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  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine à partir, notamment, des idées de Jean-Pierre Chevènement, l'un de ses fondateurs, qui n'est plus membre du MRC depuis 2015. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens (MDC) après les élections de 2002. En 2022, le MRC est devenu membre de la Fédération de la Gauche Républicaine avec quatre autres organisations politiques.
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19 novembre 2008 3 19 /11 /novembre /2008 19:34

Engager une vraie refondation, sinon disparaître

 

Le congrès du PS à Reims a suscité de nombreux commentaires, souvent critiques. Avant tout, il faut comprendre pourquoi ses différentes composantes n’ont pas réussi à dégager une majorité sur des orientations communes. J’ai publié deux articles récents sur ce blog, qui apportent des éclairages :

 

Michel Sorin : le congrès PS ne prendra fin que le 22 novembre - 16 novembre 2008

 

Michel Sorin décrit la situation au PS et les raisons des difficultés - 18 novembre 2008

J’ai reçu les réflexions qu’Alain Gély, responsable du comité MRC Paris 14ème, a rédigées le 17 novembre. Elles sont complémentaires des miennes. En voici les extraits les plus significatifs, en laissant de côté ce qui concerne l’initiative de Jean-Luc Mélenchon de créer le parti de gauche.

 

Quelques réflexions sur le congrès du PS

 

Le parti « socialiste » est très éloigné du socialisme historique, « autogestionnaire et/ou planificateur ». Même le « socialisme libéral » d’aujourd’hui est coupé de ses racines historiques.

En effet, le socialisme libéral du début du XXème siècle acceptait que le marché joue un rôle important ; mais ce marché était censé mettre en relations des coopératives (de production et de consommation), des associations et des mutuelles. Il en restait quelque chose dans le PS « autogestionnaire » des années 70 mais ces potentialités n’ont pas survécu à la vague néolibérale des années 80-90. Sinon à l’état de traces : le « tiers-secteur » est aujourd’hui relégué au second plan voire ignoré.

Le « socialisme libéral » d’aujourd’hui vient en droite ligne de la guerre froide. L’anti-stalinisme n’était évidemment pas, à l’époque, dénué de fondements mais il n’a plus lieu de constituer une priorité actuellement.

 

Ces derniers temps, écrasé par le rouleau compresseur néolibéral - désormais en panne ? - le PS n’avait pas pu durablement s’extraire de l’atlantisme et du « financiarisme », acceptations des rapports de forces actuels, politiques, économiques et stratégiques.

 

On en est venu à confondre capitalisme et démocratie. C’est un peu dommage pour des socialistes : Marx mais aussi Jaurès, voire Blum, ont dû se retourner dans leurs tombes ! Le PS de Mitterrand et, quelque temps, celui de Jospin ont semblé s’extraire de ces ornières mais n’ont pas réellement tenté la mise en œuvre d’un projet de socialisme démocratique.

 

Illustration de ces dérives : Mitterrand obtenait quelque 40% des voix des ouvriers au premier tour des présidentielles de 1981 ; Jospin est tombé à 13% en 2002 (trois fois moins !) ; Ségolène Royal est remontée aux alentours de 25 % en 2007, avant de franchir la « barre des 50% » d’assez peu au deuxième tour dans cet électorat. Remontée significative mais très insuffisante. Un parti qui s’est éloigné à ce point d’une de ses bases sociales primordiales est-il encore vraiment « socialiste » ?

 

Remarquons que les autres « partis socialistes » - ceux de l’internationale « socialiste » (IS) -  ne sont guère mieux lotis, même s’ils sont généralement mieux ancrés dans les milieux populaires que le PS français. Une dérive générale s’est produite qui fait de ces partis de l’IS les représentants, surtout, de classes moyennes salariées recherchant avant tout un compromis avec les milieux de la finance mondialisatrice.

 

Aujourd’hui, la finance mondialisatrice entre en crise ouverte. La caricature du socialisme que constituaient les régimes « capitalistes «d’État » (dits soviétiques) est désormais jetée aux poubelles de l’Histoire. Sauf en Chine, mais ce pays ne peut prétendre jouer un rôle de modèle pour les socialistes européens. Les PS sont donc devant un vide stratégique ; sont-ils en mesure de renouer avec leur base sociale, de revivifier leurs références historiques, de formuler de véritables projets politiques, impliquant la prise du pouvoir d’État mais ne s’y réduisant pas ? Les PS peuvent-ils seulement reconstituer une pensée critique profonde et cohérente du capitalisme ? On peut éventuellement l’espérer mais on ne peut l’affirmer.

 

Cette indétermination pose évidemment problème aux républicains sociaux, démocrates de gauche, écologistes responsables et toutes forces politiques et sociales qui aspirent à construire une démocratie véritable et qui ne peuvent guère l’envisager sans une évolution socialiste des socialistes ! « 

On ne peut rien faire avec le PS, mais on ne peut rien faire sans lui » Il faudra bien surmonter d’une manière ou d’une autre cette contradiction, (« malédiction de Gilles Lemaire », proférée par l’ex secrétaire national des Verts). Cela suppose des évolutions, qui se produiront inévitablement…

 

« L’erreur en politique, c’est l’erreur sur la question de l’État. » (Citation approximative d’un propos de Gramsci, communiste italien).

Sous couvert d’internationalisme, nombre de socialistes ont oublié que la démocratie s’exerçait pour l’essentiel, et sans doute pour longtemps, dans le cadre des « États-nations ». Il est vrai que la nation, la patrie, ont donné lieu à des récupérations nationalistes et bellicistes tragiques.

 

Mais c’est la vision ethnique de la nation, celle de la race et du sang, qui en est responsable.

La nation républicaine, politique est au contraire un instrument de libération un ingrédient de l’internationalisme. Jaurès l’avait bien compris : « Un peu de patriotisme éloigne de l’Internationale, beaucoup de patriotisme y ramène ».

 

La confusion entre internationalisme et anti-patriotisme, ou l’anti-étatisme, explique l’invraisemblable dérive des PS européens, acceptant l’Union européenne actuelle comme vecteur de l’internationalisme. Une partie de la « gauche de gauche » commet la même erreur dramatique. L’abandon de toute réflexion un peu profonde et pertinente sur l’État se déduit de cette erreur fondamentale. D’où les approximations et les divisions du PS français, par exemple, sur la question constitutionnelle l’été dernier. Et le malaise sur la question présidentielle : le PS oscille entre un présidentialisme forcené, y compris en son sein, et un parlementarisme aux horizons limités. Corollaire : on voit fleurir des analyses, malheureusement fondées, selon lesquelles les grands élus régionaux et municipaux du PS préfèrent rester dans l’opposition au niveau national plutôt que de risquer de perdre leurs mandats locaux…

 

Sur le congrès du PS lui-même. Écartons d’abord les critiques faciles, assez communes. Le fait que des courants s’affrontent sur des textes présentés par des personnes et que des votes tranchent entre ces options n’est absolument pas répréhensible. Sauf à ériger en modèle le rassemblement autour d’un Dieu (Déesse ?), d’un(e) César(e ?) ou d’un(e) Tribun(e ?) [Il y a lieu désormais de féminiser Dieu, César et Tribun, c’est un progrès !]

 

Qu’un congrès de délégués n’ait pu trancher les différends et que les adhérents se prononcent en dernier ressort dans un scrutin à deux tours quelques jours après, c’est plutôt à saluer. Ou… ce serait à saluer si ces formes démocratiques n’étaient pas occultées par le clientélisme (grosses fédérations votant comme un seul homme ou presque) et par le vide stratégique signalé ci-dessus.

 

L’absence de synthèse est-elle un drame ? Qu’il y ait ou non synthèse dans un congrès du PS n’indique rien ou presque sur l’unité de ce parti non plus que sur sa capacité à se tracer une ligne claire et pérenne pour au moins deux ans. Ainsi, Épinay 71 et Metz 79 sont sortis sans synthèse (lire : sans unanimité) mais avec une force propulsive incontestable. A l’inverse, Nantes 1977 et Rennes 1990, congrès sans synthèses, ont débouché sur des échecs en 1978 et 1993. D’un autre côté, les congrès unanimistes (avec synthèses) à Valence en 1982, à Toulouse et à Lille dans les années quatre-vingt puis au Mans en 2005, pour ne citer que ceux-là, restaient lourds d’arrière-pensées et de faiblesses stratégiques.

