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  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine autour des idées de Jean-Pierre Chevènement. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens après les élections de 2002.
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11 mai 2016 3 11 /05 /mai /2016 23:35

 

Pour le retrait du texte, lançons des comités locaux de citoyens

 

On se souviendra de ce 11 mai 2016 pour le coup de semonce donné par 56 députés de gauche au gouvernement Valls, suite au 49-3 décidé la veille, mettant fin à l'examen du projet de loi travail.

Il aurait fallu deux députés de plus (58, soit 10 % de l'hémicycle) pour qu'ils puissent déposer une motion de censure.

Pas de regret car, même s'ils avaient pu en déposer une, elle n'aurait pas été votée par une majorité de députés.

L'essentiel est que ces députés (PS, MRC, Front de gauche, écologistes, non inscrits) ont jeté les fondations de ce qui pourrait être un rassemblement de gauche dans la perspective des échéances électorales 2017 et au-delà.

 

Car le combat pour le retrait du projet de loi travail ne s'arrête pas là. Parmi les actions qui pourraient être conduites, il y a la mise en place de comités locaux de citoyens. Je vais le proposer en Mayenne à ceux qui partagent cet objectif. Voir la liste et la Motion de Censure Des Gauches Et Écologistes.

 

Voici le texte du projet de motion de censure des gauches et écologistes.

 

Nous, parlementaires de plusieurs groupes et partis des gauches et écologistes à l'Assemblée nationale, considérons que l'utilisation, par un gouvernement issu de la gauche, de l'article 49-3 de la Constitution, sur un texte portant réforme du Code du Travail, est un acte politique d'une extrême gravité.

 

Le projet de loi « Travail » comporte un risque grave d'atteintes aux droits des salariés et à notre modèle social. La consécration de l'inversion des normes en droit du travail, qui généralisera la possibilité pour une entreprise de pratiquer le moins-disant social (par exemple, en diminuant la majoration des heures supplémentaires) constitue une régression historique. Elle s'ajoute à d'autres mesures dangereuses, celles qui facilitent les licenciements, ou l'ensemble des mesures incitant à l'augmentation du temps de travail. Plus largement, ce projet de loi, et la philosophie qui a présidé à sa conception, participent à l'idée fausse selon laquelle la diminution des protections des salariés favoriserait les créations d'emplois, dans une période où la transition écologique et la transformation numérique doivent inspirer un nouveau mode développement.

 

Cette loi ouvre une brèche dans laquelle s'apprêtent à s'engouffrer tous les partis et les programmes de la droite, rêvant déjà d'une dérégulation encore plus forte du droit du travail.

Reconnaissant le fait qu'il ne dispose pas de majorité pour voter ce projet, le gouvernement bafoue les droits essentiels du Parlement et fait aussi violence à des millions de citoyens qui, en majorité, rejettent ce projet de loi. Leurs représentant-es sont désormais privés de toute possibilité de s'exprimer dans l'hémicycle sur ce texte. Le gouvernement veut ainsi imposer, sans débat, l'adoption par l'Assemblée d'un texte qui aura pourtant des conséquences très concrètes et quotidiennes pour nos concitoyens.

 

A situation exceptionnelle, réponse exceptionnelle. Le gouvernement doit accepter le débat de fond sur sa politique et cesser d'empêcher le Parlement de jouer pleinement son rôle d'assemblée délibérante. Afin d'obtenir le rejet de ce texte, nous appelons l'Assemblée nationale à adopter cette motion de censure.

 

Rappel (10 mai 2016) : Le 49-3 du 10 mai 2016 pour fêter le 10 mai 1981 et le Front populaire

 

Cet article est le 150ème paru sur ce blog dans la catégorie Gauche France

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10 mai 2016 2 10 /05 /mai /2016 23:44

 

Le gouvernement Valls sous la menace d'une motion de censure à gauche

 

Le président de la République, François Hollande, avait nommé, en 2014, Manuel Valls à la tête du gouvernement de la France. C'était une manière de refuser le rassemblement de la gauche qui l'avait élu en mai 2012. Manuel Valls était connu pour ses options libérales qui lui avaient valu d'être très minoritaire lors des primaires du PS. De plus, il a déclaré que les deux gauches sont irréconciliables, ce qui laisse entendre qu'il va rechercher des alliances à droite et au centre. L'option Valls Premier ministre comportait de sérieux risques d'échec.

 

Un an avant l'échéance des élections présidentielle et législatives, ce gouvernement d'orientation social-libérale (d'accompagnement et non de résistance au capitalisme absolu qui domine le monde) a été contraint ce 10 mai 2016 d'utiliser la procédure du 49-3 contre sa propre majorité pour faire adopter sans vote le projet de loi travail à l'Assemblée nationale, un projet qui répond aux injonctions de l'Union européenne (le 14 juillet 2015, celle-ci envoyait à la France une recommandation ordonnant au gouvernement de « réformer le droit du travail » afin de faciliter les accords d’entreprises pour déroger au droit du travail et faciliter les licenciements).

 

Trente-cinq ans après le 10 mai 1981, c'est l'aboutissement d'une dérive libérale de la gauche, comme le signale cet article du Monde Diplomatique, ce 10 mai 2016.

Triste anniversaire pour la gauche au pouvoir

Le 10 mai 1981, l’élection du premier président de gauche de la Ve République, qui avait précédemment dirigé le Parti socialiste pendant dix ans, fut acquise grâce au vote massif de la jeunesse et des catégories populaires. François Mitterrand était alors un partisan déclaré de la « rupture avec le capitalisme »Trente cinq ans plus tard, un autre président socialiste, qui avait dirigé son parti pendant onze ans, suscite le rejet massif de la jeunesse et des catégories populaires. Son gouvernement n’a cessé decélébrer les « entrepreneurs »et de les abreuver de faveurs ; il s’emploie en ce moment à restreindre le droit du travail. Un triste anniversaire, même si l’histoire de la gauche au pouvoir, qui comporte aussi des pages de gloire, dont le Front populaire, est devenue riche en revirements de ce genre. Lesquels contribuent au discrédit des grands partis politiques qui décennie après décennie se succèdent sans satisfaire l’aspiration au changement de ceux qui les élisent.

Voir aussi (10 mai 2011, blog MRC 53) : 10 mai 1981 : victoire de la gauche rassemblée autour de F Mitterrand

 

 

C'est aussi une bien curieuse façon de fêter le 80ème anniversaire de la victoire du Front populaire (1936-2016 : il y a 80 ans, le Front populaire).

Si le Front populaire incarne d’importantes conquêtes sociales et évoque les images connues d’ouvriers en grève et de départs en congés payés, il est d’abord la victoire électorale de l’union de la gauche aux élections législatives des 26 avril et 3 mai 1936.

Suite à cette victoire, Léon Blum prend la tête du Gouvernement et nomme trois femmes ministres alors qu’elles ne sont, à l’époque, ni électrices ni éligibles.

