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  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine à partir, notamment, des idées de Jean-Pierre Chevènement, l'un de ses fondateurs, qui n'est plus membre du MRC depuis 2015. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens (MDC) après les élections de 2002. En 2022, le MRC est devenu membre de la Fédération de la Gauche Républicaine avec quatre autres organisations politiques.
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3 décembre 2007 1 03 /12 /décembre /2007 16:40

Socialistes, progressistes et républicains, au boulot !

 

Gaël Brustier* et Jean-Philippe Huelin* ont signé un texte qui est paru dans L’Humanité le 1er décembre dernier, sous le titre « Une Gauche à la Pyrrhus ? ».

 

Ils font une analyse pertinente de la situation du PS qui, tout en étant bien placé pour gagner les prochaines élections municipales, est en train de passer à côté de l’essentiel : le nouveau rapport à adopter face à la mondialisation, les choix politiques à faire en matière de protectionnisme européen, de rééquilibrage entre le travail et le capital, de revalorisation des services publics, notamment de l’éducation.

Bref, le PS et la gauche ne font pas leur devoir, qui est de proposer une politique qui tourne le dos au néolibéralisme. 

 

Voici leur texte.

 

La Gauche peut gagner les municipales mais elle peut être vaincue par ses propres conquêtes, comme en 2004. Six mois après sa défaite à la présidentielle et trois mois avant les élections municipales, le Parti Socialiste ne semble faire preuve d’aucune lucidité quant aux causes de son échec.

 

- Incapable de sortir des petits conflits de personnes, il est en train de rater son renouvellement idéologique.

- Incapable de répondre à la question essentielle de la mondialisation, il s’abaisse à laisser deux des siens – Pascal Lamy et DSK – diriger l’OMC et le FMI, dont le rôle est précisément de renforcer le processus de dérégulation planétaire.

- Incapable en France de faire une critique efficace de la politique sarkozyenne, il se contente d’en critiquer le « style » ou la « méthode ».

- Incapable de rassembler la Gauche, il s’acharne, en guise de stratégie électorale, à éradiquer ses derniers partenaires (PCF, MRC et Divers Gauche) et laisse son allié radical de gauche flirter avec les radicaux de droite de Jean-Louis Borloo.

 

Pourtant le PS « gagnera » les municipales. Sans grand suspens gagnera-t-il à Paris et Lyon, sans doute conservera-t-il d’importantes villes comme Tours ou Lille et peut-être même conquerra-t-il des villes comme Strasbourg ou Bordeaux.

 

Mais, loin de ce cosmétique « socialisme municipal », ce sont des évolutions structurelles préoccupantes qui frappent la composition sociologique de l’électorat socialiste. Il nous faut regarder de près l’incompréhension que le PS manifeste à l’égard de la nouvelle sociologie électorale française qui le condamne, en fait et malgré les apparences, à une très longue cure d’opposition…

La France est, comme l’ont brillamment souligné les géographes Christophe Guilluy et Christophe Noyé dans leur Atlas des nouvelles fractures sociales, victime d’une forme de ségrégation spatiale et sociale d’ampleur.

- Les villes-centres concentrent les foyers disposant d’un très important capital économique, social et culturel.

- Les périphéries urbaines et les zones rurales accueillent, pour leur part, un nombre croissant d’ouvriers et d’employés. Pour mémoire, peut-on rappeler qu’il y a en France environ 60% d’ouvriers et d’employés, curieusement absents du discours des élites du PS…

 

Physiquement, on constate bien que la séparation entre les classes sociales est en train de former une sorte d’apartheid social et politique. Béatement, certains socialistes se sont mis à admirer les scores réalisés par leur parti dans les arrondissements du centre de Paris ou dans certains quartiers en voie de gentrification ; la proximité avec les grandes rédactions parisiennes explique peut-être cela. Seulement, les socialistes ont oublié que dans le même temps, ils sont en perdition dans de larges secteurs de notre pays.

 

Dans le nouveau contexte sociologique français, le rapport à la mondialisation est déterminant. 51% des Français qui sont pour « imposer les entreprises qui délocalisent » et 49% de ceux qui voyaient la mondialisation comme un « danger » ont voté… Nicolas Sarkozy !

 

Si Ségolène Royal a fait mieux que Jospin (95 et 2002) chez les ouvriers (25% le 22 avril), le PS reste à la traîne par rapport à la Droite qui rassemble plus de 60% d’entre eux.

Chez les employés, le PS accuse un retard de huit points par rapport à l’UMP. Par ailleurs 61% des sans-diplômes ont fait le choix de l’UMP et, dans un autre ordre d’idées, 54% des salariés du privé ont choisi Sarkozy le 6 mai...

 

On peut multiplier les exemples de la crise sociologique qui frappe l’électorat de Gauche et du faux virage à droite de la société française.

En effet, les ouvriers et les employés ne sont pas devenus de droite. Avec un taux global record de refus de l’économie de marché (50%), on ne peut pas dire que nos concitoyens cèdent au néolibéralisme !

Ce n’est pas être de droite que de s’inquiéter de la mondialisation, du libre-échange ou de l’avenir démocratique de l’Europe comme ce fut le cas le 29 mai 2005.

 

Le PS mise actuellement sur une alliance des villes-centres et de ses proches banlieues, alliance sociologique durablement minoritaire (le 29 mai 2005 comme le 6 mai 2007), alors qu’il lui faut penser l’alliance des banlieues et des zones péri-urbaines, c’est à dire reconquérir les classes populaires et constituer ce qui fait le succès d’une authentique stratégie socialiste : un front de classes !

 

Ouvriers, employés des banlieues et des zones périurbaines ou rurales mais aussi artisans ou professions intermédiaires doivent faire l’objet d’une attention et d’un dialogue renouvelés.

Eux qui ont soutenu le discours volontariste de Sarkozy ne seront convaincus par le PS que s’il adopte un projet républicain et socialiste tournant le dos aux serpents de mer néolibéraux.

 

Pour ce faire, la Gauche doit définir un nouveau rapport à la mondialisation, se déterminer sur le protectionnisme européen, sur le déséquilibre capital-travail, sur les services publics, sur l’Ecole...

Alors que toute une petite camarilla (Valls, Gorce etc.) claironne que le PS doit succomber aux délices d’une social-démocratie battue dans le monde entier, les préférences des classes populaires sont à l’opposé de celles des hiérarques solférinesques…

Socialistes, progressistes, républicains, nous devons désormais procéder au renouvellement idéologique et programmatique de notre camp pour établir, le plus tôt possible, l’hégémonie culturelle nécessaire aux victoires électorales à venir.

A défaut, le risque pour le PS c’est, pour prendre une allégorie astrophysique, de se rétracter sur les centres-villes et de devenir une « naine blanche ». Refusant de s’adresser aux marges, c’est lui qui, finalement, sera électoralement marginalisé.

 

* Gaël BRUSTIER, 29 ans, étudiant, est chercheur en science politique.

* Jean-Philippe HUELIN, 28 ans, est professeur d’histoire et géographie.

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30 novembre 2007 5 30 /11 /novembre /2007 23:49

Après le gaullisme, le socialisme va-t-il disparaître ?

 

On ne compte plus, ces jours-ci, les articles de journalistes qui prennent le pouls du PS en se demandant si sa fin est proche. Cela fait penser à son ancêtre, la SFIO, dans les années 1960, qui survivait difficilement à la création de la Vème République, directement liée à l’échec de la politique algérienne du parti de Guy Mollet.

 

Il avait fallu les mouvements sociaux de mai-juin 1968 et le départ du général de Gaulle en 1969 pour que le parti socialiste se refasse une nouvelle carte d’identité en 1971 lors du congrès d’Epinay-sur-Seine, avec du sang neuf venu de l’extérieur (François Mitterrand et la Convention des Institutions Républicaines - CIR - notamment) et de l’intérieur (Chevènement et le Centre d’Etude et d’Education Socialistes - CERES - principalement).

 

Que lit-on dans la presse aujourd’hui ?

 

Le philosophe Jean-Pierre Le Goff, sur www.marianne2.fr, explique que « les socialistes vivent une crise qui dure en réalité depuis très longtemps » (…). «Au PS on ne sait plus penser en terme d'analyse objective, de querelles entre grands courants : tout est réduit à l'individu » (…), « le PS est devenu un syndicat d'élus, un rassemblement de gens qui ont des intérêts communs électoraux ».

