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  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine à partir, notamment, des idées de Jean-Pierre Chevènement, l'un de ses fondateurs (celui-ci a souhaité s'éloigner du MRC en 2015). Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens (MDC) après les élections de 2002. En février 2019, le MRC a co-fondé la Gauche Républicaine et Socialiste (GRS), en continuant d'exister, au moins jusqu'à son prochain congrès, en décembre 2020.
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31 août 2013 6 31 /08 /août /2013 22:39

Cet homme d’esprit sait vivre avec peu et se faire aimer

 

Roquebrune-aout-2013-011-T.jpgOn n’oublie pas une rencontre avec Frère Antoine chez lui, dans cette partie du Rocher* qu’il a squattée depuis 1966 et aménagée à son goût. Il sait accueillir simplement et gentiment, échanger des propos avec humour, raconter des anecdotes sur sa vie autant que des réflexions de fond.

 

Roquebrune-aout-2013-016-T.jpg* Le Rocher de Roquebrune (Var) est un amas de rochers rouges, isolé au milieu de la plaine où coule l’Argens, qui sépare les Maures et l’Estérel. Les Maures, massif cristallin aux formes très arrondies, recouvertes d’immenses forêts. L’Estérel, massif volcanique, avec ses falaises de couleur rouge. Lire la présentation qui est faite dans le livre « Roquebrune au fil du temps » (voir Les temps forts culturels - Roquebrune).

 

 

J’avais pour ma visite une raison particulière : nous sommes originaires du même canton en Mayenne (Cossé-le-Vivien) et son nom, Louis Chauvel, m’avait fait penser à cette famille de Cuillé, près de La Guerche-de-Bretagne, qui a exercé des responsabilités électives (mairie, coopérative agricole, notamment). Louis, né en 1923, était le 11ème d’une famille paysanne de 12 enfants.

 

Sa vie a été racontée dans un livre « Le Paradis, c’est ici » (éditions du Châtelet) et des extraits significatifs ont été publiés dans Vie et spiritualité de Frère Antoine.

 

Voir aussi Frère Antoine (ermite) - Wikipédia et Ermite du rocher - Lengele.fr

 

Cet article est le 33ème paru sur ce blog dans la catégorie Personnalités et célébrations

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28 mai 2013 2 28 /05 /mai /2013 22:33
L’esprit de la Résistance, toujours aussi nécessaire
 
C’est dans l’Humanité qu’on trouve la célébration la plus complète du 70ème anniversaire du Conseil national de la Résistance. Voir (27 mai 2013) le numéro spécial à l'occasion des 70 ans du CNR. Le 27 mai 1943, sous l’égide de Jean Moulin, les représentants des mouvements de résistance se regroupent sous l’autorité du Conseil national de la Résistance. Dix mois plus tard, paraît son programme : «les Jours heureux». Voir Programme du Conseil national de la Résistance.

 

Ce jour-là, 48, rue du Four, à Paris, dans l’appartement de René Corbin, s’unifie, sous l’autorité de Jean Moulin, l’ensemble des mouvements de résistance français. Ce jour-là, les résistances devinrent «la Résistance». Posons le décor. Hiver 1942-1943. À l’Est, la guerre bascule. Embourbées à Stalingrad, les armées nazies plient devant l’Armée rouge. La nouvelle court les maquis et accrédite l’idée que le IIIe Reich n’est pas invincible. Constant Paisant, un des FTPF qui s’illustrera en 1944 aux Glières, se souvient: «Ce coup fatal à l’Allemagne, c’était le vent de l’espérance. Il nous porta au long de nos combats, particulièrement dans la tragédie du plateau où allaient mourir plus de 150 camarades.» (Michel Etiévent)

 
Daniel Cordier - ancien secrétaire de Jean Moulin dans la Résistance, devenu historien sur le tard afin de défendre la mémoire de Jean Moulin - a été à l’origine de la réalisation du téléfilm diffusé par France 3 en deux épisodes les 25 et 26 mai.
Voir L'esprit de la Résistance (Marianne, Eric Conan, 25 mai 2013)
Daniel Cordier : "Je voulais tuer des boches" (Nouvel Observateur, 25 mai 2013).
 
Le président de la République a salué les 70 ans du CNR
 
Pour les 70 ans de la création du CNR, Hollande au lycée Buffon. Il y a soixante-dix ans, le 27 mai 1943, se tenait en plein Paris occupé la première réunion du Conseil national de la Résistance (CNR), symbole de l'unification de la Résistance intérieure confiée à Jean Moulin par le général de Gaulle. François Hollande s'est rendu au lycée Buffon avec des membres du CNR.
 
 
François Hollande contre la vichymania (Marianne, Eric Conan, 28 mai 2013)

Comme le dit L’Humanité, ce fut un « service minimum », guère à la mesure de cet évènement qui symbolise l’unité de la Résistance française auquel était difficilement parvenu Jean Moulin en rassemblant les principaux mouvements, partis et syndicats clandestins derrière le Général De Gaulle alors que celui-ci faisait face à l’hostilité des Alliés qui lui préférait le Général Giraud et ses ambiguïtés vis-à-vis de Vichy.
Ce 27 mai 1943 fut donc une date essentielle pour l’avenir car cette unification politique de la Résistance de la droite aux communistes autour du gaullisme de guerre, assurera une place pour la France aux côtés des vainqueurs et permettra au pays d’éviter le schéma confus et violent des Libérations grecque ou yougoslave.

Pour cette journée, le président de la République s’est contenté d’un déjeuner avec quelques résistants - dont Daniel Cordier, le secrétaire de Jean Moulin - et d’une visite en leur compagnie au Lycée Buffon dont cinq lycéens résistants furent fusillés par les nazis. Pour des raisons inexpliquées, la cérémonie envisagée au 48 rue du Four, à Saint-Germain-des-Prés où eut lieu la réunion du Conseil de la Résistance a été annulée.
Et ce sont surtout des préoccupations du présent qui ont émaillé le discours de François Hollande. « Ce qui a été possible (reconstruire le pays, redresser la France) doit encore être possible », a-t-il précisé en notant que ces chefs résistants réunis Rue du Four éprouvaient « ce sentiment que demain peut être meilleur qu’aujourd’hui » (…).

Cet article est le 32ème paru sur ce blog dans la catégorie Personnalités et célébrations

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26 mai 2013 7 26 /05 /mai /2013 22:51

 

Il était un sage, constructif et apaisant, une référence

 

Le 1er mars, déséquilibré par les branches qu’il venait de tronçonner, Jean-Yves Griot était hospitalisé, gravement blessé. Le 1er mai 2013, il s’arrêtait de vivre. Le 4 mai, ses amis étaient nombreux autour de son épouse, Elisabeth, et de leurs enfants, à vouloir manifester leur peine de le voir ainsi quitter le monde des vivants, beaucoup trop tôt, à 70 ans.

Le grand nombre de témoignages était le signe de la diversité de ses engagements. Leur convergence sur le fond montrait la cohérence de ses idées. Cette dernière rencontre dans la salle des sports de la commune était particulièrement émouvante, en rapport direct avec ce qu’avait été Jean-Yves pendant sa vie.

 

La dernière fois que j’ai vu Jean-Yves Griot, le 12 février 2013 : il participait à Paris à la réunion de Mars, le Mouvement agricole et rural solidaire, en qualité de « discutant » après l’intervention de André Neveu sur le thème du développement du capitalisme en agriculture (voir André Neveu s'alarme de la pénétration du capitalisme en agriculture - 13 février 2013).

 

Il avait d’abord conseillé la lecture du livre « Vivre l’agro-révolution française » du journaliste Vincent Tardieu. Puis, il avait réagi à l’exposé de Neveu, considérant que celui-ci avait l’avantage d’alerter sur des réalités. Concernant le Brésil, il avait observé que, depuis l’arrivée au pouvoir de Lula, en 2003, l’agriculture exportatrice et l’agriculture familiale avaient été soutenues, ce qui était nouveau pour cette dernière, représentant 30 % des produits locaux.

Par ailleurs, il avait signalé les conclusions de l’étude de Nadège Garambois montrant l’intérêt des systèmes herbagers du Réseau agriculture durable (coût le plus faible) et, aussi, l’étude de l’INRA en relation avec le CEDAPA (méthode Pochon) en Bretagne sur la qualité de l’eau.

 

Commentaires dans la presse après le décès de Jean-Yves Griot

 

Jean-Yves Griot, paysan solidaire (Ouest-France, 18-19 mai 2013)

 

Il était le cofondateur et premier président du Résea agriculture durable (RAD) dans le Grand-Ouest.

« Il avait l’élégance des sages » ; « C’était un enragé de l’espoir » ; « Sa maison était ouverte à tous », ont dit de lui ses amis lorsqu’ils sont venus lui rendre hommage dans la salle omnisports du Genest-Saint-Isle (Mayenne). Jean-Yves Griot est décédé au matin du 1er mai des suites d’un accident de bûcheronnage.

C’est dans cette commune de Mayenne qu’il s’était installé, en 1977, après avoir travaillé dix ans comme ingénieur à l’Institut technique du porc. Jusqu’au bout, ce pionnier des réseaux d’agriculture durable aura porté le projet d’une agriculture à taille humaine, respectueuse de l’environnement.

Cofondateur du Réseau agriculture durable, adhérent à la Confédération paysanne, militant écologiste, il avait également participé au lancement du réseau Cohérence. « Il y a quinze ans, la bio était marginale, confiait-il en 2012. Aujourd’hui, c’est un créneau porteur. Mais doit-il être réservé à quelques-uns ? Toute l’agriculture est appelée à passer en bio ou à s’en rapprocher ». Lors de cette même intervention, il avait une fois encore exprimé son inquiétude sur les pesticides. Opposé aux importations de soja, Jean-Yves Griot défendait un modèle plus autonome sur son exploitation de 38 hectares qu’il avait cédée en 2003. « Un grand humain, à la fois humble, constructif et tenace », explique Jean-Marie Lusson.

Semeur d’espoir, il faisait partie de ces paysans dont les idées alimentent aujourd’hui les projets autour de l’agro-écologie. Une agriculture enracinée et ouverte sur le monde.

 

Jean-Yves Griot militait pour la “cohérence” sociale (L’avenir agricole, Frédéric Gérard, 10 mai 2013)

C’est un pédagogue de premier plan que viennent de perdre les réseaux altermondialistes et de dé­ve­lop­pement durable.

