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  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine à partir, notamment, des idées de Jean-Pierre Chevènement, l'un de ses fondateurs (celui-ci a souhaité s'éloigner du MRC en 2015). Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens (MDC) après les élections de 2002. En février 2019, le MRC a co-fondé la Gauche Républicaine et Socialiste (GRS), en continuant d'exister, au moins jusqu'à son prochain congrès, en décembre 2020.
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9 avril 2009 4 09 /04 /avril /2009 22:57

 

Le peuple, la crise et Chevènement : le tiercé gagnant

 

Les propositions de Gauche Avenir ont été présentées sur ce blog. Il faut les rappeler, même si elles ne semblent pas beaucoup inspirer le PS. Mais il faut les croiser avec celles de Jean-Pierre Chevènement. C’est possible, car elles sont compatibles.

 

En fait, je suis persuadé qu’un sursaut salvateur de notre pays passe par la combinaison de trois éléments indispensables : le peuple français qui souhaite un avenir, la crise qui ouvre de nouvelles perspectives, l’homme d’Etat capable d’une nouvelle synthèse républicaine progressiste, qu’est Jean-Pierre Chevènement.

 

Un nouveau Front populaire, par Paul Quilès et Marie-Noëlle Lienemann

 

Marie-Noëlle Lienemann et Paul Quilès, signataires de Gauche Avenir, ont publié un point de vue dans le monde du 9 avril 2009.

La crise s'approfondit, les mécontentements se multiplient et l'attente de changement est là, mais la gauche n'incarne, pour l'heure, ni une véritable alternative ni une alternance prometteuse. L'une et l'autre sont pourtant nécessaires, urgentes, indissociables, car l'incertitude des temps et le malaise social peuvent enclencher un cycle bien connu dans l'histoire : désespérance, impasse, peur, révoltes, restauration de l'ordre et durcissement réactionnaire.

L'absence d'un débouché politique crédible apparaît comme un danger majeur pour la démocratie. Cependant, rien n'est joué, à condition que les dirigeants de gauche veuillent bien sortir de la léthargie actuelle, en posant, enfin, la question de la stratégie pour gagner la prochaine élection présidentielle.

La posture du PS, qui consiste à présenter quelques propositions programmatiques, à chercher à assurer sa position dominante par rapport aux autres candidats de gauche et à compter sur le rejet de Nicolas Sarkozy pour capitaliser les voix de gauche au second tour, s'est avérée par trois fois inefficace. Cela risque de durer si les nombreuses ambitions personnelles, faciles à décrypter et contradictoires, continuent à paralyser tout choix stratégique.
Certains proposent de conserver la réponse "classique", en la complétant par l'organisation de primaires, afin de trouver le "bon" candidat censé sauver la gauche. Outre le fait que la méthode n'a pas été suffisante en Italie pour empêcher la défaite et que la culture politique américaine est très différente de celle de la France, chacun mesure bien que le choix des Français ne se fera pas seulement sur la personnalité du présidentiable, mais sur sa capacité à proposer une sortie de crise. De plus, cette méthode fait l'impasse sur la question majeure, qui constitue la condition essentielle de la victoire : l'unité de la gauche.

A la présidentielle, c'est toujours le camp le plus uni qui l'emporte. Il s'agira en 2012 de présenter un projet collectif en phase avec les attentes du peuple de gauche. Aucune des forces en présence ne peut prétendre le porter seule, pas même le PS. Sans l'unité, il ne sera pas possible d'élaborer une nouvelle synthèse qui dépasse les antagonismes passés, les rancoeurs accumulées, les procès d'intention plus tournés vers le passé que vers l'avenir. Sans l'unité, les Français demeureront dubitatifs sur la capacité de la gauche à gouverner et à transformer. Il y a urgence à lancer un nouveau Front populaire !

IMPOSER DES MESURES PLUS JUSTES

On ne peut plus s'en tenir à une référence formelle au rassemblement, sans définir comment le réaliser, sur quelles bases, avec qui, selon quel calendrier. Nous proposons, au contraire, une démarche éloignée des tentations mortifères de l'hyper présidentialisation, qui mette en avant le projet, le programme, de façon à créer les conditions d'une reconquête et d'une victoire. Cette démarche comprendrait :

1 - L'organisation immédiate d'une "convergence des gauches" (politiques, syndicales, associatives, citoyennes) pour faire reculer le gouvernement, imposer des mesures plus justes, présenter une autre logique que celle de Nicolas Sarkozy.

2 - La création d'un "Comité pour un nouveau Front populaire", avec le même souci d'associer, avec les partis, toutes les forces qui s'engagent à gauche. Ce comité préparerait des "Etats généraux de la gauche", dégageant des thèmes fondateurs en vue de la mise au point d'une charte pour l'élection présidentielle, à achever avant mi-2010.

3 - L'élaboration, sur la base de cette charte, du programme d'un candidat unique de la gauche à l'élection présidentielle.

4 - L'organisation de primaires, où les militants des organisations signataires de la Charte seraient consultés, prendrait alors tout son sens. La constitution de ce nouveau Front populaire est la seule voie sérieuse pour organiser la victoire de la gauche en 2012. Les responsables politiques de la gauche seront-ils à la hauteur de cette attente ?

 

Pour sa part, Jean-Pierre Chevènement s’est exprimé dans la revue "Hors les murs" des anciens élèves de l'ENA, avril 2009 (voir sur son blog l’article paru le 7 avril).

Face à la crise, le retour du politique

 

Finie l’ère du tout marché, du principe de la concurrence libre et non faussée, de l’interdiction des aides d’Etat, de la prohibition des déficits et des endettements excessifs ! Depuis l’automne 2008, la « main invisible » censée réaliser l’optimum social pourvu que l’autorité publique ne s’en mêlât point n’inspire plus confiance. Les dieux du Marché sont tombés de leurs autels. Les grands prêtres se sont tu. La foule qui se prosternait à l’énoncé de vérités éternelles qui tombaient de leurs bouches a déserté leurs temples.

L’Etat est revenu avec ses gros sabots pour assurer plans de refinancement et plans de relance face à la dépression. C’est celle-ci qui a conduit, en catastrophe, les politiques, libéraux de doctrine ou fraîchement convertis, à changer de pied devant les foules éberluées.

« A situation exceptionnelle, mesures exceptionnelles ». C’est par centaines de milliards de dollars ou d’euros que s’énoncent les plans destinés à sauver les banques de la faillite. Les pays anglo-saxons ne reculent pas devant les nationalisations. D’autres, de tradition moins libérale, comme la France, se bornent paradoxalement à prêter à leurs banques à des taux presque usuraires pour qu’elles continuent de financer l’économie à des taux bien inférieurs. Comprenne qui pourra : La plus grande de nos banques par exemple qui continue de déclarer des bénéfices, s’endette à grands frais auprès de l’Etat et rachète dans le même temps des activités bancaires dans les pays voisins.

Dans tout cela flotte comme un air d’improvisation. Les doctrinaires du désendettement public viennent maintenant expliquer qu’il y a « la bonne dette » à côté de la mauvaise, et que l’explosion des déficits n’est en fait qu’une illusion d’optique. Après les plans de refinancement viennent les plans de relance, dont l’effet paraît nul, tant le bruit sourd d’un effondrement continu monte des profondeurs de l’économie : deux millions et demi d’emplois supprimés aux Etats-Unis en quelques mois. Un million de chômeurs supplémentaires en Espagne en moins d’un an. En un trimestre, les ventes et la production d’automobiles plongent presque partout de 40 %.

