nucléaire est bien placé côté CO2, il l’est très mal côté accidents, déchets, et prolifération. Il se compare très défavorablement aux renouvelables avec lesquelles il y a peu de risque d’accident !

 L’énergie fournie par les renouvelables est marginale par rapport à celle du nucléaire…

 Détrompez-vous ! Les renouvelables représentent en 2004, d’après les données de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), 12,8 % de la consommation mondiale d’énergie primaire, contre 6,5 % pour le nucléaire.

 En ce qui concerne la production d’électricité, la proportion est de 18,2 % pour les renouvelables et 15,7 % pour le nucléaire.

 Raisonnons en énergie finale, celle livrée aux consommateurs : en France - qui a de loin la plus forte proportion de nucléaire (78 % de la production d’électricité) - la part de l’électricité est de 22 % de la consommation finale, et la contribution du nucléaire est de 17 % de la consommation finale d’énergie. Quant aux nouvelles centrales électriques installées, en moyenne annuelle sur 2000-2004, le nucléaire représente 3 %, l’éolien 5 %, l’hydraulique 10 %, le pétrole 5 %, le charbon 25 %, et le gaz naturel 50 %.

 Il y a malgré tout une tentation, dans le monde, de retour au nucléaire… 

 Tant que les techniques proposées ne répondront pas à ces trois dangers que sont les accidents, les déchets et la prolifération - dangers soulignés par l’AIE -, les commandes ne décolleront pas. La Chine dit qu’elle veut construire 40 centrales nucléaires sur vingt ans, mais elle veut aussi construire 700 centrales à charbon !

 Si relance du nucléaire il y a, ce ne sera sûrement pas avec la même famille de réacteurs que celle d’aujourd’hui. En France, l’EPR, ce n’est pas la troisième génération mais le dernier «modèle» de la génération actuelle, la deuxième, dont la technologie date des années 60, avec les trois dangers déjà cités.

 Quant à la «quatrième génération», il semble que ce qu’on nous prépare en France, c’est un surgénérateur au plutonium et au sodium - l’un et l’autre dangereux - de type Superphénix… arrêté par la France en 1998. Pas une solution viable.

 Où en sommes-nous du problème des déchets ? 

 Pour résumer, les puissances nucléaires se retrouvent avec, sur les bras, des combustibles irradiés non retraités stockés (dans des piscines ou stockages à sec), et/ou des déchets «vitrifiés», sans parler des nombreux déchets de plus faible activité mais de plus gros volume, dont les moins dangereux sont stockés en surface. Qu’est-ce qu’on en fait ?

 Le plus raisonnable serait de les stocker de façon réversible en subsurface (hangars accessibles à profondeur moyenne, sous une colline par exemple).

 La solution préconisée en France, c’est le stockage géologique profond étudié au laboratoire de Bure [dans la Meuse, ndlr]. Mais les opposants disent qu’on ne peut pas mettre ça dans la croûte terrestre, car on ne sait pas comment ça va évoluer dans trois cents ou mille ans ! Une question éthique majeure.

 Et la prolifération ? 

 Il y a deux risques : étatique, et terroriste. Tout pays qui possède la technologie nucléaire dite civile peut fabriquer une bombe. Si vous pouvez faire de l’enrichissement d’uranium ou extraire le plutonium de combustibles irradiés, c’est bon. Quant aux risques terroristes, si vous vous procurez des combustibles irradiés ou des matières radioactives, il suffit de les mélanger avec des explosifs classiques pour faire une bombe sale.

 Le nucléaire n’est donc pas une énergie d’avenir… 

 Personne ne se rend compte de l’espèce de bazar que cela représente, alors que cette énergie est marginale dans le monde. Et, quand vous arrêtez une installation nucléaire, c’est là que les ennuis commencent ! Toutes ces centrales sont des sites à haut risque qu’il faut démanteler. Superphénix, dix ans après, ça continue encore, et probablement pour longtemps ! Et on aura en France 58 centrales à démanteler ! La production d’électricité doit être quelque chose de simple, robuste, et surtout pas hyperdangereux.

 Par ailleurs, on trouve sur www.liberation.fr la référence aux documents réalisés par le Parlement en ce qui concerne les déchets nucléaires (Sylvestre Huet, 11 août) sous le titre

 « Les déchets français au rapport »

 En France, un rapport de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et techniques a été consacré au plan national de gestion des matières et déchets nucléaires. L’internaute (1) trouvera dans ce document des informations précises sur la gestion des déchets par leurs producteurs (EDF, CEA, AREVA) et par l’agence publique chargée de leur gestion (Andra), auditionnés par des députés et sénateurs ; ainsi que sur l’état d’avancement de la recherche sur leur enfouissement en couche géologique profonde. Le rapport permet d’entrevoir la stratégie nucléaire de long terme envisagée par les scientifiques, les ingénieurs, les industriels et les responsables politiques.

 (1) www.assemblee-nationale.fr/12/rap-off/i3793.asp

 Je rappelle, en outre, que des informations sur les choix énergétiques existent sur ce blog à deux niveaux : Catégorie « Environnement climatique et énergies » et catégorie « Rencontres CIVIQ » (articles parus le 21 avril 2007, rendant compte des interventions très documentées des intervenants lors de la rencontre du 26 octobre 2006 à St-Berthevin).

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7 août 2007 2 07 /08 /août /2007 11:10

 

Une seule approche énergétique viable en France

 Ces derniers jours, j’ai mis en ligne sur ce blog plusieurs articles traitant des choix énergétiques. Lors de la rencontre des partis de gauche en Mayenne, le 12 octobre 2006, nous avions décidé de faire de cette question essentielle, l’énergie, l’un des trois thèmes abordés (les deux autres étant l’économie et l’Europe).

 Je renvoie à l’article paru le 17 octobre 2006 sur ce blog (catégorie « rencontres 53 avec partis de gauche »), qui évoque cette rencontre importante. Toutefois, il avait été convenu que le compte rendu ne serait pas publié. Il a été transmis aux participants.

 Je vais me permettre d’extraire de ce document la présentation effectuée par Evelyne Blossier-Ralu, le 12 octobre 2006, de la position du MRC 53 concernant les choix énergétiques.

 A/ Au niveau mondial

 1) Deux éléments à prendre en compte

- Pic de production mondiale vers 2010, avec diminution régulière par la suite.

La capacité de production du pétrole raffiné augmente moins vite que la consommation, ce qui provoque la hausse des prix du pétrole et du gaz.

Nous vivons une crise durable : une crise de transition vers une énergie plus chère et mieux utilisée.

- Augmentation de température liée à l’effet de serre.

 Elle est maintenant mesurable : entre 2 et 6°C au 21ème siècle. La cause est le rejet de gaz carbonique dans l’atmosphère, lui-même causé par la combustion des énergies fossiles (pétrole, gaz, charbon).

 On prévoit la multiplication par deux en 30 ans de l’énergie consommée (développement de l’activité économique mondiale).

 Nota : Stabiliser l’augmentation de température à son niveau actuel implique de réduire les émanations de gaz carbonique de moitié en 30 ans.

 Energie consommée                                                  Origine des énergies

 Aujourd’hui : 100                                                          80 : énergies fossiles

                                                                                   20 : autres énergies

Dans 30 ans : 200                                                        40 : énergies fossiles

                                                                                  160 : autres énergies

 2) Comment faire ?

 Développer au maximum les énergies non fossiles, mais il y a des limites et des inconvénients :

 - Energie hydraulique et biomasse : limites physiques (barrages, terres agricoles disponibles) ;

 - Energie nucléaire : risques liés au passage du nucléaire civil au nucléaire militaire, déchets ;

 - Energie éolienne et solaire : le vent et le soleil ne fonctionnant pas à plein temps, il y a besoin d’une source de production électrique complémentaire (centrales hydrauliques ou thermiques).