Jean-Yves Griot a été l’un des acteurs fondateurs du réseau agriculture durable (RAD, 1994), puis instigateur du réseau Cohérence­ (1997), auquel adhère une centaine d’associations de producteurs, consommateurs et environnementalistes du Grand-Ouest. 

Dès 1984, trois ans après la création du Cédapa d’André Pochon dans les Côtes-d’Armor, il lance l’Aldis (Action locale pour un développement solidaire), qui se veut une ONG mayennaise. Depuis, des liens perdurent entre agriculteurs de la Mayenne et de l’Ouest et des paysans brésiliens. Jean-Yves Griot s’était aussi investi dans la politique, et s’était notamment présenté aux Européennes en 2007, sous l’étiquette Europe-Ecologie -Les Verts. 

Jean-Yves Griot était éleveur laitier au Genest-Saint-Isle, associé à un autre militant de la première heure de la Confédération­ paysanne, Albert Ody. Ingénieur de formation, il a travaillé dix ans à Paris à l’Institut technique du porc, avant de s’installer en Mayenne, en 1977. 

En 2003, le natif du Massif-Central prend sa retraite et laisse l’exploitation à laquelle il avait adapté ses préceptes : une “taille humaine” (38 hectares) et la recherche de système fourrager autonome. Depuis sa formation au lycée agricole, il mettait en cause l’agriculture productiviste prônée à l’époque de façon forcenée par ses enseignants. 

Des combats­ qui le mèneront à s’opposer au recours massif du soja, rendant “dépendant” l’élevage européen du continent américain, à ses yeux.

Anti-OGM, il les dénonçait à travers les frontières, jusqu’au Brésil qu’il connaissait bien, où des paysans en recherche d’organisation collective étaient chassés de leurs terres par les grands propriétaires.

 

L'agriculture durable perd son Griot (Bretagne durable, Laurence Mermet, 8 mai 2013)

 

Jean-Yves Griot nous a quitté le 1er mai dernier. Agriculteur, pionnier de l’agriculture durable, syndicaliste à la Confédération paysanne, cheville ouvrière du réseau Agriculture Durable et du réseau breton Cohérence, cet homme tranquille et de conviction a non seulement remis en cause avec d’autres paysans et des personnes de la société civile l’agriculture productiviste industrielle du Grand Ouest, mais également proposé un autre modèle agricole, en faisant notamment la promotion du système herbager dans un souci d’autonomie de production. Ceux et celles qui ont eu le plaisir de le côtoyer saluent son engagement et son humanisme constants. Marié, père et grand-père, il avait 70 ans. Sa disparition suscite une vive émotion ainsi qu'une immense tristesse.

Originaire de la Loire, Jean-Yves Griot fut tout d'abord Ingénieur à l’Institut technique du porc à Paris durant 10 ans, puis éleveur laitier au Genest-Saint-Isle en Mayenne, de 1977 à 2003. En cohérence avec ses convictions, il a fait évoluer son système de production vers une agriculture plus autonome, plus économe et liée au sol. Avant de prendre sa retraite, il était ainsi dans un GAEC de 2 exploitants, sur une ferme de 38 ha, en système herbager développé au sein des groupes Agriculture durable.

Une vie militante pour un autre développement, durable et solidaire

Des premières activités militantes aux dernières, des premières responsabilités aux dernières, du local dans sa commune dont il était conseiller municipal à l’international, l'ampleur de l'engagement de ce chevalier de la Légion d’honneur est impressionnante. Jean-Yves Griot a activement oeuvré à la construction de deux réseaux associatifs accompagnant les agriculteurs à faire évoluer leur mode de production. Le Réseau Agriculture Durable, dont il fut le premier président. Le Réseau Cohérence dont il fut président puis secrétaire général, aux côtés de Jean-Claude Pierre. Il était aussi pilote de sa Commission Eau-Agriculture-Santé où il a mené un travail très patient et déterminé pour faire valoir une agriculture respectueuse du vivant. Ainsi, l'accompagnement d'éleveurs de porcs vers des exploitations à taille humaine, valorisant des systèmes durables, respectueux de l'environnement et des animaux (retour sur paille) par la voie d'une certification citoyenne participative, a été l'un de ses dossiers majeurs dont les enjeux restent cruciaux quant aux indispensables mutations de l'agriculture en Bretagne.

 

Voir aussi : Décès de Jean-Yves Griot (EELV, 3 mai 2013)

Décès de Jean-Yves Griot (EELV, Pays de la Loire, 8 mai 2013)

Jean-Yves Griot à l'AG du réseau Cohérence - Vidéo Dailymotion (25 mai 2012)

Cet article est le 31ème paru sur ce blog dans la catégorie Personnalités et célébrations

 

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28 février 2013 4 28 /02 /février /2013 23:10

Il nous reste à transformer l’indignation en projet européen

 

La vie de Stéphane Hessel (voir Wikipédia) a été à la hauteur du personnage de roman qu’il a été d’emblée. Sa vie s’appelle « Résistance ». Il a perçu, avec plus d’acuité que d’autres, la crise de l’Europe dont le dévoiement l’indignait.
A tous ceux qui, aujourd’hui, perdent un ami, il appartient, comme dit le Chant des Partisans, de prendre sa place.
Il faut transformer son indignation en projet* pour mettre les peuples au cœur de la construction européenne.
Signé Jean-Pierre Chevènement (27 février 2013). Voir
La vie de Stéphane Hessel s’appelle "Résistance".

 

Stéphane Hessel

Naît le 20 octobre 1917 à Berlin. Son père, Franz Hessel, essayiste, ami de Walter Benjamin et traducteur de Proust, appartient à l'intelligentsia de la République de Weimar. Sa mère, Helen Grund, a inspiré le roman Jules et Jim d'Henri-Pierre Roché, adapté au cinéma par François Truffaut (1962). Elevé dès le début des années 1920 en France, Stéphane Hessel intègre l'Ecole normale supérieure en 1937 et fait des études de philosophie.

Après la débâcle de 1940, il est proche de l'Américain Varian Fry qui s'efforce alors de faire sortir les intellectuels allemands menacés de la France occupée, puis gagne Londres où il travaille pour le Bureau central de renseignements et d'action. Arrêté au cours d'une mission en 1944, il est déporté à Buchenwald, Dora puis Bergen-Belsen et ne retrouve Paris qu'en mai 1945. Devenu diplomate, il assiste à la naissance de l'ONU. Il y sera chef de la délégation française à partir de 1977 et élevé à la dignité d'ambassadeur de France en 1981.

Infatigable signataire de pétitions en faveur des causes qui lui tenaient à coeur, la lutte contre la pauvreté, la défense des Palestiniens ou celle des objectifs du Conseil national de la Résistance. Ce proche de Michel Rocard et amateur de poésie s'est engagé jusqu'à la fin de son existence à travers son texte Indignez-vous ! (Indigène, 2010), dont le retentissement fut mondial. Il est mort le 27 février à Paris.

 

Cette biographie conclut cet article du quotidien Le Monde : Hessel - Morin : réinventer la politique

"Le Monde" publie le 28 février 2013 un dialogue inédit de Stéphane Hessel et Edgar Morin, fruit de la rencontre de deux tontons flingueurs de la pensée. Propos recueillis par Nicolas Truong.

Stéphane Hessel et Edgar Morin : deux résistants, deux tempéraments, deux figures phares de l'engagement. L'ancien diplomate et le sociologue se sont rencontrés le 19 juillet 2011, au Théâtre des idées, le cycle de rencontres intellectuelles du Festival d'Avignon. Vifs, graves, alertes et enjoués, ils ont donné ce jour-là quelques raisons d'espérer, malgré la crise mondiale, quelques motifs de croire en la politique en dépit de toutes les désillusions auxquelles nous a conduit le règne des cyniques. En tontons flingueurs de la pensée, ils s'en sont même pris aux nouvelles forces réactionnaires droitières comme aux impasses d'un progressisme de reniement (…).

 

Voir aussi "Quand j'ai rencontré Stéphane Hessel" (Le Monde, 28 février 2013).

 

* Transformer l’indignation en projet : c’est que nous proposons avec CiViQ. Voir CiViQ 2013

Cet article est le 30ème paru sur ce blog dans la catégorie Personnalités et célébrations

 

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31 janvier 2013 4 31 /01 /janvier /2013 19:07

Le progrès résulte d’un intense travail patient et collectif

 

C’est la 3ème fois que Jean Rivon m’adresse ses vœux sous la forme d’une réflexion sur la vie (voir Jean Rivon, dans ses voeux 2011, appelle à agir dans le cadre collectif - 30 janvier 2011). C’est un sage méthodique qui valorise son expérience professionnelle acquise en tant qu’expert comptable, réviseur des coopératives agricoles de l’ouest de la France.

 

Retraité, il est de retour depuis quelques années dans son Ain natal, dans un appartement donnant sur la Saône, avec vue privilégiée sur Mâcon.

 

Etudiants à l’Ecole nationale supérieure agronomique de Rennes (aujourd’hui Agrocampus), nous étions parmi les délégués des élèves, animateurs du mouvement aspirant à des réformes pédagogiques, en mai et juin 1968, dans cet établissement.

Ce texte doit être lu en se laissant porter par les mots, comme quand on écoute Michel Serres à la radio. Vous verrez, à la fin, vous aurez envie de retenir de bons conseils de philosophie de la vie et d’analyse de l’évolution du monde.

Meilleurs voeux pour 2013

 

Après des années de déferlement de pessimisme et de dénigrement sur « la France qui tombe dans un monde inhumain », pour préparer l’avenir efficacement et ne pas paniquer à tout propos, il est utile de retrouver cette image : un arbre qui tombe fait beaucoup de bruit, alors qu’une forêt qui germe ne s’entend pas.

 

Nous percevons difficilement ce qui germe car cela est petit et lent, de même que le bonheur se construit si lentement qu’on en prend conscience seulement lorsqu’il est parti, alors qu’un malheur est souvent brutal et inattendu.

Le développement fulgurant des médias par l’informatique est un progrès technique aussi important que l’imprimerie mais, comme souvent, un nouveau progrès est mal utilisé dans ses débuts. Parce que ceux qui vivent des médias croient que leur public, c’est-à-dire nous, ne nous intéressons qu’à ce qui est excitant, sensationnel ou effrayant. Les médias le croient et nous leur donnons souvent raison. Et comme nous écoutons béatement leurs pires prédictions, elles ont plus de chances de se réaliser : ce qu’on appelle des prévisions auto-réalisatrices.

