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  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine autour des idées de Jean-Pierre Chevènement. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens après les élections de 2002.
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27 septembre 2011 2 27 /09 /septembre /2011 19:40

Vingt ans d’attaques contre l’école républicaine !

 

Signe d'un profond malaise dans l'Education nationale, un front uni des syndicats du public et, fait exceptionnel, du privé, appelle à la grève pour dénoncer la "dégradation" de l'école, l'un des enjeux de la présidentielle de 2012 (site du Nouvel Observateur, 27 septembre).

« Les syndicats annoncent plus de 50% de grévistes pour cette journée de mobilisation qui rassemble exceptionnellement public et privéLes défilés contre les suppressions de postes dans l'Education nationale, à l'appel des syndicats du public et du privé, ont réuni mardi 27 septembre plus de 165.000 manifestants en France, dont "45.000 à Paris", selon une première estimation communiquée par l'intersyndicale (…). Près de 54% (53,75%) des enseignants du primaire et 50% de ceux du secondaire dans le public sont en grève, ont annoncé les syndicats de la FSU à la mi-journée ».

 

A Paris, les profs veulent «des élèves, pas des sardines» (Libération, 27 septembre)  

 

Rappel : Education : l'autonomie et l'austérité généralisées, mélange détonant - 21 janvier 2011 

Malaise de l'école publique : les explications de Jean-Claude Blanc - 23 avril 2011 

Ecole : la pire des rentrées (Marianne, tribune de François Cocq et Francis Daspe, 12 septembre 2011). François Cocq et Francis Daspe sont respectivement Secrétaire national à l’Education du Parti de Gauche et Secrétaire général de l’AGAUREPS-Prométhée (Association pour la Gauche Républicaine et Sociale – Prométhée). En s'appuyant sur plusieurs exemples, ils reviennent dans cette tribune sur les « conditions scandaleuses », disent-ils, dans lesquelles se déroulent la rentrée scolaire.

(…) Un point de non retour est véritablement atteint. Ça suffit comme ça ! L’Education nationale ne saurait être gérée comme une entreprise, au moindre coût. Disons le clairement : si nous considérons qu’il est bien plus stimulant de jeter les bases de la démocratisation scolaire, qui passe notamment par la mise en place d’une culture commune de haut niveau afin de garantir une école de la réussite de toutes et tous, la question des moyens ne peut désormais plus être secondaire.

Il est fini le temps où l’on pouvait se contenter de faire cesser l'hémorragie comme on l'entend trop souvent, y compris à gauche chez celles et ceux qui se cachent derrière le prétexte de la dette. L’urgence exige de rétablir tous les postes vandalisés par la Droite depuis 2007. Revenir sur l’inefficace baisse de la TVA dans la restauration suffirait à y parvenir pour ne citer que cet exemple. Il est heureux que des candidats à la primaire socialiste, qui jusqu’à hier disaient l’inverse, se rangent enfin à nos propositions en la matière. Ainsi, François Hollande déclarait dans l'Express du 5 avril 2011 qu'il ne reviendrait pas sur ces suppressions de postes ! Courage, camarades ! Il ne vous reste plus qu’à rompre avec une tendance consumériste et individualiste de votre vison de l’éducation et vous retrouverez la voie et le sens de l’intérêt général !

Que cette question des moyens soit aujourd’hui posée avec autant d’acuité est bien la preuve que la politique aveuglément dogmatique de suppressions de postes atteint désormais le système éducatif jusqu’à l’os. Pour l’Ecole de la République, il s’agit bien d’un quinquennat d’airain dont il faudra sortir rapidement.

"20 ans d’attaques contre l’École républicaine, ça suffit !" (MRC)

La somme investie dans chaque élève ne cesse d’augmenter (de 5700€ par an en 1991 à 8000€ en 2011) mais l’état de l’institution scolaire décline.

 

Les inégalités et les injustices augmentent.

Depuis les années 90, l’origine sociale conditionne de plus en plus l’échec ou la réussite des élèves, à l’inverse de la tendance observée durant les décennies antérieures. Écoles privées et cours particuliers ont le vent en poupe. Des quartiers sont abandonnés. De nombreux établissements n’y offrent pas la sérénité attendue : 5 % des collèges font 30 % des incidents enregistrés.

 

Le niveau général chute.

Aujourd’hui, parmi les élèves sortant de CM2, 40% ne sont pas en mesure de suivre une scolarité au collège dans de bonnes conditions. En lecture, 21% ne dépassent pas le niveau des 10% les plus faibles de la fin des années 1980. En calcul, le chiffre monte à 30%. Pour la même dictée effectuée, 46% commettent plus de 15 erreurs, contre 26% auparavant.

 

Les occasions d’instruire diminuent.

Le nombre d’heures disponibles pour l’enseignement recule. Le samedi disparaît. L’école devient toujours plus un mode de garde et toujours moins un lieu de formation du citoyen. 72% des enseignants éprouvent un malaise profond face à un travail qui perd son sens.

Parce que, malgré leur succès historique, les méthodes simples et efficaces de transmission du savoir sous l’autorité du maître sont délaissées. Quoi de mieux pour déstabiliser les enfants ?

Parce que, sous couvert de «personnalisation», individualistes, laxistes, communautaristes et libéraux font alliance contre l’encadrement et la discipline nécessaires. Quoi de mieux pour nuire à la sélection des meilleurs et à la promotion de chacun, suivant ses talents et ses mérites ?

Retrouver de l’ambition collective quant au niveau d’instruction générale, d’éveil républicain et d’intégration de tous les élèves. Redonner à chacun sécurité, énergie et goût de l’effort.

Être ferme sur le principe d’égalité, entre tous les enfants et entre tous les territoires. Lutter contre le développement d’un «marché parallèle» de l’éducation.

 

"Je défends une école reposant sur les valeurs de savoir, d'effort, d'autorité des maîtres et les valeurs de la République" (Jean-Pierre Chevènement était l'invité du "Téléphone sonne" sur France Inter, mercredi 14 septembre 2011). Verbatim express:

MRC national 002Il est évident que l'exemple de la vertu devrait venir d'en haut et qu'on ne peut que condamner ceux qui donnent le spectacle affligeant que nous voyons. Les sociétés humaines ont toujours été imparfaites. C'est à lutter contre ces imperfections que chacun doit s'attacher, qu'il s'agisse des responsables politiques qui ont reçu le mandat du peuple ou qu'il s'agisse des enseignants, qui ont aussi une tâche magnifique qui est de former le jugement des enfants, qui est de leur transmettre les connaissances.

 

Une école qui n'instruirait pas ne pourrait pas non plus éduquer. Il faut rétablir une juste hiérarchie : l'école doit d'abord instruire. En même temps, elle doit transmettre des valeurs. Les valeurs de l'école sont les valeurs de la République : liberté, égalité, fraternité mais aussi laïcité, solidarité, et il faut mieux faire le lien entre l'éducation civique (...) et l'éducation morale. Et il me semble que le lien, c'est l'idée de citoyenneté. Je pense qu'il faut mieux faire le lien entre l'instruction et l'éducation, entre la République et ses valeurs, et puis la morale républicaine, qui quand même est une vieille chose.

 

Il y a une tension entre cette société dominée par le capitalisme financier et des écarts de plus en plus abyssaux entre les revenus et les patrimoines, et d'autre part les valeurs qu'affirme l'école. Il y a une contradiction motrice entre les valeurs que veut promouvoir l'école, qu'elle doit promouvoir, et ce que nous voyons dans la société. On devrait résorber cet écart. Est-ce qu'on le résorbe ? Évidemment, non.

Je ne critique pas le fait qu'on a réintroduit l'instruction civique et morale. C'est en soi une bonne chose.