Cette victoire électorale suivie de grandes grèves aboutit aux accords de Matignon, signés le 7 juin 1936, qui se concrétisent par trois lois sociales emblématiques qui vont être votées dès la fin juin : instauration des congés payés, de la semaine de travail de 40 heures et extension des conventions collectives.

L’Assemblée nationale commémore les 80 ans de cette victoire en présentant la Chambre des députés élue en mai 1936, le Gouvernement de Léon Blum et les lois votées en juin 1936.

Ce que fait le gouvernement Valls est contraire à la démocratie. Il veut faire adopter une loi qui va à l'encontre de ses engagements devant les électeurs. Il y a tromperie et le devoir des représentants du peuple est de refuser cette tromperie, sans craindre de faire tomber ce gouvernement. Le président de la République en nommera un autre qui devra avoir la confiance des députés. Sinon, il dissoudra l'Assemblée nationale et le peuple décidera de la politique qu'il souhaite pour la France.

 

Ce soir, après la décision du gouvernement Valls de faire passer sans vote une loi contraire à ce qui a fait la gauche, les députés qui veulent maintenir la gauche en France doivent se rassembler et préparer un vote de censure afin de faire chuter ce gouvernement néolibéral.

 

Les organisations syndicales opposées à la loi travail sont d'autant plus mobilisées pour obtenir le retrait de ce projet qu'il ne reste qu'un mois avant le début de l'euro foot en France. On voit mal le président de la République ne rien faire pour éviter la chienlit durant cette compétition très médiatisée dans le monde entier. Voir (Le Monde, 10 mai 2016) : Loi travail : nouvelles manifestations

 

Rappel :

- (19 mai 2015) : Nous, citoyens, pouvons faire émerger un rassemblement politique

- (13 décembre 2014) : Crise politique française. Pour une alternative républicaine et citoyenne

 

Cet article est le 149 ème paru sur ce blog dans la catégorie Gauche France

Le 49-3 du 10 mai 2016 pour fêter le 10 mai 1981 et le Front populaire
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19 mai 2015 2 19 /05 /mai /2015 23:52

 

En 2017, nous ne pouvons accepter de devoir choisir entre UMP, PS et FN

 

Quand un problème semble insoluble, il faut le poser différemment. Le peuple français attend autre chose en 2017 que d'avoir à choisir entre Hollande, Sarkozy et Le Pen. C'est en posant la question « Qu'attend le peuple français en 2017 ? » que le problème de la France pourra trouver une solution.

 

N'y aurait-il, en dehors de l'UMP, du PS et du FN, aucun recours possible, permettant de redresser le pays par la voie démocratique et en confortant notre système social, républicain, universaliste, fondé sur la communauté des citoyens ?

 

Dans quelques jours, le 29 mai, dix ans se seront écoulés depuis que le peuple français s'est exprimé majoritairement contre la ratification du traité constitutionnel européen. Ce qui s'est passé après - la ratification du traité de Lisbonne par la voie parlementaire et tous les traités européens qui ont suivi - n'est pas conforme à la volonté du peuple français. Il faut reprendre le problème tel qu'il était posé après le NON au référendum du 29 mai 2005. Qui va le faire ?

 

Nous, citoyens, nous pouvons faire émerger un rassemblement politique composé de citoyens, d'élus, de femmes et d'hommes qui ont assumé des responsabilités au sein de l'appareil d’État. Nous pouvons exiger de réfléchir ensemble à une autre politique que celle qui nous est proposée par l'UMP, le PS et le FN.

 

Ce n'est pas l'heure de décider qui sera le candidat de ce rassemblement citoyen en 2017. Par contre, c'est l'heure de s'engager sur la voie du rassemblement qui conduira à présenter une alternative républicaine aux Français quand nous serons à la veille des échéances électorales de 2017.

 

Il faut partir du vote républicain du 29 mai 2005 et du refus des traités européens tels qu'ils ont été imposés aux Français. Sur ce socle, le rassemblement est possible et souhaitable. Pour débattre et s'accorder sur des propositions communes à présenter en 2017. Ce doit être une initiative citoyenne, avec la participation sur une base égalitaire de toutes celles et ceux, de la base au sommet, qui veulent une alternative républicaine.

 

Demandons à Jean-Luc Mélenchon et à Jean-Pierre Chevènement de participer à ce rassemblement. Ils savent ce qu'est l'expérience du pouvoir et d'une candidature à l'élection présidentielle.

Autour d'eux, le rassemblement prendra forme et la discussion s'engagera. Soyons confiants dans la capacité des femmes et des hommes à s'entendre quand l'essentiel est en jeu.

Et l'essentiel, c'est l'avenir de la démocratie, républicaine et sociale, dans notre pays.

 

Cet article est le 148ème paru sur ce blog dans la catégorie Gauche France

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31 décembre 2014 3 31 /12 /décembre /2014 21:47

 

Les idées de Gramsci pour rapprocher la gauche des classes populaires

C’est en Grèce et en Espagne, avec les mouvements Syriza et Podemos, que Gaël Brustier, chercheur en science politique, a trouvé les meilleures applications de la pensée de Antonio Gramsci (par sa conception de l'hégémonie culturelle comme moyen du maintien de l'État dans une société capitaliste).

Il a dit pourquoi dans un article publié ce 31 décembre 2014 sur le site Slate.fr 

Podemos et Syriza vont-ils enfin combler le fossé entre la gauche et les classes populaires ?

 La percée des mouvements de gauche radicale dans les intentions de vote des citoyens grecs et espagnols signe le retour d'un penseur majeur de la gauche italienne du début du XXe siècle, Antonio Gramsci, et de l'idée de partir de l'expérience concrète des gens pour élaborer une vision du monde à laquelle ils adhèrent.

Rappel (17 mars 2013) : Gaël Brustier suggère à la gauche d'appliquer la pensée de Gramsci 

 

Cet article est le 147ème paru sur ce blog dans la catégorie Gauche France

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13 décembre 2014 6 13 /12 /décembre /2014 11:45

 

Remobiliser le peuple sur des objectifs d’intérêt national

 

Michel Sorin Moussardais 130414 006 TLe déclic est venu de la lecture d’une dépêche AFP reprenant les déclarations de Daniel Cohn-Bendit à Nanterre. Elles m’ont fait bondir. 

Voir AFP, 11 décembre 2014 : Thibault Malterre « 46 ans après mai 68, Daniel Cohn-Bendit obtient son doctorat à Nanterre ».

Extrait : « "L'Europe est la seule utopie qui vaille le coup aujourd'hui. Oui, l'Europe ne fonctionne pas, mais c'est quand même un rêve extraordinaire. Il faut avoir le courage d'avoir envie de quelque chose, pas seulement de dénigrer", a-t-il poursuivi.

Daniel Cohn-Bendit, qui a pris la nationalité allemande pour ne pas avoir à faire son service militaire en France, a critiqué les récentes déclarations anti-allemandes de responsables et intellectuels de gauche. "Les élans anti-Boches de Mélenchon, Chevènement, Todd doivent être dénoncés comme d'inadmissibles bêtises nationalistes", a dit Daniel Cohn-Bendit ». 