 

Une chose cependant devrait frapper les esprits : si leurs effets ne sont pas encore visibles, les plans de relance ont été annoncés partout par les autorités nationales, à l’instar des Etats-Unis.
En Europe, c’est le Président en exercice de l’Union Européenne, Nicolas Sarkozy, qui a pris l’initiative de lancer son plan à travers une instance qui ne s’était jamais encore réunie, le G4, c’est-à-dire les quatre principales économies européennes, puis le G16, instance tout aussi improvisée puisqu’elle consistait à faire entrer la Grande-Bretagne dans l’Eurogroupe. Il en a résulté deux choses : un montage qui juxtaposait les plans nationaux et qu’approuva in fine l’Union à vingt-sept, et enfin l’initiative d’un G20 imposée à un G.W. Bush finissant. Il est vrai qu’une relance coordonnée répondait à l’intérêt bien compris des Etats-Unis. Dans cette affaire, non seulement Nicolas Sarkozy, mais aussi Gordon Brown et l’Administration américaine elle-même, ont donné l’exemple d’une réactivité inattendue de la part de dirigeants présumés libéraux.

C’est en tout cas dans le cadre national que des décisions d’une ampleur jamais vue depuis des décennies ont été prises. L’Union à vingt-sept et le G20 n’ont été que de vastes mises en scène. De bout en bout, les décisions ont été nationales, y compris dans l’Allemagne de Mme Merkel, au départ la plus réticente à agir dans un cadre européen ou même tout simplement multilatéral.
Les décisions ont été nationales pour une raison toute simple : la nation reste le seul cadre démocratique où des gouvernants appuyés sur l’opinion publique et sur le Parlement ont la légitimité pour agir avec force à l’échelle requise.
La Commission européenne a disparu dans un trou de souris. Le FMI fait des communiqués. Les textes européens ont été « suspendus ». Le retour du politique s’est donc fait dans un cadre national. Seuls jusqu’alors des responsables politiques portés sur la théorie, c’est-à-dire isolés, avaient osé soutenir que les marchés financiers n’étaient pas l’horizon de l’humanité mais que les peuples et les nations restaient les permanences de l’Histoire.

Depuis près de trois décennies, la « doxa » libérale avait réussi à diaboliser l’intervention de l’Etat dans l’économie et à ringardiser l’idée même d’une politique industrielle. Mais dans l’immense désarroi qui s’est emparé des esprits après la chute des géants de la finance de Wall Street, on s’est tourné d’emblée et comme instinctivement, vers les pouvoirs qui trouvaient leur source dans le vouloir-vivre des nations. Celles-ci qu’on avait démonisées comme l’origine des pires fléaux, retrouvaient leurs couleurs. Certes il ne s’agit pas d’un retour au nationalisme, perversion de l’idée de nation, mais simplement de la réaffirmation du rôle démocratique des nations qui, au début du XXIe siècle, partagent d’ailleurs les mêmes valeurs et les mêmes principes.

Le retour à la nation a des raisons plus prosaïques : C’est qu’il allait falloir payer. On se tournait vers le citoyen. On se tournait aussi vers le contribuable. Seul l’Etat en effet pouvait offrir une garantie pour les prêteurs. Lui seul paraissait assez armé pour tirer des traites sur l’avenir.

Mais quel avenir ? Arrivés à ce point, les thuriféraires du libéralisme hésitent. Leur voix tremble. Ils veulent se rassurer. Il ne saurait, bien évidemment, à leurs yeux, n’être question que d’ouvrir une « parenthèse interventionniste » comme il y eut pour d’autres, jadis, en 1983, une « parenthèse libérale ». Ils se refusent encore à réglementer, à prendre des participations publiques au capital des entreprises, à fixer des plafonds aux rémunérations. Ils préfèrent s’en remettre aux codes de bonne conduite qu’on laisse aux patrons le soin d’élaborer. La faiblesse de cette position commence à apparaître.

Car on devine que la crise sera longue et profonde. Immenses sont les problèmes qui restent irrésolus : réglementation des hedge funds et des banques en général, prohibition des paradis fiscaux, politique des revenus, parités monétaires, programmes publics et politiques industrielles capables de soutenir une relance enfin efficace, etc.

Le retour du politique prendra du temps, lui aussi. Il s’avance à tâtons et ne sait encore la forme qu’il prendra. Une chose est sûre : il faudra inventer ou réinventer l’Etat, développer les capacités d’anticipation, de prévision et de programmation, articuler le renouveau du civisme à de nouvelles formes de patriotisme, trouver des formes de coordinations encore inédites à l’échelle internationale, penser une Europe à géométrie variable, des institutions économiques et monétaires mondiales, associant aux vieux pays riches les puissances émergentes, sans oublier – espérons-le – les pays qui n’émergent pas.

Surtout il faudra donner forme humaine au retour du politique : recréer l’espoir en pensant le monde avec trente ans d’avance. Déjà on devine que d’immenses investissements sont nécessaires pour préparer l’après-pétrole, limiter l’émission de gaz à effet de serre, nourrir l’humanité, économiser les biens rares : eau, air, sols, et que l’idée de service public garde toute sa force pour faire de la santé, de l’éducation, de la culture et de la recherche les vraies priorités du développement humain. Ces priorités, pourtant incontestables, ne s’imposeront pas d’elles-mêmes. Pour dépasser les concurrences et les tensions inévitables et préparer un monde réellement meilleur, on ne fera pas l’impasse des luttes et de la conscience, bref de ce qu’on appelle « la politique ».

Voir le sommaire de la revue de l'ENA, dont le dossier est "Le monde face à la crise".

 

  Cet article est le 101ème paru sur ce blog dans la catégorie Gauche refondation.

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19 décembre 2008 5 19 /12 /décembre /2008 19:37

 

Pour un nouveau modèle social européen

 

Le 34ème congrès du parti communiste français s’est déroulé à La Défense (92) du 11 au 14 décembre. Le capitalisme, c’est l’impasse ; inventons ensemble un nouveau monde. Tel était, en substance, le sens de ce rassemblement.

L’Humanité a publié, hier, un supplément, qu’on peut retrouver en cliquant sur Congrès PCF : l'intégralité des travaux en PDF.

Voir aussi, sous une forme plus accessible, l’article de Christiane Chombeau, paru le 16 décembre sur le site Rue89 ; cliquer sur Orthodoxes, identitaires... : Buffet face aux chapelles du PCF.

J’ai été attentif à la partie des textes concernant l’Europe (voir, plus loin, le texte adopté par le congrès). Il me semble qu’un rapprochement est possible, sur le fond, avec le MRC en vue des élections européennes, le 7 juin 2009. Marie-George Buffet* a entendu Jean-Pierre Chevènement souhaiter que les partis de gauche s’accordent pour présenter une liste commune. Martine Aubry fera de même prochainement. Je suis persuadé que le MRC peut être l’artisan d’un rapprochement programmatique entre PCF et PS.

 

Changer l’Union européenne en profondeur, en refonder les principes

 

Les forces politiques qui ont piloté les traités successifs de l’Union, en l’enfonçant dans un processus néo-libéral et atlantiste, ont conduit la construction européenne dans une impasse.  

 

Les NON français, néerlandais, et irlandais et plus généralement nombre de manifestations de désenchantement et de colère vis-à-vis des politiques et du fonctionnement de l’actuelle Union européenne attestent d’une véritable crise de légitimité des choix actuels auprès de millions d’Européennes et d’Européens. La prétention scandaleuse de vouloir faire revoter les citoyens irlandais doit être combattue. Il faut être clair : le traité de Lisbonne est caduc.

 

Notre projet, c’est celui d’un changement de cap des politiques et de la conception de l’Union européenne, avec la construction de coopérations entre les peuples jusqu’à la mise en chantier d’un nouveau traité fondateur de l’Union européenne.

