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  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine à partir, notamment, des idées de Jean-Pierre Chevènement, l'un de ses fondateurs (celui-ci a souhaité s'éloigner du MRC en 2015). Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens (MDC) après les élections de 2002. En février 2019, le MRC a co-fondé la Gauche Républicaine et Socialiste (GRS), en continuant d'exister, au moins jusqu'à son prochain congrès, en décembre 2020.
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6 septembre 2007 4 06 /09 /septembre /2007 20:29

 

Repenser complètement le socialisme français

 « Le Nouvel Observateur appelle les internautes à apporter leur contribution à une réflexion pour "reconstruire une gauche qui gagne". C’est le troisième échec successif de la gauche aux élections présidentielles. Au-delà des conséquences politiques directes et des discussions d’état major, il convient de réfléchir sur le fond pour reconstruire une gauche qui gagne. Qui ne cède rien sur sa vocation à garantir les solidarités. Mais qui affronte aussi sans faux fuyant la nouvelle donne de la mondialisation ».   

 

  C’est ce qu’on peut lire sous la plume de Guillaume Malaurie, codirecteur de la rédaction de cet hebdomadaire (voir  http://tempsreel.nouvelobs.com/actualites/politique/20070510.OBS6535/appel_a_contributionsur_la_refondation_de_la_gauche.html)

  Parmi de nombreuses contributions, j’ai retenu celle de Vincent Peillon (parue dans l’hebdo daté du 24 août) pour son contenu mais aussi parce qu’il interviendra samedi après-midi, lors de l’université d’été du MRC, dans la 3ème table ronde animée par Patrick Quinqueton (lire le programme sur le site du MRC www.mrc-france.org  ou de Jean-Pierre Chevènement www.chevenement.fr).

 Je pense que Vincent Peillon est probablement le plus qualifié pour prendre la succession de François Hollande à la tête d’une gauche socialiste et républicaine refondée.

 Voici sa contribution, précédée d’un « chapeau » du Nouvel Observateur. J’invite chacun à la commenter, à faire part de ses réactions à ce texte un peu compliqué qui a besoin d’être explicité sur de nombreux points. Mais il faut accepter de faire des efforts sur un sujet qui en vaut la peine …

 C'est par un retour à sa vraie tradition individualiste et non étatiste que doit s'opérer la refondation intellectuelle du socialisme français. Pour le député européen, ce sont deux dogmatismes - l'un marxiste, l'autre libéral - qu'il faut aujourd'hui rejeter. Avec un objectif à court terme : des assises de la gauche et des progressistes avant même la tenue du congrès du PS prévu au printemps prochain par Vincent Peillon.

Contribution de Vincent Peillon (23 août 2007)

 "Les chemins de nos ruptures"

  « Après sa troisième défaite consécutive à l'élection présidentielle, la gauche française dans sa totalité et le Parti socialiste en particulier vont devoir s'interroger sur les raisons de leurs échecs, et entreprendre enfin une mutation trop longtemps différée. Telle est la tâche qui nous attend si du moins notre objectif est bien de gouverner à nouveau un jour.

 La première question que la gauche française va devoir trancher, c'est d'ailleurs celle de son rapport au pouvoir et à la victoire : voulons-nous vraiment gagner, voulons-nous vraiment gouverner ?
Même si c'est dans un autre contexte, et même si c'est avec d'autres acteurs et d'autres résultats, la présidentielle de 2007 a, par certains aspects, reproduit les mêmes erreurs que celle de 2002 : une campagne plus de critiques que de propositions, plus de rejet que de projet. Comme si la gauche avait intériorisé, malgré les efforts de Ségolène Royal pour investir de nouveaux champs, bousculer certains tabous et être mieux en phase avec les attentes de la société, le fait de ne pouvoir être légitime qu'à partir d'un refus et non d'une adhésion. C'est avec cette disposition qu'il nous faut rompre.

 Cette rupture ne se fera pas de soi. Elle va supposer des révisions courageuses et des audaces certaines dans notre doctrine, en commençant par faire l'analyse juste de la société et de la modernité, en cessant de plaquer du mécanique sur du vivant, en acceptant de construire de nouveaux instruments d'action. Trouver des réponses aux problèmes des Français plutôt que construire des compromis entre nous : c'est le fil d'or.

 La gauche ne peut être seulement le parti de la défense des intérêts acquis et de l'éternelle reproduction du même. Les inégalités entre générations, entre territoires, entre revenus ne sont plus les mêmes aujourd'hui qu'il y a vingt ans. Les familles ne sont plus structurées de la même façon, l'espérance de vie, le rapport à la santé, à la vie et à la mort sont bouleversés. L'école ne s'adresse plus aux mêmes publics et ne rencontre pas les mêmes difficultés : la connaissance, l'information, les loisirs, la consommation se sont transformés.

 Notre insertion dans l'Europe et dans le monde, les ressorts de la croissance et les formes du capitalisme, les structurations géopolitiques et les menaces environnementales ont changé en profondeur. C'est pourquoi la gauche doit accepter de penser et d'agir autrement. C'est d'une ambition intellectuelle renouvelée dont nous avons d'abord besoin.

 Cela supposera que nous ayons enfin le courage de nous affranchir des oripeaux gauchistes et tribuniciens, des «fanfares d'assaut» pour parler comme Jaurès, qui nous encombrent encore. Car ce sont eux qui ont bloqué en grande partie notre capacité à formuler positivement un projet novateur et crédible. Il y en a assez, pour une gauche qui se veut de transformation sociale et d'action, d'être toujours l'otage de ceux qui ne veulent pour rien au monde assumer l'exercice des responsabilités et qui concentrent leurs tirs essentiellement sur elle. A force de trouver la gauche pas assez à gauche, ils ont installé durablement la droite au pouvoir.

 Face à la mise en spectacle permanente du nouveau pouvoir impérial, populiste et oligarchique de Nicolas Sarkozy, disons-le simplement : ce n'est pas capituler que de vouloir gouverner et agir, ce n'est pas honteux que de chercher à comprendre le monde tel qu'il est, ce n'est pas trahir que de vouloir faire tomber le mur de Berlin dans nos têtes ! C'est simplement vouloir donner au socialisme sa part, sa chance et son avenir. C'est exercer sa responsabilité. C'est se donner les moyens de la reconquête politique.

Cette exigence intellectuelle renouvelée pour penser le monde tel qu'il est doit s'assumer comme une exigence de sens et de doctrine, en articulation avec notre histoire. La gauche moderne et populaire que nous devons construire ne sera ni danoise, ni italienne, ni anglaise : elle sera française ou elle ne sera pas.

 La gauche française n'a pas su produire une cohérence idéologique autour de ses valeurs et de sa tradition nationale, pour la raison première qu'elle les méconnaît superbement. Et pour finir, elle s'est laissé voler jusqu'à la République, au moins dans les mots. Le travail, le mérite, l'autorité, l'ordre sont devenus, aux yeux de nos concitoyens, des valeurs de droite.

