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  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine autour des idées de Jean-Pierre Chevènement. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens après les élections de 2002.
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9 septembre 2016 5 09 /09 /septembre /2016 18:10

 

Alstom à Belfort est le symbole déplorable de l'abandon de l'industrie française

 

L'intervention de Bastien Faudot, candidat du Mouvement Républicain et Citoyen (MRC) à l'élection présidentielle 2017, ce 9 septembre à Reims aux Assises du produire en France, vient se caler judicieusement dans l'actualité économique.

Voir ces articles concernant le site Alstom de production de trains à Belfort :

- Bastien Faudot, 7 septembre 2016, FAUDOT2017 : ALSTOM BELFORT : LE MÉPRIS

- Jean-Luc Laurent, 8 septembre 2016, MRC : Alstom: après le dégoût, la réaction

- Jacques Sapir : la fermeture de l'usine Alstom de Belfort ou la faillite de l'État stratège

- Maire info : Alstom : le gouvernement impose une négociation sur l'usine de Belfort

 

Voici le texte de l'intervention de Bastien Faudot aux Assises du produire en France.

 

ENCOURAGER ET ORGANISER LE MADE IN FRANCE

 

Si vous êtes élu Président de la République, comment comptez-vous défendre les entreprises qui produisent en France et plus largement, le patriotisme économique ?

 

En trente ans, l’économie de production a connu un effondrement qui est, à plus d’un titre, au principe du marasme économique dans lequel nous nous trouvons. Un chiffre suffit à en restituer l’ampleur : l’industrie pesait 34 % du PIB au début des années 80 contre moins de 13 % aujourd’hui.

Je ne reviendrai pas ici sur l’enchaînement des causes profondes de la désindustrialisation de notre pays. Une idéologie puissante a coiffé ce phénomène : l’offensive libérale et la finance mondialisée. Le discours du toujours moins d’État aboutit aujourd’hui à une contradiction au cœur même de l’entreprise entre les actionnaires et les industriels, entre ceux qui exigent des rendements exorbitants à court terme et ceux qui savent que la production est un processus d’acquisition des savoirs et des savoir-faire qui engage pleinement le facteur humain.

La désindustrialisation de la France n’est pas une catastrophe naturelle

La désindustrialisation de la France n’est pas une catastrophe naturelle. Elle procède d’une idéologie, celle là même qui conduisait l’ancien PDG d’Alcatel en 1999 à promouvoir le modèle d’une France sans usines. Près de vingt ans plus tard, on peut dire que l’objectif est presque atteint…

Quels sont aujourd’hui les trois principaux problèmes qui font obstacle au développement de la production française et de la consommation de produits français ?

- D’abord, l’entreprise est confrontée à une accumulation de règles et de normes qui pèsent sur les conditions de production au plan microéconomique, tandis que les grands instruments de régulation, de protection et de souveraineté de l’État (la monnaie, le budget, les frontières) ont été transférés à des institutions extérieures qui n’ont de comptes à rendre à personne. Dans ces conditions, nos entreprises sont menottées dans la concurrence mondiale. Nos concurrents sont mieux armés car la plupart des États-nations dans le monde de 2016 n’ont pas renoncé à leurs instruments de protection : droits de douanes, ajustements monétaires, investissement public, stratégies de développement appuyées par les capitaux publics. De plus, ils sont moins accablés par la bureaucratie européenne qui n’a rien à envier à celle de Moscou : dotée de ses normes, contrôles en tous genres, autorisations, supervisions.

Il n’y a pas d’autre option raisonnable que d’organiser le retour au plein emploi

- Le deuxième problème, c’est le fonctionnement de la finance mondialisée qui génère une pression extrême sur le système productif et qui aboutit à ce que j’appelle la « déflation par l’offre ». À moins de trouver un marché de niche, les entreprises, confrontées à une concurrence mondiale féroce, sont piégées dans une logique infernale : tirer toujours leurs coûts vers le bas, créant ainsi un problème de demande et de débouché. Le problème, c’est de remplir les carnets de commandes ! Or, à moyen et à long terme, le seul moyen de vaincre la déflation et de remplir les carnets de commandes, c’est de trouver les ressources pour relancer la consommation intérieure qui s’est mécaniquement orientée vers le low cost des pays émergents venus inonder le marché. Il n’y a donc pas d’autre option raisonnable que d’organiser le retour au plein emploi.

- Enfin, nous sommes collectivement prisonniers du productivisme de court-terme. L’impératif catégorique du retour à la croissance nous empêche de poser tranquillement la question de notre développement. Le modèle quantitatif prime sur le qualitatif, le court terme sur le long terme, le bricolage sur la vision. L’État est le seul acteur à même de rassembler les forces vives et d’organiser le rebond autour d’une vision claire de l’économie de demain. Seul, il ne peut rien. Mais vous entrepreneurs, seriez désarmés si vous étiez livrés au seul rapport de force du marché.

Compte tenu de l’état d’urgence de la situation économique française, le temps est venu de changer de braquet. On peut encourager le Made in France, mais je crois que nous devons surtout l’organiser.

On peut encourager le Made in France, mais nous devons surtout l’organiser

- En premier lieu, il nous faut reconquérir notre souveraineté budgétaire en dénonçant – unilatéralement s’il le faut – le carcan budgétaire européen qui nous conduit au désastre. Bruxelles est devenue la secte du Temple solaire : quelques illuminés nous guident droit vers le suicide collectif. Il faut une politique de relance budgétaire et l’implication de l’État sans laquelle nous resterons condamnés à la stagnation. Il faut une politique de soutien aux bas salaires pour relancer la consommation et garnir les carnets de commandes, et cesser enfin cette surenchère permanente qui vise à réduire les « charges » sur les bas salaires. Depuis combien de temps mène-t-on cette politique et avec quels résultats ?

- Nous aurons ensuite besoin de reconquérir notre souveraineté monétaire en nationalisant l’euro et en le dépréciant d’environ 20 %, dans le cadre d’une nouvelle parité qui soit de préférence négociée, ou disons, convenue avec nos voisins. Il ne s’agit pas de relancer la guerre des changes, mais il faut mettre un terme à la guerre des systèmes productifs et des modèles sociaux. La zone euro ne peut rester la seule zone économique au monde, je dis bien, la seule, où on imagine que l’on peut mettre en œuvre un projet de croissance et de développement sans disposer de l’instrument de politique monétaire. Les Allemands ont leur monnaie et leur politique monétaire : c’est l’euro ! La France doit retrouver cet outil indispensable, inscrire l’objectif de plein emploi et de croissance dans les statuts de la nouvelle banque de France, relever le critère de lutte contre l’inflation à 4 %, et mener une politique monétaire expansive pour lutter contre la déflation et financer les projets d’avenir (dans la révolution numérique, la robotique, la transition écologique, les grands projets d’infrastructures et de réseaux de transports pour encourager la mobilité).

Lorsque qu’une industrie d’intérêt national traverse des difficultés, la mobilisation des moyens de l’État est nécessaire. Encore faut-il qu’il soit lui-même exemplaire. Il se trouve que l’usine Alstom de Belfort est située sur le canton dont je suis conseiller départemental. Que l’État, actionnaire unique de la SNCF, laisse son entreprise réaliser une commande de 140 millions d’euros à un concurrent allemand, c’est proprement inacceptable. Ses représentants peuvent difficilement ensuite faire mine de déplorer les conséquences sociales de ce désengagement !

Il faut par ailleurs une vraie loi de séparation bancaire

Il faut par ailleurs une vraie loi de séparation bancaire et non de filialisation comme celle qui a été mise en œuvre par Pierre Moscovici. Cette loi de séparation des activités bancaires a deux objectifs : mettre de l’étanchéité pour éviter la propagation des crises financières, comme ce fut le cas en 2007-2008, et canaliser la politique monétaire vers l’économie réelle, l’économie de production et l’industrie.

