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  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine à partir, notamment, des idées de Jean-Pierre Chevènement, l'un de ses fondateurs, qui n'est plus membre du MRC depuis 2015. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens (MDC) après les élections de 2002. En 2022, le MRC est devenu membre de la Fédération de la Gauche Républicaine avec quatre autres organisations politiques.
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Articles RÉCents

19 juin 2013 3 19 /06 /juin /2013 22:04

Comprendre les raisons de la montée du Front national

 

Après le premier tour, le 16 juin 2013, de l’élection législative partielle de Villeneuve-sur-Lot, et l’élimination de la gauche, voici une étude approfondie, réalisée par Joël Gombin, doctorant en science politique à l’université de Picardie (voir Joël Gombin pour en savoir plus sur son parcours), qui mérite être connue du plus grand nombre. Extrait.

La démission de Jérôme Cahuzac du ministère du budget lui a permis, conformément à la Constitution, de redevenir automatiquement député de la 3e circonscription du Lot-et-Garonne. Ayant décidé de démissionner de son poste à la suite de l'aveu concernant les faits de fraude fiscale dont Mediapart l'avait accusé, et pour lequel une procédure judiciaire avait été ouverte, Jérôme Cahuzac a ouvert la voie à une élection législative partielle.
Le premier tour de cette élection législative partielle s'est tenu dimanche dernier. Comme on sait, le candidat socialiste, Bernard Barral, ne s'est pas qualifié pour le second tour (faute d'arriver dans les deux premiers ou d'obtenir plus de 12,5 % des inscrits), laissant s'opposer au second tour le candidat de l'UMP, Jean-Louis Costes, maire et conseiller général de Fumel, et celui du Front national, Étienne Bousquet-Cassagne, qui ne possède guère d'autre quartier de noblesse que son âge (23 ans). On a beaucoup dit que son père est un notable local (président de la chambre d'agriculture du Lot-et-Garonne), ce qui est exact, mais on a moins souligné qu'il soutient Jean-Louis Costes...
Les commentateurs ont immédiatement souligné la ressemblance du scénario de Villeneuve-sur-Lot avec celui de la deuxième circonscription de l'Oise il y a quelques mois. Soit en bref : élimination du candidat PS au premier tour, dans un contexte de forte abstention, puis très forte progression du candidat FN, le menant près de la victoire. Cela est-il crédible ? L'examen détaillé de la situation et des résultats appelle un certain nombre de
commentaires (…).

Lire la suite : Quelques notes sur la législative partielle de Villeneuve-sur-Lot

 

Dans un communiqué, Jean-Luc Laurent, président du Mouvement Républicain et Citoyen (MRC), a fait savoir ses réactions. Voir La monnaie unique met en danger la gauche et l'amitié franco-allemande - 16 juin 2013.

 

Conseil national MRC 240313 015 TPour sa part, Bastien Faudot, secrétaire national MRC, chargé des élections, a développé les arguments du président du MRC - et plaidé pour que le PS s’ouvre aux autres partenaires de gauche - dans un article paru sur son blog le 18 juin 2013 :

 

 

Face à une difficulté, il y a toujours deux manières de procéder : ou bien on essaie d’analyser la situation et de comprendre les causes agissantes ou bien on cherche à désigner des coupables pour s'exonérer de toute responsabilité.

Au lendemain de la législative partielle de Villeneuve-sur-Lot, le parti socialiste semble avoir préféré la deuxième option. Deux coupables ont en effet d’ores et déjà été recensés : le beau temps qui a tenu les électeurs à bonne distance des urnes (sic,) et les autres partenaires de gauche qui ont empêché le candidat socialiste de faire le plein des voix au premier tour. Harlem Désir répète ce refrain depuis l’annonce des résultats.

Il semble qu’il ait échappé au premier secrétaire du parti socialiste que son candidat avait divisé par deux le score de Jérôme Cahuzac en un an : de 46 à 23% et qu’il serait probablement exagéré d’attribuer une telle chute à la météo ou au candidat EELV Lionel Feuillas qui réalise peu ou proue le même score qu’il y a un an. De même pour le candidat du Front de gauche qui réalise à peine plus de 5% quand il faisait 4,5% en 2012.

Le total des voix de gauche ne représente qu’à peine 32% des suffrages en 2013 quand Cahuzac faisait 61,5% en 2012. Il faut être singulièrement aveugle pour imaginer autre chose qu’une défaite pour la gauche dans de telles conditions.

La petite musique jouée aujourd’hui par Solférino rappelle de tristes souvenirs : on accuse EELV de ce dont on accusait Chevènement en 2002. Les données sont identiques (élimination du candidat socialiste au 1er tour au profit du FN) et le piètre score du candidat socialiste n’apparaît pour son parti que comme un dégât collatéral dû à la météo ou à la division. Les mêmes causes produisent les mêmes effets, et l’accusation grossière portée contre EELV consiste à détourner l’attention des vraies raisons d’une telle débandade. Comme à la fin d’une fable de La Fontaine, la morale de l’histoire n’est pas des plus agréables : en démocratie les partenaires du PS ont le droit de se porter candidats si, et seulement si, cette candidature n’empêche pas l’élection du candidat socialiste à la fin. Fermez le ban.

Ce système est, à l’évidence, à bout de souffle. Lorsqu’on préfère les explications superficielles (le soleil et la division) à l’analyse des causes profondes (le symbole de Cahuzac qui incarne certaines déviances dans les relations de la politique et de l’argent, la crise de l’euro, la politique d’austérité), c’est par réflexe de survie. Le PS veut continuer d’exercer une hégémonie mais n’a pas à lui seul le soutien populaire pour le faire.

Car il faut être conséquent : on ne peut pas vouloir imposer une domination sur la représentation politique au plan local comme au plan national par l’usage du rapport de force, et se plaindre, une fois les élections passées, des résultats du rapport de force.

Les municipales seront l’occasion de vérifier si des leçons ont été retenues de l’épisode désastreux de Villeneuve-sur-Lot. Si le PS veut monopoliser l’ensemble des responsabilités locales, il construira les conditions d’un échec majuscule. S’il consent à construire un partenariat équilibré sur la base du partage des responsabilités avec les autres formations de gauche, il se donnera toutes les chances de mobiliser ceux qui ne souhaitent pas le retour des conservateurs et des libéraux.

 

Cet article est le 142ème paru sur ce blog dans la catégorie Gauche France

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16 juin 2013 7 16 /06 /juin /2013 22:53

L’euro doit évoluer en monnaie commune européenne

 

Ce soir, j’ai envie de rapprocher l’élimination du candidat PS du second tour de l’élection législative du Lot-et-Garonne et la déclaration d’un ancien dirigeant du patronat allemand concernant la monnaie unique européenne. J’ai l’impression d’assister, impuissant, à une double maladie, celle de la gauche française, voire européenne, et celle de l’amitié franco-allemande. Dans les deux cas, le bon diagnostic n’est pas fait, sauf par le MRC et par cet ancien patron allemand, Hans-Olaf Henkel. Le poison, c’est l’euro, monnaie unique. Certains, comme Jean-Pierre Chevènement, l’ont compris depuis vingt ans (les débats autour du traité de Maastricht). D’autres commencent à s’en rendre compte, avec stupeur, comme Hans-Olaf Henkel.

Législative partielle de Villeneuve-sur-Lot: un net avertissement adressé à la majorité

Communiqué de presse de Jean-Luc Laurent, Président du Mouvement Républicain et Citoyen, Député du Val-de-Marne, dimanche 16 juin 2013.

 

Le résultat du premier tour de l'élection législative partielle de Villeneuve-sur-Lot est sans équivoque : le candidat socialiste, soutenu par le PRG et le MRC, n'est pas parvenu à se qualifier pour le second tour, ni à mobiliser les électeurs. Dimanche prochain, le MRC appelle les citoyens à faire barrage au FN en votant pour le candidat républicain.

Un "effet Cahuzac" ne peut suffire à expliquer cet échec. La division de la majorité qui aurait dû se rassembler complètement dès le premier tour à été un handicap.

Mais il faut regarder la réalité en face: après les deux revers subis dans les circonscriptions des Français de l'étranger la semaine passée et les élections partielles perdues de décembre, c'est un net avertissement politique qui est adressé à la majorité.

Dans un contexte de crise économique et sociale renforcé par les mesures d'assainissement des finances publiques, le Gouvernement doit enfin fixer un cap européen à son action et se défaire de l'emprise du triple B (Bercy, Bruxelles, Berlin).

Obtenir une réorientation de l'Europe dans le sens de la croissance et de l'emploi: telle est l'urgence à une année du scrutin majeur que constituera l'élection européenne. Le stade de l'avertissement sera alors passé.

