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  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine autour des idées de Jean-Pierre Chevènement. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens après les élections de 2002.
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11 mai 2013 6 11 /05 /mai /2013 21:39

C’est la gauche dans son ensemble qui doit gagner

 

Jean-Luc Mélenchon doit mettre son talent au service de la gauche, afin qu’elle réussisse, rassemblée. La voir divisée, comme c’est le cas actuellement, désespère son électorat potentiel. Cela fait le jeu de la droite et de l’extrême droite.

 

En 2010, j’avais comparé les deux personnalités politiques que sont Mélenchon et Chevènement. J’ai connu les deux mais en étant, depuis 40 ans, très proche du second (sauf entre 1993 et 2001 - j’étais resté au PS, ne l’ayant pas suivi au Mouvement des Citoyens). A aucun moment, je ne les ai vus alliés. Chacun met d’abord l’accent sur ce qui les sépare.

- Quand j’ai rencontré Jean-Luc Mélenchon, le 23 octobre 2008, à Laval - où il était venu soutenir Hervé Eon, le porteur de la pancarte « casse-toi, pov’ con », poursuivi en justice pour offense au chef de l’Etat - ses premiers mots étaient pour souligner son désaccord avec Jean-Pierre Chevènement. Il m’avait, ensuite, confié le caractère imminent de son départ du PS.

 - J’ai aussi le souvenir, après l’élection présidentielle de 2002, sur les ondes de France Inter, des déclarations fracassantes de Mélenchon, appelant au dépassement de la conception républicaine de Chevènement, et ne craignant pas d’affirmer que celui-ci avait fait son temps. J’en avais été meurtri.

 

En fait, s’ils sont tous les deux républicains de gauche, ils ne le sont pas de la même façon. Voir Chevènement et Mélenchon : deux républicains, vus par Michel Sorin - 22 avril 2010. 

 

Ce qui importe, au-delà de leurs différences, c’est leur contribution à la réussite de la gauche.

 

Université d'été MRC 2010 003 TL’un et l’autre ont fait savoir qu’ils accepteraient d’être premier ministre, si Hollande le leur demandait.

Voir Chevènement accepterait de conduire un gouvernement de salut public - 27 avril 2013 et Mélenchon : « Si Hollande me propose d'être Premier ministre, j’y vais immédiatement » (RMC, 3 mai 2013).

 

JL-M-lenchon-Laval-23-10-08.jpgL’un et l’autre se réfèrent à Jean Jaurès (voir Jean-Pierre Fourré a raconté Jean Jaurès à Saint-Berthevin le 2 février - 13 février 2012). Mais est-ce le même Jaurès ? 

 

Jean-Paul Damaggio aime bien Mélenchon, ce qui ne l’a pas empêché d’effectuer une analyse critique de ses déclarations. Voir, sur le blog « La Sociale » : Mélenchon aime citer Jaurès (9 mai 2013).

 

(…) Aujourd’hui Mélenchon et le Parti de Gauche aiment parsemer leurs discours et leurs textes de citations de Jaurès. C’est ainsi que Mélenchon a terminé son intervention du 5 mai 2013 par ce socialiste célèbre. Ceci m’incite à écrire cet article qui ne va pas me faire des amis car, quand on a la chance d’avoir un tribun qui relance l’espoir démocratique, il vaut mieux l’encenser. Je me contente d’avancer quelques faits; donc merci de juger les faits et non d’inventer des intentions…

 

Mélenchon et le culte du chef (…)

Mélenchon au-dessus des partis (…)

Mélenchon et l’ancrage politique (…)

Mélenchon et l’analyse du capitalisme actuel (…)

Mélenchon et la Sixième République (…)

 

Conclusion : Nous avons beaucoup à apprendre des combats de Jaurès, de sa méthode, de sa fermeté, de sa clarté mais pas à des fins utilitaires. Et j’ose espérer que Mélenchon lui-même a beaucoup à apprendre des uns et des autres et autant de ses laudateurs que de ses critiques. La révolution qu’il appelle de ses vœux ne sortira pas de sa tête, mais d’un mouvement social avec lequel nous devons chercher à construire notre propre conscience pour avancer pas à pas dans la lutte des classes.

 

Cet article est le 138ème paru sur ce blog dans la catégorie Gauche France

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10 mai 2013 5 10 /05 /mai /2013 22:47

Les militants socialistes étaient présents sur le terrain

 

Il y a 40 ans, le 4 mai 1973, nous étions 12 à Saint-Berthevin - près de Laval, en Mayenne - réunis chez Michelle et Daniel Legay ce soir-là afin de créer une nouvelle section du Parti socialiste.

 

Cette date avait été choisie en fonction de la disponibilité de Francis Bour, ancien directeur de cabinet du ministre Robert Buron (Wikipédia). Celui-ci était décédé le 28 avril 1973 et sa sépulture avait eu lieu à Villaines-la-Juhel le 3 mai, en présence de François Mitterrand. Francis Bour était adhérent du PS depuis le congrès d’Epinay-sur-Seine, en 1971, comme Robert Buron (Céas53), auteur du discours de clôture de ce congrès qui a profondément marqué l’histoire du socialisme en France.

Le 18 mars 1971, Robert Buron participe à Paris à un grand meeting d'union de la gauche avec les dirigeants du PCF et du Parti socialiste. Il lance un appel aux chrétiens à rallier la gauche. Robert Buron participe au congrès d'Épinay du Parti socialiste en 1971. Sa motion Vie nouvelle- Objectif 72 recueille 1,5 % des suffrages. Il est maire de Laval de 1971 à sa mort en 1973 (Wikipédia).

 

Michelle Legay, conseillère municipale de Saint-Berthevin depuis 1971, élue dans l’équipe du maire (centre droit), Bernard Le Godais, souhaitait bénéficier des réflexions d’une section PS et amorcer une opposition municipale. C’est, à sa demande, que j’ai été élu secrétaire de section, après m’être engagé à habiter Saint-Berthevin, ce qui fut fait rapidement.

 

La section PS de Saint-Berthevin a travaillé sur les questions de politique nationale mais aussi municipale. Le dimanche 26 octobre 1975, elle organisait un déplacement en car à Hérouville-Saint-Clair (Calvados), près de Caen, afin d’étudier l’action d’une municipalité socialiste (majorité d’union de la gauche depuis 1971). En 1976, elle soutenait la lutte des travailleurs de l’entreprise Gruau et préparait une liste en vue des élections municipales de mars 1977. C’était une première pour la gauche à Saint-Berthevin. La liste d’union de la gauche (PS-PCF) était arrivée en 3ème position mais c’était une bonne façon de marquer son territoire électoral.

 

Au niveau national, les élections législatives en 1978 étaient gagnables par la gauche mais finalement perdues en raison de divisions, à l’initiative du Parti communiste. Il fallut attendre 1981 pour voir la gauche réussir à l’élection présidentielle, à la 3ème tentative (après 1965 et 1974) de François Mitterrand (Wikipédia), alors qu’il n’était plus très jeune (64 ans).

(…) À force d'opiniâtreté et grâce à son habileté de stratège, il a néanmoins réussi à s'imposer comme chef de file de la gauche non communiste. D'abord en s'affirmant comme principal opposant au général De Gaulle en 1965. Ensuite, en prenant le contrôle du Parti socialiste, au cours du congrès d'Épinay en 1971, en s'appuyant à la fois sur l'aile droite (motion Mauroy/Gaston Defferre) et l'aile gauche (motion Chevènement) du parti. L'année suivante, l'Union de la gauche, stratégie poursuivie par Mitterrand depuis le début des années 1960, se concrétise avec l'adoption d'un programme commun de gouvernement par le Parti socialiste, le Parti communiste français, et le Mouvement des radicaux de gauche, portant notamment sur les nationalisations, la réduction du temps de travail et le désarmement nucléaire (…)

Malgré la défaite sur le fil de François Mitterrand à l'élection présidentielle en 1974, la dynamique électorale du PS est bien enclenchée dans les années 1970 (…). La rupture entre les deux partis est consommée lors de la renégociation du programme commun en 1977 (…).