 B/ Au niveau national

 La France est pauvre en énergies fossiles, mais performante dans la lutte contre l’effet de serre, grâce à la production d’électricité à partir du nucléaire civil (la France est la première au monde dans la maîtrise de la technologie nucléaire). L’électricité consommée en France provient pour moitié d’importations, pour moitié de production intérieure (à 78% : énergie nucléaire).

 Deux problèmes :

 - les déchets radioactifs, leur stockage et leur traitement,

- notre chauffage domestique est trop lié aux énergies fossiles.

 Propositions :

 Deux approches sont à éviter :

 -   Continuer sur les énergies fossiles (effet de serre et pénuries à terme),

 - Miser uniquement sur les énergies renouvelables (incapacité à maintenir croissance et développement économique).

 La seule approche viable :

 1) Avoir une politique énergétique cohérente : efficacité énergétique, complémentarité entre les énergies utilisées, économies d’énergie (mode de développement plus économe),

 2) Développer les énergies renouvelables : à voir au cas par cas selon l’efficacité globale, la complémentarité, le coût…

 3) Continuer la recherche et la maîtrise de l’énergie nucléaire.

 Quelques pistes pour limiter l’utilisation des énergies fossiles

 Réserver les énergies fossiles pour le transport et développer l’énergie nucléaire pour l’électricité :

 - Chauffage domestique : mesures d’économie d’énergie et d’isolation des maisons neuves, utiliser l’électricité avec le système de pompes à chaleur.

 - Déplacements : difficile de réduire l’utilisation de produits pétroliers, les piles à combustible ou à hydrogène n’étant pas au point. Deux possibilités, toutefois : la voiture électrique dans les déplacements urbains et les biocarburants.

 Meilleur aménagement du territoire, développement des transports collectifs, re-localisation des activités de production, afin de mieux maîtriser la consommation de produits pétroliers.

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6 août 2007 1 06 /08 /août /2007 19:01

 

Réchauffement climatique et coût du pétrole

 L’intérêt de développer l’énergie nucléaire n’est pas une évidence qui s’impose spontanément. Il y a des arguments pour et des arguments contre (voir, à ce sujet, sur ce blog, le compte rendu de la rencontre CIVIQ du 26 octobre 2006 à Saint-Berthevin, mis en ligne le 21 avril 2007). Ce n’est pas un débat de nature religieuse (ce n’est pas une question de foi).

 C’est un débat éminemment politique, dans lequel les partis et les citoyens doivent s’exprimer clairement, et l’Etat prendre ses responsabilités.

 Le quotidien Libération se fait l’écho, ce 6 août, de la tendance des Etats à opter pour l’énergie nucléaire, en raison de la lutte contre les gaz à effet de serre d’une part et de la hausse des prix du pétrole d’autre part.

 Les deux précédents articles sur ce blog reprenaient le résumé du rapport de l’Académie des sciences sur les choix énergétiques, dans lequel la question de l’électricité d’origine nucléaire est primordiale.

Je propose aujourd’hui l’article paru sur www.liberation.fr sous la signature de Alexandra Schwartzbrod, complété par des réactions d’internautes et des chiffres concernant le nucléaire en France et dans le monde, publiés ce matin sur le site du journal.

 « Le nucléaire se fait courant alternatif »

 La lutte contre le réchauffement climatique et le prix du pétrole incitent un nombre croissant d’Etats à se tourner vers l’atome.

 « C’est incroyable, mais c’est ainsi : le nucléaire est redevenu tendance. Mieux (ou pire) même, certains n’hésitent plus à ranger l’atome parmi les énergies «vertes», voire «renouvelables», ce qui fait rire jaune les Verts de tous horizons, notamment en Allemagne où les Grünen avaient, à la fin des années 90, réussi le tour de force, accident de Tchernobyl aidant, de pousser le pays à se désengager du nucléaire.

 Deux raisons à ce renversement de tendance : la guerre planétaire lancée contre le réchauffement climatique, qui donne soudain au nucléaire cette vertu incontestable de ne pas produire de gaz à effet de serre, et la hausse des cours du pétrole, qui pousse les Occidentaux à chercher une alternative aux énergies fossiles.

 Boum

 C’est ainsi que la Grande-Bretagne, qui s’est faite le héraut de la lutte contre le réchauffement et voit avec angoisse s’amenuiser les réserves de pétrole et de gaz de la mer du Nord, envisage d’investir dans de nouvelles centrales nucléaires.

 Tout comme les Etats-Unis, qui n’en ont pas construit depuis trente ans et comptent bien rattraper leur retard.

 Le Brésil a décidé, lui, de relancer son programme nucléaire, gelé depuis plus de vingt ans («C’est une énergie propre, qui n’émet pas de CO2», s’est emballé le président Lula). Israël a déclaré, la semaine dernière, examiner la construction d’une centrale pour réduire sa dépendance au pétrole et au charbon.

 Quant aux nouveaux pays de l’Union européenne (Lituanie, Slovaquie, Roumanie, Bulgarie.), ils plébiscitent carrément l’atome afin d’éviter toute dépendance énergétique envers la Russie. Jusqu’aux Allemands, dont la coalition est en train de se lézarder sur la question. A l’heure de la lutte contre le CO2, un récent rapport gouvernemental rappelait que le maintien du nucléaire serait le moyen le plus économique d’atteindre les objectifs fixés dans ce domaine par Angela Merkel.

 La France n’est pas en reste, qui vient d’autoriser la construction d’un réacteur de troisième génération, l’EPR, déjà vendu en Finlande et bientôt en Chine où le recours à l’atome est considéré comme vital pour soutenir le boum économique.

 Bref, plus encore qu’une tendance, c’est une vraie lame de fond. Qui inquiète bon nombre d’experts. Car, à être obsédé par le réchauffement et la pénurie de pétrole, on en oublie un peu vite les risques inhérents à l’utilisation de l’atome : les accidents (Tchernobyl est un cas extrême, mais, depuis quelques mois, le Japon et la Suède sont empêtrés dans des incidents en cascade dans leurs centrales) ; la prolifération (faut-il laisser l’Algérie, la Libye, le Pakistan. se doter de centrales ?) ; et surtout l’avenir des déchets. Autant de questions qui, pour l’heure, n’ont pas ou peu de réponses.

 Réserves 

 Autre incertitude, l’ampleur des réserves d’uranium, ce métal nécessaire à l’alimentation des centrales. Selon qu’ils sont plutôt pro ou antinucléaires, les spécialistes varient, les plus pessimistes évoquant 70 à 80 ans de réserves, les autres pariant sur deux siècles.

 D’ailleurs, depuis la fin de l’année dernière, le prix de l’uranium s’est envolé (il est passé de moins de 10 dollars la livre en 2002 pour atteindre jusqu’à 135 dollars cette année), et une guerre s’est déclenchée entre puissances nucléaires pour mettre la main sur les réserves de la planète.

 Depuis des années, les mines ne fournissent que quelque 40 000 des 60 000 tonnes de combustible annuelles nécessaires pour les centrales. Un déficit compensé par les réserves, principalement issues des stocks militaires russes et américains. Or, ceux-ci sont en cours d’épuisement. D’où la bataille d’Areva au Niger pour tenter de préserver ses gisements ou l’acharnement que le groupe a mis à conclure, la semaine dernière, l’achat du producteur canadien d’uranium UraMin ».

