Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine à partir, notamment, des idées de Jean-Pierre Chevènement, l'un de ses fondateurs, qui n'est plus membre du MRC depuis 2015. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens (MDC) après les élections de 2002. En 2022, le MRC est devenu membre de la Fédération de la Gauche Républicaine avec quatre autres organisations politiques.
Par Michel SORIN
Le projet de budget est inacceptable pour la gauche, on va vers la censure
Ce qui ressort des débats à l'Assemblée nationale sur la loi de finances 2026 laisse à penser que la censure est au bout du chemin. A moins d'un retournement de situation à la fin de cette semaine, le plus probable est que le PS va déposer une motion de censure.
Christian Chavagneux le dit clairement dans son éditorial d'Alternatives économiques (novembre 2025). Voir Du même auteur - Christian Chavagneux, 27 octobre.
La fiscalité des riches, clé du débat budgétaire
Avec sa proposition de suspendre la réforme des retraites, le Premier ministre Sébastien Lecornu a montré sa volonté de sauver sa peau. Mais il marche sur une jambe : s’il souhaite rester un peu plus longtemps à son poste, il va falloir qu’il avance également sur le dossier de l’imposition des plus riches. Soit en taxant directement leur patrimoine, soit indirectement, en taxant plus les grandes entreprises. En a-t-il le courage politique ?
Jusqu’à présent, la réponse est non. La taxe Zucman est rejetée par le gouvernement. Et le projet de budget Lecornu propose de diviser par deux la surtaxe d’impôt sur les sociétés (IS) censée rapporter huit milliards d’euros cette année et donc 4 milliards l’an prochain. Dans le même temps, l’exécutif veut poursuivre la baisse des impôts de production malgré le fait que l’Institut des politiques publiques vient de montrer l’absence totale d’efficacité.
La semaine qui s’ouvre à l’Assemblée nationale est cruciale car elle porte largement sur ces questions fiscales. Jusqu’où le premier ministre et Olivier Faure, premier secrétaire du Parti socialiste (PS), sont-ils prêts à aller pour trouver un accord ?
Le PS a mis sur la table une nouvelle version de la taxe Zucman : au lieu des 2 % minimum de taxation des patrimoines supérieurs à 100 millions d’euros sans exemption, un impôt minimum de 3 % sur les patrimoines à partir de 10 millions d’euros, mais qui exclurait les entreprises familiales et celles considérées comme innovantes. Rendement estimé : de 5 à 7 milliards d’euros, contre les 15-20 de la taxe Zucman. Olivier Faure veut aussi le maintien de la surtaxe d’impôt sur les bénéfices des grandes entreprises (8 milliards, donc), la création d’une CSG (Contribution sociale généralisée) sur le patrimoine (2 milliards) et une hausse de la taxation de l’héritage (pour seulement 1 milliard d’euros de recettes en plus).
Un bon deal ? Instruit par l’expérience de l’ancien ISF (Impôt sur la fortune), complètement mité du fait des exemptions, l’économiste Gabriel Zucman a réagi négativement : « dès qu’on introduit des exonérations [...] on lance la machine à optimisation ». Avec un seuil à 10 millions d’euros, on reste certes dans la catégorie des ultrariches, mais taxer à 3 % des patrimoines largement vidés de leur substance ne rapportera pas grand-chose. C’est aussi se priver de demander au Conseil constitutionnel de nous dire s’il trouve normal que les milliardaires français paient moins d’impôts que les autres contribuables.
Le débat qui va avoir lieu dans les jours qui viennent constituera un révélateur : il permettra de savoir s’il y a un accord pour une véritable justice fiscale. Le Parti socialiste ne peut pas se contenter de sa demi-taxe Zucman, car elle ne suffirait pas à elle seule à la rétablir. Il doit pousser pour d’autres modes d’imposition des ultrariches, à l’image de la pérennisation de la surtaxe d’IS tant que le déficit budgétaire n’est pas maîtrisé.
Il peut aussi lancer la réforme du pacte Dutreil. La Cour des comptes rappelle ainsi qu’il a coûté 5,3 milliards d’euros en 2024, et que les deux tiers de cette somme ont été concentrés sur seulement 1 % des donataires et héritiers (110 personnes en 2024 !).
Il faudra aussi aller plus loin sur la taxation des héritages. Bref, accepter l’idée que le compromis qui permettrait de donner un budget à la France passe par une véritable justice fiscale au lieu de faire des économies sur la protection sociale.
S’il n’avance pas sur ce chemin, la censure deviendra moralement, économiquement et politiquement obligatoire. Avant une bataille pour empêcher l’arrivée au pouvoir du Rassemblement national, dont le projet de budget promet de placer la France en récession avec un programme d’austérité de grande ampleur, dont même le gouvernement actuel n’ose pas rêver.
L’extrême centre est aujourd’hui à un tournant historique de son histoire. Soit il trouve la voie de la social-démocratie, soit il choisit de passer par la case extrême droite, à laquelle une partie des troupes du socle commun est prête à se rallier. Rendez-vous dans les jours qui viennent pour connaître son choix.
Photo : Alternatives économiques, Christian Chavagneux
Cet article est le 3559 ème sur le blog MRC 53 - le 121ème catégorie République Parlement
Article paru le 28 octobre 2025 sur http://mrc53.over-blog.com/
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