 

"Les chevènementistes veulent jouer un rôle d'aiguillons"

Interview de Jean-Luc Laurent, Président du Mouvement épublicain et Citoyen, Député du Val-de-Marne, parue sur LeFigaro.fr, jeudi 13 juin 2013. Extrait.

Le Figaro: Sur quels sujets voulez-vous peser davantage au sein du groupe PS ?

Jean-Luc Laurent: Nous sommes à l'aise au sein du groupe PS car nous avons la liberté d'expression et de vote. Nous voulons jouer un rôle d'aiguillons. Nous avons voté neuf fois sur dix les projets du gouvernement, mais nous sommes en désaccord avec le PS sur l'Europe. Nous n'avons pas voté le Traité européen ni la règle d'or, ni le programme européen de stabilité car nous considérons que la construction d'une autre Europe est la mère des batailles pour sortir la France de l'impasse. Nous refusons la politique d'austérité, qui ne peut pas être transposable en France. Nous voulons un euro moins cher, un changement des statuts de la Banque centrale européenne (BCE) pour intégrer la croissance. Le MRC pense aussi qu'il faut organiser la mutation de la monnaie unique vers une monnaie commune pour conserver à chaque nation sa souplesse. Nous voulons enfin une réorientation de la construction européenne dans le dialogue avec l'Allemagne, qui n'exclut pas la confrontation. À l'Allemagne, il faut parler franc et franchement.

Si l'on veut sauver l'amitié franco-allemande, renonçons maintenant à la monnaie unique (Le Monde, 14 juin 2013)

 

Par Hans-Olaf Henkel (Ancien dirigeant d'entreprise. Professeur honoraire à l'université de Mannheim (Allemagne)

Le constat est indéniable : les relations franco-allemandes n'ont jamais été aussi tendues depuis soixante ans, époque où de Gaulle embrassait Adenauer. J'estime que cette dégradation doit être imputée principalement à l'euro. Moi qui en étais jadis un fervent partisan, je reconnais avoir commis là une faute professionnelle grave et je me rends à l'évidence : l'euro est désormais trop fort pour la France et trop faible pour l'Allemagne (…).

Le temps est venu de reconnaître que l'euro faillit non seulement à sa vocation économique mais à sa vocation politique. N'était-il pas censé contribuer à l'intégration européenne et à la paix ? Au lieu de cela, les divers plans de sauvetage de l'euro ont obligé l'Allemagne à endosser le rôle de bailleur de fonds, l'autorisant ainsi à sermonner ses débiteurs potentiels, dont la France. Les Français n'aiment pas qu'on leur donne des leçons, et pour cause : avant l'introduction de l'euro, le gouvernement allemand n'avait pas à s'ingérer dans la politique économique de ses voisins. Aujourd'hui, il semble se préoccuper davantage des privatisations grecques, de la dette publique italienne et des réformes françaises du travail que de ses propres problèmes intérieurs. L'Europe méridionale tenait jadis l'Allemagne dans le plus grand respect. Lors de la récente visite d'Angela Merkel à Athènes, il a fallu déployer 7 000 policiers pour assurer sa protection.

Le fossé entre les pays de la zone euro et les autres est de plus en plus alarmant. Seuls les Roumains sont encore désireux d'adopter la monnaie unique. L'éventualité d'une sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne n'est sans doute pas étrangère aux décisions prises au sein de la zone euro en vue de centraliser, d'égaliser et d'harmoniser. Avant que l'amitié franco-allemande n'en soit la victime collatérale, finissons-en avec la monnaie unique !

Traduit de l'anglais par Myriam Dennehy

Hans-Olaf Henkel, ancien dirigeant d'IBM en Allemagne, a présidé le Bundesverband der Deutschen Industrie, l'équivalent allemand de l'organisation patronale française, de 2000 à 2005.

 

 

Rappel : Gaël Brustier craint que la gauche paie la facture du pari sur la fracture - 11 juin 2013 et Gaël Brustier suggère à la gauche d'appliquer la pensée de Gramsci - 17 mars 2013

 

 

Cet article est le 141ème paru sur ce blog dans la catégorie Gauche France

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11 juin 2013 2 11 /06 /juin /2013 22:16

La division de la gauche crée sa perte, électoralement

 

Après plusieurs articles qui ont mis en évidence la nécessité pour la gauche de se rassembler*, voici la contribution de Gaël Brustier, chercheur en politique, publiée le 9 juin 2013 sur le site Rue89, sous le titre :

  Mélenchon-PS : pourquoi tant de haine ?

 

Un tweet de Jean-Luc Mélenchon a révélé que, malgré la mort d’un jeune homme, la guerre des appareils partisans reprenait ses droits très vite : « Aux rassemblements, tenez-vous à distance du PS qui a trop assimilé le PG à l’extrême droite. Pas d’amnésie sur l’amnistie. »

 

JL-M-lenchon-Laval-23-10-08.jpgLe Parti de Gauche (PG) est né d’une scission nocturne du Parti Socialiste en novembre 2008. « Ça suffit comme ça ! » avait lancé son leader (photo Michel Sorin : à Laval, le 23 octobre 2008, Jean-Luc Mélenchon m'annonce confidentiellement qu'il va quitter le PS dans 15 jours), las, après trente années de participation à la vie du PS, de guerres d’appareils qui l’avaient marginalisé autant qu’elles avaient mis de côté tout aggiornamento idéologique. Pari risqué s’il en était et dont on doit reconnaître qu’il s’est plutôt bien acquitté jusqu’à l’élection présidentielle, fédérant la « gauche de la gauche » et marginalisant les groupes anti-capitalistes.

Les scissions du PS ont échoué

Historiquement, de toutes les scissions du Parti Socialiste, aucune n’a réussi (si l’on fait abstraction du Congrès de Tours de décembre 1920 qui donna naissance au Parti Communiste) :

  • Le Parti Socialiste de France des néo-socialistes (juillet 1933) a terminé comme l’on sait (dans la collaboration avec les Allemands) – après retour au bercail de ses éléments les plus modérés.
  • Le PSA-PSU de Depreux (né en 1958 du refus de la Guerre d’Algérie et du soutien de la SFIO au Général de Gaulle) a terminé fondu dans un magma « rouge et vert » après deux décennies d’agonie.
  • Le Mouvement des Citoyens (MDC, scission de 1992-93) de Jean-Pierre Chevènement a intégré la majorité de François Hollande après vingt ans de relations pour le moins complexes.

Il est très difficile de créer un parti socialiste idéal à coté du Parti Socialiste réel. Ces trois scissions historiques nous le rappellent.

« Ânonner des slogans extrémistes »

La tentative du Parti de Gauche avait jusqu’ici une originalité : elle pouvait être resituée dans un mouvement d’ampleur européenne, dans la reconfiguration de la gauche radicale en Europe. C’est cette dimension qui est intéressante et qui peut déterminer l’avenir de la gauche radicale comme de la social-démocratie en France comme en Europe.

Jean-Luc Mélenchon déclarait (dans Le Monde du 28 mai 2010) : « Il s’agit de prendre la majorité à gauche, et cela est radicalement impossible si l’on se contente d’ânonner des slogans extrémistes anti-tout et anti-tout le monde en se montrant incapable de s’entendre avec qui que ce soit dans quelques conditions que ce soit. »

On pouvait penser que l’option stratégique choisie par Jean-Luc Mélenchon serait de favoriser une modification du rapport de forces entre gauche radicale et social-démocratie et non l’entrée en guerre contre cette dernière.

Amérique latine

La Gauche radicale en Europe évolue. Elle a de jeunes animateurs talentueux dans nombre de pays : Alexis Tsipras en Grèce, Alberto Garzon Espinosa en Espagne... Certains sont venus à la politique

  • par les Forums sociaux internationaux (mondiaux ou européens),
  • d’autres sont issus du post-communisme,
  • d’autres encore sont issus de l’aile gauche de la social-démocratie.

Beaucoup ont voyagé en Amérique latine, parfois y ont-ils séjourné et croisé d’autres jeunes responsables dont, par exemple, Rafael Correa, actuel Président de l’Equateur. Dans bien des pays, les scores de la gauche radicale progressent.

Le « marqueur communiste »

Reste à savoir ce qu’est la gauche radicale et où elle peut aller. Comme le souligne fort justement Gerassimos Moschonas de l’Université Panteion d’Athènes, le « marqueur communiste » représente la « centralité perdue » de cette gauche radicale. Avec l’effondrement du communisme, place est laissée à une myriade de mouvements qui naissent des échecs conjugués du communisme, du néolibéralisme et… de la social-démocratie.