 

Le besoin d’une construction européenne donnant des atouts à chacun des peuples pour faire face aux nouveaux enjeux du monde, leur apporter des réponses est pressant. Mais que d’aspirations positives mais déçues parmi les Européens ! Aspirations à passer de la mise en concurrence des peuples à une ère du vivre ensemble, de la solidarité, de la coopération ; aspirations à mettre l’Europe au service des autres nations qui étouffent sous les dominations et à travailler ensemble à un monde de paix ; aspirations à être écoutés, respectés, partie prenante des choix fondamentaux.

 

Favoriser l’expression de ces attentes, aider nos concitoyens à mesurer l’ampleur des brèches ouvertes, notamment depuis la victoire du NON, débattre des obstacles à lever pour ouvrir la voie à des changements profonds, travailler dans la durée aux convergences les plus larges en France et en Europe: telle est notre ambition.

 

Nous voulons participer à la constitution d’un front progressiste européen, qui partage les grandes lignes d’un projet transformateur dans lequel d’innombrables Européens peuvent se reconnaître. Nous développons à cette fin des rapports étroits de coopération avec des formations politiques d’une grande diversité, notamment au sein du PGE et du groupe de la GUE, mais aussi avec des personnalités progressistes, des militants syndicaux ou associatifs, des acteurs des rassemblements sur l’ex-projet de traité constitutionnel ou du forum social européen. Cette démarche va de pair avec la recherche de partenariats de collaboration, d’échanges, avec les partis communistes et progressistes d’Europe et des DOM-TOM…

 

L’urgence d’une nouvelle politique et d’un nouveau projet européen se fait sentir. C’est dans cet esprit que nous mènerons la campagne des élections européennes de 2009.

 

* Marie-George Buffet était ministre de la jeunesse et des sports dans le gouvernement Jospin, de 1997 à 2002. Elle y a côtoyé Jean-Pierre Chevènement, ministre de l’intérieur, entre 1997 et 2000.

 

Je suis reconnaissant à Marie-George Buffet d’avoir signé l’arrêté, en date du 14 juillet 2000, m’attribuant la médaille de bronze de la jeunesse et des sports, quand j’étais maire de Saint-Berthevin.

J’avais pu la remercier quand elle était venue à Laval, le 19 décembre 2005, animer le « forum sur l’alternative politique », au cours duquel je m’étais exprimé, au nom du MRC 53.

 

Cet article est le 100ème paru sur ce blog dans la catégorie Gauche France 2007-08

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7 décembre 2008 7 07 /12 /décembre /2008 15:12

 

Martine Aubry va faire du PS une ruche sans Royal

 

La partie est terminée, après plusieurs prolongations, car les deux équipes n’avaient pas réussi à se départager dans le temps réglementaire. Le congrès de Reims avait buté sur l’incapacité de la coalition « anti-Royal » à s’entendre sur une candidature commune à la fonction de premier secrétaire.

 

Aubry et Hamon ne pouvaient accepter que ce soit Delanoë, car il était trop lié à la direction sortante. Delanoë refusait d’appeler à voter pour celle qui l’avait fait échouer (en présentant une motion distincte) et la candidature Hamon était inacceptable par les partisans inconditionnels de l’Europe du traité constitutionnel et de son rejeton, le traité de Lisbonne.

 

Les uns et les autres ont alors misé sur l’élection du premier secrétaire, qui a mis face à face au second tour les deux femmes, Martine et Ségolène, Bertrand ayant préféré se mettre sur la touche en raison de sa contre-performance du 6 novembre. Benoît, au contraire, sortait du terrain avec les applaudissements du public et se portait en soutien actif à Martine, se souvenant qu’il avait porté le maillot de son équipe quand elle était au gouvernement.

 

Martine Aubry et Ségolène Royal finissaient la partie sur un résultat nul, mais l’arbitre avait vu le ballon franchir la ligne du but défendu par Royal, ce qui n’était pas prouvé car le match n’avait pas été filmé. Après de longues palabres, Martine Aubry était déclarée vainqueur, ce qui lui donnait le droit de constituer son équipe pour jouer dans le championnat national ces trois prochaines années.

 

Le dernier acte s’est déroulé hier, 6 décembre, lors du Conseil national. La nouvelle première secrétaire s’était entendue avec ses alliés (motions Hamon et Delanoë) sur un texte d’orientation, qu’elle a ensuite transmis à Ségolène Royal, sachant fort bien qu’elle ne pouvait le signer. La suite est logique : ne pouvant signer le texte, l’équipe Royal a décliné la proposition de participer de façon marginale au secrétariat national, qui est le gouvernement du PS.

 

Comme aux congrès d’Epinay-sur-Seine (1971) et de Metz (1979), notamment, le PS sort du congrès de Reims avec une majorité (coalition des trois courants Aubry, Hamon, Delanoë) et une minorité (Royal). C’est plutôt favorable pour conduire un action cohérente et forte.

 

L’ancienne candidate à l’élection présidentielle n’est certainement pas mécontente de cette situation, car elle a réussi à faire jeu égal avec sa rivale lors du vote des adhérents le 21 novembre et elle ne va pas avoir la responsabilité du résultat de la liste socialiste aux prochaines élections européennes (7 juin 2009).

 

Tout dépendra de la capacité de Martine Aubry à relancer le PS et à l’ouvrir sur le reste de la gauche. Si elle réussit, sa candidature à l’élection présidentielle s’imposera naturellement. Sinon, ce sera l’heure de Ségolène Royal.

 

Concernant la personnalité de la maire de Lille, je propose de lire le texte (paru 25 novembre, écrit le 2 juin 2008) de Xavier Dumoulin sur son blog Martine Aubry : Un réformisme moderniste chevillé au corps.

 

Concernant le déroulement du conseil national du PS, hier, j’ai retenu deux articles de presse :

 

- Le début de l'ère Aubry plombé par les divisions (Le Monde, 6 décembre),

- Aubry installe la direction du PS, les royalistes ne décolèrent pas (Rue89, 6 décembre).

Nouvelle direction : cliquer ici pour voir la liste complète.

 

            La première secrétaire s’est exprimée dans un discours de 90 minutes dont voici un extrait :

 

Le Président de la République rompt avec les fondements de la République

 

Rupture avec les fondements même de la République, ce fleuve dont la droite et la gauche formaient les deux rives.

 

Rupture historique avec le rôle de l’Etat dans notre histoire nationale dans ses fonctions régaliennes, celles d’assurer la sécurité, la justice, de promouvoir la solidarité nationale, et de porter une vision de l’avenir.

 

Rupture avec la décentralisation mise en place par le gouvernement de Pierre Mauroy, qui a partout conduit à une amélioration du service rendu au public, avec aujourd’hui des collectivités locales que l’on étrangle financièrement et dont on s’apprête à modifier les contours, les ressources, et les modes d’élection par strict souci politicien.

Je le dis ici au Président de la République : il est inacceptable et nous n’accepterons pas que les collectivités locales soient modifiées sans notre accord. Nous sommes prêts à mieux en définir les missions, à mieux articuler leurs actions, à améliorer encore l’efficacité, mais il n’y aura pas au sortir de la commission Balladur de « Big Bang » institutionnel sans nous. Nous nous y opposerons avec force.

 

Rupture avec le compromis social issu du Conseil National de la Résistance, quand la sécurité sociale est mise en péril, quand le système des retraites ne prend pas en compte les travaux pénibles et difficiles, quand les partenaires sociaux sont méprisés, les associations et les ONG tenus en lisière.

 

Rupture avec les libertés publiques. La scandaleuse interpellation de l’ancien directeur de l’information du quotidien Libération n’a été possible que parce que le mépris des libertés individuelles et le dévoiement du code de procédure pénale ont été élevés au rang de culture d’Etat. En témoignent l’explosion inquiétante du nombre des gardes à vue, la manière inacceptable dont sont trop souvent effectués les contrôles de police quand il s’agit de jeunes de nos quartiers, les conditions dégradantes de la rétention de sécurité.

