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  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine à partir, notamment, des idées de Jean-Pierre Chevènement, l'un de ses fondateurs (celui-ci a souhaité s'éloigner du MRC en 2015). Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens (MDC) après les élections de 2002. En février 2019, le MRC a co-fondé la Gauche Républicaine et Socialiste (GRS), en continuant d'exister, au moins jusqu'à son prochain congrès, en décembre 2020.
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17 mai 2007 4 17 /05 /mai /2007 18:19

 

Place à la gauche républicaine et socialiste !

La recomposition de la droite se fait sous nos yeux à l’initiative du nouveau président de la République, qui a mijoté son affaire depuis longtemps, plus particulièrement depuis deux ans, après le référendum européen et la fin des gouvernements Raffarin, avec le concours de François Fillon.

 La gauche, de son côté, a commencé sa recomposition avec la candidature de Ségolène Royal à l’élection présidentielle et l’accord conclu le 9 décembre 2006 entre le PS et le MRC.

Après l’échec de Lionel Jospin le 21 avril 2002, le PS aurait dû se reconstruire sur la base d’un projet alternatif aux politiques néo-libérales, dans la perspective de l’après-Chirac. Il ne l’a pas fait et, pire, il a verrouillé le débat, continué sur sa lancée de l’alliance privilégiée avec les Verts et ciblé Jean-Pierre Chevènement comme étant le responsable de la défaite de 2002.

 C’est cet immobilisme obstiné qui a permis à Ségolène Royal de s’imposer comme candidate du PS après avoir contourné celui-ci en s’appuyant sur un réseau de sympathisants, réunis dans les comités « Désirs d’avenir », et sur de bons sondages.

 L’accord entre le PS et le MRC le 9 décembre 2006 a été préparé par quelques responsables de chaque côté, sous l’impulsion de la candidate du PS et du PRG, qui tenait à ce que le MRC et Jean-Pierre Chevènement soient associés très tôt à sa campagne et participent à l’élaboration de son pacte présidentiel.

 Les cent propositions sont dans la continuité du texte de l’accord PS - MRC et s’inspirent à la fois du projet du PS et des débats participatifs de terrain.

L’échec de Ségolène Royal et de l’ensemble de la gauche le 6 mai, la recomposition de la droite sous l’impulsion du nouveau président de la République, ainsi que la percée du candidat Bayrou le 22 avril, imposent à la gauche de se réorganiser en profondeur après avoir choisi dans la clarté une ligne politique et une stratégie de conquête du pouvoir.

En fait, la gauche a perdu l’élection présidentielle parce qu’elle n’a pas fait sa mue suffisamment tôt, mais elle a réussi à mobiliser une partie de l’électorat populaire et à redonner l’espoir aux citoyens. Grâce à l’intuition et à l’énergie de Ségolène Royal, et grâce aussi à la ligne politique du pacte présidentiel.

Les premières réactions négatives de personnalités comme Bernard Tapie ou Bernard Kouchner à l’accord PS - MRC et au pacte présidentiel ont été suivies de l’opposition plus ou moins voyante de nombreuses autres, y compris parmi les dirigeants du PS.

 C’est le signe de la recomposition qui est amorcée et se prolonge depuis le 6 mai par le refus des Verts de signer un accord avec le PS afin de préserver leur liberté, et aussi par les initiatives du président du PRG en direction des amis radicaux, membres de la majorité présidentielle.

 On peut résumer ainsi les principales orientations que la gauche se donnera demain : 

- Construction d’une Europe indépendante et consolidation du modèle social et républicain national,

 - Adoption d’une politique énergétique cohérente et relance d’une croissance écologique, riche en emplois,

 - Nouvelles règles pour le commerce international et priorité à la sécurité alimentaire partout dans le monde.

 Il est fort possible que le PCF décide de rejoindre le nouveau parti de la gauche républicaine et socialiste, piloté par Ségolène Royal avec le soutien de Laurent Fabius et l’appui critique et réservé, voire oppositionnel, de Dominique Strauss-Kahn.

 Il est possible que certains membres du PRG fassent le choix  d’un pôle libéral-radical autour de Bernard Tapie et Jean-Louis Borloo. Mais ils seront minoritaires.

 Il n’est pas impossible que les Verts se partagent entre cette voie républicaine de la gauche et le pôle écolo-démocrate du centre de François Bayrou.

Quant à José Bové, qui anime l’un des courants de la gauche libertaire et anti-néolibérale, et les altermondialistes constructifs, il n’est pas impossible qu’ils puissent nouer des relations constructives avec la gauche.

Il reviendra à chaque organisation et à chaque citoyen de se déterminer sur la base du projet du futur parti de la gauche rassemblée.

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15 mai 2007 2 15 /05 /mai /2007 11:30

 

« Construire une Europe indépendante »

 Chaque jour, on peut lire sur www.liberation.fr des contributions au débat lancé sur l’avenir de la gauche sous le titre « Vers une nouvelle gauche ? ». Ce matin, c’est Sami Naïr qui signe un bon texte, à la fois réaliste et constructif.

 Sami Naïr est un universitaire proche de Jean-Pierre Chevènement. Il était membre du Parlement européen de 1999 à 2004 et est actuellement secrétaire national du MRC.

 Face à la mondialisation et à la nouvelle droite de Nicolas Sarkozy, l'union est la seule solution 

« Il faut oser le dire franchement, l'état de la gauche est aujourd'hui déplorableLe cycle inauguré, il y a trente-six ans, par la fondation du Parti socialiste à Epinay, s'est clos. La bipolarité du monde a disparu. Après la fin de l'URSS, l'influence du Parti communiste est devenue marginale. Le Parti socialiste est paralysé par des conflits internes qui traduisent, en réalité, de graves divergences d'orientation entre les principaux courants ; on aurait pu penser que la succession des défaites qu'il a subie, de 1993 jusqu'à l'échec du référendum sur le traité constitutionnel, allait entraîner une remise à plat du logiciel stratégique du parti. Il n'en a rien été. Le tournant de 1983 n'a été ni critiqué, ni remis en cause, ni pris en charge. La candidature de Ségolène Royal n'a d'ailleurs été si massivement approuvée par les militants que parce qu'elle est apparue comme une solution à côté, pour ne pas dire en dehors, des courants : et c'est pourquoi beaucoup y ont vu, à juste titre, un début de rénovation du Parti socialiste.

 En 1981, la gauche est arrivée au pouvoir. Elle a prétendu mettre en place une stratégie de changement réformiste et démocratique. Pourtant, force est de constater qu'elle s'est inclinée devant le conformisme libéral et qu'elle a été rejetée après chaque expérience de gouvernement. Depuis lors, elle ne peut plus prétendre au monopole du soutien majoritaire des couches populaires. Et même les couches moyennes traditionnellement acquises au PS semblent désormais douter de sa capacité à améliorer leur situation. La gauche est divisée, éparpillée, structurellement affaiblie, alors que les défis sont plus importants que jamais, et qu'ils ne sauraient être résolus avec les recettes des années 70, 80 ou même 90 du siècle dernier.

 Et cela d'autant plus que l'ensemble du champ politique donne l'impression de subir des modifications tectoniques.

 D'une part, avec l'arrivée de la génération représentée par Sarkozy, la droite subit une évolution importante. En gros, on peut dire que le vieux gaullisme, depuis longtemps humilié par l'opportunisme de la droite, ne sert même plus de justificatif politique.

 Sarkozy a opéré une vraie mutation : il a transformé son parti en nouveau parti conservateur, à l'image du néo-conservatisme américain, tant du point de vue de la forme publicitaire de l'action politique que sur le fond, en dévoyant des valeurs républicaines traditionnelles ­- le travail, le mérite, la responsabilité, le besoin de sécurité, l'attachement à l'identité nationale -­ et que la gauche n'aurait pas dû abandonner. C'est bien sûr ce qui explique l'adhésion à son programme de l'électorat d'extrême droite. L'UMP incarne aujourd'hui un parti de droite conservateur à côté d'un Front national affaibli.

 Face à cette évolution, le score engrangé par François Bayrou représente, par-delà l'appoint de la gauche sociale libérale, une autre voie : celle d'une droite néolibérale qui refuse d'être broyée par la machine néo-conservatrice. Il n'est pas sûr, cependant, que cet électorat «centriste» incarne réellement une alternative à la droite sarkozyste.

 La volonté affirmée aujourd'hui par Nicolas Sarkozy de constituer un gouvernement d'ouverture ne doit pas faire illusion : reste le programme du candidat, qu'il faudra bien appliquer s'il veut tenir ses promesses. Que les candidats dits de «gauche» au ralliement ne l'oublient pas...

 A gauche, l'on peut se poser la question : cette élection présidentielle sera-t-elle le détonateur d'un changement en profondeur ?

 La participation politique massive de nos concitoyens semble l'indiquer. Chacun sent bien qu'une profonde recomposition politique est en cours, qui concerne autant notre pays que sa place dans la globalisation actuelle. Celle-ci ne sera pas maîtrisée par des mesures cosmétiques. Naturellement multipolaire, le monde va mal parce qu'une puissance impériale veut en faire son espace de domination unilatérale.

 La catastrophe qui sévit aujourd'hui en Irak montre dramatiquement jusqu'où peuvent aller les méfaits de cette conception des relations internationales. Comment créer un contrepoids positif à la puissance américaine, et cela d'autant plus que la victoire de Sarkozy est partout déjà perçue comme celle de l'ami de Bush ?