- Je proposerai de regrouper l’ensemble des normes qui pèsent sur les entreprises dans le cadre d’une négociation triennale unique et obligatoire.
- Je proposerai le renforcement de l’implication des salariés dans la vie de l’entreprise, via le développement de l’intéressement, mais aussi la participation de deux administrateurs salariés avec voix délibérative dans toute entreprise disposant d’un Conseil d’Administration.

- Les efforts engagés pour la montée en gamme dans le rapport Gallois doivent être poursuivis. La compétitivité-coût n’est pas l’alpha et l’oméga du développement de l’entreprise. La France gagnera des parts de marchés si elle sait innover. L’innovation implique un investissement public massif dans la recherche. Il faut porter l’effort à 3 % du PIB pour être au niveau de nos principaux concurrents.

Je proposerai l’abrogation pure et simple de la loi El Khomri

Je proposerai l’abrogation pure et simple de la loi El Khomri : outre les conditions politiques déplorables qui ont conduit à sa promulgation, cette loi ne sera pas efficace économiquement. Elle va accroître la tension et la pression que le chômage exerce sur ceux qui ont la chance d’avoir un travail. Des flexibilités nouvelles peuvent être imaginées, mais jamais le droit du travail et la hiérarchie des normes n’ont fait obstacle au développement de l’économie française pendant les trente glorieuses. Le droit du travail ne protège pas seulement les salariés, il protège aussi les entrepreneurs de systèmes de concurrence déloyaux. Cette loi va créer de nouvelles distorsions de concurrence entre ceux qui pourront avoir une négociation et un accord d’entreprise et les concurrents, souvent les petites entreprises, qui ne le pourront pas. Avec la loi El Khomri, le mauvais patron chasse le bon, comme on dit que la mauvaise monnaie chasse la bonne.

Enfin, je proposerai un changement radical de l’organisation du travail et de la fiscalité dans le pays. Made in France, Faire en France, c’est d’abord Faire France. Le plein emploi est vital pour le corps social et pour la Nation. Il est plus protecteur que tous les codes du travail et autres réglementations. Il est temps enfin de sortir de l’opposition stérile entre compétitivité et protection sociale. Je veux croire que la seconde est la vraie condition de réalisation de la première. Construire l’alliance des productifs, c’est proposer un nouveau compromis social qui implique :
– le transfert de la moitié des cotisations sociales patronales et salariales vers un impôt universel sur le revenu pour ne plus pénaliser la création de richesse et renforcer la compétitivité de nos entreprises. Cela permet de réduire le coût du travail d’environ 20 %. L’idée est simple : ne sont prélevés sur les salaires que les cotisations qui ont un lien direct avec l’activité économique : le financement des retraites, la maladie professionnelle, l’assurance chômage. Le reste, c’est à la solidarité nationale de l’assumer.
– une baisse de la durée légale du travail de 15 % pour mettre tout le monde au travail, pour faire de la place aux plus de 5 millions de Français qui sont aujourd’hui en dehors du marché de l’emploi. Je sais combien cette idée semble hérétique à certains, notamment pour ceux qui s’autoproclament les réalistes, les pragmatiques. S’ils sont attachés au réel, ils constatent avec moi que depuis le XIXème siècle, la durée hebdomadaire de travail n’a cessé de diminuer partout dans le monde. Ce mouvement inéluctable se poursuit. Depuis 2000, malgré la crise, la richesse des pays de l’OCDE a augmenté de 20 % tandis que la durée hebdomadaire du travail à diminué de 6 %, soit une cinquantaine d’heures par an. En réalité, les Français travaillent, mais la répartition horizontale du travail est très inégalitaire, déséquilibrée. Qui rappellera que les Allemands travaillent en moyenne 130 heures de moins que nous chaque année ? Est-ce que cela les empêche d’avoir une industrie vivante, une balance commerciale excédentaire et un taux de chômage inférieur ? Baisser la durée légale du travail peut se faire en renforçant la compétitivité des entreprises françaises.

La question du Made in France est une question immensément, intensément politique. C’est la raison pour laquelle l’enjeu de la restauration de la souveraineté est au cœur de mon projet. Si l’on prend le risque de poursuivre la déconnexion entre la démocratie et les choix économiques, cela finira très mal.

Ce ne sont pas les petits comptables du monde libéral qui peuvent inventer une issue au monde dont ma génération a hérité. On ne règle pas ces questions là à coup de ratio, de petits bricolages ou de petites exonérations fiscales. La question du Produire en France nous oblige à penser le travail, à mettre tout le monde au travail, pour qu’il y ait dans ce pays autant de consommateurs que de travailleurs. Pour que chaque Français dispose à la fois des fruits de sa contribution à l’activité de la Nation, mais aussi de la reconnaissance, du sentiment de l’utilité sociale sans laquelle il ne peut pas y avoir de France.

Cet article est le 2926ème paru sur le blog MRC 53, le 135ème catégorie Travail Economie

Bastien Faudot, le 25 septembre 2015, avec des militants MRC à Clermont-Ferrand

Bastien Faudot, le 25 septembre 2015, avec des militants MRC à Clermont-Ferrand

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Published by Michel SORIN - dans Travail Economie
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23 juin 2016 4 23 /06 /juin /2016 23:52

 

Le gouvernement Valls, contraint de changer de stratégie, a autorisé la manif

 

Les manifestations publiques à l'initiative de 7 organisations syndicales ouvrières et étudiantes contre le projet de loi El Khomri (voir, 27 mai 2016, Le projet de loi travail vivement contesté dans les rues de Laval en mai) se multiplient en France depuis le début du printemps 2016.

La controverse s'est durcie depuis la manifestation nationale du 14 juin à Paris, au cours de laquelle près de un million de personnes ont participé, selon l'estimation des organisateurs. Ayant remonté le cortège, je puis témoigner de l'importance de cette manifestation qui commençait Place d'Italie et devait se conclure aux Invalides en passant par le boulevard de Montparnasse.

En fait, le cortège a été empêché d'aller au bout, les forces de l'ordre en ayant bloqué l'accès en raison des violences qui se sont produites pendant près d'une heure à l'initiative de manifestants autonomes équipés pour le conflit de rue, très nombreux (plusieurs centaines), infiltrés à plus de 300 mètres à l'avant du cortège syndical. Ces manifestants étaient d'autant plus nombreux que, depuis le début des manifestations, ils avaient constaté l'inertie de la police à leur égard, les forces dites de l'ordre ayant reçu des ordres de non intervention venant des pouvoirs publics.

Voir, à ce sujet, l'article publié sur le site de Marianne Manif du 14 juin : la démonstration de force des autonomes.

Voici ce qu'écrivait Denis Collin sur Facebook le 15 juin (extrait) :

« Le syndicat Alliance s'interroge sur les consignes de non-intervention reçues face aux casseurs. Et accuse le gouvernement de vouloir décrédibiliser les mouvements sociaux.

La charge est inattendue. Sur France Info, le secrétaire général du syndicat policier majoritaire Alliance, Jean-Claude Delage, s'est interrogé sur les consignes reçues par les policiers pendant les manifestations. Il s'interroge notamment sur la passivité imposée aux forces de l'ordre lorsque des casseurs sont en action. 
"Attendre une heure"

Pourquoi les CRS n'interviennent-ils pas plus rapidement lorsque des groupes de personnes s'en prennent à des vitrines ou des équipements publics? Selon le patron d'Alliance, les policiers ne font qu'obéir aux ordres.

