Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine à partir, notamment, des idées de Jean-Pierre Chevènement, l'un de ses fondateurs, qui n'est plus membre du MRC depuis 2015. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens (MDC) après les élections de 2002. En 2022, le MRC est devenu membre de la Fédération de la Gauche Républicaine avec quatre autres organisations politiques.
Renouer avec les diplomaties initiées par de Gaulle et Mitterrand
Dans une Tribune publiée par Marianne le 18 février 2026, Mickaël Vallet esquisse une réorientation de la politique étrangère de la France.
Sénateur socialiste de la Charente-Maritime, Mickaël Vallet estime que la France doit renouer avec les politiques internationales de de Gaulle et François Mitterrand, mêlant lutte contre l'impérialisme et volonté d'indépendance, notamment vis-à-vis des États-Unis.
Le trumpisme, dans son acception la plus brutale, a au moins le mérite de déciller les yeux atlantistes des gouvernants européens et français. Bien davantage que lorsque la phrase a été prononcée par le président de la République, l’Otan est en état de mort cérébrale, et rien ne dit que l’Alliance atlantique ait au moins l’honneur de mourir dans la dignité.
Le gouvernement russe sait désormais que, pour Trump, l’article 5 du traité de l’Otan n’a plus la signification sacrée que les atlantistes lui conféraient. Le gouvernement chinois, de son côté, savoure à l’avance la nécessité pour l’Europe de se détourner du commerce américain. Notre obligation est donc d’entraîner nos partenaires dans un mouvement de fond vers une architecture nouvelle en prenant acte du fait que nous ne retournerons pas à la situation ex ante.
Dès lors, nous proposons un tournant diplomatique : retrouver le Sud dans ses différentes composantes. Ironie de l’Histoire, le symbole de l’Otan est une boussole. Nous affirmons que celle de la France doit indiquer le Sud, dans la fidélité à une vieille tradition, dont nous citerons deux exemples probants. D’abord, le discours du général de Gaulle à Phnom Penh, au Cambodge, en 1966. Alors que la guerre du Vietnam fait rage, entraînant des centaines de milliers de jeunes Américains dans une guerre qu’ils ne comprennent pas, et entraînant surtout des centaines de milliers d’héroïques Vietnamiens à la mort pour leur souveraineté, le président français choisit de défier la puissance américaine.
Et de clamer, devant 100 000 personnes venues l’écouter : « La France considère que les combats qui ravagent l’Indochine, n’apportent par eux-mêmes, eux non plus, aucune issue. Suivant elle, s’il est invraisemblable que l’appareil guerrier américain puisse jamais être anéanti sur place, d’autre part, il n’y a aucune chance que les peuples de l’Asie se soumettent à la loi d’un étranger venu de l’autre rive du Pacifique, quelles que puissent être ses intentions et quelle que soit la puissance de ses armes. »
ral apparaît comme le chef de file des dirigeants qui revendiquent la paix, le seul parmi les grandes puissances occidentales, et reçoit des hommages de Nasser, Tito, Nehru, etc. La recette, pour simplifier, est toute trouvée : mixer la lutte contre l’impérialisme dans les mots (le discours) et l’indépendance stratégique de fait (le départ de l’Otan), et la France, puissance coloniale quelques années auparavant, devient un partenaire symbolique privilégié du Sud.
Autre exemple, le discours de François Mitterrand, devant le monument de la Révolution à Mexico, en 1981. Quelques mois après son élection, alors que l’ordre international reste structuré par la bipolarité de la guerre froide et que l’Amérique latine vit sous la férule de dictatures militaires souvent soutenues par Washington, le nouveau président socialiste inscrit la voix de la France dans une autre tradition. Devant un pays marqué par l’histoire révolutionnaire et les « principes de 1789 », François Mitterrand affirme que le respect des peuples, de leur souveraineté et de leur droit à choisir librement leur destin constitue le socle de toute politique étrangère digne de ce nom.
Audace et inventivité
Il y dénonce, sans les nommer, les logiques de domination, les coups d’État téléguidés et les dépendances économiques qui enferment les nations du Sud, tout en rappelant que la France n’entend ni donner des leçons ni s’ériger en puissance tutélaire. « À tous les combattants de la liberté, la France lance son message d'espoir. Elle adresse son salut aux femmes, aux hommes, aux enfants mêmes, oui, à ces "enfants héros" semblables à ceux qui dans cette ville, sauvèrent jadis l'honneur de votre patrie et qui tombent en ce moment même de par le monde, pour un noble idéal. Salut aux humiliés, aux émigrés, aux exilés sur leur propre terre qui veulent vivre et vivre libres […]. À tous, la France dit : "Courage, la liberté vaincra" », clame-t-il. Ce discours prolonge l’intuition gaullienne dans un registre socialiste : celui d’un universalisme fondé sur la solidarité entre peuples et sur l’autonomie des nations. Là encore, la cohérence entre les mots et les actes est décisive : reconnaissance du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, ouverture vers le Tiers-monde, prise de distance avec les automatismes atlantistes.
Il ne s’agit, ni dans un cas ni dans l’autre, d’idéaliser des diplomaties qui restaient avant tout faites de pragmatisme politique. Il n’empêche que, toutes realpolitiks qu’elles fussent, elles s’avéraient, nous le pensons, meilleures pour la France et le monde que l’alignement systématique sur « l’allié » états-unien. L’Inde, le Brésil, une bonne partie de l’Amérique latine comptent sur la capacité de la France à entendre à nouveau leurs préoccupations pour ne pas laisser ce Sud en tête-à-tête avec la Chine. Bien sûr, la Sud n’est en rien un ensemble politique homogène, et la rigueur intellectuelle devrait nous orienter vers le pluriel. Mais, en somme, le format des Brics (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) n’existe que parce que nous avons délaissé ces relations en restant sclérosés dans des formats périmés issus du G7 et de l’Otan, qu’il nous faudra profondément modifier.
Rappelons que le dernier projet de Revue nationale stratégique française ne comportait aucune référence à l’Amérique latine. Puisque nous n’éviterons pas un changement de modèle, autant en prendre l’initiative. Plutôt que de fantasmer sur un partage hérétique de notre siège au Conseil de sécurité avec des Européens encore trop américano-centrés, nous devons militer pour l’ouverture de cet organe au Sud. La France est présente sur toutes les mers du monde. Par sa géographie, par son histoire, par sa projection maritime, par son imaginaire politique, la France est aussi un pays du Sud. Notre vieille nation doit savoir se réinventer et mettre cet atout au service du multilatéralisme, avec plus d’audace et plus d’inventivité.
Photo : Mickaël Vallet, le 25 septembre 2022, à Rochefort (Charente-Maritime), lors de l'université de rentrée de la Gauche républicaine
Cet article est le 3616 ème sur le blog MRC 53 - le 18ème, catégorie France et monde
Article paru le 19 février 2026 sur http://mrc53.over-blog.com/