 

J’ai vécu l’élection présidentielle en tant que mandataire départemental de François Mitterrand. Depuis le congrès de Metz, en 1979, étant à la tête du courant CERES (Chevènement), majoritaire en Mayenne en alliance avec le courant Mitterrand (les motions Mauroy et Rocard étant minoritaires, ensemble), j’étais responsable départemental et cela durera jusqu’au congrès de Bourg-en-Bresse, en 1983.

 

Résultats. Voir Élection présidentielle française de 1981 - Wikipédia

(…) Mitterrand a obtenu 51,76 % des voix exprimées, choisi par 15 708 602 électeurs, soit 1 065 956 de plus que son adversaire, et 8 202 302 de mieux que son résultat du premier tour, quand Valéry Giscard d'Estaing n'a rallié que 6 419 874 nouveaux électeurs. Par rapport au second tour de 1974, le score du candidat socialiste s'est amélioré de 2 736 658 votes. Le taux d'abstention (14,13 %) a été faible : par rapport au premier tour, 1 733 470 électeurs supplémentaires se sont déplacés. Les votes blancs et nuls ont doublé entre les deux tours. François Mitterrand a avant tout bénéficié d'un bon report de voix : 92 % des communistes, 53 % des écologistes, et 18 % des gaullistes selon la Sofres. François Mitterrand a remporté la majorité dans 65 départements de la France métropolitaine ; il en a conquis 25 de plus qu'en 1974. Les différences catégorielles entre l'électorat de Mitterrand et celui de Giscard d'Estaing ne sont pas très marquées. On peut néanmoins noter que, en moyenne, l'électeur de gauche est légèrement plus masculin, jeune et salarié que l'électeur moyen de droite  (…).

 

Commentaires 30 ans après

 

10 mai 1981 : les leçons d'une victoire (Le Monde, Jean-Noël Jeanneney, 7 mai 2011)

 

Dans un article qui aurait pu porter le titre d'un de ses livres, Leçon d'histoire pour une gauche au pouvoir, le président du conseil scientifique de l'Institut François-Mitterrand explique pourquoi, selon lui, le premier secrétaire du Parti socialiste l'a emporté en 1981 : la "maîtrise des rythmes", d'abord, autrement dit "l'art de réinjecter de la lenteur dans la vie publique". L'homme qui voulait "donner du temps au temps", rappelle l'historien, savait "créer lui-même l'événement sans se le laisser imposer". Il s'est déclaré tardivement candidat (le 8 novembre 1980), puis a fait une campagne courte. Bref, il ne s'est pas épuisé, et a su éviter d'épuiser l'opinion. Les souvenirs de Jean Glavany à propos de la campagne de 1981, racontés quelques pages plus loin, vont dans le même sens - et rappellent au passage quelques éléments de bon sens sur l'usage des sondages en période électorale.

Aux autres ingrédients de la victoire - un ancrage résolument à gauche et une capacité à "faire confiance aux vertus de sa propre pédagogie", au risque de prendre l'opinion à revers (ce qui fut le cas à propos de la peine de mort) -, Jean-Noël Jeanneney ajoute une autre réflexion, elle plutôt inspirée par les échecs postérieurs à 1981 : les socialistes, selon lui, auraient dû constituer à l'époque où ils étaient dans l'opposition une sorte de "contre-gouvernement", à la manière des Britanniques. Gage d'efficacité pour les lendemains de victoire, il s'agit, dit-il, d'un besoin "impérieux" aujourd'hui.

 

10 mai 1981, triste anniversaire  (Le Monde Diplomatique, Serge Halimi, 10 mai 2011)  

(…) En définitive, la question n’est pas tant de savoir, trente ans après, si les socialistes ont « échoué » ou s’ils ont « réussi ». Ils ont échoué sur le front de l’emploi et sur celui de l’égalité sociale. Ils ont réussi sur ceux de l’inflation et des taux de profit. Le problème, c’est qu’on attendait d’eux qu’ils livrent la première bataille, pas qu’ils remportent la seconde.

 

La refondation socialiste en France passe par une profonde réorientation de l’Europe

 

Ayant vu de près comment le PS s’est éloigné des idées qui l’avaient amené aux responsabilités en 1981 - Mitterrand a délaissé le socialisme pour se réfugier dans la perspective européenne - et comment les peuples ont perdu la main dans cette Europe néolibérale dépourvue de sens et de cap, je suis persuadé qu’une politique de gauche n’est possible en France qu’en imposant à l’Europe une remise à plat de son identité dévoyée, en insufflant le retour de la démocratie et le respect des souverainetés nationales.

Voir Les socialistes, les altermondialistes et les autres (Gaël Brustier, Edition Bruno Leprince, 2008 - commentaires de Samir Amin, Le Monde Diplomatique, décembre 2008)

Ce livre, qui analyse les raisons de l’abandon d’un projet socialiste en France, met d’emblée en cause l’adoption d’une « idéologie européaniste ». Conçue pour rendre le socialisme illégitime, voire illégal, cette idéologie de substitution annihile tout espoir social. De surcroît, plus l’Europe sera capitaliste, moins son capitalisme sera européen. L’atlantisme, indissociable de l’européanisme, ruine toute perspective internationaliste des travailleurs et des peuples.

La refondation socialiste en France passe donc par la déconstruction de l’Europe. Il n’y a plus en France de parti des ouvriers et des employés (60 % de la nation) depuis que le Parti socialiste (PS) a choisi de ne s’adresser qu’aux classes moyennes. En contrepoint des thèses d’Antonio Negri, l’auteur invite les contre-pouvoirs à envisager l’exercice du pouvoir. Il propose une géopolitique alternative à l’euro-atlantisme fondée sur le rapprochement entre Paris, Berlin et Moscou, renforcée par des alliances avec les peuples d’Amérique latine. Peut-être pourrait-il prolonger l’axe de libération de la tutelle de Washington jusqu’à Pékin, et celle des alliances anti-impérialistes en direction des pays d’Asie et d’Afrique.

 

Voir Europe à refonder : Michel Sorin propose de créer des groupes CiViQ - 30 avril 2013

 

Cet article est le 137ème paru sur ce blog dans la catégorie Gauche France

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17 mars 2013 7 17 /03 /mars /2013 23:15

Le divorce entre la gauche et le peuple est désespérant 

 

Les dix premiers mois au pouvoir du nouveau président de la République se soldent par une insatisfaction croissante de l’électorat de gauche qui a assuré la victoire de François Hollande. Deux Français sur trois sont mécontents et ont l’impression que le changement n’est pas au rendez-vous. Voir La popularité de Hollande chute encore (Le Monde, 17 mars 2013).

 

Récemment, les élections législatives en Italie ont confirmé le sentiment populaire de rejet des élites politiques qui continuent à ne rien vouloir changer comme si la crise n’avait pas été causée par la dérive du système financier avec la complicité des pouvoirs politiques au niveau européen. Comment est-ce possible ? C’est le moment de faire appel à la pensée de Gramsci, cet italien qui mettait l’indignation et la force de la raison pour changer le monde.

 

Voir Gramsci serait bien utile aujourd'hui à la gauche en Italie et en France - 2 mars 2013.

(…) Sa réflexion foisonnante aborde divers sujets : la religion, le fascisme, le mouvement ouvrier, la paysannerie, la philosophie, la linguistique, la littérature, la politique, l'idéologie, le droit. Il développe le concept d'hégémonie culturelle pour expliquer la domination de la bourgeoisie et celui de praxis en tant que moyen de lutte des masses.

 

Un jeune politologue (35 ans), Gaël Brustier - que j’ai bien connu au sein du Mouvement Républicain et Citoyen, entre 2004 et 2006, quand le MRC était présidé par Georges Sarre - s’appuie sur la pensée de Gramsci dans son livre récent La guerre culturelle aura bien lieu L’occidentalisme ou l’idéologie de la crise. Editions Mille et une nuits, série Essais, février 2013. Page de couverture.