"Lorsque vous voyez des casseurs détruire les vitrines, saccager des panneaux publicitaires, se servir des tubes néons à l’intérieur pour attaquer les forces de l’ordre et que des policiers mobilisés sont en face d’eux et qu’ils doivent attendre une heure en face d’eux pour intervenir (…) on se demande bien pourquoi."

Celui qui appelle les policiers à manifester contre "la haine anti-flics" le 18 mai l'assure: "les policiers veulent interpeller les casseurs". Et d'ajouter:

"L’Etat doit prendre ses responsabilités, ne pas nous laisser attendre des heures face à des casseurs identifiés, qu’on pourrait même peut-être préventivement assigner à résidence dans le cadre de l’état d’urgence ou interpeller."

Quelle est la logique derrière ces ordres?

Pour Alliance, la stratégie de laissez-faire du gouvernement n'a qu'un objectif, jeter le discrédit sur l'ensemble de la mobilisation contre la Loi Travail.

"Je pense que ça vise aussi à discréditer le mouvement social et syndical parce qu’évidemment, lorsque des syndicalistes manifestent contre un texte et qu’il y a des casseurs qui cassent tout dans le quartier, que les riverains sont exaspérés et que la police ne peut pas rapidement intervenir, et bien ça discrédite aussi quelque part le mouvement social" estime Jean-Claude Delage.

Depuis son annonce par le gouvernement, le projet de Loi Travail a suscité une très vive contestation, traduite par des manifestations partout en France. Manifestations en marge desquelles ont été observés de violents affrontements avec les forces de l'ordre ».

 

Voici ce que j'ai écrit, à chaud, pendant la manif :

« Énorme manif à Paris ce 14 juin. Les casseurs, comme d'habitude, se sont mis devant la manifestation pour casser et se faire réprimer par la police. Nous avons eu droit aux gaz lacrymogènes. Puis la manifestation est répartie vers les Invalides. Un grand moment pour le peuple français ».

Et mon commentaire, le 16 juin : 

"Comme les policiers, je me suis posé des questions, lors de la manif du 14 juin, sur les ordres donnés aux "forces de l'ordre". 
Les "autonomes" (qui sont là pour préparer l'insurrection populaire, pas pour le retrait de la loi de précarité du travail) se placent à l'avant du cortège intersyndical. Ils sont très organisés pour semer le trouble (casse de matériel urbain) et provoquer les policiers. Après avoir atteint leur but, ils se débarrassent de leurs accoutrements et se fondent parmi les manifestants. Ils font tout pour que ceux-ci s'en prennent aux forces de l'ordre car leur ennemi, c'est l'Etat républicain.
Le gouvernement est donc directement interpellé. Il devrait avoir une stratégie visant à contenir ces "autonomes". Or, il ne semble pas en avoir. Pire, on est en droit de se demander s'il n'est pas tenté d'utiliser cette violence pour amoindrir l'impact des manifestations et, à terme, mettre en oeuvre des mesures d'interdiction de manifester.
Les organisateurs de manifestations sont tout aussi directement interpellés. Ils devraient prendre des mesures afin de séparer nettement le cortège intersyndical des "autonomes casseurs". Mardi, j'ai remonté le cortège pour prendre des photos de la tête. Je suis arrivé sans le vouloir à proximité des casseurs sans avoir vu les dirigeants syndicaux. Contraint au repli par les gaz lacrymogènes, j'ai vu la tête du cortège syndical alors que je pensais qu'elle était plus en avant. Je suppose que beaucoup de citoyens manifestants qui constataient les dégâts n'y comprenaient rien. Il faudrait que le service d'ordre intersyndical fasse une séparation nette avec les autonomes en
se servant de haut-parleurs pour avertir les gens comme moi, le but étant d'éviter le mélange voulu par les casseurs avec les manifestants sincères.
Il y a urgence. La sagesse voudrait que le gouvernement suspende la procédure parlementaire, laissant le temps de la concertation sur ces points importants".

 

Le gouvernement a voulu interdire la manifestation du 23 juin à Paris, se référant aux violences constatées le 14 juin. Les organisations syndicales ont déjoué la manœuvre. Voir leur communiqué de presse publié le 22 juin : Communiqué CGT, FO, FSU, Solidaires, UNEF, UNL, FIDL

 

Jack Dion a fait sur Facebook le constat suivant, à l'issue de la manifestation :

« ll n'y a eu aucun incident durant la manifestation parisienne contre la Loi Travail. On peut en tirer deux leçons : 1) Lorsque le pouvoir le veut et s'en donne les moyens, il peut assurer la sécurité d'une manifestation, même si l'on ne peut se satisfaire de la méthode adoptée en la circonstance. 2) Les syndicalistes et les manifestants n'ont rien à voir avec les casseurs, contrairement à ce que nous serinent Manuel Valls et ses janissaires pour faire passer en force un projet de loi massivement rejeté. Espérons que chacun saura en tirer la leçon ».

 

Voir aussi les commentaires de Jean-Luc Mélenchon sur son site : VIDÉO - Manifestation du 23 juin contre la loi El Khomri

Cet article est le 134ème paru sur ce blog dans la catégorie Travail Economie

Les manifestants, le 14 juin 2016, découvrent les effets des dégradations commises par les casseurs en avant de la manif syndicale.

Les manifestants, le 14 juin 2016, découvrent les effets des dégradations commises par les casseurs en avant de la manif syndicale.

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27 mai 2016 5 27 /05 /mai /2016 23:24

 

Plus de 500 manifestants de tous âges derrière la banderole intersyndicale

 

 

Les manifestations continuent contre le projet de loi travail, à Laval comme dans les autres départements français. Les 19 et 26 mai 2016, il y avait plus de 500 personnes qui défilaient dans les rues de Laval derrière la banderole intersyndicale CGT, FO, FSU, Solidaires et les organisations étudiantes et lycéennes Unef, Unl et Fidl.

 

A chaque fois, la détermination et la bonne humeur étaient au rendez-vous, avec toutes les générations représentées, comme on peut le voir en visionnant les vidéos de Jacques Omnès :

- 19 mai : https://www.youtube.com/watch?v=Fex5dwu6Kig&list=PLCgsfKiQ9oO1J505Ies-tUdtO6mmOWAEK

- 26 mai : https://www.youtube.com/watch?v=ZMNMKCschl0

 

Rappel articles concernant la loi travail :

 

- (9 mars 2016) : Ce sont les jeunes qui ont le plus manifesté contre le projet de loi travail

 

- (14 mars 2016) : Bastien Faudot et la loi Travail : il est urgent de séparer MEDEF et Etat

 

Cet article est le 133ème paru sur ce blog dans la catégorie Travail Economie

Chaude ambiance avec les jeunes dans les rues à Laval le 26 mai 2016

Chaude ambiance avec les jeunes dans les rues à Laval le 26 mai 2016

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14 mars 2016 1 14 /03 /mars /2016 23:37

 

La pression de l'Europe et du MEDEF pousse l’État à des mesures libérales

 

Les manifestations organisées par les syndicats ouvriers et étudiants ont amené le pouvoir politique français à lâcher du lest, sans remettre en cause l'essentiel du contenu du projet de loi Travail.

Voir (Le Monde, 14 mars 2016) : Prud’hommes, licenciement… ce qui change dans le nouveau texte de la loi travail

 

Voici le commentaire qu'en a fait Bastien Faudot, candidat MRC à l'élection présidentielle 2017.


LOI TRAVAIL : ET SI ON SÉPARAIT LE MEDEF DE L’ÉTAT ?

