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  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine à partir, notamment, des idées de Jean-Pierre Chevènement, l'un de ses fondateurs (celui-ci a souhaité s'éloigner du MRC en 2015). Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens (MDC) après les élections de 2002. En février 2019, le MRC a co-fondé la Gauche Républicaine et Socialiste (GRS), en continuant d'exister, au moins jusqu'à son prochain congrès, en décembre 2020.
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8 janvier 2012 7 08 /01 /janvier /2012 16:03

Faire du collège unique un maillon fort du système éducatif

 

L’enseignement pour Sarkozy, la jeunesse pour Hollande, seront parmi les priorités de leur programme présidentiel. Voir Le Monde, 5 janvier, Maryline Baumard, puis David Revault d’Allonnes.

 

L'enseignement selon M. Sarkozy : autorité, autonomie et flexibilité

Pour le collège, M. Sarkozy a rappelé qu'"il faut mettre fin aux faiblesses du collège unique tel que nous le connaissons aujourd'hui". Et précisé que l'heure est venue, selon lui, d'"assumer la diversité des parcours en quatrième-troisième".

"Il n'est pas normal que le collège actuel prépare exclusivement à l'enseignement général, et pas à la voie professionnelle : comment, dans ces conditions, cette dernière ne serait-elle pas vécue comme une voie de relégation ?", s'est-il interrogé. S'il n'a jamais été vraiment "unique", le collège pourrait voir ses parcours se diversifier encore, si M. Sarkozy obtient un nouveau mandat (…).

 

Sur l'éducation, Hollande accuse Sarkozy de défendre un "modèle libéral"

(…) Dans l'éducation nationale, (le bilan) est particulièrement lourd. Avoir supprimé 70 000 postes, découragé le personnel qui se dévoue pour l'éducation nationale, supprimé la formation initiale des enseignants, laissé l'échec scolaire progresser avec 150 000 jeunes sortant chaque année du système sans qualification, laissé la violence s'installer dans certains établissements... Ce bilan ne justifie pas un projet qui donne confiance."

La question de l'école s'annonce donc comme un sujet majeur de l'affrontement entre le président de la République et son challenger socialiste. "Il y a un beau débat qui s'ouvre", confirme ce dernier, qui présente ce face-à-face scolaire comme "un choix très clair" : "D'un côté, une éducation sur un modèle libéral, presque compétitif, avec moins d'enseignants et hiérarchisé autour des chefs d'établissement. De l'autre, un système qui se réforme et lutte contre l'échec scolaire."

 

MRC17 Surgères agriculture 080611 020 T1Cela me donne l’occasion de présenter le texte de réflexion concernant le collège unique, qui a été transmis en novembre 2011 à la commission école du Mouvement Républicain et Citoyen (MRC) par Serge Maupouet, professeur d’histoire au collège de Saintes, responsable MRC en Charente-Maritime (17).

 

Serge Maupouet, ici, au côté de Michel Sorin, lors de la réunion à Surgères le 8 juin 2011 - Voir Agriculture et alimentation : intervention de Michel Sorin à Surgères (17) - 27 juin 2011

 

A vrai dire, cette contribution militante sur le collège est la synthèse d’une longue étude (150 pages) que Serge a réalisée l’été 2011 - un vrai travail de recherche, intitulé :

 

  « Pour la relance du collège unique. Eléments de réflexion »

 

Il est temps de concevoir une rénovation et une relance ambitieuses du collège unique, concertées et acceptées car conçues pour le plus grand nombre, susceptibles d’être réellement efficaces, et parce que concertées, acceptées et efficaces, appelées à être pérennes.

 

Cette rénovation et cette relance ambitieuses ne doivent pas être présentées comme une sempiternelle réforme : ce terme n’est plus audible, après des années d’usure et de dévoiement ; toute réforme est désormais perçue au mieux comme un élément provisoire appelé à disparaître au premier changement ministériel, le nouveau ministre concoctant sa nouvelle et propre réforme, au pire comme une nouvelle tentative de casse du service public d’enseignement secondaire.

 

Dans un premier temps, la période récente s'est ainsi caractérisée par une sorte d'empilement de réformes continuelles du collège, lesquelles n'ont bien souvent pas fait sens. Dans un second temps, correspondant à la seconde moitié des années 2000, la notion de réforme n'a plus été utilisée pour présenter globalement et de manière cohérente les mutations profondes imposées au collège par les néo-libéraux; il s'est agi d'une réforme insidieuse, une réforme non-dite, ses promoteurs ayant préféré procéder par touches successives et multiples, mais bien inscrites dans une perspective ; ce procédé leur a permis de ne pas être confrontés à un mouvement de contestation de masse à l'image de celui qui a touché le lycée.

Pour autant, il convient de ne pas faire preuve du même cynisme que les gouvernements qui se sont succédés depuis 2002, mais bien au contraire il s'agit de présenter effectivement un autre projet, global et cohérent, pour le collège, sans user du terme rédhibitoire de réforme aujourd'hui assimilé à la casse du service public. Notre projet étant – à l'inverse de ce qui s'est fait dans la dernière décennie – de relancer le service public d'éducation au niveau du collège.

 

Peut-on proposer une rénovation et une relance ambitieuses du collège unique qui fassent du collège un maillon fiable et fort du système éducatif, qui conservent l’objectif d’une démocratisation élevant le niveau général d’instruction tout en mettant en place l’organisation, les dispositifs, les moyens propres à atteindre cet objectif ? A l’évidence, il faut répondre oui.

 

Répondre autrement serait d'une part renoncer à combattre les déterminismes sociaux, et d'autre part accepter un retour vers les filières, l’orientation précoce, le tri social. Répondre autrement serait encore renoncer à porter à son terme la « Troisième révolution scolaire », celle de l'accès de la grande majorité des jeunes à un baccalauréat de qualité – qualité largement amoindrie en l'état actuel des choses et qu'il faudra restaurer si l'on veut que le système éducatif retrouve sa crédibilité.

 

Un collège ambitieux doit se doter des moyens de faire parvenir plus d'élèves au lycée, avec un niveau permettant d'accéder à l'enseignement supérieur et de réussir leur parcours ultérieur. Il faut donner à tous les élèves l'instruction nécessaire afin que ceux qui suivent un autre chemin puissent accéder à une formation donnant une bonne qualification et devenir des citoyens accomplis. L'ambition ne doit pas se réduire, pour ces élèves, à simplement leur procurer une insertion professionnelle.

Le projet doit se démarquer nettement tant de celui de l'UMP – n'envoyer au lycée que les 50% d'élèves considérés comme aptes à suivre des études au lycée et dans le supérieur, dans une sorte de transposition au lycée de l'esprit de la filière I de la réforme Berthoin de 1959, et professionnaliser les autres au plus vite, ce qui nous ramène à la filière III de cette même réforme –, que de celui du PS. En effet, dans ce dernier, et même si les intentions ne puisent pas à la même source, on peut relever des artifices de rhétorique qui tempèrent seulement des orientations présentant cependant un certain nombre de parallélismes avec des objectifs poursuivis par les politiques libérales.

 

L'Ecole républicaine publique et laïque doit être confortée, contre le projet libéral pour l'Ecole qui prépare l'élève au marché et conditionne le savoir et sa transmission à la rentabilité économique. Le collège doit transmettre des connaissances, des repères, des valeurs, la culture républicaine, une approche de la culture universelle de l'Humanité, perpétuer un patrimoine commun. L'ambition de la Nation doit être dans le prolongement de celle souhaitée par le général de Gaulle dès les années 1960, et rappelée par Jean-Pierre Chevènement dans Le pari sur l'intelligence : élever le niveau général pour soutenir la compétition internationale. Non à l'école du socle, oui à une culture transmise de haut niveau, pour le plus grand nombre, en faisant en sorte que ce plus grand nombre englobe réellement l'ensemble d'une génération !

 

Ce n'est pas en tournant le collège vers le primaire – tentation partagée par l'UMP (au niveau des structures, des enseignants et des contenus) et le PS (au minimum au niveau des enseignants et des contenus) – qu'on résoudra les difficultés; mais c'est bien en redonnant d'abord tout son sens à l'enseignement élémentaire, puis en refondant un collège préparant correctement les élèves aux exigences d'un lycée débouchant sur un baccalauréat redevenu un diplôme de qualité et ouvrant les portes de l'enseignement supérieur. Le baccalauréat actuel est un succédané – sauf à obtenir une mention – et la réforme du lycée va aggraver la situation.