 

Le progrès nécessite un intense travail patient et collectif que la confiance amplifie, alors que le pessimisme affaiblit nos capacités créatrices. Ce dont beaucoup de penseurs se doutaient, les neurosciences le prouvent maintenant. Il est donc temps de redresser la tête, d’être attentif à tout ce qui germe sous nos yeux et de le faire savoir.

 

Outre le développement des médias, des mutations gigantesques sont en cours qui nous font basculer vers un autre monde et certains considèrent même que la bascule en cours est aussi importante pour l’humanité que la maîtrise du métal il y a 20 000 ans environ.

 

Ces mutations, certes, portent autant de promesses que de menaces mais ne voir que les menaces conduit inévitablement à leur réalisation. Les menaces inquiètent ceux qui ont quelque chose à perdre alors que les promesses donnent du courage et de l’espoir aux plus démunis. Notre désespérance mondaine n’a pas cours chez les plus démunis qui, au contraire, misent tout sur ces mutations qui renverseront les blocages qui les maintiennent sous le seuil de pauvreté et dans la dépendance.

 

Déjà, elles leur permettent à l’évidence de vivre beaucoup plus longtemps qu’il y a quelques dizaines d’années. Ne nous laissons pas aveugler par les nouvelles difficultés (comme la malnutrition ou le chômage) qui résultent de la disparition d’épidémies ravageuses.

 

On pourrait développer une multitude d’évolutions qui prouvent cette raison d’espérer. Prenons une évolution qui nous touche de près : l’évolution de l’Europe.

50 ans après l’accord franco-allemand, les pessimistes ne voient que la lenteur des décisions, la tiédeur des opinions et les récriminations en tous genres sur l’ingérence de l’Europe dans notre vie quotidienne. Pourtant les fondateurs de l’Europe avaient trois objectifs :

 

- 1°objectif : qu’il n’y ait plus jamais la guerre : objectif atteint ; l’affaire du Kosovo a montré que l’Europe a tout fait pour étouffer ce conflit qui, en d’autres temps, pouvait embraser toute l’Europe. La guerre évitée, une compétition économique est apparue entre les nations car le marché et la monnaie unique ont été lancés sans l’harmonisation économique, financière et sociale qui avait pourtant été préconisée par les fondateurs. Cette erreur, due à l’idéologie libérale effrénée qui a sévi après la chute du mur de Berlin, est maintenant bien identifiée et les politiques commencent à faire des propositions pour y remédier,

 

- 2°objectif : que l’on mette en place une économie sociale de marché différente du capitalisme anglo-saxon ; cette option a été progressivement affaiblie par le cheval de Troie que constitue le Royaume Uni ; mais l’option est toujours en vigueur et raffermie par la crise financière due aux excès des banques américaines et anglaises. Le modèle anglo-saxon n’est plus mis en avant bien qu’il dispose encore de lobbys puissants contre lesquels même les USA luttent. De même, la réussite économique allemande masque une dégradation sociale qui se dévoile peu à peu,

 

- 3°objectif : que la démocratie soit la règle en Europe, ce qui est maintenant la règle partout au niveau des nations européennes ; reste à l’étoffer au niveau des institutions communautaires pour que les peuples se sentent réellement européens et non le jouet des technocrates libéraux bruxellois et des grandes banques internationales qui les conseillent.

 

On observe donc que les objectifs fixés il y a 50 ans sont toujours indiscutés et sont en grande partie atteints. On observe aussi que des puissances de culture non européenne ont tenté de les dévoyer mais que ces détournements ont conduit à des déboires évidents que nous sommes déjà en train de corriger en revenant aux objectifs initiaux.

 

D’où une méthode en 4 temps pour participer à la construction de l’avenir et pour ne pas se laisser envahir par la morosité, l’inquiétude et la déception :

 

- 1°temps : face à un problème, ne pas accorder trop d’importance aux dénigrements inévitables mais rechercher l’évolution profonde qui se cache derrière le symptôme,

- 2°temps : prendre du recul et mesurer le parcours positif accompli précédemment sur lequel se greffe le problème bruyamment médiatisé,

- 3°temps : rechercher la disposition technique qui a généré le problème (exemple : la dérégulation de l’endettement des ménages aux USA qui a généré les subprimes) et découvrir les intérêts particuliers qui ont oeuvré pour mettre en place cette disposition,

- 4°temps : agir à son niveau pour faire la clarté et promouvoir les solutions.

 

Trop difficile cette méthode ? Non car on trouve facilement sur Internet toutes les analyses nécessaires. Il faut simplement les trier sur les critères de cohérence et de modestie de l’analyse et non sur la brillance ou le caractère affirmatif qui cachent presque toujours un lobby en action. Il est en effet très facile de paraître avoir la solution d’un problème en ignorant une ou plusieurs données (exemple : y-a-qu’à faire comme les allemands pour résoudre le problème du chômage en France, en oubliant que les entreprises allemandes peuvent payer des mini-jobs à 400 euros par mois).

 

En appliquant cette méthode on retrouve le sens de l’évolution de l’humanité qui est l’accumulation de connaissances et de savoir-faire pour vivre mieux. Cette évolution n’est pas linéaire et peut donner le sentiment parfois d’assister à des reculs ; ces reculs sont dus à l’apprentissage des nouveaux progrès et aux résistances de ceux qui ne voient pas que le changement sera bénéfique même s’il faut modifier les habitudes. Ces résistances peuvent parfois être exacerbées par l’impatience et la violence de ceux qui sont pressés de mettre en oeuvre le nouveau progrès.

 

L’exemple de l’intégrisme musulman illustre parfaitement ce mécanisme et ce qui se passe aujourd’hui (le terrorisme djihadiste en réaction à l’évolution de sociétés trop longtemps figées ou contraintes) était largement anticipé par divers analystes, le plus clair d’entre eux étant en France Emmanuel TODD. Le même mécanisme est éclairant pour le changement climatique, l’énergie nucléaire, la mondialisation, les investissements collectifs, les assurances collectives, les nouvelles technologies, la maîtrise génétique, etc.

 

Parmi les nombreux germes qui poussent dans la forêt de l’évolution, citons l’apparition du « serment des scientifiques » proposé par Michel SERRES : « pour ce qui dépend de moi, je jure : de ne pas faire servir mes connaissances, mes inventions et les applications que je pourrais tirer de celles-ci à la violence, à la destruction ou à la mort, à la croissance de la misère ou de l’ignorance, à l’asservissement ou à l’inégalité, mais de les dévouer à l’égalité entre les hommes, à leur survie, à leur élévation et à leur liberté ».

 

Bonne germination 2013.  

Cet article est le 29ème paru sur ce blog dans la catégorie Personnalités et célébrations 

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18 novembre 2012 7 18 /11 /novembre /2012 21:16

Belle continuité de l’action sportive des municipalités

 

Le 17 novembre (hier), avait lieu à Saint-Berthevin l’inauguration de l’espace sportif Bernard Le Godais, qui concerne l’ensemble des équipements sportifs situés autour de la place Pierre de Coubertin : la salle multisports* qui portait le nom de Cosec (complexe sportif évolutif et couvert), ainsi que les terrains de sports - football (stade Robert Hubert), athlétisme** (et la salle de chronométrage Robert Planchenault), notamment.

* La salle André Cosme, construite en 1999-2000, est sans équivalent en Mayenne en tant que salle dédiée aux sports, par sa dimension et sa capacité d’accueil (près de 1000 personnes, en gradins). Elle a coûté 12 millions de francs (environ 1,8 millions d’euros). Les efforts de la municipalité dont j’ai eu la responsabilité, de 1990 à 2001, ont été récompensés par la médaille de la Jeunesse et des sports qui m’a été attribuée par le Préfet de la Mayenne, à l’initiative du directeur départemental de la Jeunesse et des sports.

** Dans Ouest-France, 24 septembre 2012, sous le titre « Rénovée, la piste de l’athlétisme a été inaugurée », il est indiqué : « Cet équipement, créé en 1989, semble aujourd’hui tout neuf. Les travaux, démarrés en juillet dernier, viennent tout juste de s’achever pour un coût de 293 000 euros, dont une partie subventionnée par le conseil général à hauteur de 45 000 euros » (…). Il est précisé aussi qu’il existe 2 400 licenciés dans les différentes disciplines sportives de Saint-Berthevin et que c’est la fin du cycle de rénovation des équipements sportifs relevant de l’actuelle municipalité.

A noter que le « Complexe sportif de l’Eglanière » a été inauguré le 23 juin 2012. Il est composé de trois courts couverts avec gradins et deux courts extérieurs, un club house, des terrasses, des vestiaires et une salle de soins. Le coût (plus de 2 millions HT) a été financé par la vente des terrains des Portes du Vicoin et à partir du budget d’aménagement de cette opération. L’ancien « Espace sportif La Forêt », acquis par la commune en 1990, va être démoli dans cette opération (infos du Courrier de la Mayenne, 28 juin 2012).

 

Le maire, Yannick Borde, et son adjoint aux sports, Christophe Guesné, avaient convié le 17 novembre à « une réception en l’honneur de la dénomination du Complexe sportif Espace sportif Bernard Le Godais ». Voici le compte rendu qu’en a fait le quotidien Ouest-France, ce 18 novembre 2012, dans ses pages « Mayenne », rubrique Saint-Berthevin :

 

Bienvenue dans l’espace sportif Bernard Le Godais

 

Samedi matin, en présence des conseillers municipaux qui ont œuvré avec Bernard Le Godais de 1965 à 1990, Michel Sorin, ancien maire, et quelques membres de son équipe, et beaucoup de membres d’associations, les installations sportives ont perdu définitivement le nom de Cosec pour prendre celui de « Espace sportif Bernard Le Godais ».

 

Yannick Borde, maire, et le conseil municipal ont voulu honorer cet homme qui a permis à la commune de se transformer d’un petit village en 4ème ville du département.

« Bernard Le Godais était un grand humaniste. Il a largement contribué au développement de la vie associative, dont le sport, dans la commune, a précisé le maire, Cet espace est assez emblématique, il est fréquenté par toutes les catégories d’âges. C’est un site de grande qualité qui n’a pas d’égal en Mayenne ».

 

Michel Sorin, quand il était maire, a poursuivi le travail engagé par Bernard Le Godais. Il s’est dit satisfait de voir ce lieu porter le nom de Bernard Le Godais et voit dans cet ensemble sportif la continuité du travail réalisé par les différentes municipalités.

 

En conclusion, Yannick Borde a précisé : « Notre action s’inscrit dans la dynamique mise en place par Bernard Le Godais ». 