 Voici deux réactions à cet article, parmi les commentaires des internautes

 « jamais de progrès dans le domaine nucléaire? » par « regal »

Ce qui me fait marrer avec le discours anti-nucléaire, dont cet article est plus ou moins implicitement empreint, c'est qu'on dénie au nucléaire toute marge d'évolution permettant de pallier à ses réels défauts. Eolien et solaire ne peuvent développer qu'une puissance encore marginale mais on leur prédit des bonds technologiques mirifiques; on imagine du charbon propre etc... Par contre le nucléaire serait définitivement sale et dangereux. On ne pourra pas continuer à brûler de l'uranium avec la technologie actuelle longtemps c'est sûr, mais il y a chez beaucoup d'anti-nucléaires une trop forte dose d'irrationalité à mon goût; c'est la peur du diable contemporaine. Il faudrait rappeler que ces 40 dernières années le charbon a tué beaucoup plus que le nucléaire, et que la question des déchets est grave mais gérable par une société démocratique et avancée; c'est un défi à notre sens de la responsabilité, mais elle n'implique aucune catastrophe inéluctable (contrairement à la surconsommation d'énergie fossiles)... Des déchets toxiques la civilisation industrielle en a produit d'autres en quantité et en produira de nouveaux...

 « Le nucléaire n'est PAS en expansion » par « Sortir du nucléaire »

Les rédacteurs de cet article se sont de toute évidence laissés abuser par les multiples publicités de l'industrie nucléaire. La réalité est inverse : sur les 431 réacteurs actuellement en fonction sur Terre, la majorité vont fermer dans les 20 ans. Les nouveaux réacteurs annoncés (avec fracas, mais attention au bluff) ne feront que freiner le déclin de l'atome. D'ailleurs, le 10 novembre dernier, Claude Mandil, directeur exécutif de la très pronucléaire Agence internationale de l'énergie (AIE) a déclaré : "la tâche principale de l'industrie nucléaire dans les années à venir sera de remplacer les centrales existantes qui auront atteint leur fin de vie. Cela signifie qu'on aura besoin de nombreuses centrales sans pour autant augmenter la part du nucléaire dans la production d'électricité." CQFD Quelques exemples : en Grande-Bretagne, tous les réacteurs sauf 1 auront fermé en 2020 (déjà, le 1er janvier dernier, 4 ont fermé). S'il y a (hélas) des nouveaux réacteurs, ils ne feront que freiner le déclin de l'atome. L'exemple du Brésil est purement ridicule : ce pays va déjà essayer de finir la construction d'un réacteur commencée… il y a 20 ans ! Quant à la Chine, si elle fait vraiment les 40 réacteurs annoncés, ils couvriront à peine… 0,7% de la consommation chinoise d'énergie. Globalement, le nucléaire couvre 2,5% de la consommation mondiale d'énergie, une part infime et, nous l'avons vu, qui ne va pas augmenter. Quant au prix de l'énergie, le nucléaire est très mal placé : même en décomptant les investissements publics (déjà payé) et la facture léguée aux générations futures (démantèlement, déchets), le prix de l'électricité nucléaire monte en flèche et va exploser avec la pénurie d'uranium. Et dire qu'il y a encore des gens pour croire que le nucléaire va remplacer le pétrole et, tant qu'à faire, empêcher le réchauffement climatique…  

 Quelques chiffres en France et dans le monde

 On les trouve sur www.liberation.fr ce jour.

 Le nucléaire fournit 78,1 % de l’électricité française (en 2005, selon les chiffres du ministère de l’Economie), contre 11,1 % pour l’hydraulique, 10,4 % pour le thermique et 0,4 % pour l’éolien et le photovoltaïque. La part du nucléaire dans la consommation totale d’énergie n’est que de 17 %.

 Le nucléaire assurait 16 % de la production d’électricité mondiale en 2003, selon les derniers chiffres de l’AEN (l’Agence de l’OCDE pour l’énergie nucléaire). 435 réacteurs étaient en service dans le monde, dont 104 aux Etats-Unis, 58 en France, 52 au Japon, 19 en Allemagne et 30 en Russie.

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5 août 2007 7 05 /08 /août /2007 00:33

 

Vingt ans au maximum pour changer vraiment

 Grâce à Gérard Pierre (MRC 21 et collectif Sauvons le climat), je peux mettre en ligne sur ce blog le texte publié par Bernard Tissot et ses collègues de l’Académie des sciences, qui ont travaillé sur les questions énergétiques.

 Compte tenu des enjeux politiques de ces questions (en rapport avec le réchauffement climatique et ses conséquences d’une part, et la contestation de l’énergie nucléaire par des groupes défendant l’environnement d’autre part), il est de la plus haute importance de connaître l’avis des scientifiques.

 Le texte complet (40 pages) est accessible sur le site du MRC 21 sous le titre « Energies 2007-2050, les choix et les pièges », Académie des sciences (Institut de France) (http://www.mrc21.org/energies.html).

 Un résumé est présenté par les auteurs, soucieux de mettre leurs connaissances à la portée de tous. C’est ce résumé que j’ai scindé en deux parties. La première a été publiée hier sur ce blog. Elle traite principalement des sources de l’énergie électrique. La seconde, ci-après, aborde les transports et l’habitat, ainsi que l’économie et la sociologie.

 Voici l’introduction à la publication du rapport de l’Académie des sciences, puis la 2ème partie du résumé du rapport.

 « L’Académie des sciences a adopté le 15 février 2005 un rapport global sur l’énergie et le 1er mars 2005 une déclaration sur les problèmes de recherche qui s’y rattachent.

 Depuis, nous disposons de nouvelles données et des conclusions du IPCC/GIEC sur le changement climatique et son ampleur prévisible. D’autre part, de nombreux scénarios énergétiques ont été présentés par des organismes nationaux ou internationaux.

 Il nous a donc paru utile de faire la synthèse de ces nouveaux travaux et de mettre en évidence les avantages, les inconvénients et les contraintes introduits par les choix énergétiques des prochaines années ».

 RÉSUMÉ (suite)

 (…) L’accroissement de l’efficacité énergétique, aux divers stades de la conversion de l’énergie et de l’utilisation finale, est la voie qui, dans tous les domaines, offre les meilleures perspectives pour assurer un équilibre durable. Cet accroissement est cependant plus lié à des problèmes sociologiques (style de vie, longévité des habitations) ou économiques (prix excessif des matériels à faible consommation) qu’à des problèmes scientifiques ou techniques.

 C’est dans les transports terrestres que les économies seront les plus difficiles. Ce domaine est déjà le plus fort émetteur annuel de CO2 au niveau mondial et consomme actuellement environ 50 % des produits pétroliers dans les pays en développement, et près de 70 % dans les pays industrialisés. Il présente la plus forte croissance annuelle. La solution la plus efficace à long terme, notamment dans les agglomérations de plusieurs millions d’habitants, est le transport électrique en site propre (train, métro, tramway ou combinaison de ces divers modes). Sur les longues distances, le trajet Paris-Marseille génère pour un passager 5 kg de CO2 en TGV, 20 fois plus en avion et 30 à 50 fois plus en voiture. Le mode de transport par rail est privilégié au Japon.

 Le fret routier s’est largement développé, notamment en Europe, réduisant la part des transports ferroviaires et de la voie d’eau. L’élargissement de l’Union européenne a renforcé cette tendance. Ce mode de transport est gros consommateur d’énergie, et le captage du CO2 n’est pas possible. Le seul choix reste entre l’émission toujours croissante de GES et le transfert modal : les charges lourdes (matériaux de construction, véhicules neufs, conteneurs et équipements divers) seront transportables par des voies ferrées électrifiées, puis livrées au client par route sur quelques dizaines de kilomètres. La Suisse a ainsi trouvé un équilibre qui lui permet d’économiser sur l’entretien coûteux d’un réseau routier de montagne.

