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  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine autour des idées de Jean-Pierre Chevènement. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens après les élections de 2002.
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9 novembre 2009 1 09 /11 /novembre /2009 17:31

Une révolution populaire récupérée par l’ouest capitaliste


Il y a vingt ans, je me suis réjoui de la chute du Mur de Berlin, qui symbolisait la privation de liberté pour les allemands qui vivaient du mauvais côté du Mur et la séparation entre les membres de mêmes familles. L’évènement m’avait surpris par sa soudaineté. Je craignais des résistances de la part de l’Etat est-allemand et des accidents, suite aux manifestations. Mais j’étais sûr du sens de l’histoire.


J’avais suivi le réveil des peuples d’Europe de l’est
, leurs luttes pour la liberté. Je n’avais pas eu connaissance des Émeutes de 1953 en Allemagne de l'Est (extrait Wikipedia) :

L’insurrection, la première de grande ampleur dans le bloc soviétique, s’est terminée par la complète déroute des manifestants et une sévère reprise en main de la société est-allemande. L’échec de ce que les autorités est-allemandes appellent « tentative de putsch, soutenue par des agents occidentaux, en vue de modifier le régime en République démocratique allemande »[1] a contribué à fixer la partition de Berlin et de l’Allemagne et à stabiliser l’impopulaire gouvernement de la RDA, mais à long terme, il a renforcé le mouvement vers la réunification allemande.


J’avais entendu parler de l’Insurrection de Budapest
 en 1956 (extrait de www.herodote.net).

 

Le 23 octobre 1956, les habitants de Budapest manifestent contre le gouvernement communiste de Hongrie. La manifestation tourne rapidement à l'émeute. Cette effervescence puise son origine dans les espoirs soulevés par la mort de Staline.

 

Huit mois plus tôt, en février 1956, Nikita Khrouchtchev, Premier secrétaire du Parti communiste d'URSS, critique son prédécesseur dans un rapport secret au XXe Congrès du Parti communiste d'URSS, à Moscou.

 

Le 28 juin 1956, à Poznan, en Pologne, des revendications ouvrières débouchent sur de violentes émeutes qui amènent les Soviétiques à placer à la tête du pays le dirigeant réformiste Wladyslaw Gomulka, emprisonné quelques années plus tôt sur ordre de Staline.

 

J’avais suivi avec beaucoup d’intérêt Le printemps de Prague (et d’émotion, quand il s’est terminé en août 1968 - j’étais stagiaire dans une ferme alsacienne).

 

Depuis 1985 et l’arrivée au pouvoir de Gorbatchev en URSS, à travers les articles du quotidien Le Monde (Bernard Guetta), je suivais l’évolution de ces pays de l’est européen que je considérais comme faisant partie de l’Europe. Il y avait de grandes différences selon les pays. La Hongrie était la première à ouvrir sa frontière avec l’Autriche. La Roumanie était la plus fermée à toute perspective de libéralisation.

 

L’Allemagne de l’est ne bougeait pas beaucoup. « Aucune figure charismatique  n’est alors parvenue à défendre des centaines de milliers d’Allemands de l’Est qui n’accordèrent plus la moindre légitimité aux dirigeants de la SED (parti unique est-allemand) ».

Voir l’excellent article de Gilbert Casasus paru ce 9 novembre sur le site de Marianne : Personne n'a rien compris à la chute du Mur.


Ces dirigeants ont été pris à contre-pied et déstabilisés par Gorbatchev. Et de nombreux allemands de l’est voulaient la liberté, pas le capitalisme de l’ouest. Ils auraient voulu préserver l’idée socialiste avec la liberté qui existait dans les régimes politiques à l’ouest de l’Europe. Ils pensaient que l’avenir de l’Allemagne de l’est serait débattu dans le cadre européen.

 

Voici un document diffusé par le site Le Devoir.com. C’est le témoignage de René Bolduc, professeur de philosophie au Québec, qui a vécu à Berlin-Ouest puis à Berlin de 1985 à 1991. Il y était étudiant en philosophie.

Vingt ans après la chute du mur de Berlin - La révolution volée

 

Le 9 novembre 1989, je n'ai rien su de la chute du mur de Berlin (…). Ce n'est pas que l'on n'avait pas vu venir les événements. Cela faisait des mois, des années même, que le terrain se préparait derrière le rideau de fer. Gorbatchev parlait de perestroïka et de glasnost. Lech Walesa avait réussi à faire reconnaître le syndicat en Pologne. La Hongrie avait ouvert sa frontière sur l'Autriche, permettant ainsi aux citoyens de l'ex-RDA (République démocratique allemande) de passer à l'Ouest.

En 1988, une manifestation eut lieu à Berlin-Est pour commémorer les assassinats de Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg. On y a alors brandi l'article 27 de la constitution de la RDA qui, étonnamment, mentionnait que la liberté d'opinion était permise. Erich Honecker (secrétaire général du parti unique, la SED, et aussi artisan de la construction du mur en août 1961) va faire arrêter ces manifestants. Certains seront même expulsés du pays, dont Bärbel Bohley du groupe Neues Forum.

Les grandes manifestations du lundi à Leipzig, autour de l'église Nicolai, attirèrent de plus en plus de gens. Dans cette ville héroïque, on est passé, le 9 octobre, à un cheveu d'une solution chinoise déjà pratiquée sur la place Tiananmen, le 4 juin 1989, quand on y a mitraillé plus d'un millier d'étudiants réclamant plus de démocratie. Quand je dis qu'on est passé à un cheveu, cela signifie que les armes et les munitions avaient été distribuées et que, dans les hôpitaux, des lits et des réserves de sang étaient prêts. Par chance, des personnes influentes, comme le chef de l'orchestre symphonique de Leipzig, Kurt Masur, ont su mettre un frein au bain de sang qui se préparait. La révolution pouvait alors continuer plus tranquillement.

Penseurs de la révolution

En cette période de célébration du 20e anniversaire de la chute du mur de Berlin, on a toutefois tendance à oublier un peu trop vite tous ces penseurs, leaders, pasteurs, représentants de groupes populaires de l'Est qui ont donné vie à cette révolution populaire. Des gens bien en vue ont appelé à la réforme du socialisme.

Des gens comme le dramaturge Heiner Müller, les écrivains Stefan Heym et Christa Wolf qui ont pris la parole avec d'autres le 4 novembre 1989 sur l'Alexanderplatz devant des centaines de milliers de personnes. Des gens moins connus aussi qui étaient actifs au sein de groupes de citoyens, comme Neues Forum, Demokratie jetzt (Démocratie maintenant), Demokratischer Aufbruch (Sursaut démocratique), un mouvement au départ religieux et dont une certaine Angela Merkel a déjà fait partie.

Avant et même après la chute du Mur, devant le rouleau compresseur du capitalisme, ils ont courageusement lancé des appels pour réformer le socialisme afin de lui donner un visage humain, entre autres par le multipartisme, la liberté d'expression, la possibilité de voyager à l'étranger, l'abolition de la Stasi (cette détestable police secrète), etc. Au lieu de cela, leur ancien pays, leur Heimat, fut rayé de la carte.

Ces gens-là n'ont pas parlé de réunification. D'ailleurs, il n'y a pas eu de réelle réunification, mais plutôt une annexion pure et simple. Il n'y a pas eu deux États séparés, deux partenaires égaux qui ont négocié une nouvelle constitution. Dans les faits, c'est la RDA qui a adopté la constitution de la RFA, laquelle prévoyait, selon l'article 23, l'inclusion des nouveaux Länder de l'Est.

Bien sûr, on rétorquera que c'est ce que le peuple voulait, ce peuple de l'Est qui a d'abord scandé «Wir sind das Volk» (nous sommes le peuple, donc respectez-nous) avant de passer à «Wir sind ein Volk» (nous sommes un peuple, donc réunissons-nous). Pourtant, aux mots de l'honorable Willy Brandt -- maintenant croît ensemble ce qui appartient ensemble -- s'opposaient aussi des paroles du genre de celles de Christa Wolf prononcées quelques jours avant la chute du mur: «Figure-toi, c'est le socialisme (renouvelé, humanisé) et personne ne s'en va.»

Le suicide politique de la RDA fut amer pour plusieurs. Ce n'est simple pour personne de renier une part importante de son identité, de faire comme si 40 ans d'histoire n'avaient été qu'une mauvaise blague, un cauchemar. Bien sûr, il y a eu des souffrances, des morts, causés par un régime totalitaire. Il fallait coûte que coûte s'en libérer. Mais ne fallait-il pas laisser aussi aux artisans de la révolution la chance de bâtir eux-mêmes un nouveau pays? Ne fallait-il pas davantage les écouter?