Inauguration Espace sportif B Le Godais StB 171112 002 TPhoto : Madeleine Le Godais et Yannick Borde « ont dévoilé » le nouveau nom de l’espace sportif comprenant la salle multisports et les terrains de sports

 

Bernard Le Godais, bâtisseur de Saint-Berthevin

 

Bernard Le Godais fut le fondateur de Saint-Berthevin en tant que petite ville (actuellement, 7 000 habitants). Auparavant, c’était un village (2 000 habitants), plutôt rural, bien que situé tout près (4 km) de Laval, la commune étant coupée en deux par la route Laval-Rennes.

 

Né à Craon en Mayenne en 1918, il est décédé le 25 février 2012 à la maison de retraite Eurolat de Saint-Berthevin. Il avait été maire de Saint-Berthevin de 1965 à 1990, après avoir été conseiller municipal de Laval pendant un mandat. Il était un élu influent (secrétaire) de la Chambre de commerce et d’industrie de Laval et de la Mayenne, lui-même dirigeant un négoce (quincaillerie, machines à bois) avec son épouse. Le Parc des Expositions, situé boulevard des Loges, a été installé à Saint-Berthevin à son initiative.

 

Comme l’indique l’hebdomadaire « Le Courrier de la Mayenne », dans son édition datée du 1er mars 2012, le maire honoraire de Saint-Berthevin avait été un « homme d’avant-garde qui a beaucoup travaillé pour faire évoluer la commune. Les constructions des différents lotissements, ceux de la Forêt et du Lac. Les travaux à l’intérieur de l’église. Le déménagement du presbytère afin d’y installer l’école de musique. La transformation de l’ancienne école des filles en centre de rencontres. La réalisation de la maison de retraite Eurolat. L’aménagement du site de Coupeau, avec la construction de la piscine. Les constructions des groupes scolaires de la Forêt puis du Lac.

Il a beaucoup œuvré dans le milieu associatif. Membre fondateur des Amis de la musique, il a dirigé pendant de nombreuses années la chorale. Fondateur des jumelages avec Wehingen (Allemagne) en 1969***, avec Minehead (Angleterre) en 1990, il a initié les contacts avec Caslino d’Erba (Italie) et Recas (Roumanie). La construction du stade de football et des premières salles de sports sur les terres du petit Beauchêne. Sans oublier, la construction de la mairie, de la poste, les immeubles… »

 

40ansjumWeh 230509 178 LeGodaisSorinBorde T*** Voir cet article à l’occasion du 40ème anniversaire de jumelage : Jumelage entre Wehingen et Saint-Berthevin : une belle oeuvre d'art - 25 mai 2009. 

 

Claude Vincent récompensé par la municipalité

Claude Vincent, qui avait été président de 2000 à 2012 de l’Union sportive Saint-Berthevin (USSB omnisports), a reçu la médaille de la Ville de Saint-Berthevin à cette occasion.

Voir INFO le bulletin « Info Saint-Berthevin » n° 40, juillet-août 2010.

« Domicilié à Changé pendant un certain nombre d’années, Claude VINCENT avait cependant depuis longtemps un « pied » à Saint-Berthevin. Enseignant à l’école La Forêt, il a commencé à côtoyer le monde associatif berthevinois en 1989. Participant de plus en plus à la vie associative de la commune, il décide de s’installer à Saint-Berthevin en 1995. Il créé alors le club de tennis comme section de l’USSB à part entière et en prend la présidence de 1995 à 2000. Ce n’est qu’après qu’il prend les commandes de l’USSB, épaulé par les présidents de chaque section ».

Cet article est le 28ème paru sur ce blog dans la catégorie Personnalités et célébrations

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6 novembre 2012 2 06 /11 /novembre /2012 12:29

Rassembler les Français pour redresser l’économie

 

Le 5 novembre 2012 sera une date historique pour la France si, comme tout le laisse supposer, le gouvernement de Jean-Marc Ayrault valide l’esprit et, pour l’essentiel, la lettre du « Pacte pour la compétitivité de l’industrie française » proposé par Louis Gallois (voir Louis Gallois propose un pacte de compétitivité pour l'industrie française - 5 novembre 2012).

 

Que dit Louis Gallois ?

Voir Les réactions au rapport de Louis Gallois sur la compétitivité (Ouest-France, 6 nov. 2012)

 

Tous les indicateurs le confirment : la compétitivité de l’industrie française régresse depuis 10 ans et le mouvement semble s’accélérer*. La diminution du poids de l’industrie dans le PIB français est plus rapide que dans presque tous les autres pays européens ; le déficit croissant du commerce extérieur marque nos difficultés à la fois vis-à-vis des meilleures industries européennes et face à la montée des émergents.

 

La perte de compétitivité industrielle est le signe d’une perte de compétitivité globale de l’économie française. Car l’industrie ne se développe pas en vase clos : elle dépend des autres secteurs de l’économie, des services et de l’énergie en particulier ; elle dépend de l’écosystème créé par les politiques publiques, de la dynamique des dépenses et des recettes publiques, ou du fonctionnement des services publics, des grandes infrastructures, comme de l’appareil de formation et de recherche ou du marché du travail.

Cette perte de compétitivité est, pour une large part, à l’origine des déséquilibres des finances publiques comme du chômage ; elle limite notre marge de manoeuvre en Europe et dans le monde ; elle menace notre niveau de vie et notre protection sociale ; elle réduit la capacité de croissance de l’économie.

 

L’industrie et les services qui lui sont associés sont clés dans cette affaire : c’est eux qui sont les plus directement exposés à la concurrence internationale ; c’est sur eux que repose le poids du commerce extérieur. L’emploi dans l’industrie est plus qualifié que la moyenne et il a un effet multiplicateur plus fort sur les autres emplois. L’industrie porte une très large part de la recherche et de l’innovation, ainsi que des gains de productivité.

Les pays les plus industrialisés sont ceux qui résistent le mieux à la crise. La reconquête de la compétitivité industrielle doit donc être considérée comme la priorité économique de notre pays : elle conditionne tout le reste. Cette priorité – notamment par rapport aux secteurs abrités – doit se traduire dans les politiques publiques.

 

D’où notre proposition qui « surplombe » celles, plus spécifiques, du présent rapport :

Toute nouvelle disposition législative ou réglementaire significative, toute nouvelle politique lancée par l’État devrait être accompagnée d’un document précisant son impact sur la compétitivité industrielle et les moyens d’en réduire les effets négatifs éventuels.

 

Pour reconquérir sa compétitivité, la France devra accomplir des efforts, manifester une grande persévérance dans l’action. Cela prendra du temps même si de premiers résultats peuvent être obtenus assez rapidement. Cela suppose un fort consensus au sein de la communauté nationale sur la nécessité de cette reconquête et de l’effort nécessaire ; chacun doit avoir le sentiment que l’effort est justement partagé, comme en seront justement partagés les bénéfices lorsqu’ils apparaîtront. Cela suppose aussi une confiance dans la capacité à réussir et une confiance dans l’engagement des différentes composantes de la société. C’est donc un pacte de confiance que le pays doit nouer avec lui-même.

 

L’objet du présent rapport, au-delà du diagnostic, est de proposer un ensemble de mesures cohérentes, servant de base à un pacte entre tous les acteurs de la reconquête industrielle de la France.

 

1re proposition : l’État s’engage à ne pas modifier cinq dispositifs, au moins, au cours du Quinquennat :

- le crédit impôt recherche

- les dispositifs dits « Dutreil » favorisant la détention et les transmissions d’entreprises

- la contribution économique territoriale (68 modifications de la taxe professionnelle en 35 ans !)

- les incitations « sociales » aux jeunes entreprises innovantes, rétablies à leur niveau de 2010.

- les dispositifs en faveur de l’investissement dans les PME, notamment « l’IR PME30» et « l’ISF PME 31» (annonce du Président de la République à la Remise des Prix de l’Audace Créative – le 20/09/2012).

 

2e proposition : introduire dans les Conseils d’Administration ou de Surveillance des entreprises de plus de 5 000 salariés, au moins 4 représentants des salariés, sans dépasser le tiers des membres, avec voix délibérative, y compris dans les comités des conseils.

 

3e proposition : créer un Commissariat à la Prospective, lieu d’expertise et de dialogue social.

Accompagner chaque Loi de Finances d’un rapport sur la situation de l’appareil productif fondé sur les travaux du Commissariat.

 

4e proposition : créer un choc de compétitivité en transférant une partie significative des charges sociales jusqu’à 3,5 SMIC – de l’ordre de 30 milliards d’euros, soit 1,5 % du PIB – vers la fiscalité et la réduction de la dépense publique. Ce transfert concernerait pour 2/3 les charges patronales, et pour 1/3 les charges salariales.

 

5e proposition : mener les recherches sur les techniques d’exploitation des gaz de schiste.

 

6e proposition : aligner les conditions de crédit et des garanties export, en volume, quotité et taux sur le meilleur niveau constaté dans les pays avancés et créer un « prêteur direct » public.

 

7e proposition : sanctuariser le budget de la recherche publique et celui du soutien à l’innovation sur la durée du quinquennat.

 

8e proposition : créer un mécanisme d’orientation de la commande publique vers des innovations et des prototypes élaborés par des PME : objectif de 2 % des achats courants de l’État.

 

9e proposition : créer, au sein de la BPI, un produit constitué d’actions de préférence sans droit de vote (bénéficiant en contrepartie d’une rémunération privilégiée).

 

10e proposition : élaborer un équivalent du « Small Business Act », comme cadre de cohérence des dispositifs en faveur de la croissance des PME.

 

11e proposition : conditionner les soutiens de l’État aux actions des grandes entreprises à leur capacité à y associer leurs fournisseurs et sous-traitants.

 

12e proposition : renforcer la gouvernance et les moyens des comités de filières de la Conférence Nationale de l’Industrie (CNI).

 

13e proposition : donner aux Régions la responsabilité de coordonner l’action des différentes structures régionales en charge de promouvoir l’innovation et le développement de l’industrie, ainsi que d’animer le dialogue social.

 

14e proposition : systématiser la présence des entreprises dans la gouvernance de l’enseignement technique et professionnel au niveau des établissements (Conseils d’administration), des Régions (établissement des cartes de formation) et au niveau national.

 

15e proposition : doubler le nombre de formations en alternance sur la durée du quinquennat.

 

16e proposition : demander aux partenaires sociaux de négocier les modalités de mise en oeuvre d’un compte individuel de formation, « crédité » soit au début de la vie active, soit chaque année, et attaché non au statut, mais à la personne.