 À diverses reprises, on a préconisé les carburants liquides qui pourraient être préparés à partir du charbon, sans éliminer pour autant les émissions de GES, et seraient compétitifs à partir d’un prix du pétrole évalué successivement à30, puis 40 $/bl, etc., alors que ce prix n’est pas redescendu à ces valeurs depuis deux ans et est resté le plus fréquemment supérieur à 60 $/bl. De plus, les émissions de C02 sont réparties entre l’usine de fabrication et le véhicule utilisateur, mais ne diminuent pas pour autant. Les systèmes énergétiques reposant sur l’hydrogène et les piles à combustibles, dont on parle beaucoup, apparaîtront peut-être à titre expérimental vers 2020-2030, mais n’occuperont encore qu’une place mineure au milieu du siècle.

 Dans le domaine résidentiel et tertiaire, le chauffage solaire de l’eau sanitaire dans des panneaux posés sur des toitures ou des façades est déjà largement appliqué dans certains pays européens ou méditerranéens. Les pompes à chaleur permettent de réduire les dépenses de chauffage. Cependant les uns et les autres rencontrent en France des difficultés sociologiques.

 La biomasse intervient ordinairement dans le bilan énergétique par son utilisation traditionnelle comme combustible de chauffe. Il s’agit certainement là de l’utilisation la plus directe et les pays industrialisés pourraient reconsidérer cet usage. Dans les grandes villes, des réseaux de chauffage urbain en permettraient l’utilisation.

 L’usage des biocarburants issus de cultures dédiées peut faciliter une période de transition. Néanmoins, la totalité des terres arables du monde ne suffirait pas en 2030 à faire rouler le parc de véhicules. Il existe, à terme, un risque certain de compétition entre la production de carburants pour les véhicules et celle de nourriture pour 9 milliards d’habitants au milieu du siècle. Une autre forme de compétition s’installerait entre l’usage de l’eau (qui n’est pas inépuisable) pour les cultures alimentaires et son usage pour celles visant la production de biocarburants.

 De plus, il serait très important de disposer, dans chaque cas, de données précises et fiables sur l’énergie fossile consommée dans l’ensemble du cycle de vie du produit, pour faire un bilan énergétique « du sol à la roue ». Le bilan énergétique est nettement positif au Brésil, où l’on peut produire, à partir de la canne à sucre, jusqu’à 8 litres d’éthanol par fermentation pour un litre de produits pétroliers consommé.

 En revanche, l’utilisation de l’ensemble de la biomasse ligno-cellulosique, comme des futaies à courte rotation, pourrait privilégier des terres peu favorables à la production alimentaire. Cette voie plus complexe permettrait à long terme de produire par gazéification le mélange CO+H2, puis, par une synthèse chimique de type Fischer-Tropsch, des carburants de haute qualité, en particulier pour les moteurs diesel.

 Il faut cependant réaliser que l’ajout au carburant habituel d’une quantité mineure de biocarburant relève d’une adaptation, voire d’une auto-adaptation des moteurs, ce qui s’applique aussi bien au parc ancien. L’ajout d’une quantité majeure de biocarburant (notamment 85 % d’éthanol) est une réelle diversification du véhicule mis sur le marché, avec des moteurs adaptés.

 Gardons toujours à l’esprit que le plus grand apport de la biomasse dans la lutte contre le changement climatique existe et nous le détruisons : il s’agit de la forêt primaire qui joue un rôle capital dans les échanges de CO2 entre l’atmosphère, la végétation et les sols.

 En l’absence de mesures reconnues par tous les principaux pays consommateurs d’énergie, la situation sera gravement compromise bien avant le milieu du siècle. Même si l’on arrive à ramener, en 2050, les émissions de GES à leur niveau actuel, le poids des premières décennies du siècle subsistera. En effet, la durée de vie du CO2 dans l’atmosphère est d’ordre séculaire : les concentrations atmosphériques seront en 2050 bien plus élevées qu’à l’époque actuelle et les températures et les désordres climatiques aussi.

 Il est urgent de développer un effort de recherche scientifique et technique très ambitieux pour pallier tous les manques évoqués dans le texte, tant sur le climat qu’on ne connaît pas suffisamment pour les besoins prévisionnels, que sur les technologies de l’énergie.

 Science et technologie sont indispensables, mais l’économie et la sociologie devraient, elles aussi, être l’objet d’une recherche nouvelle, face à un bouleversement majeur de nos modes de vie.

 Pour être en mesure de faire face à des évènements imprévisibles, et être capables de réagir vite, il importe avant tout de considérer que, dans cette perspective difficile, les valeurs sociales sont plus importantes que les valeurs économiques. Les conséquences dramatiques pour les personnes âgées de la canicule de 2003 en France, la longue attente des secours et des mesures d’aide après le cyclone Katrina, et la crise sociologique qui l’a accompagné, illustrent ce problème. On peut aussi craindre d’importants déplacements de populations : la submersion des zones les plus basses du Bengladesh poserait un problème majeur d’accueil de plusieurs millions de réfugiés. L’installation et le soutien d’immenses camps de personnes déplacées à l’intérieur d’un pays déjà pauvre seraient un problème d’une difficulté extrême pour la collectivité internationale. Les modèles destinés à évaluer les conséquences de l’évolution climatique et les moyens d’adaptation ne prennent pas en compte les « effets non marchands » (santé humaine, environnement, personnes déplacées). Un partage équitable des rôles entre nations et générations sera une tâche difficile.

 Les investissements des 20 prochaines années auront une influence déterminante sur la situation de la planète au milieu du siècle et même bien au-delà. La capture et le stockage du CO2 coûteront cher et demanderont des réponses à de nombreux problèmes techniques qui ne seront pas tous prévus. Si les États laissent construire de grandes centrales thermiques au charbon, sans capture et stockage des émissions, et capables de fonctionner pendant 40 ou 60 ans, notre avenir est irrémédiablement compromis. S’il est difficile d’empêcher la construction de telles installations, il est encore bien plus difficile de les fermer prématurément. Il est également important de se prémunir contre la « délocalisation » du CO2, c'est-à-dire le transfert des installations vers un pays voisin moins soucieux des contraintes d’environnement, pour importer ensuite de l’énergie électrique, ou encore importer de pays lointains des produits industriels à fort contenu énergétique.

 Le rôle des droits d’émission (ETS, emission trading scheme) est encore ambigu et la cote est assez confuse. De plus, le prix du carbone émis n’est pas pris en compte dans les décisions d’investissement.

 Dans l’état actuel des connaissances, toutes les sources d’énergie seront mises à contribution. Cependant, un ordre de priorité et des conditions nécessaires à leur mise en œuvre devront être observés :

 En nucléaire : Gestion des déchets nucléaires.

 Charbon : Séparation et gestion à long terme du CO2.

 Hydraulique, Géothermie : Les sites se font rares et sont souvent éloignés de la demande la plus forte.

 Biomasse : Ne pas entrer en compétition avec la production de nourriture pour 9 milliards d’habitants au milieu du siècle.

 Autres énergies : Majoritairement intermittentes (éoliennes, photovoltaïque), donc limitées à une fraction du parc (15 à 20 % ?). Le stockage de l’énergie changerait la donne.

 Nous ne sauverons notre mode de vie et nos moyens d’existence ni avec l’ignorance, ni avec l’idéologie, ni avec des déclarations ou des incantations. L’idéologie ne saurait prévaloir sur la science, la technique et l’économie. Tout retard sera coûteux et désastreux, et l’inaction qui se cache derrière la formule « business as usual » serait une politique inacceptable.