Scepticisme

Je faisais partie des sceptiques, de ceux qui n'appréciaient pas trop l'attitude arrogante et suffisante de l'Ouest, trop fier de sa supériorité. Tout le monde n'était pas pour une réunification à sens unique. Le maire de Berlin-Ouest à l'époque, Walter Momper, était plutôt contre. Il voulait reconnaître le courage des gens de l'Est qui avaient gagné eux-mêmes la démocratie alors qu'à l'Ouest elle avait été tout simplement imposée par les Alliés. Günther Grass non plus n'a pas crié victoire trop vite. Après tout, cette grande Allemagne unifiée était à l'origine de deux guerres mondiales: son temps d'expiation était-il déjà terminé?

J'ai eu l'impression que l'Ouest agissait comme un vautour plongeant sur sa proie. L'impression que des gens se sont fait voler leur révolution. D'ailleurs, au lendemain de la chute du Mur, lorsque Helmut Kohl, chancelier à l'époque, prit la parole devant le Rathaus Schöneberg, là même où Kennedy avait lancé son fameux Ich bin ein Berliner, il a été copieusement hué par la foule. Lorsque, plus tard, l'hymne national allemand se fit entendre, les sifflements ont redoublé en dépit de la présence du vénérable Willy Brandt, qui avait adopté une politique d'ouverture envers l'Est depuis plus de vingt ans.

Malgré tout ce qui précède, bien que des gens se soient fait voler leur projet politique et que d'autres, moins méritants, comme Kohl, Reagan et Bush père, aient tiré profit de cet événement, je ne veux pas laisser entendre que le peuple était prêt à servir encore de cobaye idéologique quand, juste à côté, leurs frères et soeurs jouissaient d'une grande liberté. Je veux simplement rendre hommage à ces gens qui ont mis en marche une révolution et qui ont ensuite été ignorés.

 

Voir aussi le témoignage de Jean-Pierre Chevènement (9 novembre, sur son blog) : Jean-Pierre Chevènement raconte la chute du Mur de Berlin.

Voir aussi (l’Humanité, 9 novembre) : Hollande-Buffet : La chute du mur n'a pas arrêté l'histoire.

Et les informations, ce 9 novembre, dans le quotidien Le Monde : L'Allemagne fête les 20 ans de la chute du Mur.

Cet article est le 23ème sur ce blog dans la catégorie Etats Union européenne.

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8 novembre 2009 7 08 /11 /novembre /2009 23:01

 

La Roumanie, traumatisée, métamorphosée, mais constante

 

La Maison de l’Europe en Mayenne avait invité Edith Lhomel, le 19 octobre, dans une salle du Conseil régional, quai Gambetta à Laval, pour mieux comprendre la situation de la Roumanie, vingt ans après la chute du couple Ceaucescu.

 

J’ai eu plaisir à revoir Édith Lhomel, enseignante à l’université Paris VIII, et auteur de nombreux livres sur les pays de l’est de l’Europe, car elle était venue à Saint-Berthevin, en 1999, pour apporter un éclairage sur ce pays avec lequel, en tant que maire - avec mon équipe municipale, notamment René Camus - nous avions des échanges (voir Présentation des jumelages).

 

Mme Lhomel a laissé percer son sentiment de déception au vu de l’évolution de la Roumanie. De 1990 à 2000-2002, les dirigeants politiques ne pesaient pas. Avec la crise, les Roumains sont désabusés, voire agacés par la politique. Il est vrai qu’à la lecture du site du quotidien Le Monde, le 13 octobre, on pouvait les comprendre. Voir Le gouvernement roumain est tombé.

Roumanie-E-Lhomel-Laval--19102009-T.jpgRésumé de l’exposé de Madame Lhomel

Depuis le 22 décembre 1989 (Révolution), ce qui surprend dans ce pays, c’est le manque de considération vis-à-vis du fait politique.

La vie politique roumaine est une forme sans fond. Le président Basescu, qui est un « animal politique », a déclaré que la crise politique aurait des conséquences économiques. Mais la crise politique est le mode de gouvernement en Roumanie.

En 1996, ce fut la première alternance politique et une immense déception. Les partis furent incapables d’assumer le pouvoir. En 2000, il y eut un plébiscite en faveur de l’ancien homme d’appareil, Iliescu. En 2004, ce fut la surprise : Basescu (centre droit) a été élu président de la République, en battant les social démocrates (anciens communistes), suscitant un véritable espoir d’alternance.

Les rivalités politiques persistent ; l’ancien parti communiste reste le premier parti, mais la coalition gouverne, alors que les négociations sont en cours pour l’adhésion à l’union européenne. Tous les partis, ou presque, sont encore des rejetons de la collaboration (la Securitate avait des dossiers sur les dirigeants des partis en 2004). Les baronnies politiques se doublent d’intérêts économiques.

En 2009, toutes les forces politiques sont issues du même moule et certaines sont compromises. Elles sont dirigées par des « nomenclaturistes » de 2ème génération, qui ne sont pas sortis du post-communisme.

En 1996, le parti de l’alliance civique n’était pas de ce moule, mais il s’est dissous dans des associations qui, en fait, jouent un rôle important de contre-pouvoir.

La minorité magyare (hongroise), par l’union démocratique des magyars de Roumanie, a servi (et continue de servir) de force d’appoint aux différentes majorités. Elle est unie sur la défense de la communauté, tout en étant traversée par des courants différents. Le problème est la radicalisation du discours nationaliste en Hongrie, avec des incidences en Roumanie et en Slovaquie. Le parti de la Grande Roumanie (Romana Mare, nationaliste) n’est plus représenté au parlement roumain, contrairement au parlement européen, où il a trois députés.

L’adhésion à l’union européenne était-elle pertinente ? Il y a eu beaucoup de discussions. La France a été avocate de la Roumanie dans les négociations. Mais l’intégration est difficile, car elle implique des efforts énormes d’adaptation pour un pays, dont le PIB/habitant n’est que 28% de la moyenne européenne actuelle.

Les négociations, entre 2004 et 2006, n’ont pas vraiment abouti au niveau économique (application de 31 chapitres d’adhésion), car il y a un problème évident. L’accord d’adhésion est politique, la Roumanie étant le deuxième pays d’Europe de l’est. L’essentiel était de rentrer. Après, la Roumanie, comme la Bulgarie, fait comme elle peut.

La crise a pour conséquence de re-dramatiser le processus d’intégration économique et sociale.

La Roumanie a subi deux traumatismes :

- La période communiste n’est pas soldée. Le président Basescu, doté d’un vrai charisme, ancien militaire (marine nationale), n’a pas rompu avec les mentalités en vigueur sous le régime précédent. C’est un régime présidentiel avec un parlementarisme « garniture ». Pas d’examen de conscience. Les dossiers Securitate sont consultables, mais très peu de personnes demandent à les consulter. 1,3 million de Roumains étaient adhérents du parti communiste roumain (10%). Cela laisse des traces. Pas d’épuration ou purges, mêmes juges et procureurs.

- Il n’y a pas d’immigration, mais une forte émigration (hommes et femmes, vers l’Espagne et l’Italie, principalement). Deux millions de personnes parties, mais pas pour toujours (retours fréquents).Conséquence : baisse du taux de natalité, déclin du milieu rural.

La Roumanie a vécu deux grandes métamorphoses :

- Une mutation du tissu urbain vers le polycentrisme, avec de nombreuses villes moyennes (présence de la grande distribution, changement des modes de vie…).

- La Roumanie se repense en tant que nation qui compte. Elle est la deuxième frontière de l’union européenne (Moldavie, Mer Noire). Elle doit assumer le flanc sud de l’Europe. Son entrée, en 2004, dans l’OTAN a été un évènement important. Auparavant, elle avait un complexe d’infériorité, après la propagande de Ceaucescu sur son rayonnement dans le monde, puis en raison de l’image très négative laissée par cette période.

La Roumanie a trois constantes :

- L’intrusion de l’Eglise orthodoxe, très prégnante, notamment dans les campagnes (nouvelles églises partout, fort conservatisme).

- La question magyare : c’est une hantise dans le mental roumain (la Roumanie n’a pas reconnu le Kosovo, par peur de la contagion autonomiste).