 

Sur le même site de l’hebdomadaire Marianne, Paul Thibaud fait remonter à la naissance du socialisme en France (sous forme d’un parti, à la fin des années 1880) les difficultés du PS à assumer, à la fois, les responsabilités de la gestion gouvernementale et son identité socialiste.

 

« Cette schizophrénie entre le point de vue de l'identité et celui de la participation politique, les socialistes français en sont-ils jamais sortis ? Elle ne les a pas lâchés, obligeant leurs leaders à toutes les conciliations et les contorsions » (…).

 

« La situation originelle du Parti socialiste est celle d'être un allié malgré lui de la gauche républicaine, incité à participer au pouvoir mais empêché ontologiquement de le faire. De ce point de départ résultent des traits constants de ce parti. Il est remarquable en particulier que les dirigeants qui l'ont marqué (Jaurès, Blum, Mitterrand) lui sont arrivés de l'extérieur. Avant Jospin et Hollande, la vie interne du parti n'avait fait émerger qu'un seul dirigeant, Guy Mollet. Comme s'il fallait ne pas en être pour diriger ce parti, comme si le parti devait sortir de lui-même pour exister utilement dans la politique française » (…).

 

Paul Thibaud constate aujourd’hui « l’absence de passion, l'usure des idées et des sentiments dont on ne se détache pas. L'absence de polémique est un symptôme grave : ne sont présents ni l'espoir de surmonter les contradictions, ni le talent de les faire miroiter comme une richesse à exploiter. Ne reste que la pure perplexité. Peu de choses ont changé mais tout s'est usé. Cela donne à penser que c'est une histoire qui se termine… avant nouvelle fondation ».

 

Mon témoignage personnel d’ancien responsable socialiste

 

Je puis témoigner avoir ressenti cette « usure » au sein du PS, laquelle s’est installée progressivement pendant le temps où j’en ai été membre, entre 1973 et 2001. Le début remonte à 1982-83, au moment où il a été évident que la gestion gouvernementale oubliait en route les orientations progressistes de 1981 (sans parler de la « rupture avec le capitalisme »…).

 

Ensuite, à partir de 1983, le PS s’est aligné sur la ligne politique du président de la République, la construction libérale de l’Europe devenant le but à atteindre, ce qui était parfaitement contradictoire avec le socialisme.

 

La « parenthèse libérale » (selon l’expression de Jospin en 1983) n’a pu être refermée par le PS pour une bonne raison : il est resté fidèle à la ligne européenne de Mitterrand, laquelle oblige au respect de la doctrine officielle libérale de l’Union européenne.

 

Cette doctrine, le « néo-libéralisme », est cette forme ultralibérale caractérisée par la collusion entre les dirigeants politiques (des Etats et des institutions internationales) et les grands patrons de la finance mondiale. Leur objectif est d’installer durablement la liberté du capital sans entraves, au niveau planétaire. Jusqu’à présent, c’est réussi.

 

Le peuple français, qui a osé voter contre la ratification du traité constitutionnel européen le 29 mai 2005, est l’objet d’une opération de prestidigitation de la part de l’illusionniste Sarkozy, qui se prépare à faire ratifier par la voie parlementaire le même traité, présenté sous une forme différente.

 

Les parlementaires auront la possibilité, en février, de s’opposer à la révision de la Constitution afin d’obliger Sarkozy à ratifier par référendum. Le choix du PS sera déterminant. S’il persiste dans sa volonté d’approuver le choix du président de la République, rien ne pourra plus faire cesser sa dérive droitière et son déclin.

 

Appel aux républicains de gauche et de progrès

 

La reconstruction d’un parti républicain de gauche se fera avec le concours de Jean-Pierre Chevènement et des citoyens qui voudront s’engager dans le combat pour un monde délivré du néolibéralisme et attaché aux valeurs humanistes de la démocratie.

 

Dès maintenant, nous devons agir concrètement pour aider nos concitoyens à comprendre pourquoi les conditions de vie et de travail se dégradent et pourquoi le fossé se creuse entre la majorité du peuple et quelques privilégiés de la finance qui profitent des bienfaits de la mondialisation libérale.

 

Sarkozy mise à fond et exclusivement sur l’individualisme et la logique de la motivation financière dans toutes les activités humaines. C’est ainsi qu’il a toujours raisonné lui-même afin d’assouvir sa soif de puissance et de pouvoir sur les autres. Ayant accédé à la plus haute responsabilité nationale, il va chercher désormais à devenir le leader de l’Europe.

 

Pour y parvenir, il ne lésinera pas sur les moyens. C’est ainsi qu’il a déjà accepté de renier le vote du peuple français pour ramener la France dans le conformisme libéral européen et l’alignement sur les Etats-Unis d’Amérique.

 

La gauche républicaine et tous les républicains de progrès vont devoir prendre des initiatives pour organiser la résistance et préparer la relève politique. A notre niveau, en Mayenne, c’est ce que nous allons faire. J’invite les volontaires à nous rejoindre.

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15 novembre 2007 4 15 /11 /novembre /2007 23:48

L’avenir de l’Europe est dans le refus du néolibéralisme

 

Notre président l’a reconnu dans les couloirs du Parlement européen de Strasbourg : si un référendum était organisé en France (ou dans les autres pays) pour ratifier le traité de Lisbonne, la réponse serait non. C’est la raison pour laquelle il s’est mis d’accord avec Angela Merkel et les autres chefs d’Etat pour ratifier par la voie parlementaire.

 

Que penser de ce président qui se comporte comme un représentant du NON quand il fait un discours le 13 novembre à Strasbourg devant les parlementaires européens, alors qu’il a accepté de signer le traité de Lisbonne qui reprend le contenu du traité constitutionnel européen, sans tenir compte des arguments des Français, majoritaires, qui ont refusé de le ratifier ?

 

Voici ce qu’écrivait, hier, Philippe Cohen, sur www.marianne2.fr.

 

« L'Europe, ce ne peut pas être qu'une machine, une machine administrative, une machine juridique, une machine à édicter des normes, des règlements, des directives, une machine à fabriquer des contraintes, des règles, des procédures. Elle ne peut pas être tenue à l'écart de la vie, à l'écart des sentiments et des passions humaines.
L'Europe n'est une réalité, l'Europe n'a une chance d'exister pleinement que si pour des millions d'hommes et de femmes elle est vivante, si elle parle à leur cœur, si elle est pour eux l'espoir d'une vie, d'un monde meilleur, si elle est un grand idéal, une grande promesse.
L'Europe se fera avec les peuples, elle ne se fera pas sans eux, elle ne se fera pas contre eux.
Quand les peuples disent « non », il ne faut pas se dire que les peuples ont tort, il faut se demander pourquoi les peuples ont dit « non ».
(…) Je crois à la démocratie. Je crois que l'Europe doit être la plus démocratique possible. C'est pourquoi j'ai toujours considéré que l'on ne rendait pas service à la cause de l'Europe en récusant le débat, en taisant les divergences, en étouffant les critiques.
J'ai toujours pensé qu'il fallait à l'Europe plus de débat, plus de démocratie et au fond plus de politique et non pas moins.
Je suis convaincu que c'est parce qu'il n'y avait plus assez de débat, de démocratie et de politique dans l'Europe que tant d'hommes et de femmes s'en sont détachés.»


Incroyable discours de Nicolas Sarkozy devant le Parlement européen. On le voit ci-dessus, le Président proclame l'impérieuse nécessité de tenir compte de la signification du non au TCE et de refonder l'Europe avec les peuples. Belles phrases, beau discours que n'aurait renié aucun partisan du Non. Le problème est que le Président fait juste le contraire de ce qu'il dit au parlement européen puisque, comme l'a bien établi Valéry Giscard d'Estaing, il n'y a que des différences de forme entre le TCE et le Traité dit simplifié que la France et, désormais, l'Union européenne, propose de faire adopter par les parlements : « Les outils sont exactement les mêmes. Seul l'ordre a changé ».

En réalité, le discours européen de Sarkozy sur le sujet ne tient pas devant les arguments de la raison. Le traité n'est ni simplifié ni résumé car il reprend toutes les dispositions qui furent contestées lors du débat sur le référendum de 2005. Si les partisans du référendum, qu'ils soient ou non favorables au Traité de Lisbonne, parviennent à imposer le débat, la position présidentielle sera intenable.

                                                                                          

Le président de la République tient manifestement un double langage. Il veut montrer devant les représentants des citoyens, à Strasbourg, qu’il a compris le message du NON du 29 mai 2005.