Venant après tant d’autres cas d’anciens leaders étudiants qui se sont mis, depuis, au service de l’idéologie néolibérale et du système économique capitaliste, je n’ai pu m’empêcher de réagir ainsi sur Facebook : « J'ai participé à mai 68, modestement en tant qu'étudiant, mais je n'en avais pas du tout l'idée qu'en avait Cohn-Bendit, qui osait, à Nanterre, traiter les policiers de nazis. Le leader étudiant combattait l'ordre républicain et la Nation, avec des idées libertaires, ouvrant la voie aux politiques néolibérales et au capitalisme financier ».  

Les évènements de mai-juin 1968 ont été pour moi, jeune étudiant en agronomie à Rennes, l’occasion d’une prise de conscience de la nécessité de comprendre le monde. J’ai lu beaucoup de livres et en ai déduit que je devais m’engager politiquement en tant que citoyen. A l’issue d’un séjour de 16 mois en Algérie, en tant que volontaire pour un service national actif (coopération entre la France et l’Algérie afin de former les futurs cadres agricoles algériens), je me suis intéressé, en 1972, aux travaux du CERES (Centre d’étude, de recherche et d’éducation socialiste) animé par Jean-Pierre Chevènement, ce qui m’a conduit à adhérer au Parti socialiste en 1973. 

Après avoir milité pendant près de 30 ans dans ce parti, en ayant été à deux reprises responsable départemental en Mayenne (sous Mitterrand, puis sous Hollande), ayant exercé des fonctions d’élu (maire et conseiller régional) sous sa bannière, je l’ai quitté en décembre 2001, vivant très mal ses orientations de plus en plus libérales et son éloignement croissant du peuple, les deux étant liés. J’ai voulu revenir à la base, réfléchir en tant que citoyen à des solutions politiques pour mon pays, ne croyant plus dans la capacité du PS à se régénérer.

 

J’ai soutenu la candidature de Chevènement en 2002, séduit par son Discours de Vincennes le 9 septembre 2001 (à lire sur le blog de Jean-Pierre Chevènement). Après son départ du PS, en 1993, j’ai continué à m’intéresser à ses écrits, dans République Moderne notamment.

 

C’est un véritable homme d’Etat, qui a le souci, avant tout, de l’intérêt national. Il veut prendre appui sur l’héritage républicain pour trouver des solutions adaptées à la France d’aujourd’hui.

Sa vision politique l’a amené à voir juste en 1983, quand Mitterrand a opté pour l’Europe néolibérale, à voir juste en 1992, quand le même Mitterrand a fait voter le traité de Maastricht créant la monnaie unique, aboutissement de l’Acte unique, qui est le levier de la déréglementation massive et de la libéralisation de l’économie européenne, à voir juste en 2008 quand il annoncé le « tsunami financier » qui allait plonger l’Europe dans une très grave crise économique.

Je pense qu’il voit juste quand, le 7 décembre 2014, lors du Conseil national du Mouvement Républicain et Citoyen, il annonce un tremblement de terre électoral en 2017et se place dans la perspective de préparer une alternative républicaine, qui sera la matrice de la refondation de la gauche républicaine.

 

Après le traumatisme électoral de 2002, qui fut une alerte dont les dirigeants socialistes n’ont pas su tenir compte, les citoyens français ont ouvert les yeux, à l’occasion du référendum européen le 29 mai 2005, en refusant de ratifier le traité constitutionnel européen. Prisonniers de leurs dogmes, les dirigeants politiques UMP et PS ont décidé de ne pas tenir compte du vote NON et ont fait adopter par la voie parlementaire un traité qui reprenait l’essentiel de ce qui avait été rejeté par le peuple français. Cette décision était une forme de coup d’Etat démocratique de la part d’une élite politique coupée du peuple, subissant l’influence idéologique et politique des partisans de la « construction européenne » dont elle était solidaire.

 

Alors que le 10ème anniversaire du NON aux traités européens est proche, et que la crise politique fait sentir de plus en plus ses effets, le moment est venu de l’alternative républicaine et citoyenne face à la double impuissance, néolibérale et populiste. 

 

L’alternative républicaine ne peut venir, ni de l’UMP, profondément divisée et empêtrée dans des affaires judiciaires à répétition, ni du PS, qui reste marqué par les choix économiques et monétaires de Mitterrand en 1983 et se montre incapable de fermer la « parenthèse libérale ». 

Elle viendra de la volonté des citoyens d’effacer l’affront démocratique du traité de Lisbonne ratifié par le Parlement en 2008 en piétinant le refus du peuple français de cette « construction européenne », technocratique et néolibérale. Elle viendra de la volonté de ce peuple de reconquérir sa souveraineté pour décider de son avenir.

La gauche et la droite, dans les conditions actuelles, ne peuvent - ensemble ou séparément - trouver des solutions aux problèmes posés au pays. Elles ont usurpé le beau mot de réforme. La confiance est perdue. 

C’est le moment de proposer une alternative républicaine, comme le fait Jean-Pierre Chevènement, en partant de la gauche, car « être de gauche, c’est refuser la souveraineté du capital » (Frédéric Lordon). Mais sans se limiter à la gauche, car le redressement doit être politique, économique et social, ce qui implique de mobiliser toutes les forces qui veulent y contribuer. A commencer par celles qui ont participé au refus de ratifier le traité constitutionnel européen en 2005 et ont une conception citoyenne de la République française.

 

Dans les années 1970, je me suis engagé dans un combat militant pour encadrer politiquement le capitalisme. Au début des années 2000, l’abandon par le PS de cet objectif m’a conduit à réfléchir en toute indépendance aux moyens à prendre pour servir mon pays en étant fidèle à mes idées.

Je suis déterminé à jeter toutes mes forces dans ce combat pour une Alternative républicaine et citoyenne. Une alternative au néolibéralisme, qui continue de dominer le monde et de structurer les politiques actuelles et aussi celles qui seront proposées aux Français en 2017.

Il n’y a plus de temps à perdre. Après avoir relancé un réseau de citoyens en 2014 (voir Réseau CiViQ (Citoyenneté et Vie Quotidienne), qui a vocation à organiser des Rencontres CiViQ au niveau régional, je propose, en 2015, de nouer des relations avec les militants politiques conscients de la nécessité de mettre en place au niveau national cette alternative républicaine et citoyenne pour la démocratie, quelle que soit leur sympathie pour telle ou telle organisation politique.

Il y en a dans tous les partis, à commencer par le MRC, où je milite depuis 2004, mais aussi au Front de gauche, au PS, au PRG, dans diverses organisations de gauche et, sans doute, aussi à Debout la France ou ailleurs, dans quelques mouvements républicains et patriotes. Nous devons initier une démarche de rassemblement d’origine citoyenne, afin d’inciter les organisations politiques à se parler.