 

Mais il faut que l'école s'arrête au seuil de la conscience de chaque enfant. On n'a pas à modeler les consciences. L'État éducateur doit former le jugement et il doit prendre quelques règles simples qui découlent de la citoyenneté, de l'intérêt général, du refus des intérêts particuliers et du refus surtout de l'hyper-individualisme libéral tel qu'on l'a vu se développer depuis une quarantaine d'années et qui mine l'école.

 

C'est refaire la République qui est important, et naturellement au cœur de la République à refaire, il y a l'école. J'ai assez de considération pour les enseignants pour penser qu'ils sauront maintenir cette instruction morale à l'abri de toute espèce de conditionnement, de moraline, d'activités moralisatrices. Je crois qu'on peut faire confiance aux enseignants.

 

Les valeurs communes sont les valeurs communes aux citoyens. Elles peuvent être bafouées dans la réalité : la crise sociale, le communautarisme, la contestation irrationnelle des valeurs collectives, tout ça ce sont des réalités, mais ça ne doit pas nous faire oublier ce que nous avons en commun en tant que citoyens français et il faut l'expliquer clairement.

 

L'éducation nationale est en panne en France, depuis 1995. On voit clairement que monsieur Chatel défend l'école comme une entreprise à laquelle il veut appliquer des recettes managériales, alors que je défends l'école comme institution de la République, reposant sur des valeurs qui sont : le savoir, l'effort, l'autorité des maîtres et les valeurs de la République, bien entendu. Ce sont deux conceptions différentes.

 

Il n'y a pas de contradiction entre, d'une part l'éducation au jugement critique, et d'autre part la reconnaissance d'un certain nombre de valeurs civiques, cela va de pair. Mais pour tout cela, pour éduquer à la liberté, l'école doit d'abord instruire, il faut le rappeler.

 

 Cet article est le 26ème paru sur ce blog dans la catégorie L'école.

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23 avril 2011 6 23 /04 /avril /2011 17:39

Le rôle de l’école : transmettre la culture universelle

 

Sur son blog L'arène nue puis sur le site de Marianne, hier (tribune L'école ne doit pas éduquer mais instruire), Coralie Delaume a donné la parole à son ancien professeur de philosophie, Jean-Claude Blanc, afin qu’il apporte sa contribution à la réflexion sur l’école.

Rappel : Jean-Claude Blanc et sa compagne, Véronique Blanc-Blanchard, étaient intervenus lors de l’université d’été du MRC à Valence, le 5 septembre 2010 :

Université d'été MRC à Valence : petit déjeuner thématique sur l'école - 12 septembre 2010

Ecole : contribution de Véronique Blanc-Blanchard (MRC) à Valence - 26 septembre 2010 

L'école ne doit pas éduquer mais instruire

En interrogeant son ancien professeur de philosophie*, Coralie Delaume se penche sur un sujet brûlant : le malaise de l'école qui, selon son interlocuteur, est autant le fait de la gauche, qui en transformant l'école en lieu ouvert lui à fait perdre son caractère protégé, que de la droite, qui a provoqué un véritable manque de moyens.

Universite-d-ete-MRC-2010-028-T.jpg*Jean-Claude Blanc est professeur agrégé de philosophie. Particulièrement soucieux des questions de laïcité et du devenir le l’école publique, il donne régulièrement des conférences dans le Sud de la France. Ayant gardé un excellent souvenir de celui qui fut mon « prof de philo » en terminale, je suis allée à sa rencontre pour le questionner sur le « malaise de l’école publique ».


Il est de plus en plus fréquent d’entendre dire que «l’école va mal». Pensez vous que cela soit le fait des réformes récentes entreprises sous le règne de Sarkozy et par la main de ses ministres successifs ?

Je ne le pense pas. Car s’il est vrai que l’école va mal, il me semble qu’on peut faire remonter cela à 25 ans environ. Or il y a eu des alternances politiques sur cette période. Force est donc de constater que nous sommes là face à un problème politique singulier qui fait fi du clivage droite/gauche. Et les réformes entreprises tant par la gauche que par la droite depuis des années, loin de s’annuler, se sont complétées.
Quand la gauche était au pouvoir, elle s’est
beaucoup inspirée des prétendues « sciences de l’éducation ». Les mesures décidées par Jospin ou par Allègre, et qui avaient pour objet de «mettre l’élève au centre de l’école» et de faire de celle-ci un « lieu de vie » ouvert et non plus un lieu fermé, protégé, de transmission des savoirs, ont parfaitement préparé le terrain aux réformes décidées aujourd’hui par la droite libérale, et qui sont responsables, pour la première fois depuis bien longtemps, de l’apparition d’un véritable manque de moyens.

Pour la première fois depuis bien longtemps ? Vous voulez dire que le manque de moyens si souvent dénoncé par les syndicats est un phénomène récent ?

Bien sûr ! Alors que la question porte depuis longtemps déjà sur la question des fins, les syndicats s’arc-boutent sur celle des moyens. Mais savez-vous qu’il y a seulement cinq ans, la France était le pays d’Europe qui, après la Suède, consacrait la plus grosse somme à chaque élève, et ce du primaire au lycée ?
Hélas, cela n’est plus vrai aujourd’hui. Comme le rappelle Claire Mazeron, de nombreuses coupes sombres ont désormais fait passer la France au plus bas niveau européen pour son taux d’encadrement des élèves. Cependant l’apparition du phénomène, même rapide, demeure récente.

Ainsi donc nous aurions un problème de définition des fins, qui serait bien antérieur à celui de l’allocation des moyens. Pourtant, en termes de fins, l’idée d’une « école ouverte », ayant pour mot d’ordre « l’élève au centre » semble plutôt une idée généreuse !

En effet, cela a l’apparence du progressisme. D’un progressisme qui s’opposerait à « la nostalgie des blouses grises ». Mais ces slogans apparemment sympathiques sont un leurre. Ils témoignent d’un oubli des caractéristiques mêmes de l’école, qui me semblent être au nombre de deux. Tout d’abord, l’école est un lieu particulier, un espace/temps unique et singulier. Ensuite, elle a une mission particulière, qui est celle d’instruire.

En quoi ce cadre espace-temps représenté par l’école est il si particulier ? En quoi est-il différent, par exemple, d’un autre cadre de travail ? L’élève passe huit heures par jours à l’école, le salarié passe huit heures par jour dans son entreprise. La différence est-elle si grande ?

Fondamentale ! Au contraire du monde de l’entreprise, l’école représente ce temps unique où l’on se détourne de l’utilitaire pour se consacrer uniquement à se « faire soi-même ». Ceci remonte à la notion latine de « schola » : c’est l’idée d’un temps où les contraintes ordinaires de la vie sont suspendues, et pendant lequel, en se dépouillant de tout souci relatif à « l’avoir », on va pouvoir cultiver son « être », sa propre humanité. Or si dans l’Antiquité seuls quelques privilégiés pouvaient prétendre à un tel « loisir », les penseurs révolutionnaires ont décrété que chacun devait pouvoir en disposer, que tout enfant était à la fois candidat à l’humanité (laquelle se conquiert, se mérite), et candidat à la citoyenneté. Toute la préoccupation des philosophes de la Révolution était de parvenir à transformer de sujets en citoyens, capables de penser le bien public, l’intérêt général. « Il faut que la raison devienne populaire » disait Condorcet. Par la suite, la troisième République a institutionnalisé cette école publique, en la voulant obligatoire et gratuite, comme nous le savons. Mais cette institution, dès lors, devra sans cesse être défendue, ne serait-ce que parce que la « société civile » n’aura de cesse de vouloir assujettir l’école à ses demandes particulières. Il faut sans cesse rappeler, par exemple, que les règles de l’école ne sont pas celles de la famille. Car l’enfant n’y est plus seulement un enfant, il y est un élève. A l’école, on ne se préoccupe plus du confort et de l’affection pour l’enfant. On s’adresse à la raison de l’élève. Le rapport maître/élève n’est d’ailleurs pas un rapport affectif : on ne demande pas à un professeur d’être « sympa ». On lui demande d’être exigeant et juste. Et également exigeant avec tous, d’ailleurs. Car à l’école, l’élève se trouve « un » parmi des égaux. Comme le disait Jacques Muglioni, « à l’école, il n’y a pas d’étrangers ».