 

Sous la pression de la mobilisation sociale, le gouvernement annonce le retrait de certaines des dispositions les plus contestées de sa réforme du code du travail. Exit le plafonnement des indemnités prud'homales, qui ne serait plus qu’indicatif. Le gouvernement abandonne également les mesures concernant la durée maximale de travail, l’astreinte, le temps de travail des apprentis. Certaines propositions seront mieux encadrées, à l’instar du forfait jour accessibles pour les TPE et PME. Mais l’incertitude demeure quant à la facilitation des licenciements économiques. Et si de nouveaux droits pour les salariés sont à l’agenda, il reste que ces nouveaux droits sont largement fictifs en l’absence de décision concernant leur financement.

 

La flexibilité ne peut être la norme

Difficile donc de considérer comme suffisants ces aménagements, d’autant plus que l’esprit de la loi travail demeure. L’esprit de la loi travail, c’est la possibilité pour les entreprises d’aménager le droit du travail de façon dérogatoire par des accords d’entreprises ou de branches. Il est ainsi toujours possible, par accord d’entreprise, de moduler le temps de travail sur une période de trois ans. Mais que vaut le dialogue social dès lors que sévit dans le pays un chômage de masse et que les organisations syndicales restent faibles voire absentes au sein de nombreuses entreprises ? Loin de la « décentralisation » vantée par le Premier ministre, le chantage à l’emploi deviendrait demain la norme.

Sous la pression des institutions européennes et du lobbying du MEDEF, le gouvernement continue à mener la politique de la postdémocratie : alors que les salariés ont besoin de protection et de règles claires face à la mondialisation et à la concurrence déloyale, il continue à croire que la « flexibilité » peut créer de l’emploi et que la compétitivité peut relancer la croissance. Il en va de même pour les petits patrons, soumis à la pression des grands groupes et des banques. Les contre-exemples de nos voisins européens montrent pourtant que l’on obtient avec les plans de déflation salariale rien d’autre qu’une course au moins-disant social qui pèse sur l’activité économique.

Reconquérir notre souveraineté économique pour permettre la transformation sociale

Je renouvelle les propositions que je porte pour une autre politique du travail. Les accords d’entreprises doivent toujours rester plus favorables que la loi et les accords de branche. Les salariés doivent avoir une présence et un pouvoir significatifs dans les conseils d’administrations. Les règles de licenciements économiques doivent prendre en compte le niveau de dividendes versés. La lutte contre le burn out doit devenir une priorité. Exiger le retrait du texte est un impératif qui demeure aujourd’hui.

L’urgence pour notre vie économique, pour les salariés, pour les petites entreprises, c’est de séparer le MEDEF de l’État. C’est de reconquérir notre souveraineté économique pour permettre le redressement de l’activité. C’est de retrouver la maîtrise de notre monnaie et de notre budget en nationalisant l’euro. Il n’y a pas de projet de transformation sociale qui vaille sans souveraineté nationale et populaire.

Cet article est le 132ème paru sur ce blog dans la catégorie Travail Economie

Bastien Faudot, le 29 février 2016, au Salon de l'agriculture, reçu au stand des Jeunes Agriculteurs par le président JA, Thomas Diemer

Bastien Faudot, le 29 février 2016, au Salon de l'agriculture, reçu au stand des Jeunes Agriculteurs par le président JA, Thomas Diemer

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9 mars 2016 3 09 /03 /mars /2016 23:38

 

Bastien Faudot : il faut une traduction politique aux mouvements populaires

 

Le mauvais temps n'a pas empêché un bon millier de personnes, surtout des jeunes, de participer à la manifestation en fin de matinée ce 9 mars à Laval. Le MRC 53 était présent.

Voir, sur le site de Ouest-France : Loi travail: plus de 1000 manifestants à Laval

Tout est parti des étudiants de l'IUT qui ont allumé la mèche et rameuté les troupes. Ce mercredi matin, à 11h place du 11-Novembre à Laval, ils étaient entre 1000 et 1500 personnes, dont les trois quarts lycéens ou étudiants, à exprimer tout le mal qu'ils pensent du projet de loi réformant les règles du travail.

 

A Paris, Bastien Faudot était avec des jeunes militants du Mouvement Républicain et Citoyen. Sur son site de campagne (voir FAUDOT 2017 | Bastien Faudot, la gauche avec le peuple), on trouve, ce 9 mars 2016, la position du candidat à l'élection présidentielle 2017 concernant le projet du gouvernement sur le travail.

 

LOI TRAVAIL : DONNER UNE TRADUCTION POLITIQUE AUX MOUVEMENTS POPULAIRES

 

Le projet de loi sur le travail agit comme un puissant révélateur des dérèglements politiques de notre époque. Au plan économique et social d’abord, il consacre la mue idéologique de la gauche sociale-démocrate aux dogmes du libéralisme le plus décomplexé.

Cette mue aura sans doute été plus longue que celle d’une chenille : elle procède d’un déplacement tectonique de la deuxième gauche, celle que Jean-Pierre Chevènement qualifiait de « gauche américaine » à la fin des années 70. Le tournant de la rigueur de 1983 est l’acte de naissance de cette dérive. Ensuite, l’histoire politique de la gauche de gouvernement n’aura été, à de rares exceptions près, qu’une infinie succession de coups de canifs dans le projet de transformation sociale autour duquel elle s’était rassemblée en 1981. Celui-là même qui était sa raison d’être. De sorte qu’aujourd’hui, il reste au gouvernement une gauche sans raison d’être.

 

La plupart des grandes dispositions du projet de loi El Khomri témoignent du renoncement majuscule à l’œuvre : abrogation de fait des 35 heures, cadenassage des juridictions prud’homales avec le plafond d’indemnisation, réduction de la rémunération des heures supplémentaires (travailler plus pour gagner moins), assouplissement du licenciement, instauration du forfait jour pour les petites et moyennes entreprises, suppression de la garantie par la loi de la durée de congés en cas de décès d’un proche… 

 

Ceux qui prétendent que cette réforme instaure une « flexi-sécurité » à la française nous mentent : c’est en réalité une « flexi-flexi insécurité ». Imaginer que de telles dispositions seront créatrices d’emploi, c’est ne rien comprendre au mouvement global qui est engagé dans le cadre de la mondialisation.

La course effrénée à la compétitivité par la mise en concurrence des systèmes sociaux promet une mort lente et douloureuse : cela consiste à positionner le moins-disant social comme point de référence. Ce processus ne sera achevé que par la destruction à peu près complète des systèmes de solidarité et par l’essorage des agents de productions que sont les travailleurs.

C’est là qu’il faut changer d’angle. 

La déflation salariale sera aussi longtemps la « seule politique possible » tant que nous n’aurons pas retrouvé notre souveraineté monétaire et budgétaire. Sans elle, il n’y aura pas de justice sociale. La politique monétaire, comme la politique budgétaire et fiscale, sont des outils de régulation (contre la toute puissance du marché), de protection et de compétitivité pour inventer un modèle économique à la fois performant et émancipateur. Ceux qui à gauche, s’émeuvent du projet de loi El Khomri en réclamant simplement un compromis en termes de dosage font fausse route. Ils sont condamnés à s’indigner indéfiniment.

 

Dans l’immédiat, exiger le retrait du texte est impératif, pour protéger le monde du travail d’une attaque sans précédent, et peut-être aussi sans retour, contre lui.

Plus encore, au delà de la question économique et sociale, l’offensive du gouvernement révèle les failles de notre démocratie. Le projet de loi « travail » donne lieu à un échange très intéressant entre le nouveau monde et l’ancien. D’un côté, une pétition qui recueille plus d’un million de signatures et atteint ainsi une taille inédite, de l’autre des déclarations de responsables politiques qui, de tous horizons et depuis les différents palais de la République, croient défendre la démocratie représentative en méprisant, de manière franche et avouée, les pétitionnaires renvoyés à leurs canapés et à leurs irresponsabilité.

