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  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine autour des idées de Jean-Pierre Chevènement. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens après les élections de 2002.
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3 avril 2010 6 03 /04 /avril /2010 18:12

 

Connaître l’histoire et les racines des tensions actuelles

 

Trêve pascale. Profitons-en pour faire une escapade en Belgique, notre proche voisin, qui voit ses difficultés de coexistence entre Flamands et francophones s’accroître.

Jean Quatremer, correspondant de Libération à Bruxelles, a eu raison de publier le 1er avril sur son blog - Coulisses de Bruxelles - l’article paru dans la revue J&V, un bimestriel destiné notamment aux Français de Belgique.

 

La Belgique de A à Z

 

Vue de France, la Belgique est un petit Royaume pittoresque dont les habitants parlent français avec un drôle d’accent popularisé par Coluche. Outre-Quiévrain, on ne va guère plus loin. Rares sont ceux qui savent qu’une forte majorité des habitants de ce pays est flamande (environ 60 % de ses dix millions d’habitants) et parle le néerlandais (d’où le « drôle d’accent »), qu’il s’agit d’une fédération comptant trois régions fédérées et surtout que les Flamands réclament davantage d’autonomie, voire, pour certains d’entre eux, l’indépendance de leur région.

Certes, depuis les élections législatives de juin 2007 et la longue crise politique qui a suivi, on a davantage parlé dans les médias du monde entier des affrontements « communautaires » locaux, c’est-à-dire de la volonté de la Flandre de disposer d’un territoire propre où tout le parle le néerlandais. Le New-York Times a même consacré, en mai 2008, un long papier à la Belgique, c’est dire, pour dénoncer le « fascisme non violent » qui règnerait dans le nord du pays : « that combination of national pride, rightist politics, language purity and racially tinged opposition to immigration is a classic formula these days in modern Europe, what critics call a kind of nonviolent fascism ». Mais la violence n’étant effectivement que légale et verbale, le Royaume de Belgique sort aussi rapidement qu’il y est entré du radar des médias étrangers. Voici un décryptage pour comprendre la situation de la Belgique, ce « pays en voie d’évaporation » comme le caractérise un diplomate européen. Et pour comprendre les racines des tensions actuelles, il faut faire un peu d’histoire. Voici un petit guide nécessaire à l'usage des Français, mais aussi des Belges qui auraient manqué un épisode.

 

Lire la suite "La Belgique de A à Z" » - extraits.

 

            •    Comment a été fondée la Belgique ? (…)

 

•    Comment sont apparues les revendications flamandes? (…)

 

•    Comment la frontière linguistique s’est-elle transformée en frontière administrative et politique ?

(…) Trois régions, qui sont devenues au fil des ans des États fédérés, voient le jour : la Flandre, qui a placé sa capitale à Bruxelles qui n’est pas juridiquement en territoire flamand, la Wallonie, capitale Namur, et la région de «Bruxelles capitale». Ces régions s'emparent petit à petit des compétences de l'État central qui n'est plus aujourd'hui qu'un ectoplasme gérant, pour l’essentiel, la dette, la sécurité sociale et l’armée. La presse, la justice, le barreau, les partis politiques, les syndicats, les organisations professionnelles ont scissionné, à partir des années 70, les uns après les autres entre Néerlandophones et Francophones. C’est ce qu’on appelle ici le « fédéralisme évolutif » qui, contrairement aux autres fédérations dans le monde, ne cesse de dénouer les liens unissant les entités fédérées. «Le XXe siècle, pour la Belgique, c'est l'histoire d'un délitement qui s'accélère», estime ainsi Marie-Thérèse Bitsch, auteure d’une excellente « Histoire de la Belgique » (éditions complexes).

 

•    BHV, c’est quoi ?

(…) Le CD&V, le parti démocrate-chrétien flamand (V pour Vlaams), d’Yves Leterme, a gagné les élections de juin 2007 sur les promesses d’une nouvelle « réforme de l’Etat » qui donnerait davantage de compétences aux régions fédérées et d’une scission de BHV. Les Francophones ont refusé tout net, ce qui a entrainé la plus longue crise gouvernementale de l’histoire de la Belgique : pour eux, accepter d’en terminer avec le dernier ilot de bilinguisme, c’est rendre possible l’indépendance de la Flandre... Lassés du refus francophone de toutes négociations, les partis flamands ont, pour la première fois de l’histoire de la Belgique, imposé la loi de la majorité (flamande) à la minorité (francophone) en votant en novembre 2007 , à la chambre des députés, cette scission, tous partis confondus (abstention des verts flamands). Mais la Constitution belge organise toute une série de voies de recours qui ne sont toujours pas terminées, deux ans plus tard, si bien que la scission n’est toujours pas effective… Avec le retour d’Yves Leterme au pouvoir, en décembre dernier, à la suite du départ d’Herman van Rompuy, le dossier BHV a été confié à un groupe de vieux « sages » de la politique belge, présidé par Jean-Luc Dehaene, un ancien premier ministre CD&V, qui doit trouver une solution avant les élections de juin 2011. Il faudra attendre le règlement de ce dossier explosif pour qu’une nouvelle « réforme de l’Etat » soit négociée.

 

•    Quel est le rôle du roi des Belges ?

(…) Le roi incarne la Belgique et, à ce titre, il doit être linguistiquement neutre. Mais il n’a quasiment plus aucun pouvoir : il n’a que de l’influence et celle-ci s’exerce surtout lors de la formation du gouvernement, puisqu’il désigne les « informateurs », « formateurs » et autres « défricheurs » chargés de préparer l’émergence d’une coalition gouvernementale à la suite d’une élection législative. Mais, ensuite, il n’a qu’un rôle purement formel : pour l’essentiel, il se borne à jouer le monsieur « bons offices » entre les protagonistes politiques en cas de fortes tensions et à plaider, sans illusions excessives, pour le maintien de la Belgique. Ainsi, le 24 décembre 2009, il a déclaré que la construction européenne « doit servir d’exemple à notre pays. Ici également, la diversité et les divergences de vues entre groupes de population rendent la cohésion parfois difficile ».

 

Voir aussi Belgique : nouvelles tensions entre francophones et Flamands (Le Monde, 1er avril) et, sur le même site, le 3 avril : En Belgique, les indépendantistes flamands progressent dans l'opinion.

Cet article est le 33ème sur ce blog dans la catégorie Etats Union européenne.

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26 mars 2010 5 26 /03 /mars /2010 22:29

Les Etats sous la menace des marchés financiers


 
« 
La tragédie grecque n’a pas fini de faire rire les Chinois », c’est ce que pense un analyste financier, que les habitués de La Chronique Agora connaissent bien. Philippe Béchade, ce 26 mars termine sa chronique intitulée Les Etats-Unis sont de moins en moins indispensables à la Chine par ce commentaire concernant la zone euro :

Mais le marché a des sujets d'inquiétude plus immédiats, qui doivent beaucoup faire sourire du côté de la Chine, qui a toujours pris l'Europe pour un nain politique. Jean-Claude Trichet a ouvertement critiqué le possible recours à l'intervention du FMI prôné par l'Allemagne dans le cadre d'un accord de refinancement de la dette grecque - un problème qui devrait se résoudre au sein du périmètre de l'Eurozone, laquelle ne devrait pas fuir ses responsabilités.

Rarement les divergences entre pays européens sont apparues aussi grandes... mais il est encore plus rare de voir le président de la BCE critiquer à son tour le fragile consensus auquel semblait parvenus deux membres influents de l'Union européenne, la France et l'Allemagne.


Sa collègue
, analyste du marché des matières premières et des devises, Isabelle Mouilleseaux, fait le constat, dans sa chronique ce 26 mars, que la spéculation financière continue comme avant.