- Les campagnes sont une zone de repli, de préservation (40% de population rurale, 35% de population active (mais 11% du PIB). La manne européenne des fonds structurels est très importante. Mais elle ne va pas aux micro-exploitations agricoles (3 exploitations sur 5 ont moins de 1,5 ha). Pas de projet de modernisation. Pas de porte-parole du monde agricole. Dans le contexte de la forte émigration, qui perturbe, cette agriculture est un môle de résistance. La cohésion sociale n’existe pas.

La Roumanie est un pays sous-développé (10% de revenus très élevés, classes moyennes en difficulté, un tiers des Roumains sous le seuil de pauvreté). Et, pourtant, elle a des atouts :

- Sa situation géostratégique (oléoducs, gazoducs, pas de dépendance énergétique),

- Son extrême diversité, une grande capacité, un énorme potentiel (quoique phagocyté par les politiques), son renouvellement culturel (théâtre, cinéma), une modernisation qui peut se faire par des voies différentes.

La crise a accentué les traumatismes (-8% de croissance en 2009 et, probablement, en 2010), destruction d’emplois, chômage autour de 10% (masqué dans les campagnes et rendu plus supportable par l’émigration).

Réponses à des questions de la salle

L’intellectualité roumaine ? Elle doit régler ses comptes avec le passé. Les intellectuels se sont engagés en politique et se sont abîmés. En 1992, le mouvement civique s’est associé à trois partis (le parti national paysan, le parti libéral, le parti social-démocrate), ce qui a abouti à la création d’un nouveau parti, la Convention démocratique, mais c’était prématuré.

En 1995-1996, les privatisations ont donné naissance à des grands groupes économiques, une oligarchie, contrairement au début de l’après-Ceausescu (privatisation de masse).

La hiérarchie de l’Eglise orthodoxe est, toujours, au côté du pouvoir en Roumanie. Elle défend son patrimoine (l’Eglise uniate, dissidente, n’a pas recouvré le sien).

La Roumanie a redécouvert ses voisins, la Bulgarie, la Serbie, l’Ukraine. Mais elle fait profil bas par rapport à la Moldavie (qui était roumaine avant 1939 et est confrontée au problème de dissidence de la Transnitrie).

Témoignage de Georges Heuveline, qui présente l’historique depuis 20 ans des échanges de la commune dont il a été le maire, Changé, avec la Roumanie. Relations d’abord très bonnes avec un maire très dynamique, mais qui a été tué dans un accident de voiture. Son successeur avait les anciennes méthodes. Il a fallu chercher une autre commune, mais le jeune maire a été remplacé. Le système politique (5 ou 6 partis) place souvent le maire en opposition avec le vice-maire, désigné par le conseil municipal. Changé s’est donné un an avant de décider de l’avenir des échanges avec la Roumanie.

Les Roumains n’ont pas le sens de l’intérêt collectif, y compris au niveau local (individualisme, clientélisme politique). Les élites politiques locales s’usent et ne reçoivent pas le soutien de l’Etat.

La réforme agraire, en 1991, a été ratée ; les maires ont éprouvé beaucoup de difficultés dans la redistribution des terres (cadastre). De grandes exploitations existent en Valachie, mais la balance agroalimentaire nationale est déficitaire.

Georges Garot, qui fut député au Parlement européen, puis président de la Maison de l’Europe en Mayenne, pose la question de l’incidence du libéralisme sur les services publics. La Roumanie a-t-elle suivi le chemin de l’est de l’Allemagne, où ces services ont diminué ?

Edith Lhomel assure que les Roumains regrettent l’égalitarisme social, les services liés à l’enseignement et à la santé et, surtout, l’explosion des inégalités. Au cours des années 1970, le pays était dirigé par des communistes éclairés, mais les années 1980 furent très difficiles, surtout la fin. Du communisme primaire, la Roumanie est passée au capitalisme sauvage. L’entrée dans l’Union européenne devrait favoriser la transition vers un Etat de droit, mais l’UE est en crise. L’esprit collectif a été laminé dans les anciennes fermes d’Etat. Par contre, sur les contreforts des Carpates, il y eut résistance à la collectivisation.

Les Roms (entre 800 000 et 2 millions) ont énormément souffert, car ils n’avaient pas de terres, tout en étant sédentarisés. Les filières artisanales ayant été laminées, ils sont devenus des habitants de seconde zone, comme en Bulgarie. Ils se sont reconvertis très difficilement, victimes de discriminations au sein de leur propre communauté. Ils se sédentarisent autour des villes et il est très difficile d’avoir des interlocuteurs dans la communauté.

Merci Edith Lhomel, j’espère que ces notes retranscrites sont fidèles à votre pensée.

Cet article est le 22ème sur ce blog dans la catégorie Etats Union européenne.

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27 septembre 2009 7 27 /09 /septembre /2009 22:41

En Allemagne comme en France, la gauche est à refonder

 

Ce 27 septembre, la sanction est tombée sur les sociaux démocrates allemands : plus mauvais résultat aux élections législatives depuis que la République fédérale existe.

 

Cela n’a pas empêché les deux responsables du SPD, Steinmeier et Münfering (qui représentent l’aile droite de ce parti), de déclarer vouloir se maintenir à leurs postes, comme si rien ne s’était passé.

Ils étaient les deux principaux collaborateurs de Gerard Schröder, le chancelier social démocrate qui a fait voter des lois antisociales concernant l’assurance chômage, notamment. Ils vont tout faire pour résister à la pression qui monte des militants en faveur d’une politique de gauche.

 

Ainsi, l'ex-dirigeant des jeunesses du parti, les "Jusos", Björn Böhning, et celle qui lui a succédé, Franziska Drohsel, exigent des changements et un processus de renouveau au sein du parti après ce scrutin. Le maire de Berlin, Klaus Wowereit, qui fait alliance, localement, avec Die Linke, affirme qu’il faut changer de politique et aller vers une alliance nationale avec Die Linke (voir l’article de Sylvain Lapoix, ce 27 septembre, sur le site de Marianne Fausse victoire de Merkel, vraie faillite du SPD).

 

Fin de l’ère Schröder ? C’est probable. Les sociaux démocrates ont quatre ans pour changer d’orientation et préparer les alliances qui les mettront en position de gouverner l’Allemagne.

 

La montée des néolibéraux (FDP) était prévisible depuis l’élection en Hesse, au début de cette année (voir Hesse (Allemagne) : la droite triomphe, bénéficiant des erreurs du SPD - 19 janvier 2009).

 

La poussée de « La Gauche » (Die Linke) était aussi prévisible, au vu des résultats des élections régionales fin août (voir Elections allemandes : Die Linke devant le SPD en Saxe et en Thuringe - 31 août 2009).

 

La progression des plus libéraux, à droite, et des plus sociaux, à gauche, montre que les électeurs se sont radicalisés, exprimant leur refus du consensus entre les deux partis de la coalition sortante CDU-SPD. Il y aura, donc, clarification politique en Allemagne et affirmation du clivage droite-gauche.

 

Pour en savoir plus, je propose quelques articles de presse :

 

Merkel victorieuse, les cinq leçons du scrutin allemand (Rue89, 27 septembre)

 

Merkel et les libéraux emportent les législatives, sévère défaite du SPD (Le Monde, ce jour)

 

Die Linke, l'autre vainqueur du scrutin (Le Monde, 27 septembre)

 

Oskar Lafontaine, le perturbateur de la gauche allemande (Le Monde, 24 septembre)



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31 août 2009 1 31 /08 /août /2009 22:40

L’alliance libérale et conservatrice, mal vue de l’électorat

 

L’Allemagne semblait se diriger vers une coalition libérale conservatrice (CDU-CSU-FDP) à l’issue des élections législatives qui auront lieu le 27 septembre (voir sur ce blog  Hesse (Allemagne) : la droite triomphe, bénéficiant des erreurs du SPD - 19 janvier 2009). C’est moins sûr au vu des résultats des élections qui ont eu lieu hier en Sarre, Thuringe et Saxe.

 

Revue de presse

 

Les « petits » partis et en particulier le parti d’Oskar Lafontaine en Sarre et en Thuringe triomphent dans les scrutins des régionales de dimanche confirmant le recul de la CDU mais aussi du SPD. Analyse (l’Humanité, 31 aout).


