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Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine à partir, notamment, des idées de Jean-Pierre Chevènement, l'un de ses fondateurs, qui n'est plus membre du MRC depuis 2015. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens (MDC) après les élections de 2002. En 2022, le MRC est devenu membre de la Fédération de la Gauche Républicaine avec quatre autres organisations politiques.

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La France et l'OTAN : Chevènement regrette une décision inopportune


Conserver une capacité stratégique autonome

 

Le ministre de la Défense nationale (1988-1991) fait bénéficier au sénateur Chevènement de son expérience, au moment où celui-ci prépare le rapport qu’il présentera au Sénat sur la dissémination des armes nucléaires.  

Le sénateur transmet au rédacteur du projet de programme de salut public, en débat actuellement au sein du Mouvement Républicain et Citoyen, ses idées pour écrire ainsi le point 16 :  

Un nouvel équilibre stratégique respectant l’indépendance de la France : La logique de l’extension indéfinie de l’OTAN doit être clairement combattue. Malgré le retour de la France dans le commandement intégré, il faut continuer à se battre pour sauvegarder les moyens d’une véritable autonomie stratégique de notre pays. La France doit conserver une capacité stratégique autonome. C’est probablement dans une stratégie d’appui réciproque avec certains pays émergents que la France, et avec elle les grands pays européens, pourra ne pas se laisser enfermer dans l’étau sino-américain. Une coopération stratégique est nécessaire avec la Russie, le Brésil, et l’Inde.

 

Les réflexions de Jean-Pierre Chevènement sur la politique de défense conduite par le président de la République ont été publiées par la revue de l’Institut Français de Relations Internationales (Ifri) « Politique étrangère » sous le titre « L’Alliance atlantique 1949-2009 ».

 

 4165664365_83c901fb6f_s-1-.jpgAvantages et inconvénients de la décision prise de réintégrer la France dans la structure militaire intégrée de l’OTAN * sont pesés avec une grande objectivité.

A lire sur son blog depuis le 18 janvier. En voici deux extraits, le début et la fin.

 

Le « retour » de la France dans l'OTAN : une décision inopportune

 

Il est vrai que, comme le font remarquer ses partisans, la décision prise par le Président de la République de faire rejoindre à la France la structure militaire intégrée de l’OTAN entérine certaines évolutions déjà anciennes, dont on pouvait à l’époque discuter l’opportunité mais qui sont, en quelque sorte, rentrées dans les mœurs.

La France a ainsi contribué à pérenniser l’OTAN, après la fin de la guerre froide, en acceptant qu’elle intervienne, en 1994-1995 en Bosnie-Herzégovine, puis en 1999, cette fois sans mandat de l’ONU, au Kosovo et plus généralement en Yougoslavie. Dès décembre 1995, la France a regagné le Comité militaire de l’OTAN. Nous avons accepté le « hors zone ».

 

L’Alliance atlantique, à laquelle nous n’avions jamais cessé de participer, était au départ une alliance défensive, cantonnée à la zone euro atlantique. Elle est devenue, au fil des ans, et particulièrement depuis 1999 (Kosovo) et 2001 (Afghanistan), une alliance globale, engagée dans des opérations de stabilisation et de rétablissement de la paix. C’est un changement de nature.

 

On nous présente l’OTAN comme un « bras armé de l’ONU ». Cela n’a pas toujours été le cas. Pendant la guerre du Kosovo et pour bombarder les villes yougoslaves, l’OTAN a agi en substitution de l’ONU et sans mandat du Conseil de Sécurité. Espérons que ce fâcheux précédent ne se reproduira pas. Constatons toutefois qu’il a ouvert la voie, quatre ans plus tard, à l’invasion de l’Irak par une « coalition de volontaires » regroupés autour des Etats-Unis et pour la plupart membres de l’OTAN, anciens ou nouveaux. La France, sur sa ligne d’opposition à l’invasion de l’Irak, était alors loin d’être majoritaire au sein de l’organisation que dominent les Etats-Unis aussi bien d’ailleurs qu’au sein de l’Union européenne.

 

Par ailleurs, nous sommes devenus l’un des principaux contributeurs de ces « opérations de stabilisation » de l’OTAN. Fallait-il aller plus loin en rejoignant le Comité des plans de défense ainsi que les Etats-majors de l’OTAN, bref la structure militaire intégrée qui reste placée, du point de vue opérationnel, sous le commandement suprême d’un général américain ? La justification de cette décision n’est pas évidente car c’est là une décision politique et symbolique dont l’importance ne saurait être sous-estimée.

