Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine à partir, notamment, des idées de Jean-Pierre Chevènement, l'un de ses fondateurs, qui n'est plus membre du MRC depuis 2015. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens (MDC) après les élections de 2002. En 2022, le MRC est devenu membre de la Fédération de la Gauche Républicaine avec quatre autres organisations politiques.
Entre surproduction immobilière et manque de logements
L’économie espagnole faisait des envieux, mais elle reposait sur la construction immobilière spéculative et sur l’endettement démesuré des ménages accédant à la propriété. La crise financière a balayé ce fragile échafaudage.
Pour bien comprendre ce qui s'est passé chez nos amis espagnols - nous entretenons des relations très amicales avec les habitants de Ceuti, près de Murcia (voir 10 ans du jumelage Saint-Berthevin-Ceuti : les avis des deux signataires - 5 avril 2010) - je propose de lire l’article paru le 22 octobre sur le site de l’hebdomadaire Marianne, signé de Elodie Carcolse. En voici l'essentiel.
Logement. Espagne : quand le «tous proprios» prend l’eau...
Le miracle espagnol », souhaité mais jamais égalé. Le 6 septembre 2007, Christine Boutin alors ministre du Logement et de la Ville est en visite sur les terres hispaniques afin de s’en inspirer pour notre cher pays. L’Espagne est alors le pays où le taux de propriétaires est le plus élevé d’Europe (86% en 2005 !), où les grues de chantiers poussent à chaque coin de rues (…).
Cette frénésie de construction a longtemps fait pâlir d’envie nos dirigeants. Aujourd’hui le « miracle espagnol » a la gueule de bois, la crise financière étant passé par là et en a révélé les failles. Les logements invendus se succèdent constituant de véritables cités fantômes aux périphéries des villes ; les ménages sont surendettés par l’obtention de crédits à risque et n’arrivent plus à rembourser.
Pourquoi ? L’économie espagnole est construite autour du bâtiment. Depuis 2000, l'Espagne a construit 700 000 habitations chaque année. Autant que la France, l'Allemagne et l'Angleterre réunies ! En période de croissance c’est la panacée mais lorsqu’une crise pointe son nez, la bérézina est assurée. La spéculation immobilière allait bon train mais, avec la crise, la bulle a explosé entraînant avec elle le secteur immobilier mais aussi tous ceux qui lui sont liés. L’explosion du chômage depuis le début de la crise en est l’illustration flagrante.
La période franquiste est emblématique d'une économie centrée autour du logement. A cette époque, ce secteur et celui du tourisme, les deux étant imbriqués, dominent l'économie espagnole. Une panoplie d'avantages fiscaux conséquents fabrique des générations de propriétaires. Cette politique pèse encore lourdement sur le secteur immobilier qui représente 21% du PIB.
Par ailleurs, la structure familiale espagnole a évolué : structure monoparentale, divorce, effet « Tanguy » et jeunes ménages repoussant l’âge de leurs premières cohabitations, etc. Cette évolution a relancé la demande en logement. Mais les promoteurs ont construit beaucoup plus de logements que nécessaire. Entre 1997 et 2006, 5,5 millions de logements neufs ont été construits contre 3.5 millions de nouveaux ménages constitués ! Pour autant ces jeunes ménages ont toujours autant de mal à accéder à un logement. Le paradoxe est là : des invendus à la pelle et des jeunes gens qui ne trouvent pas à se loger. Si le locatif était plus facile d’accès, ils seraient sans doute encouragés à déménager.
Investir dans la pierre étant considéré comme un investissement sur l’avenir, nombre de personnes se sont porté acquéreurs d’un logement espérant une plus-value à la revente. Certaines mesures mise en place à l’époque ont accentué la crise : allongement de crédit sur 50 ans et particuliers autorisés à acquérir un logement sans apport personnel initial. Beaucoup ont alors contracté des crédits à taux variables (monnaie courante en Espagne) mais aujourd’hui leur taux de remboursement atteint des sommets et ils se trouvent dans l’impossibilité de rembourser.
Surendettés, ces ménages doivent se résoudre à vendre ou hypothéquer leurs biens. (Entre 2000 et 2006, le ratio dette/revenu disponible net est passé de 85 % à plus de 100 % dans la zone euro, mais a atteint 150 % en Espagne). Les politiques antérieures, qui n’ont pas été remises en cause depuis, confèrent nombre d’avantages fiscaux pour les accédants à la propriété. Déductions fiscales pour les ménages primo accédants et les détenteurs d’un plan d’épargne consacré à l’achat d’un logement (PEL français, ndlr) sous condition d’achat d’un logement dans les 4 ans.