 

17e proposition : confirmer aux Commissaires aux comptes qu’ils doivent obligatoirement joindre à leur avis sur les comptes de l’entreprise, un rapport sur le crédit interentreprises. Prévoir des sanctions administratives (DGCCRF) en cas de manquement aux règles sur les délais de paiement.

 

18e proposition : allonger la « durée » des contrats d’assurance vie par une adaptation de leur régime fiscal ; avantager fiscalement les contrats en unités de compte (c'est-à-dire investis en actions) et les « contrats diversifiés » par rapport aux contrats dits en euros (placements essentiellement obligataires).

 

19e proposition : doubler en cinq ans la capacité de France Investissement (BPI) à développer des partenariats public-privé dans le domaine du capital-investissement pour soutenir les entreprises ayant de forts besoins d’investissement au moment de l’industrialisation de leurs innovations.

 

20e proposition : donner au CGI la mission de porter trois priorités techniques et industrielles : (1) les technologies génériques, (2) la santé et l’économie du vivant et (3) la transition énergétique.

 

21e proposition : accompagner toutes les décisions européennes concernant la concurrence d’un avis d’experts économiques et industriels extérieurs à la Commission ; cet avis serait public.

 

22e proposition : autoriser les entreprises qui le souhaitent à faire présider le Comité d’Entreprise par un représentant des salariés.

 

* Un véritable décrochage

 

Le décrochage de l’industrie française, qui s’est amorcé dans les années 1970 s’est accéléré au cours de la dernière décennie, notamment par rapport à l’Allemagne, mais aussi par rapport à la Suède ou l’Italie. Toutes les analyses récentes convergent vers un même constat : l’industrie française atteint aujourd’hui un seuil critique, au-delà duquel elle est menacée de déstructuration.

 

_ La part de l’industrie (hors construction) dans la valeur ajoutée totale, en France, est passée de 18 %, en 2000, à un peu plus de 12,5 %, en 2011, nous situant désormais à la 15e place parmi les 17 pays de la zone euro, bien loin de l’Italie (18,6 %), de la Suède (21,2 %) ou de l’Allemagne (26,2 %).

 

_ L’emploi industriel (hors construction) s’est également continuellement dégradé : il est passé de plus de 26 % de l’emploi salarié total en 1980 (5,1 millions de salariés) à 12,6 %, en 2011 (3,1 millions de salariés), la France perdant ainsi plus de 2 millions d’emplois industriels en 30 ans.

L’accroissement de la concurrence étrangère, celle des pays européens comme celle de plus en plus présente des pays émergents, expliquerait entre un tiers et la moitié de ces destructions d’emplois sur la période récente (2000-2007).

 

_ L’affaiblissement de l’industrie française se traduit par des pertes de parts de marché considérables à l’exportation : en Europe, premier débouché commercial de la France

(58,4 % des exportations en 2011), la part de marché des exportations françaises est passée de 12,7 %, en 2000, à 9,3 %, en 2011. Sur la même période, les exportations intracommunautaires de l’Allemagne ont progressé de 21,4 % à 22,4 %.

Globalement, le solde de la balance commerciale est passé d’un excédent de 3,5 milliards d’euros en 2002 à un déficit de 71,2 milliards d’euros (soit 3,5 points de PIB), en 2011. La balance hors énergie était de + 25,5 milliards d’euros en 2002, elle est de –25,4 milliards d’euros, en 2011.

 

Cette situation se répercute sur le déficit public et l’endettement de notre pays. La perte de compétitivité a ainsi des conséquences majeures sur l’économie française.

Les drames industriels, que la presse évoque tous les jours, émeuvent à juste titre l’opinion publique et lui donnent le sentiment que l’industrie « fout le camp » et, pire, que c’est irrémédiable.

Cet article est le 27ème paru sur ce blog dans la catégorie Personnalités et célébrations

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5 novembre 2012 1 05 /11 /novembre /2012 23:13

Vingt-deux mesures pour créer un choc de confiance

 

C’était attendu. Louis Gallois a remis son rapport ce 5 novembre au Premier Ministre, Jean-Marc Ayrault. Document intitulé « Pacte pour la compétitivité de l’industrie française ».

Voir la vidéo publiée sur le site du quotidien Le Monde ce 5 novembre :

Compétitivité : Louis Gallois prône "un choc de confiance" et appelle au "patriotisme"

 

Plan du document (voir Libération, 5 novembre : Rapport Gallois : toutes les propositions)

 

1re PARTIE – LA COTE D’ALERTE EST ATTEINTE

 

1. Un véritable décrochage

2. Un cercle vicieux prix/hors prix bien identifié

3. Des causes structurelles   

a. Le premier bloc de handicaps concerne la recherche, l’innovation et la formation, mal articulées avec l’industrie

b. Le deuxième bloc concerne des flux de financement insuffisamment orientés vers le tissu industriel

c. Le troisième bloc de handicaps porte sur la faiblesse de la structuration et de la solidarité industrielles

d. Enfin, le dialogue social est insuffisamment productif. Le marché du travail fonctionne mal.

4. Le redressement est possible : la France a des atouts forts qu’elle doit valoriser

 

2e PARTIE – UNE AMBITION INDUSTRIELLE : LA MONTÉE EN GAMME

 

1. La priorité à l’investissement : un choc de confiance

a. Assurer un environnement favorable à l’investissement en France : reconnaissance, stabilité, visibilité

b. Le choc de compétitivité : un choc de confiance

2. Le coût de l’énergie : un atout à préserver

3. La montée en gamme : de l’innovation à l’exportation

 

3e PARTIE – LA STRUCTURATION ET LA SOLIDARITÉ DU TISSU INDUSTRIEL : FAIRE TRAVAILLER LES ACTEURS ENSEMBLE

 

1. Faire croître le nombre d’ETI

2. Renforcer la solidarité des filières industrielles

3. Développer les solidarités territoriales

 

4e PARTIE – LES LEVIERS DE LA POLITIQUE INDUSTRIELLE

 

1. Une formation répondant aux besoins de l’industrie

a. La formation initiale : rapprocher le système éducatif et les entreprises

b. La formation continue : développer les formations qualifiantes et diplômantes

2. Un financement dynamique pour l’industrie

3. Le Commissariat Général à l’Investissement : l’instrument de l’État au service de la préparation de l’avenir

 

5e PARTIE – POUR UNE POLITIQUE INDUSTRIELLE EUROPÉENNE

 

1. Une stratégie industrielle européenne trop générale et lacunaire

2. La politique de recherche – les grands programmes au service de l’innovation et de l’ambition européennes

3. La politique de la concurrence au service de la compétitivité

4. La politique commerciale extérieure au service de « l’ouverture équitable »

5. La politique monétaire extérieure au service de la croissance

 

6e PARTIE – POUR UN NOUVEAU PACTE SOCIAL

 

1. La concertation sur le financement de la protection sociale

2. La négociation sur les Institutions Représentatives du Personnel (IRP)

3. La négociation sur la sécurisation de l’emploi

4. Un Pacte Social

 

CONCLUSION

PRINCIPALES PROPOSITIONS DU RAPPORT

ANNEXES

 

Pour en savoir plus sur l’auteur du rapport, voir JOLpress, 5 novembre 2012 :

Louis Gallois, un grand patron iconoclaste

 

Louis Gallois est né en 1944 à Montauban. Lors de son passage à l’ENA (promotion Charles de Gaulle, 1970-72), il adhère à la CFDT, qui vient de créer une section au sein de l’école, et s’encarte au PS avec l’un de ses plus vieux amis, Jérôme Clément, ancien patron de la chaîne Arte. Diplômé d’HEC, il commence alors sa carrière comme haut fonctionnaire, en intégrant en 1972 la direction du Trésor, sous le regard bienveillant de Pierre Bérégovoy et Pierre Joxe.

En 1981, il devient le directeur de cabinet de Jean-Pierre Chevènement, alors ministre de la Recherche et de la technologie. Il sera ensuite nommé directeur général de l’Industrie au ministère de l’Industrie, puis chargé de mission au ministère de l’Économie, des finances et de la privatisation.

Directeur de cabinet de Jean-Pierre Chevènement au ministère de la Défense, en 1988, c’est ce poste qui le conduira à travailler dans le secteur aéronautique en devenant PDG de la SNECMA (motoriste aéronautique et spatial de premier rang) puis de l’Aérospatiale en 1992. Il quittera l’entreprise juste avant la fusion avec Dassault Aviation.

En 1996, il remplace Loïk Le Floch-Prigent à la tête de la SNCF, puis devient co-président d’EADS et président d’Airbus en 2006. Louis Gallois sera président du groupe EADS en 2007. Lorsqu’il quitte le groupe en mai dernier, il peut se féliciter des très bons chiffres du groupe : plus de 1400 commande dans l’année, un carnet de commande de 540 milliards d’euros et du cash à hauteur de près de 11 milliards d’euros.

Le 10 octobre 2011, il fonde La Fabrique de l'Industrie, un laboratoire d'idées, destiné à ouvrir et stimuler la réflexion sur les enjeux et les perspectives de l'industrie. Il est également président de la Fédération nationale des associations d'accueil et de réinsertion sociale (FNARS), une fédération française d'organismes et d'associations proposant aux personnes en situation de grave détresse sociale un accueil, un hébergement et une aide à la réinsertion sociale.

Des qualités remarquées et appréciées

Ses anciens collaborateurs parlent d’un homme très attaché au patriotisme économique « Pour lui, l'aéronautique est une industrie de souveraineté, il considère cela comme une donnée de base », a confié à Challenges l’un d’entre eux. Passionné mais aussi homme de terrain, il a toujours voulu épargner au mieux les salariés lors des plans sociaux ou des restructurations des entreprises qu’il a dirigées.

Entré à la SNCF dans un contexte social extrêmement tendu, il s’est révélé être un expert en dialogue social, apprécié et respecté des cheminots. Lorsqu’il quitte l’entreprise en 2006 pour rejoindre le groupe EADS, ses qualités de dirigeant ont été publiquement et unanimement saluées par les syndicats. Son passage à la tête du groupe aéronautique a confirmé ces qualités : 

« C'est un patron qui défend les intérêts de l'État et des actionnaires, et il ne s'en cache pas. Mais, à la différence de Noël Forgeard (ancien patron d’EADS, ndlr), il tient à ce que les organisations syndicales soient informées en priorité », confiait à la mi-octobre Xavier Petrachi, délégué syndical CGT à Airbus, à l’Expansion.