 

Il est aussi nécessaire de porter une réflexion approfondie sur l'état du collège en n'occultant pas le fait que le collège pour tous s'est construit très rapidement en devant satisfaire de manière quasi-concomitante à deux finalités différentes : être le cycle terminal minimal pour tous et devenir l'antichambre du lycée pour le plus grand nombre. Le collège est aujourd'hui une étape incontournable dans un parcours.

 

Toutefois, alors qu'il a été confronté à une forte croissance de ses effectifs, qu'il accueille désormais tous les jeunes et par conséquent des publics très diversifiés, les réductions de dispositifs et de moyens imposées dans une logique libérale l'ont considérablement simplifié, unicisé.

Le collège unique – héritier du projet progressiste d'Ecole unique de l'Entre deux Guerres –, dont la mise en place a marqué un moment majeur dans la concrétisation de la démocratisation du système scolaire, reste l'institution pivot de la grande réforme structurelle du système éducatif.

 

Toutefois, il n'a sans doute jamais véritablement disposé des moyens nécessaires au traitement efficace de la difficulté scolaire : des dispositifs adéquats ont pourtant été pensés dès l'origine, mais sans forcément être mis en oeuvre. Or, aujourd'hui, cette question centrale de la prise en compte efficace de la difficulté scolaire n'est plus traitée que par des emplâtres ou des dispositifs alibis reportant systématiquement la responsabilité d'un échec scolaire sur les jeunes ou les familles.

 

Les orientations actuelles conduisent peu ou prou à sortir dès 14 ans des jeunes en difficulté scolaire du système pour les mener vers l'apprentissage, alors même qu'il faut au contraire permettre à l'ensemble d'une classe d'âge d'arriver au niveau de la Troisième et du brevet ; cet objectif impose de remettre en place des parcours possibles plus variés et donc plus adaptés à la diversité des aptitudes mais menant à la Troisième et au brevet.

 

Parler d'aptitudes, c'est faire référence à une école tournée vers le progrès, renouer avec l'esprit du plan Langevin-Wallon ; c'est aussi volontairement ne pas parler des compétences qui renvoient clairement au monde de l'entreprise, et ce afin de se démarquer de l'école libérale et de son alter ego la formation tout au long de la vie ; c'est aussi ne pas évoquer la fausse question des goûts des élèves, car on sait très bien le poids des héritages familiaux et sociaux en ce domaine. C'est aussi prendre une autre voie que celle de la facilité et de la démagogie, voie qui consisterait à ne considérer le collège que comme un lieu de vie, où l'activité promue fin en soi et la sociabilisation prendraient le pas sur la connaissance.

 

Sur ce point, il serait utile de parvenir au dépassement de l'épuisante, clivante et réductrice querelle pédagogistes/républicains (réductrice car elle occulte le troisième intervenant, le libéralisme), de manière à mieux affronter le risque primordial : celui du collège néo-libéral. Ni exclusion précoce, ni abaissement du niveau : refus de toute dérive vers un renoncement à éduquer et à instruire, affirmation de l'éducabilité de tous, mais aussi refus de toute facilité, de toute tentation de se laisser glisser vers le moins-disant. Au contraire, volonté de prendre les problèmes à bras le corps et de les surmonter par un volontarisme assumé qui part du réel pour sa transformation.

 

Dans ce but, il faut proposer un collège plus varié, prenant en compte – enfin ! – la question sociale et son traitement (ce qui suppose des moyens en personnels qualifiés qui font aujourd'hui cruellement défaut), un collège qui donne un véritable cadre permettant le travail et l'acquisition des connaissances, valorisant l'effort, un collège qui porte l'ambition de conduire l'ensemble d'une classe d'âge en Troisième afin que le plus grand nombre puisse accéder au lycée, avec des connaissances solides, véritables et actées.

 

Voilà un projet républicain et progressiste, conforme aux besoins de la Nation.

 

Cet article est le 28ème paru sur ce blog dans la catégorie L'école.

 

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17 décembre 2011 6 17 /12 /décembre /2011 22:45

Où est la continuité du service public de l’éducation ?

 

Les militants de l’école publique, laïque et républicaine, ont adressé une Lettre ouverte aux candidats à l’élection présidentielle. Jean-Pierre Chevènement m’a demandé d’y répondre en relation avec Daniel Salé, responsable du Mouvement républicain et citoyen (MRC) en Maine-et-Loire.

 

Depuis longtemps, ces militants clament leur frustration devant l’absence de volonté des pouvoirs publics de faire leur devoir, rappelé dans le préambule de la Constitution : « L'organisation de l'enseignement public gratuit et laïque à tous les degrés est un devoir de l'Etat ».

 

Car, dans les Mauges, la population rurale est dense (7 000 habitants à Beaupréau, chef-lieu d’un canton de 27 000 habitants). Pas d’enseignement public secondaire (collège, lycée). La Région a décidé de construire un lycée en 2015 à Beaupréau mais le Conseil Général de Maine-et-Loire refuse toujours de programmer la construction d'un collège public qui permettrait la continuité du service public d'éducation à Beaupréau, de la maternelle à la terminale.

 

Le Collectif pour la promotion de l’école publique dans les Mauges, l’association des parents d’élèves des écoles publiques de Beaupréau et le Collectif vigilance Laïcité du Maine-et-Loire n’ont pas l’intention de baisser les bras et d’attendre sans protester le bon vouloir du Conseil général.

 

Le 19 décembre, jour de l’ouverture de la session de fin d’année de l’Assemblée départementale, les trois organisations appellent à un rassemblement, à 9h30, devant la préfecture, puis elles feront une conférence de presse et poseront symboliquement la première pierre du collège de Beaupréau.

Daniel Salé y représentera Jean-Pierre Chevènement*, candidat à l’élection présidentielle, et le MRC. Il est évident que ce mouvement de protestation reçoit notre soutien car il s’agit d’être ferme sur le principe d’égalité, entre tous les enfants et entre tous les territoires. Voir "20 ans d’attaques contre l’École républicaine, ça suffit !" (MRC).

Voir aussi * "Je défends une école reposant sur les valeurs de savoir, d'effort, d'autorité des maîtres et les valeurs de la République" (Jean-Pierre Chevènement était l'invité du "Téléphone sonne" sur France Inter, mercredi 14 septembre 2011

Pour information :

Jacques Auxiette enclenche le processus de création d'un lycée à Beaupréau (49)le 11 juillet 2006. Il écrit sur son blog de président de la Région, le 30 janvier 2010 : Ni polémique, ni guerre scolaire mais le service public pour tous 

Nolwenn Le Blevennec signe un très bon article de Rue89, paru le 28 juin 2011 : Leurs collégiens et lycéens n'ont que le choix du privé.

 

Cet article est le 27ème paru sur ce blog dans la catégorie L'école

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27 septembre 2011 2 27 /09 /septembre /2011 18:40

Vingt ans d’attaques contre l’école républicaine !

 

Signe d'un profond malaise dans l'Education nationale, un front uni des syndicats du public et, fait exceptionnel, du privé, appelle à la grève pour dénoncer la "dégradation" de l'école, l'un des enjeux de la présidentielle de 2012 (site du Nouvel Observateur, 27 septembre).

« Les syndicats annoncent plus de 50% de grévistes pour cette journée de mobilisation qui rassemble exceptionnellement public et privéLes défilés contre les suppressions de postes dans l'Education nationale, à l'appel des syndicats du public et du privé, ont réuni mardi 27 septembre plus de 165.000 manifestants en France, dont "45.000 à Paris", selon une première estimation communiquée par l'intersyndicale (…). Près de 54% (53,75%) des enseignants du primaire et 50% de ceux du secondaire dans le public sont en grève, ont annoncé les syndicats de la FSU à la mi-journée ».