Et, devant ceux qui ont le pouvoir réel (les chefs d’Etat et la Commission), il veut leur montrer qu’ils peuvent compter sur lui pour faire les réformes néolibérales qui briseront les résistances républicaines à la française.

 

La lecture de l’édito d’Evariste, dans ReSPUBLICA  paru le 9 novembre (n° 567), permet de faire le lien avec les mouvements sociaux qui se multiplient en France.

Voici des extraits de ce texte. Lien permanent vers cet article

« La nécessaire convergence des aspirations de gauche »

 « La liste est loin d'être close, et pourtant elle est déjà bien longue pour ce début Novembre : mobilisation des étudiants contre l'entrée des entreprises dans le fonctionnement des universités ; manifestations des marins pêcheurs ; contestation dans la magistrature face aux objectifs de réduction présentés par la chouchou du président parachutée ministre de la justice ; contestation de la réforme des retraites ; grèves à Air-France ; mécontentement dans la fonction publique face aux réductions drastiques d'effectifs ; grondes dans l'enseignement suite aux orientations données par le gouvernement ; malaise généralisé de la profession journalistique qui réclame à présent des lois protégeant son travail d'utilité publique contre les puissances économiques (…).

Mais, hors cela, que montrent ces mouvements ? Simplement le fait qu'une vision du monde est en conflit avec une autre. Il ne s'agit pas seulement d'une vision économique et sociale, ce qui est en jeu est à un niveau plus fondamental. Exactement comme le pouvoir au moyen âge avait eu besoin d'une éthique chrétienne pour asseoir sa domination économique, le libéralisme économique a besoin que les individus adhèrent à une culture et une éthique de vie afin qu'il puisse asseoir son emprise sur les esprits et rendre nulle toute forme de résistance. Le système culturel et l'éthique supportant le libéralisme anglo-saxon sont en lutte contre le système qui porte le modèle de la République française. Ce conflit est global, généralisé. En ce mois de Novembre, l'explosion du nombre de luttes sociales partout en France n'est que l'expression de cette réalité sous-jacente (…).

Pour sa part, la République française s'oppose plus radicalement sur le plan culturel et éthique, la colonisation de la France doit donc passer par une phase d'éducation éthique et culturelle des individus afin de rendre « normales » les valeurs de vie qui sous-tendent le fonctionnement du libéralisme anglo-saxon.

Ce choc se traduit par des attaques en règle de la laïcité, par le martelage du sentiment de peur à travers les média (là où le courage était une vertu du citoyen), par le nombre croissant de discours imposant la responsabilité individuelle comme seule valable, et par la vision d'un déterminisme individuel (pouvant aller jusqu'à la détermination génétique) contre lequel l'individu ne peut rien (…).

Face à cela, que faire ?

D'abord, intégrer que la dimension sociale et économique ne suffira pas à elle seule à contrecarrer l'assaut du monde libéral. Seule l'intégration de la dimension culturelle et éthique permettra d'asseoir nos valeurs et de provoquer le refus massif de cette vision de la vie individuelle et des règles de la société libérale.
Ensuite, cette compréhension doit passer par la construction d'un projet sociétal neuf, issu des traditions de la gauche française, mais en les élargissant et en intégrant d'autres référents qui, eux, tiennent compte du système culturel et éthique individuel. La réponse apportée par la gauche a été fondamentale pendant des décennies, mais faute d'ouverture intellectuelle connaît aujourd'hui des limites. La force des militants sera de réclamer cette ouverture de la pensée, la responsabilité et la fierté des militants de gauche portent sur le devoir de progrès, non sur celui de la conservation.

Enfin, sur le terrain immédiat de la lutte, la partition et la stricte division des conflits serait une erreur grave. La culture française a toujours reposé sur cette dualité : l'individualité et le collectif. L'individu est citoyen parce qu'il est armé du Pacte Républicain fondé par l'ensemble des individualités. C'est la conscience de partager un avenir commun qui fonde le Pacte Républicain entre les individus.

Ce pacte n'est pas une masse informe, il est l'expression d'un projet commun, de volontés individuelles, de désir d'édifications et de progrès. Les luttes actuelles ne doivent pas se morceler, mais se rassembler. Et ce rassemblement ne doit pas être une simple addition des manifestants et des réclamations, il doit être réfléchi, travaillé pour réclamer des statuts communs, des revendications plus globales et exprimer, non une simple liste d'exigences, mais un réel projet global.

Là réside la force de la gauche, l'esprit de gauche ; le même qui habitait le CNR (…).

La force et la construction d'un réel projet alternatif réside bel et bien dans la conscience qu'en ont les citoyens qui s'y engagent, et non dans les décisions des directions syndicales. D'ailleurs, il est notoire que le dépassement des directions syndicales par la base des citoyens est souvent un bon indicateur pour mesurer la réussite d'un projet...

Pendant ce temps, comme pour l'écriture pathétique d'un livre d'histoire au goût douteux, le président Sarkozy aux Etats-Unis d'Amérique, signe une fois de plus l'allégeance de son action à la vision globalisante des libéraux anglo-saxons ; ceux-là mêmes, dont le modèle sociétal prend eaux de toute part sur la planète ».

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2 octobre 2007 2 02 /10 /octobre /2007 18:08

Les responsabilités de Jospin dans les échecs du PS

 

Comme hier et avant-hier, je reste aujourd’hui sur la question du PS et de la gauche, plus précisément concernant Lionel Jospin, très présent dans les médias, invité pour parler de son livre « L’impasse ». J’ai noté la réplique cinglante de Charles Fiterman, dans Libération, hier, qui renvoie l’ancien Premier Ministre à ses responsabilités au sein du PS.

 

Charles Fiterman, après avoir été le collaborateur de Georges Marchais, restera dans l’Histoire de France comme l’un des quatre ministres communistes, de 1981 à 1984, sous la présidence de François Mitterrand. Il était ministre des transports. Dans les années 1990, il a rejoint le PS. Je me souviens l’avoir invité en Mayenne, lorsque j’étais premier secrétaire du PS, entre 1997 et 2001. Il avait présenté un texte national aux militants dans le cadre d’une réunion-débat interne.

 

Voici son texte paru sur www.liberation.fr le 1er octobre 2007.

 

« Lionel Jospin dans l’impasse »

L’ancien leader socialiste et candidat malheureux à la présidence en 1995 et 2002 persiste et signe dans son refus de remise en question.

« L’attaque virulente lancée par Lionel Jospin à l’encontre de Ségolène Royal constitue une faute politique majeure.

Faute de méthode d’abord. Lionel Jospin veut écarter la candidate socialiste de 2007 de l’avant-scène politique et de la candidature en 2012. Il devrait savoir, puisqu’il dit la connaître, que l’agression va plutôt l’inciter à vouloir relever un défi aussi provocant. Il va rendre plus difficile un examen critique collectif sérieux de ce qui s’est passé, et obliger à des prises de distance avec la parole inconvenante du maître à penser qu’il veut être. A vouloir juger des capacités de quelqu’un à l’aune d’un résultat électoral, il prend un terrible risque, car la comparaison entre 2002 et 2007 ne plaide certes pas en sa faveur. Comment comprendre un tel aveuglement ?

Faute sur le fond surtout. Ce qui a manqué et ce qui manque encore au Parti socialiste, c’est avant tout un projet politique fondé sur ses valeurs et inscrit dans le XXIe siècle, capable de constituer ainsi une alternative mobilisatrice à la politique de la droite. Un travail avait été engagé dès 1994 en vue de construire à gauche un tel projet sous le label des «assises de la transformation sociale». Or Lionel Jospin qui a d’abord pris appui sur cette initiative l’a par la suite fait interrompre et n’a jamais depuis ni permis ni favorisé sa reprise.

Il a fait perdre une douzaine d’années à son parti et à la gauche tout entière. Il s’est contenté de quelques interventions personnelles et a laissé sans réponse pertinente en 2002 le besoin de proposition d’une véritable perspective politique, ce qui est la cause centrale de la défaite. Il a voulu en 2001 une inversion du calendrier électoral qui a donné le résultat que l’on sait et qui a accentué la présidentialisation et la personnalisation du système politique, favorisant toutes les dérives médiatiques de la campagne de 2007.

Pour ces raisons, je considère Lionel Jospin comme le premier responsable du déficit de projet dont souffre aujourd’hui le Parti socialiste. Cherche-t-il à le faire oublier avec une diversion grossière ? Et puis, il y a la faute de savoir vivre ensemble. C’est peut-être la plus irrémédiable.