La presse germanique était unanime ce lundi pour relever que le résultat des trois élections régionales de ce dimanche en Saxe, Sarre et Thuringe rendaient l’issue du scrutin législatif du 27 septembre pour le renouvellement du Bundestag « bien plus incertaine et passionnante » que généralement convenu. La débâcle électorale enregistrée par la droite chrétienne-démocrate (CDU) en Sarre et en Thuringe complique en effet la tâche d’Angela Merkel dont le désir d’être réélue à la chancellerie à la tête d’une coalition de droite pure sucre entre la CDU et le parti libéral (FDP) semble, pour l’heure, sérieusement contrarié alors que ce scénario était quasiment présenté comme joué d’avance jusque-là par les instituts de sondages et la plupart des médias.


Le scrutin révèle en fait le degré extrême d’impopularité des deux poids lourds d’un système bipartisan
qui a commencé à se déliter à la fin des années 1980 avec l’irruption des Verts puis celle confirmée de façon spectaculaire de Die Linke (héritier du PDS). Un système à 5 partis s’impose ainsi désormais pleinement alors que la crise de confiance à l’égard des deux ex-mastodontes, réunis au sein d’une grande coalition, s’accentue (…).


Die Linke bouscule le jeu électoral en Allemagne
(Le Monde, 31 août) :

 

Triomphal Oskar Lafontaine ! Le chef de file de la gauche radicale allemande Die Linke ("La Gauche") et ancien patron des sociaux-démocrates (SPD) avait plus d'une raison de se réjouir, dimanche soir 30août. En Thuringe et en Saxe, deux Länder de l'ex-RDA, son parti s'est imposé comme deuxième force politique. Derrière la CDU d'Angela Merkel et loin, très loin, devant le SPD.

 

Mais c'est surtout vers la Sarre que M.Lafontaine avait le regard tourné. Dans cette petite région sise à la frontière française où il était lui-même candidat, et qu'il avait présidée entre 1985 et 1998 sous les couleurs du SPD, Die Linke a engrangé 21,3 % des voix. Bien au-delà de ce que prédisaient les sondages. Le résultat est inédit à l'ouest de l'Allemagne: il y a cinq ans, le PDS, ancêtre du Linkspartei, n'avait recueilli que 2,3 % (…).

 

Allemagne : la victoire de Die Linke, casse-tête du SPD (Rue89, 31 août)

 

Voir aussi les Actes du séminaire de la Fondation Res Publica : Quel avenir pour la gauche allemande ?


Concernant la politique de l’Allemagne
, voir sur ce blog : La stratégie allemande de sortie de crise : une menace pour l'Europe - 9 août 2009.

 
Cet article est le 20ème sur ce blog dans la catégorie Etats Union européenne.

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9 août 2009 7 09 /08 /août /2009 22:12

Quelle Europe avec une Allemagne néolibérale ?

 

Au vu des sondages préélectoraux, dans la perspective des élections en Allemagne, en septembre, la probabilité d’une coalition libérale réunissant démocrates chrétiens conservateurs et libéraux monte en puissance. C’était prévisible, après les élections en Hesse en janvier (voir Hesse (Allemagne) : la droite triomphe, bénéficiant des erreurs du SPD - 19 janvier 2009).

 

Certes, il y a des avis contraires. Ainsi, le spécialiste de l’Allemagne, Edouard Husson*, sur son blog, le 23 juin, évoquait la reconduction de la grande coalition de la droite avec les sociaux-démocrates (CDU-CSU-SPD).

 

L'Allemagne s'adapte à la nouvelle donne géopolitique

 

« Les classes moyennes sont fragilisées, l'audience des deux "grands partis" se réduit. Ils ne semblent pas avoir d'autre perspective que de gouverner ensemble car ni une coalition chrétiens-démocrates/libéraux/Verts ni une coalition sociaux-démocrates/Verts/ Die Linke ne semblent réalisables aujourd'hui. Peut-être le seul élément d'alternative à la Grande coalition est-il une coalition Libéraux/Verts/SPD. Mais le SPD ne peut pas l'annoncer sans risquer d'aliéner ce qui lui reste d'électorat populaire ».

 

La campagne électorale ne laisse pas entrevoir une remontée des sociaux-démocrates. Ceux-ci veulent donner « un nouveau départ à l’économie sociale de marché », constatant que leurs partenaires conservateurs au gouvernement font des choix de plus en plus libéraux. Voir l’article de Cécile Calla sur le site du quotidien Le Monde, le 4 août : Les sociaux-démocrates allemands promettent le plein-emploi d'ici à 2020.

 

La gauche radicale ne parvient pas à confirmer les espoirs qu’elle avait fait naître, mais aussi les craintes chez les sociaux-démocrates. « Deux ans après la fusion entre le WASG, qui regroupait des syndicalistes déçus du SPD et altermondialistes, et du PDS, héritier de l'ancien Parti communiste est-allemand, la gauche radicale n'est pas au mieux de sa forme pour se lancer dans la bataille des élections législatives du 27 septembre ». Voir l’article de Cécile Calla, paru le 22 juin La gauche radicale allemande à la peine.

 

La droite a, donc, le vent en poupe, ce qui inquiète Hans Brodersen (voir Le profil de Hans Brodersen- Contre-Feux). Le site de Marianne a publié, le 6 août, l’un des articles parus sur Contre-feux.

 

Allemagne: vers un ultra-Maastricht

Pour sortir de la crise, l'Allemagne s'oriente vers un choix radical: fini l'Etat social «à l'européenne», bonjour l'ultralibéralisme. Or, les élections au parlement allemand sont en septembre, et si l'on en croit les sondages, ce choix séduirait la majorité des Allemands, ce qui pourrait modifier fondamentalement le visage de l'économie européenne...

De bien mauvaises nouvelles nous parviennent d’Allemagne. Les sondages avant les élections au parlement, le Bundestag, de septembre 2009 indiquent que le pays serait gouverné dès cet automne par une coalition ultralibérale (CDU, CSU et FDP) obsédée par les baisses d’impôts, une flexibilité encore accrue des marchés du travail et une baisse des dépenses sociales.

L’actuelle grande coalition constituée de chrétiens-démocrates et du SPD, au pouvoir pour quelques semaines encore, vient de faire adopter par le parlement allemand un amendement constitutionnel qui limite le déficit public au niveau fédéral, durant un cycle économique, à 0,35% du PIB potentiel – un « ultra-Maastricht » en quelque sorte qui aura force de loi dès 2016. A partir de 2020, les 16 régions allemandes, les Länder, ne pourront plus contracter de dette.

L’utopie mortifère d’une austérité perpétuelle pointe son nez, du von Hayek tout craché !

Appliquées aux particuliers, ces nouvelles règles réserveraient la construction de maisons, l’achat d’appartements, de voitures et d’autres biens de consommation durables à quelques héritiers ou parieurs chanceux et aux cadres supérieurs ayant épargné auparavant.  Tout développement porté par le crédit, stigmatisé, serait remis aux oubliettes.

Les ultras de la CSU bavaroise, comme Peter Ramsauer, annoncent d’ores et déjà un ambitieux programme fiscal pour la prochaine législature, un « programme éclair », dit-il, réalisé les 100 premiers jours. Il comporterait les décisions suivantes : forte baisse de l’impôt sur les bénéfices des sociétés, baisse des droits sur les successions et, à l’horizon de 2012, réduction de l’impôt des particuliers. (Source :
tagesschau.de du 06.07.2009)

On comprend donc l’aversion des responsables allemands, le « très » social SPD inclus, pour toute réponse, européenne et coordonnée, à la crise ou pour un « grand emprunt » à la Sarkozy :

Disons-le clairement, on veut en finir avec l’Etat social « à l’européenne »

Ce qui signifie réduire massivement le filet social car les recettes publiques, en forte baisse, combinées avec l’interdiction de recourir à l’endettement, même pour financer les investissements publics, ne laisseraient qu’une seule solution : le démantèlement massif de l’Etat social allemand. Car qui pourrait envisager, raisonnablement, que l’Etat allemand se prive de sa police, de son armée ou de ses enseignants ?

Les résultats d’une telle orientation, claire et nette, sont parfaitement connus : exportations allemandes de marchandises et de services en hausse massive ; exportation du chômage allemand grâce à un fort regain de compétitivité des entreprises allemandes payant moins de charges et d’impôts ; bref, une « beggar-my-neighbour policy » pur jus, avec, à la clé, ou l’implosion de l’euro ou un alignement des pays partenaires en Europe sur la stratégie allemande (…).


Retrouvez les articles de Hans Brodersen sur le blog Contre-feux

 

* Edouard Husson est intervenu lors des colloques organisés par la Fondation Res Publica, présidée par Jean-Pierre Chevènement, les 17 mars 2008 (L'Allemagne au sommet de l'Europe ?) et 12 janvier 2009, concernant l’Allemagne (L'Allemagne, la crise, l'Europe).