 

A Paris, les profs veulent «des élèves, pas des sardines» (Libération, 27 septembre)  

 

Rappel : Education : l'autonomie et l'austérité généralisées, mélange détonant - 21 janvier 2011 

Malaise de l'école publique : les explications de Jean-Claude Blanc - 23 avril 2011 

Ecole : la pire des rentrées (Marianne, tribune de François Cocq et Francis Daspe, 12 septembre 2011). François Cocq et Francis Daspe sont respectivement Secrétaire national à l’Education du Parti de Gauche et Secrétaire général de l’AGAUREPS-Prométhée (Association pour la Gauche Républicaine et Sociale – Prométhée). En s'appuyant sur plusieurs exemples, ils reviennent dans cette tribune sur les « conditions scandaleuses », disent-ils, dans lesquelles se déroulent la rentrée scolaire.

(…) Un point de non retour est véritablement atteint. Ça suffit comme ça ! L’Education nationale ne saurait être gérée comme une entreprise, au moindre coût. Disons le clairement : si nous considérons qu’il est bien plus stimulant de jeter les bases de la démocratisation scolaire, qui passe notamment par la mise en place d’une culture commune de haut niveau afin de garantir une école de la réussite de toutes et tous, la question des moyens ne peut désormais plus être secondaire.

Il est fini le temps où l’on pouvait se contenter de faire cesser l'hémorragie comme on l'entend trop souvent, y compris à gauche chez celles et ceux qui se cachent derrière le prétexte de la dette. L’urgence exige de rétablir tous les postes vandalisés par la Droite depuis 2007. Revenir sur l’inefficace baisse de la TVA dans la restauration suffirait à y parvenir pour ne citer que cet exemple. Il est heureux que des candidats à la primaire socialiste, qui jusqu’à hier disaient l’inverse, se rangent enfin à nos propositions en la matière. Ainsi, François Hollande déclarait dans l'Express du 5 avril 2011 qu'il ne reviendrait pas sur ces suppressions de postes ! Courage, camarades ! Il ne vous reste plus qu’à rompre avec une tendance consumériste et individualiste de votre vison de l’éducation et vous retrouverez la voie et le sens de l’intérêt général !

Que cette question des moyens soit aujourd’hui posée avec autant d’acuité est bien la preuve que la politique aveuglément dogmatique de suppressions de postes atteint désormais le système éducatif jusqu’à l’os. Pour l’Ecole de la République, il s’agit bien d’un quinquennat d’airain dont il faudra sortir rapidement.

"20 ans d’attaques contre l’École républicaine, ça suffit !" (MRC)

La somme investie dans chaque élève ne cesse d’augmenter (de 5700€ par an en 1991 à 8000€ en 2011) mais l’état de l’institution scolaire décline.

 

Les inégalités et les injustices augmentent.

Depuis les années 90, l’origine sociale conditionne de plus en plus l’échec ou la réussite des élèves, à l’inverse de la tendance observée durant les décennies antérieures. Écoles privées et cours particuliers ont le vent en poupe. Des quartiers sont abandonnés. De nombreux établissements n’y offrent pas la sérénité attendue : 5 % des collèges font 30 % des incidents enregistrés.

 

Le niveau général chute.

Aujourd’hui, parmi les élèves sortant de CM2, 40% ne sont pas en mesure de suivre une scolarité au collège dans de bonnes conditions. En lecture, 21% ne dépassent pas le niveau des 10% les plus faibles de la fin des années 1980. En calcul, le chiffre monte à 30%. Pour la même dictée effectuée, 46% commettent plus de 15 erreurs, contre 26% auparavant.

 

Les occasions d’instruire diminuent.

Le nombre d’heures disponibles pour l’enseignement recule. Le samedi disparaît. L’école devient toujours plus un mode de garde et toujours moins un lieu de formation du citoyen. 72% des enseignants éprouvent un malaise profond face à un travail qui perd son sens.

Parce que, malgré leur succès historique, les méthodes simples et efficaces de transmission du savoir sous l’autorité du maître sont délaissées. Quoi de mieux pour déstabiliser les enfants ?

Parce que, sous couvert de «personnalisation», individualistes, laxistes, communautaristes et libéraux font alliance contre l’encadrement et la discipline nécessaires. Quoi de mieux pour nuire à la sélection des meilleurs et à la promotion de chacun, suivant ses talents et ses mérites ?

Retrouver de l’ambition collective quant au niveau d’instruction générale, d’éveil républicain et d’intégration de tous les élèves. Redonner à chacun sécurité, énergie et goût de l’effort.

Être ferme sur le principe d’égalité, entre tous les enfants et entre tous les territoires. Lutter contre le développement d’un «marché parallèle» de l’éducation.

 

"Je défends une école reposant sur les valeurs de savoir, d'effort, d'autorité des maîtres et les valeurs de la République" (Jean-Pierre Chevènement était l'invité du "Téléphone sonne" sur France Inter, mercredi 14 septembre 2011). Verbatim express:

MRC national 002Il est évident que l'exemple de la vertu devrait venir d'en haut et qu'on ne peut que condamner ceux qui donnent le spectacle affligeant que nous voyons. Les sociétés humaines ont toujours été imparfaites. C'est à lutter contre ces imperfections que chacun doit s'attacher, qu'il s'agisse des responsables politiques qui ont reçu le mandat du peuple ou qu'il s'agisse des enseignants, qui ont aussi une tâche magnifique qui est de former le jugement des enfants, qui est de leur transmettre les connaissances.

 

Une école qui n'instruirait pas ne pourrait pas non plus éduquer. Il faut rétablir une juste hiérarchie : l'école doit d'abord instruire. En même temps, elle doit transmettre des valeurs. Les valeurs de l'école sont les valeurs de la République : liberté, égalité, fraternité mais aussi laïcité, solidarité, et il faut mieux faire le lien entre l'éducation civique (...) et l'éducation morale. Et il me semble que le lien, c'est l'idée de citoyenneté. Je pense qu'il faut mieux faire le lien entre l'instruction et l'éducation, entre la République et ses valeurs, et puis la morale républicaine, qui quand même est une vieille chose.

 

Il y a une tension entre cette société dominée par le capitalisme financier et des écarts de plus en plus abyssaux entre les revenus et les patrimoines, et d'autre part les valeurs qu'affirme l'école. Il y a une contradiction motrice entre les valeurs que veut promouvoir l'école, qu'elle doit promouvoir, et ce que nous voyons dans la société. On devrait résorber cet écart. Est-ce qu'on le résorbe ? Évidemment, non.

Je ne critique pas le fait qu'on a réintroduit l'instruction civique et morale. C'est en soi une bonne chose.

 

Mais il faut que l'école s'arrête au seuil de la conscience de chaque enfant. On n'a pas à modeler les consciences. L'État éducateur doit former le jugement et il doit prendre quelques règles simples qui découlent de la citoyenneté, de l'intérêt général, du refus des intérêts particuliers et du refus surtout de l'hyper-individualisme libéral tel qu'on l'a vu se développer depuis une quarantaine d'années et qui mine l'école.

 

C'est refaire la République qui est important, et naturellement au cœur de la République à refaire, il y a l'école. J'ai assez de considération pour les enseignants pour penser qu'ils sauront maintenir cette instruction morale à l'abri de toute espèce de conditionnement, de moraline, d'activités moralisatrices. Je crois qu'on peut faire confiance aux enseignants.

 

Les valeurs communes sont les valeurs communes aux citoyens. Elles peuvent être bafouées dans la réalité : la crise sociale, le communautarisme, la contestation irrationnelle des valeurs collectives, tout ça ce sont des réalités, mais ça ne doit pas nous faire oublier ce que nous avons en commun en tant que citoyens français et il faut l'expliquer clairement.

 

L'éducation nationale est en panne en France, depuis 1995. On voit clairement que monsieur Chatel défend l'école comme une entreprise à laquelle il veut appliquer des recettes managériales, alors que je défends l'école comme institution de la République, reposant sur des valeurs qui sont : le savoir, l'effort, l'autorité des maîtres et les valeurs de la République, bien entendu. Ce sont deux conceptions différentes.

 

Il n'y a pas de contradiction entre, d'une part l'éducation au jugement critique, et d'autre part la reconnaissance d'un certain nombre de valeurs civiques, cela va de pair. Mais pour tout cela, pour éduquer à la liberté, l'école doit d'abord instruire, il faut le rappeler.