 On nous fait ainsi porter les affres de théories qui ne sont pas les nôtres : nous croyons au rôle de la puissance publique pour permettre que tous les individus aient leur droit et leur chance, mais nous sommes, comme le disait Jaurès, individualistes et non étatistes.

 La vérité est que cette tradition de la République démocratique et sociale dont nous avons besoin relève d'une amnésie au coeur de notre histoire, une blessure ouverte depuis 1 905, laissant face à face deux dogmatismes, le dogmatisme libéral et le dogmatisme marxiste, et refoulant tout ce qui a constitué le socialisme français dans sa spécificité propre. C'est à cette amnésie que nous devons l'impossibilité d'articuler ensemble nos actes et nos discours et de vivre dans un grand écart permanent entre angélisme et cynisme.

 C'est pourquoi la refondation programmatique devra s'engendrer à partir d'une refondation intellectuelle, et que le long détour de la tradition sera nécessaire, une fois de plus, à l'enfantement de l'avenir. Pour mener une bataille idéologique, mieux vaut disposer d'armes et de munitions !

 S'il est toujours utile d'être ferme sur les principes, sourcilleux sur les valeurs, rigoureux dans les analyses, il est désolant et triste de « s'être progressivement laissé gagner par le sectarisme : sectarisme d'appareils malthusiens et vieillissants, coupés des mouvements et de la diversité de la société, des jeunes, des intellectuels, des syndicats et des associations, des nouvelles luttes et des nouvelles solidarités; sectarisme des courants à l'intérieur des appareils, où chacun regarde l'autre avec défiance, toujours prêt à instruire un procès en trahison, en déviance, en ambition, en impureté à son voisin immédiat.

 Une gauche moderne et conquérante doit rompre avec le sectarisme ! Il faut ouvrir les portes et les fenêtres, il faut imaginer un processus qui transforme en profondeur le Parti socialiste et la gauche française devenus aujourd'hui des machines à produire de la division et de la défaite, il faut changer nos moeurs et apprendre à conjuguer autrement la richesse de notre pluralisme avec l'impératif de notre rassemblement et de notre efficacité.

 François Mitterrand a fait le parti dont il avait besoin pour développer sa stratégie politique et préparer la victoire de 1981. C'était il y a plus de trente ans. Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy ont fait de même. Le fétichisme des statuts, qui prévaut chez nous, n'est qu'une expression de l'impuissance politique qui nous a gagnés.

 La vraie fidélité à l'égard des créateurs, ce n'est jamais la dévotion aux reliques, c'est la capacité de créer à son tour. C'est une des grandes faiblesses de la gauche ne n'avoir pas su unir ses familles dans une cohérence globale et d'avoir voulu sous-traiter à certains des pans entiers de la nouvelle synthèse dont nous avions besoin.

L'effondrement du communisme, la reconnaissance que la préoccupation environnementale doit s'inscrire au coeur de la définition des politiques publiques parce qu'elle est constitutive de l'intérêt général, la nécessité d'opérer une reconquête républicaine comme préalable à toute reconquête sociale, l'acceptation du marché et la recherche de nouvelles solidarités, tout cela doit nous amener à transgresser les frontières d'appareils politiques qui se survivent pour des raisons qui n'ont plus lieu d'être, la défense d'intérêts électoraux particuliers et la fidélité à une histoire révolue.

C'est pourquoi, si nous voulons ouvrir un nouveau cycle politique, des assises de la gauche et des progressistes doivent être lancées avant le congrès du Parti socialiste.

 Les écologistes, les communistes, les démocrates, les radicaux, les citoyens, toutes celles et tous ceux qui dans les syndicats, les associations, veulent construire ensemble une nouvelle gauche française doivent s'y retrouver pour débattre ensemble des orientations qui devront être celles d'une gauche réformiste.

 Le congrès de refondation devra être l'aboutissement de ce processus. Si nous ne faisons pas cela, nous reproduirons les mêmes enfermements, les mêmes malentendus, et nous laisserons la gauche dans l'état où nous la trouvons aujourd'hui, divisée, fragilisée, repliée, méfiante et sans perspective réellement novatrice et mobilisatrice.

 Construire la nouvelle formation politique dont nous avons besoin pour mettre en mouvement la société, produire nos nouvelles fenêtres, gagner et agir dans la durée, cela fait aussi partie du cahier des charges qui doit être le nôtre pour préparer la reconquête politique.

 Je sais que beaucoup de nos amis, à l'extérieur du Parti socialiste, attendent de nous un signe. Je sais aussi qu'il existe une majorité au sein du Parti socialiste pour construire cette nouvelle espérance. Une gauche qui s'assume comme gauche de gouvernement, et cesse de préférer l'impuissance et l'amertume de la défaite à la responsabilité et l'effort de l'action; une gauche qui accepte d'inscrire cette action dans le monde tel qu'il est plutôt que de sans cesse se légitimer par le refus et se construire par des négations; une gauche qui s'invente une nouvelle vie collective, d'autres moeurs, une nouvelle fraternité; une gauche qui, fidèle à ses valeurs de démocratie, de justice sociale et d'internationalisme, en produise les conditions de réalisation concrètes à partir d'une stratégie offensive et en assumant de façon plus ferme et plus vigoureuse, face à la droite, la bataille des valeurs. Voilà les conditions de la reconquête politique. Alors au travail ! ».

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1 août 2007 3 01 /08 /août /2007 13:31

 

Une synthèse entre la République et le socialisme

 

 Hier, j’ai publié sur ce blog le texte de Gilles Candar, intitulé « Jaurès contre Sarkozy ». Dans le même sens, deux autres signataires de l’appel « Gauche Avenir » s’expriment ce jour dans Le Figaro. Paul Quilès, ancien élu PS à l’Assemblée nationale (issu de la circonscription de Jaurès dans le Tarn), et Marie-Noëlle Lienemann, membre PS du Parlement européen, non seulement démarquent Jaurès de Sarkozy, mais présentent avec beaucoup de justesse son message politique.

 Ils regrettent que la récente campagne présidentielle de la gauche n’ait pas permis de valoriser l’apport du grand rassembleur des socialistes français du début du 20ème siècle.

 Pour ma part, je pense que la gauche doit s’inspirer de la démarche et des idées de Jaurès afin de clarifier son fond idéologique et construire le projet qu’elle présentera aux Français.

 Voici le texte publié ce 1er août sur www.lefigaro.fr dans la rubrique « Débats et opinions », onglet « Actualité »et qu’on peut trouver sur le site www.gaucheavenir.org .