 La construction d'une Europe indépendante, dans ce contexte, constitue un défi incontournable. Nous devons donc discuter du projet «Europe», ne pas nous laisser impressionner par ceux qui, sur ce plan, n'ont en fait rien d'autre à proposer qu'un succédané du traité rejeté.

 Il nous faut en réalité construire l'Europe indépendante comme perspective historique et comme projet social : une Europe compétitive, mais aussi et surtout de la croissance, de la politique industrielle, de la recherche, de l'innovation, de l'harmonisation des normes sociales et fiscales, de l'environnement, du social. Une Europe qui prend appui sur un véritable gouvernement économique de la zone euro et qui réforme les statuts de la Banque centrale en y intégrant l'objectif de l'emploi. Une Europe réaliste qui séduit par la preuve de ses actions.

 Sarkozy s'est prononcé pour une préférence communautaire et contre la politique de l'euro fort. Il faudra le juger sur pièces. De même, nous ne pouvons accepter que la compétition commerciale internationale se perpétue sans règles, car nous en connaissons les conséquences dans nos pays : destruction d'emplois, baisse du niveau de vie, éradication des conquêtes sociales acquises si durement durant tout le XXe siècle par les luttes populaires.

 Si les pays émergents ont tout à fait le droit de chercher à se développer ­ et nous devons les y aider ­ il n'est pas supportable que cela se fasse au détriment des normes environnementales et sociales les plus élémentaires. C'est aussi pourquoi nous devons plaider inlassablement, dans les enceintes internationales, pour une concurrence juste et loyale, concomitamment à l'aide au développement.

 En France, les défis sont majeurs, un grand parti de gauche doit les affronter.

 Encore faut-il nous mettre d'accord autant sur l'objectif que sur les modalités à plus long terme de la refondation de la gauche. Nous avons besoin d'un grand rassemblement des gauches, un rassemblement qui crée le moyen d'avancer ensemble, de lutter ensemble, de gagner ensemble. Un rassemblement qui devra réunir les sensibilités socialiste, républicaine, social-démocrate, radicale, environnementale et de tradition communiste.

 Nous avons besoin de ce rassemblement pour créer les conditions sociologiques et culturelles d'une hégémonie durable de la gauche dans les années qui viennent ».

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13 mai 2007 7 13 /05 /mai /2007 11:03

 

A la recherche d’une nouvelle voie républicaine

 Jean-Luc Mélenchon a tiré les enseignements de l’élection présidentielle et conclut à l’urgente nécessité de rassemblement de la gauche, par dépassement de ses diverses structures actuelles. Voici ce qu’il écrit sur son blog www.jean-luc-melenchon.fr le 9 mai et qui se retrouve dans ReSPUBLICA 536 paru le 11 mai dernier Lien permanent vers cet article

 « Le devoir d’audace »

 « Depuis 1978 avec Michel Rocard, dès 20 heures, les soirées de défaites électorales voient surgir de l'horloge socialiste un coucou familier. Il chante la chanson désormais traditionnelle de l'appel à la rénovation et à la conversion sociale-démocrate de la gauche.

 Hier surprenante, l'antienne est aussi obsolète que son objet après trente ans d'usage. On pouvait y réfléchir au siècle dernier. Mais en 2007, comment le navrant naufrage de la social-démocratie européenne, suivant de près celui du communisme d'Etat, pourrait-il encore servir de modèle? Au Royaume-uni ou en Allemagne, seule ou en alliance avec la droite elle démantèle l'Etat social qu'elle avait construit. En Espagne ou en Italie, tranquillement ou dans les combinaisons, les réformes sociétales remplacent les conquêtes sociales. Et je ne dis rien du bilan effrayant de la social-démocratie latino américaine. Ici ou là, bien sûr, passent quelques rayons de lumière.

 Mais la social-démocratie qu'idéalisent d'aucuns, faute d'imagination, n’est pas un avenir utile en France. Nous ne pouvons échapper au devoir de remiser au rayon des archives toutes les formules dorénavant épuisées. La modernité n'est pas un prêt à porter mais une création à accomplir.

 Cette réinvention de la gauche a lieu en ce moment même en Amérique latine, au Brésil, Vénézuéla, Bolivie, Equateur parmi d'autres pays. Evidemment, aucune ne nous fournit de modèle transposable. Mais l'énergie, l'audace et la persévérance qui les ont rendues possibles doivent impérativement nous servir de référence. Elles valent bien mieux que certaines illusions de confort. Comme par exemple de croire que notre nouvelle défaite est seulement affaire de personne ou de style de campagne. Elle sanctionne d'abord l'échec de la gauche - toute la gauche - à entraîner la société. 

Quelle rude leçon nous inflige la droite à ce sujet ! La rupture proposée par Nicolas Sarkozy est le miroir de nos timidités, sa provocante clarté le revers des euphémismes sociaux-démocrates embarrassés dès qu'il s'agit de dénoncer l'accumulation des richesses dans les mains de quelques uns et le système qui rend possible cette spoliation. Le triomphe de Sarkozy est construit sur une victoire culturelle telle qu'à l'heure du choix, en toute bonne foi, la conscience sociale aveuglée par les mirages de l'idéologie dominante, les pauvres votent comme s'ils étaient riches!

 Face à une droite décomplexée, une gauche tout aussi décomplexée doit enfin s'affirmer pour construire une nouvelle conscience citoyenne.

 Assez rasé les murs pour parler du partage de la richesse, pour assumer le rôle de l'Etat stratège dans l'économie, maître du temps long, gardien de l'intérêt général, acteur de première ligne face à l'urgence sociale. Assez de litote pour rejeter la monarchie patronale, affronter la tyrannie de la dictature de l'actionnariat sur l'économie productive.

 Tout tourne autour d'une question : quelle attitude avoir face à la mondialisation libérale, ce nouvel âge du capitalisme? L'adopter : c'est la droite. L'accompagner : c'est l'illusion sociale-démocrate. Faire bifurquer le système au profit de priorités sociales et écologiques : c'est notre devoir d'invention.

 Comment faire? Avec qui? Dans quelle forme d'institution Républicaine en France et en Europe ? Qui oserait dire que nous ne possédons aucune réponse après tant d'années de colloques, de luttes, de forums sociaux et d'expériences sous toutes les latitudes. Ce qui manque c'est le lieu politique de la mise en mots partagée et en programme. C’est la condition pour que les idées deviennent une force matérielle : celle des millions de consciences qui la prendront en charge.

 Nombreux au sein du PS évoquent la création d'un nouveau grand parti progressiste largement ouvert aux forces diffuses de la société civile qui agissent aujourd'hui sans débouché politique. L'autre gauche est ainsi mise au défi. Comme pour la candidature à la présidentielle va-t-elle maintenir sa fragmentation si désespérante et si nuisible à la gauche toute entière ? Alors il faudra admettre que l'avenir de la gauche est dans le parti unique que préfigure le Parti socialiste.

 Au contraire saura-t-elle proposer un dépassement de ses structures ouvrant ainsi un autre choix à gauche ? Celui d’une alternative prête à la conquête des pouvoirs plutôt qu'à l'adjuration, à des alliances plutôt qu’à l'ostracisation de ses voisins et cousins de gauche?

 Comme au lendemain du référendum les délais de réponse ne sont pas infinis. Et la droite ne nous laissera pas de répit ».

 www.jean-luc-melenchon.fr voir tous ses articles

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12 mai 2007 6 12 /05 /mai /2007 17:41

 

La refondation doit être celle de toute la gauche

 Le Conseil national du PS, réuni aujourd’hui, aborde en urgence la question des élections législatives. Le débat sur la refondation a commencé, lancé par Dominique Strauss-Kahn. Sur www.liberation.fr on peut lire ce jour plusieurs articles sur cette question.  

 Dans un entretien avec Paul Quinio, Laurent Fabius appelle le PS « à se moderniser, pas à se droitiser ». Voici sa réponse à l’une des questions.

 DSK estime que l'avenir de la gauche passe par un PS qui s'assume enfin franchement social-démocrate. Qu'en pensez-vous ? 

Laurent Fabius : « Je pense que, face aux nouveaux enjeux ­ la mondialisation financière, l'émergence de la Chine et de l'Inde, le risque de décrochage économique de la France, la précarisation accrue de la société, la confusion fréquente entre solidarité et assistanat, les périls environnementaux ­, il faut un PS modernisé et non pas droitisé. Le capitalisme a changé, il est davantage financier, transversal et transnational. Opposons-lui un socialisme offensif, une gauche décomplexée. Sans complexe à être ancrée à gauche, sans complexe à regarder le monde tel qu'il est pour l'améliorer ».

 De son côté, dans un entretien avec François Wenz-Dumas, Vincent Peillon estime que « le PS aurait dû engager sa refondation dès la défaite de 2002 ». Voici le texte de l’entretien.

  « Il y a une responsabilité collective dans l'échec de Royal »

 « Député européen, Vincent Peillon, 46 ans, a été un des fondateurs du courant NPS (Nouveau parti socialiste). Il a été porte-parole de Ségolène Royal pendant la campagne.

 Quel est l'enjeu du conseil national ? 

