Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine à partir, notamment, des idées de Jean-Pierre Chevènement, l'un de ses fondateurs, qui n'est plus membre du MRC depuis 2015. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens (MDC) après les élections de 2002. En 2022, le MRC est devenu membre de la Fédération de la Gauche Républicaine avec quatre autres organisations politiques.
Des différences mais aussi des convergences dans les textes
Quand je suis entré au Mouvement Républicain et Citoyen en 2004, Georges Sarre m’a confié la délégation nationale de l’agriculture. Il avait un jeune collaborateur à la mairie du 11ème arrondissement qu’il avait propulsé au secrétariat national du MRC. C’était Patrick Trannoy, dont l’avenir me semblait prometteur. J’avais noué des relations avec lui - voir son intervention à Nantes lors d’une réunion que j’animais : Assises régionales Ouest à Nantes - 16 décembre 2005 - Intervention de Patrick TRANNOY.
Lors de la préparation du congrès MRC de Paris, en juin 2010, Patrick a été l’un des premiers à s’associer à la contribution que j’avais proposée au débat et il avait apporté au texte de réelles améliorations.
Candidat aux élections cantonales en mars 2011 en Corrèze, avec le soutien du PS et de François Hollande, président du Conseil général, mais dans un canton imprenable, Patrick Trannoy a fait une bonne campagne.
Récemment, il a pris position contre Strauss-Kahn (voir Strauss-Kahn, préféré des marchés et des sondages, divise la gauche - 17 avril 2011). Ces derniers jours, il a publié deux articles concernant le MRC et le PS (voir le Blog de Patrick TRANNOY). Manifestement, il ne croit pas les conditions réunies pour que son souhait se réalise (la candidature de Chevènement). Il considère qu’il y a un espace idéologique pour cette candidature, mais pas d’espace électoral et politique. Il reste, donc, à peser sur les primaires du PS, la priorité étant que Strauss-Kahn ne soit pas candidat, car avoir à choisir entre DSK, Sarkozy et Le Pen, serait catastrophique.
Comparer sur deux enjeux essentiels le « programme de salut public » du MRC, et le « projet socialiste pour 2012 » : sur la question de l’Euro et plus largement du « policy mix » européen, et sur la question du libre-échange et plus largement de la politique industrielle. Instructif… (…)
Chacun le voit, les différences existent entre les deux programmes. Celui du MRC est plus audacieux, notamment sur les outils d’un protectionnisme commercial, de la monétisation partielle des dettes souveraines, et des nationalisations. Mais l’architecture d’ensemble présente de réelles convergences : reprise en main par l’Eurogroupe de la politique monétaire pour faire baisser le cours de l’Euro, initiative de croissance européenne par l’emprunt et les salaires, intervention de l’Etat pour favoriser la reconquête industrielle, y inclus le refus du jusqu’au-bout-isme libre-échangiste…
Alors bien sûr, « les promesses n’engagent que ceux qui les croient ». L’enjeu est donc non seulement d’infléchir la ligne du PS, mais de l’amener à tenir ses propres engagements ! Il ne faut dès lors surtout pas se priver - tout en continuant à affirmer la cohérence singulière des vues du MRC - de souligner le bien fondé de beaucoup d'orientations programmatiques du PS, de les faire connaître le plus possible, de les mettre au cœur du débat des mois à venir, afin de les rendre le plus incontournables possible après 2012…
Ceci me paraît plus utile que de laisser le candidat surnaturel des marchés faire main basse sur l’élection présidentielle, et mener demain, comme aujourd’hui, la politique du capitalisme financier mondialisé.
En 2002, de fait, Jean-Pierre Chevènement n’était pas dans le « camp » de Lionel Jospin, et réciproquement. Le premier n’était pas, non plus, dans le « camp » de Jacques Chirac [*]. Aucun n’était, bien sûr dans celui de Jean-Marie Le Pen. Pourquoi n’étaient-ils pas « dans le même camp » ? Parce que Jean-Pierre Chevènement présentait un projet très différent de Lionel Jospin. Un tout autre paradigme de construction européenne (la différence de vision entre les deux allait s’éclairer à la faveur du référendum de 2005). Une conception de l’unité de la République difficilement conciliable avec celle du Premier Ministre sortant (qu’on songe à la question corse). Une façon plus que distincte d’assumer (ou non…) l’exigence de sécurité des Français, notamment les plus modestes. Une approche à maints égards opposée de l’Ecole de la République (s’il est permis de schématiser un peu, c’était la transmission des savoirs et de la morale républicaine pour l’un, l’agora des épanouissements pour l’autre)… Et bien sûr, au plan économique et social, deux options très éloignées : Chevènement défendait les services publics jusqu’et y compris contre les directives européennes de libéralisation, il préconisait l’intervention publique dans le pilotage économique et industriel malgré la politique de concurrence de la Commission, s’engageait sur l’augmentation du SMIC de 25% en rendant des marges de compétitivité aux entreprises… toutes choses qu’on ne retrouvait pas dans le programme de Jospin, qui, c’est lui-même qui le disait, « n’était pas socialiste » (le programme… au moins).
