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  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine autour des idées de Jean-Pierre Chevènement. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens après les élections de 2002.
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26 avril 2008 6 26 /04 /avril /2008 19:05

Brouiller les cartes pour maîtriser le jeu politique

 

Au-delà du changement de style, l’essentiel du message diffusé par le président de la République lors de sa confrontation avec les cinq journalistes à l’Elysée, le 24 avril, est « Adaptez-vous au monde dans lequel vous vivez, travaillez plus en acceptant les conditions qui vous sont proposées ; il n’y a pas d’alternative à la mondialisation et à la logique libérale ».

 

Même s’il n’y avait pas ce « quadruple choc » économique (la hausse des prix du pétrole et des matières premières, la crise financière, la hausse de l’euro et la baisse du dollar), nous devrions faire des réformes et des changements. Si la France doit s’adapter, ce n’est pas en raison de la crise internationale.

 

Le président s’est arrêté là ; il s’est bien gardé d’indiquer pourquoi notre pays doit s’adapter. Mais c’était sous-entendu : il doit prendre sa place dans le dispositif néolibéral, afin de jouer la partition préparée par les maîtres anglo-saxons de la mondialisation.

 

Nicolas Sarkozy est à ce poste pour « moderniser » la France, ce qui signifie désarmer ce qui reste de social et républicain, de gaulliste et souverainiste, de volontariste et révolutionnaire, dans ce vieux pays de tradition démocratique où le politique s’impose à l’économie et à la finance.

 

Pendant sa campagne électorale, qui a commencé dès 2002, il a fait des discours et des promesses qui n’avaient qu’un seul but : la conquête du pouvoir.

Le but était, d’abord, de paralyser la composante chiraquienne de la droite, qui résistait à cette offensive libérale et proaméricaine. Il s’agissait, ensuite, de déstabiliser la gauche en occupant le terrain abandonné par elle (le monde du travail), brouillant ainsi les cartes politiques traditionnelles.

 

Ayant accédé au pouvoir, le but est de soumettre le système social (issu du programme du Conseil National de la Résistance, à la Libération) et institutionnel républicain (mis en place par le général de Gaulle en 1958) à des réformes tous azimuts de manière à le rendre compatible dans la durée avec les impératifs néolibéraux.

 

Le président n’exprime pas de vision économique cohérente ? Il ne répond pas au premier ministre, son « collaborateur », qui lui demande de fixer le cap ? Il ne veut pas avouer son échec sur la revalorisation du pouvoir d’achat, bien que ce soit la vraie raison de sa baisse dans les sondages ? Quoi de plus normal ! Il sait que ses réformes libérales sont impopulaires. Avec le temps, les gens s’adapteront… et en redemanderont ! Lui, au moins, sait où il va. Il fait le travail pour les hyper privilégiés, en espérant être payé, en nature, pour ses heures supplémentaires.

 

Merci, Monsieur le président, de vous tuer à la tâche pour mettre à mort ce qui fait l’honneur de la France : le « modèle » hérité des Lumières et de la Résistance. Continuez sur cette voie et le peuple français, qui est plus perspicace et lucide que vous ne le pensez, ne tardera pas à vous accorder le repos que vous aurez bien mérité.

 

Lire sur le blog de Jean-Pierre Chevènement www.chevenement.fr son commentaire après la prestation télévisée du président de la République :

Nicolas Sarkozy : le renoncement face à la mondialisation libérale

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16 mars 2008 7 16 /03 /mars /2008 17:08

La droite, dos au mur, est prête pour le grand saut

 

La réforme du Livret A fait partie du "plan choc que va engager Nicolas Sarkozy" dès les prochains jours, selon Laurent Mauduit et Gérard Desportes (MEDIAPART), journalistes, auteurs d’une enquête concernant les mesures que prépare le gouvernement pour l’après-municipales.

 

Tel est le message transmis ce jour par Loïc Daguzan, coordonnateur du Collectif « Pas touche au Livret A ! » (www.pastoucheaulivreta.net - articles parus sur ce blog les 17, 19 et 29 février 2008).

 

Voici l’essentiel du texte de Laurent Mauduit, daté du 16 mars, à lire, en entier, sur http://www.mediapart.fr.

 

« Le plan choc que va engager Nicolas Sarkozy »

« Même si le gouvernement a nié qu'un plan de rigueur était prêt pour entrer en vigueur sitôt le scrutin achevé, une cascade de réformes vont être engagées, dès les prochains jours, plus amples encore que ne le soupçonnait la gauche. Réforme de l'Etat, refonte des impôts, réformes du marché du travail et des retraites: Nicolas Sarkozy a choisi de forcer l'allure. Mediapart a mené l'enquête.

Tout au long de la campagne des élections municipales, la gauche a fait grief au gouvernement de tenir secret un plan de rigueur, prêt à entrer en application sitôt le scrutin passé. Ce dont le gouvernement s'est défendu, assurant qu'on lui faisait un mauvais procès.

Pourtant, le plan existe, massif, coordonné, auquel travaillent l'Elysée et le gouvernement depuis de longues semaines et qui va entrer en oeuvre dès les prochains jours. Un plan englobant des réformes peu ou pas du tout évoquées durant le débat électoral de ces dernières semaines.

Pourtant, François Fillon et nombre de ses ministres n'ont pas tort de se récrier et jouer avec le mot. Parce que ce qui se prépare n'est pas un plan de « rigueur » à l'identique de celui mis en oeuvre par les socialistes lors du virage des années 1982-1983 par exemple. Il s'agit plutôt d'un plan de réformes «structurelles» - comme disent les experts -, c'est-à-dire d'un ensemble de mesures transformant en profondeur l'architecture même de l'administration ou certaines règles de la protection sociale. Et il n'y a pas que les services publics ou le train de vie de l'Etat qui seront touchés. De la réforme du régime général des retraites, avec le passage aux 41 ans d'activité, jusqu'à une possible suppression pure et simple de l'impôt de solidarité sur la fortune (ISF) [3], l'augmentation de certaines taxes, en passant par la remise en cause de nombreuses aides sociales, la «banalisation» du Livret A ou encore la privatisation partielle, dans les tous prochains mois, d'Areva, le champion du nucléaire français, le plan de travail du gouvernement va être musclé.

Certes, d'autres mesures sont dans les tuyaux et viendront compenser l'âpreté de ce qui précède, en matière de pouvoir d'achat (le SMIC, l'intéressement), de redéploiement de certains crédits (les 500 millions d'euros du plan banlieue par exemple), d'aide aux entreprises et de droits nouveaux pour certains salariés parmi les plus précaires. N'empêche, si le gouvernement va au bout de ses intentions, la France va connaître un des bouleversements les plus radicaux de son histoire.

Avant d'en dresser l'inventaire, encore convient-il de garder à l'esprit trois éléments de contexte.

- Un : la conjoncture économique s'avère plus dégradée que ne le pensait le gouvernement à l'automne dernier (…). Or, dans l'intervalle, sous le coup notamment de l'entrée en récession des Etats-Unis, la conjoncture mondiale s'est fortement assombrie. Et la conjoncture française en a été affectée. En bref, avec un baril à plus de 110 dollars, un euro qui a grimpé jusqu'à 1,55 dollar et une croissance française qui ne devrait guère dépasser 1,5%, les finances publiques vont en faire lourdement les frais.

- Deux : la dette publique hante les esprits, notamment celui de Nicolas Sarkozy qui ne rate jamais une occasion de pointer les 1.100 milliards d'euros que le budget se traîne, et il n'est pas étonnant que Michel Pébereau, le président du conseil d'administration de BNP Paribas, l'auteur d'un rapport véhément [6] sur le sujet ait été impliqué dans ce qui se mijote.