 

La difficulté est que deux problèmes essentiels sont à résoudre en même temps, car ils sont liés : la souveraineté du peuple français face au capital et la souveraineté de la France face à une « construction européenne » dont la légitimité n’a pas été vérifiée par le suffrage universel. 

Notre point d’appui est le NON républicain et anti-néolibéral du 29 mai 2005. Que pouvons-nous faire d’ici le 29 mai 2015 pour préparer une protestation citoyenne qui enclenchera une dynamique populaire conduisant à un changement de politique en France et en Europe ?

Je soumets cette proposition aux lectrices et lecteurs des blogs MRC 53 et CiViQ, aux amis Facebook et aux destinataires de mes courriels mensuels. Je vais transmettre ce texte aux agences et organes de presse qui sont à ma portée. Pas de temps à perdre pour se mettre en mouvement sur la base de l’Alternative républicaine au néolibéralisme.  

Michel Sorin, le 13 décembre 2014, sorinmichel@wanadoo.fr

Cet article est le 146ème paru sur ce blog dans la catégorie Gauche France

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6 novembre 2013 3 06 /11 /novembre /2013 22:14

Le journal Fakir fait le récit de la semaine du basculement

 

La « parenthèse libérale » (comme disait Jospin) a été ouverte en 1983 par une décision du président de la République, François Mitterrand. Une longue parenthèse qui n’a pas encore été refermée. Elle avait amené Jean-Pierre Chevènement à démissionner du gouvernement.

Personnellement, j’avais vécu douloureusement cette période (j’étais alors responsable du PS en Mayenne, élu sur les bases des idées de Chevènement, en alliance avec le courant Mitterrand). J’avais écrit une longue lettre à François Mitterrand pour l’informer de mon désaccord avec son choix. Dans une lettre manuscrite, il m’avait répondu que c’était le seul choix raisonnable, compte tenu des contraintes financières.

 

Les travaux de François Ruffin et du journal Fakir permettent de comprendre ce qui s’est passé en 1983 La semaine où la gauche a basculé à droite (+ Vidéo). En dix jours se déroule un thriller politique. Le 13 mars, François Mitterrand souhaite une « autre politique ». Le 23 mars, c’est plié : ce sera le « tournant de la rigueur » et l’Europe de l’austérité. S’ouvre alors la « parenthèse libérale ». Dans laquelle nous sommes encore coincés. Voir la vidéo, excellente. Extraits.

 

14 mars 1983 : Le nœud

Hier, la gauche a subi une défaite, mais pas de débâcle. Un « avertissement », comme cause Lionel Jospin, le premier secrétaire du PS, avec trente et une villes perdues : Grenoble, Roubaix, Tourcoing, Épinal, Nîmes, etc. À l’Élysée, le président attend son Premier ministre. C’est l’heure du choix, désormais, un choix qu’il repousse depuis trop longtemps. Il relit une note, que lui a fait passer Jacques Delors, son ministre de l’économie : « Sur un an, la consommation des Français augmente de 3,7 %, mais la production intérieure que de 2,1 %. La différence est assurée par une flambée d’importations. » Le déficit commercial s’est accru de trente-deux milliards. Sur un an, le taux de couverture en produits manufacturés a baissé de dix points, passant de 88 % à 78 %. C’est net : la relance française profite aux Allemands, aux Américains, aux Japonais. Que faire, alors ? Il n’y a que deux options, et pas de troisième voie : la France doit-elle sortir du Système monétaire européen (SME), prendre des mesures protectionnistes, limiter les importations, et persister dans une politique « de gauche », volontariste, tournée vers l’industrie, vers le progrès social ? Ou doit-elle accepter la discipline du SME, lier le franc au mark, et, dès lors, procéder à un « assainissement » budgétaire, à une « désinflation compétition », bref, à de l’austérité pour l’état comme pour les salariés ? Ce nœud, il faut maintenant le trancher. Un nœud que Mitterrand a lui-même emmêlé, sciemment, depuis un an au moins.

 

14 mars 1983 : Le refus

Ce dilemme tourmente le président, ce matin. Mais il déchire le PS, comme en témoigne la presse du jour : dans Le Monde, les chevènementistes s’en prennent aux rocardiens, parlent d’« acquiescement à une fatalité », de « soumission mélancolique aux contraintes d’un environnement hostile », d’une « polémique antiprotectionniste » qui serait « la pointe avancée d’une opération politique de grande envergure », qui conduirait au « libéral déflationnisme ». Il faut trancher. Pierre Mauroy s’assied face à lui. « Je vous garde, lui annonce François Mitterrand, mais pour faire une politique économique plus tranchée qui implique la sortie du franc du SME.
— Non ! lui répond Pierre Mauroy. Je ne saurai pas faire ! Je ne suis pas l’homme d’une telle politique ! » Après ce refus, donc, l’incertitude demeure : de quel côté penchera la balance ?

 

15 mars 1983 : La conversion

La gauche a nommé, comme directeur du Trésor, Michel Camdessus, un libéral convaincu, qui deviendra bientôt directeur du FMI, qui imposera aux pays du Sud des « plans d’ajustement » draconiens. Pareil personnage n’est pas, on le devine, franchement favorable à l’« autre politique ». Il fait même tout pour s’y opposer. En lien avec le groupe Attali, il a prévenu : les caisses sont vides. Et ensemble, les deux compères se rendent ce matin au ministère du Budget. À Laurent Fabius, ils dépeignent « les conséquences terribles que pourraient avoir une sortie du franc du SME : coup d’arrêt à la construction européenne, décrochage du franc d’au moins 20 %, terrible pour les achats de pétrole et la dette ; des taux d’intérêt qui grimpent de 15 à 20 % ; un million de chômeurs en plus et, au bout du compte, un plan d’austérité de la part du FMI ». À côté de ça, les dix plaies d’Égypte sont une partie de plaisir… Jusqu’alors, Laurent Fabius est plutôt proche de l’« autre politique », favorable à une sortie temporaire du SME. À l’automne 1981, il a préparé un budget avec des dépenses publiques en hausse de 30 %, l’embauche de 200 000 fonctionnaires, 500 % d’augmentation pour la recherche, 100 % pour la culture et le travail, 40 % pour le logement, 30 % pour la justice... Après son exposé, Michel Camdessus a « vu brusquement Fabius changer de visage. Il n’avait pas perçu toutes les conséquences d’un flottement généralisé. Mais peut-être n’ai-je convaincu si facilement Fabius que parce que celui-ci savait que le Président pouvait encore changer d’avis ».