 Il y a qu'un seul objectif : se rassembler, tous, et relancer une dynamique pour les législatives. Elle a existé pour la présidentielle : 17 millions de voix, 47 %, ce n'est pas rien ! Il faut qu'elle se poursuive et s'amplifie pour permettre cette fois la victoire.

 N'y aura-t-il pas quelques règlements de comptes ? 

Certains pourraient être tentés de le faire, mais cela n'aurait aucun intérêt. La question n'est pas de chercher qui est responsable de l'échec du 6 mai. Elle est d'engager un travail de refondation en profondeur, de manière intransigeante et dans la durée. Il aurait déjà dû l'être après le 21 avril 2002. Cela n'a pas été fait. Aujourd'hui, c'est la troisième fois que le Parti socialiste subit un échec à la présidentielle. Est-ce que le PS est condamné à devenir un parti de protestation ? Ou est-ce qu'il est capable de s'assumer comme parti de gouvernement ? Nous devons poursuivre la reconquête des couches populaires et nous moderniser. Et cette refondation doit être celle de toute la gauche. Elle marquera la fin d'un cycle, entamé avec le congrès d'Epinay en 1971 et qui a permis en 1981 l'élection de François Mitterrand. Une nouvelle période doit s'ouvrir.

 Refonder seulement la gauche ? Cela risque d'être insuffisant pour revenir au pouvoir... 

Il ne faut pas réduire la gauche aux 37 % totalisés par la candidate socialiste et l'extrême gauche au premier tour. Il faut créer une gauche moderne et populaire capable d'élargir cette assise en s'adressant à tous ceux qui veulent concilier la conviction républicaine, le progrès social et l'ambition internationaliste.

 Ne devez-vous pas envisager une ouverture plus large, vers le centre ? 

 Qu'appelle-t-on le centre ? Si c'est le centre droit, il n'y a aucune ambiguïté : il a déjà rejoint la majorité de Nicolas Sarkozy. Si c'est le centre version François Bayrou, c'est autre chose. Il vient de la droite et il veut s'en émanciper mais, pour l'instant, il n'est ni à gauche ni à droite. Ce sera à lui de se déterminer en cohérence. Nous avons trois tâches à mener : d'abord, sortir des positions mi-chèvre mi-chou, et bâtir une nouvelle offre politique, en phase avec la société, courageuse et claire.

 Ensuite se pose la question de nouvelles formes d'organisation. Avec la campagne de Ségolène Royal, nous avons doublé le nombre d'adhérents. Quelles nouvelles façons de militer peut-on leur proposer ? Comment permettre à notre formation d'être utile à la victoire et non un empêchement ?

 La troisième question est celle de la stratégie politique. Il ne s'agit pas de se replier sur les 37 % de la gauche et de l'extrême gauche au premier tour ou de rêver à une alliance avec le centre mais de se demander pourquoi autant d'électeurs socialistes ont voté Bayrou et de recréer une dynamique de progrès en capacité d'être majoritaire demain.

 Pourquoi cette refondation n'a-t-elle pas été entreprise au lendemain du 21 avril 2002 ? Six années ont été perdues : il y a bien un responsable . N'est pas au premier secrétaire, François Hollande, que cela incombait ? 

 Certainement, mais il y a une responsabilité collective. Même le NPS, qui a souhaité accomplir ce travail dès 2002, a sa part de responsabilité, puisqu'il a échoué à convaincre la majorité du PS de la nécessité de ce travail en profondeur. Mais l'essentiel est maintenant de se tourner vers l'avenir. J'appelle à dépasser toutes les querelles du passé et à décloisonner le Parti socialiste, au-dedans comme au-dehors. J'appelle à s'engager résolument dans l'avenir.

 François Bayrou ne risque-t-il pas de séduire les militants proches de Strauss-Kahn ou ceux qui rêvent d'un socialisme façon Blair ? Chez les Verts, quelqu'un comme Jean-Luc Bennahmias a déjà sauté le pas. 

 On ne tire pas les mêmes conclusions quand on milite dans un parti dont la candidate recueille 1,5 % ou 26 % des voix. La démarche de Dominique Strauss-Kahn n'est pas de quitter le Parti socialiste mais bien de le transformer. Et ce qui est intéressant, c'est qu'aujourd'hui tout le monde semble vouloir la même chose. En voilà une bonne nouvelle ! Mener cette refondation en profondeur est d'autant plus urgent que nous avons en face de nous une droite dure, qui a déjà fait sa mue et contre laquelle la bataille doit être sans concession, mais sans amateurisme non plus ».

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12 mai 2007 6 12 /05 /mai /2007 15:15

 

La gauche doit clarifier son rapport au réel

 Cette fois-ci, le PS ne peut plus échapper à la remise en question de ce qu’il est devenu, 25 ans après avoir accepté d’ouvrir « la parenthèse libérale », selon le mot de Lionel Jospin, et 5 ans après avoir refusé toute réflexion critique sur la période gouvernementale 1997 - 2002. Les déclarations des dirigeants vont dans le sens d’une remise à plat après les élections législatives.

 Voici le point de vue de Guillaume Bachelay, membre du conseil national du PS et maire adjoint de Cléon (76), présenté sur www.lefigaro.fr  aujourd’hui.

 « La face cachée du socialisme »

 «Rénovation », « re- construction », « re- fondation » : au parti socialiste, depuis la défaite, chacun s'imagine en architecte. Mais pour l'heure, des archéologues seraient plus utiles pour comprendre l'origine de nos désillusions.

 Qu'il faille un leader rassembleur et sérieux, c'est entendu. Que le PS soit plus qu'une belle machine électorale, c'est souhaitable. Qu'il doive occuper tout le champ de la gauche depuis les antilibéraux jusqu'aux sociaux-démocrates, sans être l'otage des gauchistes ni la béquille des centristes, c'est recommandé. Reste le hic principal : pourquoi peine-t-il à accéder aux responsabilités depuis qu'on l'a vu à l'oeuvre ? 

François Mitterrand avait mis fin à la malédiction qui condamnait son camp à briller dans l'opposition ou à gouverner par éclipses. Un an en 1924 avec le Cartel, à peine plus avec le Front populaire, trois fois cinq ans depuis 1981 : dans la capacité à durer, la tendance est à la hausse. Peut-on en dire autant de la volonté de transformer la société ? 

La vérité, c'est que, depuis le tournant de 1983, chaque socialiste est un contorsionniste. Que nous ayons ou non vécu les deux ans qui l'ont précédé, nous ne nous sommes jamais remis du tournis de l'alternance : le vent chaud du changement, l'eau tiède de la pause, au final la douche froide de la rigueur.

 Les avancées les plus durables du double septennat mitterrandien furent réalisées au cours des dix-huit premiers mois. Après, la gauche changea de braquet. Il faut dire que ses adversaires avaient spéculé contre la monnaie et que le FMI menaçait d'intervenir... De guerre lasse et la tête basse, la France rejoignit alors le club des nations converties au libéralisme, renonçant à l'État producteur, célébrant l'initiative privée, pratiquant la rigueur salariale et la baisse des prélèvements. On sauva le gouvernement, pas le changement.

 

Bien sûr, pas question de tenir le langage abrupt de l'adaptation ! Ainsi naquirent « la parenthèse de la rigueur », « la société d'économie mixte » puis le « ni-ni ». Plus tard, on parla d'« ouvertures de capital » pour ne pas dire privatisations. Certes, bazarder des décennies de luttes et hypothéquer les réformes sociales sur l'autel de « la rupture avec le capitalisme » était un choix périlleux. Encore aurait-il fallu en débattre collectivement, en mesurer les effets réellement et assumer publiquement.

 Mais c'est l'Europe - le maintien dans le SME - qui servit de véritable rideau de fumée pour cacher l'ampleur du revirement. Puisque la France était devenue trop petite pour le socialisme, l'Europe lui servirait d'horizon. Celle-ci serait l'Hexagone en plus grand ; et l'euro, notre franc en plus fort. Jusqu'à Maastricht, les Français qui avaient le coeur à gauche vécurent positivement cette projection et crurent sincèrement que l'Europe allait permettre de préserver notre modèle social. L'ennui, c'est que, loin de stopper la sainte trinité - libéralisation-dérégulation-précarisation -, l'Union européenne l'accéléra. Lors du référendum sur la Constitution en 2005, c'est par la gauche que le non l'emporta. Heureusement, certains l'avaient anticipé et ne l'ont pas oublié depuis.

 La politique n'infléchissait plus la logique économique, l'État ne pouvait pas tout et la République ne servait plus à grand-chose ? Qu'à cela ne tienne, le PS changea de terrain. Ses propositions se firent de plus en plus sociétales et morales. Récemment, on y ajouta même une dose de régional et une ration de familial.

 Résultat : les catégories populaires et les couches moyennes déclassées ont déserté la gauche.

 On l'a vu le 21 avril 2002. Rebelote en 2007 : au premier tour, le duo Sarkozy-Le Pen a recueilli deux fois plus de suffrages des ouvriers et des employés que Ségolène Royal. Pendant que les inclus des grandes villes, la bourgeoisie d'artistes branchouilles, une partie de la jeunesse et les minorités sont devenus notre base sociale, Sarkozy fait un carton chez les salariés du périurbain et dans le monde rural en parlant travail, pouvoir d'achat, lutte contre les délocalisations et Europe qui protège.