En outre, lorsqu’il prend la direction du groupe, il refuse un salaire supérieur à 180 000 euros par anNoël Forgeard touchait un salaire de 2,33 millions d’euros. Or les statuts d’EADS prévoient que les salaires versés aux deux co-présidents soient identiques. Louis Gallois a alors proposé que la différence entre son salaire et celui de son homologue allemand Thomas Enders, soit reversé à des associations humanitaires.

Rappel : Soirée-débat avec Louis Gallois le 15 octobre 1987 à Saint-Berthevin - 4 novembre 2012 et  Débat sur l'industrie avec Louis Gallois à Saint-Berthevin (53) - 15 oct.1987 - 5 novembre 2012 

 Cet article est le 26ème paru sur ce blog dans la catégorie Personnalités et célébrations

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5 novembre 2012 1 05 /11 /novembre /2012 21:03

Europe libérale ou Europe solidaire et de croissance ?

 

Louis Gallois, commissaire à l’investissement, a remis ce 5 novembre son rapport au Premier Ministre, Jean-Marc Ayrault. Pacte pour la compétitivité de l’industrie française, tel est le titre de ce document, si attendu et beaucoup commenté, avant même sa publication.

 

C’est l’occasion de revenir sur la soirée-débat organisée par la section locale du PS de Saint-Berthevin sur le thème « L’industrie française : comment redresser la pente ? ». C’était il y a 25 ans, à Saint-Berthevin (Mayenne) - la ville dont j’ai été le maire entre 1990 et 2001 - avec la participation très appréciée de Louis Vincent, qui n’était autre que Louis Gallois. Voir Soirée-débat avec Louis Gallois le 15 octobre 1987 à Saint-Berthevin - 4 novembre 2012.

 

Voici des extraits du compte rendu du débat qui avait suivi l’exposé de Louis Gallois, le 15 octobre 1987. Vous découvrirez des idées qui ont certainement quelque chose à voir avec le « Pacte pour la compétitivité de l’industrie française ».

 

« L’industrie française : comment redresser la pente ? »

 

Pierrick Collin : A force de mettre les aspects financiers en avant, ne va-t-on pas vers une perte de l’identité française ? N’y a-t-il pas danger dans la fuite en avant vers 1992 dans les conditions actuelles ?

 

Louis Gallois : 1992, c’est la « ritournelle », soit du « vent » (Chirac fait sa campagne là-dessus pour passer par-dessus 1988), soit quelque chose de sérieux et, alors, il faut y regarder à deux fois.

Si nous partons pour 92 avec des pays qui, comme actuellement, ne s’entendent que pour démanteler, jamais pour construire (difficulté de l’Europe spatiale et pour établir un tarif extérieur commun, désaccord vis-à-vis de l’attaque des USA sur les exportations de maïs en Espagne et au Portugal…), l’échéance de 1992 devient extrêmement dangereuse. Car fin 1992, il n’y aura plus de frontières entre les 12 et chaque pays, isolément, ne pourra plus se défendre. En forçant un peu le trait, nous risquons d’avoir les pieds et poings liés dans une zone de libre-échange, sans politiques communes.

 

Or, quel est notre projet, notre défi ? C’est, au contraire, de faire de 1992 l’échéance des politiques communes, celles qui viennent d’être évoquées (relance) et celle de la baisse concertée des taux d’intérêt, qui est davantage réalisable au niveau de l’Europe que par un seul pays, celle aussi de la politique industrielle (normes communes à l’Europe, préférence pour les marchés publics aux entreprises européennes, aides communautaires).

Le partage est toujours entre une Europe libérale et une politique de construction d’une Europe solidaire et de croissance.

Les socialistes, eux-mêmes, doivent faire attention quand ils disent 92, 92, 92… Nous ne voulons pas de n’importe quel 92, et en particulier de cette Europe libérale. Il n’est pas sûr que cela ne fasse pas débat à l’intérieur du PS.

 

Il faut revenir sur la baisse des taux d’intérêt, même si c’est compliqué. Les taux d’intérêt, quand ils sont élevés, paralysent l’investissement et la vie économique. Ils sont élevés parce que les USA vivent à crédit (sur notre dos). Ils empruntent 150 milliards de dollars par an au reste du monde. Pour attirer ces capitaux et  pour défendre leur monnaie, ils sont obligés de maintenir les taux d’intérêt élevés, et les autres pays en font autant. La solution appartient aux Américains eux-mêmes, qui devront faire l’effort de ne plus vivre à crédit et de baisser leur niveau de vie.

Ce n’est pas évident en pleine année électorale car Reagan tient à maintenir la croissance à un niveau élevé (3,5 à 4 % en 1987, mais à nos frais, même si on en profite un peu par nos exportations aux USA.

Les 150 milliards de dollars prélevés sur l’épargne mondiale se traduisent par des intérêts élevés. Mais en France, nous avons une petite cause secondaire aux taux d’intérêt élevés, ce sont les privatisations. La ponction de 50 à 70 M² F sur les marchés financiers crée aussi un appel d’air et, si nous avons actuellement les taux d’intérêt les plus élevés du monde (8 % en taux réel, inflation déduite), c’est à la politique de privatisations de Monsieur Balladur que nous le devons.

 

Qu’est-ce que la « financiarisation » de l’économie ?

C’est le fait qu’il est plus intéressant d’investir sur les marchés financiers que dans les entreprises (investissements productifs). La Bourse monte (40 %, 50 % en une année, plus de 100 % au Japon).Actuellement, elle baisse mais c’est qu’on a construit une pyramide artificielle avec des masses financières qui se déplacent sans base réelle. Cette « baudruche » va se dégonfler un jour. C’est de l’inflation concentrée, mais cela ne marche que par la perspective de nouvelles augmentations. Un jour, cela ne monte plus car plus personne n’apporte de l’argent. Quand ? Demain ? Pas sûr. Ce sera peut-être à nous de dégonfler la « baudruche » et l’on nous accusera de tuer la Bourse mais il faudra sans doute le faire. Ce ne sera pas simple, car les mouvements de capitaux se font maintenant sur un message d’ordinateurs à la vitesse de la lumière.

 

Claude Piou : A-t-on vraiment le choix par rapport à l’Europe ? Ne serait-il pas plus dur d’en sortir que d’y rester, même si ce n’est pas satisfaisant ?

 

Louis Gallois : Il n’est absolument pas question de quitter la CEE, ce serait totalement irresponsable. Mais, sur le plan monétaire, nous avons un véritable problème parce que nous sommes depuis 1979 (Système Monétaire Européen SME) dans une zone mark qui ne nous permet pas une croissance supérieure à 1 ou 2 %. Nous n’avons pas la maîtrise de notre monnaie puisque nous sommes liés au mark, qui est constamment poussé à la hausse.

 

Les Anglais ne veulent pas entrer dans le SME, les Italiens ont pris des marges de manœuvre. Nous sommes le seul grand pays, en dehors de l’Allemagne, à y être. Ou nous y sommes tous, ou nous n’y sommes pas. Les Anglais, en 1986, ont baissé leur monnaie de 25 % par rapport au deutschmark et de 18 % par rapport au franc français. Ils font 4 % de croissance cette année (après avoir, il est vrai, pris du retard).

Le SME est formidable pour les Allemands : il leur sert d’amortisseur. A nous, il sert de garrot. Il y a besoin de rééquilibrer. Nous devons faire le pari de l’Europe, en nous appuyant sur les forces sociales qui vont dans le même sens que nous (le PSD allemand, les travaillistes anglais…). La partie n’est pas perdue. Il faut parler fermement aux Allemands, notamment de leur sécurité, mais il faut aussi que nous ayons une porte de sortie si ça ne marche pas.

 

Philippe Minzière : Quelle sera la place des ouvriers dans le redressement de l’économie ?

 

Louis Gallois : De nombreux chefs d’entreprise disent que la gauche a réussi à faire passer entre 1981 et 1986 des choses que la droite n’aurait jamais réussi à faire passer. Ils disent également que c’est pendant cette période que l’esprit d’entreprise est venu aux Français.

Ils portent un jugement globalement positif sur cette période en disant que, passé les « frasques » de la 1ère année, quand les socialistes sont devenus sages, on a réussi à faire beaucoup de choses…  Est-ce cela qu’il faut recommencer ? Non. Il faut tirer les enseignements de ce qui s’est passé.

 

Sommes-nous capables de créer une nouvelle dynamique sociale dans ce pays ? Après la guerre 1939-45, il y a eu un compromis entre les forces sociales en France. Les classes possédantes étaient affaiblies car déconsidérées après Vichy et prêtes à la discussion. Il a été dit aux travailleurs : « pouvoir d’achat-sécurité sociale-emploi ». Et les travailleurs ont dit « alors, on bossera ». C’est Thorez qui a dit « Il faut travailler dans les usines ».

 

Ce compromis social de 1945, sur lequel s’est fait la reconstruction du pays pendant 30 ans, s’est épuisé avec la crise. Sommes-nous capables, nous socialistes, de réfléchir à un nouveau compromis social qui n’exclut pas les affrontements mais qui offre de nouvelles perspectives pour le redressement de l’appareil productif, l’emploi, la compétitivité, la croissance.

 

Sommes-nous capables de dire : « oui, on peut sortir du chômage » ? Dans ce cas, tout le monde s’y met et un compromis peut être passé entre des travailleurs qui renoncent à certains « acquis » (aménagement du temps de travail, mobilité…) et des patrons qui apportent des contreparties en termes d’emplois, de qualifications, de démocratie sociale et économique.

C’est une affaire de longue haleine, peut-être 5 ans, mais l’autre perspective, c’est 4 millions de chômeurs en 1995 (20 % de la population active) annoncés par l’INSEE, ce qui signifie un pays désarticulé, une jeunesse désespérée, des solidarités sociales qui éclatent, le retour en force des corporatismes, un pays paralysé.

Le chômage, c’est la lèpre. Les socialistes ne peuvent rester silencieux. Ils doivent proposer une perspective au pays, laquelle n’est envisageable que s’il y a mobilisation de toutes les forces du pays, le monde du travail au premier rang car les travailleurs, contrairement aux capitaux, sont attachés au sol de France.

C’est donc une tache tout à fait essentielle pour nous de réfléchir à cette nouvelle dynamique sociale, qui est le corollaire indispensable de la croissance et des politiques de compétitivité.

Cet article est le 25ème paru sur ce blog dans la catégorie Personnalités et célébrations

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4 novembre 2012 7 04 /11 /novembre /2012 22:35

L’industrie française : comment redresser la pente ? 