 

Le score des différents courants a pu surprendre. Que l’attelage constitué par le favori des sondages (Delanoë) et le premier secrétaire sortant (Hollande) sans compter Moscovici, Jospin et quelques autres, que ce groupe ait pu plafonner à 25% alors que certains de ses membres espéraient dépasser 50 % est une réelle surprise. La référence malencontreuse de son leader présumé au socialisme libéral n’y est sûrement pas pour rien. Ils sont clairement les perdants de ce congrès qui n’a pas, au moins pour le moment de gagnant.

 

Ségolène Royal est en tête mais loin, très lojn, des 60% qu’elle avait recueillis au moment de la désignation du candidat PS pour les présidentielles. Martine Aubry, avec 24% retrouve à peu près le score de son allié Fabius, alors qu’elle avait attiré aussi des Strauss-Kahniens et évidemment des Deloriens. Benoît Hamon, a avec 19%, fait mieux que prévu mais reste très loin des 40% obtenus par le Non de gauche lors du referendum interne au PS en 2004, et plus loin encore des quelque 60% d‘électeurs socialistes qui avaient voté Non en mai 2005. B. Hamon semble en position d’influencer le choix du la future première secrétaire mais n’est-il pas devant une impasse ? Refuser de se prononcer, en cas de deuxième tout Royal-Aubry, c’est un aveu d’impuissance à court terme. A l’inverse, tout ralliement à l’une des candidates exposerait sans doute sa motion à l’éclatement. B. Hamon, qui avait rassemblé les courants de gauche du PS, est en outre affaibli par le départ de certains d’entre eux (…).

 

Conclusion

 

La refondation de la gauche semble aujourd’hui possible. Les scories du « stalinisme » sont balayées. Le capitalisme n’est pas seulement incapable de maîtriser les questions sociales et environnementales. Au contraire, il les suscite et les aggrave, ce qui recommence à se savoir.

Le colosse néolibéral vacille. Les bases sociales d’un socialisme démocratique existent. Des projets politiques voient le jour, qui peuvent être activés. Les militants, actuellement encartés dans des PS, ou extérieurs à ces partis, peuvent les uns et les autres contribuer à ces évolutions nécessaires.

Dans ces conditions, les PS actuels seront contraints d’évoluer en se ressourçant ou ils s’achemineront vers un éclatement et une disparition que, seuls, quelques vieux élus locaux regretteraient.

 

Cet article est le 80ème article paru sur ce blog dans la catégorie Gauche France 2007-08

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18 novembre 2008 2 18 /11 /novembre /2008 22:53

Benoît Hamon personnalise la gauche de demain

 

Le congrès rassemble les délégués départementaux des adhérents ; il a pour objet de décider des orientations du parti et de désigner les militants qui exerceront les responsabilités exécutives, au nom des adhérents, jusqu’au prochain congrès.

 

Le congrès du PS, réuni à Reims les 14, 15 et 16 novembre 2008, s’est achevé sur un constat d’échec et une impression d’incapacité pour ce parti à décider de son propre avenir, ce qui n’est pas de bon augure pour un parti qui prétend à des responsabilités nationales majeures.

 

Le parti socialiste n’a pas réussi à survivre correctement à François Mitterrand. En 1990, au congrès de Rennes, les dauphins (Fabius, le préféré du président de la République, et Jospin, le préféré du premier ministre) se sont heurtés de front, provoquant une énorme crise de crédibilité politique.

 

Les élections législatives de 1993 ont sanctionné cette rivalité déplacée. Le PS a perdu ses militants. Henri Emmanuelli a assuré la transition. Lionel Jospin est revenu, a été élu par les adhérents pour être le candidat du PS à l’élection présidentielle de 1995. Puis il a retrouvé les manettes qu’il avait laissées en 1988, en entrant au gouvernement. C’est à son initiative que de nouvelles règles de désignation des responsables du PS (aux différents niveaux, national, départemental et local) ont été adoptées.

 

A partir du congrès de Brest, en 1997*, le PS a élu ses dirigeants de la façon suivante :

 

- le conseil national (parlement) et les conseils fédéraux (et de sections) sont élus à la proportionnelle des votes sur les motions d’orientation signées par les candidats aux responsabilités à tous les niveaux (il est complété par les premiers secrétaires fédéraux – départementaux - membres de droit**).

 

- les responsables exécutifs à tous les niveaux (premier secrétaire, premiers secrétaires fédéraux, secrétaires de section) sont élus par l’ensemble des adhérents concernés, dans la semaine qui suit le congrès.

 

L’installation du Conseil national a lieu le samedi qui suit (cette fois-ci, ce sera le 29 novembre, soit avec une semaine de décalage, compte tenu de l’incertitude qui règne depuis le congrès de Reims).

Il élit un bureau national (à la proportionnelle des motions) en son sein et un secrétariat national (gouvernement du parti), sur proposition du premier secrétaire.

C’est le même dispositif pour les conseils fédéraux dans les départements, ensuite.

 

Depuis 1997, l’application de ces règles n’a pas été difficile, Lionel Jospin ayant choisi son successeur quand il était premier ministre en 1997, et François Hollande ayant été réélu facilement à chaque congrès, soit à l’issue d’accords (synthèses entre motions) passés en commission des résolutions, soit sans accords (sa motion étant majoritaire après le vote des adhérents).

 

Le congrès de Reims était plus incertain, en raison de la décision de François Hollande de ne pas solliciter un 4ème mandat, d’une part, et de la division des dirigeants sur les orientations à prendre, d’autre part.

 

En fait, les protagonistes du congrès de Rennes (le choc entre Fabius et Jospin) sont toujours là et le PS ne sait toujours pas ce qu’il est réellement, où il veut aller et pour quoi faire. Car Lionel Jospin a tout verrouillé depuis 1997, et surtout 2002. Son successeur a manœuvré avec habileté, mais sans jamais poser les questions stratégiques, sachant très bien que son parti risquait l’éclatement.

 

Le vrai problème, c’est que le PS n’est plus socialiste depuis longtemps, depuis le choix de 1983 que Lionel Jospin a qualifié de parenthèse, mais qu’il n’a jamais pu refermer. Ce sont les évènements qui ont conduit le président Mitterrand et le gouvernement Mauroy à abandonner le terrain de la gauche pour promouvoir la rigueur sociale imposée par l’Europe libérale, favoriser la concurrence à l’intérieur de l’Europe, le libre-échange à l’extérieur, et préparer la monnaie unique, ce qui impliquait de lier le franc au mark. Le premier secrétaire a accepté ces décisions et ces orientations, qui n’ont plus jamais été discutées au sein du PS.

 

En 2005, Laurent Fabius a commis l’irréparable outrage en se prononçant pour le non au traité constitutionnel européen et en faisant campagne, de même que Henri Emmanuelli et Jean-Luc Mélenchon, contre la constitutionnalisation de l’Europe libérale.

 

Mais le débat n’en a pas pour autant été relancé dans les instances du PS. Au contraire, les partisans des traités européens ont voulu imposer cette ligne de clivage en vue du congrès de Reims.

 

Ils se sont regroupés autour de Bertrand Delanoë, espérant être majoritaires à eux seuls. La décision de Martine Aubry de faire motion à part, avec Laurent Fabius et les amis de Dominique Strauss-Kahn, a ruiné ces espoirs.

Pire, le fait d’être devancé par la motion de Ségolène Royal a causé un traumatisme chez les proches de Lionel Jospin. Ils ont demandé à Delanoë de soutenir Aubry, afin de faire barrage à Royal. Le maire de Paris n’a pu éviter de contredire ses déclarations de congrès, ce qui n’a pas plu aux partenaires de motion.

En effet, les uns (dans l’ouest et le sud-ouest) s’apprêtent à passer des accords avec Royal, afin d’être majoritaires dans leurs départements, et les autres (proches du premier secrétaire sortant) ont l’intention de voter Hamon, discrètement.