Moschonas constate d’ailleurs que le communisme a perdu sa capacité de polarisation, d’un point de vue idéologique ou partidaire. Ce qui ne signifie pas que ces partis fortement enracinés, dotés d’une solide culture politique et de réseaux de militants et d’élus encore souvent denses, soient impuissants. Les partis communistes sont une composante de ces reconfigurations que représentent les gauches radicales mais n’en ont pas le leadership exclusif.

La question de l’intégration européenne

C’est la question de l’intégration européenne qui a amené les gauches radicales à évoluer, leur fournit un puissant moteur et, dans le même temps, quelques ferments de division. Le « Non de gauche » du 29 mai 2005 a servi à unifier différentes tendances de gauche, dans une ébauche de recomposition politique autant qu’il a mis en évidence des divergences politiques profondes.

Dans son analyse des recompositions de la gauche radicale, Moschonas relève : « Paradoxalement, la gauche radicale s’est faite plus “ amicale ” envers l’Europe dans une période où l’Europe devenait, par son poids accru et sa logique libérale, plus “ inamicale ” envers la gauche. »

En Grèce, Synaspismos, concurrent du très orthodoxe KKE, a eu longtemps la réputation d’être un mouvement de gauche radicale « pro-européen » alors que le KKE multipliait les prises de position hostiles à l’intégration européenne. Au sein même de Syriza, les débats sur l’euro sont encore vifs.

Deux attitudes au sein de la gauche radicale

Ces fractures internes aux gauches radicales européennes ne doivent pas éclipser qu’elles parviennent néanmoins à profiter électoralement des difficultés de la social-démocratie, embourbée dans les contraintes de l’Union européenne et confrontées à un amoindrissement évident du pouvoir d’Etat. Souvent contrainte au verbalisme, la social-démocratie européenne s’essouffle.

On constate aujourd’hui deux attitudes au sein de la gauche radicale :

  • L’une consiste à accepter l’alliance (locale au moins) avec la social-démocratie, soit dans un but de pure gestion locale soit dans le but d’influencer celle-ci.
  • L’autre fait le pari d’une submersion de la social-démocratie par la gauche radicale.

Du côté de la social-démocratie, certains cherchent une rupture définitive avec la gauche radicale, alors que les faiblesses des partis sociaux-démocrates apparaissent au grand jour à mesure que les effets de la crise se déploient.

Le pari sur la fracture

Si la social-démocratie n’est pas un « logiciel figé » comme le dit avec justesse Fabien Escalona, elle doit néanmoins régler « deux impensés problématiques : celui du compromis et celui du productivisme ».

L’évolution du capitalisme et la question environnementale lui imposent de penser ces nouveaux enjeux, autrement qu’en assénant un discours impuissant sur le « vivre-ensemble » ou en « green-washant » ses différentes prises de positions.

L’avenir dira si la Gauche radicale surmontera les difficultés liées à son rapport à l’Union européenne et si, de son côté, la social-démocratie réglera ses impensés.

Pour l’heure, ce qui explique la haine réciproque de Jean-Luc Mélenchon et de l’aile droite du PS, c’est le pari sur la fracture. Pari partagé. Le pari sur la fracture, c’est pourtant toute la gauche qui en paiera la facture. Engager une fracture irrémédiable avec la social-démocratie c’est rendre impossible tout combat culturel véritable contre les droites, c’est se condamner pour les deux camps à ne pas régler leurs contradictions, à camper sur des postures et à laisser la voie libre aux droites.

Jean-Luc Mélenchon n’est pas andalou

D’un point de vue purement électoraliste, une gauche désunie n’intéresse pas l’électeur. Face à une gauche fratricide, l’électeur préférera rester chez lui et laissera les appareils se mener des guerres picrocholines qu’il se refusera à départager dans l’isoloir. Le différentiel d’abstention entre ouvriers aux « valeurs » de gauche et ouvriers aux « valeurs » de droite est là pour démontrer qu’une partie de son électorat potentiel s’est déjà structurellement détourné des urnes.

La trajectoire des gauches radicales n’est pas encore écrite. Il n’y a pas de stratégie unique.

En Andalousie, Izquierda Unida a permis au PSOE, minoritaire dans cette région historiquement de gauche de conserver la majorité. Le rapport de forces entre gauche radicale et social-démocratie commence à changer en Espagne. Izquierda Unida semble, pour sa part, faire l’économie des insultes. Mais Jean-Luc Mélenchon n’est pas andalou et il fait, quant à lui, le pari de la submersion. C’est un choix politique, délibéré. Les mots qu’il adresse au Parti Socialiste sont choisis, pensés et l’on sait l’homme suffisamment cultivé pour ne pas, à l’aune de l’Histoire, mesurer très exactement les implications possibles du pari qui est le sien.

 

* Rappel : Alain Gély confirme que Jean-Luc Mélenchon n'est pas un rassembleur - 13 mai 2013

Le tribun Mélenchon cite Jaurès mais n'en a pas l'esprit rassembleur - 11 mai 2013

Gaël Brustier suggère à la gauche d'appliquer la pensée de Gramsci - 17 mars 2013 

 

Cet article est le 140ème paru sur ce blog dans la catégorie Gauche France

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13 mai 2013 1 13 /05 /mai /2013 22:52

Adversaire le plus souvent de la gauche républicaine

 

Depuis la publication de l’article Le tribun Mélenchon cite Jaurès mais n'en a pas l'esprit rassembleur - 11 mai 2013, j’ai reçu le commentaire du militant MRC et CGT de Paris, économiste statisticien, Alain Gély.

 

Il exprime ses réserves à l’égard du tribun Jean-Luc Mélenchon, sans la moindre agressivité. C’est seulement un constat de désaccord et il précise qu’il ne souhaite pas s’éterniser sur le « cas Mélenchon », préférant privilégier ses capacités de critique contre le « système » plutôt que contre ceux qui le critiquent en se réclamant de la gauche républicaine. Voici ce qu’il m’a écrit hier, 12 mai, souhaitant apporter les précisions suivantes. 

 

- Mélenchon, venu de l'extrême-gauche et devenu bureaucrate miterrandiste dans l'Essonne, a été en réalité un adversaire de la ligne de gauche au sein du PS, proposée notamment par le CERES puis par Socialisme et République, notamment lors du "virage libéral" de la gauche en 1982-83

 

- le prétexte du combat de Mélenchon contre la gauche républicaine à ce moment décisif est sa vision gauchiste de l'internationalisme : la sortie du Système monétaire européen était présentée à l'époque par Delors  Mauroy Rocard... et Mélenchon comme une rupture avec l'Europe, un repli nationaliste etc. alors que c'était le seul moyen de mener une politique de gauche au lieu d'ouvrir cette "parenthèse libérale", acceptant les inégalités et la domination outrancière de la finance, dont le PS et la France ne sont pas encore sortis ;

 

- c'est la même approche erronée de l'internationalisme - bizarrement confondu avec l'européisme alors que celui-ci n'est que le faux nez du libéralisme - qui l'a conduit à être un des adversaires les plus perfides du Non à Maastricht en 1992 , laissant Chevènement seul au sein du PS à mener ce combat, alors que ce traité consacrait à l'évidence le triomphe du libéralisme financier et la soumission de l'Europe et de la France à l'ordre néolibéral et atlantiste ;

 

- l'internationalisme traditionnel s'accompagne souvent du pacifisme : ceci l'avait conduit à rejeter, à juste titre, la guerre du Golfe en 1991 ; mais l'antimilitarisme qui semble la caractériser aujourd'hui dans son rejet de l'action en Afrique ne me semble pas compatible avec une politique de gauche responsable ; en effet, une telle politique exige que soit maintenue ou reconstituée la souveraineté nationale, pacifique mais pas pacifiste, adaptée au monde tel qu'il est et non à celui qu'on espère ; or, cette souveraineté n'est pas compatible avec le fait de se placer sous la protection des Etats-Unis ou de toute autre puissance ;

 

- concernant le républicanisme de JLM, présenté comme incontestable, je suis sceptique ; là encore, je m'en réfère aux faits, aux prises de position qui ont un impact dans les moments de choix réels et non aux seules déclarations d'estrade ou de tribune : j'ai le souvenir de sa position à propos de la Corse ; il soutenait la politique de Jospin contre celle de Chevènement et disait même préférer perdre la Corse que la République, comme si le fait de livrer la Corse aux nationalistes ethniques ne constituait pas un affaiblissement de la République !  http://discours.vie-publique.fr/notices/003002416.html  ;

 

- JLM a, au contraire de 1992, fait enfin le bon choix en 2005 lors du referendum sur le traité constitutionnel européen... mais sur des bases très contestables puisqu'il appelait (et appelle encore semble-t-il) de ses voeux une Europe fédérale, radicalement incompatible avec la souveraineté populaire et nationale qu'il ne faut pas affaiblir mais au contraire rétablir en retrouvant certains attributs délaissés da la souveraineté, dont la politique monétaire ;

 

Au total, ses choix passés et, semble-t-il, ses pratiques personnelles ne désignent en rien JLM comme un rassembleur ; il a presque toujours été un adversaire de ceux qui tentaient de maintenir une ligne de gauche au sein du PS entre 1981 et 1993 puis de Chevènement et du MDC en 2001-2002 (tenant même de prendre la circonscription de Georges Sarre quand il l'a vu en difficulté au printemps 2002) ; après être resté au PS jusqu'en 2008, assumant de fait les politiques de ce parti jusqu'alors, il semble en avoir fait son adversaire principal, alors que rien de nouveau ne le justitfie, au contraire, et que les adversaires à combattre sont les inégalités, le libéralisme financier et le nationalisme ethnique.

