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  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine autour des idées de Jean-Pierre Chevènement. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens après les élections de 2002.
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12 avril 2008 6 12 /04 /avril /2008 14:46

Les salariés roumains tirent bénéfice de l’Europe

 

Les 9 et 10 avril, j’ai évoqué sur ce blog la lutte menée par les travailleurs roumains de l’entreprise Dacia (qui fait partie du groupe Renault depuis 1999) afin d’obtenir une revalorisation de leurs salaires. La Roumanie est membre de l’Union européenne. Il faut que cela change quelque chose pour les citoyens roumains, ou c’est à désespérer de la construction européenne.

 

Les salariés de l’entreprise Dacia (13 000 salariés), à Pitesti (prononcer pitechti*), à une centaine de kilomètres de Bucarest, au sud de la Roumanie, ont mis fin, le 11 avril, au mouvement de grève qu’ils avaient commencé le 24 mars (plus de la moitié y participaient, condition de la légalité de la grève).

Voici, à ce sujet, l’article paru ce 12 avril sur le site de Libération www.liberation.fr, sous la signature de Luca Niculescu.

 

« Les ouvriers du constructeur roumain ont obtenu 40 % de salaire en plus »

 

« Nicu Oprea pousse un ouf de soulagement. Cet homme d’une quarantaine d’années, en survêtement imitation Nike, est content que la grève soit finie. «Chaque soir, je me demandais comment j’allais boucler le mois et payer les traites…, reconnaît-il, avant de reprendre fièrement : En plus, vous avez vu, on a gagné ! C’est la plus forte hausse salariale jamais obtenue en Roumanie ces quinze dernières années !»

Vendredi, les syndicats de Dacia (Renault) ont accepté la dernière offre de la direction, équivalente à 40 % de hausse de salaire, même s’ils réclamaient 65 % au début de leur mouvement, le 24 mars.

L’accord, qui met fin à trois semaines de grève, permet la reprise de la production de la Logan. Pour Nicu Oprea, qui gagnait 950 lei (280 euros) par mois après seize ans de travail dans l’entreprise, le nouveau salaire sera de 1300 lei (380 euros).

Il ne comprend pas pourquoi la direction a tant traîné : «On dit que les pertes générées par la grève s’élèvent à 150 millions d’euros [Renault parle de 13 millions, ndlr] alors que les augmentations demandées coûtaient 6 millions par an…»

Repas chaud. L’augmentation obtenue, la vie de Nicu Oprea ne changera pas pour autant. «On dit que la Logan est la voiture du pauvre, mais je ne peux même pas me l’offrir.» Il n’a qu’une R12, l’ancêtre de la Logan, achetée il y a huit ans. Sa femme, enseignante, gagne encore moins que lui. Comment font-ils pour survivre, alors que les seules charges de leur petit appartement à Pitesti s’élèvent à plus de 200 euros en février ? «Il y a la belle-famille, à la campagne, qui nous aide.» Propriétaire d’une petite ferme dans les environs de Pitesti, celle-ci envoie chaque semaine de la viande, du fromage et des légumes.

La direction de Dacia, elle, met en avant les efforts des dernières années pour améliorer le niveau de vie des employés. Depuis 2002, dit-elle, les salaires ont plus que doublé et les conditions de travail ont changé : chaque employé a droit à un repas chaud par jour, aux tickets restaurant, à des facilités pour le transport en commun… Maria, qui travaille dans l’usine depuis vingt-cinq ans, ne voit pas les choses de la sorte : «Ça ne sert à rien de nous donner un repas chaud à midi, alors que nous ne pouvons pas offrir le dîner à nos enfants», s’insurge-t-elle. Son fils de 23 ans n’est resté que quelques mois chez Dacia. Il ne pouvait pas se débrouiller avec les 650 lei (moins de 200 euros) de salaire. Il est parti travailler à l’étranger. Nicu Oprea avait aussi songé à quitter le pays, comme l’ont fait plus de 1,5 million de Roumains (7 % de la population) ces dix dernières années. «J’ai appris qu’en Italie ou en Espagne, un ouvrier peut gagner plus de 1 000 euros par mois», soupire-t-il. Pourquoi rester alors ? «Parce que mon fils a 7 ans, et je ne veux pas qu’il grandisse avec un père absent.»

Après l’accord conclu avec la direction, une partie des grévistes est retournée au travail dès vendredi après-midi, mais l’usine ne tournera à pleine capacité que lundi.

«Cette grève restera comme un exemple de mobilisation pour la direction», lance Matei Bratianu, responsable du Bloc national syndical roumain. Selon lui, la direction de Dacia a commis plusieurs erreurs : «Les directeurs n’auraient pas dû faire une action en justice en réclamant que la grève soit déclarée illégale. Cela n’a fait qu’irriter les grévistes. Et les menaces de délocalisation vers le Maroc ou la Russie ont été malvenues.»

Grogne. Combien de temps cette paix sociale peut-elle durer ? «Au moins jusqu’à l’année prochaine, estime un employé, c’est à ce moment que les syndicats discutent avec la direction des exigences salariales.» Il y a un an déjà, le conflit social avait été évité de justesse, après une augmentation de 25 %.

«Le succès des salariés de Dacia, peut inspirer d’autres syndicats, estime Constantin Rudnitchi, analyste économique, car dans d’autres entreprises, les salaires ne sont guère plus satisfaisants.» La grogne monte déjà chez les ouvriers de l’usine ArcelorMittal de Galati, qui réclament une hausse de 25 %, ainsi que dans la fabrique de roulements d’Alexandria, racheté par le japonais Koyo. «Avec l’entrée dans l’Europe, les Roumains peuvent faire des comparatifs, affirme Constantin Rudnitchi. Alors que le niveau de vie est devenu sensiblement le même que dans les pays occidentaux, le fossé salarial reste immense.» Après dix années de libéralisme pur et dur, durant lesquelles la voix des syndicats était presque inaudible, le printemps social s’annonce agité en Roumanie ».

Un accord « raisonnable », selon Renault

 « Renault a qualifié vendredi de «raisonnable» l’accord conclu vendredi entre la direction et les syndicats de Dacia, estimant qu’il était «de nature à maintenir la compétitivité du site». Ces augmentations «positionnent les salaires de Dacia au-dessus de la moyenne nationale et de la moyenne de l’industrie en Roumanie», estime-t-il ».

Lire aussi les articles de Pierre Haski (12 avril) sur http://www.rue89.com/2008/04/12/la-bonne-nouvelle-de-la-hausse-des-salaires-chez-dacia-en-roumanie et de Benoît Hopquin (12 avril) sur www.lemonde.fr « Les salariés de Dacia ne veulent pas "être esclaves dans l'Union européenne" »

 

 Informations sur la Roumanie : http://fr.wikipedia.org/wiki/Roumanie.

 

* Par analogie avec Desesti, la commune roumaine avec laquelle St-Berthevin entretient des relations depuis 1994. Je m’y suis déplacé en 1995 et 1997, en tant que maire, dans le but d’établir des échanges durables. Une délégation d’élus et de citoyens de Desesti, ainsi que des membres du groupe folklorique local, ont été accueillis à St-Berthevin l’été 2007.

Un jumelage officiel est possible depuis l’entrée de la Roumanie dans l’Union européenne. Il s’ajoutera aux quatre jumelages existants (Voir http://www.ville-saint-berthevin.fr/Presentation-des-jumelages). Desesti est un ensemble de trois villages situés dans le Maramures, au nord de la Roumanie, non loin des frontières ukrainienne et hongroise.

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10 avril 2008 4 10 /04 /avril /2008 20:41

Retour de la dimension sociale de l’économie

 

Hier, sur ce blog, j’ai mis en avant la montée des revendications ouvrières en matière de salaires afin de compenser la hausse du coût de la vie, autant en Roumanie qu’au Vietnam, c’est-à-dire des pays en situation de rattraper leur retard économique.

 

Aujourd’hui, je propose d’approfondir la réflexion à partir du cas très significatif de Dacia et de Renault, groupe industriel dont la stratégie n’a rien d’original ; c’est la recherche de la compétitivité permettant de dégager suffisamment de profits pour satisfaire les actionnaires et investir dans les pays à main d’œuvre qualifiée et peu payée.

 

L’Inde et le Maroc sont des pays intéressants, de ce point de vue. La différence, dans le cas de Dacia, c’est que la Roumanie est désormais membre de l’Union européenne. Les stratèges du groupe Renault n’ont pas perçu les conséquences politiques et sociales de cette réalité européenne, car ils vivent dans le monde néolibéral, qui ne prend pas en compte les réalités sociales et citoyennes des pays où ils produisent des voitures.