La spéculation reste aux commandes :

La hausse récente des indices est assise sur des volumes faibles, qui vont en s'amenuisant. Un signal clair de risque de retournement. Mais la spéculation mène la danse. Les investisseurs-traders vivent dans l'ultra-court termisme. On joue la nouvelle. Dans les minutes et les heures qui suivent sa publication. A la hausse un jour, à la baisse le lendemain, peu importe. Tout ça sans jamais essayer de prendre en compte la situation économique réelle et ses scénarios d'évolution potentielle à moyen et long terme. Un travers de taille. Et une longue histoire.

Voilà où tout cela nous a mené
L'explosion des marchés financiers en volume et valeur sur les 30 dernières années (depuis 1980) a été largement supérieure à la croissance économique réelle. Pour 10 $ de richesse effectivement créée par l'économie réelle, les actifs financiers gagnaient en valeur 15 $, 20 $, 30 $, 40 $... En 2007, la valeur des actifs financiers de la planète était supérieure de 340% à la valeur de la richesse économique produite par cette même planète. On peut parler d'une création de richesse financière démesurée, comparée à la réalité.

Jamais ce différentiel de croissance n'a gêné qui que ce soit
Finalement, il s'est résorbé dans la douleur : 16 000 milliards de dollars d'actifs financiers sont "partis en fumée" en 2008. Un record absolu en matière de destruction de valeur. Un ajustement "violent" entre réalité et financier. Aujourd'hui, nous recommençons les mêmes erreurs. La finance depuis des mois s'envole et atteint un point haut actuellement. L'économie ne crée pas de richesse. La dette s'envole. L'écart se creuse. A quand le prochain ajustement ?

A quand le prochain ajustement ?
Il va bien falloir finir par admettre que la croissance des marchés financiers doit être en phase avec la croissance des économies réelles. Nous avons devant nous, pays de l'OCDE, des années de croissance faible à endurer, années que nous allons passer à rembourser nos dettes avant tout, au lieu de consommer. Et tout emballement de la machine financière se soldera inévitablement par un ajustement violent. Ceci jusqu'à ce que nous comprenions. Enfin (voir Les marchés ont une capacité inouïe à "absorber les chocs").


La spéculation s’attaque aux dettes des Etats (dettes « souveraines »)

Les Etats s'attaquent au puissant et nébuleux marché des CDS (Le Monde, 4 mars)

Ils sont devenus le nouvel "épouvantail" des autorités européennes : les CDS souverains, pour "Credit Default Swaps", ces contrats censés assurer l'acheteur d'un emprunt d'Etat contre le risque de non-remboursement. Les attaques spéculatives contre la dette de la Grèce incitent Paris, Berlin et Bruxelles à réclamer un contrôle accru de ce marché étroit et nébuleux (…).


Les peuples paient la facture
 : voir La baisse des revenus, amère potion pour l'Europe (Le Monde, 5 mars).La Grèce, le Portugal ou l'Irlande sacrifient salaires et retraites pour rétablir leur compétitivité et leurs budgets (…).

 

Les Etats européens ont mis du temps avant de trouver un accord sur l’aide à la Grèce : voir L’Allemagne et la zone euro tergiversent au sujet du plan d’aide à la Grèce (Le Monde, 16 mars).

 

L’Allemagne a plus confiance dans le FMI que dans l’Europe :

Voir La crise grecque menace le couple franco-allemand (Le Monde, 19 mars).

Experte dans l'art des positions floues, Angela Merkel joue la montre. La chancelière allemande pourrait bien remporter la partie et imposer la solution que la France considère comme un désaveu de l'euro: l'intervention du Fonds monétaire international (FMI) pour aider la Grèce en déroute. A moins qu'elle ne se serve de cette menace pour obtenir un durcissement de la discipline dans la zone euro (…).

 

Voir aussi Allemagne : Lagarde a-t-elle vraiment dit « n'importe quoi » ? (Rue89 ; Pascal Riché, 18 mars) - Extrait : Le modèle « prédateur » de l'Allemagne
Derrière ce langage un peu codé, une accusation : l'Allemagne suit un modèle « non coopératif ». Un modèle prédateur, par lequel l'Allemagne gagnerait des parts de marchés en comprimant les salaires de ses propres travailleurs (donc les coûts de ses produits). Sur RTL, la ministre a enfoncé le clou en conseillant à l'Allemagne de « diminuer les impôts pour encourager la consommation intérieure » et donc les exportations des autres pays.

La ministre de l'Economie et des Finances est loin d'être la seule à raisonner ainsi. Cela fait plusieurs années que l'Allemagne est accusée de pratiquer une « déflation compétitive », au détriment des autres pays. Martin Wolf, éditorialiste du Financial Times, constate ainsi qu'il est illusoire de penser que tout le monde pourrait suivre le modèle allemand. Car qui dit excédents dans un pays, dit déficits ailleurs :

« Les excédents structurels allemands, dégagés par le secteur privé et par la balance courante, rendent virtuellement impossible pour ses voisins d'éliminer leurs déficits budgétaires, à moins d'accepter un marasme prolongé. » Et c'est vrai qu'il y a une certaine incohérence, de la part de l'Allemagne, à donner son modèle en exemple à l'eurozone. Si l'eurozone l'adoptait, il n'y aurait plus de modèle allemand ! C'est un peu comme si un enfant, sur la position haute d'un tape-cul, exigeait que son camarade soit lui aussi en haut…

La décision du Conseil européen : voir Le plan d'aide à la Grèce, une arme de dissuasion massive (blog de Jean Quatremer, correspondant de Libération à Bruxelles, 26 mars)


La position de Jean-Pierre Chevènement (dépêche AFP, 26 mars) 4165664365 83c901fb6f s[1]

"L'impasse de la monnaie unique éclate au grand jour" après les déboires financiers de la Grèce a affirmé vendredi Jean-Pierre Chevènement, président du MRC, pour qui le sommet de Bruxelles "a accouché d'une fausse solidarité" entre les nations.

Le président du Mouvement Républicain et Citoyen remet en cause la rigidité de la monnaie unique, l’euro, considérant qu'il aurait fallu une monnaie commune réservée aux transactions internationales. "Il est temps de reprendre l'ouvrage sur des bases nouvelles et de repenser ce que peut être la solidarité entre les nations européennes", a-t-il ajouté.

Voir Chevènement: "l'impasse de la monnaie unique éclate au grand jour"

Cet article est le 32ème sur ce blog dans la catégorie Etats Union européenne.

  
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4 mars 2010 4 04 /03 /mars /2010 23:49

La raison d’être de l’Europe est de viser le plein emploi

 

La France doit dire non aux exigences imposées par l’Union européenne à la Grèce et proposer une autre solution qui permettrait de rassembler l’Europe, au lieu de la diviser, ce qui est le cas actuellement.

 

Comment l’Europe pourrait-elle se faire contre ses peuples ? Comment l’Europe pourrait-elle se faire contre les nations du sud ? Est-il possible d’être européen et de continuer, imperturbablement, d’appliquer les recettes néolibérales en faveur du capital et contre l’emploi, donc au détriment des intérêts du monde du travail ?

 

Ce 4 mars, le site Internet du Monde publie un entretien de Jean-Baptiste Chastand avec Bruno Palier, chercheur, spécialiste des systèmes sociaux européens. Celui-ci montre que le vrai problème des Etats du sud de l’Europe est de proposer du travail aux citoyens afin de financer les dépenses sociales.

La France n’est pas mieux lotie que la Grèce, l’Espagne et l’Italie sur ce point. Nous devons, donc, refuser d’abandonner notre modèle social et réorienter profondément la politique européenne, comme l’écrivait Gabriel Grésillon, le 2 mars, dans les Echos.

 

Voici ces deux articles, très intéressants, qui ouvrent des pistes de sortie par le haut de la crise européenne. « A défaut, il serait inéluctable d’organiser l’éclatement de la zone, avec sortie de l’euro pour plusieurs pays » (voir  1er mars 2010 Programme MRC de Salut public : une nouvelle politique européenne 1ère proposition).