 

Cet article est le 139ème paru sur ce blog dans la catégorie Gauche France

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11 mai 2013 6 11 /05 /mai /2013 20:39

C’est la gauche dans son ensemble qui doit gagner

 

Jean-Luc Mélenchon doit mettre son talent au service de la gauche, afin qu’elle réussisse, rassemblée. La voir divisée, comme c’est le cas actuellement, désespère son électorat potentiel. Cela fait le jeu de la droite et de l’extrême droite.

 

En 2010, j’avais comparé les deux personnalités politiques que sont Mélenchon et Chevènement. J’ai connu les deux mais en étant, depuis 40 ans, très proche du second (sauf entre 1993 et 2001 - j’étais resté au PS, ne l’ayant pas suivi au Mouvement des Citoyens). A aucun moment, je ne les ai vus alliés. Chacun met d’abord l’accent sur ce qui les sépare.

- Quand j’ai rencontré Jean-Luc Mélenchon, le 23 octobre 2008, à Laval - où il était venu soutenir Hervé Eon, le porteur de la pancarte « casse-toi, pov’ con », poursuivi en justice pour offense au chef de l’Etat - ses premiers mots étaient pour souligner son désaccord avec Jean-Pierre Chevènement. Il m’avait, ensuite, confié le caractère imminent de son départ du PS.

 - J’ai aussi le souvenir, après l’élection présidentielle de 2002, sur les ondes de France Inter, des déclarations fracassantes de Mélenchon, appelant au dépassement de la conception républicaine de Chevènement, et ne craignant pas d’affirmer que celui-ci avait fait son temps. J’en avais été meurtri.

 

En fait, s’ils sont tous les deux républicains de gauche, ils ne le sont pas de la même façon. Voir Chevènement et Mélenchon : deux républicains, vus par Michel Sorin - 22 avril 2010. 

 

Ce qui importe, au-delà de leurs différences, c’est leur contribution à la réussite de la gauche.

 

Université d'été MRC 2010 003 TL’un et l’autre ont fait savoir qu’ils accepteraient d’être premier ministre, si Hollande le leur demandait.

Voir Chevènement accepterait de conduire un gouvernement de salut public - 27 avril 2013 et Mélenchon : « Si Hollande me propose d'être Premier ministre, j’y vais immédiatement » (RMC, 3 mai 2013).

 

JL-M-lenchon-Laval-23-10-08.jpgL’un et l’autre se réfèrent à Jean Jaurès (voir Jean-Pierre Fourré a raconté Jean Jaurès à Saint-Berthevin le 2 février - 13 février 2012). Mais est-ce le même Jaurès ? 

 

Jean-Paul Damaggio aime bien Mélenchon, ce qui ne l’a pas empêché d’effectuer une analyse critique de ses déclarations. Voir, sur le blog « La Sociale » : Mélenchon aime citer Jaurès (9 mai 2013).

 

(…) Aujourd’hui Mélenchon et le Parti de Gauche aiment parsemer leurs discours et leurs textes de citations de Jaurès. C’est ainsi que Mélenchon a terminé son intervention du 5 mai 2013 par ce socialiste célèbre. Ceci m’incite à écrire cet article qui ne va pas me faire des amis car, quand on a la chance d’avoir un tribun qui relance l’espoir démocratique, il vaut mieux l’encenser. Je me contente d’avancer quelques faits; donc merci de juger les faits et non d’inventer des intentions…

 

Mélenchon et le culte du chef (…)

Mélenchon au-dessus des partis (…)

Mélenchon et l’ancrage politique (…)

Mélenchon et l’analyse du capitalisme actuel (…)

Mélenchon et la Sixième République (…)

 

Conclusion : Nous avons beaucoup à apprendre des combats de Jaurès, de sa méthode, de sa fermeté, de sa clarté mais pas à des fins utilitaires. Et j’ose espérer que Mélenchon lui-même a beaucoup à apprendre des uns et des autres et autant de ses laudateurs que de ses critiques. La révolution qu’il appelle de ses vœux ne sortira pas de sa tête, mais d’un mouvement social avec lequel nous devons chercher à construire notre propre conscience pour avancer pas à pas dans la lutte des classes.

 

Cet article est le 138ème paru sur ce blog dans la catégorie Gauche France

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10 mai 2013 5 10 /05 /mai /2013 21:47

Les militants socialistes étaient présents sur le terrain

 

Il y a 40 ans, le 4 mai 1973, nous étions 12 à Saint-Berthevin - près de Laval, en Mayenne - réunis chez Michelle et Daniel Legay ce soir-là afin de créer une nouvelle section du Parti socialiste.

 

Cette date avait été choisie en fonction de la disponibilité de Francis Bour, ancien directeur de cabinet du ministre Robert Buron (Wikipédia). Celui-ci était décédé le 28 avril 1973 et sa sépulture avait eu lieu à Villaines-la-Juhel le 3 mai, en présence de François Mitterrand. Francis Bour était adhérent du PS depuis le congrès d’Epinay-sur-Seine, en 1971, comme Robert Buron (Céas53), auteur du discours de clôture de ce congrès qui a profondément marqué l’histoire du socialisme en France.

Le 18 mars 1971, Robert Buron participe à Paris à un grand meeting d'union de la gauche avec les dirigeants du PCF et du Parti socialiste. Il lance un appel aux chrétiens à rallier la gauche. Robert Buron participe au congrès d'Épinay du Parti socialiste en 1971. Sa motion Vie nouvelle- Objectif 72 recueille 1,5 % des suffrages. Il est maire de Laval de 1971 à sa mort en 1973 (Wikipédia).

 

Michelle Legay, conseillère municipale de Saint-Berthevin depuis 1971, élue dans l’équipe du maire (centre droit), Bernard Le Godais, souhaitait bénéficier des réflexions d’une section PS et amorcer une opposition municipale. C’est, à sa demande, que j’ai été élu secrétaire de section, après m’être engagé à habiter Saint-Berthevin, ce qui fut fait rapidement.

 

La section PS de Saint-Berthevin a travaillé sur les questions de politique nationale mais aussi municipale. Le dimanche 26 octobre 1975, elle organisait un déplacement en car à Hérouville-Saint-Clair (Calvados), près de Caen, afin d’étudier l’action d’une municipalité socialiste (majorité d’union de la gauche depuis 1971). En 1976, elle soutenait la lutte des travailleurs de l’entreprise Gruau et préparait une liste en vue des élections municipales de mars 1977. C’était une première pour la gauche à Saint-Berthevin. La liste d’union de la gauche (PS-PCF) était arrivée en 3ème position mais c’était une bonne façon de marquer son territoire électoral.

 

Au niveau national, les élections législatives en 1978 étaient gagnables par la gauche mais finalement perdues en raison de divisions, à l’initiative du Parti communiste. Il fallut attendre 1981 pour voir la gauche réussir à l’élection présidentielle, à la 3ème tentative (après 1965 et 1974) de François Mitterrand (Wikipédia), alors qu’il n’était plus très jeune (64 ans).