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4 août 2007 6 04 /08 /août /2007 18:50

 

L’option nucléaire reste incontournable en France

 Grâce à Gérard Pierre* (MRC 21 et collectif Sauvons le climat), je peux mettre en ligne sur ce blog le texte publié par Bernard Tissot et ses collègues de l’Académie des sciences, qui ont travaillé sur les questions énergétiques.

Compte tenu des enjeux politiques de ces questions (en rapport avec le réchauffement climatique et ses conséquences d’une part, et la contestation de l’énergie nucléaire par des groupes défendant l’environnement d’autre part), il est de la plus haute importance de connaître l’avis des scientifiques.

 Le texte complet (40 pages) est accessible sur le site du MRC 21 sous le titre « Energies 2007-2050, les choix et les pièges », Académie des sciences (Institut de France) (http://www.mrc21.org/energies.html).

 Un résumé est présenté par les auteurs, soucieux de mettre leurs connaissances à la portée de tous. C’est ce résumé que j’ai scindé en deux parties. La première, ci-après, traite principalement des sources de l’énergie électrique. Demain, je  publierai la seconde qui aborde, notamment, les transports et l’habitat.

 Voici l’introduction à la publication du rapport de l’Académie des sciences, puis la 1ère partie du résumé du rapport.

« L’Académie des sciences a adopté le 15 février 2005 un rapport global sur l’énergie et le 1er mars 2005 une déclaration sur les problèmes de recherche qui s’y rattachent.

 Depuis, nous disposons de nouvelles données et des conclusions du IPCC/GIEC sur le changement climatique et son ampleur prévisible. D’autre part, de nombreux scénarios énergétiques ont été présentés par des organismes nationaux ou internationaux.

 Il nous a donc paru utile de faire la synthèse de ces nouveaux travaux et de mettre en évidence les avantages, les inconvénients et les contraintes introduits par les choix énergétiques des prochaines années ».

 RÉSUMÉ

 Le nouveau rapport du groupe d’experts internationaux IPCC/GIEC a été présenté à l’Académie des sciences début février 2007 à Paris. Ce document confirme la probabilité très élevée d’un changement climatique ainsi que le rôle majeur joué par les émissions de gaz à effet de serre (GES) au cours des 25-30 dernières années.

 Quoi qu’on fasse pour limiter les émissions de GES, il est déjà trop tard pour prévenir les premières évolutions climatiques dont les manifestations ont déjà été observées et les développements sont attendus d’ici 2020. Les solutions ne peuvent être exclusivement d’ordre scientifique ou technologique. Il est indispensable qu’elles soient associées à une modification profonde de notre mode de vie, ce qui soulève de lourds problèmes économiques et sociaux.

 Les combustibles fossiles - les hydrocarbures et le charbon - représentent toujours les 4/5e de nos sources d’énergie. Il convient avant tout de garder à l’esprit le point majeur mis en évidence dans le précédent rapport de l’Académie des sciences : une erreur considérable, telle que 100 milliards de tonnes d’équivalent pétrole, sur l’évaluation des réserves en pétrole et en gaz ne ferait que décaler de dix ans, dans un sens ou dans l’autre, l’épuisement de ces réserves.

 Seules les utilisations du charbon (électricité, chaleur, carburant de synthèse) et celles du nucléaire de fission tel qu’actuellement (électricité), peuvent satisfaire la demande globale en énergie au moins jusqu’à la fin du siècle. Les réserves sont là. Elles pourraient éventuellement être étendues à plusieurs siècles pour le charbon ainsi que pour le nucléaire actuel (neutrons thermiques), si l’on récupère la matière fissile du combustible usé (uranium et plutonium). Au delà, on pourrait atteindre plusieurs millénaires avec des réacteurs à neutrons rapides.

 Toutefois, l’exigence d’un développement durable impose d’un côté la séparation et le stockage à long terme du gaz carbonique issu des combustibles fossiles, et de l’autre le règlement satisfaisant du problème des déchets nucléaires.

 L’électricité est un vecteur d’énergie privilégié dans les pays industrialisés, au point que sa disposition est une condition nécessaire pour toutes les activités de la vie courante (eau potable, transports publics, communication, etc.), de l’industrie et du commerce. L’électricité prend rapidement une importance croissante dans les pays en transition. Les pays très industrialisés de l’OCDE, ainsi que les grands pays en transition, avec une population nombreuse, auront principalement le souci de produire de l’électricité « concentrée » pour alimenter les très grandes villes où se concentre la majeure partie des habitants et de l’industrie.

 Or, le charbon apparaît à beaucoup d’industriels comme le relais naturel des produits pétroliers. Les États-Unis et certains pays de l’Union européenne, même s’ils prévoient également une croissance de l’énergie nucléaire, envisagent, pour les décennies proches, des centrales thermiques classiques produisant des GES : au charbon (le plus fort émetteur de CO2 par kWh électrique produit) ou au gaz naturel, dont les prix tendent à suivre celui du pétrole. Les pays en forte croissance qui disposent de larges réserves de charbon, comme la Chine et l’Inde, utilisent dès maintenant et massivement ce combustible, tant pour générer l’électricité que pour l’usage direct par l’industrie, même s’ils prévoient aussi la construction de plusieurs centrales nucléaires.

 Cette orientation oublie l’exigence d’un développement durable : la combinaison capture/ stockage à long terme du CO2 est actuellement la seule voie qui permettrait un relais soutenable des produits pétroliers par le charbon. Ces procédés sont considérés par beaucoup comme acquis, au vu des expériences de taille limitée (1 et 2 millions de tonnes de CO2 par an) menées en mer du Nord et au Canada sur l’injection de ce gaz dans des aquifères profonds ou dans de vieux gisements pétroliers. En fait, on mesure mal la somme des difficultés qui doivent être contournées. Pour apporter une contribution significative, à l’échéance 2050, il faudrait en capturer 10 à 20 milliards de tonnes chaque année, et les stocker pour plusieurs siècles. Il est bien difficile de transposer un procédé industriel directement à une échelle 10000 à 20000 fois plus grande.

 Les principales sources d’électricité ne produisant pas de GES sont l’hydroélectricité, si on dispose encore de sites appropriés, et les centrales nucléaires.

 Les deux énergies renouvelables souvent citées (solaire et surtout éolienne) sont également présentées comme des sources envisageables pour répondre à une demande concentrée et constamment croissante d’électricité, sans générer de CO2. Certains pays, qui ont décidé de fermer leurs centrales nucléaires, veulent les remplacer par des éoliennes. Le problème principal de ces énergies renouvelables est leur caractère intermittent qui appelle un stockage de l’énergie, particulièrement de l’énergie électrique ; cette limitation s’exprime par un average capacity factor de 20 % au lieu de 80 à 90 % (gaz, nucléaire). Pour 1 000 MW installés, la quantité d’énergie produite en un an est de 8 000 MWh dans le cas du nucléaire et de 2 000 MWh dans l’autre cas. Il ne faut pas que l’enthousiasme pour ces formes d’énergies renouvelables masque la réalité : elles ne seront que des énergies d'appoint.

 La géothermie est souvent assimilée aux énergies renouvelables et mérite d’être encouragée dans toutes les régions favorables, liées à des zones de tectonique active, en particulier pour la génération d’électricité.

 Le stockage de l’énergie, et plus particulièrement  de l’électricité, constitue un facteur essentiel pour valoriser ces formes d’énergie. En l’absence de cette possibilité, les énergies intermittentes obligent à entretenir une capacité de réserve, reposant sur des centrales au gaz, et se déclenchant à la demande, ce qui accroît les investissements et les émissions de GES.