 

Cette pression jospiniste sur le vote des militants le 20 novembre a pour but de placer Aubry en position favorable pour le second tour, le 21 novembre (par exemple, autour de 45%, devant Royal, en espérant une érosion du vote Hamon).

 

Jospin, Fabius et Rocard, même combat contre Royal. Le congrès de Rennes a, enfin, trouvé sa majorité ! Qu’en pense Mitterrand ? Dans l’esprit d’Epinay, il est Royal et s’apprête à jouer un sale tour à ses ex-dauphins réunis : il prépare une alliance avec Hamon, dont les positions ressemblent à celles de Chevènement à Epinay. Car il faut donner un coup de neuf au PSFIO et en finir avec l’idéologie UMPS. On peut toujours rêver…

 

Ce qui est sûr, c’est qu’au bout de 25 ans, il est temps de refermer la parenthèse libérale ! La crise mondiale aura des effets politiques beaucoup plus dévastateurs que les évènements de mai 1968. Le changement au PS ne peut attendre trois ans.

 

Ce qui est vrai, c’est que Benoît Hamon a les qualités pour exercer dès que possible des responsabilités politiques nationales. Marie-Noëlle Lienemann, qui le connaît bien, le confirme avec enthousiasme sur son blog (voir son article, hier, Benoit Hamon sera un très bon, un très grand premier secrétaire du parti Socialiste !).

 

Pour terminer, une courte revue de presse :

 

- Libération, ce 18 novembre, affirme A deux jours du vote, le PS en ébullition

 

- Julien Martin, dans Rue89, ce jour, considère que Royal, Aubry et Hamon professent leur foi à gauche.

- Michel Noblecourt, Le Monde, ce jour, pense que Le PS se dirige vers une cohabitation interne à hauts risques.

 

* J’ai expérimenté ces nouvelles règles en Mayenne, en étant élu premier secrétaire fédéral (mon concurrent était Hervé Eon, militant PRS 53 accusé d’avoir offensé le chef de l’Etat lors de sa visite à Laval le 28 août 2008).

** J’ai été membre de droit du Conseil national, pendant mon mandat fédéral, de 1997 jusqu’à ma démission du PS en décembre 2001.

 

Cet article est le 79ème article paru sur ce blog dans la catégorie Gauche France 2007-08

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16 novembre 2008 7 16 /11 /novembre /2008 21:45

Benoît Hamon est l’avenir du PS et de la gauche

 

La Chaîne parlementaire m’a permis de suivre en direct l’essentiel du congrès du PS à Reims. On peut y voir un échec, bien sûr, puisque les représentants des quatre motions n’ont pu s’entendre pour présenter un candidat porteur d’une majorité devant les adhérents le 20 novembre. Mais ce n’est pas l’essentiel.

 

Comme je le prévoyais avant le congrès (voir PS : Royal et Hamon, chacun avec sa stratégie de rénovation à gauche - 13 novembre 2008), ce congrès est une épreuve par éliminations, qui n’est pas terminée.

 

Le favori de la presse, Bertrand Delanoë, avait été battu le 6 novembre, victime de la décision prise par Martine Aubry de présenter une motion (avec Laurent Fabius, Dominique Strauss-Kahn, Arnaud Montebourg).

Delanoë et Aubry se sont partagés, à quasi égalité (24-25%), la moitié des votes des adhérents, ce qui a permis à Ségolène Royal de passer la ligne d’arrivée en tête (31%, en incluant le pôle écologique, qui lui a fait cadeau de ses voix). Benoît Hamon a réalisé 20% (avec report de la motion Utopia).

 

Ce congrès se présentait avec un battu (le favori, porteur des espoirs de continuité de la majorité de ceux qui ont assumé les responsabilités depuis quinze ans) et trois gagnants potentiels (à condition de transformer l’essai lors du congrès et de l’élection du premier secrétaire, à suivre).

 

Royal et Hamon étaient sûrs d’aller au bout, c’est-à-dire jusqu’au vote du 20 novembre. Ils étaient tous les deux clairement identifiés sur une position de rénovation du PS, l’une avec l’ancrage dans la réalité de la société française de sensibilité de gauche, l’autre avec l’ancrage politique à gauche, les deux se rejoignant dans la critique du libéralisme.

 

Martine Aubry n’a décidé qu’au dernier moment ce matin d’aller jusqu’au bout. A deux reprises, la nuit dernière, lors de la discussion en vue d’un accord entre les motions A (Delanoë), C (Hamon) et D (Aubry), elle a proposé le nom de Benoît Hamon comme candidat commun des motions ACD, se heurtant au refus des plus européistes de la motion A (Hamon avait choisi le non au traité constitutionnel européen et au traité de Lisbonne). L’accord sur un texte était possible, mais pas sur un candidat commun pour la direction du parti.

 

Ce congrès montre que le PS créé en 1971 à Epinay-sur-Seine est en fin de vie, comme la SFIO à la fin des années 1960. Les dirigeants, sous les yeux des délégués de sections et, pour la première fois, d’une partie des citoyens (par la télévision), n’ont pas été capables de créer les conditions d’un rebond.

 

L’enjeu des votes du 20 et du 21 novembre (second tour, si aucun des trois n’obtient la majorité absolue) est d’élire la femme ou l’homme qui aura la responsabilité de diriger ce parti.

 

Incontestablement, il s’agit de savoir qui est le mieux capable de le conduire vers le renouvellement (rénovation, rajeunissement) en le préservant de la division mortifère, ce qui implique de le maintenir dans l’esprit d’Epinay (stratégie de rassemblement de la gauche et projet politique progressiste pour la France).

 

J’ai été étonné par la posture décalée de Ségolène Royal, hier, lors de son discours de présentation de sa motion. Elle donnait l’impression de se positionner comme quelqu’un d’extérieur au PS, qui fait don de sa personne pour le sauver, en utilisant un vocabulaire religieux à caractère provocateur, comme si elle ignorait ce qu’est un congrès du PS*. Quel mépris pour les militants de culture socialiste ! Comment pourrait-elle rassembler ce parti avec de telles méthodes ?

 

Le PS est décidément tombé bien bas. C’est le point d’aboutissement d’une lente dérive, qui remonte aux années 1980, avec le choix d’une Europe libérale incompatible avec la critique du capitalisme.

 

Mais la droite se réjouit trop vite. Ce congrès n’est pas terminé. J’ai été impressionné par la qualité de l’intervention, ce matin, de Benoît Hamon. Il a su montrer que la politique économique du MoDem est incompatible avec les options de la gauche. Ce débat sur les alliances est vain. Il s’agit de rassembler la gauche autour d’un projet républicain, alternatif au libéralisme, qui reste à construire.

 

Benoît Hamon est l’homme du renouvellement et de l’ancrage à gauche. Il a parfaitement posé le problème de l’enjeu politique du rôle du PS dans une situation de crise. Il est porteur d’une démocratie républicaine vivante et de la volonté de réorienter la construction européenne.

Il a montré d’incontestables qualités oratoires  et une capacité de rassemblement des socialistes, bien supérieure à celle de ses concurrentes. Ce sont des atouts pour relever les défis de notre temps.

La comparaison avec Obama n’est pas insensée, je me suis surpris à le penser…

 

Les adhérents du PS sauront-ils être à la hauteur de leurs responsabilités, les 20 et 21 novembre ? Le premier tour sera déterminant. Face à Royal, qui arrivera en tête au premier tour le 20 novembre, qui sera le second qualifié pour le 21 novembre ?

 

Deux éléments sont à prendre en compte :

-          le report des voix qui s’étaient portées sur la motion A (Delanoë) le 6 novembre,

-          l’attitude des abstentionnistes du 6 novembre (la participation avait été seulement de 55%).

François Hollande, dont l’influence est certaine sur de nombreux militants et responsables fédéraux, pourrait choisir le vote Hamon. Celui-ci sera-t-il l’homme de la situation ?

 

L’avenir du PS dépendra beaucoup de ces votes des adhérents jeudi et vendredi. Le vainqueur devra, ensuite, au Conseil national** (le parlement du PS), réunir une majorité pour pouvoir gouverner.