Cet article est le 19ème sur ce blog dans la catégorie Etats Union européenne.

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19 janvier 2009 1 19 /01 /janvier /2009 22:06

Les libéraux (CDU et FDP) vers la victoire nationale

 

Le résultat des élections, hier, dans le land de Hesse (Francfort) est très favorable à la droite libérale (CDU et FDP), ce qui peut s’expliquer par les divisions de la gauche (voir Allemagne : l'affrontement entre le SPD et Die Linke n'est pas nouveau - 29 novembre 2008).

 

Voici l’article, signé Marie de Vergès, paru ce 19 janvier sur le site du quotidien Le Monde.

 

Elections en Hesse : revers électoral des sociaux-démocrates

 

Ce n'est certes pas le raz-de-marée dont aurait pu rêver Angela Merkel. Mais à huit mois des législatives allemandes, l'Union chrétienne-démocrate (CDU), le parti de la chancelière, peut se targuer d'avoir clairement distancé les sociaux-démocrates (SPD) aux élections régionales de Hesse, dimanche 18 janvier. La région de Francfort avait déjà voté il y a un an. Le résultat avait alors été si serré qu'aucun des deux grands partis n'était parvenu à former une coalition.

 

Avec 37,2 % des voix, les conservateurs sont arrivés en tête, mais ils n'ont pas franchement amélioré leur score de janvier 2008 (36,8 %). Le SPD, partenaire de Mme Merkel au sein du gouvernement de grande coalition, s'est vu, quant à lui, infliger un sévère camouflet : les électeurs de Hesse ne lui ont accordé que 23,7 % de leurs suffrages, soit 13 points de moins qu'un an plus tôt et le plus mauvais score jamais enregistré par le parti dans cette région.

 

Le ministre-président sortant, Roland Koch, l'un des poids lourds de la CDU, va donc pouvoir continuer à gouverner en s'alliant avec les libéraux du FDP. Grands gagnants du scrutin, ceux-ci ont obtenu 16,2 % des voix, contre 9,4 % il y a un an.

 

Une telle coalition avec le FDP est le modèle souhaité au niveau fédéral par les chrétiens-démocrates, qui veulent sortir de leur cohabitation forcée avec le SPD. "Si l'on considère cette année électorale, nous avons toutes les chances de gagner avec plus de 40 %", a triomphé le secrétaire général de la CDU, Ronald Pofalla.

 

Les sociaux-démocrates démarrent sur un mauvais pied le marathon qui les sépare des législatives de septembre. D'autant que leur candidat à la chancellerie, le ministre des affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier, est toujours à la traîne dans les sondages, loin derrière Mme Merkel.

 

Le SPD sait qu'il lui faudra tirer les leçons de sa débâcle en Hesse. Presque vainqueur il y a un an, il paie aujourd'hui le prix de ses querelles internes sur l'attitude à adopter face à la gauche radicale, Die Linke. Après avoir promis qu'elle ne solliciterait jamais un tel appui, la fédération hessoise s'est déchirée sur l'opportunité de former un gouvernement minoritaire avec les Verts, soutenu par Die Linke. Deux tentatives en ce sens ont échoué et entraîné de nouvelles élections.

 

La direction fédérale du SPD semble, elle aussi, hésiter sur la marche à suivre avec Die Linke : elle exclut toute coopération au sein d'un gouvernement national, mais pas à l'échelon régional. Ce parti, qui rassemble des ex-communistes et des déçus de la social-démocratie, s'affirme comme un véritable acteur dans les négociations de coalition. Dimanche, il a confirmé son entrée au Parlement de Hesse en recueillant 5,4 % des voix. Au niveau fédéral, il est crédité de plus de 10 % d'intentions de vote. Les sondages lui sont d'ores et déjà très favorables en Sarre et en Thuringe, où des élections régionales auront lieu fin août.

 

 

- A lire aussi, sur le site de Marianne, 17 janvier, Ma semaine allemande : L'Allemagne, plus exposée à la crise que les autres ?, par Edouard Husson, historien de l'Allemagne contemporaine. Au sommaire : une Allemagne éclatée politiquement, un entretien passionnant avec Gilbert Casasus, le déclin du modèle allemand d'économie sociale de marché…

- Et, aussi, sur le site de Libération, 16 janvier, Ces rouges qui rêvent de Rosa… un article de Nathalie Versieux. Née de la fusion des ex-communistes de l’Est et des dissidents socialistes, «Die Linke» se revendique de Rosa Luxembourg, et sert de modèle à la gauche radicale française.

Cet article est le 18ème sur ce blog dans la catégorie Etats Union européenne.  

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29 novembre 2008 6 29 /11 /novembre /2008 22:15

 

La division de la gauche a facilité la montée du nazisme

 

Ce jour où Oskar Lafontaine participait, à St-Ouen (93), au congrès fondateur du nouveau parti de gauche (PG) - voir Mélenchon à la recherche d'une nouvelle majorité de gauche" - je me suis tourné vers la gauche allemande.

 

J’avais rapporté sur ce blog les difficultés internes du SPD dans le land de Hesse (Francfort) – voir Allemagne : le SPD n'exclut plus de s'allier avec Die Linke en Hesse - 15 août 2008.

 

En fait, le SPD a fait capoter le projet de Mme Ypsilanti, qui voulait former une coalition de gauche incluant le parti Die Linke (La Gauche).

 

Edouard Husson* qui, chaque semaine, écrit son journal sur le site de Marianne, est revenu sur « la débâcle de Hesse » dans « Ma semaine allemande », par Édouard Husson (Marianne, 22 novembre) :

 

Le prix de l’humour politique involontaire est décerné à Franz Müntefering pour l’entretien qu’il a accordé au Spiegel de la semaine du 10 novembre. Il y affirme n’être pour rien dans la débâcle du SPD en Hesse – Madame Ypsilanti, qui voulait former une coalition de gauche incluant Die Linke a perdu le soutien de quatre membres du SPD au moment du vote. De deux choses l’une : si le secrétaire général du SPD dit la vérité, il révèle son incapacité à saisir l’enjeu que représentait la formation de cette coalition pour les prochaines élections générales (septembre 2009) et l’on peut douter de sa capacité à diriger la future campagne du SPD aux élections générales de septembre 2009; s’il avait au contraire conscience de l’enjeu, c’est qu’alors il ne dit pas la vérité sur le comportement de la direction berlinoise face aux débats internes au SPD de Hesse.

L’interprétation la plus clémente de ce qui s’est passé est que MM. Steinmeier et Müntefering ont été satisfaits d’écarter Madame Ypsilanti, dont l’étoile aurait grandi dans le parti – au détriment de l’aile schroederienne – si elle avait réussi à constituer un gouvernement SPD-Verts-Die Linke. Et il est probable qu’ils suivaient l’affaire de très près et ont beaucoup fait pour que « l’union de la gauche » échoue en Hesse. Ils finiront par la faire, pris de panique devant les mauvais sondages, dans quelques mois, sans Madame Ypsilanti, dont le talent politique leur fera défaut.
 

 

* Édouard Husson est historien de l’Allemagne contemporaine. Il était intervenu (voir L’Allemagne, entre Europe et mondialisation), lors du colloque de la Fondation Res Publica, le 17 mars 2008, qui avait pour thème L'Allemagne au sommet de l'Europe ?  

 

La semaine précédente (15 novembre) dans Marianne, Edouard Husson avait publié un article très intéressant, concernant la division de la gauche au moment de la naissance de la première République allemande, en 1918 (cliquer sur le titre) :

Ma semaine allemande : les tragiques divisions de la gauche

 

Quatre-vingt-dixième anniversaire du renversement de l’Empire allemand. Le 9 novembre 1918, une première république était fondée en Allemagne. Cependant, avant même que les nazis ne fussent en mesure de tuer la République, celle-ci était quasiment mort-née car la gauche allemande se divisa d’emblée à son sujet. Il y eut même deux proclamations de la République, le 9 novembre 1918, l’une par Philippe Scheidemann, au nom du SPD, et l’autre par Karl Liebknecht, au nom de ce que l’on appelle aujourd’hui « la gauche », Die Linke.

