Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine à partir, notamment, des idées de Jean-Pierre Chevènement, l'un de ses fondateurs, qui n'est plus membre du MRC depuis 2015. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens (MDC) après les élections de 2002. En 2022, le MRC est devenu membre de la Fédération de la Gauche Républicaine avec quatre autres organisations politiques.
L'ouvrage "Femmes, Vie, Liberté" prolonge la BD publiée en 2023
Le Mouvement pour un socialisme du 21ème siècle a publié, le 11 février 2026, un texte portant sur le livre "Femmes, Vie, Liberté" (éditions de l'Iconoclaste, octobre 2025) dont la rédaction a été dirigée par l'auteure franco-iranienne de bandes dessinées et de films, Marjane Satrapi.
L’œuvre de Marjane Satrapi aide à comprendre « de l'intérieur » la richesse culturelle et politique de la longue histoire du peuple iranien.
L'Iran connaît depuis le 28 décembre 2025, un mouvement considérable de contestation sociale, probablement le plus important depuis 1979. Ce soulèvement est le fruit d'une crise économique profonde liée à l'inflation (42% en décembre 2025), et à une crise politique. Les revendications de libertés civiles et politiques (contre le port du voile obligatoire et les discriminations religieuses et de genre) restent aussi fondamentales.
En 2018, Donald Trump se retire de l'accord de Vienne sur le nucléaire iranien et adopte un train de sanctions contre ce pays. En réaction, l'Iran refuse de coopérer sur la question nucléaire et subit aussi les sanctions infligées par l'ONU depuis septembre 2025. La monnaie (le rial) s'effondre, ce qui amène une forte hausse des prix.
Les manifestations ont été initiées par les commerçants, bientôt rejoints par d'autres secteurs de la population. Le gouvernement a réagi en bloquant l'accès à internet et en menant une répression impitoyable (entre 3 500 et 30 000 morts). La corruption et l'application de politiques néolibérales depuis les années 90 (services publics réduits au profit du privé, développement des inégalités) mènent à une profonde crise de régime.
Les revers du Hezbollah et du corps des gardiens de la Révolution face à Israël fragilisent aussi le régime. Les États-Unis veulent exploiter la situation pour déclencher une intervention militaire contre l'Iran, faisant planer la menace d'une déstabilisation majeure de l'ordre géopolitique régional au Moyen-Orient.
Dans ce contexte, l’œuvre de Marjane Satrapi, auteure franco-iranienne de bandes dessinées et de films, et notamment son dernier ouvrage « Femmes, Vie, Liberté », publié en 2023 peut nous aider à comprendre « de l'intérieur » la richesse culturelle et politique de la longue histoire du peuple iranien. Ce livre mélange textes écrits, illustrations et bandes dessinées d'un collectif d'auteurs (Abbas Milani, historien, Farid Vahid, politologue, Jean-Pierre Perrin, grand reporter, et 17 dessinateurs de BD).
L’ouvrage prend pour point de départ les mouvements de contestation en Iran de 2022, portés par le slogan « Femme, vie, liberté », devenu un cri de ralliement après la mort de Mahsa Amini. Mahsa Jina Amini a été arrêtée par la police des mœurs. Battue pour un voile mal mis, elle est décédée du fait de ses blessures, ce que le gouvernement a essayé de cacher en parlant de mort par arrêt cardiaque. Les gens se sont révoltés pour dénoncer ce crime au cri de « mort au dictateur », puis le slogan « Femme, vie, liberté » est apparu.
Ce slogan a été créé par les Kurdes et repris par eux contre le gouvernement turc et au Rojava contre l’État islamique. La contestation vient principalement de la jeunesse. L'économie est contrôlée à 80% par le régime qui soutient une oligarchie corrompue qui plombe l'économie, creuse les inégalités, et augmente la pollution.
L'organisation politique de l'Iran est particulièrement verrouillée : le guide suprême (l'ayatollah Khamenei) est le représentant de Dieu sur terre. Il est commandant en chef des armées. Le Bureau du Guide Suprême l'assiste avec 1 700 employés. Le président lui est subordonné. Le corps des gardiens de la révolution islamique, le CGRI (40 000 membres nommés pasdarans en persan) a pour mission de protéger la révolution et le guide suprême. C'est le CGRI qui réprime férocement les oppositions. Le Conseil Suprême de Sécurité Nationale s'occupe de questions politiques et militaires. Les oligarques et leurs enfants (les agha zadeh) captent la richesse grâce à la corruption. Faire des affaires implique d'être en bons termes avec le pouvoir. Le contrôle se fait par le biais du CGRI. Les élites honnêtes fuient le pays. Les agha zadeh vivent dans des endroits huppés, consomment de la drogue et de l'alcool, voyagent beaucoup en Occident, ne portent pas le voile, évidemment…
Pourtant, l'Histoire de l'Iran est riche de tentatives d'émancipation politique et sociale. La Révolution constitutionnelle de 1905-1911 ambitionnait de remplacer un régime fondé sur une « légitimité » divine par une souveraineté populaire. Les mollahs ont tenté de la faire échouer en s'appuyant sur la Russie tsariste. En 1920, une république socialiste s'instaure dans la région de Gilan. Elle n'a duré qu'un an… En 1953, Mossadegh nationalise le pétrole, il est renversé pour cela par la Grande-Bretagne et les États-Unis. Les Iraniens paieront le prix fort de leur volonté d'être libres en subissant, tour à tour la dictature laïque du Shah, puis la dictature religieuse de Khomeini et de ses successeurs.