(…) À force d'opiniâtreté et grâce à son habileté de stratège, il a néanmoins réussi à s'imposer comme chef de file de la gauche non communiste. D'abord en s'affirmant comme principal opposant au général De Gaulle en 1965. Ensuite, en prenant le contrôle du Parti socialiste, au cours du congrès d'Épinay en 1971, en s'appuyant à la fois sur l'aile droite (motion Mauroy/Gaston Defferre) et l'aile gauche (motion Chevènement) du parti. L'année suivante, l'Union de la gauche, stratégie poursuivie par Mitterrand depuis le début des années 1960, se concrétise avec l'adoption d'un programme commun de gouvernement par le Parti socialiste, le Parti communiste français, et le Mouvement des radicaux de gauche, portant notamment sur les nationalisations, la réduction du temps de travail et le désarmement nucléaire (…)

Malgré la défaite sur le fil de François Mitterrand à l'élection présidentielle en 1974, la dynamique électorale du PS est bien enclenchée dans les années 1970 (…). La rupture entre les deux partis est consommée lors de la renégociation du programme commun en 1977 (…).

 

J’ai vécu l’élection présidentielle en tant que mandataire départemental de François Mitterrand. Depuis le congrès de Metz, en 1979, étant à la tête du courant CERES (Chevènement), majoritaire en Mayenne en alliance avec le courant Mitterrand (les motions Mauroy et Rocard étant minoritaires, ensemble), j’étais responsable départemental et cela durera jusqu’au congrès de Bourg-en-Bresse, en 1983.

 

Résultats. Voir Élection présidentielle française de 1981 - Wikipédia

(…) Mitterrand a obtenu 51,76 % des voix exprimées, choisi par 15 708 602 électeurs, soit 1 065 956 de plus que son adversaire, et 8 202 302 de mieux que son résultat du premier tour, quand Valéry Giscard d'Estaing n'a rallié que 6 419 874 nouveaux électeurs. Par rapport au second tour de 1974, le score du candidat socialiste s'est amélioré de 2 736 658 votes. Le taux d'abstention (14,13 %) a été faible : par rapport au premier tour, 1 733 470 électeurs supplémentaires se sont déplacés. Les votes blancs et nuls ont doublé entre les deux tours. François Mitterrand a avant tout bénéficié d'un bon report de voix : 92 % des communistes, 53 % des écologistes, et 18 % des gaullistes selon la Sofres. François Mitterrand a remporté la majorité dans 65 départements de la France métropolitaine ; il en a conquis 25 de plus qu'en 1974. Les différences catégorielles entre l'électorat de Mitterrand et celui de Giscard d'Estaing ne sont pas très marquées. On peut néanmoins noter que, en moyenne, l'électeur de gauche est légèrement plus masculin, jeune et salarié que l'électeur moyen de droite  (…).

 

Commentaires 30 ans après

 

10 mai 1981 : les leçons d'une victoire (Le Monde, Jean-Noël Jeanneney, 7 mai 2011)

 

Dans un article qui aurait pu porter le titre d'un de ses livres, Leçon d'histoire pour une gauche au pouvoir, le président du conseil scientifique de l'Institut François-Mitterrand explique pourquoi, selon lui, le premier secrétaire du Parti socialiste l'a emporté en 1981 : la "maîtrise des rythmes", d'abord, autrement dit "l'art de réinjecter de la lenteur dans la vie publique". L'homme qui voulait "donner du temps au temps", rappelle l'historien, savait "créer lui-même l'événement sans se le laisser imposer". Il s'est déclaré tardivement candidat (le 8 novembre 1980), puis a fait une campagne courte. Bref, il ne s'est pas épuisé, et a su éviter d'épuiser l'opinion. Les souvenirs de Jean Glavany à propos de la campagne de 1981, racontés quelques pages plus loin, vont dans le même sens - et rappellent au passage quelques éléments de bon sens sur l'usage des sondages en période électorale.

Aux autres ingrédients de la victoire - un ancrage résolument à gauche et une capacité à "faire confiance aux vertus de sa propre pédagogie", au risque de prendre l'opinion à revers (ce qui fut le cas à propos de la peine de mort) -, Jean-Noël Jeanneney ajoute une autre réflexion, elle plutôt inspirée par les échecs postérieurs à 1981 : les socialistes, selon lui, auraient dû constituer à l'époque où ils étaient dans l'opposition une sorte de "contre-gouvernement", à la manière des Britanniques. Gage d'efficacité pour les lendemains de victoire, il s'agit, dit-il, d'un besoin "impérieux" aujourd'hui.

 

10 mai 1981, triste anniversaire  (Le Monde Diplomatique, Serge Halimi, 10 mai 2011)  

(…) En définitive, la question n’est pas tant de savoir, trente ans après, si les socialistes ont « échoué » ou s’ils ont « réussi ». Ils ont échoué sur le front de l’emploi et sur celui de l’égalité sociale. Ils ont réussi sur ceux de l’inflation et des taux de profit. Le problème, c’est qu’on attendait d’eux qu’ils livrent la première bataille, pas qu’ils remportent la seconde.

 

La refondation socialiste en France passe par une profonde réorientation de l’Europe

 

Ayant vu de près comment le PS s’est éloigné des idées qui l’avaient amené aux responsabilités en 1981 - Mitterrand a délaissé le socialisme pour se réfugier dans la perspective européenne - et comment les peuples ont perdu la main dans cette Europe néolibérale dépourvue de sens et de cap, je suis persuadé qu’une politique de gauche n’est possible en France qu’en imposant à l’Europe une remise à plat de son identité dévoyée, en insufflant le retour de la démocratie et le respect des souverainetés nationales.

Voir Les socialistes, les altermondialistes et les autres (Gaël Brustier, Edition Bruno Leprince, 2008 - commentaires de Samir Amin, Le Monde Diplomatique, décembre 2008)

Ce livre, qui analyse les raisons de l’abandon d’un projet socialiste en France, met d’emblée en cause l’adoption d’une « idéologie européaniste ». Conçue pour rendre le socialisme illégitime, voire illégal, cette idéologie de substitution annihile tout espoir social. De surcroît, plus l’Europe sera capitaliste, moins son capitalisme sera européen. L’atlantisme, indissociable de l’européanisme, ruine toute perspective internationaliste des travailleurs et des peuples.

La refondation socialiste en France passe donc par la déconstruction de l’Europe. Il n’y a plus en France de parti des ouvriers et des employés (60 % de la nation) depuis que le Parti socialiste (PS) a choisi de ne s’adresser qu’aux classes moyennes. En contrepoint des thèses d’Antonio Negri, l’auteur invite les contre-pouvoirs à envisager l’exercice du pouvoir. Il propose une géopolitique alternative à l’euro-atlantisme fondée sur le rapprochement entre Paris, Berlin et Moscou, renforcée par des alliances avec les peuples d’Amérique latine. Peut-être pourrait-il prolonger l’axe de libération de la tutelle de Washington jusqu’à Pékin, et celle des alliances anti-impérialistes en direction des pays d’Asie et d’Afrique.

 

Voir Europe à refonder : Michel Sorin propose de créer des groupes CiViQ - 30 avril 2013

 

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17 mars 2013 7 17 /03 /mars /2013 23:15

Le divorce entre la gauche et le peuple est désespérant 

 

Les dix premiers mois au pouvoir du nouveau président de la République se soldent par une insatisfaction croissante de l’électorat de gauche qui a assuré la victoire de François Hollande. Deux Français sur trois sont mécontents et ont l’impression que le changement n’est pas au rendez-vous. Voir La popularité de Hollande chute encore (Le Monde, 17 mars 2013).

 

Récemment, les élections législatives en Italie ont confirmé le sentiment populaire de rejet des élites politiques qui continuent à ne rien vouloir changer comme si la crise n’avait pas été causée par la dérive du système financier avec la complicité des pouvoirs politiques au niveau européen. Comment est-ce possible ? C’est le moment de faire appel à la pensée de Gramsci, cet italien qui mettait l’indignation et la force de la raison pour changer le monde.

 

Voir Gramsci serait bien utile aujourd'hui à la gauche en Italie et en France - 2 mars 2013.

(…) Sa réflexion foisonnante aborde divers sujets : la religion, le fascisme, le mouvement ouvrier, la paysannerie, la philosophie, la linguistique, la littérature, la politique, l'idéologie, le droit. Il développe le concept d'hégémonie culturelle pour expliquer la domination de la bourgeoisie et celui de praxis en tant que moyen de lutte des masses.

 

Un jeune politologue (35 ans), Gaël Brustier - que j’ai bien connu au sein du Mouvement Républicain et Citoyen, entre 2004 et 2006, quand le MRC était présidé par Georges Sarre - s’appuie sur la pensée de Gramsci dans son livre récent La guerre culturelle aura bien lieu L’occidentalisme ou l’idéologie de la crise. Editions Mille et une nuits, série Essais, février 2013. Page de couverture.