 

Et que dire de cette incroyable atteinte à la liberté de la presse que représente le projet de loi sur l’audiovisuel public ! Un audiovisuel public que l’on veut mettre au pas en en nommant le PDG par décret présidentiel. Un audiovisuel dont on pille les ressources en transférant les recettes publicitaires aux chaînes privées amies. Saluons le travail, formidable de nos camarades députés qui se battent avec force pour empêcher le vote de cette loi.

 

Rupture avec la France des Droits de l’Homme par la réception en grandes pompes de Khadafi et de El Assad, quand la diplomatie est confondue avec le « business ».

 

Rupture avec l’esprit des institutions par une pratique personnelle du pouvoir, qui banalise et fragilise sa fonction.

 

Pour lui, la société n’existe pas ; il n’y a, face à face, que des individus et l’opinion. Il s’inspire de l’opinion et ne parle qu’aux individus, en les opposant les uns aux autres : les lève tôt contre les assistés, les vrais jeunes contre les racailles, les CDI contre les CDD, les Smicards contre les Rmistes, les bons immigrés contre les clandestins…

 

Ainsi, il oppose au lieu de réunir ; il joue de la peur, des peurs ; il instrumentalise l’événement et manipule les émotions. Il ne cherche pas à expliquer, à éduquer les citoyens ; mais toujours à simplifier.

 

Nicolas Sarkozy ne propose pas une vision et un projet à notre société. Il impose la loi du plus fort, le règne de l’argent et l’individualisme. Sa politique est vide : vide de valeurs, vide de solidarités, vide de sens. Faute de sens collectif, il donne des fausses réponses. Car il espère bien prospérer sur ce vide.

 

Et pour donner le change, il propose aux Français de se raccrocher à de fausses réponses qui sont autant de vrais dangers. Ainsi de sa politique sécuritaire –l’emploi du Taser, le honteux fichier EDVIGE- qui n’empêche pas l’insécurité d’augmenter, puisque là n’est pas son objectif : son objectif est de mettre en scène l’insécurité.

 

Ainsi du discours sur la « laïcité positive », qui n’est en réalité qu’une remise en cause de notre laïcité. Ainsi de la récupération du religieux : je pense aux discours du Latran et de Ryad, à cette affirmation étonnante pour un Président de la République de considérer qu’un prêtre vaut mieux qu’un instituteur pour l’éducation des enfants.

Ainsi du refuge dans une crispation identitaire qui oppose scandaleusement « identité nationale et immigration » et dénature ainsi l’identité de la France. Ainsi des discours – celui de Dakar, en particulier - reprenant les préjugés du colonialisme (…).


Cet article est le 99ème paru sur ce blog dans la catégorie
Gauche France 2007-08

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28 novembre 2008 5 28 /11 /novembre /2008 21:35

 

Aubry et Royal ensemble pour changer le PS ?

 

La première impression n’était peut-être pas la bonne. Dans un premier temps, après la confirmation de l’élection de Martine Aubry par le Conseil national du PS, on avait pu croire que Ségolène Royal camperait dans une attitude d’opposition. Mais elle en est sortie bien vite, aidée par ses proches.

 

Depuis leur rencontre au siège du PS mercredi, et avant celle prévue demain, il apparaît clairement que les deux femmes travaillent sur un projet d’accord pour la rénovation de leur parti.

 

C’est dans leur intérêt bien compris, car les adhérents du PS ont marqué leur préférence pour un changement en profondeur et un ancrage à gauche, non seulement en opposition à la politique de la droite au pouvoir, mais aussi dans un but positif de trouver des solutions à la crise.

 

C’est ce que j’avais conclu après avoir suivi les débats du congrès de Reims (voir Michel Sorin : le congrès PS ne prendra fin que le 22 novembre - 16 novembre 2008).

 

Quelques jours auparavant, j’avais titré mon article sur ce blog : PS : Royal et Hamon, chacun avec sa stratégie de rénovation à gauche -13 novembre 2008. Ces deux forces de renouvellement avaient la capacité de mobiliser les militants et je souhaitais qu’elles puissent s’entendre.

 

Deux articles de presse, ce jour, vont dans le sens du rapprochement Aubry-Royal :  

- Entre Martine Aubry et Ségolène Royal, le climat est à la détente (Jean-Michel Normand, Le Monde, 28 novembre)

- Le camp Royal veut participer à la direction du Parti socialiste (Le Monde, 28 novembre)

Mais ce sont des postures de négociation qui pourraient être balayées par des vents contraires. Il suffit de lire d’autres articles depuis deux jours pour s’en convaincre. Ainsi :
L’impasse des gauches européennes (Bernard Guetta, Libération, rubrique Rebonds, 26 novembre)  
Gauches françaises, gauches italiennes, même péril (Marc Lazar, Libération R, 27 novembre)
PS : troisième tour dans un an (Alain Duhamel, Libération R, 27 novembre)

 

Royal se taille un poste de première secrétaire bis du PS (Julien Martin, Rue89, 27 novembre)

 

Je ne partage pas l’ensemble des analyses présentées ci-dessus, même si elles ont toutes une part de vérité. Le PS a un tel besoin de renouvellement interne et de reconnaissance dans l’opinion publique qu’il en sortira par le haut. Il est au bord du précipice...

 

Dans ces conditions très difficiles, Aubry et Royal sont capables de s’entendre pour changer le PS et mettre en avant des plus jeunes, comme Hamon, Peillon, Bachelay, dotés de grandes qualités. A vérifier...

 

Cet article est le 98ème paru sur ce blog dans la catégorie Gauche France 2007-08

 

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26 novembre 2008 3 26 /11 /novembre /2008 23:50

 

La route de la refondation de la gauche est longue

 

En proclamant Martine Aubry première secrétaire du PS, hier, salle de la Mutualité à Paris, le Conseil national n’avait pas la tête à faire la fête. Peut-être avait-il conscience que le PS d’Epinay était mort et qu’une période de transition allait commencer. François Hollande avait sauvé les apparences de la vie. Martine Aubry va prendre les problèmes à bras-le-corps et tenter d’y apporter des réponses.

 

Comme l’indiquait, ce soir, une dépêche Reuters rapportée par Le Monde, sous le titre « Martine Aubry, premier secrétaire aux pieds d’argile » : « Elue de justesse à la tête du Parti socialiste, Martine Aubry est confrontée à deux défis : construire une majorité et composer une direction, ce qui, au vu des divisions qui minent les socialistes, risque de virer au cauchemar ».

 

Le congrès de Reims n’a pas dégagé d’orientation majoritaire. L’alliance tactique entre Aubry, Delanoë et Hamon, était purement défensive, face aux assauts de la candidate aux élections présidentielles, passée et futures. Benoît Hamon, qui a fait une bonne campagne et un bon résultat le 20 novembre, ne veut pas participer à ce qui ressemblerait aux années Hollande.

 

« Le jeune député européen pose des conditions pour rejoindre la majorité "aubryste": un accord sur le contenu politique et sur la stratégie de rassemblement de la gauche. Il estime être le seul à porter le double message envoyé par les militants lors du congrès : ancrage à gauche et renouvellement ».

 

Martine Aubry a repoussé le prochain Conseil national au 6 décembre, afin de pouvoir présenter des orientations et une direction cohérentes.

 

Dans l’immédiat, attardons-nous sur l’analyse du passé en lisant des articles de presse concernant la période agitée que le PS vient de vivre.

 

Au-delà de la tragi-comédie socialiste, par Rémi Lefebvre (Le Monde, 25 novembre),

 

Un psychodrame malheureusement prévisible (Paul Quilès,  23 novembre),

 

Comment vote-t-on au Parti socialiste ? (Thomas Piketty, Libération, 25 novembre),

 

Maladie du PS, énarques et analyse inactuelle sur la défaite de 2012 (Le Monde, Opinions, 26 novembre),

 

Comment Aubry a conquis le PS (Christine Garin, Le Monde, 26 novembre)

 

Deux PS pour le prix d’un ! (Marianne, 26 novembre).