- Trois : nos partenaires européens commencent à perdre patience et exigent que la France se remette dans une conformité budgétaire compatible avec les traités et l'esprit dans lequel les 27 sont tombés d'accord pour maintenir la croissance sur le vieux continent.

Du coup, la gauche a tort d'estimer à 20 milliards d'euros le plan en question . En fait, c'est un ensemble beaucoup plus vaste, dans son ampleur et sa durée, qui est en gestation et qui va très au-delà du seul volet des finances publiques. En voici les grandes lignes :

• La Révision Générale des Politiques Publiques.

Lancée le 10 juillet 2007, par Nicolas Sarkozy, cette « RGPP » fait peu parler d'elle (…). Qui en a entendu parler ? Le secret ne doit rien au hasard : désireux de réfléchir « sans tabou » à des réformes potentiellement explosives et de les mettre en œuvre de manière coordonnée, ses promoteurs ont organisé les choses de telle sorte que rien ne filtre. Une à deux fois par semaine, un tout petit comité se réunit et pilote une cohorte d'auditeurs issus de la haute fonction publique mais aussi de cabinets privés ainsi que les services de Bercy, et passe au crible les budgets et les structures des trois fonctions publiques mais aussi les comptes sociaux.

Présidé par Claude Guéant, secrétaire général de L'Elysée, et Jean-Paul Faugère, directeur du cabinet du premier ministre, ce comité de suivi comprend notamment, le ministre du budget, Eric Woerth, le rapporteur général du budget à l'Assemblée nationale, Gilles Carrez, et son homologue du Sénat, Philippe Marini, le receveur général des Finances, Philippe Parini, et donc Michel Pébereau. Eric Besson, le secrétaire d'Etat en charge de l'évaluation des politiques publiques, est souvent de la partie.

L'objectif financier de l'exercice est clairement fixé. La France n'honorant pas son engagement européen d'amener ses finances publiques à l'équilibre en 2010, elle doit y parvenir au plus tard en 2012 . Comme un simple plan d'austérité, fut-il de 20 milliards d'euros, n'y suffira pas, la « RGPP » constitue le moyen d'atteindre l'objectif. Le non remplacement d'un départ à la retraite sur deux, des mesures d'économies ici ou là permettent de crédibiliser la promesse française. D'après les experts- Nicolas Sarkozy lui-même, à l'occasion du lancement de la démarche, a suggéré un objectif de 150 milliards d'euros.

 Mais ce n'est pas tout. Toutes les missions et fonctions de l'Etat, parfois même les valeurs, sont une à une passées en revue, en présence ou pas du ministre concerné. Les résultats des élections municipales ne changeront rien. Au contraire. « Pas de pause », a dit François Fillon. Le « reformatage global de la machine publique », selon l'expression de Philippe Marini à Mediapart, est en marche. Gilles Carrez est encore plus direct quand il prétend « porter le fer sur toutes les interventions publiques et notamment sur toutes les aides sociales ».

Le terme « rigueur » retrouve là une vigueur toute « barriste », du nom de l'ancien premier ministre. Ne faut-il pas envisager une mise sous conditions de ressources des allocations familiales ? Ou supprimer la demi part supplémentaire pour l'impôt sur le revenu accordé à un parent ayant élevé seul son enfant ? Peut-on convier les assurés sociaux à participer davantage au financement de leur propre couverture maladie ? Comment procéder à une remise à plat des aides au logement ? Voici, à titre d'exemples, quelques réflexions qui ont récemment été explorées par le comité de l'Elysée (…).

* La revue générale des prélèvements obligatoires.

Dans le même mouvement, le gouvernement prépare une remise à plat totale de la fiscalité française. C'est la ministre des finances, Christine Lagarde, qui a été chargée de conduire cet audit complémentaire – baptisé, par symétrie, la « RGPO » dans les mêmes sommets du pouvoir (…).

* Vers un quadruplement de la CRDS ?

(…) Le gouvernement est dans l'obligation de remonter la Contribution pour le remboursement de la dette sociale (CRDS), qui pèse sur tous les revenus d'activité, de remplacement et du patrimoine. Assorti actuellement d'un taux d'imposition de 0,5% (pour un produit de 5,6 milliards d'euros), la CRDS aurait donc dû passer à près de 2%. Cette hausse qui n'est pas intervenue avant les municipales interviendra-t-elle juste après ? Le gouvernement y est légalement tenu (…).

La loi de modernisation de l'économie

C'est un autre des grands chantiers sur lequel travaille le ministère des finances, et qui doit déboucher d'ici au printemps sur l'examen par le Parlement d'un projet de loi. Et là encore, les réformes envisagées risquent de créer de vifs débats, puisque parmi de nombreux autres volets (PME, nouvelles règles encadrant la grande distribution…), doit figurer la réforme, politiquement sensible, du Livret A.

Le monopole de distribution confié depuis des lustres à La Poste et aux Caisses d'épargne serait supprimé. La gauche ne manquera pas d'y voir une menace sur le vieux système de rémunération de l'épargne populaire et sur le système de financement du logement social qui lui est associé. A l'initiative de nombreux syndicats et associations, une campagne intitulée "Pas touche au livret A" [12] a ainsi récemment été lancée.
Le projet comprend d'autres dispositions également très controversées comme un volet sur le travail dominical ou encore une réforme de la gouvernance de la Caisse des dépôts et consignations.

* La nouvelle réforme des retraites.

La loi Fillon de 2003, instaurant notamment l'extension au secteur public des 40 ans d'activité pour bénéficier d'une retraite à taux plein, prévoyait une clause de rendez-vous en 2008, notamment pour valider le passage à 41 ans d'activité pour le public et le privé la même année. Le gouvernement a donc attendu que les municipales aient lieu pour ouvrir ce dossier. Dès le début de la semaine qui vient, des contacts bilatéraux – il ne s'agit pas d'une négociation - doivent donc intervenir entre le ministre du travail, Xavier Bertrand, et les partenaires sociaux, sur cette nouvelle étape, et des dispositions complémentaires (avantages familiaux, petites retraites, pénibilité…).

Sur fond de grogne sur le pouvoir d'achat, ce dossier s'annonce lui aussi hautement délicat. Ce qui n'empêche pas certains membres du gouvernement de préconiser une position ultimatiste, comme la remise en cause (souhaitée par le Medef) de la retraite à 60 ans ; et même de toute référence à un âge légal. Un projet de loi doit être bouclé d'ici la fin du mois de juin.

* Une cascade d'autres dossiers sociaux sensibles.

Preuve que Nicolas Sarkozy veut décidemment avancer très vite, d'autres grands rendez-vous sociaux sont programmés en même temps. De longue date, le gouvernement fait pression sur les partenaires sociaux pour qu'ils anticipent dès ce printemps la renégociation de la convention d'assurance-chômage qui devait intervenir à l'automne – mais il n'est pas sûr que la crise de l'UIMM le permette. Le souhait du gouvernement serait de convaincre les partenaires sociaux de ponctionner les excédents de ce régime pour baisser les cotisations chômage, et, grâce à un système de vases communicants, de limiter la hausse des prélèvements retraite, le tout s'effectuant à prélèvements constants.

Le Parlement doit par ailleurs se saisir d'ici fin juin de l'accord, lui aussi très sensible, sur la « flexisécurité » survenu entre plusieurs centrales syndicales et le Medef, pour transposer le compromis au plan législatif. Le gouvernement pourra-il convaincre l'aile la plus radicale de sa majorité de n'amender qu'à la marge un texte dont les équilibres politiques sont très délicats ? La partie s'annonce difficile (…) ».

http://www.mediapart.fr.
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15 février 2008 5 15 /02 /février /2008 22:18

Un rappel à l’ordre et à la raison qui n’est pas anodin

 

Il a fallu que le président, élu il y a neuf mois seulement, pousse le bouchon loin, très loin, pour que des personnalités de divers horizons politiques, ayant des divergences connues, signent un même texte, publié ce 15 février dans Marianne (à lire sur www.marianne2.fr).