En 2002, le projet rassembleur fait défaut, la gauche plurielle se délite, Lionel Jospin perd… et il s’en va. Le peuple de gauche lui a manqué, il n’a pas su reconnaître ses mérites. Lionel Jospin regrette très vite son départ et passe les années qui suivent à tenter d’organiser son retour, en faisant peser sur le parti son ombre tutélaire.

Et voilà qu’une «moins que rien» surgie de nulle part se lance dans le vide existant et se fait désigner candidate, s’octroyant au surplus le droit de faire l’inventaire de l’héritage de son prédécesseur.

Pour couronner le tout, le premier secrétaire, sollicité, ne lance pas l’appel au retour du partant d’hier. Une telle outrecuidance ne pouvait rester sans suite. Lionel Jospin remâche son ressentiment et se venge. On ne peut que s’interroger sur les ressorts d’une attitude aussi affligeante. Elle n’aura pour seul effet que d’enfoncer définitivement Lionel Jospin dans l’impasse qu’il a lui-même choisie.

Tournons la page et passons, comme nous y a appelé François Hollande à La Rochelle, au travail d’élaboration d’un projet politique porteur des changements attendus par le pays et d’un parti libéré de ses entraves, capable de réaliser autour de lui un rassemblement victorieux. L’avenir est ouvert ».

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30 septembre 2007 7 30 /09 /septembre /2007 22:44

Le PS est-il prêt à se fondre dans un nouveau parti ?

 

A quelques heures de la fin du mois de septembre, je me mets à réfléchir à ce qui s’est passé à gauche depuis la rentrée. Il y a d’abord eu les universités d’été, puis les livres de personnalités donnant leur point de vue sur la campagne présidentielle, le plus souvent pour s’en prendre à la candidate du PS. Et, une amorce de riposte à la politique de la droite se met en place.

 

Le discours de François Hollande à La Rochelle le 2 septembre (http://rochelle2007.parti-socialiste.fr/category/les-videos-de-luniversite-dete) n’est pas réellement innovant mais il reprend des points fondamentaux. J’en extrais quelques-uns :

« L’exigence de régulation : il n’est pas possible d’accepter que la Chine puisse obtenir 135 milliards d’euros d’excédents commerciaux sans respecter les normes environnementales et le droit du travail ; des finances (4è crise financière en 15 ans), écologie (épuisement des ressources naturelles) ».

« Et c’est ainsi que l’on retrouve l’origine même du socialisme, car la consécration de l’individu est au cœur de notre idéal autour de l’émancipation, de l’accomplissement, de l’autonomie et de la promotion. Partir de l’individu pour justifier le collectif et revenir au citoyen qui décide souverainement de son avenir, mais aussi du destin collectif. Telle doit être notre démarche ».

« La Nation est au cœur du pacte républicain. Elle est un « vivre ensemble », en aucune façon une exclusion. Nous n’avons pas besoin de rapprocher identité nationale et immigration. Jaurès disait que le nationalisme est la haine des autres, la Nation c’est l’amour des siens. Elle n’est pas un renfermement, mais un projet collectif, un destin commun. C’est là que s’exerce le débat démocratique. Le débat entre la gauche et la droite n’est donc pas le plus ou moins grand attachement à la Nation, mais le projet que nous lui assignons, la perspective que nous lui ouvrons, l’avenir que nous lui préparons ».

 

A La Rochelle, l’ambiance studieuse a été soulignée, en l’absence des principaux dirigeants. Dans un article paru le 2 septembre dernier sur le blog http://www.rue89.com, Julien Martin s’intéresse au débat interne et à la possibilité de rapprochement entre les deux lignes politiques au sein du PS, que sont la ligne social-démocrate et la ligne de gauche. Voici ce qu’il écrivait :

 

« La social-démocratie toujours en débat au PS »

« Quelle attitude adopter face à l'économie de marché ? A l'université d'été du parti, la question divise toujours les ténors. Il est certainement encore trop tôt, mais aucun début de consensus ne s'est encore dégagé entre la gauche du parti et son courant social-démocrate, dimanche, jour de clôture de l'université d'été du PS.

L'opposition avait déjà ressurgi au cours de la dernière campagne présidentielle, Dominique Strauss-Kahn polarisant sur sa personne les critiques des défenseurs d'une économie davantage contrôlée. Prônant une économie sociale des marchés, DSK se voyait reprocher une trop grande adhésion aux mécanismes de la libre concurrence.

Si les attaques se sont révélées feutrées à La Rochelle, chacun des deux camps a affirmé que le PS ne pouvait envisager l'avenir sans tendre dans leur direction. Strauss-Kahn absent pour cause de course à la direction du Fonds monétaire international, Michel Rocard a repris le rôle de porte-drapeau de la social-démocratie, appelée "rocardisme" lorsqu'il était Premier ministre de 1988 à 1991.

Aujourd'hui, il dit voir de nouveau "une vaste progression militante" vers le social-libéralisme. Progression qui, espère Rocard, permettra de conjurer "l'incapacité interne" du parti à prendre le pouvoir: Ex-rocardien -"par obligation quand on commence à militer au PS à la fin des années 80"-, Benoît Hamon est désormais présenté comme le chantre de la gauche du parti. Il "ne doute pas qu'on est en économie de marché" et "ne propose pas d'en sortir", mais refuse que des socialistes aillent jusqu'à rejoindre la droite, dans la théorie ou dans la pratique.

Il s'étonne des arguments des sociaux-démocrates français: "Il faudrait s'aligner sur une doctrine qui ne dirige que trois pays [Grande-Bretagne, Espagne et Portugal, ndlr] sur vingt-sept dans l'Union européenne? Et de quelle façon en plus..." Le député européen n'en démord pas, l'unique moyen de reprendre les rênes du pays, face à une droite décomplexée, est d'ancrer le PS à gauche:

Acceptée par tous les socialistes, l'économie de marché fait pourtant toujours débat. Le Premier secrétaire François Hollande a une nouvelle fois tenté de mettre fin à la polémique en conclusion de l'université d'été: "Ce n'est pas le marché qui pose problème aujourd'hui, c'est la mondialisation." Avant de rappeler l'objectif à venir du PS, dessiné durant ces trois jours de "diagnostic pour la rénovation":

"Les socialistes vivent depuis trop longtemps sous une double pression: celle de l'extrême gauche, qui lui fait le procès de la trahison, et celle des bien-pensants, qui voudraient que le parti socialiste abjure ses idées redistributives. On ne mobilise pas sur une contradiction. Il faut donc réaffirmer franchement notre identité. Et sans rien perdre de nos valeurs."

Pour y parvenir avant que le parti ne soit définitivement gangrené par cette "contradiction", trois forums de débats d'idées seront organisés d'ici mi-2008. En préambule du congrès de l'été 2008. François Hollande y passera la main. Les tenants des deux courants ont un an pour tenter d'imposer un leader ».

 

Lors de l’université d’été du MRC, le 8 septembre à Dunkerque (voir www.mrc-france.org), Vincent Peillon a présenté ses idées sur la refondation de la gauche et a souhaité que le Mouvement Républicain et Citoyen s‘y associe. Selon lui, un grand congrès de la refondation doit précéder le congrès du PS, car c’est un nouveau parti que la gauche doit fonder. L’ancien porte-parole de Ségolène Royal a été applaudi mais il s’était bien gardé d’aborder les questions précises, notamment sur la réorientation de l’Europe, qui faisait l’objet d’une autre table ronde.

 

A propos de l’ex-candidate à l’élection présidentielle, les livres de la rentrée l’ont habillée pour l’hiver. L’auteur le plus médiatisé est un certain Lionel Jospin, qui fait dans son livre, « L’impasse », une brillante analyse, souvent pertinente, de la défaite de la gauche en 2007. Je me réfère à ce que j’en ai lu sur www.lemonde.fr le 21 septembre (reprise de l’article paru dans Le Monde 2).

Je ne comprends pas pourquoi cet auteur n’a pas décortiqué avec autant d’acuité visuelle la défaite de 2002, qui avait privé la gauche du second tour. Cela viendra, assurément, comme il lui a fallu du temps pour évoquer son passé trotskiste.

 

Hier, je lisais sur le blog de Xavier Dumoulin, http://sr07.unblog.fr, un article du Monde intitulé « Ségolène Royal n’écarte pas l’idée de diriger le PS ». A priori, je n’y vois pas d’inconvénients, mais à condition qu’elle exprime des idées cohérentes sur ce qu’elle veut faire pour refonder la gauche. Autrement dit, elle doit faire ses preuves.