 

"La situation de la France n'est pas meilleure que celle de la Grèce" (Le Monde, 4 mars)

Bruno Palier, chercheur au centre d'études européennes de Sciences Po, est spécialiste des systèmes sociaux européens. Selon lui, le principal problème de l'économie des pays d'Europe du Sud est que l'Etat n'y favorise pas assez l'emploi. Et la France fait face au même défi.

Les situations budgétaires difficiles de la Grèce, du Portugal et de l'Espagne qui ont conduit ces pays à prendre des mesures de rigueur sont-elles dues à des dépenses sociales trop importantes ?

Bruno Palier : Je ne pense pas que les systèmes sociaux soient responsables de la situation dans laquelle ces pays se trouvent aujourd'hui. Le niveau de leurs dépenses sociales est en effet bien souvent inférieur à celui des autres pays européens. Leur principal problème est qu'il n'y a pas assez de personnes qui travaillent. Le taux d'emploi des femmes et des seniors y est trop faible.

Ce problème est d'ailleurs exactement le même pour la France. Il montre un manque de capacité des autorités à créer des activités pour créer des emplois. Et comme il n'y a pas assez d'activité économique, il n'y a pas assez d'entrées d'impôts pour financer les dépenses publiques.


Mais on accuse souvent les systèmes sociaux d'Europe du Sud de favoriser les plus âgés, au détriment de l'innovation et de l'activité...

Bruno Palier : Il est vrai que l'Espagne ou l'Italie consacrent 60 % de leurs dépenses sociales pour les retraites, contre 45 % en France.  Ces pays dépensent par conséquent beaucoup moins pour les politiques d'emploi ou familiales. En outre, la situation est encore aggravée par la démographie de ces pays qui doivent faire face à une très faible fécondité.

Mais si la France a un taux de fécondité élevée, elle doit trouver le moyen de donner des emplois à ses jeunes. Dans ce sens, le modèle français est plus proche de celui de l'Europe du Sud que de celui de la Suède. La situation de la France n'est donc pas meilleure que celle de la Grèce. Les prochains mois risquent de le prouver.

Le principal problème reste le même dans toute l'Europe du Sud, France comprise : il faut donner du travail pour financer les dépenses sociales. Ces pays sont dans l'incapacité de développer une stratégie technologique fondée sur le high-tech et les services pour développer l'avenir. Nos modèles sociaux indemnisent plus qu'ils ne préparent l'avenir. On le voit bien quand Nicolas Sarkozy s'engage à sauver des industries du XXe siècle qui ne créent plus d'emplois, comme l'automobile.


Les manifestations en Grèce et au Portugal montrent que les peuples ne sont pas prêts à accepter de sacrifier leurs acquis sociaux.

Bruno Palier : Je ne suis pas sûr que les Français soient beaucoup plus prêts à accepter de réformer leur système social, comme semble l'annoncer le début du débat sur l'avenir des retraites. Je suis assez étonné de la façon dont on juge les pays d'Europe du Sud depuis le début de la crise qu'ils rencontrent, alors que nous sommes très proches de leur situation.


L'Europe et l'équation grecque 
(Les Echos, Gabriel Grésillon, 2 mars) - extrait.  

 

(…) En rester au chacun pour soi n'est donc pas à la hauteur de l'enjeu. Au mieux, cela peut permettre de laisser passer la tempête. Au pis, cela peut la précipiter. L'Europe devrait plutôt comprendre, en mettant le pied dans la monnaie unique, qu'elle faisait le premier pas sur la route de la convergence des politiques économiques. Les principes de saine gestion, pour utiles qu'ils soient, sont à l'évidence insuffisants. Il serait temps de s'atteler à la tâche. Soit l'Europe opère sa révolution culturelle en s'engageant sur cette voie, soit elle prend le risque de reconnaître aux yeux du monde qu'elle a construit un espace économique unique mais hétérogène, plus égoïste que solidaire et, surtout, dépourvu de pilote.

 

Voir aussi La Grèce en appelle à la solidarité européenne (Le Monde, 3 mars)

 

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12 février 2010 5 12 /02 /février /2010 23:49

La finance continue de mener l’économie et le monde

 

C’est maintenant la zone euro - son économie, ses Etats, ses faiblesses - qui est la proie de la spéculation financière mondialisée. La sortie de crise n’est pas pour demain. Car les autorités politiques, après avoir volé au secours des banques, se gardent bien de s’en prendre aux causes de la crise.

Tout devrait continuer comme avant. Mais cela ne se passera pas comme cela, cette crise étant celle du système économique et financier lui-même. Le montage institutionnel européen est à côté de la plaque. Il n’en survivra pas.

 

Passons en revue les meilleures analyses de cette situation inédite.

 

Attac France, 10 février : Euro : il faut casser les reins de la spéculation

 

La secousse qui ébranle la zone euro révèle que les élites dirigeantes n’ont toujours rien appris de la crise globale qui frappe la planète.

Tout d’abord parce que les marchés financiers ont gardé intact leur formidable pouvoir de nuisance. Les pays membres de l’Union européenne les plus fragilisés par la crise mondiale payent un tribut exorbitant aux spéculateurs. Ainsi, la Grèce, l’Espagne, le Portugal, notamment, désignés par les marchés financiers comme les maillons faibles de la zone euro, sont attaqués de toutes parts. Les fonds d’investissement imposent à ces pays des taux d’intérêt deux fois plus élevés qu’à l’Allemagne ou la France pour financer leurs déficits. Déficits eux-mêmes largement provoqués par la récession due à la crise financière. La boucle est bouclée : les spéculateurs font leurs profits avec les conséquences de la crise qu’ils ont provoquée.

Ensuite parce que la spéculation contre l’euro montre l’impasse de la construction européenne. Celle-ci nous avait été vantée comme un bouclier anti-crise. Il n’en est rien. Jamais l’Union européenne n’a tenté de prendre des distances par rapport à la financiarisation de l’économie mondiale et de ralentir la circulation des capitaux.

Au contraire, tous les traités européens ont inscrit l’Union dans une dynamique financière incontrôlable. La Banque centrale européenne a bien fait d’injecter des liquidités et de baisser les taux d’intérêt pour limiter la récession.

Mais puisque nous sommes restés dans une économie de casino, ces liquidités ont fourni de nouvelles munitions à l’industrie financière pour spéculer et menacer l’existence même de l’euro.

L’Union européenne s’est également interdit d’avoir un vrai budget qui permettrait une aide aux pays en difficulté. Elle s’est même, de façon absurde, interdit de venir en aide à un pays de la zone euro en difficulté. Elle est donc incapable de tenir la promesse qu’elle a faite aux peuples européens : construire un espace de solidarité, dont la nécessité se fait cruellement sentir en temps de crise. Les Grecs, Espagnols, Portugais et autres Islandais qui ont besoin de cette solidarité, n’ont qu’à aller voir ailleurs. Au FMI, par exemple, qui saura une nouvelle fois faire payer les peuples pour les erreurs de leurs dirigeants !

La sortie de crise, annoncée bruyamment tous les jours, est encore loin. Les dégâts sociaux provoqués par la finance ne font que s’aggraver. Attac exige l’instauration immédiate par l’Union européenne d’une taxe sur les transactions financières pour casser les reins à la spéculation qui menace de déclencher une nouvelle catastrophe financière. Une taxe de type "Tobin-Spahn", c’est-à-dire à double niveau : un niveau faible (0,1%) en temps ordinaires pour dégonfler le volume des transactions ; un taux élevé (de 10 à 50%) en période de folie spéculative, comme aujourd’hui.

