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Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine à partir, notamment, des idées de Jean-Pierre Chevènement, l'un de ses fondateurs, qui n'est plus membre du MRC depuis 2015. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens (MDC) après les élections de 2002. En 2022, le MRC est devenu membre de la Fédération de la Gauche Républicaine avec quatre autres organisations politiques.

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Max-Erwann Gastineau : l'affirmation d'une Europe indépendante

Les relations entre Etats sont basées sur l'intérêt, pas sur les valeurs

Lors de l'émission "C ce soir" sur France 5, le 10 décembre 2025, Max-Erwann Gastineau a rappelé l'urgence de construire une "Europe post-occidentale".

Voir le podcast S6 E55 - Trump contre l’Europe : Faut-il acter le divorce ?" Extrait de son message sur Facebook le 12 décembre.

La vidéo dure près de 4 minutes. Mais je tiens à la partager, car je reviens dans cet extrait sur ce que j’entends par l’urgence de construire une « Europe post-occidentale ».

On a peu l’occasion de présenter cette orientation sur une émission phare du débat public. Or, je la revêts d’une importance capitale pour l’avenir des Européens, animé par la certitude que la stratégie d’une administration démocrate nous caressant dans le sens de nos ascendances libérales et progressistes n’aurait pas suscité le moindre désir d’indépendance en Europe, contribuant ainsi à nous enfermer de plus bel dans un « bloc occidental » suranné, à l’heure d’un monde multipolaire, désoccidentalisé, où priment le réalisme, les relations transactionnelles basées sur l’intérêt et non les valeurs, comme le rappellent chaque jour les pays dits du Sud.

Voir aussi (YOU TUBE - Les Editions du Cerf décembre 2023) L'ère de l'affirmation de Max-Erwann Gastineau.

Et aussi (blog MRC 53, 11 novembre 2024) Universités de la Gauche Républicaine 2024 à Lyon : 1ère Table ronde. Extrait.

Deuxième intervenant, Max-Erwann Gastineau a écrit un livre sur la désoccidentalisation du monde. Il ne faut plus réfléchir en terme de bloc. La guerre de la Russie en Ukraine, en 2022, signe la fin de la domination occidentale (400 ans de domination sans partage). La révolution chinoise, en 1911, était une imitation du modèle occidental. Le mode de vie occidental continue, mais les jeunes chinois prennent du recul. On assiste à la montée en puissance des pays du Sud, à la remise en cause de la domination occidentale, politique, économique, culturelle, des droits de l'homme. Nous entrons dans une nouvelle ère géopolitique, fondée sur la diversité.

Et aussi (Fondation Res Publica, Notes de lecture de Jean-Yves Autexier, 1er décembre 2023)

L'ère de l'affirmation : répondre au défi de la désoccidentalisation

C’est à une riche lecture du tournant du monde que nous convie cet ouvrage. Une bibliographie très nourrie rend compte du nombre et de la qualité des sources auxquelles puise notre jeune auteur.

Sous sa plume, les éléments du puzzle s’assemblent : ce qu’on nomme l’occident a cessé de régner sur le monde. Sa puissance, ses valeurs, ont cessé d’hypnotiser les peuples de la planète. De ce constat, à présent mieux admis, l’auteur tire une première leçon : chercher à mesurer comment nous étions devenus, spécialement en Europe, l’espace du progrès et de la démocratie. Une nature avantageuse – et ici un éloge bienvenu de la géographie, trop oubliée aujourd’hui dans la formation des élites -, un élan spirituel dès l’Antiquité, des facteurs sociologiques et politiques : cette domination est le fruit d’un enracinement.

Toutes les nations ne peuvent en dire autant : c’est le cas des pays « divisés » ou « déchirés » selon le classement d’Huntington. Mais on lit aussi avec curiosité les lignes consacrées au complexe caribéen : ces pays composites, « archipéliques » sans groupe culturel dominant, dont l’histoire est faite par les apports extérieurs.