 

Pour les républicains, le moment est venu d’alerter les Français sur le danger que fait courir à notre pays le président de la République. C’est le modèle républicain français qui est menacé.

 

Les personnalités signataires de cet Appel ne se situent pas parmi les responsables des deux partis dominants, l’UMP et le PS. Elles sont, pour beaucoup, en recherche de nouveaux équilibres politiques.

 

« Pour une vigilance républicaine »

Les soussignés se réclament de sensibilités très diverses, et ils ont sur un certain nombre de sujets importants des positions très différentes, mais ils ont malgré tout en commun un certain nombre de convictions et de valeurs qu'ils entendent réaffirmer.

- Leur attachement au principe républicain et, en conséquence, leur refus de toute dérive vers une forme de pouvoir purement personnel confinant à la monarchie élective.

- Leur attachement aux fondamentaux d'une laïcité ferme et tolérante, gage de la paix civile.

- Leur attachement à l'indépendance de la presse et au pluralisme de l'information.

- Leur attachement aux grandes options qui ont guidé, depuis cinquante ans, au-delà des clivages partisans, une politique étrangère digne, attachée à la défense du droit des peuples et soucieuse de préserver l'indépendance nationale et de construire une Europe propre à relever les défis du XXI° siècle.

Au-delà de leurs divergences, les soussignés tiennent à rappeler leur engagement à défendre, séparément ou ensemble, ces impératifs, comme toujours cela fut fait au cours de l'Histoire de la République.

Pierre Lefranc, ancien chef de cabinet du Général de Gaulle
Dominique de Villepin, ancien Premier ministre
Ségolène Royal, ancien ministre, Présidente de la région Poitou-Charentes
Jean-Pierre Chevènement, ancien ministre
Corinne Lepage, ancienne ministre
Nicolas Dupont-AIgnan, député de l'Essonne
Bertrand Delanoë, maire de Paris
Maurice Leroy, député de Loir-et-Cher
Nöel Mamère, député de la Gironde
Jean-Christophe Lagarde, député de la Seine-Saint-Denis
Marielle de Sarnez, conseillère de Paris
André Gérin, député du Rhône
Arnaud Montebourg, député de la Saône-et-Loire
Jacqueline Gourault, sénatrice du Loir-et-Loire
Jean-Pierre Brard, député de la Seine-Saint-Denis
Jean-Paul Bled, président des Cercles universitaires d'études et de recherches gaulliennes.

Il faut y ajouter François Bayrou, qui aurait également signé cet appel (17 signataires).

 

Vive réaction du Premier ministre

Selon un article paru ce jour sur www.lefigaro.fr, « François Fillon est monté au créneau contre cet appel, dénonçant vendredi à Laval une «chasse au président de la République» «antidémocratique», et parlant d'attaques d'une violence inouïe» de la part de la gauche.

Au sujet de Dominique de Villepin, le premier ministre a fustigé «l'acharnement que mettent certains responsables politiques qui n'ont pas été élus par les Français, pas été choisis par les Français, à tenter de déstabiliser» le chef de l'Etat ».

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22 janvier 2008 2 22 /01 /janvier /2008 15:48

Ce président fait le spectacle, c’est un amuseur

 

Sur le blog http://christinetasin.over-blog.fr de Christine Tasin, est paru ce matin un article très bref, intitulé « Referendum : la duplicité de Sarkozy », qui nous guide vers ce lien.

 

Peut-on parler de duplicité ? Je préfère parler d’opportunisme, ce qui l’amène à des affirmations qui l’arrangent au moment où il parle.

 

En déclarant qu’un referendum devrait désormais être organisé à chaque moment important de la construction européenne, il avait raison.

"L'Europe c'est le partage consenti d'une souveraineté. Et la souveraineté c'est le peuple. A chaque grande étape de l'intégration européenne, il faut donc consulter l'avis du peuple, sinon nous nous couperons du peuple" (Nicolas Sarkozy).

C’était le 9 mai 2004, lors d’un conseil national de l’UMP, présidée par Alain Juppé, alors qu’il était ministre de l’économie et des finances.

 

Il voulait pousser le président Chirac à décider que la ratification du traité instituant une Constitution européenne se ferait par referendum. Il avait raison. Chirac était hésitant. Les sondages étaient alors favorables. Le président annonça sa décision le 14 juillet 2004, ce qui aboutit au referendum du 29 mai 2005 et au succès du NON à plus de 54%.

 

Plus question désormais d’organiser un referendum ! A la vérité du 9 mai 2004, s’est substituée la vérité de l’après-29 mai 2005… (Il est vrai que sa concurrente au second tour de l’élection présidentielle ne brille pas plus par le respect de ses « engagements »).

 

En fait, Nicolas Sarkozy a été élu le 6 mai 2007 parce qu’il avait le sens du spectacle et de la communication. C’est un homme de son temps, celui de TF1 et de la télé-réalité. Cela ne durera pas longtemps, c’est la raison pour laquelle il veut en profiter un max et jouir des privilèges de la fonction présidentielle.

 

Cela nous amène à Carla Bruni, qui a beaucoup de charme(s), mais peut-être aussi plus d’intelligence et de culture que son futur (et futur ex) mari. Elle aussi dit la vérité. Par exemple, ceci.

 

« Je suis fidèle… à moi-même ! (Elle rit.) Je m’ennuie follement dans la monogamie, même si mon désir et mon temps peuvent être reliés à quelqu’un et que je ne nie pas le caractère merveilleux du développement d’une intimité. Je suis monogame de temps en temps mais je préfère la polygamie et la polyandrie (…) », selon www.lefigaro.fr le 19 décembre 2007 (Carla Bruni, extrait du livre « No promises », chez Naïve).

 

Puisqu’il s’agit de spectacle et qu’il faut en rire, je propose un rire franc et massif en consultant

 

http://www.ninapeople.com:80/anne-roumanoff-allume-nicolas-sarkozy-et-carla-bruni--a6369.html

 

Mais, est-ce bien le moment de s’amuser quand les bourses craquent ? Notre président a raison de profiter de la vie présidentielle. Le plus difficile est à venir. Nous n’en avons pas fini avec cette société décadente, comme disait Arnaud Montebourg, la comparant avec la décadence romaine.

Et, si nous décidions de revenir en République, sociale et laïque, et en démocratie, en consultant le peuple sur la question du traité de Lisbonne ? Bonne idée, n’est-ce pas ?...

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19 janvier 2008 6 19 /01 /janvier /2008 13:57

Politique de citoyenneté et laïcité à la française

 

Sami Naïr, professeur de sciences politiques à l’université Paris-VIII, ancien député MRC au Parlement européen, avait écrit avec Edgar Morin, le livre intitulé « Politique de civilisation » (1997).

 

Les deux coauteurs sont beaucoup sollicités depuis que le président de la République a repris cette formule à son compte, lors de ses vœux le 31 décembre 2007, au point d’en faire la finalité de son action, selon ses déclarations en préambule de la conférence de presse tenue le 8 janvier dernier à l’Elysée.

« Pour lui, la politique de civilisation doit répondre aux questions : comment  "remettre  l'homme au cœur de la politique", "réhumaniser la société", "mettre le changement indispensable au service de l'homme" ? Le président a ensuite décliné les réformes pour 2008 qui mettront en place cette "politique de civilisation" » (www.lemonde.fr - 8 janvier).

 

La réaction de Sami Naïr était attendue, après celle d’Edgar Morin. Elle a été publiée dans la rubrique Rebonds de Libération (www.liberation.fr – 18 janvier). La voici.

 

Quelle « politique de civilisation » ?