Ceci n’explique pas pourquoi l’idée « d’école ouverte » vous apparaît si incongrue…

« Eloge des frontières », dirait Debray…Tout d’abord, il apparaît essentiel que l’école soit un lieu fermé à l’air du temps et à la mode. Il est urgent de mettre un terme à cette « école supermarché » singeant le monde de l’entreprise, mettant les établissements en concurrence, proposant une « offre de culture », et donnant le choix aux parents d’accepter ou de refuser un redoublement au motif que « le client est roi ».
Pour que l’école demeure ce lieu sanctuarisé de la transmission du savoir, il me semble évident qu’il faut la rendre hermétique au tumulte du monde et de la rue. Ne serait-ce que par ce qu’elle est ouverte sur tout autre chose : sur la vie de l’esprit, sur la culture, sur les grandes œuvres de l’humanité !


Une nécessaire fermeture à l’ordinaire, pour une meilleure ouverture « vers le haut », en somme…Vous disiez également que l’école à pour mission d’instruire. N’est-ce pas là un truisme ?

Pas si l’on considère la différence entre « instruction » et « éducation ». L’éducation me semble renvoyer plutôt à la transmission d’un modèle préexistant, de conventions sociales : les convenances, la politesse…Ainsi, l’éducation est plutôt du ressort de la famille. Celle-ci y ajoute d’ailleurs ses propres préférences, ses croyances, les usages en vigueur dans sa « communauté ». L’instruction quant à elle, est un enseignement raisonné et détaché des modèles et des déterminismes sociaux.  Elle n’assène pas, mais elle transmet des savoirs raisonnés… (…)

 

A quoi imputez vous cette crise de l’école qui ne serait pas seulement liée, selon vous, à un problème de moyens ?

A l’affrontement de deux camps, sans aucun consensus possible, sur la question des fins. Ainsi que je vous le disais, ces deux camps ne recoupent d’ailleurs pas du tout le clivage droite/gauche. Je considère que le premier camp regroupe tous ceux qui sont attachés à l’école de Condorcet et…de Jules Ferry.
On les moque souvent en les traitant « d’archaïques », la suspicion d’anachronisme étant devenue absolument disqualifiante. Avec un « ringard », il n’est même plus utile de dialoguer. Pourtant, les tenants de ce camp sont attachés à une conception de l’école qui essaye de tirer tout le monde vers le haut. Même en sachant que tout le monde n’obtiendra pas un succès équivalent, on cherche à obtenir de chacun le meilleur. Cela s’appelle «l’élitisme républicain».
Il est vrai que le terme même « d’élitisme » est suspect aujourd’hui. Mais c’est justement parce que l’on a oublié de quoi il s’agit vraiment ! Brighelli le rappelle dans son ouvrage Tireurs d’élites : l’élitisme républicain, loin de glorifier les élites de fortune ou de naissance, a pour objet de leur substituer d’autres élites : celles qui se fabriquent à force de talent, et surtout de travail. De telle sorte que, loin de s’opposer à l’idée d’égalité, elle permet la réalisation de cette égalité. En effet, ici, le plus humble est censé pourvoir accéder aux plus hautes fonctions à force de travail, et par le seul fait de son mérite.


Il ne s’agit ni plus ni moins que de la thématique de l’égalité des chances…

Exact. Rien à voir, évidemment, avec l’égalitarisme de nos jours, qui conduit non pas à une élévation de chacun, mais à un passage de tous à la toise, et qui, loin de plaider pour une démocratisation du savoir, glorifie sa massification, au prix d’une baisse générale du niveau. C’est d’ailleurs ce que semblent promouvoir les tenants de mon « deuxième camp », celui des « modernistes ».
Pour ces derniers, d’obédience libertaire, il faut rejeter l’élitisme sous prétexte qu’il contraint. Toute contrainte est en effet bannie au motif qu’elle entraverait la liberté, le désir, la spontanéité de l’enfant. Et même sa créativité, puisque l’élève est sommé de découvrir seul comment on « apprend à apprendre », au lieu d’être guidé pour apprendre tout court.
Ce camp des libertaires ne recule d’ailleurs pas devant la mauvaise foi : on s’attaque à la personne même de Jules Ferry, au motif qu’il était « colonialiste ». Peu importe que cela soit hors sujet. On discrédite ces petites sanctions que sont les notes ou les classements, en les présentant comme des violences d’un autre âge, auxquelles il conviendrait d’ajouter les cours magistraux, dénoncés comme « frontaux ». On va même jusqu’à jouer sur les deux sens du mot « maître », en feignant d’assimiler le maître qui enseigne et celui qui exploite….

 

Pensez vous qu’il existe aujourd’hui une solution pour réconcilier ces deux camps ?

Peut-être, à force d’arguments, pourra-t-on un jour revenir à un accord sur la notion de « culture », sur ce qu’elle peut avoir d’universel, et sur la mission faite à l’école : transmettre LA culture en faisant fi DES cultures.
Il y faudra sans doute du temps, tant l’acception sociologique du terme et l’exaltation DES cultures a pris le dessus, faisant le lit du relativisme culturel. Il est pourtant vrai qu’il existe des cultures. Lévi-Strauss nous a appris cela. Mais faut-il en conclure pour autant que tout est équivalent ? Qu’une recette de cuisine exotique vaut une pièce de Racine ? Faut il sacraliser toutes les traditions ? Faut-il sombrer dans un scepticisme niveleur qui sera bientôt nihilisme, car après tout, si « tout se vaut », rien ne vaut vraiment !
Pour ma part, j’opte plutôt vers une redécouverte de la notion d’universel, et je fais le pari qu’il existe bel est bien UNE culture, composée d’œuvres qui dépassent le temps et le lieu ou elles sont nées, et qui ont vocation à parler à tous. A cette culture, bien évidemment, chaque culture particulière peut apporter sa pierre. Picasso s’intéressant aux sculptures africaines et nous révélant ce qu’on appellera ensuite « l’art nègre » nous montre cette voie.
Mais ces œuvres de l’esprit on cela de commun qu’elles s’adressent non pas à chaque homme en tant qu’être singulier, mais à chaque homme en tant qu’il fait partie d’une seule et même « condition humaine ». C’est le contraire même de cette idée qu’il existerait DES cultures irréductibles, imperméables les unes aux autres, qui finalement n’auraient vocation qu’à s’opposer. Car à trop vouloir faire l’éloge des différences, on finit un jour par nier le fondement même de tout humanisme : cette idée que l’humanité est « une ». C’est ainsi qu’avec la meilleure conscience du monde, on prépare la barbarie.

 

Voir sur le blog de Coralie Delaume A l'école, moins d'éducation, plus d'instruction

 

Cet article est le 25ème paru sur ce blog dans la catégorie L'école.

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21 janvier 2011 5 21 /01 /janvier /2011 23:03

L’autonomie néolibérale détruit l’Ecole de la République

Le 21 décembre 2010, le président de la République a réuni les présidents d’université, dont les établissements sont passés à l’autonomie en 2009 et 2010 (voir l’article de Philippe Jacqué, Le Monde, 22 décembre : Nicolas Sarkozy face aux inquiétudes des présidents d'université).

(…) "Nous lui avons dit qu'il fallait continuer les efforts, explique Louis Vogel, le tout nouveau président de la Conférence des présidents d'université. Pour l'instant, nous sommes au milieu du gué. Il faut poursuivre l'augmentation du budget des universités, car l'autonomie a un coût ! Nous n'avons pas assez de moyens et de personnels formés pour gérer nos ressources humaines ou notre budget."