La leçon de cette histoire, c'est que la gauche doit clarifier son rapport au réel. La mondialisation est un fait dont il faut corriger les effets. Le problème, pour un socialiste, commence quand cette contrainte ne lui apparaît plus comme une donnée extérieure à laquelle il peut opposer une politique, mais comme l'intériorisation de l'impossibilité d'agir. C'est alors que le gestionnaire tue le réformiste, que la droite consume la gauche et que les dégelées succèdent aux déroutes. Et si on parlait enfin de tout cela au PS ? 

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9 mai 2007 3 09 /05 /mai /2007 16:30

 

Changer en profondeur face à la mutation capitaliste

 L’élection présidentielle a mis en évidence le besoin de clarifier la stratégie du principal parti de la gauche, créé lors du congrès d’Epinay-sur-Seine en 1971 par François Mitterrand, Jean-Pierre Chevènement, Pierre Mauroy et Gaston Defferre, notamment.

 La dynamique d’Epinay n’existe plus depuis longtemps. Tout a changé en France et dans le monde. Les politiques néo-libérales se sont imposées progressivement dans le monde capitaliste à partir des années 1980 (Thatcher, Reagan) au moment où la gauche accédait enfin au pouvoir le 10 mai 1981. Trop tard ! Le projet économique de la gauche était incompatible avec le néo-libéralisme ambiant et Mitterrand optait en 1983 pour l’Europe et l’alignement sur les forces économiques dominantes.

 La mutation du capitalisme continue. La droite gaullienne a fini par céder et s’aligner sur la volonté du MEDEF. Sarkozy est arrivé dans les fourgons des maîtres de la puissance financière. Désormais, comme c’était le cas en Italie avec Berlusconi, l’Etat en France est entre les mains d’un homme politique parvenu au sommet en étant catapulté directement par les grands dirigeants de l’économie capitaliste.

 La démocratie est en question à partir du moment où il n’y a pas de contre-pouvoir. Il est significatif que des organes de presse comme Le Monde, prudemment, et Libération, plus nettement, aient pris position pour Ségolène Royal au second tour de l’élection présidentielle. Sans négliger leurs intérêts d’entreprise, j’y vois une volonté de rééquilibrer la démocratie en donnant la parole à la gauche et en l’incitant à se réorganiser efficacement.

 Hier, c’était Libération qui présentait un éventail des idées des personnalités du PS et au-delà (voir l’article de Chevènement paru hier sur ce blog) pour refonder le PS et la gauche. Aujourd’hui, c’est Le Monde, daté du 9 mai, qui publie une réflexion de Henri Weber, membre du Parlement européen et secrétaire national du PS, proche de Laurent Fabius.

 Parti socialiste : quelle refondation ? 

« Le résultat de l'élection présidentielle impose sans doute au Parti socialiste de repenser sa stratégie d'alliance. Mais, plus encore, il lui impose de se transformer lui-même. 

 

Les partis de la "gauche radicale" et les Verts pèsent davantage que les scores lilliputiens qu'ils ont obtenus le 22 avril ; ils n'en traversent pas moins une crise profonde et durable. Le "mouvement démocrate" de François Bayrou se heurtera à l'"UDF maintenue", alliée à l'UMP au sein de la majorité présidentielle et au gouvernement. Il pâtira du scrutin majoritaire à deux tours, propre à nos institutions, qui lamine le centre et pousse à la bipolarisation gauche-droite.

 Nous saurons le 17 juin ce que pèse réellement le nouveau parti de François Bayrou. Tout indique qu'il ne sera pas le parti central, pivot de toutes les recompositions, dont rêve son fondateur, mais bel et bien une force d'appoint. En tout état de cause, si la gauche s'ouvre aux électeurs du centre, ce ne saurait être sur la base du programme économique et social qu'a défendu François Bayrou au cours de l'élection présidentielle.

 Reprenant le mot d'Eduard Bernstein (1850-1932, figure de la social-démocratie allemande qui prônait une "révision" du marxisme dans un sens réformiste), beaucoup exhortent le Parti socialiste à "oser enfin paraître ce qu'il est", comme si le PS ne s'assumait pas depuis longtemps comme un parti réformiste, rallié à la démocratie et à l'économie sociale de marché. Oserai-je soutenir que le problème principal du PS n'est malheureusement pas là, et qu'il est autrement plus ardu ? Plus que d'oser "paraître ce qu'il est", le PS doit oser enfin devenir ce qu'il n'est pas : un grand parti socialiste moderne, capable de recueillir par ses propres forces au moins 35 % des suffrages aux élections décisives, comme y parviennent la plupart de ses homologues en Europe. Il n'y a aucune fatalité qui condamne le PS français à osciller autour de 25 % des suffrages. C'est le cas du PSOE espagnol (42,6 %, le 14 mars 2004), du SPD allemand (34,3 %, le 18 septembre 2005), du SPO autrichien (35,7 %, le 1er octobre 2006), du SAP suédois (35,2 %, le 17 septembre 2006), du Parti travailliste norvégien (32,7 % le 12 septembre 2005), du Labour Party britannique (35,2 %, le 5 mai 2005).

 Le Parti socialiste fut longtemps et reste encore un "parti d'élus entourés d'aspirants à l'élection", une machine électorale. Ses liens avec les syndicats et les grandes associations populaires sont traditionnellement lâches et se sont distendus encore. Sa capacité à agir sur l'opinion publique est faible, son aptitude à mobiliser et à organiser ses bases sociales est plus faible encore. Sa force principale réside dans son dense réseau d'élus locaux et nationaux.

 Longtemps, ce fut le Parti communiste qui assumait les grandes fonctions qui incombent au parti dominant de la gauche dans nos démocraties salariales. La marginalisation irréversible de ce dernier assigne au PS la responsabilité d'occuper tout le champ de la gauche et d'assumer lui-même pleinement les fonctions de lutte idéologique, d'élaboration programmatique, de direction stratégique et d'association des citoyens aux décisions qui les concernent, nécessaires au bon fonctionnement de notre démocratie.

 Pour la première fois depuis 1936, la mutation du PS, d'un parti d'élus de 120 000 adhérents à un authentique parti de masse, assumant toutes les grandes fonctions d'un parti réformiste moderne, est possible. Les socialistes sont-ils décidés à fournir l'effort nécessaire pour accomplir ce qui est bien plus qu'une simple rénovation ? Ou bien vont-ils chercher dans une illusoire "alliance au centre" le substitut à ce formidable effort sur eux-mêmes ? Telle est la question, au lendemain de cette défaite du 6 mai. Le PS doit intégrer les dizaines de milliers de nouveaux adhérents venus à lui à l'occasion de l'élection présidentielle et, pour cela, se doter de structures d'accueil efficaces : "sections locales à taille humaine", commissions thématiques, organismes associés. Il doit associer ses adhérents et ses sympathisants à l'élaboration de ses propositions, rajeunir, féminiser, différencier son corps militant. Etablir des liens étroits, à tous les niveaux, avec les syndicats de salariés et les associations progressistes.

 Il doit perfectionner et systématiser le recours à l'Internet, pour sa communication, sa formation interne, son action politique et idéologique. Il doit pérenniser la pratique de la démocratie participative, expérimentée sur grande échelle dans la première phase de la campagne présidentielle. Sur le plan idéologique, le Parti socialiste doit assumer pleinement et fièrement son réformisme et mener, mieux qu'il ne l'a fait, la bataille contre "la pensée unique", conservatrice et libérale.

 Les batailles politiques se gagnent d'abord dans les têtes, sur le terrain des valeurs et des idées, Nicolas Sarkozy vient d'en faire la démonstration. Le PS doit proposer aux salariés une représentation de la société et de son évolution qui leur permette de comprendre le monde nouveau dans lequel nous sommes entrés et d'y agir. Il doit élaborer des réponses plus convaincantes que celles qu'il a proposées au cours de la campagne présidentielle sur la reconquête du plein-emploi, la réforme des retraites, la préservation de notre système de santé, la maîtrise de la mondialisation...

 Sa refondation doit être à la fois idéologique, programmatique et organisationnelle. Principal parti de gauche, le Parti socialiste doit se sentir responsable de l'évolution de toutes ses familles et travailler à les rassembler. Il doit s'efforcer de gagner à sa lutte contre la politique de régression sociale de Nicolas Sarkozy les démocrates sociaux qui se reconnaissent dans le "centre". Mais sur une plate-forme politique compatible avec son projet de société solidaire et d'approfondissement de notre démocratie. Mieux il réussira sa propre mutation, mieux il parviendra à rassembler toutes les forces de progrès ».

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8 mai 2007 2 08 /05 /mai /2007 16:55

 

La victoire de Sarkozy est potentiellement explosive

Dans sa chronique, Evariste analyse le scrutin présidentiel, soulignant d’abord le rôle joué par Henri Guaino auprès du candidat de la droite, puis montrant comment celui-ci avait su capter les suffrages de l’électorat populaire en mettant en cause les dérives d’une culture issue du mouvement de mai 1968. Il décrit les responsabilités du PS et de la gauche antilibérale dans le succès de Sarkozy, observant que le mouvement social n’est pas défait et va exercer une grande vigilance. Sa conclusion est plutôt optimiste.