 

 Cet article est le 26ème paru sur ce blog dans la catégorie L'école.

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23 avril 2011 6 23 /04 /avril /2011 16:39

Le rôle de l’école : transmettre la culture universelle

 

Sur son blog L'arène nue puis sur le site de Marianne, hier (tribune L'école ne doit pas éduquer mais instruire), Coralie Delaume a donné la parole à son ancien professeur de philosophie, Jean-Claude Blanc, afin qu’il apporte sa contribution à la réflexion sur l’école.

Rappel : Jean-Claude Blanc et sa compagne, Véronique Blanc-Blanchard, étaient intervenus lors de l’université d’été du MRC à Valence, le 5 septembre 2010 :

Université d'été MRC à Valence : petit déjeuner thématique sur l'école - 12 septembre 2010

Ecole : contribution de Véronique Blanc-Blanchard (MRC) à Valence - 26 septembre 2010 

L'école ne doit pas éduquer mais instruire

En interrogeant son ancien professeur de philosophie*, Coralie Delaume se penche sur un sujet brûlant : le malaise de l'école qui, selon son interlocuteur, est autant le fait de la gauche, qui en transformant l'école en lieu ouvert lui à fait perdre son caractère protégé, que de la droite, qui a provoqué un véritable manque de moyens.

Universite-d-ete-MRC-2010-028-T.jpg*Jean-Claude Blanc est professeur agrégé de philosophie. Particulièrement soucieux des questions de laïcité et du devenir le l’école publique, il donne régulièrement des conférences dans le Sud de la France. Ayant gardé un excellent souvenir de celui qui fut mon « prof de philo » en terminale, je suis allée à sa rencontre pour le questionner sur le « malaise de l’école publique ».


Il est de plus en plus fréquent d’entendre dire que «l’école va mal». Pensez vous que cela soit le fait des réformes récentes entreprises sous le règne de Sarkozy et par la main de ses ministres successifs ?

Je ne le pense pas. Car s’il est vrai que l’école va mal, il me semble qu’on peut faire remonter cela à 25 ans environ. Or il y a eu des alternances politiques sur cette période. Force est donc de constater que nous sommes là face à un problème politique singulier qui fait fi du clivage droite/gauche. Et les réformes entreprises tant par la gauche que par la droite depuis des années, loin de s’annuler, se sont complétées.
Quand la gauche était au pouvoir, elle s’est
beaucoup inspirée des prétendues « sciences de l’éducation ». Les mesures décidées par Jospin ou par Allègre, et qui avaient pour objet de «mettre l’élève au centre de l’école» et de faire de celle-ci un « lieu de vie » ouvert et non plus un lieu fermé, protégé, de transmission des savoirs, ont parfaitement préparé le terrain aux réformes décidées aujourd’hui par la droite libérale, et qui sont responsables, pour la première fois depuis bien longtemps, de l’apparition d’un véritable manque de moyens.

Pour la première fois depuis bien longtemps ? Vous voulez dire que le manque de moyens si souvent dénoncé par les syndicats est un phénomène récent ?

Bien sûr ! Alors que la question porte depuis longtemps déjà sur la question des fins, les syndicats s’arc-boutent sur celle des moyens. Mais savez-vous qu’il y a seulement cinq ans, la France était le pays d’Europe qui, après la Suède, consacrait la plus grosse somme à chaque élève, et ce du primaire au lycée ?
Hélas, cela n’est plus vrai aujourd’hui. Comme le rappelle Claire Mazeron, de nombreuses coupes sombres ont désormais fait passer la France au plus bas niveau européen pour son taux d’encadrement des élèves. Cependant l’apparition du phénomène, même rapide, demeure récente.

Ainsi donc nous aurions un problème de définition des fins, qui serait bien antérieur à celui de l’allocation des moyens. Pourtant, en termes de fins, l’idée d’une « école ouverte », ayant pour mot d’ordre « l’élève au centre » semble plutôt une idée généreuse !

En effet, cela a l’apparence du progressisme. D’un progressisme qui s’opposerait à « la nostalgie des blouses grises ». Mais ces slogans apparemment sympathiques sont un leurre. Ils témoignent d’un oubli des caractéristiques mêmes de l’école, qui me semblent être au nombre de deux. Tout d’abord, l’école est un lieu particulier, un espace/temps unique et singulier. Ensuite, elle a une mission particulière, qui est celle d’instruire.

En quoi ce cadre espace-temps représenté par l’école est il si particulier ? En quoi est-il différent, par exemple, d’un autre cadre de travail ? L’élève passe huit heures par jours à l’école, le salarié passe huit heures par jour dans son entreprise. La différence est-elle si grande ?

Fondamentale ! Au contraire du monde de l’entreprise, l’école représente ce temps unique où l’on se détourne de l’utilitaire pour se consacrer uniquement à se « faire soi-même ». Ceci remonte à la notion latine de « schola » : c’est l’idée d’un temps où les contraintes ordinaires de la vie sont suspendues, et pendant lequel, en se dépouillant de tout souci relatif à « l’avoir », on va pouvoir cultiver son « être », sa propre humanité. Or si dans l’Antiquité seuls quelques privilégiés pouvaient prétendre à un tel « loisir », les penseurs révolutionnaires ont décrété que chacun devait pouvoir en disposer, que tout enfant était à la fois candidat à l’humanité (laquelle se conquiert, se mérite), et candidat à la citoyenneté. Toute la préoccupation des philosophes de la Révolution était de parvenir à transformer de sujets en citoyens, capables de penser le bien public, l’intérêt général. « Il faut que la raison devienne populaire » disait Condorcet. Par la suite, la troisième République a institutionnalisé cette école publique, en la voulant obligatoire et gratuite, comme nous le savons. Mais cette institution, dès lors, devra sans cesse être défendue, ne serait-ce que parce que la « société civile » n’aura de cesse de vouloir assujettir l’école à ses demandes particulières. Il faut sans cesse rappeler, par exemple, que les règles de l’école ne sont pas celles de la famille. Car l’enfant n’y est plus seulement un enfant, il y est un élève. A l’école, on ne se préoccupe plus du confort et de l’affection pour l’enfant. On s’adresse à la raison de l’élève. Le rapport maître/élève n’est d’ailleurs pas un rapport affectif : on ne demande pas à un professeur d’être « sympa ». On lui demande d’être exigeant et juste. Et également exigeant avec tous, d’ailleurs. Car à l’école, l’élève se trouve « un » parmi des égaux. Comme le disait Jacques Muglioni, « à l’école, il n’y a pas d’étrangers ».

Ceci n’explique pas pourquoi l’idée « d’école ouverte » vous apparaît si incongrue…

« Eloge des frontières », dirait Debray…Tout d’abord, il apparaît essentiel que l’école soit un lieu fermé à l’air du temps et à la mode. Il est urgent de mettre un terme à cette « école supermarché » singeant le monde de l’entreprise, mettant les établissements en concurrence, proposant une « offre de culture », et donnant le choix aux parents d’accepter ou de refuser un redoublement au motif que « le client est roi ».
Pour que l’école demeure ce lieu sanctuarisé de la transmission du savoir, il me semble évident qu’il faut la rendre hermétique au tumulte du monde et de la rue. Ne serait-ce que par ce qu’elle est ouverte sur tout autre chose : sur la vie de l’esprit, sur la culture, sur les grandes œuvres de l’humanité !


Une nécessaire fermeture à l’ordinaire, pour une meilleure ouverture « vers le haut », en somme…Vous disiez également que l’école à pour mission d’instruire. N’est-ce pas là un truisme ?

Pas si l’on considère la différence entre « instruction » et « éducation ». L’éducation me semble renvoyer plutôt à la transmission d’un modèle préexistant, de conventions sociales : les convenances, la politesse…Ainsi, l’éducation est plutôt du ressort de la famille. Celle-ci y ajoute d’ailleurs ses propres préférences, ses croyances, les usages en vigueur dans sa « communauté ». L’instruction quant à elle, est un enseignement raisonné et détaché des modèles et des déterminismes sociaux.  Elle n’assène pas, mais elle transmet des savoirs raisonnés… (…)

 

A quoi imputez vous cette crise de l’école qui ne serait pas seulement liée, selon vous, à un problème de moyens ?