"Nous faisons face à une baisse très importante des moyens alloués par les collectivités territoriales", ajoute Albert Marouani, président de Nice. Alors que les universités ne connaissent pas encore leur dotation financière de l'Etat pour l'année 2011, elles sont de plus en plus inquiètes, car les premiers bilans budgétaires des deux premières années d'autonomie sont assez mitigés, comme le prédisaient les opposants à cette loi (…).

Plusieurs universités appliquent la "rigueur", d'autres ont dû piocher dans leur fond de roulement ou leurs réserves pour boucler leur budget, tandis que l'Etat a dû voter une rallonge d'une trentaine de millions d'euros pour combler une mauvaise prévision de l'évolution des charges des personnels des universités autonomes (…).

 

L’autonomie généralisée ?

L’autonomie de l’université (loi LRU du 10 août 2007) ne représentait que le galop d’essai : ce sont maintenant le primaire et le secondaire qui sont dans la ligne de mire ! Dans une tribune publiée sur le site Marianne2 le 16 janvier 2011, les responsables de l’association AGAUREPS-Prométhée, François Cocq et Francis Daspe ont réagi en soulignant que l’autonomie est un concept néolibéral Voici leur texte.


Education : l'autonomie se situe au coeur même de l'idéologie néolibérale

 

A l’image des médecins du Malade imaginaire de Molière préconisant la saignée pour tout remède, les Diafoirus du système éducatif crient dans un réflexe pavlovien « Autonomie ! » dès que l’on parle Ecole. L’autonomie de l’université promue par la loi LRU du 10 août 2007 ne représentait que le galop d’essai : ce sont maintenant le primaire et le secondaire qui sont dans la ligne de mire !

Le 12 janvier, Christian Nique, en charge d’une première évaluation de six mois du dispositif CLAIR (collèges et lycées pour l’innovation, l’ambition et la réussite) mis en œuvre dans 105 établissements, s’est ainsi empressé d’annoncer la généralisation de celui-ci à 249 collèges et 1725 écoles pour la prochaine rentrée.

Au programme : recrutement des enseignants « sur profil », contrat d’objectif pour l’établissement, pluridisciplinarité pour les professeurs, mutualisation des enseignants entre le primaire et le privé, latitude laissée dans la DHG (dotation horaire globale) pour aménager le temps scolaire et les enseignements eux-mêmes ! Soyons clairs justement : cette manœuvre ne vise rien moins que lancer à grande échelle l’autonomie des établissements. Avec tout ce qu’elle porte en elle comme atteintes à l’Ecole de la République.

L’autonomie signifie d’abord mise en concurrence des établissements scolaires, en parfaite cohérence avec la suppression de la carte scolaire : la liberté d’inscrire ses enfants dans l’établissement de son choix sera dès lors reconnue aux parents. Perspective totalement illusoire, car la logique de cette disposition aboutira nécessairement à une inversion radicale : ce seront in fine les établissements (une partie de ceux bénéficiant initialement d’avantages comparatifs) qui choisiront leurs élèves, tandis que les autres en seront réduits à accueillir les élèves non désirés ou pour qui il sera trop difficile de s’extraire de leur enracinement territorial ou de leur appartenance sociale. Dans le même temps, force est de constater les avantages toujours plus nombreux concédés à l’enseignement privé (à 95% confessionnel) qui se prépare à s’attaquer avec voracité à ce grand marché des établissements qui lui est offert sur un plateau.

La volonté d’octroyer des pouvoirs accrus aux chefs d’établissements vise quant à elle à les transformer en chefs d’entreprise, notamment en matière de gestion des personnels et du déroulement de leurs carrières. Tout cela au mépris des statuts comme le confirme la récente sortie de Christian Jacob. La possibilité de recruter et de mettre à pied les personnels viendrait couronner le nouvel édifice au nom du tropisme d’une gestion managériale parée de toutes les vertus.

Le renforcement de l’autonomie favorise également l’ingérence des pouvoirs locaux et des intérêts privés (élus, chefs d’entreprise et notables de tous ordres) dans le fonctionnement de l’Ecole. C’est aller à rebours d’une évolution séculaire : l’institution scolaire s’est construite par une mise à distance salutaire de toute forme de pressions d’ordre consumériste et des agissements clientélistes de féodalités locales. Mise à distance qui signifiait la prise en considération prioritaire de l’intérêt général au détriment des revendications particularistes et privées que ces intrusions induisent de fait.

Les incidences dans le domaine pédagogique ne sont pas moindres. Le but recherché est le démantèlement du cadre national qui structure jusqu’à présent notre système éducatif, et ce en dépit des entorses qui lui ont été faites au cours des dernières années : programmes et examens nationaux, modalités de recrutement des enseignants. La réussite à un concours accorde aux professeurs un statut protecteur indispensable à un exercice empreint de sérénité de leurs fonctions. C’est précisément ce statut, qui est la garantie du service public et donc de l’intérêt général, que l’on cherche à rogner méthodiquement par tous les moyens.

Se dessine un nouveau mode de gestion fondé sur la généralisation de la contractualisation, dont dépendrait l’allocation des moyens mis à disposition des établissements. Ces moyens seraient fonction de la réalisation de contrats d’objectifs déterminés de gré à gré avec les autorités hiérarchiques en contrepartie d’une obligation de résultats. Les effets pervers attendus ne sont pas très difficiles à décrypter. Le système favorisera par effet cumulatif les établissements les mieux lotis qui seront en capacité d’atteindre aisément leurs objectifs, offrant par ce biais le cadre idéal à une contractualisation à double vitesse.

Pour y remédier, la tentation sera grande aux établissements en difficulté (ou tout simplement et de manière plus prosaïque à la recherche de financements supplémentaires) de promouvoir une réussite factice au prix d’un abaissement des exigences et des ambitions. Une fois de plus la regrettable confusion entre démocratisation et massification sera opérée, les aspects comptables quantitatifs l’emportant par nécessité sur les préoccupations qualitatives de l’enseignement dispensé. L’autonomie n’est surtout pas une mesure neutre. Elle n’est pas à confondre avec la liberté pédagogique qui existe déjà et donne bien des possibilités d’action pour qui veut l’utiliser à bon escient.

L’autonomie se situe au cœur même de l’idéologie néolibérale. Elle génère de manière quasi mécanique le corollaire du libéralisme : un accroissement significatif des inégalités instaurant une « école à deux vitesses ». Dénonçons le vrai visage de l’autonomie, redoutable miroir aux alouettes à la fois moyen et finalité de l’entreprise de destruction de l’Ecole de la République. Elle n’est pas la solution, mais bien une cause et un symptôme du problème.

 

Cet article est le 24ème paru sur ce blog dans la catégorie L'école.

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30 novembre 2010 2 30 /11 /novembre /2010 23:52

Un parachutage parisien mal préparé par l’administration

 

Un groupe de 14 adolescents de Seine-Saint-Denis, arrivés en novembre dans un collège en Mayenne, dans le cadre de la rééducation scolaire, personne n’en aurait parlé dans la presse s’il n’y avait eu cette bagarre entre eux et des élèves du collège Volney, situé juste à côté (voir Chatel : l'incident de Craon «justifie» les établissements de réinsertion).

 

Jusqu’à présent, Craon (Mayenne) était une petite ville d’un grand calme (voir Bienvenue sur le site de la ville de Craon), célèbre par Le château de Craon et par l’Hippodromeet les courses de chevaux.

 

Cette ville était celle d’un ancien maire, le docteur Faligant, qui était l’assistant de ma mère à ma naissance à la maternité de l’hôpital de Craon. Il était aussi l’oncle de Marie-Louise, épouse de Robert Buron qui a été une personnalité politique, parachutée de Paris pour les élections législatives de 1945, devenue très influente en Mayenne et au niveau national.