 « Jaurès aurait-il voté Sarkozy ? »

 « Jaurès fut indiscutablement l'un des héros de la campagne de 2007. Pas tant en raison des maigres références des socialistes et de leur candidate au grand tribun, mais parce que Nicolas Sarkozy l'appela abondamment en renfort. Ce n'était pas la première fois qu'un candidat de droite s'essayait à cette récupération. François Mitterrand y avait en son temps répondu : « La droite adore les socialistes... quand ils sont étrangers ou morts ! » Mais si, le temps passant, l'oeuvre de Blum et de Jaurès est plus largement saluée, c'est que la plupart des grandes avancées sociales, voire sociétales, sont nées en France de l'action de la gauche et des socialistes. Refuser que nos figures historiques participent du patrimoine commun du pays serait la preuve d'un sectarisme déplacé, mais accepter leur banalisation, l'affaiblissement ou le rangement au musée de leurs idées serait tout aussi inacceptable.

 Jaurès, à partir du projet républicain, n'a cessé d'appeler à son dépassement, pour qu'il embrasse tous les champs de la vie. La citoyenneté ne pouvait pas rester exclue des entreprises, l'égalité exigeait des politiques publiques volontaristes et un engagement contre toutes les injustices sociales, la fraternité condamnait l'exploitation de l'homme par l'homme.

Cette synthèse originale et exigeante entre la vision républicaine et le mouvement ouvrier est la matrice originale du socialisme français. Jaurès était un visionnaire et défendait des valeurs fondamentales et universalistes qui traversent le temps. Elles demeurent d'une profonde modernité et, par certains aspects, d'une totale actualité.

Dès 1888, Jaurès, qui n'est pas encore socialiste, condamne la réaction qui veut « accroître les impôts de consommation qui pèsent partout, à la campagne comme à la ville, sur les pauvres gens ». Et il propose : « Nous voulons remplacer l'impôt foncier par un accroissement des droits qui frappent les successions au-dessus d'un certain chiffre », car « nous pouvons demander quelques sacrifices aux capitaux mobiliers ou immobiliers que les générations se transmettent souvent sans les féconder, sans les légitimer par leur travail propre ». On imagine mal Jaurès votant la réforme fiscale de Nicolas Sarkozy !

 La récidive ? La délinquance ? Des sujets évoqués aussi par les politiques de l'époque, qui dénoncent déjà la fascination pour l'argent facile, la perte des repères en même temps que la surexcitation des peurs. Non seulement Jaurès, mais l'ensemble de la gauche se battent pour une justice plus humaine, qui ne soit pas seulement répressive, mais aussi éducative. À cette époque aussi, il fallait convaincre et ce n'était pas facile, mais Jaurès estimait qu'il fallait parfois savoir « dépenser sa popularité » en allant à contre-courant de l'opinion, de la mode, « ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe ».

 Pas étonnant que, sur tous ces sujets, Nicolas Sarkozy ne cite plus Jaurès ! Et il est bien dommage que la gauche, oublieuse d'elle-même, n'ait pas l'audace de le faire.

 Durant la campagne, la candidate socialiste, au-delà de quelques références convenues à Jaurès et Blum, a préféré vanter fréquemment Prodi et Blair, démobilisant un peu plus l'électorat de gauche. L'appel à la rénovation sonnait et sonne encore souvent comme un hymne au renoncement et à l'abandon des valeurs du socialisme français, à ses racines, à son esprit rebelle, qui ne s'accommode guère de l'ordre dominant.

 Nous pensons, au contraire, que l'avenir est à une gauche décomplexée qui propose des réponses renouvelées tout en ne craignant pas d'assumer son identité. Une gauche qui, selon la méthode jaurésienne, n'oublie jamais la réalité ».

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31 juillet 2007 2 31 /07 /juillet /2007 21:06

 

La gauche peut se reconstruire autour de Jaurès

 Jaurès, le « républicain socialiste », fut la première victime de la guerre. C’est une personnalité hors du commun qui était unitaire pour deux et a fortement contribué à l’unité des socialistes en 1905. Et, pourtant, depuis sa mort, on peut s’étonner que les socialistes se soient si peu référés à sa vie et à ses combats, exemplaires. Il serait temps, enfin, de s’inspirer de Jaurès au moment où il s’agit de rassembler les socialistes et les républicains autour d’un projet de refondation de la gauche.

 

L’initiative de Gilles Candar, historien, jaurèsien, signataire de l’appel « Gauche Avenir » (www.gaucheavenir.org), est opportune. Il signe dans Libération (www.liberation.fr), ce 31 juillet, un texte montrant que Jaurès n’aurait pas approuvé les orientations politiques de Sarkozy, même si celui-ci l’a cité abondamment pendant sa campagne électorale. Voici ce texte.

 « Jaurès contre Sarkozy »

 La politique gouvernementale à la lumière des écrits de cette figure historique de la gauche.

 « La commémoration de l’assassinat de Jaurès, le 31 juillet, prend cette année un relief particulier, en raison des nombreuses invocations, sollicitations et références dont il a été l’objet au cours des récentes campagnes électorales, et en premier lieu de la part du candidat élu président, Nicolas Sarkozy.

 Sans doute peut-on penser qu’il entrait dans cet enthousiasme récent une part de calcul politique, le plaisir et l’intérêt d’élargir sa base et de jeter la confusion chez l’adversaire. Mais pourquoi pas ? C’est un peu la loi du genre, et au fond, si Jaurès devient aussi une référence obligée de la droite, il assure ainsi sa consécration nationale, fait pleinement partie de notre patrimoine commun, et c’est très bien.

 Nous pouvons même espérer que les choses vont aller plus loin encore, et, qu’au-delà des hommages et des cérémonies, chacun prenne un peu de temps pour entendre la voix de Jaurès, être attentif à ce qu’il a cru, voulu et pensé.

 Prenons l’actualité de cet été 2007 : réforme fiscale, loi sur la récidive, réforme des universités.

 Évitons les polémiques faciles, contentons-nous par exemple de feuilleter la collection de La Dépêche, «journal de la démocratie du Midi» comme elle s’appelait si joliment alors.

Le 15 avril 1888, Jaurès, qui est encore loin d’être socialiste - il se définit comme républicain et défend l’action de Gambetta et de Ferry -, s’en prend à la réaction qui veut «accroître les impôts de consommation qui pèsent partout, à la campagne comme à la ville, sur les pauvres gens». Il lui oppose son projet : «Nous voulons remplacer l’impôt foncier par un accroissement des droits qui frappent les successions au-dessus d’un certain chiffre» car «nous pouvons demander quelques sacrifices aux capitaux mobiliers ou immobiliers que les générations se transmettent souvent sans les féconder sans les légitimer par leur travail propre». Sans abuser du parallèle historique, au titre de jeu d’été, ce Jaurès, encore bien modéré, aurait-il voté le projet gouvernemental ?

 L’autonomie des universités ? Un sujet de prédilection pour Jaurès, maître de conférences à la faculté de Toulouse, avant et après son premier mandat de député, et aussi adjoint au maire de Toulouse (1890-1893) chargé de l’instruction publique dans son ensemble, mais en fait d’abord du projet de création d’une université régionale. Jaurès n’a rien d’un centralisateur, et ce défenseur de la «liberté universitaire» (titre d’un article de La Dépêche, 25 juin 1894) va même plus loin que la plupart des républicains de son temps quand il envisage des «expériences» diverses.