 

La crise est omniprésente. Pourtant, ses conséquences idéologiques sont largement ignorées. Depuis près de quarante ans, toutes sortes de mouvements idéologiques et politiques ont vu le jour, ayant en commun de penser, dans des dimensions variables, que l'Occident vit un "déclin" et qu'il est menacé dans son existence même. Une idéologie - l'occidentalisme - s'est ainsi peu à peu imposée comme l'idéologie de la crise.
De la crise de la social-démocratie à l'émergence du néo-conservatisme, de la flambée des nouvelles droites populistes à l'apparition de l'hédonisme sécuritaire, de l'évolution des mouvements gays ou féministes au détournement de la laïcité, cette idéologie est devenue culturellement hégémonique sans que l'on s'en rende compte. Parsemée de contradictions, se nourrissant des paniques morales des populations de l'Occident face à l'immigration et voyant dans l'islam un danger imminent pour le mode de vie des pays d'Europe notamment, l'idéologie de la crise ne cesse de déterminer, nos débats de société et escamote les problèmes politiques économiques.
Dans cet univers du doute et de la peur, les gauches sont menacées de disparition. Elles assistent, impuissantes, au développement du spontanéisme droitier... Leur vieux fonds idéologique n'a plus guère de prise, elles sont au pied du mur, elles doivent se réinventer, en appliquant la leçon de Gramsci, car la guerre culturelle aura bien lieu.

 

De ce livre, Jean-Louis André - qui a été conseiller municipal de Chalon-sur-Saône de 2008 jusqu’à sa démission en 2011 - en a fait un résumé, que l’on trouve ici Lire à CHALON - La guerre culturelle aura bien lieu (27 février 2013).

 

Autres articles, concernant ce livre :

La gauche et la guerre des idées (Marianne, Aude Lancelin, 16 mars 2013)

La lutte des classes version XXIe siècle sera-t-elle une guerre culturelle ? (Regards-citoyens, 3 mars 2013)

La droite identitaire à la barre (Le Monde, Gaël Brustier, 21 novembre 2012)

 

Autres livres de Gaël Brustier :

Voyage au bout de la droite : des paniques morales à la contestation droitière (livre de Gaël Brustier et Jean-Philippe Huelin, Mille et une nuits, 2011. Page de couverture)

Paniques morales face aux populations issues de l'immigration islamique, crise de l'État-nation dans l'intégration européenne ou hantise du déclassement de la civilisation européenne semblent nourrir constamment l'émergence de mouvements contestataires à l'intérieur d'une droite en recomposition permanente. C'est tout un pan des sensibilités politiques qui s'est laissé déporter par cette puissante dynamique.

Combinant conservatisme et esprit contestataire, monopolisant la définition du débat politique, la droite a gagné le combat pour l'hégémonie culturelle dans les sociétés occidentales, poussant aussi bien les droites conservatrices que les droites extrêmes à opérer de nombreuses mutations.

Les auteurs exposent avec une grande concision les spécificités de la droitisation actuelle, qu'ils observent non seulement aux États-Unis, avec les Tea Parties, mais aussi en Italie, en Allemagne, en Espagne, en Belgique et aux Pays-Bas, en Suisse, en Suède... dans un véritable tour d'Europe, avant d'étudier le cas particulier de la France.

 

Le livre plonge dans l'histoire des néo-conservateurs américains, ces démocrates ralliés à Reagan à la fin des années 1970 : ce sont eux, avec les théoriciens du thatchérisme, qui, sur la base d'un anticommunisme et d'un anti-gauchisme farouches, ont pensé et réussi à propager leur conception droitière dans les années 80 et 90... jusqu'à la flambée qui a atteint l'Europe continentale dans les années 2000.

Recherche le peuple désespérément (Gaël Brustier et  Jean-Philippe Huelin, François Bourin éditeur, 2009. Page de couverture)   

Pourquoi les hommes politiques ne comprennent-ils plus la société française ? Depuis trente ans, les changements profonds que la France a connus ont conduit à une rupture entre les élites et le peuple... Une gauche enfermée dans les centres-villes a perdu le contact avec son électorat traditionnel populaire. Elle ne sait plus où il se trouve. Pour redonner du sens à une politique au service des couches populaires, les auteurs de Recherche le peuple désespérément ont analysé la géographie sociale de la France d'aujourd'hui. Des centres de nos villes aux zones rurales en passant par les banlieues ou les quartiers pavillonnaires, les auteurs entraînent le lecteur à la redécouverte d'une France qui réserve bien des surprises. Conçu comme un manuel de survie pour une gauche en péril ou pour les républicains soucieux de voir leur pays renouer avec son histoire, cet essai est un outil indispensable et original pour tous ceux qui croient encore que le peuple est au coeur de toute démocratie.

 

Les socialistes, les altermondialistes et les autres (Gaël Brustier, Edition Bruno Leprince, 2008. Commentaires de Samir Amin, Le Monde Diplomatique, décembre 2008)

 

Ce livre, qui analyse les raisons de l’abandon d’un projet socialiste en France, met d’emblée en cause l’adoption d’une « idéologie européaniste ». Conçue pour rendre le socialisme illégitime, voire illégal, cette idéologie de substitution annihile tout espoir social. De surcroît, plus l’Europe sera capitaliste, moins son capitalisme sera européen. L’atlantisme, indissociable de l’européanisme, ruine toute perspective internationaliste des travailleurs et des peuples. La refondation socialiste en France passe donc par la déconstruction de l’Europe. Il n’y a plus en France de parti des ouvriers et des employés (60 % de la nation) depuis que le Parti socialiste (PS) a choisi de ne s’adresser qu’aux classes moyennes. En contrepoint des thèses d’Antonio Negri, l’auteur invite les contre-pouvoirs à envisager l’exercice du pouvoir. Il propose une géopolitique alternative à l’euro-atlantisme fondée sur le rapprochement entre Paris, Berlin et Moscou, renforcée par des alliances avec les peuples d’Amérique latine. Peut-être pourrait-il prolonger l’axe de libération de la tutelle de Washington jusqu’à Pékin, et celle des alliances anti-impérialistes en direction des pays d’Asie et d’Afrique.

 

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19 octobre 2012 5 19 /10 /octobre /2012 23:48

L'amorce d'une révolution morale et sociale…

 

Il persiste et signe… Dans le Nouvel Observateur daté du 1er mars 2012, le démographe et politologue, Emmanuel Todd, affirmait « Grâce à sa "souplesse d'esprit" et sous la pression des classes moyennes et supérieures, le candidat socialiste ne sera pas un nouveau Mitterrand ».

Voir Emmanuel Todd : "Je parie sur l'hollandisme révolutionnaire !" et l’article publié le 9 mars 2012 S'il était élu, le président François Hollande ferait ce qu'il a annoncé

Durant la présidentielle, mon hypothèse était - et reste - que François Hollande commencerait son quinquennat de manière relativement conventionnelle - sur l'Europe, nous sommes servis - tout en marquant son attachement aux valeurs d'égalité - tout va bien de ce côté, la presse de droite hurle «Maman !» parce que les classes moyennes supérieures vont payer des impôts supplémentaires. Mais, au bout d'un an ou deux, Hollande devra opérer le tournant radical rendu inévitable par l'approfondissement de la crise. Je m'en tiens à ce parallèle inversé : nous sommes encore dans la phase conformiste de l'hollandisme. Et je discerne quand même déjà des aspects positifs, dont certains constituent l'amorce d'une révolution morale et sociale...

Cet extrait de l’article paru dans le n° 808 de Marianne du 13 octobre 2012 le confirme : Emmanuel Todd ne retire rien en octobre de ses propos de mars. C’est un long entretien avec Philippe Cohen et Aude Lancelin paru le 16 octobre sur le site Marianne2. En voici deux extraits significatifs.

Cinq mois après la victoire de la gauche, l'intellectuel antisarkozyste le plus écouté du précédent quinquennat dresse en exclusivité pour «Marianne» un premier bilan de la présidence socialiste.

Emmanuel Todd : Dans cinq ans, Hollande sera un géant ou un nain 

 

Marianne : Le moral du pays est au plus bas et nous sommes en plein «Hollande blues». Les critiques viennent de la droite, ce qui est logique, mais aussi des médias et de la gauche. Vous avez exprimé l'idée, durant la campagne électorale, que François Hollande pourrait devenir un Roosevelt français. On n'y est pas, non ?

