Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine à partir, notamment, des idées de Jean-Pierre Chevènement, l'un de ses fondateurs, qui n'est plus membre du MRC depuis 2015. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens (MDC) après les élections de 2002. En 2022, le MRC est devenu membre de la Fédération de la Gauche Républicaine avec quatre autres organisations politiques.

Publicité

Pierrick Berthou, agriculteur, fait l'analyse critique de la loi Duplomb

Sur le site de Marianne, dans un article publié le 28 août 2025, Pierrick Berthou, éleveur laitier, développe son analyse de la Loi Duplomb.

Derrière la loi Duplomb se cache une réalité : un nivellement par le bas de nos normes sanitaires. Prenant notamment comme exemple l'agriculture industrielle brésilienne, Pierrick Berthou, agriculteur à la ferme de Poulfang, à Quimperlé, dans le Finistère, est persuadé. Après la Loi Duplomb, certes allégée mais promulguée malgré tout, il entend alerter sur les dangers de la logique de l'agrobusiness.

En recueillant plus de deux millions de signatures, la pétition contre la loi Duplomb a mis le feu aux poudres cet été. Le débat qui a accompagné la pétition ne peut pas se résumer à un affrontement entre écolos-bobos-gauchos d'un côté et de l'autre des paysans bourrus encartés à la FNSEA et de droite, cela serait caricatural et stérile. La fulgurance de la pétition contre la loi Duplomb n'est pas l'apanage des gens de gauche. Au sein des signataires, nous retrouvons, aussi, des gens de droite qui ne supportent plus de voir leur voisin agriculteur travailler comme un damné et néanmoins crever la dalle alors qu'il nourrit la société…

La loi Duplomb originelle se voulait moderne et libertaire, permettant, entre autres, la réintroduction d'un néonicotinoïde (l'acétamipride) interdit en France depuis 2018. Cette loi rendait plus aisées certaines démarches administratives telles l'installation de mégabassines ou l'extension d'un élevage. Derrière cette loi qui nous était – et c'est toujours le cas – présentée comme indispensable-nécessaire-vitale dans un contexte de marché mondial se cache une réalité : un nivellement par le bas de nos normes sanitaires. Cette loi, même si elle paraît limitée, n'est ni plus ni moins que la petite porte qui s'ouvre vers un inconnu où tout serait possible, dont le pire, quoiqu'en disent ses défenseurs...

Parmi eux, Jean-Luc Demarty, ancien Directeur général du commerce extérieur de la Commission européenne, est l'auteur d'une charge violente dans l'édition du journal Ouest-France du 26 juillet dernier. Il y défend énergiquement le texte dans cet article titré « La loi Duplomb, un pas dans la bonne direction ». Ainsi, dézingue-t-il toutes les initiatives favorables à l'environnement (le Grenelle, l'agroécologie, les normes européennes et administrations sourcilleuses, les exploitations trop petites et le bio, même les 35 heures y passent). Bref, Jean-Luc Demarty estime nécessaire « la réorientation vers une agriculture économique et de souveraineté alimentaire », selon son expression. D'ailleurs, il qualifie le débat d'« hystérique ». Je vous laisse juge. À travers son pamphlet, nous devinons quel type d'agriculture nous est préparé. Au moins, son propos est clair et sans équivoque. D'autres personnalités nous parlent de gains de compétitivité que permettrait la loi Duplomb et par conséquent seraient favorables aux agriculteurs.

« Cette loi n'est pas au service des agriculteurs, cette loi a pour vocation de favoriser les transactions commerciales des agro-industriels, donc leurs profits. »

A contrario, cette pétition, outre le fait de provoquer du débat, met en lumière des scientifiques qui font autorité et qui étaient jusqu'ici plutôt discrets. Le 22 juillet, sur France Inter, Philippe Grandcolas, écologue et scientifique au CNRS et le docteur Pierre-Michel Périnaud, président de l'association Alerte des médecins sur les pesticides, loin d'être des hystériques, il faut bien en convenir, nous rappelaient les risques collatéraux des pesticides.

Tout d'abord, chez le fœtus, le développement altéré du squelette et des troubles du cerveau. Ces scientifiques nous expliquent que la plupart des insecticides sont neurotoxiques. Dès lors, il semble possible de faire le lien entre ces insecticides et les maladies neurodégénératives. Lors de cette émission, les intervenants ont expliqué que l'Inserm, en 2021, avait mis en évidence des liens entre les produits chimiques (les pesticides) et les cancers du sang et de la prostate (reconnus comme maladie professionnelle des agriculteurs), la maladie de Parkinson, des troubles cognitifs et de la reproduction, des malformations congénitales. Pour être encore plus précis, l'agence européenne des produits chimiques avait déclaré, en septembre 2024, le tébuconazole, un fongicide de la famille des triazoles, reprotoxique B, donc néfaste pour la fertilité humaine. Du fait de cette classification, le tébuconazole devait disparaître des campagnes européennes. Le tébuconazole est toujours le fongicide le plus utilisé en France (500 tonnes par an). Alors même que les toxicologues alertent depuis 2014 sur la reprotoxicité de ce produit…

L'argument sur les gains de compétitivité pour les agriculteurs, et qui de fait, amélioreraient leur revenu, est une hypocrisie infâme. Depuis soixante ans les agriculteurs ont battu tous les records de compétitivité, que ce soit à l'hectare, à l'heure, à l'animal, à la plante, à l'individu… Et pourtant, le revenu est lamentable : 80 % des agriculteurs gagnent moins que le Smic brut, soit 1 801,80 euros par mois dont 30 % moins que le RSA soit 642,52 euros par mois. Ce n'est pas la réintroduction des néonicotinoïdes qui améliorera le revenu des agriculteurs. Le problème n'est pas là. Cette loi n'est pas au service des agriculteurs, cette loi a pour vocation de favoriser les transactions commerciales des agro-industriels, donc leurs profits.