 

Le président Sarkozy s’approprie maintenant l’idée de « politique de civilisation » ! On ne peut que s’en féliciter. Mais comme il a fait la même chose avec l’idée de «codéveloppement», dont le concept pâlit au fil des expulsions comptabilisées d’immigrés, il est peut-être prudent de rappeler quelques principes de base.

Lorsque, avec Edgar Morin, nous avions décidé d’écrire Politique de civilisation (1997), il me souvient que notre question de départ était : «Où va notre monde ?» (Edgar Morin a republié plus tard ses contributions en un petit volume). A la lecture de la première version du livre, on peut voir que la réponse était tributaire d’une analyse du système mondial réellement existant.

Depuis cette époque, la situation s’est aggravée : 11 septembre 2001, invasion américaine de l’Irak, terrorisme mondialisé… Poursuite d’une globalisation déréglée, dans un contexte de dégradation écologique planétaire.

En France, la privatisation du lien social liée à cette globalisation conduit à une crise sans précédent des statuts sociaux : l’intérêt général est perverti, les services publics sont démantelés, la dynamique destructrice de la guerre, de tous contre tous, placée au cœur du dispositif économique.

L’idée, civilisée par excellence, de «biens universels» hors marché, qui recouvre entre autres des domaines aussi sensibles que l’éducation, la santé, le logement, l’information libre, est désormais délégitimée par la contrainte d’airain de la marchandisation. L’Etat n’est plus l’incarnation de la volonté générale tendue vers l’élargissement de la solidarité, il a le visage grimaçant de l’administration qui ne cesse de se lamenter sur son impuissance…

Si la civilisation signifie, dans la plus belle tradition européenne des Lumières, l’instauration d’un monde où prévalent l’égalité des chances et la solidarité humaine, alors il faut constater qu’elle est désormais en crise profonde, dévorée par un capitalisme sans âme.

Dans sa récente conférence de presse, le président Sarkozy fustige la déshumanisation des rapports sociaux, l’individualisme carnassier, la perte des sentiments de solidarité collective. Parfait.

N’appelle-t-il pas «réforme» le démantèlement de pans entiers de l’Etat social ? Le cadeau fiscal octroyé en début de législature à certaines catégories parmi les plus aisées de la population participe-t-il de l’action solidaire avec les plus nécessiteux ?

Une politique de civilisation digne de ce nom est d’abord une politique de citoyenneté juste. Elle implique de grandes politiques publiques ; un rôle accru de l’Etat en tant que vecteur du bien-être collectif, une vision du développement social et territorial fondée non sur des discriminations «positives» sectorielles, mais sur des redistributions ciblées des ressources pour restaurer l’égalité des chances et créer les conditions d’une véritable identité commune.

En donnant à son gouvernement l’image de la diversité, le président Sarkozy a fait avancer symboliquement, et considérablement, les représentations de nos concitoyens. Il faut lui reconnaître ce mérite. Mais la réalité doit suivre. Que se passe-t-il dans les banlieues stigmatisées, dans les quartiers marginalisés des villes, dans les zones urbaines abandonnées du pays ? Si j’en crois la cacophonie, comique si elle ne concernait pas des problèmes dramatiques, entre la ministre du Logement et sa secrétaire d’Etat, on est loin d’une idée claire et forte de l’action à entreprendre.

Plus encore : une politique de citoyenneté ne devrait-elle pas aujourd’hui affronter la question du pluralisme confessionnel ? Dans le discours de Latran, le président Sarkozy a l’air de penser que la laïcité à la française constitue désormais un obstacle à ce qu’il nomme, d’un trait trop rapide, le besoin de «transcendance».

On le sait : tant le fond religieux européen, qui refait surface dans le contexte de la construction européenne, que la présence nouvelle de l’Islam, font tanguer le modèle laïc. Faut-il pour cela y renoncer ? Et si, au contraire, ce modèle était, plus que jamais, la meilleure manière de répondre aux défis qui se posent à la République ? Ou alors va-t-on nous inventer par décret une nouvelle «transcendance» ?

Au moins, Monsieur le Président, souffrez que l’on défende, comme partie civile, ce procès instruit par de si hautes instances religieuses depuis toujours et désormais défendu par de brillants avocats… Il suffit de regarder autour de soi pour comprendre qu’il est très dangereux de jouer avec ces choses-là : partout les intégrismes et les confessionnalismes d’exclusion provoquent des désastres. Plus que jamais, l’idée d’un espace public laïc, qui respecte croyants et non-croyants, constitue l’horizon indépassable de la liberté de conscience.

Sur le plan international, la France promeut-elle ses valeurs universelles et plaide-t-elle pour le droit international, la paix et la solidarité, lorsqu’elle s’aligne sur une puissance qui n’a pas hésité à mentir, à semer le sang pour assouvir ses intérêts et finalement à nourrir la «guerre des civilisations» que le terrorisme intégriste veut allumer partout ?

Contribue-t-on à favoriser la négociation lorsque, après avoir légitimement condamné un président dangereusement provocateur et tout aussi légitimement refusé la course vers le nucléaire militaire, on proclame, précédant même Washington, la «logique de guerre» face à l’Iran ?

Que signifie ce mot de «civilisation» devant tant de glissements et d’inversions ? «Politique de civilisation» ? Certes. Mais on se départit difficilement de l’impression que la formule arrive à point nommé pour combler un vide, et peut-être pour divertir en temps d’élections. Espérons que par son action notre président dissipera nos appréhensions.

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22 décembre 2007 6 22 /12 /décembre /2007 22:42

Faire en sorte que les citoyens ne pensent plus

 

Soyons heureux, et aussi religieux puisque notre nouveau roi en a décidé ainsi. Faut-il rire ou pleurer de la personnalité qui prétend, à lui seul, gouverner la France ? Ni l’un ni l’autre, il faut être vigilant car de telles fantaisies présidentielles pourraient devenir fort dangereuses dans un contexte plus tendu.

 

Prenons connaissance de deux articles de presse qui portent sur l’action du président de la République. Le premier analyse la communication de Nicolas Sarkozy, le second va plus au fond des choses. Les deux sont à lire dans le quotidien Le Monde.

 

Voici ce qu’écrit François Jost à propos de la communication présidentielle (site du Monde www.lemonde.fr 22 décembre, propos recueillis par Laurence Girard, extraits). 

 

"La communication de Nicolas Sarkozy s'inscrit dans un présent perpétuel"

(…) Dans un livre coécrit avec Denis Muzet, intitulé Le Téléprésident, à paraître le 10 janvier, vous analysez le lien entre la communication du président et la télévision. En quoi y a-t-il adéquation entre ces deux univers ?

Sa communication s'inscrit dans un présent perpétuel. Elle est en accord avec la vision du monde construite par la télévision ces dix dernières années. Nicolas Sarkozy n'a pas pour modèle Hollywood mais l'univers télévisuel, avec ses émissions de télé-réalité, ses talk-shows et une conception de l'information qui privilégie le temps réel, la mise en avant des victimes et les témoignages au détriment des analyses. Le président se déplace dans ce monde où l'on change de situation chaque seconde, avec un effet de zapping incroyable.

Pensez-vous que cela puisse fragiliser la fonction présidentielle et amoindrir la crédibilité de son titulaire ?

Nicolas Sarkozy a montré qu'il voulait sortir des protocoles. Il est en train de désacraliser la fonction présidentielle. Je ne suis pas sûr que les Français en aient vraiment envie et je ne suis pas sûr qu'il puisse revenir en arrière. Sa communication risque d'avoir des limites quand il va tomber sur des sujets qui ne relèvent plus d'un livre d'images.

Dans une analyse parue le 20 décembre sur www.lemonde.fr , dans la rubrique « Opinions », Gérard Courtois prolonge le propos et montre le risque de transformer les citoyens en spectateurs. Voici des extraits de son texte.