La mobilisation 2.0 est bien sûr salutaire, mais du point de vue de l’intérêt général son affrontement avec les palais de la République n’est vraiment pas satisfaisant. Le fossé se creuse et alimente la crise démocratique. Cette contradiction doit être dépassée. 

 

Il faut construire une traduction politique aux mouvements populaires, confrontés au déni de démocratie des caciques de gauche comme de droite.

Allons au-delà de la belle mobilisation populaire du 9 mars en proposant un chemin et un projet conséquent pour une gauche du XXIeme siècle. 

La crise de post-démocratie que nous traversons suppose en tout premier lieu, la reconquête de la souveraineté populaire et nationale. C’est pour défendre cette conviction de toujours que je me suis déclaré candidat à l’élection présidentielle le 7 février dernier.

 

Voir aussi la position du Mouvement Républicain et Citoyen, exprimée par Thierry Rochefort, secrétaire national du MRC au travail et à l'emploi, 2 mars 2016 : Loi travail : contester, mobiliser et proposer

Cet article est le 131ème paru sur ce blog dans la catégorie Travail Economie

Le 15 octobre 2010, les lycéens manifestaient à Laval contre la réforme des retraites.

Le 15 octobre 2010, les lycéens manifestaient à Laval contre la réforme des retraites.

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29 décembre 2013 7 29 /12 /décembre /2013 19:20

Des progrès jusqu’en 2000, un tassement sur 2000-2012

 

L’INSEE a réalisé une étude qui porte sur l’emploi salarié de 1989 à 2012 dans les cinq départements de la Région des Pays de la Loire (Loire-Atlantique, Maine-et-Loire, Vendée, Sarthe, Mayenne).

Dans le CÉAS-point-com n° 530, diffusé le 27 décembre 2013 (le bulletin électronique du Centre d'étude et d'action sociale de la Mayenne - Céas53), on peut y lire ces infos concernant la Mayenne.

 

Évolution de l’emploi salarié de 1989 à 2012 : la Mayenne décroche sur la dernière décennie

 

Dans une étude sur l’emploi salarié de fin 1989 à fin 2012, Ophélie Kaiser, de l’Insee, observe que sur cette période, « l’emploi salarié progresse à un rythme particulièrement dynamique dans les Pays de la Loire, malgré un tissu productif plus tourné vers l’industrie qu’ailleurs en métropole ». Elle remarque que la croissance de l’emploi y est l’une des deux plus fortes des régions françaises au cours des années 1990 et reste dans le peloton de tête dans la décennie suivante. En outre, l’emploi est plus dynamique que dans le reste du territoire métropolitain quel que soit le secteur observé.

La Mayenne comptait 86 900 emplois salariés fin 1989 et elle en enregistre 107 600 fin 2012. Suivant la même tendance qu’en Sarthe, l’emploi salarié en Mayenne a augmenté en moyenne annuelle de 2,0 % entre 1989 et 1999, mais il a diminué de 0,1 % entre 2000 et 2012 (+ 0,7 % dans les Pays de la Loire et + 0,3 % en France métropolitaine).

 

Évolution de l’emploi salarié par département 1989-2012 (en moyenne annuelle)

 

Territoires

Évolution 1989-1999

Évolution 2000-2012

Mayenne

+ 2,0 %

- 0,1 %

Pays de la Loire

+ 2,0 %

+ 0,7 %

France métropolitaine

+ 1,0 %

+ 0,3 %

Source : Insee

 

Demandeurs d’emploi des catégories A, B et C à fin octobre 2013* : diminution du chômage en Mayenne sur un mois

 

La Mayenne compte, fin octobre 2013, en données brutes, 20 438 demandeurs d’emploi inscrits à Pôle emploi (tableau 1), dont 18 002 (88 %) tenus à des actes positifs de recherche d’emploi (catégories A, B et C). Parmi ces 18 002 demandeurs d’emploi, 3 771 ont moins de 25 ans et 3 492 ont 50 ans ou plus. Les 25 à 49 ans (environ 10 700) représentent 59 % de l’effectif total des catégories A, B et C.

Concernant ces trois catégories A, B et C, le nombre de demandeurs d’emploi a diminué sur un mois (– 0,6 %, augmentation pour les Pays de la Loire et la France métropolitaine), mais a augmenté sur un an (+ 6,2 %). Cette variation annuelle est inférieure à celle de la région (+ 8,4 %) et celle de la France (+ 6,8 %).

Toujours en variation annuelle pour ces trois catégories et pour le département, on constate, sur un an, une légère augmentation des demandeurs d’emploi âgés de moins de 25 ans (+ 2,0 %). Pour cette tranche d’âge, sur un an, le chômage a progressé pour les femmes (+ 1,3 %) et pour les hommes (+ 2,8 %). Les 25 à 49 ans augmentent également : l’évolution est de 4,0 % pour les femmes et de 7,9 % pour les hommes ; et pour les 50 ans ou plus : + 10,7 % pour les femmes et + 14,2 % pour les hommes.

 

La Mayenne, comme les Pays de la Loire, se caractérise par une part élevée de jeunes de moins de 25 ans parmi les demandeurs d’emploi inscrits à Pôle emploi (catégories A, B et C – tableau 2). A contrario, la Mayenne compte proportionnellement moins de demandeurs d’emploi de longue durée. La part des demandeurs d’emploi de 50 ans ou plus, dans l’effectif total, est très légèrement inférieure en Mayenne à celle des Pays de la Loire et de la France.

 

* Catégorie A : demandeurs d’emploi n’ayant pas travaillé dans le mois, quel que soit le type d’emploi recherché.

Catégorie B : ceux ayant eu une activité de 78 heures au plus dans le mois.

Catégorie C : ceux ayant eu une activité de plus de 78 heures dans le mois.

Dans ces trois catégories, les demandeurs d’emploi sont tenus à des « actes positifs de recherche d’emploi ».

Catégorie D : demandeurs d’emploi non disponibles immédiatement (stage, formation, maladie…).

Catégorie E : ceux ayant un emploi et en recherchant un autre (notamment les bénéficiaires de contrats aidés).

 

Rappel : Les chiffres du chômage confirment la désindustrialisation de la France - 27 déc. 2013 

L'emploi se rétrécit en Mayenne, en France et en Europe, pas aux USA - 25 octobre 2012

 Les chiffres du chômage en Mayenne et en France toujours à la hausse - 29 mars 2012 

Mayenne : peu de chômeurs, ce sont surtout des femmes et des jeunes  - 11 janvier 2012 

Chiffres du chômage : en hausse de 20% depuis un an en France - 3 décembre 2009 

 

Cet article est le 130ème paru sur ce blog dans la catégorie Travail Economie

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27 décembre 2013 5 27 /12 /décembre /2013 23:34

Risque d’une nouvelle dégradation au printemps 2014

 

L’engagement présidentiel d’inverser la courbe du chômage avant la fin 2013 n’est pas tenu, même si « François Hollande maintient le cap, explique que la stabilisation est en cours et que les mauvais chiffres de novembre ne seraient qu'un simple accident de parcours ». Voir Chiffres du chômage: le pari-piège de François Hollande (RFI, 27 décembre 2013) et Selon l'INSEE, l'inversion de la courbe du chômage attendra mi 2014 - 21 décembre 2013. 