 

Une petite revue de presse, pour terminer :

- Tout ça pour ça  (François Vignal, Libération, 16 novembre) 

- Le congrès socialiste (Libération, 16 novembre)

- Battle Royal II : et si c'était elle?  (Marianne, Virginie Roels, 16 novembre)

- Delanoë out, le match continue entre Royal, Aubry et Hamon (Rue89, Julien Martin, 16 novembre) - Au terme d'une nuit de déchirements, le maire de Paris s'est retiré de la course. Les militants trancheront entre les trois autres leaders. La suite

 

 

* J’ai participé aux congrès de Grenoble (1973), Valence (1981), Bourg-en-Bresse (1983), Rennes (1990), Brest (1997) et Grenoble (2000).


** J'ai été membre du Conseil national pendant quatre ans (de 1997 à 2001).  

Cet article est le 78ème article paru sur ce blog dans la catégorie Gauche France 2007-08

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13 novembre 2008 4 13 /11 /novembre /2008 18:20

Entre les vieux démons et la refondation de la gauche

 

C’est à reculons que le parti socialiste va entrer demain dans son congrès à Reims. Ce sera un congrès utile… pour clarifier ce qui le divise ! Une étape vers la refondation républicaine de la gauche, selon la vision optimiste (vers la décomposition, selon la vision pessimiste). C’est le début d’un processus, mais il faudra des débats de fond, auxquels le PS n’est plus habitué depuis très longtemps, pour faire émerger une stratégie par une vraie majorité et la reconquête du pouvoir.

 

Marie-Noëlle Lienemann, sur son blog, le 7 novembre (voir PS : Rien n'est joué !), constatait l’opposition entre deux stratégies, celles de Ségolène Royal et de Benoît Hamon. Il est clair qu’elle ne croit pas à un rapprochement possible entre les deux. Ce serait pourtant une bonne idée, mais, parmi les soutiens à l’une et à l’autre, il existe des divergences telles qu’une alliance semble impossible.

 

Jean-Pierre Chevènement a déclaré à l’AFP, le 9 novembre, que le PS ne semble pas avoir pris la mesure des défis que la gauche et la France ont à relever.

 

Chevènement : «le souffle de la crise a fait bouger les lignes au PS»

 

"Le souffle de la crise économique et financière commence à faire bouger les lignes au sein du Parti socialiste, comme en témoigne les bons scores de Ségolène Royal et de Benoît Hamon", a déclaré à l'AFP le président du Mouvement républicain et citoyen (MRC).

Cependant, selon lui, "l'absence d'un réel débat sur la crise et la globalisation financière, sur les remèdes à y apporter et la nécessaire réorientation de la construction européenne, manifeste que le PS est loin d'avoir pris la mesure des défis que la gauche et la France doivent relever".

"L'urgence de la refondation républicaine de la gauche n'en paraît que davantage", estime l'ancien ministre. Il réitère sa proposition d'"organiser en 2011 des primaires ouvertes à tous les militants et tous les sympathisants de la gauche pour provoquer le débat et désigner sur cette base le candidat qui portera le projet de la gauche à l'élection présidentielle de 2012".

 

Un grand perdant, mais pas encore de gagnants…

 

A la veille du début du congrès de Reims et après les votes du 6 novembre, il ne fait aucun doute que le grand perdant est Bertrand Delanoë. Et, c’est logique, car sa motion rassemble tous les responsables du délitement du PS depuis une quinzaine d’années (voir Le Monde, 13 novembre, Un Parti socialiste sans boussole).

 

Martine Aubry, en refusant de s’associer aux signataires de cette motion, est à l’origine immédiate de l’échec du maire de Paris. En rassemblant les amis de Dominique Strauss-Kahn et de Laurent Fabius, anciens ministres des finances dans les gouvernements de Lionel Jospin, elle a créé une situation nouvelle, qui pourrait lui permettre de faire échec à Ségolène Royal lors de ce congrès (voir Les Echos, 13 novembre Congrès du Parti Socialiste : la partie d'échecs est engagée   ).

 

De plus, Martine Aubry entrevoit la possibilité d’organiser une majorité alternative, qui répondrait aux attentes des proches de Benoît Hamon (voir Le Monde, 13 novembre, Hamon assure être proche d'un accord avec Aubry).

 

Benoît Hamon, en réaffirmant sa candidature à la direction du parti, lors du vote du 20 novembre, croit en la volonté des militants de franchir un nouveau cap, celui de la rénovation et de l’ancrage à gauche, qui n’est pas garanti par la démarche de Ségolène Royal.

Le député au parlement européen, comme sa collègue Marie-Noëlle Lienemann, a mesuré à quel point les socialistes européens sont loin des peuples, enfermés dans leur bulle social démocrate à Bruxelles et à Strasbourg (voir Le Monde, 13 novembre, La social-démocratie en crise d'identité, par Liêm Hoang-Ngoc et Philippe Marlière).

 

Ségolène Royal croit en son étoile présidentielle. Elle a bien étudié l’histoire des congrès du PS (voir L'historique des principaux congrès du PS) et partage l’avis du spécialiste A.Bergougnioux : "le leader qui réussit est forcément présidentiable".

 

Il lui faut conquérir, de gré ou de force, ce PS qu’elle a tant critiqué (voir Le Monde, 13 novembre, PS : Royal est prête à assumer l'épreuve de force).

 

Même si elle ne parvenait pas à dégager une majorité au congrès, par un accord entre les motions, elle est prête à miser sur le vote des adhérents le 20 novembre, ou le lendemain en cas de second tour, pour arriver à ses fins (voir La nouvelle synthèse de Ségolène Royal, par Françoise Fressoz).

 

L’ancienne candidate à l’élection présidentielle a raison de rechercher à donner un nouveau cours à un parti qui ressemble à la SFIO de la fin des années 1960.

 

Après plusieurs tentatives de rénovation, notamment en 1969 à Issy-les-Moulineaux, où la SFIO devint le nouveau parti socialiste, animé par Alain Savary, c’est François Mitterrand, venant de l’extérieur (un parti républicain, la Convention des Institutions Républicaines, dans lequel les élus et les cadres valeureux étaient nombreux et les militants plutôt rares) qui réussit à trouver la solution de l’énigme socialiste (voir Le congrès du PS à Epinay en 1971, raconté par Jean-Pierre Chevènement - 10 novembre 2008).

 

Ce congrès de Reims pourra peut-être avoir des analogies avec celui d’Issy-les-Moulineaux, mais pour correspondre à celui d’Epinay, les socialistes auront besoin du projet républicain du MRC et de Jean-Pierre Chevènement, dans les rôles de la CIR et de François Mitterrand.

 

Jean-Luc Mélenchon n’a pas attendu pour quitter le navire et créer un nouveau parti de gauche, avec des groupes politiques qui refusaient le traité de Lisbonne (voir sur ce blog Mélenchon jette les bases d'un nouveau parti de gauche à l'allemande - 8 novembre 2008 - et Mélenchon annonce la création du «Parti de gauche», Libération, 12 novembre).

 

Cet article est le 77ème article paru sur ce blog dans la catégorie Gauche France 2007-08

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11 novembre 2008 2 11 /11 /novembre /2008 16:39

Elle a décidé d’être candidate à la direction du PS

 

Selon la presse disponible ce 11 novembre sur la Toile, Ségolène Royal aurait décidé de solliciter les suffrages des adhérents du PS, le 20 novembre (Ségolène Royal sera candidate à la direction du PS, Le Monde). Plus personne ne s’y oppose parmi ses proches au sein de la motion E. Elle est persuadée que, de cette façon, sa motion a le plus de chances de sortir majoritaire du congrès de Reims. Toutefois, il reste à trouver cette majorité, ce qui passe par un accord de fond avec les dirigeants des autres motions, au moins d’une partie d’entre eux.

 

Benoît Hamon a fait monter la pression, après Henri Emmanuelli qui prône une alliance Hamon-Aubry-Delanoë. Par contre, François Hollande a fait allégeance à la responsable de la motion arrivée en tête, souhaitant un accord avec elle au congrès. Tout est encore possible.