 

Bernard Teper, président de l’Union des Familles laïques (UFAL Flash n° 104, 12 février) :

 

On nous avait prédit il y a quelques semaines la sortie de crise ! En fait, la crise s’approfondit. Les pays de la zone Euro les plus fragiles : Grèce, Espagne et Portugal subissent à leur tour la crise. Ces pays sont obligés d’augmenter leur taux d’intérêt pour financer leurs déficits, ce qui augmente leur fragilité. Lire la suite…

Jacques Sapir, directeur d’études à l’EHESS, le 12 Février, sur le site Marianne2 :

La crise grecque, un camouflet pour l'euro et la BCE  


La Grèce n'est pas dans une situation très différente des autres pays de l'Union. Pour l'économiste Jacques Sapir, la solution est ailleurs. Il faut un contrôle des mouvements de capitaux et une réforme de la Banque Centrale Européenne.

L’Euro est en crise. Cela n’étonnera guère ceux qui me lisent. Cette crise était prévisible du fait même du fonctionnement de cette zone, ainsi que je l’ai établie il y a quelques années. L’hétérogénéité des niveaux de l’inflation structurelle dans les pays de la zone ne pouvait que mettre à mal une construction à laquelle manquaient des pans entiers pour en assurer la cohérence.
La crise grecque a donc constitué un avertissement et non un véritable test pour la zone Euro. La faiblesse de la réaction européenne, en revanche, pourrait bien laisser préjuger de ce que sera la capacité de résistance de cette zone quand la véritable crise arrivera : c’est-à-dire très faible. En effet, la situation de la Grèce sur le plan budgétaire est sérieuse, mais elle n’est pas la seule (…).

 

Editorial du quotidien Le Monde, 10 février : Spéculation  

A peine un an après avoir sauvé les banques en y consacrant de chaque côté de l'Atlantique des sommes colossales - 25 % du PIB, selon la Banque centrale européenne -, voici les Etats endettés attaqués par ces mêmes établissements financiers. Telle est l'une des leçons - amères - de la crise grecque, la plus importante qu'ait connue l'euro depuis sa création (…).

 

Philippe Béchade, le 10 février, analyste financier (analyses des marchés, La Chronique Agora) :

Un parallèle entre un krach obligataire et la crise des subprime

(…) Si nous devions oser une analogie entre la crise des dettes souveraines et celle des subprime, nous dirions que le défaut temporaire de Dubaï (qui aurait pu très mal se terminer sans la "générosité" du voisin Abu Dhabi) correspond au dépôt de bilan de New Century Financial en février 2007...et la spirale baissière des emprunts grecs ressemble aux convulsions préfigurant la faillite de Bear Stearns (c'était en juillet 2007).

Les prochaines étapes pourraient être le déclenchement d'une attaque spéculative contre le Portugal en mars prochain (l'équivalent de la faillite de la banque britannique Northern Rock à la mi-septembre 2007) puis contre la dette espagnole. On changerait alors d'échelle avec l'Espagne... et il nous revient en mémoire le prêt d'urgence de 30 milliards de dollars accordé à J.P. Morgan à la mi-mars 2008.

Ce serait ensuite au tour de l'Angleterre de tétaniser les porteurs obligataires institutionnels sur l'ensemble de la planète. Ce serait l'équivalent de l'onde de choc IndyMac... mais aussi Royal Bank of Scotland ou Lloyds TSB, pour rester dans la tonalité locale.

Et vous devinez où commencera alors à vaciller le domino suivant : aux Etats-Unis... avec une succession de chocs de confiance équivalents à la dislocation de géants comme Fannie Mae, Lehman ou AIG (…).

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27 décembre 2009 7 27 /12 /décembre /2009 20:52

L’Europe est-elle assez attentive à la Roumanie ?

 

Comme je l’ai écrit le 19 décembre (voir Roumanie : la vérité sur le renversement des Ceausescu attendra), je porte un intérêt certain à la Roumanie.

Le 25 décembre 1989, le régime dictatorial des Ceausescu prenait fin, en même temps que leur vie.
 Les Roumains sont très divisés sur l’appréciation de Ceauşescu. L’agence de presse Reuters a publié une dépêche - reprise sur le site du quotidien Le Monde, le 25 décembre – qui aborde cette question. Voici ce texte, signé par Radu Marinas, de Bucarest, avec Sinisa Dragin.

Vingt ans après, Ceausescu continue de hanter les Roumains

Vingt ans jour pour jour après son exécution au terme d'un procès expéditif, Nicolae Ceausescu continue de hanter les Roumains, dont beaucoup dénoncent une "révolution volée". Les anticommunistes accusent une élite liée au régime renversé de s'être maintenue au pouvoir en s'accaparant les richesses du pays dans la confusion qui a suivi. De leur côté, les sympathisants du dictateur considèrent que la Roumanie est pillée par de "nouveaux riches".

Ceausescu n'a laissé personne indifférent, dans un sens comme dans l'autre. Dans un sondage réalisé en 2007 par la fondation George Soros, il était considéré par ses concitoyens comme le meilleur dirigeant du siècle dernier, mais arrivait aussi en tête des présidents ayant fait le plus de mal. Les récentes élections sont une illustration de ces divisions. Les nostalgiques du régime Ceausescu affirment que le passage à la démocratie et l'entrée dans l'Union européenne ont plongé le pays dans l'instabilité et l'ont orienté dans une mauvaise direction.

"Il y a un héritage en Roumanie, un héritage de dictature", a déclaré l'écrivain d'origine roumaine Herta Müller à Stockholm où elle venait de recevoir le Prix Nobel de littérature. "L'ancienne Securitate (police secrète) et l'ancienne nomenklatura constituent des réseaux étroitement liés en Roumanie (...) Elles ont réussi à occuper pratiquement toutes les positions clé de la société." Herta Müller et son mari ont quitté la Roumanie en 1987, deux ans avant le renversement de Ceausescu. La Securitate l'avait harcelée pour avoir refusé de donner des informations sur ses collègues et amis et sa mère avait été envoyée en camp de travail. La Securitate utilisait un demi-million d'agents et des millions d'informateurs pour créer un climat de terreur permanente.

RETOUR DE L'ANCIENNE ÉLITE

La plupart des Roumains éprouvaient de grandes difficultés d'approvisionnement dans des magasins quasi vides et ils grelottaient l'hiver dans des logements sans chauffage tandis que Ceausescu faisait construire des monuments grandioses et organisait des fêtes fastueuses pour son entourage. Mais aujourd'hui, un cinquième de la population vit avec moins de trois dollars par jour, le niveau de vie est inférieur à la moitié de la moyenne de l'UE et moins du quart de la population occupe officiellement un emploi.

Le jour de l'anniversaire de la mort du dictateur, de petits groupes continuent de se rendre sur sa tombe, à Bucarest, pour allumer des bougies. Aucune explication satisfaisante n'a été donnée sur les raisons pour lesquelles la révolution roumaine a été la plus sanglante de la région, et son déroulement même n'est pas très clair. Des historiens ont rapporté que plus de 1.500 anticommunistes avaient été tués dans tout le pays. Une semaine après le début de la révolution, le 16 décembre, Ceausescu et son épouse Elena ont été reconnus coupables au terme d'un procès expéditif et ils ont été aussitôt passés par les armes dans la cour d'une caserne.

Les régimes communistes ont été renversés sans grande effusion de sang dans le reste de l'Europe de l'Est, de la RDA à la Tchécoslovaquie en passant par la Pologne, Moscou ayant laissé entendre qu'il ne recourrait pas à son armée pour les soutenir. En éclatant, l'Union soviétique a elle-même subi une série de coups d'Etat et de guerre civiles.

Dans la décennie qui a suivi, des cadres communistes de second rang ont accédé au pouvoir, notamment Ion Iliescu, qui avait dans le passé proclamé son attachement à Ceausescu. Ancien secrétaire du parti communiste chargé de l'idéologie, Iliescu est accusé par ses détracteurs d'avoir "volé" la révolution roumaine. Certains analystes estiment que son objectif initial n'était pas d'opter pour la démocratie mais de protéger l'ancienne élite.