 

Les salariés roumains de Dacia sont conscients du peu de considération des dirigeants de Renault envers eux, mais aussi de l’importance de leur travail dans les résultats financiers de leur entreprise. En luttant pour la revalorisation de leurs salaires, ils pensent d’abord à leurs intérêts, les leurs et ceux de leurs familles, mais ils savent aussi que leur combat est utile pour ramener l’Union européenne à une vision plus équilibrée au niveau économique et social, entre capital et travail d’une part, et entre l’ouest et l’est d’autre part.

 

Deux articles du Monde, parus sur www.lemonde.fr éclairent cette perspective. Le premier décrit les faits (Stéphane Lauer, ce 10 avril) ; le second (9 avril) examine les lacunes dans la stratégie sociale de Renault, c’est l’œuvre d’un syndicaliste, Emmanuel Couvreur, secrétaire adjoint (CFDT) du comité de groupe Renault.

 

« La grève s'enlise chez Dacia, la filiale roumaine de Renault »

 

« La situation en Roumanie se complique pour Renault. La grève commencée le 24 mars par les salariés de Dacia, la filiale roumaine du constructeur français, a été déclarée "légale", mercredi 9 avril, par le tribunal de Pitesti, une petite ville à une centaine de kilomètres de Bucarest où se trouve la principale usine qui fabrique la Logan, la voiture à bas coût de Renault.

Les ouvriers réclament une hausse de 65 % de leurs salaires, et le conflit risque de s'enliser. En effet, un peu plus tôt dans l'après-midi, mercredi, le Syndicat automobile Dacia (SAD) avait repoussé les dernières propositions de la direction, qui allaient jusqu'à 26 % d'augmentation.

Renault misait beaucoup sur cette décision de justice pour mettre fin à ce mouvement qui a déjà coûté la non-production d'un peu moins de 17 000 Logan. Après avoir repoussé deux fois sa décision, le tribunal roumain a finalement estimé que les procédures de négociation ont été respectées et que plus de la moitié des 13 000 salariés de Dacia sont grévistes, minimum pour que le mouvement soit déclaré légal.

HAUSSE DU COÛT DE LA VIE

Renault va faire appel de la décision de justice. En attendant, le mouvement pourrait se durcir : un rassemblement des grévistes devait avoir lieu jeudi dans le centre de Pitesti. Ils devaient être rejoints par deux représentants syndicaux de Renault de la CGT et de la CFDT, qui ont prévu de remettre aux grévistes le produit de la collecte de solidarité organisée en France dans les usines de Cléon et Sandouville (Seine-Maritime) et du centre technique du Lardy (Essonne).

La direction a beau marteler que les salaires chez Dacia sont largement supérieurs à ceux du reste de l'industrie roumaine et que les augmentations proposées représentent près du double de celles obtenues récemment par les cheminots, les grévistes campent sur leurs positions. Ils estiment que leurs salaires n'ont pas suivi la hausse du coût de la vie, qui s'est envolé depuis l'intégration de la Roumanie dans l'Union européenne.

"Entre 2003 et 2007, les salaires de Dacia ont augmenté de 140 % contre 32 % dans le reste de la Roumanie, souligne une porte-parole de Renault. Nous avons négocié entre janvier et mars à raison de trois réunions par semaine. Mais nous ne pouvons pas mettre la rentabilité du site en danger."

La maîtrise de la situation reste très difficile pour Renault. Dacia était en ruine quand le constructeur français l'a rachetée en 1999. Mais la marque roumaine, dans laquelle Renault a investi 1milliard d'euros, fait désormais la fierté du pays et pèse près de 2 % du produit intérieur brut du pays.

Les syndicats roumains ont bien compris que l'usine de Pitesti est essentielle dans le dispositif Renault. La Logan tire non seulement les ventes du groupe, mais aussi ses marges. La voiture à bas coût dégage une marge opérationnelle de 6 %, contre 3,3 % pour l'ensemble du groupe. Pas question pour Renault qu'un dérapage salarial en Roumanie remette en cause cette rentabilité ».

« Quelle Europe sociale chez Dacia ? »

 

« Depuis le 24 mars, les salariés de Dacia en Roumanie ont engagé une grève générale suite à l'échec des négociations salariales annuelles. Le principal point de désaccord entre la direction et le Syndicat automobile Dacia (SAD) concerne les salaires : le SAD demande une augmentation uniforme pour tous les salariés de 147 euros, pour des salaires mensuels ouvriers se situant entre 250 et 300 euros. La direction, de son côté, propose 42 euros. Elle a décidé d'intenter une action en justice contestant le caractère légal de cette grève, cherchant à discréditer le mouvement, pourtant suivi par les 7 500 travailleurs du site de Pitesti.

Ce conflit salarial constitue une première en Europe. Il exprime une revendication essentielle de justice sociale à l'échelle européenne : les salariés roumains veulent être reconnus à leur juste valeur. Le conflit de Dacia met en évidence leur exaspération face aux disparités salariales. Un ouvrier français gagne cinq fois le salaire d'un ouvrier roumain ! Ce conflit intervient dans le contexte d'une inflation supérieure à 7 % par an, alors même que ce niveau moyen d'inflation ne traduit qu'en partie l'impact de l'évolution des prix des produits de première nécessité sur le pouvoir d'achat des bas salaires.

L'histoire sociale a montré que la revendication salariale était souvent porteuse d'aspirations beaucoup plus larges, y compris sur les conditions de travail et les relations au travail. Au-delà de la revendication salariale, la détermination des grévistes roumains traduit une volonté de reconnaissance à part entière dans le système industriel du Groupe Renault et dans leur citoyenneté européenne.

Ce conflit conteste, en second lieu, un développement industriel basé sur un progrès social à deux vitesses. Le choix de Renault d'acheter 51 % du capital de Dacia en 1999 reposait sur l'ambition de développer un véhicule à bas coût sur un marché en forte croissance, en tirant parti du différentiel salarial pour assurer la rentabilité du produit. De fait, on assiste depuis 2004 au boom de la Logan. Ses ventes ont décuplé, et la capacité annuelle de production devrait atteindre 400 000 véhicules en 2009. Pour l'opérateur roumain, cela signifie une cadence horaire de 61 véhicules par heure, soit un cycle de production comparable aux meilleures usines européennes. La direction du groupe ne cache d'ailleurs pas que la Logan a permis de dégager des marges financières importantes et a annoncé sa volonté de démultiplier cette démarche en Inde et au Maroc.

A un moment où le marché automobile connaît une stagnation, voire une baisse des volumes, en Europe occidentale, les salariés roumains ont le sentiment de tirer la croissance du groupe sans bénéficier des dividendes. L'entrée en janvier 2007 de la Roumanie dans l'Europe élargie renforce la volonté des travailleurs roumains de ne pas être plus longtemps considérés comme des Européens de seconde zone accréditant l'idée qu'à véhicules "bas coûts" correspondraient des salariés à "bas coûts".

Enfin, le Groupe Renault, aujourd'hui implanté dans dix-neuf pays répartis en cinq régions au niveau mondial. Il est pour le moins curieux de constater que cette internationalisation galopante n'a pas fait l'objet d'une politique sociale à moyen terme et d'une concertation avec les organisations syndicales du groupe. L'internationalisation de Renault apparaît ainsi comme une juxtaposition improvisée de sites qui ne seraient confrontés qu'à des réalités locales, sans mise en perspective sociale globale, ne serait-ce qu'au niveau européen.

Depuis deux ans, l'échéance des négociations salariales annuelles en Roumanie est pourtant vécue comme le rendez-vous social test. Il n'a été préparé de toute évidence qu'avec le sentiment naïf de la possibilité d'un passage en force sur le prix social à payer. Qui pouvait laisser croire que l'on pourrait indéfiniment exiger des performances de plus en plus élevées et obtenir une compétitivité durable en jouant principalement sur les bas niveaux de rémunération. Et la direction de brandir la menace des nouveaux projets d'implantation de la Logan en Inde, en Russie ou au Maroc, pour dissuader les salariés roumains de poursuivre leur mouvement ! C'est de bonne guerre, mais ce n'est tout simplement pas crédible. Renault a déjà investi pour plus de 1 milliard d'euros en Roumanie, et Dacia représente aujourd'hui, directement ou indirectement, environ 120 000 emplois. Si les Roumains peuvent encore aider Renault à produire des véhicules abordables pour le plus grand nombre, Renault ne pourra pas longtemps se passer des Roumains pour vendre les autres véhicules de sa gamme...