 

"Plus belle la vie" à l'Élysée

 

(…) « Avec un indéniable sens du spectacle, le chef de l'Etat a donc multiplié les épisodes et les rebondissements, utilisé les ressorts classiques du pouvoir, de l'argent et du sexe et s'est réservé le rôle du héros au grand coeur.

Le seul problème est que nous ne sommes pas dans une série télévisée. Pas davantage dans l'univers artificiel du show-biz ou dans celui de pacotille de la Star'Ac. Mais bien dans la réalité, au sommet de la République française, à la tête de la septième puissance mondiale. Or en quelques mois, Nicolas Sarkozy a transformé la fonction présidentielle plus sûrement que tous ses prédécesseurs et toutes les révisions constitutionnelles depuis près d'un demi-siècle. Il en a fait exploser l'image, la pratique et les valeurs.

L'image (comme le verbe d'ailleurs) se voulait rare, distancée, le plus souvent solennelle, parfois hautaine, voire hiératique. Toujours pénétrée de la différence et de la distinction présidentielles, nimbée des mystères du pouvoir. Elle est devenue permanente, démonstrative, mobile, décoincée, "nature" en quelque sorte, transparente jusqu'à la trivialité, familière jusqu'à la vulgarité, dans une proximité ostensible et volontiers surjouée avec le commun des citoyens.

Dans l'exercice du pouvoir également, tout concourt à abolir les distances : voilà un président qui gouverne comme un chef d'entreprise, sans craindre de rabaisser ses ministres au rang de collaborateurs ou d'exécutants. Qui ne fait plus mine d'arbitrer mais décide et tranche de tout et sur tout. Qui ne s'abrite plus derrière son équipe mais au contraire s'engage et s'expose jusqu'à l'exhibition. Qui manie enfin l'émotion, la compassion et l'empathie sans craindre d'y perdre sa dignité.

Quant aux valeurs, elles ont été blackboulées. A commencer par la modestie ou l'austérité républicaines dont le général de Gaulle avait imposé la discipline et dont ses successeurs ne s'étaient écartés, peu ou prou, que comme embarrassés et en catimini. Rien de tel chez Nicolas Sarkozy, qui n'entend se priver d'aucun des avantages offerts par la fonction et les assume avec d'autant plus d'appétit qu'il les vit comme les signes extérieurs de sa réussite.

AU DIABLE HUGO, VIVE MICKEY !

De même, la frontière protectrice entre vie publique et vie privée a été effacée sans hésitation au profit de cet extravagant mélange des genres où joies et peines présidentielles sont livrées en pâture au bon peuple. Au point d'apparaître, au fil des épisodes, comme d'opportunes manoeuvres de diversion : ce fut le cas avec le divorce présidentiel annoncé le 18 octobre, le jour où commençait la grève dans les transports en commun ; et à nouveau avec la mise en scène de sa liaison avec Carla Bruni au lendemain du calamiteux séjour à Paris du président libyen.

On ajoutera enfin, au risque de paraître dangereusement guindé, que le choix par le chef de l'Etat de Disneyland pour afficher sa nouvelle "love affair" frise la provocation. Comme une manière de lancer à tous les donneurs de leçons parisiens : au diable les lourdeurs compassées de la culture française - d'ailleurs donnée pour morte par le magazine Time - et vive les paradis populaires du décor hollywoodien ! Au diable Victor Hugo et vive Mickey !

Tout cela, bien sûr, au nom d'une modernité, d'une efficacité et d'une sincérité affranchies des codes et rites désuets du pouvoir. Reste à évaluer si ce feuilleton présidentiel conduit à l'effacement du politique et si ce "style Sarko" désacralise la fonction au point de l'abaisser. A première vue, la réponse est non. Le président de la République a mis la même énergie à agir qu'à se montrer. Il a fait preuve de la même détermination à appliquer son programme et à réformer la France qu'à faire le beau. Sans gêne dans sa vie privée, il ne l'a pas été davantage pour bousculer les principes, les règles - les tabous, dirait-il - qui façonnent la France depuis des décennies.

Mais c'est au prix d'une redoutable inversion des valeurs. Transformer les citoyens en spectateurs du "Sarko Show" les dispense d'autant mieux d'être acteurs de la vie publique. Réduire la fonction de représentation du pays à l'incarnation de sa propre réussite pourrait bien dissoudre ce qui reste de bien commun et collectif au profit d'un individualisme démonstratif et triomphant. Gouverner par l'image et l'émotion, de façon épidermique, laisse d'autant moins de place à la rationalité et la pédagogie de l'action. Bref, remplacer la démocratie par la télécratie n'est pas sans risque. Pour le président lui-même, condamné à en faire toujours plus. Pour le pays, transformé en jouet magnifique d'un enfant-roi ».

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19 décembre 2007 3 19 /12 /décembre /2007 23:27

Les inégalités se creusent, accentuant le ressentiment social

 

Le texte qui suit est paru sur le site de Libération www.liberation.fr le 18 décembre, à la rubrique Rebonds. Il est signé Louis Maurin, journaliste, directeur de l’Observatoire des inégalités, dont le site http://www.inegalites.fr fourmille d’articles intéressants sur l’évolution de la société. J’y ai trouvé cette définition.

L’Observatoire des inégalités est un organisme indépendant d’information et d’analyse sur les inégalités. Il est situé à Tours et dispose d’une antenne en région parisienne. Outre l’équipe permanente, il s’appuie sur un réseau de citoyens sensibilisés par la question des inégalités. L’Observatoire des inégalités dispose par ailleurs d’un conseil scientifique composé d’économistes, de philosophes, de sociologues et de juristes.

Louis Maurin exprime son inquiétude devant la façon dont le président de la République conduit la politique de la France. Il a raison de mettre en avant la perte de crédibilité de la politique et  de tous ceux qui assument des responsabilités publiques. Voici ce texte.

« Prendre aux pauvres pour donner aux riches »

 «La France dont je rêve est une France qui ne laisse tomber personne, une France qui est comme une famille où le plus faible, le plus vulnérable, le plus fragile a droit à autant d’amour, autant de respect, autant d’attention que le plus fort.»

Ainsi s’exprimait Nicolas Sarkozy au soir du 22 avril, premier tour de l’élection présidentielle. Il avait, mieux que Ségolène Royal, analysé l’état de la société française, d’où son élection quinze jours plus tard. Ses premiers mois d’exercice sont en contradiction à peu près complète avec ses déclarations de campagne. Les mesures prises depuis l’été consistent à prendre au plus faible pour donner au plus fort. Plus exactement, donner aux riches et ensuite récupérer l’argent des pauvres. Les annonces récentes sur le pouvoir d’achat n’y changent rien.

Donner aux riches d’abord

La loi en faveur du travail, de l’emploi et du pouvoir d’achat (dite Tepa) comporte au minimum 7 milliards d’euros de baisses d’impôt pour les plus aisés, l’équivalent des deux tiers du budget annuel de l’enseignement supérieur. Cela sans considérer le volet concernant les heures supplémentaires, qui profite théoriquement à tous les salariés en proportion de leurs revenus.

Au titre de la loi votée cet été, 1 000 contribuables dont la fortune est supérieure à 15,5 millions d’euros profiteront chacun d’une baisse d’impôt de 270 000 euros (bouclier fiscal), selon le rapport du député (UMP) Gilles Carrez. Lui-même note que les frais de succession au décès d’un conjoint d’un couple avec deux enfants disposant d’une fortune de 1,5 million d’euros seront réduits de 72 000 euros. Un couple peut désormais céder à ses trois enfants 900 000 euros de patrimoine tous les six ans sans payer de droits. L’impôt sur les successions est, en pratique, supprimé en France.