 

Il m’avait demandé de le présenter sous un faux nom, Louis Vincent, car il ne voulait pas que l’organisation patronale qui l’avait embauché, après son départ du ministère de l’industrie, découvre dans la presse qu’il intervenait dans des réunions socialistes. Directeur de l’industrie de 1982 à 1986, Louis Gallois (voir Wikipédia)* était l’invité du PS à Saint-Berthevin ce soir de tempête (elle commençait au moment où je le reconduisais à son hôtel à Laval, peu avant minuit) le 15 octobre 1987.

 

La soirée, dans une salle du Centre de Rencontres de Saint-Berthevin en Mayenne, s’était partagée en trois parties : des témoignages concernant l’industrie mayennaise, l’exposé de Louis Gallois et le débat. Ce fut l’une des réunions politiques les plus intéressantes auxquelles j’ai participé depuis 1973.

 

Le texte qui suit reste d’une brûlante actualité en 2012 - 25 ans après. C’est un compte rendu de l'exposé de Louis Gallois, que j’ai rédigé à partir de l’enregistrement réalisé par mon ami Georges Garel, qui était alors secrétaire de la section PS de Saint-Berthevin.

 

« L’industrie française : comment redresser la pente ? »

 

L’INDUSTRIE FRANCAISE - DESCRIPTION DE LA SITUATION

 

Ce qui se passe en Mayenne se retrouve au niveau national où le tissu industriel se rétrécit au fur et à mesure des restructurations. L’industrie française connaît une phase de déclin qui, curieusement, coïncide avec une très bonne santé d’un grand nombre d’entreprises. C’est cette situation qu’il faut expliquer.

La production industrielle en 1987 est équivalente à celle de 1979, alors que la croissance de l’économie française et mondiale sur la même période s’est située entre 1 et 2 % par an. Cela traduit une perte de parts de marché en France et à l’étranger. Cette stagnation touche d’autres pays européens mais, par contre, certains font mieux que nous.

Les conséquences sont sensibles au niveau du commerce extérieur des produits manufacturés :

            En 1984 : solde mensuel positif de 8 milliards de francs (import-export).

            En 1987 : solde mensuel négatif de 2 milliards de francs ‘1er semestre)

Soit une différence de 10 milliards F par mois X 12 = 120 milliards F par an.

Ce qui se traduit par une perte de plusieurs centaines de milliers d’emplois.

 

C’est cela la « perte de compétitivité » française. Autrement dit, d’autres sont meilleurs que nous sur les marchés. Nos produits sont fortement concurrencés à deux niveaux : le « haut de gamme » et l’innovation ; ce qui nous fait perdre des marchés dans les pays industrialisés (consommateurs plus exigeants). D’autre part, les marchés des pays en développement se tarissent (ils sont asphyxiés par le surendettement).

Nous sommes donc « coincés » entre, d’un côté, les pays « hyper compétitifs » (Japon, Allemagne, bientôt l’Italie) et de l’autre, les nouveaux pays industrialisés (Corée du Sud, Taïwan, Singapour, mais aussi l’Espagne, le Portugal, le Brésil, le Mexique, l’Inde…).

Le « catalogue » de l’industrie française est « mité ». De plus en plus de produits ne sont plus fabriqués en France. Nous sommes obligés d’importer (60 % de nos biens d’équipement viennent de l’étranger). C’est ce qui explique qu’une relance (souhaitable) de l’investissement relancerait les importations. Et, pourtant, les entreprises vont bien. Certaines vont beaucoup mieux (augmentation des profits de 20 à 30 % cette année) parce que, depuis 1983-84, des mesures ont été prises pour restaurer leurs marges.

Mais on ne constate aucun progrès dans la situation globale de l’industrie française. C’est la même chose en Grande-Bretagne où, comme en France, les entreprises investissent de préférence à l’étranger. La conséquence est la « déstructuration » du tissu industriel du pays. Les sous-traitants ou « donneurs d’ordre » disparaissent, laissant l’entreprise esseulée. Elle ne vit plus dans un ensemble cohérent qui la porte. Elle n’a plus de relations proches.

 

Le problème de l’industrie française, c’est que les entreprises (dont beaucoup sont désormais prospères) sont obligées de vivre dans un tissu industriel qui n’est pas structuré (« mité »). On ne peut éviter de parler d’un certain « déclin » industriel, même si le mot n’est pas agréable.

-          Entre 1981 et 1986, on a « sauvé les meubles » mais sans pouvoir inverser la tendance. On a empêché des disparitions d’entreprises : Bull, Péchiney, Thomson… On a bien aidé Rhône Poulenc. On a évité que l’industrie textile soit davantage laminée.

-          Depuis mars 1986, le libéralisme n’a fait qu’accentuer le contraste entre des entreprises prospères en position sociale forte et un tissu industriel qui, globalement, se déstructure.

 

ALORS QUE FAIRE ?

 

Trois grands axes d’actions :

1-       Le trio de la compétitivité : formation, recherche, investissement.

2-       Actions structurelles : pour combattre les faiblesses du tissu industriel.

3-       Conditions plus générales dans lesquelles une politique industrielle peut réussir en France.

 

1- Le trio de la compétitivité : formation, recherche, investissement (ce sont des choses évidentes, mais encore faut-il les faire et les payer !).

 

a) La formation ; les entreprises qui réussissent sont celles qui font l’effort de la formation : capacité d’adaptation à des métiers nouveaux, à des nouvelles technologies, à de nouvelles formes de travail qui nécessitent beaucoup d’initiative de la part des salariés.

Dépenses des entreprises pour la formation professionnelle :

-          En Allemagne (RFA) : 83 milliards F (M² F)

-          En France : 23 M² F

Toutes choses égales par ailleurs, c’est plus de deux fois plus d’effort de formation en Allemagne qu’en France. Sur 20 ans, les effets sont cumulatifs. Faut-il s’étonner que les Allemands aient une qualité et un degré d’innovation supérieurs, des formes de travail plus productives ?

Au Japon, toute la classe d’âge est portée au niveau du baccalauréat alors qu’en France, l’objectif de 80 % en l’an 2000 est qualifié d’irréaliste… C’est dire l’ampleur du défi à relever en matière de formation.

Comment agir ? En aidant les entreprises à accroître leurs efforts de formation : par un crédit d’impôt formation, ce qui a été fait pour la Recherche en 1983 et repris par le gouvernement actuel.

Toute entreprise qui accroît son effort de formation peut déduire de ses impôts une partie de l’accroissement de l’effort. Ce sont les PME qui en ont le plus besoin, elles qui ont beaucoup hésité, jusqu’à présent, à s’y engager.

 

b) La recherche ; c’est le « nerf de la guerre ».

Pour être dans la course dans 20 ans sur le plan technique, il nous faut porter notre effort de recherche au niveau du Japon, de l’Allemagne, des USA, voire de la Grande-Bretagne, ce qui revient à passer de 2,2 % de notre produit national (taux actuel) à environ 3 % l’an en 1992, soit une progression de 0,8 % qui correspond à 40 M² F, ce qui est l’équivalent du « trou » de la Sécurité sociale que nous laissera Séguin en juin 1988.

Le principal effort est à porter sur la recherche industrielle car c’est là que le bât blesse. Cet objectif n’est pas irréalisable mais cela suppose de ne pas se contenter de boucher les trous…

 

c) L’investissement : il est insuffisant depuis 1973. Actuellement, l’investissement est surtout consacré à la réduction du coût du travail (substitution capital-travail) mais trop peu à l’innovation et à la fabrication de produits nouveaux.

Une relance de l’investissement est indispensable. Il y a sur ce point un débat à l’Assemblée Nationale pour la préparation du budget 1988. Les socialistes font des propositions. D’abord, la relance de l’investissement suppose l’assainissement de la situation financière des entreprises, ce qui est fait. D’autre part, les entreprises investissent quand elles ont des marchés, quand il y a de la croissance. Il y a peut-être parmi les marchés perdus depuis 7 ou 8 ans des marchés à reprendre. Ce qui suppose de leur part une capacité d’initiative.

Elles investissent quand il est plus intéressant d’investir que de placer son argent sur les marchés financiers. Ce problème est plus compliqué. Il faut rendre l’investissement productif plus « rentable » que l’investissement financier. Comment ? En réduisant certains impôts si le bénéfice est réinvesti dans l’entreprise. Les socialistes proposent dans ce cas de ramener l’impôt sur les sociétés de 42 à 35 % ; par compensation, le taux d’imposition sera plus élevé sur le bénéfice distribué aux actionnaires (pour financer la ressource correspondante). Autre possibilité : le crédit d’impôt investissement.

De toute façon, il faut agir car les taux d’intérêt sont si élevés que toutes les entreprises sont incitées à placer leur argent sur les marchés financiers :

-          taxer les revenus des placements financiers,

-          tout faire pour réduire les taux d’intérêt (ce point doit être développé par ailleurs).

Le financement du trio de la compétitivité suppose un plan urgent dès notre retour au pouvoir, d’où l’idée d’un emprunt dans le pays, remboursable sur 2 ou 3 ans, placé sur un compte spécial, clairement affecté à la formation, à la recherche et à l’investissement.

Mais la condition essentielle de ce financement est l’obtention d’un minimum de croissance. Comme la vitesse est indispensable à la bicyclette pour rouler, il faut de la croissance à un pays comme la France, qui ne roule bien qu’à une certaine vitesse. Entre 1 et 2 % de croissance, l’économie reste immobile, ce qui est le cas actuellement.

 

2- Actions structurelles, pour combattre les faiblesses du tissu industriel français.

 

Trois faiblesses fondamentales : un modèle de gestion industrielle dépassé, un tissu industriel déstructuré (ou insuffisamment solidaire), un problème de dirigeants d’entreprises.

 

a) Un modèle de gestion industrielle dépassé.

L’industrie française s’est constituée dans les années 1960 à partir d’une main-d’œuvre sous-qualifiée, provenant de l’exode rural et de l’immigration, ce qui a modelé tout le tissu industriel :

-          développement du taylorisme : travail à la chaîne, rôle d’exécutants, peu de réflexion, peu de responsabilité, caporalisme dans les usines, main-d’œuvre sous-payée et non préparée au travail industriel, formation non jugée nécessaire.

-          Rapports sociaux modelés par les conditions de production (relations maîtrise-ouvriers ou maîtrise-ingénieurs),

-          Modèle de production jugé satisfaisant parce que non coûteux à l’époque (faible coût du travail).

