Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine à partir, notamment, des idées de Jean-Pierre Chevènement, l'un de ses fondateurs, qui n'est plus membre du MRC depuis 2015. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens (MDC) après les élections de 2002. En 2022, le MRC est devenu membre de la Fédération de la Gauche Républicaine avec quatre autres organisations politiques.
La France va mal et ne sait pas parler à l’Allemagne
Dans le contexte de crise aggravée qui s’annonce - des analystes financiers prédisent un rebond imminent de la crise financière - je persiste et signe. Le seul sénateur qui ait été élu contre les candidats de l’UMP et du PS (au second tour, en septembre 2008, Territoire de Belfort), dispose du caractère et de la vision politique qui seront nécessaires au futur président de la République. Voir Jean-Pierre Chevènement, parcours d'un homme d'Etat.
Après le succès de son livre (Commander "La France est-elle finie ?", Le livre de Chevènement) Jean-Pierre Chevènement avance vers la candidature à l’élection présidentielle en expliquant à qui veut l’entendre que la situation de la France nécessite un changement de politique. C’est le contenu de ce changement qui est exposé dans ce texte qui sera largement diffusé (début et fin de ce texte de 24 pages et tous les titres intermédiaires).
Pourquoi je serai candidat « Il n'y a pas de cap pour qui ne connaît pas le port. »
La France est mal partie. Plus de deux millions d'emplois industriels ont disparu depuis 1983. Notre pays s'est installé dans un chômage de masse structurel (environ 9 % de la population active), désespérant pour sa jeunesse.
C'est que, depuis trente ans, notre base industrielle se rétrécit : l'industrie est passée de 30% à 13% de la valeur ajoutée. Nos parts de marché, à l'échelle mondiale, se sont réduites (de 5,5% à 3,6%). Le déficit de notre commerce extérieur s'est creusé à 51 milliards d'euros en 2010 (un record qui met la France, toutes proportions gardées, dans une situation déficitaire comparable à celle des Etats-Unis).
Plus grave encore, la France ne maîtrise plus les moyens de l'action économique et politique, ni sa monnaie, ni son commerce extérieur, ni ses flux financiers, ni son droit devenu un droit subordonné. En réintégrant l'Otan enfin, la France est revenue dans le bercail atlantique, à la remorque d'intérêts qui ne sont pas les siens.
Cette situation résulte, pour l'essentiel, de choix politiques associant le Parti socialiste et la droite : Acte unique (1985-1987), Traité de Maastricht (1992), Pacte de stabilité et de croissance (1997), OMC (1994), Traité de Lisbonne (2008), copie conforme du projet de traité constitutionnel rejeté, trois ans avant, par 55 % du peuple français.
L'adoption de la monnaie unique en réponse à la réunification allemande a été une monumentale erreur de nos classes dirigeantes, toutes tendances confondues : l'euro est un mark-bis. Or, le mark était une monnaie faite pour l'Allemagne, qui dispose d'un fort tissu de PMI exerçant pour la plupart, dans leur spécialité, un monopole technique à l'échelle mondiale.
L'euro convient à l'Allemagne mais pas à la France dont les exportations dépendent beaucoup plus des prix. L'euro, cela va sans dire, convient encore moins aux pays sous-industrialisés de l'Europe du Sud. C'est de surcroît une monnaie surévaluée qui écrase notre compétitivité et celle de la plupart des pays européens. On ne peut envisager de réindustrialiser le pays sans un euro durablement moins cher.
La crise financière et économique mondiale de 2008-2009 et la crise de l'euro de 2010 viennent sanctionner une autre erreur majeure d'orientation, l'acceptation de la dérégulation néolibérale et le choix de construire l'Europe sans, voire contre, ses nations.
C'est en affirmant la conception républicaine de la Nation que nous servirons le mieux la cause des autres peuples et d'abord des peuples européens. Le but pour la France est de faire avancer l'idée d'une Confédération européenne élargie à la Russie, à l'Est, et à l'Euroméditerranée, au Sud. Un Président de la République de gauche doit offrir une perspective de civilisation.
Remettre la France dans le jeu, en ce début du XXIe siècle, ne peut se faire qu'avec un grand dessein. Notre pays a failli périr deux fois au XXe siècle : en 1914-18 et en juin 1940. Il lui faut surmonter le doute qui l'étreint depuis lors. L'Europe que Jean Monnet a voulu faire, essentiellement par le marché et contre les nations, était une idée courte. Le « pari pascalien » de François Mitterrand sur un au-delà des nations appelé « Europe » trouve aujourd'hui ses limites dans les modalités choisies qui la confondaient avec la mondialisation néolibérale. Le moment est venu de les remettre en cause, sans abandonner le grand dessein géopolitique visant à resserrer la solidarité des peuples européens.
Une nouvelle grande page est à écrire : ni la République ni la France ne doivent disparaître. Elles se sauveront ensemble l'une et l'autre. La République parce qu'elle offre à chaque nation le moyen de concilier son legs historique particulier avec les exigences de l'universel.
La France parce qu'elle est un facteur d'équilibre essentiel pour l'Europe à construire et qu'elle doit rester un phare pour l'Humanité tout entière, encore loin d'avoir su définir, pour chacune de ses nations, un chemin d'universalisation. On pourra discuter longtemps de la nation et de la citoyenneté, de la laïcité et de la sécularisation, de la démocratie et de la République : il est essentiel que la France redevienne une grande nation politique, capable de faire vivre chez elle ses valeurs, pour éclairer le chemin de l'Humanité. C'est cette foi hors du commun qu'on attend du prochain Président de la République française.
Entretien de Jean-Pierre Chevènement à L'Express, propos recueillis par Christophe Barbier et Christian Makarian, 22 juin 2011.
Jean-Pierre Chevènement était l'invité de Preuves par 3 sur Public Sénat, mercredi 15 juin 2011. Il répondait aux questions de Michel Grossiord.
Projet d’intervention de Jean-Pierre Chevènement au Sénat sur le projet de loi constitutionnel sur l’équilibre des finances publiques, mardi 14 juin 2011.