Emmanuel Todd : Ce blues est journalistiquement correct, mais historiquement absurde. Je suis historien et toujours dans le bonheur d'être débarrassé de Sarkozy. C'est quand même quelque chose qu'on peut déguster, non ? Si le président sorti avait été réélu, nous ne pourrions pas aujourd'hui débattre des problèmes économiques de la France. Nous serions encore en train de piapiater sur l'identité nationale, les Roms, les musulmans, les enseignants, les chômeurs et autres boucs émissaires, oubliant la débâcle industrielle et le déficit commercial. Vous vous rendez compte qu'Hollande a gagné la présidentielle malgré l'affaire Merah, malgré l'affaire du droit de vote des étrangers aux élections locales ? Comment être pessimiste dans ce pays qui a compris que les ultrariches, plutôt que les pauvres, les fonctionnaires ou les étrangers, étaient responsables de la crise, dans cette nation qui a rejeté, il y a cinq mois, le côté obscur de la force. S'il le veut, quand il le voudra, Hollande pourra s'appuyer sur des forces sociales profondes et positives.

Je voudrais rappeler comment mon hypothèse d'un «hollandisme révolutionnaire» avait été formulée pour maintenir sa validité : j'avais évoqué un mitterrandisme à l'envers. En 1981, Mitterrand arrive au pouvoir avec un programme très à gauche, de nationalisations, d'augmentations des salaires et des avantages sociaux. En 1983, tournant de la rigueur, adhésion du socialisme français au néolibéralisme, probablement inévitable dans le contexte mondial.

Durant la présidentielle, mon hypothèse était - et reste - que François Hollande commencerait son quinquennat de manière relativement conventionnelle - sur l'Europe, nous sommes servis - tout en marquant son attachement aux valeurs d'égalité - tout va bien de ce côté, la presse de droite hurle «Maman !» parce que les classes moyennes supérieures vont payer des impôts supplémentaires. Mais, au bout d'un an ou deux, Hollande devra opérer le tournant radical rendu inévitable par l'approfondissement de la crise. Je m'en tiens à ce parallèle inversé : nous sommes encore dans la phase conformiste de l'hollandisme. Et je discerne quand même déjà des aspects positifs, dont certains constituent l'amorce d'une révolution morale et sociale... (…)

Ne pensez-vous pas quand même que ces économistes américains sont plus réalistes que les fanatiques de la rigueur quand ils parlent de l'économie de marché ?

E.T. : Ils sont particulièrement inutiles en Europe. Le gouvernement français ne maîtrise plus l'outil monétaire - merci, l'euro -, et toute relance serait nécessairement financée par l'emprunt. Mais, la relance par l'emprunt, c'est la politique qu'adorent les riches et les banques. Le monde entier souffre d'une suraccumulation de richesses en haut de la structure sociale. Il est rempli de nantis qui ne savent plus quoi faire de leur pognon et qui rêvent de prêter aux Etats. La politique de rigueur actuelle ne s'attaque pas en priorité à l'éducation et aux services sociaux, elle tente d'augmenter les impôts des plus riches, elle est un pas en avant par rapport au conformisme relanciste. Avec Hollande, l'Etat ne supplie plus les riches de bien vouloir lui prêter de l'argent ; l'Etat réaffirme son droit à reprendre aux riches le trop d'argent qu'ils ont accumulé en tondant la société. Quelle merveilleuse pédagogie démocratique !

Certes, mais l'austérité aujourd'hui imposée en Europe n'est-elle pas suicidaire ?

E.T. : C'est une évidence : la politique menée avec tous les autres Européens va précipiter la crise du système. Mais Hollande ne pourra bouger dans le bon sens qu'une fois le désastre accompli, mettons, à 4 millions de chômeurs. Il est élu pour cinq ans et, au rythme actuel, nous y serons avant. La cruelle vérité, c'est qu'aucune politique économique ne peut marcher si on laisse en l'état deux règles du jeu économique : l'euro et le libre-échange intégral.

Etes-vous devenu favorable à une sortie de l'euro ?

E.T. : C'est un sujet sur lequel j'ai longtemps hésité. Je pensais tout d'abord, dans les années 90, que l'euro était impossible ; puis je me suis résigné ; ensuite je me suis dit qu'un protectionnisme mené à l'échelle européenne pourrait rendre l'euro viable. Nous devons désormais accepter la réalité : l'euro ne marche pas, il est essentiellement producteur de dysfonctions - ici je suis d'accord avec les économistes anglo-saxons, de gauche ou de droite. La déroute de l'industrie française, notre entrée en déficit commercial massif sont le produit des années euro. Cette invention monétaire multiplie les aberrations : les taux d'intérêt montent dans les pays faibles alors qu'il y a une surabondance d'épargne sur les marchés. Comment les socialistes auraient-ils le temps de penser une politique industrielle si l'activité principale des gouvernements européens est de sauver une monnaie qui ne marche pas ?

L'euro ne marchera jamais. Il faut être lâche, corrompu ou schizophrène pour ne pas l'admettre - l'idéologie permet d'être les trois à la fois. La priorité, c'est la fin de l'euro. Il y a deux conditions pour que la présidence socialiste ne soit pas un désastre : sortir de l'euro et déclarer que des secteurs d'avenir technologiques, comme les énergies renouvelables, doivent être protégés comme les biens culturels.

Vous ne militez donc plus pour un protectionnisme européen ?

E.T. : Nous n'avons plus le temps d'y contraindre les Allemands. Après la fin de l'euro peut-être. Il y a une conséquence de la mondialisation que je n'avais pas vue venir - je ne suis pas le seul. Nous vivions un lieu commun : l'union fait la force, l'Europe sera plus puissante pour se défendre qu'un pays isolé. Mais la politique menée par l'Allemagne en Europe, ou par la Chine en Asie, montre que la globalisation ne jette pas, seulement ou même prioritairement, les émergents contre les développés. La globalisation conduit à l'affrontement entre voisins. Quand les Allemands mènent une politique de compression salariale pour abaisser le coût du travail, l'impact est nul sur l'économie chinoise, mais considérable pour ses partenaires de la zone euro. Quand la Chine manipule le yuan, c'est contre la Thaïlande, l'Indonésie ou le Brésil, ses concurrents en main-d'œuvre à bas coût. Ce que nous constatons, c'est une tendance des émergents à se battre entre eux et des développés à s'exterminer industriellement entre eux, avec comme objectif d'être le dernier à sombrer. Ce mécanisme a fait de la zone euro un piège, avec l'Allemagne, dont l'économie est la plus puissante, en renard dans le poulailler (…).
 

Cet article est le 135ème paru sur ce blog dans la catégorie Gauche France

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11 juillet 2012 3 11 /07 /juillet /2012 23:06

Eviter à tout prix les effets d’image du congrès de Valence

 

François Hollande a en mémoire l’image qui avait été donnée par les médias du congrès PS de Valence en 1981, quelques mois après l’accession de la gauche au pouvoir d’Etat. Il n’est pas le seul. Lionel Jospin en garde certainement un souvenir amer. Je m’en souviens aussi.

Paul Quilès, qui avait été depuis 1979 mon responsable national aux fédérations départementales, avait été victime d’un détournement de sens de ses propos de tribune, ce qui le conduisait à faire des mises au point à la presse. Exemple.

Voir Congrès du PS: un peu d'histoire (blog de Paul Quilès). Mise au point sur ce qui s'est réellement passé au Congrès de Valence (23-25 octobre 1981). Extrait.

Le Parti socialiste, qui venait d’obtenir la majorité absolue au Parlement, vit son congrès proprement détourné. Et les socialistes assistèrent, impuissants, à une espèce de rapt idéologique : ils étaient devenus les spectateurs de leur propre congrès.  