La réaction a été trop tardive. Elle s’est traduite par des licenciements. Ce modèle de gestion est complètement dépassé dès lors qu’il s’agit désormais de miser sur la qualité, le respect des délais, la motivation du personnel, l’esprit d’initiative, la capacité d’adaptation des travailleurs, le développement des nouvelles technologies (cf Japon et Allemagne : main-d’œuvre très qualifiée).

Il va falloir complètement changer et s’adapter. C’est une réforme gigantesque, qui suppose formation mais aussi transformation du mode de production et des relations sociales dans les entreprises.

L’Etat n’a pas de baguette magique. Son rôle est, au moins, de fixer le cap, situer les enjeux, et s’appuyer sur ceux qui acceptent de s’engager dans cette voie, et il y en a, heureusement !

 

b) Un tissu industriel insuffisamment solidaire.

Sur ce point, l’Etat peut agir, en particulier auprès des PME. Toutes les entreprises sont en situation de concurrence et de coopération. Les grands pays industriels (Japon, Allemagne, Italie) ont bien compris ce qu’en France on ne sait pas faire : s’entendre entre entreprises pour gagner des marchés. Certes, la concurrence a un effet bénéfique (stimulant) mais il faut aussi savoir valoriser toutes les relations de coopération entre entreprises, surtout à l’exportation.

 

Deux entreprises d’un même pays se battant pour un marché en Indonésie, on ne trouve cela qu’en France. Deux Japonais en présence dans les mêmes conditions s’entendent très vite. Les deux entreprises françaises préfèreront laisser la place à un Japonais plutôt que s’allier pour gagner ce marché. En France, on admet très bien qu’un vendeur soit battu par un Japonais (« ils sont les meilleurs ») mais si c’est par une autre entreprise française, on dira de ce vendeur que c’est un incapable… C’est tout un état d’esprit qu’il faut changer.

 

L’Etat peut intervenir en aidant tout ce qui va dans le sens de la coopération entre entreprises (le partenariat). Par exemple, dans le Choletais, cela fonctionne bien entre les entreprises de bonneterie : concertation sur les fournisseurs, structures d’exportation et laboratoires en commun. L’Etat peut jouer un grand rôle. Il l’a démontré par le biais des entreprises nationales et du secteur public.

Ce qui marche bien en France dans l’industrie française a été structuré autour des grands services publics. L’électronique et l’aéronautique se sont développés autour de la Délégation Générale à l’Armement, les télécommunications autour de la DGT, le matériel ferroviaire autour de la SNCF et de la RATP, l’espace autour du CNES, le génie électrique autour d’EDF et du CEA…

 

Ce lien entre les grands pôles publics et les entreprises privées est une spécificité française. C’est un atout formidable que la droite est en train de remettre en cause. Une des légitimités les plus fortes du secteur public et des entreprises nationales est de structurer le tissu industriel autour d’eux.

Un exemple : l’équipement automobile.

-          Peugeot et Renault dans le passé ont serré les prix au point d’écraser leurs sous-traitants, qui ont été absorbés par de Benedetti (Valéo) et Fiat, leur concurrent.

-          Wolkswagen, par contre, a joué la politique de la qualité chez ses sous-traitants tout en leur laissant suffisamment de marge pour vivre. Ils sont les meilleurs aujourd’hui (Peugeot et Renault ont pris conscience de leurs erreurs ; ils ont changé leurs méthodes, mais trop tard).

Cet exemple est très illustratif de ce que nous pouvons demander à nos entreprises nationales jouer avec leur environnement industriel la carte de la qualité, de la promotion mutuelle et de la coopération. C’est une des raisons d’être essentielles du secteur public et c’est pourquoi il importe qu’il reste fort en France.

 

c) Le problème des dirigeants d’entreprises (« ils pourraient être meilleurs »…).

 

Vieillissants (génération d’après-guerre, près de la retraite), ils ont une approche trop hexagonale, patrimoniale (maîtrise de la propriété), frileuse (mais ils ont subi des douches froides dans les années 1970 après s’être endettés excessivement). C’est la faiblesse du capitalisme français. On attend de nouvelles couches de dirigeants. Ce sera peut-être notre responsabilité, en revenant au pouvoir, de favoriser l’éclosion de nouveaux entrepreneurs, plus nombreux, dans le cadre d’un système d’économie mixte où le secteur capitaliste reste très important. Le renouvellement peut aussi se faire par la reprise des entreprises par les salariés.

 

Ce qui est le plus important, c’est de mettre les dirigeants d’entreprises devant leurs responsabilités vis-à-vis de leurs actionnaires et de leurs salariés. Ce doit être le rôle des banques nationalisées de devenir plus actionnaires des entreprises, éventuellement par le biais de filiales, et d’être des actionnaires exigeants vis-à-vis des patrons, lesquels ont besoin d’être mis en responsabilité. Quand on voit le système allemand où les banques jouent un rôle essentiel dans l’actionnariat, on pense à ce que nous aurions pu faire avec notre secteur bancaire public pour revivifier notre tissu industriel et, éventuellement, nous séparer de certains dirigeants incompétents. En laissant Monsieur Mantelet, 86 ans, continuer de présider Moulinex qui est, maintenant, au bord du désastre, nous avons pris une lourde responsabilité. M Mantelet fut, certes, génial, et son entreprise formidable. Mais il n’est plus capable d’être dirigeant à cet âge et personne n’a osé le lui dire parce qu’il est le propriétaire de son entreprise. Les banques avaient les moyens de lui dire : prenez votre retraite. C’est cela la mise en responsabilité par rapport aux actionnaires mais aussi aux salariés.

 

Quand on évoque ce point (responsabilité envers les salariés), il faut parler de la flexibilité. Ce mot ne nous plaît pas car il est chargé d’une certaine histoire depuis 4 ans mais c’est une réalité. Ce qu’il vaut mieux appeler capacité d’adaptation devient une réalité quotidienne avec la formation, la mobilité plus grande à encourager, l’aménagement du travail (ce ne sont pas des choses faciles).

Mais, en face, il doit y avoir des contreparties pour les salariés. Comment et par qui est contrôlée cette flexibilité ? Seulement les dirigeants d’entreprise ou doit-il y avoir intervention des syndicats ? L’expérience de cette entreprise lavalloise (Salmson) est intéressante et il y a eu de nombreux accords syndicaux sur le plan national, y compris avec la CGT.

 

La question essentielle est la suivante : quelles compensations pour les salariés, en termes de qualifications, de justice sociale, d’emplois, de capacité de concertation et de négociation ?

Il y a les termes d’un nouveau dialogue social, un peu rude à la fois pour les dirigeants mais aussi pour les syndicats, qui sont obligés de changer de discours. On n’y discute plus seulement de pouvoir d’achat mais aussi de l’avenir de l’entreprise, de la productivité, du partage des gains de productivité (aux salaires, à l’emploi, à la compétitivité de l’entreprise ?), du programme d’investissements, de formation, de recherche.

On y débat du projet d’entreprise. Et, pour les travailleurs, comme pour les dirigeants, il faut articuler une pratique qui reste conflictuelle (les intérêts sont divergents) avec une sorte de coresponsabilité qui doit s’organiser de telle façon que les travailleurs ne servent pas de faire-valoir aux dirigeants (ceux-ci sont en responsabilité vis-à-vis des travailleurs).

 

3- Conditions de mise en œuvre de cette politique : la croissance, l’Europe industrielle, le plan

 

a) La croissance

Pour mettre en œuvre cette politique, il faut un minimum de croissance pour financer le « trio de compétitivité » et un minimum de solidarité (la sécurité sociale est victime du chômage et du manque de croissance). On sait très bien que les comportements des individus (patrons, consommateurs) sont fortement influencés par les perspectives de croissance.

Mais comment obtenir cette croissance, au niveau français ou européen ?

Actuellement, si les pays européens voulaient relancer ensemble la croissance, ils pourraient le faire ; il y a des réserves de croissance en Europe et les grands équilibres sont établis. La croissance ne serait pas génératrice de déséquilibres. Si ce n’est pas fait, c’est parce que l’Allemagne n’y est pas favorable. Notre devoir est de la convaincre d’accepter cette initiative de croissance européenne, qui pourrait entraîner un gain de croissance de 1 à 2 %, qui serait de nature à changer totalement le climat en France.

Convaincre l’Allemagne, cela signifie lui parler de sa sécurité, mais c’est un autre sujet.

En cas de refus de l’Allemagne, si on en restait à une Europe du démantèlement unilatéral, avec suppression des barrières internes et externes, les perspectives pour 1992 seraient très sombres et les déséquilibres entre le Nord et le Sud de l’Europe s’accentueraient au détriment du Sud et de la France et en faveur de l’Allemagne.

Notre pari, c’est jouer 1992 dans la croissance, sinon mieux vaut ne pas le jouer et reprendre notre liberté. La domination monétaire de l’Allemagne fait que la France se situe dans la zone mark et l’issue ne fait pas de doute : c’est le pot de terre contre le pot de fer.

Dans ce cas, le retrait du système monétaire européen devrait être décidé, ce qui n’a rien de dramatique (la Grande-Bretagne n’y est pas) et nous obligerait à une rigueur soutenue pour faire face à la responsabilité de notre monnaie.

 

b) Politique industrielle européenne

Elle est, actuellement, à la croisée des chemins :

-          soit vers le démantèlement libéral,

-          soit vers la construction de politiques communes.

Le marché unique de 1992 peut être une catastrophe si l’on continue comme maintenant. Ce peut aussi être une chance si l’Europe sait se doter de politiques communes (recherche, grands programmes, aides aux secteurs défavorisés) avec protection extérieure.

 

c) Le plan

Il est indispensable pour un redressement industriel qui a besoin d’une dizaine d’années pour se réaliser. Un plan moderne et adapté suppose :

-          des grands engagements contraignants de l’Etat,

-          un éclairage pour les entreprises afin que celles-ci puissent s’associer de manière contractuelle aux objectifs de l’Etat.

Le cap doit être mieux défini par temps de grands vents et de turbulences. C’est ce que n’ignorent pas les marins…

 

* Le « rapport Gallois » : Louis Gallois a récemment quitté la présidence d’EADS - voir EADS change de direction : retour sur le profil de Louis Gallois (BFMTV, 31 mai 2012) - puis il a été nommé Commissaire général à l’investissement. Voir Louis Gallois revient dans le champ de la politique industrielle française - 9 juin 2012. Le Premier Ministre, Jean-Marc Ayrault, lui a demandé un rapport sur la compétitivité de l’économie française, qu’il lui remettra le 5 novembre 2012. 

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