Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine à partir, notamment, des idées de Jean-Pierre Chevènement, l'un de ses fondateurs, qui n'est plus membre du MRC depuis 2015. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens (MDC) après les élections de 2002. En 2022, le MRC est devenu membre de la Fédération de la Gauche Républicaine avec quatre autres organisations politiques.
Sortir de la crise politique par le haut, dans le respect des élections 2024
Pour Guillaume Duval, coprésident du club Maison Commune, et Isabelle This Saint-Jean, professeure d'économie, après la chute du gouvernement Bayrou, le 8 septembre, le président de la République aura l'opportunité de permettre à la France de rebondir en sortant de la crise sociale, économique et démocratique, dans laquelle elle est en train de s'enliser.
Voir (Tribune libre Nouvel Observateur, 1er septembre 2025) : A quoi pourrait ressembler un gouvernement de front républicain dirigé par une personnalité de gauche ?
Pour l’essayiste Guillaume Duval et l’économiste Isabelle This Saint-Jean, il est temps de se conformer aux résultats des élections de juillet 2024 : un gouvernement de front républicain mené par une personnalité de gauche.
Pour sortir le pays de la crise politique, il nous faut maintenant un gouvernement de front républicain, conformément à la volonté exprimée par les électrices et électeurs en juillet 2024
Après avoir fait des pieds et des mains pour devenir Premier ministre, François Bayrou aura donc procrastiné pendant huit mois sur à peu près tous les dossiers. Il aura géré de façon catastrophique le scandale Bétharram, laissé ses ministres tirer à hue et à dia (ou plutôt en direction de l’extrême droite) et réussi à se fâcher avec des syndicats pourtant disposés à jouer le jeu de la négociation avec lui sur les retraites.
Il était cependant sorti de son immobilisme, le 15 juillet dernier, pour présenter, à grand renfort de déclarations catastrophistes, un budget 2026 prévoyant 44 milliards d’économie sur les dépenses publiques sans demander d’efforts supplémentaires aux détenteurs des revenus et des patrimoines les plus élevés. Ce qui a suscité, sans surprise, des réactions très négatives. Puis le 25 août dernier, il nous annonce que, finalement, il préfère jeter l’éponge à l’occasion d’un vote de confiance qu’il est sûr de perdre sans même défendre ce budget devant le Parlement.
Et maintenant ? La balle revient dans le camp d’Emmanuel Macron. Après celui de Michel Barnier, l’échec de François Bayrou est aussi le sien, celui de sa volonté de s’appuyer uniquement sur le rassemblement des perdants des législatives de 2024 pour pouvoir continuer à mener coûte que coûte les politiques qui ont conduit le pays dans l’impasse depuis 2017.
Il est temps d’essayer enfin une autre approche, conforme aux résultats des élections de juillet 2024 : un gouvernement de front républicain mené par un ou une personnalité de gauche. Les dernières législatives ont montré en effet une volonté largement majoritaire de refuser que le pays bascule vers une extrême droite xénophobe et autoritaire alignée sur Trump, Poutine et Netanyahou. Bien sûr, cette majorité de refus reste très hétéroclite, mais ne pourrait-elle pas malgré tout se retrouver sur quelques mesures clefs pour, face à la gravité de la crise politique et dans un contexte géopolitique aussi dangereux, faire quand même avancer le pays en attendant de redonner la parole aux Français·es en 2027 ?
La question immédiate, et probablement la plus difficile, concerne évidemment le budget 2026. Sans être aussi catastrophique que le décrit François Bayrou, la situation des finances publiques est en effet très sérieuse. Huit années de baisses de prélèvements n’ont pas permis de doper l’activité et l’innovation ni de combler les déficits extérieurs. Elles ont au contraire dégradé les services publics et conduit à des déficits excessifs et un endettement croissant.
Il faut en effet réduire ce déficit. Pour 2026, un effort de l’ordre de 25 milliards d’euros pour le ramener sous les 5 % du PIB, déjà très important, serait plus réaliste que celui envisagé par François Bayrou. Contrairement à ce que celui-ci prétendait (même si en réalité ses propositions n’aboutissaient pas à ce résultat), un tel effort ne peut pas et ne doit pas être réalisé uniquement sur les dépenses. Il devrait être possible de trouver au sein du front républicain un accord pour une répartition 50/50 de cet effort entre dépenses et recettes, étant entendu que les recettes supplémentaires devraient provenir pour l’essentiel d’une hausse des prélèvements sur les revenus et les patrimoines des plus aisés.
Un tel gouvernement devrait par ailleurs reprendre le dossier des retraites sur lequel François Bayrou a de nouveau échoué. Il faut solder enfin le contentieux de la réforme de 2023. Les propositions qui le permettraient sont connues de tous, notamment en ce qui concerne la pénibilité. Au-delà, ce gouvernement de front républicain devrait inciter fortement les partenaires sociaux à trouver ensemble des modes de travail qui permettent enfin au pays de sortir de la guerre civile permanente sur tous les sujets sociaux qui nous plombe depuis des décennies. Il devrait également bien sûr réaffirmer l’engagement plein et entier de la France dans la transition écologique ainsi que dans l’éducation de sa jeunesse et la préparation de l’avenir du pays. Non seulement dans ses discours mais aussi dans ses actes.
En matière de politique étrangère, il devra, en étroite coordination avec le président de la République, confirmer l’opposition déterminée de la France vis-à-vis de Vladimir Poutine, de Donald Trump et de Benyamin Netanyahou et sa volonté d’amener l’Europe à agir plus efficacement pour contrer ces dirigeants autoritaires et impérialistes.
Pour le reste, l’essentiel de ce sur quoi le front républicain pourrait et devrait se mettre d’accord d’ici 2027 concerne la revitalisation de notre démocratie. Il lui faudra tout d’abord lutter contre la concentration excessive des médias et protéger davantage l’indépendance des rédactions. Il devra ensuite changer le mode de scrutin législatif pour instaurer la proportionnelle comme c’est le cas chez tous nos voisins. Comme les autres Européens, les Françaises et les Français doivent enfin avoir le droit de voter « pour » et non pas « contre ». Ce gouvernement pourrait enfin lancer une convention citoyenne en vue de préparer une nouvelle Constitution, celle de la Ve République ayant largement montré ses limites.
Quel périmètre pour un tel gouvernement ? Sa construction doit s’adresser à toutes les forces qui ont soutenu le Front républicain en 2024 : les différentes composantes du Nouveau Front populaire (NFP), Ensemble pour la République et le MoDem. Tous ne voudront pas forcément participer directement à un tel gouvernement mais son programme de travail, le pacte de Front républicain à établir pour un an et demi, devrait être négocié et soutenu ensuite par tous à l’Assemblée nationale. Horizons n’avait pas voulu jouer le jeu du Front républicain en 2024 mais, si dans le contexte de danger accru pour la démocratie créé par la victoire de Donald Trump, le parti d’Edouard Philippe souhaitait finalement s’associer à cette démarche de salut public, il pourrait y être associé.
C’est désormais à Emmanuel Macron qu’il revient d’initier, ou non, une telle dynamique en nommant une personnalité de gauche susceptible de mener à bien un tel projet. A lui de savoir s’il souhaite entrer dans l’histoire comme le président qui aura constamment approfondi la crise sociale, économique et démocratique ou comme celui qui, à la fin de son mandat, aura su créer les conditions pour permettre à la France de se réconcilier et de rebondir.
Photo : Guillaume Duval
Cet article est le 3532 ème sur le blog MRC 53 - le 210ème, catégorie Gauche France
Article paru le 02 septembre 2025 sur http://mrc53.over-blog.com/