DESENCHANTEMENT

Des observateurs politiques disent que ses trois mandats de président ont permis à des magnats soupçonnés d'être d'anciens agents de la Securitate de s'accaparer les avoirs publics sous prétexte de passage à la démocratie et au capitalisme. Ils en veulent pour exemple le démantèlement des grandes coopératives agricoles de l'époque communiste et l'attribution dans les années 1990 de millions d'hectares à des barons du régime.

"La Roumanie a réussi à rester un pays où les cliques ex-communistes semblent contrôler l'économie (...) cela entrave le développement de la Roumanie et rend (...) pénible la transition", dit le sociologue Bruno Stefan. Bien que la Roumanie ait adhéré à l'Otan en 2004 et à l'UE trois ans plus tard, elle peine depuis à se transformer en une économie ouverte et elle est l'un des Etats les plus pauvres de l'UE et le plus corrompu avec la Grèce et la Bulgarie. De nombreux diplomates occidentaux ont dénoncé cette situation et, lorsqu'elles ont adhéré à l'UE, ils ont affirmé que la Roumanie et la Bulgarie n'étaient pas prêtes. L'ancien commissaire à l'Elargissement Olli Rehn a déclaré récemment au quotidien La Libre Belgique que lorsqu'il était devenu commissaire, il avait réalisé que "la Roumanie et la Bulgarie n'étaient pas encore prêtes à adhérer".

L'élection présidentielle roumaine de ce mois-ci illustre parfaitement les divisions de la société roumaine. Le candidat de centre-droit Traian Basescu a battu de peu le candidat de gauche Mircea Geoana, chef du parti social-démocrate et fils d'un ancien général de l'époque Ceausescu qui a dit considérer Iliescu comme un mentor positif. "Le désenchantement, c'est je crois le mot qui, après vingt ans, peut définir ce qui s'est passé", résume Raico Cornea, un journaliste de 40 ans qui se trouvait dans les rues de Timisoara lorsque la révolte a éclaté.

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20 décembre 2009 7 20 /12 /décembre /2009 20:34

La crise incite les salariés à la solidarité

 

Après avoir évoqué, hier sur ce blog, des éléments politiques concernant la Roumanie (voir Roumanie : la vérité sur le renversement des Ceausescu attendra - 19 décembre 2009), que je souhaite compléter par les informations parues sur le site Le Courrier des Balkans notamment l’article 16 décembre 1989, la révolution roumaine commence..., je propose d’aborder aujourd’hui les suppressions d’emplois dans des unités de production appartenant au groupe Alcatel-Lucent et les réactions des salariés.

 

En 2008, les salariés Dacia (groupe Renault) avaient obtenu des augmentations de salaires à la suite d’une grève (voir Dacia (groupe Renault) en Roumanie : fin de la grève, après un accord sur les salaires - 12 avril 2008).

 

Plus de 800.000 employés du secteur public, étaient en grève le 5 octobre 2009 en Roumanie pour dénoncer les mesures d’austérité exigées par le Fonds monétaire international (FMI). C’est le mouvement social le plus important en Roumanie depuis la chute du communisme fin 1989.

La crise produit ses effets aussi en Roumanie. Cette fois-ci, ce sont les salariés Alcatel-Lucent qui réagissent aux suppressions d’emplois et licenciements. Le site Rue89, le 12 décembre, a reproduit un article publié par Mehdi Chebana sur son site Le Courrier des Balkans :

En Roumanie, les salariés d'Alcatel-Lucent se rebiffent

(De Timisoara) Sécurité de l'emploi, bons salaires, primes substantielles, prêts bancaires préférentiels… Quand Alcatel devient la première société étrangère à s'implanter à Timisoara en 1991, ses salariés bénéficient d'avantages bien supérieurs à ceux offerts par les autres entreprises de la ville.

Aujourd'hui pourtant, c'est la tension et le désamour qui règnent sur le site de la plus grosse multinationale du sud-ouest de la Roumanie. Sous le coup d'un vaste plan de restructuration qui prévoit le transfert de 30% des effectifs vers le sous-traitant indien Wipro, les salariés menacent de cesser le travail mardi et mercredi, après « l'échec » de leur grève d'avertissement du 27 novembre. Manuel Martin, 35 ans, président du premier syndicat de la société fondé en juillet, déplore :

« Avec près de 500 postes menacés sur 1 600, nous sommes les plus touchés en Europe par le plan global d'économies lancé par le groupe. Les négociations avec le patronat ne débouchent sur rien de satisfaisant, il n'y a que par la grève qu'on pourra faire pression. »

Le Syndicat libre d'Alcatel-Lucent Timisoara réclame notamment plus de garanties pour les employés du Centre technique roumain et du service financier qui seront transférés début 2010 (…).

Le 10 novembre, les Alcatel-Lucent avaient déjà manifesté à Timisoara pour mettre la pression sur le patronat (les salariés ont aussi lancé un blog). Ce rassemblement, inédit dans l'histoire de l'entreprise, faisait écho à ceux organisés simultanément en France, en Allemagne et en Italie contre la suppression attendue de plus de 4 000 emplois dans toute l'Europe (…).

« Les employés découvrent qu'ils ont des droits »

Refroidis par le sort réservé à leurs collègues « vendus aux Indiens », les membres du Syndicat libre ont insisté, dans la foulée, pour négocier un contrat collectif de travail. Une négociation rendue obligatoire par la loi mais qui n'avait jamais eu lieu jusqu'ici, en l'absence de représentant des salariés. Manuel Martin :

« Ce contrat va nous permettre de nous protéger en cas de licenciements massifs. Nous ne sommes à l'abri de rien avec la crise… Et puis, c'est l'occasion de mettre les choses à plat en matière de congés payés, de primes d'ancienneté ou d'augmentation. C'était absolument nécessaire ! »

En moins de six mois, les salariés du site ont donc pris conscience de leurs droits et se sont mobilisés pour les défendre. Mais, au départ, le scepticisme était important dans l'entreprise. Non seulement parce que, pour beaucoup de Roumains, syndicalisme rime encore avec communisme mais aussi parce que les employés d'Alcatel-Lucent ont longtemps bénéficié de conditions avantageuses qui ne les encourageaient pas à se syndiquer.

« La crise a renforcé la solidarité entre les travailleurs et relancé le mouvement syndical », se réjouit Stefan Gogosanu, secrétaire départemental de la confédération syndicale Cartel Alfa à laquelle le Syndicat libre est affilié. « Depuis quelques mois, les salariés découvrent qu'ils ont des droits et qu'ils vaut mieux se rassembler pour les défendre. »

A propos de syndicats libres …

Le site On Vaulx Mieux que ça ! (Collectif interprofessionnel de citoyens habitant et/ou travaillant à Vaulx-en-Velin, d'organisations syndicales, d'associations) a reproduit les principales revendications du syndicat libre des ouvriers roumains (SLOMR) créé en 1979 :

• Suppression du culte de la personnalité du chef de l’état.

• Application du droit à la critique, à tous les niveaux, de bas en haut, et jusqu’au chef de l’état, tant au sein du Parti et des syndicats, que dans la presse et les publications de tous ordres, sans que pour autant ceux qui ont exercé ce droit soient persécutés.

• Reconnaissance légale du SLOMR, Syndicat Libre des Ouvriers de Roumanie.

• Reconnaissance du droit de grève.

• Arrêt des persécutions à l’encontre des minorités nationales.

• Réduction de la semaine de travail à 40 heures…Nous demandons à ne plus être contraints de travailler le dimanche, et que les fêtes nationales et religieuses soient considérées comme des jours fériés.

• Promulgation d’une loi qui donne un statut légal aux chômeurs…

• Droit de voyager à étranger, d’y travailler et d’en revenir quand on le désire.