 

C’est, je suppose, ce rappel historique qui est à l’origine de l’initiative de Martine Aubry et de Jean-Marc Ayrault de « verrouiller » le prochain congrès du Parti socialiste, qui aura lieu à Toulouse du 26 au 28 octobre 2012. Voir La gauche du PS coincée par la contribution commune Aubry-Ayrault (Le Monde, 11 juillet). Lire aussi Congrès du PS : les ministres priés de s'aligner sur une motion unique.

 

Il est clair que le trio Hollande-Ayrault-Aubry cherche à éviter le débat interne à propos de la ratification du pacte budgétaire européen, qui ne va pas manquer de raviver les divergences apparues lors de la ratification parlementaire du traité de Lisbonne en février 2008, prolongement du traité constitutionnel européen, rejeté par référendum le 29 mai 2005.

  

Par ailleurs, on a pu observer la volonté des proches de François Hollande d’affirmer leur suprématie au sein du parti. Voir l’appel de Stéphane Le Foll, ministre de l’agriculture, de l’agroalimentaire et de la forêt, (Le Parisien, 7 juillet 2012) Congrès du PS: Stéphane Le Foll appelle au rassemblement des socialistes, puis (Le Monde, 10 juillet) l’affirmation des orientations qui, selon lui, doivent être celles de l’ensemble des socialistes :

 

Comment poursuivre la rencontre du 6 mai entre la France et la gauche

 

La victoire du 6 mai n'est pas un aboutissement, c'est le début d'une histoire et d'une ligne politique nouvelle. Il faut en tirer toutes les conséquences. Dans une situation de crise sans équivalent depuis la seconde guerre mondiale, le peuple de France a remis son destin à la gauche de gouvernement. Le 6 mai, ce sont d'abord les valeurs de la République qui l'ont emporté, après une période quasiment sans précédent de stigmatisation et de division. Aussi, ce qui domine de manière très palpable, dans notre France diverse, c'est une forme d'apaisement, de réconciliation, encore fragile et à renforcer, mais déjà bien présente.

Nous devons réussir car il nous faudra travailler au moins dix ans. En cinq ans en effet, on peut abîmer profondément un pays. Dans les cinq prochaines années, nous pourrons contribuer à le réparer. Mais, pour le transformer, le rendre plus fort et plus juste, il nous faudra deux mandatures.

Le Parti socialiste, qui vient de gagner l'élection majeure, bénéficie aujourd'hui de la majorité dans les deux chambres et d'une implantation locale jamais atteinte. Cette élection est le résultat d'une dynamique et d'une continuité : le projet, les primaires, la campagne. La direction, et au premier chef Martine Aubry, y ont largement contribué. Pour réussir maintenant, au service de la politique du président de la République et du premier ministre, le Parti socialiste devra être uni lors de son prochain congrès, c'est notre responsabilité devant les Français.

Nous devons préparer la suite du quinquennat par un grand débat ouvert. Nous devons poursuivre la rénovation, ce qui implique la création d'une Haute Autorité capable de régler les différends de manière transparente et contradictoire. Nous devons nous appuyer davantage sur les instances départementales et régionales. Nous devons enfin animer le débat avec toute la gauche pour préparer les prochaines échéances. C'est de tout cela qu'il faudra discuter lors du prochain congrès du Parti socialiste. Mais cela nécessite d'abord une ligne politique claire.

A ce titre, nous devons mesurer la portée politique de la victoire du 6 mai 2012. Non par simple loyauté ni par facilité, mais bien parce que c'est dans ce creuset-là que la gauche a rencontré la France en 2012. Cette ligne politique, quelle est-elle ?

Elle comprend d'abord une méthode qui est un objectif en soi : le contrat et la démocratie sociale, pour apporter des réponses qui transforment en mobilisant. La Conférence sociale en est l'un des exemples les plus parlants. A cette méthode correspond aussi une nouvelle forme d'exercice du pouvoir fondée sur le respect des institutions qui prenne en compte l'urgence sociale.

Pour la première fois, la gauche l'a dit avec clarté dès la campagne électorale : les déficits ne sont pas extensibles sans limite, les réduire ainsi que la dette est une condition de la pérennité de notre système de protection sociale comme de la reconquête de notre souveraineté par rapport aux marchés financiers. Si les efforts sont indispensables, ils obéiront cependant toujours au principe de justice sociale qui passe par la justice fiscale. C'est le redressement productif qui donnera une réalité à ce projet en passant d'une économie de la spéculation financière à une économie de l'investissement productif. C'est tout l'enjeu de la banque publique d'investissement et de la création de richesse sur les territoires.

C'est enfin parce que l'on se tourne vers l'avenir que l'on s'adresse à la jeunesse. Au travers de l'éducation et de l'emploi, avec le contrat de génération entre autres, nous offrirons un véritable espoir de progrès pour l'ensemble des Français. De cette victoire et de ces premiers pas, le Parti socialiste doit tirer une ligne et une identité politique pour lui-même.

La justice d'abord : parce que nous devons répondre à une urgence sociale par une politique de l'emploi, du pouvoir d'achat, du logement et de la santé et retrouver le sens de la dignité et de la morale qui doit s'appliquer à tous, notamment aux plus riches.

Le pacte productif et environnemental ensuite, deux aspects à traiter toujours ensemble, tant il faut repenser nos modèles de développement et de production en engageant une véritable transition écologique pour une prospérité durable.

Une nouvelle priorité pour l'éducation et la formation, avec comme axe premier la lutte contre l'échec scolaire, pour démocratiser la réussite et permettre l'émancipation citoyenne.

L'engagement décentralisateur, qui libère les énergies présentes dans les territoires et permet l'action publique au plus juste au meilleur niveau.

L'engagement européen, qui est indissociable du projet socialiste aujourd'hui, au service de la croissance et de l'emploi, d'un projet démocratique et politique pour l'Union, dans le respect de nos engagements.

C'est bien en s'appuyant sur ces cinq principes que le socialisme peut se présenter aujourd'hui comme "la République jusqu'au bout", pour reprendre le beau mot de Jaurès. Un socialisme qui encourage et qui rassemble, qui stimule, qui garantit, qui protège, au lieu de diviser, stigmatiser, décourager. C'est sur ces cinq principes que, dans les cinq et dix ans à venir, nous allons "gouverner à gauche". Au travail, les Français nous attendent !

 

Lire aussi : Direction du PS: les hollandais à la manœuvre (Paris Match, 10 juillet)

L'Elysée et les socialistes s'interrogent sur les intentions de Martine Aubry (Le Monde, 10 juillet)

 

Rappel : S'il était élu, le président François Hollande ferait ce qu'il a annoncé - 9 mars 2012 

 

Cet article est le 134ème paru sur ce blog dans la catégorie Gauche

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9 mars 2012 5 09 /03 /mars /2012 22:54

La situation sera révolutionnaire, pas le président

 

Il n’y a pas de surprises à attendre de la politique du président de la République, en cas de victoire de François Hollande. Le 26 janvier, à Paris, François Hollande présentait ses 60 engagements pour la France, son programme pour les 5 ans à venir.

 

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François Hollande et Jean-Pierre Chevènement, à Valence, le 5 septembre 2010 (en arrière-plan : Georges Sarre). Le futur candidat a, en main, le programme MRC de salut public.

 

Il y a continuité avec ses déclarations, faites le 5 septembre 2010 lors de l’université d’été du Mouvement Républicain et Citoyen (MRC) à Valence. Voir Université d'été MRC à Valence : le dialogue Chevènement-Hollande - 9 septembre 2010.

 

 

Grâce à sa "souplesse d'esprit" et sous la pression des classes moyennes et supérieures, le candidat socialiste ne sera pas un nouveau Mitterrand, affirme le démographe et politologue, Emmanuel Todd dans le Nouvel Observateur paru le 1er mars (le 4 mars, sur le site Internet).

 

Voir Emmanuel Todd : "Je parie sur l'hollandisme révolutionnaire !"

 

En 2007, vous aviez qualifié Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal de "candidats du vide". Même appréciation aujourd'hui, pour Nicolas Sarkozy et François Hollande ?