 La solution, souvent mentionnée, de choisir l’hydrogène comme nouveau vecteur d’énergie stockable et propre est une solution qui semble plus lointaine, de même que son utilisation pour les transports. En revanche, la production d’hydrogène par électrolyse de l’eau ne produit pas de CO2, pourvu que l’électricité soit d’origine nucléaire ou renouvelable. Mais ceci ne serait pas usuel avant le milieu du siècle, vu le délai nécessaire pour développer ces réacteurs et les usines de production de l’hydrogène. Au bilan énergétique global, on risque des pertes à la fois dans le procédé de production de l’hydrogène et dans son utilisation.

 La ressource principale pour assurer un développement soutenable reste l’option nucléaire. Quels que soient les choix opérés précédemment par les gouvernements ou les citoyens de divers pays dans une situation climatique alors mal évaluée, c’est maintenant une nécessité impérieuse de construire des centrales de génération III, particulièrement sûres, comme l’ont décidé la Finlande, la France et probablement la Chine. Les recherches internationales du programme « Génération IV », visent à accroître les ressources en matière fissile dans quelques décennies et à assurer de l’énergie pour plusieurs millénaires. Les moyens très importants engagés sur la fusion pourraient déboucher dans la seconde moitié du siècle.

 Un éventuel échec du développement nucléaire, par idéologie ou faute d’acceptation sociale, nous précipiterait à terme (raréfaction du pétrole et du gaz) dans l’usage quasi exclusif du charbon dans des centrales thermiques, avec pour conséquence un fort accroissement du changement climatique (…).

* Gérard Pierre était l'un des invités de la Rencontre CIVIQ du 26 octobre 2006 à St-Berthevin sur le thème du climat et des énergies (compte rendu sur ce blog, catégorie Rencontres CIVIQ).

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14 juillet 2007 6 14 /07 /juillet /2007 21:35

 

Dépendance européenne énergétique envers Moscou

 Selon le quotidien Le Monde, daté du 13 juillet, le président Poutine a assoupli sa position vis-à-vis des investisseurs étrangers, ayant besoin de leur savoir-faire dans la réalisation du grand projet d’exploitation du gaz naturel liquéfié en mer de Barents, au nord de la Russie. C’est Total qui a été choisi comme partenaire.

Je suis destinataire des informations en provenance de La Chronique Agora http://www.la-chronique-agora.com et, hier, l’Edito Matières premières abordait cette question, à sa façon, sous la signature de Isabelle Mouilleseaux. Voici ce texte. 

 « Les Européens se sont livrés aux Russes... sur un plateau d'argent... »

 « Félicitations généralisées, tonnerre d'applaudissements, les bravos fusent de toutes parts et l'élue fait « la Une » de tous les journaux... Sharon Stone en train de monter les marches à Cannes ? Pas du tout. Total ! Qui vient d'apprendre qu'il a été choisi par Gazprom comme partenaire sur le site gazier de Chtokman... au nez et à la barbe de ConocoPhilips, Chevron, et Statoil / Norsk Hydro. 

Ne boudons pas notre plaisir
C'est forcément une bonne nouvelle. Chtokman, c'est la plus grande réserve de gaz connue. Plus de 3 700 milliards de mètres cubes de gaz. Pour rendre les choses plus concrètes, vous pourriez alimenter la planète entière en gaz pendant un an avec un tel gisement.

 Mais ne soyons pas aveugle... Gazprom reste seul maître à bord. C'est lui qui détient 100% des licences d'exploitation (merci Poutine !). C'est lui aussi qui détiendra avec ses amis 76% de la société de gestion des infrastructures. Que reste-t-il à Total ? Les 24% restant. Je me demande encore aujourd'hui pourquoi Gazprom ne s'est pas lancé seul dans l'affaire... Il va falloir se retrousser les manches pour aller chercher ce gaz sous les glaces de la mer de Barents. 20 milliards de dollars d'investissement ! Et un début d'extraction prévu pour 2013.

 Autre bonne nouvelle : tout ce gaz est pour nous ! Si, si...
Il sera acheminé par pipes vers l'Europe et par méthaniers vers les Etats-Unis -- une fois liquéfié. Un vrai bonheur ! Nous allons encore pouvoir nous chauffer tranquillement pour un bon bout de temps...

 Bon. J'arrête là les éloges. Passons aux choses sérieuses. Je vais vous dire ce que l'on ne vous dit pas ! Et ce n'est pas la première fois que je vous mets en garde dans ces colonnes.

 L'Europe a été incapable de prendre les bonnes décisions. Le nucléaire était la seule et unique bonne décision à prendre pour assurer l'indépendance énergétique européenne. Arrêtons le politiquement correct. Arrêtons de nous faire manipuler par les Verts. Voilà des décennies que partout en Europe, à l'exception notable de la France, ils imposent leur point de vue.

 Et c'est une allemande qui vous parle. Une allemande fortement imprégnée de la culture écologique et pro-environnementale. Il n'y a pas une chose que je fais dans la journée sans réfléchir aux conséquences que cela peut avoir sur notre environnement ! Une écologiste pour le nucléaire ? Oui, c'est bien ça. Ca existe, et je suis de ceux-là. Le gros défaut des écologistes « Verts », c'est que ce sont des idéalistes. Moi, je suis profondément écologique, mais très réaliste. Les Allemands ont écarté le nucléaire au profit du charbon. Et comme le charbon pollue énormément, ils ont finalement été obligés de se rabattre sur le gaz... russe bien sûr.

 Tony Blair a été incapable d'imposer sa politique nucléaire ne serait-ce qu'à son propre parti ! Pas de nucléaire pour l'Angleterre en attendant... Et c'est comme cela partout. Toute l'Europe est aujourd'hui dépendante du gaz étranger, à la merci du géant Gazprom.

 Car pendant que les Européens tergiversaient sur la question énergétique et s'enlisaient sur la question du nucléaire, les Russes ont avancé à pas de géant et pris le pouvoir en quelques années.

 L'objectif n°1 de Gazprom : être le n°1 mondial d'ici 10 ans

 Et il a toutes les chances d'y arriver, tout simplement parce qu'il a le pouvoir politique derrière lui. Gazprom est une arme politique. Une carte géostratégique puissante. Pire, il a la capacité de «  mettre à genou » l'Europe entière. Vous voulez que je vous dise ? Gazprom et l'Etat russe ne font qu'un. J'irais même plus loin. Poutine et Gazprom ne font qu'un... et je ne serais pas étonné de voir notre ami « Vlad » à la tête du géant une fois le Kremlin quitté.

 Que pensez-vous que le Kremlin est en train de faire depuis des mois déjà ?
Il reprend en main les ressources du pays pour en avoir un contrôle direct, total et absolu. Exit  Kodorovsky, ex tristement célèbre patron de Ioukos ! Il n'a pas fini de croupir injustement au fin fond de la Sibérie... Sa société énergétique a été dépecée, et ses actifs redistribués aux sociétés étatiques russes. Une reprise en main à la Staline ! Prochain sur la liste ? Peut-être Rosneft...

 Exit les Occidentaux du projet d'exploitation du pétrole et du gaz “Sakhaline II”. Royal Dutch Shell a carrément été viré du projet par Poutine. Shell a été accusé de nuire à l'environnement... L'Etat russe a repris le contrôle des matières premières qui gisent dans les sous-sols de Sakhaline pour les confier à son géant russe Gazprom. Une expropriation en règle suivie d'une nationalisation. Exit BP/TNK du champ de gaz de Kovyta. Je suis prête à parier avec vous que Gazprom va racheter la part de 63% détenue par TNK/BP dans cet énorme champ gazier capable d'alimenter toute l'Asie pendant 5 ans !