 

16 mars 1983 : La décision

Le Conseil des ministres approuve, ce matin, l’abaissement de l’âge de la retraite à 60 ans. Voilà pour la façade. Côté coulisses, le jeune Fabius a demandé rendez-vous au « Vieux », et à son tour « il va s’efforcer alors à faire comprendre les conséquences terribles que pourraient avoir une sortie du franc du SME ». C’est, semble-t-il, l’entretien décisif. Aussitôt après, François Mitterrand reçoit à nouveau Pierre Mauroy et lui demande, cette fois, « de penser à la formation d’un gouvernement dans le cadre du maintien dans le SME ». Les dés sont jetés, en principe. Mais le président n’interviendra, il l’a annoncé, à la télévision que le mercredi 23 mars. Tout peut dépendre, encore, des négociations monétaires – qui doivent se tenir ce week-end à Bruxelles (…).

 

 29 mai 1983 : Le destin

Deux mois après son départ du gouvernement, Jean-Pierre Chevènement proteste devant la convention nationale du Parti socialiste : « L’histoire nous jugera, et d’autant plus sévèrement que, à la différence de ce qui s’était passé sous le Front populaire, le peuple nous a donné, en 1981, toutes les responsabilités… Tout se passe comme si la politique gouvernementale actuelle avait pour philosophie implicite : il faut assurer la convergence des politiques économiques avec l’Allemagne et nos voisins européens… S’agit-il d’une parenthèse, selon l’expression de Lionel Jospin ? Il y a malheureusement trop de signes en sens contraire. On croit ouvrir une parenthèse, et puis on s’aperçoit que c’est un virage, et bientôt, si l’on n’a pas réagi, celui-ci prend la figure du destin ! »

Et dans son livre Défis républicains, il ajoute :

« Comme j’aurais aimé qu’en mars 1983 François Mitterrand prît davantage ses aises avec un Système monétaire européen concocté par son prédécesseur, défendu bec et ongles par toute la technostructure libérale et dont mon collègue allemand me disait avec une pointe de cynisme qu’il fonctionnait comme “un système de subventions à l’industrie allemande” ! C’eût été changer la face de l’Europe en montrant notre liberté vis-à-vis d’un carcan qu’on avait voulu nous imposer. C’eût été rester fidèle au sens que, depuis dix ans, nous avions voulu donner à notre politique. La gauche aurait perdu en 1986, mais sur ses bases, et la suite eût été différente. Le Parti socialiste eût vertébré en Europe une politique réellement alternative dont l’heure eût fini par sonner. Au lieu de cela, le Parti socialiste se coula peu à peu dans un rôle de thuriféraire de l’orthodoxie libérale et monétariste. » (…)

 

Cet article est le 145ème paru sur ce blog dans la catégorie Gauche France

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25 juin 2013 2 25 /06 /juin /2013 23:40

La gauche est dans une impasse qui profite au FN

 

L’élection législative partielle de la 3ème circonscription du Lot-et-Garonne, le 23 juin 2013, a été riche en enseignements politiques. Voir Leçons de l'élection législative partielle de Villeneuve-sur-Lot (23 juin) - 24 juin 2013.

Après un premier tour qui a vu la gauche sombrer et le candidat FN qualifié avec celui de l’UMP pour le second tour, il a été beaucoup question de « front républicain » pour faire barrage au Front national. Cette fois encore, la tactique de désistement du PS en faveur du candidat UMP a fonctionné, puisque celui-ci a été élu, avec près de 54 % des voix.

Franchement, ce n’est pas vraiment un siège perdu par la gauche, puisque le député Cahuzac n’était pas de gauche, le ministre Cahuzac non plus. Son remplacement au ministère du budget par Bernard Cazeneuve est une heureuse issue pour le pays, de même que les mesures votées par le Parlement. Voir Transparence et fraude fiscale : l'Assemblée vote une batterie de mesures (Le Monde, 25 juin 2013).

 

Au vu des résultats électoraux systématiquement en défaveur de la gauche, celle-ci a de quoi s’alarmer dans la perspective des élections municipales (mars 2014), européennes (mai 2014), sénatoriales (septembre 2014), puis départementales et régionales (mars 2015).

François Hollande avait préparé un programme social démocrate libéral que le gouvernement de Jean-Marc Ayrault est chargé de mettre en œuvre. Les deux premières années, il était prévu que les résultats positifs se feraient attendre mais la défection complète de la croissance européenne amplifie les difficultés économiques et sociales. Le gouvernement va devoir agir afin de créer un « choc social », sinon la révolte populaire est possible.

Voir le point de vue (dans Marianne, 22 juin 2013) de Philippe Petit, journaliste et philosophe, qui rend compte des propos de l’historien britannique Perry Anderson : « Il faut un soulèvement populaire majeur ».

 

Gérard Filoche, de son côté, après avoir passé en revue les manifestations en Turquie, au Portugal, au Brésil, demande (Marianne, 23 mai 2013) : Et nous demain, quelle sera l'étincelle?

 

(…) Dans le pays, personne ne peut comprendre qu’il y ait 590 milliards d’avoirs français dans les paradis fiscaux, ni 108 milliards en Suisse, ni de 60 à 80 milliards de fraude fiscale… et qu’on s’en prenne à nos petites retraites… 

  

Personne ne peut comprendre qu’on n’augmente toujours pas le Smic le 1er juillet et qu’on fasse encore reculer les salaires des catégories C de la fonction publique. 

  

Personne n’admet que la gauche n’entame aucune redistribution des richesses immenses qui existent dans ce pays… D’ou le mécontentement qui monte de façon spectaculaire. Nous ne sommes plus dans une période d’espoir, d’attente, de patience, mais de hargne, de rejet de colère… Et ça ira encore dans le mauvais sens, si nous n’inversons pas le cours dramatique des évènements. 

  

Cela traverse toute la gauche, à commencer par le Parti socialiste lui même ou les militants viennent de donner 73 % des voix à la gauche socialiste ! Si les militants et électeurs de la gauche, politique et syndicale, dans son ensemble, étaient aujourd’hui consultés, pouvaient s’exprimer, il y aurait 80 % d’entre eux qui rejetteraient la politique actuellement suivie par le gouvernement Ayrault. 

 

Ce « choc » traverse la CFDT comme le PS, ça indigne le FdG comme les Verts, de partout, ça pousse pour réorienter vite et fort la politique suivie depuis novembre 2012 ! 

  

Car toute la gauche est dans la même impasse, il n’y a visiblement pas deux gauches aux yeux des électeurs, quand le PS recule, tout le reste de la gauche recule, c’est vérifié encore une fois à Villeneuve comme l’Oise. Toute la gauche est dans le même bateau ! 

 

Pas touche a nos retraites ! Pas un trimestre de plus, pas un euro de moins. Ne pas se diviser mais au contraire essayer de construire une dynamique rassembleuse capable d’entraîner toutes les composants politiques et sociales de la gauche ; ça doit être l’objet d’une grande campagne unitaire d’information, d’éducation, de mobilisation pour la défense de nos retraites.

 

Et aussi, dans Le Point, 2 mai 2013 : "Hollande a donné satisfaction à ceux qui n’ont pas voté pour lui »

 

La gauche doit se rassembler autour des principes et valeurs de la gauche républicaine, ce qui implique une réorientation de la politique française et européenne. François Hollande ne peut éviter une inflexion de sa politique et un renforcement de la capacité de son gouvernement à satisfaire, en priorité, les attentes des milieux populaires. C’est ce qui dégonflera les aspirations au vote FN et apportera de l’espoir aux français.