La grève actuelle chez Dacia démontre de manière spectaculaire que, faute d'une politique sociale à l'international, des entreprises telles que Renault ne pourront participer à la construction de l'Europe sociale que de manière conflictuelle et improvisée. Le Groupe Renault ne pourra tôt ou tard que plier devant l'évidence historique. Cette grève rappelle aussi que, dans l'Europe élargie, la solidarité syndicale sur la question salariale des pays nouveaux entrants n'est pas antinomique avec le devenir des emplois en Europe occidentale ».

A lire sur http://www.lemonde.fr/opinions  (Opinions du 9 04 08)

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9 avril 2008 3 09 /04 /avril /2008 23:09

Vers un salaire minimum légal en Europe

 

Que penser de cette Europe qui accueille de nouveaux pays sans se donner les moyens de rapprocher les conditions salariales et fiscales entre ses membres ?

 

Que penser de ce groupe industriel, portant le nom de Renault, symbole du progrès social en France, qui rachète en Roumanie l’entreprise Dacia dans le but de produire dans ce pays des voitures à bas prix en maintenant les salaires le plus bas possible ?

 

« Ce qui se passe à Pitesti, en Roumanie, où les salariés demandent plus de 50% d’augmentation de salaires, alors que la direction de l’usine en accepte 20%, est comparable à ce qui se passe dans l’usine Ching Luh Shoes, qui fabrique des chaussures Nike dans le sud du Vietnam, où les salariés demandent 15% de hausse des salaires (la direction en a accepté la moitié) ».

 

« Dans les deux cas, les salariés appuient leurs revendications sur la nécessité de compenser la forte inflation (+19% en un an au Vietnam, +30% en trois mois en Roumanie, selon les syndicats) ».

 

J’extrais ces informations de l’article du quotidien Le Monde (Alain Faujas, 4 avril 2008), intitulé « Les mouvements de revendications salariales se multiplient dans les pays émergents. Après avoir fait baisser les prix, la mondialisation attise leur flambée ».

 

C’est l’inflation qui est à l’origine de ces mouvements sociaux dans les entreprises. « En Chine, en 2007, les salaires urbains ont augmenté de 18% », selon le correspondant du Monde à Shangaï. « L’inflation a atteint 8,7% en février en taux annualisé et les prix de certaines denrées (viande, huile…) sont supérieurs de 50% à leur niveau atteint il y a un an » (même page du Monde).

 

Notre Vietnam, en Europe, c’est la Roumanie. Le 25 mars 2008, le site de Libération (www.liberation.fr) nous informe des mouvements sociaux engagés, la veille, par les salariés de Dacia (selon le correspondant du journal à Bucarest, Luca Niculescu).

 

« Chez Dacia, les ouvriers réclament leur part du succès de la Logan. La filiale roumaine de Renault fait face à une grève illimitée de ses ouvriers »

 

« Les dirigeants de Dacia n’en croient pas leurs yeux. «On s’attendait à des revendications salariales, mais nos employés exigent une hausse de plus de 60 %, s’exclame un responsable de l’usine de Pitesti (à 100 kilomètres au nord de Bucarest). Aucune usine au monde ne peut augmenter les revenus du jour au lendemain dans une telle proportion…».

 

Et pourtant. Les employés de Dacia ont entamé hier matin une grève générale d’une durée indéterminée pour réclamer 150 euros net supplémentaires ainsi qu’une majoration sensible des primes de Pâques et de Noël. «Plus de 80 % des salariés participent au mouvement», s’est félicité le leader syndicaliste Nicolae Pavelescu. Tous entendent ainsi profiter du succès de la Logan, dont les ventes ont bondi l’an dernier de 18 % pour atteindre plus de 230 000 unités.

 

Mais la Logan n’est pas la seule raison : l’usine de Pitesti se porte très bien et vient d’annoncer qu’elle va fabriquer une nouvelle berline, la Sandero, déjà assemblée et commercialisée au Brésil.

 

Pour ses employés, la success story de Renault se conjugue à un autre phénomène : le coût de la vie en Roumanie, qui s’est considérablement rapproché de la moyenne européenne ces dernières années.

Certains produits de base, comme le lait ou la viande, coûtent même plus cher qu’en France ou en Allemagne. C’est pour cela que les revendications salariales sont si élevées. «Les exigences sont justifiées, même si elles sont un peu exagérées», estime Ilie Serbanescu, analyste économique.

 «Les entreprises multinationales présentes en Roumanie ont l’habitude de mal payer leurs employés…» Ce n’est pas l’avis de Dacia, qui fait valoir qu’avec un salaire moyen net de 390 euros par mois, ses employés sont rémunérés bien au-delà de la moyenne nationale (280 euros).

Les dirigeants de la marque seraient prêts à consentir une augmentation d’environ 20 % et mettent en avant tous les autres avantages dont disposent ses 13 000 employés : primes diverses ou vacances, un repas gratuit par jour plus des tickets restaurants, réductions dans les transports en commun, etc.

Malgré ces avantages, qui n’existaient pas il y a quelques années, les salariés roumains en veulent plus. «La Roumanie traverse une période d’état de grâce avec un quasi-plein emploi [le taux de chômage officiel est d’environ 4%, ndlr], une croissance économique forte de l’ordre de 7 % à 8 % annuels depuis une décennie, mais aussi un exode de plus de deux millions de personnes, soit 10 % de la population, notamment en Italie et en Espagne», assure le chroniqueur économique Constantin Rudnitchi.

(…) «Cette mobilité de la main-d’œuvre roumaine a largement modifié le rapport de force ces dernières années», poursuit Constantin Rudnitchi. «Avant, l’employeur faisait la pluie et le beau temps ; aujourd’hui, c’est souvent l’employé…»

Ce 9 avril, la grève continue et la justice roumaine l’a déclarée légale, selon l’article paru ce jour sur le site de La Tribune (www.latribune.fr).

« (…) Les grévistes, qui demandent une augmentation de salaires de 50%, ont rejeté mercredi les nouvelles propositions de la direction, inférieures de moitié à ce que réclament les salariés. "On veut une augmentation en conformité avec l'augmentation des prix en Roumanie, car les prix sont européens mais pas les salaires", argumente un gréviste. La moyenne des salaires chez Dacia est inférieure à 300 euros brut mensuels ».

Les syndicats européens demandent un salaire minimum légal dans chaque pays

 

Les syndicats européens emboîtent le pas. Ce matin, sur France Info, on apprenait que les salariés du groupe Renault, en France, manifestent concrètement leur solidarité avec leurs collègues roumains.

La Confédération européenne des Syndicats a mobilisé ses militants le 5 avril dans la capitale slovène, à Ljubljana. Ils étaient 20 000 dans les rues, dont des membres de la CGT, de la CFDT, de FO et de l’UNSA (voir l’article paru le 7 avril sur www.lemonde.fr).

Le secrétaire général de la CES, John Monks, a lancé la "bataille pour le salaire minimum" et dénoncé une Europe où "le pouvoir d'achat décline quand les profits augmentent". "Nous n'acceptons pas qu'il y ait 30 millions de travailleurs pauvres en Europe", a déclaré le Français Joël Decaillon, secrétaire confédéral de la CES.

Face à cette exigence, le président de la Banque centrale européenne (BCE), Jean-Claude Trichet, n'a eu de cesse d'appeler à la modération salariale, lors d'une réunion avec les ministres des finances européens. Tandis que l'inflation a atteint en mars le record de 3,5 % sur un an, les dirigeants européens craignent une spirale prix-salaires. M. Trichet a jugé que les gouvernements se "tromperaient lourdement" s'ils suivaient l'exemple de l'Allemagne, où les fonctionnaires ont obtenu 5,1 % d'augmentation. Le Luxembourgeois Jean-Claude Juncker, le président de l'Eurogroupe, a estimé que "les travailleurs doivent pouvoir tirer bénéfice du retour de la croissance".

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26 mars 2008 3 26 /03 /mars /2008 18:24

La réalité sociale s’invite à la table des partis de gauche

 

Le PS n’est pas le seul à sentir le vent qui tourne et à devoir remettre en question sa caution aux orientations néo-libérales . Au Danemark, le parti social-démocrate est en train de se faire dépasser par le parti socialiste populaire, dont le président est « la nouvelle coqueluche de la politique danoise » (édition du Monde datée du 26 mars).

En Allemagne, les hésitations du Parti social-démocrate (SPD) sont le signe du désarroi de ses dirigeants, les uns restant sur la ligne, libérale et centriste, du gouvernement Schröder, les autres considérant que l’alliance à gauche avec Die Linke est inéluctable.

 

Voici l’article de Cécile Calla, paru ce jour sur le site http://www.lemonde.fr/opinions/ du quotidien Le Monde.