A l’affrontement de deux camps, sans aucun consensus possible, sur la question des fins. Ainsi que je vous le disais, ces deux camps ne recoupent d’ailleurs pas du tout le clivage droite/gauche. Je considère que le premier camp regroupe tous ceux qui sont attachés à l’école de Condorcet et…de Jules Ferry.
On les moque souvent en les traitant « d’archaïques », la suspicion d’anachronisme étant devenue absolument disqualifiante. Avec un « ringard », il n’est même plus utile de dialoguer. Pourtant, les tenants de ce camp sont attachés à une conception de l’école qui essaye de tirer tout le monde vers le haut. Même en sachant que tout le monde n’obtiendra pas un succès équivalent, on cherche à obtenir de chacun le meilleur. Cela s’appelle «l’élitisme républicain».
Il est vrai que le terme même « d’élitisme » est suspect aujourd’hui. Mais c’est justement parce que l’on a oublié de quoi il s’agit vraiment ! Brighelli le rappelle dans son ouvrage Tireurs d’élites : l’élitisme républicain, loin de glorifier les élites de fortune ou de naissance, a pour objet de leur substituer d’autres élites : celles qui se fabriquent à force de talent, et surtout de travail. De telle sorte que, loin de s’opposer à l’idée d’égalité, elle permet la réalisation de cette égalité. En effet, ici, le plus humble est censé pourvoir accéder aux plus hautes fonctions à force de travail, et par le seul fait de son mérite.


Il ne s’agit ni plus ni moins que de la thématique de l’égalité des chances…

Exact. Rien à voir, évidemment, avec l’égalitarisme de nos jours, qui conduit non pas à une élévation de chacun, mais à un passage de tous à la toise, et qui, loin de plaider pour une démocratisation du savoir, glorifie sa massification, au prix d’une baisse générale du niveau. C’est d’ailleurs ce que semblent promouvoir les tenants de mon « deuxième camp », celui des « modernistes ».
Pour ces derniers, d’obédience libertaire, il faut rejeter l’élitisme sous prétexte qu’il contraint. Toute contrainte est en effet bannie au motif qu’elle entraverait la liberté, le désir, la spontanéité de l’enfant. Et même sa créativité, puisque l’élève est sommé de découvrir seul comment on « apprend à apprendre », au lieu d’être guidé pour apprendre tout court.
Ce camp des libertaires ne recule d’ailleurs pas devant la mauvaise foi : on s’attaque à la personne même de Jules Ferry, au motif qu’il était « colonialiste ». Peu importe que cela soit hors sujet. On discrédite ces petites sanctions que sont les notes ou les classements, en les présentant comme des violences d’un autre âge, auxquelles il conviendrait d’ajouter les cours magistraux, dénoncés comme « frontaux ». On va même jusqu’à jouer sur les deux sens du mot « maître », en feignant d’assimiler le maître qui enseigne et celui qui exploite….

 

Pensez vous qu’il existe aujourd’hui une solution pour réconcilier ces deux camps ?

Peut-être, à force d’arguments, pourra-t-on un jour revenir à un accord sur la notion de « culture », sur ce qu’elle peut avoir d’universel, et sur la mission faite à l’école : transmettre LA culture en faisant fi DES cultures.
Il y faudra sans doute du temps, tant l’acception sociologique du terme et l’exaltation DES cultures a pris le dessus, faisant le lit du relativisme culturel. Il est pourtant vrai qu’il existe des cultures. Lévi-Strauss nous a appris cela. Mais faut-il en conclure pour autant que tout est équivalent ? Qu’une recette de cuisine exotique vaut une pièce de Racine ? Faut il sacraliser toutes les traditions ? Faut-il sombrer dans un scepticisme niveleur qui sera bientôt nihilisme, car après tout, si « tout se vaut », rien ne vaut vraiment !
Pour ma part, j’opte plutôt vers une redécouverte de la notion d’universel, et je fais le pari qu’il existe bel est bien UNE culture, composée d’œuvres qui dépassent le temps et le lieu ou elles sont nées, et qui ont vocation à parler à tous. A cette culture, bien évidemment, chaque culture particulière peut apporter sa pierre. Picasso s’intéressant aux sculptures africaines et nous révélant ce qu’on appellera ensuite « l’art nègre » nous montre cette voie.
Mais ces œuvres de l’esprit on cela de commun qu’elles s’adressent non pas à chaque homme en tant qu’être singulier, mais à chaque homme en tant qu’il fait partie d’une seule et même « condition humaine ». C’est le contraire même de cette idée qu’il existerait DES cultures irréductibles, imperméables les unes aux autres, qui finalement n’auraient vocation qu’à s’opposer. Car à trop vouloir faire l’éloge des différences, on finit un jour par nier le fondement même de tout humanisme : cette idée que l’humanité est « une ». C’est ainsi qu’avec la meilleure conscience du monde, on prépare la barbarie.

 

Voir sur le blog de Coralie Delaume A l'école, moins d'éducation, plus d'instruction

 

Cet article est le 25ème paru sur ce blog dans la catégorie L'école.

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21 janvier 2011 5 21 /01 /janvier /2011 23:03

L’autonomie néolibérale détruit l’Ecole de la République

Le 21 décembre 2010, le président de la République a réuni les présidents d’université, dont les établissements sont passés à l’autonomie en 2009 et 2010 (voir l’article de Philippe Jacqué, Le Monde, 22 décembre : Nicolas Sarkozy face aux inquiétudes des présidents d'université).
(…) "Nous lui avons dit qu'il fallait continuer les efforts, explique Louis Vogel, le tout nouveau président de la Conférence des présidents d'université. Pour l'instant, nous sommes au milieu du gué. Il faut poursuivre l'augmentation du budget des universités, car l'autonomie a un coût ! Nous n'avons pas assez de moyens et de personnels formés pour gérer nos ressources humaines ou notre budget."
"Nous faisons face à une baisse très importante des moyens alloués par les collectivités territoriales", ajoute Albert Marouani, président de Nice. Alors que les universités ne connaissent pas encore leur dotation financière de l'Etat pour l'année 2011, elles sont de plus en plus inquiètes, car les premiers bilans budgétaires des deux premières années d'autonomie sont assez mitigés, comme le prédisaient les opposants à cette loi (…).

Plusieurs universités appliquent la "rigueur", d'autres ont dû piocher dans leur fond de roulement ou leurs réserves pour boucler leur budget, tandis que l'Etat a dû voter une rallonge d'une trentaine de millions d'euros pour combler une mauvaise prévision de l'évolution des charges des personnels des universités autonomes (…).

 

L’autonomie généralisée ?

L’autonomie de l’université (loi LRU du 10 août 2007) ne représentait que le galop d’essai : ce sont maintenant le primaire et le secondaire qui sont dans la ligne de mire ! Dans une tribune publiée sur le site Marianne2 le 16 janvier 2011, les responsables de l’association AGAUREPS-Prométhée, François Cocq et Francis Daspe ont réagi en soulignant que l’autonomie est un concept néolibéral Voici leur texte.


Education : l'autonomie se situe au coeur même de l'idéologie néolibérale

 

A l’image des médecins du Malade imaginaire de Molière préconisant la saignée pour tout remède, les Diafoirus du système éducatif crient dans un réflexe pavlovien « Autonomie ! » dès que l’on parle Ecole. L’autonomie de l’université promue par la loi LRU du 10 août 2007 ne représentait que le galop d’essai : ce sont maintenant le primaire et le secondaire qui sont dans la ligne de mire !

Le 12 janvier, Christian Nique, en charge d’une première évaluation de six mois du dispositif CLAIR (collèges et lycées pour l’innovation, l’ambition et la réussite) mis en œuvre dans 105 établissements, s’est ainsi empressé d’annoncer la généralisation de celui-ci à 249 collèges et 1725 écoles pour la prochaine rentrée.

Au programme : recrutement des enseignants « sur profil », contrat d’objectif pour l’établissement, pluridisciplinarité pour les professeurs, mutualisation des enseignants entre le primaire et le privé, latitude laissée dans la DHG (dotation horaire globale) pour aménager le temps scolaire et les enseignements eux-mêmes ! Soyons clairs justement : cette manœuvre ne vise rien moins que lancer à grande échelle l’autonomie des établissements. Avec tout ce qu’elle porte en elle comme atteintes à l’Ecole de la République.