• Abrogation de la loi sur la natalité forcée, loi d’autant plus inhumaine que la population souffre de malnutrition.

(…)

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19 décembre 2009 6 19 /12 /décembre /2009 21:39

Président réélu cherche majorité pour gouverner

 

Mon intérêt pour la Roumanie date de 1984. J’avais été sensibilisé aux problèmes de ce pays par les participants à un voyage d’études de la Coopérative des Agriculteurs de la Mayenne. Mon ami Jean-Pascal Lefebvre, qui accompagnait le groupe d’agriculteurs, avait été stupéfié par l’encadrement policier de la population, rendant impossible tout contact direct avec les Roumains.

 

J’y suis allé en août 1991, en tant que maire de Saint-Berthevin avec huit autres Berthevinois intéressés par les échanges et jumelages. Mon prédécesseur, Bernard Le Godais, avait pris des contacts avec une commune, Recas, proche de Timisoara. Nous voulions voir sur place pour savoir ce qu’il était possible de faire en commun (Recas et Saint-Berthevin).

 

L’accueil était sympathique, mais les conditions de vie laissaient sérieusement à désirer (j’ai le souvenir d’avoir été hébergé, avec René Camus et Antoine Touret, dans le local désaffecté de l’ex-parti communiste de Ceausescu, aménagé très sommairement).

 

Nous avions constaté un manque général d’organisation de services municipaux et de responsabilité des élus. C’est pourquoi notre décision a été de rechercher une autre commune. Quelques années plus tard, ce fut Desesti (voir Présentation des jumelages), tout au nord, prés de la frontière ukrainienne, dans le Maramures. Cette région, très éloignée de Bucarest, a conservé ses traditions et, semble-t-il, moins souffert du système Ceausescu.

 

Nous étions en contact avec une spécialiste de la Roumanie et des pays de l’est de l’Europe (voir La Roumanie, 1989-2009 : Edith Lhomel à Laval le 19 octobre 2009 - 8 novembre 2009).

 

Edith Lhomel est en manque d’espoir à l’égard de la Roumanie. Il y a de quoi. Le pays peine à être gouverné. L’action politique est déconsidérée. Pourquoi ? Parce que les dirigeants qui ont renversé et tué le couple Ceausescu, il y a vingt ans - anciens dirigeants communistes, devenus social démocrates - n’ont pas dit la vérité. Le premier qui a commencé à ouvrir les archives est le président Basescu du parti libéral démocrate. Non sans mal.

 

Selon Patrick Pesnot, ce 19 décembre sur France Inter - La révolution roumaine, décembre 1989 (2), c’était un coup d’Etat gorbatchévien initié par Ion Iliescu.

« Il semblerait qu'à partir de 1987-88, il ait commencé à constituer un réseau clandestin informel de « gorbatcheviens », formé par des cadres du Parti communiste mécontents et inquiets de la dérive du régime » (Wikipedia).

 

Le problème est que la (trop fameuse) police politique Securitate n’a pas été dissoute par le nouveau pouvoir (Iliescu), mais maintenue sous un autre nom, en conservant les mêmes cadres. Voir, à ce sujet, le dossier de L’Express, cette semaine (17 décembre) « Roumanie : des espions dans la maison » :

 

"Le système de la Securitate était pire que la Stasi"

La Roumanie de Ceausescu ou l'espionnage généralisé

"La paranoïa tentaculaire du régime de Ceausescu"

 

Le parti social démocrate, qui se situe dans le prolongement de l’ancien président Iliescu, n’est pas parvenu à rompre avec les anciennes pratiques. C’est, vraisemblablement, la raison pour laquelle son candidat, Mircea Geoana, n’a pas réussi à gagner l’élection présidentielle du 6 décembre.

 

Voir L'élection de Basescu à la présidence roumaine définitivement validée (Le Monde, 15 décembre) et Roumanie : Basescu réélu, mais totalement seul (Ouest-France, 8 décembre).

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11 décembre 2009 5 11 /12 /décembre /2009 22:13

En toile de fond, les contradictions européennes

 

L’impact de la crise sur la situation financière des pays de la zone euro commence à inquiéter. A Bruxelles, on appelle les PIGS (Portugal, Irlande, Grèce, Espagne - Spain) les pays les plus concernés par les déficits et la dette, aggravés par la crise financière.

 

La Grèce est handicapée par la faiblesse de son économie, à tel point que les marchés financiers mettent en doute sa capacité à faire face à ses engagements financiers.

 

Dans cette Union européenne, il n’est pas sûr que la solidarité joue (voir l’article, ce 11 décembre, sur le site du Monde Les Européens peu pressés de voler au secours de la Grèce).

 

Pourtant George Papandréou a surpris favorablement depuis sa victoire électorale du 4 octobre. Voir l’article paru le 20 octobre dans Ouest-France Papandréou bouleverse le climat grec.

 

Sur son Blog gaulliste libre, Laurent Pinsolle pose la question de son éventuelle sortie de l’euro (voir plus loin cet article paru ce 11 décembre sur le site de Debout La République Grèce : l’euro au bord du gouffre).

 

Le tabou de la sortie de l’euro levé par la Grèce

 

Depuis quelques mois, même si les médias continuent d’entretenir la fable selon laquelle l’euro aurait protégé l’Europe pendant la crise, d’autres discours voient le jour, et notamment la possibilité d’un éclatement de l’euro, avec notamment la situation difficile de la Grèce.

 

Pourquoi la Grèce pourrait sortir de l’euro

La situation grecque est en effet très instable. Le pays vient de faire une opération vérité sur les chiffres du déficit budgétaire qui s’est soldée par une augmentation de la prévision de déficit de 6 à 12% du PIB pour 2009 !!! La Grèce a sans doute la pire situation financière de la zone euro, avec une dette également très importante. Résultat, elle paie aujourd’hui des taux à 10 ans de 5,77%, une prime de plus de 2 points par rapport à l’Allemagne, ce qui alourdit le fardeau de la dette.

Bref, le bénéfice de la convergence des taux du début de l’euro est un lointain souvenir. En revanche, la Grèce est aujourd’hui handicapée par l’inflation plus importante que la moyenne de la zone euro qu’elle a connu pendant les années 2000 et qui fait que les prix grecs ne sont aujourd’hui plus compétitifs, ce qui pénalise les exportations. Le pays se retrouve donc dans une situation très difficile entre sa perte de compétitivité et sa situation financière dégradée.

Comme il est clair que les autres pays ne viendront pas au secours de la Grèce, la seule solution serait une dévaluation, qui permettrait de rendre le pays plus compétitif et de dynamiser ses exportations, mais le corset qu’est la monnaie unique ne rend pas possible cette solution. La seule voie possible serait de pratiquer une politique de déflation compétitive, à la manière des pays baltes, mais une telle politique serait extrêmement brutale et aurait sans doute des conséquences sociales violentes.

Les vices de la monnaie unique

En fait, le cas grec montre malheureusement tous les travers de la monnaie unique. Les ayatollahs de l’intégration européenne essaient de soutenir que la monnaie unique nous a protégés, mais on se demande bien de quoi. Après tout, le PIB de la zone euro aura reculé de 3,8% en 2009, contre seulement 2,4% aux Etats-Unis, alors que la crise venait des Etats-Unis, et que l’effondrement du marché immobilier y a été particulièrement violent, de même que la hausse du chômage.