 

Et commençons à regarder vers l’avenir.

 

Ségolène Royal déjà en campagne pour 2012 ! (Marianne, 26 novembre),

 

Les douze travaux de Martine Aubry (Le Figaro, 26 novembre).

 

 

Tous les épisodes précédents sont à lire sur ce blog, en cliquant sur Gauche France 2007-08

 

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25 novembre 2008 2 25 /11 /novembre /2008 22:48

 

Nouvelle donne dans le même parti socialiste

 

Le congrès PS de Reims, les 14, 15 et 16 novembre, s’était achevé sans adopter de motion d’orientation, en raison de l’incapacité entre les dirigeants des trois motions Aubry (24%), Delanoë (25%), Hamon (19%), potentiellement majoritaires ensemble, à s’accorder sur un candidat commun à présenter face à Ségolène Royal (29%) à l’élection du premier secrétaire.

 

Cette élection s’est déroulée sur deux jours, les 20 et 21 novembre, aucun des trois candidats n’obtenant la majorité absolue au premier tour. Ségolène Royal (43%) bénéficiait d’une grande part des voix qui s’étaient portées sur la motion Delanoë, alors que celui-ci avait demandé à ses électeurs de voter pour Martine Aubry, laquelle obtenait 34%, ce qui, en ajoutant les voix qui étaient allées sur Benoît Hamon (23%) devaient lui permettre d’emporter assez facilement le second tour.

 

Il n’en fut rien puisque les deux candidates du second tour arrivaient à quasi égalité le 21 novembre, le résultat enregistré les séparant de 42 voix en faveur de Martine Aubry. La commission de récolement a procédé aux vérifications et rendu son verdict ce soir : 102 voix en faveur de Martine Aubry, qui est donc élue au poste de premier secrétaire. Une première, historique, pour une femme au parti socialiste.

 

Son élection a été ratifiée par le conseil national à une forte majorité des deux tiers, qui correspond à la réalité du rapport de forces, désormais, entre la majorité et l’opposition au sein du parlement socialiste.

 

Il revient maintenant à Martine Aubry de composer son gouvernement (le secrétariat national) et le faire ratifier par le parlement (le conseil national). C’est alors qu’on verra le degré de changement et d’engagement des uns et des autres. Benoît Hamon et ses amis accepteront-ils de s’engager pleinement dans l’équipe Aubry si les proches de Bertrand Delanoë y sont très bien représentés ?

 

On peut prévoir une opposition tenace de la part de Ségolène Royal et une rivalité farouche entre les deux femmes. Reste à savoir si cela va entraver la rénovation du PS ou la favoriser. Les autres partis de gauche auront un rôle à jouer ; le MRC répondra présent.

 

Une courte revue de presse :

 

Elue premier secrétaire du PS, Martine Aubry se sent "une responsabilité lourde" (Nouvel Observateur, 25 novembre)

 

PS : Aubry enfin élue, Royal entre dans l'opposition (Rue89, 25 novembre)

 

Tous les épisodes précédents sont à lire sur ce blog, en cliquant sur Gauche France 2007-08

 

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23 novembre 2008 7 23 /11 /novembre /2008 23:39

 

Alliance avec le PCF aux élections européennes

 

La décision de Jean-Luc Mélenchon de quitter le PS n’était pas une surprise. Il me l’avait laissé entendre lors de sa venue à Laval le 23 octobre dernier (voir Mélenchon jette les bases d'un nouveau parti de gauche à l'allemande - 8 novembre 2008).

 

Depuis longtemps, et surtout depuis la campagne référendaire européenne en 2005, il militait en marge du PS, au sein de l’association politique Pour La République Sociale (PRS) qu’il préside.

 

Pourquoi cette décision maintenant et pour quoi faire ? Les élections européennes approchent et l’idée de faire liste commune avec le PCF a fait son chemin. Elle a reçu l’appui de groupes et de personnalités (Mars-Gauche républicaine - Eric Coquerel ; Claude Debons ; Unir, minorité de la LCR - Christian Picquet) qui refusaient les traités européens, notamment le projet constitutionnel et le traité de Lisbonne, et voulaient s’engager dans la construction d’un nouveau parti à la gauche du PS.

 

Alain Gély, responsable du MRC dans le 14ème arrondissement de Paris, m’avait adressé ses réflexions concernant le congrès du PS (voir Congrès du PS : les réflexions d'Alain Gély (président MRC Paris 14e) - 19 novembre 2008).

 

J’avais séparé ce qui concernait l’initiative de Jean-Luc Mélenchon de créer le parti de gauche afin de le réintroduire dans un autre article. Voici des extraits de ce texte.

 

Les questions d’Alain Gély relatives à l’initiative Mélenchon-Dolez

 

La création annoncée d’un « parti de gauche » par Dolez et Mélenchon a été un des événements remarqués en marge du congrès du PS. Pour tenter d’en apprécier la portée, formulons quelques remarques, plutôt interrogatives qu’affirmatives, d’abord sur les aspects tactiques, ensuite sur les aspects stratégiques avant d’évoquer la question électorale :

 

-          Pourquoi maintenant ? Il est un peu surprenant de voir Mélenchon, qui était resté au PS après le virage libéral de 1983, la guerre du Golfe de 1991, le vote Maastrichtien de 1992, les votes TCE de 2005 et 2008, s’en aller aujourd’hui (…).

 

-          La question principale est donc : doit-on, peut-on construire un « Die Linke » en France, puisque telle est l’ambition affichée des initiateurs du « parti de gauche » ? Il y a sans aucun doute des attentes dans ce sens au sein de la population et chez les militants de gauche, surtout au moment où l’idéologie libérale semble vaciller.

 

L’idée de constituer un rassemblement des partis de « gauche acceptant de soutenir un gouvernement voire d’y participer » correspond à un réel besoin. Faut-il pour ceci créer un nouveau parti, ou de nouveaux partis à côté de ceux qui existent déjà (PS, PCF, Verts, MRC, PRG…) ou amorcer des convergences partielles ? Éventuellement. Établir des contacts avec la « gauche de gauche » allemande est certainement une nécessité.

 

En revanche, importer purement et simplement Die Linke en France ne semble pas crédible : la configuration institutionnelle est très différente en Allemagne et en France (Etat fédéral et régime parlementaire, cogestion…) ; idem pour l’arc politique (cinq partis dont deux et demi de gauche, en comptant les Grünen pour moitié à gauche). Il faudra voir quelles seront les structures, le programme et les alliances proposées par ce nouveau parti. En tout cas, des actions communes et un dialogue avec eux ne sont pas à rejeter.

 

-          Mais pour quelles perspectives électorales ? Il faut bien les évoquer même si on ne réduit pas l’activité politique à la préparation des élections. Il faut ici distinguer les présidentielles et les européennes.

 

o        Pour les présidentielles, on ne peut confondre les réticences légitimes vis-à-vis du « présidentialisme » qui ronge les partis démocratiques avec la possibilité qu’il y aurait d’abandonner l’élection du président de la République au suffrage universel ; tout indique que le peuple y tient, en dépit des déconvenues que cela a pu lui apporter... Accepter ce type de désignation du président sans verser dans le bipartisme, tel est l’enjeu. On ne développera pas ici, mais la voie est à rechercher du côté d’une clarification des rôles respectifs du pouvoir législatif et du pouvoir exécutif, de l’articulation possible entre une action gouvernementale et un mouvement populaire.

o        Pour les européennes, quel « programme commun » ? Reconstituer le non de gauche ? S’il s’agit d’accentuer la pression sur le PS, ce peut être utile. Si l’on prétend constituer un « parti de gauche » européen présent dans plusieurs pays, c’est tentant mais cela semble vraiment très ambitieux. Peut-on construire un tel parti en quelques mois ?