 

Colloque mondialisation Montebourg JPC 300811 004 TJacques Sapir (ici en conversation avec Jean-Pierre Chevènement et Arnaud Montebourg, lors du colloque sur la mondialisation le 30 août 2011 à Paris) fait le constat suivant : François Hollande, le chômage et la réalité (27 déc. 2013)

 

Comme il fallait s’y attendre, les chiffres du chômage ont déclenché une (mini) polémique de plus. Examinons ces chiffres de près en se souvenant des catégories utilisées par la DARES et du fait que ces chiffres ne comptabilisent que les « demandeurs d’emplois », les chômeurs radiés, à un titre ou un autre, n’y figurent pas. On constate :

  1. Une diminution du rythme d’accroissement pour la catégorie « A », mais qui reste soutenue.
  2. Un accroissement rapide des catégories B et D où se trouvent les « demandeurs d’emploi » qui sont les plus proches de la catégorie A. Mais, la catégorie B chute néanmoins en novembre 2013.
  3. La catégorie C, qui couvre le temps partiel subi (et non voulu) a aussi beaucoup augmenté (40% de la catégorie A), pour connaître une petite baisse en novembre.
  4. Sur octobre et novembre, la catégorie E explose par rapport à sa tendance normale, sous l’effet des « emplois aidés », tandis que la hausse générale du nombre des demandeurs d’emplois freine, après avoir fortement augmenté en octobre (+55900).
  5. Au total, sur 12 mois, le nombre des demandeurs d’emplois s’est accru de 310 000 personnes dont 175 600 pour la seule catégorie A. Cela correspond à l’estimation moyenne que j’avais faite en octobre 2012.

Si l’on regarde les catégories A+B+D qui s’approchent au mieux des chômeurs, on voit qu’il y a une petite stabilisation en novembre.

Mais, si l’on compare les catégories A+B+D et C+E, on voit que la courbe continue de progresser. Sans les aides publiques, la progression serait plus forte. La baisse du temps partiel « subi » ne provient pas d’un retour à l’emploi normal, mais elle signale l’amorce d’une nouvelle dégradation.

 

Quand on sait l’ampleur des plans sociaux en préparation (ils devraient toucher 250 000 personnes en 2014), et la stagnation de la demande réelle dans l’économie française, on peut en déduire que cette apparente accalmie ne sera, hélas, que passagère. François Hollande est donc très imprudent de s’avancer comme il le fait sur cette question. On peut même dire qu’il est impudent de déformer comme il le fait la réalité des chiffres quand on sait ce qui nous attend dans le premier semestre de l’année 2014. Au-delà, il faut ajouter que la question n’est pas celle, simplement, du nombre des chômeurs – même si c’est un des indicateur des plus importants – mais la nature des activités. L’essentiel est, en effet, la qualité des offres de travail. Remplacer un emploi à haute valeur ajoutée par un emploi de service à basse valeur ajoutée maintient certes le nombre de chômeurs au même niveau, mais se traduit par un appauvrissement général de l’économie et du pays. Le processus de désindustrialisation se poursuit, et avec lui la perte de ces emplois à forte valeur ajoutée. Pour stopper l’hémorragie il faudra se défaire de l’Euro. De cela, il faut s’en convaincre et le répéter sans cesse, jusqu’à ce que l’on soit entendu.

Jacques Sapir

Ses travaux de chercheur se sont orientés dans trois dimensions, l’étude de l’économie russe et de la transition, l’analyse des crises financières et des recherches théoriques sur les institutions économiques et les interactions entre les comportements individuels. Il a poursuivi ses recherches à partir de 2000 sur les interactions entre les régimes de change, la structuration des systèmes financiers et les instabilités macroéconomiques. Depuis 2007 il s'est impliqué dans l’analyse de la crise financière actuelle, et en particulier dans la crise de la zone Euro.

 

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21 décembre 2013 6 21 /12 /décembre /2013 23:11

Les emplois créés, insuffisants pour compenser les pertes

 

L'Insee, dans sa dernière note de conjoncture, estime que le taux de chômage restera à peu près au même niveau au moins jusqu'à la fin du premier semestre 2014. François Hollande, lui, continue de parler d'une inversion de la courbe... Mais le président et l'Institut ne s'appuient pas sur les mêmes données. " Même si l'Insee parle d'une stabilité, je confirme que tout est fait pour que l'inversion de la courbe du chômage puisse être réalisée", a déclaré François Hollande ce 20 décembre en marge d'un sommet européen.

 

De fait, dans sa dernière note de conjoncture, l'Institut de la statistique table sur une stabilisation du taux de chômage à 10,9% (avec les Dom) à la fin 2013 avant d'atteindre 11% (toujours avec les Dom) à la mi-2014. Pour l'Insee, donc, il n'y aurait pas d'inversion de la courbe du chômage dans les six mois qui viennent, notamment en raison du trop faible nombre de créations d'emplois attendues (36.000, notamment grâce aux contrats aidés dans le secteur non-marchand). Voir la suite : Baisse du chômage ? (La Tribune, Jean-Christophe Chanut, 20 déc. 2013).

 

Commentaires de Solène Davesne (Usine Nouvelle, 20 déc. 2013)

 Pour l'Insee, la reprise sera poussive en 2014

L’activité devrait progresser de 0,2 % au premier et au deuxième trimestre 2014, selon la note de conjoncture publiée par l'Insee, jeudi 19 décembre.

Il faut savoir décrypter les changements parfois infimes dans le vocabulaire toujours très prudent de l’Insee. Dans sa note de conjoncture de décembre, l’institut de statistique ne parle plus d’"éclaircie". Désormais pour l’Insee, la "reprise est enclenchée, même si elle est poussive", confirme Cédric Audenis, économiste à l’Insee.

Une petite amélioration donc, qui se traduit dans les prévisions pour la France. Après un troisième trimestre décevant, avec un recul de 0,1 % du PIB, l’Insee table sur une croissance de 0,4 % au dernier trimestre. Pour les six premiers mois de 2014, la croissance devrait se confirmer mais de façon plus modeste, avec une hausse de 0,2 % du PIB par trimestre.

A la fin de l’année, l’anticipation par les ménages de la hausse de la TVA au premier janvier et du durcissement du malus automobile devrait donner un petit coup d’accélérateur à la consommation française (+0.3 %).

Mais pour 2014, l’économie devrait rester en petite forme car les moteurs de redémarrage manquent. Du côté des entreprises industrielles, "le climat des affaires ne progresse plus depuis deux mois, les perspectives plafonnent", souligne Cédric Audenis. De fait, les débouchés pour les entreprises restent limités l’an prochain. Même si la situation sur le marché de l’emploi s’améliore en partie grâce à l’impact du crédit d’impôt compétitivité (4 000 destructions d’emplois marchand prévues au premier semestre contre 87 000 en 2013), la consommation des ménages devrait pratiquement stagner, avec un petit 0,1 % de hausse pour chaque trimestre.

Les exportations comme moteur

Le seul véritable moteur de l’économie française devrait rester les exportations. La reprise confirmée en Allemagne mais aussi dans les pays d’Europe du sud dope la demande adressée aux exportateurs français. Les ventes à l’étranger devraient ainsi progresser de 0,7 % par trimestre début 2014, malgré le niveau élevé de l’euro.

Une évolution qui devrait profiter à l’industrie. Après un repli au troisième trimestre, la production manufacturière devrait progresser de 0,8 % au dernier trimestre puis 0,2 % au cours des deux trimestres suivant.

A l’inverse, l’investissement des entreprises ne devrait jouer un rôle "ni moteur, ni freineur", selon l’Insee (voir article suivant). Après un recul de 1,8 % des dépenses d’investissement des sociétés en 2013, celles-ci devraient croître de 0,7 % d’ici juin. Une progression au même rythme que celle du PIB, pour lequel l’Insee prévoit un acquis de croissance de 0,7 % en juin.

 

 Note de synthèse de l’INSEE

Reprise poussive

Comme prévu dans le Point de conjoncture d’octobre, l’activité au troisième trimestre 2013 est restée globalement décevante dans les économies émergentes et dynamique dans les économies avancées. La demande extérieure adressée à la France a décéléré, notamment du fait du net ralentissement des importations de nos partenaires européens.