Contrairement à une légende bien enracinée, Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg n’étaient pas des « bolcheviques » - le parti communiste allemand, fondé en janvier 1919, n’était pas à l’origine affilié à Moscou. C’est important à répéter lorsqu’on nous rebat les oreilles concernant le PDS et Die Linke aujourd’hui. Le PDS d’après 1989 n’a fait que renouer avec la tradition du début 1919, celle d’un parti communiste allemand indépendant de Moscou. En s’alliant à Oskar Lafontaine voici trois ans, le PDS a retrouvé l’esprit de la première révolution allemande, celle du 9 novembre 1918, lorsque les spartakistes étaient encore membres de l’USPD, le « SPD indépendant», qui s’était séparé du SPD en pleine Première Guerre mondiale en refusant de cautionner plus longtemps le soutien social-démocrate à la guerre.

Suffirait-il de changer les noms ? Oskar Lafontaine n’a-t-il pas quitté le gouvernement de Gerhard Schröder, entre autres raisons, du fait de l’entrée de l’Allemagne dans une nouvelle guerre des Balkans, la guerre du Kosovo ? Le PDS, et aujourd’hui Die Linke, ne sont-ils pas, depuis la réunification, les partis politiques allemands qui prônent une politique étrangère pacifique correspondant aux aspirations profondes de la population allemande – exactement comme l’USPD et le KPD étaient les seuls partis, début 1919, à répondre aux attentes de paix de la population (avant que le traité de Versailles ne vienne tout gâcher) ?  

Le drame de la première révolution allemande vint du comportement de la direction du SPD. Friedrich Ebert, premier chancelier (puis premier président de la République), auteur de la célèbre formule
« Je hais la révolution comme la peste », sabota d’emblée le travail des « conseils », qui n’étaient en rien des « soviets », là aussi contrairement à une légende tenace mais des sortes d’Etats généraux permanents de la gauche, au sein duquel siégeaient ensemble SPD et USPD.

Ces conseils avaient un programme modéré (journée de travail de huit heures, négociations collectives dans les entreprises, nationalisations de l’industrie lourde, démocratisation de l’accès au grade d’officier). Rien n’aurait dû détourner Ebert d’appliquer ce programme mais,
realpoliticien au petit pied, il laissa pourrir les délibérations des conseils, passa un accord secret avec les élites d’Ancien régime puis, lorsque l’extrême gauche sortit de l’USPD et se radicalisa (soulèvements à partir de janvier 1919), il la fit réprimer par les milices fascistes qu’étaient déjà les corps francs.

 

Même quand l’on déteste légitimement le bolchevisme auquel le KPD se rallia, dans le courant de 1919, pour échapper à l’écrasement, comment ne pas comprendre les accusations de « social-traître » ou « social-fasciste » proférées par les communistes allemands envers le SPD tout au long des années 1920.

La division de la gauche fut tragique au moment de résister à la montée en puissance du nazisme mais, contrairement à ce que dit notre bien-pensance, le SPD portait en l’occurrence la plus lourde responsabilité : la social-démocratie était à l’origine du fossé sanglant qui la séparait du KPD. Il est tragique que le communisme allemand soit revenu, en 1945, dans les fourgons de l’Armée Rouge, que le régime de RDA ait été imposé à vingt millions d’Allemands, mais l’Occident qui refusa toutes les offres de règlement de l’URSS dans les années 1950 a largement contribué à prolonger ce cauchemar. Laissons à la RDA sa fin pacifique et l’ouverture, finalement volontaire, du Mur de Berlin, le 9 novembre 1989.

Ce qui est terrible dans l’actuelle politique allemande, c’est que le SPD n’a toujours pas pris la mesure, semble-t-il, de cette histoire tragique de la gauche allemande au XXe siècle.

Le 9 novembre 1989 refermait la parenthèse tragique ouverte en 1918-1919. On ne pouvait que se réjouir de l’évolution menant du SED (le parti communiste est-allemand inféodé à Moscou) au PDS, un parti communiste redevenu indépendant et démocratique.

 

 Die Linke est la preuve d’une possibilité de réunification de la gauche allemande dans l’esprit du socialisme démocratique indépendant (USPD) de 1917-1919. Ce que Madame Ypsilanti a voulu réaliser en Hesse, l’union de la gauche, c’était renouer définitivement avec ce qui devra être demain le comportement normal des partis de gauche en Allemagne : leur alliance pour donner une traduction concrète à la majorité politique potentielle qu’ils ont dans le pays.

Lorsque Franz Müntefering exige du SPD de Hesse une auto-critique (Süddeutsche Zeitung, 10.11.2008) pour avoir suivi la politique d’union de la gauche, qui a finalement échoué, de Madame Ypsilanti, il oublie de nombreuses réalités :

 

1. la direction nationale du SPD avait interdit à la présidente aujourd’hui démissionnaire du SPD de Hesse, lors des dernières élections de Land, de prôner l’union de la gauche, ce qui a empêché une victoire de celle-ci, pourtant possible ;

2. Après que Madame Ypsilanti eut patiemment recollé les pots cassés, c’est Franz Müntefering lui-même qui a provoqué, la semaine dernière, un nouvel échec de l’union de la gauche, pourtant à portée de main, en convainquant quatre députés SPD de lâcher la présidente du SPD du Land.

 

« Auto-critique » ? La référence à la grande époque des procès politiques communistes ne surgit pas là où on l’attendrait si l’on croyait la pensée dominante, consistant à diaboliser a priori Die Linke.

Le comportement le plus autoritaire ne se trouve plus, aujourd’hui, du côté de Die Linke mais du SPD. Franz Müntefering est le digne héritier de Friedrich Ebert.

Même si les circonstances ne sont pas aussi tragiques que dans l’entre-deux-guerres, le comportement des schroederiens n’est pas bon pour la démocratie allemande, qui a besoin d’une gauche allemande unie et forte.

 

Aujourd’hui il ne s’agit plus de lutter pour la vie de la République en Allemagne mais de se donner les moyens de résister à la perte de substance pour la démocratie que constitue une mondialisation que les élites veulent soustraire au contrôle des peuples. On lira à ce propos les analyses  lumineuses d’Emmanuel Todd dans son nouveau livre : Après la démocratie (éd. Gallimard, 2008).
 
Cet article est le 17ème paru sur ce blog dans la catégorie Etats Union européenne

 

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15 août 2008 5 15 /08 /août /2008 10:29

Un pas vers une coalition de gauche outre-Rhin

 

La gauche allemande hésite et se divise sur la stratégie d’alliance. Le SPD est écartelé entre son aile droite, qui défend les réformes libérales du gouvernement Schröder, et son aile gauche, qui remet en cause la grande coalition nationale avec les partis de droite CDU-CSU. Voir sur ce blog La gauche allemande, divisée, cherche la voie qui conduit au pouvoir - 11 août 2008.

 

Voici une information, publiée hier sur le site du quotidien Le Monde (Henri de Bresson), qui semble indiquer une avancée du SPD vers le rapprochement avec le parti qui le concurrence sur sa gauche, Die Linke (voir, plus loin, cet article du Monde).

 

On se souvient (voir Elections régionales en Allemagne : la gauche radicale entre au parlement de Hesse - 29 janvier 2008) que la présidente du SPD en Hesse (land de Francfort), tenant compte des résultats électoraux, avait souhaité passé un accord avec Die Linke afin de gagner la majorité dans cette région. Elle avait dû faire marche arrière en raison de l’opposition de son aile droite. Celle-ci aurait-elle changé d’avis, dans quelles conditions et selon quelles exigences ?

 

Le SPD est contraint de tenir compte des sondages et de la situation économique et sociale du pays. La crise économique fait sentir ses effets (voir Recul du PIB de l'Allemagne au deuxième semestre). Après la dérive néolibérale sous le gouvernement Schröder, les sociaux démocrates sont face à des choix difficiles. Une nouvelle donne, cette fois-ci, de gauche, n’est plus impossible en Allemagne. Avec des effets indirects sur les orientations de la gauche française…

 

 

Le SPD reparle d'une alliance avec la gauche radicale (en Hesse)

 

Mettant fin à huit mois de tergiversation depuis les élections régionales de janvier dernier, la fédération social-démocrate de Hesse a décidé mercredi 13 août de laisser sa présidente, Andrea Ypsilanti, 50 ans, tenter à nouveau sa chance pour se faire élire d'ici novembre ministre-président du Land avec un gouvernement de coalition social-démocrate/Vert toléré par le parti de la gauche radicale, Die Linke.

Le président du SPD, Kurt Beck, qui joue dans cette affaire sa crédibilité, avait laissé lundi aux sociaux-démocrates hessois la liberté de leur choix.