 Rappelons-nous aussi qu’il vit dans un temps où même l’enseignement secondaire reste réservé à une infime minorité, mais cela dit, le fond de sa pensée est bien que la République suppose une démocratie, donc des citoyens instruits. Sa préoccupation est d’assurer l’enseignement du peuple : c’était alors la fonction de l’instruction primaire, aujourd’hui le même objectif suppose un accès généralisé aux universités, qui ne soit pas seulement formel, mais substantiel. C’est toujours l’enjeu des débats actuels.

 La récidive ? La délinquance ? Des sujets qui deviennent sans doute des questions politiques au temps de Jaurès, avec déjà la fascination pour l’argent facile, la perte des repères, le rôle des médias dans l’exaltation de «bandits tragiques» [la bande à Bonnot, ndlr] en même temps que la surexcitation des peurs.

 A l’époque, non seulement Jaurès, mais l’ensemble de la gauche se bat pour une justice plus humaine, qui ne soit pas seulement répressive, mais aussi éducative, qui refuse les facilités de l’élimination sociale. Jaurès mena en vain le dernier grand combat parlementaire contre la peine de mort (1908) avant celui que put faire aboutir deux générations plus tard Robert Badinter (1981).

 Ce n’était pas facile, mais le généreux Jaurès professait aussi qu’il fallait parfois savoir «dépenser sa popularité» en allant à contre-courant de l’opinion, de la mode, « ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe» (lycée d’Albi, discours à la jeunesse, 30 juillet 1903). Il citait Hugo («construire des écoles, c’est abattre les murs des prisons») et qualifia un jour le code pénal de «barbare», un mot rare chez lui. Se serait-il reconnu dans le projet de loi défendu par Mme Dati ?

 Bien sûr, le monde a changé. Jaurès ne donne pas de solutions pratiques à tout. Mais il reste une référence, un inspirateur : nous l’avons bien entendu voici quelques semaines. Et il n’est pas inutile de revenir aux valeurs sur lesquelles il s’appuyait. Nos interprétations seront diverses, des discussions probables.

 Mais nous sommes certainement nombreux à espérer qu’une politique de gauche moderne, efficace et résolue puisse continuer à faire entendre et à renforcer l’autorité du message jaurésien. Une initiative comme celle de Gauche Avenir n’a pas d’autre ambition que d’y contribuer ».

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18 juillet 2007 3 18 /07 /juillet /2007 17:40

 

Citoyens en mouvement !

 Sur son blog, ce 18 juillet, Xavier Dumoulin explique en quoi il est nécessaire d’ancrer davantage l’idée républicaine dans la vie quotidienne par le biais de la citoyenneté.

 Il justifie ce que nous avons amorcé en Mayenne avec l’association CIVIQ (Citoyenneté et Vie Quotidienne) et approuve la démarche que j’ai proposée visant à renforcer l’initiative des militants et des citoyens au sein de la composante républicaine de la gauche que veut être le MRC. Voici son texte, à lire sur http://sr07.unblog.fr, le blog citoyen, socialiste et républicain.

 « Jean Pierre Chevènement affiche avec volontarisme et sérénité sa volonté d'oeuvrer à l'affirmation d'un courant civique républicain. Qui plus et mieux que lui peut incarner cette sensibilité dans le paysage politique français ?

 Le Mouvement Républicain et Citoyen a su capter les meilleurs héritages de la pensée socialiste pour réaliser la synthèse républicaine. Depuis la création du courant Socialisme et République, dans la filiation du CERES, le mouvement traduit cette volonté dans une posture citoyenne concrète.

 Les refus d'un ordre international dominé par les Etats Unis et le combat contre les manifestations guerrières du nouvel impérialisme s'articulent pleinement avec le rejet d'une Europe libérale et l'hégémonie du néolibéralisme en France et dans le monde. C'est qu'à l'âge de la globalisation, faute de penser mondial, on risque le grand écart entre les intentions et l'action. Ne remuons pas le couteau dans les plaies béantes d'un social-libéralisme s'accommodant de tous les désordres internationaux, des remèdes de chiens du FMI en passant par l'accord généralisé dans les commerces et les services de l'OMC sans oublier les reniements de politiques économiques et sociales dictées par une allégeance marquée aux principes néolibéraux (Traité de Maastricht et d'Amsterdam, sommet de Barcelone, etc.). Quoi de plus citoyen dans les actes que cet “internationalisme qui rapproche de la patrie” pour paraphraser Jaurès. Le combat républicain ne s'arrête pas aux portes de la France et ne se limite pas à des formules incantatoires et identitaires gommant les enjeux économiques et sociaux bien concrets pour le monde du travail.

 Le refus d'une conception républicaine de la nation -communauté de citoyens- autorise toutes les perversions : communautarisme, atteintes à la laïcité, recul des politiques d'intégration, liquidation de l'Etat social, tendance à la confiscation de la valeur ajoutée, gouvernance bonapartiste et autres reculs démocratiques. Dans une période de forte érosion des valeurs civiques et de délitement des liens sociaux, notre authentique courant pour une République sociale, parce qu'il sait lier les questions sociale, nationale et internationale, l'économique, le politique et le social, la citoyenneté, le civisme et la solidarité, semble à même de poser dans toute leur plénitude les problématiques et les enjeux politiques du temps présent.

 Je ne reviendrai pas dans ce billet sur toutes les dimensions de cette approche qui repose sur une praxis exigeante. Ces défis républicains ne pourront être relevés sans une capacité décuplée de combattre l'hégémonie culturelle et idéologique du néolibéralisme. Ce combat d'idées suppose une participation et une irruption significative des citoyens dans le débat public. Cette vraie démocratie participative doit  se construire avec “le mouvement d'en bas” à partir d'un socle de valeurs, de principes et de propositions susceptibles de battre en brèche l'hégémonie libérale.

 Au sein du mouvement il y a beaucoup d'énergies disponibles et prêtes à ces combats culturels et politiques de chaque jour. Une vision démocratique du mouvement des idées ne peut s'accommoder d'un carcan bureaucratique. L'heure est à l'initiative citoyenne pour accompagner l'éclosion et l'épanouissement du courant civique républicain, chers aux “amis de Jean Pierre Chevènement”. Aussi je réponds mille fois oui à l'appel de Michel Sorin pour un grand débat citoyen ».

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17 juillet 2007 2 17 /07 /juillet /2007 20:53

 

Les républicains de gauche ont un désir d’avenir

 Avant hier, j’adressais sur ce blog une lettre aux républicains les invitant à se rassembler et à peser sur la future orientation de la gauche. Hier, je commentais l’article du Monde décrivant le MRC après les élections. Ce soir, je souhaite faire part des réponses reçues, qui proviennent toutes de militants MRC. La séquence électorale a laissé des traces. Il y a besoin de débat.

