Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine à partir, notamment, des idées de Jean-Pierre Chevènement, l'un de ses fondateurs, qui n'est plus membre du MRC depuis 2015. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens (MDC) après les élections de 2002. En 2022, le MRC est devenu membre de la Fédération de la Gauche Républicaine avec quatre autres organisations politiques.
Paul Jorion : passer du discours de Toulon aux actes
Le président Sarkozy, lors de ses vœux télévisés (voir Voeux 2011 : le président Sarkozy veut nous protéger pour être réélu - 2 janvier 2011), a fait profil bas, comme s’il ne voulait pas dévoiler ce qu’il sait des origines de la crise financière et ce qu’il craint de ses conséquences sur les économies, notamment européennes.
Celui qui aime qu’on le surnomme « Sarkozy l’américain » ne peut qu’être bien informé de la situation des Etats-Unis d’Amérique (voir la note Les Etats-Unis prévoient d'exploser le plafond de la dette, publiée ce 3 janvier par Philippe Béchade sur le site de La Chronique Agora). Deux extraits (dans le second, l’auteur ridiculise les « stratèges de Goldman Sachs »).
Nous n'allons pas vous faire languir, 2011 démarre très fort avec un véritable psychodrame politique à propos du déficit budgétaire américain. Austan Goolsbee, un proche conseiller de Barack Obama, a déclaré hier sur la chaine ABC que ne pas relever le plafond de la dette des Etats-Unis au-delà de 14 300 milliards de dollars serait une "folie" aux conséquences "catastrophiques", qui serait assimilée à l'acceptation d'un défaut de paiement sur les obligations américaines, une première dans l'histoire de ce pays. Et de conclure : "ce serait une crise économique et financière bien pire que tout ce nous avons vu en 2008" (…).
Les stratèges de Goldman Sachs nous promettent que les conditions économiques vont continuer de s'améliorer aux Etats-Unis. Avec un déficit étendu au-delà de 14 300 milliards de dollars (10 fois celui prévu en France qui compte cinq fois moins d'habitants), une notation de sa dette AAA qui fait ricaner les Russes et les Chinois, nous voyons mal comment il pourrait en être autrement !
Le brillant auteur du discours de Toulon(25 septembre 2008, voir sur le site de Contre Info Sarkozy : Discours de Toulon) n’a pu manquer de prendre connaissance de la correspondance diplomatique du 17 mars 2008, révélée par Wikileaks, faisant état d’une conversation entre Mervyn King, le président de la Banque d’Angleterre, Robert Kimmitt, alors Sous-Secrétaire au Trésor américain et Robert Tuttle, l’Ambassadeur des États-Unis en Grande-Bretagne.
Voir l’article paru ce 3 janvier sur le blog de Paul Jorion (reprenant sa chronique sur BFM RADIO) : « Depuis l’été dernier, la crise des marchés financiers a changé de nature ».
Ce texte est un « article presslib’ »*. Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.
Paul Jorion est chroniqueur au Monde-Économie et sur BFM Radio. Il est diplômé en sociologie et en anthropologie sociale (Docteur en Sciences Sociales de l’Université Libre de Bruxelles). Il a enseigné aux universités de Bruxelles, Cambridge, Paris VIII et à l’Université de Californie à Irvine. Il a également été fonctionnaire des Nations-Unies (FAO), participant à des projets de développement en Afrique.
Paul Jorion a travaillé de 1998 à 2007 dans le milieu bancaire américain en tant que spécialiste de la formation des prix. Il avait préalablement été trader sur le marché des futures dans une banque française. Il a publié un ouvrage en anglais relatif aux répercussions pour les marchés boursiers de la faillite de la compagnie Enron : Investing in a Post-Enron World (McGraw-Hill : 2003). Il a publié, La crise du capitalisme américain (La Découverte : 2007 : Le Croquant 2009), L’implosion. La finance contre l’économie : ce que révèle et annonce « la crise des subprimes » (Fayard : 2008) et La crise. Des subprimes au séisme financier planétaire (Fayard : 2008).
Ses deux ouvrages les plus récents sont L’argent, mode d’emploi (Fayard : 2009) et Comment la vérité et la réalité furent inventées (Gallimard : 2009).
Stéphane Madaule, essayiste, maître de conférences à Sciences Po Paris, montre que Sarkozy et Strauss-Kahn sont les deux faces du libéralisme à la française, qui répugne à s’affirmer clairement.