 

« Allemagne : le SPD dans la tourmente »

 

« Le Parti social-démocrate allemand (SPD) pourra-t-il bientôt sortir de la crise dans laquelle il est plongé ? En donnant son feu vert aux régions de l'Ouest pour un éventuel rapprochement avec Die Linke (la gauche radicale), le président du SPD, Kurt Beck, a fait resurgir les lignes de fracture de la social-démocratie allemande. Au coeur de ce conflit, le combat de la députée SPD Dagmar Metzger contre le projet de rapprochement avec Die Linke d'Andrea Ypsilanti, la chef du SPD en Hesse.

 Pour cette parlementaire originaire de Berlin-Ouest et dont la famille a vécu la coupure en deux de la ville, il est impensable de rompre une promesse faite avant les élections et de nouer une alliance avec la gauche radicale, composée de l'ancien Parti communiste est-allemand ainsi que d'altermondialistes et syndicalistes de l'Ouest. En face, Mme Ypsilanti, qui appartient à l'aile gauche du SPD, analyse la situation de manière bien différente : pour se faire élire ministre-présidente de la région et chasser Roland Koch (CDU), elle n'a pas d'autre choix que de coopérer avec Die Linke.

Cette divergence a valeur de symbole pour l'ensemble du SPD. Le parti est déchiré entre une aile pragmatique qui revendique l'héritage de l'agenda 2010 - le programme de réformes socio-économiques mis en place par l'ex-chancelier Gerhard Schröder - et souhaite poursuivre les réformes, et une aile gauche qui aimerait renforcer le profil social du SPD et ne craint pas un rapprochement avec Die Linke.

Les cercles centristes du parti avec, à leur tête, les deux vice-présidents, le ministre des affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier, et le ministre des finances, Peer Steinbrück, fustigent la nouvelle ligne instaurée par M. Beck à l'égard de Die Linke. Déjà forcés à accepter une réorientation du parti vers la gauche à l'automne 2007, ils craignent que le SPD s'éloigne un peu plus du centre, là où M. Schröder avait cherché à l'ancrer, laissant ainsi la place libre à l'Union chrétienne-démocrate (CDU), le parti de la chancelière Angela Merkel. Ils voient dans cette décision une menace pour la crédibilité du parti. En effet, le SPD peut difficilement affirmer qu'il ne nouera aucune alliance avec Die Linke au niveau fédéral après les législatives de 2009, s'il ouvre aujourd'hui la porte à la gauche radicale dans les régions de l'Ouest.

L'évolution politique récente semble leur donner raison. La décision de M. Beck a conduit le SPD à la débâcle en Hesse, puisque Mme Ypsilanti a dû renoncer, dans un premier temps, à se porter candidate au poste de ministre-président. En parallèle, le SPD est en chute libre dans les sondages. Le 12 mars, une enquête de l'institut Forsa publiée par Stern créditait le SPD de 23 % d'intentions de vote. Pour tenter de réconcilier le parti, le président du SPD a annoncé, le 10 mars, une discussion de fond sur les rapports avec Die Linke sans remettre en cause sa nouvelle stratégie.

Le SPD n'a jamais été capable de définir une ligne solide à l'égard de la gauche radicale. En Allemagne de l'Est, où Die Linke est représentée dans tous les parlements régionaux, les sociaux-démocrates ont toujours hésité entre rapprochement et ostracisme, sans pouvoir trancher. Après la chute du mur de Berlin, Hans-Jochen Vogel, alors président du parti, avait décidé de bâtir de toutes pièces un nouveau SPD en ex-RDA plutôt que d'absorber les cercles sociaux-démocrates de l'ancien Parti communiste est-allemand (SED), rebaptisé PDS. Le SPD a été contraint de s'appuyer sur le PDS pour se maintenir au pouvoir à l'Est. Dès 1994, les sociaux-démocrates ont utilisé les voix du PDS pour constituer un gouvernement minoritaire avec les Verts dans le Land de Saxe-Anhalt. Puis des coalitions SPD-PDS se sont formées dans le Mecklembourg-Poméranie Occidentale, en 1998, et à Berlin, depuis 2001, malgré l'opposition du chancelier Schröder.

RAPPROCHEMENT INÉLUCTABLE

Lorsqu'une nouvelle étape a été franchie, en juin 2007, avec la fusion entre le PDS et le WASG composée d'ex-sociaux-démocrates et d'altermondialistes, le président du SPD, M. Beck, a décidé de corriger un pan de l'agenda 2010 plutôt que de lancer une réflexion sur les rapports entre le SPD et le nouveau parti. En même temps, il a affirmé qu'il n'y aurait aucune alliance avec Die Linke au niveau fédéral et dans les régions de l'Ouest.

Pour l'aile gauche du parti, c'était le moyen de prendre sa revanche sur l'ère Schröder, de limiter l'hémorragie des adhérents et de répondre au besoin croissant de justice sociale au sein de la population. Cette politique n'a pas pu endiguer le succès de Die Linke, qui a fait son entrée dans les parlements de la Hesse, de la Basse-Saxe et de Hambourg en janvier et février. Désormais, les représentants de l'aile gauche considèrent qu'un rapprochement avec Die Linke est inéluctable. Les jeunes générations, à l'instar de Franziska Drohsel, la présidente des Jusos, l'organisation des jeunes sociaux-démocrates, ont même déjà commencé à nouer des contacts. Le bouleversement induit par l'arrivée de la gauche radicale oblige le SPD à réfléchir à de nouvelles options de pouvoir, à l'instar de la CDU, qui va peut-être tester un nouveau genre de coalition en faisant alliance avec les Verts à Hambourg.

Néanmoins, la présence d'Oskar Lafontaine, un transfuge du SPD devenu coprésident de Die Linke depuis juin 2007, constitue encore un obstacle important. Les sociaux-démocrates ne lui ont pas pardonné sa trahison de 1999, lorsqu'il avait démissionné avec fracas de ses fonctions de ministre des finances et chef du SPD en raison d'un désaccord sur les réformes avec le chancelier Gerhard Schröder.

Pour le moment, le SPD exclut une coalition avec Die Linke au niveau fédéral et privilégie un rapprochement avec les libéraux (FDP) en vue des législatives de 2009. Ces derniers, partenaires de la droite chrétienne depuis les années 1980, se détachent de la CDU. L'aile droite du parti espère plus que jamais éviter une candidature de M. Beck à la chancellerie et favorise à sa place M. Steinmeier. Depuis le changement de stratégie à l'égard de Die Linke, la popularité de M. Beck s'est effondrée. Selon une enquête d'opinion d'Infratest Dimap, seuls 20 % des électeurs seraient prêts à voter pour le président du SPD contre 62 % pour Angela Merkel (CDU). Mais un renversement à la tête du parti paraît peu probable. Le SPD a déjà vu défiler trois présidents en moins de quatre ans et le seul candidat plausible, M. Steinmeier, n'a pas assez de légitimité pour pouvoir occuper ce poste. Le SPD a encore des mois agités en perspective ».

Lire, sur ce blog, en catégorie « Etats Union européenne », les articles parus les 29 janvier et 27 février 2008.

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28 février 2008 4 28 /02 /février /2008 21:50

Allemagne, Italie… bientôt France ?

 

En Allemagne, la gauche est profondément divisée entre le SPD, social-démocrate, et Die Linke (La Gauche), nouveau parti issu du rapprochement entre des néo-communistes de l’est et des socialistes de gauche de l’ouest. Les résultats des élections régionales en Hesse (Francfort), ont conduit le SPD à accepter d’étudier un accord électoral dans ce land avec Die Linke, afin de constituer le gouvernement régional. Alors que, jusqu’à présent, il refusait même d’en parler (voir, sur ce blog, l’article paru hier).

 

Le cas de l’Italie est très différent. Ces deux dernières années, une grande coalition de la gauche et du centre a permis à Prodi de gouverner, mais avec une majorité parlementaire très faible.

Un petit parti centriste, en rompant l’accord, a précipité la chute du gouvernement Prodi et contraint le président de la République à dissoudre le parlement italien et à organiser de nouvelles élections nationales.

A l’initiative de Walter Vetroni, la gauche est en train de se reconstituer en deux forces distinctes et inégales : le parti démocrate, né d’une fusion toute récente entre la gauche libérale et les démocrates chrétiens (centre gauche) d’une part, et les partis « vraiment de gauche » (gauche arc-en-ciel) d’autre part. Cette recomposition est accélérée par la menace, bien réelle, du retour de Berlusconi.

 

Voici, sous la signature de Jean-Jacques Bozonnet, l’article paru hier sur www.lemonde.fr.