 

Lu dans la presse

 

De la cité à la Mayenne : « Ces gosses ne sont pas méchants » (Rue89, Zineb Dryef, 30 novembre)

Plongée dans l'ERS de Craon, établissement pour élèves difficiles, où une bagarre entre collégiens a été exploitée par le FN.  

 

Etablissement de réinsertion scolaire de Craon : sortie de crise (l'étudiant, 17 novembre)

 

Après la bagarre qui avait éclaté entre les élèves de l'ERS (Établissement de réinsertion scolaire) et ceux du collège Volney de Craon (Mayenne), les enseignants avaient exercé leur droit de retrait et les parents ne souhaitaient plus y envoyer leurs enfants. Leurs revendications pour le maintien de l’ERS dans de meilleures conditions, ont été entendues. L’ambition est désormais d’en faire réellement un établissement de « réinsertion scolaire ».

 

Réinsertion scolaire : Luc Chatel corrige sa copie (Ouest-France, 23 novembre)

Pas question, pour le ministre, de fermer les nouveaux Établissements de réinsertion scolaire, les ERS. Ils accueillent des collégiens perturbateurs. Aujourd'hui, c'est l'opération dernière chance...

 

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26 septembre 2010 7 26 /09 /septembre /2010 17:41

Une école publique exigeante qui transmet des savoirs

 

A la suite de la publication du compte rendu de la table ronde sur l’école (voir Université d'été MRC à Valence : petit déjeuner thématique sur l'école - 12 septembre 2010), Véronique Blanc-Blanchard (MRC, Drôme), auteur de la première intervention, m’a adressé son texte que je publie volontiers, car il complète le résumé que j’ai fait de son intervention. J’invite celles et ceux qui le souhaitent à donner leur avis sur ce qui a été dit à Valence par les trois intervenants (photo, de gauche à droite), Véronique, Claire Mazeron et Jean-Claude Blanc.  

           Université d'été MRC 2010 027 TVéronique Blanc-Blanchard, professeur des écoles, préfère le mot « institutrice », parce qu’il signifie « instituer l’homme dans l’enfant ».

           Elle explique que pour défendre efficacement l’école, il ne suffit pas de la défendre comme institution. Il faut aussi la défendre comme concept.

          La dette de l’école à l’égard de la République est double : la 3ème république a inventé l’école comme institution, mais avant, avec Condorcet, la Révolution Française, en avait forgé le concept.

           Pour Condorcet, la finalité de l’école c’est la liberté, mais il n’y a pas de liberté possible sans instruction. Si l’école a pour fin la liberté, alors tous les individus doivent être instruits. Il s’ensuit la nécessité de créer une instruction publique qui consistera en une transmission raisonnée des savoirs. Conséquence : l’école doit être un lieu protégé des bruits du monde, où les savoirs pourront se déployer selon un ordre rationnel.

           Or, les réformes menées ces trente dernières années par des gouvernements de droite et souvent de gauche ont attaqué l’école à la fois comme institution et comme concept en détruisant ce paradigme républicain.

            Certes, la gauche a toujours défendu l’école comme institution en dénonçant la suppression des postes d’enseignants, en réclamant l’assignation des fonds publics à la seule école publique. Mais cela n’est pas suffisant.

Dans les années 80 : clivage au sein de la gauche, entre « pédagogistes » et « anti-pédagogistes », le pédagogisme désignant la position de ceux qui, tout en défendant l’école comme institution, voulaient la réformer c'est-à-dire changer de paradigme. Au paradigme républicain supposé ringard, accusé trop hâtivement d’être élitiste, on voulait substituer paradigme pédagogiste, jugé lui plus adapté à l’élève et au monde moderne. Résultat paradoxal : en refusant l’élitisme républicain du travail et du mérite personnel, on a rétabli l’élitisme de la naissance et de la fortune.

Quelques caractéristiques du pédagogisme :

 Un des moments forts de ce processus de destruction : 1989, loi Jospin, loi d’orientation sur l’éducation, création des IUFM sous l’influence des « sciences de l’éducation » :

-          Survalorisation de la didactique qui conduit à  faire passer le contenu de l’enseignement au 2ème plan. Au lieu d’apprendre, on « apprend à apprendre ».

-          Constructivisme : l’élève doit être acteur de ses propres apprentissages, ce qui le condamne à errer, et l’invite à…deviner !

-          Décomposition des apprentissages en micro-objectifs portant largement sur des « savoir-faire », des « savoir-être ». Rationalisme instrumentaliste aux antipodes de la raison humaniste. Conséquence : rupture de la chaîne des savoirs constitutive de l’humanité.

-          Ouverture de l’école aux parents, aux marchands…

Donc, trois renversements opérés par le « pédagogisme » :

-          La finalité de l’école n’est plus la liberté (qui suppose maîtrise des savoirs et usage critique de la raison) mais l’entretien de la spontanéité de l’enfant et l’adaptation au monde social.

-          Son objet est moins l’instruction que la transmission de valeurs, l’acquisition de « savoir-être ».

-          Son lieu naturel n’est plus la classe, mais tout ce qui existe « hors les murs ».

La droite néolibérale s’est engouffrée dans la brèche : elle a compris que pour affaiblir l’école, il ne suffisait pas de l’attaquer comme institution en supprimant des postes…il fallait aussi l’attaquer comme concept, dans le but de liquider le paradigme républicain. Ex : alliance Darcos/Meirieu (chef de file des « pédagogistes ») pour justifier la suppression du redoublement.

 

Conclusion : pour être défendue efficacement, l’école publique doit être défendue comme institution et comme concept. La gauche doit aujourd’hui clarifier le modèle qu’elle veut défendre pour l’école publique et rompre avec l’idéologie pédagogiste. La revendication des moyens restera stérile si l’on poursuit la destruction du paradigme républicain des Lumières. Il faut donc revenir à celui-ci, c'est-à-dire à l’idéal d’une instruction forte dévolue à la transmission de savoirs exigeants et à une école sourde aux pressions venant de la société civile.

Bref, pour combattre le néolibéralisme, il faut se ranger derrière Condorcet.

 

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5 juin 2010 6 05 /06 /juin /2010 22:44

 

Des réductions budgétaires systématiques et intempestives

 

Comme il en a l’habitude, notre collègue Michel Vignal, secrétaire national MRC à l’Education, est intervenu le 2 juin à propos des mesures prises par le gouvernement pour faire des économies budgétaires dans les écoles. Son texte a été mis en ligne sur le site du MRC le lendemain. 

 

 

Ecole : une recherche contre-productive d'économies aux dépens des élèves

 

Le redressement de l’Ecole ne se réduit pas à une question de moyens. Le MRC pense qu’il faut allier à la priorité budgétaire une claire orientation pour faire le pari de la qualité sur l’ensemble des établissements scolaires et mettre l’accent sur l’exigence, le travail et la solidité des connaissances transmises et acquises par les élèves.

Mais les actes gouvernementaux répétés, pour faire des économies budgétaires à n’importe quelles conditions et réduire systématiquement le nombre de fonctionnaires, sont aujourd’hui dangereux pour l’avenir de l’Ecole publique.

Après avoir supprimé plus de 40 000 postes ces trois dernières années, le Ministre Luc Châtel, dans un courrier aux recteurs envisage « 13 leviers » pour supprimer des postes : 16 000 postes environ sont visés.

Les académies sont chargées d’augmenter la taille des classes. Dans les collèges et les lycées en prévoyant une moyenne de 30 élèves par classe, alors même que les réformes ministérielles préconisent l’individualisation de l’enseignement.

Dans l’enseignement primaire, il est recommandé d’élever d’un élève en moyenne la taille des classes, de supprimer d’avantage de postes d’instituteurs spécialisés et psychologues scolaires dans les RASED qui sont pourtant chargés de soutenir les élèves en grande difficulté, et enfin de se passer des assistants étrangers de langues.

L‘ensemble de l’école primaire va encore plus se dégrader après la réforme Darcos qui a supprimé le samedi matin et réduit le nombre d’heures enseignées.