 

Avant de qualifier les candidats, qualifions la situation historique : en 2007, la mondialisation menaçait déjà, mais dans les élites de droite comme de gauche prévalait le consensus que, sans être heureuse, elle restait gérable. Aujourd'hui, la mondialisation implose et l'équivalence gauche droite avec. Néanmoins, la notion de vide reste pertinente pour décrire Sarkozy, avec sa fixation sur l'argent et sa négation de la France. La politique étrangère résume son quinquennat : il est passé de l'alignement sur Bush à la soumission à Merkel.

 

Le sarkozysme, c'est l'affirmation d'une nouvelle valeur d'inégalité, étrangère à la culture française, et la désignation de boucs émissaires (immigrés, jeunes, chômeurs) comme responsables de la crise. Soit une droite extrêmement dure. Mieux, une extrême droite bis. Je ne pensais pas qu'un jour, on aurait en France deux candidats d'extrême droite à une présidentielle, dont un soutenu par l'Allemagne.

 

Hollande est-il le bon rempart contre cette dérive ?

 

En choisissant l'inégalité, la droite dégage un espace pour une gauche qui réafirme le principe d'égalité. L'égalité étant au coeur de la culture française, un affrontement entre égalité et inégalité revient à un affrontement entre normalité et pathologie.

 

On s'est moqué du plaidoyer de François Hollande pour une présidence "normale"mais c'était en réalité une appréciation très perspicace du sens de l'histoire. Certes, les propositions du PS contre la crise sont périmées : un énième plan de relance proposé par le premier aurait pour effet principal, comme les précédents, de relancer... l'industrie chinoise.

 

Mais l'alignement sur la rigueur allemande défendu par l'UMP ne vaut pas mieux : c'est la garantie d'une longue dépression. En fait, la crise va obliger à des réponses inédites dont il n'est pas réaliste de faire un enjeu de campagne électorale. L'important est de choisir l'équipe la mieux armée par ses valeurs et les forces sociales qu'elle représente. Voilà pourquoi je préfère Hollande revenu au principe d'égalité à Sarkozy inégalitaire, autoritaire et xénophobe (…)

 

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8 décembre 2011 4 08 /12 /décembre /2011 23:15

Retrouver le sens du peuple et regagner sa confiance

 

Ce livre arrive au bon moment, à six mois des élections législatives qui décideront de la majorité qui gouvernera la France : « Plaidoyer pour une gauche populaire. La gauche face à ses électeurs » sous la direction de Laurent Baumel et de François Kalfon, Le Bord de l’eau, novembre 2011.

 

L’un de ceux qui ont contribué à ce livre, Philippe Guibert, était l’un des participants à la table ronde de l’université d’été 2011 du MRC - voir Université d'été MRC à Carros (06) : la table ronde du 4 septembre 2011 sur le thème « Comment renouer avec les milieux populaires ? ».

 

Chevenement-Commer-301111-007-T.jpg

Jean-Pierre Chevènement, le 30 novembre 2011, dans une ferme à Commer (Mayenne) - photo Michel Sorin

 

Ce 8 décembre, sur le site Rue89, est parue une tribune de Jean-Pierre Chevènement sous le titre Jean-Pierre Chevènement a lu pour vous le livre qui passionne la gauche. On la retrouve sur le site de campagne Chevènement 2012 sous le titre :

Pour gagner en 2012, la gauche

doit retrouver le sens du peuple

 

Dans toute l’Europe, les défaites, voire les déroutes de la gauche, se révèlent liées à un décrochage d’avec les couches populaires. C'est ce scénario qu'il faut éviter en 2012 en France.

 

En mai dernier, la Fondation Terra Nova proposait sans fard dans une note (1) désormais célèbre une clarification de la stratégie électorale du Parti socialiste. Celle-ci reposait sur une redéfinition de la coalition sociale que devait constituer la gauche pour l’emporter au second tour de l’élection présidentielle. Il faudrait en partie faire une croix sur les catégories populaires, rétives à l’imaginaire heureux de la mondialisation et soucieuse de protections, et s’appuyer sur de nouvelles catégories démographiques : les jeunes, les « minorités », et les « gagnants » de la mondialisation. Bien que cette note ait alors suscité une levée de boucliers, elle avait le mérite d’exposer publiquement les soubassements idéologiques d’une certaine gauche sociale-libérale.

Un essai (2) bref vient rappeler au candidat du Parti socialiste que 2012 ne se gagnera pas sans le peuple. Plusieurs contributions, dans un ensemble dense, méritent en particulier qu’on s’y arrête.

D’abord, ainsi que le rappelle avec clarté Rémi Lefebvre, « le poids des catégories populaires n’a guère diminué depuis trente ans (60% de la population si on agrège ouvriers et employés) ». La France compte encore en effet 8 millions d’employés et 6 millions d’ouvriers. Si certains patrons rêvaient d’« entreprises sans usines » au début de la décennie 2000, contribuant ainsi à la démobilisation industrielle, il vaudrait mieux se garder chez certains « penseurs » de rêver d’une France sans ouvriers. Le « politiquement pensable à gauche » devrait être capable de construire une victoire électorale à partir de cette réalité sociologique.

 

Ensuite, ainsi que l’écrit avec lucidité Christophe Guilluy, « la nouvelle géographie sociale nous enseigne que la gauche est forte là où le peuple est faible ». La gauche gagne en effet dans les métropoles mondialisées qui tirent leur épingle du jeu de l’ouverture des marchés et utilisent l’immigration pour les emplois de services non qualifiés. Ailleurs, dans les zones périurbaines et rurales qui accueillent la majorité des classes populaires et moyenne, elle fait pâle figure. Dans ces terres invisibles des rédactions des grands médias, les électeurs oscillent entre abstention et vote Front National. Mais, dès qu’un candidat s’adresse à eux et promet de prendre en compte leur aspiration à la protection, ils sont immédiatement remobilisés politiquement (c’est l’exemple de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007). Ces territoires concentrent les difficultés économiques et subissent de plein fouet les délocalisations industrielles et les fermetures d’usines. Leurs habitants sont hostiles au multiculturalisme et réclament une régulation de l’immigration et une protection culturelle qui sécurisent leur environnement de vie. Ces préoccupations populaires ne relèvent pas d'une dérive extrémiste. Il existe des réponses progressistes : une sécurité de proximité, rejetant l'angélisme comme le tout-sécuritaire, une loi qui soit la même pour tous, un Etat recouvrant sa mission au service des citoyens, un commerce extérieur régulé, une identité républicaine de la France, nation politique et non ethnique. A la condition que la gauche assume sa mue républicaine. En tout cas, « c’est dans cette ‘France périphérique’, à l’écart des métropoles mondialisées, que se jouera 2012, comme 2007 », insiste Guilluy (3).

A ces dimensions économiques, sociales et culturelles, s’ajoute la réalité d’une école en panne. Camille Peugny souligne de son côté la permanence des inégalités scolaires et leur enracinement chez les catégories populaires. Deux priorités devraient être clairement dessinées pour relever l’école de la République, ainsi que je l’expose dans mon dernier livre (4). D’abord, l’école primaire et maternelle où l’échec scolaire doit être ramené de 4 à 1. Ceux qui échouent au collège et au lycée sont ceux qui ont échoué dès l’enfance. Ensuite, par un effort considérable dans l’enseignement supérieur pour amener au niveau de la licence (Bac +3) 50% d’une classe d’âge. Les couches populaires seront les premiers bénéficiaires de cette politique qui devra être replacée dans un grand programme pour l’égalité.

Point n’est besoin d’être démagogue pour parler aux catégories populaires, car celles-ci font l’expérience concrète de la mondialisation et de la crise. La description que fait Philippe Guibert dans son texte du durcissement des conditions de travail des salariés est saisissante de vérité, ainsi que le récit des astuces et stratégies pour « boucler le mois ».

Les classes populaires et moyennes ont compris depuis longtemps que sans base productive solide, sans industrie avec des emplois stables et correctement payés, aucun système social n’était finançable à long terme. Leur scepticisme de longue date concernant les bienfaits d’une mondialisation supposément « heureuse » n’est que la traduction d’une vision beaucoup plus réaliste de ses effets que ne l’ont nos supposées «élites», qui n’ont, depuis trente ans, rien vu venir. C’est pourquoi un discours fort sur la nécessité de redévelopper une activité industrielle en France, et sur les territoires, à l’abri d’une monnaie moins chère (euro ou monnaie commune) a toutes les chances d’être entendu. Mais encore doit-il être tenu avec la force, la constance et la clarté nécessaires pour redonner l’espoir qui fait tant défaut aujourd’hui.