 

Quant à Laurent Fabius, qui est certainement le plus capable d’exercer de hautes fonctions politiques, il s’est exprimé hier soir sur TF1, plaidant pour une refondation de la gauche sur des « valeurs de gauche » (lu sur www.liberation.fr ce jour).

 

Pour sa part, Jean-Luc Mélenchon essaie de se frayer un chemin en marge du PS et au plus près du PCF, misant sur ce dernier pour servir de base à la création d’un parti de gauche à l’allemande (Lafontaine), le PS étant engagé, selon lui, sans espoir de retour sur la voie du social-libéralisme (comme le SPD).

Son ami François Delapierre, membre du bureau du PS (et animateur de PRS), a écrit un bel article paru dans Le Monde, daté du 25 septembre, et intitulé « Le PS ou l’opposition en gants blancs », dans lequel il classe le PS dans la catégorie des partis démocrates à l’américaine.

 

La question est de savoir si le PS est capable, de gré ou de force (par la force de la politique de la droite, notamment, mais aussi par la volonté de ses militants), de rompre avec sa pente libérale ou social-démocrate, symbolisée par Rocard et Strauss-Kahn, et d’inventer, avec d’autres, un avenir crédible de gauche.

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28 septembre 2007 5 28 /09 /septembre /2007 16:05

Non au néolibéralisme, oui à une nouvelle gauche

 

Les Amis de ReSPUBLICA, qui mettent en ligne chaque semaine sur www.gaucherepublicaine.org le « journal du réseau de la gauche républicaine, laïque, écologique et sociale », ont fait un choix récemment entre deux orientations républicaines, l’une mettant l’accent sur la laïcité au-delà des clivages politiques, l’autre sur la construction d’une nouvelle gauche, capable de s’opposer au néolibéralisme et de défendre la laïcité.

 

C’est la seconde qui l’a emporté, celle qui met en avant les valeurs républicaines traditionnelles françaises par opposition au néolibéralisme et à la culture anglo-saxonne. Pour ces militants, il ne s’agit pas de négliger la laïcité, mais celle-ci est menacée, en même temps que la République, par la déferlante néolibérale anglo-saxonne.

 

C’est la responsabilité de la nouvelle gauche de promouvoir une République sociale et laïque, novatrice et émancipatrice, respectant la tradition et porteuse de la laïcité, c’est-à-dire, la séparation stricte entre la sphère publique et la sphère privée. Les Amis de ReSPUBLICA souhaitent s’engager dans cette démarche politique et apporter leur contribution.

La Chronique d'Evariste dans le dernier numéro (n° 561) paru le 26 septembre (Lien permanent vers cet article) se présente ainsi, pour l’essentiel :

« Ligne de Respublica : une nouvelle gauche, républicaine et laïque ».

« A l'aube d'une gauche nouvelle, Respublica réaffirme sa ligne héritière d'une tradition républicaine et laïque, ancrée résolument dans les idéaux héritiers de la tradition de la pensée française depuis 1789.

En conséquence de quoi, la lutte contre le néolibéralisme et toutes les politiques qui le soutiennent est une priorité ; comme il est une priorité de mettre en lumière les effets dévastateurs de ce système économique, car seule la mise à nu, l'explication et la compréhension des mécanismes permettent la conscience et l'action politique qui sont des marques indiscutables des citoyens de notre pays.

La défense de la Laïcité passe par le respect de la stricte séparation entre la sphère privée et la sphère publique et sur le fait que nulle loi liberticide ne doit venir s'attaquer ou entraver l'intimité de la pensée, la liberté de conscience et d'expression, le libre usage de son corps.

A cet égard, la distinction entre les différentes formes de laïcité est essentielle. Il n'est pas question pour Respublica d'accepter une laïcité dite « ouverte » ou « libérale », ainsi qu'une vision communautariste de la société. La laïcité permet l'égalité de tous les citoyens devant les lois de la République, ce que la logique communautariste ne reconnaît pas.

De même, la République doit être le garant de la séparation entre sphère privée et sphère publique, car c'est parce que cette séparation existe qu'alors des institutions comme l'école, les hôpitaux et tous les biens communs mis au service des citoyens peuvent fonctionner pour tous, de manière égalitaire, sans avoir à subir dans leur fonctionnement des prises de positions qui relèvent uniquement de la sphère privée (que celle-ci émanent de convictions d'origines religieuses ou d'une autres éthiques de vie).

Sur le plan politique, le bouleversement engendré par le néolibéralisme n'est pas que social et économique, il est fondamentalement culturel et éthique. Avec ce modèle économique dominant déferlent sur nous les valeurs qui l'ont engendré, qui lui sont fondatrices et qui animent les libéraux anglo-saxon : visions de l'individu, de son rapport au monde et à la société.

C'est parce qu'elle remet en cause nos valeurs de vie sur tous ces plans que la morale anglo-saxonne est dangereuse pour notre pays et que le libéralisme détruit notre société et les individus qui la composent. De toute son histoire, l'orientation de la politique française n'a jamais été autant tournée vers une destruction de nos valeurs et l'embrassement des valeurs anglo-saxonnes.

Face à un choc culturel et éthique tel que celui-ci, la simple refonte sur le plan politique et social est une réponse bien trop faible. A cette attaque en règle des valeurs qui sont les nôtres, la réaction de la gauche ne peut faire l'impasse d'une remise en cause de ses valeurs fondatrices et de sa manière d'agir.

Dans ce contexte de réaction face à l'oppression néolibérale, Respublica aura pour soucis de contrer les changements de valeurs opérés, d'en montrer les ressorts et les enjeux, d'opposer à ces valeurs d'autres référents identitaires, porteurs des idées républicaines laïques et sociales de gauche (…).

Dans le cadre d'une reconstruction de la gauche, Respublica militera sur plusieurs plans : Le journal militera pour l'édification d'une pensée où oeuvrent toutes les traditions fondatrices de la gauche française, car seule une telle logique est à même de produire une idéologie capable de pacifier les divergences, de créer une réelle unité d'action, et de ramener les rancunes intestines au rang de parasites rétrogrades.

Respublica entend promouvoir et encourager les idées novatrices sur les plans politiques, économiques, mais aussi culturels et éthiques : usage de nouveaux penseurs non plus comme référents secondaires mais comme véritables piliers fondateurs ; usage de la tradition de la pensée française et des valeurs qui lui sont propres ; prise en considération de l'individu ; féminisme et identité masculine ; égalité des citoyens ; conception de la justice et institutions ; écologie et représentation du monde ; éducations ; rapports à la société ; communication, psychologie et média ; usage personnel du corps et bioéthique.

Dans le cadre de la République sociale et laïque, tout ce qui relève de la pacification du rapport au monde, à autrui et à soi-même, en tant que citoyen, est directement profitable à la société. Aucune société ne perdure là où les valeurs culturelles et éthiques proposées conduisent à des rivalités fratricides, et où le fonctionnement social a pour conséquence le mal être des individus.

C'est pourquoi Respublica défend la laïcité et refuse la logique d'un prétendu « choc des civilisations » qui liguerait un « occident chrétien » contre un « monde islamiste », intégriste par nature. A elle seule, cette doctrine illustre la logique de fond de la culture et de l'éthique anglo-saxonne libérale : obscurantisme et vulgarité de pensée.

La République laïque française s'est élevée non dans les guerres de religions, mais dans sa capacité à opposer le progrès, d'où qu'il vienne, face à l'obscurantisme, la fraternité face à la méfiance, le savoir face à la bêtise, l'effort de pacification face aux esprits belliqueux et craintifs. C'est pourquoi la défense de la République passe inévitablement par l'émancipation du savoir, la défense de la laïcité et la construction de la paix.

La République est une audace, un pari, un grand acte de confiance. Elle repose sur une mise en commun d'efforts, d'énergies, pour que chaque citoyen qui la compose puisse recevoir les fruits de son investissement en paix, en sérénité de vie avec autrui, en assurance qu'il a d'avoir à sa disposition des moyens légaux et respectueux pour bâtir le parcours individuel qu'il aura choisi pour sa vie. La République de 1789 a été un tel souffle précisément parce qu'elle a ouvert la possibilité d'une nouvelle forme de société aux individus.