 

« En Italie, le divorce est consommé entre les deux pôles de la gauche »

 

« En décidant de se présenter seul aux élections législatives des 13 et 14 avril, le Parti démocrate de Walter Veltroni (centre-gauche) a mis un terme à la mode des coalitions qui, depuis une quinzaine d'années, se sont partagées le pouvoir en Italie. Depuis la création de l'Olivier en 1996, les opposants à Silvio Berlusconi, depuis les catholiques de gauche jusqu'aux frontières de l'altermondialisme, avaient coutume de se rassembler dans une vaste alliance électorale. Le grand écart entre une gauche réformatrice et une plus radicale a toujours été un point de fragilité, même si la coalition de douze partis conduite, depuis 2006, par Romano Prodi a succombé par le centre.

La leçon a été retenue par le nouvel homme fort du centre-gauche, Walter Veltroni, qui conduit la formation née à l'automne 2007 de la fusion entre les Démocrates de gauche (postcommunistes) et la Marguerite (d'inspiration démocrate-chrétienne). "Nous avons décidé de concourir seuls mais surtout libres", a-t-il proclamé, en donnant le coup d'envoi de sa campagne électorale, le 9 février. La rupture avec l'aile gauche de l'ancienne coalition était officielle depuis la veille, malgré les précautions oratoires d'un dirigeant du Parti démocrate évoquant "non pas un divorce, mais une séparation à l'amiable".

Les quatre formations de la "gauche-gauche" ont aussitôt décidé de se regrouper en une liste unique, baptisée "Sinistra arcobaleno" (Gauche arc-en-ciel), conduite par le président sortant de la Chambre des députés et ancien dirigeant du Parti de la refondation communiste, Fausto Bertinotti. Outre Refondation, la nouvelle formation comprend le Parti des communistes italiens, les Verts et la Gauche démocratique, un parti de dissidents des Démocrates de gauche ayant refusé le recentrage avec les catholiques de la Marguerite. Ses futurs élus siégeront dans un groupe parlementaire unique.

La Gauche arc-en-ciel se veut "l'interprète d'une demande de changement", explique M. Bertinotti qui "ne se résout pas au duopole" entre la droite du Peuple de la liberté de M. Berlusconi et le centre-gauche de l'ancien maire de Rome. Pour le leader des Verts, Antonio Pecoraro-Scanio, il s'agit de "faire rempart à une grande coalition" entre les deux principaux partis en lice. Le programme de ce regroupement reste flou et son attractivité incertaine. L'objectif est de dépasser les 10 %, mais les premiers sondages ne lui accordent que 7,5 à 9 % des intentions de vote. A peine 40 % des électeurs ayant voté en 2006 pour ces partis voteraient aujourd'hui pour la Gauche arc-en-ciel. Un tiers d'entre eux se seraient déjà déplacés vers le Parti démocrate ».

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27 février 2008 3 27 /02 /février /2008 23:11

La gauche française pourrait aussi se ressaisir

 

Les élections régionales dans le land de Hesse en Allemagne, le 27 janvier dernier (voir sur ce blog l’article paru le 29 janvier), n‘ont pas permis, à ce jour, de dégager une coalition de gouvernement. Les choses sont en train de bouger au sein du SPD à l’égard du parti Die Linke de la gauche radicale. Le PS français, à la recherche de son avenir, devra tenir compte de cette nouvelle donne allemande.

 

Voici ce qu’on peut lire (extrait) ce 27 février sur www.lemonde.fr, qui est à méditer.

 

« La main tendue par le SPD allemand à Die Linke divise la gauche française »

 

La montée en puissance en Allemagne du parti Die Linke ("La Gauche"), coprésidé par Oskar Lafontaine, ancien leader du SPD, ressemble à une pierre lancée dans le jardin de toute la social-démocratie européenne. En acceptant de négocier une alliance dans le Land de Hesse avec le parti de la gauche radicale, dont les performances électorales sont en progression, le SPD - lui-même divisé sur le sujet - conforte ceux qui critiquent les orientations, d'inspiration sociale-libérale, en faveur desquelles le parti a opté sous le gouvernement Schröder. Cette évolution est suivie de près au sein de la gauche française.

"Ce qui se passe en Allemagne apporte un formidable démenti à l'idée selon laquelle la gauche est condamnée à décroître sans cesse parce que la société se droitiserait irrémédiablement", applaudit le sénateur Jean-Luc Mélenchon, figure de la gauche du PS et fervent supporter de Die Linke. A l'extrême gauche, on observe avec une évidente satisfaction le "coup de barre à gauche" impulsé par le plus emblématique des partis sociaux-démocrates européens. Pour autant, la Ligue communiste révolutionnaire (LCR), qui appelle de ses voeux un "nouveau parti anticapitaliste", n'est pas tentée par l'idée de s'engager dans une stratégie comparable à celle de Die Linke. "Nous n'avons pas le même rapport aux institutions ; pour nous, il n'est pas question de participer à des coalitions gouvernementales ou parlementaires avec les socialistes", insiste François Sabado, membre de la direction nationale de la LCR.

Dans les rangs du Parti communiste - qui a toujours été très proche de l'ex-PDS, la composante est-allemande de Die Linke -, l'émergence de la nouvelle gauche allemande suscite nettement plus d'enthousiasme. "Un nouvel espace s'est libéré que Die Linke vient occuper en apportant la démonstration qu'une gauche très sociale peut exister", affirme Olivier Dartigolles, porte-parole du PCF. "Les oeillades appuyées, adressées par certains socialistes au MoDem, suggèrent que la question de la nécessité de combler un tel vide à gauche peut aussi se poser en France", glisse-t-il.

Place du Colonel-Fabien, on considère que l'échec de Ségolène Royal au second tour de l'élection présidentielle tenait largement à l'affaiblissement des autres composantes de la gauche au premier tour. Pour autant, les communistes ne sont pas à la veille de sacrifier leur parti sur l'autel de la création d'une formation susceptible d'aiguillonner des socialistes timorés. Refusant de "formuler dès maintenant une réponse organisationnelle", M. Dartigolles se dit néanmoins favorable à la mise en place de "fronts électoraux". Il évoque la constitution d'une liste pour les élections européennes de 2009 rassemblant le PCF, mais aussi "les amis de Jean-Luc Mélenchon et, pourquoi pas, une partie de la LCR".

Fondateur de PRS (Pour une République sociale), une structure dont l'objectif est de favoriser le dialogue entre les socialistes et "l'autre gauche", M. Mélenchon refuse de se prononcer sur cette éventualité. Ce qui ne l'empêche pas de critiquer sévèrement la direction du PS "en retard d'une guerre" qui s'est, selon lui, convertie "à des formules de centre gauche qui se sont avérées catastrophiques en Allemagne mais aussi en Italie ou en Grande-Bretagne". Selon le sénateur socialiste de l'Essonne, il faudra que "le PS noue le dialogue avec cette autre gauche qui va du PCF à la LCR et à LO". Ou qu'à défaut, une fédération - un Die Linke à la française ? - se constitue à sa gauche.

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29 janvier 2008 2 29 /01 /janvier /2008 22:00

Les sociaux démocrates : non à la gauche

 

Dimanche dernier, les élections aux parlements de Hesse (Francfort) et de Basse Saxe ont confirmé la progression de La Gauche (Die Linke) sur l’ensemble du territoire allemand, après le succès obtenu par ce nouveau parti lors des élections législatives en 2005 (voir, sur ce blog, l’article paru le 30 octobre 2007, catégorie « Etats Union européenne »).

 

Dans un contexte différent, la gauche française pourrait évoluer vers une situation comparable.

 

- En Allemagne, les sociaux démocrates (SPD) refusent de se tourner vers les élus Die Linke, sous prétexte que leur origine est, pour une part, néo-communiste (issue de l’ancien parti communiste de l’Allemagne de l’Est). Ils se disent contraints de faire alliance avec les chrétiens démocrates (ce qui est le cas du Parlement national et cela en prend le chemin en Hesse). Mais la réalité, c’est que les deux grands partis allemands ont des idées politiques très proches, notamment sur la construction européenne et sur l’économie libérale.

 

- En France, les socialistes (PS) partagent avec l’UMP les mêmes conceptions de l’Europe, ce qui les conduit à rejeter un référendum pour ratifier le traité de Lisbonne (l’abstention, le 4 février, au vote du Congrès à Versailles, a cette signification).

 

Voici des extraits d’articles parus sur les sites du Monde et de Libération. 
D’abord, une synthèse (28 janvier, www.lemonde.fr) :

 

« L'Allemagne à cinq »

 

(…) « Le résultat des deux élections régionales qui ont eu lieu dimanche 27 janvier en Allemagne reflète fidèlement le paysage politique tel qu'il est sorti du dernier scrutin national, en 2005. Et tel qu'il sera, selon toute vraisemblance, au cours des prochaines années. C'est surtout vrai de la Hesse (région de Francfort). Dans l'autre Land appelé aux urnes, la Basse-Saxe, la domination de la démocratie chrétienne n'a pas été contestée, même si elle a été entamée.