A l’inverse et jusqu’à récemment la fiscalité était défavorable pour les locataires et propriétaires bailleurs. Nicolas Sarkozy qui martèle vouloir faire de la France « un pays de propriétaires » devrait loucher sérieusement vers l’Espagne afin de ne pas reproduire les mêmes erreurs. Son Taux à Prêt Zéro, censé aider les ménages aux revenus modestes mais surtout les classes moyennes à accéder à la propriété, attise les critiques de différents responsables politiques. Ces derniers reprochent à ce PTZ renforcé de pousser les ménages à s’endetter sur un crédit qu’ils ne pourront rembourser. La similitude avec le cas espagnol est troublante.
Par ailleurs, la marginalité du parc locatif espagnol est saisissante. Celui-ci ne représente que 11 % de l’ensemble du parc et le logement social en accession à la propriété seulement 1% ! Les Espagnols ont acheté sans mettre à bail officiellement - c’est à dire qu’ils se déclarent occupant des lieux – le taux mirifique de propriétaires s’expliquent donc en partie. Néanmoins le marché noir locatif est très développé. La frilosité des propriétaires se justifie en partie par la longueur des procédures d’expulsions en cas de loyers impayés et par les avantages fiscaux dont ils bénéficient. En 2009 le gouvernement s’est engagé sur une procédure accélérée d’expulsion lors d’un avant projet de réforme de la loi sur les baux immobiliers urbains.
Dans le droit espagnol, en matière de logement, le « tout urbanisable » prévaut. Si les pouvoirs publics souhaitent « protéger » un espace, il leur revient d’en faire la démarche pour motiver la protection à l'inverse de ce qui se passe en France par exemple. La loi du sol parue en 2007 établit le cadre d’une politique sociale de logements aidés; 30 % des nouveaux espaces urbanisés consacrés à un usage résidentiel doivent être dévolus à la construction de logements « protégés » (logements sociaux, ndlr). Ces mesures ne sont pas forcément respectées, d’où la folie constructrice de certains promoteurs immobiliers pour entreprendre des programmes de construction au moindre lopin de terre se présentant.
En plein « miracle économique », les constructions de résidences fleurissaient même en plein désert, le littoral était bétonisé à tout va. Mais les déchets de la crise financière sont désormais visibles, la crise du logement est devenue endémique. L’offre explose mais la demande fait la sourde oreille. Personne ne veut aller s’exiler en rase campagne quand les infrastructures élémentaires n’ont pas été installées faute de moyens. En pleine crise c’est la grande braderie (…). La mégalomanie de certains promoteurs et la corruption d’élus locaux (gérants de l’offre foncière) ont amplifié la surproduction immobilière. En Juin 2008, selon une étude ministérielle, 500 000 logements neufs étaient toujours invendus.
Frappé de plein fouet par la crise financière, l’Espagne se devait de réagir. Face à ce constat alarmant de nouvelles mesures ont été prises en urgence par le gouvernement espagnol afin de palier les effets de la crise. Crise financière premièrement - frappant de plein fouet les ménages les plus modestes et stoppant net les programmes de constructions en cours - et crise du logement également surfant entre surproduction immobilière et difficulté d’accès aux logements.
Ainsi, fin 2009, le gouvernement socialiste dirigé par José Luis Zapatéro a opté pour un changement radical de sa politique économique. Des mesures ont été prises afin de valoriser le locatif et le logement aidé (logement social chez nous donc, ndlr). Une aide a été allouée aux promoteurs immobilier afin qu’ils s’engagent à mettre à bail les logements non vendus. Une mise aux enchères du patrimoine foncier régi par les communes a également été prévue afin qu’elles puissent se financer. Enfin, la loi du sol, adoptée en 2007, met fin au « tout urbanisable » des années précédentes qui a permis cette boulimie constructrice.
La crise du logement espagnol est définitivement due à un choix politique ancien dont il est difficile de se dépêtrer dès lors que le vent tourne. Le réformer c’est réformer toute une législation. Chantier en cours.
En complément de cet article, cliquer sur Urbanisme et spéculation.
En juillet 2008, Thomas Ubricht (thomais@hotmail.com), sociologue et urbaniste, volontaire à Madrid auprès de l’école d’architecture d’Alcala de Henares en partenariat avec Architecture & Développement (A&D) - Association de Solidarité Internationale - a produit cette étude sur la politique du logement dans la Communauté autonome de Madrid.
Cet article est le 41ème sur ce blog dans la catégorie Etats Union européenne