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Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine à partir, notamment, des idées de Jean-Pierre Chevènement, l'un de ses fondateurs, qui n'est plus membre du MRC depuis 2015. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens (MDC) après les élections de 2002. En 2022, le MRC est devenu membre de la Fédération de la Gauche Républicaine avec quatre autres organisations politiques.

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Agriculture et alimentation, un lien à protéger (santé, sécheresse, prix)

La sécurité alimentaire doit prévaloir sur la spéculation

 

L’Europe est, actuellement, la cible d’une attaque bactériologique d’origine indéterminée. La police allemande a, dans un premier temps, accusé le concombre espagnol et tous les concombres se sont cru visés, alors qu’ils n’y étaient pour rien. Les conséquences économiques de cette erreur de diagnostic sont importantes et ce sont les producteurs qui paient la note. On imagine sans mal ce qu’elles seraient si une épidémie de grande ampleur survenait. Voir La sécurité alimentaire (EUFIC).

« Alors que des scientifiques cherchent toujours l’origine de l’Escherichia coli, la bactérie qui a déclenché une épidémie meurtrière en Allemagne, l’inquiétude grandit en Europe et au-delà. Pour éviter ce genre de risques sanitaires, certains veulent renforcer la sécurité alimentaire » (…). Faut-il renforcer la sécurité alimentaire ? (Rédaction de RMC.info, 3 juin).

 

Une partie de la France est sous la menace d’une sécheresse à nulle autre pareille depuis 50 ans, pas même celle de 1976, qui fut pourtant exceptionnelle. C’est le cas aussi de l’Allemagne et de la Grande-Bretagne.

«La solidarité doit jouer à plein en faveur des agriculteurs», a plaidé ce lundi matin sur France info le ministre de l'agriculture Bruno le Maire. Pour venir en aide aux exploitants confrontés à une sécheresse exceptionnelle, le ministre a appelé tous les acteurs de la filière agricole à se mobiliser, tout en écartant une nouvelle fois l'hypothèse d'un impôt sécheresse. «Il est encore trop tôt et je ne pense pas que ce soit la bonne solution» (voir la suite : Le Figaro, 30 mai).

 

Stéphane Le Foll et Marc Tarabella, membres de la commission agricole du Parlement européen, demandent à la Commission européenne d’adopter un plan d’urgence en faveur des agriculteurs victimes de la sécheresse. Voir Les conséquences de la sécheresse inquiètent les eurodéputés (Euranet.eu, 3 juin). Voir aussi Sécheresse : 2011 "plus terrible encore" que 1976 (JDD, 2 juin).

L'Institut national de la recherche agronomique (INRA) se dit «préoccupé» par la sécheresse qui touche la France et une partie de l’Europe. Mais il veut s'en servir pour anticiper de futurs épisodes, et dessiner les contours de l'agriculture de demain... Lire cet article : Un épisode de sécheresse typique de ce qui nous attend dans les années à venir (20minutes.fr, 3 juin). L’Inra explique «regarder les choses au-delà de cette année» et «pose la question de l’adaptation de l’agriculture au changement climatique.» Jean-François Soussana explique effectivement que «cet épisode de sécheresse correspond à la moyenne à attendre dans les années à venir.» Dans ce contexte la «capacité de récupération des systèmes agricoles et forestiers» inquiète les scientifiques. «Nous avons déjà testé la résilience des prairies, qui est forte, mais nous observons des changements de biodiversité, avec notamment des envahissements d’espèces.» «Nous entrons dans une phase de désartificialisation de l’agriculture, estime Nadine Brisson, puisque nous serons contraints d’apporter moins d’eau, moins de pesticides, moins d’engrais, donc il faut raisonner sans ces apports.» Plusieurs solutions pourraient permettre de faire face aux changements qui se dessinent. D’abord  anticiper les phénomènes de sécheresse, grâce notamment à des programmes d’observation des nappes d’eau par satellite. Améliorer l’organisation des cultures, en «intercalant des cultures d’hiver et d’été». Utiliser des espèces résistantes à la sécheresse: les progrès sur la génétique naturelle permettent déjà de gagner de 1 à 2% de rendement par an, quant aux OGM, contestés, l’Inra dit qu’il existe «quelques projets dans les tuyaux, mais rien de miraculeux.» Enfin changer la nature des cultures: privilégier celles les moins consommatrices d’eau, et changer les aires de culture, en les déplaçant vers le Nord. 

Ségolène Royal s’est exprimée le 31 mai sur ce problème qui touche gravement la Région Poitou-Charentes qu’elle préside. Lire Agir contre la Sécheresse.