Alors, bien sûr, la monnaie unique a évité des dévaluations entre pays membres de la zone euro. Mais cela aurait-il été un mal ? En effet, les Etats-Unis (et la Grande Bretagne) ont amorti la crise par la dépréciation de leur monnaie, ce qui rend leurs exportations plus compétitives et les importations moins intéressantes. L’absence de monnaie unique aurait sans doute permis à la France, l’Italie ou l’Espagne d’éviter de voir leur monnaie s’apprécier autant face au dollar ou à la livre…

Plus globalement, cet épisode montre une nouvelle fois que la zone euro n’est absolument pas une zone adaptée au partage d’une même monnaie. Les pays sont beaucoup trop différents, ce qui conduit à des effets pervers importants. La politique monétaire des années 2000 trouvait le moyen d’être à la fois trop restrictive et d’handicaper la croissance de la France et l’Allemagne tout en étant trop laxiste pour l’Espagne et l’Irlande, ce qui a fortement contribué à leur bulle immobilière.

La situation difficile de la Grèce, avec celles de l’Espagne et de l’Irlande montre les limites de cette construction artificielle qu’est la monnaie unique. Il y a donc fort à parier que la zone euro se délitera au fur et à mesure que ses effets pervers pousseront certains pays vers la sortie pour retrouver de l’air…

Pour mieux comprendre l'impact de la crise sur la zone euro, et les conséquences des difficultés grecques à financer la dette publique, je propose la lecture du Cahier de la Fondation Res Publica - présidée par Jean-Pierre Chevènement - qui rend compte du séminaire tenu le 4 mai 2009.

 

Voir L'impact de la crise sur la stabilité de l'Euro. C’est très intéressant. 

 

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11 novembre 2009 3 11 /11 /novembre /2009 00:18

 

L’Europe a accompagné
le mouvement de contestation

 

La Maison de l’Europe en Mayenne organisait, le 9 novembre, à l’espace régional, à Laval, une soirée de présentation d’images et de témoignages, suivie d’un débat, concernant la chute du Mur de Berlin il y a vingt ans, le 9 novembre 1989.

 

Martine-Buron-9-11-09-003-T.jpgParmi les témoins, Martine Buron*, qui était députée au Parlement européen sur la période 1988-1994 (88-89 en remplacement d’un collègue démissionnaire, puis un mandat complet 89-94).

Elle est invitée à parler de la façon dont les institutions européennes ont réagi à l’évènement.

 

C’était un début de mandat pour les parlementaires, le début d’un second mandat pour le président (Jacques Delors) de la Commission, et c’était aussi le semestre de présidence (François Mitterrand) de la France. Le projet était de renforcer l’union politique de l’Europe et de préparer la mise en place de la monnaie unique (la monnaie d’échange était l’écu). Les négociations pour passer de 12 à 15 pays étaient bien engagées.

 

Le 9 novembre 1989 était un jeudi. La plupart des députés étaient partis chez eux, leur présence (à Bruxelles trois semaines, à Strasbourg une semaine, par mois) étant répartie du lundi au jeudi, le vendredi pour ceux qui avaient un rapport à préparer.

 

Martine avait été élue, en mars 1989, maire de Châteaubriant (44). Elle a vu les évènements, chez elle, à la télévision. Elle avait vécu, 25 ans auparavant, à Berlin Est (son mari était diplomate) et connaissait les lieux, ses enfants étant scolarisés à Berlin Ouest.

 

Depuis l’arrivée au pouvoir de Gorbatchev, en URSS, les choses bougeaient à l’Est de l’Europe, notamment en Pologne et en Hongrie. Le 12 octobre 1989, l’Europe a fait pression sur la République Démocratique Allemande (RDA) pour l’inciter à bien traiter les manifestants.

 

Le 10 novembre, François Mitterrand convoquait un Conseil européen. Le 22 novembre, avec le chancelier Kohl et Jacques Delors, il rendait visite au Parlement européen, remerciant le président Gorbatchev, principal artisan de la démocratisation dans les pays de l’Est de l’Europe (glasnost, perestroïka). Voir Discours de François Mitterrand, au Parlement européen le 22 novembre 1989.

 

Chacun était conscient des dangers, la RDA ayant le gouvernement le plus « raide » des pays de l’Est. Beaucoup de questions étaient posées, concernant le rythme de l’unification, le problème des alliances militaires - OTAN et Pacte de Varsovie. L’Allemagne devait-elle être neutre ?

 

Fin novembre, Jacques Delors, grâce à "ses talents de visionnaire", avait pensé l’architecture de la grande Europe. Il y avait beaucoup d’émotion au Parlement européen. Martine se souvient de son plaisir de revoir le quartier où elle avait habité et d’une rencontre entre députés socialistes français et députés allemands de l’Est. Chacun avait sa vision. Mais c’était le bonheur de pouvoir échanger des idées.

 

* Martine a vécu sa jeunesse à Laval, son père, Robert Buron, ayant été élu député de la Mayenne en 1945, puis ministre de la IVème et de la Vème République, avant d’être maire de Laval en 1971 jusqu’à sa mort, la maladie l’ayant emporté en avril 1973.

             

·          J’ai associé la famille Buron à Saint-Berthevin - Robert et le titre « Par goût de la vie » de son livre en 1973, qui m’a inspiré le slogan municipal de Saint-Berthevin « le goût de la vie » et Martine, qui était l’intervenante officielle lors des jumelages, notamment le 6 avril 1991 à Saint-Berthevin pour la cérémonie de jumelage retour avec Minehead (Angleterre). Voir Présentation des jumelages. Marie-Louise a aussi participé.

 

  Un autre témoignage

Parmi les autres témoignages, j’ai retenu celui de Francesca, 32 ans, née en
Saxe (RDA), dans une famille d’opposants au régime communiste.


Elle rappelle que le mur n’était pas qu’à Berlin, mais s’étendait de la mer Baltique jusqu’à la frontière tchécoslovaque. Sa particularité, à elle, était de refuser (à la demande de ses parents) ce que les autres acceptaient (les chants, le foulard bleu, de pionnier à partir de 7 ans).

 

Les autres enfants lui en voulaient d’être différente, mais le professeur la protégeait. Ses parents connaissaient bien le pasteur Führer (Voir Christian Führer et le miracle de Leipzig), l’un des meneurs de la contestation. A partir de 1988, les mots de glasnost et de perestroïka étaient chaque jour écrits en grand, puis effacés, puis réécrits, dans le petit tunnel près du village.

 

Le 9 octobre 1989, à Leipzig, les militaires avaient reçu l’ordre de tirer sur les 70 000 manifestants et d’envoyer les meneurs en camp de concentration. Les images de la place Tiananmen, en juin 1989, à Pékin, étaient dans tous les esprits. Mais, miracle, cela ne s’est pas produit. Le 4 novembre, les manifestants reprenaient le slogan « Nous sommes le peuple ! »

 

Et le 9 novembre, Chabowski annonce, à la télévision, qu’il n’y a plus besoin de visa pour sortir de la RDA. Le lendemain, plus personne à l’école ! Tous les copains étaient passés à l’Ouest…

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10 novembre 2009 2 10 /11 /novembre /2009 19:37

La crise du capitalisme lui offre une seconde chance

 

En 1989-90, après la chute du Mur de Berlin et du système soviétique (voir Allemagne de l'ouest et de l'est : Berlin, 20 ans après la chute du Mur - 9 novembre 2009), les dirigeants européens n’ont pas saisi l’opportunité de contribuer à reconstruire l’Europe centrale et orientale sur des bases respectant les singularités des différentes nations la composant.

 

Au contraire, ils ont laissé s’imposer un capitalisme sauvage, qui a fait beaucoup de dégâts sociaux collatéraux. Le mal est fait, mais est-il trop tard pour que l’Europe s’engage, dans son ensemble, sur la voie d’un développement économique concerté et solidaire ?

 

J’ai repéré deux textes qui abordent cette question, l’un signé Ignacio Ramonet (publié le 2 novembre dans Mémoire des luttes) et l’autre paru sur le site du quotidien Le Monde, le 9 novembre, sous la signature de Jacques Rupnik.