Le ralliement sous conditions de l'aile droite du SPD hessois à l'ouverture de négociations avec Die Linke a donné à Mme Ypsilanti la possibilité d'imposer sa ligne en dépit des très fortes oppositions qu'elle suscite dans le parti au niveau fédéral et dans de nombreuses autres fédérations. Les sociaux-démocrates bavarois, qui ont des élections régionales fin septembre, et peuvent espérer faire perdre sa majorité absolue au parti chrétien-social de Bavière, dominant dans le land, voient l'évolution hessoise d'un très mauvais oeil. Pour tenir compte de leur situation, il a été convenu que le congrès du SPD de Hesse, qui devra entériner le résultat des négociations de coalition à venir, n'aura lieu qu'en octobre.

NOUVELLE DONNE

L'arithmétique électorale actuelle, mesurée par les résultats des dernières élections régionales et les sondages, confronte les deux grands partis allemands, chrétiens et sociaux-démocrates, à des choix difficiles.

La confirmation de la percée du nouveau parti d'Oskar Lafontaine et Gregor Gysi, Die Linke - la Gauche -, rentré au Bundestag en 2005, crédité à un an des prochaines législatives de septembre 2009 de plus de 11 % dans les sondages, devant les Verts et les Libéraux, a bouleversé la donne politique. Contraints de s'allier au niveau fédéral aux chrétiens-démocrates dans la grande coalition d'Angela Merkel (CDU), les sociaux-démocrates sont divisés sur la manière de sortir de cette alliance qui jusqu'à présent a plutôt servi la chancelière.

A Berlin, le bourgmestre régnant Klaus Wowereit a bien mis en oeuvre depuis 2002, sans histoire, une coalition avec Die Linke. Mais ce modèle continue de faire l'effet d'un chiffon rouge non seulement pour la droite, qui en fait son cheval de bataille, mais aussi pour l'aile réformatrice du parti social-démocrate, celle qui avait porté l'ancien chancelier Gerhard Schröder et ses réformes sociales de l'agenda 2010, incarnée aujourd'hui par le vice-chancelier et ministre des affaires étrangères Frank Walter Steinmeier.

Soutenue par l'aile gauche du parti, traditionnellement forte en Hesse, la région de Francfort, Andrea Ypsilanti et sa main tendue à la gauche radicale sont devenues le symbole de la bataille engagée au sein du SPD pour la fin du tout libéral. Son programme prévoit en outre, pour convaincre les Verts d'accepter une coalition, de fortes incitations pour freiner en Hesse l'énergie nucléaire et le charbon et encourager les nouvelles énergies.

L'issue des négociations avec Die Linke reste ouverte. L'aile droite du parti hessois, sans laquelle Mme Ypsilanti devrait une seconde fois renoncer, comme en mars, à obtenir une majorité au parlement hessois pour démettre le ministre-président sortant, le chrétien-démocrate Roland Koch, et se faire élire, entend marchander son appui. Un échec signifierait toutefois de nouvelles élections régionales, qui seraient difficiles pour le SPD. Celui-ci avait obtenu 37 % des voix en janvier. Les sondages lui en donnent aujourd'hui dix de moins.

Pour consulter les articles parus sur ce blog, concernant les pays européens, cliquer sur Etats Union européenne.

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11 août 2008 1 11 /08 /août /2008 20:44

Lafontaine en Sarre pour une coalition de gauche

 

L’Allemagne est, à son tour, touchée par l’inflation et le ralentissement de la croissance, un mal qu’on nomme stagflation. Certes, son excédent commercial reste phénoménal, comparé au déficit français, mais les effets de la crise financière se font aussi sentir, comme ailleurs en Europe. Le quotidien économique La Tribune exprime, ce 11 août, ses craintes à ce sujet :

L'euro sous 1,50 dollar, les signes inquiétants pour l'économie européenne s'accumulent 

 

Encouragés par le débat récurrent sur le pouvoir d'achat et le niveau élevé de l'inflation, les syndicats allemands restent déterminés à obtenir d'importantes augmentations de salaires. IG Metall veut faire profiter les salariés du retour de la croissance outre-Rhin depuis 2006.

 

La crise énergétique constitue un autre élément qui suscite l’inquiétude et grossit les clivages politiques, en Allemagne comme ailleurs en Europe. Le quotidien Le Monde se fait l’écho, ce 11 août, des divergences au sein de la coalition au pouvoir, notamment au sein du SPD, sur la décision de faire appel, ou non, à l’énergie nucléaire.

Avec la crise énergétique, l'Allemagne remet en question la sortie du nucléaire

 

Cette remise en cause ne se limite pas aux questions énergétiques. Le bilan des réformes de l’ère Schröder est critiqué par une partie des militants de gauche. Le Monde titrait, le 7 août dernier :

 

Le SPD allemand se déchire sur le bilan des réformes menées sous l'ère Schröder

 

Les sociaux-démocrates allemands n'ont pas fini d'étaler leurs divisions au grand jour. La procédure d'exclusion engagée à l'encontre d'un membre éminent du SPD, Wolfgang Clement, puissant ministre de l'économie et du travail sous l'ex-chancelier Gerhard Schröder, vient raviver la chronique de ces désaccords à un an des élections législatives.

Tiraillé entre sa gauche et sa droite, au plus bas dans les sondages, le SPD, partenaire des unions chrétiennes-démocrates (CDU/CSU) au sein du gouvernement de grande coalition, n'avait vraiment pas besoin de ce nouvel épisode (…).

 

L'aile droite du SPD redoute l'impact de ces querelles sur les adhérents. Confronté à une baisse de ses effectifs depuis des années, le plus ancien parti allemand s'est fait dépasser pour la première fois par la CDU fin juillet (…).

D'ores et déjà, les sondages ne donnent aucune chance aux sociaux-démocrates et à leur leader, Kurt Beck, ministre-président de Rhénanie-Palatinat, contre la chancelière Angela Merkel (CDU) aux élections de 2009. Seul un électeur sur quatre voterait pour le SPD, selon un récent sondage TNS Forschung. Face à lui, Die Linke, un parti de gauche radicale rassemblant les déçus de la social-démocratie et les héritiers du Parti communiste d'ex-Allemagne de l'Est, ne cesse de gagner des points (…).


Le coprésident de Die Linke, Oskar Lafontaine, annonce sa candidature en 2009 aux élections en Sarre, avec la ferme intention de rassembler la gauche et de préparer l’union de la gauche au niveau national. Voici l’article paru ce 11 août sur le site du Monde et sous la signature de Marie de Vergès.

 

Le retour en Sarre d'Oskar Lafontaine sous les couleurs de Die Linke


L'ancien président des sociaux-démocrates allemands, Oskar Lafontaine, tente son grand retour dans la Sarre, mais sous une autre casquette. C'est sous les couleurs du parti de la gauche radicale Die Linke, dont il est coprésident, qu'il entre en campagne pour se faire réélire comme ministre-président de cette région frontalière de la France, fonction qu'il a déjà occupée pendant treize ans.

M. Lafontaine avait dirigé la Sarre entre 1985 et 1998 jusqu'à son entrée en 1998 dans le gouvernement Schröder, qu'il a quitté avec fracas quelques mois plus tard, démissionnant de toutes ses fonctions politiques, y compris de la tête du SPD. Depuis 1999, le Land est gouverné par le chrétien-démocrate Peter Müller (CDU), solidement réélu en 2004.

La candidature d'Oskar Lafontaine a été officialisée samedi 9 août à l'occasion du congrès régional de Die Linke dans la Sarre, à Neunkirchen, sous les "hourras" des militants. L'ambition de l'enfant terrible de la gauche allemande est claire : prendre la tête de la première coalition rassemblant le SPD et Die Linke dans une région de l'ouest de l'Allemagne. Une telle combinaison, qui divise profondément le SPD à un an des législatives de 2009, n'existe aujourd'hui qu'à Berlin.

Créé en juin 2007, le parti Die Linke rassemble les déçus de la social-démocratie et les héritiers du Parti communiste de l'ex-RDA. Cette année, il a confirmé son implantation en Allemagne de l'Ouest, entrant dans les parlements régionaux de Hesse, Basse-Saxe et Hambourg. Cette percée bouleverse le jeu des coalitions et a provoqué une crise au sein du SPD, allié à la droite au sein du gouvernement de grande coalition d'Angela Merkel.

Les élections en Sarre, en 2009, devraient constituer un test sur la capacité de Die Linke à fédérer ses voix avec le SPD. Ce scrutin régional aura une "signification politique au niveau fédéral", a assuré samedi M. Lafontaine.