D’autres mesures ont été prises depuis cet été, de moindre ampleur mais tout aussi inégalitaires. Comme l’instauration du prélèvement libératoire sur les dividendes (les revenus des actions). Les contribuables les plus aisés pourront opter pour un taux d’imposition de 29 % (18 % de prélèvement libératoire et 11 % de prélèvements sociaux) contre 40 % pour la tranche supérieure de l’impôt sur le revenu. La mesure va profiter à 50 000 contribuables qui touchent plus de 25 000 euros de dividendes annuels. Même un député UMP, Jérôme Chartier, s’est opposé à cette «augmentation du pouvoir d’achat des Français les plus riches»

Prendre aux pauvres ensuite

Les comptes publics sont déficitaires et notre pays endetté : ces largesses fiscales doivent être financées. Le second temps de l’action présidentielle consiste à reprendre, miette par miette, ce qui a été dépensé.

Au premier janvier prochain, une franchise s’appliquera sur les dépenses maladie sans prise en compte des revenus. Les plus modestes y seront de leur poche de 50 euros l’an.

A la mi-novembre, la ministre de la Justice, Rachida Dati, a annoncé qu’elle envisageait la mise en place d’un forfait - dont le montant n’est pas encore déterminé - pour les personnes démunies bénéficiant de l’aide juridictionnelle, ceux qui n’ont pas les moyens de se payer un avocat.

Enfin, 780 000 foyers, principalement des personnes âgées démunies, vont devoir acquitter 118 euros de redevance audiovisuelle l’an prochain alors que, jusqu’à présent, elles en étaient exonérées. Conséquence de la réforme décidée en 2004 par Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Economie, qui reliait cette taxe aux impôts locaux dont les conditions d’exonération ne sont pas semblables.

L’ensemble de ces mesures qui frappent les pauvres semble, pour l’heure, symbolique. Quoique pour une personne âgée démunie, 168 euros de redevance et de franchise de soin, c’est loin d’être négligeable. On se ravise aujourd’hui que les catégories populaires se plaignent d’un trop faible pouvoir d’achat. Mais les caisses sont vides, et les mesures ne peuvent être à la hauteur.

Les conséquences de cette politique sont désastreuses. Le Président a été élu sur la base d’un nouveau contrat, dépassant les clivages, mais il continue la politique des gouvernements précédents. L’empressement à aider les riches a comme contrepoint la lenteur prise pour mettre en œuvre des mesures destinées à réduire la pauvreté.

La gauche a tort de se réjouir du crédit de plus en plus entamé d’un chef de l’Etat contraint à la gesticulation permanente. C’est une courte vue politique. L’hypocrisie qui consiste, dans tous les milieux, à faire semblant de ne pas voir que l’effort demandé à tous est la contrepartie de cadeaux destinés aux plus favorisés (rebaptisés «classes moyennes supérieures») a d’immenses conséquences.

L’action politique dans son ensemble en sort décrédibilisée auprès de larges fractions de la population. Tous ceux qui soutiennent cette politique et la mettent en œuvre sont responsables de cette situation. Ils contribuent de facto à alimenter le ressentiment social, le populisme et la course-poursuite aux extrêmes.

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21 octobre 2007 7 21 /10 /octobre /2007 23:48

Contre-révolution néo-conservatrice du pouvoir 

 

Ne nous voilons pas la face, nous constatons un retour en arrière inquiétant dans l’évolution de notre société. L’accession de Sarkozy à la fonction présidentielle était le signe d’une dégradation des valeurs humanistes et républicaines, minées par l’individualisme et laminées par la confusion idéologique. Son action à la présidence n’est pas du tout rassurante. Elle est porteuse de risques de destruction de notre modèle républicain qui a fait la France depuis la Révolution.

 

Prenons quelques exemples, en dehors des tests génétiques (voir à ce sujet l’article paru le 7 octobre sur ce blog).

 

- Dans Le Monde Diplomatique d’octobre, sous le titre « En France, retour aux privilèges fiscaux de l’Ancien Régime », Liêm Hoang-Ngoc, universitaire, analyse les projets qui devraient concerner le travail, l’emploi et le pouvoir d’achat mais qui, en réalité, « reviennent à alléger la fiscalité sur les hauts revenus et sur le patrimoine, et à reporter le poids du financement des dépenses publiques et sociales sur les ménages à revenus modestes et moyens.

Ils sont le rouage privilégié d’un programme politique visant au démontage de l’ensemble des mécanismes de redistribution et de protection du salariat. Une façon de ramener la France à l’Ancien Régime…

La révolte contre les injustices fiscales fut l’une des causes de la Révolution française. La fiscalité de l’Ancien Régime pèse intégralement sur le tiers-état pour financer les dépenses des ordres privilégiés la noblesse et le clergé ».

 

- Dans Le Monde, daté du 19 octobre, sous le titre « Au-delà des retraites, la mise en cause du service public », Michel Dreyfus et Bruno Dumons, chercheurs au CNRS, montrent ce qui se cache derrière la volonté de Sarkozy d’aller jusqu’au bout de la réforme des régimes spéciaux de retraites et, surtout, le problème de fond qui se pose ainsi : « L’Etat se définit-il encore autour de la notion de service public ? ».

 

Voici leur conclusion : « Les régimes "spéciaux" de retraite résultent donc à la fois d'une histoire longue de la culture d'Etat à la française et d'un lent processus de généralisation du modèle de la retraite. Aussi, leur réforme constitue une grave atteinte à la spécificité du service public. Par son histoire, le statut des personnels assurant ces missions ne peut être considéré sous le seul angle de la notion d'équité avec les autres citoyens, si légitime soit-elle.

 

Ce statut s'appuie sur le principe fondateur voté en 1790 pour récompenser les "vieux serviteurs" de l'Etat : sacrifier ce principe au nom de la dette publique et des directives européennes conduit à renoncer à un pilier essentiel des rapports de l'Etat à la société française. Il est légitime de s'interroger sur des aménagements. Mais on ne peut s'en tenir aux critiques, récurrentes depuis Balzac, sur le nombre et l'efficacité des fonctionnaires pour réformer les régimes spéciaux.

 

Des questions se posent : l'Etat se définit-il encore autour de la notion de service public ? Doit-il toujours accorder des gratifications à ses personnels, en "récompense" des services rendus ? Cette réforme réclame temps et réflexion. Ses enjeux relèvent davantage de la philosophie politique et du droit public que de considérations financières. Ils posent de façon plus générale la question de la pérennité de la nature de l'Etat et du modèle républicain à la française ».

 

- Le Contre journal de Libération s’est fait l’écho d’un texte intitulé « Sans opposition, le régime n'a plus d'amarres. Sa dérive a commencé » et publié une interview de ses auteurs, Pierre Cornu et Jean-Luc Mayaud, universitaires. Des extraits en sont parus dans l’édition papier de Libération des 20-21 octobre.

Dans ce texte, ils analysent l’ouverture, telle qu’elle est pratiquée par le président de la République, considérant que les ministres issus de la gauche apportent une caution à Sarkozy et accentuent « la dérive néo-conservatrice du pouvoir ». Voici leur conclusion.

« Lorsque, demain ou après-demain, une nouvelle crise frappera l’économie européenne ; lorsque les exclus de l’ordre social post-fordiste cesseront de brûler leur propres voitures ; lorsque le terrorisme frappera sur les lieux de notre vie quotidienne et attisera la haine de l’autre ; lorsque la restriction des ressources mondiales aura provoqué un nouvel embrasement guerrier : qui restera pour parler la langue ancienne de la raison, de la mesure, de l’humanité ? 