Le Parlement de Hesse, en revanche, va ressembler au Bundestag. Les deux partis de masse, l'Union chrétienne-démocrate (CDU) et le Parti social-démocrate (SPD), sont au coude-à-coude, avec un peu plus d'un tiers des suffrages. Les libéraux (FDP) et les Verts oscillent entre 7 % et 9 %. Mais, surtout, la gauche radicale - Die Linke - franchit le seuil des 5 % de voix (comme d'ailleurs en Basse-Saxe) ».

L’article de Libération, signé Nathalie Versieux, apporte des précisions fort intéressantes (29 janvier, sur www.liberation.fr) :

« La gauche radicale perce et dérange »

 

Die Linke (la Gauche) a réussi son pari : le jeune parti est parvenu à s’établir à l’ouest du pays, et même à y bouleverser le jeu jusqu’alors bien rodé des coalitions entre les quatre partis traditionnels : SPD, CDU, Verts et Libéraux du FDP.

Le parti de la gauche radicale fondé par Oskar Lafontaine et Gregor Gysi a dépassé dimanche la barre des 5 % en Hesse (5,1%) et en Basse Saxe (7,1%) et s’assure ainsi une entrée historique dans ces deux Parlements régionaux, avec respectivement 6 et 11 élus.

L’avancée de l’extrême gauche est surtout lourde de conséquences pour le SPD et les Verts. Elle obligera vraisemblablement les Sociaux démocrates à conclure en Hesse une alliance «contre-nature» avec les chrétiens-démocrates, comme cela avait déjà été le cas à Berlin en novembre 2005.

«Espace vide». Die Linke est née en juin 2007 de la fusion entre la WASG (les déçus de la sociale-démocratie autour d’Oskar Lafontaine) et die Linkspartei-PDS (héritier de l’ancien Parti communiste est-allemand dont l’avocat Gregor Gysi est la figure de proue).

Traditionnellement bien implantée en ex-RDA, die Linke avait réussi à entrer pour la première fois en avril 2007 dans un parlement régional ouest-allemand, à Brême. «Die Linke occupe de façon très intelligente l’espace laissé vide par le SPD sur sa gauche», constate le politologue Thorsten Faas de l’université de Duisbourg. Ex-sociaux-démocrates, abstentionnistes, altermondialistes, vote protestataire de gauche s’y retrouvent.

Le mouvement «profite» aussi de la paupérisation d’une frange de la société allemande depuis les réformes libérales du gouvernement Schröder. Et ce, même dans les régions où le parti était jusqu’alors quasi inexistant : en Hesse, die Linke comptait, avant les élections, 2 000 adhérents seulement; et 2 600 en Basse Saxe.

Mais les partis traditionnels, «toujours ancrés dans une logique de guerre froide»,  selon un sympathisant d’extrême-gauche, refusent toute idée d’une alliance avec ceux qu’ils considèrent comme les survivants de la dictature communiste. Or les alliances traditionnelles SPD-Verts ou CDU-FDP (Libéraux) ne sont plus possibles maintenant qu’il faut partager le gâteau du pouvoir en cinq.

«Créativité». Du coup, aucune majorité claire ne se dessine en Hesse. La percée de l’extrême gauche risque même de coûter au SPD une victoire qui lui semblait acquise : la tête de liste sociale -démocrate, Andraa Ypsilanti, refuse de gouverner avec le soutien de l’extrême gauche. Une coalition entre le SPD et la CDU semble inévitable.

Gerhard Schröder avait, de la même façon, perdu le pouvoir en novembre 2005, en refusant une alliance pourtant possible en théorie avec les Verts et les néo-communistes.

«Les partis traditionnels vont devoir faire preuve de créativité à l’avenir, prévient Thorsten Faas. La situation est tout à fait nouvelle en Allemagne. A plus ou moins long terme, on devra s’habituer à ce que désormais cinq partis et non plus quatre se partagent le pouvoir.»

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5 novembre 2007 1 05 /11 /novembre /2007 20:28

Bruxelles, capitale de la Flandre et de la Belgique

 

Philippe Dutilleul est le journaliste, auteur de l’émission diffusée le 13 décembre 2006 sur la RTBF (chaîne publique belge francophone), qui a annoncé la fin de l’Etat belge par sécession de la Flandre. C’était une fiction, le but étant de susciter la réflexion sur une question bien réelle. Mais beaucoup ont cru que c’était vrai, les réactions suscitées par ce faux journal télévisé dépassant largement ce qui était prévu.

 

Ce 5 novembre, Jean Quatremer*, correspondant de Libération à Bruxelles, très bon connaisseur de la Belgique, titre son article « La Belgique connaît la crise la plus longue de son histoire ».

* A noter que son blog http://bruxelles.blogs.liberation.fr/coulisses est un des plus réputés sur les institutions européennes (il est bien informé, car très proche des dirigeants européens à Bruxelles, et provoque de nombreux commentaires d’internautes).

 

Voici des extraits  (l’introduction et la conclusion) de son texte paru sur www.liberation.fr.

 

« Cela fait 148 jours depuis les élections législatives du 10 juin que la Belgique est à la recherche d’une majorité de gouvernement. Presque cinq mois ! Cette crise va donc dépasser celle de 1987, jusque-là la plus longue de l’histoire du royaume. A l’époque, il avait fallu 148 jours aux partis belges pour surmonter la violente crise provoquée par la question des Fourons, une enclave flamande en terre wallonne (...). 

La Belgique va-t-elle disparaître ? 

Un compromis de dernière minute ne peut pas être exclu, même s’il semble douteux. D’autant que les Flamands, toutes tendances confondues, veulent scinder rapidement la circonscription électorale de Bruxelles-Halle-Vilvorde, pour parachever l’unité territoriale de la Flandre, ce que les francophones refusent afin de défendre les droits de leur minorité. Un passage en force pourrait avoir lieu le 7 novembre à la Chambre des députés, ce qui signerait la fin des négociations gouvernementales en cours, voire des élections anticipées (…).

Autant dire que le fossé n’a jamais été aussi profond entre le nord et le sud : pour les Flamands, le passage de la fédération à la confédération est une exigence minimale, ce que refusent les francophones. Si ces derniers ne cèdent pas, cela achèvera de convaincre les Flamands que seule la séparation leur permettra de prendre leur destin en main. Sauf à imaginer un sursaut unitaire en Flandre, sursaut que rien n’annonce ».

Afin de mieux comprendre la situation actuelle de la Belgique, je propose la lecture de l’article, ci-après, de Jean-Pierre Stroobants paru dans Le Monde daté du 15 septembre 2007.  

 

Belgique : les origines d'une fracture 

 

« L’hypothèse d'une séparation de la Flandre néerlandophone et de la Wallonie francophone, assortie d'une incertitude concernant le sort de Bruxelles, capitale bilingue, n'est plus taboue dans le royaume belge. Même les plus farouches partisans d'une Belgique unie considèrent que la crise politique née du scrutin législatif du 10 juin, si elle s'éternise, pourrait mener le pays à la rupture.

Au fil de son histoire, le royaume a vécu sur diverses lignes de fractures : philosophique, sociale, politique. C'est toutefois la fracture linguistique qui a toujours semblé la plus déterminante. La revendication pour le respect de la langue flamande a servi de carburant au mouvement nationaliste qui, aujourd'hui encore, s'en prend fréquemment à "l'arrogance francophone" pour justifier son appel à l'autonomie.

L'origine de cette opposition remonte à 1815, quinze ans avant la naissance de l'Etat belge. Au Congrès de Vienne, les vainqueurs de Napoléon décident de remodeler l'Europe. Les anciens Pays-Bas autrichiens, la principauté de Liège et les Provinces-Unies sont réunis pour former les Pays-Bas, sous l'autorité de Guillaume Ier d'Orange. Le nouvel ensemble, cohérent sur le plan économique, l'est beaucoup moins sur le plan politique, religieux et linguistique. Guillaume Ier s'en prend aux libertés, désavantage les catholiques - majoritaires dans les régions belges - et impose le néerlandais comme langue officielle, pénalisant une population qui parle soit le français, soit un dialecte flamand éloigné de la langue pratiquée en Hollande.