 Ce texte est à lire dans le n° 535, paru ce jour, du journal des amis de ReSPUBLICA Lien permanent vers cet article  

 « Henri Guaino fait gagner son second président en douze ans »

Les conditions de la victoire de Sarkozy sont certes différentes de celles de Chirac, en 1995. Quand, il y a douze ans, Guaino a commencé à écrire sur la fracture sociale, la situation du maire de Paris était désespérée, et il faisait l’objet des sarcasmes de l’ensemble du monde politico-médiatique. Mais cet animal politique a compris qu’il fallait la jouer « à gauche toutes », pour rétablir la situation, et a finalement réussi à gagner. Il ne mettra pas plus de six mois à renier tout ce qu’il a dit, et imposer, par Juppé, une taxation de plus de 100 milliards de francs sur les familles.

 Une telle escroquerie fera que, en décembre, quand les fonctionnaires, derrière les cheminots, entameront une épreuve de forces avec le gouvernement, toute la population sera derrière eux, ce qui ne sera pas le cas en 2003, lors de la grève sur les retraites.

 L’attelage Guaino-Sarkozy a une autre histoire. Il y a un an, Sarkozy avait trop de handicaps pour pouvoir gagner. Il était considéré comme atlantiste, communautariste, ultra-libéral, pour la discrimination positive sur des bases ethniques, et anti-laïque. Il avait commis l’erreur de dire qu’il aimait le modèle anglo-saxon, et qu’il se sentait souvent « comme un étranger dans son propre pays ».

 Ses conseillers lui ont dit qu’on ne pouvait pas remporter une présidentielle avec un tel programme. Notre collaboratrice Marie Perret explique fort bien (lire Respublica 532) comment Sarkozy, qui sait remarquablement sentir l’état de l’opinion, contacta alors Henri Guaino, qui lui écrivit des discours sur l’amour du travail, de la République, de la Nation, Jaurès et Blum, de la France qui se lève tôt, etc. Il saura rectifier le tir sur la laïcité, et tenir un discours sur le besoin d’ordre et d’autorité assez proche de celui du Front national.

 Résultat : beaucoup d’électeurs frontistes votèrent utile dès le premier tour, plaçant Sarkozy en position de grand favori au soir du 22 avril, et mettant le FN sur le recul. Sarkozy a su capter le vote des classes populaires, car il a également attaqué sans complexe le discours post-soixante-huit dont la majorité du peuple ne veut plus.

 Il convient d’être clair, mai 1968 fut une magnifique grève générale, avec des conquêtes sociales, un moment d’émancipation de la jeunesse face à l’ordre moral, un combat féministe contre le patriarcat, une révolte de toute la société pour davantage de liberté. Une chape de plomb étouffante s’est soulevée, et tous ceux qui parlent de ces moments le font avec beaucoup de fierté. C’est l’élan de 68 qui a permis aux femmes, en quarante ans, de gagner le droit à la contraception, à l’avortement et au travail. C’est ce même élan qui a amélioré le rapport de forces, sur les lieux de travail, jusqu’à l’apparition du chômage de masse.

 Mais on ne peut nier, dans les années qui suivirent, certaines dérives d’une culture issue de ce mouvement, sous l’influence de la pensée bobo et gauchiste : 

Haine de la République et de la Nation, jugées comme des valeurs réactionnaires, voire fascistes, au nom de l’internationalisme. Perte de l’autorité des enseignants et des parents, culte de l’enfant roi. Abandon de la transmission des savoirs à l’école, grâce aux délires des pédagogistes, au nom de l’enfant au centre de ses apprentissages. Mépris du peuple, des classes populaires, jugées racistes et lepénisées, parce qu’elles réclament de la sécurité dans des quartiers abandonnés aux petits caïds et aux délinquants. Défense de tous les particularismes, religieux, linguistiques, ethniques, régionalistes, au nom du droit à la différence. Aveuglement face à la montée de l’islamisme, au nom d’un combat antiraciste dévoyé. Haine de tout symbole d’autorité de l’Etat, dictature du politiquement correct, etc.

 Ségolène Royal, et ce n’est pas son moindre mérite, a essayé de rompre avec ce discours, depuis qu’elle a été investie par les militants du Parti socialiste. Mais chacun voyait bien que les Strauss-Kahn, Lang et Cohn-Bendit, omniprésents autour d’elle, n’étaient pas sur ces positions. Chacun entendait bien que les écologistes et l’extrême gauche trotskiste sont encore porteurs de cette idéologie.

 Il était donc inévitable que Sarkozy sache capter, par la clarté de son discours, et son refus de la dictature du politiquement correct, le rejet des classes populaires de cette culture souvent prétentieuse et méprisante à leur égard. La défense du squatt de Cachan par les gauchistes, c’était du pain béni pour Sarkozy. Les ambiguïtés de la gauche, autour des émeutes de décembre 2005 et des violences de la gare du Nord, c’était du pain béni pour Sarkozy. Les demandes de régularisation automatique de parents sans-papiers ayant un enfant scolarisé, c’était du pain béni pour Sarkozy.

 Ce dernier a su gagner le vote des classes populaires, en promettant du salaire, de l’ordre dans les quartiers, en affirmant son amour et sa fierté la France, en jurant qu’il n’y aurait pas de nouvelle constitution européenne, et refusant l’adhésion de la Turquie, en demandant du protectionnisme, etc.

 Mais il est également le chouchou du Medef, à qui il a promis de nombreux avantages fiscaux. C’est le candidat qui encourage Johnny Hallyday à s’exiler en Suisse pour ne pas payer l’impôt républicain. C’est celui qui veut exonérer les puissants de cotisations sociales, qu’il appelle des charges. Or, ce que les riches n’acquitteront pas en impôts, ce seront les plus modestes qui le paieront en taxes.

 Les attentes qu’il a suscitées, le volontarisme qu’il a démontré en promettant un taux de chômage à 5 % à la fin de son mandat, se heurteront obligatoirement à la réalité des faits. Sarkozy croisera probablement le fer rapidement avec les syndicats du secteur public. Un de nos lecteurs, Luc Douillard, expliquait dans un article (Respublica 532) qu’il ne faudra pas tomber, non plus, dans le piège des luttes minoritaires. La bataille des retraites, en 2003, a montré qu’aujourd’hui, le secteur public ne peut gagner sans l’appui de toute l’opinion, y compris les salariés du privé.

 Dans cet esprit, pour combattre efficacement Sarkozy, il faudra démontrer aux salariés, aux retraités, aux assurés sociaux, combien va leur coûter son discours libéral et démagogique. Ce sera prouver que toutes les exonérations qu’a promises le nouveau président de la République auront un coût, et préparer, avec les organisations syndicales, des mobilisations unitaires pour défendre le monde du travail, et les systèmes solidaires de retraite et de protection sociale.

 Mais surtout n’oublions pas que le peuple français est politisé, et disponible pour l’action. Il l’a montré lors du référendum sur le TCE, et lors des manifestations contre le CPE. Il l’a confirmé par sa participation massive aux présidentielles. Surtout ne soyons pas pessimiste, au soir de cette défaite, et n’écoutons pas les gauchistes qui y verront une lepénisation de la France.

 La République est de retour, plus aucun candidat ne peut l’occulter. Il n’est plus ringard de chanter « La Marseillaise ». La culture gauchiste est sur le recul, et il faut s’en réjouir pour toute la gauche. Sarkozy a certes gagné, et nettement, surtout grâce au discours de Guaino. Les interventions du nouveau président, hier soir, portaient la trace de sa plume talentueuse. Mais les classes populaires, si elles réclament que les lois de la République s’appliquent partout, n’ont pas voté pour lui pour qu’il favorise les riches, ferme les services publics, et se couche devant la logique libérale de Bruxelles.

 En ce sens, la victoire du leader de l’UMP est explosive par les contradictions qu’elle comporte, face à un mouvement social qui n’est pas défait, et qui saura lui demander des comptes.

 Le Parti socialiste, au vu de l’ampleur de la défaite de Ségolène Royal, va avoir des lendemains difficiles. Ségolène Royal était certes au deuxième tour, contrairement à Jospin en 2002, mais elle fait moins que le candidat socialiste en 1995.

 Son discours, prononcé quelques minutes après 20 heures, était surréaliste. « Que la défaite est belle », semblait-elle dire. Le but de la rapidité de cette intervention était évident : montrer que la candidate avait gagné sa légitimité pour mener les législatives. Strauss-Kahn a immédiatement réagi, et sans attaquer directement Royal, a critiqué très vivement la direction du PS, jugée trop en retard par rapport aux autres PS européens, et responsable de la troisième défaite consécutive aux présidentielles. Fabius s’est voulu plus pudique, mais a laissé entendre qu’il allait falloir tirer les bilans de cette élection. Il est évident que la main tendue à Bayrou, et l’axe UDF-PS-Verts va faire parler, avant les législatives, dans le Parti socialiste, et dans toute la gauche.

 Quant à la gauche antilibérale, elle n’a fait que payer, au lendemain du 29 mai 2005, son incapacité d’offrir des perspectives crédibles, et le repli sur la boutique de chacun. Elle a également contribué, par sa faillite, à l’ampleur de la victoire de Nicolas Sarkozy, qui marque une nouvelle étape dans les équilibres politiques français.

 Une gauche nouvelle doit naître, en brisant les carcans dogmatiques de la vieille gauche plurielle, dernière évanescence de la parenthèse soixante-huitarde, y compris en remettant en cause sans concession les fausses idoles qui ont dévalorisé les travailleurs, la culture ouvrière, l'héritage de Blum et de Jaurès.