 - François me demande de préparer un texte pour des assises de la gauche républicaine. Il adhère totalement à la démarche que j’avais explicitée ainsi, à son intention, dans un courriel :

 « Je suis persuadé, en effet, que des militants et cadres intermédiaires du MRC doivent prendre une initiative visant à ouvrir, transformer, démocratiser et renforcer le MRC, afin que la composante républicaine et citoyenne puisse peser dans la refondation de la gauche.

 Cette initiative devrait être dirigée vers les militants et citoyens, adhérents ou non du MRC, membres ou non de groupes se référant à la gauche républicaine.

 Les étiquettes politiques actuelles importent peu. Nous allons vers une recomposition complète de la gauche. Le MRC ne peut être un « levain » de cette gauche nouvelle que s’il devient une force citoyenne et militante, dans le but de créer les conditions de la refondation de la gauche ».

- Nadine pense qu’il est urgent de redonner du poids aux militants et réfléchit à une initiative au sein du MRC, peut-être un congrès extraordinaire.

 - Bernard souhaite le redressement du MRC et tient à ce que la gauche refondée se démarque de l’Europe capitaliste libérale.

 - Jacky insiste sur l’importance des services publics dans le projet de la gauche et, aussi, sur la qualité et la simplicité de la communication afin « d’ouvrir les yeux du plus humble de nos concitoyens ».

 - Christine veut que le MRC prenne l’engagement de respecter strictement ses règles de fonctionnement et consulte les militants avant les décisions importantes.

 - Xavier est sensible à la volonté d’associer les citoyens et militants à la démarche d’affirmation de la composante républicaine, ce qui doit être fait en plein accord avec Jean-Pierre Chevènement et Georges Sarre.

Nous avons besoin de JP Chevènement comme lui-même a besoin de nous

Effectivement, et c’est l’évidence, il s’agit d’une initiative qui va dans le sens de ce que vient d’affirmer ce soir Jean-Pierre Chevènement sur son blog, en réponse à l’article du Monde, hier, évoquant son « retrait » de la vie politique.

 « Je ne me suis pas, pour autant, retiré de la vie politique. Au contraire, en me dégageant d'un terrain miné où la conjonction de la droite et du PS belfortain ne m'a laissé et ne me laissait aucune chance d'être élu, j'ai retrouvé une entière liberté de mouvement pour animer au niveau national le courant républicain civique qui manque à la gauche autant qu'à notre pays ».

 Nous devons continuer de réfléchir ensemble à ce que nous pouvons faire pour contribuer, au côté de Jean-Pierre Chevènement, à faire vivre et prospérer cette composante de la gauche qu’est le courant républicain civique.

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16 juillet 2007 1 16 /07 /juillet /2007 18:25

 

Chevènement : « C'est toute la gauche qui est à refaire »

 L’article du Monde, sous la signature de Sylvia Zappi, paru cet après-midi sur www.lemonde.fr, traduit bien la faiblesse du MRC après des élections qui ne lui ont pas été favorables.

Jean-Pierre Chevènement se présente comme un fournisseur d’idées et voit le MRC se transformer en école de cadres, appelée à jouer un rôle dans la perspective de la rénovation de la gauche. La journaliste ne semble pas prendre au sérieux les affirmations optimistes de Georges Sarre, relatives aux effectifs d’élus et d’adhérents MRC.

De la lecture de ce texte, se dégage la pénible impression que ce parti est en fin de vie. Comment peut-on avoir envie d’y militer ? Faut-il mettre en cause l’auteur de l’article, qui semble vouloir communiquer aux lecteurs du Monde sa vision négative du bilan des responsables du MRC ? 

Faut-il en conclure que Jean-Pierre Chevènement et Georges Sarre sont des survivants d’une époque révolue qui a connu son heure de gloire au congrès socialiste d’Epinay-sur-Seine en 1971 puis en 1979 à Metz, et qui n’a plus de capacité à peser sur l’avenir de la gauche et de la France ?

Avais-je raison de lancer hier un appel aux républicains visant à dynamiser la composante républicaine  et citoyenne de la gauche ? J’invite celles et ceux qui m’ont répondu, et aussi les autres, à en parler autour d’eux. On ne peut pas rester inerte dans une telle situation. Mais encore faut-il prendre la bonne initiative !

Voici l’article du Monde, qui paraîtra dans l’édition papier du 17 juillet.  

Laminé par les élections, Jean-Pierre Chevènement se voit désormais en "pourvoyeur d'idées"  

 

Jean-Pierre Chevènement est sorti de la séquence électorale à terre. L'ancien conseiller de Ségolène Royal a été éliminé aux législatives où il se présentait dans le Territoire de Belfort. Il a ensuite annoncé qu'il ne se représentait pas aux municipales en 2008. Et a depuis démissionné de son mandat de maire de Belfort au profit de son adjoint Etienne Butzbach. "J'espère que mon retrait servira de choc à la gauche pour conserver cette ville", explique-t-il. Retrait, le mot est lâché.

 Sur son blog, il rassure ses troupes sur son sort. Il annonce la relance de sa fondation Res publica et l'organisation de cinq colloques au dernier trimestre.

 Même sans mandat, M. Chevènement affirme qu'il sera encore là en "fournisseur d'idées". Il se sent d'ailleurs "tout à fait en forme pour exercer (ses) talents". Au programme de sa rentrée, l'université d'été du Mouvement républicain et citoyen (MRC), les 8 et 9 septembre à Saint-Pol-sur-Mer (Nord), la ville du seul député du parti, Christian Hutin, où il a invité Vincent Peillon, député européen - pour montrer que les ponts ne sont pas coupés avec le PS. Est également prévu un livre, et une nouvelle "bataille", sur le traité simplifié européen. "Sarkozy y a remis l'essentiel du traité constitutionnel européen. Sa seule concession, c'est qu'il ne s'appelle plus Constitution", raille-t-il.

 Il lui reste également le MRC, dont il demeure le président d'honneur. Mais le parti chevénementiste ne sort pas non plus en grande forme de cette année électorale. Malgré un accord avantageux avec le Parti socialiste qui lui avait réservé une dizaine de circonscriptions, il n'a plus qu'un député. Ses ténors ont été éliminés : outre Jean-Pierre Chevènement, Georges Sarre a été battu dans la Creuse et Jean-Luc Laurent n'a pas réussi à passer la barre du premier tour dans le Val-de-Marne face au PCF.

 "ECOLE DE CADRES"

 "Le MRC continue", affirme pourtant Georges Sarre, son secrétaire général. Au sortir des deux campagnes électorales, le petit parti n'a plus de dette mais des finances à sec. N'ayant pu franchir le seuil des 50 candidats dépassant 1 % des suffrages, le MRC ne peut plus prétendre au financement public. Il lui reste le reversement des quelque 837 élus locaux qui lui sont encore fidèles. Et les cotisations des 4 500 adhérents revendiqués, assure M. Sarre qui se targue d'avoir "des équipes militantes qui tiennent la route".