L’école maternelle est tout particulièrement visée puisque le ministre envisage d’accélérer sa politique de réduction drastique de la scolarisation des moins de trois ans, passée de 35% en 2000 à 15% aujourd’hui. Nous savons pourtant que cette scolarisation à deux ans est bénéfique, en particulier pour les enfants de milieux défavorisés.

Avec de telles intentions, le malaise de l’Ecole publique ne pourra que s’accentuer. L’intérêt des élèves est complètement bafoué. Le MRC agira pour que soit développé et concilié les efforts en faveur de la quantité et de la qualité dans l’esprit de Paul Langevin qui affirmait : « l’Ecole doit assurer la promotion de tous et la sélection démocratique des meilleurs ».

 

Lu dans la presse :

L'assouplissement de la carte scolaire a déstabilisé le paysage éducatif (Le Monde, 7 mai)

 

La Cour des comptes dénonce le système scolaire français (Le Monde, 12 mai 2010)

 

Le ministre de l'éducation dévoile sa réforme des rythmes scolaires (Le Monde, 25 mai)

Rythmes scolaires : quand l'Allemagne vante le modèle français (Le Monde, 25 mai)

 

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12 décembre 2009 6 12 /12 /décembre /2009 23:05

 

Une rupture de plus, dans le sens de la régression

 

Le projet du ministre de l’éducation nationale de faire disparaître l’histoire et la géographie des programmes de terminale scientifique a suscité de nombreuses protestations.

 

Voici la position du Mouvement Républicain et Citoyen (MRC), sur proposition de Michel Vignal, mon collègue, professeur agrégé, secrétaire national MRC à l’éducation, qui avait pris position, en octobre, sur la réforme des lycées (voir Réforme des lycées : Michel Vignal (MRC) y voit surtout du négatif - 16 octobre). 


Pour le maintien de l'histoire-géographie en terminale scientifique

 

L’histoire et la géographie sont constitutives d’une culture générale dont la maîtrise est un des objectifs de l’école républicaine.

 

La suppression de l’enseignement de l’histoire-géographie en terminale scientifique, orientation qui concerne plus de la moitié des lycéens de la filière générale, montre combien Luc Chatel renonce, dans sa réforme du lycée, à faire de la formation du citoyen une priorité, en particulier pour ceux des élèves qui se destinent à devenir scientifiques ou techniciens, ingénieurs, cadres issus des écoles de commerce et de gestion ou cadres administratifs…

La présence de l’histoire-géographie sous forme optionnelle est trompeuse et démagogique car, en réalité, avec la spécialisation renforcée en mathématique et en sciences, bien peu d’élèves choisiront d’alourdir leur temps d’études.

L’incohérence de cette décision est profonde alors qu’un débat sur l’identité nationale est lancé par le président de la République. Comment comprendre ce qu’est être citoyen français dans le monde d’aujourd’hui, si tous les lycéens ne sont pas en mesure de se forger un jugement à partir de savoirs historiques solides sur leur peuple et les autres peuples et d’une réflexion critique sur la période récente ? Participer à une construction collective et se projeter dans le futur autour d’un destin commun exigent une bonne connaissance du passé.

Etre citoyen français, c’est aussi comprendre les données de la mondialisation, les caractéristiques et les facteurs de la vie et des crises économiques et sociales, la géopolitique avec les rapports de force entre les nations, les interrelations aussi entre les groupes humains et leurs milieux. Ces connaissances sur le monde contemporain sont l’objet de la géographie.

L’histoire et la géographie sont constitutives d’une culture générale dont la maîtrise est un des objectifs de l’école républicaine. Cet acte de rupture avec les humanités et les valeurs républicaines, décidée par le ministre, est inadmissible puisque qu’il éloigne le lycée de la nécessaire formation d’esprits libres et éclairés. Le ministre Luc Chatel s’enferme, sous prétexte de rééquilibrage des filières, dans une vision utilitariste de l’enseignement.

C’est pourquoi le Mouvement Républicain et Citoyen soutient les nombreuses protestations qui s’expriment pour demander le retour à un enseignement obligatoire d’histoire-géographie en terminale scientifique.

 

Revue de presse

 

Exclusif: Chatel veut supprimer l'histoire-géo en terminale S (Marianne, 23 novembre),

Des historiens contre la suppression de leur discipline en terminale S (Le Monde, 5 décembre),

Appel des économistes : «Le lycée forme des citoyens» (Marianne, 9 décembre),

Suppression de l'histoire : les Français disent « non » (l’Humanité, 11 décembre)

 

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16 octobre 2009 5 16 /10 /octobre /2009 22:57

 

Pas de quoi redresser la barre, les moyens manqueront

 

MRC-national-Michel-Vignal-T.jpgLe spécialiste des questions scolaires au MRC était sur la brèche avec la réforme du lycée, la loi Carle et la « cagnotte » contre l’absentéisme. Michel Vignal, professeur agrégé, secrétaire national à l’éducation, a vu son texte sur le lycée, amendé, mais peu modifié par le secrétariat national, mercredi (photo).

La réforme des lycées a été présentée le 13 octobre à l’Elysée par le président de la République. La fronde lycéenne, l’hiver dernier, avait contraint le président à retirer le projet Darcos. Ce qui revient avec Chatel, l’actuel ministre de l’éducation nationale, c’est un projet plus modeste.

 

En résumé : sauver les littéraires, rénover les séries industrielles et technologiques, réduire les redoublements, éviter l’orientation couperet.

 

Voici ce qu’en pense le MRC (site, 15 octobre) :

 

Lycée : une réforme prudente, mais insuffisante

Le Mouvement Républicain et Citoyen juge très superficielles et à certains égards pernicieuses les propositions de réforme du lycée, proposées par Nicolas Sarkozy.

 

Le MRC, dont le président Jean-Pierre Chevènement a initié, comme Ministre, la démocratisation de l’accès au baccalauréat en 1985, est favorable depuis longtemps au maintien et au rééquilibrage des voies générales, technologiques et professionnelles. La revalorisation de la filière littéraire du bac général et le renforcement de l’enseignement des langues vont dans le bon sens, encore faudrait-il ne pas abandonner l’enseignement des langues anciennes (latin et grec) et donner les moyens réels pour le développement de cette orientation. Il serait également absurde de vouloir promouvoir la filière littéraire aux dépens de la filière scientifique. Il faut aussi encourager les vocations scientifiques insuffisamment nombreuses.

Si la revalorisation et la modernisation de la filière science et technologie industrielle envisagée est très souhaitable, on peut s’étonner que les problèmes de la voie professionnelle d’accès au baccalauréat, qui fut une création décisive de J.P. Chevènement en 1985, ne soient que très rapidement évoqués alors que les insuffisances sont aujourd’hui manifestes au niveau de l’orientation, du suivi des études, des sorties sans qualification et des moyens donnés aux établissements.

La question générale de l’orientation des lycéens est certes abordée, mais les moyens financiers et humains pour l’assurer ne sont pas envisagés. Le temps de l’orientation semble être pris en partie sur le temps scolaire qui a pourtant déjà diminué. Par ailleurs l’orientation est traitée sans référence au niveau des connaissances acquises par les élèves. A aucun moment n’est abordé concrètement l’objectif essentiel pour le MRC d’une revalorisation des niveaux d’exigence au baccalauréat et donc pendant les années d’études qui le précèdent.

Le dispositif dit « d’accompagnement personnalisé » de deux heures par semaine pour tous les lycéens, prépare en fait, comme pour l’école primaire, une régression puisque les moyens humains nécessaires ne sont pas prévus. Alors qu’existe déjà une aide individualisée pour les élèves en difficulté, ce dispositif devra fonctionner avec un nombre de professeurs qui se réduit d’année en année. C'est à une réduction, non affichée, des horaires des enseignements des différents savoirs disciplinaires à laquelle vont être soumis les établissements pour mettre en place ce dispositif. Déjà les services du Ministre préparent cette opération. C’est bien, d’une manière insidieuse et progressive, le « lycée light » qui se met en place. Il soulèvera des résistances légitimes.