Cet article est le 144ème paru sur ce blog dans la catégorie Gauche France

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24 juin 2013 1 24 /06 /juin /2013 22:42

Répondre aux préoccupations concrètes des électeurs du FN

 

L’appel du PS (et de ses alliés MRC* et PRG) - à voter pour le candidat UMP au second tour de l’élection de Villeneuve-sur-Lot - a eu pour effet l’élection de celui-ci, face au candidat FN, le 23 juin 2013. * Voir Législative partielle de Villeneuve-sur-Lot: un net avertissement adressé à la majorité.

 

Pour bien comprendre le sens de ce vote, il faut d’abord prendre connaissance de ces Précisions sur l'élection législative partielle de Villeneuve-sur-Lot (47) - 19 juin 2013.

 

Ensuite, cet article du quotidien La Croix, le 24 juin 2013, intitulé Les leçons du scrutin de Villeneuve-sur-Lot :

 

Les élections législatives partielles se suivent et se ressemblent. Pour la deuxième­ fois depuis le début de l’année, le candidat PS a été éliminé au premier tour et le candidat UMP élu au second face à celui du FN. Dimanche, l’UMP Jean-Louis Costes a en effet battu le FN Étienne Bousquet-Cassagne dans la 3e  circonscription de Lot-et-Garonne, celle de l’ancien ministre PS Jérôme Cahuzac. S’il n’a pas été élu, le candidat FN a réalisé entre les deux tours une « progression spectaculaire », s’est félicitée Marine Le Pen, puisqu’il est passé de 8 552 voix (26 % des suffrages exprimés) à 15 647 voix (46 %).    

 

Une dynamique due à plusieurs facteurs

« On ne peut pas attribuer cette progression seulement au contexte de l’affaire Cahuzac », explique le politologue Joël Gombin. Il en veut pour preuve la législative partielle organisée en mars dans la 2 e  circonscription de l’Oise, où la candidate FN était passée de 7 249 voix (27 % des suffrages exprimés) à 13 190 voix (49 %), frôlant la victoire. « Il y a quelques années, lorsqu’il parvenait à se qualifier au second tour d’une élection, le FN stagnait en nombre de voix », rappelle pour sa part Marine Le Pen dans un long communiqué d’analyse électorale.

 

Plusieurs facteurs expliquent cette dynamique. « Aujourd’hui, le FN parvient entre les deux tours à mobiliser un électorat qui se dit que ça vaut le coup de se déplacer pour voter afin de renverser la table, puisqu’un candidat anti-système s’est qualifié au second tour », avance Jérôme Fourquet de l’Ifop. Lui et Joël Gombin observent en outre que, dans des configurations de duel, le FN progresse aussi bien face à la gauche que face à la droite. Un phénomène observé aux élections cantonales de 2011, puis aux législatives de 2012.

Un vote FN devenu possible pour beaucoup

« Il y a désormais une acceptabilité plus large du vote FN, décrypte Laurent Bouvet, directeur de l’Observatoire de la vie politique de la Fondation Jean-Jaurès. Ce vote était jusque-là impossible pour beaucoup d’électeurs, même déçus des partis de gouvernement, en raison de la personnalité de Jean-Marie Le Pen. Il est devenu possible avec Marine Le Pen. » 

Laurent Bouvet souligne par ailleurs qu’en élargissant ses thématiques, le FN s’adresse désormais « à tous les électeurs, y compris des électeurs de gauche populaire qui peuvent finir par se retrouver, malgré des réticences, dans son discours sur l’État stratège, la défense des services publics, la critique de la mondialisation et de l’Europe libérales ».

« Marine Le Pen parle moins d’immigration et de sécurité car c’est de l’acquis, mais ces questions demeurent les préoccupations prioritaires de son électorat, en concurrence avec le chômage,poursuit Jérôme Fourquet. Le concept de préférence nationale permet d’articuler anciennes et nouvelles thématiques: c’est en le réservant en priorité aux nationaux que le FN entend préserver le modèle social français. » 

Des reports de voix différents entre gauche et droite

Selon le sondeur, cette spécificité du discours de Marine Le Pen explique son succès par rapport à Jean-Luc Mélenchon, également pourfendeur des politiques européennes, mais « qui ne parvient pas à profiter de l’impopularité record de François Hollande ». Une impopularité qui « rejaillit sur les scores des candidats du PS ».

Les reports de voix ne sont toutefois pas identiques: une partie des électeurs de gauche est plus facilement encline à refuser de trancher entre la droite de gouvernement et l’extrême droite en se réfugiant dans l’abstention ou le vote blanc. De fait, dimanche dernier, pas moins de 14 % des électeurs inscrits ont voté blanc ou nul au second tour, contre 2 % seulement au premier. En face, une partie des électeurs de droite votera plus facilement pour l’extrême droite que pour la gauche de gouvernement. « Un sympathisant UMP sur deux a une bonne opinion de Marine Le Pen et souhaite des accords électoraux avec le parti frontiste », précise ainsi Jérôme Fourquet. Autant d’électeurs de droite pour qui glisser dans l’urne un bulletin FN n’est plus inconcevable. D’autant plus que, d’après Joël Gombin, « la droitisation de l’UMP prépare le terrain aux candidats FN car les électeurs préféreront toujours l’original à la copie ». Bref, la « ligne Patrick Buisson » bénéficierait en réalité à l’extrême droite au lieu de la contenir.

Associer le FN au pouvoir ? 

Reste que pour l’instant, le FN bute toujours sur le second tour en cas de duel. « Gilbert Collard et Marion Maréchal-Le Pen ont été élus députés dans une triangulaire, rappelle Joël Gombin. Dans un duel, la victoire du FN reste extrêmement difficile, car le système majoritaire exige pour gagner de nouer des alliances entre les deux tours. » 

Un constat qui vaut aussi bien pour l’extrême droite que pour le centre. « Seul contre tous, il est extrêmement difficile de passer la barre des 50 % », renchérit Jérôme Fourquet. Pour ce dernier, « il n’existe que deux façons de faire baisser durablement l’extrême droite: soit l’associer au pouvoir comme en Autriche et en Italie, soit répondre de façon concrète, déterminée et crédible aux préoccupations de ses électeurs ».

Voir aussi L’électorat du Front National a profondément évolué (La Croix, Bernard Gorce, 21 juin 2013) ;

A Villeneuve-sur-Lot, le FN a profité à plein de l’affaire Cahuzac (La Croix, Céline Rouden, 17 juin 2013).

 

Villeneuve-sur-Lot : "Il faut une stratégie collective contre le FN" (Le Monde, Thomas Wieder, 24 juin 2013). Extrait de l’entretien avec Matthias Fekl, député PS de la 2ème circonscription du Lot-et-Garonne et responsable PS dans ce département. 