La Gauche républicaine ne relèvera le défi qui lui est posé qu'à la condition de s'inscrire dans la logique de cette tradition. Aujourd'hui, une guerre culturelle et éthique est engagée entre nos valeurs, porteuses de la République, et les valeurs anglo-saxonnes, porteuses de la vulgarité néolibérale. Entre ces deux systèmes, un seul peut avoir la suprématie en un même lieu. La France de notre époque sera le théâtre de cet affrontement. C'est tout l'enjeu de la nouvelle gauche, et c'est dans ce cadre que s'inscrira la ligne de Respublica ».

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13 septembre 2007 4 13 /09 /septembre /2007 21:30


Une mise en perspective du combat historique de la gauche

Sur son blog http://christinetasin.over-blog.fr le 10 septembre, Christine Tasin a présenté ses réflexions concernant l'intervention de Jean-Pierre Chevènement, la veille, en clôture de l'université d'été du MRC à Dunkerque. J'y ai répondu sous forme de commentaires sur son blog. En voici l'essentiel.

"Pour ma part, je n'ai pas perçu l'intention de faire du MRC une composante (un courant) du PS. L'avenir est ouvert. Le MRC veut contribuer à refonder la gauche sur des bases républicaines. Il appelle à des assises de la gauche pour aller dans ce sens. Mais que va faire le PS ? 
A mon avis, ce sont les évènements (Sarkozy et l'échec de sa politique, à cause de ses contradictions, notamment avec l'Europe, qui provoquera une division de la droite) qui influeront sur les décisions du PS. 

C'est en situation de crise nationale que Chevènement aura un rôle majeur à jouer. Cela peut survenir plus tôt qu'on ne le pense. 
Et il pourrait être l'homme de la situation, une sorte de mi-de Gaulle, mi-Mitterrand, seul capable de rassembler la nation française autour d'un projet de renouveau économique et social, culturel et démocratique, de la République dans le cadre d'une Europe à réorienter. 

J'en déduis que nous devons redoubler d'énergie et d'initiative pour faire vivre la gauche républicaine et sociale sur le terrain, car ce sera la composante décisive de la gauche demain.

La démarche proposée par Chevènement n'est pas de mettre d'accord toute la gauche sur une orientation politique abstraite. C'est d'amener le PS et la gauche à débattre autour d'un projet stratégique alternatif aux politiques néolibérales, qui tienne compte des réalités du monde capitaliste tel qu'il est, et qui soit sur des bases républicaines. 

Cela conduira les partis de gauche à se situer par rapport à ce projet et à choisir d'y aller ou pas, l'objectif étant le plus large rassemblement et l'adhésion des classes populaires au sens large (y compris les couches intermédiaires et supérieures attachées à la justice sociale et au développement économique du pays".

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6 septembre 2007 4 06 /09 /septembre /2007 20:29

 

Repenser complètement le socialisme français

 « Le Nouvel Observateur appelle les internautes à apporter leur contribution à une réflexion pour "reconstruire une gauche qui gagne". C’est le troisième échec successif de la gauche aux élections présidentielles. Au-delà des conséquences politiques directes et des discussions d’état major, il convient de réfléchir sur le fond pour reconstruire une gauche qui gagne. Qui ne cède rien sur sa vocation à garantir les solidarités. Mais qui affronte aussi sans faux fuyant la nouvelle donne de la mondialisation ».   

 

  C’est ce qu’on peut lire sous la plume de Guillaume Malaurie, codirecteur de la rédaction de cet hebdomadaire (voir  http://tempsreel.nouvelobs.com/actualites/politique/20070510.OBS6535/appel_a_contributionsur_la_refondation_de_la_gauche.html)

  Parmi de nombreuses contributions, j’ai retenu celle de Vincent Peillon (parue dans l’hebdo daté du 24 août) pour son contenu mais aussi parce qu’il interviendra samedi après-midi, lors de l’université d’été du MRC, dans la 3ème table ronde animée par Patrick Quinqueton (lire le programme sur le site du MRC www.mrc-france.org  ou de Jean-Pierre Chevènement www.chevenement.fr).

 Je pense que Vincent Peillon est probablement le plus qualifié pour prendre la succession de François Hollande à la tête d’une gauche socialiste et républicaine refondée.

 Voici sa contribution, précédée d’un « chapeau » du Nouvel Observateur. J’invite chacun à la commenter, à faire part de ses réactions à ce texte un peu compliqué qui a besoin d’être explicité sur de nombreux points. Mais il faut accepter de faire des efforts sur un sujet qui en vaut la peine …

 C'est par un retour à sa vraie tradition individualiste et non étatiste que doit s'opérer la refondation intellectuelle du socialisme français. Pour le député européen, ce sont deux dogmatismes - l'un marxiste, l'autre libéral - qu'il faut aujourd'hui rejeter. Avec un objectif à court terme : des assises de la gauche et des progressistes avant même la tenue du congrès du PS prévu au printemps prochain par Vincent Peillon.

Contribution de Vincent Peillon (23 août 2007)

 "Les chemins de nos ruptures"

  « Après sa troisième défaite consécutive à l'élection présidentielle, la gauche française dans sa totalité et le Parti socialiste en particulier vont devoir s'interroger sur les raisons de leurs échecs, et entreprendre enfin une mutation trop longtemps différée. Telle est la tâche qui nous attend si du moins notre objectif est bien de gouverner à nouveau un jour.

 La première question que la gauche française va devoir trancher, c'est d'ailleurs celle de son rapport au pouvoir et à la victoire : voulons-nous vraiment gagner, voulons-nous vraiment gouverner ?
Même si c'est dans un autre contexte, et même si c'est avec d'autres acteurs et d'autres résultats, la présidentielle de 2007 a, par certains aspects, reproduit les mêmes erreurs que celle de 2002 : une campagne plus de critiques que de propositions, plus de rejet que de projet. Comme si la gauche avait intériorisé, malgré les efforts de Ségolène Royal pour investir de nouveaux champs, bousculer certains tabous et être mieux en phase avec les attentes de la société, le fait de ne pouvoir être légitime qu'à partir d'un refus et non d'une adhésion. C'est avec cette disposition qu'il nous faut rompre.

 Cette rupture ne se fera pas de soi. Elle va supposer des révisions courageuses et des audaces certaines dans notre doctrine, en commençant par faire l'analyse juste de la société et de la modernité, en cessant de plaquer du mécanique sur du vivant, en acceptant de construire de nouveaux instruments d'action. Trouver des réponses aux problèmes des Français plutôt que construire des compromis entre nous : c'est le fil d'or.

 La gauche ne peut être seulement le parti de la défense des intérêts acquis et de l'éternelle reproduction du même. Les inégalités entre générations, entre territoires, entre revenus ne sont plus les mêmes aujourd'hui qu'il y a vingt ans. Les familles ne sont plus structurées de la même façon, l'espérance de vie, le rapport à la santé, à la vie et à la mort sont bouleversés. L'école ne s'adresse plus aux mêmes publics et ne rencontre pas les mêmes difficultés : la connaissance, l'information, les loisirs, la consommation se sont transformés.

 Notre insertion dans l'Europe et dans le monde, les ressorts de la croissance et les formes du capitalisme, les structurations géopolitiques et les menaces environnementales ont changé en profondeur. C'est pourquoi la gauche doit accepter de penser et d'agir autrement. C'est d'une ambition intellectuelle renouvelée dont nous avons d'abord besoin.

 Cela supposera que nous ayons enfin le courage de nous affranchir des oripeaux gauchistes et tribuniciens, des «fanfares d'assaut» pour parler comme Jaurès, qui nous encombrent encore. Car ce sont eux qui ont bloqué en grande partie notre capacité à formuler positivement un projet novateur et crédible. Il y en a assez, pour une gauche qui se veut de transformation sociale et d'action, d'être toujours l'otage de ceux qui ne veulent pour rien au monde assumer l'exercice des responsabilités et qui concentrent leurs tirs essentiellement sur elle. A force de trouver la gauche pas assez à gauche, ils ont installé durablement la droite au pouvoir.

 Face à la mise en spectacle permanente du nouveau pouvoir impérial, populiste et oligarchique de Nicolas Sarkozy, disons-le simplement : ce n'est pas capituler que de vouloir gouverner et agir, ce n'est pas honteux que de chercher à comprendre le monde tel qu'il est, ce n'est pas trahir que de vouloir faire tomber le mur de Berlin dans nos têtes ! C'est simplement vouloir donner au socialisme sa part, sa chance et son avenir. C'est exercer sa responsabilité. C'est se donner les moyens de la reconquête politique.