On le voit, la suppression massive des postes de professeurs ne favorisera pas l’application de cet ensemble de mesures. En outre, en amont, l’absence de réforme du collège dont les difficultés s’accroissent, et la régression organisée à l’école primaire avec la suppression du samedi matin et la réduction des horaires enseignés, contribueront à rendre impossible le redressement de l’école républicaine que le MRC appelle de ses vœux. Les conditions d’étude des élèves et de travail des professeurs vont continuer à se détériorer.

Enfin, les difficiles questions de l’amélioration des résultats scolaires des enfants des milieux populaires et des inégalités croissantes dans la qualité des lycées ne sont pas réellement traitées. Il est vrai que la logique de l’autonomie des établissements, et donc celle de la concurrence, de la primauté de l’individu-consommateur et du marché scolaire marquent les choix de Nicolas Sarkozy. Les lycées ghettos continueront d’exister, d’autant que les mesures prises de suppression de la carte scolaire y contribuent largement malgré les promesses.

Un projet ambitieux serait nécessaire pour permettre à tous les lycéens quelles que soient leurs origines sociales ou géographiques d’élever leur niveau de connaissances, de maîtriser des acquis solides et ainsi d’aller jusqu’au bout de leur possibilités. Un effort impérieux pour la qualité des études est un objectif essentiel pour réussir la démocratisation du lycée. Il faut allier effort quantitatif et exigence de qualité.

Le MRC agira pour que le lycée retrouve partout qualité et exigence afin de préparer un baccalauréat qui doit rester un examen national anonyme d’un niveau suffisamment exigeant. Toutes les disciplines scolaires actuellement enseignées doivent y garder leur place car elles sont constitutives de cette culture générale qui doit être commune à tous les élèves afin de leur offrir les meilleures chances de réussite à l’université ou dans la vie professionnelle et les bases formatrices de la citoyenneté.

 

Voir aussi, sur le site du MRC :


La loi Carle affaiblit l'école élémentaire publique et laïque
  

 

La proposition de loi Carle, votée au Sénat puis à l’Assemblée nationale, prétend garantir la parité de financement entre les écoles élémentaires publiques et privées sous contrat d’association, lorsqu’elles accueillent des élèves scolarisés hors de la commune de résidence (…).

 

"Cagnotte" contre absentéisme : un remède pire que le mal

 
Au delà des objectifs louables affichés, échanger assiduité aux cours contre récompense sonnante et trébuchante est un renoncement aux ambitions de l'Ecole républicaine (…).

La rentrée scolaire n’est pas si loin. Voir : Rentrée scolaire : profil bas généralisé, malaise, l'Etat laisse faire -  3 septembre 2009.

 

Cet article est le 19ème paru sur ce blog dans la catégorie L'école.

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3 septembre 2009 4 03 /09 /septembre /2009 23:50

En attendant une profonde réorientation de l’école …

 

Peu d’articles de presse cette année pour la rentrée scolaire. Cet article paru le 2 septembre sur le site du quotidien Le Monde est significatif des difficultés des syndicats (voir Des enseignants en quête de nouveaux modes d'action, par Luc Cédelle).

 

Pas beaucoup à dire, sinon que le malaise persiste. C’est la position de Michel Vignal, qui aurait pu reprendre ses écrits d’il y a un an (voir MRC et rentrée scolaire 2008 : l'école républicaine encore affaiblie - 4 septembre 2008).

 

Voici le communiqué qu’il a proposé au MRC à l’occasion de cette rentrée.

 

Rentrée 2009 : le malaise de l’Ecole rend nécessaire une profonde réorientation

 

Tout redressement de l’Ecole ne se réduit pas à une question de moyens. Mais les suppressions répétées de postes sous le gouvernement Fillon, 11 200 en 2008, 13 500 en 2009 et 16 000 pour 2010 empêchent toute politique sérieuse d’amélioration du système éducatif. A cette rentrée la baisse de l’effort public se traduira par une élévation du nombre d’élèves dans de trop nombreuses classes, l’insuffisance des moyens pour mettre en place partout le soutien ou l’accompagnement des élèves et les options, avec en outre des difficultés pour assurer les remplacements de professeurs.

L’ambition pour l’Ecole doit, pour le Mouvement Républicain et Citoyen, allier la priorité budgétaire à une claire orientation pour faire le pari de la qualité sur l’ensemble des établissements et mettre l’accent sur l’exigence, le travail et la solidité des connaissances transmises et acquises par élèves.

Les réformes Darcos sur la suppression du samedi matin à l’école primaire, sur la formation des enseignants, les ambiguïtés sur la réforme future du lycée et la marche irréfléchie vers la suppression totale de la carte scolaire, contribuent toujours à l’affaiblissement de l’Ecole.

Cette rentrée 2009 n’est pas marquée par l’implication forte de l’Etat qui serait nécessaire pour vaincre les tropismes libéraux qui favorisent l’installation d’une école à plusieurs vitesses.

Le malaise de l’Ecole ne sera surmonté que grâce à une profonde réorientation de la politique actuelle. Le MRC agira pour que soient développés et conciliés les efforts en faveur de la quantité et de la qualité dans l’esprit de Paul Langevin qui affirmait à la Libération : « l’Ecole doit assurer la promotion de tous et la sélection démocratique des meilleurs ».

 

Cet article est le 18ème paru sur ce blog dans la catégorie L'école.

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8 février 2009 7 08 /02 /février /2009 16:04

Liberté de recherche, besoin d’indépendance réelle

 

Le 5 février, une partie des étudiants et des professeurs universitaires était dans les rues de France.

La coordination des universités, les syndicats FSU, CGT, CFDT, FO, Solidaires, les mouvements Sauvons l'université et Sauvons la recherche, ainsi que les étudiants de l'Unef, incitaient les personnels de l'enseignement supérieur à tenir des assemblées générales et à défiler.

 

Dans l’ouest, Rennes I et II, Nantes, Angers et Le Mans étaient en grève (source : Ouest-France).

 

Etudiants et professeurs de l’IUT de Laval dans le mouvement

 

A Laval, ils étaient une centaine dans la rue, derrière le slogan « IUT en danger, étudiants mobilisés ». Les étudiants et les enseignants de l'IUT (voir accueil [IUT de LAVAL]) ont manifesté contre la réforme des universités, craignant que la recherche ne soit dévaluée et contestant les réductions de budget. Une trentaine de professeurs les accompagnaient.

 

La loi LRU (liberté et responsabilité des universités) redéfinit le financement des IUT (voir Institut universitaire de technologie - Wikipédia). La responsabilité est transférée de l’Etat vers les présidents d’université, en l’occurrence, de l’université du Maine, au Mans. Des postes administratifs (Iatos) vont disparaître au cours des prochaines années.

 

Les raisons de la colère au niveau national

Les protestataires demandent le retrait du projet de décret qui modifie le statut des enseignants-chercheurs. Ils veulent aussi le retrait de la réforme sur la formation des maîtres. Et, enfin, « l'arrêt du démantèlement des organismes de recherche ».

 

Le professeur Dominique Rousseau (université Montpellier I, membre de l'Institut universitaire de France) avait publié, dans Le Monde daté du 28 janvier, son point de vue.


Les universitaires dénoncent une dérive bureaucratique, par Dominique Rousseau

 

La fronde des professeurs peut surprendre. Parce qu'elle est rare. Parce qu'elle est partagée. Parce qu'elle est moderne. Il faut sans doute que la situation universitaire soit grave pour que des universitaires, plus habitués aux voies feutrées des réseaux personnels qu'à celles, bruyantes, des manifestations collectives, dépassent leurs différences politiques, syndicales et disciplinaires pour décliner au temps présent "une certaine idée de l'université". De quoi s'agit-il ? En apparence, d'une simple réforme de leur statut. En réalité, du destin européen et international de l'université française.