Considérez-vous, comme certains au PS, que les résultats de cette élection sont un signal envoyé au gouvernement pour qu'il "gauchise" sa ligne ?

Pour moi, ça n'est pas du tout la question. Si les électeurs socialistes avaient pensé cela, ils auraient voté pour les Verts ou le Front de gauche au premier tour. Or ils ne l'ont pas fait. L'enjeu n'est donc pas de savoir si le gouvernement doit être plus ou moins à gauche. C'est, plus prosaïquement, de répondre aux impatiences de plus en plus fortes de nos concitoyens, notamment dans les milieux populaires.

Au lendemain de la législative partielle de Villeneuve-sur-Lot, les socialistes se divisent sur la pertinence du front républicain. À gauche, de nombreuses voix s'élèvent aussi pour appeler à un changement de politique. En visite en Jordanie, le président François Hollande a commenté brièvement le scrutin lors d’une conférence de presse à Amman : «Nous aurons à tirer toutes les leçons de ce scrutin, et du premier tour et du second tour», a déclaré le chef de l’Etat ».

 

Tout porte à croire qu’avec le Premier ministre, le président aura tiré ces leçons lorsqu’il présentera le remaniement du gouvernement, probablement dans le mois qui vient. Le principal changement devrait porter sur le ministère de l’économie et des finances.

 

Cet article est le 143ème paru sur ce blog dans la catégorie Gauche France

 

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19 juin 2013 3 19 /06 /juin /2013 23:04

Comprendre les raisons de la montée du Front national

 

Après le premier tour, le 16 juin 2013, de l’élection législative partielle de Villeneuve-sur-Lot, et l’élimination de la gauche, voici une étude approfondie, réalisée par Joël Gombin, doctorant en science politique à l’université de Picardie (voir Joël Gombin pour en savoir plus sur son parcours), qui mérite être connue du plus grand nombre. Extrait.

La démission de Jérôme Cahuzac du ministère du budget lui a permis, conformément à la Constitution, de redevenir automatiquement député de la 3e circonscription du Lot-et-Garonne. Ayant décidé de démissionner de son poste à la suite de l'aveu concernant les faits de fraude fiscale dont Mediapart l'avait accusé, et pour lequel une procédure judiciaire avait été ouverte, Jérôme Cahuzac a ouvert la voie à une élection législative partielle.
Le premier tour de cette élection législative partielle s'est tenu dimanche dernier. Comme on sait, le candidat socialiste, Bernard Barral, ne s'est pas qualifié pour le second tour (faute d'arriver dans les deux premiers ou d'obtenir plus de 12,5 % des inscrits), laissant s'opposer au second tour le candidat de l'UMP, Jean-Louis Costes, maire et conseiller général de Fumel, et celui du Front national, Étienne Bousquet-Cassagne, qui ne possède guère d'autre quartier de noblesse que son âge (23 ans). On a beaucoup dit que son père est un notable local (président de la chambre d'agriculture du Lot-et-Garonne), ce qui est exact, mais on a moins souligné qu'il soutient Jean-Louis Costes...
Les commentateurs ont immédiatement souligné la ressemblance du scénario de Villeneuve-sur-Lot avec celui de la deuxième circonscription de l'Oise il y a quelques mois. Soit en bref : élimination du candidat PS au premier tour, dans un contexte de forte abstention, puis très forte progression du candidat FN, le menant près de la victoire. Cela est-il crédible ? L'examen détaillé de la situation et des résultats appelle un certain nombre de
commentaires (…).

Lire la suite : Quelques notes sur la législative partielle de Villeneuve-sur-Lot

 

Dans un communiqué, Jean-Luc Laurent, président du Mouvement Républicain et Citoyen (MRC), a fait savoir ses réactions. Voir La monnaie unique met en danger la gauche et l'amitié franco-allemande - 16 juin 2013.

 

Conseil national MRC 240313 015 TPour sa part, Bastien Faudot, secrétaire national MRC, chargé des élections, a développé les arguments du président du MRC - et plaidé pour que le PS s’ouvre aux autres partenaires de gauche - dans un article paru sur son blog le 18 juin 2013 :

 

Villeneuve-sur-Lot : l'avertissement

 

Face à une difficulté, il y a toujours deux manières de procéder : ou bien on essaie d’analyser la situation et de comprendre les causes agissantes ou bien on cherche à désigner des coupables pour s'exonérer de toute responsabilité.

Au lendemain de la législative partielle de Villeneuve-sur-Lot, le parti socialiste semble avoir préféré la deuxième option. Deux coupables ont en effet d’ores et déjà été recensés : le beau temps qui a tenu les électeurs à bonne distance des urnes (sic,) et les autres partenaires de gauche qui ont empêché le candidat socialiste de faire le plein des voix au premier tour. Harlem Désir répète ce refrain depuis l’annonce des résultats.

Il semble qu’il ait échappé au premier secrétaire du parti socialiste que son candidat avait divisé par deux le score de Jérôme Cahuzac en un an : de 46 à 23% et qu’il serait probablement exagéré d’attribuer une telle chute à la météo ou au candidat EELV Lionel Feuillas qui réalise peu ou proue le même score qu’il y a un an. De même pour le candidat du Front de gauche qui réalise à peine plus de 5% quand il faisait 4,5% en 2012.

Le total des voix de gauche ne représente qu’à peine 32% des suffrages en 2013 quand Cahuzac faisait 61,5% en 2012. Il faut être singulièrement aveugle pour imaginer autre chose qu’une défaite pour la gauche dans de telles conditions.

La petite musique jouée aujourd’hui par Solférino rappelle de tristes souvenirs : on accuse EELV de ce dont on accusait Chevènement en 2002. Les données sont identiques (élimination du candidat socialiste au 1er tour au profit du FN) et le piètre score du candidat socialiste n’apparaît pour son parti que comme un dégât collatéral dû à la météo ou à la division. Les mêmes causes produisent les mêmes effets, et l’accusation grossière portée contre EELV consiste à détourner l’attention des vraies raisons d’une telle débandade. Comme à la fin d’une fable de La Fontaine, la morale de l’histoire n’est pas des plus agréables : en démocratie les partenaires du PS ont le droit de se porter candidats si, et seulement si, cette candidature n’empêche pas l’élection du candidat socialiste à la fin. Fermez le ban.

Ce système est, à l’évidence, à bout de souffle. Lorsqu’on préfère les explications superficielles (le soleil et la division) à l’analyse des causes profondes (le symbole de Cahuzac qui incarne certaines déviances dans les relations de la politique et de l’argent, la crise de l’euro, la politique d’austérité), c’est par réflexe de survie. Le PS veut continuer d’exercer une hégémonie mais n’a pas à lui seul le soutien populaire pour le faire.

Car il faut être conséquent : on ne peut pas vouloir imposer une domination sur la représentation politique au plan local comme au plan national par l’usage du rapport de force, et se plaindre, une fois les élections passées, des résultats du rapport de force.

