Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine à partir, notamment, des idées de Jean-Pierre Chevènement, l'un de ses fondateurs, qui n'est plus membre du MRC depuis 2015. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens (MDC) après les élections de 2002. En 2022, le MRC est devenu membre de la Fédération de la Gauche Républicaine avec quatre autres organisations politiques.
Pour la création d’un pôle public, bancaire et financier
Le journal « l’Humanité » publie ce jour un article, signé Yves Dimicoli*, concernant Le Livret A, mettant en évidence les dangers du projet de loi de modernisation de l’économie. Voici ce texte.
« Riposter à la tentative de rapt du Livret A »
Dans son édition du 28 avril dernier, le quotidien Les Echos a qualifié le projet de loi de modernisation de l'économie (LME), adopté le même jour en Conseil des ministres, de « premier texte réellement libéral de la majorité actuelle ». C'est dire s'il est réactionnaire !
On trouve, dans son titre IV, intitulé « Mobiliser les financements pour la croissance », trois articles significatifs avec :
1. la banalisation du Livret A qui permettrait aux banques privées de le distribuer ;
2. les prémisses de !a banalisation et du démantèlement de la CDC elle-même : celle-ci continuerait, certes, de centraliser la collecte du Livret A. Mais elle aurait désormais aussi en charge « dans le respect des ses intérêts patrimoniaux », de plus en plus financiers, « le développement des entreprises », sous condition de rentabilité financière. Et le Parlement, jusque-là garant de l'autonomie de cette institution, « confierait » le contrôle externe des activités bancaires et financières de la Caisse à la commission bancaire ;
3. l'autorisation accordée au gouvernement de « prendre par voie d'ordonnance » les mesures de déréglementation propres à faire grossir la « place financière française », notamment par ingestion des secteurs mutualiste et coopératif.
Réclamée depuis longtemps par le patronat bancaire, la banalisation du Livret A concourrait à élargir la base de collecte des banques ordinaires dont les opérations de plus en plus en financières ont conduit à la grave crise actuelle.
Elles mettraient ainsi la main sur une part substantielle d'une épargne largement populaire afin de s'en servir comme béquille pour une fuite en avant. Le Livret A servirait de produit d'appel défiscalisé pour d'autres produits plus financiers. Cela s'accompagnerait d'une accentuation de la concurrence entre réseaux et du recul de la vocation coopérative, mutualiste ou publique de ceux des Caisses d'épargne, du Crédit mutuel et de La Poste, le réseau postal étant éclaté.
Simultanément, le logement social, financé aujourd'hui à 80 % par les ressources du Livret A, pâtirait de cette banalisation, alors que l'immobilier en France est si miné par la « financiarisation ».
La banalisation du Livret A s'inscrit bien dans des choix stratégiques visant à accentuer la domination étouffante de la finance de marché, du capital financier et spéculatif sur tous les fonds d'épargne, au détriment de l'emploi, des salaires, des services publics et d' une croissance saine et durable. La crise financière actuelle invite fébrilement à faire échec à de telles orientations.
L'avenir c'est la sécurisation et l'expansion de financements émancipés de la domination des marchés financiers, du niveau local aux niveaux national et européen. L'avenir c'est un grand service public décentralisé du crédit permettant de développer un nouveau maillage du territoire entre banques, entreprises et collectivités pour sécuriser l'emploi, la formation, les revenus. Inséparablement, cette nouvelle institution monétaire contribuerait à soutenir des politiques audacieuses du logement social, de la ville, de î'environnement et des infrastructures, en liaison avec une relance de la dépense publique utile.
Chaque progrès en ce sens pousserait, en même temps, à une réorientation positive de la construction européenne et de la BCE. Celle-ci est aujourd'hui au service des profits boursiers et de la spéculation. Il faudrait, au contraire, que ses taux d'intérêt pour « refinancer » les établissements de crédit soient d'autant plus abaissés que ces derniers favoriseraient l'essor d'investissements plus créateurs d'emplois, tandis que seraient pénalisés les placements financiers. Simultanément, on mettrait en cause le pacte de stabilité européen, pour un nouveau pacte de progrès avec une relance concertée des dépenses publiques de développement et un soutien monétaire sélectif de la BCE.
C'est dire l'importance de lutter pour un pôle bancaire et financier public autour de la CDC, des Caisses d'épargne et de la Banque postale, avec des banques nationalisées. C'est dire aussi l’importance, comme le proposent les communistes, de la mise en place de fonds régionaux pour l'emploi et la formation (FREF). Amorcés grâce au redéploiement d'une partie des lignes de « crédits d'action et de développement économique » de chaque budget régional, ils pourraient être saisis par les comités d'entreprise, les syndicats, les associations, les élus territoriaux. Ces FREF constitueraient autant de fondations pour la création d'un fonds national pour l'emploi et la formation (FNEF) développant, à l'appui des luttes, un nouveau mécanisme général de crédit capable de faire reculer le marché financier.
C'est dire, enfin, l'importance de la rencontre nationale sur « la crise financière, sa portée et les propositions des communistes » qui se tiendra le 15 mai prochain au siège du PCF (1). On y traitera de toutes ces questions.
(1) De l4h30 à l8 heures, 2, place du Colonel-Fabien, 75019 Paris.
Voici le début du texte accompagnant l’invitation à cette réunion.
« La crise financière mondialisée souligne l’urgence d’intervenir pour commencer à changer l’utilisation de l’argent et le crédit au niveau des entreprises, des banques, de l’Etat, des collectivités territoriales, des institutions européennes et mondiales.
Les pertes subies par nombre d’établissements bancaires et financiers (de 200 milliards de dollars au moins dans le monde et 11 milliards d’euros pour le moment en France) commencent à faire peser des menaces sur les emplois et les salaires dans les banques. Elles entraînent un resserrement du crédit aux entreprises, aux PME surtout. Cela va peser sur l’emploi et la croissance.
Le gouvernement et le MEDEF arguent de ces difficultés pour justifier une aggravation de l’austérité pour les travailleurs et leurs familles. Alors qu’avec la spéculation, explosent les prélèvements financiers sur les richesses produites, ils cherchent à réduire les prélèvements publics et sociaux et les dépenses de santé, de retraite, d’éducation, de recherche, de logement social, de culture…
La crise financière met en évidence l’immoralité devenue intolérable du système capitaliste et l'irresponsabilité sociale des banques. Mais de gros efforts sont déployés pour accréditer l’idée que la solution consisterait seulement à moraliser ce système, à le «réguler», à en contrôler les «excès». D'autres efforts sont aussi déployés pour tenter d’intégrer les syndicalistes, les responsables associatifs et les élus territoriaux aux gestions dominées par la rentabilité financière proclamée indépassables » (…).
* Yves Dimicoli est l’animateur de la commission économique du PCF. Il était l’intervenant national lors des « assises pour la sécurisation de l’emploi et de la formation » qui avaient eu lieu à Laval le 6 février 2007, à l’initiative du PCF 53. Ayant reçu une invitation, j’y avais participé. L’intervention d’Yves Dimicoli était claire et argumentée.