Reste à savoir quelle stratégie choisiront les sociaux-démocrates. Aucun d'eux n'a oublié les conséquences de la sécession de leur ancien président qui a quitté le SPD en 2005 pour participer à la création de Die Linke. Le chef du SPD en Sarre, Heiko Maas, a exclu de participer à une coalition dirigée par M. Lafontaine mais a laissé planer le doute sur la possibilité d'une alliance "rouge-rouge". Crédité de 12 % à 13 % d'intentions de vote au niveau fédéral, Die Linke recueillerait dans la Sarre la voix de près d'un électeur sur cinq, selon les derniers sondages.


Sur ce même sujet, sont déjà parus sur ce blog les articles suivants :

26 03 08 - Le parti social-démocrate allemand (SPD), divisé sur le choix des alliances pour gouverner

27 02 08 - La social-démocratie européenne très concernée par les choix du SPD en Allemagne

29 0108 - Elections régionales en Allemagne : la gauche radicale entre au parlement de Hesse


Sur le site de Marianne, le 9 août dernier, Edouard Husson évoquait les problèmes du SPD, en soulignant l’incapacité de la gauche allemande à proposer une politique commerciale européenne qui ne soit ouverte qu’aux pays respectant une concurrence loyale. Lire Ma semaine allemande : le SPD en échec.

Les difficultés de la gauche en Allemagne, ses divisions et ses hésitations stratégiques, renvoient à celles de la gauche en France. J’y reviendrai prochainement.

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15 avril 2008 2 15 /04 /avril /2008 17:27

La gauche démocrate n’a pas séduit le peuple italien

 

La droite italienne s’était rassemblée autour de Berlusconi (cet homme d’affaires venu à la politique afin de protéger ses affaires). Elle a gagné les élections parlementaires (la démocratie italienne est parlementaire). Comme Sarkozy (cet homme politique qui a envie de faire des affaires) avait rassemblé la droite française en 2007 et gagné l’élection présidentielle (la République française est semi-présidentielle).

 

En Italie, comme en France, l’électorat populaire a fait défaut à la gauche. Une partie s’est reportée sur la Ligue du Nord (les salariés de l’Italie industrielle du nord, plutôt favorisée sur le plan économique) et une autre, dans le sud (les défavorisés du capitalisme mondialisé), a été séduite par les propos critiques de Berlusconi sur le système politique et l’Europe.

 

D’ailleurs, depuis plusieurs mois, les italiens montraient beaucoup d’intérêt pour tous ceux qui critiquaient les élus et partis politiques, leurs privilèges et leur inefficacité. Le correspondant du Monde (www.lemonde.fr, 7 avril) titrait « Quand l’Italie s’ennuie ».

 

Depuis deux ans, la gauche était écartelée, au sein du gouvernement Prodi et de la (courte) majorité parlementaire, entre son courant démocrate (dans le sens du parti démocrate aux USA), dominant, et ses nombreuses composantes radicales*.

 

Walter Veltroni a fait éclater cet attelage « prodien » dans le but de « moderniser » la gauche, c’est-à-dire, de la recentrer sur un axe libéral, où se situe également l’essentiel de la droite berlusconienne.

 

« Jamais, de mémoire de politologue, le pays n'avait connu une campagne électorale aussi insipide » (…). "L'objectif d'un centre-gauche libéré du conditionnement idéologique est d'introduire de forts éléments de libéralisation dans la société sans déchirer la cohésion sociale", souligne M. D'Alema (Le Monde, 7 avril). Ce qui conduit ce journal à titrer « Le Parti démocrate de Walter Veltroni tente de gagner les élections en rompant avec la gauche ».

 

Cela nous ramène à la situation de la gauche française

 

- Le courant démocrate (Ségolène Royal, Bertrand Delanoë), qui a soutenu la démarche veltronienne, ne sort pas renforcé de ces élections italiennes.

 

- A l’autre extrémité, la gauche radicale italienne, qui n’a pas obtenu d’élus, subissant un effondrement électoral, ne montre pas la voie à celles et ceux qui militent, en France, pour une stratégie de rassemblement antilibéral, à la gauche de la gauche.

 

En fait, aucune gauche en Europe n’a trouvé la bonne réponse, dans le cadre du capitalisme mutant que nous connaissons. Les différentes formes de social-démocratie sont essoufflées.

 

La gauche française a tout à réinventer. Sa refondation, en prenant appui sur ses bases républicaines, est le chemin qui conduit au soutien populaire, sans lequel rien n’est possible.

 

La proposition de Jean-Pierre Chevènement, lors du Conseil national du MRC (voir, sur ce blog, les articles parus les 6 et 8 avril) est une bonne base de discussion.

 

Voici les résultats des élections italiennes, selon Jean-Jacques Bozonnet (www.lemonde.fr, 15 avril).

 

Chambre des députés

 

[PDL (Le Peuple de la Liberté, droite) : 37,4%] + [Ligue du Nord : 8,3%] + [MPA (autonomiste, sud) : 1,1%] = 46,8% des suffrages et 340 députés.

 

[DL (Parti démocrate, centre gauche) : 33,2%] + [IDV (Italie des valeurs, centre gauche) : 4,4%] = 37,6% et 239 députés.

 

UDC (Union du centre, démocrate chrétien) : 5,6% et 36 députés.

 

Des petits partis régionalistes ont 3 députés. Les socialistes, communistes et Verts, pour la première fois depuis la naissance de la République, ne sont plus représentés au Parlement.

 

Sénat

 

La droite obtient 168 sièges (dont PDL : 141, Ligue du Nord : 25) ; la gauche 130 (Parti démocrate : 116, IDV : 14) et l’UDC 3. Les formations autonomistes en ont 8.

 

« Le troisième mandat de Silvio Berlusconi en Italie est tiré à droite par la Ligue du Nord »

 

« Le berlusconisme est désormais durablement enraciné en Italie. Pour la troisième fois en quinze ans, ce mouvement, considéré comme un accident de l'histoire à sa naissance en 1993, est validé par une majorité d'Italiens. Pour Silvio Berlusconi, 71 ans, sur le point de retrouver le pouvoir après la nette victoire de sa coalition aux élections législatives anticipées des 13 et 14 avril, les deux années de gouvernement Prodi, de 2006 à 2008, n'auront été qu'une parenthèse (…).

 

Mais la vraie surprise de ces élections n'est pas le retour triomphal de Silvio Berlusconi, largement annoncé par les sondages dès la chute du gouvernement Prodi, le 24 janvier. La nouveauté réside dans la métamorphose du paysage politique. Seulement cinq partis nationaux seront représentés dans le prochain Parlement contre une bonne trentaine lors de la précédente législature : le PDL et la Ligue du Nord à droite; le Parti démocrate et l'IDV au centre gauche; enfin, l'Union du centre (UDC, démocrate chrétien)(…).

Le centre gauche s'est déclaré disponible pour un dialogue "sur les réformes dont le pays a besoin". Celle de la loi électorale, ainsi que quelques retouches constitutionnelles. "Nous avons toujours été prêts à travailler avec l'opposition pour les intérêts du pays", a répondu Silvio Berlusconi. Mais pour gouverner, "Il Cavaliere" a les mains libres (…).

Mais le contexte économique international incite Silvio Berlusconi à maintenir une approche modeste à l'issue d'une campagne où il n'a pas promis de miracles. "Ce seront des années difficiles, a-t-il averti. Ce seront cinq années décisives pour la modernisation du pays."

Pour Il Corriere della Sera, "le vrai miracle est qu'il s'est fait accepter par les Italiens en se présentant comme un futur chef du gouvernement sans baguette magique".

M. Berlusconi devra toutefois composer avec les exigences de la Ligue du Nord, notamment en matière de fédéralisme fiscal et de lutte contre l'immigration clandestine. Le gouvernement sera-t-il "conditionné" par cet allié incommode, comme le pronostique Walter Veltroni ? Le petit parti populiste et xénophobe a confirmé son ancrage profond dans le nord du pays, en obtenant des scores allant jusqu'à 35 % dans ses fiefs du Nord-Est. Pour l'eurodéputé de la Ligue, Mario Borghezio, "c'est un résultat déterminant pour tous les équilibres à venir".

* Voir l’article paru sur ce blog le 28 février 2008 - http://mrc53.over-blog.com/categorie-986199.html

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Published by SORIN Michel - dans Etats Union européenne
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