Max-Erwann Gastineau tente ainsi un rapprochement inattendu entre la créolisation chère à Édouard Glissant, et le patriotisme constitutionnel d’Habermas : les deux concepts sont hors-sol, le premier voulant tirer parti d’une histoire venue d’ailleurs et peu partagée, le second essayant d’oublier une histoire traumatique. Pour l’école habermassienne, le contenu substantiel, charnel de l’Etat-nation est alors rejeté, nié, relégué. On connait les retombées de cette vulgate dans la production historique française. Et l’horizon des eurocrates est bien celui-là : dépasser les nations. C’est aussi celui qui irrigue les discours du chancelier Olaf Scholz.

Mais notre auteur n’est pas dupe : le retour des conflits de haute intensité en Europe, la crise du modèle allemand rebattent les cartes, « les peuples européens veulent rester des nations, pas devenir des nationalités ».

Bien-sûr, la question des migrations, de la diversité nouvelle des populations, amène à la nation politique, au demos et non à l’ethnos, et cette question n’est pas ignorée dans ce livre. Pour l’auteur, l’Europe doit d’urgence réapprendre à aimer ses nations. Répondre au défi de la désoccidentalisation, pour l’Europe, c’est vouloir exister par elle-même. S’affirmer, comme toute son histoire l’y invite : non plus par la colonisation et la domination, mais en acceptant un monde multipolaire « où l’occident serait obligé de partager le pouvoir avec d’autres puissances ». 

L’expérience de la découverte d’autres cultures lui est familière depuis 1492, quand elle découvrait qu’elle n’était plus le centre du monde. L’Europe peut donc s’interroger à nouveaux frais sur ce qui fait son identité, une fois débarrassée des scories : à savoir la liberté individuelle et la liberté de conscience, le primat de l’homme sur la nature, l’esprit d’entreprise et d’innovation, le goût du travail… On peut se demander si l’occident est capable d’une telle révolution intérieure. Mais la France ? Jean-Pierre Chevènement invitait à voir son avenir comme un « carrefour de civilisations », capable de connaître les cultures d’Asie, d’Afrique, d’Amérique latine. En filiation avec la pensée du général de Gaulle qui refusait l’emploi du mot « occident ». « Même quand nous sommes sincèrement européens, écrit Gastineau, n’oublions pas que pour les autres nous restons d’abord français. Acceptons-le ! Réapprenons à vivre avec la dimension nationale de notre être (…) Entreprenons la découverte heureuse de notre histoire, une défense plus prosaïque de nos intérêts. Elle nous le sera moins reprochée que la prétention à guider l’humanité. »

Si l’on passe outre les renvois aux textes de René Girard dont l’on peut ne pas suivre les retombées dans l’ordre international, il est à noter que les références à Lévi-Strauss sur la préservation de la diversité du monde, à Huntington, relu correctement et hors des simplismes, ou à Kundera soutiennent le « plaidoyer pour un post occidentalisme » de l’auteur.

L’ère de l’affirmation, titre du livre, s’impose car le monde non européen ne nous attend pas et n’a que faire de nos leçons et sanctions. Cette affirmation reposera sur un retour à nos propres sources et sur une curiosité renouvelée de la diversité du monde. C’est la leçon de Montaigne, citée en conclusion : en voyageant, explorant, Montaigne découvre la patrie la plus proche et la plus inaccessible : soi-même. Voilà donc un travail nourri, ouvrant de multiples aperçus sur les réalités d’aujourd’hui, et invitant le lecteur à une réflexion prospective.

Photo : 12 octobre 2024, table ronde avec Max-Erwann Gastineau lors des universités de la Gauche républicaine à Lyon

Cet article est le 3590 ème sur le blog MRC 53 - le 182ème, catégorie France et Europe

Article paru le 31 décembre 2025 sur http://mrc53.over-blog.com/

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