L’autonomie signifie d’abord mise en concurrence des établissements scolaires, en parfaite cohérence avec la suppression de la carte scolaire : la liberté d’inscrire ses enfants dans l’établissement de son choix sera dès lors reconnue aux parents. Perspective totalement illusoire, car la logique de cette disposition aboutira nécessairement à une inversion radicale : ce seront in fine les établissements (une partie de ceux bénéficiant initialement d’avantages comparatifs) qui choisiront leurs élèves, tandis que les autres en seront réduits à accueillir les élèves non désirés ou pour qui il sera trop difficile de s’extraire de leur enracinement territorial ou de leur appartenance sociale. Dans le même temps, force est de constater les avantages toujours plus nombreux concédés à l’enseignement privé (à 95% confessionnel) qui se prépare à s’attaquer avec voracité à ce grand marché des établissements qui lui est offert sur un plateau.

La volonté d’octroyer des pouvoirs accrus aux chefs d’établissements vise quant à elle à les transformer en chefs d’entreprise, notamment en matière de gestion des personnels et du déroulement de leurs carrières. Tout cela au mépris des statuts comme le confirme la récente sortie de Christian Jacob. La possibilité de recruter et de mettre à pied les personnels viendrait couronner le nouvel édifice au nom du tropisme d’une gestion managériale parée de toutes les vertus.

Le renforcement de l’autonomie favorise également l’ingérence des pouvoirs locaux et des intérêts privés (élus, chefs d’entreprise et notables de tous ordres) dans le fonctionnement de l’Ecole. C’est aller à rebours d’une évolution séculaire : l’institution scolaire s’est construite par une mise à distance salutaire de toute forme de pressions d’ordre consumériste et des agissements clientélistes de féodalités locales. Mise à distance qui signifiait la prise en considération prioritaire de l’intérêt général au détriment des revendications particularistes et privées que ces intrusions induisent de fait.

Les incidences dans le domaine pédagogique ne sont pas moindres. Le but recherché est le démantèlement du cadre national qui structure jusqu’à présent notre système éducatif, et ce en dépit des entorses qui lui ont été faites au cours des dernières années : programmes et examens nationaux, modalités de recrutement des enseignants. La réussite à un concours accorde aux professeurs un statut protecteur indispensable à un exercice empreint de sérénité de leurs fonctions. C’est précisément ce statut, qui est la garantie du service public et donc de l’intérêt général, que l’on cherche à rogner méthodiquement par tous les moyens.

Se dessine un nouveau mode de gestion fondé sur la généralisation de la contractualisation, dont dépendrait l’allocation des moyens mis à disposition des établissements. Ces moyens seraient fonction de la réalisation de contrats d’objectifs déterminés de gré à gré avec les autorités hiérarchiques en contrepartie d’une obligation de résultats. Les effets pervers attendus ne sont pas très difficiles à décrypter. Le système favorisera par effet cumulatif les établissements les mieux lotis qui seront en capacité d’atteindre aisément leurs objectifs, offrant par ce biais le cadre idéal à une contractualisation à double vitesse.

Pour y remédier, la tentation sera grande aux établissements en difficulté (ou tout simplement et de manière plus prosaïque à la recherche de financements supplémentaires) de promouvoir une réussite factice au prix d’un abaissement des exigences et des ambitions. Une fois de plus la regrettable confusion entre démocratisation et massification sera opérée, les aspects comptables quantitatifs l’emportant par nécessité sur les préoccupations qualitatives de l’enseignement dispensé. L’autonomie n’est surtout pas une mesure neutre. Elle n’est pas à confondre avec la liberté pédagogique qui existe déjà et donne bien des possibilités d’action pour qui veut l’utiliser à bon escient.

L’autonomie se situe au cœur même de l’idéologie néolibérale. Elle génère de manière quasi mécanique le corollaire du libéralisme : un accroissement significatif des inégalités instaurant une « école à deux vitesses ». Dénonçons le vrai visage de l’autonomie, redoutable miroir aux alouettes à la fois moyen et finalité de l’entreprise de destruction de l’Ecole de la République. Elle n’est pas la solution, mais bien une cause et un symptôme du problème.

 

Cet article est le 24ème paru sur ce blog dans la catégorie L'école.

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30 novembre 2010 2 30 /11 /novembre /2010 23:52

Un parachutage parisien mal préparé par l’administration

 

Un groupe de 14 adolescents de Seine-Saint-Denis, arrivés en novembre dans un collège en Mayenne, dans le cadre de la rééducation scolaire, personne n’en aurait parlé dans la presse s’il n’y avait eu cette bagarre entre eux et des élèves du collège Volney, situé juste à côté (voir Chatel : l'incident de Craon «justifie» les établissements de réinsertion).

 

Jusqu’à présent, Craon (Mayenne) était une petite ville d’un grand calme (voir Bienvenue sur le site de la ville de Craon), célèbre par Le château de Craon et par l’Hippodromeet les courses de chevaux.

 

Cette ville était celle d’un ancien maire, le docteur Faligant, qui était l’assistant de ma mère à ma naissance à la maternité de l’hôpital de Craon. Il était aussi l’oncle de Marie-Louise, épouse de Robert Buron qui a été une personnalité politique, parachutée de Paris pour les élections législatives de 1945, devenue très influente en Mayenne et au niveau national.

 

Lu dans la presse

 

De la cité à la Mayenne : « Ces gosses ne sont pas méchants » (Rue89, Zineb Dryef, 30 novembre)

Plongée dans l'ERS de Craon, établissement pour élèves difficiles, où une bagarre entre collégiens a été exploitée par le FN.  

 

Etablissement de réinsertion scolaire de Craon : sortie de crise (l'étudiant, 17 novembre)

 

Après la bagarre qui avait éclaté entre les élèves de l'ERS (Établissement de réinsertion scolaire) et ceux du collège Volney de Craon (Mayenne), les enseignants avaient exercé leur droit de retrait et les parents ne souhaitaient plus y envoyer leurs enfants. Leurs revendications pour le maintien de l’ERS dans de meilleures conditions, ont été entendues. L’ambition est désormais d’en faire réellement un établissement de « réinsertion scolaire ».

 

Réinsertion scolaire : Luc Chatel corrige sa copie (Ouest-France, 23 novembre)

Pas question, pour le ministre, de fermer les nouveaux Établissements de réinsertion scolaire, les ERS. Ils accueillent des collégiens perturbateurs. Aujourd'hui, c'est l'opération dernière chance...

 

Cet article est le 23ème paru sur ce blog dans la catégorie L'école.

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26 septembre 2010 7 26 /09 /septembre /2010 16:41

Une école publique exigeante qui transmet des savoirs

 

A la suite de la publication du compte rendu de la table ronde sur l’école (voir Université d'été MRC à Valence : petit déjeuner thématique sur l'école - 12 septembre 2010), Véronique Blanc-Blanchard (MRC, Drôme), auteur de la première intervention, m’a adressé son texte que je publie volontiers, car il complète le résumé que j’ai fait de son intervention. J’invite celles et ceux qui le souhaitent à donner leur avis sur ce qui a été dit à Valence par les trois intervenants (photo, de gauche à droite), Véronique, Claire Mazeron et Jean-Claude Blanc.  

           Université d'été MRC 2010 027 TVéronique Blanc-Blanchard, professeur des écoles, préfère le mot « institutrice », parce qu’il signifie « instituer l’homme dans l’enfant ».

           Elle explique que pour défendre efficacement l’école, il ne suffit pas de la défendre comme institution. Il faut aussi la défendre comme concept.

          La dette de l’école à l’égard de la République est double : la 3ème république a inventé l’école comme institution, mais avant, avec Condorcet, la Révolution Française, en avait forgé le concept.

           Pour Condorcet, la finalité de l’école c’est la liberté, mais il n’y a pas de liberté possible sans instruction. Si l’école a pour fin la liberté, alors tous les individus doivent être instruits. Il s’ensuit la nécessité de créer une instruction publique qui consistera en une transmission raisonnée des savoirs. Conséquence : l’école doit être un lieu protégé des bruits du monde, où les savoirs pourront se déployer selon un ordre rationnel.