Qui aura encore assez de légitimité morale ou de capacité de représentation pour dénoncer l’inanité des logiques de purification eugénique et policière et la brutalité de la lutte pour la survie des systèmes sociopolitiques dans l’ère de la pénurie ? Les démocraties américaine et britannique, incontestablement plus solides que la nôtre sur le plan de la défense des droits de l’individu, ont montré tout le mal que quelques attentats spectaculaires et l’engrenage d’une guerre post-coloniale pour l’accès aux ressources énergétiques pouvaient causer aux principes fondamentaux. 

En France, nous n’avons rien eu de tout cela, et pourtant, les verrous ont déjà sauté : nous sommes parés à acquiescer au pire. Ce que la guerre d’Espagne et ses atrocités avaient signifié pour une génération, la guerre d’Irak le fait pour nous. Mais sur un mode entièrement négatif, miroir inversé de l’optimisme historique des militants de l’antifascisme. Il n’y a, en effet, plus de « brigades internationales » possibles (défendre qui et quoi, contre quoi et qui dans ce maelström de haines ?) : seulement une résignation passive et peureuse face à l’anomie, et des leurres culturels et moraux pour supporter l’insupportable – et éventuellement, l’utiliser à notre avantage.

Encore une fois, il y a là quelque chose d’inouï – tout comme est inouï l’enchantement grâce auquel personne ne s’alarme du basculement complet du système politico-moral par lequel les conduites des uns et des autres et les choix politiques majeurs étaient jusqu’à ce jour étalonnés et, éventuellement, socialement et électoralement censurés. L’horizon du progrès humain s’est effondré, le soleil se lève désormais à l’ouest, et personne n’y trouve à redire. L’historien qui n’a pas brûlé ses archives, lui, sait au moins qu’il s’est passé quelque chose. Et que ce quelque chose, la mer fût-elle calme et le ciel serein dans nos parages, n’en laisse pas moins présager de funestes tempêtes ».

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7 octobre 2007 7 07 /10 /octobre /2007 14:55

La génétique doit-elle être au service de l’Etat ?

 

Devant le conseil national de l’UMP, réuni hier à Paris, le Premier Ministre, François Fillon, a qualifié de « détail » l’amendement au projet de loi sur l’immigration prévoyant des tests ADN facultatifs pour les candidats au regroupement familial.

Il a été très applaudi quand il a évoqué "cette loi dont les polémiques ont grossi jusqu'au ridicule, un détail en masquant l'essentiel : qu'elle rendait à la France le droit de choisir son immigration, qu'elle renforçait la qualité des contrôles, qu'elle instaurait une politique d'intégration véritable, fondée sur notre langue, fondée sur notre culture, fondée sur notre histoire, fondée sur le respect d'une identité nationale dont nous n'avons pas à rougir" (www.lemonde.fr avec AFP, 7octobre).

 

Le 6 octobre, sur le même site, un article faisait état d’un entretien avec Bertrand Mathieu, professeur de droit public, membre du comité pour la réforme des institutions et auteur de nombreux articles sur le droit de la bioéthique. Voici ce texte, qui apporte un éclairage juridique sur cette question fondamentale.

 

« Les tests génétiques font sauter certains verrous de la vie privée »

En quoi le développement des tests génétiques peut-il constituer un danger ?

« Les tests génétiques ont deux objets. Un objet prédictif, afin de prévoir éventuellement la survenance d'une maladie. Et un rôle d'identification. Les tests prédictifs sont, à terme, susceptibles d'engendrer des discriminations dans le domaine de l'emploi et des assurances. Les tests d'identification présentent également un danger.

En matière pénale, la preuve génétique n'est pas la preuve parfaite : démontrer que quelqu'un a laissé une trace génétique ne veut pas dire qu'il s'agit de l'auteur d'un délit. Associés aux nouvelles technologies de l'information, ces tests font également sauter certains verrous de la vie privée. Et ils peuvent laisser entendre que l'individu se réduit à son identité génétique ».

Quel est le cadre juridique dans lequel s'inscrit l'amendement au projet de loi sur l'immigration, autorisant le recours aux tests ADN pour les candidats au regroupement familial ?

« Depuis les lois de bioéthique de 1994, le code civil prévoit trois hypothèses dans lesquelles ces tests peuvent être utilisés : en matière pénale, afin de rechercher l'auteur d'une infraction ; en matière civile, pour faire établir une filiation ; et en matière médicale.

Il n'y a pas véritablement de jurisprudence constitutionnelle qui permette d'encadrer le recours aux tests génétiques. On peut en effet invoquer toute une série de principes contradictoires : le respect de la vie privée, le droit à connaître ses origines, la nécessité de rechercher des auteurs d'infraction. C'est au juge qu'il revient de mettre en balance ces principes, en se livrant à un contrôle de proportionnalité, par définition incertain quant à ses résultats. C'est pourquoi j'estime nécessaire que le Conseil constitutionnel, s'il est saisi, puisse encadrer le recours aux tests génétiques ».

Les modifications introduites par le Sénat au texte voté à l'Assemblée nationale ont-elles fait disparaître tout risque d'inconstitutionnalité ?

« Les objectifs poursuivis par le législateur - canaliser l'immigration et lutter contre la fraude - sont conformes à la Constitution. Le problème d'égalité entre nationaux et étrangers ne se pose pas, le Conseil constitutionnel ayant déjà eu l'occasion de considérer que les uns et les autres ne sont pas dans la même situation.

La quasi-totalité des obstacles soulevés ont été levés au Sénat : le test serait demandé par l'intéressé, et serait effectué sous le contrôle d'un juge ; le risque d'atteinte à la vie privée est moindre dans la mesure où ne serait plus recherché que le lien de filiation avec la mère ; les frais financiers seraient payés par l'Etat ».

Sur quel fondement le Conseil constitutionnel pourrait-il éventuellement être amené à censurer le dispositif ?

« Le Conseil pourrait juger qu'il y a disproportion entre les objectifs et les moyens, s'il estime que ces tests constituent une intrusion assez forte dans la vie privée alors qu'ils ne permettront de résoudre qu'un nombre limité de cas.

Autre hypothèse, qui me paraîtrait plus constructive et intéressante : le Conseil pourrait soulever le problème de l'atteinte à l'égalité entre la filiation adoptive et la filiation génétique. Contrairement à un enfant ayant un lien génétique avec sa mère, un enfant adopté n'arrivera pas, par ces tests, à prouver sa filiation. Il en résulte une différence de traitement entre enfants qui est sans rapport avec les objectifs du législateur ».

Y a-t-il un risque d'extension et de banalisation de ce genre d'outils ?

« Dans un premier temps, le recours aux tests génétiques a été considéré comme une dérogation limitée à la recherche d'auteurs d'infractions les plus graves, et pour permettre à un enfant d'établir sa filiation. Le nouveau champ ouvert par cette loi n'est probablement pas le dernier. D'où la nécessité d'un encadrement par le Conseil constitutionnel ».

Pétition contre les tests ADN

 

Une pétition a été proposée par Charlie Hebdo et SOS Racisme, en réaction à l’amendement Mariani voté par l’Assemblée nationale (voir http://www.touchepasamonadn.com).

Je l’ai signée car je pense que cet amendement, soutenu par l’UMP, est le symbole d’une politique en rupture avec l’humanisme qui fonde notre vivre ensemble. Voici ce texte.

 

« En instaurant des tests ADN pour prouver une filiation dans le cadre d’un regroupement familial, l’amendement Mariani, adopté par l’Assemblée Nationale, fait entrer la génétique dans l’ère d’une utilisation non plus simplement médicale et judiciaire mais dorénavant dévolue au contrôle étatique.
Cette nouvelle donne pose trois séries de problèmes fondamentaux.