(…) Plus de deux siècles après la Révolution, le libéralisme à la française peine toujours à définir ses contours, ses règles, sa marque de fabrique. Il reste ce corps informe, bien incapable de fédérer les énergies, en bascule permanente entre la droite et la gauche.
Sarkozy et Strauss-Kahn : les deux faces du libéralisme à la française (9 décembre 2010, Le Monde).
L’ancien président d’ATTAC, Jacques Nikonoff, actuel porte-parole du Mouvement politique d’éducation populaire - voir Comment sortir de la crise de l’Union européenne ? Intervention de Jacques Nikonoff lors du colloque du 26 juin 2010 - veut porter le fer dans la plaie socialiste, au nom du M’PEP, s’en prenant à l’orientation libérale au sein du PS
(…) Le Parti socialiste français doit lui aussi choisir : soit il renonce définitivement à représenter la gauche, soit il exclut Pascal Lamy et Dominique Strauss-Kahn. À la veille des échéances politiques de 2012, la question devait être posée, et le M’PEP met les pieds dans le plat. Si vous pensez comme nous que Pascal Lamy et Dominique Strauss-Kahn n’ont rien à faire au Parti socialiste et, en y émargeant, portent préjudice à l’ensemble de la gauche, signez cet appel pour exiger leur exclusion.
M'PEP - Signez l'Appel pour exclure Pascal Lamy et Dominique Strauss-Kahn du Parti socialiste
La solution est, effectivement, que le PS et la gauche décident (enfin !) de fermer la parenthèse libérale, ouverte par Mitterrand et Jospin en 1983. Le Mouvement Républicain et Citoyen (MRC) et Jean-Pierre Chevènement ne cessent de le proposer aux responsables du PS. Voir Contre Info, le 11 septembre 2009 : Tribune : Rupture ! par Jean-Pierre Chevènement (Discours à l’université d’été du MRC le 6 septembre 2009 à Toulouse).
Jean Pierre Chevènement est un homme seul. Mais c’est aussi l’un des trop rares hommes politiques français à avoir une vision d’homme d’Etat, fidèle contre vents et marées à ses convictions, ce qui ne peut que susciter le respect. Dans ce texte rédigé à l’occasion de l’université d’été de son mouvement, il développe son analyse de la crise de la mondialisation, dont les solutions ne relèvent pas, dit-il, d’une « moralisation du capitalisme » mais bien du partage des richesses, dans une économie mondialisée et financiarisée dont le dollar est la pièce maîtresse. Face à cette configuration, caractérisée par la « dictature de l’actionnariat », où les politiques keynésiennes classiques ont failli et où les sociaux-démocrates à la recherche d’une troisième voie se sont convertis au « social-libéralisme, » il propose un « new deal républicain » se donnant pour objectif de : promouvoir une relance concertée, redéfinir les règles de l’OMC, nationaliser le crédit, interdire les mouvements spéculatifs et introduire une planification des grandes infrastructures et de la reconversion énergétique. En France, avec une gauche qu’il qualifie de « flotte démâtée », la question n’est pas celle des alliances, juge-t-il mais de l’identité et du projet, en particulier concernant l’Europe qui, « construite sur une base libérale et technocratique, n’est pas la solution, » mais le « problème. »
A l’énoncé de ces propositions, on ne peut être que frappé par leur dimension immédiatement internationale. M. Chevènement, après avoir attribué l’échec de la gauche à la faillite des politiques keynésiennes au plan national, dessine derechef un ambitieux programme dont la réussite dépendrait entièrement du bon vouloir de nos partenaires européens et des grandes puissances. On pourrait sans doute être tenté de se gausser de ce « volontarisme gaullien » où la rhétorique tient une grande place. Nous préférons y déceler le signe de l’ampleur des difficultés qui sont les nôtres, désormais ficelés de toutes parts par les traités, contraintes économiques et rapports de force auxquels la France est assujettie. Vouloir restaurer la souveraineté nationale est une chose. Dégager les « espaces de libertés » requis pour une action autonome en est une autre. Tant que cette question n’est pas concrètement abordée, les désillusions promettent d’être nombreuses.
Voir aussi Michel Sorin : ni Sarkozy, ni Strauss-Kahn pour 2012, un républicain ! - 3 décembre 2010.
Cet article est le 97me paru sur ce blog dans la catégorie Capitalisme