 

La crise est omniprésente. Pourtant, ses conséquences idéologiques sont largement ignorées. Depuis près de quarante ans, toutes sortes de mouvements idéologiques et politiques ont vu le jour, ayant en commun de penser, dans des dimensions variables, que l'Occident vit un "déclin" et qu'il est menacé dans son existence même. Une idéologie - l'occidentalisme - s'est ainsi peu à peu imposée comme l'idéologie de la crise.
De la crise de la social-démocratie à l'émergence du néo-conservatisme, de la flambée des nouvelles droites populistes à l'apparition de l'hédonisme sécuritaire, de l'évolution des mouvements gays ou féministes au détournement de la laïcité, cette idéologie est devenue culturellement hégémonique sans que l'on s'en rende compte. Parsemée de contradictions, se nourrissant des paniques morales des populations de l'Occident face à l'immigration et voyant dans l'islam un danger imminent pour le mode de vie des pays d'Europe notamment, l'idéologie de la crise ne cesse de déterminer, nos débats de société et escamote les problèmes politiques économiques.
Dans cet univers du doute et de la peur, les gauches sont menacées de disparition. Elles assistent, impuissantes, au développement du spontanéisme droitier... Leur vieux fonds idéologique n'a plus guère de prise, elles sont au pied du mur, elles doivent se réinventer, en appliquant la leçon de Gramsci, car la guerre culturelle aura bien lieu.

 

De ce livre, Jean-Louis André - qui a été conseiller municipal de Chalon-sur-Saône de 2008 jusqu’à sa démission en 2011 - en a fait un résumé, que l’on trouve ici Lire à CHALON - La guerre culturelle aura bien lieu (27 février 2013).

 

Autres articles, concernant ce livre :

La gauche et la guerre des idées (Marianne, Aude Lancelin, 16 mars 2013)

La lutte des classes version XXIe siècle sera-t-elle une guerre culturelle ? (Regards-citoyens, 3 mars 2013)

La droite identitaire à la barre (Le Monde, Gaël Brustier, 21 novembre 2012)

 

Autres livres de Gaël Brustier :

Paniques morales face aux populations issues de l'immigration islamique, crise de l'État-nation dans l'intégration européenne ou hantise du déclassement de la civilisation européenne semblent nourrir constamment l'émergence de mouvements contestataires à l'intérieur d'une droite en recomposition permanente. C'est tout un pan des sensibilités politiques qui s'est laissé déporter par cette puissante dynamique.

Combinant conservatisme et esprit contestataire, monopolisant la définition du débat politique, la droite a gagné le combat pour l'hégémonie culturelle dans les sociétés occidentales, poussant aussi bien les droites conservatrices que les droites extrêmes à opérer de nombreuses mutations.

Les auteurs exposent avec une grande concision les spécificités de la droitisation actuelle, qu'ils observent non seulement aux États-Unis, avec les Tea Parties, mais aussi en Italie, en Allemagne, en Espagne, en Belgique et aux Pays-Bas, en Suisse, en Suède... dans un véritable tour d'Europe, avant d'étudier le cas particulier de la France.

 

Le livre plonge dans l'histoire des néo-conservateurs américains, ces démocrates ralliés à Reagan à la fin des années 1970 : ce sont eux, avec les théoriciens du thatchérisme, qui, sur la base d'un anticommunisme et d'un anti-gauchisme farouches, ont pensé et réussi à propager leur conception droitière dans les années 80 et 90... jusqu'à la flambée qui a atteint l'Europe continentale dans les années 2000.

Pourquoi les hommes politiques ne comprennent-ils plus la société française ? Depuis trente ans, les changements profonds que la France a connus ont conduit à une rupture entre les élites et le peuple... Une gauche enfermée dans les centres-villes a perdu le contact avec son électorat traditionnel populaire. Elle ne sait plus où il se trouve. Pour redonner du sens à une politique au service des couches populaires, les auteurs de Recherche le peuple désespérément ont analysé la géographie sociale de la France d'aujourd'hui. Des centres de nos villes aux zones rurales en passant par les banlieues ou les quartiers pavillonnaires, les auteurs entraînent le lecteur à la redécouverte d'une France qui réserve bien des surprises. Conçu comme un manuel de survie pour une gauche en péril ou pour les républicains soucieux de voir leur pays renouer avec son histoire, cet essai est un outil indispensable et original pour tous ceux qui croient encore que le peuple est au coeur de toute démocratie.

 

Les socialistes, les altermondialistes et les autres (Gaël Brustier, Edition Bruno Leprince, 2008. Commentaires de Samir Amin, Le Monde Diplomatique, décembre 2008)

 

Ce livre, qui analyse les raisons de l’abandon d’un projet socialiste en France, met d’emblée en cause l’adoption d’une « idéologie européaniste ». Conçue pour rendre le socialisme illégitime, voire illégal, cette idéologie de substitution annihile tout espoir social. De surcroît, plus l’Europe sera capitaliste, moins son capitalisme sera européen. L’atlantisme, indissociable de l’européanisme, ruine toute perspective internationaliste des travailleurs et des peuples. La refondation socialiste en France passe donc par la déconstruction de l’Europe. Il n’y a plus en France de parti des ouvriers et des employés (60 % de la nation) depuis que le Parti socialiste (PS) a choisi de ne s’adresser qu’aux classes moyennes. En contrepoint des thèses d’Antonio Negri, l’auteur invite les contre-pouvoirs à envisager l’exercice du pouvoir. Il propose une géopolitique alternative à l’euro-atlantisme fondée sur le rapprochement entre Paris, Berlin et Moscou, renforcée par des alliances avec les peuples d’Amérique latine. Peut-être pourrait-il prolonger l’axe de libération de la tutelle de Washington jusqu’à Pékin, et celle des alliances anti-impérialistes en direction des pays d’Asie et d’Afrique.

 

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19 octobre 2012 5 19 /10 /octobre /2012 22:48

L'amorce d'une révolution morale et sociale…

 

Il persiste et signe… Dans le Nouvel Observateur daté du 1er mars 2012, le démographe et politologue, Emmanuel Todd, affirmait « Grâce à sa "souplesse d'esprit" et sous la pression des classes moyennes et supérieures, le candidat socialiste ne sera pas un nouveau Mitterrand ».

Voir Emmanuel Todd : "Je parie sur l'hollandisme révolutionnaire !" et l’article publié le 9 mars 2012 S'il était élu, le président François Hollande ferait ce qu'il a annoncé

Durant la présidentielle, mon hypothèse était - et reste - que François Hollande commencerait son quinquennat de manière relativement conventionnelle - sur l'Europe, nous sommes servis - tout en marquant son attachement aux valeurs d'égalité - tout va bien de ce côté, la presse de droite hurle «Maman !» parce que les classes moyennes supérieures vont payer des impôts supplémentaires. Mais, au bout d'un an ou deux, Hollande devra opérer le tournant radical rendu inévitable par l'approfondissement de la crise. Je m'en tiens à ce parallèle inversé : nous sommes encore dans la phase conformiste de l'hollandisme. Et je discerne quand même déjà des aspects positifs, dont certains constituent l'amorce d'une révolution morale et sociale...

Cet extrait de l’article paru dans le n° 808 de Marianne du 13 octobre 2012 le confirme : Emmanuel Todd ne retire rien en octobre de ses propos de mars. C’est un long entretien avec Philippe Cohen et Aude Lancelin paru le 16 octobre sur le site Marianne2. En voici deux extraits significatifs.

Cinq mois après la victoire de la gauche, l'intellectuel antisarkozyste le plus écouté du précédent quinquennat dresse en exclusivité pour «Marianne» un premier bilan de la présidence socialiste.

Emmanuel Todd : Dans cinq ans, Hollande sera un géant ou un nain 

 

Marianne : Le moral du pays est au plus bas et nous sommes en plein «Hollande blues». Les critiques viennent de la droite, ce qui est logique, mais aussi des médias et de la gauche. Vous avez exprimé l'idée, durant la campagne électorale, que François Hollande pourrait devenir un Roosevelt français. On n'y est pas, non ?

Emmanuel Todd : Ce blues est journalistiquement correct, mais historiquement absurde. Je suis historien et toujours dans le bonheur d'être débarrassé de Sarkozy. C'est quand même quelque chose qu'on peut déguster, non ? Si le président sorti avait été réélu, nous ne pourrions pas aujourd'hui débattre des problèmes économiques de la France. Nous serions encore en train de piapiater sur l'identité nationale, les Roms, les musulmans, les enseignants, les chômeurs et autres boucs émissaires, oubliant la débâcle industrielle et le déficit commercial. Vous vous rendez compte qu'Hollande a gagné la présidentielle malgré l'affaire Merah, malgré l'affaire du droit de vote des étrangers aux élections locales ? Comment être pessimiste dans ce pays qui a compris que les ultrariches, plutôt que les pauvres, les fonctionnaires ou les étrangers, étaient responsables de la crise, dans cette nation qui a rejeté, il y a cinq mois, le côté obscur de la force. S'il le veut, quand il le voudra, Hollande pourra s'appuyer sur des forces sociales profondes et positives.