 

Depuis vingt ans au moins, de rapport en rapport, les causes du malaise universitaire sont connues : uniformité des structures, pauvreté des moyens, asphyxie de la recherche et absence de sélection. Et pour y remédier, un maître mot : l'autonomie. Revendiquée et proclamée en 1968, approchée par la réforme de 1984, consacrée par la loi d'août 2007, l'autonomie des universités fait, dans son principe, consensus. Le désaccord et donc la fronde portent sur la forme de l'autonomie. Car il en est deux possibles, la forme bureaucratique et la forme universitaire.

 

En donnant aux présidents d'université et à leur conseil d'administration les pouvoirs de recruter les enseignants-chercheurs, de définir leur service, d'évaluer leurs travaux et de rémunérer en primes leurs différents services, la loi Pécresse consolide le pouvoir corporatiste, renforce le localisme et décourage la recherche. Bref, condamne les universités à un lent mais inexorable déclin. Inutile pour l'enrayer de jeter le bébé avec l'eau du bain ! Il faut garder l'autonomie, mais en la conciliant avec l'indépendance des enseignants-chercheurs pour lui donner sa véritable dimension universitaire. A l'autonomie contre l'indépendance des universitaires s'oppose l'autonomie par l'indépendance des universitaires.

 

L'évaluation des individus et des équipes de recherche, la modulation des services entre enseignement, recherche et administration, l'adaptation de la rémunération selon les talents ne sont des chances, pour les universités françaises, dans la compétition européenne et internationale que si elles sont décidées par des instances scientifiquement légitimes, c'est-à-dire, assurant, selon les exigences constitutionnelles rappelées en 1984, une "représentation propre et authentique" des enseignants-chercheurs.


LA LIBERTÉ DE LA RECHERCHE


Le recrutement, la promotion et l'évaluation des universitaires sont, en effet, des décisions scientifiques en ce qu'elles engagent la liberté et la qualité de la recherche. Elles ne peuvent donc être prises par des administrateurs, fussent-ils universitaires, mais par une instance où siègent des universitaires, français et étrangers, reconnus pour leurs compétences scientifiques. En garantissant ainsi l'indépendance des universitaires, serait garantie l'autonomie des universités à l'égard de tous les pouvoirs, politique, économique, administratif et syndical. Pour le plus grand profit des étudiants qui demandent pour leur formation professionnelle des enseignants-chercheurs qualifiés et responsables, dans des universités réputées et dynamiques.


Pour le plus grand profit aussi du citoyen. Quand, en 1984, le doyen Georges Vedel, alors membre du Conseil constitutionnel, fait consacrer la valeur constitutionnelle du principe d'indépendance des professeurs d'université, quand il fait sanctionner, par la décision du 20 janvier 1984, les règles d'organisation de l'université qui y portent atteinte, il fonde son raisonnement sur une liberté, "la liberté du citoyen", qui, dit-il, est toujours "première". Vingt-cinq ans après, cette exigence de liberté n'a pas changé.


Sur le blog de Sylvestre Huet, hébergé par Libération, on trouve, le 7 février, cet article intéressant.


Le président de Paris-5 lâche Sarkozy et Pécresse


Le front des Présidents d'Universités craque : après l'appel de plusieurs d'entre eux à une réunion lundi à la Sorbonne, c'est Axel Kahn, le président de Paris-5 Descartes qui abandonne en rase campagne Nicolas Sarkozy et Valérie Pécresse.


Alors même que le Président de la République s'était réclamé de son soutien lors de son émission télévisée jeudi - en insistant sur son positionnement à gauche - Axel Kahn vient de déclarer : "M. le président de la République, vous n'arriverez pas à faire passer ce décret (...).


Cette volte-face d'Axel Kahn sera diversement appréciée. Il avait en effet récemment réaffirmé, avec trois autres Présidents dans
une tribune soutenant cette réforme. Mais nul ne peut se tromper sur sa cause : comme de nombreux Présidents d'Universités, au contact de leurs collègues et électeurs, il ne peut que constater l'énorme colère de ces derniers. A moins de décider de se couper de leur base électorale mais aussi de leurs collègues avec lesquels ils doivent travailler, il leur devient de plus en plus difficile de suivre Valérie Pécresse.


La nouvelle position d'Axel Kahn reflète une réalité désagréable pour Nicolas Sarkozy et sa ministre : le refus de la communauté universitaire de se voir imposer un nouveau statut analysé par beaucoup comme atteignant la dignité de leur métier, est clairement majoritaire, toutes opinions politiques confondues.

En outre, Nicolas Sarkozy et son gouvernement ont commis l'erreur tactique de provoquer un front commun d'actions en cumulant plusieurs raisons de colère du milieu universitaire et scientifique.

A la réforme du statut s'ajoute en effet celle de la formation des enseignants et de leur recrutement. Réforme baptisée mastérisation, mais dont le refus n'est pas celui d'une hausse du diplôme exigé pour être enseignant, mais la manière dont elle est conduite.


Pour les professeurs des écoles, c'est la diminution de la formation pédagogique et la disparition de l'année de stage payée qui est au coeur de la colère des IUFM et explique pourquoi ils se mettent en grève. Pour les enseignants du secondaire, c'est presque l'inverse : les contestataires visent l'affaiblissement des contenus disciplinaires, la possiblité d'être recruté comme professeur de langue vivante sans examen oral, le risque de voir les reçus au master/recalés aux concours gonfler les rangs des futurs vacataires.


Surtout, les choix budgétaires encadrent et déterminent complètement le sens réel des réformes. Avec moins d'enseignants-chercheurs, il est évident que la charge de cours de la majorité ne peut qu'augmenter. Avec le démantèlement des Organismes de Recherche et leur transformation en Agence de Moyens, la précarisation des jeunes chercheurs, c'est la structuration de la recherche qui vacille.


L'addition de ces différentes décisions par le gouvernement se paye aujourd'hui par un mouvement social inédit, de très grande puissance, et dont les participants sont loin de se limiter à la gauche universitaire
.

L'irruption possible des étudiants, déjà perceptible dans les manifestations de jeudi dernier, pourrait mettre en difficulté politique Valérie Pécresse et même le Président de la République. Or, ces étudiants ont bien des raisons d'entrer en action :  les problèmes de formations, de bourses, de qualité d'accueil dans les Universités, d'orientation scolaire, de réussite... sont tout aussi énormes qu'il y a un an, deux ans, trois ans.


Voici des extraits des déclarations d'Axel Kahn
sur Europe-1, d'après Reuters.


"Depuis plus d'un an j'étais favorable à une modification du décret fixant le service des enseignants chercheurs. Aujourd'hui l'affaire est emmanchée de telle sorte qu'elle n'aboutira pas. Puisque le président de la République a fait l'honneur d'accorder quelque poids à mon avis, il s'est réclamé de moi, qu'il m'écoute : M. le président de la République, vous n'arriverez pas à faire passer ce décret aujourd'hui et par conséquent il faut reprendre le dialogue, voir comment on évalue le métier des enseignants chercheurs, comment on valorise toutes leurs activités."

Il a également regretté les propos "blessants" sur les chercheurs et la réalité de leur engagement tenus par Nicolas Sarkozy. "Tout cela fait qu'aujourd'hui la communauté est à ce point remontée contre ce qui se fait que la seule possibilité de reprendre un dialogue et de discuter d'une évolution du métier des chercheurs, c'est de retirer ce texte, même si personne ne peut désirer revenir au statu quo antérieur".


Lire aussi, sur le site de L’Humanité, le 22 janvier, l’article intitulé
Universités sous haute tension.

 

Cet article est le 17ème paru sur ce blog dans la catégorie L'école.

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