Les avantages à attendre ne me paraissent pas valoir les inconvénients qu’elle comporte. La justification donnée par le Président de la République (« Nous appartenons à la famille occidentale ») procède, à mes yeux, d’une vue bien rapide. Certes, le déclin de l’Hyperpuissance américaine est inscrit à l’horizon : les Etats-Unis vivent au-dessus de leurs moyens. Leurs déficits abyssaux contribuent à l’affaiblissement du dollar comme monnaie mondiale. Un compétiteur global a surgi : la Chine dont la puissance économique, dans les quinze ans à venir, égalera la leur et qui, déjà, tient dans ses mains le sort du dollar. Les armées américaines, par ailleurs, sont engagées dans deux conflits simultanés, en Irak et en Afghanistan, dont l’issue est incertaine. Ce n’est évidemment pas le moment de compliquer la tâche des Etats-Unis du Président Obama. Mais sommes-nous prêts, par « occidentalisme » à contribuer à leur effort militaire, en Afghanistan par exemple, comme nous l’avons déjà fait en 2001-2008 ? Quel gage voulons-nous donner, et en quoi cet effort éventuel correspond-il à un intérêt national ? Nous n’avons pas intérêt à être entraînés dans une « guerre des civilisations », pour reprendre l’expression forgée par Samuel Huntington. Le Sud est pluriel et le Nord, heureusement, l’est aussi. Le terrorisme et les guerres asymétriques sont des aspects importants mais probablement pas déterminants du monde qui vient.

 

Ce qui est décisif à long terme, c’est le bouleversement de la hiérarchie des puissances. Le terrorisme est un phénomène multidimensionnel sur lequel les grandes puissances et même les moins grandes peuvent trouver des compromis de façade (les Russes ont leurs Tchétchènes, les Chinois leurs Ouigours). Il n’est pas sûr que les mouvements terroristes obéissent partout aux mêmes logiques. A mes yeux, c’est d’abord une affaire de police que de déjouer leurs agissements (…).

Une décision qui porte atteinte à la spécificité de notre posture de défense indépendante ne peut pas être bonne. Elle rompt avec l’esprit de la décision du général de Gaulle en 1966, même si évidemment la situation géopolitique n’est plus la même. Mais de quoi demain sera-t-il fait ? D’autres puissances montent à l’horizon. Le Président des Etats-Unis ne sera pas toujours Barack Obama. Celui-ci, aussi bien, s’est donné comme tâche de restaurer le leadership des Etats-Unis dans le monde. De ceux-ci, nous sommes les amis. Mais notre souci, à nous, doit rester d’abord l’intérêt national dont seule l’indépendance de notre défense nous fournit une garantie certaine, qui n’exclut nullement d’ailleurs la pratique des alliances. L’Europe, apparemment atlantiste, est en fait pacifiste. Elle aspire à la retraite. Mais en langage militaire, le mot « retraite » a une autre signification. Les Etats-Unis peuvent-ils vraiment compter sur des « alliés » pareils ?

Nous pouvons, faute de volonté, être conduits à ne plus défendre nos intérêts véritables, coincés que nous sommes déjà entre la dévaluation compétitive du dollar et la concurrence des pays à très bas coûts salariaux. Bref, nous pouvons nous absenter de l’Histoire, y compris en participant à des guerres où nos intérêts fondamentaux ne sont pas engagés : il suffit d’abdiquer ce qui fonde en dernier ressort notre souveraineté : le souci d’une défense réellement « nationale ». Alors, nous, nous serons vraiment « sans défense ».

On dit aussi d’un corps privé de ses barrières immunitaires, qu’il a perdu « ses défenses ». Ce risque est contenu dans le renoncement à notre souveraineté, particulièrement dans le domaine militaire. Qu’est-ce que l’OTAN ? Que sera demain son « concept stratégique » ? Quels sont les limites de nos engagements ? A ces questions, il eût fallu répondre préalablement. Au lieu de quoi, on adhère. J’entends que nous ne serons engagés en rien qui soit contraire à notre volonté. Mais où est notre volonté ? Apparemment nos partenaires européens se soucient peu de bâtir une défense européenne et nous ne pouvons pas le faire sans eux. Alors, de quoi parle-t-on ?

Quant aux Etats-Unis, ils se soucient apparemment fort peu d’une France qui semble être venue, d’elle-même, à résipiscence. Une France qui devra faire preuve de beaucoup de courage et de ténacité pour effacer, si faire se peut, dans la conscience des autres et dans la sienne propre, les conséquences d’une décision profondément inopportune.

* Voir aussi, en plus de la Documentation française, le Monde Diplomatique (à l’occasion des 50 ans de l'OTAN en 1999) : L'OTAN, un instrument de l'hégémonie américaine.

Cet article est le 100ème paru sur ce blog dans la catégorie
CHEVENEMENT.

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M
<br /> Merci de ce commentaire, qui n'est pas en contradiction avec les propos de Jean-Pierre Chevènement.<br /> <br /> <br />
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R
<br /> Nicolas Sarkozy est un admirateur, dans n'importe quel domaine, du modèle anglo-saxon. En prennant cette décision  de réintégré la commandement de l'OTAN, il prend le risque de s'aligner sur<br /> les Etats-Unis, ce qui est contraire aux traditions politiques françaises (la fameuse voix de la France de De Gaulle).<br /> En outre, le traité de Lisbonne qui crée un Haut Représentant à la PESC va dans le sens d'un "baillonage" de la France car la France a toujours eu une politique étrangère différente de l'ensemble<br /> des pays membres de l'UE qui sont majoritairement pro américain.<br /> <br /> <br />
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