Pour gagner en 2012, il faudra que la gauche parle au peuple à nouveau, qu’elle retrouve « le sens du peuple » (5). Pour gagner puis pour gouverner dans la durée.

1) Gauche : quelle majorité électorale pour 2012 ?, Bruno Jeanbart, Olivier Ferrand, Romain Prudent, Fondation Terra Nova, mai 2011
2) Plaidoyer pour une gauche populaire, Laurent Baumel et François Kalfon (sous la direction), Le Bord de l’eau, novembre 2011
3) Voir également les actes du séminaire « Que sont devenues les couches populaires ? », Fondation Res Publica, 30 novembre 2009
4) Sortir la France de l’impasse, Fayard, octobre 2011
5) selon l’expression de Laurent Bouvet dans la dernière contribution de l’ouvrage.

Source : Rue89

 

Voir aussi Vox populi ou Terra Nova (Coralie Delaume est blogueuse - L'arène nue) et Comment la gauche peut-elle reconquérir l'électorat populaire ? (Le Monde, Pierre Kalfon, 6 décembre).

 

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9 novembre 2011 3 09 /11 /novembre /2011 23:35

Que fait-on pour l’Europe ? Quelle construction voulons-nous ?

 

L’article comparant les parcours de Mélenchon et de Chevènement (voir Présidentielle 2012 : Mélenchon et Chevènement, proches et différents - 8 novembre 2011) provoque le débat*.

 

G-rard-Beillard-et-Michel-Sorin-balcon-29-04-09-002.jpgGérard Beillard m’a transmis sa réflexion concernant les positions du Front de gauche**. Il pose des questions à ses amis, membres dirigeants de Résistance sociale, adhérents de l’association République et socialisme, qui ont rejoint le Front de Gauche - ils étaient précédemment adhérents du Mouvement Républicain et Citoyen (MRC). Voici ce texte.

 

Chers Amis,

 

L’appel de République et Socialisme à rejoindre le Front de Gauche m’amène à quelques interrogations et réflexions en rapport avec notre mouvance politique, anciennement commune.

 

Pourtant, je suis la plupart du temps d’accord avec République et Socialisme, et travailler avec le Front de Gauche ne me gêne en aucun cas. Mais, à condition de continuer à travailler aussi avec les autres formations de gauche (PS, MRC, écologie de gauche, POI, NPA et associations s’affirmant de gauche) sensibles à nos idées.

 

A titre personnel, je demande des éclaircissements à chaque parti de gauche.

 

Que fait-on pour l’Europe ? Quelle construction voulons-nous ? Sur ce point, il y a des divergences profondes entre la plupart des partis cités, ci-dessus, et ce que je pense. Europe fédérale, comme ils le souhaitent, ou Europe des nations, qui a ma préférence ?

 

De même, comment fait-on pour construire une Europe de gauche avec les autres partenaires européens, qui sont plutôt sociaux démocrates, alors que je suis socialiste républicain (je tiens à la République). Et comment fait-on, sachant qu’actuellement, les pays européens (et pas seulement eux) ont adopté des politiques libérales ?

 

Le moment est venu, après 30 ans de libéralisme, d’infléchir ces politiques libérales. La clé du renouveau est dans la réponse à ces questions. Si nous n’y répondons pas, nous ne serons pas crédibles, aux yeux de nos concitoyennes et concitoyens.

 

* Rappel : les positions stratégiques de Mélenchon et de Chevènement

 

C’est sur l’Europe que les positions divergent le plus.

Le NON de Mélenchon, le 29 mai 2005, à la ratification du Traité constitutionnel européen, était d’abord antilibéral et en faveur d’un processus constituant européen, faisant de l’Union européenne une entité politique se substituant aux nations.

Le NON de Chevènement était d’abord républicain, se référant à la souveraineté populaire, avec en point de mire la réorientation de la construction européenne, fondée sur la coopération entre les nations.

 

A partir du référendum européen, leurs stratégies divergent nettement.

- Mélenchon veut rassembler la gauche de la gauche, afin de créer un rapport de forces électoral vis-à-vis du PS se traduisant, dès que possible, par une prise de contrôle (stratégie de Die Linke en Allemagne vis-à-vis du SPD).

- Chevènement veut amener le PS à une refondation de l’ensemble de la gauche de gouvernement sur des bases républicaines, en influant sur le projet politique à présenter en 2012 (stratégie de type congrès d’Epinay du PS en 1971). 

                                                 

** Jean-Luc Mélenchon, coprésident du Parti de Gauche, est candidat du Front de gauche (PCF, PG et d’autres mouvements, dont République et socialisme) à l’élection présidentielle. Jean-Pierre Chevènement, président d’honneur du MRC, est également candidat.

 

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8 novembre 2011 2 08 /11 /novembre /2011 23:52

Le rassemblement de la gauche n’est pas impossible

 

Certains militants, républicains de gauche, ne comprennent pas ce qui sépare Jean-Pierre Chevènement de Jean-Luc Mélenchon. Ils souhaiteraient les voir s’associer dans la perspective de refonder la gauche.

Cette phrase, extraite de mon article daté du 22 avril 2010, ne concerne pas tous les soutiens du Front de Gauche, certains préférant la division, mais elle m’est revenue à l’esprit en lisant ce titre du Journal du Dimanche daté du 7 novembre "Chevènement et Mélenchon ont le même électorat potentiel".

 

Mélenchon et Chevènement sont deux fortes personnalités politiques de gauche. Ils sont actuellement tous les deux candidats à l’élection présidentielle 2012 et pourraient faire partie de la nouvelle majorité de la gauche dans six mois, si celle-ci l’emportait le 6 mai prochain.

 

A la demande de Christine Tasin, pour Riposte Laïque, j’avais essayé de montrer, avec ma subjectivité, mais le plus honnêtement possible, ce qu’ont été les parcours des deux anciens ministres. Voici ce texte, daté du 12 mars 2010.

 

Chevènement et Mélenchon : deux républicains, vus par Michel Sorin - 22 avril 2010 

 

L’évolution de Jean-Luc Mélenchon ne me surprend pas. Il ne faut, ni la diaboliser, ni l’occulter. Je le connais depuis les années 1980, au PS. C’était un brillant orateur et un bon organisateur de courant interne. Il venait du syndicalisme étudiant et du trotskisme lambertiste (Organisation communiste internationaliste) et se tenait au sein du mitterrandisme, mais en périphérie de celui-ci. Il est resté proche de Jospin et de Fabius.

 

Pour ma part, j’étais engagé depuis 1973 avec Chevènement au CERES (Centre d'études, de recherches et d'éducation socialiste), qui s’est transformé en « Socialisme et République » au moment où Mélenchon et Dray ont créé le courant « La Gauche socialiste ».

Il n’y avait pas d’atomes crochus entre les deux courants de gauche du PS, tous les deux opposés à la « 2ème gauche rocardienne », réticente vis-à-vis de l’Etat (tendance libérale).

 

La « Gauche socialiste » de Mélenchon était un courant de gauche classique, poussant les feux sur le plan social, sur le mode contestataire, dans un parti de type social-démocrate.

Autour de Chevènement, la préoccupation était plus liée au pouvoir d’Etat et à la transformation de la société par la loi et la gestion publique. Chevènement est un homme d’Etat recherchant l’efficacité et la cohérence dans l’exercice des responsabilités publiques (maire, parlementaire, ministre).

Mélenchon est d’abord un tribun cherchant à mobiliser les masses pour faire progresser la gauche. C’est pourquoi il est si proche de Chavez, président du Venezuela, et si éloigné des références gaulliennes, mendésistes et républicaines de Chevènement.

 

C’est sur l’Europe que les positions divergent le plus.