           

Jacques Cheminade a fait de nombreuses remarques et propositions pertinentes, en premier lieu des mesures d’urgence et aussi une refondation de la PAC (déclaration, 1er juin). Voir Sécheresse : Coupons l'herbe sous les pieds des spéculateurs  Tremblements de terre au Japon, ouragans aux Etats-Unis, inondations au Canada et sécheresse exceptionnelle en Chine, au Texas et en Europe, notre planète est secouée par des phénomènes dont la violence augmente partout. En France, la sécheresse qui sévit est déjà bien pire que celles de 1949 et 1976. Elle s’ajoute aux conséquences désastreuses d’une politique agricole qui, en pénalisant les producteurs depuis plusieurs années, les a empêchés de faire des réserves financières, de fourrage et de semences.

Lucien Bourgeois, économiste, membre du Conseil scientifique de la Fondation Res Publica, a publié le 30 mai sur le site de cette Fondation, présidée par Jean-Pierre Chevènement, un texte qui pose bien le problème du choix à faire entre produire pour nourrir la population et produire à d’autres fins, dont certaines sont injustifiables, le carburant éthanol, à base de maïs ou de blé, par exemple, que les USA développent de manière inconsidérée. Manger ou conduire, il va falloir choisir

Nous assistons depuis juillet 2010 à une nouvelle crise sur les marchés des produits agricoles. Les prix des céréales ont pratiquement doublé par rapport à la même période de l’année dernière. L’indice des prix des produits alimentaires a battu son record historique en mars dernier. A peine trois ans après la crise de 2007-2008, on assiste donc à une nouvelle crise. La précédente avait entraîné de nombreuses émeutes et fait progresser de 150 millions de personnes la population en état de sous-nutrition dans le monde. Celle-ci vient d’accroître le mécontentement en Tunisie, en Egypte et dans de nombreux pays trop dépendants du marché mondial pour leur approvisionnement alimentaire.
Quelle est la raison de ces crises agricoles récurrentes ? Il y a d’abord comme pour le pétrole une trop longue période de prix anormalement bas. Depuis le début des années 80, l’Union Européenne a réussi à devenir autosuffisante en céréales alors qu’elle ne disposait que de trois fois moins de terres arables que les Etats-Unis. C’était pourtant la preuve pour l’ensemble du monde qu’une bonne politique agricole permettait de nourrir une population nombreuse avec peu de terres disponibles. Au lieu de tirer parti de cet exemple, l’Europe et les Etats-Unis se sont livrés à une guerre absurde pour la conquête de nouveaux marchés en utilisant d’abord des subventions à l’exportation puis des aides directes au revenu des producteurs. Résultat, les prix ont baissé durablement créant le sentiment d’une abondance globale. « Le Brésil peut nourrir le monde ! », disait-on. Pourquoi s’inquiéter ? La Banque Mondiale pouvait diminuer ses aides aux investissements dans le secteur agricole. Les pays riches pouvaient diminuer leurs stocks et utiliser les aides aux agriculteurs pour d’autres objectifs que l’alimentation.
La production mondiale ne s’est pas effondrée pour autant en particulier parce que les pays d’Asie n’ont jamais cédé aux sirènes du libéralisme ambiant et se sont toujours préoccupés de leur sécurité alimentaire. Contrairement à la situation antérieure, depuis le début des années 80, l'augmentation de la production n’a pas dépassé la progression de la population. La crise a éclaté en 2007-2008. On en a attribué la cause à la faible récolte observée en Australie. La faiblesse des stocks a grandement facilité la tâche des spéculateurs. Mais comme les récoltes ont brusquement augmenté les deux années suivantes, les prix se sont à nouveau effondrés en juillet 2009.

Dans ces conditions comment expliquer la nouvelle hausse de cette année ? La récolte est certes un peu plus faible que les deux années précédentes mais de si peu ! La baisse n’est que de 3,5 %. Pour comprendre la situation actuelle, il faut observer un élément nouveau qui n’est pas très visible dans les statistiques habituelles, la transformation d’une part croissante de la récolte en énergie.
L’exemple le plus flagrant concerne la production d’éthanol aux États-Unis. Ce pays a radicalement changé de politique depuis le 11 septembre 2001. Auparavant, l’éthanol concernait moins de 5 % de la production de maïs. En 2003, la proportion dépassait 10 %, en 2007, 20 % et désormais le chiffre de 40 % est dépassé. Au total, le Centre International des céréales estime que les usages industriels des céréales portent sur 293 millions de tonnes soit très exactement 16,7 % de la production mondiale !

Résumons-nous. Le monde peut se nourrir. L’Europe de l’après-guerre, la Chine et l’Inde maintenant en sont la preuve. Encore faut-il ne pas faire n’importe quoi.

Le maintien durable de prix bas, la suppression des stocks et la transformation subventionnée d’une partie croissante de la production en énergie risquent de créer des crises graves. La situation actuelle est exemplaire. Le prix des céréales a doublé malgré une récolte record ! Qu’en serait-il demain si la sécheresse actuelle se traduisait par une forte baisse de production ?