 Jean-Pierre Chevènement demeure plus lucide. Il veut transformer son mouvement en "école de cadres". Le MRC sera présent aux municipales de 2008, précise-t-il, espérant reconduire les accords avec le PS. Mais, pour l'ex-député de Belfort, "c'est plutôt son logiciel qui fait sa force", rappelant que son courant, le Ceres, a été "le plus novateur" dans tous les congrès du PS, dans les années 1970 et 1980. Alors il compte bien s'en servir pour "participer à la rénovation de la gauche".

 Dans ou hors du PS ? "C'est toute la gauche qui est à refaire", sourit M. Chevènement. Georges Sarre botte aussi en touche : "Pour le moment, nous ne sommes pas le cap sur le PS." Pour la suite, le secrétaire général "ne sait pas". Mais il ajoute que "le processus d'Epinay (de fondation du Parti socialiste, en 1971) a pris cinq ans".

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15 juillet 2007 7 15 /07 /juillet /2007 11:09

 

Le MRC doit s’ouvrir à toute la gauche républicaine

 L’enjeu de la période, c’est la refondation de la gauche sur des bases républicaines. Je souhaite que le MRC soit le levain de la pâte socialiste et républicaine. Nos dirigeants ne font pas suffisamment d’efforts pour rassembler la gauche républicaine, peut-être parce que les militants des divers groupes composant la gauche républicaine sont des anciens du CERES, du MDC ou du MRC, qui ont soutenu Chevènement à un moment ou à un autre puis se sont éloignés.

 Pour ma part, je partage l’essentiel des analyses de Jean-Pierre Chevènement depuis le début des années 1970, sans adopter une attitude suiviste (je suis resté au PS entre 1992 et 2001, au lieu de le rejoindre au sein du Mouvement des Citoyens). Le MRC est, à mon avis, beaucoup trop dépendant de son président d’honneur et leader historique. Il serait temps de créer un parti républicain de gauche (ou de la gauche républicaine) en prenant appui sur le MRC et en s’ouvrant sur tous les républicains qui veulent une alternative aux politiques néolibérales en France et en Europe.

 Toutes les organisations de gauche sont à repenser après le double échec de mai-juin 2007, sanctionnant l’immobilisme de la gauche après le 21 avril 2002. J’étais au Congrès du PS à Bourg-en-Bresse en 1983 quand notre courant a refusé de cautionner la « parenthèse libérale ». Nous avons le devoir de refermer celle-ci, après 25 ans d’errements et de mensonges vis-à-vis du peuple.

 La gauche doit se rassembler sur une analyse critique de ce capitalisme financier ou patrimonial qui domine le monde avec l’aide d’amis politiques fidèles comme Sarkozy. C’est ce système qui broie les plus faibles et endort les esprits peu critiques.

 Aux républicains qui écrivent sur d’autres blogs ou qui me lisent sur ce blog, j’ai envie de dire : cessons de nous diviser entre républicains de gauche, tous aussi sincères les uns que les autres. Cherchons à dialoguer, à faire part de nos points communs et de nos divergences, et rassemblons-nous autour de l’idée républicaine dans l’objectif d’en faire un projet politique qui puisse peser dans le projet de la gauche en refondation.

 Michel Sorin – 15 juillet 2007

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11 juillet 2007 3 11 /07 /juillet /2007 14:28

 

Priorité à la transformation de la donne à gauche

 Le Parti socialiste est secoué par des tensions de plus en plus fortes. Ce matin, c’est Jack Lang qui s’en prend à François Hollande et s’éloigne à son tour des instances responsables, après Laurent Fabius et Dominique Strauss-Kahn.

 La conclusion de sa lettre de démission : « Citoyen libre, je servirai mon pays selon les règles de conduite que seule ma conscience me dictera et fort de la confiance populaire qui m'est accordée » (www.liberation.fr).

 Sa décision d’accepter la proposition de Sarkozy (entrer dans la commission qui va préparer la réforme institutionnelle réalisant la présidentialisation du régime) est, donc, prise, semble-t-il.

 « Ce sujet tient à cœur à Jack Lang, agrégé de droit public et auteur de plusieurs livres sur ce thème. Il piaffait d’entrer dans cette commission, dont Nicolas Sarkozy doit détailler la composition et les missions, jeudi, lors d’un discours prévu à Epinal » (selon Renaud Dély www.liberation.fr ce jour).

 Le même Renaud Dély qui écrit, par ailleurs « Y a-t-il une vie après les éléphants ? La gazelle poitevine espère leur survivre, les jeunes lions pensent leur heure venue, mais au premier coup d’œil la savane socialiste a plutôt des airs de désert ».

 De son côté, l’auteur de la formule « les jeunes lions », Arnaud Montebourg, député de Saône-et-Loire, s’exprimait hier dans les colonnes de Libération, répondant aux questions de David Revault d’Allonnes.

 Pourquoi le PS a-t-il autant de mal à résister à l’ouverture de Nicolas Sarkozy ? 

 C’est le symptôme d’un parti qui a excessivement cultivé le goût de l’intérêt plutôt que l’amour des convictions. Mais c’est aussi la preuve de la faiblesse structurelle du pouvoir sarkozien. Organiserait il un mercato généralisé des compétences et des talents s’il était sûr que ses propres forces suffisent à lui assurer le soutien durable de l’opinion publique ?

 Le cas de Dominique Strauss-Kahn, soutenu par la présidence pour la direction du FMI, est gênant pour le PS. 

 C’est un choix personnel. S’il préfère se soustraire à l’effort qu’il nous faudra tous faire pour recréer une offre politique digne de ce nom à gauche, c’est l’expression de sa préférence, qui le prive malheureusement d’action collective et future.

 Et Jack Lang ?

 Jack Lang aurait dû demander un mandat au groupe socialiste. Dès lors qu’il n’a pas choisi de le faire avec nous, il reprend sa liberté. Et nous conservons la nôtre. Il devrait savoir qu’on ne peut faire une réforme institutionnelle sur un coin de table, avec quelques personnalités débauchées pour la circonstance.

 Le parti n’est-il pas plus mal en point que jamais ? 

 La décomposition d’un système bâti il y a trente ans est une évidence. Il faut revenir sur les raisons de la défaite, d’abord liée au retard stratégique accumulé par le parti depuis une dizaine d’années, à l’incapacité d’écouter la société, de traiter les problèmes et de les affronter. L’immobilisme est devenu une loi de gestion politique au PS, qui préfère l’esquive plutôt que le traitement des questions. Il y a aussi un deuxième retard, qui est organisationnel : notre parti a continué à vivre sur un système à fracturations multiples de chapelles, de courants et d’écuries. Il a cultivé la division, plutôt qu’organisé la recherche des convergences. Ces deux facteurs ont participé à l’échec de notre campagne.

 Exonérez-vous totalement la candidate de la défaite ? 