Tout d’abord, des problèmes d’ordre éthique. En effet, l’utilisation de tests ADN pour savoir si un enfant peut venir ou non rejoindre un parent en France pose d’emblée cette question : depuis quand la génétique va-t-elle décider de qui a le droit ou non de s’établir sur un territoire ? Au-delà, depuis quand une famille devrait-elle se définir en termes génétiques ? Sont pères ou mères les personnes qui apportent amour, soin et éducation à ceux et celles qu’ils reconnaissent comme étant leurs enfants.

Ensuite, cet amendement fait voler en éclats le consensus précieux de la loi bioéthique qui éloignait les utilisations de la génétique contraires à notre idée de la civilisation et de la liberté.

Enfin, cet amendement s’inscrit dans un contexte de suspicion généralisée et récurrente envers les étrangers qui en vient désormais à menacer le vivre ensemble. Car tout le monde s’accorde à dire que la fraude au regroupement familial ne peut être que marginale au regard des chiffres d’enfants annuellement concernés et au regard de l’absence de raison substantielle qu’il y aurait à frauder dans ce domaine. En effet, quelle étrange raison pousserait les immigrés à faire venir massivement dans notre pays des enfants qu’ils sauraient ne pas être les leurs ? Autrement dit, l’amendement instaurant les tests ADN n’a pas pour fonction de lutter contre une fraude hypothétique mais bien de participer à cette vision des immigrés que nous récusons avec force.

Nous sommes donc face à un amendement qui, sur les plans éthique, scientifique et du vivre ensemble introduit des changements profondément négatifs. C’est pourquoi, nous, signataires de cette pétition, appelons le Président de la République et le Gouvernement à retirer cette disposition, sous peine de contribuer, en introduisant l’idée que l’on pourrait apporter une réponse biologique à une question politique, à briser durablement les conditions d’un débat démocratique, serein et constructif sur les questions liées à l’immigration ».

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26 septembre 2007 3 26 /09 /septembre /2007 23:50

L’avenir de Sarkozy est-il de ne pas être réélu ?

 

Eric Zemmour est grand reporter au service politique du Figaro. Il a le sens de l’observation et le prouve dans cet article, paru sur www.lefigaro.fr le 24 septembre.

 J’avais déjà eu l’occasion de rapprocher Giscard et Sarkozy (voir l’article paru sur ce blog le 28 septembre 2006, catégorie « La droite en France », intitulé « Giscard et Sarkozy : la même pente libérale proaméricaine »). Un encouragement pour la gauche à préparer sérieusement 2012 !

 

« Ce que les années Giscard peuvent apprendre à Nicolas Sarkozy »

 

« Pour le physique, ce n'est pas cela. On ne compare jamais Sarkozy à Giscard. Pas le même milieu social ni les mêmes parcours scolaire ou politique. Giscard est un polytechnicien-énarque, un haut fonctionnaire à la française, impérieux et conceptuel ; Sarkozy est un avocat d'affaires qui « fait des deals ».

 

Et pourtant. Avec Louis Napoléon Bonaparte, ils sont les deux plus jeunes présidents de la République de l'Histoire. Cela crée des liens. Un style. Sarkozy court ou pédale quand Giscard skiait ou jouait au tennis. Giscard abandonne le smoking pour descendre à pied les Champs-Élysées. Sarkozy choisit un photographe people pour la photo officielle de président. Ç'aurait pu être l'inverse. Giscard reçoit les éboueurs à l'Élysée ; Sarkozy, un enfant noir traité de « bamboula » par son prof. Ç'aurait pu être l'inverse. Giscard a décentralisé en province des Conseils des ministres. Sarkozy aussi. Giscard a nommé les premières femmes d'un gouvernement de la Ve. Sarkozy a appliqué une parité presque parfaite. On appelait le premier VGE, le second, Sarko. L'ère des sigles et des abréviations. De la décontraction. À l'américaine.

 

Giscard se fit photographier avec ses quatre enfants. On se souvient du petit Louis sous le bureau du ministre de l'Intérieur, ou des images glamour de la famille recomposée de Sarkozy lors de la passation des pouvoirs. Le mythe Kennedy hante les deux hommes. Giscard se baigne dans une piscine avec Gerald Ford, et Sarkozy mange des hot dogs avec George Bush. Modernité, télévision, Amérique, triptyque magique.

 

Giscard voulut transformer la Ve République en un vrai régime présidentiel. À l'américaine. Il rendit inutile son premier ministre : Jacques Chirac. Le poussant finalement à claquer la porte. Giscard inventa « l'ouverture » : « la décrispation ».

 

Déjà, il rêvait d'une « démocratie moderne », divisée entre républicains et démocrates, d'accord sur l'essentiel, qui pourraient travailler ensemble. À l'époque, il séduisit les centristes antigaullistes (Lecanuet, mais aussi JJSS, Françoise Giroud, jusqu'au radical de gauche, Robert Fabre). S'il avait gagné en 1981, il comptait tendre la main aux amis de Michel Rocard. Sarkozy achèvera son oeuvre, piochant dans les effectifs souvent brillants de la deuxième gauche : Jouyet, Kouchner, Besson, Bockel. La gauche américaine, disait Chevènement dans les années 1970.

 

Une gauche libérale, girondine. Qui préfère le contrat à la loi. Raymond Soubie, déjà conseiller de Barre, est revenu à la manoeuvre sociale sous Sarkozy. Une gauche européiste et atlantiste aussi. Sarkozy a tout de suite ressuscité la Constitution Giscard recalée par le référendum. Pour les symboles de l'État européen, disparus du minitraité, Sarkozy s'en charge, comme le drapeau étoilé sur la photo officielle, ou le défilé des armées européennes sur les Champs-Élysées. L'atlantisme est surtout exprimé par ses ministres : Hervé Morin annonce le retour de la France dans l'OTAN ; Bernard Kouchner menace l'Iran d'une guerre.

 

Enfin, Sarkozy, comme Giscard, a compris qu'à l'ère de la mondialisation chaque peuple se sent menacé dans son « identité nationale ». Un mot qu'utilisait déjà Giscard quand les gaullistes préféraient souveraineté ou indépendance. Un Giscard qui a prophétisé à la fin des années 1980 l'« invasion » venue des pays pauvres.

 

À étudier les difficultés et les contradictions du septennat giscardien, on devine et pressent ce qui risque de pourrir le quinquennat de Sarkozy. Sur le plan intérieur, à la politique de relance de Chirac, succéda la « rigueur » de Barre. La présidentialisation du régime encouragea les critiques contre le monarque Giscard ; l'interventionnisme giscardien ne permit jamais au premier ministre de jouer vraiment son rôle de fusible ; l'impopularité de Barre ne protégea pas le président.

 

Sur le plan extérieur, les gaullistes dénoncèrent « le parti de l'étranger ». On est encore loin de cette violence. Mais, lorsque, rédigeant un rapport sur la France dans la mondialisation, Hubert Védrine brocarde la « sainte alliance » occidentale, il exaspère l'aile droits-de-l'hommiste et occidentaliste du sarkozisme.

 

En Europe, Sarkozy doit affronter les contradictions - décuplées par l'élargissement à 27 - que commençait à rencontrer Giscard : quand on accélère la construction européenne, qu'on étend les domaines jetés dans la fournaise des compétences communautaires, on s'aperçoit que la France est souvent isolée en Europe.

 

Politique économique, Banque centrale européenne, euro fort, protectionnisme, politique industrielle, les positions de la France exprimées haut et fort par Sarkozy horripilent la plupart de nos partenaires.

 

Pendant sa campagne électorale, ce «souverainisme éclairé» bonapartiste et gaulliste lui a attiré de nombreux suffrages populaires, arrachés de haute lutte au FN, un simple groupuscule dans les années 1970. Grâce à ce choix audacieux, Sarkozy a quasiment retrouvé le score de Giscard au premier tour de 1974 (32 %).

 

Mais Valéry Giscard d'Estaing ne fut pas réélu ».

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