Au quatrième trimestre 2013, le climat des affaires retracé dans les enquêtes de conjoncture continue de s’améliorer dans l’ensemble des économies avancées, ce qui laisse attendre une poursuite de l’embellie. En particulier, l’activité dans la zone euro devrait continuer de croître à l’horizon de la prévision (+0,3 % chaque trimestre), grâce à une modération de la consolidation budgétaire, un redressement de l’investissement après un ajustement très prononcé et à une baisse de l’épargne de précaution des ménages. Dans les économies émergentes, la situation est hétérogène, mais de manière générale la croissance ne devrait pas s’améliorer franchement.

La demande extérieure adressée à la France retrouverait à l’horizon de la prévision un rythme de progression soutenu et régulier d’ici mi-2014. Cependant, le profil de l’activité en France serait relativement marqué, avec une progression du PIB de 0,4% au quatrième trimestre 2013, puis de 0,2% aux premier et deuxième trimestres 2014.

Le dynamisme attendu au quatrième trimestre serait dû à la conjonction de plusieurs effets. Tout d’abord, des contrecoups favorables sont attendus concernant l’investissement des entreprises en services et les exportations en produits manufacturiers, qui ont chuté au troisième trimestre bien au-delà de ce que laissent supposer leurs déterminants. En outre, les ménages anticiperaient certaines dépenses en raison du déblocage de l’épargne salariale, du durcissement du bonus/malus automobile au 1er janvier et de la hausse des taux de TVA au 1er janvier 2014. Ce rebond anticipé au quatrième trimestre est confirmé par les données d’activité disponibles fin octobre et les enquêtes de conjoncture : le climat des affaires s’est fortement amélioré au troisième trimestre, et ce dans tous les secteurs. En revanche, la pause que les soldes d’opinion marquent depuis deux mois, notamment du fait du fléchissement des perspectives personnelles d’activité déclarées par les chefs d’entreprise, laisse attendre un ralentissement début 2014, résultant du manque de dynamisme des différents postes de demande :

- la progression de l’investissement serait freinée par l’absence de reprise dans la construction, alors qu’a contrario le redressement des perspectives d’activité la soutiendrait.

- malgré l’amélioration sur le front de l’emploi en 2014, le pouvoir d’achat des ménages manquerait d’impulsion. D’une part, la progression de l’emploi total resterait faible : le CICE enrichirait la croissance en emplois, mais le redressement de l’activité serait insuffisant pour permettre une reprise de l’emploi marchand. D’autre part, les gains de salaires réels observés en 2013 du fait de la baisse non anticipée de l’inflation s’estomperaient en 2014. Ainsi, la consommation des ménages progresserait à peine au premier semestre 2014.

- les exportations seraient, au premier semestre 2014, moins dynamiques que la demande extérieure, car elles seraient pénalisées par l’appréciation passée de l’euro, ainsi que par les pertes tendancielles de part de marché, certes moindres depuis la crise.

Ce scénario est soumis à de nombreux aléas. Les exportations françaises pourraient être plus dynamiques, en particulier si le retour de la confiance se confirme chez nos partenaires d’Europe du Sud. A contrario, l’ampleur du redémarrage de l’investissement des entreprises est toujours très incertaine en phase de reprise. Plutôt lent en France dans notre scénario, il pourrait même être différé, du fait de la modestie des anticipations de croissance.

 

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15 décembre 2013 7 15 /12 /décembre /2013 23:43

Appel pour le maintien de ce pôle culturel en centre ville

 

C’est une belle histoire, celle d’un libraire indépendant, devenu éditeur, qui avait réussi à convaincre la municipalité lavalloise d’installer la librairie Siloë dans le cadre d’une offre culturelle de qualité en centre ville de Laval, la Médiapole.

 

Le point de départ, c’est en 1979, quand Michel Thierry, originaire du Maine-et-Loire tout proche, acquiert la librairie Delapierre, une librairie réputée, rue des Déportés, centrée sur les livres religieux tout en étant généraliste.

En 1982, il lui donne un nouveau nom, Siloë, et lance les Éditions Siloë (aujourd’hui, 600 titres au catalogue, de nombreux livres d’art et d’histoire, mettant souvent en valeur la Mayenne et l’ouest de la France).

En 1988, il crée un GIE avec une soixantaine de libraires indépendants qui ont opté pour l’enseigne Siloë (espace livres religieux et espace librairie générale).

En 1993, il devient, au niveau national, président de l’association de formation des libraires.

Entre 1995 et 1997, il contribue à la création d’une école de formation des libraires à Laval. Voir Formation BP libraire (ex ISM - Institut supérieur des métiers Laval).

 

Commencée avec la municipalité socialiste avant 1995, la réflexion pour installer la librairie au sein d’un pôle culturel de centre ville aboutit avec celle de François d’Aubert à la fin des années 1990. La librairie Siloë - dont Michel Thierry n’est plus propriétaire, il l’a vendue à son associé en 1997, donnant tout son temps au projet - s’installe dans la Médiapole de Laval en 2001.

 

Après avoir lutté plusieurs années contre la maladie, Michel Thierry est décédé le 30 octobre 2013.

Voir Siloë à Laval. Michel Thierry, l'ancien patron est décédé (Ouest-France, 31 oct. 2013)

Michel Thierry, la vie d'un grand libraire (Ouest-France, 2 nov. 2013)

 

Le groupe Chapitre achète la librairie Siloë en août 2008. Réseau Librairies Chapitre, filiale du groupe Actissia, comptait 57 magasins en France (avant la vente de 4 magasins). Avec France Loisirs, il est le n° 2 de la distribution du livre en France Le groupe emploie 1 200 salariés. Actissia est contrôlé depuis mai 2011 par Najafi companies, un fonds d'investissement américain. Sources Ouest-France.

 

Le groupe Chapitre se heurte à des difficultés financières, mais la Librairie Chapitre Siloë de Laval semble préservée. Voir Malgré les difficultés, Chapitre ne fermera pas (Ouest-France, 6 mai 2013).

En fait, ne n’est qu’un répit. Les librairies Chapitre déposent le bilan (Ouest-France, 28 nov. 2013).

 

Le réseau des 53 librairies Chapitre a été déclaré en liquidation judiciaire par le tribunal de commerce de Paris, le 2 décembre 2013, avec poursuite de l’activité jusqu’au 7 janvier 2014. Voir Médiapole : les salariés veulent sauver leur librairie (Ouest-France, 5 déc. 2013). Extrait.

 

Une librairie peut-elle être rentable ? Il s’agit d’un secteur à faible marge. Les librairies indépendantes sont bousculées par la concurrence des grandes surfaces culturelles et de la vente sur Internet. Elles survivent grâce à l’engagement des libraires qui consentent souvent des sacrifices. Mais, et c’est le paradoxe, les livres continuent à se vendre.

 

Les salariés et des associations se mobilisent et proposent la signature d’une Pétition pour préserver la culture en centre-ville de Laval.

L’offre culturelle actuelle constituée à la Médiapole du seul disquaire et papetier du centre-ville, de la seule grande librairie généraliste du département pourrait disparaître dans une agglomération de près de 100 000 habitants.

Le personnel de la librairie, les associations culturelles, les lavallois et plus largement les mayennais sensibles à la vie culturelle de Laval et du département, s’interrogent et s’inquiètent (…).

Voir Sauvons la librairie de la Médiapole.

 

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13 août 2013 2 13 /08 /août /2013 22:49

L’entreprise n’appartient pas à ses actionnaires

 

Le 21 mai 2013, la Fondation Res Publica (pour faire connaissance, voir Présentation de la Fondation Res Publica, par Jean-Pierre Chevènement, son président) organisait un colloque sur le thème Nouveau pacte social : mode d'emploi.