 Les responsabilités sont partagées. En positif, elle a ouvert des portes, déverrouillé un grand nombre de sujets pour l’avenir. En négatif, elle n’a pas su ou pu rassembler et faire travailler les forces disponibles.

 Où en êtes-vous de votre soutien à Ségolène Royal? 

 Je suis un loyal serviteur des causes que je défends. Cependant, les urgences, aujourd’hui, ne sont pas posées en termes de leadership. La priorité, c’est la transformation de la donne politique à gauche, et ce travail prendra un peu de temps.

 De ce point de vue, le calendrier proposé par François Hollande devrait vous satisfaire ? 

 Je ne l’ai pas approuvé, et m’y suis à grand-peine résigné.

 Les socialistes ne semblent pas tout à fait d’accord sur ce que sera leur opposition. La rénovation peut-elle venir du Parlement? 

 Il n’est pas dit que tout serait tombé dans un bocal de formol. La création d’un contre-gouvernement au groupe socialiste conforte notre image de parti de gouvernement, préparant l’alternance. J’ai d’ailleurs invité à la Fête de la Rose de Frangy-en-Bresse plusieurs membres du contre-gouvernement, de toutes sensibilités et trajectoires. C’est une manière d’ouvrir les portes des vieilles chapelles socialistes. On ne peut donc pas dire que tout soit immobile.

 La pratique du pouvoir de Nicolas Sarkozy ne rend-elle pas difficile la tâche de l’opposition ? 

 La dérive institutionnelle dans laquelle le pays est engagé est organisée sans mandat du peuple, seul souverain en la matière. Quand les arbitrages budgétaires ne se font plus à Matignon, quand les conseillers de l’Elysée chaperonnent les ministres sans pouvoirs et quand le gouvernement est transformé en attaché parlementaire du président, ce sont les principes de la responsabilité, fondamentaux en démocratie, qui sont touchés. Ceux qui décident doivent rendre des comptes. Or, c’est de moins en moins le cas. Nous devons réagir et exiger du Président de très importants rééquilibrages qui ne soient pas de façade. On ne pourra pas se contenter de la présidence de la commission des finances.

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10 juillet 2007 2 10 /07 /juillet /2007 15:23

 

Pour une alternative de gauche renouvelée

 Après le constat d’émiettement et d’impuissance de la gauche antilibérale, des responsables de diverses organisations se sont retrouvés le 7 juillet à Paris. A l’origine, un appel lancé dès le 19 juin par une dizaine de personnes : Clémentine AUTAIN (féministe, élue à Paris, app. PCF) ; Eric COQUEREL (président Mars Gauche Républicaine) ; Emmanuelle COSSE (journaliste, ex-présidente d’Act Up) ; Claude DEBONS (ex-coordinateur collectifs du 29 mai) ; François LABROILLE (élu régional IDF Alternative Citoyenne) ; Roger MARTELLI (PCF) ; Marion MAZAURIC (éditrice) ; Claude MICHEL (syndicaliste) ; Christian PICQUET (courant UNIR de la LCR) ; Catherine TRICOT (communiste) ; José TOVAR (syndicaliste).

 On peut lire sur le blog  http://maintenantagauche.org le texte de cet appel. Il est clair que cette initiative s’inspire de l’expérience allemande (nouveau parti de gauche, issu du rapprochement entre les anciens communistes de l’est et des dissidents du SPD à l’ouest). Dans cette optique, le PS ayant fait le choix définitif du social-libéralisme et se préparant à une alliance au centre, il s’agit de construire un nouveau parti à sa gauche qui puisse passer des alliances électorales avec lui afin de gouverner le pays.

 Voici le compte rendu de la réunion du 7 juillet, selon un communiqué de presse diffusé hier.

 « Maintenant, à gauche ! »

 La première rencontre-débat à l’initiative de « Maintenant à gauche » s’est tenue samedi 7 juillet. Malgré la date tardive et la succession des week-ends de réunions à l’issue d’une année militante chargée, environ 150 personnes venues d’une trentaine de départements y ont participé. Des militants de diverses sensibilités politiques étaient présents : communistes unitaires (Catherine Tricot, Pierre Zarka, Roger Martelli), PRS (François Delapierre), Force Militante (Marc Dolez), Alternatifs (Jean Jacques Boislaroussie, Roland Mérieux), Alternative Citoyenne (Claire Villiers, François Labroille), MARS Gauche Républicaine (Eric Coquerel, Pierre Carassus, André Deluchat), courant UNIR de la LCR (Christian Picquet, Francis Sitel, Céline Malaisé, Alain Faradji), Cactus La Gauche (Jean Luc Gonneau), des personnalités (Clémentine Autain, Bernard Defaix, Claude Michel, Claude Debons…). Des responsables communistes, des personnalités diverses, ont fait part de leur intérêt pour la démarche engagée. Ce succès est le signe du besoin largement éprouvé de redresser très vite la tête après la lourde défaite que nous venons d’essuyer.

 Les interventions ont fait apparaître un diagnostic largement partagé, une conscience commune des enjeux aujourd’hui et des exigences qui en découlent en matière de perspective et de stratégie.

 Nous voulons opposer au social-libéralisme et aux alliances au centre tel qu’on les voit se profiler du côté du PS une autre refondation à gauche, s’adressant à toute la gauche.

 L’objectif est celui d’une nouvelle grande force politique de transformation progressiste de la société apte à incarner les valeurs d’émancipation historiquement portées par la gauche, à les enrichir et à les renouveler ; et à constituer une alternative crédible à gauche.

 C’est cela qui marquerait la seule rupture véritable dont la vie politique française a besoin. Cette ambition s’inscrit dans les expériences qui cherchent, dans de nombreux pays, à ouvrir de nouvelles voies à gauche, la dernière en date étant Die Linke en Allemagne

 Notre volonté est de faire en sorte que différentes forces, sensibilités, militants intéressés, réfléchissent et élaborent ensemble sur ces questions. Au terme d’un tel processus des Etats généraux pour une gauche enfin à gauche pourraient être conjointement organisés.

 Dès la rentrée de septembre, nous encourageons partout dans les villes et départements au développement d’initiatives décentralisées concrétisant une telle démarche de rencontres et de dialogues pluralistes. Et, lors de la fête de l’Humanité, cette démarche sera également portée dans les débats.

 Avant la fin du mois d’octobre, nous organiserons un nouveau rendez-vous national pluraliste concrétisant et illustrant le large rassemblement pour une gauche à gauche que nous appelons de nos vœux.

 Dès maintenant, nous devons participer aux résistances nécessaires face à la contre-révolution libérale et conservatrice et à la dérive institutionnelle bonapartiste que met en œuvre Sarkozy. Ces résistances seront d’autant plus cohérentes et déterminées que se construiront en même temps des éléments d’alternative. C’est à cette ambition que nous voulons contribuer.