 

Ségolène Royal  a transmis, hier, aux responsables de motion, un texte destiné à servir de base aux discussions préparatoires à la constitution d’une majorité au congrès de Reims. En voici des extraits (Le Monde, 11 novembre).

 

Le “document de travail ouvert” proposé par Ségolène Royal

 

«  Pour l’unité et le renouveau du Parti Socialiste

 

Les militants ont voté le 6 novembre. Par leur vote, ils ont affirmé leur désir d’une transformation profonde de notre parti et leur soif de fraternité et d’unité. Ils l’ont fait dans un contexte où le monde change, où le libéralisme échoue et où monte la demande d’un projet de gauche. Face aux souffrances sociales qui s’accumulent, nos responsabilités ne peuvent plus être différées. Il y a urgence. Agir pour que les valeurs humaines s’imposent, porter haut l’exigence de justice sociale et d’émancipation de la personne humaine, c’est depuis toujours l’ambition des socialistes. Nos valeurs sont d’une vibrante actualité.

 

Le temps est venu d’écrire une nouvelle page de notre histoire. Celle du socialisme du 21ème siècle. La France a besoin d’un Parti socialiste à la hauteur des grands choix politiques qui l’attendent, capable de faire bloc pour s’opposer et proposer. Le congrès de Reims doit être le point de départ d’un patient et passionnant travail de reconquête idéologique autour de nos valeurs et de nos idées face à la droite, d’élaboration programmatique fondée sur une démocratie militante, participative et active, de mobilisation pour attirer les forces de la jeunesse, les salariés, les catégories populaires et moyennes et construire un nouveau rapport de force politique. Un travail considérable nous attend.

 

Nous proposons de mettre le parti en mouvement autour de quatre grands chantiers destinés à redonner au PS toute sa place auprès des Français. Avec la ferme volonté de mettre en avant une équipe cohérente, voulant vraiment rénover et fédérant tous les talents, toutes les intelligences, toutes les convictions. Tous ensemble, les socialistes peuvent réussir cette transformation nécessaire

. 1 - Répondre d’abord à l’urgence de la crise financière et sociale

Nombreux sont celles et ceux, personnes âgées, jeunes, salariés précarisés, chefs de PME qui ressentent durement les conséquences de la crise. Nous devons leur dire qu’une autre politique est possible. C’est au Parti socialiste de la proposer. La France entre en récession. Nous devons partout sur les territoires évaluer les effets de cette crise. Ce bilan, dressé par les fédérations en lien avec les élus locaux, sera le préalable à l’organisation d’un grand forum global associant le mouvement social, syndicats, représentants des services publics, salariés en lutte, entrepreneurs, associations, universitaires, altermondialistes, consommateurs, petits épargnants…

 Ce forum global aura une dimension européenne. La réponse à la crise du capitalisme n’est pas le domaine réservé des cercles technocratiques et des sommets intergouvernementaux. L’efficacité de la réponse en dépend.

 2 - Cinq orientations pour bâtir le socialisme du 21ème siècle

1) La finance doit être au service de l’économie productive et non pas au service d’elle-même. Et l’économie productive doit être au service de l’épanouissement humain. Cela suppose un nouvel 2
ordre économique et social juste, contre la précarité et pour la société du travail bien rémunéré, rééquilibrant le rapport capital/travail.

2) Il faut un Etat préventif et stratège qui change les rapports de force. Distribuer après coup ne suffit plus. Cela suppose un nouveau modèle de croissance associant dynamisme économique, politique industrielle, progrès social et écologie.

3) Faire partout le choix écologique de l’excellence environnementale. Urgence sociale et urgence environnementale sont désormais liées. Cela suppose de favoriser une croissance sobre qui tienne compte de la rareté des ressources, d’organiser l’après-pétrole et de promouvoir de nouvelles révolutions technologiques.

4) Oser la démocratie jusqu’au bout et refonder le pacte républicain. Cela suppose de nouvelles institutions, de nouveaux pouvoirs pour les territoires, une réelle démocratie sociale et participative, le pluralisme médiatique, l’indépendance de la justice. Cela suppose d’avoir pour objectif de l’égalité réelle et de reconnaître la France métissée comme une chance.

5) Réorienter l’Europe pour la relancer.

 3 - Faire du Parti Socialiste une force neuve

Notre objectif est de faire du Parti Socialiste le grand parti démocratique, populaire et de mobilisation sociale dont la France a besoin. Le respect du vote des militants sera la règle absolue, car c’est la condition première d’une unité nouvelle des socialistes. Nous voulons construire un parti de masse. Le montant de l’adhésion ne doit plus être un obstacle au militantisme qui est d’abord un don de temps. Des responsabilités seront décentralisées aux fédérations pour que le parti fonctionne de façon ascendante en s’appuyant sur notre action concrète dans les régions, les départements et les communes. Des dotations financières plus importantes leur seront attribuées aux fédérations.

Une université populaire de la connaissance sera créée dans chaque région pour permettre à tous les citoyens d’accéder à la culture politique qui permet à chacun d’avoir les outils de compréhension et d’analyse pour intervenir dans les débats d’idées. Le parti organisera de nouvelles formes de militantisme : réseaux de solidarité concrètes, actions en direction des salariés, implantation dans les quartiers, place des nouvelles technologies, recrutement de nouveaux adhérents etc.

4 - Fédérer la gauche

La stratégie des socialistes a toujours consisté d’abord à rassembler la gauche, toute la gauche, autour d’un contrat de gouvernement. Celui-ci doit être préparé par un comité d’action de la gauche, ouvrant la perspective à terme d’une fédération. Ce comité ouvrira largement ses débats en associant les militants, en organisant des campagnes de mobilisation et d’actions. C’est à partir de cette stratégie que les socialistes ont vocation à s’adresser seulement ensuite à toutes les forces susceptibles de se reconnaître dans le projet socialiste pour battre la droite. ».

Voir aussi l’article paru ce 11 novembre sur le site de Rue89. Royal candidate à la tête du PS : les plus et les moins

Cet article est le 76ème article paru sur ce blog dans la catégorie Gauche France 2007-08

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10 novembre 2008 1 10 /11 /novembre /2008 20:39

Mitterrand : une stratégie et un sens politique

 

Jean-Pierre Chevènement, en tant que vice-président de la Commission sénatoriale des Affaires étrangères et de la Défense, était aux USA au moment de l’élection du président Obama. Dès son retour, il a exprimé son avis sur le vote des adhérents du PS le 6 novembre (voir Chevènement: «le souffle de la crise a fait bouger les lignes au PS» - 9 novembre 2008).

 

En parcourant l’article du Monde paru ce 10 novembre Au PS, les partisans de Royal cherchent un premier secrétaire, j’ai trouvé un trésor au bout de cette phrase :

 

(…) le congrès fondateur du PS, celui d’Epinay, n’avait pas été remporté par la motion majoritaire, mais par une alliance de motions minoritaire (un récit - forcément orienté - par Chevènement est disponible ici).  

 

Sur le site de l’Institut François Mitterrand (Archives), on peut retrouver effectivement ce récit inédit de Jean-Pierre Chevènement concernant le congrès, historique, d’Epinay-sur-Seine, en 1971.

Un récit inédit de Jean-Pierre Chevènement

Quand s’ouvre le congrès d’Epinay, aucune des composantes du Parti socialiste élargi à la C.I.R. n’est assurée de disposer d’une majorité. Les motions d’Alain Savary et de Jean Poperen (la gauche du N.P.S. d’Issy-les-Moulineaux) réunissent à elles deux 41 000 mandats environ, chiffre que n’atteint pas la réunion de la motion dite des "Bouches-du-Nord" (Pierre Mauroy et Gaston Defferre) et de celle des conventionnels (dite Mermaz-Pontillon).
Restait le C.E.R.E.S., dont les 7775 mandats (environ 8,5%) pouvaient être neutralisés ou décisifs selon le mode de désignation des dirigeants que retiendrait le congrès.

Jean-Pierre Chevènement raconte, dans le texte qu’on va lire, comment, en quelques heures, ses rapports avec François Mitterrand, qui n’étaient jusque là que d’"amicale connivence", se changèrent en alliance politique pour donner au congrès d’Epinay une majorité imprévue.