           Or, les réformes menées ces trente dernières années par des gouvernements de droite et souvent de gauche ont attaqué l’école à la fois comme institution et comme concept en détruisant ce paradigme républicain.

            Certes, la gauche a toujours défendu l’école comme institution en dénonçant la suppression des postes d’enseignants, en réclamant l’assignation des fonds publics à la seule école publique. Mais cela n’est pas suffisant.

Dans les années 80 : clivage au sein de la gauche, entre « pédagogistes » et « anti-pédagogistes », le pédagogisme désignant la position de ceux qui, tout en défendant l’école comme institution, voulaient la réformer c'est-à-dire changer de paradigme. Au paradigme républicain supposé ringard, accusé trop hâtivement d’être élitiste, on voulait substituer paradigme pédagogiste, jugé lui plus adapté à l’élève et au monde moderne. Résultat paradoxal : en refusant l’élitisme républicain du travail et du mérite personnel, on a rétabli l’élitisme de la naissance et de la fortune.

Quelques caractéristiques du pédagogisme :

 Un des moments forts de ce processus de destruction : 1989, loi Jospin, loi d’orientation sur l’éducation, création des IUFM sous l’influence des « sciences de l’éducation » :

-          Survalorisation de la didactique qui conduit à  faire passer le contenu de l’enseignement au 2ème plan. Au lieu d’apprendre, on « apprend à apprendre ».

-          Constructivisme : l’élève doit être acteur de ses propres apprentissages, ce qui le condamne à errer, et l’invite à…deviner !

-          Décomposition des apprentissages en micro-objectifs portant largement sur des « savoir-faire », des « savoir-être ». Rationalisme instrumentaliste aux antipodes de la raison humaniste. Conséquence : rupture de la chaîne des savoirs constitutive de l’humanité.

-          Ouverture de l’école aux parents, aux marchands…

Donc, trois renversements opérés par le « pédagogisme » :

-          La finalité de l’école n’est plus la liberté (qui suppose maîtrise des savoirs et usage critique de la raison) mais l’entretien de la spontanéité de l’enfant et l’adaptation au monde social.

-          Son objet est moins l’instruction que la transmission de valeurs, l’acquisition de « savoir-être ».

-          Son lieu naturel n’est plus la classe, mais tout ce qui existe « hors les murs ».

La droite néolibérale s’est engouffrée dans la brèche : elle a compris que pour affaiblir l’école, il ne suffisait pas de l’attaquer comme institution en supprimant des postes…il fallait aussi l’attaquer comme concept, dans le but de liquider le paradigme républicain. Ex : alliance Darcos/Meirieu (chef de file des « pédagogistes ») pour justifier la suppression du redoublement.

 

Conclusion : pour être défendue efficacement, l’école publique doit être défendue comme institution et comme concept. La gauche doit aujourd’hui clarifier le modèle qu’elle veut défendre pour l’école publique et rompre avec l’idéologie pédagogiste. La revendication des moyens restera stérile si l’on poursuit la destruction du paradigme républicain des Lumières. Il faut donc revenir à celui-ci, c'est-à-dire à l’idéal d’une instruction forte dévolue à la transmission de savoirs exigeants et à une école sourde aux pressions venant de la société civile.

Bref, pour combattre le néolibéralisme, il faut se ranger derrière Condorcet.

 

Cet article est le 22ème paru sur ce blog dans la catégorie L'école.

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5 juin 2010 6 05 /06 /juin /2010 21:44

 

Des réductions budgétaires systématiques et intempestives

 

Comme il en a l’habitude, notre collègue Michel Vignal, secrétaire national MRC à l’Education, est intervenu le 2 juin à propos des mesures prises par le gouvernement pour faire des économies budgétaires dans les écoles. Son texte a été mis en ligne sur le site du MRC le lendemain. 

 

 

Ecole : une recherche contre-productive d'économies aux dépens des élèves

 

Le redressement de l’Ecole ne se réduit pas à une question de moyens. Le MRC pense qu’il faut allier à la priorité budgétaire une claire orientation pour faire le pari de la qualité sur l’ensemble des établissements scolaires et mettre l’accent sur l’exigence, le travail et la solidité des connaissances transmises et acquises par les élèves.

Mais les actes gouvernementaux répétés, pour faire des économies budgétaires à n’importe quelles conditions et réduire systématiquement le nombre de fonctionnaires, sont aujourd’hui dangereux pour l’avenir de l’Ecole publique.

Après avoir supprimé plus de 40 000 postes ces trois dernières années, le Ministre Luc Châtel, dans un courrier aux recteurs envisage « 13 leviers » pour supprimer des postes : 16 000 postes environ sont visés.

Les académies sont chargées d’augmenter la taille des classes. Dans les collèges et les lycées en prévoyant une moyenne de 30 élèves par classe, alors même que les réformes ministérielles préconisent l’individualisation de l’enseignement.

Dans l’enseignement primaire, il est recommandé d’élever d’un élève en moyenne la taille des classes, de supprimer d’avantage de postes d’instituteurs spécialisés et psychologues scolaires dans les RASED qui sont pourtant chargés de soutenir les élèves en grande difficulté, et enfin de se passer des assistants étrangers de langues.

L‘ensemble de l’école primaire va encore plus se dégrader après la réforme Darcos qui a supprimé le samedi matin et réduit le nombre d’heures enseignées.

L’école maternelle est tout particulièrement visée puisque le ministre envisage d’accélérer sa politique de réduction drastique de la scolarisation des moins de trois ans, passée de 35% en 2000 à 15% aujourd’hui. Nous savons pourtant que cette scolarisation à deux ans est bénéfique, en particulier pour les enfants de milieux défavorisés.

Avec de telles intentions, le malaise de l’Ecole publique ne pourra que s’accentuer. L’intérêt des élèves est complètement bafoué. Le MRC agira pour que soit développé et concilié les efforts en faveur de la quantité et de la qualité dans l’esprit de Paul Langevin qui affirmait : « l’Ecole doit assurer la promotion de tous et la sélection démocratique des meilleurs ».

 

Lu dans la presse :

L'assouplissement de la carte scolaire a déstabilisé le paysage éducatif (Le Monde, 7 mai)

 

La Cour des comptes dénonce le système scolaire français (Le Monde, 12 mai 2010)

 

Le ministre de l'éducation dévoile sa réforme des rythmes scolaires (Le Monde, 25 mai)

Rythmes scolaires : quand l'Allemagne vante le modèle français (Le Monde, 25 mai)

 

Cet article est le 21ème paru sur ce blog dans la catégorie L'école.

 

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12 décembre 2009 6 12 /12 /décembre /2009 23:05

 

Une rupture de plus, dans le sens de la régression

 

Le projet du ministre de l’éducation nationale de faire disparaître l’histoire et la géographie des programmes de terminale scientifique a suscité de nombreuses protestations.

 

Voici la position du Mouvement Républicain et Citoyen (MRC), sur proposition de Michel Vignal, mon collègue, professeur agrégé, secrétaire national MRC à l’éducation, qui avait pris position, en octobre, sur la réforme des lycées (voir Réforme des lycées : Michel Vignal (MRC) y voit surtout du négatif - 16 octobre). 


Pour le maintien de l'histoire-géographie en terminale scientifique

 

L’histoire et la géographie sont constitutives d’une culture générale dont la maîtrise est un des objectifs de l’école républicaine.

 

La suppression de l’enseignement de l’histoire-géographie en terminale scientifique, orientation qui concerne plus de la moitié des lycéens de la filière générale, montre combien Luc Chatel renonce, dans sa réforme du lycée, à faire de la formation du citoyen une priorité, en particulier pour ceux des élèves qui se destinent à devenir scientifiques ou techniciens, ingénieurs, cadres issus des écoles de commerce et de gestion ou cadres administratifs…

La présence de l’histoire-géographie sous forme optionnelle est trompeuse et démagogique car, en réalité, avec la spécialisation renforcée en mathématique et en sciences, bien peu d’élèves choisiront d’alourdir leur temps d’études.