En France, la révolution de Juillet encourage les deux grands courants politiques de l'époque, catholique et libéral, à s'unir pour chasser les Hollandais. La révolution belge de 1830 s'appuie sur des citoyens de toutes les régions ; le monde politique, qui dotera le pays d'une Constitution très libérale, est composé de 40 000 notables parlant exclusivement le français, langue quasi officielle en novembre 1830. La traduction flamande du Bulletin des lois n'aura pas de caractère officiel. Certes, les justiciables pourront parler le flamand - ou l'allemand - devant leur juge si celui-ci comprend cette langue (ce qui est rare). Charles Rogier, héros de l'indépendance, souligne que, dans toutes les fonctions civiles et militaires, il faudra parler le français pour "détruire peu à peu l'élément germanique".

La suite de l'histoire sera longtemps marquée par le dédain des francophones et la lente montée des revendications des Flamands. Majoritaires lors d'un premier recensement (en 1846, ils sont 2,4 millions pour 1,8 million de francophones), ils devront pourtant attendre 1873 pour que le flamand devienne la langue normale de la procédure judiciaire dans leurs provinces et 1898 pour que les lois du pays soient publiées dans les deux langues !

Des histoires de condamnés à mort ne comprenant pas leur jugement ou de soldats incapables, en 1914-1918, de saisir les ordres vont alimenter un discours qui, déjà, conteste l'existence d'une nation belge homogène. En écho, le Wallon Jules Destrée écrit, en 1912, une vibrante Lettre au roi dans laquelle il proclame : "Sire, laissez-moi vous dire la vérité, la grande et horrifiante vérité : il n'y a pas de Belges." La même année, une Assemblée wallonne, suspectant les Flamands de vouloir constituer "un pays distinct", réclame "une union basée sur une indépendance réciproque".

"AVEC S'IL LE FAUT, SANS SI L'ON PEUT"

Durant la première guerre mondiale, l'occupant allemand va mener une politique de réformes internes sollicitée par des "activistes", adeptes d'une collaboration susceptible de réaliser les buts du mouvement flamand. L'épisode se reproduira en 1940-1945 et l'appel flamand à l'autonomie en sera temporairement décrédibilisé. Tant entre les deux guerres qu'après, des réformes viseront cependant à reconnaître la langue néerlandaise dans sa dignité et à aplanir les conflits, à l'aide d'un processus de réformes institutionnelles.

Le schéma actuel, avec ses trois régions et ses trois communautés est basé sur un "double fédéralisme" et se révèle d'une infinie complexité. Parce qu'il a progressivement créé ou transformé des institutions sans jamais faire disparaître les précédentes. Parce qu'il a mêlé la revendication initiale des Flamands - l'autonomie culturelle - et celle des Wallons - le fédéralisme économique - tout en semblant contester, jusqu'en 1993, le principe même du fédéralisme...

La question, désormais, au coeur du débat belge - et européen - est celle de la pertinence d'un "modèle" de ce type. Il était probablement le seul remède possible, mais fédère de plus en plus mal des populations qui connaissent, depuis quelques décennies, des évolutions économiques, politiques et culturelles très divergentes. La Flandre majoritaire, de droite, entrepreneuriale et en pleine prospérité, taraudée par une forte interrogation identitaire, s'accommode mal d'une Wallonie de centre-gauche qui tarde à se moderniser, fait d'abord confiance aux pouvoirs publics et à un parti, le PS, marqué par des scandales.

L'historien Marc Reynebeau, dans son Histoire belge (éd. Racines), cite les autres facteurs ayant favorisé l'éloignement : "Une communication mutuelle presque inexistante, la traditionnelle méconnaissance du néerlandais de la part des francophones, le fameux plurilinguisme des Flamands en net recul, l'absence de moyens de communication communs. D'où cette tendance à prêter plus attention aux différences mutuelles qu'aux affinités."

Marc Platel, autre auteur flamand, préfère citer un ancien homme politique francophone, Lucien Outers, pour résumer la situation belge : "Les compromis ne constituent plus le commun dénominateur des satisfactions, mais la somme des mécontentements." Longtemps adepte de la formule flamande "Avec la Belgique s'il le faut, sans si l'on peut", il a, comme d'autres, changé de cap et est devenu séparatiste. Un juriste francophone, Michel Leroy, faisait un autre pari dès 1996 : une évolution pouvant conduire à une désagrégation de l'Etat. Et "un avenir fait d'une course de lenteur entre cette désagrégation et la construction européenne" ».

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30 octobre 2007 2 30 /10 /octobre /2007 20:51

Le SPD tente de se repositionner à gauche

 

Tout ce qui se passe en Allemagne est important pour la France et réciproquement. Mais il faut éviter des comparaisons rapides sans avoir précisé le contexte national. Il en est ainsi quand on évoque la situation de la gauche dans les deux pays.

 

La gauche allemande est divisée en deux partis, ce qui est récent. Lors des dernières élections législatives, le 18 septembre 2005, le parti social-démocrate SPD a fait élire 222 députés, le nouveau parti de gauche Linke 54, sur un total de 614 députés siégeant  au Bundestag (226 pour la droite CDU-CSU, 61 pour les libéraux FDP, 51 pour les Verts).

 

Aucune autre majorité n’étant possible, c’est la solution de secours qui a prévalu, c’est-à-dire la « grande coalition » entre la droite et la gauche social-démocrate. Il n’est pas certain que cet attelage reste en place jusqu’au terme normal des quatre années de mandat.

Après deux années, la chancelière Angela Merkel a creusé l’écart dans les sondages. Elle bénéficie, ainsi que la CDU-CSU, d’environ 38% d’intentions de vote, alors que le SPD n’en recueille que 27%. Le nouveau parti Die Linke (La Gauche) et les deux autres partis - Verts et libéraux-démocrates – sont autour de 10% chacun.

 

L’un des leaders de « La Gauche » est Oskar Lafontaine, démissionnaire en 1999 de la présidence du SPD pour protester contre une dérive libérale du vieux parti social-démocrate. Avec des démissionnaires du parti social-démocrate de RFA, il est associé à l’ex-parti du socialisme démocratique (PDS) issu de l’ancien parti communiste d’Allemagne de l’est.

Die Linke a bénéficié de la déception des militants SPD et de syndicalistes, mécontents de la politique de la « grande coalition ».

 

Depuis quelques mois, dans la perspective de son congrès, le SPD avait amorcé un virage à gauche dans le but de renouer avec l’électorat populaire. Son programme met en avant le « socialisme démocratique », qui « reste pour nous la vision d’une société solidaire, libre et équitable, dont la réalisation constitue pour nous un devoir permanent ».

 

Le président Kurt Beck, ministre-président de Rhénanie-Palatinat, s’est particulièrement engagé sur ce point, ce qui contraste avec la position de l’aile dite « pragmatique », très impliquée dans la mise en œuvre des réformes libérales voulues par l’ancien chancelier Gerhard Schröder. Lors de son congrès de Hambourg, du 26 au 28 octobre, ce nouveau programme a été adopté, ce qui est un succès pour Kurt Beck et l’aile gauche du parti.

 

Dans Le Monde daté du 30 octobre, Cécile Calla cite un député, pour qui « il s’agit d’un changement de cap, nous prenons davantage en compte les intérêts des salariés ». Le capitalisme est critiqué à plusieurs endroits du texte. Le « néolibéralisme » de la droite a été fustigé par Kurt Beck, qui a évité de critiquer le parti Die Linke, la droite chrétienne étant « l’adversaire pour l’accession à la chancellerie ».

 

« Nous devons nous rapprocher à nouveau du peuple, montrer de la chaleur », a affirmé Kurt Beck, qui a mis en avant :

- le principe d’un « Etat social prévoyant, la politique d’éducation étant un élément central de la politique sociale »,

- la protection de l’environnement, « la protection du climat et l’accès à l’énergie, aux ressources, étant devenus une question éminente de la sécurité internationale »,

- l’amélioration des conditions de travail et du pouvoir d’achat, en allant plus loin que l’accord obtenu en juin dernier avec les chrétiens-démocrates.

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4 juillet 2007 3 04 /07 /juillet /2007 22:36

 

Le blairisme est le prolongement du thatcherisme

 J’ai reçu ce jour des informations intéressantes (« infoscitoyennes ») en provenance de la mouvance républicaine et antilibérale, concernant le débat de la gauche « résister-reconstruire » publié par l’Humanité.

 L’un des articles de presse, paru le 2 juillet, reprend un entretien de Jacqueline Sellem avec Philippe Marlière, professeur en sciences politiques à l’université de Londres. Celui-ci apporte un éclairage sur le bilan de Blair, qui complète celui de Philippe Auclair, paru également sur ce blog aujourd’hui. 

« Il serait suicidaire pour la gauche d’importer en France le blairisme » 

Faisant ces derniers jours le bilan des années Blair, les médias français parlaient de pragmatisme, de thatchérisme social, de modernisme, de social-démocratie... Qu’en pensez-vous ?