 Partout, les sociétés occidentales sont obligées de renégocier leurs contrats avec les russes. Et c'est Poutine qui tient les ficelles. Prochaine victime ? Sans doute Exxon et son projet d'infrastructures pour alimenter la Chine. Gazprom n'a qu'une idée en tête : évincer Exxon du projet et prendre le contrôle de l'opération.

 Objectif n°2 de Gazprom : avoir la main mise sur l'Europe

 Gazprom est en train de devenir le principal fournisseur de gaz de l'Europe. Il n'a pas eu grand-chose à faire pour y arriver. En tournant le dos au nucléaire, les Européens lui ont livré les pleins pouvoirs sur un plateau d'argent. Et Poutine en use stratégiquement, et en abuse politiquement. Demandez donc à l'Ukraine, à la Géorgie, à la Pologne ou à la petite Biélorussie ce qu'ils en pensent. Poutine n'a pas hésité un quart de centième de seconde à leur couper le gaz... Or nous partageons les mêmes pipes!

 Nous nous sommes fait prendre au piège.
Nous nous sommes rendus dépendants des maîtres du Kremlin. Et ces gens là ne sont pas des rigolos, croyez moi. La déontologie, l'éthique, la morale, les bonnes pratiques... ils n'en ont rien à faire. Seul compte le pouvoir... et l'argent. Et la fin justifiera les moyens. Je suis dure, me direz-vous. Certes, peut-être un peu trop. Mais je suis surtout très réaliste... Est-ce un défaut ?

 Ah ! Dernier point. Personne ne vous l'a dit mais... c'est important. En Autriche, il y a le plus gros hub européen de gaz naturel. Une structure clé ! Gazprom vient de le racheter ! Ainsi, il contrôle non seulement la ressource, mais aussi l'infrastructure logistique qui assure l'acheminement !
 
J'ai réservé le meilleur pour la fin !  La bonne nouvelle, cher lecteur, c'est qu'en France 80% de notre électricité est d'origine nucléaire... et que nous sommes « copains » avec les Algériens qui ont la Sonatrach et beaucoup de gaz. Et EDF a les plus beaux méthaniers du monde ! Tout va bien dans le meilleur des mondes... Poutine ne nous aura pas ! ».

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12 juillet 2007 4 12 /07 /juillet /2007 21:52

 

L’idéologie libérale européenne appliquée à l’électricité

 Le blog de Christine Tasin est fort bien alimenté en articles intéressants (voir christinetasin.over-blog.fr). J’y reviendrai prochainement.

 Le 2 juillet, elle a rédigé un résumé (voir ci-après) du rapport de Marcel Boiteux (ancien directeur et actuel président d’honneur d’EDF) sur l’ouverture du marché de l’électricité à la concurrence.

 Elle renvoie à l’ensemble du rapport, qui peut être lu sur http://partisocialisterepublicain.unblog.fr/.

 « EDF et l'ouverture du marché »

« Marcel Boiteux, président d'honneur d'EDF, a écrit  pour le numéro du 25 mai 2007 de Futurible un rapport fort intéressant, je vous en résume ci-dessous les principaux arguments. 

A la création d'EDF, le but était de vendre au prix de revient, ce qui nous a permis, longtemps, d'avoir l'électricité la moins chère d'Europe. Or, l'ouverture à la concurrence a généré des augmentations considérables, et on les explique à présent en disant que le but n'était pas de faire baisser les prix mais de développer la qualité des conseils et des services....

Ainsi va-t-on absurdement soumettre à la concurrence ce qui fonctionne bien, grâce à une bonne gestion et des prix régulés ! 
L'ouverture à la concurrence ne concerne pas la gestion des réseaux, mais uniquement la production et la vente, moyennant un péage pour l'emploi des réseaux car  il est impossible de prévoir suffisamment de moyens de production pour faire face aux pics de la demande. Aucun industriel n'accepterait d'investir dans une installation qui ne serait utile que de temps en temps, donc c'est le régulateur national, EDF, qui va gérer cela. 

Il y a peu d'échanges à l'intérieur de l'Europe, les populations s'étant mobilisées contre le passage des lignes électriques ; donc ne reste globalement qu'un secteur couvrant France, Allemagne et Bénélux. Dans le système concurrentiel, le prix est fixé, automatiquement, par le fournisseur auquel il est fait appel pour répondre à la demande, donc le plus cher, donc allemand, d'où la hausse des prix.

Le rôle actif de Bruxelles : aucune entreprise ne peut soutenir la concurrence de tarifs régulés, très bas ; c'est pourquoi Bruxelles veut les faire disparaître et, pour cela, il faut qu'EDF augmente ses prix. D'ailleurs, EDF a paradoxalement incité une partie de ses clients à la quitter pour éviter l'accusation de Bruxelles "d'abus de positions dominante" avec la nécessité de se démanteler davantage (le découplage EDF-GDF coûte un milliard d'euros par an pour que le client ait la liberté de changer de fournisseur, c'est cher payé !).

Enfin, grâce à son parc nucléaire, les prix de revient d'EDF sont inférieurs à ceux des entreprises allemandes, ce qui, dorénavant, ne bénéficiera plus au consommateur, mais à ses actionnaires (l'Etat pour 90 % ), ce qui explique aussi la lutte actuelle des concurrents pour récupérer le parc nucléaire.

Bref, peu d'espoirs en perspective, puisqu'à Bruxelles, le pouvoir appartient aux lobbies, ceux des plus riches, soutenus par avocats et personnalités, sauf sur le long terme : M. Boiteux n'exclut pas qu'un jour, des entreprises publiques chargées de missions que le système du marché permet mal de remplir réapparaissent .. ».

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6 juillet 2007 5 06 /07 /juillet /2007 22:57

 

L’enjeu climatique justifie de réorienter la politique

 A son niveau de responsabilité, le président de la République prend conscience de la nécessité de réorienter de fond en comble la politique nationale et internationale. C’est la raison pour laquelle il pratique l’ouverture tous azimuts vers celles et ceux qui peuvent l’aider à définir concrètement cette nouvelle politique.

 Ce n’est pas un hasard s’il fait appel à des gens de gauche. C’est parce qu’il en a le plus grand besoin. Hubert Védrine a été chargé de mener une réflexion sur la mondialisation. Dominique Strauss-Kahn est le candidat de la France pour la direction du Fonds Monétaire International. Nous l’apprenons ce soir par une dépêche, en même temps que celle-ci qui porte sur la question du climat et pour laquelle Joseph Stiglitz a été sollicité (Reuters dans www.lemonde.fr).

 « Sarkozy consulte des experts internationaux sur le climat »

« Nicolas Sarkozy a reçu vendredi une dizaine d'experts internationaux, dont le prix Nobel d'économie américain Joseph Stiglitz, pour les consulter sur la lutte contre le réchauffement climatique.

 "Le président leur a demandé leurs conseils les plus pratiques et les plus concrets pour mettre en oeuvre une politique de développement durable, au niveau national comme au niveau international", a déclaré le porte-parole de l'Elysée.

 Selon David Martinon, il leur a fait part de sa volonté de promouvoir une "véritable fiscalité écologique" en Europe et une politique européenne de l'énergie, d'appliquer une TVA réduite aux produits propres et de mettre en oeuvre une politique d'achats publics encourageant les technologies propres.

Laurence Tubiana, directrice de l'Institut du développement durable et des relations internationales, a fait état d'une "convergence générale sur le fait qu'il fallait à la fois développer une réflexion sur les technologies et les partager largement, d'abord en Europe et aussi avec le reste du monde".