 

Cet article est le 83ème article paru sur ce blog dans la catégorie Gauche France 2007-08

 

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22 novembre 2008 6 22 /11 /novembre /2008 16:30

 

Le parti socialiste est victime d’un accident démocratique

 

Lors des congrès du PS, il y avait jusqu’à présent « la nuit des longs couteaux », pendant laquelle les responsables des motions recherchaient la synthèse entre les textes, de façon à présenter le dimanche matin aux délégués le résultat des travaux de la commission des résolutions.

 

A Reims, cette tradition n’a pas été respectée parce que la motion mise en avant par le vote des adhérents et celle qui la portait avec l’objectif d’être candidate à la direction du parti (motion E - Royal) n’ont pas rempli les conditions pour être reconnues par les trois autres, en tant point d’appui à la recherche d’une synthèse.

 

Lors de ce congrès, ce qui a primé, c’est la personnalité de celui ou celle qui allait remplacer François Hollande à la tête du parti. Les institutions internes n’ont pas fonctionné comme elles l’auraient dû : d’abord un accord majoritaire sur les orientations politiques et, ensuite, l’élection du premier secrétaire.

 

Ségolène Royal a pensé : « ils me font l’affront de refuser mon texte et ma personne. Qu’importe ! Je vais gagner le vote des adhérents le 20 novembre et ils seront obligés d’accepter mes orientations ensuite ».

 

Martine Aubry, Bertrand Delanoë et Benoît Hamon ont essayé de s’accorder sur un texte (c’était fait dans la nuit « des longs couteaux ») et sur une personne (en vain). Ils ont alors misé sur le vote des adhérents des 20 et 21 novembre, disposant d’un potentiel de voix plus important au départ, selon les résultats des votes du 6 novembre.

 

Mais la signification des trois votes successifs des adhérents (6, 20 et 21 novembre) est très claire :

-          Ségolène Royal a progressé à chaque fois sans bénéficier de reports de la part d’autres motions (29%, 43%, 50%).

-          Martine Aubry a progressé aussi (24%, 34%, 50%), mais en recevant les désistements des deux autres motions ou, du moins, de leur chef de file, Bertrand Delanoë et de Benoît Hamon.

 

Cela signifie clairement que l’équipe Royal a puisé sa dynamique dans la volonté des adhérents de la voir arriver à la tête du PS d’une part, et dans le rejet des autres, notamment ceux qui ont été aux responsabilités depuis longtemps, qualifiés gentiment « d’éléphants ».

 

L’aléa démocratique qui vient compliquer la situation est la quasi égalité de voix qui se sont portées sur les deux candidates (50,02% pour Martine Aubry - 49,98% pour Ségolène Royal, 42 voix d’écart), ce qui incite le camp Royal à tenter par tous les moyens, y compris les moyens légaux, à remettre en cause le résultat du scrutin, au risque d’accentuer le rejet dont il est l’objet.

 

François Hollande se trouve à point nommé pour jouer un rôle modérateur et préparer sa succession (et, peut-être, son avenir) lors du Conseil national, qui aura lieu mardi 25 novembre. Dans ce qui est l’instance suprême du pouvoir, la majorité ne sera pas Royal. Toutefois, cette majorité devra tenir compte, le cas échéant, d’irrégularités dans les votes le 21 novembre, si celles-ci étaient prouvées, ce qui pourrait l’amener à décider un nouveau scrutin pour élire la première secrétaire.

 

Cet épisode électoral apporte de l’eau au moulin de ceux qui, comme Jean-Pierre Chevènement, militent en faveur du projet de confédération de tous les partis de gauche et de primaires à gauche dans la perspective de l’élection présidentielle de 2012 (voir Chevènement (MRC) pour un «grand parti de toute la gauche», sur le blog du président du MRC, le 16 novembre 2008). Notons que Benoît Hamon et Ségolène Royal sont en accord avec l’idée d’organiser des primaires.

 

Pour en savoir plus, lire cette revue de presse :

 

- Royal demande un nouveau vote, Aubry refuse et Le PS en chantier (Libération, 22 11 08) ;

   

- PS : un vote, pas de résultats mais une crise ! (Marianne, 22 novembre) ;

 

- Les douze travaux de la nouvelle première secrétaire ((Le Figaro, 21 novembre) ;  

 

- PS : Aubry l'emporte de 42 voix, Royal réclame un nouveau vote

Aucun vainqueur n'a cependant été proclamé vendredi soir et la confusion règne. Revivez la tragique nuit du PS sur Rue89. La suite

 

Et, puisqu’il est souvent fait référence au congrès d’Epinay, lire l’article paru ce 22 novembre sur le blog de Xavier Dumoulin Parti socialiste : une histoire de Congrès à écouter sur France culture (extrait, ci-après)

Second épisode : François Mitterrand s’empare du Parti socialiste à Epinay (juin 1971)
Le congrès d’Epinay qui débute le 11 juin 1971 constitue la dernière phase d’un long processus de rapprochement entre une vieille SFIO affaiblie et un ensemble de « clubs » créés depuis les débuts de la Cinquième République dont la Convention des institutions républicaines (CIR) dirigée par François Mitterrand.

Ce dernier, candidat unique de la gauche socialiste, obtient un excellent score aux présidentielles de 1965 mettant en ballotage le général de Gaulle. Le départ de celui-ci à l’issue du référendum d’avril 1969 change le calendrier du processus de fusion.

La SFIO propose d’avancer le congrès d’unification qui se tient en juillet 1969 en l’absence des conventionnels. C’est Alain Savary qui prend la direction de l’ancienne SFIO et il est alors convenu qu’un débat de fonds devra être organisé avec le parti communiste et qu’un nouveau congrès d’unité devra se tenir en juin 1971.

Personne ne dispose d’une majorité lorsque le congrès s’ouvre. Il y a cinq motions en présence : Savary-Mollet ; Poperen ; Chevènement ; Mauroy et Mermaz-Pontillon. Pour prendre la direction du parti et conquérir à terme le pouvoir, François Mitterrand défend la stratégie de l’union de la gauche.

Dans son discours d’une grande ferveur socialiste, le futur leader de la gauche parle de rupture avec le capitalisme et d’appropriation collective des grands moyens de production. Manœuvre d’appareil ou bataille d’idées ?

François Mitterrand l’emporte en s’alliant avec l’aile droite du parti incarnée par Pierre Mauroy et Gaston Defferre et son aile gauche, animée par Jean-Pierre Chevènement au sein du Ceres. Cette grande alliance Defferre-Mauroy Mitterrand-Chevènement qui créée la surprise générale a en fait été préparée bien avant le congrès et triomphe le 13 juin de justesse sur l’équipe Savary-Mollet-Poperen.

En devenant le premier secrétaire du parti, François Mitterrand impulse certainement une dynamique de rénovation au sein de la gauche socialiste et a désormais les moyens de défendre sa stratégie d’union de la gauche. En juin 1972, le PC, le PS et le Mouvement des radicaux de gauche signe d’ailleurs le Programme commun.

 

Lire aussi, à propos du congrès d’Epinay, fondateur de l’actuel PS, en 1971 :

 

Le congrès du PS à Epinay en 1971, raconté par Jean-Pierre Chevènement - 10 novembre 2008

 

Cet article est le 82ème article paru sur ce blog dans la catégorie Gauche France 2007-08

 

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21 novembre 2008 5 21 /11 /novembre /2008 20:55

 

Benoît Hamon est le vainqueur du premier tour

 

Le congrès de Reims n’ayant pas permis au PS de trouver son orientation (voir les articles parus sur ce blog à ce sujet : Michel Sorin : le congrès PS ne prendra fin que le 22 novembre - 16 novembre 2008 et Michel Sorin décrit la situation au PS et les raisons des difficultés - 18 novembre 2008), c’est ce soir que les adhérents vont lui indiquer la direction à prendre.