 

Les actes de ce colloque ont été publiés le 19 juillet 2013. En voici les titres.

Accueil de Jean-Pierre Chevènement

Quelques questions sur le pacte social - Intervention de Patrick Quinqueton, Conseiller d'Etat et membre du Conseil scientifique de la Fondation Res Publica.

Le dialogue social : une des clés de la compétitivité - Intervention de Louis Gallois, Commissaire général à l'investissement

Pour un dialogue social constructif mais offensif - Intervention de Mohammed Oussedik, Secrétaire confédéral de la CGT

La place des salariés dans le paysage social - Intervention de Raymond Soubie, Président des sociétés de conseil Alixio et Taddeo

Conclusion de Jean-Pierre Chevènement

Débat final animé par Jean-Pierre Chevènement 

 

L’intervention de Louis Gallois* (extrait)

Le dialogue social : une des clés de la compétitivité

 

1. Les syndicats doivent être reconnus dans l’entreprise.

L’information en continu – et, autant que possible, en avance – de telle manière que chacun, y compris les partenaires sociaux, puisse se préparer à répondre aux questions lourdes qui peuvent se poser, se fait normalement à travers le comité d’entreprise. En France, le dialogue social est souvent figé au sein de l’entreprise parce qu’on ne reconnaît pas suffisamment le rôle du comité d’entreprise et des délégués du personnel. Dans ce domaine, il y a matière à progresser dans le camp patronal comme dans le camp syndical.

Il faut des représentants du personnel dans les conseils d’administration des grandes entreprises. Je ne parle pas des petites entreprises qui fonctionnent de manière tout à fait différente.

Ne nous faisons pas d’illusions, la présence des représentants du personnel dans des conseils d’administration ne réglera pas tout et le consensus ne se dégagera pas de lui-même. Les conseils d’administration seront toujours précédés de réunions sans les représentants du personnel et, de leur côté, les représentants du personnel se réuniront, lorsqu’ils auront capacité à le faire, pour adopter une ligne commune au sein du conseil. C’est ce qui se passe en Allemagne : avant le conseil de surveillance, la partie patronale et la partie salariale se réunissent chacune de leur côté.

Mais deux raisons plaident en faveur de la représentation du personnel au sein du conseil d’administration :
Première raison
 : Les personnels apportent leur connaissance de l’entreprise et surtout la dimension du long terme. Ce sont eux qui incarnent le mieux la durée de l’entreprise. Un actionnaire reste actuellement moins de deux ans dans une entreprise. Dans une entreprise du CAC 40, la durée moyenne d’un actionnaire n’excède pas six ou sept mois, certains faisant des allers et retours quasi quotidiens, d’autres ayant une durée plus longue. Les actionnaires ont donc plus de difficulté à incarner le long terme. La tutelle croissante du marché financier sur les entreprises implique la priorité au court terme. Si cette affirmation peut se nuancer, elle exprime un fond de réalité.

Deuxième raison : Il est essentiel que les personnels se sentent chez eux dans l’entreprise. Comment le pourraient-ils s’ils ne sont pas représentés dans l’instance dirigeante de l’entreprise qu’est le conseil d’administration ? Je fais mienne la thèse de chercheurs qui travaillent sur l’entreprise selon laquelle l’entreprise n’appartient pas à ses actionnaires qui n’en possèdent que le capital. Depuis la fin du servage, personne ne peut s’approprier une collectivité humaine. Or l’entreprise est une collectivité humaine. Il faut donc regarder l’entreprise comme la conjonction de parties prenantes. Les actionnaires cherchent la sécurité et la rémunération de leur capital et la capacité de réaliser des plus-values. Les personnels, éléments constitutifs et essentiels de l’entreprise, sont évidemment concernés au plus haut point par son devenir. Lorsque je déclare devant des assemblées patronales que les salariés doivent être conscients que leur entreprise n’appartient pas aux actionnaires, je suscite toujours un certain étonnement… mais nul ne peut évidemment me contredire ! Si l’entreprise est une entité partagée entre ses parties prenantes, le bien de l’entreprise et le bien des salariés peuvent être réconciliés. Ce qui est intéressant pour les salariés est intéressant pour l’entreprise. Ce qui fait la force de l’Allemagne est précisément ce consensus sur la création de richesses, sur l’impératif de ne rien faire qui aille contre le développement de l’entreprise qui est un bien indivisible entre les parties prenantes.

Toute réduction de charges accordée aux entreprises est ressentie en France comme « un cadeau aux patrons » alors qu’il s’agit d’un apport à l’entreprise dont chacun doit se saisir. Cela suppose un changement copernicien dans la manière de gérer les entreprises qui se traduit par une prise de responsabilités réciproque. Le développement de l’entreprise devient donc l’affaire de tous même si la répartition des richesses créées par l’entreprise reste le domaine de conflits ou de négociations entre le capital et le travail. C’est pour cette raison que j’avais proposé dans mon rapport que les entreprises qui le souhaiteraient puissent désigner un représentant du personnel pour présider le comité d’entreprise. C’était le cas chez EADS, en Allemagne. Ceci entraîne une modification réelle de la relation patrons-syndicats au sein de l’entreprise.

 

Au niveau national, certaines modifications techniques sont également nécessaires :

- Il faut d’abord encourager à la syndicalisation dans les PME pour créer de véritables interlocuteurs.

- Il serait bon de réduire le nombre de branches. Sur les 600 ou 700 branches d’activité, en France, certaines n’ont plus aucune vie. Normalement les branches sont des instances de négociation. Comment mener la négociation sur des conventions collectives sur un tel nombre de branches ? Les forces syndicales ne sont même pas en mesure d’avoir des représentants dans chacune des branches.

- Il faut aussi régler le problème du financement des organisations syndicales en allant vers un système très clair. Il est normal que la collectivité nationale participe au financement des organisations syndicales. Actuellement, ce sont les budgets de formation professionnelle [5] qui, très largement, assurent le financement des syndicats. Il y a aussi la partie moins visible des permanents… Il serait beaucoup plus sain d’instaurer un financement transparent en fonction des résultats aux élections professionnelles.

- Il est enfin nécessaire de veiller à la formation et à la carrière des responsables syndicaux. Les organisations patronales se plaignent souvent de la qualité des représentants des syndicats (il arrive aussi, assez souvent, que les syndicats se plaignent de la qualité des patrons…). En tout cas, il est absolument indispensable de garantir aux responsables syndicaux une formation et un déroulement de carrière si on veut attirer des gens de qualité vers ces responsabilités lourdes.

2. La consultation et la concertation.

L
’État ne peut pas s’en remettre au seul « dialogue social » pour gérer cet aspect tout à fait important. Nous sommes dans un pays où la demande d’État est forte. L’État a son rôle à jouer pour que la négociation sociale aboutisse dans un certain nombre de domaines. D’une part il aura à transcrire dans le droit du travail un certain nombre d’accords sociaux, d’autre part il est un acteur essentiel du dialogue social qu’il peut faciliter ou gêner. Il a en particulier à nourrir la négociation sociale.

Enfin, comme je l’ai dit, une réflexion doit être menée sur le paritarisme, sur la manière de gérer nos grands systèmes – qu’il s’agisse de la formation professionnelle ou de la sécurité sociale et de ses différentes branches – pour faire du paritarisme une source de dynamisme et éviter le mélange des genres qui conduit à une sorte de conservatisme dans ce paritarisme, parce qu’on ne veut pas changer des équilibres entre organisation syndicale et organisation patronale.

* Voir Louis Gallois propose un pacte de compétitivité pour l'industrie française - 5 novembre 2012 et Rapport Gallois : les 22 propositions pour reconquérir la compétitivité -  6 novembre 2012

 Cet article est le 126ème paru sur ce blog dans la catégorie Travail Economie

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