Je voudrais rappeler comment mon hypothèse d'un «hollandisme révolutionnaire» avait été formulée pour maintenir sa validité : j'avais évoqué un mitterrandisme à l'envers. En 1981, Mitterrand arrive au pouvoir avec un programme très à gauche, de nationalisations, d'augmentations des salaires et des avantages sociaux. En 1983, tournant de la rigueur, adhésion du socialisme français au néolibéralisme, probablement inévitable dans le contexte mondial.

Durant la présidentielle, mon hypothèse était - et reste - que François Hollande commencerait son quinquennat de manière relativement conventionnelle - sur l'Europe, nous sommes servis - tout en marquant son attachement aux valeurs d'égalité - tout va bien de ce côté, la presse de droite hurle «Maman !» parce que les classes moyennes supérieures vont payer des impôts supplémentaires. Mais, au bout d'un an ou deux, Hollande devra opérer le tournant radical rendu inévitable par l'approfondissement de la crise. Je m'en tiens à ce parallèle inversé : nous sommes encore dans la phase conformiste de l'hollandisme. Et je discerne quand même déjà des aspects positifs, dont certains constituent l'amorce d'une révolution morale et sociale... (…)

Ne pensez-vous pas quand même que ces économistes américains sont plus réalistes que les fanatiques de la rigueur quand ils parlent de l'économie de marché ?

E.T. : Ils sont particulièrement inutiles en Europe. Le gouvernement français ne maîtrise plus l'outil monétaire - merci, l'euro -, et toute relance serait nécessairement financée par l'emprunt. Mais, la relance par l'emprunt, c'est la politique qu'adorent les riches et les banques. Le monde entier souffre d'une suraccumulation de richesses en haut de la structure sociale. Il est rempli de nantis qui ne savent plus quoi faire de leur pognon et qui rêvent de prêter aux Etats. La politique de rigueur actuelle ne s'attaque pas en priorité à l'éducation et aux services sociaux, elle tente d'augmenter les impôts des plus riches, elle est un pas en avant par rapport au conformisme relanciste. Avec Hollande, l'Etat ne supplie plus les riches de bien vouloir lui prêter de l'argent ; l'Etat réaffirme son droit à reprendre aux riches le trop d'argent qu'ils ont accumulé en tondant la société. Quelle merveilleuse pédagogie démocratique !

Certes, mais l'austérité aujourd'hui imposée en Europe n'est-elle pas suicidaire ?

E.T. : C'est une évidence : la politique menée avec tous les autres Européens va précipiter la crise du système. Mais Hollande ne pourra bouger dans le bon sens qu'une fois le désastre accompli, mettons, à 4 millions de chômeurs. Il est élu pour cinq ans et, au rythme actuel, nous y serons avant. La cruelle vérité, c'est qu'aucune politique économique ne peut marcher si on laisse en l'état deux règles du jeu économique : l'euro et le libre-échange intégral.

Etes-vous devenu favorable à une sortie de l'euro ?

E.T. : C'est un sujet sur lequel j'ai longtemps hésité. Je pensais tout d'abord, dans les années 90, que l'euro était impossible ; puis je me suis résigné ; ensuite je me suis dit qu'un protectionnisme mené à l'échelle européenne pourrait rendre l'euro viable. Nous devons désormais accepter la réalité : l'euro ne marche pas, il est essentiellement producteur de dysfonctions - ici je suis d'accord avec les économistes anglo-saxons, de gauche ou de droite. La déroute de l'industrie française, notre entrée en déficit commercial massif sont le produit des années euro. Cette invention monétaire multiplie les aberrations : les taux d'intérêt montent dans les pays faibles alors qu'il y a une surabondance d'épargne sur les marchés. Comment les socialistes auraient-ils le temps de penser une politique industrielle si l'activité principale des gouvernements européens est de sauver une monnaie qui ne marche pas ?

L'euro ne marchera jamais. Il faut être lâche, corrompu ou schizophrène pour ne pas l'admettre - l'idéologie permet d'être les trois à la fois. La priorité, c'est la fin de l'euro. Il y a deux conditions pour que la présidence socialiste ne soit pas un désastre : sortir de l'euro et déclarer que des secteurs d'avenir technologiques, comme les énergies renouvelables, doivent être protégés comme les biens culturels.

Vous ne militez donc plus pour un protectionnisme européen ?

E.T. : Nous n'avons plus le temps d'y contraindre les Allemands. Après la fin de l'euro peut-être. Il y a une conséquence de la mondialisation que je n'avais pas vue venir - je ne suis pas le seul. Nous vivions un lieu commun : l'union fait la force, l'Europe sera plus puissante pour se défendre qu'un pays isolé. Mais la politique menée par l'Allemagne en Europe, ou par la Chine en Asie, montre que la globalisation ne jette pas, seulement ou même prioritairement, les émergents contre les développés. La globalisation conduit à l'affrontement entre voisins. Quand les Allemands mènent une politique de compression salariale pour abaisser le coût du travail, l'impact est nul sur l'économie chinoise, mais considérable pour ses partenaires de la zone euro. Quand la Chine manipule le yuan, c'est contre la Thaïlande, l'Indonésie ou le Brésil, ses concurrents en main-d'œuvre à bas coût. Ce que nous constatons, c'est une tendance des émergents à se battre entre eux et des développés à s'exterminer industriellement entre eux, avec comme objectif d'être le dernier à sombrer. Ce mécanisme a fait de la zone euro un piège, avec l'Allemagne, dont l'économie est la plus puissante, en renard dans le poulailler (…).
 

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11 juillet 2012 3 11 /07 /juillet /2012 22:06

Eviter à tout prix les effets d’image du congrès de Valence

 

François Hollande a en mémoire l’image qui avait été donnée par les médias du congrès PS de Valence en 1981, quelques mois après l’accession de la gauche au pouvoir d’Etat. Il n’est pas le seul. Lionel Jospin en garde certainement un souvenir amer. Je m’en souviens aussi.

Paul Quilès, qui avait été depuis 1979 mon responsable national aux fédérations départementales, avait été victime d’un détournement de sens de ses propos de tribune, ce qui le conduisait à faire des mises au point à la presse. Exemple.

Voir Congrès du PS: un peu d'histoire (blog de Paul Quilès). Mise au point sur ce qui s'est réellement passé au Congrès de Valence (23-25 octobre 1981). Extrait.

Le Parti socialiste, qui venait d’obtenir la majorité absolue au Parlement, vit son congrès proprement détourné. Et les socialistes assistèrent, impuissants, à une espèce de rapt idéologique : ils étaient devenus les spectateurs de leur propre congrès.  

 

C’est, je suppose, ce rappel historique qui est à l’origine de l’initiative de Martine Aubry et de Jean-Marc Ayrault de « verrouiller » le prochain congrès du Parti socialiste, qui aura lieu à Toulouse du 26 au 28 octobre 2012. Voir La gauche du PS coincée par la contribution commune Aubry-Ayrault (Le Monde, 11 juillet). Lire aussi Congrès du PS : les ministres priés de s'aligner sur une motion unique.

 

Il est clair que le trio Hollande-Ayrault-Aubry cherche à éviter le débat interne à propos de la ratification du pacte budgétaire européen, qui ne va pas manquer de raviver les divergences apparues lors de la ratification parlementaire du traité de Lisbonne en février 2008, prolongement du traité constitutionnel européen, rejeté par référendum le 29 mai 2005.

  

Par ailleurs, on a pu observer la volonté des proches de François Hollande d’affirmer leur suprématie au sein du parti. Voir l’appel de Stéphane Le Foll, ministre de l’agriculture, de l’agroalimentaire et de la forêt, (Le Parisien, 7 juillet 2012) Congrès du PS: Stéphane Le Foll appelle au rassemblement des socialistes, puis (Le Monde, 10 juillet) l’affirmation des orientations qui, selon lui, doivent être celles de l’ensemble des socialistes :

 

Comment poursuivre la rencontre du 6 mai entre la France et la gauche

 

La victoire du 6 mai n'est pas un aboutissement, c'est le début d'une histoire et d'une ligne politique nouvelle. Il faut en tirer toutes les conséquences. Dans une situation de crise sans équivalent depuis la seconde guerre mondiale, le peuple de France a remis son destin à la gauche de gouvernement. Le 6 mai, ce sont d'abord les valeurs de la République qui l'ont emporté, après une période quasiment sans précédent de stigmatisation et de division. Aussi, ce qui domine de manière très palpable, dans notre France diverse, c'est une forme d'apaisement, de réconciliation, encore fragile et à renforcer, mais déjà bien présente.