 

- Vingt ans après la chute du Mur de Berlin, Ignacio Romanet décrit Une occasion perdue

Le 9 novembre 1989, le mur de Berlin s’effondrait, un cycle de l’histoire contemporaine s’achevait. Vingt ans après, alors que, à son tour, le capitalisme vacille sous les coups d’une crise systémique, quel bilan établir des deux décennies qui viennent de s’écouler ? Pourquoi d’autres murs, tout aussi révoltants, n’ont-ils pas été renversés ?

Symboliquement, la chute du mur de Berlin marque la fin de la guerre froide ainsi que l’achèvement - même si l’Union soviétique ne sera dissoute qu’en décembre 1991 - du communisme autoritaire d’Etat en Europe [1]. Mais pas la fin de l’aspiration de milliards de pauvres à vivre dignement dans un monde plus juste et moins inégalitaire. 

Le mur de Berlin s’est effondré en raison d’au moins trois faits majeurs survenus au cours de la décennie 1980 :

1) les grèves d’août 1980 en Pologne qui mettent en évidence une contradiction fondamentale : la classe ouvrière s’oppose au présumé "Etat ouvrier" et au soi-disant "Parti de la classe ouvrière". Elle leur refuse le droit de parler en son nom. La théorie officielle sur laquelle reposait le communisme d’Etat s’écroule ;

2) à Moscou, en mars 1985, Mikhaïl Gorbatchev est élu au poste de Secrétaire général du Parti communiste de l’URSS. Il lance la "perestroïka" et la "glasnost", et entame, avec des précautions de démineur, la réforme du communisme soviétique ;

3) au printemps 1989, à Pékin, à la veille d’une visite de Mikhaïl Gorbatchev, des manifestants réclament des réformes semblables à celles qui ont lieu en URSS. Le gouvernement chinois fait intervenir l’armée. Résultat : des centaines de morts et condamnation internationale du régime de Pékin.

Quand, l’automne 1989, des citoyens d’Allemagne de l’Est descendent dans la rue pour réclamer des réformes démocratiques, les autorités hésitent à faire tirer sur la foule. Moscou annonce que ses troupes stationnées en Europe de l’Est ne participeront à aucune répression. Les manifestations redoublent d’intensité. Le sort en est jeté. Le mur de Berlin s’effondre. En quelques mois, l’un après l’autre, les régimes communistes d’Europe sont balayés. Y compris en Yougoslavie et en Albanie. Gorbatchev lui-même sera emporté par l’ouragan. En Europe, la Seconde guerre mondiale se termine enfin.

Constat important : c’est par décomposition interne que le système s’est écroulé, et non pas à cause d’une offensive du capitalisme qui l’aurait terrassé. A l’époque, les Etats-Unis sont eux-mêmes en grave récession à la suite du "lundi noir" de Wall Street survenu deux ans auparavant (le Dow Jones avait chuté, le 19 octobre 1987, de 23% !). Mais l’interprétation qui sera donnée est que, dans l’affrontement qui oppose depuis le XIXe siècle communisme et capitalisme, ce dernier l’a emporté. Par KO. D’où une ivresse intellectuelle qui fera croire à certains en la "fin de l’histoire".

Erreur fatale. En perdant son meilleur ennemi - celui qui, au moyen d’un rapport de forces constant, le contraignait à s’autoréguler et à modérer ses pulsions -, le capitalisme va se laisser aller à ses pires pulsions.

Oubliant la promesse de faire bénéficier le monde des "dividendes de la paix", Washington impose alors partout, au pas de charge, ce qu’il croit être l’idée victorieuse : la globalisation économique. C’est-à-dire l’extension à l’ensemble de la planète des principes ultralibéraux : financiarisation de l’économie, mépris de l’environnement, privatisations, liquidation des services publics, précarisation de l’emploi, marginalisation des syndicats, mise en concurrence brutale des salariés du monde, délocalisations, etc. Bref, un retour au capitalisme sauvage. Le milliardaire américain Warren Buffet déclare : "Il y a une lutte des classes, bien sûr, mais c’est ma classe, la classe des riches, qui mène la lutte. Et nous gagnons [2]."

Au plan militaire, Washington étale son hyperpuissance : invasion du Panama, "guerre du Golfe", renforcement de l’OTAN, guerre du Kosovo, marginalisation de l’ONU... Après les attentats du 11 septembre 2001, George W. Bush et ses "faucons" décident de punir et de conquérir l’Afghanistan et l’Irak. Ils réduisent l’aide aux pays pauvres du Sud et lancent une croisade contre le "terrorisme international" en usant de tous les moyens, y compris les moins nobles : surveillance généralisée, torture, "disparitions", prisons secrètes, bagnes sans loi comme Guantanamo... Ils croient en un monde unipolaire, conduit par une Amérique sûre d’elle même et dominatrice.

Le bilan va se révéler désastreux : aucune vraie victoire militaire, une immense défaite morale et un grand gâchage écologique. Sans que les principaux périls aient été écartés. La menace terroriste n’a pas disparu, la piraterie en mer s’aggrave, la Corée du Nord s’est dotée de l’arme nucléaire, l’Iran pourrait le faire... Le Proche Orient reste une poudrière.

Le monde devient multipolaire. Plusieurs grands pays - Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud - établissent des alliances en marge des puissances traditionnelles. En Amérique Latine, la Bolivie, l’Equateur et le Venezuela re-explorent les voies du socialisme. Le recours au G20 à l’occasion de la crise économique globale confirme que les principaux problèmes mondiaux ne peuvent plus être réglés par les seuls pays riches du Nord.

L’opportunité historique que constituait la chute du mur de Berlin a été gâchée. Le monde n’est pas meilleur aujourd’hui. La crise climatique fait peser un danger mortel sur l’humanité. Et la conjonction des quatre crises actuelles - alimentaire, énergétique, écologique et économique - fait peur. Les inégalités se sont aggravées. La muraille de l’argent est plus imposante que jamais : le revenu des 500 personnes les plus riches est supérieur à celui des 500 millions les plus pauvres... Le mur qui sépare le Nord et le Sud demeure intact : la malnutrition, la pauvreté, l’analphabétisme et la situation sanitaire se sont même détériorées, notamment en Afrique. Sans parler du mur technologique.

De nouveaux murs ont été édifiés : par Israël contre les Palestiniens ; par les Etats-Unis contre les migrants latino-américains ; par l’Europe contre les Africains... Quand se décidera-t-on à détruire enfin tous ces murs de la honte ?

Notes :

[1]  En Asie, la Corée du Nord, la Chine, le Laos et le Vietnam ont conservé, avec de grandes différences entre eux, des régimes fondés sur le principe du Parti unique communiste qui détermine la politique du gouvernement. En Amérique latine, Cuba a maintenu, avec des singularités spécifiques, des structures politiques semblables. Cela signifie que plus de 1,5 milliard de personnes - soit le quart de l’humanité - restent gouvernées par un parti communiste.

[2]  New York Times, 26 novembre 2006.

- Presque le même titre, mais le contenu du texte de Jacques Rupnik est différent. Trop long pour que je le reprenne ici, j’invite mes amis lecteurs à en prendre connaissance sur le site du Monde, en cliquant sur ce titre :

 

L'Europe de l'Est, vingt ans après, par Jacques Rupnik.

 

Deux extraits qui ont leur importance :

(…) Le débat sur la "variété des capitalismes" pourrait devenir, demain, un élément important de la recomposition du paysage politique (…).

(…) Une chose est certaine : s'ils découvrent la crise du modèle économique ou politique libéral épousé en 1989, ils (les nouvelles démocraties) partagent désormais aussi la quête d'un nouveau paradigme démocratique.


J’y reviendrai, car je crois que l’heure est venue de rapprocher l’est et l’ouest de l’Europe en réorientant celle-ci économiquement et démocratiquement.

Cet article est le 24ème sur ce blog dans la catégorie Etats Union européenne.

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Published by SORIN Michel - dans Etats Union européenne
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