Lire la suite

 

Ségolène Royal, qui met ses pas dans ceux de l’ancien président de la République, saura-t-elle faire du congrès de Reims l’équivalent de ce que François Mitterrand avait fait du congrès d’Epinay ? Elle a réuni aujourd’hui au Sénat les responsables départementaux et nationaux de sa motion.

 

Elle va proposer un accord général (son texte sera rendu public le 12 novembre) et tout se jouera lors du congrès à Reims, les 14, 15 et 16 novembre. Voici l’article paru ce soir sur le site du Monde :

 

Pour Royal, la question du MoDem "ne doit pas servir de prétexte"

 

 

Cet article est le 75ème paru sur ce blog dans la catégorie Gauche France 2007-08

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8 novembre 2008 6 08 /11 /novembre /2008 15:21

Le NON de gauche au capitalisme et à l’Europe libérale

 

Le 23 octobre, Jean-Luc Mélenchon était venu à Laval pour témoigner en faveur de Hervé Eon* lors du procès pour offense au chef de l’Etat (voir Jean-Luc Mélenchon à Laval pour soutenir Hervé Eon au tribunal - 23 octobre 2008).

 

Le soir, il participait à une réunion publique organisée par l’association Pour la République sociale (PRS 53) dont il est le président. En attendant le début de cette réunion, il m’avait confié son désaccord avec la stratégie de Jean-Pierre Chevènement, qui consiste à vouloir refonder la gauche dans un grand parti de toute la gauche.

Selon lui, c’est impossible, car le PS est trop engagé sur une ligne libérale proeuropéenne. La seule solution est de créer un nouveau parti, à la gauche du PS, comme Die Linke en Allemagne, à la gauche du SPD. Le président de PRS ne pouvait plus rester au PS. Il restait quelques détails à mettre au point. Sa démission, qui était dans les tuyaux, serait prise dans les 15 jours …

 

Donc, sa décision de quitter le PS n’est en rien une surprise (voir Le Monde, 7 novembre : Mélenchon claque la porte du PS et crée une "nouvelle force"). Elle a été annoncée le lendemain du vote des adhérents du PS sur les motions, alors que la motion Hamon, dont il était signataire, avait obtenu un succès incontestable (près de 19%, au-dessus des 15% prévus).

 

Luc Mandret, dans Marianne, croit savoir que les vraies raisons de son départ ne sont pas celles qu’il invoque. Voir Marianne, 7 novembre : Mélenchon quitte le PS. Pourquoi ?

 

Et, toujours dans Marianne, ce 8 novembre, Gérald Andrieu apporte des précisions : Mélenchon crée le parti du ça-suffit-comme-ça ! Un communiqué est diffusé sur son blog Ça suffit comme ça !

 

En Mayenne, les responsables de PRS 53 ont emboîté le pas de leur président national. Voici le communiqué signé Manuel Doumeau, Morgan Legay, Monique Doumeau et Hervé Eon.

Répondant à l’appel de Jean-Luc Mélenchon (Sénateur) et Marc Dolez (Député)  qui, prenant acte des résultats du vote des motions du 6 novembre 2008, ont décidé de quitter le Parti Socialiste et de prendre l’initiative de la création d’un nouveau parti à gauche « pour porter publiquement notre conception du combat républicain et socialiste, sans concession face à la droite, au capitalisme et leur irresponsabilité destructrice contre la société humaine et l’écosystème », les animateurs et signataires mayennais de la motion C « un monde d’avance » décident, eux aussi, de quitter le Parti Socialiste et de rejoindre cette nouvelle force.

En Mayenne également, les motions issues de la majorité sortante regroupent plus de 80% des votes. C’est la validation d’une  ligne politique faite de l’acceptation de la construction libérale de l’Europe, de l’alliance à droite, de l’aménagement du capitalisme... dont nous ne saurions être porteurs.

C’est pourquoi, nous invitons, tous les mayennais qui sont convaincus de la nécessité d’un nouveau projet politique socialiste, laïque, républicain et alternatif à nous rejoindre et participer à  la constitution d’un front de forces de gauche pour les élections européennes.

Sur le site de PRS, mouvement politique d’éducation populaire, on a des explications concernant la crise : Crise d'en haut, crise d'en bas.

 

 

 

Le 23 octobre, dans la salle de l’Auditorium de Laval, le sénateur de l’Essonne avait décrit le système capitaliste comme étant un système instable, en proie à des crises à répétition (krach boursier, effondrement des banques). On en compte 16, en général des crises de surproduction, dont certaines ont débouché sur des guerres mondiales. Ce système est fondé sur la loi du plus fort, par assujettissement du travail d’autrui, socialisation de la production et privatisation des résultats.

 

L’accumulation du capital impose la conquête de nouveaux marchés ; l’impérialisme induit le contrôle de nouveaux territoires. Jean Jaurès a dit « le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée porte l’orage ». Les pays qui s’en sortent se protègent du libre-échange généralisé en organisant les échanges et en édictant des normes.

 

Jean-Luc Mélenchon a conclu en rappelant ses orientations fondamentales : il est de gauche, républicain et se situe dans une perspective de participation au gouvernement.

 

* Jugement du 6 novembre : voir Rue89 « Casse-toi pov'con » : 30 euros avec sursis pour Hervé Eon et Le Monde Trente euros d'amende avec sursis pour un "Casse-toi pov' con".

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7 novembre 2008 5 07 /11 /novembre /2008 20:49

Une ligne nouvelle va s’imposer au congrès

 

Les adhérents du PS ont rendu leur verdict le 6 novembre. La direction sortante ne sera pas reconduite. Bertrand Delanoë ne sera pas candidat à la succession de François Hollande. Il était pourtant le favori des sondages, mais c’était un montage pour le mettre en valeur. Cela ne correspondait pas à la réalité, les militants ayant conscience de la nécessité de relancer leur parti et la gauche sur des bases nouvelles, à la fois plus offensives vis-à-vis du pouvoir et plus crédibles en ce qui concerne le contenu du projet alternatif à proposer aux français.

 

Les trois prétendants à la relève dirigeante (Ségolène Royal, Martine Aubry et Benoît Hamon) ont gagné le droit de participer au tour de table qui va désigner la coalition qui sera majoritaire au congrès de Reims les 15 et 16 novembre, ainsi que le candidat à la succession de François Hollande, ce choix devant être ratifié par les adhérents, le 20 novembre.

 

Bien sûr, ce matin, sur France Inter, l’ancienne candidate à l’élection présidentielle a affirmé qu’elle allait consulter tous ses collègues, responsables de motion, le maire de Paris inclus. Mais ce congrès n’a rien à voir avec les précédents. Il ressemble beaucoup au congrès fondateur d’Epinay-sur-Seine, en 1971, et va se conclure par une nouvelle majorité et une minorité.

 

Ce qui reste en suspens, c’est la configuration de la majorité qui sortira de Reims. La réalité impose aux trois prétendants de trouver un terrain d’entente entre eux, qu’il s’agisse de la ligne politique et du pilote.

 

Pour bien comprendre ce qui se passe, il faut avoir lu les épisodes précédents (voir PS : Benoît Hamon plaide en faveur d'un nouveau réalisme de gauche - 29 octobre 2008).

 

Les résultats du vote des adhérents sont présentés et commentés par la presse (voir Le Monde, ce 7 novembre "Royal n'aura pas les mains libres" et les réponses de Jean-Louis Bianco, dans Libération : Bianco: «Aubry et Hamon représentent le renouveau, Delanoë moins»).


Rue89 avait donné la parole à chaque motion avant les votes. Voici les entretiens réalisés avec Delphine Batho (Ségolène Royal), Martine Aubry et Benoît Hamon.