Les municipales seront l’occasion de vérifier si des leçons ont été retenues de l’épisode désastreux de Villeneuve-sur-Lot. Si le PS veut monopoliser l’ensemble des responsabilités locales, il construira les conditions d’un échec majuscule. S’il consent à construire un partenariat équilibré sur la base du partage des responsabilités avec les autres formations de gauche, il se donnera toutes les chances de mobiliser ceux qui ne souhaitent pas le retour des conservateurs et des libéraux.

 

Cet article est le 142ème paru sur ce blog dans la catégorie Gauche France

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16 juin 2013 7 16 /06 /juin /2013 23:53

L’euro doit évoluer en monnaie commune européenne

 

Ce soir, j’ai envie de rapprocher l’élimination du candidat PS du second tour de l’élection législative du Lot-et-Garonne et la déclaration d’un ancien dirigeant du patronat allemand concernant la monnaie unique européenne. J’ai l’impression d’assister, impuissant, à une double maladie, celle de la gauche française, voire européenne, et celle de l’amitié franco-allemande. Dans les deux cas, le bon diagnostic n’est pas fait, sauf par le MRC et par cet ancien patron allemand, Hans-Olaf Henkel. Le poison, c’est l’euro, monnaie unique. Certains, comme Jean-Pierre Chevènement, l’ont compris depuis vingt ans (les débats autour du traité de Maastricht). D’autres commencent à s’en rendre compte, avec stupeur, comme Hans-Olaf Henkel.

Législative partielle de Villeneuve-sur-Lot: un net avertissement adressé à la majorité

Communiqué de presse de Jean-Luc Laurent, Président du Mouvement Républicain et Citoyen, Député du Val-de-Marne, dimanche 16 juin 2013.

 

Le résultat du premier tour de l'élection législative partielle de Villeneuve-sur-Lot est sans équivoque : le candidat socialiste, soutenu par le PRG et le MRC, n'est pas parvenu à se qualifier pour le second tour, ni à mobiliser les électeurs. Dimanche prochain, le MRC appelle les citoyens à faire barrage au FN en votant pour le candidat républicain.

Un "effet Cahuzac" ne peut suffire à expliquer cet échec. La division de la majorité qui aurait dû se rassembler complètement dès le premier tour à été un handicap.

Mais il faut regarder la réalité en face: après les deux revers subis dans les circonscriptions des Français de l'étranger la semaine passée et les élections partielles perdues de décembre, c'est un net avertissement politique qui est adressé à la majorité.

Dans un contexte de crise économique et sociale renforcé par les mesures d'assainissement des finances publiques, le Gouvernement doit enfin fixer un cap européen à son action et se défaire de l'emprise du triple B (Bercy, Bruxelles, Berlin).

Obtenir une réorientation de l'Europe dans le sens de la croissance et de l'emploi: telle est l'urgence à une année du scrutin majeur que constituera l'élection européenne. Le stade de l'avertissement sera alors passé.

 

"Les chevènementistes veulent jouer un rôle d'aiguillons"

Interview de Jean-Luc Laurent, Président du Mouvement épublicain et Citoyen, Député du Val-de-Marne, parue sur LeFigaro.fr, jeudi 13 juin 2013. Extrait.

Le Figaro: Sur quels sujets voulez-vous peser davantage au sein du groupe PS ?

Jean-Luc Laurent: Nous sommes à l'aise au sein du groupe PS car nous avons la liberté d'expression et de vote. Nous voulons jouer un rôle d'aiguillons. Nous avons voté neuf fois sur dix les projets du gouvernement, mais nous sommes en désaccord avec le PS sur l'Europe. Nous n'avons pas voté le Traité européen ni la règle d'or, ni le programme européen de stabilité car nous considérons que la construction d'une autre Europe est la mère des batailles pour sortir la France de l'impasse. Nous refusons la politique d'austérité, qui ne peut pas être transposable en France. Nous voulons un euro moins cher, un changement des statuts de la Banque centrale européenne (BCE) pour intégrer la croissance. Le MRC pense aussi qu'il faut organiser la mutation de la monnaie unique vers une monnaie commune pour conserver à chaque nation sa souplesse. Nous voulons enfin une réorientation de la construction européenne dans le dialogue avec l'Allemagne, qui n'exclut pas la confrontation. À l'Allemagne, il faut parler franc et franchement.

Si l'on veut sauver l'amitié franco-allemande, renonçons maintenant à la monnaie unique (Le Monde, 14 juin 2013)

 

Par Hans-Olaf Henkel (Ancien dirigeant d'entreprise. Professeur honoraire à l'université de Mannheim (Allemagne)

Le constat est indéniable : les relations franco-allemandes n'ont jamais été aussi tendues depuis soixante ans, époque où de Gaulle embrassait Adenauer. J'estime que cette dégradation doit être imputée principalement à l'euro. Moi qui en étais jadis un fervent partisan, je reconnais avoir commis là une faute professionnelle grave et je me rends à l'évidence : l'euro est désormais trop fort pour la France et trop faible pour l'Allemagne (…).

Le temps est venu de reconnaître que l'euro faillit non seulement à sa vocation économique mais à sa vocation politique. N'était-il pas censé contribuer à l'intégration européenne et à la paix ? Au lieu de cela, les divers plans de sauvetage de l'euro ont obligé l'Allemagne à endosser le rôle de bailleur de fonds, l'autorisant ainsi à sermonner ses débiteurs potentiels, dont la France. Les Français n'aiment pas qu'on leur donne des leçons, et pour cause : avant l'introduction de l'euro, le gouvernement allemand n'avait pas à s'ingérer dans la politique économique de ses voisins. Aujourd'hui, il semble se préoccuper davantage des privatisations grecques, de la dette publique italienne et des réformes françaises du travail que de ses propres problèmes intérieurs. L'Europe méridionale tenait jadis l'Allemagne dans le plus grand respect. Lors de la récente visite d'Angela Merkel à Athènes, il a fallu déployer 7 000 policiers pour assurer sa protection.

Le fossé entre les pays de la zone euro et les autres est de plus en plus alarmant. Seuls les Roumains sont encore désireux d'adopter la monnaie unique. L'éventualité d'une sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne n'est sans doute pas étrangère aux décisions prises au sein de la zone euro en vue de centraliser, d'égaliser et d'harmoniser. Avant que l'amitié franco-allemande n'en soit la victime collatérale, finissons-en avec la monnaie unique !

Traduit de l'anglais par Myriam Dennehy

Hans-Olaf Henkel, ancien dirigeant d'IBM en Allemagne, a présidé le Bundesverband der Deutschen Industrie, l'équivalent allemand de l'organisation patronale française, de 2000 à 2005.

 

 

Rappel : Gaël Brustier craint que la gauche paie la facture du pari sur la fracture - 11 juin 2013 et Gaël Brustier suggère à la gauche d'appliquer la pensée de Gramsci - 17 mars 2013

 

 

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