Philippe Marlière. En 1998, devant les députés français, Tony Blair déclarait : « Il n’y a pas de politique économique de droite ou de gauche, mais des politiques économiques qui marchent et d’autres qui ne marchent pas. » Il affichait ainsi son soi-disant modernisme politique et sa volonté de rompre avec « le vieux travaillisme ». Ce pragmatisme porté très haut a fait place à des choix beaucoup plus idéologiques.

 En fait, le blairisme est resté sur les rails du thatchérisme avec des correctifs à la marge pour les plus pauvres, les familles monoparentales. Il a mis en place un filet de sécurité pour ces catégories, mais n’a pas réduit les inégalités qui se sont, au contraire, largement accrues.

 Dans les services publics il n’a pas rompu avec le paradigme thatchérien. La rénovation des écoles, des hôpitaux s’est faite en associant étroitement le privé à leur construction et à leur gestion.

 Le choix de Blair et de Brown d’accompagner et non de réguler la mondialisation a fait que Londres et le Royaume-Uni sont devenus la plaque tournante d’une économie dérégulée, totalement flexible où seuls les plus riches peuvent s’en sortir.

 Un exemple : la spéculation immobilière qui chasse les classes moyennes des centres-villes. Derrière ce pragmatisme de façade, Blair a imposé des politiques rejetées non seulement par les syndicats, mais également par une grande partie des travaillistes, les médias et aussi par le public. Ainsi, la rénovation du métro de Londres a donné lieu à une longue bataille contre la gestion privée du service public. Le maire, Ken Livingstone, s’est opposé à cette privatisation, mais Blair et Brown sont passés outre démontrant que leur pragmatisme n’était qu’un slogan.

 Tony Blair est-il social-démocrate ?

Philippe Marlière. En France, à gauche, surtout à gauche du PS, ce terme est synonyme de droite. C’est un raccourci. Pendant les Trente Glorieuses, la social-démocratie n’a pas été forcément droitière, y compris en Grande-Bretagne. Elle a proposé un mode de redistribution assez égalitaire. Ce n’est pas la politique qu’a suivie Blair. Avec lui, les ouvriers, les fonctionnaires et les classes moyennes du privé ont été laissés de côté. Il est amusant de voir certains médias français parler d’un blairisme social, alors qu’en réalité il a repris les recettes néolibérales du thatchérisme, et a privilégié les tenants du capitalisme financier. Non, il a fait moins que le strict minimum. Après vingt ans de gouvernement ultralibéral, après les privatisations catastrophiques du thatchérisme, la population n’en pouvait plus du néolibéralisme et elle souhaitait une réelle rénovation des services publics et davantage d’égalité. Elle n’attendait pas la révolution mais une politique plus sociale-démocrate. Le blairisme n’a pas été à la mesure de cela. Blair a manqué d’audace alors qu’il s’appuyait sur une majorité absolue. Ce qui a caractérisé son action, c’est un profond pessimisme social.

 Tony Blair est-il de gauche ?

Philippe Marlière. Lorsqu’on est à la tête d’un gouvernement de gauche, fut-il hypercentriste, post-social-démocrate même, à quoi juge-t-on sa réussite ? À l’aune d’un combat en faveur de la justice sociale. Dans ce domaine, Blair a failli. Ce sont les riches qui ont prospéré sous le blairisme. Les autres catégories sociales ont eu beaucoup de mal.

 En Grande-Bretagne, les classes moyennes « galèrent », ce qui fait que le blairisme est devenu très impopulaire parmi les salariés et les cols blancs.

 Ce n’est donc pas seulement la guerre en Irak qui explique la relative impopularité de Blair aujourd’hui...

Philippe Marlière. Vu de Grande-Bretagne, la guerre d’Irak n’explique qu’en partie cette impopularité. Elle est en effet un énorme fiasco, tout le monde le reconnaît, sauf Tony Blair. Elle a entraîné le décrochage de catégories qui étaient très blairistes. Ceux qu’on appelle en France les « bobos ». Des gens aisés qui ne veulent pas de hausse des impôts, qui mettent leurs enfants dans les écoles privées, mais qui sont progressistes sur les questions sociétales, d’environnement et de moeurs. Pour eux la guerre d’Irak, c’était trop.

 À ceux qui affirment en France que Blair s’en est bien sorti, excepté sur l’Irak, je dirais : Blair a échoué sur l’Irak et il a également échoué dans le domaine économique et social. Les résultats macroéconomiques sont peut-être corrects mais à qui a profité la croissance ? Aux riches, pas au peuple.

 Ségolène Royal et Dominique Strauss-Kahn se sont à plusieurs reprises référés à Tony Blair. Y a-t-il une tentation blairiste au PS ?

Philippe Marlière. Incontestablement le Parti socialiste français et tous les partis qui siègent à Bruxelles dans le Parti socialiste européen (PSE) sont traversés par cette tentation. Il y a ceux qui pensent que Blair a fait le maximum. Vous avez cité Royal et DSK, je suis d’accord. Mais il y a encore des socialistes qui pensent que le blairisme n’a rien à voir avec la gauche sociale-démocrate, qu’il est tombé du côté de la droite et qu’il faut donc le combattre.

 DSK a bien étudié le blairisme, il a des contacts étroits avec ses dignitaires, il pense que le socialisme à la française doit s’en inspirer, c’est son horizon, c’est idéologique.

 Quant à Royal, sa campagne peut être qualifiée de blairiste. Elle se situe même en deçà comme on l’a vu a posteriori avec sa critique des 35 heures et du SMIC (incroyable ! Même Blair a revalorisé le SMIC). Elle a aussi adopté du blairisme son versant sécuritaire. Il me semble que dans ces moments de grande incertitude socio-économique, quand les plus défavorisés souffrent des restructurations, des délocalisations, d’un pouvoir d’achat rogné, un gouvernement de gauche devrait défendre ces catégories et non exacerber la dérégulation néolibérale en disant : soyez contents d’avoir un boulot même mal payé et flexible.

 Aujourd’hui, l’opposition politique majeure n’est plus entre la gauche et la droite, mais c’est une opposition qui traverse les partis sociaux-démocrates et qui met face à face blairistes et progressistes.

 Nicolas Sarkozy affiche lui aussi sa proximité avec Tony Blair...

Philippe Marlière. Que Nicolas Sarkozy se réfère à Blair sur le plan économique, approuve ses politiques sécuritaires et partage son admiration pour les États-Unis, c’est dans la logique des choses. C’est un fait connu ici, Blair souhaitait la victoire de Sarkozy. Entre les deux hommes, il existe une admiration et une sympathie mutuelle. Les politiques de Blair et les intentions déclarées de Sarkozy coïncident.

 Quels enseignements tirez-vous du blairisme pour la gauche française ?

Philippe Marlière. Il a pu prospérer électoralement dans des conditions politiques particulières, après vingt ans de thatchérisme et de défaite en rase campagne de la gauche britannique, depuis la grève des mineurs jusqu’à la reprise en main du Parti travailliste par Neil Kinnock. Celui-ci avait préparé le terrain avec les purges des éléments de gauche du Parti travailliste, pas seulement les trotskistes, mais des sociaux-démocrates bon teint, qui ont été mis de côté progressivement en une dizaine d’années.

 Le mode de fonctionnement du parti est devenu plébiscitaire et a renforcé les pouvoirs du leader. Quand Blair en prend la tête en 1994, il n’a plus qu’à mettre en oeuvre sa politique. C’est un premier point important. Ensuite, il est arrivé au pouvoir alors que les conservateurs faisaient l’objet d’un rejet viscéral et qu’il y avait un grand espoir populaire pour le changement.

 Malgré les échecs des dernières années, malgré tout ce qu’on peut reprocher à la gauche, et au PS en particulier, la France reste culturellement, idéologiquement, beaucoup plus à gauche que la Grande-Bretagne. La thèse de la « droitisation » de la société française, défendue par certains, n’est pas démontrée.

 Tous les sondages qualitatifs montrent, à l’inverse, qu’il existe une forte attente sociale. C’est tout le génie stratégique de Sarkozy d’avoir fait voter en faveur d’une plate-forme néolibérale tout en ayant pris soin, le temps de la campagne électorale, de flatter l’électorat de gauche. Cela lui a permis de remporter une élection que la gauche aurait dû gagner.

 Il serait suicidaire pour cette dernière d’importer en France le blairisme et son pessimisme social, de promouvoir une politique qui viendrait décourager ce qui a au contraire besoin d’être réactivé : l’aspiration à davantage de solidarité et de justice sociale.

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Published by SORIN Michel - dans Etats Union européenne
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