 Une gauche qui ne doit être ni bobo, ni gaucho, mais tout simplement celle dans laquelle se reconnaissent les syndicalistes et les petites gens modestes à la vie simple, honnête et honorable.

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29 avril 2007 7 29 /04 /avril /2007 12:54

 

 La crise politique est toujours là, mais autrement

 Le débat Royal-Bayrou, hier, a mis en évidence des convergences sur les questions de société et d’organisation de la vie politique, mais confirmé des divergences sur le rôle de l’Etat dans la vie économique en France et en Europe. En clair, François Bayrou ne remet pas en cause le néo-libéralisme et, selon lui, l’Etat n’a pas à intervenir dans la vie économique et sociale. Par contre, Ségolène Royal, qui refuse les dogmes, a réaffirmé le rôle de l’Etat et la nécessité de redéfinir les orientations de la Banque Centrale Européenne.

 L’un des articles du journal en ligne des amis de ReSPUBLICA, paru vendredi, est signé Jacques Sapir, économiste, directeur d’études à l'École des Hautes Études en Sciences Sociales, auteur du livre « Les trous noirs de la science économique » (Le Seuil, 2000), qui a écrit dans Le Monde Diplomatique, en juillet 2006 : « Pourtant, les vertus prêtées à ce principe (de la concurrence) reposent moins sur la science que sur la croyance, intéressée. Affirmer ainsi un tel dogme permet aux économistes néolibéraux d’écarter tout débat, et aux entreprises d’imposer leurs choix ». 

Voici des extraits de l’article  de Jacques Sapir, publié dans la lettre 532 du journal de la gauche républicaine Lien permanent vers cet article .

 « Fausses et vraies leçons d'un premier tour » 

 

« Les résultats du premier tour de l'élection présidentielle semblent nous suggérer que le « système » politique français, après les chocs du 21 avril 2002 puis du succès du « non » au référendum de 2005, a connu le sort du phénix : renaître de ses propres cendres. Il est incontestable que les deux premiers candidats ont accumulé plus de 56% des suffrages, chiffre qui atteint pratiquement les 75% si l'on inclut le « troisième homme » de 2007, François Bayrou.

 Les partisans du « non » semblent avoir quasiment disparu de l'espace politique, étant réduits à moins de 25% et l'importante participation des électeurs au scrutin (85%) semble témoigner de la réconciliation des Français avec leur système politique.

 Il est certain que les médias entonneront un chant de victoire, cette élection semblant rejeter dans le passé la crise politique larvée que le système politique français connaissait depuis cinq ans. Cette analyse serait pourtant extrêmement superficielle. La crise politique est toujours là, mais elle a changé de forme. Il convient d'en comprendre les conséquences pour le futur (…).

 « Une première observation que l'on doit faire concerne l'expression des préférences des électeurs (…) ». « Une seconde observation doit alors être faite, qui concerne les discours des 3 premiers candidats (…). Or le discours des trois premiers candidats lors du premier tour de 2007 a en commun un élément majeur : la reprise de thèmes défendus jusque-là par des candidats « hors système » voire « anti-système ». La banalisation d'un discours qui était minoritaire avant 2005 est alors la seconde caractéristique déterminante du scrutin du 22 avril.

 Prenons tout d'abord François Bayrou. Ce dernier n'a réellement commencé à progresser dans les intentions de vote qu'à partir du moment où il a tenu - avec une réelle violence - un discours « anti-système » mêlant dans le même rejet et le système bipolaire français et la complaisance des grands médias vis-à-vis de ce dernier.

 Ce n'est pas faire injure aux convictions de François Bayrou que de constater qu'il a repris ici une partie du discours tenu par Jean-Marie Le Pen et, en 2002, par Jean-Pierre Chevènement. Désormais, même Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy sont obligés de parler du « système » comme s'il s'agissait d'une chose honteuse. On va retrouver le même phénomène avec d'autres thèmes.

 Hier encore, attaquer la Banque Centrale Européenne faisait de vous un extrémiste. Durant la campagne, tant Mme Royal que M. Sarkozy ont tenu des propos très durs sur la BCE et le rôle néfaste de l'Euro. La question n'est pas de savoir si l'un ou l'autre mettront en pratique ces critiques une fois élu, mais de comprendre qu'un discours qui passait pour marginal et que les médias cherchaient à refouler vers le non-dit a obtenu droit de cité. Ceci restera. Désormais, il ne sera plus possible d'user de l'argument d'autorité contre ceux qui mettront en cause la politique de la BCE et l'Euro.

 De même, les trois premiers candidats ont dénoncé les délocalisations, faisant référence soit à la nécessité de protections (cas de Bayrou, Royal et Sarkozy) qui ne peuvent quoi qu'on en dise qu'être des mesures protectionnistes même si on refuse encore le mot. Ségolène Royal, le soir de ce premier tour appelle dans son allocution prononcée depuis Melle à conserver en France les « centres de décision » ; un tel discours eut été taxé immédiatement de souverainiste il y a moins de six mois. La référence insistante à la Nation et à son identité (même si le contenu de l'une comme de l'autre varie fortement entre les trois candidats) va dans le même sens.

 On pourrait multiplier les exemples. Le fait est là, et il est un des enseignements que l'on doit tirer de ce premier tour. Pour attirer à eux près des trois-quarts de l'électorat, les trois principaux candidats ont dû reprendre des thèmes et des termes qui étaient ceux des forces qui avaient porté la victoire du « non » lors du référendum de 2005. Que des partisans du « oui » intègrent un tel discours peut être perçu comme un élément de confusion, limitant la pertinence du débat politique. Mais, et c'est cela l'élément principal, cette intégration vaut symboliquement reconnaissance.

 Elle fait exploser les barrières du non-dit. Le « politiquement correct » libéral-européiste est mort dans les semaines qui ont précédé l'élection. Ceci n'est pas un petit événement même s'il n'est pas souligné par les commentateurs. Il signifie que les forces « pro-système » ont perdu leur hégémonie idéologique durant le cours de cette campagne. Elle ne peuvent survivre électoralement que par l'intégration d'un discours qui est en contradiction tant avec leur idéologie propre que leurs pratiques politiques quotidiennes. Une telle situation où des forces pro-système doivent reprendre une partie du discours des forces anti-système a toujours et partout été le signe d'une crise politique grave, et potentiellement explosive. Des segments entiers des forces pro-système sont déstabilisés et idéologiquement prêts à basculer. Telle est donc la seconde leçon qu'il faut tirer du résultat du premier tour, avec l'analyse qui a été faite du rôle des effets de contexte dans la construction des préférences des électeurs.

 Ces deux enseignements ont des conséquences multiples et importantes. La première, la plus évidente, est que les scores des mouvements et forces de contestation du « système » est aujourd'hui sous-estimé. Elles sont cependant loin d'avoir disparu du champ politique et l'on peut raisonnablement penser que la combinaison des contextes qui a abouti à la concentration du second tour au sein même du premier n'est pas prête à se reproduire.

 D'une certaine manière, parce que le résultat du 22 avril 2007 semble effacer celui du 21 avril 2002, il contribue à casser l'effet de contexte qui a dominé la présente élection. Mais, on ne doit pas s'en tenir à ce constat. Ces forces de contestation sont aussi confrontées à un véritable choix stratégique : comment survivre face à l'intégration d'une partie de leurs discours par les partis du « système ». La radicalisation du discours n'est pas ici une solution. Elle ne ferait que souligner les problèmes de manque de cohérence et de crédibilité que toutes ces forces connaissent, et qui les empêchent, jusqu'à maintenant, de passer du statut de mouvements de protestation à celui de mouvements portant des propositions réellement alternatives.

 Une possible option est une stratégie « entriste » (…).

 Une seconde option est celle de la position ultimatiste (…).

 La troisième option est donc de construire à la fois une cohérence et une crédibilité. Ce n'est ni simple ni facile et, pour l'instant aucune de ces forces de contestation ne semble en mesure de s'atteler rapidement à un tel projet. Ceci peut changer dans les semaines ou les mois à venir. La survie de ces forces dépendra largement de leur capacité à adapter leur stratégie pour faire face au choix auquel elles sont confrontées.

 Des deux leçons que l'on peut tirer de ce premier tour, émerge alors une double conclusion. 

La crise du système politique n'est pas moindre aujourd'hui qu'il y a deux ou cinq ans, bien au contraire. La rupture des tabous discursifs, l'évolution des thématiques marquée par la critique globale du système politico-médiatique (Bayrou), celle des délocalisations et de la politique de la BCE, ou la revendication à une véritable souveraineté économique adossée à la notion de nation, montre la désintégration de l'idéologie dominante depuis 1983. C'est un fait majeur. Quand les représentations des acteurs commencent à se transformer, de nouvelles réalités deviennent possibles.

 Mais, cette crise va rester contenue, non par la force des éléments pro-système mais en raison de la faiblesse stratégique présente des forces de contestation. Que cette situation change et le rythme de la crise et de notre histoire politique et sociale s'accélèrera de manière décisive". 