« Cette Europe tellement vertueuse qui nous est présentée n'est qu'une mascarade. »

Tout comme Jean-Luc Demarty, Jean-Éric Schoettl, ancien secrétaire général du Conseil constitutionnel, se cache derrière les chiffres pour justifier la loi Duplomb. L'un comme l'autre égrènent leurs arguments économiques comme un bilan comptable, le tout accompagné d'une pointe de condescendance. Le point commun à tous les défenseurs de la loi Duplomb est l'édifiante absence de compassion pour les paysans. Et, c'est normal, puisqu'ils mettent les pieds dans un domaine qui leur est parfaitement étranger. Ces gens-là font fi des conditions de vie des agriculteurs, de l'état de santé et de la façon de penser de leurs contemporains. Pour eux, seuls comptent la bonne marche du CAC 40 et les bénéfices des agro-industriels. Pour le reste…

L'allemand Bayer et le suisse Syngenta, industriels européens de l'agrochimie fabriquent des pesticides interdits en Europe, à cause de leurs nocivités, mais les exportent partout dans le monde… Avant qu'ils ne nous reviennent puisque nous importons, actuellement, 50 % de notre alimentation, via le libre-échange vanté par Jean-Luc Demarty, entre autres. Cette Europe tellement vertueuse qui nous est présentée n'est qu'une mascarade.

L'agriculture industrielle s'appuie sur le doute pour se développer. Elle provoque des catastrophes et des injustices. Peut-on continuer à miser sur un tel système économique au détriment de la santé humaine ? Un tel système a-t-il un avenir ? Certes, la version initiale de la loi Duplomb a été censurée et retoquée par le Conseil constitutionnel, puis promulguée par le président de la République ce qui, conséquemment, interdit tout débat à l'Assemblée nationale.

Malgré cela, à l’issue du passage entre les mains des Sages, pouvons-nous considérer l'aménagement de la loi comme une grande victoire pour les opposants à la loi Duplomb ou d'une petite défaite de ses partisans ? En l'état, l'essentiel de la version originelle est validé. Alors, un constat s'impose : les signataires de la pétition contre la loi Duplomb devraient rester vigilants. En effet, il ne faut pas douter de l'extrême détermination des partisans de la loi dans sa version originelle. Dès le 8 mai dernier, Laurent Duplomb lui-même envisageait une nouvelle version de sa loi en tenant compte des remarques du Conseil constitutionnel. Cette version verrait une application de l'acétamipride plus contrainte. Mais assurément, à l'aide de recours, de dérogations et autres subterfuges, l'acétamipride serait réintroduit…

« Une agriculture biologique ayant pour base la polyculture-élevage bien répartie sur les territoires nourrira l'ensemble des populations. »

Le Brésilien Joao Pédro Stédile, cofondateur et représentant du Mouvement des sans terre (MST), ne cesse depuis plus de quarante ans d'expliquer le quotidien de ses compatriotes et les ravages que fait l'agriculture industrielle dans son pays. Pollutions à grande échelle de l'eau, de l'air, des terres, déforestation massive de la forêt amazonienne, violences, maltraitances, expropriations, état sanitaire épouvantable… Le Brésil est la locomotive de ce que sera l'agriculture mondiale dans un futur proche. Alors, oui, la loi Duplomb, même allégée, est un pas de plus dans la direction de cette agriculture industrielle.

Dans ces conditions, quel avenir, quelle alternative peut se présenter ? Tout naturellement l'agriculture biologique, de par son cahier des charges, doit se prévaloir de sa capacité à développer une agriculture vivrière et souveraine. Souveraine dans le sens noble de nourricière et indépendante. C'est donc une invitation pour la justice, la liberté et l'autonomie des peuples. Mais aussitôt qu'est évoquée l'agriculture biologique, ses pourfendeurs agitent le chiffon rouge de la famine.

Or, une agriculture biologique ayant pour base la polyculture-élevage bien répartie sur les territoires nourrira l'ensemble des populations. Cela demandera de prendre en compte, enfin, le coût de production des agriculteurs et impliquera quelques aménagements. Que ce soit Jacques Caplat, Olivier de Schutter, l'institut Rodale ou Afterres 2050 de Solagro, mais aussi Christian Schader, tous leurs travaux conduisent à la même conclusion : l'agriculture biologique nourrira l'ensemble de la population.

En définitive, les signataires de la pétition contre la loi Duplomb, au plus profond d'eux, et pas seulement eux, veulent un autre modèle agricole. Car l'agriculture industrielle est une négation de la vie. Il est évident que l'agriculture industrielle dispose de moyens colossaux pour s'imposer. Pour autant, il ne faut pas accepter cette orientation pour notre alimentation quotidienne sans renâcler. Nos enfants nous le reprocheraient.

Photo : Pierrick Berthou (Ouest-France, 12 mai 2023)
 

Cet article est le 3538 ème sur le blog MRC 53 - le 513ème, catégorie AGRICULTURE et PAC

Article paru le 09 septembre 2025 sur http://mrc53.over-blog.com/

Publicité
Pierrick Berthou, agriculteur, fait l'analyse critique de la loi Duplomb
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article