 "Il faut certainement agir de façon importante sur la question de la fiscalité écologique mais aussi sur les marchés du carbone, et il faut vraiment engager le mouvement, c'est-à-dire être d'abord exemplaire en France et en Europe, pour pouvoir entraîner les pays émergents", a-t-elle ajouté.

 "DISPONIBILITÉ GÉNÉRALE"

Outre Laurence Tubiana et Joseph Stiglitz, Nicolas Sarkozy avait notamment invité Jemal Dervis, administrateur du Programme des Nations unies pour le développement, Nicholas Stern, conseiller du Premier ministre britannique pour les questions climatiques, et l'ancien président chilien Ricardo Lagos, envoyé spécial du secrétaire général de l'ONU sur le climat.

 Figuraient également parmi ces experts Jeffrey Sachs, économiste américain et conseiller du secrétaire général de l'ONU, David Held, professeur de sciences politiques à la London School of Economics, et Rajendra Pachauri, président du Groupe intergouvernemental d'experts du climat (Giec).

 Nicolas Sarkozy s'est éclipsé peu avant 20h00, un peu moins de trois quarts d'heure après le début de la rencontre et a laissé ses interlocuteurs en compagnie du ministre de l'Ecologie et du Développement durable, Jean-Louis Borloo.

 "Le fait que ça vienne après les élections et qu'il met maintenant sur pied un programme me laisse penser que c'est vraiment sérieux", a cependant estimé Joseph Stiglitz. "Je pense qu'il a compris que c'était une idée qui pouvait réellement transformer nos économies."

 Ricardo Lagos a fait valoir que cela faisait deux fois en moins d'un mois qu'il rencontrait le président français. "Cela montre que le gouvernement français est vraiment engagé" dans lutte contre le réchauffement climatique, a-t-il dit.

 "Je crois qu'il y a une disponibilité générale pour accompagner la France dans cette discussion et faire que, si la France veut vraiment développer cette action, tous les experts sont là pour proposer des idées", a pour sa part déclaré Laurence Tubiana ».

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6 juillet 2007 5 06 /07 /juillet /2007 21:55

 

De grandes tensions à venir sur les énergies

 Sur www.lefigaro.fr le 5 juillet, une analyse de Georges Quioc, spécialiste des questions économiques, m’a intéressé car le journaliste aborde le problème des biocarburants en se plaçant manifestement du point de vue des intérêts pétroliers. C’est une vision radicalement différente de celle de Libération (voir l’article, hier, à ce sujet). Elle a le mérite de la clarté et pointe des problèmes bien réels, d’ailleurs soulignés également par les journalistes de Libération. Voici ce texte.

 « Les carburants végétaux, une alternative écologique incertaine qui masque de vrais risques »

 Les vacanciers risquent de devoir s'habituer à une pointe saisonnière des prix du pétrole au moment des grands départs. La flambée actuelle est le symptôme d'une offre mondiale tendue. La décision du Venezuela, cinquième exportateur mondial, qui vient de décider de nationaliser son industrie pétrolière ne peut que contribuer à un ralentissement de sa production, de l'avis des experts.

 Face à cette tension du marché, rien ne garantit que les autres membres de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) pourront ouvrir leur robinet pour compenser la baisse des exportations vénézuélienne.

 La cause est connue : les pays de l'Opep n'ont pas anticipé la fringale énergétique de la Chine et de l'Inde et n'ont pas assez investi pour développer de nouveaux gisements. Au moindre aléa politique, climatique ou saisonnier, le baril flambe. Il a dépassé les 70 dollars la semaine dernière.

Le pire est peut-être à venir. Loin de mettre les bouchées doubles pour rattraper leur retard, les pays de l'Opep menacent au contraire de freiner leurs investissements. Ils craignent, disent-ils, de dépenser inutilement des capitaux pour produire du pétrole qu'ils ne parviendront pas à vendre.

 De fait, aux Etats-Unis, George Bush veut réduire la consommation de pétrole de 20 % au cours des dix prochaines années au profit de l'éthanol. Et l'Union européenne a décrété l'utilisation de 5,75 % de carburant végétal dans la composition de l'essence et du diesel à partir de 2010. Du coup, la prévision de la demande de pétrole dans les années à venir devient incertaine.

 L'Opep estime qu'en temps normal, c'est-à-dire « en l'absence de changements technologiques et de politiques énergétiques importants » la demande mondiale de pétrole devrait augmenter de plus de 42 % à l'horizon 2030. Pour répondre à une telle augmentation l'Opep vient de chiffrer les dépenses de prospection et d'équipement à 2 400 milliards de dollars au minimum ! C'est un effort titanesque, mais pas hors de portée. À condition que les pays consommateurs n'investissent pas massivement au même moment dans les carburants végétaux de substitution, prévient l'Opep.

Les pays consommateurs sont donc invités à peser avec soin les avantages et les inconvénients de leurs politiques de soutien aux biocarburants. Et notamment bien mesurer leur bilan écologique.

Selon un rapport commandé par Bercy, l'économie de CO2 réalisée grâce aux biocarburants ne représentera qu'à peine 5 % du total des gaz à effet de serre émis par le transport routier français. C'est une petite économie, qui coûtera cinq à dix fois plus cher que les investissements nécessaires pour économiser les mêmes émissions par d'autres moyens, estime le rapport.

 Ce bilan écologique devient carrément négatif lorsque l'on y intègre les retombées des stratégies des pays émergents. Pour produire du « pétrole vert » des millions d'hectares de forêts partent en fumée chaque année au Brésil et en Indonésie. Cette déforestation serait responsable de 20 % des émissions annuelles totales de CO2, soit 3 milliards de tonnes, selon un rapport publié par la Banque mondiale en octobre dernier. Or les forêts sont des « pièges » à CO2. Elles absorbent des gaz à effet de serre et sont donc plutôt à protéger.

 Dernier inconvénient des biocarburants, leur développement se fait au détriment de l'alimentation humaine. Pour faire face à la demande de plantes nécessaires à la fabrication de l'éthanol de plus en plus de terres cultivables sont soustraites aux cultures alimentaires.

 Aux États-Unis, 5 millions d'hectares de maïs supplémentaires ont été ensemencés l'année dernière, soit l'équivalent de la superficie de la Suisse ! Conséquence le prix des terres cultivables flambe. La hausse a atteint 35 % l'année dernière dans l'État de l'Idaho aux États-Unis.

 En raison de la part grandissante de maïs consacrée à la production d'éthanol, le prix de la nourriture du bétail en Chine a augmenté de 25 % l'année dernière.

 L'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) vient de tirer la sonnette d'alarme sur ce phénomène qui s'est traduit par une hausse de 9 % cette année des dépenses globales d'importations alimentaires des pays en voie de développement.

Dans ces conditions pourquoi la production de biocarburants fait-elle l'objet d'un quasi-consensus dans la classe politique ? Essentiellement parce qu'elle va permettre d'offrir des débouchés aux agriculteurs lorsque la politique agricole commune (Pac) arrivera à son terme en 2012.

 « Il est logique, dans un contexte où l'agriculture française et européenne risque de connaître une crise majeure par suite de la concurrence internationale, que les biocarburants suscitent de grands espoirs, mais il convient de considérer ce débouché plus comme un complément de revenu stable face aux aléas du marché mondial que comme une solution miracle susceptible de sauver l'agriculture française », conclut le rapport du gouvernement.

Ainsi les biocarburants offrent une médiocre solution au problème des agriculteurs, mais risquent de soulever de vrais problèmes pour le prix du pétrole, l'alimentation humaine et l'environnement.

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