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24 avril 2007 2 24 /04 /avril /2007 18:48

 

« Nous n’avons jamais confondu la droite et la gauche »

 Ils n’ont pu s’entendre pour soutenir un candidat commun à l’élection présidentielle et ont voté différemment le 22 avril. Mais, avant d’envisager une démarche commune pour les élections législatives, leur objectif prioritaire est de battre Sarkozy. Et, pour battre Sarkozy, il faut voter Royal.

 Leur appel (publié ce jour sur www.liberation.fr ) s’adresse à l’ensemble de la gauche antilibérale afin de faire barrage au candidat de l’UMP. Les signataires sont : Clémentine Autain, féministe, élue de Paris ; Eric Coquerel, président du Mouvement pour une Alternative Républicaine et Sociale ; Claude Debons, ex-coordinateur des collectifs du 29 mai, François Labroille, élu Alternative citoyenne ; Roger Martelli, communiste ; Christian Picquet, LCR ; Catherine Tricot, communiste.

 « Pour battre Sarkozy, il faut voter Royal »

 "La «drôle de campagne» est terminée. Malgré le brouillage de tous les repères, la candidate du Parti socialiste s'est qualifiée pour le second tour. Divisée, la gauche antilibérale n'a pu s'imposer comme un acteur essentiel de cette élection. Il lui revient aujourd'hui de dépasser sa dispersion électorale pour prendre ses responsabilités et contribuer à battre Sarkozy au second tour.

 Nous nous adressons en ce sens à toute la gauche de gauche, des socialistes du «non» à l'extrême gauche,­ qui avait mené unitairement la campagne contre le traité constitutionnel européen.

 Nous lui proposons de se retrouver à l'occasion d'un grand meeting commun à Paris et de réunions du même type partout en France, pour appeler à battre la droite sur la base des exigences et valeurs de transformation sociale qui forment son patrimoine commun.

 Nous savons que les discours d'Olivier Besancenot, de José Bové, de Marie-George Buffet, de Jean-Luc Mélenchon, des animateurs de la campagne du «non» dont nous fûmes, et de bien d'autres encore, seront divers. Mais nous ne doutons pas de l'efficacité, pour mobiliser toutes les énergies à gauche, de ce qui serait l'une des initiatives les plus significatives de l'entre-deux-tours.

Voilà bien le minimum que nous devons aux millions d'hommes et de femmes qui veulent conjurer la menace Sarkozy mais ne se retrouvent pas dans le «pacte présidentiel» de Ségolène Royal.

 Nous en sommes convaincus : la gauche ne doit pas s'adapter au libéralisme mais le combattre; c'est le plus sûr moyen de battre la droite.

 Nous n'avons pas changé d'avis, nous pensons toujours que les propositions de la candidate et la politique du Parti socialiste ne sont pas une réponse à la hauteur des attentes de l'immense majorité de la population, faute d'une volonté d'imposer un autre partage des richesses et des pouvoirs.

 Nous pensons toujours qu'il y a besoin d'une gauche qui saura de nouveau se tourner vers les classes populaires, donner la priorité à la satisfaction des besoins du plus grand nombre, affirmer son parti pris féministe, relever enfin le défi de la redistribution des richesses, défendre un nouveau mode de développement respectueux des équilibres écologiques, replacer la souveraineté populaire au coeur de ses propositions pour la France et pour l'Europe.

 La campagne du premier tour a confirmé qu'il existait bien deux orientations divergentes à gauche et nous regrettons d'autant plus qu'une alternative unitaire à gauche n'a pu peser de tout son poids pour empêcher la droitisation du débat électoral. Mais nous n'avons jamais confondu la droite et la gauche ; c'est pourquoi nous appelons à battre Nicolas Sarkozy en votant Ségolène Royal.

 Car Nicolas Sarkozy est un homme dangereux. Il aspire à être l'artisan d'une contre-révolution conservatrice et ultralibérale inspirée de George Bush. Il veut mettre en pièces ce qu'il reste des conquêtes sociales arrachées depuis la Libération (code du travail, protection sociale, service public, Etat social). Il entend promouvoir un autoritarisme attentatoire aux libertés et n'hésite même plus à s'en prendre à l'héritage des Lumières.

 Il abandonne l'ambition d'égalité républicaine au profit d'une vision communautariste de l'avenir de la société. Il prône un alignement atlantiste de la politique étrangère de la France sur celle des Etats-Unis. Il est poussé par une extrême droite à laquelle il aura emprunté tout un pan de sa terminologie et de ses idées pour récupérer une partie de ses voix. Oui, décidément, aucune voix ne doit manquer pour lui barrer la route du pouvoir suprême.

 Mais on ne battra pas Sarkozy en écoutant les sirènes centristes qui charment déjà d'importantes figures du Parti socialiste. C'est en répondant aux attentes sociales, en proposant une réelle alternative à l'ordre libéral, en retrouvant le peuple de gauche qui souffre des politiques menées depuis vingt-cinq ans, que l'on y parviendra. Ce message, il revient aux diverses composantes de la gauche antilibérale de le porter dans l'unité. Par-delà un total de voix qui représente son plus mauvais score de la décennie.

 Rassemblée à l'occasion de la campagne référendaire de 2005 comme dans les mobilisations sociales, la gauche de transformation avait démontré son utilité de contestation et de proposition et permis de révéler l'opposition majoritaire de nos concitoyens à la mondialisation libérale.

 Divisée, elle aura été vécue comme incapable de changer la donne à gauche. Le temps des bilans viendra, mais la question d'une alternative à l'alternance reste posée. Serait-il responsable de reproduire sans fin les concurrences qui viennent de nous conduire à l'échec ?

 Pour notre part, nous en restons convaincus, l'ambition de changer la donne à gauche, pour y rendre majoritaire une politique de transformation profonde de la société, reposera très vite la question de l'unité de la gauche antilibérale. De nouveaux chemins devront sans doute être explorés pour y parvenir.

 Cela dit, dès les législatives, la gauche antilibérale s'honorerait de présenter un maximum de candidatures communes plutôt que de chercher à se compter en une compétition dérisoire. Et, tout de suite, l'organisation du meeting commun que nous proposons pour battre la droite serait un signe d'espoir envoyé à celles et ceux qui aspirent à une gauche authentiquement de gauche. Notre ambition est d'y travailler ".

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16 avril 2007 1 16 /04 /avril /2007 16:39

 

La gauche républicaine en marche vers son unité

 Le 14 avril, j’ai reçu le faire-part de mariage entre le Mouvement pour une Alternative Républicaine et Sociale (Mars) et la Gauche Républicaine. Auparavant, le 24 mars, le nouveau Mouvement avait diffusé un communiqué, qui commence ainsi :

 « Aujourd’hui, à l’issue de leur réunion nationale commune, le Mars et la Gauche Républicaine, constatant la convergence de leurs points de vue et de leurs actions depuis leur création respective en 2003, ont décidé de fusionner. Ce nouveau mouvement politique, le MARS-Gauche Républicaine, a élu un bureau national de 16 membres dans lequel on retrouve notamment Eric Coquerel, Président du mouvement, Pierre Carassus, secrétaire général, le syndicaliste André Deluchat. Hayat Dhalfa et Michel Naudy en seront les  porte-parole. Représentant des groupes locaux, plusieurs centaines de militants et sympathisants implantés dans 31 départements et de nombreux élus en Ile de France et en Province (conseillers généraux, maires, élus municipaux), le Mars-Gauche Républicaine a adopté ce 24 mars un manifeste fondateur titré « Au nom de la République et du Socialisme ».

 Ces deux Mouvements étaient nés de la séparation avec le Mouvement des Citoyens (MDC) en ce qui concerne la Gauche Républicaine en 2002, et avec le Mouvement Républicain et Citoyen (MRC) pour ce qui est du Mars en 2003. Ils ont été actifs au sein de la gauche antilibérale, mais n’ayant pu faire prévaloir une candidature unique, ils n’ont soutenu personne lors de ce premier tour de l’élection présidentielle.

 Avec le MRC 53, j’ai rejoint le Mouvement Républicain et Citoyen en 2004, alors qu’Eric Coquerel et Michel Naudy, notamment, venaient de le quitter. Ce texte fondateur du Mars - Gauche Républicaine est de nature à faciliter un rapprochement futur.

 Dans l’immédiat, nous serons ensemble dans la bataille du second tour pour faire élire Ségolène Royal. Ce blog veut être un moyen d’information pour la gauche républicaine en Mayenne. Le MRC 53 est ouvert à des contacts avec le Mars - Gauche républicaine, si celui-ci a des correspondants en Mayenne.

 Voici le texte du manifeste fondateur du Mars – Gauche Républicaine.

 « AU NOM DE LA RÉPUBLIQUE ET DU SOCIALISME »

 « La chute du mur de Berlin en 1989 nous a fait entrer dans une ère nouvelle. Le XXe siècle s’est arrêté là. La désagrégation du camp socialiste, qui s’est achevée avec l’effondrement du système soviétique, a bouleversé l’ordre international en abandonnant aux seuls Etats-Unis d’Amérique l’ambition impériale. Leur projet, dans sa version absolutiste, suppose de briser tous les obstacles à la mondialisation financière. Il prétend laisser l’individu seul face au marché.