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9 juillet 2007 1 09 /07 /juillet /2007 13:38

 

Face au néolibéralisme, éviter un double écueil

 Pour la première fois, nous nous sommes rencontrés le 24 juin lors du conseil national du MRC puis nous avons déjeuné ensemble. Xavier m’a fait part de son intention de présenter sur son blog des réflexions (les siennes notamment, mais pas seulement) portant sur la refondation de la gauche.

 C’est ainsi qu’hier, il a publié sur http://sr07.unblog.fr un texte de fond (incluant des références historiques) sur la posture « centriste » qu’à son avis la gauche devrait adopter pour réussir à s’organiser et se rassembler face au néolibéralisme.

 En introduction de mon article paru hier sur la tentation du président des radicaux de gauche, j’évoquais un « centre radical » et un « centre écologiste ». Je dois compléter la série par un « centre social-républicain » dans la filiation de Jean Jaurès…

 Voici ce texte rédigé par Xavier Dumoulin, porte-parole du MRC dans les Landes.

« Une position centriste, radicale et républicaine, par refus des vieilles politiques de chimères ou de renoncements »

 Dans la tradition révolutionnaire, le centrisme n'a pas du tout la même acception que dans le langage politicien usuel. Il signifie une posture intermédiaire, non pas entre la gauche et la droite, mais entre courants de gauche.

 Ainsi Jean Longuet, petit fils de Karl Marx, passé par le guesdisme puis “le jauressisme de gauche”, fut-il qualifié de “centriste”  pour ses positions conciliantes envers l'aspiration à la reconstruction, sous réserves, de l”Internationale - après la faillite de la seconde - en réfutant néanmoins les exigences de Zinoviev et de Lénine au congrès de Tours de 1920.

 Jean Longuet devait finalement se ranger aux raisons d'un Léon Blum que celui-ci exposa dans son discours historique préparé par un mentor du socialisme français : Lucien Herr. Ce discours, “trop connu pour ne pas être méconnu” selon Philippe Corcuff, révèle “une tradition française réformiste révolutionnaire” susceptible de bousculer les idées reçues des militants communistes, trotskyste et /ou altermondialiste. “Les militants socialistes actuels qui croient, selon Philippe Corcuff, que le socialisme français constitue une version vaguement sociale de l'économie de marché n'en seront pas moins perturbés par la radicalité du propos”.

 Dans ces temps présents de nouveaux questionnements de toute la gauche après la victoire idéologique et politique de la droite à la présidentielle de 2007, la position “centriste” originale et originelle  - sur laquelle nous reviendrons plus loin - peut nous éviter un double écueil :

 -  Celui de l'abandon par la gauche de l'essentiel de ses valeurs et principes au prétexte d'un prétendu  caractère indépassable de l'économie de marché dominée par le néolibéralisme. C'est hélas déjà une réalité incontestable avérée par de trop nombreux exemples : la posture du gouvernement Fabius en 1984 dans la lignée de la “parenthèse libérale” augurée par son prédécesseur à Matignon; l'adoption et la mise en oeuvre du “grand marché”,  de “l'acte unique”, des  traités de Maastricht et d'Amsterdam sous les gouvernements Rocard, Bérégovoy et Jospin - ce dernier ayant par ailleurs pulvérisé le record de cessions d'actifs d'entreprises nationales sous  sa législature et appuyé le camp favorable au TCE en 2005 - ; le positionnement actuel prétendument social-démocrate mais parfaitement social-libéral d'un Strauss-Kahn;

 - Celui du refuge dans la tradition séculaire néo-guesdiste - incarnée jadis par Guy Mollet -  du maximalisme verbal par des dirigeants enclins à plus de liberté de parole dans une cure prolongée d'opposition. C'est une tentation d'autant plus forte en cette période qui voit fleurir des critiques acérées sur la conduite d'une campagne présidentielle jugée perdue du fait même d'un discours droitier - c'est notamment la thèse de Claude Bartolone dans son dernier ouvrage, thèse énoncée aussi par une large fraction de dirigeants socialistes à l'instar de Laurent Fabius ou de Jean-Luc Mélenchon - alors même qu'un grand pas avait été franchi par le “ségolisme” sur les questions européenne et républicaine pourtant chères à ces deux contradicteurs, suite à l'accord MRC-PS et compte tenu, également, de la personnalité de la candidate. Chacun sait bien, par ailleurs, que les plus sociaux-libéraux dans la gestion gouvernementale ne sont pas forcément les moins disants en critiques gauchisantes dans l'opposition ! Les courants d'extrême-gauche  demeurent quant à eux totalement étrangers à toute perspective d'exercice du pouvoir et se perdent souvent en conjectures dans d'épuisantes querelles de chapelles, parfaitement ésotériques pour le profane. 

 Pour sortir de ces impasses, la posture « centriste » pourrait se définir comme une ouverture aux réflexions des courants critiques de “la  gauche de gauche” et de  l'altermondialisme tout en assumant pleinement les réalités et évolutions historiques de la gauche.

Inscrite définitivement dans la tradition républicaine du socialisme français - qui porte haut l'exigence démocratique avec la visée laïque et citoyenne - la gauche reste le creuset d'une perspective sociale audacieuse.

 Le néolibéralisme - qui n'est rien d'autre qu'une victoire du capitalisme financier sur le monde du travail -  doit donc être combattu avec détermination et réalisme. Il appartient ainsi aux forces de gauche d'entamer et de contester sa légitimité. Il s'agit d'un engagement concret de soutien et de relais aux luttes des salariés et aux aspirations populaires, en France, en Europe et dans d'autres régions du monde, couplé d'un travail d'analyses, d'échanges et  d'éducation populaire. 

 Une telle perspective - en contrepoint absolu avec la logique du néolibéralisme - suppose l'élaboration collective, en France, d'un  projet politique visant à souder un “front de classes”, d'abord  ancré dans les couches populaires (sans oublier les travailleurs précaires) et trouvant ses appuis dans de larges fractions du salariat, des travailleurs indépendants et des couches intellectuelles.

 C'est le combat pour une nouvelle hégémonie culturelle et idéologique autour des valeurs républicaines et sociales de la gauche française ! C'est une volonté de peser pour une Europe solidaire vraiment européenne, tournée vers le Sud et l'Est, en contrepoids à la mondialisation libérale et à l'unilatéralisme américain.

 La question de la refondation de la gauche se pose dans cette problématique ”centriste” à la recherche de l'ambition du réalisme pour sortir des impasses ; celle d'une gauche de la gauche anti-libérale, cantonnée dans un rôle protestataire et celle d'un républicanisme sans visée affirmée de transformation sociale. 

 D'où notre posture résolument éclectique, fondée sur la critique radicale du néolibéralisme mais profondément ancrée dans les fondamentaux républicains. Rompant avec des réflexes idéologiques pavloviens, ce nouveau ”centrisme” a besoin d'être expliqué pour devenir un nouveau point d'équilibre à gauche entre différentes sensibilités. C'est un défi encore loin d'être relevé !

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