 

Un parti qui suscite autant d’intérêt populaire et médiatique n’est pas mort… même si les critiques qu’il suscite sont beaucoup plus nombreuses que les louanges !

 

En fait, le PS né à Epinay en 1971 d’un croisement entre une mère socialiste (le nouveau parti socialiste, issu lui-même de la SFIO) et un père républicain (Mitterrand, assisté de Chevènement…) est arrivé en fin de vie.

 

De même que la Section Française de l’Internationale Ouvrière n’avait pas survécu à la guerre d’Algérie, n’ayant pas su y mettre un terme, le Parti Socialiste ne survivra pas à la guerre néolibérale idéologique, économique et financière, que la gauche a perdue sans la mener, n’ayant pas accepté de reconnaître l’ennemi. La parenthèse libérale, ouverte en 1983 par François Mitterrand et Lionel Jospin, n’a jamais été refermée.

 

Le PS a le souffle court. La crise, qui est la première à l’échelle mondiale et d’une intensité inconnue jusqu’à présent, a été déclenchée aux USA pendant l’été 2007. Elle va provoquer d’immenses destructions économiques. L’idéologie libérale est la grande responsable de ce gâchis planétaire. Cela devrait fournir au PS un terrain favorable pour se refaire une santé. Rien n’est sûr, car il faudrait pour cela qu’il fasse le bon diagnostic.

 

Dans les textes présentés aux adhérents (motions), seul celui de Benoît Hamon s’est montré à la hauteur sur ce point. Il avait obtenu, le 6 novembre, un peu moins de 20% d’avis favorables parmi les adhérents.

Lors de l’élection du premier secrétaire, hier, alors que la concurrence faisait rage entre les deux candidates, Ségolène Royal et Martine Aubry, et que la participation a atteint près de 60% des inscrits (seuls les présents votent), Benoît Hamon a réussi à réunir près de 23% des voix. La qualité de ses interventions au congrès, dans les salles et par les médias, en a fait le vainqueur du premier tour de scrutin.

 

Martine Aubry bénéficiait de l’appel de Bertrand Delanoë en sa faveur, ce qui portait à près de 50% le potentiel de votes sur son nom. En fait, la majorité des adhérents qui avaient voté pour la motion Delanoë n’ont pas suivi la démarche de celui-ci. Ils ont allés sur Ségolène Royal, ce qui maintient le suspense pour le second tour ce soir.

 

Pourtant, si les voix Hamon (23%) se reportaient correctement sur Aubry (34%), comme c’est probable, on ne voit pas où Royal irait chercher la différence entre ses 43% et la majorité.

Mais une élection, d’un jour à l’autre, comporte d’autres éléments que la pure arithmétique. Et il est vrai que l’ancienne candidate à l’élection présidentielle dispose de ressources rares et précieuses qui lui font remporter des victoires électorales là on ne l’attend pas. Mais il y a des limites, comme le second tour présidentiel en 2007 l’a montré.

 

Les adhérents, à jour de leurs cotisations, qui vont se déplacer dans les bureaux de vote ce soir, vont les départager.

Martine Aubry a montré sa capacité à rassembler sur sa motion, puis sur son nom, des militants venant de divers horizons, non sans une certaine déperdition, d’ailleurs. Cette caractéristique lui facilitera la tache au Conseil national. Si elle était élue à la direction du parti, elle n’aurait pas de difficultés à réunir une majorité parlementaire solide pour gouverner, à partir du moment où elle aurait su constituer une équipe, représentative de sa volonté de rénovation et d’ancrage à gauche, au secrétariat national.

 

Il n’en irait pas de même en cas de succès de Ségolène Royal. Sa volonté de changer la nature du parti pour en faire un parti démocrate, à l’italienne ou à l’américaine, se heurterait à une opposition de la part des responsables des autres motions représentées au Conseil national. Il y aurait une forme de cohabitation, qui serait une grande première au PS.

 

Dans les deux cas, le PS d’Epinay n’a plus beaucoup de temps à vivre. Selon l’élue ce soir, il est appelé à se transformer en parti démocrate ou en parti social démocrate. A moins que des évènements, liés à la crise, ne l’obligent à s’imprégner du projet républicain que portent Jean-Pierre Chevènement et le MRC…

 

Une courte revue de presse, pour terminer.

- Le Monde, 21 novembre, Christine Garin Benoît Hamon, arrivé troisième, réussit son pari.

Et aussi, ce jour, Jean-Michel Normand  La gauche du PS arbitre le duel Aubry-Royal.

- Rue89, 21 novembre, Julien Martin

PS : Royal en pôle, mais face au ticket Aubry-Hamon

Les militants ont placé Ségolène Royal en tête du vote pour le Premier secrétaire, mais un second tour aura lieu ce vendredi. La suite.

 

Cet article est le 81ème article paru sur ce blog dans la catégorie Gauche France 2007-08

 

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19 novembre 2008 3 19 /11 /novembre /2008 19:34

Engager une vraie refondation, sinon disparaître

 

Le congrès du PS à Reims a suscité de nombreux commentaires, souvent critiques. Avant tout, il faut comprendre pourquoi ses différentes composantes n’ont pas réussi à dégager une majorité sur des orientations communes. J’ai publié deux articles récents sur ce blog, qui apportent des éclairages :

 

Michel Sorin : le congrès PS ne prendra fin que le 22 novembre - 16 novembre 2008

 

Michel Sorin décrit la situation au PS et les raisons des difficultés - 18 novembre 2008

J’ai reçu les réflexions qu’Alain Gély, responsable du comité MRC Paris 14ème, a rédigées le 17 novembre. Elles sont complémentaires des miennes. En voici les extraits les plus significatifs, en laissant de côté ce qui concerne l’initiative de Jean-Luc Mélenchon de créer le parti de gauche.

 

Quelques réflexions sur le congrès du PS

 

Le parti « socialiste » est très éloigné du socialisme historique, « autogestionnaire et/ou planificateur ». Même le « socialisme libéral » d’aujourd’hui est coupé de ses racines historiques.

En effet, le socialisme libéral du début du XXème siècle acceptait que le marché joue un rôle important ; mais ce marché était censé mettre en relations des coopératives (de production et de consommation), des associations et des mutuelles. Il en restait quelque chose dans le PS « autogestionnaire » des années 70 mais ces potentialités n’ont pas survécu à la vague néolibérale des années 80-90. Sinon à l’état de traces : le « tiers-secteur » est aujourd’hui relégué au second plan voire ignoré.

Le « socialisme libéral » d’aujourd’hui vient en droite ligne de la guerre froide. L’anti-stalinisme n’était évidemment pas, à l’époque, dénué de fondements mais il n’a plus lieu de constituer une priorité actuellement.

 

Ces derniers temps, écrasé par le rouleau compresseur néolibéral - désormais en panne ? - le PS n’avait pas pu durablement s’extraire de l’atlantisme et du « financiarisme », acceptations des rapports de forces actuels, politiques, économiques et stratégiques.

 

On en est venu à confondre capitalisme et démocratie. C’est un peu dommage pour des socialistes : Marx mais aussi Jaurès, voire Blum, ont dû se retourner dans leurs tombes ! Le PS de Mitterrand et, quelque temps, celui de Jospin ont semblé s’extraire de ces ornières mais n’ont pas réellement tenté la mise en œuvre d’un projet de socialisme démocratique.