 Dans cet ordre nouveau, rien ne doit échapper à la marchandisation, dès lors qu’une source de profit existe ou surgit : la santé, la culture, l’éducation, le transport, l’énergie, l’eau, les moyens de communication… Pas un domaine ne doit lui être étranger. Sous le manteau de l’individu roi, libéré de toutes contraintes, on assiste, en vérité, à un grand bond en arrière. Une régression historique  sur tous les fronts :

 - Régression sociale assise sur la pression continue exercée sur les revenus du travail –ce que la technocratie libérale baptise « coût du travail »- au profit de ceux du capital. D’où un « moins disant généralisé » qui fait de la rentabilité du capital financier un impératif catégorique et qui émousse les instruments collectifs d’intervention économique.

 - Régression démocratique quand se distille l’idée selon laquelle les peuples sont désarmés face à un ordre capitaliste présenté comme naturel et que les citoyens se sentent impuissants dans la tentative d’influer par l’action collective.

 - Régression de la paix quand les peuples sont lancés dans une concurrence malsaine et des régions entières  de la planète  mises à feu et à sang au nom du contrôle des ressources énergétiques et de celui des richesses naturelles.

 - Régression écologique enfin, quand la priorité donnée à la libre circulation des marchandises et aux délocalisations des activités (quel qu’en soit  le coût polluant), vise à accélérer la mise en place de productions méprisantes du danger qu’elles font courir à l’espèce humaine et à la planète victime du réchauffement climatique et de l’épuisement de ressources naturelles vitales.

 Avec la dislocation du bloc soviétique ce phénomène s’est accéléré faute de projet alternatif à lui opposer. Il a fallu en effet prendre acte, non seulement de l’échec du projet transformateur qui prétendait exister à l’est de l’Europe, mais aussi de la responsabilité dans cet échec du socialisme bureaucratique d’état. Ce fut, c’est encore un  ébranlement pour l’idée socialiste, elle-même. La puissance états-unienne s’est ainsi vue renforcée et s’est alors sentie investie de la mission de propager, au moyen du marché, ce qu’elle considère comme ses valeurs civilisatrices.

 Depuis lors, l’emprise de la finance internationale est totale et à l’échelle de toute la planète  comme le montrent la montée en puissance de l’Inde et la Chine dans le concert du capitalisme mondialisé. Dans ce contexte, le fait religieux lui-même, est devenu un acteur, un partenaire et une caution de l’Empire, mais aussi, d’une certaine manière, une forme de protestation contre ce dernier comblant de façon confuse et régressive le vide laissé par l’échec communiste.

 Partout la loi de la jungle se substitue à l’idée du bien commun, la charité se doit de remplacer la solidarité. Cette main mise se veut  commerciale, politique, sociale, idéologique et culturelle. En cela, elle ignore aussi bien l’individu que le bien commun. Elle combat l’égalité, elle refuse les solidarités. Là où la politique était un processus qui devait permettre aux citoyens de décider des modalités du Contrat Social, le capitalisme mondialisé cherche aujourd’hui à briser tout cadre destiné à permettre l’exercice d’une pensée critique et d’une action collective.

 Dans ce nouvel ordre mondial, l’Europe aurait pu, aurait dû se poser en rempart. Son ambition initiale de rapprocher des peuples pour en finir avec les guerres intracontinentales était plus que légitime. Sa réalisation et sa concrétisation dans l’Europe de Maastricht en ont fait, au contraire, le véritable cheval de Troie de la mondialisation libérale qui a bien des égards s’avère plus extrémiste encore que son modèle états-unien.

 C’est cela que les Français ont repoussé avec force le 29 mai 2005 en votant Non au Traité Constitutionnel Européen. Ils ont ainsi rejeté une harmonisation sociale et fiscale par le plus petit dénominateur commun. Ils ont refusé la casse des services publics qui sont les outils du bien commun. Ils ont contesté  la concurrence libre et non faussée  en tant que loi  de fer dans des espaces qui doivent échapper à la logique du marché. Ils ont signifié au pouvoir économique et à la Banque Centrale Européenne leur refus  de la construction d’une Europe de la finance. Ils ont enfin affirmé l’incontournable de leurs prérogatives démocratiques et de la maîtrise de leur destin.

 Malgré tout, l’Europe peut encore se poser en alternative à ce modèle unipolaire du monde. La résistance à la croisade impérialiste en Irak en a donné l’indice fort. À cette occasion, la France et l’Allemagne, en refusant l’enrôlement sous la bannière étoilée, ont dit leurs capacités de non-alignement. Cette proximité devrait être porteuse d’une politique de coopération renforcée entre nos deux pays pour refonder une Europe répondant aux aspirations de ses peuples.

 Pour se construire, l’Europe doit s’appuyer sur ses meilleures traditions humanistes, sociales et républicaines. Elle doit harmoniser par le haut ses règles sociales, fiscales et environnementales et protéger tous les acquis nationaux en faisant du principe de non régression une base incontournable. Elle doit promouvoir une politique active de coopération et d’aide au développement avec les pays du Sud. Utile aux peuples qui la composent, vecteur de progrès social, de démocratie et d’un nouvel ordre international, cette Europe là gagnerait enfin la légitimité populaire contrairement au grand marché européen que l’on essaie de nous vendre pour idéal commun.

 Il s’agit d’un long combat qui n’est pas contradictoire avec le combat national mais qui, au contraire, en est la résultante. Car les Etats-Nations restent encore le cadre de résistance collectif le plus opérant à la mondialisation libérale. C’est en effet parce qu’ils sont encore le cadre le plus pertinent d’expression de la souveraineté populaire, seule garante d’une démocratie effective, qu’ils indisposent à ce point ceux qui veulent l’uniformisation et la modélisation de l’homme, son assujettissement au marché roi. En eux et par eux peut encore renaître un projet à vocation universaliste et internationaliste.

 En rendant le politique au peuple, en s’appuyant sur l’héritage des Lumières, de la grande révolution de 1789 et de figures historiques comme celle de Jaurès, il est plus que temps de réaffirmer la vitalité du modèle républicain. Celui-ci, loin d’être dépassé, est au contraire d’une extrême pertinence, et le sera plus encore dans les années à venir. Car la République, si elle est garante des valeurs fondamentales de démocratie, de laïcité et de bien commun, ne peut s’entendre comme une proclamation gravée dans le marbre. Le contenu du projet républicain est bel et bien inachevé, en évolution permanente, et se doit d’être porteur de la transformation des structures sociales, politiques et économiques. Selon l’heureuse formule de Jaurès, « le socialisme, c’est la République poussée jusqu’au bout ».

 En ce sens, nous sommes incontestablement socialistes lorsque nous réaffirmons et faisons nôtre le triptyque républicain « Liberté, Egalité, Fraternité », soulignant ainsi la place centrale que doit y occuper la valeur égalitaire. Le modèle républicain est plus que jamais nécessaire dans une période où les changements sont  multiples. Face aux risques encourus, la protection dont peut se revendiquer chaque individu ne pourra être effective sans une prise en charge collective. Nul ne peut aujourd’hui se construire en opposition aux autres et prétendre simultanément œuvrer pour le bien commun. C’est le pacte républicain qui lie les citoyens entre eux et doit être le moteur qui permettra à chacun de progresser en assurant la promotion et l’émancipation de tous.

 Tant sur l’analyse de la situation que sur les perspectives politiques, les adhérents du MARS et de la Gauche Républicaine se sont souvent retrouvés, ces derniers mois, côte à côte sur le même chemin. Face à l’émiettement des républicains de gauche, qui tient au moins autant aux expériences récentes qu’au détournement des valeurs républicaines par certains courants, nous avons jugé qu’il était plus que temps, pour nous, d’unir nos forces pour porter nos idéaux.

 Républicains, nous affirmons donc notre ancrage à gauche parce que la distinction droite-gauche reflète encore, même de façon plus confuse qu'autrefois, des intérêts de classe. Notre combat s'appuie en effets sur deux axes : celui  de la démocratie (qui ne saurait se réduire au seul exercice du droit de vote) à travers la réaffirmation de la souveraineté populaire et celui de l'égalité sociale.

 La République ne se situe pas « au-delà de la gauche et de la droite ». Cet épisode de la Présidentielle 2002 fut une erreur. La gauche républicaine y a perdu pour longtemps l’occasion de refonder la gauche autour d'elle, tout au moins une gauche de transformation.

  Porter plus haut une vision de gauche de la république, c'est ne pas renoncer à changer le monde, bien au contraire. La république, en effet, est insoluble dans le libéralisme et dans toutes ses politiques d'accompagnement. Notre axe stratégique est de changer toute la gauche, de proposer un projet alternatif à vocation majoritaire ce qui implique de changer le rapport de force à gauche au détriment des sociaux libéraux. 

 Ce choix implique une refondation de la gauche afin qu'émerge dans les années à venir un grand mouvement politique rassemblant toute la gauche de transformation. Ce mouvement nous devons en être l'une des forces initiatrices. Il ne se créera certes pas autour d'un regroupement des seuls républicains, mais nous pouvons, de façon ouverte, y porter toutes nos idées car nous demeurons persuadés que le projet alternatif dont la gauche a besoin devra s'appuyer sur les fondements d'une république démocratique et sociale.

 Voilà l'axe stratégique qui guide depuis leur création en 2003, le Mars et la Gauche Républicaine. Voilà  ce qui nous a décidés à être parmi les initiateurs du « non de gauche » au Traité Constitutionnel. Voilà le chemin que nous avons choisi. Voilà ce qui fonde notre engagement. Au nom de la République et du socialisme ».

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