Cette exigence intellectuelle renouvelée pour penser le monde tel qu'il est doit s'assumer comme une exigence de sens et de doctrine, en articulation avec notre histoire. La gauche moderne et populaire que nous devons construire ne sera ni danoise, ni italienne, ni anglaise : elle sera française ou elle ne sera pas.

 La gauche française n'a pas su produire une cohérence idéologique autour de ses valeurs et de sa tradition nationale, pour la raison première qu'elle les méconnaît superbement. Et pour finir, elle s'est laissé voler jusqu'à la République, au moins dans les mots. Le travail, le mérite, l'autorité, l'ordre sont devenus, aux yeux de nos concitoyens, des valeurs de droite.

 On nous fait ainsi porter les affres de théories qui ne sont pas les nôtres : nous croyons au rôle de la puissance publique pour permettre que tous les individus aient leur droit et leur chance, mais nous sommes, comme le disait Jaurès, individualistes et non étatistes.

 La vérité est que cette tradition de la République démocratique et sociale dont nous avons besoin relève d'une amnésie au coeur de notre histoire, une blessure ouverte depuis 1 905, laissant face à face deux dogmatismes, le dogmatisme libéral et le dogmatisme marxiste, et refoulant tout ce qui a constitué le socialisme français dans sa spécificité propre. C'est à cette amnésie que nous devons l'impossibilité d'articuler ensemble nos actes et nos discours et de vivre dans un grand écart permanent entre angélisme et cynisme.

 C'est pourquoi la refondation programmatique devra s'engendrer à partir d'une refondation intellectuelle, et que le long détour de la tradition sera nécessaire, une fois de plus, à l'enfantement de l'avenir. Pour mener une bataille idéologique, mieux vaut disposer d'armes et de munitions !

 S'il est toujours utile d'être ferme sur les principes, sourcilleux sur les valeurs, rigoureux dans les analyses, il est désolant et triste de « s'être progressivement laissé gagner par le sectarisme : sectarisme d'appareils malthusiens et vieillissants, coupés des mouvements et de la diversité de la société, des jeunes, des intellectuels, des syndicats et des associations, des nouvelles luttes et des nouvelles solidarités; sectarisme des courants à l'intérieur des appareils, où chacun regarde l'autre avec défiance, toujours prêt à instruire un procès en trahison, en déviance, en ambition, en impureté à son voisin immédiat.

 Une gauche moderne et conquérante doit rompre avec le sectarisme ! Il faut ouvrir les portes et les fenêtres, il faut imaginer un processus qui transforme en profondeur le Parti socialiste et la gauche française devenus aujourd'hui des machines à produire de la division et de la défaite, il faut changer nos moeurs et apprendre à conjuguer autrement la richesse de notre pluralisme avec l'impératif de notre rassemblement et de notre efficacité.

 François Mitterrand a fait le parti dont il avait besoin pour développer sa stratégie politique et préparer la victoire de 1981. C'était il y a plus de trente ans. Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy ont fait de même. Le fétichisme des statuts, qui prévaut chez nous, n'est qu'une expression de l'impuissance politique qui nous a gagnés.

 La vraie fidélité à l'égard des créateurs, ce n'est jamais la dévotion aux reliques, c'est la capacité de créer à son tour. C'est une des grandes faiblesses de la gauche ne n'avoir pas su unir ses familles dans une cohérence globale et d'avoir voulu sous-traiter à certains des pans entiers de la nouvelle synthèse dont nous avions besoin.

L'effondrement du communisme, la reconnaissance que la préoccupation environnementale doit s'inscrire au coeur de la définition des politiques publiques parce qu'elle est constitutive de l'intérêt général, la nécessité d'opérer une reconquête républicaine comme préalable à toute reconquête sociale, l'acceptation du marché et la recherche de nouvelles solidarités, tout cela doit nous amener à transgresser les frontières d'appareils politiques qui se survivent pour des raisons qui n'ont plus lieu d'être, la défense d'intérêts électoraux particuliers et la fidélité à une histoire révolue.

C'est pourquoi, si nous voulons ouvrir un nouveau cycle politique, des assises de la gauche et des progressistes doivent être lancées avant le congrès du Parti socialiste.

 Les écologistes, les communistes, les démocrates, les radicaux, les citoyens, toutes celles et tous ceux qui dans les syndicats, les associations, veulent construire ensemble une nouvelle gauche française doivent s'y retrouver pour débattre ensemble des orientations qui devront être celles d'une gauche réformiste.

 Le congrès de refondation devra être l'aboutissement de ce processus. Si nous ne faisons pas cela, nous reproduirons les mêmes enfermements, les mêmes malentendus, et nous laisserons la gauche dans l'état où nous la trouvons aujourd'hui, divisée, fragilisée, repliée, méfiante et sans perspective réellement novatrice et mobilisatrice.

 Construire la nouvelle formation politique dont nous avons besoin pour mettre en mouvement la société, produire nos nouvelles fenêtres, gagner et agir dans la durée, cela fait aussi partie du cahier des charges qui doit être le nôtre pour préparer la reconquête politique.

 Je sais que beaucoup de nos amis, à l'extérieur du Parti socialiste, attendent de nous un signe. Je sais aussi qu'il existe une majorité au sein du Parti socialiste pour construire cette nouvelle espérance. Une gauche qui s'assume comme gauche de gouvernement, et cesse de préférer l'impuissance et l'amertume de la défaite à la responsabilité et l'effort de l'action; une gauche qui accepte d'inscrire cette action dans le monde tel qu'il est plutôt que de sans cesse se légitimer par le refus et se construire par des négations; une gauche qui s'invente une nouvelle vie collective, d'autres moeurs, une nouvelle fraternité; une gauche qui, fidèle à ses valeurs de démocratie, de justice sociale et d'internationalisme, en produise les conditions de réalisation concrètes à partir d'une stratégie offensive et en assumant de façon plus ferme et plus vigoureuse, face à la droite, la bataille des valeurs. Voilà les conditions de la reconquête politique. Alors au travail ! ».

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1 août 2007 3 01 /08 /août /2007 13:31

 

Une synthèse entre la République et le socialisme

 

 Hier, j’ai publié sur ce blog le texte de Gilles Candar, intitulé « Jaurès contre Sarkozy ». Dans le même sens, deux autres signataires de l’appel « Gauche Avenir » s’expriment ce jour dans Le Figaro. Paul Quilès, ancien élu PS à l’Assemblée nationale (issu de la circonscription de Jaurès dans le Tarn), et Marie-Noëlle Lienemann, membre PS du Parlement européen, non seulement démarquent Jaurès de Sarkozy, mais présentent avec beaucoup de justesse son message politique.

 Ils regrettent que la récente campagne présidentielle de la gauche n’ait pas permis de valoriser l’apport du grand rassembleur des socialistes français du début du 20ème siècle.

 Pour ma part, je pense que la gauche doit s’inspirer de la démarche et des idées de Jaurès afin de clarifier son fond idéologique et construire le projet qu’elle présentera aux Français.

 Voici le texte publié ce 1er août sur www.lefigaro.fr dans la rubrique « Débats et opinions », onglet « Actualité »et qu’on peut trouver sur le site www.gaucheavenir.org .

 « Jaurès aurait-il voté Sarkozy ? »

 « Jaurès fut indiscutablement l'un des héros de la campagne de 2007. Pas tant en raison des maigres références des socialistes et de leur candidate au grand tribun, mais parce que Nicolas Sarkozy l'appela abondamment en renfort. Ce n'était pas la première fois qu'un candidat de droite s'essayait à cette récupération. François Mitterrand y avait en son temps répondu : « La droite adore les socialistes... quand ils sont étrangers ou morts ! » Mais si, le temps passant, l'oeuvre de Blum et de Jaurès est plus largement saluée, c'est que la plupart des grandes avancées sociales, voire sociétales, sont nées en France de l'action de la gauche et des socialistes. Refuser que nos figures historiques participent du patrimoine commun du pays serait la preuve d'un sectarisme déplacé, mais accepter leur banalisation, l'affaiblissement ou le rangement au musée de leurs idées serait tout aussi inacceptable.

 Jaurès, à partir du projet républicain, n'a cessé d'appeler à son dépassement, pour qu'il embrasse tous les champs de la vie. La citoyenneté ne pouvait pas rester exclue des entreprises, l'égalité exigeait des politiques publiques volontaristes et un engagement contre toutes les injustices sociales, la fraternité condamnait l'exploitation de l'homme par l'homme.