 

Illustration de ces dérives : Mitterrand obtenait quelque 40% des voix des ouvriers au premier tour des présidentielles de 1981 ; Jospin est tombé à 13% en 2002 (trois fois moins !) ; Ségolène Royal est remontée aux alentours de 25 % en 2007, avant de franchir la « barre des 50% » d’assez peu au deuxième tour dans cet électorat. Remontée significative mais très insuffisante. Un parti qui s’est éloigné à ce point d’une de ses bases sociales primordiales est-il encore vraiment « socialiste » ?

 

Remarquons que les autres « partis socialistes » - ceux de l’internationale « socialiste » (IS) -  ne sont guère mieux lotis, même s’ils sont généralement mieux ancrés dans les milieux populaires que le PS français. Une dérive générale s’est produite qui fait de ces partis de l’IS les représentants, surtout, de classes moyennes salariées recherchant avant tout un compromis avec les milieux de la finance mondialisatrice.

 

Aujourd’hui, la finance mondialisatrice entre en crise ouverte. La caricature du socialisme que constituaient les régimes « capitalistes «d’État » (dits soviétiques) est désormais jetée aux poubelles de l’Histoire. Sauf en Chine, mais ce pays ne peut prétendre jouer un rôle de modèle pour les socialistes européens. Les PS sont donc devant un vide stratégique ; sont-ils en mesure de renouer avec leur base sociale, de revivifier leurs références historiques, de formuler de véritables projets politiques, impliquant la prise du pouvoir d’État mais ne s’y réduisant pas ? Les PS peuvent-ils seulement reconstituer une pensée critique profonde et cohérente du capitalisme ? On peut éventuellement l’espérer mais on ne peut l’affirmer.

 

Cette indétermination pose évidemment problème aux républicains sociaux, démocrates de gauche, écologistes responsables et toutes forces politiques et sociales qui aspirent à construire une démocratie véritable et qui ne peuvent guère l’envisager sans une évolution socialiste des socialistes ! « 

On ne peut rien faire avec le PS, mais on ne peut rien faire sans lui » Il faudra bien surmonter d’une manière ou d’une autre cette contradiction, (« malédiction de Gilles Lemaire », proférée par l’ex secrétaire national des Verts). Cela suppose des évolutions, qui se produiront inévitablement…

 

« L’erreur en politique, c’est l’erreur sur la question de l’État. » (Citation approximative d’un propos de Gramsci, communiste italien).

Sous couvert d’internationalisme, nombre de socialistes ont oublié que la démocratie s’exerçait pour l’essentiel, et sans doute pour longtemps, dans le cadre des « États-nations ». Il est vrai que la nation, la patrie, ont donné lieu à des récupérations nationalistes et bellicistes tragiques.

 

Mais c’est la vision ethnique de la nation, celle de la race et du sang, qui en est responsable.

La nation républicaine, politique est au contraire un instrument de libération un ingrédient de l’internationalisme. Jaurès l’avait bien compris : « Un peu de patriotisme éloigne de l’Internationale, beaucoup de patriotisme y ramène ».

 

La confusion entre internationalisme et anti-patriotisme, ou l’anti-étatisme, explique l’invraisemblable dérive des PS européens, acceptant l’Union européenne actuelle comme vecteur de l’internationalisme. Une partie de la « gauche de gauche » commet la même erreur dramatique. L’abandon de toute réflexion un peu profonde et pertinente sur l’État se déduit de cette erreur fondamentale. D’où les approximations et les divisions du PS français, par exemple, sur la question constitutionnelle l’été dernier. Et le malaise sur la question présidentielle : le PS oscille entre un présidentialisme forcené, y compris en son sein, et un parlementarisme aux horizons limités. Corollaire : on voit fleurir des analyses, malheureusement fondées, selon lesquelles les grands élus régionaux et municipaux du PS préfèrent rester dans l’opposition au niveau national plutôt que de risquer de perdre leurs mandats locaux…

 

Sur le congrès du PS lui-même. Écartons d’abord les critiques faciles, assez communes. Le fait que des courants s’affrontent sur des textes présentés par des personnes et que des votes tranchent entre ces options n’est absolument pas répréhensible. Sauf à ériger en modèle le rassemblement autour d’un Dieu (Déesse ?), d’un(e) César(e ?) ou d’un(e) Tribun(e ?) [Il y a lieu désormais de féminiser Dieu, César et Tribun, c’est un progrès !]

 

Qu’un congrès de délégués n’ait pu trancher les différends et que les adhérents se prononcent en dernier ressort dans un scrutin à deux tours quelques jours après, c’est plutôt à saluer. Ou… ce serait à saluer si ces formes démocratiques n’étaient pas occultées par le clientélisme (grosses fédérations votant comme un seul homme ou presque) et par le vide stratégique signalé ci-dessus.

 

L’absence de synthèse est-elle un drame ? Qu’il y ait ou non synthèse dans un congrès du PS n’indique rien ou presque sur l’unité de ce parti non plus que sur sa capacité à se tracer une ligne claire et pérenne pour au moins deux ans. Ainsi, Épinay 71 et Metz 79 sont sortis sans synthèse (lire : sans unanimité) mais avec une force propulsive incontestable. A l’inverse, Nantes 1977 et Rennes 1990, congrès sans synthèses, ont débouché sur des échecs en 1978 et 1993. D’un autre côté, les congrès unanimistes (avec synthèses) à Valence en 1982, à Toulouse et à Lille dans les années quatre-vingt puis au Mans en 2005, pour ne citer que ceux-là, restaient lourds d’arrière-pensées et de faiblesses stratégiques.

 

Le score des différents courants a pu surprendre. Que l’attelage constitué par le favori des sondages (Delanoë) et le premier secrétaire sortant (Hollande) sans compter Moscovici, Jospin et quelques autres, que ce groupe ait pu plafonner à 25% alors que certains de ses membres espéraient dépasser 50 % est une réelle surprise. La référence malencontreuse de son leader présumé au socialisme libéral n’y est sûrement pas pour rien. Ils sont clairement les perdants de ce congrès qui n’a pas, au moins pour le moment de gagnant.

 

Ségolène Royal est en tête mais loin, très lojn, des 60% qu’elle avait recueillis au moment de la désignation du candidat PS pour les présidentielles. Martine Aubry, avec 24% retrouve à peu près le score de son allié Fabius, alors qu’elle avait attiré aussi des Strauss-Kahniens et évidemment des Deloriens. Benoît Hamon, a avec 19%, fait mieux que prévu mais reste très loin des 40% obtenus par le Non de gauche lors du referendum interne au PS en 2004, et plus loin encore des quelque 60% d‘électeurs socialistes qui avaient voté Non en mai 2005. B. Hamon semble en position d’influencer le choix du la future première secrétaire mais n’est-il pas devant une impasse ? Refuser de se prononcer, en cas de deuxième tout Royal-Aubry, c’est un aveu d’impuissance à court terme. A l’inverse, tout ralliement à l’une des candidates exposerait sans doute sa motion à l’éclatement. B. Hamon, qui avait rassemblé les courants de gauche du PS, est en outre affaibli par le départ de certains d’entre eux (…).

 

Conclusion

 

La refondation de la gauche semble aujourd’hui possible. Les scories du « stalinisme » sont balayées. Le capitalisme n’est pas seulement incapable de maîtriser les questions sociales et environnementales. Au contraire, il les suscite et les aggrave, ce qui recommence à se savoir.

Le colosse néolibéral vacille. Les bases sociales d’un socialisme démocratique existent. Des projets politiques voient le jour, qui peuvent être activés. Les militants, actuellement encartés dans des PS, ou extérieurs à ces partis, peuvent les uns et les autres contribuer à ces évolutions nécessaires.

Dans ces conditions, les PS actuels seront contraints d’évoluer en se ressourçant ou ils s’achemineront vers un éclatement et une disparition que, seuls, quelques vieux élus locaux regretteraient.

 

Cet article est le 80ème article paru sur ce blog dans la catégorie Gauche France 2007-08

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