Les mêmes causes qui ont motivé la candidature de Chevènement, ont démotivé l’électorat populaire. Ce n’est pas vers Chevènement (et puisque Jospin porte la responsabilité de sa défaite, Chevènement doit assumer celle de n’avoir pas convaincu non plus cet électorat populaire) que s’est porté l’électorat ouvrier, dont seulement 11% a voté Jospin (ils étaient 25% en 1995, avant de l’avoir vu à l’œuvre). Ni les abstentionnistes, les votes blancs, et les votes nuls : près de 13 Millions, une réserve d’électeurs 65 fois supérieure à l’électorat supplémentaire que Lionel Jospin aurait dû convaincre pour se qualifier au second tour !
Alors, pour éviter un nouveau 21 avril, allons chercher les remèdes à la racine des maux. Que le candidat socialiste propose une vraie réponse alternative à la politique de Sarkozy, à la crise de capitalisme financier mondialisé, à la dislocation de la République indivisible, laïque et sociale, à l’obscurcissement de l’horizon national.
Que le candidat socialiste porte un programme, qu’il s’appelle ou non comme celui du MRC, « de salut public », pour sortir la France de l’ornière, et avec elle proposer à nouveau au monde un autre chemin que celui de vibrer à l’unisson d’un globalisme ploutocratique failli !
Qu’il porte une vision de la puissance et de l’indépendance d’une Europe enfin dimensionnée, de la Méditerranée à la Russie, pour pallier l’écrasement qui nous est promis entre les deux becs de la pince de fer sino-états-unienne. Une telle Europe ne peut se bâtir que sur la coopération volontariste de ses Nations.
Qu’il apporte une réponse à la crise de l’Euro, en puisant dans les propositions les plus inspirées du programme socialiste, puisqu’au sein même du PS, d’aucuns ont rejoint les positions chevènementistes (réforme des statuts de la BCE, pilotage politique intergouvernemental du change Euro / Dollar et Euro / Yuan, etc.).
Qu’il ose, sans qu’il soit ici question d’une quelconque dérive autarcique (dont la caricature n’a pour but que de dissimuler la couardise de ceux qui la mettent en avant), proposer de protéger l’économie européenne des concurrences déloyales exercées par les multinationales dans les pays où elles peuvent exploiter la main d’œuvre et dévaster l’environnement…
Qu’il assume l’autorité de la loi, égale pour tous, et l’école de la citoyenneté, de l’émancipation intellectuelle et culturelle, de l’excellence républicaine…
Ce candidat socialiste, Jean-Pierre Chevènement le soutiendrait. Ce candidat socialiste, nous sommes prêts non seulement à ne pas « diviser son camp », car ce serait bien le nôtre aussi, mais à ne pas compter nos heures, notre énergie, notre volonté, pour nous mettre entièrement à son service. Ce candidat socialiste, nous sommes prêts à l’aider à « changer la vie ». Nous ne demandons pas mieux !
Existe-t-il ? Ce n'est certainement pas Dominique Strauss-Kahn. Gageons que, si ce candidat authentiquement socialiste devait ne pas se révéler, le 22 avril 2012 risquerait fort, avec ou sans candidature Chevènement, de ressembler au 21 avril 2002… Dix ans pour rien ?
[*] Soyons un peu provocateurs, pour faire avancer le débat et « bien châtier », puisqu’au fond nous les « aimons bien », nos camarades socialistes : nous avons ici écrit « le premier n’était pas dans le camp de Jacques Chirac », car enfin, le second, lui, avait, comme Premier Ministre, signé avec le Président sortant l’accord européen de Barcelone, qui allait engendrer, quelques années plus tard, la libéralisation du service public de l’électricité, ou encore l’allongement de la durée de cotisations des retraites…
Cet article est le 4ème paru sur ce blog dans la catégorie Présidentielle 2012