 

Batho : « Le PS doit discuter avec Besancenot et Bayrou »

Martine Aubry : « Les 35 heures n'étaient qu'une étape »

Benoît Hamon : « Les problèmes sont devant Besancenot »  

Cet article est le 73ème paru sur ce blog dans la catégorie Gauche France 2007-08

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29 octobre 2008 3 29 /10 /octobre /2008 22:44

L’Europe doit fixer des restrictions au libre-échange

 

La fin de campagne interne au PS est proche. Le 6 novembre, les adhérents choisiront entre les 6 motions en présence. Le favori des médias, Bertrand Delanoë, ne mobilise pas et s’énerve. Il veut succéder à François Hollande en dirigeant autrement et en adoptant une ligne plus claire, c’est-à-dire plus en phase avec les autres partis social démocrates européens et moins sensible aux idées de la gauche du PS et, moins encore, à celles d’Olivier Besancenot.

 

Il apprécie le soutien de ses amis Lionel Jospin et Michel Rocard, mais moins celui de François Hollande, plus préoccupé par son propre avenir que par celui du maire de Paris. Celui-ci s’est aventuré dans la rédaction d’un livre « audacieux » qu’il assume, mais qui le dessert, car ce n’est vraiment pas le moment de se déclarer socialiste et libéral.

 

En face, un seul candidat alternatif déclaré : Benoît Hamon. Mais, deux autres candidats sont prêts, au cas où le vote des adhérents conduirait à des compromis entre les différentes motions. Il s’agit de Vincent Peillon, homme de confiance de Ségolène Royal, et de Pierre Moscovici, qui est actuellement proche de Bertrand Delanoë et se voit bien dans les habits d’un premier secrétaire de compromis (les compromis, il a l’habitude d’en faire, plus souvent qu’à son tour).

 

Les évènements vont dans le sens que je décrivais (voir, sur ce blog Michel Sorin : le congrès PS ouvrira des perspectives pour la gauche - 25 septembre 2008).

La motion A des sortants se retrouvera isolée, face aux trois autres (Ségolène Royal, Martine Aubry, Benoît Hamon) qui sont bien décidés à s’entendre pour faire une majorité. Entre ces deux derniers, c’est assez facile. Les compromis seront nécessaires et plus difficiles avec l’ancienne candidate à l’élection présidentielle.

 

Tout dépendra des résultats du 6 novembre. Si, comme c’est probable, Ségolène Royal est bien placée, elle poussera Vincent Peillon et celui-ci, ancien porte-parole du PS au côté de François Hollande, aura de bonnes chances de gagner face à Pierre Moscovici, car le maire de Paris ne sera pas en situation de l’emporter et, donc, de se présenter.

 

Dans l’immédiat, je propose de lire l’intervention de Benoît Hamon lors d’une conférence à l’Institut d’études politiques à Paris animée par Liêm Hoang-Ngoc. Ce texte est paru dans L’Humanité le 17 octobre 2008. En voici des extraits, concernant l’analyse du capitalisme.


A compléter par cet entretien «Le monde change, mais au PS rien ne change» (Libé, 29 octobre).


Pour un nouveau réalisme économique de gauche. Par Benoît Hamon

(…) Alors, pour répondre d’emblée à la question posée pour nos travaux : ce que doit proposer la gauche, en France, en Europe et dans le Monde, c’est un changement profond des règles du jeu, des réformes à la fois réalistes qui s’enracinent dans les causes objectives de la crise que nous subissons, et radicales car les enjeux sont énormes.

LA CRISE ACTUELLE VALIDE NOTRE CRITIQUE FONDAMENTALE DU CAPITALISME

Il faut se féliciter du fait que la crise actuelle ait permis une pédagogie sans précédent de l’analyse critique du capitalisme. Depuis longtemps, ceux qui critiquaient les dérives de l’économie libérale étaient taxés de gauchistes, de rétrogrades, au mieux de nostalgiques ou de rêveurs. Il n’y a pas d’honneur à avoir été des prophètes, pas même au sein du Parti socialiste… Lorsque l’on n’a pas su se faire entendre, c’est que l’on a en partie échoué. Mais ne laissons pas passer l’occasion de rappeler la permanence et la pertinence de notre critique du capitalisme :

La financiarisation du capitalisme est directement à la source la crise : l’argent créé ou échangé ne va plus principalement à l’économie réelle, donc à l’industrie, à l’emploi, à la création de ressources ou de biens de consommation, mais bien à la rémunération des détenteurs de capitaux. Même si la crise des « subprimes » provient du secteur du logement, ce n’est pas à un secteur économique en particulier que cela est dû, mais à la perversion d’un de ses principaux mécanismes de financement ; si le logement social existait aux Etats-Unis et s’il n’était pas remplacé par une course effrénée à la propriété financée par des crédits à risques, nous n’en serions sans doute pas là.

La déréglementation de l’économie de marché est la « seconde mamelle » de la crise : depuis plus de vingt ans, la pensée économique dominante est de « jouir sans entraves » ; l’arnaque principale est d’avoir réussi à faire croire que la déréglementation de l’économie, l’affaiblissement des mécanismes de contrôle et de solidarité, permettraient l’enrichissement du plus grand nombre et sans frais. La réalité de la crise nous montre l’inverse : si le niveau de vie a incontestablement augmenté sur la planète, la répartition des richesses est malheureusement de plus en plus inégalitaire, et les mécanismes de régulation échappent désormais pour l’essentiel à la responsabilité politique.

L’essor du « libre échange » au niveau mondial est venu parachever l’édifice : l’OMC vante la mécanique vertueuse du libre échange qui serait gagnante-gagnante. La course à la compétitivité entre les nations se déroule à coup de dumping social, dumping fiscal et dumping environnemental. Elle a pour principale conséquence de d’encourager la baisse des recettes publiques (comme démontrée en Europe par le cabinet KPMG sur la baisse tendancielle de l’IS dans le marché intérieur grâce à la concurrence fiscale) mais aussi de pousser la réduction du coût du travail et donc à la modération salariale.

Dans le monde occidental, la pente est la même. En France, ce sont onze points de PIB qui ont été transférés de la rémunération du travail à celle du capital. Le rendement demandé au capital investi est devenu tel qu’il détourne la valeur ajoutée de l’investissement comme de la rémunération du travail. La principale conséquence sociale de ce phénomène est le développement d’une nouvelle forme de prolétariat constitué de travailleurs pauvres et de leurs familles.

LA CRISE ACTUELLE EST UNE CRISE DU SYSTÈME, UNE CRISE DU CAPITALISME

Nous assistons bien à une crise du capitalisme. Quelles en sont les caractéristiques ?

C’est une crise de liquidités : prudentes, méfiantes ou fragilisées, les banques ne se prêtent plus d’argent, et le manque de liquidités pour honorer des créances provoque des réactions en chaîne.

C’est une crise spéculative : à cause des spéculations à la baisse contre les valeurs bancaires, les banques voient leurs fonds propres se dévaloriser.

C’est une crise financière d’un type nouveau : l’accumulation de créances douteuses liées à la prolifération de produits financiers dérivés, ajoute un aspect surréaliste puisque les pertes sont pour une grande part d’entre elles de nature virtuelle.

C’est une crise qui condamne les modèles de régulation de nature privée voire corporatiste : les normes comptables aujourd’hui appliquées, qui valorisent les entreprises en fonction du cours du marché, condamnent les entreprises cotées dès lors que les marchés s’effondrent, même si leur activité productive est saine ; de leur côté, les agences de notation qui sont pourtant sensées se porter garantes, se sont en fait avérées incompétentes, aveugles ou consanguines ; d’autres normes comptables et une agence publique européenne de notation sont devenues essentielles.

C’est donc bien une crise du modèle capitaliste : il semble que nous ayons heureusement atteint les limites d’un système prédateur reposant sur la captation par le capital de la valeur ajoutée et sur une dérégulation à outrance, mais rien aujourd’hui ne permet de croire que l’issue de la crise débouchera sur une remise en cause profonde du système économique et financier (…).


Lire la suite : Pour un nouveau réalisme économique de gauche. Par Benoît Hamon


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24 octobre 2008 5 24 /10 /octobre /2008 13:24

 

Congrès : le PS face à un choix gauche droite

 

Hier soir, à Laval, j’ai parlé avec Jean-Luc Mélenchon avant qu’il montre, une fois de plus, sa remarquable éloquence lors de son intervention dans le cadre de la réunion publique organisée par PRS 53 (j’y reviendrai, voir mon article Jean-Luc Mélenchon à Laval pour soutenir Hervé Eon au tribunal - 23 octobre 2008).