L’incohérence de cette décision est profonde alors qu’un débat sur l’identité nationale est lancé par le président de la République. Comment comprendre ce qu’est être citoyen français dans le monde d’aujourd’hui, si tous les lycéens ne sont pas en mesure de se forger un jugement à partir de savoirs historiques solides sur leur peuple et les autres peuples et d’une réflexion critique sur la période récente ? Participer à une construction collective et se projeter dans le futur autour d’un destin commun exigent une bonne connaissance du passé.

Etre citoyen français, c’est aussi comprendre les données de la mondialisation, les caractéristiques et les facteurs de la vie et des crises économiques et sociales, la géopolitique avec les rapports de force entre les nations, les interrelations aussi entre les groupes humains et leurs milieux. Ces connaissances sur le monde contemporain sont l’objet de la géographie.

L’histoire et la géographie sont constitutives d’une culture générale dont la maîtrise est un des objectifs de l’école républicaine. Cet acte de rupture avec les humanités et les valeurs républicaines, décidée par le ministre, est inadmissible puisque qu’il éloigne le lycée de la nécessaire formation d’esprits libres et éclairés. Le ministre Luc Chatel s’enferme, sous prétexte de rééquilibrage des filières, dans une vision utilitariste de l’enseignement.

C’est pourquoi le Mouvement Républicain et Citoyen soutient les nombreuses protestations qui s’expriment pour demander le retour à un enseignement obligatoire d’histoire-géographie en terminale scientifique.

 

Revue de presse

 

Exclusif: Chatel veut supprimer l'histoire-géo en terminale S (Marianne, 23 novembre),

Des historiens contre la suppression de leur discipline en terminale S (Le Monde, 5 décembre),

Appel des économistes : «Le lycée forme des citoyens» (Marianne, 9 décembre),

Suppression de l'histoire : les Français disent « non » (l’Humanité, 11 décembre)

 

Cet article est le 20ème paru sur ce blog dans la catégorie L'école.

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16 octobre 2009 5 16 /10 /octobre /2009 21:57

 

Pas de quoi redresser la barre, les moyens manqueront

 

MRC-national-Michel-Vignal-T.jpgLe spécialiste des questions scolaires au MRC était sur la brèche avec la réforme du lycée, la loi Carle et la « cagnotte » contre l’absentéisme. Michel Vignal, professeur agrégé, secrétaire national à l’éducation, a vu son texte sur le lycée, amendé, mais peu modifié par le secrétariat national, mercredi (photo).

La réforme des lycées a été présentée le 13 octobre à l’Elysée par le président de la République. La fronde lycéenne, l’hiver dernier, avait contraint le président à retirer le projet Darcos. Ce qui revient avec Chatel, l’actuel ministre de l’éducation nationale, c’est un projet plus modeste.

 

En résumé : sauver les littéraires, rénover les séries industrielles et technologiques, réduire les redoublements, éviter l’orientation couperet.

 

Voici ce qu’en pense le MRC (site, 15 octobre) :

 

Lycée : une réforme prudente, mais insuffisante

Le Mouvement Républicain et Citoyen juge très superficielles et à certains égards pernicieuses les propositions de réforme du lycée, proposées par Nicolas Sarkozy.

 

Le MRC, dont le président Jean-Pierre Chevènement a initié, comme Ministre, la démocratisation de l’accès au baccalauréat en 1985, est favorable depuis longtemps au maintien et au rééquilibrage des voies générales, technologiques et professionnelles. La revalorisation de la filière littéraire du bac général et le renforcement de l’enseignement des langues vont dans le bon sens, encore faudrait-il ne pas abandonner l’enseignement des langues anciennes (latin et grec) et donner les moyens réels pour le développement de cette orientation. Il serait également absurde de vouloir promouvoir la filière littéraire aux dépens de la filière scientifique. Il faut aussi encourager les vocations scientifiques insuffisamment nombreuses.

Si la revalorisation et la modernisation de la filière science et technologie industrielle envisagée est très souhaitable, on peut s’étonner que les problèmes de la voie professionnelle d’accès au baccalauréat, qui fut une création décisive de J.P. Chevènement en 1985, ne soient que très rapidement évoqués alors que les insuffisances sont aujourd’hui manifestes au niveau de l’orientation, du suivi des études, des sorties sans qualification et des moyens donnés aux établissements.

La question générale de l’orientation des lycéens est certes abordée, mais les moyens financiers et humains pour l’assurer ne sont pas envisagés. Le temps de l’orientation semble être pris en partie sur le temps scolaire qui a pourtant déjà diminué. Par ailleurs l’orientation est traitée sans référence au niveau des connaissances acquises par les élèves. A aucun moment n’est abordé concrètement l’objectif essentiel pour le MRC d’une revalorisation des niveaux d’exigence au baccalauréat et donc pendant les années d’études qui le précèdent.

Le dispositif dit « d’accompagnement personnalisé » de deux heures par semaine pour tous les lycéens, prépare en fait, comme pour l’école primaire, une régression puisque les moyens humains nécessaires ne sont pas prévus. Alors qu’existe déjà une aide individualisée pour les élèves en difficulté, ce dispositif devra fonctionner avec un nombre de professeurs qui se réduit d’année en année. C'est à une réduction, non affichée, des horaires des enseignements des différents savoirs disciplinaires à laquelle vont être soumis les établissements pour mettre en place ce dispositif. Déjà les services du Ministre préparent cette opération. C’est bien, d’une manière insidieuse et progressive, le « lycée light » qui se met en place. Il soulèvera des résistances légitimes.

On le voit, la suppression massive des postes de professeurs ne favorisera pas l’application de cet ensemble de mesures. En outre, en amont, l’absence de réforme du collège dont les difficultés s’accroissent, et la régression organisée à l’école primaire avec la suppression du samedi matin et la réduction des horaires enseignés, contribueront à rendre impossible le redressement de l’école républicaine que le MRC appelle de ses vœux. Les conditions d’étude des élèves et de travail des professeurs vont continuer à se détériorer.

Enfin, les difficiles questions de l’amélioration des résultats scolaires des enfants des milieux populaires et des inégalités croissantes dans la qualité des lycées ne sont pas réellement traitées. Il est vrai que la logique de l’autonomie des établissements, et donc celle de la concurrence, de la primauté de l’individu-consommateur et du marché scolaire marquent les choix de Nicolas Sarkozy. Les lycées ghettos continueront d’exister, d’autant que les mesures prises de suppression de la carte scolaire y contribuent largement malgré les promesses.

Un projet ambitieux serait nécessaire pour permettre à tous les lycéens quelles que soient leurs origines sociales ou géographiques d’élever leur niveau de connaissances, de maîtriser des acquis solides et ainsi d’aller jusqu’au bout de leur possibilités. Un effort impérieux pour la qualité des études est un objectif essentiel pour réussir la démocratisation du lycée. Il faut allier effort quantitatif et exigence de qualité.

Le MRC agira pour que le lycée retrouve partout qualité et exigence afin de préparer un baccalauréat qui doit rester un examen national anonyme d’un niveau suffisamment exigeant. Toutes les disciplines scolaires actuellement enseignées doivent y garder leur place car elles sont constitutives de cette culture générale qui doit être commune à tous les élèves afin de leur offrir les meilleures chances de réussite à l’université ou dans la vie professionnelle et les bases formatrices de la citoyenneté.

 

Voir aussi, sur le site du MRC :


La loi Carle affaiblit l'école élémentaire publique et laïque
  

 

La proposition de loi Carle, votée au Sénat puis à l’Assemblée nationale, prétend garantir la parité de financement entre les écoles élémentaires publiques et privées sous contrat d’association, lorsqu’elles accueillent des élèves scolarisés hors de la commune de résidence (…).

 

"Cagnotte" contre absentéisme : un remède pire que le mal

 
Au delà des objectifs louables affichés, échanger assiduité aux cours contre récompense sonnante et trébuchante est un renoncement aux ambitions de l'Ecole républicaine (…).

La rentrée scolaire n’est pas si loin. Voir : Rentrée scolaire : profil bas généralisé, malaise, l'Etat laisse faire -  3 septembre 2009.

 

Cet article est le 19ème paru sur ce blog dans la catégorie L'école.

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