Manger ou conduire, il va falloir choisir. Sinon la responsabilité de l’aggravation de la crise alimentaire de la planète en incombera une fois de plus aux pays les plus riches !

 

Olivier de Schutter, rapporteur spécial à l’ONU pour le droit à l’alimentation, a proposé le 28 janvier 2011 huit priorités pour éviter de nouvelles crises alimentaires. Voir Causes des crises alimentaires : de Schutter (ONU) avance 8 priorités- 2 février 2011. 

  1. Soutenir la capacité de tous les pays à se nourrir eux-mêmes.
  2. Appuyer la constitution de réserves.
  3. S'attaquer à la spéculation des acteurs financiers.
  4. Soutenir la création de filets de sécurité sociale.
  5. Encourager les agriculteurs à s’organiser.
  6. Protéger l'accès à la terre.
  7. Soutenir la transition vers une agriculture durable.
  8. Protéger le droit à l'alimentation.

     La faim est avant tout une question politique, et non technique. Bien sûr, nous avons besoin des marchés pour nous nourrir. Mais nous avons surtout besoin d'une vision pour l'avenir, qui aille au-delà des solutions à court terme. Les pompiers seront toujours nécessaires. Mais ce dont nous avons le plus besoin aujourd’hui, c’est d’architectes désireux de construire quelque chose de vraiment différent.

 

Marcel Mazoyer, économiste et agronome, professeur émérite à l’INA Paris-Grignon, se bat pour le retour des politiques agricoles afin de garantir aux paysans la possibilité de vivre de leur métier :

Marcel Mazoyer : le prix des produits agricoles, vital pour les paysans - 11 août 2010.   

(…) Il faut revenir à des politiques de protection de toutes les agricultures et ne pas laisser l’agrobusiness écrabouiller les paysans du sud. Si on continue dans la même politique de libre-échange, passée cette vague d’investissements massifs par les capitaux financiers internationaux et par l’agrobusiness, les stocks vont se reconstituer très vite. On va repartir alors dans une longue période de baisse des prix qui va encore ruiner les paysans aux quatre coins du monde et qui va encore fabriquer plus de chômeurs à l’échelle planétaire.

Si on veut que le système global soit gérable dans les 25 prochaines années, il faut remettre en place partout des politiques agricoles qui garantissent à tous les paysans la possibilité de rester paysan, de vivre et manger à leur faim et même de gagner un peu d’argent pour investir et accroître leur production. Car il ne faut pas oublier qu’il faudra nourrir neuf à dix milliards de personnes dans cinquante ans. Ce n’est pas l’agrobusiness qui va nourrir les pauvres ; les seuls qui peuvent nourrir les pauvres, ce sont les pauvres eux-mêmes, c’est-à-dire les paysans. Pour cela, il faut établir partout des protections tarifaires, pour que les paysans soient payés à un prix de production. L’aide alimentaire ne peut régler le problème de pauvreté et de la faim.

Ce qui détermine le seuil minimal viable, c’est le prix auquel on paie les paysans. Les revenus agricoles doivent être équivalents aux revenus urbains, pour éviter l’exode vers les bidonvilles. On ne peut pas réussir une politique de plein emploi si l’on n’a pas des prix agricoles qui permettent aux agriculteurs de vivre correctement.

 

Voici des articles parus sur le blog du MRC 53, que je perçois comme étant fondamentaux, notamment le premier, à la fois le plus court (une page) et le plus ancien. Il a été écrit par un haut fonctionnaire, aujourd’hui retraité, qui a eu des responsabilités importantes auprès de ministres entre 1981 et 1986. Son texte reste d’actualité, cinq ans après.  

Vers un programme du MRC pour l'agriculture - Contribution reçue- 31 juillet 2006 

Michel Sorin (MRC) : six défis à relever par la future PAC réorientée- 12 juillet 2008 

Michel Sorin (MRC) : une nouvelle politique agricole et alimentaire- 12 juillet 2008 

AG de la Confédération Paysanne 53 : l'exposé de Lucien Bourgeois - 13 avril 2009 

Michel Sorin (MRC) : de nouvelles orientations pour l'Europe agricole- 10 octobre 2009 

Edgard Pisani et le combat pour une nouvelle politique alimentaire- 21 novembre 2009 

Revenu agricole 2010 : les céréaliers heureux, les animaliers moins- 17 décembre 2010 

Déréglementation : crise alimentaire, bulle céréalière, éleveurs en péril - 20 février 2011 

Université rurale du pays de Craon : conférence de Valentin Beauval- 25 avril 2011 

 

Cet article est le 231ème publié sur ce blog dans la catégorie AGRICULTURE et PAC.

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