Cette synthèse originale et exigeante entre la vision républicaine et le mouvement ouvrier est la matrice originale du socialisme français. Jaurès était un visionnaire et défendait des valeurs fondamentales et universalistes qui traversent le temps. Elles demeurent d'une profonde modernité et, par certains aspects, d'une totale actualité.

Dès 1888, Jaurès, qui n'est pas encore socialiste, condamne la réaction qui veut « accroître les impôts de consommation qui pèsent partout, à la campagne comme à la ville, sur les pauvres gens ». Et il propose : « Nous voulons remplacer l'impôt foncier par un accroissement des droits qui frappent les successions au-dessus d'un certain chiffre », car « nous pouvons demander quelques sacrifices aux capitaux mobiliers ou immobiliers que les générations se transmettent souvent sans les féconder, sans les légitimer par leur travail propre ». On imagine mal Jaurès votant la réforme fiscale de Nicolas Sarkozy !

 La récidive ? La délinquance ? Des sujets évoqués aussi par les politiques de l'époque, qui dénoncent déjà la fascination pour l'argent facile, la perte des repères en même temps que la surexcitation des peurs. Non seulement Jaurès, mais l'ensemble de la gauche se battent pour une justice plus humaine, qui ne soit pas seulement répressive, mais aussi éducative. À cette époque aussi, il fallait convaincre et ce n'était pas facile, mais Jaurès estimait qu'il fallait parfois savoir « dépenser sa popularité » en allant à contre-courant de l'opinion, de la mode, « ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe ».

 Pas étonnant que, sur tous ces sujets, Nicolas Sarkozy ne cite plus Jaurès ! Et il est bien dommage que la gauche, oublieuse d'elle-même, n'ait pas l'audace de le faire.

 Durant la campagne, la candidate socialiste, au-delà de quelques références convenues à Jaurès et Blum, a préféré vanter fréquemment Prodi et Blair, démobilisant un peu plus l'électorat de gauche. L'appel à la rénovation sonnait et sonne encore souvent comme un hymne au renoncement et à l'abandon des valeurs du socialisme français, à ses racines, à son esprit rebelle, qui ne s'accommode guère de l'ordre dominant.

 Nous pensons, au contraire, que l'avenir est à une gauche décomplexée qui propose des réponses renouvelées tout en ne craignant pas d'assumer son identité. Une gauche qui, selon la méthode jaurésienne, n'oublie jamais la réalité ».

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31 juillet 2007 2 31 /07 /juillet /2007 21:06

 

La gauche peut se reconstruire autour de Jaurès

 Jaurès, le « républicain socialiste », fut la première victime de la guerre. C’est une personnalité hors du commun qui était unitaire pour deux et a fortement contribué à l’unité des socialistes en 1905. Et, pourtant, depuis sa mort, on peut s’étonner que les socialistes se soient si peu référés à sa vie et à ses combats, exemplaires. Il serait temps, enfin, de s’inspirer de Jaurès au moment où il s’agit de rassembler les socialistes et les républicains autour d’un projet de refondation de la gauche.

 

L’initiative de Gilles Candar, historien, jaurèsien, signataire de l’appel « Gauche Avenir » (www.gaucheavenir.org), est opportune. Il signe dans Libération (www.liberation.fr), ce 31 juillet, un texte montrant que Jaurès n’aurait pas approuvé les orientations politiques de Sarkozy, même si celui-ci l’a cité abondamment pendant sa campagne électorale. Voici ce texte.

 « Jaurès contre Sarkozy »

 La politique gouvernementale à la lumière des écrits de cette figure historique de la gauche.

 « La commémoration de l’assassinat de Jaurès, le 31 juillet, prend cette année un relief particulier, en raison des nombreuses invocations, sollicitations et références dont il a été l’objet au cours des récentes campagnes électorales, et en premier lieu de la part du candidat élu président, Nicolas Sarkozy.

 Sans doute peut-on penser qu’il entrait dans cet enthousiasme récent une part de calcul politique, le plaisir et l’intérêt d’élargir sa base et de jeter la confusion chez l’adversaire. Mais pourquoi pas ? C’est un peu la loi du genre, et au fond, si Jaurès devient aussi une référence obligée de la droite, il assure ainsi sa consécration nationale, fait pleinement partie de notre patrimoine commun, et c’est très bien.

 Nous pouvons même espérer que les choses vont aller plus loin encore, et, qu’au-delà des hommages et des cérémonies, chacun prenne un peu de temps pour entendre la voix de Jaurès, être attentif à ce qu’il a cru, voulu et pensé.

 Prenons l’actualité de cet été 2007 : réforme fiscale, loi sur la récidive, réforme des universités.

 Évitons les polémiques faciles, contentons-nous par exemple de feuilleter la collection de La Dépêche, «journal de la démocratie du Midi» comme elle s’appelait si joliment alors.

Le 15 avril 1888, Jaurès, qui est encore loin d’être socialiste - il se définit comme républicain et défend l’action de Gambetta et de Ferry -, s’en prend à la réaction qui veut «accroître les impôts de consommation qui pèsent partout, à la campagne comme à la ville, sur les pauvres gens». Il lui oppose son projet : «Nous voulons remplacer l’impôt foncier par un accroissement des droits qui frappent les successions au-dessus d’un certain chiffre» car «nous pouvons demander quelques sacrifices aux capitaux mobiliers ou immobiliers que les générations se transmettent souvent sans les féconder sans les légitimer par leur travail propre». Sans abuser du parallèle historique, au titre de jeu d’été, ce Jaurès, encore bien modéré, aurait-il voté le projet gouvernemental ?

 L’autonomie des universités ? Un sujet de prédilection pour Jaurès, maître de conférences à la faculté de Toulouse, avant et après son premier mandat de député, et aussi adjoint au maire de Toulouse (1890-1893) chargé de l’instruction publique dans son ensemble, mais en fait d’abord du projet de création d’une université régionale. Jaurès n’a rien d’un centralisateur, et ce défenseur de la «liberté universitaire» (titre d’un article de La Dépêche, 25 juin 1894) va même plus loin que la plupart des républicains de son temps quand il envisage des «expériences» diverses.

 Rappelons-nous aussi qu’il vit dans un temps où même l’enseignement secondaire reste réservé à une infime minorité, mais cela dit, le fond de sa pensée est bien que la République suppose une démocratie, donc des citoyens instruits. Sa préoccupation est d’assurer l’enseignement du peuple : c’était alors la fonction de l’instruction primaire, aujourd’hui le même objectif suppose un accès généralisé aux universités, qui ne soit pas seulement formel, mais substantiel. C’est toujours l’enjeu des débats actuels.

 La récidive ? La délinquance ? Des sujets qui deviennent sans doute des questions politiques au temps de Jaurès, avec déjà la fascination pour l’argent facile, la perte des repères, le rôle des médias dans l’exaltation de «bandits tragiques» [la bande à Bonnot, ndlr] en même temps que la surexcitation des peurs.

 A l’époque, non seulement Jaurès, mais l’ensemble de la gauche se bat pour une justice plus humaine, qui ne soit pas seulement répressive, mais aussi éducative, qui refuse les facilités de l’élimination sociale. Jaurès mena en vain le dernier grand combat parlementaire contre la peine de mort (1908) avant celui que put faire aboutir deux générations plus tard Robert Badinter (1981).

 Ce n’était pas facile, mais le généreux Jaurès professait aussi qu’il fallait parfois savoir «dépenser sa popularité» en allant à contre-courant de l’opinion, de la mode, « ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe» (lycée d’Albi, discours à la jeunesse, 30 juillet 1903). Il citait Hugo («construire des écoles, c’est abattre les murs des prisons») et qualifia un jour le code pénal de «barbare», un mot rare chez lui. Se serait-il reconnu dans le projet de loi défendu par Mme Dati ?

 Bien sûr, le monde a changé. Jaurès ne donne pas de solutions pratiques à tout. Mais il reste une référence, un inspirateur : nous l’avons bien entendu voici quelques semaines. Et il n’est pas inutile de revenir aux valeurs sur lesquelles il s’appuyait. Nos interprétations seront diverses, des discussions probables.

 Mais nous sommes certainement nombreux à espérer qu’une politique de gauche moderne, efficace et résolue puisse continuer à faire entendre et à renforcer l’autorité du message jaurésien. Une initiative comme celle de Gauche Avenir n’a pas d’autre ambition que d’y contribuer ».

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