Le NON de Mélenchon, le 29 mai 2005, à la ratification du Traité constitutionnel européen, était d’abord antilibéral et en faveur d’un processus constituant européen, faisant de l’Union européenne une entité politique se substituant aux nations.

Le NON de Chevènement était d’abord républicain, se référant à la souveraineté populaire, avec en point de mire la réorientation de la construction européenne, fondée sur la coopération entre les nations.

 

A partir du référendum européen, leurs stratégies divergent nettement.

- Mélenchon veut rassembler la gauche de la gauche, afin de créer un rapport de forces électoral vis-à-vis du PS se traduisant, dès que possible, par une prise de contrôle (stratégie de Die Linke en Allemagne vis-à-vis du SPD).

- Chevènement veut amener le PS à une refondation de l’ensemble de la gauche de gouvernement sur des bases républicaines, en influant sur le projet politique à présenter en 2012 (stratégie de type congrès d’Epinay du PS en 1971).                                                    1/2

 

La stratégie de rassemblement de la gauche de la gauche correspond bien à la personnalité et aux objectifs, notamment européens, de Mélenchon. Cela le conduit à s’éloigner de la République et à se rapprocher de l’écologie, afin de convaincre les militants du NPA et des Verts de s’entendre pour devenir plus forts ensemble que le PS. Les dérapages sur la question de l’islamisme et de la laïcité s’expliquent par la nécessité de coller à l’électorat d’extrême gauche, plutôt communautariste.

 

La stratégie de refondation républicaine de la gauche conduit Chevènement à se rapprocher du PS pour amener sa direction sur les orientations européennes du MRC (remise en cause des institutions de Bruxelles et de la politique de concurrence, gouvernement économique de la zone euro, Europe à géométrie variable pour des politiques de coopération renforcée, politique commerciale protégeant notre modèle social).

 

Si je dois résumer ce qui peut expliquer l’incapacité de ces deux hommes à s’accorder (on a pu le constater en 2009 lors de la recherche d’un accord entre le Front de gauche et le MRC pour les élections européennes – le président du Parti de Gauche n’acceptait que le SMS comme moyen de liaison avec le président du MRC), c’est la conception du rôle de la Nation républicaine, clé de voûte de la démocratie aux yeux de Chevènement, y compris dans la politique européenne, pour laquelle des compromis d’organisation sont possibles, à condition de respecter la volonté des peuples (le Parlement européen ne peut jouer qu’un rôle mineur et il est largement sous l’influence des forces libérales).

 

Pour Mélenchon, le prolétariat ne peut se libérer au niveau national. Sa vue des rapports sociaux est mondialiste, les nations européennes ayant des Etats qui favorisent les tendances politiques conservatrices, de son point de vue. L’Europe est considérée comme le bon niveau pour renverser le rapport des forces en faveur du travail, par la conquête de la majorité du Parlement européen.

 

Les deux cherchent à promouvoir une République laïque et sociale mais, derrière les mots, il y a deux personnalités politiques que tout sépare.

 

Témoignage.

- J’ai le souvenir, après l’élection présidentielle de 2002, sur les ondes de France Inter, de déclarations fort maladroites de Mélenchon, appelant au dépassement de la conception républicaine de Chevènement, et ne craignant pas d’affirmer que celui-ci avait fait son temps.

- Quand je l’ai rencontré, il y a deux ans à Laval, où il était venu soutenir le porteur de la pancarte « casse-toi, pôvre con », poursuivi en justice pour offense au chef de l’Etat, ses premiers mots étaient pour souligner son désaccord avec Chevènement.

 

Il ne peut donc y avoir le moindre espoir de voir ces deux personnalités consentir à rapprocher leur point de vue. Du moins, en temps de paix…

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23 octobre 2011 7 23 /10 /octobre /2011 22:12

Chevènement sera de grande utilité pour Hollande

 

Les élections 2012 doivent faire oublier la gifle qu’a reçue la gauche en 2002, en étant écartée brutalement du second tour de l’élection présidentielle le 21 avril. Qui avait prévu le résultat calamiteux de Jospin ? Pas lui et pas moi, qui soutenait Chevènement en pensant qu’il serait utile pour peser sur les orientations de la gauche.

Ce résultat était la sanction du choix très contestable du gouvernement Jospin, sur la période 2000-2002, de céder aux pressions néolibérales du capitalisme financier, ce qui avait pour conséquence de voir se dissoudre un peu plus le lien avec les milieux populaires (11% des employés et ouvriers ont voté Jospin le 21 avril).

Voir Présidentielle : la gauche va dans le mur sans les classes populaires - 17 mai 2011

 

Sommes-nous certains que la gauche a retenu la leçon ? Non. C’est pourquoi il faut mener le combat politique menant à la refondation de la gauche sur des bases républicaines, ce qui est la raison d’être du Mouvement Républicain et Citoyen depuis son congrès de juin 2008. Jean-Pierre Chevènement et Jean-Luc Laurent, président d’honneur et président du MRC, persistent et signent. Les trois livres publiés en 2011 sont là pour faire connaître les positions de l’ancien ministre.

"Sortir la France de l'impasse": l'urgence de l'histoire et Affiche "2012: Sortir la France de l'impasse avec Jean-Pierre Chevènement"

"Le monde qu'on leur prépare"

La France est-elle finie ?

 

La primaire PS - qui répondait à la nécessité de rentrer dans la logique présidentielle en faisant désigner le candidat socialiste par un électorat plus large que les seuls adhérents - a été un succès médiatique mais l’électorat qui s’est déplacé n’est pas représentatif, car les couches moyennes et supérieures étaient surreprésentées, ainsi que les plus de 50 ans.

Voir l’étude réalisée à Montpellier, publiée le 20 octobre sur le site de Libération Jeunesse et milieux populaires, grands absents de la primaire.

 

Le contenu politique n’était pas très différent entre les deux finalistes, Aubry et Hollande. La percée de Montebourg a surpris mais elle était la récompense du principal initiateur de cette innovation et s’explique, en partie, par l’afflux sur son nom d’électeurs antilibéraux extérieurs au PS. Voir Primaire PS : Montebourg emprunte une voie nouvelle, porteuse d'avenir - 9 octobre 2011.

 

François Hollande l’a emporté nettement. Voir Primaire PS : François Hollande (56%), candidat PS à la présidentielle - 16 octobre 2011. Ses bonnes relations avec le MRC devraient faciliter les discussions sur le fond.

Voir le Communiqué de Jean-Luc Laurent, président du Mouvement Républicain et Citoyen

Le MRC félicite François Hollande pour son investiture aux Présidentielles par la convention nationale du Parti socialiste après sa victoire aux primaires. Le débat va donc pouvoir enfin s’engager.
La gravité de la crise actuelle oblige toute la gauche à se hisser à la hauteur des défis à relever.
Jean-Pierre Chevènement qui avait vu venir la crise de l’euro, vient de présenter son projet pour sortir la France de l’impasse.
Le MRC, qui incarne la sensibilité républicaine sans laquelle la gauche ne pourra pas bâtir l’équation de la réussite pour 2012, est aux côtés de
Jean-Pierre Chevènement pour préparer l’alternative aux dégâts de la mondialisation financière et de la déréglementation libérale.

 

La politique étant l’art de peser sur le cours des évènements et de sentir les rapports de force, le MRC va donc accentuer ses efforts d’explication de sa démarche pour que la gauche se mette « à la hauteur des défis à relever ». C’est la justification de la candidature de Chevènement. Tout faire pour que la gauche accède à la présidence de la République en 2012, sur la base d’un programme évitant les déceptions du peuple français au moment de sa mise en œuvre.

C’est au candidat PS de mesurer l’intérêt d’avoir à ses côtés les républicains du MRC dans la campagne électorale, dont on n’imagine pas aujourd’hui à quel point elle sera âpre. Pour ma part, ayant travaillé avec Hollande et Chevènement, je suis persuadé qu’ils se mettront d’accord, mais cela peut prendre du temps et passer par les candidatures des deux au premier tour de l’élection présidentielle.

 

Cet article est le 129ème paru sur ce blog dans la catégorie   Gauche France 

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Published by SORIN Michel - dans Gauche France
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