Le gouvernement cherche naturellement à diviser les oppositions : iraniens de l'intérieur et iraniens de la diaspora, fonctionnaires, ouvriers, étudiants, minorités ethniques, athées, pratiquants, religions...et prétexte de la nécessité de l'union nationale face à la menace de Daesh ou des talibans.
L'ouvrage apporte une touche d'humour dans ce tableau très sombre en évoquant les aspects absurdes de la censure du cinéma en Iran. Cette censure était exercée par un religieux aveugle dans les années 90... Elle s'exprime jusqu'à l'absurde : suppression des oreilles trop visibles d'une actrice, d'une femme qui mange un concombre. Othello de Shakespeare subit la coupe de la scène finale du meurtre. Des mots sont interdits : le mot « danse » par exemple. Les femmes ne peuvent pas assister à un match de football masculin, Sahar Khodayari, « la fille bleue » qui voulait voir ces matchs s’est immolée le 09 septembre 2019 suite à son interpellation par des miliciens. Sa mort a entraîné une vague de mobilisation de sportifs et d'artistes iraniens qui ont officiellement protesté contre cet état de fait.
Malgré la répression, les Iraniens pratiquent moins la religion (jeûne, prière à la mosquée...). Ils préfèrent les fêtes nationales : Norouz (nouvel an iranien) et Shabne Yaldada (la nuit la plus longue). Les religions minoritaires sont persécutées (zoroastrisme, judaïsme, christianisme, baïaisme...).
La sécularisation et le désir de laïcité progressent malgré le poids de la dictature théocratique. Le récit se structure autour de plusieurs portraits de femmes iraniennes – étudiantes, activistes, artistes, mères – qui, face aux répressions, utilisent l’art, les réseaux sociaux et la solidarité internationale pour revendiquer leurs droits.
Satrapi mêle des scènes d’action (manifestations, arrestations) à des moments plus intimes (conversations à domicile, souvenirs d’enfance), créant ainsi un contraste entre la violence du régime et la résilience quotidienne. Le dessin reste fidèle à la ligne épurée et monochrome qui caractérise l’œuvre de Satrapi. Les personnages sont rendus avec des traits simples mais expressifs, permettant de transmettre rapidement émotions et tensions.
La narration se fait souvent en deux colonnes, alternant texte court et bande dessinée. Cette structure rappelle le journal intime, renforçant l’impression d’un témoignage personnel. Des touches de rouge ponctuent certaines planches, symbolisant la colère ou le danger, tandis que le noir et blanc souligne la gravité du sujet. On pourra se reporter utilement à cette interview de Farid Vahid sur le site du Point pour mieux comprendre la genése de cet ouvrage : https://www.lepoint.fr/monde/femme-vie-liberte-un-beau-roman-graphique-ensoutien-aux-iraniens-16-09-2023-2535642_24.php.
La force du livre réside dans la clarté et la sincérité de son propos. Les auteurs refusent toute complaisance et démontent les discours relativistes qui justifient l’oppression au nom de la culture ou de la religion. Ils rappellent que les droits des femmes ne sont pas négociables et constituent un fondement essentiel des droits humains.
« Femmes, Vie, Liberté » est à la fois un témoignage visuel puissant et une invitation à réfléchir sur la manière dont les femmes, à travers le monde, utilisent l’art et la solidarité pour revendiquer leurs droits. Le livre condense aussi les enjeux géopolitiques complexes en images et en explications accessibles, sans en sacrifier la profondeur.
Voir aussi (MRC 53, 28 janvier 2026) Entre le peuple iranien et le régime islamique, qui prendra le dessus ? Le pouvoir religieux, complexe et enraciné, dispose d'une grande force défensive.
Cet article est le 3613 ème sur le blog MRC 53 - le 43ème dans la catégorie Proche Moyen Orient
Article paru le 15 février 2026 sur http://mrc53.over-blog.com/