Nous devons réussir car il nous faudra travailler au moins dix ans. En cinq ans en effet, on peut abîmer profondément un pays. Dans les cinq prochaines années, nous pourrons contribuer à le réparer. Mais, pour le transformer, le rendre plus fort et plus juste, il nous faudra deux mandatures.

Le Parti socialiste, qui vient de gagner l'élection majeure, bénéficie aujourd'hui de la majorité dans les deux chambres et d'une implantation locale jamais atteinte. Cette élection est le résultat d'une dynamique et d'une continuité : le projet, les primaires, la campagne. La direction, et au premier chef Martine Aubry, y ont largement contribué. Pour réussir maintenant, au service de la politique du président de la République et du premier ministre, le Parti socialiste devra être uni lors de son prochain congrès, c'est notre responsabilité devant les Français.

Nous devons préparer la suite du quinquennat par un grand débat ouvert. Nous devons poursuivre la rénovation, ce qui implique la création d'une Haute Autorité capable de régler les différends de manière transparente et contradictoire. Nous devons nous appuyer davantage sur les instances départementales et régionales. Nous devons enfin animer le débat avec toute la gauche pour préparer les prochaines échéances. C'est de tout cela qu'il faudra discuter lors du prochain congrès du Parti socialiste. Mais cela nécessite d'abord une ligne politique claire.

A ce titre, nous devons mesurer la portée politique de la victoire du 6 mai 2012. Non par simple loyauté ni par facilité, mais bien parce que c'est dans ce creuset-là que la gauche a rencontré la France en 2012. Cette ligne politique, quelle est-elle ?

Elle comprend d'abord une méthode qui est un objectif en soi : le contrat et la démocratie sociale, pour apporter des réponses qui transforment en mobilisant. La Conférence sociale en est l'un des exemples les plus parlants. A cette méthode correspond aussi une nouvelle forme d'exercice du pouvoir fondée sur le respect des institutions qui prenne en compte l'urgence sociale.

Pour la première fois, la gauche l'a dit avec clarté dès la campagne électorale : les déficits ne sont pas extensibles sans limite, les réduire ainsi que la dette est une condition de la pérennité de notre système de protection sociale comme de la reconquête de notre souveraineté par rapport aux marchés financiers. Si les efforts sont indispensables, ils obéiront cependant toujours au principe de justice sociale qui passe par la justice fiscale. C'est le redressement productif qui donnera une réalité à ce projet en passant d'une économie de la spéculation financière à une économie de l'investissement productif. C'est tout l'enjeu de la banque publique d'investissement et de la création de richesse sur les territoires.

C'est enfin parce que l'on se tourne vers l'avenir que l'on s'adresse à la jeunesse. Au travers de l'éducation et de l'emploi, avec le contrat de génération entre autres, nous offrirons un véritable espoir de progrès pour l'ensemble des Français. De cette victoire et de ces premiers pas, le Parti socialiste doit tirer une ligne et une identité politique pour lui-même.

La justice d'abord : parce que nous devons répondre à une urgence sociale par une politique de l'emploi, du pouvoir d'achat, du logement et de la santé et retrouver le sens de la dignité et de la morale qui doit s'appliquer à tous, notamment aux plus riches.

Le pacte productif et environnemental ensuite, deux aspects à traiter toujours ensemble, tant il faut repenser nos modèles de développement et de production en engageant une véritable transition écologique pour une prospérité durable.

Une nouvelle priorité pour l'éducation et la formation, avec comme axe premier la lutte contre l'échec scolaire, pour démocratiser la réussite et permettre l'émancipation citoyenne.

L'engagement décentralisateur, qui libère les énergies présentes dans les territoires et permet l'action publique au plus juste au meilleur niveau.

L'engagement européen, qui est indissociable du projet socialiste aujourd'hui, au service de la croissance et de l'emploi, d'un projet démocratique et politique pour l'Union, dans le respect de nos engagements.

C'est bien en s'appuyant sur ces cinq principes que le socialisme peut se présenter aujourd'hui comme "la République jusqu'au bout", pour reprendre le beau mot de Jaurès. Un socialisme qui encourage et qui rassemble, qui stimule, qui garantit, qui protège, au lieu de diviser, stigmatiser, décourager. C'est sur ces cinq principes que, dans les cinq et dix ans à venir, nous allons "gouverner à gauche". Au travail, les Français nous attendent !

 

Lire aussi : Direction du PS: les hollandais à la manœuvre (Paris Match, 10 juillet)

L'Elysée et les socialistes s'interrogent sur les intentions de Martine Aubry (Le Monde, 10 juillet)

 

Rappel : S'il était élu, le président François Hollande ferait ce qu'il a annoncé - 9 mars 2012 

 

Cet article est le 134ème paru sur ce blog dans la catégorie Gauche

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9 mars 2012 5 09 /03 /mars /2012 22:54

La situation sera révolutionnaire, pas le président

 

Il n’y a pas de surprises à attendre de la politique du président de la République, en cas de victoire de François Hollande. Le 26 janvier, à Paris, François Hollande présentait ses 60 engagements pour la France, son programme pour les 5 ans à venir.

 

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François Hollande et Jean-Pierre Chevènement, à Valence, le 5 septembre 2010 (en arrière-plan : Georges Sarre). Le futur candidat a, en main, le programme MRC de salut public.

 

Il y a continuité avec ses déclarations, faites le 5 septembre 2010 lors de l’université d’été du Mouvement Républicain et Citoyen (MRC) à Valence. Voir Université d'été MRC à Valence : le dialogue Chevènement-Hollande - 9 septembre 2010.

 

 

Grâce à sa "souplesse d'esprit" et sous la pression des classes moyennes et supérieures, le candidat socialiste ne sera pas un nouveau Mitterrand, affirme le démographe et politologue, Emmanuel Todd dans le Nouvel Observateur paru le 1er mars (le 4 mars, sur le site Internet).

 

Voir Emmanuel Todd : "Je parie sur l'hollandisme révolutionnaire !"

 

En 2007, vous aviez qualifié Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal de "candidats du vide". Même appréciation aujourd'hui, pour Nicolas Sarkozy et François Hollande ?

 

Avant de qualifier les candidats, qualifions la situation historique : en 2007, la mondialisation menaçait déjà, mais dans les élites de droite comme de gauche prévalait le consensus que, sans être heureuse, elle restait gérable. Aujourd'hui, la mondialisation implose et l'équivalence gauche droite avec. Néanmoins, la notion de vide reste pertinente pour décrire Sarkozy, avec sa fixation sur l'argent et sa négation de la France. La politique étrangère résume son quinquennat : il est passé de l'alignement sur Bush à la soumission à Merkel.

 

Le sarkozysme, c'est l'affirmation d'une nouvelle valeur d'inégalité, étrangère à la culture française, et la désignation de boucs émissaires (immigrés, jeunes, chômeurs) comme responsables de la crise. Soit une droite extrêmement dure. Mieux, une extrême droite bis. Je ne pensais pas qu'un jour, on aurait en France deux candidats d'extrême droite à une présidentielle, dont un soutenu par l'Allemagne.

 

Hollande est-il le bon rempart contre cette dérive ?

 

En choisissant l'inégalité, la droite dégage un espace pour une gauche qui réafirme le principe d'égalité. L'égalité étant au coeur de la culture française, un affrontement entre égalité et inégalité revient à un affrontement entre normalité et pathologie.

 

On s'est moqué du plaidoyer de François Hollande pour une présidence "normale"mais c'était en réalité une appréciation très perspicace du sens de l'histoire. Certes, les propositions du PS contre la crise sont périmées : un énième plan de relance proposé par le premier aurait pour effet principal, comme les précédents, de relancer... l'industrie chinoise.

 

Mais l'alignement sur la rigueur allemande défendu par l'UMP ne vaut pas mieux : c'est la garantie d'une longue dépression. En fait, la crise va obliger à des réponses inédites dont il n'est pas réaliste de faire un enjeu de campagne électorale. L'important est de choisir l'équipe la mieux armée par ses valeurs et les forces sociales qu'elle représente. Voilà pourquoi je préfère Hollande revenu au principe d'égalité à Sarkozy inégalitaire, autoritaire et xénophobe (…)

 

Cet article est le 133ème paru sur ce blog dans la catégorie  Gauche France

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