 

Ce matin, j’ai été alerté par le blog de Xavier Dumoulin (http://sr07.unblog.fr) de l’explosion de colère saine de Marie-Noëlle Lienemann, ancienne ministre, comme Jean-Luc Mélenchon, actuelle députée au Parlement européen. C’est important, car c’est une description hyper réaliste de ce que sont les députés socialistes et social démocrates européens, dans leur grande majorité.

 

Avant de présenter ce texte de Marie-Noëlle, je propose une incursion en territoire national PS, avec deux articles significatifs, l’un concernant Benoît Hamon, l’autre Martine Aubry, les deux amis qui préparent une alliance lors du congrès de Reims, afin de mettre en échec la direction sortante du PS (Delanoë, Hollande, Jospin, Rocard).

Benoît Hamon, un Sarko de gauche ? (Marianne, Malakine, 24 octobre),

«Un autre modèle face à l'argent et à la loi du plus fort» (Libération, LibéLille, 23 octobre).

 

Avec la crise financière, qui va déboucher sur une crise économique et sociale, en plus des crises écologique et alimentaire incontournables, les partis de gauche sont obligés de revenir à gauche. La crise, ainsi que la stratégie du président de la République, rendent impraticable toute autre voie.

 

Le PS (qui avait fait le choix social libéral démocrate des traités européens, notamment du traité de Lisbonne), le PCF (qui hésitait entre la République, le radicalisme et la social démocratie), Les Verts (qui retournent à leur écologie ni droite ni gauche), mais aussi le PRG (qui flirte avec les radicaux valoisiens - Borloo) vont devoir choisir entre la voie de droite et la voie de gauche.

 

Olivier Besancenot et le nouveau parti anticapitaliste vont être confrontés au dilemme gauche droite (s’ils maintiennent leur non à toute alliance de gauche, c’est qu’ils choisissent la droite).

 

Le MRC a choisi depuis son congrès de 2003 à St-Pol-sur-Mer et la confirmation sans appel est venue du congrès du Kremlin-Bicêtre en juin 2008. Nous avons de l’avance. C’est pourquoi nous devons parler fort et nous faire entendre des Français, ce qui n’est pas suffisamment le cas actuellement, même si l’élection de Jean-Pierre Chevènement au Sénat a marqué un progrès dans cette direction.

 

Et, maintenant, voici le cri de colère de Marie-Noëlle Lienemann, qui est la responsable socialiste la plus proche de Jean-Pierre Chevènement et du MRC (cliquer sur le titre de l’article, paru sur son blog hier).

 

Parti des Socialistes Européens : Désolant! Affligeant!!


Comme de coutume, le Parlement européen a délibéré sur les suites du dernier conseil européen qui traitait de la crise financière !
Hier N. Sarkozy est venu en présenter les conclusions à Strasbourg devant les députés européens.
L'exposé fut brillant, les réponses habiles mais sur le fond les propos ne pouvaient être approuvés. Rien sur une stratégie de relance de l'économie européenne, rien sur la nécessité d'augmenter les salaires et le pouvoir d'achat.... Bref rien au delà du « sauvetage » des banques.

Cette seule constatation aurait suffi à une critique forte des Socialistes Européens; la crise que nous vivons n'est pas seulement financière, elle est économique, sociale et demeurent la crise écologique, la famine...

C'est le capitalisme financier, le libre échange généralisé qui sont en crise et en cause. Alors, ne pas être capable d'être la voix des salariés, des habitants, de ceux qui subissent cette crise à un moment où de plus en plus de gens sont percutés de plein fouet par les problèmes de pouvoir d'achat, d'emploi, de santé, d'avenir pour leurs enfants est une grave faute des Socialistes européens.
Ne pas avoir la volonté de créer un rapport de force pour imposer des initiatives sociales et en faveur de la croissance au moment où les libéraux, la droite sont sur la défensive est une grave erreur!

Cet assourdissant silence, cette absence de proposition permet à N.Sarkozy d'occuper le terrain, de développer sa stratégie de communication, de promettre... Et comme de coutume de ne pas concrétiser...
Dernière annonce du genre, N. Sarkozy  explique devant le Parlement européen qu'il est favorable à un gouvernement économique européen ...
Très bien ....Que ne l’a-t-il négocié et défendu pour le traité de Lisbonne? Pourquoi n'a-t-il pas alors utilisé le rapport de force, crée par le NON français pour obtenir des avancées sur ce point ?
Mais cette prise de position- au demeurant récente- a surtout pour lui un avantage, elle lui permet de rappeler devant les conservateurs européens qu'il est favorable à l'indépendance de la banque centrale. Le gouvernement économique pour on ne sait quel horizon - d'autant que la Présidence française ne prend aucune initiative pour tenter de concrétiser sa mise en œuvre - mais l'indépendance de la B.C.E. renforcée tout de suite ! Voilà la pirouette.
Pirouette aussi en lançant des propositions de méthodes, un gouvernement commun pour éviter des choix quand au contenu de la politique économique, immédiate et pour demain.
Le Pacte de stabilité n'est pas contesté dans la durée, simplement mis entre parenthèse le temps de cette crise " passagère ".
Après la crise ... ce sera comme avant, à quelques bémols près !
C'est la thèse de la " moralisation " du capitalisme et non du changement de société, de logique de systèmes!

Cela ne saurait être la position de la Gauche.

Et Martin Schulz (Président du groupe socialiste européen ), une fois de plus, est tombé dans le panneau de Sarkozy. Ses propos ont d’ailleurs mis à nu les graves dérives et insuffisances de la social-démocratie européenne. En effet, il a jugé judicieux de déclarer à la tribune du Parlement que les propositions de N. Sarkozy étaient celles des Socialistes européens.....
Inutile de vous dire que Kouchner et Jouyet étaient aux anges au coté de Sarkozy qui évidemment s'est réjouit de ce soutien et " regrette " que les Socialistes français soient tellement en décalage ! Eh oui.

De surcroît, quand il s’est agit de voter, ce qui au demeurant est essentiel, la dérive est encore plus surprenante. Le groupe P.S.E. a trouvé le moyen de voter une résolution de "compromis" qui se félicite de l'action des Institutions européennes, mais qui ne dit rien du social, de l'économie. Évidemment pas l’ombre d’une autocritique sur la politique européenne passée ! Quand le président de la délégation grecque explique qu’il ne saurait voter un tel texte qui ne reprend rien des propositions socialistes, le président du groupe lui explique qu’il n’a rien compris et qu’on a obtenu un point majeur à savoir l'appel à " la coordination des politiques économiques ".Quelle audace ! On rêve!! Au passage, notons bien que nul ne s’avance à dire sur quelle perspective nouvelle, il faudrait s’engager.

Dans cette résolution, il n’y a rien sur les paradis fiscaux!
Le P.S.E.- sauf les Français, les Grecs... n'ont pas voté l'amendement des Verts demandant qu'on les combatte dans l'U.E. et hors de l'U.E. Bilan des courses seulement 183 voix pour la lutte contre ces paradis fiscaux, les centres off shore etc....amendement refusé !

Même attitude désespérante du P.S.E. sur la taxe Tobin. L'amendement demandant son instauration n'a recueilli que 178 voix;
Mardi soir, j'ai eu l'occasion de manifester au sein du groupe P.S.E. mon profond désaccord et même ma colère. C'est incroyable, la plupart des députés européens du P.S.E. vivent dans une bulle. Les défaites successives n'ont pas l'air de les perturber. Ils paraissent très satisfaits d'eux-mêmes, ne pensent en aucun cas revoir leurs analyses. Leur seule réelle préoccupation était de savoir si le Traité de Lisbonne serait approuvé avant la fin de l'année!

Il est temps que le P.S. français tape du poing sur la table et propose aux Socialistes européens une autre voie, une autre stratégie ! Faut-il encore qu'au Congrès de Reims notre ligne politique ne soit l'alignement sur la Social-démocratie européenne! 
         

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